lundi 1 septembre 2014

LES PAPYS DU ROCK FONT (ENCORE) DE LA RESISTANCE par Forever Young Philou





"No more shows, no more music, no more songs" a déclaré Elton John au mois de juillet dernier. Après plus de 40 ans de carrière et 250 millions d'albums vendus, Reginald Kenneth Dwight, 67 balais au compteur, tire sa révérence...... pendant ce temps, les autres dinosaures du rock continuent de sortir des albums, avec plus ou moins de bonheur.
L'amour de la musique restant bien sûr leur principal moteur pour continuer après toutes ces années, alors que l'âge de la retraite a largement sonné pour eux en 2014, non ?????

 

 
YES, formation londonienne formée en 1968, reste l'archétype du groupe de musique progressive. Composé de musiciens exceptionnels, le groupe a doit être à son 22ème album studio. Seul Chris Squire (66 ans), reste l'unique survivant de la formation des débuts qui nous a offert des albums magnifiques comme "Fragile" (1971), "Close To The Edge" (1972) et le multi-platine "90125" (1983).
Jon Anderson, le chanteur mythique n'est plus là depuis 2008, remplacé par le canadien Benoît David, puis par le "gamin" Jon Davison (43 ans), ancien chanteur de GLASS HAMMER et véritable clone vocal de Jon Anderson.
Le groupe a sorti en juillet dernier "Heaven & Earth", un disque qui ne m'a pas vraiment convaincu et je ne dois pas être le seul, vu ce que j'ai pu lire ici et là sur le net.
Les fans historiques passeront leur chemin, les autres seront certainement plus indulgents. Peu importe, le groupe est en tournée depuis cet été et joue sur scène, pour la plus grande joie des fans, l'intégrale de "Fragile" et de "Close To The Edge".......



La formation de CHICAGO doit dater de 1966 ou de 1967 et a marqué les seventies par l'emploi de sa légendaire section ce cuivre, peu utilisée à l'époque dans la musique blanche.
Le groupe, tout d'abord appelé CHICAGO TRANSIT AUTORITY, après une 1ère période aventureuse, va se transformer en une formidable machine à tubes en publiant une série de titres raffinés et mélodieux comme "Saturday In The Park", "Feelin' Stronger Every Day", "Just You'n Me" et évidemment "If You Leave Me Now".
Après la mort du guitariste Terry Kath (roulette russe) et le départ du chanteur Pete Cetera, le groupe proposera un rock FM de moins en moins inspiré, mais réussira avec plus ou moins de succès à traverser les années pour être encore là aujourd’hui, avec la parution, en juillet dernier, d'un nouvel album "Now Chicago XXXVI". 

CHICAGO 2014
Les anciens Robert Lamm (69 ans), Lee Loughnan (67 ans), James Pankow (67 ans) et Walter Parazaider (69 ans) bien épaulés par les petits "nouveaux" Keith Howland, Jason Scheff, Tris Imboden, Lou Pardini & Walter Reyes Jr nous proposent avec ce 32 ème album studio, un disque plutôt réussi, avec voix de velours et cuivres à tous les étages.

Foutage de gueule ou nouveau chef d’œuvre du Loner avec "A Letter Home" (mai 2014), un album de reprises enregistré dans le studio de Jack White à l'aide d'un Voice-o-Graph de 1947, un appareil qui ressemble à une cabine téléphonique et qui permettait, au siècle dernier, à Mr Tout le monde d'enregistrer sa propre chanson.


Inutile de vous dire que le son est tout pourri, un peu comme si vous écoutiez un vieux 78 tours sur le phonographe de votre arrière grand-mère.
Ce bon vieux Neil Young (68 printemps) a eu l'air de s'amuser comme un petit fou sur ce ce nouveau projet qui semble plutôt être un nouveau pied de nez au business musical ????




Mick Box
Éternel second couteau du hard depuis 1969, URIAH HEEP a été formé à Londres par David Byron (chant), Ken Hensley (claviers) et Mick Box (guitare). Même si le groupe a publié plusieurs albums qui valent le détour comme "Very 'eavy...Very 'Umble" (1970), "Demons and Wizards" (1972) et "The Magician's Birthday" (1972), il va petit à petit, suite aux départs successifs de David Byron et de Ken Hensley, tomber dans l'oubli.

Les critiques n'ont jamais été tendres avec le groupe qui les considéraient comme un sous-DEEP PURPLE et pourtant URIAH HEEP continuera de publier, jusqu'au début des années 90, des albums qui n’intéressent plus grand monde et tentera de survivre à travers des tournées qui attirent de moins en moins de public.
En 1998, alors que le groupe semblait être rentré au musée, il publie "Sonic Origami" et tente de rallumer la flamme du passé.
La vague du metal symphonique semble avoir ravivé le gout des fans pour URIAH HEEP qui est désormais mené par Mick Box (67 ans), le seul rescapé de la grande époque.
Après la bonne surprise "Into The Wild" en 2011, le groupe sort en juin dernier "The Outsider" qui, malgré un savoir faire à l'ancienne, ne parvient pas à faire décoller l'auditeur, qui attend un peu plus d'originalité et de mordant.



Ian Anderson
Pas de retraite pour Ian Anderson, 67 ans depuis le 10 aout dernier, le légendaire chanteur/flutiste de JEHTRO TULL, qui vogue désormais en solo, nous propose un nouvel album,"Homo Erraticus", disponible depuis avril 2014. 
Pas de surprises, on voyage en terrain connu... la voix, la flûte, l'ambiance folk/médiéval, tout y est....il manque juste une chose, l'inspiration. En effet, sur ce nouvel album, les nouvelles chansons semblent bien fades par rapport à toutes celles qui ont enchantées nos soirées d'antan, allongés sur une peau de bête devant la cheminée. Au fait, Martin, quand tu veux, tu reviens donner un coup de main à ton vieux pote Ian.
Infatigable, Ian Anderson est actuellement en tournée dans le monde entier (il sera à l'Olympia le 11/05/2015)  pour la promo de cet album et n'oubliera certainement pas, de jouer les incontournables classiques de Jethro Tull, pour le plus grand bonheur des (vieux) fans...... 



A bientôt 66 ans, l'oncle Theodore ne s'est toujours pas assagit, bien au contraire.... Le guitariste, toujours aussi taré qu'à ses débuts, défend le port d'armes à feu, milite pour la peine de mort et incarne toujours les valeurs d'un patriotisme ricain ringard et dépassé.
Suite à ses débordements et ses propos violents contre le gouvernement de Barack Obama, les services secrets américains l'ont même dans le collimateur.....


Bon, concernant la zique, le "motor city mad man" se déchaine toujours autant sur sa Gibson Byrdland et nous balance à la tronche un furieux "Ferme ta gueule et joue !".
"Shut Up And Jam", son dernier album est dans les bacs depuis le 4 juillet et nous propose 13 titres bien pêchus et remplis d’énergie, taillés pour la scène, avec en bonus, la participation de Sammy Hagar sur "She's Gone" et de Derek St Holmes sur le bluesy "Everything Matters".
 
 
Paul Rodgers (64 ans), une des plus grandes voix du rock, dans le circuit depuis ses 18 ans avec FREE, puis BAD CO, THE FIRM, THE LAW, QUEEN et en solo, nous a offert en janvier dernier, un album de reprises soul et de rhythm 'n' blues enregistrées aux fameux Royal Studios de Memphis : "The Royal Sessions".
Paul "The Voice" Rodgers n'a évidemment plus rien à prouver et se fait vraiment plaisir en interprétant des classiques comme "I Thank You", "I Can’t Stand The Rain", "Walk On By" ou "Born Under A Bad Sign".
Personnellement, je trouve ces versions un peu trop sages et Paulo aurait certainement pu faire beaucoup mieux, vu ses capacités vocales !!!! 
Dans le même style d'exercice, je vous conseille plutôt son "Muddy Water Blues" un album sorti en 1993 et qui vaut vraiment le détour.



La reformation de LED ZEPPELIN n'est toujours pas au programme mais le groupe fait toujours l'actualité suite à la réédition, en juin dernier, des 3 premiers albums.
Enrichis de bonus et remastérisés, ils ont été supervisés par Jimmy Page qui a décidé de rééditer également  "Led "Zeppelin IV" et "Houses of the Holy".
De son coté, Robert Plant qui vient de fêter ses 66 ans, n'a toujours pas décidé de prendre la direction de la maison de retraite. Bien au contraire, il pète la forme !!!!
Sur la route avec un nouveau groupe, The Sensational Space Shifters, il a donné une centaine de concerts depuis un an et demi et nous a concocté un nouvel album intitulé "Lullaby and... the Ceaseless Roar" dont la sortie est prévue pour le 9 septembre prochain.
 
Robert Plant


Après avoir survécu au punk, au grunge, au drogues et surtout à Christophe Maé et à David Guetta, les autres stars des sixties et des seventies continuent d'arpenter les scènes du monde entier et ne songent pas à prendre une retraite bien méritée....
Mick Jagger vient de fêter ses 71 ans et même si les ROLLING STONES n'ont pas sorti d'album studio depuis "A Bigger Band" en 2005, cela ne les empêche pas d'enchainer une tournée en Australie qui débutera à Adelaide le 25 octobre prochain. 
Bob Dylan, autre légende des sixities, 73 ans depuis le 13 mai dernier, tourne également en ce moment en Australie.
Roger Daltrey (70 ans) et Pete Townshend (69 ans), les 2 rescapés des WHO repartent pour une (dernière ?) tournée au Royaume Uni. "Nous pensons que c'est le rôle d'un artiste de continuer jusqu'à ce que ce ne soit plus possible" a déclaré Roger Daltrey, le même qui hurlait en 1965 : "J'espère mourir avant d'être vieux !" 
Les BEACH BOYS ont fêté leur 50 ans de carrière en 2012 avec la sortie d'un nouvel album "That's Why God Made the Radio" et une tournée. Ils sont annoncés à  l'Olympia, le vendredi 21 novembre 2014 . Enfin, ça sent un peu l'arnaque, car uniquement Mike Love (73 ans) et Bruce Johnston (72 ans) seront présent pour ce concert avec d'autres musiciens. Brian Wilson, Al Jardine et David Marks ne seront pas là ....

The Beach Boys (2012)
Iggy Pop, (67 ans) a rangé toutes sa pharmacie et s'est mis au jardinage. Il pratique le tai-chi et va se coucher tous les soirs avant 23 heures en chantonnant "Et si tou n'existais pas...."

Les inusables Ian Paice (66 ans), Ian Gillan (69 ans) et Roger Glover (68 ans) entretiennent toujours la flamme de DEEP PURPLE et nous ont même agréablement surpris avec "Now What" en 2013, un album d'une richesse et d'une créativité surprenante. 

Autre pionnier du Hard Rock, BLACK SABBATH, avec OZZY OSBOURNE (65 ans), Tommy Iommi (66 ans) et Geezer Butler (65 ans) vient d'achever une tournée après la sortie de l'album "13" (juin 2013) et ne semble également ne pas vouloir raccrocher .....


Une chose est sûre : malgré la calvitie, les rides et le poids des années, les chansons, elles, restent éternelles .....
 







dimanche 31 août 2014

ON EN A PARLE CETTE SEMAINE...


De quoi dont qu’on a causé cette semaine, qui précède le retour en grandes pompes de notre ami Philou, tout reposé de trois mois de vacances, les abdos en béton, les tresses blondies par le soleil, et le teint halé… Allez…

Lundi, du british blues avec Duster Bennett, petit prodige prématurément disparu, qui frayait avec la bande à Mayall, Peter Green et Cie. Deux albums studio et un live, de quoi faire le tour du bonhomme.

Mardi, blues encore, plus teigneux, avec Bob Lanza, qui a appris le métier du côté de Nashville. On pourrait trouver pire comme terrain de jeu.

Mercredi, alors qu’on découvrait la liste de nos nouveaux (sic) ministres, les lecteurs du Déblocnot découvraient celle de quelques grands albums Live des années 80. On a eu le même problème que Valls : lui, on le met ? Non, c'est naze, mais l’autre oui… Lui ? Beurk ! Mais si ! Mais non ! Je boude ! Va t’faire…

Jeudi, les années 80, en live, on était en plein dedans encore, avec un disque du groupe progressif Marillion, que Pat a sorti de ses étagères bien fournies.

Vendredi, un bouquin bien rock’n’roll, mais pas que, Fugues, de Lewis Shiner, et son héros qui par la pensée se propulse au milieu de ses idoles. On en a tous rêvé. J’essaie, je me concentre : je vais à Osaka, en août 72, Deep Purple entre sur scène… bah merde, c'est quoi ces lamas qui passent dans la pampa ? Y m'crache à la gueule en plus... J'suis où ? En Argentine avec Florent Pagny. Aaarrghhhhhh…

Samedi, Claude a donné dans la lutte des classes avec « bande de bourgeois », une complainte ouvrière. Euh… non, erreur… Brandebourgeois, les concertos de Bach, interprétés par l'ensemble Café Zimmerman, du champagne selon le Toon… Non Philou rien à voir avec Bob Dylan...

En attendant le comeback de Philou, qui met en émoi notre petite Sonia - Philou ayant toujours été son préféré - bon dimanche, et à demain !

samedi 30 août 2014

BACH : Concertos Brandebourgeois – CAFÉ ZIMMERMANN – par Claude Toon



- Tiens M'sieur Claude… les Brandebourgeois… Vous n'en aviez pas encore parlé ?
- Non ma p'tite Sonia, chaque chose en son temps… Bach a déjà été souvent présent dans le blog…
- Cette jolie serveuse me rappelle une de vos chroniques, elle porte du café ou du chocolat ?
- Ah Ah, vous vous souvenez de cet article du 1er avril 2012 où j'avais gentiment plaisanté à propos des cantates du chocolat (pure invention) et du café, qui elle, existe…
- Exact, et vous vous étiez fait passé pour le chef d'orchestre… Mais ce café Zimmermann existe-t-il vraiment ?
- Oui, à Leipzig à l'époque de Bach et c'est là que l'on jouait comme divertissement la musique instrumentale du Cantor, dont ces concertos.
- Et le groupe baroque qui les interprète a pris logiquement le nom de ce café qui rappelle un peu le café Procope cher à Voltaire…
- Tout à fait Sonia, belle érudition !!!!

La marseillaise Céline Frisch, après ses études de clavecin, intègre la prestigieuse Schola Cantorum de Bâle où elle sympathise avec le jeune violoniste Pablo Valetti. Le jeune artiste va acquérir rapidement une notoriété par ses participations aux meilleurs orchestres baroques : Les Arts Florissants, le Concert des Nations, le Concerto Köln (ce dernier était un choix possible pour parler des brandebourgeois).
Créer un orchestre français baroque face à la pléthore d'ensembles de renom était un pari osé pour les deux complices. Café Zimmermann voit le jour en 1998 et s'est imposé depuis comme l'un des meilleurs serviteurs de la musique de l'âge classique et du siècle des lumières.
Aidé dans son travail par les précurseurs de l'authenticité baroque comme le claveciniste et chef d'orchestre Gustav Leonhardt ou le contre ténor Dominique Visse, Café Zimmermann parcourt le répertoire du XVIIIème siècle dans des salles de taille adaptée : Gaveau, la cité de la musique, etc. Leur discographie est déjà très riche et surtout fait autorité, remportant l'adhésion des critiques et du public.
Café Zimmermann a adopté une approche discographique tout à fait nouvelle et passionnante pour graver la quasi intégrale des concertos pour clavier, violon et divers instruments, ainsi que les six concertos Brandebourgeois et les quatre suites orchestrales. Au lieu de réunir chaque style de manière didactique, chacun des six albums réalisés propose un concert varié tel que l'on devait en entendre les œuvres à Leipzig dans le célèbre café. Par la suite, les 6 albums (dont 5 diapasons d'or) ont été réunis dans un coffret à prix doux. C'est dans cette édition que nous allons voyager dans le monde fantaisiste des concertos brandebourgeois.
- Mais pourquoi brandebourgeois et fantaisistes M'sieur Claude ???
- J'y viens Sonia, j'y viens…
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À l'origine, les six œuvres s'appelaient "Six concertos pour plusieurs instruments". Lors du travail biographique du musicologue Philipp Spitta au XIXème siècle, ce dernier les rebaptisa en concertos brandebourgeois puisque leur dédicataire était le margrave Christian Ludwig de Brandebourg.
Ce qui surprend d'emblée à l'écoute en continu des 6 concertos, c'est l'extrême variété de forme. La plupart du temps les recueils de concertos grosso de l'époque baroque épousent une orchestration et une structure immuables. Ainsi les concertos opus 6 d'Haendel pour cordes écoutés isolément sont très beaux, mais en continu, arrivé au 12ème… c'est un peu répétitif et lassant. Quelques exceptions : comme les quatre saisons de Vivaldi. Bach explose le carcan à tous les niveaux dans les concertos brandebourgeois : l'orchestration, le nombre de mouvements, les durées (de 10 à 20 minutes), etc. Ainsi l'écoute en continu (1h20) permet un voyage musical d'une infinie fantaisie pour répondre à la question de Sonia.
La partition est datée de 1721. (Bach a alors 36 ans.) Elle est le fruit d'une commande de 1719. En plus d'être le compositeur de génie que l'on connaît, Bach est virtuose dans nombre d'instruments : clavecin, orgue, violon et viole de gambe, un ancêtre du violoncelle. Par ailleurs alors que les styles français, italiens, concerto grosso sans soliste ou inversement s'opposent en Europe, Bach adopte et mélange avec gourmandise toutes ces formes. Encore une ouverture d'esprit qui joue en faveur de l'extrême fantaisie de ce corpus. Certes, cette conception impose de disposer de nombreux virtuoses pour chaque pupitre. Mais dans ce domaine, Café Zimmermann nous gâte !! Ah, dernier petit détail, de nombreux passages ou mouvements se retrouvent dans d'autres ouvrages de Bach, notamment les cantates (principe dit de la parodie).

Concerto n° 1 (fa Majeur) BWV 1046 : c'est le plus long des six avec ses quatre mouvements (20' en tout) et il possède une orchestration très riches, de nombreuses cordes auxquelles se joignent hautbois, bassons et cors.
Dès les premières mesures, la musique virevolte dans la plus volubile gaité. Les bois papotent comme les habitués du café Zimmermann. Les cors naturels imposent leur sonorité aigrelette et joyeuse. Il sera difficile d'écouter des cors d'harmonie après avoir entendu ces instruments. Le tempo choisi par Pablo Valetti n'accuse aucune lenteur romantique mais évite les frénésies excessives parfois entendues avec certains ensembles baroques. La prise de son très limpide permet d'entendre tous les solistes dans leur écrin de cordes. Café Zimmermann exclut toute conception métaphysique hors de propos dans cette page de divertissement. Nous ne sommes ni dans l'art de la fugue ou dans une œuvre religieuse. Prodigieux de vitalité ! Avec ses solos de hautbois et de violon d'une belle transparence l'adagio contraste par sa douceur nocturne avec la vigueur de la sinfonia initiale. L'allegro retrouve l'énergie de la sinfonia. On se prend à vouloir esquisser des pas de danses, sauf que là, contrairement à maintes suites de Bach, il n'y a aucune forme de danse dans la notation (pas de sarabande ou autres). Café Zimmermann achève son interprétation par la suite française avec une verve pétillante qui fait justement oublier le rythme un peu noble qu'impose le style français de l'époque. Une entrée en matière parmi les plus vivantes que j'ai entendues depuis ma découverte de ces concertos à la fin des années 60. Comme les Dupondt, je dirais même plus : une redécouverte.
 
Concerto n° 2 (fa Majeur) BWV 1047 : le plus bref et le plus frénétique de l'ensemble avec sa trompette solo diabolique présente dans les deux mouvements extrêmes. Bach met en avant quatre solistes : flûte à bec alto, trompette, hautbois, violon. De sa voix agreste, la trompette sans piston de Café zimmermann joue au chef d'orchestre. Hannes Rux, trompettiste solo nous bluffe en faisant preuve d'une justesse absolue avec son instrument si difficile à maîtriser dans cette tessiture. La remarque s'applique à tous les instrumentistes. L'andante bien rythmé confie un à un la parole à chaque soliste hormis la trompette. Quelle fraîcheur pastorale dans cette conversation entre solistes discrètement accompagnés du simple continuo. La fugue finale notée allegro retrouve l'ardeur de l'introduction et surtout nous rappelle que Bach était le maître incontesté de l'art du contrepoint.

Concerto n° 3 (sol Majeur) BWV 1048 : Comportant en apparence trois mouvements, ce concerto insert entre deux allegros un adagio de quelques secondes qui n'est qu'une transition. L'œuvre, aussi courte que le second concerto, ne retient dans son orchestration que des cordes et le continuo avec clavecin. (Violons, altos et violoncelles par 3).  La mélodie serpente de cordes en cordes. Le climat est plus proche du concerto grosso que les deux concertos précédents de par l'absence d'instruments à vents solistes. C'est vivant, avec une certaine noblesse dans le phrasé. Les cordes de Café zimmermann se font élégantes, sans dureté ni ornementations spectaculaires. L'Allegro final accélère le jeu pour établir un contraste jubilatoire avec le premier et éviter tout aspect monolithique à l'ouvrage.

Concerto n° 4 (sol Majeur) BWV 1049 : Ce concerto se fait à la fois grosso et classique dans le sens où le violon devient le soliste principal face aux deux flûtes altos. Bien entendu, cordes et continuo accompagnent les trois solistes. L'introduction donne la part belle aux flûtes puis aux accents virtuoses du violon.  Café Zimmermann (je risque de me répéter) distille avec précision et transparence toutes les facéties de cet allegro initial. On discerne dans le déchaînement du jeu du violon de suaves glissandi, technique peu commune à l'époque. Le concerto comprend deux autres mouvements : un élégiaque et méditatif andante puis un presto. Le jeu complexe du violon rappelle l'école italienne, notamment celle de Vivaldi, autre grand maître de l'archet…

Concerto n° 5 (ré Majeur) BWV 1050 : L'omniprésence du clavier (clavecin) tant dans le continuo que dans le développement général conduit à une singularité musicologique. Ce concerto est en fait le premier concerto pour clavier de l'histoire de la musique ! Pour la petite histoire, lors de l'enregistrement des brandebourgeois par Pablo Casals à Marlborough début des années 60, c'est rien de moins que Rudolf Serkin qui jouait, au piano, la partie soliste. Trois mouvements : Allegro, Affetuoso et Allegro. Le jeu de nos baroqueux est à la fois joyeux, une fois de plus, et mystérieux. Céline Frisch égrène les notes avec poésie. Grâce à la souplesse et à l'articulation de son phrasé dans les mélodies, le vieux cliché de "la divine machine à coudre" Bach n'est plus qu'un souvenir d'un passé lointain et académique (une facétieuse expression de Colette semble-t-il). À noter que deux flûtes solistes égayent l'œuvre notamment dans le passionné Affetuoso. L'espièglerie de l'allegro final confirme le désir d'insuffler la plus grande joie de vivre par Café zimmermann dans ces concertos.

Concerto n° 6 (si bémol Majeur) BWV 1051 : L'ultime concerto adopte une forme étrange et ancienne. On pense plutôt à une sonate du XVIIème siècle pour 2 petites violes, 2 violes de gambe, deux violoncelles et la basse continue. L'imagination et la profusion de couleurs cèdent un peu le pas dans cette partition, mais les mélodies virevoltent avec allégresse. La vigueur des tempos et de l'articulation de Café Zimmermann achèvent dans la jubilation un cycle qui se place désormais comme une référence moderne des concertos brandebourgeois… On notera au passage que toutes les tonalités sont en mode majeur, choix en faveur d'exécutions dans des fêtes princières. Il est fort possible que Bach ait joué ce concerto en compagnie du dédicataire, le margrave de Brandebourg, violiste à ses heures.
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Ces concertos ont connu une réelle renaissance au milieu du XXème siècle. La discographie est riche d'interprétations des plus variées. Dès 1949, Fritz Reiner grave les brandebourgeois et les suites pour orchestre avec un souci métaphysique mais sans la lourdeur romantique en vogue à cette époque dans l'interprétation des œuvres du cantor. Il est amusant de comparer la conception de l'adagio du 1er concerto par Fritz Reiner et, 60 ans plus tard, par Café Zimmermann.


Pour ceux qui souhaiterait écouter les brandebourgeois dans la continuité et non à raison de un par CD comme dans ce coffret, quelques suggestions :
Les enregistrements de Reinhard Goebel de 1986 à la tête du fabuleux Musica Antica Köln proposent une interprétation toute aussi vif-argent que Café Zimmermann mais sans doute trop farouche. Les 2 CD sont toujours disponibles avec des suites en complément et on les trouve également dans un coffret anthologique, encore plus fourni que celui présenté aujourd'hui, mais pas toujours abouti pour les concertos pour clavier et violon. (Archiv – 5/6)
Très pittoresques et réédités, les disques de 1964 de Pablo Casals avec un groupe de potes dont Rudolf Serkin au piano et Alexander Schneider. C'est brut de décoffrage, pas toujours très léger, mais un témoignage amusant pour les admirateurs de ces artistes (Sony – 3/6)
Enfin, dans le registre baroque et instruments d'époque tendance dure, le double album d'Il Giardino Armonico fera le bonheur des amateurs de musique décoiffante… C'est somptueux mais sans la légèreté de Café Zimmermann. (Teldec - 5/6)

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Successivement, pour conclure : les Concertos n° 4, 5 et 6 par Café zimmermann.         



vendredi 29 août 2014

FUGUES de Lewis Shiner (1994) par Luc B.


Comment j’en suis venu à ce roman ? En apercevant le dessin de Jim Morrison en couverture. C’est con, hein, un peu léger, non ? Mais bien m’en a pris, car finalement, ce bouquin n’est pas mal du tout.

FUGUES est au rayon des romans, et particulièrement rangé dans la « SF ». Le principe peut d’ailleurs rappeler l’univers de Stephen King, en non horrifique. Le héros s’appelle Ray Shackelford, il répare du matériel hi-fi, au Texas, il a la quarantaine bien bedonnante pour cause de consommation excessive de bière, et son mariage bat sérieusement de l’aile. Sa mère s’invite trop souvent chez eux, et son père vient de mourir, d’un accident de plongée sous-marine.

Un soir, il réécoute un de ses morceaux de musique favoris « The long and winding road » des Beatles, tiré de l’album LET IT BE, dont l’arrangeur Phil Spector avait embarqué les bandes à la barbe de McCartney, pour rajouter des tonnes de violons partout. Ray se plait à imaginer cette chanson sans les arrangements pompeux (FUGUES a été écrit en 1994, avant la sortie des bandes LET IT BE NAKED). Il s’y voit, Ray, s’imagine si bien, présent auprès des quatre anglais, dans les studios d’Apple. Il part en plein délire, et… à son réveil, sur une cassette qu’il avait glissée dans un enregistreur, se trouve une version jusqu’alors inédite de « The long and winding road ». Sa version fantasmée, qui a pris corps, plus belle encore que dans les rêves McCartney.

Comment expliquer un truc pareil ? Et surtout, qu'en faire ? Ray part à Los Angeles, fait écouter la bande à un producteur, Graham, qui en reste baba. Il voit tout de suite le potentiel de ce texan. C’est quoi la chanson que vous auriez aimé entendre, mais qui n’existe pas ? Vous êtes-vous posé la question : si je pouvais créer, ou modifier tel ou tel album de chevet ? [Si j'avais pu dissuader Blackmore d'enregistrer "Our Lady" et garder "Painted horse", WHO DO YOU THINK WE ARE aurait eu une autre gueule, non ?]  Pour Graham, comme Ray, leur héros, c’est Jim Morrison. Et la chanson maudite, c’est « The Celebration of the lizard » une suite de poèmes qui devait occuper une face entière de WAITING FOR THE SUN, mais ne se fera jamais (interprété sur scène, plus tard). Sauf si Ray, à force de documentation d’abord, pour mieux s'immerger, et de concentration ensuite, arrive à l’enregistrer…

Et vous imaginez si Brian Wilson des Beach Boys avait réussi à faire SMILE juste avant la sortie de SERGENT PEPPER. Le monde ne serait-il pas plus souriant ? Et si Jimi Hendrix avait pu enregistrer FIRST RAYS OF THE NEW RISING SUN puis partir jammer avec Miles Davis ?

S’il y a de l’argent à la clé (car ses nouveaux disques inédits se vendent très bien sur le marché des Bootlegs), ce qui pousse Ray dans cette aventure tient davantage de la psychanalyse. FUGUES n’est pas un roman qui évoque les légendes du Rock, mais un roman sur un gars en pleine crise, qui cherche à faire le deuil de son père, à faire revivre son adolescence, ses années d’insouciance, à se perdre au milieu de ses idoles, dont il se sent proche, et pas uniquement parce qu’il aime leurs musiques, mais parce que Jim Morrison, Brian Wilson, Jimi Hendrix, avaient tous des rapports conflictuels ou traumatisants avec leurs pères. 

La particularité de Ray à se projeter dans l’univers des autres, se complexifie un peu plus à chaque fois. Pour Morrison, il vit l'enregistrement comme un observateur extérieur, dirigeant par la pensée, mais pour Brian Wilson, patatras, il se retrouve réellement projeté en 1966, à partager des joints, parler, rire, travailler avec Brian Wilson dans sa maison de Bel Air, et vu d'un mauvais œil par son entourage qui se méfie de ce Ray, sorti de nulle part et qui connait tant de choses... Pour Jimi Hendrix, c'est pire, puisque Ray doit d'abord éviter la mort du guitariste le 18 septembre 1970, sans quoi, pas de quatrième album. Il passe plusieurs jours dans le Londres de 70, tente de pénétrer le cercle des intimes du musicien, dissuader le Gaucher de pendre le somnifère de trop.
Entre deux réalisations de disques, Ray fait un voyage au Mexique, veut voir où son père est mort. Il va habiter quelques temps dans une communauté de plongeurs, où il flirtera avec Lori. Cette partie du récit est sans doute un peu longuette, plus convenue, le personnage de Lori, traumatisée dans son enfance, a des airs de déjà-vu. Mais le roman se lit bien, vite, il est intéressant, et surtout remarquablement bien documenté sur l’aspect musical.

FUGUES s’apparente donc autant un roman qu'au documentaire. Le connaisseur de musique s'accommodera de la partie fiction, mais pas sûr que le néophyte en rock des sixties, se fade des pages et des pages sur les bandes masters de "Good Vibrations" ou les lieux de perdition de Morrison sur le Strip.

PS : ce que l'auteur, Lewis Shiner, ne pouvait pas savoir en 1994, c'est que Brian Wilson sortirait effectivement son SMILE, mais beaucoup plus tard, que les ayants droits d'Hendrix sortiraient un FIRST RAYS OF THE NEW RISING SUN constitué de chutes de studio, que McCartney récupérerait les bandes de LET IT BE pour nous les restituer brutes. 

FUGUES de Lewis Shiner (1994)
édition Poche Folio SF -  490 pages.
On regarde "The long and winding road", version Spector... (y'a pas d'images pour l'autre...)


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