samedi 1 août 2015

GRIEG – Suite pour cordes "Du temps de Holberg" – ORPHEUS ORCHESTRA – Par Claude Toon




Edward et Nina Grieg
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Musique légère en cette période estivale… suite. Musique brésilienne chamarrée de Respighi la semaine passée ; nostalgie de l'époque baroque aujourd'hui. Il me semble avoir remarqué avec nos indices d'audience que la musique pour orchestres à cordes avait ses adeptes. Sans aucun doute la sonorité velouté des cordes prête plus à la détente que les éclats des cuivres et percussions des orchestres symphoniques. D'où le choix de ce jour : la jolie et courte suite pour cordes dite "du temps de Holberg" du compositeur norvégien Edward Grieg.
Par ailleurs, chaque été, je puise dans la discographie festive de l'ensemble américain Orpheus Chamber Orchestra, un orchestre composé des meilleurs solistes de la côte est des USA, qui sait donner toute la légèreté inhérente à ces œuvres pour effectifs réduits.
Cet ensemble a déjà permis l'écoute d'œuvres divertissantes de l'époque baroque : les célébrissimes adagio d'Albinoni et canon de Pachelbel, également des airs de Bach, Haendel, etc. (Clic), mais aussi des incursions dans l'âge classique comme la symphonie N° 49 "Passione" de Haydn et le concerto pour flûte et harpe de Mozart (Clic).

Quant à Grieg, nous ne l'avons rencontré qu'une seule fois depuis quatre ans ! Bien évidement cet unique article était consacré à son œuvre la plus connue : la musique de scène pour Peer Gynt, la tragédie de Ibsen. Tout le monde connaît des passages incontournables comme "Le matin" utilisé dans les films (soleil vert – pendant que Edward G. Robinson se laisse mourir et que les images d'un ancien paradis terrestre défilent) ou la farouche marche diabolique "Dans la salle du Roi de la montagne" entendu dans moult publicités. Dans cette chronique de 2012, figurait la biographie d'Edward Grieg (1843-1907). Ce compositeur appartient à l'époque romantique et dans ses ouvrages, on sent l'influence qu'ont pu avoir ses contemporains et amis comme Liszt, Brahms ou encore Tchaïkovski, lui-même auteur d'une belle sérénade pour cordes qui figure en complément sur ce disque de l'ensemble Orpheus (Clic).
Grieg n'a pas écrit une multitude d'œuvres symphoniques. Pianiste virtuose, il a composé de nombreuses pièces pour cet instrument solo ou intégré à des sonates et trio et, bien entendu, un concerto, morceau de bravoure pour pianiste de renom, et dont je parlerai un jour…
La suite "du temps de Holberg" est donc un ouvrage à part dans sa production mais très fréquemment joué par les chefs d'orchestre. Je citerai Neville Marinner et Herbert von Karajan, le maestro autrichien l'ayant enregistré au moins deux fois dont une dernière mouture à l'ère du numérique. Une musique aisée à écouter et pourtant de belle facture mélodique.
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Ludvig Holberg (1684-1754)
Ludvig Holberg (1684-1754) est le fondateur de la littérature nordique écrite dans les langues autres que le latin qui était d'usage courant en Scandinavie. L'écrivain né en Norvège à Bergen a aussi beaucoup travaillé à Copenhague.
Edward Grieg va donc composer en 1884 cette suite pour célébrer le bicentenaire de l'écrivain. Le personnage étant un quasi contemporain de Bach, donc du début du siècle des lumières et du Baroque tardif, Grieg va nous replonger dans cette époque où les danses de cour étaient très à la mode. Le choix d'un ensemble de cordes se justifie si l'on considère qu'un autre musicien de la même époque nommé Haendel a composé des cahiers entiers de concertos grosso pour les cordes seules.
Les connaisseurs des ouvertures (ou suites pour orchestre) de Bach ne seront pas surpris de la manière dont Grieg a découpé sa partition en cinq parties dont un prélude et trois danses dans le style ancien. Faites le test en aveugle de la liste ci-dessous à un ami mélomane et amateur des suites pour violoncelles et il vous répondra immanquablement… Heuuu, on dirait une suite de Bach… Le résultat du projet de Grieg sera tout sauf un plagiat, mais un moment jouissif de musique. A noter que Grieg a d'abord écrit la suite pour piano avant d'en assurer la transcription pour un orchestre à cordes.
1 - Prélude
2 - Sarabande xxxxx
3 - Gavotte
4 - Air (Andante religioso)
5 - Rigaudon

1 – Prélude (Allagro vivace) : Les suites de Bach ou Le water Music de Haendel ont pour coutume de débuter par une ouverture "à la français", solennelle parfois empesée… Ici tout au contraire, Grieg mène la danse dans un morceau rythmée et séducteur. La mélodie très scandée conduit les cordes vers un climat trépidant de fête populaire. Orpheus Chamber Orchestra ne se laisse pas prendre au jeu emphatique des brumes nordiques. Cet ensemble qui joue sans chef articule avec élégance et jubilation cette introduction, soulignant par l'écriture de type sonate l'hommage à la facétie baroque et articulant fermement le discours pour affirmer le regard vers la modernité.

Gavotte
2 – [2:40] Sarabande (andante) : D'origine latino, la sarabande est une danse lente et lascive (La sarabande de Haendel dans Barry Lyndon de Kubrick). Le compositeur ne conserve que la rythmique assez libre de cette danse pour apporter un moment doux et poétique dans ce second morceau. Les premières mesures se développent dans un climat nocturne. On songe plus à une ambiance pastorale qu'à une soirée princière. Les solos de violoncelles dans le phrasé feutré lorgnent vers un concerto grosso néoclassique.
3 – [6:39] Gavotte (Allegretto) : Grieg enchaîne sur une gavotte, une danse d'origine provençale dans laquelle souffle un air de gaité. Les parties de cordes s'entrecroisent avec vivacité. Et puis, le compositeur destine également la pièce à un rôle de menuet via une structure symétrique, en intercalant un air de musette dans la partie centrale.
4 – [9:52] Air (Andante religioso) : Grieg à l'instar de Bach ajoute un long aria qui, bien que noté andante, fait songer aux méditations adagio métaphasiques dont le Cantor raffolait. La mélodie nostalgique avec un accent appuyé des cordes graves nous fait évader du monde de la danse. Gravité et nostalgie de déploient dans ce mouvement plus développé dans lequel les ruptures de ton évitent toute monotonie. Le travail sur la distribution des solos des différents pupitres est exemplaire. À la fois élégiaque et bouleversant. Grieg  a composé plusieurs morceaux romantiques pour cordes de ce style pour illustrer à sa manière des impressions picturales sur la béauté des forêts et des lumières scandinaves. La maison de Grieg se trouvait près d'un lac de la région d'Oslo…
4 – [16:26] Rigaudon (Allegro con brio) : Cette danse animée, d'origine provençale, sera très à la mode dans les cours européennes de l'époque baroque. Rameau en a composé un certain nombre pour les fêtes versaillaises, et Maurice Ravel en a utilisé la rythmique dans le tombeau de Couperin. Grieg achève sa suite avec un contraste marqué entre des passages à la vélocité contenue, et de frénétiques motifs concertants intégrant un violon solo, et dont la ligne de chant rappelle plus la passion débordante d'un Paganini que le XVIIIème siècle…


vendredi 31 juillet 2015

CES ACTEURS QUI ROCKENT ET QUI ROLLENT - part 2, par Luc B.



Suite de notre petite série consacrée aux acteurs d’Hollywood qui poussent la chansonnette. Ceux qui le font vraiment, avec plus ou moins de bonheur, comme une sorte de carrière secondaire, et souvent loin des médias. Après Juliette Lewis et Bruce Willis, on va s’intéresser à un drôle de cas : Steven Seagal. Qu’on voit débarquer sur les écrans en 1988 dans NICO. Joli succès. Steven Seagal s’y bat à mains nues, sa spécialité. Et il s’y connait, c’est une sommité du Aïkido et autres arts martiaux. 

Ses films rapportent un max, et la Warner les enfile comme des perles. PIÈGE EN HAUTE MER, en 1992, avec la réplique "I'm the cook" je fais tout péter la cuisine du bateau en mettant une bombe insecticide dans le micro-ondes, et sa suite en 1995, PIÈGE A GRANDE VITESSE (la même chose que le premier, mais dans un train) sont des modèles de séries B d’action, distrayantes au second degré. Le filon s’épuise, et depuis, Steven Seagal, avec 30 ans de plus, traine péniblement sa carcasse dans des trucs qui sortent directement en DVD. C’en est pathétique, il n’est filmé qu’en gros plan, et on le soupçonne de se faire doubler dès qu’il s’agit de monter sur un tabouret. Les scénarios se répètent, l'ex flic ou l'ex de la CIA qui châtie les dealers, vient en aide à une vieille cousine dont la fille a été enlevée, etc... Il est l'Ordre, il est la Justice, et il la Morale... il est très pénible !

Mais depuis toujours, Steven Seagal est un fou de musique, de blues, de country. Il a sorti deux disques SONGS FROM THE CRYSTAL CAVE (2004) avec Stevie Wonder en guest, et MOJO PRIEST (2006). Ceusse qui s’y connaissent reconnaissent que ça se tient, les deux albums ont remportés des prix, et se sont très bien vendus. Seagal est l’auteur compositeur de la majorité de ses titres. Guitariste solide, qui puise chez les bluesmen slidant du Sud autant que chez JJ Cale ou Knopfler, il joue la paume ouverte sur la caisse, ne fait bouger que son pouce sur les cordes. Ce qui donne l’impression parfois qu’il ne joue pas, qu’il tient juste sa guitare ! Mais si. D'après les photos que j'ai vues, il joue généralement sur une Stratocaster ou une Firebird.

Sous ses airs de grosse brute (1,93 m), Steven Seagal cache un cœur de bouddhiste, il se produit souvent dans le cadre de concerts caritatifs, il est très actif dans le soutien des enfants malades. Mais on le voit aussi dans un méga concert à Séoul, les Mickael Jackson Friends, avec une brochette de stars.

On écoute une version de « Hoochie Coochie Man », en petit comité, et je trouve ça plutôt pas mal du tout !       



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Kevin Costner, commence à travailler au début des années 80, on le remarque jeunot dans SILVERADO de Lawrence Kasdan, et pour son grand premier rôle il enfile le feutre d’Eliot Ness dans LES INCORRUPTIBLES de Brian de Palma. Le SENS UNIQUE de Roger Donaldson est alambiqué mais distrayant, avec une esthétique 80’s à se flinguer… Genre scène d’amour sous filtre bleu avec du sax ténor en fond sonore… 

Il épate tout le monde avec sa première réalisation, DANSE AVEC LES LOUPS (1990), western contemplatif de 3h30. Deuxième réalisation et flop avec POSTMAN en 1997. La rumeur court que Kevin Reynols aurait fait plus que le seconder sur le tournage... Comme il est également producteur, ça laisse un trou dans la caisse, qu’il faut combler par des choix de films parfois discutables. Kevin Costner enchaine les rôles au sommet du box-office, dans JFK, BODY « I always love you » GUARD, WATERWORLD, ROBIN DES BOIS… Du gros, voire du lourdingue, des productions énormes. Il est superbe dans UN MONDE PARFAIT d’Eastwood.

Ca se tasse dans les années 2000, et là, il revient nous faire le sexagénaire agile et belliqueux dans des productions Luc Besson, comme son alter-égo Liam Neeson. Son troisième film comme metteur en scène, encore un western, OPEN RANGE n’est pas mal du tout.
     
C’est justement au début des années 2000 qu’il délaisse les flingues pour sa guitare. Il monte avec des potes à lui MODERN WEST, un groupe country-folk. Trois albums au compteur, UNTOLD TRUTHS en 2008, TURN IT UP en 2010, et FROM WHERE I STAND l’année suivante. Apparemment, le quatrième est en cours… Bon, comme ça en studio, et même parfois dans des shows, c’est un peu rigide aux entournures, propre sur soi, assez calibré, versé vers la FM comme on dit… Il a même été invité par Drucker à pousser la chansonnette un dimanche. Mais quand le blues-rock montre le bout de son nez, ça peut être pas mal. Il aime finir un set sur Dylan visiblement, et "Tambourine man" en particulier.

Kevin Costner gratouille de la guitare acoustique, on sent bien que le potentiel musical vient surtout de ses acolytes. M’enfin, il a une bonne voix des intonations JJ Calliennes parfois (décidément…), un peu de rugosité quand il force un peu. Et une belle gueule encore à 60 balais. On regarde un "Red River" plutôt bien balancé.  


jeudi 30 juillet 2015

SUPERTRAMP - "Brother Where You Bound" - par Pat Slade







L’Après Hodgson




Après «…Famous Last Words…» le dernier album enregistré avec Roger Hodgson en 1982 et après le départ de ce dernier, trois ans vont passer. En 1985 sort «Brother Where You Bound». Les quatre super clochards restant : Dougie Thomson, Bob Siebenberg, John A. Helliwell et Rick Davies vont sortir un album qui rappelle «Crime of Century» par sa texture musicale et, comme de coutume, j’étais à Bercy pour voir les clodos sur scène un soir de janvier 1986




Rick Davies et John Helliwell
La particularité de l’album est que tous les titres s’enchainent. On commence par le hit «Cannonball» qui aura un beau succès sur les ondes radiophoniques. On enchaine direct avec « Still in Love» avec le saxo de Helliwell très nostalgique et rejoint par le groupe dans un titre très dans la ligne des super pouilleux. «No Inbetween» : une longue ballade nostalgique de Rick Davies. «Better Days» : une chanson rapide qui parle d’espoir et de jours meilleurs dans un monde qui s’effondre. Arrive le morceau de résistance avec «Brother Where You Bound» et sa durée de 16 minutes où les guest font leur apparition... Les guitaristes David Gilmour de  Pink Floyd et Scott Gorham de Thin Lizzy viendront mettre leurs petites touches perso à ce bel album. Le dernier titre «Ever Open Door»  est l’histoire d’un homme qui veut trouver sa voie, qui veut sa part d’amour et d’affection dans le monde que l’album représente, un monde noir avec des relents de crise mondiale, de guerre et de misère. En résumé, hormis «Cannonball», «Brother Where You Bound» est un album très noir.

Mais sur scène, Supertramp est tout sauf dépressif, le public ne se pend pas au balcon ni ne s’ouvre les veines en les écoutant. La tournée «Brother On The Road Tour» fera 19 dates en France dont 5 à Paris. Entrée en matière avec «Better Day». Pratiquement l’intégralité du dernier album sera jouée, il ne manquera à l’appel que «Ever Open Door». Les titres phares du groupe seront évidement sur la set list : «Rudy», «Asylum», «Bloody Well Right», «Goodbye Stranger» et deux reprises de Willie Dixton : «Hoochie Coochie Man» et «I Just Want To Make Love To You» pour finir par le sempiternel «Crime of Century».

©Pat Slade
Un concert avec un écran géant placé derrière le groupe qui diffuse des images accompagnant  chaque titres (La version de «Rudy» avec le train est impressionnante). John Helliwell et ses savoureux talking avec le public (Rappelez vous sur le live à Paris «Bonsoir Paris !» «Ils sont très heureux de jouer à Paris !») Toujours à sortir une blague ou à faire l’imbécile avec un accessoire. Un si beau concert, que l’on ne voit pas le temps passer ! Même si la voix de Hodgson à disparue, le groupe restait le même dans sa manière de jouer sa musique et Rick Davies avait su le remplacer au chant, ce qui changera quand je retournerai les voir en 1988 au «World Migration Tour» suite à la sortie de leur album «Free As a Bird» qui pour moi est un ratage complet. Mais sur scène, ils étaient toujours aussi bons. Qu'en est-il 27 ans plus tard ? Et bien Supertramp prépare une tournée «Forever Tour» qui débutera le 3 novembre de cette année à Porto.    




mercredi 29 juillet 2015

GRINDER BLUES (octobre 2014), by Bruno



     Lorsque l'on écoutait dUg Pinnick chanter au sein du trio Texan singulier King's X, à ses intonations, on savait que, d'une façon ou d'une autre, il avait été initié au Blues. Toutefois, plutôt celui des grands maîtres, on pouvait légitimement subodorer que c'était plutôt par celui qui avait subit une sévère mutation avec les manipulations (tantôt hasardeuses) de la jeunesse Anglo-saxonne.
     Ce n'est donc pas une totale surprise si l'on retrouve le Texan gaucher au sein d'un nouveau trio au patronyme sans équivoque de Grinder Blues.

Jabo, dUg et Little

     C'est un énième projet de cet échalas, et on se demande bien comment il parvient à gérer tout ça, sachant qu'en 2014, il a déjà réalisé un disque avec George Lynch (Dokken, Lynch Mob) et Ray Luzier,(Korn, Army of Anyone) : KXM (sorti en mars). Si George Lynch s'y montrait extraordinaire et inventif, le contraire aurait été étonnant, Luzier avait bien du mal à suivre. S'il demeure un cogneur infatigable à la frappe puissante, aux côtés de Pinnick et Lynch, il fait preuve d'une certaine déficience en souplesse, swing et vivacité. L'album aurait pu être une des révélations 2014, si Luzier ne l'avait pas miné par un jeu de batterie trop rigide, monolithique et quelque peu répétitif. Toutefois, l'album ne manque pas d'âpres défenseurs.
L'année précédente, c'était un autre trio, Pinnick Gales Pridgen, (avec deux tiers de gauchers), avec Eric Gales et Thomas Pridgen (ex-Mars Volta et Omar Rodriguez-Lopez, Foxy Shazam, The Memorials). Là encore, fort intéressant de prime abord. Cependant, cette fois-ci c'était Gales, pourtant si talentueux, qui grevait l'ensemble par son manque de contrôle, de retenue, en balançant tout azimut des solos dans tous les sens, étouffés par trop de notes. Du gâchis, car, indéniablement, il y a la matière pour en faire un très bon disque de Heavy-Fat-Blues-rock psyché.  Lâche l'accélérateur Eric ! Tu devrais être un des meilleurs ! Et tu gaspilles ton talent dans des soli surchargés par un fort débit de notes.
Et ce n'est certainement pas Mike Varney, ici à la production (et qui a même participé à quelques compositions), qui interférerait pour inciter Eric Gales à un peu de retenu. Cela a probablement dû être le contraire.
En juillet 2014, P.G.P. sort un second CD ! Dans la même lignée que le précédent.
Il dort pas le Doug ou quoi ? Trois disques avec trois groupes différents dans la même année !
Sans oublier "3rd Ear Experience" qui navigue dans le Space-Rock et qui a sorti deux CD en 2013.
Il a parfois été avancé que c'est un besoin urgent de liquidité pour une opération qui l'avait mis dans l'obligation d'attaquer de front plusieurs projets parallèles. Un appel lancé à ses fans, sur internet pour une aide financière, corroborerait cette version.

     Quoi qu'il en soit, avec Grinder Blues, dUg Pinnick pourrait très avoir trouvé chaussure à son pied. Un groupe qui aurait les qualités nécessaires pour faire quelque chose de consistant, qui se tient.

     Doug ne s'est pas foulé en s'alliant tout simplement à un binôme talentueux de frangins. Jeff "Jabo" Bihlman, guitariste et chanteur, et Scot "Little" Bihlman, batteur, percussionniste et chanteur. Deux musiciens émérites formant la base principale de The Bihlman Brothers. Un groupe très intéressant s'épanouissant tant dans le Heavy-rock que la ballade Southern-Rock, toujours avec touche Bluesy marquée et indélébile, et ayant déjà remporté un Emmy Awards.

     Résultat de la fusion ? C'est du lourd. Un authentique Power-trio ! Du genre a manipuler avec précaution. C'est chargé en divers produits instables et hautement inflammable. On y retrouve l'esprit du ZZ-Top des deux premiers opus (the First et "Rio Grand Mud"), de King's X (évidemment), de Cactus, de Hackensack, de Rufus Huff, de Truth & Janey, de Granicus, de Fanny Adams, et autres trucs relativement lourds affectionnant les rythmes en mid-tempo, adagio et lento, voire largo.


     Comme le patronyme le laisse entendre, le Blues a une bien large place dans la musique du trio. Cependant, il s'agit d'un Blues qui a été transmuté par une forte dose d'électricité. En opérant comme l'avait fait les groupes des années 70, pour le muer en Hard-blues, puis carrément en Hard-Rock.
Le tout en privilégiant un son low-fi pour retrouver un son analogique, mat, organique.

     Leur but avoué : reprendre des aspects du Chicago-Blues traditionnel des années 50 en lui donnant une tournure plus tordue ("...with a twisted"). - D'ailleurs certaines chansons ne sont rien d'autres qu'un hommage à leurs héros des douze mesures. -
Cela en essayant d'éviter les clichés du Rock (mais on en retrouve tout de même forcément quelques uns).
Un son lourd dispensé par un accordage en drop-C (soit Do Sol Do Fa La Ré ou C G C F A D) ; un accordage généralement utilisé par certains groupes de Métôl pour favoriser un son plus lourd. En plus, Jabo utilise des guitares Reverend (1) qui semblent privilégier les fréquences graves et aiment se rouler dans le grayou. Toutefois, on reste loin du Stoner, ou de Black Sabbath.
Quant à la basse de dUg, elle tutoie parfois celle de Jack Bruce à l'époque de West, Bruce & Laing (mais la comparaison s'arrête là, car les frères Bihlman sont moins vindicatifs, lourds et déjantés que Leslie et Ginger). On regrette alors qu'elle ne soit pas légèrement plus en avant.
Le tout sans perdre le côté simple et fun de la musique.

     Dans l'ensemble, rien de vraiment nouveau... si ce n'est un Hard-Blues sincère, à l'image de la photo du disque : sombre comme un ciel saturé de dioxyde de carbone, solide comme l'acier, encrassée par l'activité urbaine, et à la structure piquée de rouille (les émanations d'oxygène brassées par un Mississippi capricieux ?).  Une coloration urbaine revendiquée en dépit d'une batterie aux sonorités nettement boisées.

     A ce jour, il semblerait que Grinder Blues soit ce que dUg Pinnick ait fait de mieux depuis l'aventure King's X.

"Si nous sentions que nous nous dirigions dans des chansons qui ressemblaient à des standards du blues, lyriquement ou musicalement, nous avons aussi virer dans la direction opposée". "Les sessions d'enregistrement sont devenues comme une peinture de Jackson Pollock, en éclaboussant les idées musicales sur la toile"
  1. Don't Go Home  -  4:14
  2. Wild One  -  4:21
  3. Burn the Bridge  -  4:20
  4. Grinder Blues  -  4:16
  5. Train  -  4:16
  6. Worried Mind  -  3:23
  7. It ain't Easy  -  4:08
  8. Woke up this Morning  -  5:45
  9. Chuck Berry  -  3:59
  10. Tx to Ca  -  3:36
(tous les titres sont signés Pinnick, Bihlman, Bihlman)






(1) Guitares américaines comptant parmi ses utilisateurs Billy Corgan, Dan Auerbach,Carl Verheyen, Kid Rock, Mark Knopfler, Bo Ramsey, Ian Moore, Zach Meyer, Kerry Livgren, Tim "Too Slim" Langford, Tito & Jermaine Jackson, Reeve Gabrels, Marc Ford, Ron Asheton. Pour n'énumérer que les plus connus.

"Burn the Bridge" dont l'intro, et le refrain, ne sont pas sans évoquer ceux de "Hangman Jury" d'Aerosmith. Qui, eux-même, sont inspiré d'un vieux Blues qui remonterait aux Works Songs.