mardi 2 juin 2020

LE PISTONNE de Claude Berri (1970) - par Pat Slade



Hier après midi, Guy Bedos a joué son dernier et plus mauvais sketch. 2020 est une année de m… ! Il n’était pas qu’un simple humoriste mais aussi un acteur de talent.




Guy Bedos Sous Les Drapeaux






Guy Bedos - Zorica Lozic
Guy Bedos a déjà quelques films derrière lui quand il tourne cette pochade sur l’armée, les événements du Maroc et son accession à l’indépendance en 1955 (Mon père, comme beaucoup d’autres, fera trente deux mois d’armée et passera une bonne partie de son intégration sous les cocotiers de Port Lyautey devenu depuis Kenitra). «Le Pistonné» c’est la suite du «Vieil homme et l'enfant», autre film de Claude Berri avec Michel Simon sorti trois ans plutôt et qui raconte la jeunesse de son auteur. Il est en âge de faire son service militaire et il cherche à éviter de se retrouver loin de sa confortable vie avec ses parents et de sa petite amie Tania. 

Claude Langmann (Vrai nom de Claude Berri) interprété par Guy Bedos est un fils d’artisans casquettiers, sursitaire et artiste, habitant au 46 Faubourg Poissonnière (10e), un ami affirme pouvoir le pistonner dans l'armée de l'air pour qu'il reste à Paris place Balard à cause du métro direct. Ce sera en fin de compte l’artillerie anti-aérienne porte des Lilas (Avec un changement à République !). Il fait croire qu’il connait Brigitte Bardot (Par l’intermédiaire d’un ami) ce qui met en émoi tout les gradés qu’il va croiser, la mégalomanie peut parfois ouvrir des portes. Adieu la porte des Lilas où se trouve le siège social, il se retrouve à Provins dans la caserne où il va faire ses classes. Il s’en suit la morne vie de caserne et de ses corvées, de ses exercices physiques et des brimades de certains sous-officiers. 


G.Bedos - J.P Marielle
Avec les événements dans les territoires d’Afrique du Nord liés à cette époque, il se retrouve au Maroc où il va découvrir la guerre coloniale et l'antisémitisme de certains de ses officiers. L’incident «antisémite» relaté dans le film a été vécu par Claude Berri pour avoir prononcé le mot même. Il sera sanctionné par un maintien au service à titre disciplinaire, de 21 jours de plus (Mon père à vécu presque la même chose, il était caporal-chef et il est parti boire un coup en ville avec d’autres trouffions et pour avoir laissé un camion sans surveillance avec les armes dedans, cela lui vaudra un mois de plus).

La scène finale montre le jeune Langmann, libéré et rentrant chez lui, qui rencontre, dans la cour, le fils de sa concierge, lui aussi démobilisé, mais lui a perdu une jambe en Algérie et son rire persistant et un peu hystérique laisse supposer qu’il est revenu psychologiquement affecté.

Georges Géret
La distribution du film est une revue nécrologique, le père de Claude : Yves Robert, sa mère : Rosy Varte. Le génial Georges Géret en maréchal des logis chef corse peau de vache mais pas salaud, Jean-Pierre Marielle en lieutenant Casanova (c’est son nom !) amateur de théâtre et qui demande à Claude de faire venir Brigitte Bardot, Claude Piéplu en commandant homosexuel rattaché au ministère qui ne goûte pas trop à la carpe farcie à la juive de Rosy Varte et préférerait un steak très cuit : «Une semelle !». 
Coluche - Bedos
Il y a aussi Marquand le soldat réfractaire à l’armée et qui fera plus de tôle que porter un fusil, rôle  joué par Coluche. Ce sera sa première apparition au cinéma et il sera crédité au générique de fin : Michel Coluche. En 2011, Miou-Miou a rapporté que Coluche a tourné des essais pour camper le premier rôle, finalement attribué à Guy Bedos. Sans oublié des acteurs qui n’ont été, malheureusement, que des ovnis comme Claude Melki (Formidable garçon de bain et danseur émérite de tango dans «L’acrobate» en 1976) mort dans la misère en 1994.  

«Le Pistonné» l’histoire d’un soldat pacifiste perdu dans l’histoire du colonialisme français. Guy Bedos est parti rejoindre ses potes (Dont Pierre Desproges et Jean-Loup Dabadie décédé quatre jours plutôt) et il n’a pas eu besoin de piston.  



lundi 1 juin 2020

Au Deblocnot SONIA improvise – La B.O.F. de Jerry GOLDSMITH pour TOTAL RECALL de Paul VERHOEVEN




Jerry Goldsmith
- Alloooooooooooooo ? Oui c'est Sonia… Salut Nema, t'as un souci ?
- J'ai Madame Claude Toon alias Maggy qui m'a appelée tout à l'heure ; Claude va mieux et est de retour "at home". On est toutes les deux débordées, je dois filer vers Caen voir si on peut consolider un Blockhaus construit par les boches avant le débarquement…
- Ah bon parce que on répare ces trucs-là ? Patrimoine mondial ces horreurs qui défigurent les côtes, servent de refuges aux camés et puent la pisse ; ce que j'en dis…
- Ouais Sonia, mais un taf c'est un taf ; tu pourrais faire quelques emplettes pour notre ami le Toon ?
- Bien entendu s'il n'y en a pas trop… File-moi la liste.
- Alors :
- 5 paquets de biscottes Jacquets, 12 briques de soupes aux légumes 25 cl Liebig, 18 yaourts Nova sans sucre ajouté et au bifidus, 12 compotines pomme-fraise et 12 autres pommes-pêche (tu sais comme pour les bébés), 3 ou 4 paquets de biscuits sans sucre Gerblé (ce que tu trouves, plutôt des moelleux, tu vois pourquoi), un pack de Vichy célestins, 3 boîtes de Gaviscon en pharmacie (en présentation de 24 sticks, c'est moins cher qu'en Gavisconel), du dentifrice goût fraise (c'est son dada), le Chasseur français et Points de croix magazine ; pas de commentaire Sonia, c'est bizarre, Claude hais la chasse…
- Waouh, rien que ça !!! Bon ben je file à Miniprix et j'aurais ça à midi… Faut que je poste la B.O. du lundi… Bises…
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Claude entre une perfusion et une prise de sang, voire un papotage avec une nurse sexy n'a pas eu le temps de me laisser des consignes. J'aurais aimé vous faire écouter la B.O. érotisante et vénéneuse pour Basic Instinct de Jerry Goldsmith (1929-2004). Flûte, pas de Youtube… Pas de bol ! Sharon Stone en folledingue jouant à la veuve noire… flippant, un peu scandaleux à l'époque. Depuis je n'utilise que des bacs à glaçons.

Mais restons avec ce grand Monsieur de la musique Yankee ; en vrac : Alien, L'Express du colonel von Ryan avec Sinatra (en 1965), Chinatown, Outland, Rambo, Gremlins, L.A. Confidential, au moins 200 films, c'est dingue.
Dans Total Recall tourné en 1990, soit deux ans après Basic Instinct, Jerry retrouve à la fois Paul Verhoeven et Sharon Stone qui a un second rôle important, mais encore une belle garce ! Paul Verhoeven traverse sa période gros budgets et stars US et on lui a parfois reproché d'avoir tourné le dos à son style hyper provoquant des films  indépendants tournés aux Pays-Bas. Total Recall est un film de SF mêlant thème social (l'exploitation de mineurs sur Mars souffrant des pires maladies et difformités ; un film adapté de Souvenirs à vendre de Philip K. Dick.) et thriller. Sur Terre, le Schwarzi est ouvrier bodybuildé (merci le dico) et vit avec sa femme, Sharon Stone… Il fait des rêves glauques où il se voit mourir sur Mars…
En fait c'est un ancien agent de sécurité d'une fripouille arriviste qui règne en dictateur sur Mars. S'étant rebellé en compagnie de résistants de la planète, on lui a lavé le cerveau à grande eau, changé sa personnalité et envoyé jouer du marteau-piqueur sur Terre. Mais l'inconscient du gaillard est puissant, il va retrouver petit à petit ses souvenirs et partir régler ses comptes sur la planète rouge ! Et ça va chier ! Il y a une scène de baston entre lui et la Sharon, waouh, du vrai catch… J'en raconte pas plus, il y a de l'action, du suspens, des mutants dignes de Freaks (j'ai des lettres même en cinoche).
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La musique convient bien au film : puissante, presque barbare, très symphonique. Claude dirait peut-être que Jerry est influencé par les grands poèmes symphoniques romantiques volcaniques classiques : Liszt, Tchaïkovski, Richard Strauss. Z'avez vu ça, hein, j'assure, J'espère ne pas écrire des cracks… Allez les amis, musique !!!! Vive le Toon. Je file acheter ses petits pots premier âge…



Cela étant dit, rendez-vous dès demain pour :

LE PISTONNÉ de Claude Berri (1970) par Pat Slade 

dimanche 31 mai 2020

BEST OF ALANGUI (BEDOS)


LUNDI : une Sonia horrifiée devant le film de Carpenter « The Thing » a préféré n’en écouter que la musique signée du grand Ennio Morricone. Même uniquement avec la bande audio, son visage hygiéniquement masqué montrait qu’elle n’en menait pas large. Un masque tricoté grosses cotes par ses soins, il lui restait un peu de laine caca d'oie du pull qu’elle avait offert à Claude pour Noël (je suis en train de penser qu'on le l'avait jamais vu avec...).
MARDI : Pat salue le retour discographique de FredObert, trois ans après son Blues du Berry, avec l’album « Du velours », une pépite richement orchestrée, des textes tendres qui s’attachent à des personnages parfois insolites, et de l’humour à revendre. Rappelons cette réplique de Pierre Dac : « il est hindou, il est né en Inde. Où ça exactement ? A Châteauroux ! ».
MERCREDI : Bruno a largement dépassé le périmètre des 100 km autorisés pour se rendre en Allemagne, dénicher l’album « A bit of devil » du groupe teuton Zodiac, qui donne dans les tonalités sombres, limite stoner, et dont la jolie pochette avait été sélectionnée en son temps comme une des plus sexy. C’est diablement vrai…
JEUDI : la contribution d’un nouveau chroniqueur, Benjamin, qui inaugure cette collaboration avec un superbe album de Lou Reed « Magic and loss » de 1992. Son disque le plus abouti depuis « Berlin », c’est dire, une pièce musicale lumineuse d’un poète ayant atteint le sommet de son art.  
VENDREDI : autre sommet, mais du western, puisque Luc a revu toujours avec autant de plaisir « Les Affameurs » d’Anthony Mann, deuxième collaboration avec cet acteur génial, James Stewart. Ou comment les valeurs de l’Ouest se heurtent à la rapacité des hommes devenus fous par la découverte de l’or. Ca n'arriverait pas au Blog, nous n'avons que découvert... en inox.
SAMEDI : Claude, à qui nous souhaitons un prompt rétablissement, a laissé sa place à Pat pour une chronique qui reste dans la thématique classique, on devait bien ça au Toon, on allait pas balancer du Motörhead un samedi, hein Pat ? Une œuvre lyrique de Léo Delibes (anagramme de Les Débilos !) tirée de son opéra « Lakmé ». Sonia s’est proposée pour passer le disque au bureau en demandant : j’appuie sur quel bouton pour l’acné ? Pat est parti noyer son désespoir dans un pack de Kro…
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Et saluons Guy Bedos (1934-2020) acteur de théâtre, de cinéma, de télé, polémiste, humoriste et homme engagé (comme on dit) qui n'avait pas que des amis, vu ce qu'il balançait le soir sur les planches. Pas sûr que le personnage fut très sympathique, et on s'en fout un peu, mais il appartenait à ce cercle très fermé des comiques de scène qui avait des choses à dire et le disait bien ! Je vous conseille d'aller jeter un oeil sur Youtube à l'hilarante nécro que lui avait rédigée Pierre Desproges... de son vivant !    

Pat nous parlera bientôt d'un de ses films, Le Pistonné, de Claude Berri. 

samedi 30 mai 2020

LEO DELIBES : «Duo des fleurs» - par Pat Slade



Suite à un petit problème pour un de nos chroniqueur, je joue les intérimaires du samedi donc de la journée du classique.




Un peu de lyrique





Léo Delibes en 1884
Après une longue vérification, je me rends compte que nous n’avions jamais parlé de Léo Delibes un compositeur du XIXe siècle qui donna plus dans la musique de ballet, l’opéra et l’opérette que dans le concerto et la symphonie.


Fils d’un postier et d’une mère musicienne amatrice de talent, il va suivre des études musicales. Léo étudie au Conservatoire de Paris avec Adolphe Adam et obtient un premier prix de solfège en 1850. Il se lancera dans la composition en 1856 et proposera aux Folies-Nouvelles (actuel Théâtre Déjazet) une pièce lyrique, «Deux sous de charbon», qui fait succès mais dont la musique est aujourd'hui perdue. Il va enchaîner les opérettes. En 1863, il se fait engager à l’Opéra comme second chef des chœurs, tout en occupant la chaire d'organiste de l’église Saint-Jean Saint-François (Aujourd’hui Sainte-Croix des Arméniensrue Charlot à Paris. Trois ans plus tard on lui confie personnellement la composition d'un nouveau ballet «Coppélia ou la fille aux yeux d’émail» Crée à l’Opéra de Paris en 1870, c’est un triomphe. Basé sur une histoire de l’écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, il conte la destinée du
Coppélia

vieux Dr Coppelius et de sa poupée Coppélia. Il écrira aussi «Sylvia ou la nymphe de Diane» avec des airs célèbres comme le «pizzicato» ou le «pas de deux». Ce sera en 1883 que son opéra «Lakmé» va confirmer sa gloire. L’amour impossible d’un officier britannique et de la fille d’un prêtre de Brahma dans l’Inde du XIXe siècle. Un opéra, comme beaucoup d’opéra français que j’aime, je voulais à un moment lui consacrer une chronique. Lakmé est la fille de Nilakantha, un brahmane. Elle est toujours suivie de sa servante Mallika. Beaucoup d’air sonne très oriental évidemment. Mais un duo va sortir du lot «Sous le dôme épais» aussi appelé «Duo des fleurs». Créé à l’Opéra-Comique à Paris. Depuis «Lakmé» a été jouée plus de 1500 fois dans cette salle. Dès sa création, le succès a été incroyable, à Paris, puis dans le monde entier. Avec «Lakmé» Léo Delibes nous plonge dans la nature sauvage et dans les fêtes orientales. 


Une petite chronique pour un petit morceau dont le temps varie entre cinq et sept minutes selon les chanteuses, mais très agréable à l’écoute.


Pour les versions de «Lakmé» j’ai toujours accroché à la version de Mady Mesplé avec l’orchestre du théâtre national de l’opéra comique sous la baguette d’Alain Lombard (Ah le charme des voix françaises sans accent !). Toutes les grandes cantatrices ont chanté ce classique de l’opéra, de Montserrat Caballé à Marilyn Horne ou Joan Sutherland.

« Sous le dôme épais, Ou le blanc jasmin, A la rose s'assemble, Sur la rive en fleurs, Riant au matin, Viens, descendons ensemble» C’est-y pas beau ??

Un salut amical à mon ami Claude !

Et voici mesdames Anna Netrebko & Elina Garanca