vendredi 15 janvier 2021

LA DAME DE SHANGHAI d'Orson Welles (1948) par Luc B.


La légende raconte qu’à court de fric pour débloquer un projet théâtral, Orson Welles, qui s’apprête à monter dans un train, appelle le patron de la Columbia, le redoutable et irascible Harry Cohn, pour lui dire :

- J’ai trouvé une super histoire, combien tu me donnes pour acheter les droits ?
- Ca raconte quoi ? 

Welles prend un bouquin au hasard sur un présentoir, lit la quatrième de couverture : un polar, une garce, des meurtres.

- J’écris, je joue, je réalise, je produis. Il me faut 55 000 dollars, maintenant.
- Ok, je t'envoie ça. 

Avec Orson Welles il faut se méfier. Le gars a nourri sa propre légende. Vérité, mensonge, travestissement, illusion, manipulation, trucage. Passionné de prestidigitation, souvenez-vous du générique de la série télé dans les 70’s « Les Mystères d'Orson Welles » où il apparaissait dans le brouillard vêtu d'une cape comme Mandrake, et de son canular radiophonique « La Guerre des mondes » (1938) qui effraya le soir d’halloween le bon peuple américain. Dans la première version (parodique) de « Casino Royal » où il joue Le Chiffre face à Bond/Peter Sellers (on se pince) il amuse la galerie par ses tours de lévitation. Comme acteur, il s'affublait d'un faux-nez parce qu'il était complexé par le sien. Par contre, les seaux de crème glacée qu'il s'enfilait à longueur de journée, eux, étaient bien réels ! 
 
Bref, c’est de ce jeu de dupes et de manipulateurs dont il est question dans LA DAME DE SHANGHAI, une intrigue totalement réécrite, il a avoué ne même pas avoir lu le bouquin !

CITIZEN KANE et LA SPLENDEUR DES AMBERSON ont été des bides commerciaux, LE CRIMINEL (1945) a bien marché mais était une commande alimentaire vite expédiée. Welles avait besoin de se refaire, l’idée géniale étant de mettre en scène son ex-femme, la star Rita Hayworth. Le couple était en plein divorce, mais Hayworth, pas revancharde et intelligente, faisait la part entre le bonhomme invivable et l'artiste génial. Le casting change la donne, et le budget, la production devient un événement, tous les projecteurs sont braqués sur le projet, qui… entaillera un peu plus la cote du réalisateur ! Échec cuisant. 

Pour deux raisons. Une intrigue à laquelle personne n’a rien compris, d’autant plus que, mécontent du premier montage, le Studio a charcuté le film*. Et parce que la rousse incendiaire de GILDA était devenue une garce vénale aux cheveux platine ultra-courts. On raconte que c’est pour se venger de son mariage raté que Welles fit couper les cheveux de Rita Hayworth - devant les caméras TV ! C'est faux, n'empêche, le public n’a pas accepté la nouvelle image de l’icône. Elle y est pourtant sublime et plus sexy que jamais, sur ce yacht où elle prend un bain de soleil dévorée du regard par les hommes à bord, moulée dans un maillot noir juste retenu par une fine bretelle. Détail pour briller en société : le yacht utilisé pour le tournage était celui d’Erroll Flynn

Il faut voir les cadrages sur Rita Hayworth, des gros plans filmés de biais pour que son visage magnifié imprime un maximum de l’image, en plongée, de telle sorte que le spectateur se situe au-dessus d’elle, comme s’il allait éteindre et embrasser l’actrice. Welles n’a de cesse de rendre son ex incroyablement désirable, et croyez-moi, c’est réussi. 

Tourné fin 1946, le film ne sort qu’en 1948, planqué au fond d’un tiroir le temps que Rita Hayworth en tourne un autre plus convenable commercialement parlant. On soupçonne le patron de la Columbia Harry Cohn d’avoir sabordé la sortie du film qu’il jugeait offensant, Orson Welles y réglant ses comptes non pas avec son ex-femme, mais avec l’industrie hollywoodienne. Welles s’y donne le rôle d’un type manipulé par les crapules du système, reflet de sa propre expérience à Hollywood. Bien que LA DAME DE SHANGHAI soit un pur Film Noir, drame criminel raconté en voix-off, celle du héros-narrateur, c’est avant tout une œuvre d’auteur très personnelle.

L’intrigue débute à Central Park où le matelot Michael O’Hara sauve d’une agression une superbe blonde, Elsa Bannister. Il en tombe raide dingue, on le comprend. Commentaire en voix-off du personnage : « certains flairent le danger, moi pas ». A la minute où Elsa Bannister pose ses yeux sur O’Hara, on sait que ça va mal tourner. La caméra est très mobile, lors du dialogue dans la calèche elle panote rapidement de haut en bas, cadrant tour à tour Elsa assise dedans, et Michael debout à l’extérieur, guidant les chevaux. L’arrivée au garage où Elsa reprend sa voiture est filmée en travelling à toutes blindes, voix-off et répliques de O’Hara se mélangent, les cinéastes de la Nouvelle Vague se souviendront du procédé.

Elsa Bannister propose à son sauveur un poste de skippeur sur le yacht de son mari, avocat renommé, vieux, laid, handicapé. O’Hara est jeune, beau, charismatique. Hum… Toute la troupe part en croisière au Mexique, fêtes et alcool à gogo. Est présent George Grisby, l’associé de Bannister, personnage puant, tête à claques suant à grosses gouttes sous le soleil d’Acapulco. Welles filme en gros plan et contre-plongée ces visages véreux, le montage est sec, ultra-rapide. Un dialogue entre Grisby et O’Hara évoquent les mœurs des requins, capables de s’entretuer lorsqu’ils flairent une goutte de sang.

Qui fera écho plus tard avec une des scènes les plus célèbres du film, Elsa et Michael à l’aquarium municipal, et leurs silhouettes en ombre chinoise qui se détachent sur fond de bassins éclairés où nagent des pieuvres. Elsa soupçonne son mari de connaître son infidélité. Elle confie à Michael : « Il sait pour nous ». Il répond : « J’aimerais savoir, moi aussi ». Ben ouais, coco, toi aussi tu nages en eau trouble…

Welles réalise des images saisissantes, comme la scène où Grisby demande à O’Hara de tuer un homme : lui-même. Une plongée presque verticale sur les deux hommes, avec en contre-bas les vagues de l’océan qui s’écrasent sur les rochers, une profondeur de champ hallucinante qui donne le vertige. C’est cet aspect de l’intrigue dont on ne pige rien, une sombre histoire d’assurance décès, des aveux préalablement signés, mais sans cadavre, une entourloupe dans laquelle O’Hara va tomber aveuglé par la promesse de partir avec Elsa l’enchanteresse. La scène du vrai-faux meurtre est sublime, sur la plage, O'Hara pris au piège, cherchant à fuir les témoins sur le ponton, suivi par une caméra aérienne très mobile. Ou cette scène où Rita Hayworth fuit en courant habillée d'une robe blanche immaculée, de nuit, filmée depuis des arcades.

A son procès, O’Hara sera défendu par Arthur Bannister. Le cocu de l’histoire. Scène géniale : l’avocat Arthur Bannister demande à entendre à la barre le témoin Bannister Arthur. Il s’assoit et fait lui-même les questions et les réponses ! Avant le procès, Elsa et Michael parlent sur un banc. Bon, rien de palpitant, sauf que, regardez. Ils sont filmés d’abord en plan large, le dialogue est long, et la caméra se rapproche si lentement qu’on ne s’en rend même pas compte. Figure de style courante aujourd’hui, mais inédite et sublimée ici.

Et puis arrive la séquence d’anthologie que tout le monde connait sans pour autant savoir d'où elle vient : la fuite vers le théâtre chinois, la chute dans le toboggan, cadrages baroques (Welles venait de voir LE CABINET DU DR CALIGARI de Robert Wiene (1920), must de l’Expressionnisme allemand), les miroirs déformants, la tuerie dans le palais des glaces, un montage dosé à la milliseconde, d'une puissance visuelle ébouriffante.

Si vous avez vu MEURTRE MYSTÉRIEUX A MANHATTAN de Woody Allen qui en fait un pastiche admirable, vous connaissez ces images qui trônent au panthéon du cinoche. Welles avait déjà utilisé les miroirs pour dupliquer les images de son personnage dans CITIZEN KANE et en sublimer la toute-puissance. Mais ici il joue sur le trouble, le double (surimpression d’images) quelles inventions visuelles !

Elsa apparaît en facettes démultipliées comme sa personnalité schizophrénique face à son éclopé de mari et O’Hara, le dindon de cette triste farce. Un épilogue vertigineux qui culmine avec cette supplique : « I don’t wanna die ». Visez la profondeur de champ, qui relie le visage d'Elsa au premier plan à Michael, prêt à franchir les tourniquets flanqués d’un « Exit ». Par ici la sortie, ma grande.

Le spectateur est comme Michael O’Hara, il n’y comprend que dalle à ce qu'il lui arrive, il sait juste qu’il a été roulé dans une lessiveuse à l’insu de son plein gré, comme dirait l’autre. Orson Welles filme au travers de cette intrigue criminelle alambiquée un hymne à une femme adorée et talentueuse, victime selon lui d’un système qu’il conspue. 

Ardu mais fascinant.

**********************

* Eric Von Stroheim, autre cinéaste maudit dont les films ont été charcutés, avait donné ce conseil à Welles : si tu écris, réalises et joues le premier rôle, ils auront plus de difficultés à couper dedans, au risque de tout compromettre. Le conseil était bon, et permettait de limiter les dégâts (sur LES AMBERSON, Welles n'y jouait pas, ce qui a permis au Studio de retourner des scènes entières).

noir et blanc - 1h30  -  format 1:1.37

jeudi 14 janvier 2021

LA SORCIÈRE de Marie NDIAYE (2003) - par Nema M.


Sonia regarde Nema en train de s’empiffrer de papillotes en bouquinant :

- Arrête ! Tu vas te transformer en éléphant ! Tu vas avoir l’air d’un gros boudin dans ton pull et ton jean !
- C’est une prédiction ? Tu vois mon avenir, toi maintenant ? T’es pas sorcière que je sache, alors fiche moi la paix…


Marie NDiaye

Lucie est une sorcière. Oh, pas très douée, mais quand même sorcière. Comme sa mère et sa grand-mère. Evidemment, pour moi qui ne le suis pas, c’est un peu difficile de se mettre dans la peau du personnage principal de cette histoire. Je dirais d’ailleurs plutôt un conte qu’une histoire. Heureusement, je n’aimerais pas du tout que Sonia, par exemple, devienne une sorcière et puisse voir et me dévoiler mon avenir…

Lucie a un mari, Pierrot et deux adorables filles, jumelles, Lise et Maud qui ont douze ans. Cette petite famille vit dans un joli pavillon de banlieue, bien meublé, agréable. Quartier comme tous les quartiers de banlieue pavillonnaire, pas très loin de la ville, pas très loin non plus des horribles zones commerciales avec les hangars qui abritent partout en France les mêmes enseignes de la grande distribution. Pierrot est l’un des meilleurs vendeurs du Garden-Club, aimable et sûr de  lui avec son costume gris clair à l’écusson du Club. Il commercialise auprès de gens aisés des séjours de détente dans cet endroit merveilleux et luxueux qu’est le Garden-Club, village de vacances formaté et aseptisé. Cela rapporte bien mais c’est épouvantablement stressant. Et il rentre souvent le soir fatigué et désagréable à la maison. Lise et Maud sont belles, branchées, un peu indifférentes à ce qui ne les intéresse pas directement à savoir la mode, les émissions de téléréalité, la publicité. Elles acceptent quand même d’être initiées par leur mère à révéler leur propre don de sorcière. Et ça marche : sont-elles-aussi de petites sorcières ?

Isabelle est une voisine un peu trop collante. On la voit bien, une parvenue trop grosse dans ses sous-pull et jogging chers, ses Nike hors de prix, apparaître souvent dans la cuisine de la maison après être entrée sans crier gare comme si c’était chez elle, pour consulter Lucie : elle voudrait savoir si son petit Steve (qui a le don de l’agacer en permanence) fera polytechnique ou pas. Difficile pour Lucie qui voit un peu l’avenir mais pas beaucoup. Isabelle est un personnage important dans la vie de Lucie car on la verra au fil des pages jouer un rôle à la fois de curieuse, mais aussi parfois de protectrice (quoique…) vis-à-vis de Lucie.


ma sorcière bien aimée

Il y aura une rencontre d’un soir de Monsieur Matin, à la maison de Lucie et Pierrot. Monsieur Matin quitte sa femme. Enfin, il la quitte sans vraiment la quitter, il a un fils dont il ne sait pas trop quel âge il a 3 ou 4 ans ? Madame Matin vient le chercher. Etrange épisode que la visite des Matin. Pierrot de son côté va partir. Chez sa mère d’abord puis ailleurs, mais il ne reviendra pas. Lucie se pose des questions sur son couple. Les deux petites ados voient la météo du lendemain et si elles vont pouvoir jouer au basket : le départ de leur père ne les tracasse pas plus que ça. Elles sont totalement planantes.

À Poitiers, on fera la connaissance de la mère de Pierrot et de sa jeune sœur Lili (pas triste celle-là). Changement de décors : petite maison de ville, grise, encombrée de meubles. Les jumelles n’aiment pas trop, mais Lucie s’entend bien avec sa belle-mère. Malheureusement cela ne suffira pas à ramener Pierrot à la maison de banlieue. A Paris, autre ville, autres ambiances. La mère de Lucie vit dans un petit appartement au 5ème étage d’un vieil immeuble, fenêtre sur courette, odeur de renfermé et de moisi. Cette mère, grande sorcière en privé mais secrétaire à la ville, s’est mise en ménage avec un homme tout à fait ordinaire, dégoulinant de transpiration dans l‘appartement surchauffé de soleil de printemps. Pas le méchant bougre, ce Robert, grouillot à l’Inspection académique. Il accueille à bras ouverts Lucie et les filles. Mais quand même, pour Lucie le divorce de ses parents était une grave erreur. Elle voudra tout faire pour qu’ils se réconcilient. Elle leur demande à l’un et à l’autre de se retrouver une fois, au bord de la mer, elle a tout organisé, une seule fois pour tenter de réparer cette séparation. Juste une fois. Quête d’un impossible qui n’aboutira pas vraiment au résultat escompté. Lucie visitera son père qui est devenu un parvenu qui se croit de grande classe suite à une promotion dans la compagnie d’assurances où il travaille. Ah, le père, pas triste celui-là. Il y aura une question d’argent. Pas trop propre. Mais chut ! Je ne dirai rien de plus. 


Pauvre Lucie, son monde ne tourne pas rond comme elle aimerait. Pour pallier le manque de revenus lié au départ de Pierrot, elle fera un passage dans l’enseignement de son art divinatoire dans un établissement on ne peut plus folklorique du côté de Châteauroux. Pas concluante cette expérience.

Est-ce qu’une sorcière peut se transformer en corneille et s’envoler dans le ciel ?

 

Excellent roman pour qui aime le genre rêve et fantaisie. Le style est riche mais fluide et très plaisant à lire. Marie Ndiaye est née en 1967 à Pithiviers dans le Gâtinais, d’une mère professeur de lycée et d’un père Sénégalais. Elle écrit déjà depuis de nombreuses années et a été récompensée par de nombreux prix dont le prix Fémina en 2001, le prix Goncourt en 2009 et en 2020 le prix Marguerite Yourcenar.

 

Bonne lecture !

Les éditions de minuits

170 pages 


mercredi 13 janvier 2021

Leslie WEST (22.10.1945 - 23.12.2020) R.I.P.


     Leslie WEST, né Leslie Wenstein le 22 octobre 1945 à New-York, l'ogre du Hard-blues marqué au fer rouge, a succombé à une crise cardiaque le 23 décembre 2020 dernier, à Palm Coast (Floride), à l'âge 75 ans.


   Si l'on dégaine aisément, à brûle-pourpoint, le nom de quelques guitaristes anglais, apprentis sorciers ou alchimistes ayant transformé le Blues en Hard-blues et en Heavy-rock, il est plus ardu de mentionner des Américains. D'autant qu'ils sont souvent remisés au rang de simples continuateurs. Voire d'opportunistes. Cela à l'exception du phénoménal Jimi Hendrix. Il y a certes une certaine réalité, mais ce n'est pas une généralité absolue. C'est oublier un peu vite qu'à la fin des années soixante, quelques têtes brûlées s'appliquaient aussi à malaxer le Blues (celui du Delta et de Chicago) avec force fuzz et amplificateurs molestés. Leslie West était de ceux-là. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter les rares bandes live de The Vagrants. Visiblement à l'étroit dans ce premier groupe où officiait également son frère Larry, il devenait tout autre sur scène. Tant dans sa voix rageuse et éraillée, que dans la sonorité tapageuse de sa six-cordes ; il donnait l'impression de se muer en un sombre personnage de contes et légendes. Quelque part entre l'ogre, le géant (Gargantua ?) et un représentant des Sidhes (un Cat sidhe pour le chant). Et cela dès 1966 (!). Une surprenante métamorphose que ne laissait pas présager le sympathique Rock-garage de The Vagrants. Rien d'étonnant donc à ce que le groupe éclate pour dissensions musicales, bien qu'il ait été sur le point de rentrer en studio enregistrer un premier 33 tours. West pestait que l'on ne retranscrive pas leur sonorité live sur disque.

     Heureusement, un certain Felix Papparladi, (celui qui a obtenu ses titres de noblesse en produisant les trois derniers disques de Cream), avait dû observer et déceler le talent latent chez ce jeune New-yorkais ; notamment lorsqu'il produisit deux chansons, dont une bonne reprise du "Respect" d'Otis Redding (1967), pour The Vagrants. Dès le split du groupe, il s'empresse de produire Leslie West.  Sérieusement enflammé par son style et ses compétences, il s'implique totalement dans ce premier album solo, intitulé "Mountain". Nom bien approprié pour décrire la musique et le physique de West. Outre la production, Pappalardi joue aussi de la basse et des claviers (principalement pour sauver les séances de l'échec, à cause de musiciens annexes incompétents ou inadéquats) ; il participe également à la composition, et, avec sa compagne, Gail Collins, à l'écriture. Le couple offrant même à West deux chansons complètes. Cet album sorti en juillet 1969, est une marée boueuse de Hard-blues . L'influence de Cream et de Clapton sont certes prégnantes, cependant West écarte le psychédélisme pour se recentrer sur l'essentiel, sur la matière brute, rendant ainsi le sujet nettement plus rugueux et animal. L'album est plutôt bien accueilli par la presse Nord-américaine (probablement grâce à la présence de Pappalardi) et se hisse à la soixante-douzième place des charts US. A vingt-quatre ans et en dépit d'un physique contraire aux impératifs commerciaux, West passe des petites salles et des clubs aux festivals (dont Woodstock, le 16 août 1969, deuxième journée), aux établissements prestigieux (dont les Fillmore de Bill Graham), et aux stades. Pour répondre à la demande, West et Pappalardi doivent monter dans l'urgence un groupe (d'où l'absence du fidèle Corky Laing à Woodstock).  


   Les anciens collègues de The Vagrants, dont le frangin, ont dû se poser des questions. Finalement, n'auraient-ils pas dû écouter et laisser le champ libre à ce timide et enrobé compagnon ? Ce camarade que l'on reléguait souvent en arrière-plan lors des séances photos.

     "Mountain" l'album, comme le groupe, officiellement créé en 1969, font désormais partie de l'histoire de la musique populaire américaine et du Hard-blues et du Heavy-rock en général. Leslie West et le groupe Mountain sont considérés comme des pionniers du Hard-rock. Et comme une solide base d'influence sur laquelle allait s'appuyer le Heavy-metal. Pour mémoire, les Cro-Magnons de Manowar clamaient haut et fort raviver la flamme du vrai Hard-rock, du "true metal".. Soit celui, entre autres, de Mountain (avec Deep Purple, Grand Funk, Humble Pie, Black Sabbath). Même Ritchie Blackmore avance qu'il a contribué à entraîner Deep Purple vers la tonalité brutale de "In Rock". Plus étonnant, Martin Barre raconte que sa rencontre avec Leslie a été primordiale pour "Aqualung", et l'a incité à dénicher une Les Paul Junior 58. A l'aube des années 80, l'arachnide Rudolf Schenker n'hésitait pas non plus à énumérer un des disques du groupe dans son Top 10. D'ailleurs lui-même ainsi que son frère Michael ont bien choisi comme arme de prédilection la Gibson Flying V que Leslie utilisait fréquemment dès 1969 (1). Une tonalité bien identifiable que l'on reconnait immédiatement sur certains morceaux de Mountain. C'est probablement aussi le premier guitariste à utiliser et s'afficher avec (sans honte ou sentiment de culpabilité) une guitare mutilée par ses soins. En l'occurrence, sa première Flying V est amputée de son micro manche, dont la cavité sert alors... de cendrier. 😱 Tandis que le micro chevalet, à l'origine un humbucker (bien sûr), est remplacé par un P90. Bourrin un jour, bourrin toujours. C'est que West est un fervent adepte des guitares dépouillées, misant tout sur le micro chevalet pour aller à l'essentiel (ce qui ne l'empêchera de s'essayer au Floyd-Rose, à la Stratocaster (2), à la Steinberger,  ), mais aussi pour qu'aucun autre micro n'entrave ses mouvements amples et percutants. Ainsi, pendant des années, son arsenal comprend des Gibson Melody Maker et Les Paul Junior. Et lorsqu'il tourne en compagnie de groupes anglais, le guitariste, épaté, lui demande où l'on peut s'en procurer. C'est alors que Mick Ralphs - alors avec Mott the Hoople - s'empresse d'aller les débusquer chez les prêteurs-sur-gage.

Pappalardi, Laing & West

   En trois ans, Mountain sort trois disques : "Climbing !", "Nantucket Sleighride" et "Flowers of Evil". Auxquels on peut rajouter le live pour le moins brutal, "Mountain Live : The Road Goes Ever On". Tous remarquables. Des écrins précieux recelant divers joyaux, certains parmi les plus admirables, mirifiques, de la décennie et du Hard-blues en général. "Travellin' in the Dark", "You Can't Get Away", "Flowers of Evil", "Never in my Life", "Silver Paper", "To my Friend", "My Lady", "For Yasgur's Farm", "The Great Train Robbery", "One Last Cold Kiss", "Nantucket Sleighride", et le basique "Mississippi Queen". 

     Pour l'époque, le travail de Leslie West est assez novateur, suscitant l'admiration de nombre de ses pairs. Dont Jimi Hendrix, avec qui il joue à quelques occasions (dont la veille de son départ pour Londres ; dernier séjour dans la City où il rencontre la faucheuse). Lorsque les Who enregistrent à New-York les premières pistes de leur prochain disque, le magistral "Who's Next", il est convié pour jammer et jouer quelques soli. Deux morceaux seront exhumés avec la réédition de 2003. Pete Townshend, touché par le présent de West, une Les Paul Junior, entretiendra une sincère amitié avec lui. 

     Certes, son jeu en solo accuse parfois l'influence d'Eric Clapton, cependant, avant Toni Iommi, il pose les bases du riff lourd, pesant, enlisé dans une fuzz dense et charnue. Tel un béhémoth du riff. (en fait, l'overdrive était surtout générée par l'ampli poussé dans ses retranchements avec son Master à fond tout comme le volume de la guitare). Ses soli hululent comme un "loup romantique" à la pleine lune. Assez expressifs, ils sont peu ou prou la synthèse du jeu de Bluesmen tels que BB King et Albert King - notamment dans le traitement du vibrato et des bends - couplé à la verve d'un Clapton et à la tension dramatique d'un Kossof. Il fait partie des premiers Américains à s'équiper de Marshall (d'abord avec une tête 50 watts, seule disponible et manquant à son goût de puissance, avant de passer en 100 watts), puis se retourne en 1970 sur les ampli Sunn. Le son et la tonalité sont fondamentaux pour lui sur la scène. Il faut qu'il sente la poussée d'air générée par les haut-parleurs, qu'il en ressente la vibration. Parallèlement, avec une guitare acoustique, il peut se montrer délicat, limpide et raffiné, démontrant une belle maitrise du fingerpicking. 

Jack Bruce & West

     Le train-train quotidien des musiciens de Rock de ces années-là, - concerts incessants, alcool, substances prohibées, enregistrements calés dans les temps libres, groupies, vie nocturne, déplacements -, ont raison de la santé du groupe qui se sépare en 1972. En particulier de celle de Pappalardi qui annonce qu'il doit être hospitalisé pour des problèmes de surdité ; une excuse pour cacher aux médias qu'il va plutôt essayer de se sevrer de son addiction aux médicaments et autres. Mais West a de la ressource et monte prestement avec son collègue et ami, le batteur Corky Laing, un power trio en recrutant l
'ancien bassiste et chanteur de CreamJack Bruce. Un super groupe simplement - mais crânement - nommé West, Bruce & Laing. Avant la fin de l'année, "Why Dontcha" surgit comme une méga bombe, une arme de destruction massive. Nouveau manifeste de Blues plombé avec un furibard "The Doctor" d'anthologie. CBS décrétant que le disque,  - trop lourd, trop dur, trop débridé, trop rugueux -, n'a pas de réel potentiel musical, ne lui octroie en conséquence qu'une promotion a minima. Ce qui n'empêche pas le disque de pratiquer tranquillement son ascension des charts US, et de s'y installer pendant vingt semaines (dont quelques unes dans le Top 30). Hélas, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ; tous les trois se complaisant dans des abus de toutes sortes. Un état d'éreintement des trois loustics, entache l'enregistrement du second chapitre, "Whatever Turns You On", qui se fait dans la douleur. S'il y a encore de grands moments, quelques flottements trahissent une perte de cohésion. Le trio n'y survit pas et aucun concert ne suivra la sortie de l'album. Un live, "Live 'n' Kickin' " (avec juste quatre morceaux - deux sur chaque face - étirés et perclus d'improvisations), est édité en 1974, peu après l'officialisation de la dissolution du trio.


     Tel un hyperactif, West ne reste guère longtemps les bras croisés. Fâché avec Laing, c'est avec un Pappalardi ragaillardi, qu'il relance Mountain, et s'engage illico dans une longue tournée qui va le mener jusqu'au Japon d'où est extrait un double et excellent live, "Twin Peaks". Témoignage sans fard de la prestation effectuée le 30 août 1973 à Osaka, avec un phénoménal et animal "Nantucket Sleighride" de plus de trente minutes (qui occupait deux faces pleines à l'époque, vinyle oblige). West et Laing se rabibochent, et ce dernier réintègre la bande qui rentre en studio en janvier 1974, avec un second guitariste à la place du claviériste. "Avalanche", sorti en juillet 1974, est un autre magnifique album de Hard-blues brut. Néanmoins, sa prestance ne suffit pas à réitérer le succès d'antan. [avec le riff de "Thumbsucker" quasi identique à celui de "Feel Like Makin' Love" de Bad Co enregistré en septembre 74, et un "Back Where I Belong" qui n'a rien à envier à la fureur rock'n'rollienne d'un Rose Tattoo]. Peut-être parce que moins diversifié, plus franchement Heavy-rock, il déçoit les inconsolables de la diversité des précédents albums. Le groupe tire sa révérence le 31 décembre 1974, à New-York. Abbattu par son épouse Gail en 1983, Papparladi n'aura plus jamais l'occasion de jouer avec West.

     Inépuisable, West ne baisse pas les bras et reste d'actualité. Il fonde une maison de disques, Phantom Records (en partenariat avec RCA), sur lequel il sort son second opus en solo, "The Great Fatsby(1975). En dépit de sa très bonne tenue et d'invités prestigieux en la personne de Gary Wright et de Mick Jagger (venu non pas chanter mais jouer de la guitare), plus le soutien quasi infaillible de Corky Laing, la galette - commercialement parlant - ne fait pas de vagues. Quand bien même on y trouve l'une des meilleures versions de "The House of the Rising Sun" et de "If I Were a Carpenter". Cet album plutôt étonnant de sa part, semble rechercher une certaine respectabilité avec son rock plus "grand public". Dans le but de renouer avec la scène, il fonde l'année suivante le Leslie West Band. Avec Mick Jones comme lieutenant - avant qu'il aille fonder Foreigner -, et le retour de Laing. L'album éponyme qui en découle est centré sur un Heavy-rock percutant, brut et efficace. Une bourrasque interrompue par l'une des meilleures versions du "Dear Prudence" des Beatles. Hélas, West est empêtré dans ses addictions aux drogues dures, et les concerts s'en ressentent. West est sur une pente glissante qui l'entraîne vers le fond avec un arrêt brutal de sa carrière. D'autant que le label n'a pas les moyens d'effectuer une promotion à grande échelle, et que la distribution laisse à désirer (peut-être trop d'albums réalisés en peu de temps pour un petit label indépendant). La boîte fait faillite et ces disques deviennent des œuvres cultes âprement recherchés par les fans.


     Conscient de sa santé déclinante, il rentre de lui-même en clinique de désintoxication. Il va alors disparaître de la scène pendant quelques années. Il faut attendre 1985 pour voir un nouvel album de Mountain. Le premier sans l'ami Papparladi, qui a passé l'arme à gauche, suite à blessure par balle au cou, deux années auparavant. Le disque lui est d'ailleurs en partie dédié avec notamment "Little Bit of Insanity" en sa mémoire. C'est la décennie des résurrections de quelques dinosaures des 70's, et si le retour de Mountain excite moins les foules que celui de Deep Purple, il n'empêche que l'album est attendu impatiemment. L'accueil de "Go For Your Life" est mitigé, principalement parce qu'il aborde un son assez moderne, actuel, osant même l'utilisation d'un séquenceur ("Hard Times") et d'un synthé ("Sparks"). L'épaisse fuzz baveuse d'antan est abandonnée, chassée par une puissante disto abrasive et Laing suit le mouvement des batteries boostées. [Il aurait gardé sa tonalité d'origine qu'on aurait reproché au groupe de ne pas se renouveler]. La même année, Mountain est sur l'affiche du festival de Knebworth, pour une édition sous le férule du Hard-rock (Deep-Purple, UFO, Scorpions, Mama's Boys, Meat Loaf, Alaska et Blackfoot).  

     Cependant, cette nouvelle mouture ne fait pas long feu. Probablement en raison de problèmes de santé de West. Alors qu'il semble avoir vaincu sa dépendance aux drogues, il est désormais confronté à un diabète qui l'oblige à réduire et surveiller drastiquement son poids. Conséquence de longues années d'excès, il doit désormais se ménager et prendre soin de sa personne. Ainsi, c'est en toute discrétion qu'il refait surface avec un nouvel album solo en 1988, avec l'ami Jack Bruce, "Theme". Une galette en demi-teinte et bancale, grevée par un abus de reprises éculées et financée par une petite boîte indépendante aux moyens restreints.


   En 1988, Miles Copeland (3) constate l'honteux oubli d'anciennes gloires de la guitare des années 70, et souhaite les réhabiliter à l'aide d'une grande tournée qu'il organise. Alvin Lee, Pete Haycock, Randy California, Steve Hunter, Andy Powell et Ted Turner, Robby Krieger, Steve Howe et Leslie West répondent favorablement à l'appel. La tournée est un succès permettant de faire connaître ces vieux baroudeurs au long cours aux jeunes générations, ainsi que l'édition d'un double album live : "Night of the Guitar - Live !". West est trop heureux de se retrouver au milieu de ces guitaristes prestigieux, en particulier aux côtés d'Alvin Lee. Tous deux s'entendant comme larrons en foire. Il est probable que cet évènement ait joué dans la balance pour qu'il soit à nouveau signé par une major (Capitol). Dorénavant, West suit tranquillement son petit bonhomme de chemin, en sortant à l'envie des albums sous son nom ou sous la patente Mountain. Cette dernière toujours sous la condition sine qua non d'un partenariat avec Corky Laing (la moitié de Mountain, voire les deux-tiers car l'attribution du poste de claviériste ou de second guitariste a toujours été à court terme). Seulement trois disques de 1996 (le bourre-pif "Man's World") à 2007 ("Masters of War" composé de chansons de Bob Dylan réarrangées pour l'occasion). Tous intéressants, de très bonne facture, mais souffrant tout de même de la cruelle absence de Pappalardi. Ce dernier apportait souvent une fragilité et un relatif raffinement qui tranchaient avec la bestialité de West.

     Sa carrière solo est bien plus riche, avec onze galettes parues de 1988 à 2015. Il s'implique de plus en plus dans le Blues jusqu'à réaliser des disques axés sur les douze mesures, constitué uniquement de reprises, avec pour pinacle, "Blue Me" de 2006. Sans doute le plus équilibré (au contraire de "Got Blooze",  terni par une production pour axée sur la puissance et favorisant les aigues de la slide omniprésente et envahissante), l'album de la maturité dans la catégorie "Blues" de Mister West. A savoir qu'un Blues joué par Leslie West, ne serait-ce que par son timbre de voix rocailleux et sa guitare velue, prend généralement une dimension "Hard-blues". D'ailleurs, au milieu de "Blue Me" s'incèrent "Woman" de Free, "One Thing on my Mind" de Montrose et "I Woke Up This Morning" de Ten Years After, sans que cela ne dépareille l'ensemble le moins du monde. Le célèbre "Hit the Road Jack", avec ici pour seuls instruments un piano et une guitare électrique qui égrène quelques soli à la manière d'un BB King en 320 volts, a de quoi irriter les puristes. Cette voix, cette voix de troll, de vieux pirate au gosier brûlé par le rhum, d'Anug Un Rama, qui malgré les ans et les excès, a su garder toute sa virulence. 


     A partir de 2011, avec "Unusual Suspect", il se fait plaisir en invitant divers guitaristes. Trop heureux d'être reconnu ouvertement par des musiciens au succès présent plus retentissant, comme Zakk Wylde (qui devient son pote), Bonamassa, Billy Gibbons (une connaissance de longue date, West ayant même connu même ses parents), Lukather, Slash. On remarque que lors de toutes ces rencontres - passées, actuelles et à venir - , loin de jouer à la rock-star, il est simplement satisfait de pouvoir partager des séances ou la scène avec autrui. Il est à la fois enchanté et flatté de pouvoir communier dans la musique. Un authentique musicien dans l'âme. Simplement ravi de l'attention que peuvent lui porter de plus jeunes générations. Il n'a aussi aucun scrupule à avouer avoir des difficultés pour interpréter correctement certaines phrases. D'où, ici, l'intervention de Lukather. (il est relativement courant dans le milieu que l'on fasse intervenir d'autres musiciens pour surmonter quelques difficultés particulières, sans que jamais l'intervenant ne soit mentionné). En toute modestie, il avoue ne pas savoir vraiment utiliser son auriculaire, dit qu'il n'est pas techniquement un grand guitariste - il est autodidacte -. Modestie encore lorsqu'on lui signifie que sa guitare a posé les bases d'un solide Hard-rock à base de riffs puissants, de power-chords, terreau du Heavy-metal, il rétorque qu'il n'a fait que reprendre là où Clapton s'était arrêté (en 68). Qu'il a compensé son manque de vélocité par le vibrato emprunté au Blues, et par ses cris et grognements de sanglier. Parallèlement, il ne tarit pas d'éloges sur le style et les compétences de ses invités.

     Malheureusement, à partir du moment où il réussit à se sortir de ses addictions, il doit lutter contre des problèmes de santé récurrents. Il est tenu de surveiller son alimentation et, en surcharge pondérale, de perdre considérablement du poids. Il s'impose de marcher régulièrement et prend goût aux petites escapades en montagne, jusqu'à participer à un trek en Himalaya (une joie et une fierté intenses). Pendant des années il fait le yo-yo, et avec l'âge, le diabète le rattrape. Jusqu'à cette journée fatidique où, lors d'un atterrissage d'avion, un caillot de sang se forme dans sa jambe droite. L'intense douleur le plonge dans le coma. Les médecins ne parvenant pas à extraire rapidement le caillot, pour préserver sa vie, ils doivent l'amputer de sa jambe. Toute de même heureux d'avoir survécu, et bien entouré et soutenu, il ne raccroche pas sa guitare, continuant à se produire - dorénavant en chaise roulante - et à enregistrer. (C'est à croire que l'artwork de "Guitarded" était prémonitoire, ou alors qu'il a porté malheur). Deux disques sortent après cette infortune :  "Still Climbing" en 2013, album dont la première partie frôle la perfection (album dédié à l'ami Alvin Lee), et "Soundcheck" en 2015, l'album de ses 70 ans (!), où il fait encore preuve d'une bien belle vigueur.

     Depuis maintenant des années, des décennies, son emblématique et binaire "Mississippi Queen" s'est incrusté dans le paysage sonore Nord-américain, s'infiltrant discrètement dans quelques films et séries télé, ainsi que dans le jeu vidéo "Guitar Hero". Ce qui fait que bien des gens connaissent Mountain sans le savoir. D'autant plus que ce groupe emblématique a été maintes fois "samplé" (c'est-à-dire dévalisé) par des professionnels du hip-hop et du rap. (On parle de plusieurs centaines de fois)

     Divers musiciens et chanteurs tels que Dee Snider (ami du couple West), Michael Amott, Bonamassa, Joey Di Maio (grand fan), Slash, Michael Schenker (avec qui il a joué et tourné), Geezer Butler, Satriani, Coverdale, Jeff Scott Soto, Neal Schon (un vieux copain des 70's), Steve Stevens, Warren Haynes, Todd Kerns, Paul Stanley, ont tenu à faire part de leur émotion et de leur admiration.

(1) Les premiers utilisateurs notables de la Flying V seraient chronologiquement Lonnie Mack et Albert King (tous les deux la même année, 1958), Jimi Hendrix et Leslie West. Puis Andy Powell.

(2) Sa première guitare, achetée avec l'argent de sa bar-mitsva, est une Fender Stratocaster Sunburst de 58. Guitare qu'il a, à son grand regret, échangée contre une Kent rouge en pensant que c'était mieux pour The Vagrant. 

(2) Le frère du batteur Stewart Copeland. Ce dernier faisant aussi partie de l'aventure.



🎼

🎼

🎼
Autres chroniques (liens) :
-   MOUNTAIN  👉  "Climbing !" (1970)  👉  "Masters of War" (2007)
-   WEST, BRUCE & LAING  👉  "Why Dontcha" (1972)
-   Leslie WEST  👉 "Unusual Suspect" (2011)  👉  "Still Climbing" (2013)

mardi 12 janvier 2021

MYLENE FARMER : Innamoramento (1999) par Pat Slade


Tout le monde sait que j’aime Mylène Farmer même si j’ai pris quelques distances avec son répertoire après son album «Point de suture» et son concert au Stade de France en 2009. En 1999, depuis quatre ans, l’ange roux n’avait pas sorti d’album et puis «Innamoramento» va remettre les pendules à l’heure.




L’album du Mylénium



Nous sommes en octobre 1995 et Mylène Farmer rentre de Los Angeles avec son nouvelle album sous le bras : «Anamorphosée», un album où la jeune femme alors âgée de trente quatre ans va commencer une irrésistible ascension au sommet de la chanson française. Ce n’est pas que l’album précédent «L’Autre…» était mauvais, même avec de très bons titres comme «Désenchantée», «Je t’aime mélancolie» ou «Beyond my Control». Il n’y avait pas encore la maturité, Mylène était encore une femme enfant (Et elle l’est toujours !), mais l’âge venant, la chrysalide devient un papillon après avoir fait son premier grand show à Bercy en 1997 (Avec un album à la clé qui reste à ce jour le live plus vendu en France avec plus de 900.000 exemplaires) et la présentation de son dernier opus «Anamorphosée» ou même s'il y a toujours de très jolies chansons comme «Rêver», «Mylène s’en fout» ou «Comme j’ai mal» un son plus rock, plus grunge, va faire son apparition avec des titres comme «L’instant X», «XXL» ou «Vertige». L’album sera un succès et se vendra à plus d’un million d’exemplaires. Et puis plus rien, comme à son habitude, elle va disparaitre. Il faudra attendre quatre ans pour la revoir revenir des States avec sa dernière galette.

Mylène va revenir sur un style qui lui était propre avant «Anamorphosée», moins d’électricité, plus dans la chanson, rempli de références à la littérature, la religion, la peinture… ! Elle va changer d’univers (Comme à chaque fois !), elle prend encore un nouveau tournant marqué par la réintroduction du thème de la religion, sous sa forme la plus lumineuse : mysticisme, élévation, développement personnel. Ce sera une pop électro avec les émotions et la mélancolie toujours présente dans la plupart des chansons. 

,
"Je te rends ton amour"
«Innamoramento» un mot italien ou la traduction française serait pour certains «Tombé amoureux» et, pour d’autres, la plus proche serait «L'Amour naissant» qui sera d’ailleurs le titre du premier morceau. Une attaque toute en douceur au clavier et une montée crescendo de la rythmique. «L’Âme-Stram-Gram» le premier simple à être sortie, un morceau de son mentor Laurent Boutonnat, un morceau très dansant avec une belle orchestration. Le tout accompagné d’un clip où l'on peut voir deux Mylène ayant des problèmes avec des cavaliers (Mongoles ?) et se transformer en sorcière à la langue démesurée. Elle a toujours su faire preuve de beauté musicale, pour cela, il suffit d’écouter «Pas le temps de vivre», «Et si vieillir m'était conté» et «Innamoramento». «Je te rends ton amour» le titre préféré de Mylène sur cet album et qui fera couler beaucoup d’encre. Un clip ou l’église, le diable, la nudité et le sang seront considérés comme blasphématoires envers l’église catholique. Il sera censuré avant minuit par le CSA et amputé de trois minutes. Vexée, l’artiste sortira dans les kiosques la vidéo intégrale du clip, accompagnée d'un livret comprenant une partie du scénario. Celle-ci se vendra à plus de 70 000 exemplaires. La chanteuse reversera alors tous les bénéfices de cette vente au Sidaction

Mylène parle du Petit Prince de Saint-Exupery dans «Dessine moi un mouton» et on apprend par la même occasion que la rousse (La chanteuse, pas le dictionnaire !) a tous les talents car elle dessinera puisqu’elle fera la pochette du simple. Elle récidivera en 2002 avec un dessin animé de son titre «C'est une belle journée». «Optimistique-moi» et son clip sur un cirque surréaliste. « Mylènium» le morceau pratiquement instrumental qui termine l’album et qui fera sa rentrée en scène à Bercy dans le «Mylènium Tour» en 1999. Mylène qui sortira d’une  statue colossale d’Isis (Sœur et épouse du roi Osiris) suspendue dans les airs à neuf mètres du sol (Époustouflant !).

Du coté des musiciens , on retrouve Abraham Laboriel jr à la batterie (Il est maintenant le batteur de Paul McCartney) ainsi que son père Abraham Laboriel sr  et le grand Billy Sheehan (Que je considère comme le meilleur au monde) à la basse. Le guitariste Jeff Dahlgren qui suit la chanteuse depuis «Anamorphosée» ainsi que Chris Spedding comme second gratteux. Au clavier ce ne sera pas Yvan Cassar occupé aux arrangements pour le disque de Jean-Michel Jarre «Metamorphose», mais Laurent Boutonnat

«Innamoramento» sera un nouveau succès, dépassant les 1.300.000 ventes en France et 200.000 à l’export. Il sera certifié disque de diamant et recevra plusieurs prix comme «Artiste de l’année», «Meilleur Album»  aux NRJ Music Awards et «Meilleur Clip» aux M6 Awards. Un bon album studio mais les fans devront attendre six longue années pour revoir la belle prendre le chemin des studios avec «Avant que l’ombre».