vendredi 6 mai 2016

PRINCE, LA FIN DU REGNE (1958 - 2016) ... RIP


Je ne prétendrai pas connaître la discographie de Prince sur le bout des ongles, d’ailleurs, qui pourrait s’en targuer ? On parlait d’un Joe Bonamassa comme d’un stakhanoviste de studio (cf, l’article récent de Bruno) ben alors, que dirait-on de Prince, qui a dû accumuler l’équivalent de douze albums par an durant sa carrière ! Ce n’est plus de la boulimie, à ce niveau, c’est de l’obsession !
Avec André Anderson, à la basse
Prince, c’est le surnom de son père, John L. Nelson, pianiste et compositeur de jazz, qui lui aussi passait ses nuits à écrire, quand il ne jouait pas dans des clubs de striptease. Il était ouvrier le jour. Son groupe s’appelait le Prince Rogers Trio. La mère, Mattie Shaw, est chanteuse. Le premier surnom du petit est Skipper. On pourrait penser qu’avec des parents pareils l’apprentissage de la musique est plus facile, mais non. Le père n’est pas un rigolo, du genre, passe ton bac d’abord… C’est lorsque le père quitte le foyer, que Rogers Nelson, 7 ans, commence à faire ses gammes au piano, et plus tard sur une guitare.
Complexé par sa petite taille, Rogers Nelson donne tout à la musique, et au lycée monte un groupe de Funk-Rock, avec un copain, André Anderson. C’est chez le père de ce pote, qui possède un petit studio dans sa cave, que Rogers élabore ses maquettes. Son groupe d’ados tourne dans la région, et déjà, le guitariste-chanteur, comprend l’importance de se faire remarquer, en montant sur scène en slip léopard et cuissardes ! Le groupe s’appelle Champagne, et décolle en 1976, quand ils sont repérés par un ingénieur du son, Chris Moon. C’est à cette époque que Rogers Nelson signe ses titres sous le pseudo de Prince.
en 1979
Il trouve un manager à Minneapolis, sa ville natale, puis un contrat avec la Warner. On cherche à lui coller un producteur, Maurice White (leader de Earth Wind and Fire) mais Prince décline la proposition : il écrira, produira, réalisera, mixera (et jouera) ses disques seul. Point barre. Il a 19 ans. Son premier album FOR YOU sort en 1978. Le style est très disco (on le compare à cette époque à Rick James, star de la Motown), la parenté avec Stevie Wonder est palpable, le fait d’être un p’tit génie multi instrumentiste, de produire des disques à la chaine, et de bidouiller les sons. Sur scène, c'est l’ombre de James Brown qui plane, falzar moule burnes, grand écart, danse, mimiques, cris, tout l'attirail du Funk... La présence de choristes féminines souvent, renvoie aussi vers Ike et Tina Turner, avec aussi l'aspect langoureux et sexuel. Une petite dose de psychédélique aussi, comme  George Clinton et ses Funkadelic, Sly and the Familly Stone... Mais, le tout avec une Télécaster autour du cou, pour des chorus très rock.
PRINCE sort en 1979, DIRTY MIND en 1980. Les ligues de vertu s’étouffent en entendant ses textes pornographiques, les radios boycottent. Pas que, la pochette de LOVESEXY en 1988 où il pose nu, passe mal chez les distributeurs américains. Prince en rajoute dans les déhanchements obscènes, et les allusions sexuelles (« Head »), joue sur l’ambiguïté et se gagne le public gay. Le but est de faire parler (arffff… les danseuses dans le clip de « Batman »…). Et ça marche, puisqu’on se presse à ses concerts, où on découvre surtout le musicien exceptionnel, le virtuose de la guitare. Il joue sur une Télécaster, revendique son admiration pour Hendrix, dont il reprend les poses, assis sur les talons, sa guitare sur les cuisses. On sent l'influence des guitar-héro des 70's, avec pédale d'effets à gogo (le jazz-rock de Jeff Beck, de Santana ?). Sa musique est un mélange de Funk pour les rythmes, les longues transes syncopées, d’Electro (je préfère quand il sort avec une vraie section de cuivres), de Rock ou de Jazz pour les chorus. Et son chant, tantôt voix de tête (« Kiss »), geignarde, graveleuse, grave, déchirée à la Little Richard (lui aussi petit et jouant sur le registre  grande folle...). Pas une voix surpuissante (c'était un petit gabarit) mais élastique, modulable.
C’est le début de sa grande décennie, avec le double album 1999 (en 1982), PURPLE RAIN (1984), SIGN O’ THE TIME (1987), LOVESEXY, son travail avec Tim Burton sur BATMAN (1989), DIAMONDS AND PEARLS (1991). En 1987, il veut sortir un album sans nom, sans crédit, ni titre, juste une pochette noire, sans promo aucune. Warner s’étrangle, vend la mèche. Prince, furieux, retire la galette, qui ressortira en 1994 sous le titre BLACK ALBUM. Bon, on arrête les frais, y’en a trop !
On a souvent mis en parallèle Prince et Michael Jackson. Je me marre… Si le second était, certes, un chanteur-performer de talent, Prince était un authentique musicien. Un créateur. Il n’avait pas 18 producteurs par chanson, ne restait pas calfeutré dans ses propriétés, n’évoluait pas au rythme de plans marketing dictés par les banquiers. Prince était un électron libre, qui tenait à cette liberté. Il s’est heurté à la Warner, qui voulait des tubes (et y’en a eus, beaucoup) et des disques faciles à vendre, pas des triples albums d’inédits par brouette. Pour dénoncer la mainmise des majors, il apparait avec un « slave » inscrit sur la joue, et abandonne son nom. Il ne sera plus qu’un logo, le Love Symbol, jusqu’en 2000 (date de fin du contrat). Un titre issu de LOVE SYMBOL  «Sexy mother fucker » (1992) est une tuerie Funk absolue (le temps fort de la batterie sur le premier temps, une galère...) !!
Au club New Morning de paris, 2010
Dans le même esprit, il se libère des contraintes en distribuant lui-même ses disques sur Internet, une première. Il y aura THE RAINBOW CHILDREN (2001) et N.E.W.S (2003) un album instrumental. Paradoxalement, Prince cherche à libérer la diffusion de sa musique, mais veille avec une obsession quasi paranoïaque sur ses affaires. On commence à penser que son règne touche à sa fin, la quantité surpasse la qualité. D’autant qu’il travaille aussi pour les autres, Kate Bush, Kid Creole, Macéo Parker, The Bangles (« Manic monday ») Sinéad O’Connor (« Nothing compares »), Madonna, mais aussi la bombasse Carmen Electra, Céline Dion, ou… Ophélie Winter ! - tiens ? quelqu’un a des nouvelles ?)
Et on ne cause pas de cinéma, avec trois films comme auteur/réalisateur à fort inspiration autobiographique (PURPLE RAIN, UNDER THE SHERRY MOON, GRAFITTI BRIDGE) et de ses délires chez les Témoins de Jéhovah…
Prince a constitué très tôt autour de lui une équipe de fidèles, de groupes à géométrie variable, et composés souvent de musiciennes, comme Sheila E. chanteuse et percussionniste. Il va écrire et réaliser des disques pour ses collaboratrices, gérer leurs carrières, Wendy & Lisa. En parallèle de son groupe The New Power Génération, il monte 3rdeyegirl, avec un trio de musiciennes. Et sort deux albums en 2014, le même jour ! Re belote en 2015, deux albums atterrissent dans les bacs ! En 2009 il sortait 3 disques en un, LOTUS FLOWER dont un était chanté par Bria Valente, sa dernière découverte !
Avec Sheila E.
Le royaume de Prince, c’était la scène. Il a été dit qu’il était sans doute un des plus grands performers, surpassant même un certain gars du New Jersey (c’est ce que ses proches disent…). Ses concerts à rallonge étaient célèbres, et inattendus. Prince pouvait dresser une set-list à ses musiciens la veille, et faire totalement autre chose le lendemain. Raison pour laquelle il était entouré de pointures, capables de le suivre dans toutes les directions. Imprévisible, il pouvait se lancer dans une reprise des Stones ou de Jerry Lee Lewis, comme de Ellington ou Coltrane. De longues plages instrumentales, chorus à gogo (voir sur Ton Tube un « Purple Rain » hallucinant de 19 minutes, et le concert filmé de 1982 au Capitol - mauvaise vidéo N&B - dantesque !)
un de ses groupes, 3rdeyegirl, en 2015
Mais surtout, le graal, c’était de savoir dans quel petit club il allait se reproduire pour ses after shows. A Paris, qu’il fréquentait souvent, incognito, il investissait sans prévenir le Bataclan ou le New Morning, pour des jams jusqu’au petit matin (avec son père au piano parfois, ils s’étaient rabibochés). En deux jours, il a monté un show au Grand Palais de Paris. Allait-il jouer en trio, seul au piano, ou avec une section de cuivres pétaradante ?
Prince avait digéré James Brown, Franck Zappa, Jimi Hendrix, Charlie Parker, Miles Davis, les pop songs ou expérimentations des Beatles, autant que les compositions lumineuses de Joni Mitchell ou Steely Dan. Excentrique, égo centrique, caractériel surement, parano sans doute, son talent et son originalité était inversement proportionnés à sa taille. Il alliait les expérimentations studios, le travail des sons, modelage des voix, l’exubérance et la générosité scénique. Dans les années 2000, je me serai damné pour assister à un de ses concerts.
Il souffrait des hanches, prenait des antidouleurs puissants proches de la morphine pour tenir en concert. On suppose qu’il a pris le cachet de trop. Il est mort le 21 avril dans ses studios de Paisley Park, son Xanadu, qui est devenu son Graceland

A l'écoute, je ne vous propose que du bon (on est sur le Déblocnot...). Donc, un classique revisité "Motherless Child", un p'tit florilège pour la TV anglaise (public guindé) qui groove du feu de dieu, un "Purple rain" compris, mais surtout un "Let's gho crazy", mettez-le à fond la caisse, et un p'tit blues, le classique encore "Red House" d'Hendrix, avec Macéo Parker au sax...







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jeudi 5 mai 2016

RIP SINE (1928-2016)


RIP Maurice Sinet dit «Siné» (1928-2016)






Mort d’un trublion du pinceau





«Les cons sont partout, c’est bien connu. Le risque, vu leur quantité, est d’en retrouver quelques-uns autour de soi quand viendra l’heure d’être mis sous terre». Siné vient de mourir et cet athée-anarchiste meurt le jour de l’Ascension (A croire qu’il l'a fait exprès !).

Ce parisien pur et dur (Il est né dans le 20e et est mort dans le 18e), qui fréquentera l’école Estienne, commencera le dessin après avoir vu ceux de Saul Steinberg. Grand prix de l’humour noir en 1955. Il va fonder son propre journal en 1962 «Siné Massacre». Ses dessins commenceront à courir les rues en 1968 avec le journal «L’enragé». 
Siné était anti-tout : anticolonialiste, anticlérical, anticapitaliste, antisioniste. C’était un anarchiste pure souche. Ce n’est qu’en 1981 qu’il rejoindra la bande de «bouffeur de curés» de «Charlie Hebdo» et, après les attentats du 7 janvier 2015, les cloches de Notre-Dame avaient sonnées pour Wolinski, Cabu, Charb, Tignous et Honoré. Pour Siné ce seront celle de l’Ascension. Quand la mort se moque de la religion.

Siné a toujours eu des problèmes avec sa «Grande gueule» et sa plume acide. Combien de fois il s’est retrouvé devant les tribunaux surtout face à la Licra qui l’accusera d’incitation à la haine raciale suite à des propos antisémites, ce dernier s’excusera prétextant la colère et l’alcool. Il remettra ça en 2008, ce qui lui coutera sa place à «Charlie Hebdo» (Bien que l’on parle de problèmes avec Philippe Val). Il sera relaxé au nom du "droit à la satire" et l'éditeur condamné... Il va créer son propre journal «Siné Hebdo» qui ne tiendra que deux ans, mais il n’abandonnera pas pour autant en faisant «Siné Mensuel (le journal qui fait mal et ça fait du bien)».
Bien qu’anarchiste, il collaborera à diffèrent journaux comme l’Humanité, Rouge, Libération.

Siné : un mec complètement allumé qui a déjà prévu sa tombe au cimetière Montmartre dans la 30e division. Avec Benoit Delèpine après une soirée arrosé, ils ont eu l’idée de d’acquérir une partie du cimetière où ne seraient enterrés «Que des potes». Le caveau peut accueillir jusqu'à 60 urnes funéraires et est surplombé d’un bronze représentant un cactus en forme de doigt d’honneur avec pour épitaphe «Mourir ? Plutôt crever !». Evidemment la crémation sera obligatoire pour prendre possession des lieux, Siné disait : «Au départ, j’avais les jetons à l’idée de me faire brûler. Je préférais envisager d’être allongé dans un cercueil mais, comme je suis claustrophobe, c’est finalement pas plus mal». A ce jour «Quatre ou cinq potes» ont réservé leur emplacement facturé 500 euros. Siné avait déjà fait une liste de CD qu’il aimerait avoir avec lui, on y trouve surtout de la musique noire américaine : Nina Simone, Ray Charles, Otis Redding, Dizzy Gillespie, Count Basie, Billy Holiday

Pour ses funérailles, il a tout prévu, avec un texte intitulé «Mes dernières volontés» qui va jusqu'à donner le nom du producteur du Beaujolais qui sera offert au convives. Il parlera aussi de réincarnation. Il se verrait bien revenir dans la peau d’un bonobo avec «Try a Little Tenderness» d’Otis Redding dans les oreilles pour attendre l’arrivée de ses copains :  «Le but est de rester entre nous pour l’éternité, même si on n’y croit pas».     

LES RAMONEURS DE MENHIRS - LA PUNKITUDE CELTIQUE - par Pat Slade






Retour vers le No Futur




Pour beaucoup, le perfecto clouté et bardé d’épingles à nourrice et la crête iroquoise étaient rangés au fond des placards, et le temps du pogo et du «No Futur» remisé comme mouvement has-been. Je n’ai jamais été punk et sa culture musicale n’a jamais flatté mes oreilles. A l’époque où tournaient des groupes comme : La Souris DéglinguéeGogol Premier et autre Ludwig Von 88, j’avais plutôt tendance à écouter Les Negresses Vertela Mano Négra et Pigalle. Mais pourtant, certains, comme les ramoneurs de Menhirs feront de la résistance en adaptant le style des Sex Pistols avec celui des sœurs Goadec...

LORAN BERU
Les ramoneurs de Menhirs, qui fêteront leurs dix années d’existence en 2016, ne sont pas des perdreaux de l’année. Dix ans déjà qu’ils tournent avec leur musique punk celtique ou les distorsions de la guitare se mélangent au son du Biniou et de la bombarde. Un groupe mené par Loran Béru (une figure connue de la scène punk et alternative dans les années 80 pour avoir été l’un des membres fondateur des Bérurier Noir ; Groupe que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître), un groupe qui se démarquera par sa position radicalement anarchiste, antifasciste, antiraciste et sa dénonciation du prix prohibitif des billets de concerts.

Les Bérurier auront même un hit radio avec «L’empereur Tomato Ketchup». Ils gagneront aussi le bus d’acier (Grand prix du rock français qui hélas  N’existe plus !) qu’ils refuseront en faisant un doigt d’honneur au jury. Mais leur état d’ébriété avancé et le fait d'avoir fumé des cigarettes "qui font rirent" étaient en cause. Après la fin officielle du groupe en 2006, Loran rejoindra le duo de sonneurs Eric Gorce et Richard BévillonMaurice Jouanno dit «Momo» au chant, un professeur de langue bretonne qu’ils débaucheront pour partir ramoner les menhirs sur les routes d’Armorique, de France et d’Europe.



La Punkitude du Rock Celtique 





Louise Ebrel et Loran
Pour la majorité des gens, la définition, ou plutôt le concept du rock celtique était le quatuor guitare électrique, basse, batterie et chanteur auxquels on allouait des instruments traditionnels comme la cornemuse et la bombarde, ajouts qui ne servaient qu’à enjoliver les morceaux pour en garder la structure celtique. Avec les Ramoneurs, la guitare sera remisée au second plan à une simple fonction rythmique pour laisser la part belle à la bombarde et au biniou. Même si les morceaux sonnent très «hard punk», la teinte celtique reste très prononcée, à la différence des Suédois de Sir Reg ou les Toulousains de Booze Brothers qui font un punk traditionnel Irlandais qui rappellerait plutôt les Pogues. Créé en 2006les Ramoneurs de Menhirs choisissent ce nom pour faire voir leurs état d’esprit de rébellion, ramoner un menhir : c’est se battre contre l’église qui s’est acharné à vouloir détruire la culture bretonne. Leur premier album «Dañs an Diaoul» (La danse du diable) sort en 2007. Même si la majorité de l’album est constituée de reprises à la sauce ramoneur, on peut aussi y trouver quelques compositions originales comme «Nomades» ou «Captain Kirk». Ils inviteront Louise Ebrel la fille d’Eugénie Goadec  «Tanie» une des trois sœurs Goadec. Amie avec les deux sonneurs du groupe, elle apparaîtra sur les trois albums produits où elle chantera deux ou trois titres. Elle les accompagnera aussi en concert et dans certains festivals où certains la surnomment « Louise Attaque» parce qu’elle «Envoie de l’air». Ce premier opus celto-punk sera un succès et se vendra à 20.000 exemplaires. C’est le début des tournées en Europe et des festivals comme l’Interceltique de Lorient et les Vieilles Charrues de Carhaix.

En 2010, ils sortent «Amzer An Dispac’h» (Le temps de la révolte). Un brûlot où le groupe se fait porte-parole des minorités quelques soient leurs cultures régionales. Toujours des reprises comme «La Blanche Hermine»  de Gilles Servat ou «If the Kids Are United» du groupe punk anglais des années 80 Sham 69.
Les ramoneurs savent aussi surprendre : «Marijanig», un pamphlet en faveur de la dépénalisation du cannabis qui commence avec un fond sonore façon reggae avec ensuite un duo entre Maurice Jouanno et Louise Ebrel qui va en envoyer grave et toujours une guitare rageuse qui donne envie de pogoter sur un An-dro. Un album irréprochable où l’enthousiasme musical du groupe ne laisse pas indifférent.

Il faudra attendre 2014 pour les revoir avec un nouvel enregistrement. La composition du groupe a légèrement changé, Maurice Jouanno et sa voix monocorde et irritante a laissé sa place au micro à Gwenaël Kere et la différence va se faire sentir. «Tan Ar Bobl» (Le feu du peuple) et ses 11 titres avec la voix de Gwenäel prennent un air plus bretonnant, comme si le Kan Ha Diskan entrait dans la culture punk. Une petite surprise dans ce disque, deux reprises des Bérurier Noir : «Makhnovtchina» et  «Ibrahim». Et toujours à 82 ans la présence d’une «Mamie», Louise Ebrel qui pète la forme. Un très bon album qui en plus se pare d’une magnifique pochette.





Les ramoneurs de Menhirs, le live







Vendredi 18 mars, retour dans la petite salle du Rack’ Am ou j’avais pu voir 5 mois auparavant Radio Elvis. Ce soir à l’affiche : Begarsound, groupe de punk-rock formé en 2002 et qui, après avoir tourné énormément, publiera deux albums «Attendre c’est mourir» en 2008 et «Ailleurs et Maintenant» en 2011, à découvrir ! Et les Celtes du soir Les ramoneurs de Menhirs, la soirée va être chaude.  
Le public est très hétéroclite. Ça va du jeune punk de 15-20 ans, au plus âgé qui portait une crête dans les années 80, au fan des Bérurier Noir en passant par le curieux (Comme moi) et même jusqu’à des jeunes enfants (Il y avait une gamine d’à peu près 5 ans).

Photo Cécile
Les essonniens de Begarsound entre en scène et donne le ton, tout de suite, tu comprends qu’il ne faut pas rester devant la scène et rester le plus loin du centre de la foule qui, dès le premier power chord (Un accord qui donne le ton et la distorsion) te prévient qu’il va y avoir du pogo et que de raser les murs est plus sûr pour ta santé.
Les Begarsound qui feront un set d’une heure sans fausse note et qui chaufferont bien la salle pour les vedettes de la soirée. Entracte et passage par la boutique de merchandising, une affiche, des stickers et un tee-shirt… classique quoi !

Photo Cécile
Loran arrive, avec sa Gibson SG  et commence à parler avec un public venu en masse, une salle pleine comme un œuf où les relents de sueurs et de bières te rappellent bien que dans cet endroit il est inutile de chercher de l’air frais. Pour plus de sécurité, le groupe fera monter les plus jeunes sur le bord de la scène en backstage et feront même de l’animation en brandissant des gwen a du (Drapeau Breton) et des drapeaux noirs. Dès le premier titres, le pogo fait rage et après avoir pris deux trois gars sur le râble et pour ma part écrasé deux trois pieds et distribué quelques coups de coudes bien placés, je préfère faire retraite vers un endroit moins exposé (La peur n’évite pas le danger, le courage non plus…) pour pouvoir profiter des décibels en plus ou moins toute tranquillité. 
Les Ramoneurs de Menhirs dégagent une musique puissante, festive et bourrée d’énergie. Entre les binious, la guitare et la voix de Gwenäel, le Kan Ha Diskan celto-punk peut être dérangeant pour les puristes, mais ça passe comme une lettre à la poste. Entre les titres, Loran va haranguer les foules avec des discours crypto anarchiste et anticapitaliste fidèles à ses convictions. 

Photo Cécile
Un concert de musique punk sans Slam (Se jeter de la scène et se faire porter par le public et se déplacer au dessus de lui) ne serait pas un concert et quelques personnes vont flotter au dessus de nos têtes pour sitôt atterrir. Elles repartiront en devant de scène. Après plus d’une heure de concert échevelée, Les Ramoneurs de Menhirs vont nous créditer d’un quart d’heure de morceaux des Bérurier Noir à la grande joie des «Anciens». Un Loran qui avec ses 52 ans s’éclate toujours autant sur scène (Ses Camarades de jeux aussi d’ailleurs) et refuse de la quitter. Il joue tellement fort que même son ampli Marshall ira jusqu’à cramer ! 2h40 de sueur et de rock costaud plus tard, arrive le dernier titre : une reprise multi-vitaminée de «La Blanche Hermine» de Gille Servat. Salutations et distribution des bières du groupe qui était sur scène. Loran descend parmi ses fans et se prête aux jeux des selfies avec un mot sympa pour chacun, une signature ou un kiss pour les dames. Un gars sympa et accessible à la différence de certains que je ne nommerai pas.


Même si je n’ai jamais aimé la musique punk, il fallait quand même que je goutte à cette chose étrange venue d’Angleterre en 1977. Les Ramoneurs de Menhirs ? Une Bretagne qui se découvre une nouvelle forme de musique que les jeunes aiment… et les plus vieux aussi ! 


mercredi 4 mai 2016

POINT BLANK (1976), by Bruno



     Rien que la pochette : ce double canon juxtaposé (1), semblant sortir brusquement de nulle-part, menaçant, prêt à faire parler la poudre. Et le patronyme : POINT BLANK, écrit en caractères taillés dans l'acier. Simple et naïf au possible mais qui ne laisse place à aucun doute quant au contenu. Du Rock qui envoie du lourd, du plombé, qui doit faire mal et qui doit laisser des traces. On s'attend à une déflagration de guitare ardentes en guise de chevrotines. C'est "In your face", et c'est bien le but recherché ; tant par le nom que par l'image.

Kim Davis & Rusty Burns (le gaucher)

     Voilà deux ans que le groupe tourne sans cesse, s'aguerrissant sur les scènes d'Amérique du Nord en profitant de diverses premières parties prestigieuses ; dont celle de Lynyrd Skynyrd (avec qui il tourneront à maintes reprises, jusqu'au crash), Marshall Trucker Band, Foghat, Grand Funk Railroad, Ted Nugent, Charlie Daniel's Band, Kiss, ZZ-Top (évidemment puisqu'il partage le même manager, Bill Ham), Aerosmith, War, et Bob Seger. En conséquence, leur répertoire est bien rodé, et porte parfois la marque de ces groupes (à l'exception de Kiss) qu'ils ont côtoyés (soudant parfois quelques liens, notamment avec ZZ-Top avec qui ils resteront bons amis). Ils enregistrent ainsi rapidement un premier opus éponyme, en ne recourant aux overdubs qu'en de rares occasions. Avec pour résultat, un disque qui sonne cru,brut, vivant, organique.

     Le disque est introduit par un riff binaire, joué par une guitare lourde, pesante, paresseuse (Tony Iommi en guest ?), sur laquelle vient se greffer une slide dérapante, à la limite de vriller les tympans. Un chanteur, un hurleur, vient cracher ses mots pleins de morgues et d'arrogances. Du Hard-Blues sentant la sueur et le graillon. Et puis d'un coup, au bout de deux minutes, ça part en vrille. "For such a free free man !". A fond la caisse, le truck, la remorque pleine, passe la 5ème en descente, et écrase le champignon ; pied au plancher ! Deux guitares gazouillent tels deux rossignols mutants chargés de rayons gamma.

Si le riff de "Moving" nous rappelle au bon souvenir de "ZZ Top's First album" et de "Rio Grand Mud", voire de Blackfoot (de la trilogie animalière) ; le chant lui, est foncièrement agressif et belliqueux (et quand on voit la carrure du gaillard, on le laisse tranquillement s'exprimer, sans interférer). Ces refrains semblent au bord de la schizophrénie. C'est du robuste. Et toujours ces deux grattes qui prennent un malin plaisir à accélérer un instant le tempo. Il y aurait même quelques réminiscences des Canadiens du Bachman-Turner-Overdrive.

"Wandering" serait presque du Wishbone Ash première époque, avec même quelques passages mielleux, entre Rock-progressif et ballade bluesy... portés par un chant de brute éméchée. La large partie instrumentale cultive activement les twins-guitars telles que l'ont élaborés le duo Andy Powell et Ted Turner. Cette pièce n'aurait nullement dépareillée sur le fameux "Live Dates" du quatuor Anglais.

"Bad Bees" s'égaye avec ferveur, et aisance, dans un Boogie-rock Texan, bien dans le style de ZZ-Top, avec John O'Daniel et Kim Davis qui prennent successivement le relais du chant à chaque couplet. Fabuleux solo chantant et lumineux de Rusty Burns. On regrette juste que ce boogie premier cru n'est été limité qu'à seulement deux petites minutes trente. C'est court mais intense.
On a parfois fait la remarque au groupe de certaines similitudes avec le célèbre trio Texan, subodorant donc une source d'inspiration notable. Ce que les intéressés réfutent, arguant plutôt quelques sources d'inspirations identiques, ainsi qu'une bien naturelle filiation texane commune.

Et comment qualifier "That's The Law" ? Ou, au minimum, tenter de le cerner ? Sinon de le prendre simplement tel qu'il est. Tout simplement du pur Point-Blank, avec ce mélange de Southern-Rock et d'un Heavy-Rock américain, à peine bravache, fier de soi, et respirant l'envie de vivre. Du gros Rock qui tache dont les grandes ont été édicté par les Grand Funk Railroad et Ted Nugent. John O'Daniel s'y montre particulièrement hargneux, la bave à la commissure des lèvres, mordant à pleines dents ses mots.


Du Boogie-rock encore, toutefois, ici, en plus musclé. Quoique le riff de "Lone Star Fool" aurait très bien pu être signé de la main de Mel Galley, pour un titre perdu de Heavy-Funk / Hard-blues dont il avait le secret.

Après toute cette déferlante de titres relativement massif et assez agressifs, la ballade "Distance" paraît s'être égarée. Au lieu d'apporter un peu de fraîcheur, c'est plutôt la douche froide. On dirait une démo de Trapeze (pour rester dans le cadre de Mel Galley, encore approprié dans ce cas), une ébauche, avec une imitation passable de Glenn Hughes. Il y a là de la matière qui aurait méritée d'être mise de côté un temps, pour être mûrie et être retravaillée. Les ballades ne semblent pas alors être le fort du quintet Texan. Cependant, dès l'album suivant, le tir sera rectifié.
Les références à Mel Galley et Trapeze ne sont probablement pas fortuites puisque c'était au Texas que le trio Anglais avait récolté le plus de succès.

On frôle l'apothéose avec "In this World" en final. Les pieds bien ancrés dans la terre Texane, les airs de Rock Sudiste, avec un riff millésimé Johnny Winter 73-74 ("Still Alive and Well", "Saints & Sinners", "Johnny Dawson Winter III") de ce petit bijou transpire quelques gouttes de Bob Seger et du Deep-Purple Mark III ; plus précisément de l'album "Stormbringer". "I like to live my life the way I love ; a brandnew girl each day. Now if you want some good ol' Texas lovin', come on, and stare my way !"

     Si Point-Blank fait assurément partie de la famille du Southern-Rock, avec ce premier jet rien n'est vraiment sûr. D'autant plus que lorsque le disque se retrouve dans les bacs des disquaires, en 1976, les poids-lourds du genre n'étaient pas encore de ce monde. Molly Hatchet ne sortira son premier fait d'arme que deux ans plus tard. Bien qu'évidemment très influencé par les fleurons d'un rock dit Sudiste, le quintet a l'intention de plomber le propos. En particulier avec du Rock-maison, soit Texan. En l’occurrence celui de ZZ-Top, de Johnny Winter, de Nitzinger, de Corpus, de Rocky Athas. Mais on sent aussi derrière, le poids d'un Foghat. Une empreinte plus qu'évidente sur les accélérations. Ainsi, on ne s'étonnera pas de savoir que la bande à Burns a parfois accompagné sur les routes, le groupe de Lonesome Dave Peverett et de Rod Price. (Le groupe Anglais est était alors très populaire en Amérique du Nord, au point d'y emménager).

Rusty Burns (1953 - 19/02/2016)

     Depuis le Southern-Rock promu par les Allman Brothers Band, des groupes de jeunes énervés, mais talentueux, faisant crépiter leurs amplis avec un Rock fougueux et parfois élégant. Il semblerait que le Heavy-Rock de combos à double guitares tels que Wishbone Ash et Blue Öyster Cult aient laissé une marque indélébile chez les Sudistes. Sans oublier Foghat qui, bien qu'étant un pur produit du British-Blues (certes, avec une empreinte US marquée), a parfois été catalogué parmi les groupes de Southern-Rock.

     Un disque qui fera date, et qui pose aussi un nouveau jalon. Celui d'un Southern-Rock qui s'en-Hardit, qui s'enivre des sons des barbares cultivant le gros son craché par des murs de Marshall en surchauffe.
 Premier essai réussi. Le suivant, "Second Season", qui incorpore quelques occasionnelles guitares acoustiques sans perdre en impact et en pêche, fait encore mieux. La suite par contre, devient plus discutable, mais offre encore quelques pépites de Southern-Rock juteux, mais aussi de Heavy-rock et de Rock US mélodique.
Néanmoins, Point-Blank n'était pas le seul à faire parler la poudre. La même année, des irrespectueux, des trublions osaient partir au galop pour le seul plaisir du vent dans les cheveux, et dégainer à la moindre occasion leurs flingues, sans respect pour le shérif. Dont Ultra, Coyote et Blackfoot. Mieux, dès 1974, Hydra avait déjà tirer une première salve meurtrière avec son très bon disque éponyme. Sans oublier Alamo, ce groupe de San Antonio qui ne réalisa qu'un seul disque en 1971 et qui, par certains de ses aspects (d'autres sont nettement plus ancrés dans un Heavy-rock légèrement psyché, parfois proche des premiers Uriah-Heep), pourrait préfigurer Point-Blank (flagrant sur la première pièce).

     Aujourd'hui, POINT BLANK n'est plus et ne pourra plus renaître ; son leader et fondateur James Russell "Rusty" Burns étant décédé le 19 février dernier. A moins que John O'Daniel ne continue à se produire. Il serait alors le seul membre d'origine. Phillip Petty (bassiste) est décédé d'un cancer le 7 juin 2010 ; Kim Davis s'est suicidé le 18 octobre 2010 ; Bill Randolph (en remplacement de Petty de 1979 à 1982) d'une crise cardiaque le 19 juin 2001.






(1) Un groupe avait déjà fait le coup du canon juxtaposé : Shotgun Ltd, en 1971. Un seul et unique disque seulement, mais de belle tenue.


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Autre article lié : Rusty BURNS (1953 - 19/02/2016) R.I.P.

 P.S. :    Merci à monsieur Norbert Krief, qui, lors d'une interview pour la revue Best, avait pris le temps, et le plaisir, d'énumérer et de commenter les disques qui l'avaient marqué. Aux côtés d'un Johnny Winter (de mémoire, le "Live Johnny Winter And"), il y avait ce Point-Blank  qu'il qualifiait de coup-de-poing.