lundi 26 janvier 2015

David OÏSTRAKH & Eugene ORMANDY – Concertos de SIBELIUS et de TCHAIKOVSKI – Par Claude Toon



- Mais M'sieur Claude, je viens de faire le point… Vous nous avez déjà parlé de ces deux concertos sous les doigts de la charmante Hilary Hahn… pourquoi ce remake ?
- Il a deux semaines Sonia, dans la chronique consacrée à la 2ème symphonie de Rachmaninov, j'avais promis de rédiger un article en hommage à Eugene Ormandy, et là coup double…
- C’est-à-dire ?
- Cet article va mettre en valeur également l'un des plus grands violonistes du XXème siècle : David Oïstrakh… Sans oublier l'orchestre de Philadelphie de la grande époque.
- Oui je vois, vous vous concentrez plus sur des artistes mythiques que sur les œuvres, si je puis dire… Deux concertos qui n'ont plus rien à prouver…
- Tout à fait mon petit… Je vais quand même revenir sur ces deux concertos majeurs du répertoire. Un disque à emmener sur l'île déserte…

David Oistrakh (1908-1974)
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Chaque siècle depuis l'époque de Antonio Stradivari a apporté son lot de virtuoses de l'archet dont la notoriété a traversé l'histoire. Du XIXème siècle, on se souvient de Paganini, Eugène Ysaÿe, Joseph Joachim. Au XXème, la radio, le disque vont faire connaître au grand public Yehudi Menuhin, Ginette Neveu(*), Jascha Heifetz, Christian Ferras, David Oïstrakh et, à cheval sur les deux siècles, Fritz Kreisler… Je ne cite que ceux qui nous ont quittés.
(*) Disparue à 30 ans dans le crash de l'avion qui transportait aussi Marcel Cerdan.
Menuhin et Oïstrakh sont entrés dans la légende et restent connus même des moins mélomanes.
Né en 1908, David Oïstrakh va grandir et se former dans les années troublées qui précèdent et suivent la révolution russe. Enfant précoce, il joue de son premier violon dès 5 ans. Il va suivre l'enseignement du professeur Stoliarski. Ce pédagogue étonnant et visionnaire fonde sa pédagogie sur le jeu pour stimuler la motivation de ses jeunes élèves. La révolution bolchévique perturbe la progression du jeune homme. Les Oïstrakh tirent le diable par la queue, c'est la grande disette de 1919. En 1920 au profit d'une nouvelle stabilité, David va pouvoir préparer son premier concert prévu pour 1923. Il voyage peu, juste pour participer aux inévitables concours. En 1935, Il se place second derrière Ginette Neveu à Varsovie.
Pendant la seconde guerre mondiale, il se lie d'amitié avec Prokofiev et Chostakovitch. De ce dernier, il crée en 1955 le premier concerto écrit vers 1947 mais dont la noirceur devait attendre le léger dégel apporté par Khrouchtchev, l'arrêt des purges et autocritiques imposées aux artistes pas Staline et Jdanov. Oïstrakh récidivera en 1967 pour le second concerto dont il est également le dédicataire. Épargné par le régime, il connaît une carrière internationale après le conflit mondial. Soufrant de troubles cardiaques dès 1964, il décède à 66 ans en 1974. Gidon Kremer fut l'un de ses élèves.
Mais avant tout, David Oïstrakh obtenait un son de ses huit stradivarius à nul autre pareil que nous allons écouter…
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Eugene Ormandy (1899-1985)
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Eugene Ormandy, Georg Solti, Antal Dorati : trois figures illustres de la direction d'orchestre, de la même génération, et qui ont un point en commun : avoir fuit leur pays. Pour échapper au régime dictatorial et antisémite du Régent Horthy ? Si cette décision est assez évidente pour Solti et Dorati, on peut dire que Eugene Ormandy est plutôt parti en 1921 (il a 22 ans) pour tenter de faire une grande carrière outre atlantique.
Jusqu'en 1931, il sera déçu car il vivotera de piges comme violoniste dans un orchestre qui interprétait la B.O. dans les salles du temps du cinéma muet. Tournant du destin. Il devient vers 1926 chef de cet orchestre et, qui plus est, il prend la nationalité américaine. Tout s'accélère. En 1929, il remplace au pied levé Arturo Toscanini à la tête du philharmonique de New-York. En 1930, il se distingue en dirigeant l'orchestre de Minneapolis. (Actuel Orchestre du Minnesota, un orchestre important aux USA, on en reparlera encore.)
1931-1936 : Eugene Ormandy nommé directeur va diriger un programme d'enfer avec cet orchestre phare du Minnesota. Et alors que le pays connaît la dépression, RCA peut retransmettre à la radio et graver des 78 tours gratuitement ! Ormandy n'hésite pas à inscrire au répertoire des œuvres encore très peu jouées à l'époque comme la 7ème symphonie de Bruckner ou la 2ème symphonie de Mahler. Sans compter Bartók, Kodaly et même Arnold Schoenberg. Cette période va voir se nouer l'amitié entre Rachmaninov et le chef qui sait si bien rattraper les "trous de mémoire" du pianiste et compositeur russe (Clic).
1936-1980 : sans équivalent dans l'histoire de la musique symphonique, Eugene Ormandy dirigera pendant 44 ans d'affilée l'un des meilleurs orchestres de la côte est : l'Orchestre de Philadelphie. Un record absolu dont il est difficile d'établir une synthèse. Son travail va aboutir à donner à cet orchestre un son transparent et nerveux. Il va devenir avec sa phalange l'un des accompagnateurs les plus estimés de solistes comme Robert Casadesus, Emil Gilels, Arthur Rubinstein, Rudolf Serkin, David Oistrakh, Itzhak Perlman, Isaac Stern, Leonard Rose… N'en jetez plus !
Sans doute doté d'une mémoire eidétique, Ormandy connaissait par cœur des milliers de partitions qui, annotées, occupent des centaines de cartons. Il a été l'un des premiers à enregistrer la version initiale exécutable de la 10ème symphonie de Mahler. Il assurera la création américaine de plusieurs symphonies de Chostakovitch.
En 1980, il quitte son poste pour continuer à diriger pour le plaisir. Il est emporté par une pneumonie en 1985.
On trouve bien réédités ses meilleurs disques pour CBS ou RCA
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Adolf Brodsky (1851-1929)
Concerto pour violon opus 35 en ré majeur de Tchaïkovski
Ce concerto date de 1878. Des éléments biographiques du compositeur russe ont été déjà donnés dans les nombreuses chroniques précédentes accessibles à partir de l'index. (Clic) Après plusieurs refus de virtuoses qui trouvent le concerto injouable de par ses difficultés techniques, il est créé à Moscou en 1881 par le jeune Adolf Brodsky. Ces difficultés n'existent pas pour David Oistrakh à l'évidence…
L'œuvre épouse la forme habituelle en trois mouvements et l'orchestration est des plus classiques pour un concerto romantique (2/2/2/2, 4 cors, 2 trompettes, timbales et cordes).
Une longue phrase soyeuse des cordes, une scansion martiale des contrebasses, quelques notes brillantes des bois. La régularité du tempo assagit ce crescendo introductif. Un développement orchestral traité en orfèvre (la musique de Tchaïkovski se prête trop souvent à un liquoreux legato.) La beauté plastique de l'orchestre de Philadelphie en 1959 est incomparable, cordes à l'unisson, équilibre subtile avec l'harmonie. Le tempo semble assez lent mais, Seigneur, quel sens du détail par Ormandy ! Dès l'entrée du violon, l'orchestre conserve cette présence colorée, n'écrase pas le soliste, non il le porte avec légèreté et discrétion. L'entrée du violon est très immédiate. Une mélodie suave et dansante qui se déploie avec tendresse. Le style Oïstrakh est là : une sonorité virile, en accord avec la carrure de l'artiste, un legato parfait, un vibrato charnel jamais brouillon ou hédonisme. Les timbres restent cohérents sur toutes les cordes (il devait savoir les choisir habilement). Le mouvement noté allegro moderato respecte ce moderato (d'où la subjective impression de retenue) pour nous offrir ce climat du romantisme slave dans lequel se côtoient toujours poésie et nostalgie. L'aisance du violoniste subjugue. Dire que le virtuose disposait de moyens techniques stupéfiants est une chose, entendre la pureté dans les gammes descendantes de la cadence révèle d'une expérience unique pour tout mélomane.
L'introduction de la canzonetta est confiée à un échange ludique des bois. Là encore le violon intervient après quelques mesures. Il rejoint les bois plus qu'il ne les remplace. Les cordes, immenses et élégiaques interviennent plus tardivement. Ormandy et Oïstrakh montrent que ce concerto n'est en rien une compétition soliste-orchestre mais une osmose. La mélodie berce quelques motifs des clarinettes hautbois, flûtes… qui surviennent ici et là pour illuminer cet andante nocturne et tendre. Toutes les qualités interprétatives décrites pour l'allegro restent bien entendu de mise.
Deux thématiques jouées au violon alternent dans le début du final noté allegro vivacissimo : une danse allègre puis une marche un peu plus grave mais très courte et qui s'échappe rapidement vers une douce folie. Le jeu vigoureux et précis de Oïstrakh met en valeur chaque note et laisse à penser que Tchaïkovski pouvait avoir de l'humour. Cette opposition entre solennité et gaîté se répète comme à l'infini, le violon se perdant dans des extrêmes aigus qui ne heurtent jamais l'audition. Comme dans les premiers mouvements l'orchestre et notamment les bois occupent les places qui leur reviennent. Les deux artistes ne jouent que la carte Tchaïkovski sans chercher à briller (pour le violoniste, c'est naturellement brillant) ni imposer une conception (Ormandy s'efface devant Tchaïkovski).

Ormandy (debout) rencontre Sibelius en 1951 (assis, 86 ans)
Concerto pour violon opus 47 en ré mineur de Sibelius
Comme celui de Tchaïkovski, cette œuvre, la seule du genre du maître finlandais, fait partie des quelques concertos majeurs du répertoire. Il a été créé en 1905. L'orchestration est identique à celle du concerto de Tchaïkovski à laquelle s'ajoutent trois trombones.
Ahhh les délicats trémolos des violons qui baignent d'une lumière nordique les premières mesures. Le violon prolonge d'arpèges aigus cette aurore orchestrale. Un thème poignant que reprend la clarinette… Quelques mesures d'une pureté rare dans l'histoire discographique de ce concerto. David Oïstrakh illumine la mélodie par des attaques sur toute la longueur de l'archet, pas de vibrato langoureux, mais tout au contraire une volontaire froideur qui sied à cet allegro moderato qui pourrait symboliser une aube hivernale. Je prête des intentions descriptives là où Sibelius n'écrivait peut-être que musique pure. Interprétation libre pour chacun. Eugene Ormandy, violoniste de formation, avait accompli un travail avec les cordes de Philadelphie tel que la qualité de celles-ci pouvait rivaliser avec les meilleurs ensembles européens. Le climat se veut ténébreux, évoquant les légendes tragiques du kalevala chères à Sibelius. Le mouvement s'anime entre poésie et violence. La facilité évidente avec laquelle Oïstrakh aborde la cadence centrale d'une diabolique difficulté surprendra de nouveau et, même impression quand Ormandy reprend la main pour la coda, bois par bois, vague par vague des cordes. Un enchaînement qui rappelle que Sibelius voulait donner un rôle égal au soliste et à son orchestre. Les deux artistes montrent que ce concerto ouvrait la porte à la modernité.
Enfin, on ne peut que frissonner en écoutant le chant grave et sans pathos du violon dans l'adagio. Grave mais jamais triste grâce à la tonalité de si bémol majeur élégiaque choisie pour cette infinie complainte. L'orchestre assure une discrète pulsation rythmique et quelques climax qui accentuent le climat pathétique du mouvement.
Le final avec son introduction au rythme obsédant des cordes graves et de la timbale termine en panache cet ouvrage essentiel, dans une interprétation où se déclinent énergie et sens inouï du détail, de la précision, des couleurs, des forêts et lacs finnois.
D'autres versions concurrentes ? Oui évidement : Ferras-Karajan ou Heifetz-Barbirolli-Beecham par exemple. Mais ce paragraphe n'a pas réellement de sens pour cet article exclusivement consacré aux génies de deux artistes. Je n'ai guère envie d'être plus dithyrambique, c'est déjà le cas dans ce qui précède, écoutons les vidéos de bonne qualité, tout simplement. Juste un dernier mot. La prise de son, notamment dans Sibelius, est d'une transparence absolue et d'une spatialisation réaliste pour ce disque de 1959 (présence du basson, timbre mâle des violoncelles). J'aimerais entendre plus souvent cela de nos jours…
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dimanche 25 janvier 2015

CETTE SEMAINE DANS LE DEBLOCNOT




Une semaine qui a commencé avec un peu de théologie : la genèse selon le père Philou...
Ou plutôt la genèse de Genesis, un des fleurons du rock progressif british, première partie qui va de la naissance du groupe en 1968 à 1973, avec 2 chef d’œuvres : "Foxtrot" et "Selling England by the pound".

Eux débutent, ce sont les Blouzayeurs,  un duo lyonnais entre le chanteur guitariste Zu et l’accordéoniste Pascal Rosiak, et cela donne un blues en français au parfum de Louisiane, assez réjouissant selon Rockin.

Autre découverte, les Big Bad Fat Moon, un power trio de l'Essonne, qui eux aussi ont choisi le français pour s'exprimer sur un socle rock dur, voire carrément heavy métal par moment, écouté et apprécié par Bruno.

Jeudi un peu de lecture avec Pat, le zonard du neuf un, qui nous a parlé BD avec "le zonard des étoiles" et les autres œuvres de Tramber et Jano et leur héros Kebra le rat-rocker en blouson noir, un  univers à redécouvrir.

Vendredi Luc est passé à l'Olympia qui affichait guichets fermés pour l'occasion, le chroniqueur vedette du Deblocnot y dédicaçait en effet ses chroniques... Comment ? Ah ce n'était pas pour toi mais pour voir Paul Personne ?  Et tu as ramené un compte-rendu du concert ? Pourtant d’après mes sources, tu as squatté la buvette...

Enfin samedi, le jour du classique et du maestro Toon qui, terrassé par une mauvaise grippe, a laissé la place à Luc qui nous a parlé de ses classiques à lui, les sources du rock'n'roll dans une superbe série intitulée "The secret history of rock'n'roll", on y croisera  en version originales des vieux blues qui ont fait les beaux jours de biens des rockers chevelus, par exemple  "Statesboro Blues" (Allman Brothers).

samedi 24 janvier 2015

THE SECRET HISTORY OF ROCK'N'ROLL - divers artistes (1930-35) par Luc B.


Lester Melrose, au centre, Big Bill Broonzy tient la guitare.
A l'origine de ces enregistrements, la maison de disques RCA, qui après la crise de 1929, voit son bénéfice fondre, et la concurrence des radios monter. A l’époque, les disques passaient dans les juke-box des juke joints (bars semi clandestins). La prohibition interdisant l’alcool, le client n’a donc rien à faire dans un bar, et les juke-box tournent à vide. L’éditeur Lester Melrose (1891-1968), qui refourguait des disques, n’a donc plus de boulot ! Associé à RCA, il a l’idée de partir à la rencontre de musiciens, de les enregistrer, et de publier ses bandes. L’archiviste Alan Lomax, chargé de collecter des enregistrements de musique folk pour la bibliothèque du Congrès, sillonnera au même moment l’Amérique, mais avec un studio mobile. La dépression jette sur les routes nombres de musiciens itinérants, qui remontent vers Chicago. C'est donc dans l'Illinois, que Melrose installe son studio.

Le titre de cette collection s'appelle THE SECRET HISTORY OF ROCK' N' ROLL. Pourtant, pas de rock sur ces albums, mais simplement, des morceaux qui ont permis d'en arriver au rock'n'roll, celui des pionniers, à savoir : le Blues, le Vaudeville, la Country, le Folk, le Gospel, le Boogie...

The Carter Family
Sur le volume 1 WALK RIGHT IN (79 minutes), les styles sont divers. Big Bill Broonzy interprète « Mississippi River blues » qui ressemble furieusement à « Key to the highway », The Carter Family chantent « Worried man blues ». Trio country très en vogue dans les années 30, la fille de Maybelle Carter, June Carter, épousera Johnny Cash quelques années plus tard. Amédé Ardoin, chante en français cajun « Le blues de voyage », Franck Crumit nous fait « Francky et Johnny » qu'Elvis et d'autres reprendront. Paul Roberson donne « Sometimes I feel like motherless child », on a le tube de LeadBelly « The midnight special » et l'incontournable « Saint Louis blues » de WC Handy, ici interprété brillamment par une chorale, The Hall Johnson Choir. WC Handy étant considéré comme le premier compositeur de blues. On raconte qu’un jour où il attendait son train, sur le quai de la gare, un gars grattait une guitare. Intrigué par certains accords, certaines tonalités agréables à l’oreille, mais jusqu’ici non répertoriées, il se mit en tête de les transcrire sur partition, posant les bases de la gamme blues.

Enregistrés vers 1930-35, ces chansons ont été à maintes reprises interprétées par d'autres, ce qui permet de ne pas les oublier, de perpétuer la tradition, tradition orale à l'époque. Repris dès leur création, ou par la génération Chicago des années 40-50 (Muddy Waters, Howlin’ Wolf) ou les anglais du British Blues (Mayall, Yardbirds, Clapton…). Ce qui explique que des blues évoluent selon leurs interprètes d'une région à l'autre, d'une année à l'autre. Le "Sweet home Chicago" crédité à Robert Johnson, existe en autant de version qu'il y a de villes aux Etats Unis ! Les chanteurs, une fois mis en condition par quelques bouteilles de bourbon frelaté, partaient dans des improvisations sans fin, jouaient avec le public, des parties de ping-pong (à l’origine de la figure musicale dite questions/réponses). Chacun rajoutait un couplet, modifiait un riff, et le vingtième interprète était persuadé d'être le véritable auteur.

Studio Westrex, vers 1925
Le volume 3, THAT'S CHICAGO SOUTH SIDE (76 minutes) est axé exclusivement sur ce qui deviendra le Chicago blues. Encore une fois, que des standards, interprétés par leurs créateurs. On sera surpris d'entendre « Everyday I've got the blues », classique attribué à Memphis Slim (1948) mais déjà chanté par Aaron Sparks en 1932. La musique est la même, mais les paroles diffèrent. On retrouve Big Bill Broonzy, le pianiste Leroy Carr, Sonny Boy Williamson, Lonnie Johnson... Généralement, les chansons sont jouées à deux ou trois, piano, guitare, une trompette qui traine.

Les chansons sont courtes, pas de chorus instrumentaux. Comme pour les premiers enregistrements de jazz, les musiciens devaient faire court, les disques de cire (gravés en direct) ne permettaient que 3 minutes de musique. Si vous avez vu le film des frères Coen, O’BROTHERS, avec Georges Clooney, on assiste à une session d’enregistrement telle que Lester Melrose a pu en produire.

les 4 volumes réunis
Le livret détaille chaque titre, date et lieu d'enregistrement, personnel, anecdotes, qui a repris la chanson ensuite... C'est en anglais, mais passionnant. Si je vous dis « Going down slow », « Key to the highway », « Sweet sixteen », « Good morning school girl », « Trouble in mind »... Que des tubes que l'on connaît par Freddie King, Clapton et les autres.

Cette série est sous le label « When the sun goes down » du nom d'un classique ténébreux de Leroy Carr, qu'il joue au piano, accompagné de Scrapper Blackwell à la guitare. Ce même Blackwell, dont la descendance restera dans le monde de la note bleue, via Liza Blackwell, chanteuse mais surtout passionaria, inlassable amoureuse de musiciens, des jazzmen en goguette à Saint Germain de Près, jusqu’au rockers anglais.

Je ne possède que ces deux disques, mais la série en compte quatre. Dans le second, on croise le « Canned Heat Blues » de Tommy Johnson, « Ain’t nobodys’s buisiness » de Franck Strokes, ou le « Stateboro Blues » de Blind Willie McTell, qui fera les beaux jours des Allman’s Brothers. Le volume 4 aligne des titres plus récents, des « Sweey little angel » de Tampa Reed, dont le producteur était Lester Melrose, que reprendra BB King, « Dust my broom » ou « That’s allright » d'Arthur Crudup, deux incontournables du genre, le second ayant été enregistré par le tout jeune Elvis Presley.

On écoute Leroy Carr : "In the evening (when the sun goes down)".


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vendredi 23 janvier 2015

PAUL PERSONNE A L'OLYMPIA (20-01-2015) par Luc B.




Sur le billet, y’avait écrit 20 heures. A 20 heures pétantes, donc, un petit bonhomme traverse la scène de l’Olympia, une grosse guitare acoustique à la main, s’installe sur un tabouret, lâche un « Waouh… l’Olympia, quand même… », et se lance dans une série de 5 ou 6 chansons, en français d’abord, en anglais ensuite. Il s’appelle Fränk, avec un tréma. Son style est à la croisée du folk, de la soul, et sait se faire funky. On pense de suite à Ben Harper, Eric Bibb. Je ne vous cacherai pas qu’aussi, dans certaines intonations de voix (commune à cette génération), on retrouve les tics de… Christophe Maé ! Ouille, qu’est-ce que j’ai pas dit là ?! 

photo JL Parot - Concert Live
Mais ce qui frappe, c’est la maîtrise de la guitare. Ce Fränk est un power trio à lui tout seul, martelant la caisse tantôt de la paume, des doigts (avec une bague ?) pour les patterns de batterie, frappant les cordes en guise de basse, et tricotant par-dessus. Avec pédales d’effets, histoires d’en rajouter une couche. Il lui en faut de la niaque pour remuer le public de cette salle, située dans un très chic arrondissement de Paris… Et faut en avoir dans le froc pour demander au public de Paul Personne : « vous aimez Michael Jackson ? ». Comme il le fait remarquer, 17 personnes ont répondu oui… Mais la salle est conquise après sa reprise de « The way you make me feel ».

Il s’appelle Fränk, il a 30 ans, a pas mal trainé ses valoches un peu partout, s’est nourri de multiples expériences et influences. Et il est très sympa, je l’atteste, puisqu’en sortant du concert, cherchant quelqu’un pour m’indiquer le bon chemin, je suis tombé sur lui, reconnaissable aux dreadlocks XXL coiffées sur sa tête ! C’est pas vous qui avez chanté, là, y’a deux heures ? Si…

Pour découvrir Fränk, son adresse FB… : Connect With Frank

A 21 heures, le groupe A l’Ouest entre en scène, suivi du héros de la soirée, Paul Personne. Cool, comme d’hab, salut des deux mains, les bras levés, et dédiant la soirée à « la tolérance, la liberté, la vie, quoi… ». Et la petite phrase fétiche du Paulo « allez, on va se prendre un peu d’bon temps », avant de lâcher le riff de « Il y a », premier titre de son dernier album PUZZLE 14 (relire la chronique de Bruno : - cliquez ici - ). Paul Personne joue sur une Les Paul (deux modèles, pour l’immatriculation précise voyez avec Bruno, ou la préfecture de police). A sa droite, le bassiste Nicolas Bellanger joue sur une Firebird. II y a une basse Fender sur un stand mais elle ne servira pas. A sa gauche, Tony Bellanger joue sur une Gibson SG, et derrière, Brice Allanic, joue sur une batterie que je soupçonne être une Ludwig, mais à mon âge la vue baisse, surtout dans une salle obscure, et encore davantage quand la grosse caisse reproduit un dessin et non la marque du matos.

Tony, Nicolas Bellanger, Brice Allanic, Paul Personne
(le binôme cheveux longs / chemise à carreaux à encore des adeptes, 
par les temps qui courent, c'est rassurant)
Plusieurs titres du dernier album sont joués d'entrée de jeu, « Pour quelle bonne raison », « M’envoyer plus haut » (Nicolas Bellanger - un p'tit air de David Grohl jeune, non ? - joue au médiator sur celle-ci, comme lorsque les tempos sont plus soutenus), « Jamais rien n’est parfait », et je pense « Mainmise ». Intercalée dans cette série, le titre « Loco loco » (RÊVE SIDÉRAL, 1994) où Paul Personne et Tony Bellanger se sont livrés à un long chorus à deux, parfaitement synchronisé. Ensuite, et pour un seul titre, Paul change de guitare, et prend une Gibson SG, montée avec vibrato. Je m’en excuse, ce n’est pas très pro, je sais, mais impossible de me souvenir ce qu’il a joué avec, si ce n’est que ce n’étaient que vrombissements, déflagrations, chaos soniques !   

Soyons honnête, cette première livraison de chansons à l’air d’être encore en rodage. Début de tournée, titres nouveaux, tout est solidement exécuté, fidèle au disque, mais manque un p’tit coup de burette à huile là-dessus. Il me semble que certaines mises en place, ben… manquait de mise en place ! (non mais t’es qui toi pour dire ça ?). Mais ça va changer. Paul annonce qu’on va revenir en arrière, « ceux qui me connaissent, qui me suivent, ben, ils vont reconnaitre, je pense » et il balance l’intro de « Comme un étranger » (EXCLUSIF, 1983), titre jazzy que j’adore, swing imparable, qui passe bien avec cette formation. Brice Allanic, à la batterie, possède une frappe qui sied bien au blues rock du dernier album, mais pour des arrangements plus légers, j’avoue que le jeu de Philippe Floris (ROUTE 97, 1997) me paraissait plus fleuri.

Paul Personne va ensuite jouer « Plus loin d’ici », l'instrumental  « Flashes » et « Quelqu’un appelle », ce dernier avec 4x4 de guitares, une série qui s'enchainait déjà sur ROUTE 97. Il nous annonce qu'on va se faire « une petite blueserie », un 12/8 comme il les affectionne, à la manière de « Où est le paradis » mais là encore, je n'ai pas repéré de quel album venait ce titre. Chorus de guitare étiré, nuancé, alternant calmes et pilonnages de Grosse Bertha toutes les 8 mesures, la rythmique s’efface peu à peu, vers la fin juste un charley, quelques notes et les mouches qui volent. Instant presque envoutant, avant le crescendo vers le final incendiaire, épilogue à rallonge, et hop, sur un signe, un quart de tour vers le batteur, et tout s’arrête, net, comme s’il on avait coupé le son ! Le silence après Paul Personne, c’est encore du Paul Personne ! 

On a eu droit à « Faut que j’me laisse aller » (24/24, 1986) avec encore un plan final à deux guitares, qui m’a fortement rappelé le « Moutain Jam » des Allman’s Brothers, puis « J’ai essayé » (A L’OUEST FACE B, 2011), conclu par un solo de batterie (court mais viril), rejoint par la basse, puis la guitare de Bellanger, puis Paulo qui nous met dans le même shaker les riffs de « Sunshine of your love » « Day Tripper » et « Satisfaction », avant de lâcher le groove de « Barjoland » (1984) encore prétexte à un duel sévère de guitares, Les Paul contre Gibson SG (avec botleneck), 1 partout, la basse au centre.

23 heures, une petite pause le temps de changer de tee-shirt, Paul revient avec « Aphonie cérébrale » (PATCHWORK ELECTRIC, 2000), puis le boogie « Vue hier soir » (COUP DE BLUES, 2003), et re-sortie de scène. Un certain nombre de cons se sont levés pour se tirer (quel mépris, c’est fou le nombre de gus qui se lèvent, vont boire un coup ou pisser, reviennent, emmerdent tout le monde), sauf que Paulo revient encore, lance un « bah tiens, si vous vous êtes levés, z’avez qu’à rester debout » annonce qu’on va se faire un p’tit rock’n’roll pour finir, avec « C’est la vie qui m’a fait comme ça » (COUP DE BLUES, 2003). 23h20, fin des hostilités.

Le son était bon, pas saturé, pas trop fort, la Les Paul sans doute mixée un peu trop en avant parfois, mais cette salle de l’Olympia (2000 places) a vraiment une bonne acoustique. Jeu de lumières sobre, quatre amplis sur scène (non Bruno je ne suis pas allé voir les n° d'usine !). Paul Personne a mis 5 ou 6 morceaux avant de vraiment lâcher les chevaux, nous a donné une prestation très rock. Et comme à chaque fois, on est saisi par l'humilité, la simplicité de ce musicien, et la qualité de ses chansons. Car mine de rien - le bonhomme a 65 ans - il commence à avoir un sacré répertoire, des titres marquants. Son public, fidèle depuis les débuts, dont mézigue, n'en doutait pas. 

NB : les photos illustrant l'article n'ont pas été prises ce soir-là, et datent je pense de la tournée précédente... Et pas de vidéo non plus. Mais cette version récente de "C'est la vie qui m'a fait comme ça", dernier rappel de l'Olympia.

 


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"à L'Ouest - Face A" (2011)
"Puzzle 14" (2014)
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