Toute l’équipe du Déblocnot s’associe au chagrin d’un de ses chroniqueurs, frappé ce week end par un deuil familial.

Pensées amicales pour notre camarade.

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mardi 31 mars 2015

MAHALIA BARNES "Ooh Yea- the Betty Davis songbook" (2015)

 Mahalia Barnes n'est autre que la fille de Jimmy Barnes, le hurleur australien, l'une des plus grandes voix  du rock des antipodes et du rock tout court, avec son groupe Cold Chisel puis en solo, elle a été prénommée par papa Mahalia en hommage à la prêtresse du gospel  Mahalia Jacksson , évidement avec de tels antécédents elle avait plus de chances de finir sur les planches que de devenir éleveuse de kangourous ou chasseuse d'alligators. On va donc pouvoir sortir les poncifs d'usage: "bon sang ne saurait mentir", "tel père, telle fille" , 'les chiens ne font pas des chats"...
 La belle et jeune trentenaire Mahalia n'est pas une débutante, elle commença à chanter ado dans un registre pop au sein du groupe qu'elle forme avec ses frangines, "The Tin lids"  puis tournera beaucoup comme choriste, notamment avec son papa Jimmy et Jade MacRae, avant de sortir un premier album en 2008. En 2012 elle   participe  à The Voice Australie, où elle interprète le "Proud Mary" de Creedence Clearwater Revival, à la Ike & Tina Turner, tous les jurés appuient sur le bouton avant de savoir qu'elle est la fille de Jim Barnes (voir clip plus bas)  Je ne suis pas fan de ce genre d'émissions mais de temps en temps si ça peut ouvrir des portes à un talent... Elle se fait remarquer et sort en 2012 "Come together"  en duo avec Prinnie Stevens, une autre participante, un  album de reprises rock et Rythm'n'Blues trés agréable. Fin 2014 elle chante sur le titre "Stand up" de l'album "30:30 Hindsight"  de son père , album marquant l'anniversaire de ses 30 ans de carrière solo, avec plein d'invités dont un certain Joe Bonamassa dont nous reparlerons plus tard.
Dans ce nouveau projet elle a voulu rendre hommage à Betty Davis, mannequin, et éphémère (un an) femme de Miles Davis  qui selon la légende la quitta car il ne pouvait pas suivre le rythme de la sublime tigresse black, et je ne parle pas de rythme musical. Outre son tempérament elle lui fait également découvrir les disques de ses potes Sly Stone et Jimmi Hendrix...De 1973 à 1975 elle pond trois albums de funk incendiaires et lascifs qui ont fait date: "Betty davis", "They say I'm different" et "Nasty gal".
Betty, un des modèles de notre Mahalia: "Je suis une fan de Betty Davis de longue date. La première fois que je l'ai entendu j'ai été happée. Elle est sauvage, libre, crue, intense, puissante et sexy. J'aime les instrumentations, les chœurs, j'ai toujours voulu faire un truc qui sonne comme ce qu'elle faisait!"
Outre Betty, elle cite comme modèles Aretha Franklin, Stevie Wonder, Donny Hattaway, Betty Lavette, Ann Peebles, Otis Redding,  Ike & Tina Turner mais aussi, plus rock, Free, les Black Crowes ou...son père.
Ce projet a été mis en boite en 3 jours, recorded dans les conditions du live à Sidney par le producteur de renom  Kevin Shirley (Black Crowes, Hoodoo Gurus, Silvertide, Aerosmith, Bonamassa, Black country communion, Black stars riders...) . Mahalia est accompagnée de ses Soul Mates, à savoir aux claviers (orgue, Rhodes, piano) Clayton et Lachlan Doley, à la basse Ben Rodgers qui est aussi son compagnon,  aux drums David Hibbard,  aux choeurs Darren Percival, Juanita Tippins et Jade MacRae et aux guitares Franco Raggat et un certain...Joe Bonamassa, qui fait là des infidélités à Beth Hart. Ce Joe, c'est pas possible vu sa production perso et le nombre de disques où il figure il doit avoir 2 ou 3 frères jumeaux! Au passage son dernier "Different shades of blues" est plutôt pas mal.

avec son father
Au programme donc ici 12 titres du répertoire de la bombe Davis, et dés le premier "If I'm in luck I might get picked up" le ton est donné, un  beat funky épais au groove imparable sur lequel Mahalia peut se laisser porter , et elle a du coffre, pas besoin d'analyse d'ADN pour prouver que Jimmy est bien son géniteur. Quant à Bonamassa il est étonnamment sobre, personnellement c'est dans ce registre d'accompagnateur de luxe que je le préfère, tout juste se lâche t'il un peu sur le final.
Ce funk torride sera bien sur la clé de voûte de l'album, avec en point d'orgue un "Nasty gal" torride, "Ooh Yea",  sa wah wah, son piano et ses choeurs masculins qui évoquent Shaft (Isaac Hayes), "He was a big freak", 'Your mama wants you back" et sa basse gluante, 'Shoo B doop and cop him". Sur "Walking up the road", c'est Jimmy Barnes en personne qui vient donner un coup de pouce  à  fifille et assure les chœurs de sa voix puissante alors que sur "You won't see me in the morning" le Joe nous gratifie d'un bon  solo .
Seul "In the meantime" sort du carcan funky, débutant en soul/blues mid tempo qui se transforme en cavalcade sudiste à la Allman Brothers, guitares en avant.

Un album à conseiller à tout amateur de funk et de soul musclés et de chanteuses puissantes, toutefois pour qui connait les originaux de Betty Davis, ne vous attendez pas à retrouver quelque chose d'aussi  sauvage et brut, de toute façon c'était impossible, Mahalia en propose une lecture différente mais bien intéressante .
 On suivra Mahalia Barnes de prés, en attendant  notamment autre chose que des reprises.
OOH YEA !

ROCKIN-JL





sur Betty Davis: lire Bruno
sur Jimmy Barnes , Bruno sur "Barnestorming" et ma pomme sur "the  Rhythm and the Blues"

lundi 30 mars 2015

A.J. PERO (14/101959 - 20/03/2015) - Twisted Sister - Adrenaline Mob



     A.J. Pero, voilà bien un nom qui risque bien de ne rien évoquer pour beaucoup. Toutefois, le fan de Hard-Rock millésimé 80's se souviendra (au pire, se remémorera un lointain souvenir) que ce patronyme était rattaché à un gang américain cultivant un Hard-Rock qui se voulait direct, efficace et outrancier.

The Cities avec A.J. Pero, 2sd en partant de la droite.

     Anthony Jude Pero était né le 14 octobre 1959, à New-York. Ville où il fit toutes ses études et où il apprit la musique. Il débuta par le Jazz, avant de se succomber à l'appel de sonorités nettement plus lourdes et brutales, séduit par des groupes comme Led Zeppelin et Rush. Il aurait abordé la batterie dès l'âge de 3 ans, et aurait pris des cours avec le célèbre Gene Kupra. A 10 ans, il apparaît dans le Jerry Lewis Labor Day telethon (1) et le Mike Douglas Show (2).
Tout en faisant le chauffeur de taxi, Pero jouait le soir avec un groupe local : Cities. Jusqu'à ce qu'en 1981, il rejoignit un autre groupe du coin, qui jouissait déjà d'une réputation locale. Ne serait-ce que parce qu'il y a deux ex-The Dictators dans ses rangs : Mark Mendoza et Richie Teeter. C'est en remplacement de ce dernier qu' A.J. rejoint ce groupe d'allumés prônant la cause d'un Hard-Rock rêche et simple, et dont certains des membres galéraient tout de même depuis fin 1972. Un groupe mené par un leader haut en couleur et grande gueule : Dee Snider. Ce grand gaillard à la crinière luxuriante improbable, qui rejoignit le groupe en 1976, s'imposa progressivement comme leader. Il incita à adopter un look extravagant et un Rock théâtral. Maquillages et accoutrements à l'appui. Il s'agissait bien évidemment du collectif  New-Yorkais Twisted Sister, qui se voulait être la rencontre improbable de Kiss, d'Alice Cooper, et des New-York Dolls ; tant par la musique que par le look. Voire avec un peu de Slade et de Dictators).
Pas grand chose à voir donc avec Rush ni Led Zep.

     En ce début de décennie, le Hard-Rock a le vent en poupe ; même les groupes les plus rudimentaires pouvaient alors avoir leur moment de gloire. Ainsi, il en fallut peu pour que ces New-Yorkais ne prennent enfin leur essor. Aidé en cela par un Snider avisé, totalement impliqué ("I Believe in Rock'n'Roll"), animé d'une foi à toute épreuve, qui canalisa la direction musicale. En s'inspirant tant des tenues de scène du Glam-rock que celles grand-guignolesques du grand cirque américain (dont Kiss et Alice Cooper), il créa une image immédiatement mémorisable, concevant une identité bien définie (qui fut aussi un facteur rebutant pour beaucoup).
     L'intégration de Pero coïncidait avec la rapide ascension de ces chevelus lourdement maquillés. Enfin, un premier enregistrement pour les New-Yorkais et premier succès : "Under the Blade", enregistré à Londres avec l'aide de Pete Way (U.F.O.) s’immisça dans les charts anglais, et, timidement, dans les américains (plus tard, avec les rééditions, il sera vendu à plus de 2 millions d'exemplaires).
     L'année suivante, toujours enregistré en Angleterre, "You can't stop Rock'n'Roll" confirma le groupe en tant que valeur sûr de ce nouveau mouvement de Heavy-Metal - plus radical, souvent sourd à ses racines Blues - en remportant un disque d'Or aux USA.
Le kit de la tournée "Come out and play" (démesure ?)

     Plus rien ne semblait pouvoir arrêter ces gaillards, faussement outranciers, qui horrifiaient les grenouilles de bénitiers (le groupe fut d'ailleurs inquiété par le P.M.R.C. (3) ), et en début de l'année 1984, ils cassèrent la baraque (et les oreilles pour certains) avec un "Stay Hungry" qui se situait, plus que jamais, au carrefour d'un Kiss et d'un Alice Cooper des grands jours.
Atlantic Records, voyant se profiler un bon coup à jouer, sortit le chéquier pour leur ouvrir les portes de studios réputés (Record Plant, Cherokee Studio, Westlake Audio), leurs offrir un producteur Tom Werman adéquate (4), et faire une promotion décente, aidé en cela par quelques clips diffusés sur MTV (à l'époque où c'était encore une chaîne musicale). Résultat : plus de 3 millions de ventes rien qu'aux USA (disque multi-platine). Dorénavant tous les métalleux connaissaient le groupe dont le patronyme apparaissait cousu ou écrit sur les veste en jeans, sur les tee-shirts et sur les sacs US. Parfois, dans les films d'épouvantes pour ados qui pullulaient en cette première moitié des années 80 (généralement de sympathiques série B, au scénario peu fouillé), on pouvait apercevoir parmi quelques posters décorant la chambre d'un adolescent, la face grimaçante de Snider entourée de ses acolytes.

     L'année suivante (il faut battre le fer tant qu'il chaud) déboulait "Come Out and Play" pourvu d'une pochette "articulée" (Une bouche d’égout saturée d'humidité s'ouvrait pour laisser surgir un Dee Snider crasseux et grimaçant). Là encore, les grands moyens furent déployés avec notamment la production de Dieter Dierks, alors très en vogue grâce au succès mondial et phénoménal de Scorpions. Malheureusement, le mixage irréprochable et propre de Dierks ne semble par convenir avec la batterie poussée trop en avant, au détriment des guitares. Le collectif peinturluré paraissait alors avoir perdu en chemin, une partie de sa personnalité, ainsi que de sa verve et de sa pertinence.
En dépit d'un introduction prometteuse avec ce fameux appel sadique, "Come out and play", accompagné du bruit de bouteilles qui s'entrechoquent, en référence directe au film de Walter Hill, "The Warriors" (qui se déroule la nuit à New-York ), la matière de ce disque s'enlise rapidement, comme écartelé entre l'amour d'un Rock dur et l'appel des sirènes d'un succès commercial promettant une récompense sonnante et trébuchante. On fait parfois des clin d’œil aguicheur à une Pop, certes rugueuse, on s'attaque à un Rock'n'Roll des familles, mainstream (avec un "Be chrool to your scruel" en duo avec Alice Cooper qui résonne comme une pièce échappée de "Grease"). Les ressources de Dee Snider, unique compositeur, étaient peut-être épuisées. Ou bien cherchait-on à conquérir un public plus large ?
L'album se vendit tout de même bien, profitant très certainement de l'énorme succès du précédent ; sans toutefois en atteindre les scores de ventes fabuleux. Par contre, la fréquentation de leurs concerts commençait à diminuer dangereusement jusqu'à finir en fiasco avec des dates annulées. Une douche froide pour un groupe qui auparavant remplissait les stades et parvenait à s'approcher de la position des têtes d'affiches des festivals.

Le déclin de Twisted Sister allait être aussi rapide que son essor l'avait été à compter de son premier essai discographique.


     Voyant le navire sombrer, A.J. Pero lâcha tout le cirque, et en 1986, il finit par rejoindre son petit groupe local. Il sera remplacé par l'ancien Good Rats (groupe New-Yorkais, évidemment), Joey Franco.  Il semblerait qu'il n'ait pas voulu être impliqué dans le tournant qu'opéra le quintet, en s'orientant vers un Rock plus franchement commercial, pour tenter de rester sous les feux de la rampe. "Come out and play" en portait déjà quelques prémices.

     La nouvelle notoriété d'A.J. Pero, permet à Cities d'enregistrer enfin un 33 tours (après un Ep l'année précédente), "Annihilation Absolute". Hélas, pour les fans de Pero, il n'y a aucune comparaison possible avec la bande à Snider. La production est pauvre, digne d'une démo, et on s'ennuie ferme de ce Heavy-Metal roboratif. La pochette est à l'image du groupe : sans relief et débordant de clichés ; on frise le ridicule. D'ailleurs, le groupe n'y survit pas. Le disque sort en octobre 1986, et le groupe met définitivement fin à son existence dans le courant de l'année suivante.

     En 1997, c'est la réunion des sœurs tordues et à compter de ce jour, il fut présent à chacune de leurs manifestations. Pero mène dorénavant des carrières parallèles, rejoignant systématiquement ses potes de Twisted Sister dès que le clairon de rassemblement retentit. Il retrouva même avec eux les chemins des studios. En 2004 pour le contesté "Still Hungry" (5), et en 2006, pour "A Twisted Christmas" (qui répond à la tradition du disque dédié aux chants de Noël, ici en mode Metôl).

     En 2007, avec un ancien pote du temps de Cities, le guitariste Steve Mironovitch, il forma Circle of Throns, un groupe de Heavy-Metal bien lourd et sombre, parfois limite Doom. Le groupe enregistre un disque éponyme en 2009.

En 2011, il participa à un titre de l'album d'Eric Carr (ex-Kiss).

     Le 3 décembre 2013, il fut recruté par Adrenaline Mob en remplacement de Mike Portnoy.
Il enregistre avec eux "Men of Honor" en 2014, et le tout frais "Dearly Departed", de février dernier (une récréation constituée de reprises et de versions acoustiques).

 Le 20 mars 2015, dans le bus de la tournée, les membres du groupe tentent en vain de le réveiller. Évacué à l'hôpital le plus proche, il est déclaré décédé d'une crise cardiaque survenue pendant son sommeil. Il n'avait que 55 ans.

Dee Snider, qui a écourté ses vacances pour assister à l'enterrement, dit vouloir continuer les concerts de Twisted Sister afin d'aider financièrement la famille de Pero.
Dee Snider "Mon ami, mon frère, mon groupe compagnon est décédé aujourd'hui. Mon cœur est brisé. Son sourire va me manquer. Repose en paix"

Mike Portnoy "Je suis absolument choqué et dévasté d'apprendre le décès de mon ami, A.J. Pero. C'était vraiment une bonne âme. Mes plus sincères condoléances à mes frères d'Adrenaline Mob et de Twisted Sister pour cette terrible perte".


(1) Emission de télévision qui a débutée en 1966, pour promouvoir et aider l'association créée pour lever des fonds pour financer la recherche contre la poliomyélite, à laquelle Jerry Lewis était un membre actif depuis 1952.
(2) Talk-show qui débuta en 1961 pour ne s'arrêter que vingt ans plus tard, en décembre 1981.
(3) Mouvement fondée par des épouses de sénateurs qui monta une chasse aux sorcières contre les groupes de Hard-Rock, mais aussi Frank Zappa et Madonna. (voir chapitre dans la chronique de Fastway "All Fired Up", ici)
(4) Tom Werman a acquit ses lettres de noblesses en produisant des disques de Rock lourd, notamment en devenant le producteur attitré de Ted Nugent et de Molly Hatchet. Il travailla aussi pour Cheap Trick, Mötley Crüe, Poison, Blue Öyster Cult, Dokken, Mother's Finest, Stryper, Kix, Krokus, L.A. Guns, Lita Ford.
(5) "Still Hungry " est le ré-enregistrement de l'intégralité des compositions de l'album "Stay Hungry" augmenté de titres supplémentaires (dont une chanson composé pour la B.O d'un film d'horreur où jouait Snider). En épaississant le son, le quintet a gommé tout ce qui faisait le charme de cet album.


"30" : chanson apparaissant sur l'édition "25 th Anniversary" de "Stay Hungry"




AAAAAA

dimanche 29 mars 2015

BEST OF : DEUXIEME TOUR


Lundi, coup de bol pour Philou, c'est jour de chronique alternée, et comme c'était une chronique impaire, la 231eme, il a pu la faire... Il en a profité pour rendre hommage à Mike Porcaro, décédé à 59 ans, voila une histoire de TOTO qui ne fait rire personne...

Plus fun mardi, c'est Rockin qui nous a fait remuer avec les Mellino, Stef et Iza, bien connus pour avoir été de l'aventure des Négresses Vertes, les voici avec un 3eme album, un Live festif aux rythmes gorgés de soleil, idéal pour se mettre en forme en attendant le Printemps.

Décidément une semaine placée sous le signe du deuil avec ce Mercredi un bel hommage de Bruno à Andy Fraser, fondateur de FREE, qui a lui aussi passé la basse à gauche, à 62 ans, notons d'ailleurs que l’espérance de vie des rockers semble en dessous de la moyenne, à part Chuck Berry ou Jerry Lee Lewis...

Puisque nous sommes dans le recueillement ayons une pensée pour les 150 victimes du crash aérien de ce jour dans les Alpes. Charlie Hebdo, le massacre du musée de Tunis, l'accident d'hélico de télé réalité à la con et maintenant l'A320, plus Porcaro, Fraser, Daevid Allen, Kim Fowley, Aldo Ciccolini, décidément la faucheuse est en forme en ce début 2015...

Plus léger, Jeudi, avec la rubrique BD de Pat, qui a ressorti ses albums de Martin Veyron, et son personnage Bernard Lermite, dragueur impénitent, un peu obsédé aussi... Nous aussi à la rédac nous avons notre obsédé, par discrétion pour sa famille nous ne citerons pas son nom... Dans son bureau s'entasse sa collection de VHS suédoises des années 80, il y en a  presque autant que ses disques de Deep Purple, c'est pour dire. Mais restons discret, pas de nom...

Vendredi Luc nous a parlé de Deep Purple (tiens ?!), avec un live de 1968 ressorti des archives qui présente la première mouture du groupe, avec Rod Evans, un document sonore passionnant pour les fans, Luc ne pouvait donc pas laisser passer ça...

Claude était en panne d'inspiration. Philou, fan de reggae et cultivateur en herbe (mais il progresse vite) lui a lancé : hey, t'es dans les choux, man ? Et là, eureka ! Claude avait trouvé son sujet ! Schumann et son quintette avec piano. Schumann n'est pas à la portée du premier pianiste venu, il fallait tout le talent de Christian Zacharias et du Quatuor Cherubini pour interpréter cette splendide partition. Question : il est Mort Schumann ? Oui, en 1856.

Bon week end, et même si le menu n'est pas folichon, n'oubliez pas d'aller voter ! C'est le jour où on n'aura plus le droit qu'on le regrettera !



samedi 28 mars 2015

SCHUMANN – Quintette avec piano - Christian ZACHARIAS & quatuor CHERUBINI – Par Claude Toon



- Tiens M'sieur Claude, vous ne parlez pas souvent de Schumann le grand romantique, l'ami de Brahms, juste la 3ème symphonie et une fantaisie pour piano et violoncelle…
- Oui, c'est vrai, mais comme je vais l'expliquer, Schumann est un musicien très difficile à interpréter, les meilleurs se sont parfois casser les dents…
- Oui j'ai lu que ce compositeur était un être hyper sensible et même un fou à la fin de sa vie, même si je n'aime pas se mot… disons réducteur…
- Sans doute une psychose maniacodépressive, on ne sait pas trop, mais du coup, cette sensibilité comme vous dites imprègne toute sa musique de chambre…
- Donc vous nous avez déniché un beau disque pour parler de ce quintette, un genre rare : Brahms, Dvorak, et quelques autres comme Franck…
- Oh mais vous suivez les choses de près ma chère Sonia, même de chronique qui ne sont que des projets, je vais reparler à Luc et Rockin' de votre augmentation…
- Bof, je n'y crois plus, ils ont des oursins dans les poches, mais surtout ne leur dites pas !!!

Robert et Clara Schumann
Nombreux sont les mélomanes déçus à la première écoute par la musique de chambre et pour piano de Schumann, seules les symphonies semblant échapper à cette malédiction. La cause de la possible déception est simple : la musique de Schumann doit impérativement être interprétée avec intelligence et finesse pour mettre en évidence sa poésie. Le plaisir de l'écoute de la musique de ce grand romantique n'est pas immédiat. Aimer Schumann ne repose pas simplement sur l'habileté et la virulence de l'écriture, comme chez Beethoven. Tout dépendra en premier lieu de l'esprit que l'interprète saura insuffler derrière les notes. Toute exécution (dans son sens premier) académique échoue et procure un sentiment de confusion voire de mièvrerie peu inspirée. Et pourtant… 
Il y a des musiques qui bon an mal an tiennent toutes seules. Je pense à Mozart dont la vitalité cachée dans les partitions permet de trouver du plaisir, même lors d'écoute d'interprétations par des musiciens amateurs. Chez Schumann, où tout est sentiment, les disques rendant justice à sa musique de chambre ne sont pas légions. Cet album réunissant les trois quatuors et le quintette par le pianiste allemand Christian Zacharias et le quatuor Cherubini, daté de 1992, reste un modèle de sensibilité tout en bénéficiant d'une incomparable beauté sonore.
Nous avions parcouru la biographie de Robert Schumann (1810-1856) lors de la chronique consacrée à sa 3ème symphonie "Rhénane". (Clic). Schumann qui se brisera un doigt en tentant d'acquérir une plus grande vélocité manuelle exigée par son œuvre pianistique. C'est la virtuosité de Clara, l'amour de sa vie, qui remplacera les mains meurtries de son mari sur le clavier. Les rares moments de bonheur, les angoisses existentielles, la tentative de suicide en plongeant dans le Rhin et enfin la folie qui lui vola son génie musicale et causera sa mort à 46 ans. Pourtant Clara et Robert auront huit enfants (un tous les deux ans) ; Clara était compositrice, pianiste et mère de famille nombreuse… une femme d'exception !!!
Comme pour Brahms, les œuvres de musique de chambre ne sont pas très nombreuses mais de grandes qualités : En dehors du Quintette : 3 trios, 3 quatuors à cordes, 2 quatuors avec piano, des sonates pour piano et violoncelle (Sonia évoque la chronique écrite sur la fantaisie pour violoncelle et piano jouée par Sol Gabetta et Hélène GrimaudClic) et des petites œuvres diverses.
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Christian Zacharias
Je n'ai encore jamais parlé de Christian Zacharias, pianiste et chef d'orchestre. C'est surprenant car cet artiste allemand (né en inde ?) en 1950 accumule depuis le début de sa carrière des enregistrements tout à fait passionnants.
Il étudie à Karlsruhe mais effectue un perfectionnement au conservatoire de Paris auprès de Vlado Perlemuter (1904-2002), élève de Alfred Cortot et ami de Ravel, spécialiste de Chopin et… Ravel bien entendu. Christian Zacharias va remporter de nombreux prix dont celui du concours Ravel en 1976 ; toujours Ravel. Zacharias est un homme discret aimant le travail en profondeur sur les œuvres. Dans sa discographie très large on note : de nombreuses sonates de Scarlatti, des intégrales des concertos de Beethoven et en partie de Mozart (avec David Zinman, Gunther Wand et d'autres accompagnateurs) et des recueils de sonates de Mozart, Schubert, Beethoven

Quatuor Cherubini
Depuis 1990, le pianiste a entrepris une carrière parallèle de chef d'orchestre, notamment comme directeur de l'orchestre de chambre de Lausanne (nouvelle intégrale en cours des concertos de Mozart au clavier et à la direction). Quant aux quintettes, Zacharias était l'homme de la situation car il a également participé à des gravures de ceux de Dvořák et de Schubert "La Truite" (qui comporte un ensemble inhabituel de cordes sans second violon mais avec contrebasse). Pour celui de Schumann, Christian Zacharias a récidivé en 2010 avec le quatuor de Leipzig pour le label MDG.

Fichtre ! Qu'il est difficile de trouver des informations sur le quatuor Cherubini fondé en 1978 par le violoniste et chef d'orchestre allemand Christophe Poppen. Après avoir brillé dans un vaste répertoire, il semble avoir été dissout récemment… Quand exactement ? Mystère ! On me cache tout. Ses quatre membres nous laissent, en dehors de cette anthologie Schumann, des gravures des quatuors de Mendelssohn toujours éditées ou encore de Mozart et Schubert.
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Wagner, fan du quintette de Schumann, et Liszt, un peu moins...
Pour compléter les propos introductifs de Sonia, on considère souvent et à juste titre que ce quintette pour piano de Schumann est le premier du genre à prétendre au titre de chef-d'œuvre dans la forme classique (1 piano et un quatuor de 2 violons,1 alto et 1 violoncelle). Mozart et Beethoven n'ont pas tenté l'expérience. Et il est bon de noter que la difficulté de trouver le juste équilibre sonore dans cette association aux timbres si opposés a restreint le répertoire et l'a réservé aux plus grands, de mémoire un par auteur : Dvořák, Brahms, Fauré (2 fois par contre exemple - Clic), Franck, Chostakovitch… Après, il faudrait se creuser la tête… Pourquoi une formation difficile à maîtriser ? Car la symbiose entre le piano et le groupe des cordes peut faire défaut. Le piano s'impose et le compositeur n'écrit rien d'autre qu'un mini concerto pour piano. Inversement, un simple accompagnement du piano, un manque de mélodie marquante offert au clavier, pas de dialogue réel avec les cordes, et ledit piano se voit reléguer à un simple rôle de discrète percussion…
Schumann a su trouver la parfaite osmose et fait preuve d'innovation en cette année 1842. L'œuvre est créée à Leipzig en 1843 avec Clara au clavier, même si Robert aurait souhaité un homme pour une interprétation plus viril… (C'est sympa ça pour sa chère et tendre !)
Richard Wagner fut conquis d'emblée par les hardiesses de l'écriture, à l'inverse de Liszt et Berlioz furent plus réservés. Par quoi ? Il est trop tard pour leur poser la question…
Les années 1840 sont les plus prolifiques pour Schumann : plus de cent lieder, les premières symphonies... Les 3 quatuors contemporains du quintette sont écrits en quelques semaines avec gourmandise (ils complètent cet album, une version pleine de verve). La maladie mentale n'a pas encore plongé le compositeur dans la folie et le désespoir. C'est un homme jeune, de 36 ans qui écrit ce quintette innovant et très vivant avec sa tonalité dominante de mi bémol majeur.

1 – Allegro brillante : (Brillante peut se traduire par "pétillant".) Des accords appuyés du piano et des cordes en staccato introduit avec vigueur l'allegro. On distingue rapidement un riche matériau mélodique : un thème léger au piano, une longue phrase plus élégiaque au violoncelle. Fidèle à la forme sonate, Schumann réexpose ces idées joyeuses et chaleureuses. La beauté du discours et son esprit romantique nous rappelle qu'en cette période Schumann découvre et met en musique Heine, Eichendorff, Rückert, poètes qui seront aussi source d'inspiration pour les postromantiques que sont Gustav Mahler et Richard Strauss, grands compositeurs de Lieder. Les développements se succèdent avec bonhommie. Le jeu de Christian Zacharias se caractérise par son élégance, une sonorité pleine mais jamais envahissante, cette faculté de répondre ou de "renvoyer la balle" aux instruments à cordes. De son côté (l'expression est peu approprié tant la complicité des 5 musiciens est patente), le quatuor adopte un jeu franc, généreux, sans sécheresse. Rarement Schumann n'aura sonné aussi clairement et avec vigueur.

Maison natale de Schumann
2 – In modo d'une marcia - Un poco largamente – Agitato : Bien qu'en do mineur, l'expression souvent rencontrée de marche funèbre pour ce mouvement ne me plaît pas. C'est une marche bien entendu, mais plus méditative qu'endeuillée. Rythmée dans ses premières mesures par le piano et le violoncelle que relayent l'alto et les violons, le discours semblent sombre, certes, mais "largamente" indique le souhait de donner au climat une certaine hauteur spirituelle et en aucun cas sinistre. Avec Zacharias et le quatuor Cherubini, les indications de Schumann sont respectées, la rythmique est implacable mais la déploration laisse place à la prière. Le climat se veut crépusculaire, très intériorisé, la pensée légèrement affligée d'un musicien imprégné des vers de Rückert ou Eichendorff. Le violoncelle joue un grand rôle dans la seconde partie du mouvement. On retrouve donc bien la volonté d'écrire une œuvre où le piano n’occupe pas tout l'espace sonore et inversement.

3- Scherzo molto vivace : Assez bref, ce mouvement redonne vie et lumière au quintette. Tant le sherzo que le  double trio sont de vigoureuses danses. On y rencontre même un petit canon opposant alto et violon. Une incroyable inventivité anime ce mouvement de cinq minutes. La complicité entre le pianiste et les membres du quatuor est totale, volcanique.
Non, la musique de Schumann n'est pas neutre et absente de structure rigoureuse. Nous la découvrons gorgée de lumière et parfaitement architecturée avec de tels musiciens. Le final est enchaîné sans pause…

4 – Allegro ma non troppo : Schumann attaque énergiquement et en sol mineur son final. Une énergie un peu grave conduit à un développement plus serein. On retrouve le rythme très marquée de l'allegro initial et de la marche du second mouvement. Tout cela jaillit du cœur du compositeur avec jubilation. On entendra de l'espièglerie dans les échanges entre le piano et le violoncelle. Que tout cela est fiévreux et allègre. Une belle réussite de la musique romantique et de la discographie.
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Ce double album a l'immense mérite de réunir une interprétation sans faille du quintette et des trois quatuors qui bénéficient de la même clarté et d'une vigueur brillante. La prise de son est également de belle facture notamment dans le quintette même si on pourrait souhaiter un piano légèrement plus en retrait. L'association piano – cordes est souvent un casse-tête pour les ingénieurs du son.
Pour ceux qui souhaiterait retrouver un tempérament de feu comparable à la réunion de Zacharias et du quatuor Cherubini, Rudolf Serkin et le Quatuor de Budapest demeurent les vedettes d'un disque incontournable malgré un son vieillot. Par ailleurs le couplage est attractif : le quintette "La Truite" de Schubert enregistré lors du festival de Marlboro toujours avec Rudolf Serkin au clavier en compagnie de Jaime Laredo, Julius Levine, Philipp Naegele et Leslie Parnas. L'une des interprétations indémodables pour cette œuvre populaire… (Sony – 6/6)
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