vendredi 30 septembre 2016

TUEZ CHARLEY VARRICK ! de Don Siegel (1973) par Luc B.



Ca c’est du bon polar ! Par un maître du genre : Don Siegel. Un nom souvent associé à celui de Clint Eastwood (5 films ensemble dont LES PROIES, DIRTY HARRY, L’EVADE D’ALCATRAZ), qui lorsqu’il est enfin reconnu, a déjà une longue carrière derrière lui.

Don Siegel débute dans les années 30, on lui doit un p’tit polar sympa avec Mitchum, CA COMMENCE A VERA CRUZ (1949), RIOT IN CELL BLOCK 11 (1954) sur lequel un certain Sam Peckinpah est jeune assistant. Et à mon avis, le Sam a bien regardé comment le Don Siegel travaillait, car il y a une filiation certaine entre les deux réalisateurs, ce même goût de poussière au fond de la gorge, des mecs qui sentent le mec (j'ai pas dit des bourrins) et des femmes de caractère. On connait de lui L’INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES (1956) un classique de la SF horrifique, A BOUT PORTANT (1964, remake du film The Killers) avec Lee Marvin, Cassavetes et Angie Dickinson, et POLICE SUR LA VILLE avec Henry Fonda et Richard Widmark… quasiment que des sans faute. C’est lui encore qui fera tourner John Wayne dans LE DERNIER DES GEANTS (1976), son dernier rôle.

En 1973, Don Siegel réalise donc TUEZ CHARLEY VARRICK, qui tient presque de la série B. C’est un film de hold-up, qui se passe à Albuquerque, au Nouveau Mexique. Autrement dit, un quasi décor de western (comme le Peckinpah de AMENEZ-MOI LA TETE D’ALFREDO GARCIA).

Charley Varrick, sa femme et deux complices, attaquent une petite banque. Ça tourne mal. Un vigile trop zélé à l’intérieur, deux flics trop consciencieux à l’extérieur… Seuls s’en sortent Charley et Harman Sullivan. Mais un truc inquiète Varrick : le montant du butin. Il est beaucoup trop élevé pour une agence bancaire de cette taille. D’autant qu’aux infos, on parle de 2000 dollars volés, et là, sous leurs yeux, c’est presque un demi-million. Varrick comprend le truc : la double comptabilité. La banque blanchissait de l’argent sale, celui de la mafia...    

Ca part sur les chapeaux de roue, et ça ne débande pas pendant 1h50. La définition du cinéma par Siegel ! C’est sec, aride, les personnages sont entiers, dessinés juste ce qu’il faut sans avoir recours à la psychologie. La bonne idée est d’avoir choisi Walter Matthau pour le rôle. Un acteur souvent associé aux rôles comiques (notamment ses duos avec Jack Lemmon), sa bouille toute plissée, son gros pif, le regard plus abattu que conquérant, la démarche pataude. Regardez-le courir ! Pas franchement la silhouette d’Eastwood (comme le dit d'ailleurs un personnage féminin dans le film !). Mais Varrick dégage une certaine autorité, de la jugeote. Et de l’humanité. C’est un gars qui travaille bien. Il serait bien resté épandeur, mais sa petite société s'est faite manger toute crue par des charognards... Donc il braque des banques pour survivre. Et maintenant il doit se sortir de ce merdier. Tout le monde est à ses trousses, notamment Molly, tueur de la mafia, aux méthodes efficaces.

Molly est joué par Joe Don Baker, là encore une tronche qu’on connait par cœur, ces p’tits yeux fourbes et sadiques, on lui avoue son code de Mastercard avant même qu’il ne pose la question ! Siegel lui fait fumer la pipe, accessoire peu orthodoxe, qui lui donne l’air vaguement sophistiqué, english, alors que le texan est une brute bas du front ! Tout le monde est véreux dans ce film. Le p’tit directeur de banque qui blanchit du fric, un ex-taulard paraplégique au grand cœur mais prêt à dénoncer père et mère pour un bifton, Jewell Everett, la belle photographe qui trafique du passeport…

La mise en scène de Siegel est un sans-faute, efficace et directe dans l’action (une poignée de bonnes poursuites, pas mal de casse), il privilégie les plans larges, utilise habilement les plongées / contre plongées pour hiérarchiser ses personnages. Témoin cette scène de dialogue entre le gérant de l’agence pas à l'aise dans ses bottes et Boyde, le propriétaire de la banque qui cherche le responsable idéal pour se dédouaner lui-même (John Vernon, encore un visage connu), en pleine air près d'un troupeau de boeufs, dont les cadrages et positionnement d'acteurs indiquent clairement les rapports dominants. Le film n’est pas dénué d’humour. Varrick demande à une femme dont le lit est rond « je me suis toujours demandé où on mettait la tête, au nord, à l’ouest ? ». Et plus tard, se rallongeant sur elle pour remettre le couvert : « ah, on n’a pas essayé sud-sud est ! ».

Par certains aspects, on peut penser à LE POINT DE NON RETOUR de John Boorman, avec un Lee Marvin borné face aux chefs maffieux. A la différence que Varrick ne cherche pas à récupérer du fric, mais à en rendre pour rester en vie !  

J’suis pas sûr qu’on en fasse encore de films comme ça, on a cassé le moule dans les années 80/90, avec les Bruce Willis and Cie... On n'est plus tout à fait dans le Film Noir stylisé des 50's, et pas encore dans le Nouvel Hollywood qui revendique un discours social. On est dans le pur film de genre, réalisé par un as du genre. Un film qui tient sur une bonne histoire, un scénar bien ficelé, et un metteur rompu, inspiré, qui vous emballe le tout. Cherry on the cake, la musique très sixties et classieuse de Lalo Schifrin, jazzy, percus, flutes traversières, qui fleure bon l’époque. Un régal.

CHARLEY VARRICK (1973)
Couleur  -  1h50  -  1:1.85 (contrairement à la bande annonce charcutée en 1:1.66)  
 


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jeudi 29 septembre 2016

SUPERTRAMP - CRIME OF THE CENTURY (1974) - par Pat Slade








1974 Retour sur le lieu du crime





Les supers clochards vont éclater et s’éclater avec leur troisième album. Déjà, ils vont trouver leur formation classique et cela pour les dix années à venir, et en plus ils vont pondre 8 titres qui resteront des classiques pour les fans du groupes et qu’ils continueront de jouer pendant des décennies sur scène.

La créativité de «Crime of the Century» en fera l’album le plus abouti du groupe avant qu’il ne chute dans un registre à la fois commercial et "très" grand public avec «Breakfast in America».
La paire Roger Hodgson et Rick Davies va se partager l’album, 4 titres chacun, accompagnée par John Helliwell et sont sax, Bob Siebenberg à la batterie et Dougie Thomson à la basse. Ils vont enjoliver les morceaux de ce brillant album.


Un album qui commence par l'un des titres phares de Supertramp  : «School», une ligne d’harmonica cultissime et la voix de Hodgson, avant de plonger dans le plus pur style du groupe. Un morceau qui n’a pas perdu de sa force malgré les années.

«Bloody Well Right» Rick Davies ouvre les hostilités avec une intro au piano un tantinet joyeuse et ludidique avant que la grosse artillerie des cuivres et des guitares prenne le dessus. Arrivent deux morceaux de six minutes chacun. Le premier «Hide In Your Shell» est un classique dans la discographie du groupe, une longue ballade au piano chantée par Hodgson et un Helliwell qui délaisse son sax pour la scie musicale. «Asylum» n’est pas un des morceaux les plus connus, mais son final est génial, et pour l’avoir entendu et vu sur scène, c’est la folie totale. Un fabuleux titre qui reste un des meilleurs de l’album.

Face B : Avec «Dreamer»  Supertramp sort son gros tube que tout le monde a eu au moins une fois sur le bout des lèvres (Hum !). Clavier clinquant et vocaux bien en place en font un morceau qui n’a pas pris une ride. «Rudy», le titre le plus long et le plus progressif chanté par Davis avec des apparitions de Hogson au moment où le morceau s’emballe tel le clip qui passe sur grand écran en concert ; les images d’un film (Accéléré) des années 20 d’un train en Angleterre qui démarre en trombe pour arriver à son terminus à la fin de la musique. «If Everyone Was Listening» surement le seul morceau le moins connu, celui qui a le moins marché, mais il n’en demeure pas moins superbe par ses harmonies et le côté émouvant qui s’en dégage. Le titre éponyme de l’album «Crime Of The Century» : un grand morceau, essentiellement instrumental avec quelques paroles au début. Chaque fois que je l’écoute, j’ai les poils au garde à vous, et le final sur scène est encore plus beau. La scène plongée dans le noir avec un ciel étoilé en arrière plan et ces deux mains derrière les barreaux qui se déplacent dans l’espace… un grand frisson en perspective. Pour vous faire une idée, écouter la version en live sur l’album «Paris» et faites travailler votre imaginaire.

«Crime Of The Century», cultissime, grandiose, indispensable, essentiel… Je ne trouve pas assez de superlatifs pour en parler. Si il fallait que je parte sur une île déserte avec un album de Supertramp, je crois que ce serait celui-la que je prendrais. Pour ceux qui voudraient découvrir Supertramp (Je pense à la jeune génération), Il vaut mieux acheter cet album que n’importe quel best-of. Une fois écouté et dévoré, à jamais vous serez transformé.     




mercredi 28 septembre 2016

The CADILLAC THREE "Bury Me In My Boots" (août 2016), by Bruno




     Ça y est, les trois pieds nickelés de Nashville, Tennessee, sont de retour. Et si l'attente fut un peu cruelle, avec un Ep trop succinct pour étancher une soif éveillée par leur premier et excellent opus : "Tennesse Mojo", la récompense est de taille. Leur Heavy-Country-Rock n'a rien perdu en qualité. Il aurait même gagné en maturité. Ce qui l'érige comme une des meilleures sorties l'été 2016. Peut-être même de l'année.
Certes, rien de purement intellectuel dans leur musique. Il y en émanerait même quelque chose d'insouciant, de superficiel. Quelque chose qui évoque la vie facile, frivole, une certaine image que l'on peut se donner d'une Amérique en dehors des réalités et relativement conservatrice. Les bagnoles, les barbecues, la bière, les jolies filles, les concerts (verre de bière XXL à la main) ; bref la fête, et le paraître, l'attitude. Avec, en dépit de la bonne dose d'électricité déployée, une sensation champêtre inamovible.

G à D : Kelby Ray Caldwell, Neil Manson & Jaren Johnston
(potes depuis le lycée)

     Ces trois échalas chevelus et barbus, à la dégaine négligée, limite débraillée, semblent avoir la musique dans le sang. L'aptitude pour créer une musique sincère qui parvient à toucher la corde sensible. Même les morceaux les plus Rock possèdent une trame mélodique. Mais attention, absolument rien de sirupeux. Surtout pas. A la limite quelques ouvertures sur un sens Pop du refrain, mais rien de plus. Il n'y a d'ailleurs aucune fioriture. Ce serait même assez "Roots" s'il n'y avait pas cette furie Rock couvant telle la lave d'un volcan prêt à déverser son flot dès que la citadelle de roche vient à céder. Vous avez dit "Roots" ? Oui, malgré tout, ces culs-terreux semblent sincèrement attachés à la terre, et c'est traduit à travers la tonalité et la consistance de leur musique. Même s'il s'agit bien de Rock, incontestablement ricain, et relativement Heavy, rien absolument rien n'est policé. Même les notes d'arpège de Jaren Johnston et de la lap-steel de Kelby Ray Caldwell paraissent fébriles, au bord de la défaillance, comme si les cordes des instruments étaient tranchantes et rouillées. (1)
Généralement, lorsque l'on entend lap-steel, on pense immédiatement à une des sonorités conventionnelles, généralement assimilées à la Country, voire au Sacred Steel. Pourtant, Robert Randolph a prouvé que l'on pouvait amener cet instrument au-delà du rôle qu'on lui attribue habituellement (et pour cela on l'a souvent qualifié d' "Hendrix de la lap-steel"). Si Kelby Ray est loin d'être un équivalent d'un Randolph dans le domaine du Southern-rock, il a tout de même l'avantage de sortir également des sentiers battus. Avec bien plus de discrétion, moins de débordement, il l'amène sur des territoires normalement fréquentés par la guitare. Ainsi, bien fréquemment, on ne fait pas la distinction entre lui et un jeu de slide posé et travaillé. Entre Lance Keltner et Sonny Landreth, les acrobaties de funambule en moins. Ou plutôt perdu quelque part entre Ed King, Pete Wells et Derek Trucks. De la slide qui cherche a créer une ambiance, à élever le morceau, à l'enrichir, plutôt qu'à se faire mousser.

Jaren avec sa McLane Money Maker et
Ray avec la McLane SteelRay lap-steel (2)

D'ailleurs, que cela soit à la lap-steel ou à la guitare, les envolées en solitaires se limitent à une peau de chagrin. En fait, il s'agit plus d'un court et concis chorus d'enchaînement, ou de clôture d'un break, que d'autre chose (en fait, un peu à la manière de U2). Et puis, les compositions sont assez bonnes pour pouvoir s'exempter de tout ajout. Mais attention, ce n'est aucunement monolithique pour autant.
Pour en revenir à Kelby Ray Caldwell, je pense que son rôle au sein du trio est mésestimé. Si Jaren attire plus facilement, et à juste titre, les regards parce qu'il est le chanteur, et que c'est le seul gars debout, et donc gesticulant pour faire le spectacle (sans omettre que c'est le principal compositeur), sans Kelby Ray, The Cadillac Three perdrait une bonne partie de son jus. Il suffit d'écouter le final "Runnin' Red Lights", sans aucune percussion, qui sonne du feu de dieu parce que Ray, en plus d'avoir une voix en totale adéquation avec celle de Johnston, insuffle toute la mélodie grâce à un arpège dégageant une certaine sensibilité.

     Une recette ? C'est probable, car dès les premières mesures on reconnait immédiatement le style de The Cadillac Three. Probable aussi qu'ils ne cherchent aucunement à coller à un quelconque plan marketing. Qu'ils sont tous simplement eux-mêmes, et que, forcément, il y a leur patte, leur personnalité, leur âme. Souvenez-vous : en ayant déjà fait les frais d'un label peu scrupuleux, ils avaient sabordé leur précédent groupe, American Bang, pour y échapper. Et les dollars qui arrivaient grâce à un succès en pleine ascension, n'y purent rien.
Jaren JohnstonKelby Ray Caldwell et Neil Manson ont préféré retourner au charbon en recommençant à zéro (ou presque) plutôt que d'être un jouet du music-business. Respects, messieurs.

     On a donc toujours ce timbre de voix reconnaissable, patiné au Whiskey et marqué d'un accent identitaire. Le chant entre une supplique et le contentement, plutôt positif, évoquant la joie d'un réveil matinal rafraîchissant et vivifiant.  Parfois, sa voix prend parfois une tournure traînante, lancinante, tel un country-boy bouseux accablé par la chaleur moite du pays (ou le Whiskey). Entre Van Zant et Kid Rock ; entre Charlie Starr et Ryan Reid ; entre Michael Hobby et Cody Cannon. Ouaip m'dame, pour sûr ; ça sent le Deep-South, avec l'accent itou.

Jaren avec une des Telecaster ayant appartenu à Joe Strummer

     Certes, les grincheux rétorqueront qu'ils n'évoluent guère. (les mêmes qui tombent à bras raccourcis lorsqu'un groupe change, peu ou prou, de direction). Pourquoi le feraient-ils ? Ils ont trouvé leur style, leur voie. Celle qui est en phase avec leur personnalité. Ces trois potes de lycée écrivent des chansons modestes qui parlent toujours des choses de la vie, et du South. De ce qui fait la réputation de leur Deep-South ; du Tennessee et des états limitrophes. Avec simplicité et humour. "Faster than the skirt flyin' up on Monroe. I said "oooh" white lightning" ; "I'm all Jack Danieled up on you" ; ".
Toutefois, par rapport au précédent, on note un retrait des sonorités acoustiques. Guitares à résonateur, folk et banjo sont, pour l'instant, restées au placard. En fait, non, pas vraiment. Elles sont justes nettement en retrait. C'est donc, dans l'ensemble, moins rustique ; mais aussi, paradoxalement, ça paraît un degré moins électrique, moins rêche, moins râpeux. Précédemment, c'était le trio qui s'était attelé à la production. Ceci expliquant peut-être cela. Cependant, sur "Bury Me In My Boots", il n'y a pas de différences notables entre les titres auto-produits et ceux sous la coupe de Dann Huff (3) et Justin Niebank. Alors ? Probablement une maturité d'écriture. Les chansons semblent justement imparables, impeccables, dans le sens où elles seraient dans une forme accomplie, que l'on ne pourrait améliorer sans la destructurer.

     Comme sur leur disque précédent, les références à ce qui constitue leur patrimoine régional fusent.
"(Mon' and Dad') Love Charlie Daniels Band", "Alabama moonshine..." ; "You got me rockin', rollin' like a New-Orleans" ; "That Devil went down in Georgia" ; "It's all about the south ; Georgia, Alabama, Mississppi, Louisiana, Carolina" ; "it's a Tennessee truth" ; "like a Kentucky moonshine" ; "I'm a Southern man" ; "Your Tennessee Whyskey". Et puis "It's a sweet slow roll of southern drawl" pour l'accent endémique.
Une affirmation qui, si elle n'était présentée avec force humour, pourrait être gonflante. "Yes, we're southern by birth, we're southern by choice ... I'm southern by voice". Hé ! Poto, calme-toi. Tu commences à être lourd.
Neil Manson & Jaren Johnston

      On remarque que le mot Whiskey - ainsi que ce qui y a trait directement - revient très souvent dans les chansons. On s'en doute, une des boissons préférées de Jaren, avec la Tequila. Mais attention, il chante fort et haut que : "Oh, it's dangerous ! Nothin' gets me drunk like you !".
On dit que le Whiskey américain est né dans le Kentucky, principal producteur actuel (Jim Beam, Marker's Mark, Four Roses, Wild Turkey, Buffalo Trace, Heaven Hill), suivi par le Tennessee, état où est né le Jack Daniel's, en 1866. TC3 fait honneur aux produits du terroir.
On peut aussi déceler quelques clins d’œil à la musique :  "We're Kickin' Out the Jams, Takin' care of Business", "Oh, we're walking After Midnight singin' Tulsa Time", "Elvis could shake, rattle, roll", "Black Bettyet "Look over to my left, there's Gibbons. Yeah, Billy pops a top on local".

     D'un côté, ils pourraient représenter une facette d'une Amérique assez superficielle. Celle d'une population pour qui "La vraie vie" se résume à des barbecues et des bières à volonté, des 4x4, de grosses cylindrées, des films à gros budget ... Oui, mais aussi à des liens familiaux et d'amitié, de musique, et d'un contact avec la nature. De la vie champêtre. Un monde paradoxal où coca-cola et monsanto se sont immiscés dans des propriétés verdoyantes, où la nature a encore certains droits, est encore présente et n'est pas encore totalement bridée et martyrisée.

     Crénom ! Nom di diou ! Mais, quand j'écoute "White Lightning", c'est toujours pareil. Il en émane quelque chose d'insondable qui parle à l'âme. Il se passe quelque chose sous l'épiderme, quelque chose qui a la capacité de transformer une journée la plus maussades en une merveilleuse journée printanière. Johnston l'a écrite en passant à sa femme, en repensant à la façon dont il s'est si rapidement épris d'elle ; cela a été foudroyant (coup de foudre ?).  Déjà présente sur le premier essai, elle prend ici plus de profondeur, malgré ses métaphores limites stupides ; une forme de dérision. "She stole my heart. Faster  than a heat seekin' missile on a mission. Faster  than the Duke boys jumpin' that hillside ... Faster than Elvis could shake, rattle, roll. Ooooh, I saw white lightning" Une poésie toute particulière. Une chanson sincère, qui sort d'un cœur épris et conquis, non dénuée d'humour. Lors d'un concert donné à New-York, en septembre 2012, Jaren, après avoir lui avoir dédié une chanson, a fait venir sur scène Evyn Mustoe (la fille de la vidéo) et s'est agenouillé pour lui présenter sa demande de fiançailles. Ils se sont mariés en octobre 2013. C'est-y pas mignon ?

G à D : Kelby, Jaren (avec une Gold Tone Paul Beard Metal) & Neil

     De temps à autre, TC3 agrémente son Southern-rock d'ingrédients exotiques (enfin, façon de parler). Comme sur les morceaux suivants :
- "Slide" accélère la cadence, comme entraîné par un mustang en pleine course (ou une ; au choix, organique ou mécanique). Country-punk ou Western-hillbilly sous stéroïdes. Au choix.
- "Peace, Love & Dixie" s'amuse à faire des bends abyssaux à la manière du Black Sabbath première époque.
- "Ship Faced" se mue lentement, accablé par un soleil de plomb - "I'm getting sunburned and ship faced" -. C'est le farniente. L'art de prendre du bon temps et de se la couler douce "2 days in Daytona woke feeling like Corona and smoke ... We got Tequila and a cooler full of cola's to crack "
- "The Accent" prend des allures Pop, proche de Kings of Leon (autre groupe de Nashville). Encore une chanson revendiquant haut et fort son appartenance au Sud. Vous pourrez tout lui prendre, même sa six-cordes, mais jamais son accent.
- Et quand Jaren chante un Rap, ou quelque chose approchant, sur le joyeux "Soundtrack to a Six Pack", cela prend rapidement des airs fédérateurs (rien d'haineux, de misogyne ou de belliqueux).

     Le Ep de mars 2015, "Peace, Love & Dixie", est repris ici aux trois quarts (non-compris les deux titres en live). Soit le titre éponyme, "Hot Damn" et "Party Like You" (qui a déjà fait l'objet d'un clip). Apparemment, ce sont les mêmes versions. Seul "Real People" n'a pas eu droit à une seconde. Pas étonnant car c'est probablement un des pièces les moins bonnes que le groupe n'ait jamais jouée.
Quant à "The South", il y a une première version, en bonus, sur la réédition de 2014 de "Tennessee Mojo". Sa nomination aux Academy of Country Music Awards de 2015 a très certainement incitée à lui donner une place à part entière dans la discographie ; et non plus comme un simple bonus. Finalement, l'album ne comporte réellement que neuf nouvelles pièces. Est-ce dû à une difficulté à offrir une durée totale décente du présent CD (environ 43 mn.) ? Peu probable vu tout ce qu'à écrit Johnston pour autrui. Par fainéantise ? Par souci que ces chansons ne passent aux oubliettes (du moins en ce qui concerne celles du Ep) ? Possible qu'il y ait un peu de tout ça. Cependant, au final, on a là un sacré bon disque. En deux mots : un régal.


     The Cadillac Three, le nouvel espoir d'un renouveau du Southern -Rock ? Les nouveaux ZZ-Top ? Qui sait ? De véritables et derniers outlaws de Nashville ? Certainement. Qu'importe finalement. L'essentiel c'est que ces trois Southern-men ont réalisé deux disques essentiels et inoxydables, procurant plaisir, détente et énergie à chaque écoute. Après les étiquettes, hein, on s'en fout, du moment que le plaisir est là. Et bien réel (et non parce que les médias vous matraquent la tête en vous disant que c'est bon). On sait qu'il s'agit de Rock. Point. Du vrai, sans ingrédients extérieurs et frelatés ; sans "prêt à polir" ou autres produits de lissage, ou encore sans moule pour favoriser les passages en radio et formater les esprits. Southern-Rock ? Indéniablement.
Et s'il faut des références, on ressortira celles émises pour le précédent album. Soit, pêle-mêle, The Four Horsemen, Blackberry Smoke (du moins celui postérieur à 2013), Ken McMahanLynyrd Skynyrd, Georgia Satellites et plus récemment A Thousand Horses., voire Zach Williams And The Reformation. Le tout avec une pincée discrète du Kid Rock version country-rock. Quelques critiques américaines ont osé le rapprochement avec Bruce Springsteen pour certaines chansons.

1. “Bury Me In My Boots”** (Kelby Ray Caldwell, Jaren Johnston, Neil Mason)
2. “Slide” (Jaren Johnston, Neil Mason, Lindsay Rimes)
3. “Drunk Like You”** (Jaren Johnston, Neil Mason, Jesse Frasure)
4. “Graffiti” (Neil Mason, Corey Crowder, Luke Dick)
5. “Buzzin’”** (Jaren Johnston, Luke Laird)
6. “Party Like You”** (Jaren Johnston, Jon Nite, Jimmy Robbins)
7. “Ship Faced” (Jaren Johnston, Brent Anderson, Jerrod Niemann)
8. “Soundtrack to a Six Pack”** (Jaren Johnston, Neil Mason, Benjamin Cashatt)
9. “White Lightning”** (Jaren Johnston)
10. “The South” (feat. Florida Georgia Line, Dierks Bentley & Mike Eli)** (Jaren Johnston)
11. “This Accent” (Jaren Johnston, Neil Mason, Jimmy Robbins)
12. “Peace Love & Dixie” (Jaren Johnston, Neil Mason, Ryan Hurd)
13. “Hot Damn” (Kelby Ray Caldwell, Jaren Johnston, Neil Mason, Andrew Dorff)
14. “Runnin’ Red Lights”** (Jaren Johnston, Neil Mason)
Produced by The Cadillac Three
**Produced by Dann Huff and Justin Niebank

P.S. : Parallèlement, Jaren Johnston continue d'écrire pour autrui. Depuis 2013, il y a participé à l'écriture de plus d'une soixantaine de chansons, dont une quinzaine qui sont allées taquiner les charts (dont six n° 1).

Leur premier, et excellent opus (clic/lien) : "Tennessee Mojo" (2013)


(1) En ce qui concerne le matos de Jaren, on peut signaler une petite collection de Fender Telecaster, dont quelques unes (5 ou 6) qui auraient appartenu à Joe Strummer et dont certaines ont bénéficié d'un micro Hot Rails. Sinon, il a aussi des Gibson SG (la marque l'a endossé l'année dernière et lui en a offert deux), la Money Maker d'inspiration Les Paul avec Bigsby de McLane Guitars, une guitare à résonateur Gold Tone Paul Beard. Plus récemment, on l'a vu avec des Gibson Les Paul. Pour les amplis, c'est du Budda ; du Made in USA (et prix en fonction) réputé pour envoyer du gros son, riche en harmoniques, et restituant bien les nuances de jeu. Du lourd plutôt spécialisé dans les crunchs puissants, bien plus typé Hard-rock, Blues-rock US, que Heavy-Metal, Bien que le son clair n'a rien de ridicule.
(2) McLane Guitars est une boîte de passionnés, musiciens devenus luthiers, venant du Nevada et ... qui se sont délocalisés à Nashville (évidemment).
(3) Dann Huff est un musicien de Nashville, qui, depuis les années 70, a travaillé pour une multitudes d'artistes divers. Comme producteur ou/et comme guitariste (et de joueur de bouzouki). Voir les crédits de Merle Haggard, Michael Jackson, Etta James, The Temptations, Hank Williams, Céline Dion, Boz Scaggs, Michael Bolton, Mariah Carey, Debert McClinton, Dolly Parton, Elton John, Kenny Rodgers, Bruce Willis, Joe Cocker, Gregg Rolie, Roick Springfield, Keith Urban, Kid Rock, Taylor Swift, Amy Grant, etc, etc ... Il s'agit bien du même Dann Huff de Giant, le groupe de Hard-rock AOR.









Et un p'tit coup en live (aux studios Abbey Road)

mardi 27 septembre 2016

LA CHRONIQUE QUI PROVOQUE UNE ÉMEUTE !


Watts 1965
Vous l'avez surement entendu aux infos, ça barde à Charlotte (Caroline du Nord) après la mort de Keith Lamont Scott, afro américain de 43 ans, abattu par la police, victime d'une bavure policière, ce qui n'a pas manqué de provoquer  de violentes émeutes raciales. Les versions contradictoires affirment qu'il avait une arme en main. Ça c'est selon  la police, alors que pour les témoins, il s'agirait... d'un livre. Enquête en cours. Mais ce qui est sûr, c'est que les blacks descendus par des policiers à la gâchette facile est une tradition chez l'oncle Sam... et les émeutes qui s'ensuivent généralement aussi. L'histoire récente des États-Unis est truffée de ces embrasements des quartiers (ghettos ?) noirs suite aux tirs en légitime défense de policiers armés comme Rambo sur de dangereux individus les menaçant d'une lime à ongles ou de criminels ayant grillé un feu rouge. Parmi les plus spectaculaires rappelons nous de Watts (quartier de LA) (Août 1965, 34 morts, suite à l'arrestation musclée d'un automobiliste noir), Newark (New Jersey) (26 morts suite à une altercation), Detroit (1967, 43 morts suite à une opération policière), en 1968, 46 morts dans tout le pays suite à l’assassinat de Martin Luther King, Miami (1980, 18 morts suite au tabassage à mort d'un motard black par la police), L.A. puis sur tout le territoire en 1992 suite à l'acquittement des 4 policiers blancs qui avaient buté Rodney King, 59 morts, Cincinnati (2001, 70 blessés suite à la mort de Timothy Thomas, jeune black de 10 ans non armé et suite à une poursuite) ;  la liste complète de ces événements serait bien longue.

Nina
Évidemment  les artistes issus de la communauté noire (et pas que) ne pouvaient rester insensibles au sujet, faut dire que la lutte contre le  racisme et pour l'égalité des droits sont des fondements de la black music, je ne vais pas ici vous refaire l'histoire de l’esclavagisme et des champs de coton..
Par exemple : Nina Simone et Odetta (clic) se sont beaucoup investies dans le mouvement de défense des droits civiques et bien d'autres ont joué un rôle dans la levée (sur le papier du moins) des barrières ségrégationnistes dans les années 60.

Les titres faisant références à ces émeutes et plus généralement aux maux dont souffrent  les  afro-américains  sont légions, nous allons en recenser quelques uns. Luc nous a déjà parlé ici du fameux "Strange fruit" enregistré par  Billie Holliday (1939) et repris par Nina Simone, texte qui évoque les pendaisons de nègres dans les états du Sud ("strange fruit").
Certaines chansons  sont étroitement associées à ces poussées  de contestation  comme le traditionnel "We should not be moved" que les militants chantent pour se donner du courage ("nous ne bougerons pas/ nous combattons pour notre liberté/ nous combattons pour nos enfants/ jeunes et vieux réunis, noirs et blancs réunis/ nous ne bougerons pas") ; un titre parfaitement illustré par les événements de Greensboro en Février  1960. (Pour protester de façon non violente contre la ségrégation, 4 étudiants noirs  s'installent au bar de la cafeteria du magasin Woolworth interdite aux noirs et y restent, le mouvement fait tache d'huile jusqu'à la victoire). "We should not be moved" sera notamment enregistrée par Pete Seeger, Joan Baez, Mavis Staples, Son House, Mississippi John Hurt, Johnny Cash et Public Enemy. "A change is gonna come" chante Sam Cooke en 1964 mais ce changement va venir dans la douleur.
En 1967, John Lee Hooker  fait directement référence aux émeutes de Detroit dans "Motor city is burning" , à noter que le titre sera adopté tout de suite par  MC5, gang de révolutionnaires proto-punk, qui en fait un brûlot révolutionnaire ("Detroit est en train de cramer baby/ et rien ne peut l’empêcher les mecs/ Detroit est en train de cramer/ et la société blanche ne peut l'éviter/ ma ville est en train de brûler totalement/ c'est encore pire qu'au Vietnam/ Detroit est en flamme/  et je ne vais rien faire pour éteindre l'incendie/ je voudrai juste craquer une allumette pour les libertés/ je suis peut être un petit blanc/ mais je peux être mauvais moi aussi").

Le 4 Avril 68 marque un tournant dans la lutte, avec l'assassinat de Martin Luther King. Le ton se durcit, les Black Panthers marquent leur territoire et l'image de Tommie Smith et John Carlos le poing levé ganté de noir sur le podium du 200 mètres au JO de Mexico demeure une des plus marquantes du 20ème siècle. C'est cette même année que James Brown s'implique avec son fameux "Say it loud, I'm black and I'm proud" ("Dites le  fort, je suis noir et j'en suis fier").
En 69, Sly & the  Family Stone incitent à la résistance avec "Stand!" et en  71, la tribu funk sort l' album "There's a riot goin' on", titre qui donne réponse au   fameux "What's goin'on?" de Marvin Gaye sorti 6 mois plus tôt et dans lequel Gaye se demande ce qui arrive à son pays suite à une répression policière sur un campus. Gil Scott-Héron s'attaque en 72 aux brutalités policières dans 'No knock" : 'Ils n'ont pas frappé quand ils ont pénétré chez mon frère Fred Hampton pour tirer partout" (Hampton était un  leader des Black Panthers, abattu chez lui par le FBI).

Au milieu des années 80, c'est le rap qui prend la place du blues et du rock comme vecteur de revendications, et le ton va être très violent. Ainsi NWA (Niggers With Attitude - "nègres avec un esprit") dont sont issus Ice Cube et Dr Dre sort en 88 le brûlot "Straight outta Campton" qui prend à partie la police raciste et violente de L.A. Un titre en particulier met le feu aux poudres "Fuck the police" qui leur vaudra  censures et plaintes au cul de la part du FBI ("aux flics je dis : allez vous faire foutre connards /ils me lisent mes droits, c'est des conneries/ ils font partie d'un club de débiles / ils sortent jamais sans leur putain de badge et un flingue à la main/ tombe le feu et tu verras ce qui se passera/ on va se ruer dessus et te vais te bousiller".)
En 1990 Public Enemy enfonce le clou avec "Fight the power" : "notre liberté d'expression c'est la liberté ou la mort/ nous devons combattre le pouvoir actuel/ le pouvoir au peuple et sans délai")  et Body Count va encore plus loin . Le groupe de métal/rap/hardcore mené par Ice T balance "cop killer" en 1992. Georges W Bush s'en mêle et le titre est finalement retiré de l'album, faut dire qu'il tapait fort: "Tueur de flics!/ mon fusil à pompe est chargé/ je vais réduire quelques flics en poussière/ je suis un tueur de flics, plutôt toi que moi/ j'emmerde les brutalités policières/ j'emmerde la police , pour Rodney King / j'emmerde la police, pour ta liberté".   Ice T que l'on retrouvera plus tard dans la peau d'un flic dans la série New York unité spéciale.....  

La même année Rage Against the Machine, chaînon manquant entre Led Zep et Public Enemy, donne un sacré coup de pied dans l'establishment  avec leur monstrueux premier album et les textes engagés (enragés) de Zack de la Rocha (lire la chronique de Philou), le premier titre "Killing in the name of" n'est pas tendre avec les forces de l'ordre: "certains de ceux qui travaillent dans la police sont les mêmes qui brûlent des croix (allusion au Klu Klux Klan) / vous justifiez ceux qui sont morts  par le port de l'insigne/ et parce que vous êtes les élus blancs/ allez vous faire foutre/ je ne ferai pas ce que vous me dites de faire !".
Même le Boss s'y met ! Bruce Springsteen en 2001 avec "American skin(41 shots)" dénonce la mort d'Amadou Diallo, tué de 41 coups de feu  alors qu'il tend aux policiers son... portefeuille.
Et on termine cette petite revue avec Prince qui, en 2015, signe "Baltimore" en l'honneur de Freddie Gray, jeune noir mort dans un commissariat de Baltimore en Avril 2015, ce qui entraîna de fortes tensions raciales, "Sans justice il ne peut y avoir de paix" chante alors  le regretté Kid de Minneapolis.


On se quitte avec une note d'espoir signée de l'humoriste américain Donald Trump : "les noirs ont tellement apporté et se sont sacrifiés tellement pour ce pays ; beaucoup de noirs réussissent très bien dans notre pays et je vais faire en sorte qu'on protège et soutienne leur réussite. Mais en même temps beaucoup d'entre eux ont été laissés dans la pauvreté (sous entendu par les démocrates), je vais donc faire en sorte que chaque enfant noir puisse accéder au rêve américain" .
On y croit Donald, on y croit, mais c'est pas gagné....

ROCKIN- JL