samedi 4 juillet 2015

Stephen KING – Mr MERCEDES (2015) – Par Claude Toon




Après quelques années de bouderie, je me suis réconcilié avec Stephen King grâce à deux ouvrages commentés dans le blog : l'un par Luc : 21-11-63 (Clic) et l'autre par votre serviteur : Docteur Sleep (Clic).
Mr Mercedes est un ouvrage un peu à part dans la bibliographie de l'écrivain américain dans le sens où ce thriller est un polar, un vrai. Exit toute dimension fantastique dans ce bon livre, même si je l'annonce d'emblée, certains personnages sont surréalistes de sottise et que l'humour sarcastique de King est bien au rendez-vous.
Le roman s'attache à un serial killer, mais l'originalité de la trame réside dans le fait que ce type ne répète jamais un modus operandi précis pour commettre ses crimes qui évoluent vers le terrorisme. Le lascar est lourdement organisé mais tellement bordelique par certains comportements qu'il lui arrivera de tuer par inadvertance des cibles non prévues, et même sa propre mère !

L'arme du crime !!!
Commençons par le début : prologue !
Par une glaciale nuit d'hiver, Augie Odenkik, chômeur de longue durée, victime de la crise actuelle se mêle à une file d'attente devant l'équivalent du pôle emploi made US. Il espère obtenir un petit job, de quoi survivre, à l'ouverture au petit matin. Devant lui, Janice Gray, une femme seule et aussi sans emploi, avec un bébé qu'elle protège comme elle peut du froid polaire. Ils sympathisent. La file d'attente se prolonge. Stephen King n'hésite pas à nous replonger ainsi dans une Amérique en déconfiture, à citer la grande dépression, celle des raisins de la colère de Steinbeck… Dans la nuit, un monstre surgit. Pas un E.T. ou un tyrannosaure, non ! Une Mercedes S500.
La bête d'acier de près de 3 tonnes se tient à l'affût, observe, rugit, puis se précipite comme un taureau furieux sur la file d'attente…
Augie, Janice et son bébé n'échapperont pas à la mort, pas plus que d'autres malheureux, tous laminés par la mécanique en furie pilotée par Mr Mercedes, sobriquet sordide que la police donnera à ce tueur motorisé à défaut de pouvoir lui donner un état civil officiel, l'enquête n'ayant abouti à… rien au bout d'un an !!!!

Moins dangereux... Quoique...

1 an plus tard : Bill Hodges vient de prendre sa retraite d'inspecteur. Il vit seul avec sa télé, quelques canettes, et des regrets : ceux de n'avoir pu résoudre quelques affaires bien sanglantes comme celle de la berline allemande tueuse (ça sonne comme un titre de nanar TV cette expression). Bon, il voit ses anciens potes et fréquente son voisin, un jovial grand ado Black, Jérôme qui couve comme le Graal sa petite sœur Barbara, une mignonne mouflette de 9 ans et le sympa chien familiale. Bill a sur le cœur cette enquête avortée sur le bolide assassin, ou plutôt sur le tueur qui a taxé l'engin sur un parking pour prendre son pied en massacrant des chômeurs. Et puis dans cette enquête pourrie, même la propriétaire de la voiture a fini par se suicider. Olivia Trelawney, une grosse fortune du coin, a toujours juré ses grands Dieux qu'elle n'avait pas laissé sa limousine non verrouillée en pâture au premier venu. Elle était riche, pas toujours cordiale, mais quand même  cette suspicion de complicité passive était lourde à porter. Elle a même confié à sa sœur Janey qu'elle entendait les fantômes des victimes du drame la harceler via les HP de son ordinateur…
Bill Hodges ne reçoit pas beaucoup de courrier, sauf un jour cette lettre bizarre écrite et signée par LE TUEUR À LA MERCEDES qui se fout ouvertement de la gueule de Bill, en le traitant de flic minable qui n'a pas su remonter la piste, etc. La suggestion est de… se suicider… Tiens, le flic aussi, après Olivia qui entendait des voix ! Canular d'un maniaque ou nouvel indice ?


Stephen King (photo : Shane Leonard)
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Stephen King inverse un peu les règles du genre thriller en nous présentant d'emblée le charmant salopard qui joue les chauffards nocturnes avec prémédication et se pique de talents épistolaires revanchards. Brady Hartsfield n'a pas l'esprit bien net, on s'en doute, mais possède des talents certains. Faisons connaissance : Brady est né dans une famille de tarés où sa mère ronchonne à longueur de temps sur son second fils né attardé mental… Brady le trouve chiant ce môme à accaparer sa mère avec son handicap, déjà que son père est mort quand il avait huit ans. Bref, le petit infirme est amoureux de son auto de pompier. Brady se révèle imaginatif en plaçant le jouet au pied de l'escalier de la cave. Comme prévu : une chute mortelle bien regrettable pour le frérot, mais avantage : un marmot en moins et Maman pour Brady tout seul. Enfin, Brady ne gagne pas sur tous les tableaux car Maman se met à picoler comme un trou pour l'éternité… Devenu grand, Brady assure deux jobs : technicien de maintenance informatique à domicile (ça permet de fouiller les petits secrets cachés dans les disques durs des concitoyens et d'ajouter des gadgets espions de sa conception), et puis Brady joue aussi au marchand de glace ambulant. Les gens et les mômes aiment bien le marchand de glace rigolo. "Merci M'sieur, elle est belle la glace". "Hihi ma jolie"… ("petite salope" en off).
Bill Hodges décide d'épicer son quotidien en reprenant l'enquête en freelance. Il rencontre Janey Trelawney, la sœur d'Olivia. Je saute quelques épisodes, il y aura une petite idylle, et une tragédie. Jerome épluche le PC maudit et se pose des questions, et les bonnes. Bill et Jerome vont mettre en place un phishing à tueur par site de rencontre interposé. Des pseudos évidement. Ça marche ! Échange de messages venimeux et provocants mais tellement explicites. Le duel entre le flic et l'assassin maléfique virtualisé (pour le moment) commence. Brady, agacé de l'obstination de l'ex-flic à ne pas se faire sauter la cervelle, est certain d'avoir lui-même la peau de Bill. Mais Stephen King a décidé le contraire et tout le roman va nous montrer un Brady qui se prend les pieds dans le tapis dans ses plans sataniques…
Pourtant pour pousser à bout Bill et ses amis, Brady met les petits plats dans les grands, recourt à des actions diaboliques et inutiles. Ainsi, il confectionne des boulettes de viandes moelleuses et parfumées à la strychnine pour empoisonner le chien de Jerome, rien que pour faire c**r. Il les mets au frigo en attente et… horreur, sa conne de mère qui picole, mais ne bouffe habituellement jamais rien, a décidé de se faire un petit encas !! Agonie atroce et un cadavre à planquer sous le couvre-lit. Bien embêté le Brady. Ben oui, sa mère lui soulageait ses migraines en lui faisant une petite gâterie le soir, vous voyez le genre, j'évite les détails, maman aux yeux vitreux mais à la main alerte ! Ah les braves gens.

Stephen King signe un bon livre avec son style particulier : une écriture dynamique, des personnages typés, des héros du quotidien, quelques fâcheux, des situations rocambolesques, de l'humour noir. Le final est grandiose mais je ne peux pas vous le raconter... évidement. Juste un conseil : n'emmenez jamais vos gamins prépubères à des concerts crétins de Boys bands (même si le genre à fait pfuitt), Christophe Maé, Justin Bieber ou équivalent. Ça craint pour leur épanouissement artistique et pire… Mr Mercedes peut rôder en mode kamikaze…


vendredi 3 juillet 2015

DERRIERE LA PORTE VERTE de Jim et Artie Mitchell (1972) par Luc B. comme braquemart.


Dans le cinoche, il y a les frères Dardenne, les frères Coen, les Taviani, les Wachowski… et les frères Jim et Artie Mitchell. On les oublie, ou on ne les connait pas. Dommage… Dans le San Francisco de la fin des années 60, les frangins étudient le cinéma à l’université, et dissèquent les films de Jean Luc Godard. Pour gagner du fric, ils achètent une petite salle de cinéma, et diffusent des petits films érotiques. Des loops. Des bandes de quelques minutes, qu’on passe en boucle toute la journée, avec à chaque fois une fille qui se dessape, éventuellement avec une copine, mais on ne se touche pas, interdit. Pour l'instant... Des films pas chers, qui rapportent, réalisés à la chaine, parfois par les frères Mitchell eux-mêmes.  

Le petit commerce prospère, d’autres salles sont ouvertes, qu’il faut fournir en bobines. Mais la police descend de temps en temps, et confisque les films. Quitte à prendre des risques, autant que ça rapporte plus. Les frères Mitchell passent au court métrage, puis au long. Ils investissent dans du bon matos, enregistrent en son direct, utilisent des musiques originales (le guitariste Mike Bloomfield en a fait quelques-unes) et surtout, ils signent leurs films. Pour la première fois, un porno aura un générique. Les Mitchell Bros ont l’ambition de faire du porno un genre à part entière. GORGE PROFONDE sort la même année, un désastre artistique, mais gros succès public. Ces deux films lancent l’ère du Blue-Movie.

DERRIÈRE LA PORTE VERTE est au porno ce que 2OO1 est à la science-fiction ! Un truc énorme. Euh… cherchez pas, y’aura pas une allusion salace (car à force, ça lasse) dans cette chronique, ici, on ne parle que de cinéma. Mais éloignez les enfants quand même…

L’histoire est toute simple. Une jeune femme est enlevée par des hommes (un des frangins joue un kidnappeur), emmenée les yeux bandés dans un club privé, où elle sera sexuellement utilisée par… tout le monde ! Le tout dans une ambiance feutrée, chandeliers, queues de pie, robes de soirée, loups et masques vénitiens. Les clients du club regardent les performers, avant de s’y mettre aussi. Rarement on avait vu autant de bourgeois lubriques copuler. C’est l’ancêtre du porno-chic. Mais avec ce parfum de clandestinité, de fantasme, mais aussi de décadence (assumée) et de perversité, de liberté totale. Que se passe-t-il derrière cette fameuse porte verte ? Cette même question perdra le héros du EYES WIDE SHUT de Kubrick... 

DERRIÈRE LA PORTE VERTE ne se contente pas d'être bandant par les images qu'il montre, mais par ce qu'il suggère. Il est excitant car basé sur le voyeurisme, la clandestinité. Le club privé où se déroule cette orgie est tenu secret. Il faut être initiés pour y entrer. La jeune femme ne saura jamais qui, où, pourquoi... Le film utilise aussi l'idée de la femme-objet sexuel, entièrement offerte aux membres. Aux membres du club. Elle ne dit pas un mot du film ! On se fiche éperdument de savoir si elle est consentante, ou non. Ca aussi ça titille l'entrejambe, ce non respect des conventions. Le spectateur novice se disait : ainsi ça existe vraiment, des endroits pareils, des gens pareils ? On est en plein trip, on est jeune, libre, on est tous frères et sœurs de baise, et le mot d'ordre est : jouissons. DERRIÈRE LA PORTE VERTE est aussi le premier film où une femme blanche a des rapports sexuels avec un homme noir.

Le film aligne des scènes à la fois sensuelles, délicieusement obscènes, et acrobatiques, notamment la fameuse séance des trapèzes, bien montés par des types en collant blanc découpés à l’entre jambe ! L’héroïne y fait preuve d’un talent buccal certain. Elle passe entre les mains expertes de quelques dames, accessoires en prime. Les éclairages sont soignés, on se croit dans un théâtre d’avant-garde, une performance arty. Et comme on est en 1972, les frères Mitchell usent d’artifices psychédéliques, effets de superposition d'images, prismes, solarisation (rappelant, donc, 2OO1) ralentis, dans une scène mémorable d'éjaculation qui n’en finit pas (et dont l'actrice pourtant très à l'aise, ne garde pas un souvenir très agréable). Les réalisateurs jouent avec les filtres de couleurs comme Godard dans LE MÉPRIS !  

La Brigitte "tu les trouves jolies mes fesses" Bardot des frères Mitchell, c’est Marilyn Chambers. Elle est radieuse, ne correspond pas au physique type, elle est la parfaite ingénue, belle, douce, dévoilant une lubricité sans limite. A l’opposé d’une Linda Lovelace, actrice de GORGE PROFONDE, minaudant comme une pouffe de télé réalité la sucette entre les dents. Marilyn Chambers, serveuse seins nus, un peu mannequin, un peu actrice, a obtenu le rôle en répondant à des petites annonces. Un des frères Mitchell lui a fait ce beau compliment : "tu as un visage sur lequel tout garçon aimerait poser sa bite". C’est-y pas romantique ?

Son contrat stipulait qu’elle choisirait ses partenaires, ne serait contrainte à rien, et qu’elle toucherait un pourcentage sur les recettes. Et elle a bien palpé. Parce que propriétaires de leurs salles, les Mitchell contrôlaient toute la distribution. Et ont vendu leur film avec un bon plan marketing. Il y avait une pub célèbre à l’époque, pour les savons Ivory, dont le slogan disait : « pur à 99.44% ». Les frères Mitchell le détournèrent sur leurs affiches, sous une photo de l’actrice, on lisait « impure à 99.44% ». Génial !   

Marilyn Chambers faisait étalage dans ses interviews de toutes ses expériences, sa philosophie de vie basée sur le sexe, c’était l’époque où les acteurs pornos étaient en vogue, amis des stars, des people qu’il était d’usage d’inviter à Hollywood. Certains s’y voyaient déjà, et s’y sont cramés les poils. Le circuit X n’était pas encore un placard honteux, on était en pleine contre-culture, et le public se pressait dans les salles. En Europe, les critiques de cinéma relayaient le succès du film, se pâmaient devant ce joyau porno, croisement de Godard et Bergman. Il sera projeté à Cannes.

Les frères Mitchell et leur muse tourneront l’année suivante LA RÉSURRECTION D’EVE, et travailleront plusieurs années ensemble sur des spectacles live. Marilyn Chambers meurt d’une crise cardiaque en 2009. Les frangins, accros à la coke, ont fait pas mal de passages en taule. Ils arrêtent le cinéma pour se consacrer au théâtre, mais y reviennent avec une PORTE N°2 en 1986, toujours verte, mais sans leur actrice légendaire. En 1991, Jim Mitchell abat son frère Artie d’un coup de fusil. Dispute con-fratenelle... Il sera condamné, emprisonné, puis libéré, et meurt en 2007. Un téléfilm avec Emilio Estevez et Martin Sheen (deux frères dans la vie) retrace leur vie.

Triste parcours pour ces deux frères, nababs hippies du porno californien, qui ont laissé à la postérité ce film considéré comme le chef d'oeuvre du genre, expérience visuelle délirante. De l'art ou du cochon ? Les deux mon colonel.  


BEHIND THE GREEN DOOR (en VO)
couleur  -  1h15  - format 1:37   


Ah bah zut, la bande annonce elle ne marche pas... hé hé hé, bandes de vieux cochons... 

jeudi 2 juillet 2015

STEVIE WONDER "Songs In The Key Of Life" - par Pat Slade







Stevie Wonder un génie “visionnaire”




Connaissez-vous Stevland Hardaway Judkins ? Cet homme noir  né prématuré et placé en couveuse perdra la vue suite à une dose d’oxygène mal contrôlée qui entraînera un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins de la rétine ? Et si je vous dis Stevie Wonder ? Déjà vous y voyez plus clair non ? Mais stop ! Je ne vais pas commencer à faire des mauvais jeux de mots sur un handicap, sinon je risquerai d’avoir quelques problèmes d’éthique et beaucoup de gens verraient ça d’un mauvais œil ! (Hum !). Premier album en 1962 sous le nom de Little Stevie Wonder, un album par an (des fois deux) jusqu’en 1972 ou il sort «Talking Book» qui en fera une vedette internationale avec des titres comme «You are the Sunshine of my life» (Avec une reprise par Brigitte Bardot et Sacha Distel… No Comment ! ) Et surtout «Superstition».      

Mais en 1976, il sort un double album considéré par beaucoup (Dont moi-même) comme son chef-d’œuvre «Songs in the Key of Life». Tout y passe dans ce disque : l’amour «Love’s in need of love today», le ghetto sordide avec «Village Ghetto Land» et son intro baroque au synthé, les problèmes raciaux avec «Black Man», les problèmes de société avec «Pastime Paradise», un titre qui plus tard sera massacré (N’ayons pas peur des mots) par un rappeur et qui rebaptisera le titre par «Gangsta Paradise» (Re-No Comment). Également : un hommage à Duke Ellington dans «Sir Duke», le titre qui lui fera gagner un Grammy. «As», une chanson d’amour pour sa compagne avec une guest star au piano électrique : Herbie Hancock. «Confusion» sonne comme une torride jam session.  Stevie Wonder a toujours le truc pour sortir des pépites de ses albums «If It’s Magic», une très belle ballade en harpe-voix avec une petite apparition de l’harmonica à la fin de «Another Star» et sa rythmique de danse, et plein d’autres chefs-d’œuvre encore sur cette album.

Hormis Herbie Hancok, on pouvait entendre les guitares de Georges Benson et de Mike Sembello et Dorothy Ashby avec sa harpe. Dorothy Ashby est l'artiste qui a popularisé l’usage de la harpe dans le jazz, le rhythm and blues et la world music. Hormis Stevie Wonder, elle enregistrera avec Billy Preston et Bobby Womack.

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A l’intérieur de ce double album, on pouvait trouver un 45 tours de quatre titres et un livret d’une vingtaine de pages avec sur l’avant dernière, en haut de page : «Merci de m’avoir donné le plus grand des cadeaux qui peut être reçu – Votre temps et la bonté» suivi d’une impressionnante liste de noms où apparaissent : Jeff Beck, le basketteur Abdul Jabbar, David Bowie, Chick Corea, le révérend Jesse Jackson, Diana Ross, Frank Zappa et même la déesse indienne de la destruction Kali.

Si «Songs in the Key of Life» reste un classique du genre, c’est que Stevie Wonder avait du talent à revendre dans le milieu des années 70, mais après «Hotter Than July» et son reggae «Master Blaster», le temps a eu un impact sur lui, six albums en 25 ans. Little Stevie Wonder a bien mal vieilli, mais il est capable de sortir du jour au lendemain un nouveau chef-d’œuvre, alors... à regarder du coin de l’œil.




mercredi 1 juillet 2015

LIVE'S 90'S (part. 1 "The Return of the...")


     A mon sens, les années 90 sont un peu le renouveau des enregistrements publics Rock de qualité. Plus précisément, ceux qui peuvent apporter un plus à la discographie d'un groupe, une relecture - certes parfois très relative - intéressante, ainsi qu'une qualité d'enregistrement qui semblait avoir été négligée lors de la décennie précédente.
A nouveau, l'enregistrement en public parvient parfois à offrir la meilleure image du groupe. Et quelques fois, comme dans les années 70, il arrive que ce témoignage s'érige comme le meilleur disque du groupe. Cela reste moins fourni que pour l'époque de référence, cependant on a de nouveau le plaisir de trouver des témoignages live intéressants.
En voici une bonne poignée qui mérite une attention toute particulière. A mon sens, ils méritent tous d'être présent dans toutes discothèques - Rock / Pop - qui se respectent.


BLACK CROWES & JIMMY PAGE
"Live at Greek" 1999

     Ouais ! D'entrée on tape fort. Nous sommes comme ça au Déblocnot'. S'il y a bien un live des années 90 qui a marqué les esprits, c'est bien celui-ci. Le retour de Sir Jimmy Page sur scène, en grande forme, accompagné par les Black Crowes au complet. Cela fait trois guitaristes sur scène, et pas des manchots ; soit avec Rich Robinson et Audley Freed pour soutenir James Patrick Page.
     Jamais jusqu'à ce jour, un groupe n'avait été aussi proche du son "Led Zep". Même des spécialistes tels que Great-White n'avaient atteint ce degré de perfection (à part peut-être certaines versions de Heart, surtout grâce à Ann Wilson qui est capable de restituer, aux inflexions près, le chant de Plant). C'est que les Black Crowes ne donnent jamais l'impression d'être en représentation, d'être là pour faire une application, un travail d'école.  Certes la présence de Page ne peut y être étrangère, mais il y a autre chose. Il y a une immersion profonde avec foi, sincérité et conviction dans la splendide musique de Led Zeppelin.
La chronique (lien)




AC/DC
"Live" 1992

     On les disait sur le déclin, certains disaient même qu'ils étaient carrément finis depuis "Flick the Switch", voire même depuis  "For Those about to Rock", (même s'il parvenaient toujours à passer un single sur les ondes et rester dans les charts de nombreux pays). Et puis voilà que cette bande d'Australo-écossais déboule avec un live qui met tout le monde d'accord, où les titres période Bon Scott sont à égalité avec ceux de Brian Johnson.
Double disque de platine en France, triple aux USA, platine en Argentine, Canada, or en Allemagne et Angleterre; Et en Australie... 9 fois platine ! Des chiffres de ventes étonnants pour un double-live.
Et on disait le Hard-rock enterré par le Grunge.
Ce "Live" fait partie du club restreint des doubles live relevant d'un fort succès commercial, à l'échelle planétaire. Et là, la publicité a surtout été faite de bouche à oreille.
La renaissance discographique des kangourous écossais : "The Razor Edge" 1990

la mouture AC/DC avec Chris Slade
 (un cousin de Pat)



BEAT FARMERS
"Loud and Plowed and... LIVE !! " 1990

     The Beat Farmers, c'est un foisonnement d'influences disparates, qui donne au final un rock assez enjoué qui baigne dans la Country, le Swamp-rock, le Blues-rock, le Rock, l'Americana, le Rock'n'roll des 50's, le Southern-rock, avec de temps à autre un soupçon de Punk-rock et/ou de Tex-Mex. Sans omettre, occasionnellement, une pointe de ritournelle hérité des Beatles. Un rock qui revendique plus fièrement des racines sudistes, que Californienne, et qui garde un œil affûté et intéressé sur l'univers du Rock. Du Rock, du vrai, de l'authentique, pas celui des fossoyeurs qui, comme le dénonçait Zappa, « We're only in it for the money ». Non, il est évident que ces lascars là n'avaient aucun plan pré-défini d'une carrière quelconque.
Le son est roots, coincé quelque part entre celui des 1ères formations dites de Southern-rock, du Blues-rock Texan et du Rock des Bob Seger, Mitch Ryder et Tom Petty.
Ici, Beat Farmers, en une vingtaine de morceaux, passe en revue le meilleur de toute leur carrière (du moins jusqu'en 1989, date du dernier opus studio), en démarrant de façon assez scabreuse, avec la voix de "Johnny Cash éméché" de Dick Montana (les 4 membres sont chanteurs... même le batteur, Country Dick Montana) pour monter progressivement en température.

Article / Beat Farmers : "Pursuit of Happiness"




SUNSET HEIGHT
"Born in Houston - Live -" 1995

     On a longtemps cherché l'héritier de Stevie Ray Vaughan sans jamais vraiment le trouver. Pourtant, s'il y en avait bien un qui aurait pu prétendre à cet héritage, c'était bien Vince Converse, le chanteur et guitariste du power-trio Sunset Height. D'autant plus intéressant que Converse est toujours allé au delà du simple clone talentueux.
En comparaison de "Texas Tea", le précédent et premier disque, le son est ici un peu brouillon, touffu. Cependant, c'est du pur "sans overbuds" permettant de téléporter l'auditeur dans un club du Texas, à l'ambiance chaude (le public manifeste sa satisfaction), pour assister à une prestation d'un jeune guitariste ayant réussi la symbiose entre Jimi Hendrix, Robin Trower et Stevie Ray Vaughan.

Article sur Vince Converse, et son retour (éphémère) en solo : "One Step Ahead" 1999




ERIC CLAPTON
"Unplugged" 1992

     On a beau jouir d'une renommée internationale, on n'est pas pour autant à la merci des cruelles épreuves et des injustices de la vie. Après avoir enfin vaincu ses addictions qu'il a combattues pendant des années, Clapton perd son fils, Conor. Abattu, il se fait discret, jusqu'à ce que, bien des mois plus tard, il enregistre un disque pour la B.O. du film "Rush", comprenant "Tears in Heaven". Une chanson émouvante, relatant la douleur occasionnée par la perte tragique de son enfant. C'est un succès.
     Dans le même mois que la sortie du single, en janvier 1992, MTV (à l'époque où c'était encore une chaîne musicale) l'invite à son émission "Unplugged" (créée en 1989 avec Bon Jovi pour le 1er essai)
pour se produire en acoustique (c'est le but de l'émission).
Clapton, armée d'une Martin, après un inédit instrumental, se fait plaisir en reprenant des classiques du Blues et en y incorporant quelques chansons personnelles, dont "Layla" (dont la version acoustique fit polémique) et... "Tears in Heaven".
L'album se classe 1er au Billboard et remporte, dans la foulée, 3 Grammy Awards.
Indispensable.

Articles / Clapton :
"Just One Night"  - Le précédent live.
"From the Cradle" - L'après Unplugged




D.A.D.
"Psychopatico" 1998
     Ces quatre Danois sont de véritables piles électriques. Ils déploient une telle énergie sur scène, que les glaces hivernales de leur pays n'y résistent pas.

Combien y-a t'il de groupes capable d'alterner entre Punk-Rock, Hard-Rock, Pop-Rock, Heavy-Metôl, Western-spaghetti-Rock (?) en restant homogène ? Sans tomber dans le ridicule ? Mélangeant même les genres avec aisance et cohérence ?
Et en plus, apparemment, il y a une véritable connexion avec le public.
D.A.D., c'est encore mieux en live, et ce double-CD de 17 pièces de Heavy-Psycho-Rock'n'Roll nerveux est là pour en témoigner.
Mes aïeux ! Quelle énergie !

Article : "Tiens !? J'aurais presque juré que le blog avait déjà écrit sur ce combo Danois singulier"


Une plongée tête-en-avant du bassiste Stig Pedersen



GARY MOORE
"Blues Alive" 1993

     Mine de rien, la re-reconversion de Gary Moore en mode Blues-rock a eu un impact considérable. Il a permis d'ouvrir au Blues des hordes de fans de Hard-rock, ainsi que certains médias de "grandes écoutes" (d' "écoutes de masses").  Suite au succès retentissant de son "Still Got the Blues" (album et single), quelques radios et chaînes "musicales" s'ouvrent à cette musique. Incroyable, mais vrai : les radios passent la version live de pratiquement 7 minutes de "Parisienne Walkways".
Deux articles / Gary Moore : "Scars" et "Dark days in Paradise"

Gary Moore 1993



SANTANA
"Sacred Fire" 1993

     l n'y a pas à dire. Quoi qu'en dise, ce vieux Carlos sait toujours s'y prendre pour réaliser de bons concerts. Même si les albums précédents ce "Sacred Fire" ne font guère l'unanimité (surtout Milangro), ces concerts, eux, attirent toujours du monde. Et pour cause, la chaleur de son Rock-bluesy-jazzy-latino est toujours là. En situation live, il reste incontournable.
En dépit d'un bémol que l'on peut émettre vis-à-vis de "Viva la Vida" et "Esperando" (cela faisait partie du répertoire d'alors), on a là une très bonne représentation du Santana.

Même si ce live est un condensé des meilleurs moments d'une tournée faite en Amérique du Sud, on ne peut nier que Santana et son backing band sait toujours tenir un public, occuper avec maestria une scène. Les prestations de Santana n'ont pas fini d'irradier de chaleur "latina".

Articles / Carlos Santana : "Shape Shifter" 2012 et "Guitar Heaven" 2010

Carlos Santana lors de la tournée South America 1993


ALICE COOPER
"A Fistfull of Alice"/ "Live at Cabo Wabo '96" 1996

     Depuis "Trash" en 1989, Vincent Furnier, libéré de son alcoolisme, jouit d'une nouvelle jeunesse. Dans les années 90, il réunit un ensemble de musiciens à sa mesure, capable de rendre un juste hommage à ses classiques comme de donner une nouvelle envergure à des morceaux qui avaient été castrés par une production trop riche. Un groupe de Rock'n'Roll qui ne craint pas de mouiller la chemise. Alice Cooper se fait plaisir et ravit en même temps le public en reprenant de vieilles pièces tels que "Desperado", "I'm Eighteen", "Under my Wheels", "Elected", "Billion Dollar Baby".
Sammy Hagar invite Alice Cooper à se produire dans son Cabo-Wabo, et en profite pour chanter en duo sur "School's out". Slash et Rob Zombie se joignent aussi un temps à la fête.
L'album est réédité en 2005 sous l'appellation "Live at Cabo Wabo '96", sous une nouvelle pochette (voir ci-dessous). Et donc, attention aux doublons.

Autres chroniques : "Trash" et "Hey ! Stoopid"

Pochette du "Live at Cabo Wabo 96"


DEEP PURPLE
"Live at the Olympia 96'" 1997

     On aurait pu légitimement croire Deep-Purple fini au départ de Ritchie Blackmore (après un dernier concert donné à Helsinki le 17 novembre 1993), tant ce dernier, plus que tout autre, incarnait le célèbre quintet. Après le remplacement fait dans la précipitation par Joe Satriani, pour honorer la fin de la tournée mondiale (Japon puis Europe), les quatre membres restant se retrouvent bêtement le bec dans l'eau. Pas facile de remplacer un guitariste de la stature de Blackmore ; et Satriani, contractuellement, ne peut y subvenir. Finalement, ils embauchent Steve Morse. Choix plutôt surprenant, vu son passé discographique. Toutefois, la sortie de "Purpendicular" met tout le monde d'accord. Même les plus réticents sont titillés par la qualité de l'ensemble de ce disque bien chargé. Mieux, les prestations scéniques de cette entité affichent une santé retrouvée, une nouvelle jeunesse doublée d'une joie palpable. Non seulement Morse est talentueux, mais il est humble. Et il n'a aucune réticence à reconnaitre bien volontiers l'héritage de Blackmore. C'est d'ailleurs en ce sens, et par respect, qu'il reproduit au mieux les soli du maître (même les plus corsés) avant d'y apporter sa touche personnelle, d'improviser dessus ou de les nuancer. Plaisir encore de retrouver des vieux titres réhabilités comme "When a Blind man cries" ou "Maybe I'm a Leo". C'est aussi le retour de "Fireball" qui ouvre désormais les sets.
"Live at the Olympia 96'" reprend l'intégralité de ce concert parisien donné le 17 juin 1996, d'un peu plus de 2 heures, où les titres de "Purpendicular" se mélangent au patrimoine des Mark II, III et II bis.
(à l'origine, ce double CD était sorti en Italie sous forme de pirate, avant de paraître officiellement le 9 juin 1997).

Autre fameux live chroniqué : "Made In Japan"

Deep-Purple Mark VI


EVA CASSIDY
"Live at Blues Alley" 1996

     Moment de grâce. Une voix exceptionnelle, capable de toucher l'âme sur pratiquement n'importe quel style de musique. Une artiste qui donnait la sensation d'avoir un cœur énorme tant son chant irradiait d'amour, d'intégrité, de pureté, de paix, de quiétude, de sincérité. Lorsqu'elle chantait, Eva Cassidy semblait s'offrir au public, s'ouvrir, s'exposer nue. Sans jamais aucune vulgarité, ou pathos. Elle avait su élever vers d'autres cieux des reprises de classiques pourtant déjà bien marquées.
Unique disque live de la dame décédée bien trop tôt, à seulement 33 ans. Un live qui fait la part belle au Blues (bien plus que n'importe lequel de ses disques studio ; post mortem y-compris). Ce qui n'empêche aucunement à des titres comme le délicieux "Autumn Leaves" ou l'apaisant "Fields of Gold" de s'intégrer.
Une perle.



CHEAP TRICK
"Silver" 1999

     Cheap Trick fête ses 25 ans de carrière par un concert chez eux, à Rockford, offert au public en plein air. Pour l'occasion, c'est un Best of live, en direct, survolant toute leur carrière, incluant des pièces qui avait disparu de leur répertoire scénique habituel. Dont quelques titres qui manquaient cruellement de corps en studio qui prennent ici une nouvelle dimension (exemptes de toutes erreurs de production) foncièrement plus Rock'n'Roll. Un concert convivial où le public semble connaitre ses 4 musiciens de talent. La famille est même invitée sur quelques titres (apparemment les enfants auraient tous hérités des dons de leur paternel).

Autre article / le groupe de Rockford : "Cheap Trick" 1977 (1st)

Nielsen, Zander & Petersson


Michael KATON
"Bustin' up the joint - live !" 1996

     Attention ! Un lascar peu connu et très rarement médiatisé. Pourtant, ce gaillard n'a jamais fait de concession. Lui. Engagé depuis ses 15 ans au service d'un Heavy-boogie-rock torride hérité des ZZ-Top, Foghat Blackfoot, Rose-Tattoo, Gallagher et Thorogood, il a toujours gardé la foi (depuis son 1er essai en 1984 - aujourd'hui introuvable -). Il est le chantre d'un boogie hargneux, brûlant et vindicatif, agrémenté d'overdrives chaleureuses, lardé de slides épaisses, de traits d'harmonica, avec un chant qui doit beaucoup à Billy Gibbons et George Thorogood, le tout sur une base rythmique ronronnante comme un V8. Pas des tonnes de distorsion pour masquer un manque de technique, ou des claviers pour faire plus commercial. C'est du Brut! Le Heavy-Boogie-Rock from Hell (*). Cul-sec ! Sköll !

(*) Hell : Nom de la ville où il a élu domicile avec sa petite famille, après avoir quitté Detroit.


Michael Katon

GANAFOUL
"Crossroads" 1998
     Inespéré ! Ganafoul se reforme, exceptionnellement, pour deux dates de concerts "à la maison". Au Transbordeur de Lyon, les 26 et 27 avril 1998. Seulement deux dates pour un groupes de cet acabit ! D'un côté, cela faisait neuf ans que Ganafoul n'était plus monté sur les planches (derniers concerts en 1989 à la suite d'une reformation éphémère) et leur dernier disque était sorti 17 ans auparavant ("T'as bien failli crever" en 1981). Le groupe devait craindre de ne pas susciter suffisamment d'intérêt en dehors de la région. Les concerts furent une réussite et, fort heureusement, ont été enregistré. C'est l'objet de ce "Crossroads" miraculeux. Le trio alterne entre reprises de Blues et leurs classiques. Dans l'ensemble, le trio sonne bien plus Blues que lors de ses années fastes. Une prestations festive, éprouvante, menée tambour battant. Résultat : ovation de la salle.
La prise est sans retouche, "sans filet", avec ses bons et mauvais côtés. Le mixage et le son de la strato de Jack Bon ne sont pas au mieux sur les 2 - 3 premiers morceaux. Cependant, progressivement, le groupe s'affirme, prend de l'assurance. La guitare prend une robe plus crunchy, plus rauque, tout comme la voix de Jack Bon.

Article / Jack Bon (en attendant celui sur Ganafoul) : "Electric Duo"




La suite... (produite par Cameron, Raimi, Stinger et Speilberg). En travaux...