vendredi 18 avril 2014

OSCAR PETERSON "PARIS CONCERT" (1978) par FreddieJazz


Ressortir ces bonnes vieilles galettes dont on se délectait jadis ne saurait nuire à nos esgourdes toujours aussi voraces... Surtout quand ces mêmes galettes dorment depuis un bon bout de temps dans un coin à l’abri des regards indiscrets... Certaines, de par leur médiocrité ou leur aspect caricatural, préfèreraient peut-être ne jamais être repérées, pour mieux prolonger leur repos alangui, évitant ainsi le mange-disque jamais repu et toutes ces critiques ô combien faciles et désinvoltes... D’autres au contraire ne demandent qu’à être réécoutées, mâchées, assimilées, réévaluées...

Et justement, les disques d’Oscar Peterson (1925-2007) sont ainsi faits : la musique de ce géant du piano jazz ne demande qu'à être libérée et goutée à nouveau… Pourtant, à l’écoute des trios du pianiste virtuose, l'amateur remarque quelque chose d’assez étrange. Ses diverses formations en trio dénotent une évolution certaine en termes de jeu, le pianiste assumant au fil des années une toute autre sonorité collective. Comme disciple d’Art Tatum, Oscar était un champion du clavier, aucun doute là-dessus ! Mais là où les premiers trios d’Oscar avec Ray Brown et Herb Hellis (milieu des années 50) soutenaient une cohésion de groupe en servant le swing avant tout, les suivants notamment avec le contrebassiste Niels Henning Orsted Pedersen et le guitariste Joe Pass se distinguaient de par une musique certes toujours aussi jubilatoire, mais beaucoup plus performative, beaucoup plus démonstrative.

Ce PARIS CONCERT, double album publié par Pablo et que je m'étais procuré lors de sa sortie en 1995, illustre parfaitement cette nouvelle direction, laquelle est, disons-le tout net, totalement assumée par le pianiste. Faut dire qu'à la fin des années 70 (années marquées par la présidence de Jimmy Carter et le retour des vétérans de la guerre du Vietnam…), le public fuyait les revendications sociales et politiques longtemps propres au jazz (le free jazz ne faisait plus recette à cette époque et rentrait dans la catégorie « musique pour élitistes et intellectuels ». 

Avec Oscar Peterson, c’était tout autre chose. Un jazz joyeux et élégant à la fois, sans pour autant tomber dans la faribole. Aussi, ces gars-là avaient une telle technique que le public en redemandait toujours davantage, obnubilé qu'il était par toute cette démonstration technique, cette virtuosité inégalée. Bref, le point commun entre ces trois musiciens, c’est bien cela : un sacré niveau technique quitte à faire dans la caricature... Si Joe Pass est à la guitare ce que Peterson est au piano, N.H.O.P. est à la contrebasse ce que ses deux comparses sont sur leurs instruments respectifs : des virtuoses qui connaissent leurs instruments sur le bout des doigts et s'en amusent. Le résultat est à ce point vertigineux.

Cette captation publique du 5 octobre 1978 à la Salle Pleyel n'a bien sûr rien perdu de sa fraîcheur, ni de sa joie de vivre : le niveau des solistes est porté très haut (« Please Don’t Talk about Me When I’m Gone », « Benny’s Bugle » ou encore « Goodbye » dans le premier set). Et le niveau de musicalité de chacun d’eux est à chaque fois démontré dans ce répertoire alternant morceaux péchus issus du bop et balades savoureuses (la version de « Manha de Carnaval » est à tomber par terre, ne serait-ce que lors de cette introduction offerte par Peterson). Alors que la première partie de ce concert est plus ancrée dans le jeu à trois (relances, riffs, dialogues), la seconde est nettement plus individualiste, les musiciens n’hésitant pas à jouer seuls lors d'un morceau (ainsi en solo absolu le pianiste enchaînera « Lou » avec « How Long Has This Been Going On », et Joe Pass en fera de même avec « Gentle Tears » et « Lover Man »). Cela dit, on aura droit à deux duos de toute beauté entre le contrebassiste et le guitariste, d’abord dans « Samba De Orfeu » puis dans « Donna Lee ». Le dernier thème, « Sweet Georgia Brown », classique des classiques, sera une mise en bouche technique sans toutefois égaler les pièces précédentes. 

Un disque qui a marqué ma jeunesse avec l’autre grand disque d’Oscar de cette époque révolue (Nigerian Marketplace). Bien des années plus tard, le contrebassiste Ron Carter sera quasiment le seul à reprendre cette formule, notamment avec le guitariste Russell Malone et divers pianistes, comme Kenny Barron, Jacky Terrasson ou encore Mulgrew Miller.







Pas d'image de 1978, mais le "Sweet Giorgia Brown" avec ce même trio en 1985. Après les deux solos d'ouverture, le démarrage en trombe est à 3'50 !! 


jeudi 17 avril 2014

REISER de Hara-Kiri à l'Echo des Savanes par Pat Slade




- Allo Pat ? C’est Claude ! Que fais-tu jeudi ? J’ai pas mal de choses à te dire ! Connais-tu un petit resto sympa du coté de chez toi ?  
- Heu… ! Oui j’ai ça en magasin, mais est-ce vraiment important ?
- Oui ! Tes articles nous donnent des problèmes avec les codes  HTML, ils nous mettent le souk dans la mise en page du blog. Il faut en parler sérieusement.
Donc ce jeudi attendant la personne qui m’ouvrit les portes du Déblocnot, je vois une voiture noire s’arrêter à coté de moi avec au volant un homme à la barbe blanche et à la casquette de feutre. Un genre d’Henri-Désirée Landru moderne, le premier homme pour la femme au foyer...
- Je dois te dire que tes articles marchent bien, mais il faudrait que tu cibles plus sur la bande dessinée !
- Ha bon ? Ok ! Si tu le dis !
Sur ce, après un copieux repas des plus salutaire, je me mis au travail après avoir écouté les conseils du patriarche de la rédaction.  

     


 On vit une époque formidable  




Ce matin en regardant dans ma bibliothèque, je suis tombé par hasard sur un album de Reiser, tous de suite, les noms "Hara-Kiri" et Cavanna (qui venait de décéder) me traversèrent l’esprit. Mais la question qui me vint en tête fut : «Mais au fait ? Depuis combien de temps le bonhomme est-il mort ?». Je me jetais sur mon ami Google et quelle ne fut pas ma surprise en me remémorant que ce dernier nous avait quittés le 5 novembre 1983 ; il y a déjà plus de trente ans !

Reiser, dans l’esprit des gens qui ne le connaissaient que de nom, c’était des dessins un peu crades avec une critique des homos-sapiens que nous sommes. Reiser c’était un dessin non-réaliste mais expressif sur des dialogues ou la justesse était extrême. Reiser, c’était des caricatures réalistes (pléonasme ?). Des personnages modestes qui aiment les bonnes choses et vivant sur la base des trois B : Bouffe, Boisson, Baise.
- Tu sais Pat, qu'en classique, les 3 B c'est Bach, Beethoven et Brahms... Pardon ? on s'en fout... Ah bon, désolé...
Le 13 avril 1941, alors que le Japon et l’U.R.S.S signent un pacte de non agression et que les troupes allemandes entraient dans Belgrade, le petit Jean-Marc Roussillon (dit Reiser) pousse ses premier cris dans la petite ville de Réhon (Meurthe-et-Moselle), pas loin de Longwy, ville connue pour ses faïences et sa sidérurgie. Pas de trace de sa jeunesse dans sa biographie, même dans celle, officielle, écrite par Jean-Marc Parisis (Au demeurant excellente !) en 1995.


Tout ce que l’on sait de lui avant de le connaître comme dessinateur, est qu’il fut livreur chez «Nicolas » le caviste bien connu des pochtrons français. Il  commencera à publier des dessins pour le journal interne de son employeur ainsi que dans de petites publications comme « Blagues ». En 1960, il fait partie de l’équipe fondatrice de «Hara-Kiri» avec Cavanna, le professeur Choron (Georges Bernier) et Fred, journal où il devient l’un des auteurs les plus prolifiques. Bien évidemment, sa collaboration avec ce journal lui ouvre les portes d'autres publications comme les «Editions du Square», «Charlie Hebdo », «Charlie Mensuel» ou encore le premier journal écologique «La gueule Ouverte» fondé en 1972 par le pacifiste Pierre FournierEn 1966, il entre chez «Pilote» (Mâtin !!!), il publiera énormément de dessins et de récits pour lui-même ainsi que pour beaucoup de ses collègues comme Gotlib, Cabu, Mandryka, Alexis et d’autres encore.


Il renoue avec «Hara-Kiri» en 1967 jusqu'à l’interdiction d’«Hara-Kiri Hebdo» en 1970 avec la une sur la mort de Charles de Gaulle «Bal tragique à Colombey…». C’est à cette époque qu’il sort son premier album aux Editions du Square «Ils sont moches». Tous en collaborant avec «Le Monde», «Actuel» et d’autres revues, il continue à sortir un album par an. En 1971, il sort «Mon Papa» (Mon album préféré) une série de gag en une page d’un gamin flanqué d'un père alcoolique notoire, il fera un clin d’œil à son ancien employeur «Nicolas».




Reiser, l’écolo qui en connaît un rayon


Reiser était un genre de Pierrot lunaire qui croyait en l’écologie. Il voulait à tous prix se rapprocher de la nature, mais pas d’une manière utopique, tout était calculé. Il rejetait le pétrole, le bitume et était un anti-nucléaire forcené, des énergies qu’il trouvait nocives. Il aimait découvrir de nouvelles techniques et était un ardent défenseur de l’énergie solaire. 

Ses argumentations et ses dessins sur le sujet seront regroupés. un album sortira en 2010 soit 27 ans après sa mort : «L’Ecologie». Une anthologie sur le travail qu’il consacra a son engagement  contre la laideur urbaine, la marée noire, la pollution en général. Mais Reiser était aussi un visionnaire. Dans ces pages, il explique comment fonctionne les éoliennes et ce qui lui tenait le plus à cœur, l'énergie solaire. 35 ans avant le sommet de Copenhague, il se souciait des générations futures.




De Jeanine au gros Dégueulasse




Les personnages sortis de l'imagination de Reiser pourraient se croiser dans la rue. Ils viennent de milieux modestes et ne roulent pas sur l’or. Ils disent tout ce qu’ils pensent, parlent sexe sans être vulgaire, argumentent sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas. Jeanine est l'image d’une femme qui a trois enfants, un vocabulaire fleuri, qui s’assume, mais qui est une mère indigne, fainéante, qui utilise autant de vernis à ongle que de gel douche, qui tient bien au chaud de petites bêtes dans sa région pubienne et qui vit plus sur le dos que sur ses jambes. Jeanine, une prostituée ? Non, mais elle ne serait pas loin de tapiner pour pouvoir se payer ses clops et de quoi boire. Existe-t-elle ou a-t-elle existée ?

Le gros Dégueulasse, lui, a bien existé. Il vivait du coté de la rédaction de «Hara-Kiri». Vêtu d’un slip kangourou jaune devant, marron derrière, un éternel mégot au coin de la lèvre, crade, mal rasé, un testicule qui dépasse. Le gros dégueulasse symbolise une certaine philosophie de la vie par ses discours. Un clochard ? Oui, un homme rejeté par la société qui garde en lui un humour féroce et noir. Un personnage rendu infect par l'existence. Un homme seul qui finira par se suicider en se taillant les veines avec un couvercle d’une boite de conserve.


Poursuivons. Un petit garçon qui, à force de se prendre des torgnoles, va hériter d’un surnom : «Les Oreilles rouge». Encore un personnage récurrent de Reiser, le gamin "pas de chance", l’enfant battu, et pas uniquement par ses parents, un  môme de 12 ans qui passe de l’enfance à l’adolescence avec ce que ça comporte (De l’apparition de l’acné au premier émoi de la masturbation), Une bande dessinée que n’aurait pas renié Freud et Françoise Dolto. Pourtant, il est attachant ce gamin, malgré ses problèmes avec l’autorité parentale et les embûches de la vie.

En 1981 il collabore avec le «Nouvel Obs», et avec Coluche dans «L’Echo des savanes», ils feront «Y en aura pour tous le monde», des histoires drôles, vieilles comme le monde, remises à la sauce Reiser. Après le décès de ce dernier, ce sera Vuillemin qui reprendra le pinceau. Reiser dessinera aussi l’affiche du film «La Grande Bouffe», le film de Marco Ferreri, et celle du spectacle théâtral «Le père noël est une ordure» en 1979. Deux albums seront portés à l’écran : «Vive les femmes» et «Gros Dégueulasse». 

35 albums en 14 années, un grand prix de la ville d’Angoulême en 1978. Un lycée professionnel en Meurthe et Moselle porte son nom et, en 2003, pour les 20 ans de sa mort, un album tribute est sorti en son hommage. 

Le militant humaniste tendre et cruel, passionné et écologiste avant la mode, décédera d’un cancer des os au jeune âge de 42 ans. Il laisse une œuvre considérable immortelle dans l’esprit des lecteurs.

Il existe une vidéo dans laquelle Reiser nous fait visiter sa petite maison équipée de panneaux photovoltaïques.... En toute simplicité (Clic).

L'annonce de sa mort et une interview réalisée quelques temps avant sa mort (Clic).

Désolé pour la mise à disposition de simples liens, les codes d'intégration ont été supprimés... ?!

mercredi 16 avril 2014

MALTED MILK "On Stage Tonight" (2014) by Bruno





     Cela commence à faire un bail qu'Arnaud Fradin arpente les clubs et les salles de concert avec son groupe Malted Milk. Assez de temps pour peaufiner et affuter son funky-blues percutant. A un point où il ne s'agit plus désormais de maîtrise mais bien d'une incarnation. Ni plus, ni moins. La preuve : ce live tout frais, issu d'une prestation au Stereolux (La Fabrique à Nantes) du 10 octobre 2013.


     Bien qu'à ses débuts le groupe Nantais, alors sous forme d'un duo (guitare-chant-harmonica) cultivait un Blues roots, progressivement il a mué en une machine bien huilée générant une mixture de Funk, de blues et de Soul de qualité. Une évolution qui a également suivit le développement du groupe pour arriver à maturité sous une formation de sept musiciens avec cuivres rutilants à l'appui.

     A l'heure où nombre de formations américaines sonnent surannées, multipliant les clichés et se vautrant parfois dans des pseudos improvisations lourdes et manquant cruellement de spontanéité, Malted Milk fait la différence en affichant une fraîcheur telle, que l'on pourrait croire avoir affaire à des vétérans de l'écurie Stax alliés à de jeunes recrues ayant fait leur classe auprès de ténors dans un périple formateur, partant du Texas, pour aller à Chicago en passant par Memphis et finir à la Nouvelle Orléans. 
C'est assez troublant de savoir que le collectif est un pur produit hexagonal tant il donne l'impression de sonner authentiquement américain. Et même parfois nettement plus afro-américain que Blues et/ou funk blancs. Ainsi, quand Arnaud donne quelques commentaires en français, on est presque choqué. La langue de Molière dénotant alors avec l'ambiance chaleureuse nimbée de Funk et de Soul vivifiantes que l'on jurerait captée dans un haut-lieu, un temple sacré où l'on célèbre ces musiques. J'exagère ? Si en 2007, Malted Milk parvient à être finaliste à l'International Blues Challenge de Memphis, ce n'est certainement pas le fruit du hasard.
De plus, sa bonne réputation scénique a depuis franchit les frontières, et en conséquence les portes des divers festivals européens lui sont grandes ouvertes.


     Si Malted Milk a réalisé de bons albums chiadés (les deux précédents ont pratiquement fait l'unanimité), c'est sur scène qu'il prend toute sa dimension. Un lieu où le collectif ne semble jamais pris en défaut, jouant avec une aisance déconcertante, donnant même à leurs compositions un surcroît de mordant et de vivacité. Est-il nécessaire de préciser que la troupe n'a nullement besoin de chorégraphie, d'écran géant, de fumigènes ou tout autre artifice pour faire bouger son public ? De même que le simple auditeur, toute ouïe devant sa chaîne.

     Pour ceux qui en douteraient encore, ainsi que pour ceux qui n'ont pas toujours la possibilité se rendre aux concerts, Malted Milk publie un témoignage. Et pas du type trafiqué, ou encore du genre reconstitué à partir d'extraits de dizaines de concerts. Non, ici, c'est sans filet : une soirée, un concert, un enregistrement. Point. Ces lascars semblent bien sûr d'eux-même.

     À la manière de nombreux groupes de Blues et de Funk, Malted Milk ouvre le bal par un instrumental laissant la place aux musiciens pour s'exprimer et chauffer le public par la même occasion, avant d'attaquer les choses sérieuses. Ainsi « Introducing »... introduit (trop rapidement peut-être) « Touch You ». Du Funk-Rythm'n'Blues porté par des cuivres clinquants et des chœurs charmeurs. La voix d'Arnaud est chaude, légèrement graveleuse dès qu'il appuie ses mots, et ses petites interventions de guitare en soliste ont cette empreinte « Telecasterienne » descendant tout droit d'Albert Collins. On remarque aussi une basse féline, sourde et profonde, foncièrement groovy.
« Easy Baby » s'enchaîne rapidement à la suite, avec son funk-blues de la Nouvelle-Orleans porté par un superbe riff (en picking hybride ?) entre Texas et Louisiane. Et au moment où l'on pourrait croire que le titre s'installe dans une confortable routine, ne s'embarrassant d'aucune rupture, tournant en boucle,  Arnaud part sans crier gare dans un solo au groove démoniaque doublé par sa propre voix, dans le pur style d'Albert Collins (oui, encore lui), avant de prendre des intonations flirtant plus avec Stevie Ray Vaughan encouragé par des cuivres exaltés.



« Human Waves », bien que composé par le précédent trompettiste Franck Bougier, semble tout droit sorti de la Soul des 70's, entre les Temptations et Donny Hathaway, tandis que la guitare d'Arnaud, elle, reste profondément attaché au Blues, ici avec des bends vertigineux d'inspirations « Albert King ».
C'est fluide, sans la raideur que l'on peut parfois ressentir avec des groupes de Soul, Funk, et/ou Blues blancs.


La participation – première invitée – de la jeune et très prometteuse Nina Attal (-> lien) permet d'élargir la palette musicale ; une touche féminine bienvenue sur une pièce Soul plus douce et tempérée.

Arnaud annonce intelligiblement la couleur : « Are you ready to makin' Funk ? ». Repris immédiatement par « Est-ce que vous êtes prêts à funkyser avec nous ? » (au cas où on aurait pas compris). « Let's go to New-Orleans ! ». Et ça le fait ! Le bien nommé « Nola Dance » incite à se lever et à se remuer, à gigoter en rythme avec la pulsation du tandem basse-batterie ou des cuivres. Malted Milk nous offre un voyage dans les clubs du French Quarter. 
 Karl W.Davis prend le micro sur un « Sunshine » inondé d'une Soul moite et d'un Funk enjoué.

« True Love » débute pratiquement dans un idiome proche de la version de « Tin Pan Alley » de Stevie Ray Vaughan avec un petit truc du Buddy Guy de « Man and the Blues » et mue insidieusement en ballade Soul 60's exsudant James Brown avec des cuivres évoquant par contre plus deux des ballades d'Otis Redding. Une bien belle pièce.


Kévin Double est invité à s'époumoner dans son harmonica torride sur la reprise de « Down the Road ». On craint le pire lorsque cette bonne intro, aux effluves de bayou avec Johnny Winter en guest, est coupée net par des « scratchs » (sic !). 20Syl se fraye un chemin à coup de samples et de scratch, bousculant sans s'excuser un bon blues si bien entamé. Et pourtant, s'adaptant au rythme, il procure un petit air mutin, coquin. Et confiant va jusqu'à aller défier l'harmonica de Kévin (où il peine rapidement).
Autre reprise, « That Wiggle » de Syl Johnson.
« Da Bump » fait renaître l' Albert Collins de « Cold Snap » et de « Don't loose your cool ». C'est à nouveau l'occasion pour Arnaud de faire chanter sa guitare en duo avec sa voix à la manière du Grand Albert. C'est sensé être le final, alors on en profite pour faire durer le plaisir et les deux guitaristes s'en donnent à cœur-joie. Même Igor Pichon s'octroie un solo de basse noyé de saturation (Bootsy Collins ?), simple mais bien groovy.

     Si à l'écoute de certains plans, de certains mouvements ou encore quelques sonorités les noms de Bryan Lee et de Stevie Ray Vaughan, voire de Tommy Castro, arrivent sur le bout des lèvres d'autres tels que les Meters, Albert Collins, James Brown, Sharon Jones, et Albert King se font clairement plus pressant. Voire, à la limite, Tower of Power, The Ohio Players, Elie Paperboy Reed. La Telecaster d'Arnaud, de par son attaque et son timbre, ressuscite souvent le fantôme d'Albert Collins. Plus rarement, c'est celui d'Albert King qui surgit, notamment dans les bends. Et c'est cette guitare incandescente qui, le plus surement, permet au groupe de garder un solide ancrage avec le Blues.

     Depuis, « Sweet Soul Music », Malted Milk a collectionné les éloges de la presse et du web. Avec ce live, il devrait convaincre les derniers récalcitrants.


Ces Nantais s'exportent, en Europe donc, mais même aux Etats-Unis (en première partie). C'est fort, très fort même, alors que pendant ce temps, en France, on continue à promouvoir les produits interchangeables de la télé-réalité, généralement avide de gloire, même furtive, et sans réelle et pure passion de la musique ; ou encore à faire l'apologie de musiciens ou d'interprètes dès lors qu'ils sont soutenus par une grosse maison de disque (jusqu'à être nommé (sic!) chevalier des arts et des lettres (lien ici - pour mémoire -)). C'est d'autant plus regrettable qu'il y a aujourd'hui sur le territoire assez d'artistes authentiques et intéressants pour leur consacrer une émission sérieuse hebdomadaire.


Arnaud Fradin : chants et guitares
Igor Pichon : Basse et chœurs
Yann Cuyeu : guitare et chœurs
Richard Housset : batterie
Timothé Bakoglu : claviers
Pierre-Marie Humeau : trompette
Vincent Aubert : trombone
Sylvain "Sly" Fetis : saxophone ténor
Laurence Le Bacon et David "Muppet" Allain : chœurs


,75



mardi 15 avril 2014

RESISTENZA "Precious" (2014)

De Saint-Étienne on connaissait Nanar,  le chaudron et la Manu' (*),  il faudra peut être bientôt y ajouter Resistenza , un jeune combo né en 2010 qui publie là son premier album, aprés 2 EP en 2011 et 2012. Ce quintet se compose d'une chanteuse Maria Mischitelli, soutenue par une rythmique où l'on trouve à la basse Jil Finotto et aux drums Guillaume Jouve, et 2 gratteux, Tristan Berger et Xavier Chaquet.
Un projet qui a été rendu possible grâce aux internautes via le site participatif Kiss kiss bank bank et aussi avec l'appui de la cité stéphanoise, une ville qui subventionne un groupe de rock, voila un exemple à suivre..
Resistenza, le nom est un clin d'oeil aux origines italiennes de sa chanteuse, et aussi une philosophie:  " C’est  une attitude face à la vie et à ses embûches, une invitation et une déclaration de « résistance » à tout ce qui nous aliène et nous bêtifie, ou nous annule en tant qu’individus. Et puis un hymne à la vie surtout… Un espoir de monde meilleur, une utopie qui manque si cruellement aujourd’hui dans nos sociétés"  (interview au Progrés, Janvier 2014). La liberté est donc un de leurs   thèmes de prédilection, d'ailleurs le 3eme titre "Freedom" nous le prouve; coté musique il faut chercher du coté de la  "power pop" et du rock indé,  Artic Monkeys, Babyshambles , Garbage, Kills ou Pixies constituent des influences palpables.
source, leur site:resistenza.fr

8 titres au programme de cet opus, ouvert par le morceau titre "Précious" où l'on remarque tout ce qui fait la qualité du groupe, une chanteuse puissante, une rythmique obsédante, de belles guitares et des harmonies bien chiadées, on sent qu'un attention toute particulière a été portée à la production et aux arrangements. "Ashes of a girl" en est un bon exemple, avec son refrain pop mais le ton se durcit par moments, guitares en avant; un beau titre sur les stéréotypes idiots imposées aux girls par les mags féminins. "Dreams" et "Our last battle" sont plutôt musclés mais mes titres préférés seront "The perpetual wave", un morceau atmosphérique et romantique, riche d'un superbe thème, "Beauty and the beast" , un belle compo qui fait référence à "La belle et la bête" de Cocteau  -c'est qu'ils ont des lettres ces rockers-, et pour finir "Blackboats", qui pourrait carrément faire un hit avec son beat imparable et ses montées d'adrénaline.

Amateur de pop/rock anglo-saxonne bien léchée vous ne devriez pas être déçu par  ce "Précious" qui n'a pas grand chose à envier à des noms plus ronflants, alors vous aussi entrez dans cette Resistenza qui n'a sans doute pas fini de faire parler d'elle.

(*) Lavilliers, le stade Jeoffroy Guichard et Manufrance

Rockin-JL