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jeudi 20 février 2020

ERIC FRASIAK "Charleville" (2019)


Il fallait bien un événement exceptionnel pour me faire sortir de ma retraite, de plus un peu de travail au noir mettra du beurre dans les épinards... C'est que le régime spécial des Deblocnoteurs n'est pas très généreux, et difficilement compréhensible, un point par chronique publiée (on comprend mieux la boulimie de chroniques de Messieurs Pat Slade et Claude Toon...) et des bonus de pénibilité (ainsi j'ai touché 4 points d'un coup pour ma chronique de Christophe Maé (clic) ) et des super bonus pour les chroniques dites "d'utilité publique" . Celle que vous êtes en train de lire entre sans conteste dans cette catégorie tant Frasiak s'inscrit dans l'ADN des François Béranger ou Léo Ferré,  grands chansonniers partagés entre tendresse et révolte. Une veine des "chanteurs engagés" hélas en voie de disparition, victime de l'effondrement de  la biodiversité culturelle, aussi préoccupante que l'extinction de la faune et de la flore. Mais revenons à nos moutons en l’occurrence ce nouveau Frasiak, le 9ème (dont 2 live) composé de 16 titres, dont 2 reprises.

Pour l'occasion il s'est entouré d'une pléiade de musiciens, ainsi s'installent derrière la batterie Olivier Baldissera et Raphael Schuller, à la basse Philippe Gonnand (saxo également ), à la guitare électrique et au dobro Jean Pierre Fara, au violon Philippe Girondon, à la pedal steel Jean Yves Lozac'h, à l'accordéon Steve Normandin, aux cuivres Patrick Leroux (+ violoncelle), Sébastien Hughuenin, Benoit Dangien aux piano et orgue, sans oublier des choristes, les "Frasiettes" (Géraldine Ecosse, Annelise Roche, Khôl), tous ces intervenants et instruments apportant des colorations riches et variées au fil des titres.

"Charleville", qui donne son nom à l'album ouvre le bal, une belle chanson pleine de nostalgie et d'émotion, et un cri d'amour à la ville de son enfance ; pas le coin le plus sexy de France, mais pour un peu, il nous donnerait envie d'y aller planter notre tente (notre Air BnB plutôt, vivons avec notre temps) . Avec "Mon anarchie" on retrouve le Frasiak, héritier de Ferré et Béranger, qui nous explique que son anarchie ce n'est pas le chaos et les têtes coupées mais un "hymne à la vie", la liberté, l'utopie.
Plus léger "Chat" fera plaisir à tous les amis des petits félins, dont votre serviteur bien sûr. Un titre qui sent le vécu et aurait figuré en bonne place dans l'article que j'avais consacré aux chats dans la chanson (ici), accompagné d'un jazz manouche sautillant avec à la guitare Philippe Parant.
Ensuite vient une des 2 reprises , "L'espoir" de Michel Bühler, écrivain et chanteur suisse, engagé pour la défense des opprimés, y compris sur le terrain ; l'autre étant "L'âge d'or" d'un certain Léo Ferré.
Avec "Tango pression"  Eric s'amuse à construire un texte en jouant avec des noms de bières, y'a un petit coté  Bobby Lapointe là-dedans, en tous cas faire rimer amour avec Kronenbourg, fallait oser !
J'adore "Gros con" et sa guitare à la Knopfler, et son histoire qui pourrait nous arriver à tous : retrouver un  ami perdu de vue depuis 30 ans, - on a tous fait ça, taper le nom d'amis d'enfance sur facebook ou copains d'avant - et se rendre compte qu'il est devenu un gros con, celui de la chanson est vraiment le beauf ultime... "Novembre", beau titre sur un mois bien déprimant, avec Frédéric Bobin au chant et chœurs.
"Bure sur atome" est bien sur consacré à cette commune de la Meuse, choisie pour stocker en son sous-sols les déchets nucléaires, comme on se doute connaissant le Frasiak, les centrales c'est pas vraiment son truc...
Je vous laisserai découvrir la face B, avec quelques pépites aussi, notamment "Un truc comme ça" où il clame avec humour son  incrédulité devant la connerie des grands de ce monde, Trump en tête ("comme il aime bien les armes sa femme c'est un canon"..), tous les dictateurs plus ou moins déclarés en prennent pour leur grade... Et  "Rhinovirus" sonne prophétique en ces temps de virus chinois..

Encore un bel album du troubadour de Bar-le-Duc, alternant entre tendresse et colère, dépeignant avec humour les comportements et travers de ses congénères  .

Commander, écouter, dates, sur son site : frasiak.com

ROCKIN-JL

quelques extraits en concert:

jeudi 19 décembre 2019

NOT YOUR ANIMAL "Not rock'n'roll" (1/1/2020)

Not your animal; voila un patronyme singulier pour ce groupe que d'aucuns qualifient de "super-groupe", un quartet franco-américain composé de David Rosane au chant (the Zookeepers) pour le coté ricain, les 3 frenchy étant le batteur Benjamin Beaulieu (Black Strobe, Dirt sixteen machine) , le bassiste et claviériste Ivan Rechard (Tita Nzebi, Tabasco Quintet) et le guitariste Jeremy Grasso (Dirt Sixteen Machine).

Ces groupes ne vous disent peut être pas grand chose si vous ne fréquentez pas la scène post-punk/ rock indé - alternatif. Les Zookeepers de David Rosane sont un groupe parisien d'influence Lou Reed, Nick Cave, Gun Club... les Black Strobe donnent dans la musique électronique musclée, remixant notamment des tubes rock ("I'm a man" de Bo Diddley en 2007), Tita Nzebi est une chanteuse du Gabon, le Tabasco Quintet fait dans un joyeux funk/ blues/ jazz/ musiques de New Orleans alors que le Dirt sixteen machine est un duo blues rock psyché. On le voit nos quatre lascars viennent d'horizons musicaux différents et ont en commun une certaine expérience de la scène.

Cinq titres au menu de ce premier EP du combo et le premier "Reason to love" nous plonge de suite dans le bain  d'un punk rock énervé (pléonasme), on pense à Iggy Pop, aux Social Distorsion de Mike Ness, aux Ramones, aux Godfathers, aux Replacements...du brutal qui pour autant n'en oublie pas  un refrain et de bons passages de guitares. "Abracadabra" calme un peu le jeu, plus mélodique, lorgnant vers du classic rock/americana bien vitaminé.

"Here we are" démarre comme une  pop song festive puis au milieu les guitares prennent feu et le tempo s’accélère... et ne retombe pas sur  "Neighborhood", furieux power pop/Rock, y'a un petit quelque chose là dedans qui me fait penser à feu les Dogs (clic), mon titre favori de l'EP en tous cas.
On termine avec "Cannibal" , un titre à dévorer tout cru, qui commence calmement avant de monter en puissance, j'y aime particulièrement la voix de David Rosane, puissante mais faussement dandy.

Un mini album vraiment prometteur mené pied au plancher qui porte mal son titre de "Not rock and roll", d'ailleurs et si le nom du groupe et de l'album étaient un clin d'oeil au "Rock'n'roll animal" de Lou Reed, non en fait c'en est une à Iggy Pop, les deux faisant certainement partie de leurs influences, tout comme Nick Cave ou  le Gun Club. La pochette apocalyptique renvoie elles aux textes du groupe pas vraiment optimiste sur l’état de la planète et l'avenir de ses habitants...

(NOT)  ROCKIN-JL

jeudi 12 décembre 2019

PJ LE MOAL "Vanités" (2019)


PJ Le Moal, encore un artiste que nous avons déjà croisé dans ce blog, il y a presque 2 ans pour son album "Reste" (lien). L'auteur /compositeur/ guitariste/ chanteur toulousain nous revient en pleine forme avec sous le bras son dernier né,  intitulé "Vanités". Il est accompagné du musicien argentin Chino Sanchez qui outre production, enregistrement et mixage s'occupe des guitares électriques, basses, claviers et programmation, et d'une choriste, Rachel Joseph.

Cet artiste singulier et hors des modes à la noix cite dans ses influences, Dylan et les pionniers du blues, les Charley Patton, Skip James, Blind Blake, Mississippi John Hurt et consorts, il trimbale ses chansons et sa gratte depuis les années 80, a joué dans le métro ou les terrasses de resto, fréquenté la scène blues tourangelle puis toulousaine, côtoyant des artistes comme Alan Jack ou Benoit Blue Boy.
source: son facebook 
Il signe les paroles et musiques des 11 titres présents sur ce huitième album qui s'ouvre par le morceau titre "Vanités" et son ambiance étrange et poétique ("Poursuivi par des souvenirs/ des ombres qui dansent/ je cavale en chien martyre / sous le ciel immense"), bercé par les traits de guitare électrique de Chino Sanchez. "Une seconde" est un de mes titres préférés, pour ses mélodies, son refrain avec la voix féminine en contre chant, son texte (je vous laisse méditer "il y a une seconde le vieux monde était nouveau") et peut être un petit clin d’œil à Bashung ("aux fantaisies militaires la foule applaudit"), un auteur que notre PJ apprécie d'ailleurs beaucoup. Un tour à Toulouse maintenant avec "Soir d'hiver au Capitole" avant de se mettre la tête "à l'envers", un texte absurde et drôle ("Peut être qu'il faudrait faire / à l'envers: hurler pour la minute de silence/ se taire le reste du temps / démarrer tout au fond du cimetière/ et puis terminer en naissant"), j'aime bien la voix du chanteur, douce, nonchalante, légèrement cassée, bien soulignée par celle de la choriste Rachel.

Une virée en voiture sous les étoiles avec "Rockin' & Rollin' " puis le poétique  "Notre amour est une montagne", vraiment ce gars a une bonne plume, comme le prouvent aussi "Histoires" ou "L'apocalypse est ridicule" (rien que le titre est excellent).

Les amateurs de décibels et de textes rentre dedans passeront leur chemin, en revanche ceux qui apprécient chansons bien  chiadées et subtilité musicale saupoudrée  de blues et de folk
apprécieront.
Pour en savoir plus, commander, écouter, son site : /pjlemoal.jimdo.com

ROCKIN-JL




jeudi 5 décembre 2019

CENDRIO "Vertiges" (2019)

On retrouve avec plaisir Cendrio, auteur compositeur que nous avions déjà croisé dans ces colonnes il y a 5 ans pour son album "Parlez moi de moi" , je vous renvoie d'ailleurs à sa lecture pour en savoir un peu plus sur cet artiste attachant (lien) .
Il signe ici  13 des 14 titres de ce nouvel album et est accompagné de Philippe Arnaud (batterie), Adrien De Smidt (basse , mandoline, fretless), Lucas Sanchez (guitares) et Stéphane Pasquier (claviers, clarinette) , lui même étant à la guitare et bien sur au chant.
"D'argile" nous plonge d'entrée dans le monde de Cendrio, de la belle chanson française pleine de poésie et d'utopie, une histoire simple illuminée de  très belles notes de guitare, j'aime ce coté raconteur d'histoires. Encore un  beau texte que "Juste un instant" , sur les préoccupations écologiques "Juste un instant/écouter la terre" , en mode pop/rock énergique. Une belle ballade triste et mélancolique avec "La bague" puis le morceau titre "Vertiges"  qui balance bien, et plein de belles images ("Comme un gosse je suis ébloui par les lueurs du buisson ardent/ je soupçonne ma peur ma folie de vouloir me pousser dedans..au bord du vide j'ai contemplé les grands espaces sans frontière/ dans cette chute je me laisse tomber en arrière" ).
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)
On part ensuite sur  "la grande route"  pour une ballade qui sonne très  americana   et prend même un tour "dylanien" quand Cendrio sort son harmonica; avant de faire la rencontre de " Monsieur Learing" qui "vit seul dans son meublé deux pièces/ le salon la chambre ou règne une forte odeur de sieste", encore un beau portrait /tranche de vie, c'est la patte Cendrio, que l'on retrouve également sur la belle déclaration d'amour "Elle".
"Migrant" est le seul titre que ne signe pas le chanteur , il est de Roselyne Demattéo et il est absolument superbe   ("A quoi rêvent tous les oiseaux posés/ dés l'aurore dans l'arbre mouvant/ à quoi rêvent tous les oiseaux posés/ d'une graine d'un vermisseau/ ou d'un long voyage avant d'être migrant") , de même que "Le poète", émouvant hommage  à Gerard Honoré, poète décédé en 2017, avec une belle partie de piano de David Vandiedonck. "Une fleur dessinée par Charlie" fait évidement référence aux dessinateurs de Charlie Hebdo, tout en poésie. Avant de terminer l'écoute on boira un coup sur un zinc avec "Les verres", on croisera un voleur, ne planquez pas votre bourse, c'est un "Voleur de chaleur"   ("je suis un voleur de chaleur/ je vole la chaleur des gens/ je vole gentiment/ une poignée de main me suffit un regard aussi") et on atterrira  en Italie pour une belle reprise de l'immortel "Bella Ciao".
Vraiment une écoute agréable que celle de cet album et de cet artiste sensible et  poète, à la très belle voix aussi, dont je ne peux que recommander de l'écouter et le voir sur scène
(dates et renseignements sur son site : cendrio.com/ )

ROCKIN-JL


jeudi 28 novembre 2019

JESUS OF COOL "How long" (2019)


Encore un excellent disque sorti des studios du label toulousain Pop sisters aprés celui des nantais d'Hanky panky (clic) ou des toulousains d'Indian Ghost (reclic) avec pour dénominateur commun Don Joe, fondateur du label et partie prenante d'Indian Ghost et donc Jesus of Cool.
Outre Joe (guitares, orgue, synthé, enregistrement) les autres membres sont Bud Silva (batterie, percus) et Gilles Sahut (basse, lead vocal, songwriting), des musiciens qui n'en sont pas à leur coup d'essai, ayant fait partie de moult groupes depuis des décennies, notamment Prehistoric Pop pour Gilles et Joe. 
Le combo s'est formé en Avril 2017 et emprunte sans doute son nom à l'album du même nom de Nick Lowe, le premier du  britannique (1978); y'a aussi un petit coté mystique là dessous, en tous cas c'est un nom bien trouvé et accrocheur.

Les premières notes de "Daring mum" m'ont scotché, un rock élégant, crépusculaire  et puissant aux riffs racés, auquel l'orgue donne un petit coté rock psyché  seventies , le tout est simplement imparable.  J'adore également la voix de Gilles Sahut, faussement  dandy. "How long" enfonce le clou, pop mélodique et mélancolique, quelle classe !
"Everybody's gotta live"  est la seule reprise, c’est un titre d'Arthur Lee, figurant sur son premier album solo post Love ("Vindicator" 1972), un titre qui là encore fleure bon les seventies, les Doors, Hendrix...
L’énergique pop/rock  "Wisdom" suivi du sombre et incantatoire "Barely sour" , nul doute que Nick Cave fait partie de leurs influences majeures.."Glow of delight" est une sucrerie pop addictive, quant à "Bad seeds" , clin d'oeil à Nick Cave par son titre (?) il emprunte aussi à l'australien son  rock sombre au souffle puissant. J'adore "I Wanna kill tour shrink" , pour son titre drôle (je voudrai tuer ton psy)  mais aussi son rock enlevé et  festif. On termine avec "The reveal" peut être le titre le plus fort où la voix évoque par moments Jim Morrison, on pensera aussi au Gun Club de Jeffrey Lee Pierce. De toute façon il y a plein de bonnes vibrations et références (aux précitées j’ajouterai les Smiths, les Saints, Violent Femmes..)   dans cet album à la qualité étonnante qui pourrait en remontrer à pas mal de groupes anglo-saxons par la qualité des instruments (orgue et guitares en tête), du chant , des compos et surtout du climat que nos toulousains ont su créer. Moi qui suis athée me voici un adepte de  Jesus (of cool) ...

ROCKIN-JL

leur bandcamp: /jesusofcool.bandcamp
leur mail : jesusofcool@yahoo.fr


jeudi 21 novembre 2019

FRANCK & DAMIEN "You can find your way" (novembre 2019)

Il y avait Stone et Charden ou Sam & Dave, voici Franck & Damien, au moins ils ne sont pas cassés la tète à trouver un nom de groupe chelou...Ce duo composé de Franck ...et Damien s'est fait si j'ai bien compris leur bio au hasard d'une rencontre en auto stop il y a 5 ans, et de la discussion musicale qui s'ensuivit.
Et à l’écoute on se dit qu'il n'y a pas de hasard là dedans, ces deux là étaient faits pour faire de la musique ensemble tant leur complémentarité semble évidente. Franck c'est la voix et parfois la seconde guitare, Damien la guitare, en slide,  et les percussions, ils se sont rodés aux concerts et festivals  avant de nous offrir ce premier album qui est une petite pépite que je qualifierai de  folk/rock bluesy.
source : leur facebook 

"Devil's daughter", la fille du diable, si c'est pas un thème qui pue le blues, ça, ça pourrait être du Robert Johnson ou du Son House; une longue partie de slide, un beat poisseux et visqueux comme un crawfish rampant dans les mangroves de Louisiane, la voix est chaude comme des entrailles fumantes du poulet sacrifié pour l'occasion,   un titre imparable. On poursuit avec "Someone" une belle ballade folk/rock mélancolique et envoûtante, et  dans le même genre"You make me feel" et son joli gimmick de guitare  entraînant. L’émouvant "Lonely boy"  et son harmonica plaintif arracherai des larmes à un alligator du bayou et "Breathe" nous renvoie vers du blues rock  bien léché aux guitares cristallines , pas de doutes que Ben Harper ou le John Bulter Trio soient de leurs influences.
Ballade folk de nouveau avec "Dear father" "the light" et "Rosy", superbe titre avec chœurs, banjo, un coup d'harmonica, mélodie accrochante, ça a un petit coté Flower power/West coast  à la Byrds, Hot Tuna aussi parfois.
Le morceau titre "You can find your way" est très réussi aussi, guitares banjo et harmonica tissent une toile country/folk qui invite à se bouger le popotin. Et on termine en blues rock avec "I won't forget" , moi non plus je n'oublierai pas ce premier album des bordelais qui constitue une excellente surprise. Un duo à suivre de prés.
ROCKIN-JL

jeudi 14 novembre 2019

Laurent Choubrac/ Jean-Christophe Pagnucco "Va savoir où ce chemin nous mène" (2019)


Jean-Christophe Pagnucco et Laurent Choubrac  sont devenus au fil des ans de vrais habitués de ce blog, le premier  avec mes chouchous, les Witch Doctors (clic)  mais aussi en solo (clic)  ou avec Gravel Road (clic), le second en solo (clic) et également membre de Gravel Road; les 2 songwriters normands étant devenus inséparables, intervenant l'un sur l'album de l'autre. La conclusion logique de cette union artistique était ce bébé, pardon , cet album, pondu en commun. Connaissant le talent des 2 lascars on pouvait attendre beaucoup de cette réunion et je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps, je n'ai pas été déçu.
14 titres au programme, chacun en signant la moitié, et se partageant les vocaux, et coté instruments nos 2 complices se les sont partagés aussi : basse, piano guitare acoustique 6 et 12 cordes, programmation batterie  pour JC;  basse, guitares acoustiques , électriques, résonator et lap steel pour Laurent, qui s'occupe aussi de l'enregistrement et du mastering,  plus quelques invités dont Olivier Gebenholtz, batteur des Witch, sur 2 morceaux. Un mot aussi sur la belle illustration signée Raphael Choubrac, pleine de mystères, de fantômes et de mélancolie.
JC et Laurent / photo jackspixels

Mais assez de préliminaires et entrons dans le vif du sujet avec "Et pourtant" signé Pagnucco, mélodie accrochante, travail sur les voix (contrechant et choeurs (Océane Baron et Dorothée Veron), guitares,  slide, tout ça sonne délicieusement "americana" , quelque chose comme du Tom Petty à la mode de Caen, joué avec les tripes (faudra que je la replace celle là..).
Alternance puisque la seconde "Tomber" est signée et chantée Choubrac, avec de subtils traits de guitare laid back à la JJ Cale, puis JC joue la carte de la nostalgie avec "Le vieux théâtre" , folk country d'une pure beauté, les fans des Witch Doctors dont votre serviteur y reconnaîtront des thèmes chers à leur auteur ("les fleurs fanées""les mirages"..) . Avec "Tatoue mon âme" Laurent nous entraîne dans un jazz manouche swinguant (pléonasme!)  avant le plus rock  "D'accord "et sa guitare à la Mark Knopfler .  Viennent ensuite à mon sens les 2 "gros" titres de l'album "Omaha" (de Choubrac)  et "Tony Joe" (de JC), 2 titres chargés d'émotion. La première rend hommage aux jeunes soldats américains tombés  sur les plages normandes lors du débarquement, titre tout en retenue et sobriété, et la seconde est dédiée à Tony Joe White récemment disparu avec comme il se doit un riff "rock du bayou"à la Tony Joe, jouant avec les titres du Joe ("cette nuit la pluie tombe en Georgie", allusion bien sur à "Rainy night in Georgia" (1968)). Vraiment de belles chansons qui confirment le talent de raconteurs d'histoires de nos 2 acolytes. Avec "Demain" Laurent Choubrac compose une belle ballade douce amère avec un sacré solo  avant que Pagnucco nous balance un rock rageur à la Witch Doctors "Rentre dans le rang", "rentre dans le rang ou la terre tournera sans toi" . Choubrac nous raconte ensuite une belle et triste histoire avec "Marie était si belle" avec à la guitare Didier Fleury. "J'ai plus envie d'attendre" encore un mid tempo avec cette guitare qui sonne à la JJ Cale puis une reprise des...Witch Doctors, "Brise tes chaines" (de l'album "Libres"), encore un rock sur le thème de la rébellion et la liberté, avec Thierry Lengrand à la guitare acoustique et des choeurs (les précitées + Nathalie Challe). On termine avec 2  balades nostalgiques "Les bancs sont vides" et  "Va savoir ou ce chemin nous mène" pour conclure cette  galette qui réconciliera les amateurs de belle  chanson française et de Tom Petty, JJ Cale, Tony Joe White, John Mellencamp, Traveling Wilbury, The Band et autres rockers ricains. Et si Choubrac et Pagnucco venaient  d'inventer l'americana à leur sauce : le  normandycana ...

ROCKIN-JL



jeudi 7 novembre 2019

LION SAYS "Other side effects" (2019)

Trois ans après   "New folk" revoici Lionel Giardina et son project "Lion Says" avec un nouvel album intitulé "Other side effects". Pour tout savoir sur Lionel son parcours et ses influences -ainsi que sur son compère  Fred Woff - je renvoie à l'interview que nous avions fait à l'époque (clic).  Nous avons déjà également évoqué dans ces colonnes le groupe Two the  West  qu'il fonde avec Fred Woff en 2011, mis en sommeil depuis pour cause d'éloignement, Lionel à Rennes et Fred à Lyon. Mais quand Giardina crée Lion says  il fait appel à son pote d'enfance pour le produire, l'ingé son s'installe aussi derrière les claviers (Mellotron, orgue Hammond, Rhodes ...sa passion , lire l'interview) , et la basse et les guitares sur plusieurs titres. Lionel quant à lui compose et chante, jouant les guitares acoustiques (6 et 12 cordes) , mais aussi des lap steel  et cigar box, ainsi que des parties de basse. Le duo est aidé de Arthur Travert (drums, percus), Thomas Hoegy (violons), Tristan Ramaut (cellos), et quelques autres musiciens sur certains titres (Fred Le Saint  resonator guitare/ David Cindler basse / Julien Botas drums / Pascal Riaux guitare/basse).

Les cloches qui ouvrent "Trough the storm" ne sont pas celles de l'enfer  (celles d'ACDC sur "hells bells"..) mais celle d'un village des Pyrénées, pour une histoire  vécue là bas  par une  amie de Lionel  , celle d'une femme abandonnée par le père de ses enfants, une belle pièce triste mais emprise d'une grande beauté mélancolique; c'est du travail bien léché et ciselé, j'aime aussi beaucoup le travail sur les voix. Plus léger "Gimme a party" a un petit parfum pop West coast , et invite à la fête malgré les problèmes qui nous entourent,  avec encore de très belles harmonies puis le "dylanien" "Somehow" , écrit après les attentats de Paris s'interroge sur les crimes commis au nom de la foi.
"A thousand likes" évoque les réseaux sociaux, leurs likes leurs smiles et leurs "friends" virtuels, sur des sons orientalisants, alors que les chœurs de "Mamas"  renvoient plus au gospel, j'aime bien ce large champ musical et ces climats variés .
Un joli morceau aussi que "Never let go" calme puis qui s'enflamme , écrit en pensant à des jeunes   pris entre 2 cultures et 2 pays:   "the dream country is a joke / you're an outsider across the sea/ a foreigner in this bloody country" .
Sombre aussi "Mad chandeliers" sur l'avenir de la planète lancée comme un bus en feu dans lequel la fête continue ("let's have fun inside/ the burning bus") , quant à "Once again" c'est coup de fil pour soutenir  un ami sombrant dans  la boisson, bon tout ça n'est pas très gai je vous l'accorde mais introspectif, sincère et bien traité musicalement.
Les 3 parties de "Sorry son" recèlent une petite surprise  avec des vocaux chantés en français, la seconde partie évoquant irrésistiblement des passages de .. Gainsbourg , et on termine en acoustique bluesy avec "Peace at last (the boxer) ".

Un bien bel album aux thèmes musicaux diversifiés que l'on pourrait qualifier de  pop/folk/progressif rock , teinté aussi  d'americana pour ses touches country/folk/blues, avec un soin particulier porté aux arrangements et à la production aux petits oignons de Fred Woff ; en tous cas quelque chose de pas banal dans le paysage musical français.

ROCKIN-JL

jeudi 31 octobre 2019

JIMMY BARNES "My criminal record" (2019)

C'est un petit événement que ce 18eme album studio de Jimmy Barnes, son premier avec du nouveau matériel depuis prés d'une décennie ("Rage and ruin" -2009).  Barnes c'est une des plus grandes voix de l'histoire du rock, éraillée au Sullivans Cove (célèbre whisky australien) , puissante et chaude, gorgée de soul mais aussi hurlante et explosive quand il s'agit de heavy rock; s'il avait grandi en Angleterre ou aux States gageons qu'il serait une immense star mondiale mais hélas l'éloignement de l’île aux koalas a nuit à sa renommée. Ce gars mets une telle intensité et ses tripes sur la table dans ses interprétations qu'il chanterait le bottin ou du Jean Jacques Goldman que ce serait formidable.
Il naît en Ecosse a Glasgow en 1956 et suit ses parents vers l'Australie à l'age de 5 ans, son père est boxeur professionnel et son grand frère musicien, c'est avec lui qu'il intègre ses premiers groupes.
Il a 17 ans quand commence l'aventure Cold Chisel (clic) qui durera une dizaine d'années et autant d'albums, leur succès est fulgurant et en fait le groupe numéro 1 du pays, jusqu'au split en 1984, à cause  notamment du caractère difficile  et de la consommation de vodka et whiskey du Jimmy... Celui ci embrasse alors une carrière solo, et là encore avec réussite, des ventes et des numéros 1 à la pelle, celui ci ayant encore obtenu le N°1 des charts . Si j'ai bien compté celui ci doit être son 18eme album studios , plus une douzaine de live (dont le fabulissime "Barnestorming"(chronique) , bref une carrière bien remplie, et loin d’être finie .

Coté musiciens on retrouve ici à ses cotés Daniel Wayne Spencer et Davey Lane (guitares), Benjamin Rodgers (basse), Jackie Barnes (le fiston, tourne avec Rose Tattoo) et Warren Trout  (drums, percus) , Clayton Doley (claviers), plus des choristes dont sa fille Mahalia (clic) ; sans oublier quelques invités comme nous le verrons plus loin.

13 titres au menu (de nombreuses éditions en proposent d'autres en bonus) , 11 compos nouvelles (la plupart de la plume de vieux complices comme Don Walker (Cold Chisel), Chris Ceney (the living end)  ou Mark Lizotte (alias Johnny Diesel)   et 2 reprises, pas de n'importe qui puisque de John Lennon et Bruce Springsteen.
Et c'est le morceau titre qui ouvre les hostilités "My criminal record" ,  heavy blues rock mid tempo ou piano et  guitare soutiennent parfaitement la voix  de Barnes qui n'a rien perdu de son coffre, sur un texte  un peu autobiographique signé Walker.
"Shutting down your town" est de  Troy Cassar-Daley, un des meilleurs songwriters country australien, un classic rock puissant et mélodique à la Springsteen, Bob Seger ou Tom Petty, titre engagé socialement comme souvent chez Barnes sur la fermeture des industries et le chômage qui s'ensuit , on appreciera un petit coup de cornemuses et flutes (Anthony Field) . C'est le piano qui ouvre sur "I'm in a bad moon" riche en guitares bien bluesy, pas étonnant puisque puisque c'est son pote Joe Bonamassa qui s'invite, puis "Stolen car " est un rock musclé  avec choeurs,  guitares  en avant et  grosse voix qui rugit, du Barnes pur souche. ("ma vie est comme une voiture volée,  hors de contrôle/ je n'ai pas de destination, j'ai perdu mon âme") . Dans "My demon" , blues avec national steel guitar et slide, il évoque ses démons (addictions) . Vient la première reprise, c'est le "Working class hero" de Lennon, une de ses idoles, un choix évident vu les préoccupations sociales de Barnes,  dont un des titres phares est "For the Working class man" (titre de son album de 1985), une belle version pleine de souffle et d'émotion. "Belvedere & cigarettes" offre encore de bons solos de guitare et des chœurs soul, même si c'est relativement un des temps faibles de l'album. "I Won't let you down" évoque encore du Tom Petty, ou John Cougar Mellencamp, un country/rock/ folk enlevé. "Stargazer" ballade mid tempo, dont le principal intérêt est la voix qui donne la chair de poule. De la ballade on passe à un "Money and class" beaucoup plus musclé qui flirte avec le hard rock à la Deep Purple, avec Pat Thrall à la guitare. Sur "If time is on my side" c'est Johnny Diesel qui s'y colle pour un rock mélodique de bonne facture. Et on termine avec la seconde reprise , c'est "Tougher than the rest" du Boss, avec Jason Bonham derrière les fûts, pleine de feeling, que Barnes dédie à Jane, la femme de sa vie.
Voila un retour gagnant qui ne décevra pas ses fans, pour les autres il est plus que temps de découvrir cette grande voix du rock.
ROCKIN-JL




 

jeudi 24 octobre 2019

TIO MANUEL " the 7th Road" (2019)

La septième route , titre de l'album, correspond au 7eme album solo de Manu Castillo alias Tio Manuel , artiste français d'origine espagnole.  Ce n'est pas un nouveau venu puisque voila plus de quatre décennies qu'il arpente les scènes. Il jouera ainsi dés la fin des années 70  au sein de plusieurs groupes  dans la mouvance punk / (hard)rock  parisienne (Wunderbach, les Spoons, Catch22, Wicked Bouquet, les Outsiders..), on l'a croisé aussi récemment avec  La souris déglinguée. Et depuis 2001 il aura pondu également 7 albums.
Habitué des grands espaces américains sa musique pourrait justement être qualifié d'americana, terme qui indique le brassage des diverses  traditions musicales de chez l'oncle Sam: rock, country, blues, folk auquel Tio Manuel ajoute les touches latino de ses origines espagnoles.
Pour ce nouveau projet il est accompagné de Léon Teoquer (drums), Gilles Fegeant (guitar resonator et Stratocaster), Silvio Marie (basse), John W. Meyers (claviers), Jeanne la Fonta et Melissa Cox (choristes) , lui même étant à la guitare et au chant. Au songwriting aussi puisqu'il signe 7 des 10 titres, 2 étant de la plume du poète underground  Ian Ottaway (qui gravite autour du Black Rebel Motorcycle Club et que Tio a déjà mis en musique sur son album "The Ian Ottaway Project" en 2015))  et une autre étant une reprise du groupe britannique the Ruts.

"El centro" nous amène a la frontière entre le Mexique et les States, check point, flics en patrouille, tequila et marijuana, c'est "maybe the next gate to hell", ambiance blues rock solide à la Calvin Russell et voix burinée à l'accent spanish irrésistible, c'est superbe, une vraie BO de western moderne crépusculaire.
On poursuit avec "Flamingo Flamenco" , brûlant comme le désert de Chihuahua ou flotte le  "Joe Strummer's spirit"; la guitare et un harmonica plaintif se donnent l'écho dans ce long blues halluciné et lancinant. A suivre les deux titres de Ottaway le bluesy "Johnny Boy " et  "Skinny girl" , carrément rockabilly. "The golden curse" nous ramène à un americana folk country avec un joli piano , même ambiance sur "Amarilo y azul" , ballade a travers la Californie, de Frisco a San José.
Nous voila d'ailleurs à "San José junction" , ça bouge vraiment bien, les guitares sont en feu et le rythme effréné avant l'hispanisant "Andaluz" et ses superbes chœurs féminins, ambiance Manu Chao ,  Willy Deville aussi. La reprise bluesy du "Love in vain" des Ruts  est bien  différente de la version reggae des londoniens et pour finir "La ruta escondida", country folk festif sublimé par le dobro de Gilles Fegeant et la violon de Melissa Cox, entre Johnny Cash, Ry Cooder et Léonard Cohen, excusez du peu!

Quel disque superbe! Festival de guitares, voix burinée, mélange des cultures latino  et yankee, ce Tio Manuel fait vraiment fort et son latino/blues/americana nous invite au grand voyage sur cette 7th road écrasée de soleil  et de  poussière.

ROCKIN-JL 

Voir aussi un premier papier en 2017 : Tio Manuel "Dos Tios"


jeudi 17 octobre 2019

HANKY PANKY "Life is not a fairy tale" (2019)

On accueille avec plaisir le premier album de ce groupe de la région nantaise, un quintet composé de Emy Magic (chant), Gianni Tremolo (guitares), Julien Catherine (basse), Kevin Kravitz (claviers) et Michel Katel (batterie, un ancien des Malted Milk). Ils tirent son nom d'une chanson des Raindrops de 1963 dont Tommy James & the Shondelles firent un tube 3 ans plus tard, aux paroles un peu sulfureuses et au rythme insidieux que Joan Jett et les Cramps notamment reprendront. Un nom bien, choisi qui donne de précieuses indications sur la voie musicale  du groupe marqué  par la pop des sixties, mais pas que puisque ils citent également dans leurs influences la pop et le rock  indé des années 80, les Beatles, les Dogs, les Barracudas... bref beaucoup de choses sympas.

Joli titre pour ce premier album, "la vie n'est pas un conte de fées" paru chez Pop sisters records et enregistré au studio de la Trappe (Toulouse) par Triboulet et Don Joe, ce dernier on l'a déjà croisé  dans ces colonnes avec l'excellent album d'Indian Ghost (clic); il apporte  aussi sa guitare sur quelques titres.

11 titres au menu, une seule reprise "Watch your step" d'Elvis Costello, les autres sont de la plume de la chanteuse et les compos du guitariste (sauf "Break up", musique Don Joe). Les guitares sonnent bien dés les premières notes de "Milk" et on embraye sur une power pop/rock nerveuse qui n'oublie pas les mélodies pour autant, 3 noms me viennent à l'esprit catégorie pop/rock avec voix féminine : Debbie Harry (Blondie), les Bangles et les Pretenders de Chrissie Hynde, plutôt de bonnes références! "Precious bitch" enfonce le clou, c'est le premier single du groupe sorti en 2015, un sacré titre nerveux à souhaits.

Climat plus cool sur "Break up" avec Don Joe à la guitare, d'ailleurs on retrouve un peu le son d'Indian Ghost ici..."Make way" et surtout "Runaway"(ma plage préférée) me font penser au son West Coast, en particulier au Fleetwood Mac de Stevie Nicks, un hit en puissance à la mélodie qui touche juste, la voix d'Emy est juste superbe là dessus, et ces chœurs... De la face B (vieux réflexe d'ancien qui a connu le bon temps des 33 tours) je ressors le nerveux "a queen without a crown" et ses guitares crunchy, le tout aussi power pop "Vanishing is not a crime" et le morceau titre. Quant à la reprise de Costello elle est superbe et  délicieuse de finesse.

Voila une excellente surprise que cet album de pop nerveuse, qui lorgne aussi parfois vers le rock garage, voir le punk, la chanteuse assure, les guitares sont acérées, les touches d'orgue discrètes, les compos efficaces, bref tous les feux sont au vert pour les nantais.

ROCKIN-JL



jeudi 10 octobre 2019

GALOCHE "Rien ne vaut les travers" (2019)

Depuis le temps que nous faisons ce blog  nous avons reçus et chroniqués des dizaines non, des centaines de CD de groupes frenchy et croisés là dedans un certain  nombre de bargeots bien allumés, je pense spontanément entre autres aux  lillois de Mascarade; alors disons le de suite les Galoche dont que je cause  aujourd'hui sont à classer dans le haut du panier des timbrés.  Ce qui est pour moi un compliment, ça veut dire qu'ils sont simplement inclassables, hors des modes et du politiquement correct, bref, infréquentables!  Mais ça tombe bien, nous nous aimons bien fréquenter ce genre  de gens..
Alors Galoche késaco?  Comme ils se définissent eux même c'est "un duo basse/batterie à la scène comme à la campagne" issu d'un bled d'Ile et Vilaine, à 50 bornes de Rennes. Elle c'est Karine Morano (basse mandoline, larsen, chant) et lui Hervé Bouvet-Maréchal (batterie, programmation, saxophone, chant), l'enregistrement et le mixage ont été assurés par Vincent Galopin, le mastering par Arnaud Bataillard et le cd est illustré par Jean Kiboi, et ils font partie de l'écurie d'artistes de notre ami  Pat Kebra.

On commence l'écoute avec le morceau titre "Rien ne vaut les travers"  qui illustre bien ce duo qui sort des sentiers battus avec un certains dérision sur notre monde "le monde va de travers/ passe moi les couverts" , musicalement ça groove bien, le son est puissant entre rock/punk/ hardcore/ electro et le travail sur les 2 voix intéressant. J'aime bien aussi l'écriture de "La chamade" Mon coeur est la cuisine de ma pensée/  mon coeur est  en grillades , à moitié persillé/ mon coeur est bleu, saignant/ et battant la chamade...J'étouffe dans ce corps trop petit, rétréci au lavage de la vie" .
Avec "Prends moi!" au titre évocateur on rentre dans le quotidien du couple, fil conducteur chez eux, avec une grosse dose de dérision, et on aborde un autre fil conducteur de ces givrés : le cul...
Ce que ne démentent pas  "Epris de toi" et  "Mordille moi" , allez voir le clip de ce dernier ci dessous et vous comprendrez mieux  l'univers délirant et barré ou évoluent nos Galoche...
"Toi" évoque encore la vie quotidienne en couple et les désaccords  qui ne manquent pas d'arriver; pour le titre suivant tout est dit dans le titre "On veut du cul" , un electro rock énergique; Ah c'est malin ils m'ont collé ça dans la tète, je vais avoir l'air fin à gueuler "on veut du cul" au boulot ou au supermarché...
Le quotidien toujours avec la "Liste de courses"  -enfin, traitée à leur manière- , de l'amour avec
"je t'aime" , mais pour le romantisme on repassera puisque  "je t'aime que quand j'suis bourré" et pour finir "L'absence" plus lent, mélancolique avec un coup de sax bluesy .

Fous  furieux, obsédés mais sympathiques,  voila qui définirait bien les Galoche, qui de plus sous leurs  airs  déglingués torchent  des textes  pas si cons, brossant des tableaux du quotidien drôles ou glauques sans se préoccuper de la bienséance, totalement punk dans l'attitude et le coup de pied aux fesses qu’ils nous envoient. Ils s'éclatent à faire ça et finalement c'est assez jouissif et contagieux, alors pour reprendre leur slogan "Galochez vous!"

ROCKIN-JL

site :  galoche1.bandcamp.com



jeudi 3 octobre 2019

FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL 'Nothin' but" (2019)

Encore un groupe de chez nous que nous retrouvons avec plaisir, après les  deux excellents albums "Crawfish groove" (2010- article) et "Swamp it up" (2014- chronique) .  Un groupe que j'ai également eu le plaisir de voir sur scène au Bayou Breizh Festival en 2016 (clic) et je peux vous assurer que les garçons s'y connaissent pour chauffer les planches!
Coté compo du band on retrouve Fabio Izquierdo (harmonica, squeezebox(accordeon)), Cedric Le Goff (orgue, piano) , Charlie Duchein (basse), Stéphane Stanger (batterie) et seul changement par rapport à l'album précédent Lucas Gautier remplace Fabrice Joussot à la guitare; tous étant crédités aux chants et choeurs, Fabio assurant souvent le lead vocal.
Le groove des bayous des albums précédents était absolument délicieux et irrésistible alors qu'en est il de cette nouvelle livraison? La réponse sera vite trouvée les chiens  ne font pas des chats et un bon groupe ne fait pas de la daube, mais plutôt du jambalaya en l’occurrence...

La cloche retentit et nous invite à prendre place dans le "Zydeco train" qui démarre tambour battant, comme son nom l'indique il roule à travers la Louisiane à toute vapeur, l'accordéon est déchaîné, la guitare est également à l'honneur;  ce n'est que le premier morceau et je suis déjà en sueur à force de taper du pied!  J'ai le gosier à sec, vite un Sazerac ! (NDLR , cocktail emblématique de New Orleans).
En parlant de cocktail voici un "Mister Bartender" (barman) entraînant,  funky, rythm'n'blues  et festif, tout à fait dans l'esprit  de la Nouvelle Orleans. D'ailleurs on reste en Louisiane, et  avec une femme c'est encore mieux,  cherchons donc une "Louisiana girl" "(can I have a Louisiana girl/ can I get a Louisiana Lady");  j'adore ce morceau toujours trés festif , un peu rock bluesy , voire sudiste, sur les bords, avec un bon coup d'harmonica.
Place à la fiesta avec "Nothin but a party", rien à voir avec "Ain't nothin but a party " du texan Johnny Copeland si ce n'est le sens de la party.  Piano barrelhouse,  accordéon , rythme paresseux, en fermant les yeux on se transporte  direct dans un  juke joint crasseux au bord d'un  bayou  infesté d'alligators, attablé en train de déguster un gumbo d’écrevisses, sur l'estrade un groupe joue, je les reconnais , ce sont nos Flyin'Saucers!
On se pose un peu avec une jolie ballade dans la mangrove, le  clair de lune fait briller les yeux des alligators dans "Moonshine" , le joli solo de guitare fait aussi briller mes yeux...
Et ça continue avec d'autres excellents titres comme "Keep on hoping" et ses cuivres, "Gonna roll" qui donne dans le jump blues sauce swamp, hautement irrésistible, si vous ne dansez pas là dessus j'ai le regret de vous annoncer que vous êtes au pire un cul de jatte, au mieux un pisse froid...,
 "How can I try" blues mid tempo  , l'endiablé " Hey you kelkun" , "Angel at home "qui balance bien aussi, tout comme un "High blood pressure"  bien bluesy . De toute façon rien n'est à jeter sur les 13 titres de ce nouvel opus qui nous fait voyager pour quelques euros jusqu’à Baton Rouge  ou Lafayette, avec une énergie entraînante débordant d'un grand chaudron ou nos Flyin' mixent toutes leurs influences vaudous, le tout épicé d'un gumbo bien relevé et d'entrailles de poulet fumantes que nos lascars ont sacrifié au clair de lune..
 Un plat à consommer sans modération!

ROCKIN-JL

leur site flyinsaucersgumbospecial.net


jeudi 26 septembre 2019

ROD BARTHET "Ascendant Johnny Cash" (2019)

Nous allons retrouver aujourd'hui un artiste que nous suivons depuis longtemps et que  nous apprécions tout particulièrement, j'ai nommé Monsieur Rod Barthet qui revient avec un nouvel album (sortie officielle demain) dont rien que le titre  fait rêver : "Ascendant Johnny Cash".

Comme on ne change pas une équipe qui gagne  on retrouve à nouveau à ses cotés le parolier Boris Bergman qui signe 5 des 11 titres, et Rod  les 6 autres. Sacré carrière que celle de Bergman commencée fin des années 60 avec le tube des Aphrodite's childs "rain and tears" et poursuivie avec plus de 1000 chansons avec des interpretes aussi variés que Dalida, France Gall, Juliette Gréco, Marie Laforêt, Nana Mouskouri, Paul Personne, Maxime Le Forestier, Louis Bertignac  ou Hubert Félix Thiéfaine sans oublier bien sur sa collaboration avec Alain Bashung pour lequel il signe notamment les hits de 1980 "Gaby Oh Gaby" et "Vertige de l'amour"...

Pour cette nouvelle  galette Rod (guitare, chant, basse sur un titre) s'est entouré de Damien Chopard (guitare), Fred Maggi (claviers), Victor Pierrel (basse), Fred Maisier (batterie), Pat Machenaud (percus, tambourin) et même sur quelques titres d'un quatuor de cordes dirigé par Thomas Nicol (violoncelle), avec aussi Maelle Bourquard et Anne Laigneau (violons) et Charlotte Rivier (alto); au mixage Yann Marchadour.
On commence fort avec 2 des compos de Bergman, "Amour ma fêlure" et son tempo blues rock vigoureux et cette voix de Barthet caressante et énergique, les guitares s'embrasent pour un final presque sudiste; un sacré départ poursuivi  par le morceau titre "Ascendant Johnny Cash" mélodique, et carrément  irrésistible avec l'intervention des cordes et des paroles qui portent la "patte Bergman", un hit en puissance !

Barthet reprend la plume pour "Dans mon monde", titre  utopiste  qui me rappelle un peu  les préoccupations de "Pour nos enfants" sur l'album précédent ("dans mon monde/ il n'y a pas de dogme ni de vérité/ il n'y pas de blancs, ni de noirs, ni de riches/ la diversité c'est une de nos plus grandes richesses"), et les guitares sifflent comme un nid de crotales de la Vallée de la mort sur ce blues musclé! On redescend dans les décibels avec "En noir et blanc" joli titre acoustique qui prouve que Barthet possède une jolie écriture aussi, mais ça on le savait déjà (" j'vis ma vie en noir et blanc/ les fleurs du mal poussent lentement"). Bergman revient pour les 3 suivantes, je ne sais si c’est inconsciemment car Bergman est dans le coup mais le premier des 3 "Un homme tout petit' me fait vraiment penser à du Bashung, avec encore le quatuor à cordes pour une ambiance mélancolique et embrumée, superbe. Joli son rock/pop qui m'évoque du Dire Strait sur "Faux frère" et plus bluesy avec de beaux passages de guitare pour "Lampe de poche", j'aime beaucoup tous ces climats différents mais cohérents.
Les 4 derniers titres sont de Rod lui même, le  joli "Maman", là encore les guitares sonnent  sur ce morceau nostalgique, faussement naïf, à la Souchon, "j'veux pas grandir maman/ dis moi est ce que je peux rester un enfant";
"Sacha",  boogie blues "John Lee Hookerien", joli passage orgue/guitare; un rien autobio ("libre comme l'air je gère ma carrière/ personne pour me dire ce qu'il faut faire/ j'prends mon sourire en bandoulière")

"Madame" , superbe blues mid tempo, transpercé  de pleurs de guitare déchirant une  nuit orageuse dans le West side de Chicago, très beau texte aussi,  franchement qui peut torcher  des blues pareils par ici, à part Paul Personne, Bill Deraime et un ou deux autres?
On termine en rythme et  électricité  avec  "Tout un symbole" "avec toi j'décolle il parait même que j'menvole/ tout un symbole", en tous cas moi cet album m'a fait décoller ; Boris Bergman affirme que c'est le meilleur album de Rod et qu'"aprés lui le blues en français ne sera plus jamais le même" . Je ne saurai dire mieux, sinon qu'il est réducteur de cantonner Barthet au blues, tant tel un caméléon musical  il sait épouser d'autres couleurs pour finalement trouver sa propre personnalité. Voici ce que m'a confié Rod au sujet de cet album " J'ai voulu être moi même et ne chercher à ressembler à personne d'autre, à marquer un grand coup  pour que les auditeurs sentent quelque chose de fort, et à marquer durablement mon identité".   

Un grand album tout simplement.

ROCKIN-JL

tous renseignements sur son site : rod-barthet.com

à relire, la chronique de "les filles à l'écoute" (notre album de l'année, Deblocd'or 2014 (clic))   



jeudi 19 septembre 2019

IVANHOE , de RICHARD THORPE (1952)


le réalisateur : sacrée carrière que celle Richard Thorpe (1896-1991), commencée dans les années 20, elle s'étalera sur 4 décennies au sein de la Metro-Goldwyn-Meyer ; parmi ses titres de gloire il dirigea 4 films de la série  des Tarzan avec Johnny Weissmuller, "les aventures d'Huckleberry Finn" d'aprés Mark Twain avec Mickey Rooney, des films noirs ("la main noire"1950) , des westerns ("la vallée de la vengeance" avec Burt Lancaster (1951) "l'homme à la carabine" avec James Stewart (1952), "le pistolero de la riviere rouge" avec Glenn Ford (1967, son dernier film) et surtout 3 excellents films, le "Ivanhoe" qui nous intéresse, suivi de "Le prisonnier de Zenda", superbe film avec Stewart Granger (1952) et "Les chevaliers de la table ronde" (1953). Il dirige aussi Elvis dans "Le rock du bagne" (1957) . En tout pas loin de 200 films, en comptant les premiers des années 20/30 qui sont surtout des films de 35 minutes. Il ne laissa pas la trace d'un réalisateur de premier plan, mais plutôt d'un bon exécutant, très bien vu des patrons de la MGM car il a pour habitude de terminer ses tournages dans les délais, et cerise sur le gâteau sans dépasser le budget alloué. Comme le dira l'un d'eux, Thorpe était "le plus efficace, le plus rapide et le plus compétent de tous ceux que nous avions à la Métro pour diriger un film d’aventures."

Liz Taylor
le casting : Pour le rôle titre Stewart Granger fut initialement envisagé mais c'est finalement Robert Taylor qui sera retenu, pas exigeant, pas casse pieds sur un tournage et qui sort d'un gros succès avec "Quo Vadis" de Mervyn Le Roy (1951) .
Autre héroïne du péplum précité Deborah Kerr devait jouer Rowenna, mais elle doit renoncer pour cause de grossesse et c'est Joan Fontaine (1917-2013) qui la remplace. Joan était la soeur de Olivia de Havilland, autre légende Hollywood, toujours vivante elle, à 103 ans.
Pour le rôle de Rebecca, c'est la sublime Liz Taylor alors âgée de 20 ans qui est retenue ; à noter pour la rubrique people qu'elle rencontra lors de ce tournage en Angleterre le comédien anglais Michael Wilding qui sera un de ses 7 maris (1952-1957)
Le méchant, Sir Brian de  Bois Guilbert est incarné par l'anglais Georges Sanders, alors qu'un autre britannique, Emelyn Williams,  joue Wamba, l'écuyer fidèle d'Ivanhoé.

Autour du film : bien sûr adapté du roman de l'écrivain écossais  Sir Walter Scott (1771-1832) à qui l'on doit également "Quentin Durward" que Thorpe adaptera également au cinéma en 1955 avec toujours Robert Taylor. C'est la scénariste Marguerite Roberts qui est engagée, elle sera assez fidèle au roman tout en gommant sur commande certains points comme la corruption du clergé.
Pourtant Marguerite Roberts n’apparaîtra pas au générique, blacklisté pour cause de chasse aux communistes car elle fut membre du parti jusqu'en 1947. Détail intéressant le personnage de Rebecca fut inspiré à Scott par un personnage réel, Rebecca Graetz, jeune juive de Philadelphie qui consacra sa vie aux œuvres de bienfaisance.

Le tournage se fit en Angleterre, sur les plateaux de Borehamwood dans des décors assez incroyables. Ainsi le château de Torquilstone est reproduit sur un plateau géant qui engloutit presque tout le budget, la MGM le louera ensuite pour d'autres tournages. D'autres scènes sont tournées en Italie et en Écosse et c'est le chef opérateur Freddie Young qui met son expertise du Technicolor au service du film, il sera d'ailleurs nominé aux Oscars pour son travail.
L'un des moments forts c'est la prise du château fort qui mobilisa plus de 1000 figurants et cascadeurs, entraînés pour l'occasion comme un armée au chevauchement et  au maniement des armes. Le film sera le second plus gros succès de l'année et aura 3 nominations aux oscars, photo, musique, et meilleur film, c'est cette année là "Sous le plus grand chapiteau du monde" de Cecil B DeMille qui remporte l'oscar roi.

Liz Taylor / Rebecca et Robert Taylor /I vanhoe
le film : le début est très beau, le chevalier saxon Ivanhoe, de retour de croisades, cherche le roi Richard Coeur de Lion, disparu durant son retour de Terre Sainte et que tout le monde croit mort. Déguisé en troubadour il parcourt le monde en chantant sa chanson sous les fenêtres des châteaux sur sa route. Et un jour en Autriche, du fond d'une geôle, un chant lui répond, c'est Richard, prisonnier de Léopold d'Autriche. Richard dont le frère, le prince Jean est au courant de la captivité et refuse de payer la rançon demandée, Jean -sans- terre est un ignoble félon, un tyran qui écrase le peuple, de plus allié aux normands. Notre héros va des lors s'activer à réunir la rançon pour libérer son roi, et son pays du tyran. Il sera notamment aidé de la communauté juive et de son patriarche Isaac d'York  qu'il a sauvé des voleurs. Aidé également par la fille d'Isaac, Rebecca (Liz Taylor) qui lui fournira ses bijoux personnels et le soignera quand il sera blessé. Celle-ci aimera le héros d'un amour impossible car il est déjà fiancé à Lady Rowena, il y a d’ailleurs de belles scènes entre les 2 femmes, entre jalousie mais aussi respect. Pourtant Liz Taylor, peu motivée à aller en Angleterre et plus intéressée à ses affaires de cul, pardon, de cœur,  exaspère la production...

Ivanhoe trouve aussi l'aide de... Robin des Bois et de sa bande qui le cachent à Sherwood et mettent leurs larcins au service de la rançon. D'ailleurs le film est à rapprocher du Robin des bois de 1938, le seul, le vrai, avec Errol Flynn.
Il y a de grands moments de bravoure dans ce movie : le tournoi de chevalerie du début où Ivanhoe met à terre les félons les uns après les autres et finit gravement blessé ; le siège et la prise du château fort, un grand spectacle ! Le procès en sorcellerie de Rebecca d'York est aussi gratiné tout comme le duel final entre le héros et l’infâme Bois-Guibert, je ne vous dis pas qui va gagner...

Ce film est une madeleine de Proust pour tout cinéphile nostalgique de l'age d’or d'Hollywood, des grands acteurs, de l'action, le code de l'honneur, des méchants vraiment méchants, un happy end, des bons sentiments (même le méchant dans son dernier souffle se rachète). Je l'avoue, je chiale toujours comme une midinette devant ce genre de films qui me fait retomber en enfance...
- Vos kleenex Monsieur Rockin'...
- Berci Zonia, sniff...

Sir ROCKIN-JL

jeudi 12 septembre 2019

ZU et les ZIGS "Acte 1,Scène 1 - en concert à la Grooverie" (2019)

C'est toujours avec plaisir que nous retrouvons ici de vieux amis, que nous avions déjà croisé il y a quelques années. C'est le cas du bluesman lyonnais ZU dont en 2015 je vous parlais du disque avec les "Blouzayeurs"  (chronique), puis quelques mois plus tard sous son nom il publiait le bien nommé "Mur pour le blues" (re clic).
Le revoici donc 4 ans plus tard avec une nouvelle équipe "les Zigs" , composée de Laurent Coulaud (batterie), Jérémie Vinet (basse) et Georges-Henry Peyrin (claviers), Zu étant toujours au chant et à la guitare, et au songwriting. Un album enregistré live à la Grooverie à Lyon, un show filmé et enregistré destiné à convaincre festivals et programmateurs de la pertinence d’accueillir ces drôles de Zigs.
Et franchement ce ne serait pas une mauvaise idée car leur blues en français est séduisant, groove vraiment bien, et le petit plus c'est la plume de ZU,  drôle, incisive et poétique mais jamais banale. A noter d'ailleurs qu'il invente le concept de "Blues bio", un blues sans artifices, de terroir et de proximité, en direct du musicien à l'auditeur...
Sur cet album -financé grâce au  financement participatif-12 titres, 3 reprises  et 9 originaux, dont certains déjà entendus sur les 2 albums précités.
Et on commence avec le festif et épicurien "On ne vit qu'une fois" qui donne la banane, suivi de l'histoire de l'"Homme de joie", qui tapine sous les lampadaires, un sujet peu commun...
Un bon vieux Chicago blues maintenant avec "Je parle mal" , un clin d'oeil  aux programmateurs toujours réticents envers le blues en français, mais c'est aussi une vraie profession de foi pleine d'humour et de justesse sur la condition du bluesman français qui ne gagne en rien à singer ses cousins de Chicago ("suis pas allé aux puces de Maxwell street/ pas de Muddy Waters dans mon white spirit/ mon ghetto urbain c'était pas le South Side/ non, j'ai eu Créteil, ses tours et son béton / alors pourquoi te chanter "Rolling Stones" / alors que j'ai bourlingué dans la zone".. " c'que tu veux c'est du Chicago blues/ seulement ça va pas être possible") .
On continue avec un titre du premier album "Que le rose nous grise" avec un jeu sur les mots typique de l'auteur puis "Mur pour le blues" issu de l'album du même nom, ça balance vraiment bien, à la Benoit Blue Boy. Après une nouvelle compo "On joue les bleues", voici la première reprise: "Allonz 'au tortillage" de  Benoit Blue Boy justement, un titre à faire la fête à Bâton Rouge ou Lafayette.
Sur un tempo boogie woogie, voici "Blanc bec" qui rappellera la chanson  de Nino Ferrer -"je voudrai être noir" (pour jouer le blues) - mais "faut te faire une raison mec/ toute ta vie tu seras un blanc bec"...Mais même blanc bec on peut balancer de bons blues, la preuve avec "Le blues des shoes", amusant hommage à une paire de chaussures usées.  Plus mordant "Pourvoir" tape sur les élites ("Ils se pavanent en limousine/ au moins 3 smic sur le dos/ et osent rôder vers les usines").
2 reprises pour finir , d'abord une adaptation de "I'm tore down" (1961 par Freddie King, paroles de  Sonny Thompson, sera repris par Clapton, Jeff Healey, Otis Rush..) , qui devient ici "J'suis bourré" ...
Et pour finir un hommage à un autre grand nom du blues en français, Bill Deraime avec son fameux "Tire ailleurs", de quoi terminer en beauté un bon concert de blues dynamique, et puis c'est sympa de comprendre les paroles, surtout quand elles sont pas cons...

ROCKIN' JL

cd dispo sur le label Bluesiac de Mike Lécuyer : bluesiac.com
le site du groupe :  zublues.fr