lundi 20 février 2017

"EN ATTENDANT BOJANGLES " de Olivier Bourdeaut (2016) par Foxy Lady


A mon père...

Citation en ouverture du roman : « Certains ne deviennent jamais fous, leurs vies doivent être bien ennuyeuses ». Charles Bukowski.

C'est avec une certaine appréhension, je l'avoue, que je reprends ma plume aujourd'hui.
Plus de 2 ans sans écrire la moindre ligne, c'est très long, mais votre vieille Foxy a eu une longue traversée du désert... Pardonnez donc mes maladresses de style, il faut que je me retrouve...

J'ai décidé de vous parler d'un livre à la beauté saisissante, ou l'émotion traverse chaque page, entre douleur, désolation ou éclat de rire, j'ai nommé le très beau « En attendant Bojangles » d'Olivier Bourdeaut.

Allez savoir pourquoi un livre nous tombe dessus, un peu comme une histoire d'amour, nous ouvre une porte qu'on croyait fermée à jamais, efface le temps, l'espace et nous laisse en état de grâce.


« En attendant Bojangles », c'est l'histoire d'un drame familial, porté par une écriture pudique et solaire, qui ne sombre jamais dans le pathos.

C'est l'histoire de la folie d'une femme, tour a tour exubérante, femme-enfant, femme-mère, dont la personnalité exaltée emporte tout sur son passage, une « vie à l'envers », que son fils va découvrir avec son regard d'enfant, émerveillé, puis inquiet de cette vie qui ne ressemble à aucune autre.
Parce que dans cette famille hors du commun, on fait la fête du matin au soir, on danse sur « Mr Bojangles » de Nina Simone, on se taquine, on se ré-invente chaque jour, on habite avec un bel oiseau de Numibie nommé Madame Superfétatoire, on se moque des conventions et des bienséances... Tout tourne autour de cette mère extravagante et de son univers...
Mais très vite, on sent que quelque chose ne tourne pas rond dans cette fête perpétuelle, on devine les signes, les fêlures de cette folie qui couve jusqu'à l'explosion, le drame inéluctable.
l'asile de "Vol au dessus d'un nid de coucous"

Le livre est écrit à travers les souvenirs d'un enfant qui ne comprend pas toujours ce qu'il perçoit de la réalité, mais qui est heureux avec ses parents, car dans le fond, il baigne dans de l'amour à l'état pur. Entre le récit de cette tranche de vie contée à travers les yeux d'un enfant, il y a quelques extraits des carnets de son père, confronté à la maladie de sa femme :  « Je voyais bien qu’elle n’avait pas toute sa tête, que ses yeux verts délirants cachaient des failles secrètes… »

« Je m'étais dis que j'étais moi aussi légèrement frappé de folie et que je ne pouvais décemment pas m'amouracher d'une femme qui l'était totalement, que notre union s'apparenterait à celle d'un unijambiste et d'une femme tronc, que cette relation ne pouvait que claudiquer , avancer à tâtons dans d'improbables directions. »

« C'était à peine visible à l’œil nu, mais il y avait un changement d'air, d'humeur autour d'elle.
Nous n'avons rien vu, seulement senti. Sur elle, il y avait de petits riens, dans ses gestes, le clignement de ses cils , ses applaudissements , un tempo différent. Nous nous étions dit que son originalité continuait à monter les escaliers, qu'elle avait atteint un nouveau palier ».

Le roman est donc ponctué de scènes tour à tour loufoques, fantasques ou tragiques, jusqu'au premier drame, un incendie, qui va conduire cette femme aux mille excès dans un asile psychiatrique, où elle va côtoyer des « déménagés du ciboulot » toujours sous les yeux de son fils et de son mari, devenant même la reine de cette cour des miracles, faite de pauvres âmes, telles Yaourt, Sven ou Bulle d'Air.

Ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est qu'il est très difficile d'expliquer le drame de la maladie mentale, que l'on soit un enfant ou un adulte. Car la folie ne s'invite pas dans une famille, elle s'impose, elle est peut-être amusante au début voire anecdotique, puis elle blesse et détruit, et dans ce roman, l'issue fatale ne fait pas exception à cette règle.

On assiste jusqu'au bout à la tentative désespérée de cet homme et de cet enfant de sauver cette femme d'elle-même et de ses démons, jusqu'en Espagne, terre qui va sceller le destin de cette famille.

« J'avais très bien compris qu'elle voulait s'endormir pour toujours, car il n'y avait qu'en dormant qu'elle pouvait éloigner ses démons et nous épargner ses moments de démence. Elle avait décidé ça, et même si c'était triste comme solution, j'avais pensé qu'elle avait ses raisons.... »

Premier roman de son auteur, Olivier Bourdeaut, écrit à l'âge de 36 ans, je ne peux que saluer cette écriture à fleur de mots, qui m'a littéralement bouleversée et a étrangement raisonné en moi.

Malgré le sujet traité, « En attendant Bojangles » nous laisse, certes, une impression de tristesse, mais ce que l'on retient principalement, c'est cette merveilleuse histoire d'amour, cette lumière qui éclabousse tout pour ne donner, dans le fond, qu'un récit d'une pureté et d'une incroyable poésie.

Voilà donc une très jolie pépite à découvrir...




 on se quitte en musique avec le titre en question de Nina : 

dimanche 19 février 2017

BEST OF NON INTENTIONNEL





Lundi : Nous avons eu le plaisir de remettre un Deblocd'or partagé entre les rockers marseillais de The HOST et  le troubadour de Bar-le-Duc Eric Frasiak ; avec  une belle mobilisation des votants malgré une cyberattaque  qui nous a obligé à clôturer les votes plus tôt que prévu.

Mardi : triple chronique pour Rockin qui nous a présenté les nouveautés du label de l'ami Pat Kebra : les Luxembourgeois de Dream Catcher et leur folk celtique, les ariégeois de Regard Oblique qui font dans le french heavy métal et le Suisse Vincent V et sa pop rock écolo, pas mal tout ça !

Mercredi : En 1991 Bruno tombait - comme beaucoup d'entre nous à l'époque -  sous le sortilège de ce "Livingwith the law" de Chris Whitley, et son blues roots et vénéneux qui garde, 26 ans après toute sa force, un incontournable à découvrir d'urgence pour nos plus jeunes lecteurs (ceux qui n'ont pas encore de déambulateur).

Jeudi : Pat fait un bond dans le temps encore 20 ans avant Bruno, en 1971 avec  le fameux "Imagine" de John Lennon, classé second single du siècle (derrière "Bohemian Rhapsody" de Queen), un disque incontournable des seventies. D'ailleurs Pat en hommage à Lennon a décidé de passer une semaine nu dans un lit avec Sonia, les photos bientôt...

Vendredi : Aprés l'ex Beatles, voici... Les Stones ! Avec un nouvel album studio de reprises de bons vieux blues d'Holwin'Wolf, Willie Dixon, Muddy Waters et consorts. Les septuagénaires se sont fait plaisir avec ce retour aux sources du Chicago blues  et le résultat est plutôt réussi.

Samedi : Drôle d'histoire avec Claude, notre musicologue classique. A la fin de sa vie, Anton Bruckner rejeta de son catalogue une jolie symphonie écrite 25 ans avant et qu'il trouvait médiocre. Tu parles ! Elle a été ressuscitée et porte désormais l'extravagant N° 0 ! Une partition idéale pour découvrir l'art du compositeur et dirigée ici par le jovial maestro Riccardo Chailly.

samedi 18 février 2017

Anton BRUCKNER – Symphonie N°0 – Riccardo CHAILLY (1989) – par Claude TOON



- Mais M'sieur Claude ? Une symphonie N°0, c'est un gag, une faute de frappe ? Bon vous allez m'expliquer, sinon, de nouveau Bruckner, le symphoniste viennois…
- Non ce n'est pas un gag Sonia, Bruckner a composé 11 symphonies, mais très exigeant avec son travail, il en a retiré 2 de son catalogue, décision non justifiée pour celle-ci !
- Ah ? Et donc, les musicologues et les chefs d'orchestre ont réhabilité cet opus alors. Il vaut le coup ?
- Une œuvre de jeunesse composée entre les officielles 1ère et 2ème symphonies. Oui, un ouvrage sympa qui préfigure le Bruckner des chefs-d'œuvre de la maturité…
- Donc, 6ème article sur ces symphonies de M'sieur Anton, la 0 au banc d'essai, et un chef italien déjà invité dans une symphonie de Mendelssohn si j'en crois l'index…
- En effet mon petit, l'une des meilleures versons modernes de cette œuvre un peu laissée de côté. Un chef qui sait alléger le style "bourrin" parfois reproché à tort à Bruckner…

Caricature de Bruckner de 1886
Pourquoi Anton Bruckner a rejeté cette symphonie à la fin de sa vie ? C'est un mystère. De facture moins rugueuse que la 1ère symphonie, moins ambitieuse dans la durée que la seconde, composée avec habileté, elle trouve sa juste place dans le parcours du compositeur. Si on ne peut pas tenir le même langage pour la symphonie d'étude de 1863 assez gauche et portant le N° 00, elle possède déjà toutes les caractéristiques du style romantique du maître : polyphonie et contrepoint soignés, final fugué (comme la future 5ème), scherzo plus audacieux que celui des partitions à venir, orchestration rigoureuse inspirée de la technique en choral de l'orgue, et surtout, notamment dans l'andante : de très beaux thèmes. Cette symphonie est de ces œuvres que l'on mémorise facilement dès les premières écoutes. Elle peut même être une bonne introduction à la musique de Bruckner.
Quand on parle d'œuvre de jeunesse, tout est relatif car en 1869 Bruckner a 45 ans. Comme Brahms, qui ne l'aimait pas, il a entrepris la composition de ses symphonies tardivement, faisant de ce travail l'essentiel de son œuvre. Si on le considère de nos jours comme l'un des symphonistes les plus éminents du romantisme tardif, il ne fut pas compris de son vivant. Certaines partitions ne seront jamais éditées, et le compositeur n'entendra jamais la plupart de ses ouvrages. Cette symphonie N°0 ne sera créée qu'en 1924 par Franz Moißl à partir d'une édition "bricolée" due à Josef Wöß. Depuis 1968, on utilise une édition plus authentique de Leopold Nowak qui faisait autorité dans la restitution des partitions plus authentiques.
On ne présente plus Bruckner dans ce blog, ce billet étant le 6ème consacré au compositeur. L'essentiel de la biographie de ce personnage énigmatique est à lire dans le premier article consacré à la 5ème symphonie (Clic). Oui énigmatique et hors de son temps : introverti, timide, dépressif et donc un peu poivrot, mal fait de sa personne et ne faisant rien d'efficace pour séduire… D'origine rurale, le brave Anton cultive les bourdes en société qui en font la risée du tout Vienne de l'époque… Pourtant l'année 1869 est un bon cru : Bruckner subjugue l'Europe par ses talents d'organiste et d'improvisateur, notamment à Nancy.
Comme toujours pour Bruckner, la genèse de cette symphonie et la rédaction de sa forme finale restent difficiles à cerner. Certains musicologues spéculent sur l'existence d'ébauches entre 1863 et 1864, P-g Langevin, musicologue fiable, l'évoque, mais on ne dispose d'aucun manuscrit musical pour l'affirmer définitivement. De toute façon, il est très vraisemblable que comme à son habitude, Bruckner aurait tout réécrit à partir de 1865 pour achever une partition exécutable en septembre 1866. Souhaitant la faire interpréter, il présente son manuscrit au chef Otto Dessoff qui reste dérouté par l'absence de thème émergeant dans le premier mouvement et décline la proposition ! Pas de thème percutant : une entorse fatale à la forme sonate à cette époque. Encore une désillusion pour Bruckner Il la retouchera encore en 1869. Un quart de siècle plus tard, en 1895, il ressort sa symphonie des tiroirs alors qu'il a enfin terminé sa monumentale et géniale 8ème et travaille sur la non moins ambitieuse 9ème que la mort l'empêchera de terminer. Considérant les vielles pages comme indignes du sommet qu'il a désormais atteint, il écrit un "Zéro" rageur sur la première page ! Ah les perfectionnistes !!!
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Il maestro italiano che ama i bambini, evidentemente
Nous avions déjà été à la rencontre du chef italien Riccardo Chailly à la carrière exemplaire : Deutsches Symphonie-Orchester Berlin (1982-1989), Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam (1988-2004) et depuis 2005 l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (Clic).
Parmi sa prolifique discographie, le maestro a gravé entre 1984 et 1999 une intégrale des dix symphonies de Bruckner. De par les postes occupés, le cycle a été enregistré soit à Berlin, soit à Amsterdam, orchestre d'un niveau supérieur bien entendu. Une intégrale de plus ? Donc superflue ? Et bien non, car les qualités de précision et de dynamisme du chef tournent le dos à une tradition germanique encore parfois présente : pathos wagnérien et mysticisme outrée. Bon, la hiérarchie habituelle de la discographie n'a pas été bousculée par cette réalisation (Haitink, Wand, Jochum, Celibidache…), mais il s'agit d'un très bon cycle toujours disponible, à prix imbattable
Et puis les enregistrements de la symphonie N°0 n'étant guère pléthoriques, cette interprétation de haute volée de 1989 fût la bienvenue. J'avais aussi mentionné l'exceptionnelle interprétation de Riccardo Chailly de 1993, à Amsterdam, de la symphonie N°2 de Mendelssohn dans une chronique dédiée à cette œuvre (Clic).
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Bruckner dans ses cinq premières symphonies restera fidèle à l'orchestre Beethovénien : 2/2/2/2, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, timbales et cordes. 4 cors, comme dans la 1ère symphonie, et non 2 ou 3, une innovation qui annonce les cors par 8 des trois dernières symphonies.

Otto Dessoff
1 – Allegro : Une petite marche bien scandée aux contrebasses et, cinq mesures plus tard : exposé d'un motif frémissant aux violons… Par d'erreur, une introduction brucknérienne typique. Cet ensemble de mesures est repris derechef avec quelques notes de cuivres pour épicer le propos. Otto Dessoff ne trouvait pas le thème ? Évidemment, contre toute attente, il faut le chercher dans cette association de motifs combinant deux lignes mélodiques. Bruckner raffole déjà des thématiques longues mais "sécables". Ce thème, car s'en est un à sa manière et à mon sens, rappelle l'intérêt du compositeur pour l'univers romantique et épique. Langevin parle donc de groupe et non de thème et en déduit une faiblesse dans la composition. Je ne partage pas trop cette opinion respectable. Bruckner va explorer un mode de composition différent de la forme sonate académique avec son intro, ses thèmes A et B, etc. De fait, la musique échappe à un carcan, déroule des "groupes" mélodiques assez variés, alternant héroïsme et poésie bucolique. Rien de mystique dans ces pages. [1:01] Un court choral de cuivres avant l'exposé d'une seconde idée sans motif très défini mais élégiaque (ré mineur) peut faire songer à une technique héritée des poèmes symphoniques d'un Liszt. [3:04] Encore une nouvelle mélodie inattendue et lyrique avec un chatoyant dialogue concertant des bois (belle prise de son). Bruckner nous ballade au sens propre dans une forêt viennoise. On peut considérer le passage comme le développement d'un mouvement de sonate, sans doute, mais quelle fantaisie dans l'exploitation des matériaux mélodiques… [7:10] Le chant des flûtes et du hautbois préfigure les murmures de la forêt du Siegfried de Wagner achevé en 1869, Wagner que Bruckner admirait tant.
[9:24] Un retour du premier groupe (règle sonate somme toute respectée) va introduire un second développement aux accents énigmatiques suivi d'une coda [12:34] avec son crescendo conclusif, énergique, élaboré à partir de la seconde phrase mélodique exposée aux violons lors de l'introduction. Beau souci de rigueur dans la construction. Furie de cuivres ultime : signature du style du compositeur présente quasiment dans toutes les codas des allegros introductifs. Elle disparaitra uniquement lors de la réécriture de la 8ème symphonieRiccardo Chailly n'appuie jamais le trait avec brutalité, requiert des tempos retenus qui laissent les dialogues de l'harmonie s'épanouir en évitant leur étouffement trop fréquent par la masse des cordes. Une œuvre qui a trouvé son interprète.

2 – Andante : [15:25] Ô oui, que Josef Wöß a eu raison de passer outre l'autodafé de Bruckner sur sa propre musique et de la réhabiliter, ne serait-ce que pour ce magnifique et tendre andante. Le mouvement lent dans l'art du compositeur se révèle la clé de voute de ses œuvres symphoniques, le temps et l'espace où se conjuguent l'intime et la réflexion ; réflexion métaphysique et mystique dans les cinq symphonies de la maturité pour ce chrétien fervent. Ici moins de religiosité mais un épisode rêveur. Une grande phrase sereine aux cordes initie le mouvement. Un dialogue des bois, coloré et nocturne, la prolonge et annonce un premier développement. [17:38] Une mélopée martiale aux violons énonce une seconde idée charmeuse et bucolique. Rien que pour ce beau thème, la symphonie se devait d'exister. Si nombre de compositeurs mineurs du XIXème siècle avaient écrit ne serait-ce que cet andante, on ne les aurait pas oubliés… L'andante va se prolonger par épisodes successifs dans un esprit de rayonnement lumineux insufflé par les thèmes initiaux. Riccardo Chailly fait de nouveau chanter les bois et les cordes avec clarté, soulignant ainsi à merveille la douce et riche polyphonie imaginée par Bruckner. Mais pourquoi diable avoir jeté ces pages aux orties en 1895 ?

3 - Scherzo : Presto – Trio : Langsamer und ruhiger : [29:10] Les amateurs de Bruckner sont habitués à ses scherzos assez vifs, un peu longs, à la thématique bien marquée, mais d'une symétrie pendable de monotonie : Scherzo – Trio – Scherzo da capo à la quadruple croche près ! Curieusement dans cette symphonie posthume qui ne fut pas charcutée inconsidérément par des élèves ou des conseillers généreux mais attachés à la forme comme une fin en soi, Bruckner  compose cet intermède de façon plus libre et surtout plus brève… La vivacité trépidante du scherzo nous prend à bras le corps. La musique jaillit, syncopée, farouche, empreinte de chromatisme mais surtout dépêtrée des redites trop souvent critiquées car critiquables présentes dans les symphonies ultérieures. [31:25] le trio apporte un intermède galant et poétique dans laquelle s'étire une mélodie gracieuse illuminée par un dialogue de bois et de pizzicati surgi d'une légende de la forêt viennoise. [33:20] Le scherzo fait son retour, mais là est la surprise : une coda frénétique, presque diabolique, termine vaillamment ce scherzo de 7 minutes. Dans une des 8 éditions de la 3ème symphonie, cette coda fantaisiste existait, mais très peu de chef l'exécute (Haitink à Vienne).

4 - Finale : Moderato – Allegro vivace : [35:58] Par ses dimensions et sa richesse, le final préfigure encore plus que les mouvements précédents la maîtrise de la complexité qui fera de  Bruckner le symphoniste le plus marquant de l'ère romantique finissante et le roi du contrepoint hérité de Bach. Une introduction lente assure la transition avec l'exaltation du scherzo, un instant de repos avant les hostilités. De longues phrases aux cordes et un scintillement des bois. [37:04] Un premier thème, vigoureux et sévère, porté par un choral de cuivres émerge de la tranquillité. Le grand Bruckner de la future 5ème symphonie prend son élan. Il développe sa musique avec ce mélange de rusticité et de bonhomie qui le caractérisent. [38:33] Second thème plus joyeux et inhabituel par sa facétie chez ce compositeur. La suite : un travail contrapuntique qui aurait déjà fait entrer l'homme dans la légende : écoutons ces échanges sur plusieurs voix entre les divers pupitres. (Technique de la registration appliquée avec talent par Bruckner l'organiste.) Riccardo Chailly poursuit son travail de clarification : pas de tutti tonitruant au bénéfice de la mise en place aérée de cette musique foisonnante et énergisante.

On trouve ce disque en album séparé chez quelques vendeurs. Sinon l'intégrale de bon aloi le propose et reste disponible chez DECCA. Autre disque d'un intérêt certain, celui de Daniel Barenboïm avec le superbe Orchestre symphonique de Chicago. Un album isolé de sa première intégrale, la meilleure (DG – 4/6).
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vendredi 17 février 2017

THE ROLLING STONES "Blue & Lonesome" (2016) par Luc B.


Un paquet de temps que les Stones n’avaient pas enregistré de nouveau disque - A BIGGER BANG en 2005 - trop occupés à leurs concerts-évènements, à Cuba, dans le désert du Nevada - et bientôt sur Costa Croisière ? - les disques solo des uns, les séries TV des autres...  Rencard est pris en studio, à Londres, sauf que l’inspiration, elle, n’est pas au rendez-vous. Ce qui sort des séances sonne creux. Keith Richard suggère de jouer « Blue and Lonesome », histoire de se décrasser. L’ingénieur du son a la bonne idée de laisser tourner la bande. Une prise unique (celle du disque) qui incite à tenter un autre titre, sans filet, et un suivant...

En trois journées, les 11,14 et 15 décembre 2015, 12 morceaux sont enregistrés. Et finalement, à défaut de nouveautés, sortiront tel que. Les Rolling Stones ont sans doute enregistré là leur dernier disque studio. La boucle est bouclée. Plus de cinquante après, ils rejouent du blues pur et dur.

Les formats sont courts (12 titres, 42 minutes), à une exception près les chorus ne remplissent qu’une grille de 12 douze mesures. C’est généralement l'omniprésent Jagger qui officie à l’harmonica. Donc pour les solos de grattes, on repassera... (faute de combattant ?)

Le premier titre « Just your fool » est de Walter Jacobs, connu sous le sobriquet de Little Walter, harmoniciste fameux, qui a débuté aux côtés de Muddy Waters, et pris son envol ensuite, réputé notamment pour avoir électrifier son harmonica. On est donc dans le pur Chicago Blues, shuffle up-tempo, et Mick Jagger se fend du chorus, comme il le fera au fil des 12 titres.   

76 + 70 + 74 + 74 = 294 ans !
On a ensuite « Commit a crime » de Chester Burnett, dont la ligne de guitare ne nous est pas inconnue. Stevie Ray Vaughan a beaucoup joué ce titre (notamment sur le Live de Montreux » en 1986) sous le titre « l’m leaving you ». C’est une boucle de deux mesures, typique aussi du genre, un seul accord et une complainte lancinante, que Jagger chante à la manière de son auteur Howlin’ Wolf.

L’ouverture de « Blue and Lonesome » (Little Walter) donne le ton, un blues bien lourd, désespéré, plombé par la frappe sèche de Charlie Watt, avec chorus d’harmo. « All of your love » est plus swinguant, et offre à Chuck Leavell sa grille au piano, et – enfin – de la guitare à la fin.   

« I gotta go » revient au binaire trépignant (encore du Little Walter) tout harmo en avant. Dès l’intro de « Every knows about my good thing », on se dit, tiens, y’a Clapton ? Voisin de studio, à la seconde séance, il est venu poser quelques grilles de slide, apporter sa texture moins granuleuse. Le morceau est génial, un blues 12/8 classique, plus touffu, le chant de Jagger, scandé, craché, impérial.

On poursuit avec un shuffle bien couillu  « Ride’em on down » (Eddy Taylor) qui n’est pas sans rappeler le « Dust my broom »,d'Elmore James (mais compo de Robert Johnson) avec gros coups sur la chinoise (euh, la cymbale chinoise... celle qui fait splash). Chuck Leavell est au B3. Court, carré. Au poil. Encore un Little Walter ? C’est « Hate to see you go », sur un seul accord, à la manière de John Lee Hooker. « Hoodoo Blues » est bien sombre, Jagger en mode grave, rasades d’harmonica. « Little rain » est un blues lent, lancinant, suivi de « Just like I treat you » de Willie Dixon, sautillant comme tout, guitares et harmonica à l’honneur. On retrouve Clapton sur « I can’t quit you baby » (Dixon), Mick Jagger y chante merveilleusement, vieux cabot, et les guitares s’expriment davantage.

C’est sûr, avant d’aimer les Stones, il faut surtout aimer le blues. Mais n’est-ce pas la même chose ?! Aucun compromis pop, ou rock, que du Chicago pur jus, et donc forcément répétitif pour les plus rétifs. Ce disque a fait causer dans les chaumières, sur le thème éculé du : à quoi ça sert de faire des trucs comme y’a 60 ans, y s’foutent du monde, qu’ils prennent leur retraite pour de bon. Mon avis sur la question ? En quoi ça vous emmerde ?! Si ça leur fait plaisir, s’ils ont envie de finir là-dessus, sur cette note, la note bleue ? Autre motif d’indignation, le son serait mauvais, hyper compressé, les pistes inaudibles, la voix trafiquée parce que Jagger ne sait plus chanter… Bla bla bla. Jagger ? Pas savoir chanter, non mais les mecs !! Il tient l'édifice à lui seul ! J’ai du matos classique, correct, le son ne m’a pas gêné. Y’a de la réverb dans la voix, c’est sûr, ça sonne live, normal, ça l'est, ce n'est pas aseptisé. On aimerait juste, parfois, distinguer davantage les deux guitares.

Si effectivement BLUE AND LONESOME est le dernier, le document est historique ! Alors qu’ils auraient pu se la jouer album de guest-stars sorties du bottin mondain, hyper produit, sur des scies bluesy, ils ont juste balancé quelques douze mesures bien râpeuses, secondé par un pote que le hasard a placé là (rappelons qu’en 1963, Clapton avait été approché pour intégrer le groupe !). Comment leur en vouloir ?

Le clip qui va bien, avec tous les poncifs du genre, bagnole, p'tite pépée et clope, et Kristen Stewart à la pompe (de la station service) qui n'a même pas de quoi se payer un tee-shirt sans trou, la pauvrette...
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