samedi 30 juillet 2016

TCHAIKOVSKI – Ouverture de 1812 – Herbert von KARAJAN (1966) – par Claude TOON



- Tiens M'sieur Claude, un 2 sur 6 pour une œuvre du grand Piotr Illich ! Est-ce une daube ? Vous ne parlez toujours que de ce que vous aimez et qui semble réputé…
- Ô chère Sonia, un petit écart pour ironiser sur une œuvre classique bien lourdingue, une fois en six ans, je me fais un petit plaisir ?
- 1812 ? Un rapport avec la retraite de Russie par les armées napoléoniennes, la Bérézina, etc. ?
- Absolument, cette ouverture grandiloquente a été composée pour célébrer le soixante dixième anniversaire de la pâtée infligée à notre grand corse national !!!!
- Vous allez vous fâcher avec M'sieur Bruno… hi hi ! Est-ce vraiment nul ce morceau ?
- Bof, chacun ses goûts ! D'ailleurs, je soupçonne le pointilleux Tchaïkovski de s'être un peu amusé, voire d'en avoir rajouté dans le grandiose emphatique…

Tous les compositeurs ont des factures à payer et des menus services à rendre aux autorités de tutelles… Tchaïkovski n'échappe pas à la règle malgré un tempérament anxieux dû à son exigence extrême envers sa production musicale. En un mot, il n'aime guère composer pour le grisbi !
En 1882, la Russie commémore la victoire contre la Grande Armée qui mit fin à la tentative d'hégémonie sur l'Europe par Napoléon Bonaparte après la prise de Moscou  en septembre 1812. Courte victoire, car fin octobre, la situation est intenable dans la capitale incendiée par les russes. La célèbre et terrible retraite dans les steppes gelées commence… 130 ans plus tard, un sinistre Adolphe refera la même erreur…

Pour commémorer la victoire de 1812, les russes on construit la Cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, un splendide édifice. Elle sera détruite par ce butor de Staline en 1931 mais reconstruite au début de ce siècle, d'où son aspect pimpant…
Pour l'inauguration, Tchaïkovski est sollicité et va écrire sa pompeuse Ouverture de 1812. Il faut dire qu'en 1882, l'homme est considéré comme l'un des plus grands compositeurs slaves de sa patrie. Il a déjà à son actif les 4 premières symphonies, l'opéra Eugène Onéguine ou encore son ballet immortel Le Lac des Cygnes… D'une grande émotivité, le maître n'est guère porté sur la sauvagerie des musiques solennelles et guerrières…
Quitte à donner dans le patriotique triomphant, Tchaïkovski ne va pas composer dans la demi-mesure. De son ouvrage joyeusement tonitruant, lyrique et triomphal, il écrira lui-même :
"L'ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l'ai écrite sans beaucoup d'amour, de sorte qu'elle n'aura probablement pas grande valeur artistique." Tapageuse, on s'en doute en examinant les effectifs prévus :
Un chœur d'homme (voir Pat, c'est le spécialiste des chorales soldatesques).
Piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes (en si) et 2 bassons, 4 cors (en fa), 2 cornets (en si), 2 trompettes (en mi), 3 trombones (2 ténors et 1 basse) et 1 tuba,  percussions, timbales, cymbales, grosse caisse, cloches, Tambourin, triangle, tambour militaire, cordes.
4 cloches (en carillon ou tubulaires en mi, fa, sol, si) et canon (avec boulets, si, si)
Et dans le final, une fanfare militaire (ad libitum) : 4 cors (en fa), 2 cornets (en si), 2 trombones, 1 tuba et tambours militaires
Une recette légère n'est-ce pas ?

XXXXX
J'ai choisi la version de Herbert von Karajan, qui ne fait guère de miracle pour fluidifier le tohubohu, mais est l'un des rares chefs à recourir au chœur d'homme (ici le chœur des cosaques du Don) qui introduit l'ouverture en chantant l'hymne : Dieu, sauve ton peuple. Ah les basses slaves… hummmm !
[2:40] La philharmonie de Berlin attaque virilement le thème héroïque et braillard qui va serpenter dans l'ouverture. Les torses se bombent, le pathétisme fait loi. [4:15] Un petit roulement de caisse claire et les premières mesures de la Marseillaise pour rappeler que l'on se foutait sur la tronche avec les français en cet automne 1812. Les amateurs de cuivres, de coups de cymbales et de timbales à péter les peaux seront aux anges, les fans de sonates… moins ! [7:00] Une mélodie immense comme le cœur des russes intervient. Bonjour le pathos, même André Rieu ne s'y est pas frotté. Le diable de Tchaïkovski est quand même un as de l'architecture pour varier des motifs attachants même si atrocement bravaches…
Soyons clair, par la suite, le compositeur joue la montre, se répète, un coup de marseillaise par ci, un coup de mélopée élégiaque par là avant la coda. Une coda du tonnerre dans tous les sens du terme : une fanfare rejoint l'orchestre pour tourner en rond sur le thème principal. On adjoint le son d'un canon (ajouté par électronique pour éviter des victimes dans le studio). Ah, un decrescendo qui n'en finit pas, Tchaïkovski cherche une idée et la trouve : des volée des cloches comme le jour de la libération de Paris, des accords de cuivres gueulards à n'en plus finir et quelques ultimes mesures qui ne sont pas sans faire penser à un défilé de canassons un jour de liesse…
Merci pour votre patience, peut-être votre écoute avec indulgence. Vous pouvez envoyer vos HP au contrôle technique !!!!!
Il faut noter que cette musique à réveiller les morts a été utilisée par le cinéma : par Woody allen, ou dans le film V comme Vendetta et également par des groupes de Rock, ou encore dans des pubs...
- heuu non Sonia, pas de disque de référence cette semaine… On trouve le machin en complément de diverses anthologies.




vendredi 29 juillet 2016

JIMI X. de Louis Atangana (2015) par Luc B.



Voilà une autre approche de la biographie classique, le roman biographique. J’avais lu il y a quelques années l’excellent DINO de Nick Toshes, sur la carrière de Dean Martin, et là, dans le même genre, je tombe sur JIMI X de Louis Atangana. Ce franco camerounais est professeur de français, dans le sud ouest, et auteur de livres pour enfant. Mais aussi d’une biographie romancée de Billie Holiday, BILLIE H (2015). Il s’intéresse ensuite à Jimi Hendrix.

A mon sens, intéressant quand on ne connait pas le parcours du génial gaucher, puisque que cela se lit comme un roman, ou au contraire, quand on maitrise l’épopée hendrixienne, pour apprécier le travail de romancier fait à partir d’un matériau réel. Le livre s’attache surtout à l’enfance de Johnny Marshall Hendrix, oui Johnny, de son premier prénom, que son père s’empressa de changer, lors d’un second baptême, en James/Jimmy. Pas facile le père… James Allen Hendrix (jardinier), vétéran de la seconde guerre (cantonné sur une base militaire), se prenant en pleine poire le retour au bercail, sans boulot, cherchant à gagner trois dollars par-ci par-là, qu’il dépense illico dans une bouteille de Gin

Sa femme Lucille bibine sec aussi, entre deux raclées. Ca fait un peu Cosette sur les bords, disputes, hurlements, paires de claques, le petit en prend pour son grade aussi, dès qu’il l’ouvre un peu trop, proteste, se plaint, pose une question… En gros, un gamin n’a pas à s’immiscer dans la vie des adultes. Sauf pour faire le ménage et sortir les poubelles. A tel point qu’à la mort de sa mère, Lucille, le gamin et son frère ne seront pas conviés à l’enterrement. Trop de frais, et puis, ça sert à rien…

Seul récréation, quand le père passe ses 78 tours de rhythm’n’blues. Ca, c’est de la bonne vibration. Les pages consacrées à l’écoute des disques, à leurs études, aux gimmick entendus chez tel ou tel artiste, sont intéressantes, et décrites du point de vue de l’enfant. Les hivers passent, un p’tit frère arrive, c’est la fête à la maison, on mange du poulet grillé, et puis tout se rebarre en vrille. Lucille picole de plus en plus, se tire de la maison. Le gamin est confié à une tante, pour des durées indéterminées. Mais surtout à la grand-mère, quand Al en a soupé de l'avoir dans les pattes. Elle vit dans une réserve Cherokee. Entre la mamie et le gamin, c’est le coup de foudre.

Louis Atangana avait décrit des scènes de rêves de Jimmy, où le gamin se voyait appeler par une belle femme, une fée, marchant sur les nuages… Allusion au texte de « Layla », et rêvant plus tard d’une petite maison rouge dans les bois… « Red House »… L’auteur parsème son récit de clins d’œil à l’œuvre future d’Hendrix. Cette femme s’avèrera d’être la grand-mère, le refuge du petit garçon, des séjours paisibles, où son attirance pour la musique peut s’épanouir. Et la découverte de ses racines, les moqueries des copains sur cet échalas qui bégaie, vêtu d’une veste indienne qui fait sensation.

Jimmy gratte sur une guitare à une corde ! Avant cela, sur un manche à balais, sans que le père le voie. Plus tard, la famille (rabibochée, mais pas pour longtemps) assistera à un concert (de loin, pas de fric pour les billets) d’Elvis Presley. Jimmy est médusé. Le blues c’est chouette, mais le rock, waouh, ça c’est la classe ! Le gamin apprend à se déhancher comme le King, en jouant de la guitare, entre deux taloches de son père qui trouve cela vulgaire, et impie. Le gamin s’enferme, introverti, se crée un monde, de couleurs, de sons.

Le bouquin déroule l’histoire, en chapitres courts. L’école, l’adolescence, l’acné, les bigoudis, le petit frère dont il a la charge, les familles d’accueil, les premières copines. Car un gars qui joue de la guitare a du succès avec les filles. Mais lui, il en joue bizarrement. Autodidacte, aidé par son père qui sur le tard (jaloux ?) prend un crédit pour lui payer une guitare électrique (qu'il se fera voler). La p’tite copine à une sœur, qui a un jules, musicien. L’ado traine dans les clubs, demande des conseils, se fait rabrouer le plus souvent, mais parvient à se glisser ici et là, sur scène. La rumeur enfle… C’est qui ce mec qui joue du blues comme s’il venait de la planète Mars ?

Tous les passages dits sociaux, reviennent sur le cadre familial très dur dans lequel Jimi Hendrix a grandi. Sans misérabilisme, mais dans une veine mélo, avec foule détails du quotidien. Et puis c’est l’épisode de la bagnole empruntée pour sortir sa copine. Volée tranchera le tribunal, qui lui donne le choix entre la taule ou l’armée. Ce sera l’armée. Avec sa guitare, en guise de nounours, au pieu. Ce type est barge, on le laisse tranquile, dans son coin. Sauf un gars, bassiste, avec qui il monte un groupe : Billy Cox. Les deux hommes se retrouveront quelques plus tard, à Londres. Démobilisé, Jimi Hendrix entame une carrière quasi professionnelle. Le récit s'arrête ici.

La suite, c’est la rencontre avec Linda Keith, puis Chas Chandler, le départ en Angleterre en 1966, et la gloire…      

Le livre est court, le style concis, soupesé, bien écrit. Intéressant.     

  

jeudi 28 juillet 2016

ALL THIS AND WORLD WAR II - par Pat Slade


Un Sergent Pepper’s Guère Épais ! par Pat Slade







Une leçon d’histoire avec les Beatles





En 1976 sortait sur les écrans «All This and World War II». Qu’est ce que c’est ? Un mélange de documentaire sur la seconde guerre mondiale et de films d’époque parlant du même sujet. Et alors ? Quoi de particulier ? Quoi de nouveau ? Où sont les différences et les particularités avec d’autres documentaires avec lesquelles nous avons déjà été rassasiés ? Ce film réalisé par Susan Winslow à la particularité d’être accompagné par la musique des Beatles interprétée par d’autres artistes. L’époque des Beatles était les années 60, la guerre a pris fin en 1945, la combinaison est plus que bizarre !

Je ne connaissais que le double album sans savoir que c’était un film, un film qui n’aura aucun succès et sera retiré de l’affiche après une semaine d’exploitation seulement. Il n’y aura jamais aucune sortie ni en VHS ni en DVD, mais il est possible de trouver des copies pirates et quelques extraits d’une dizaine de minutes sur Youtube.

Poster de l'album
Pourtant, certaines reprises des titres des scarabées sont très écoutables, mais les situations dans le documentaire pour lesquelles les morceaux ont été transposés seront plus délicates. Ambrosia le groupe de soft rock des années 70 ouvrira le bal avec «Magical Mystery Tour» où les images représentent les prémisses d’une guerre imminente avec la mise en marche des troupes allemandes. S’en suivra une pléiade d’artistes plus ou moins bons dans leurs interprétations. Elton John fera un «Lucy in the sky with diamonds » très honnête. Léo Sayer, chanteur anglais des années 70, chantera «I Am the Walrus» avec des images de l’attaque de Pearl Harbor. Personnellement, je trouve ça un peu limite, mais quand l’actrice et chanteuse australienne Helen Reddy reprend «The Fool on the Hill»  avec Hitler qui se détend au Berghof, c’est plus cohérent. Sinon certains chanteurs s’empêtrent dans leurs interprétations comme Richard Cocciante avec «Michelle», Rod Stewart et «Get Back», Lindsey De Paul et «Because» et ne parlons pas de Frankie Line et de sa version de «Maxwell’s Silver Hammer». Mais il y a plus de positif que de négatif. Léo Sayer qui fera une très belle version de «The Long and Winding Road» et de «Let it Be». L’allumé notoire qu’est Roy Wood va nous pondre «Lovely Rita» et un «Polythene Pam» délirant. Le dandy rock  Brian Ferry sans Roxy Music fera un jolie «She’s Leaving Home» Avec des images de femmes partant travailler pour soutenir l’effort de guerre, on entend Keith Moon sans les Who et sans sa batterie. Il s’éclate à la manière d’un chanteur des années 30 avec «When I’m Sixty
Four». Un clin d’œil de Tina Turner qui reprend «Come Together» qu’elle avait déjà enregistré en 1970. Status Quo et «Getting Better» reste dans son registre «So British». Les Bee Gees avec «Sun King» accompagneront les images du Japon entrant en guerre.

L’album fera plus de ventes que le film ne fera d’entrées. Une curiosité à écouter, des artistes qui des fois ne sont absolument pas dans leurs registres mais qui arrivent à s’en sortir, mais dans l’ensemble c’est écoutable. Accompagné par le London Symphony Orchestra, l’orchestration sonne très anglaise comme sur certains  titres des Beatles, exemple : «A Day in the Life».

Mais les maisons de disques ne demandent pas la permission aux artistes d’utiliser leurs œuvres et c’est comme cela qu’a été crée «All This and World War II». Mais il y aura pire encore… bien pire !  

En 1978 Michael Schultz, réalisateur connu pour la série «Starsky et Hutch», va pondre une bouse en massacrant un des plus grands albums de rock de tous les temps «Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band», en mettant sur le devant de la scène les Bee Gees qui avaient le vent en poupe depuis l’ère disco et «Saturday Night Fever». A leur coté, l’ancien guitariste des Humble Pie, celui qui faisait parler sa gratte, le bellâtre Peter Frampton

Avec un scénario pourri, on ne peut rien faire de bon. Alors comme pour «All This and World War II» la musique va-t-elle rattraper l’histoire ? Dans la distribution, déjà moins de musiciens que dans le précédent, entre les principaux «acteurs» déjà cités, rajoutons Alice Cooper, Aérosmith, Earth, Wind and Fire et Billy Preston plus quelques acteurs comme Donald Pleasence, Steve Martin et Frankie Howerd

Musicalement les reprises sont très «Guimauve», hormis peut-être «Sgt Pepper’s» qui est un cover convenable et celle de «Come Together» par Aérosmith. Mais il y a surtout des horreurs sans nom. «She’s Leaving Home» par les Bee Gees qui au début est chanté avec ce je pense être un talk-box (Frampton n’est pas loin !). Alice Cooper qui va reprendre le très beau «Because» et va en faire un morceau digne d’apparaitre dans un film d’épouvante. Robin Gibb va faire un «Oh ! Darling» sirupeux à souhait, parfait pour une fin de soirée en boite échangiste.  Et les acteurs vont aussi se lâcher au détriment des Beatles, Steve Martin avec «Maxwell’s Silver Hammer», Frankie Howerd et «When I’m Sixty Four», Georges Burns «Fixing a Hole», un massacre en règle même si ces derniers récitent plus qu’ils ne chantent. Il n’y a que Billy Preston qui arrive à tirer son épingle du jeu avec «Get Back», ce qui est normal quand on sait que ce dernier était le clavier invité par John Lennon sur l’original des Beatles

Les couleurs du film sont tellement vives, que l’on a l’impression d’être sous L.S.D. Donc après avoir péniblement ingurgité les une heure cinquante du film, je me suis jeté sur le DVD des Beatles «Quatre garçon dans le vent», histoire de digérer ce gros gâteau indigeste et coloré comme un cupcake.

Les Beatles ont été mis à toutes les sauces, mais pour ce qui est de ces deux films, je crois qu'ils ont décroché le pompon du nanar.            




mercredi 27 juillet 2016

Col. PARKER "Rock 'n' Roll Music" (2001), by Bruno

    

     
      Combien y a-t'il eut de super-groupes (du moins considéré comme tels) qui se sont formés et dont l'existence s'est limitée à la réalisation d'un unique album et d'une tournée ? Des tas !
Certains parce que le résultat était bien morne, voire insipide, en dépit d'une affiche prometteuse. Pourtant, d'autres sont parvenus à réaliser un disque ayant les atouts nécessaires pour démarrer sous les meilleurs auspices une nouvelle carrière qui aurait logiquement dû être auréolée de succès.Telle une comète, le groupe s'enflammait rapidement pour finir dans une explosion destructrice. Bien souvent par faute d'un excédent d'égo surdimensionné au mètre carré.
Nouveau chapitre donc sur les super-groupes éphémères. Quoi que celui-ci, pour être honnête, en terme de super-groupes, il s'agit plutôt d'un collectif de second couteaux.


Gilby Clarke

      Col. Parker était une formation qui comportait en son sein un certain Gilby Clarke. Ce même Gilby qui remplaça un temps Izzy Stradlin après son départ des Guns'n'Roses, soit de 1991 à 1994.
     Déjà fort d'une intéressante carrière solo abordant un genre pas si éloigné de celui, justement, de celle d'Izzy, Gilby, après un quatrième album plutôt réussi, « Rubber » (1999) en l'occurrence, décide de retenter l'expérience de groupe.

     Gilby aime bien descendre au Cat Club. Un bar bien "Rock'n'Roll" situé sur Sunset Street, bien pourvu en alcools forts et où l'on joue de la bonne musique. Slim Jim Phantom, alors propriétaire de l'établissement (1), profite de son carnet d'adresse copieusement fourni pour inviter divers musiciens de Los Angeles et des environs pour quelques jams, dont certaines s'avèrent être de luxe. Un moyen de remplir rapidement le club tout en profitant de l'occasion pour passer derrière les fûts en bonne compagnie. La réputation est vite établie et on y retrouve ainsi des huiles de la scène Rock californienne auxquels se joint Slim Jim

    L'ex-échalas des Stray Cats, joue souvent avec Gilby, au point de finir par former un groupe quasi-permanent : The Starfuckers. Le groupe part même en tournée, avec quelques dates européennes, accompagné de Stefan Adika (le bassiste alors attitré de Gilby (2)) et d'un second guitariste, Yogi. Ce quatuor est connu des fans d'Axl Rose pour avoir fait sortir le rouquin de son absence en le faisant monter sur le scène le 22 juin 2000, au Cat Club. 

     Le groupe de Gilbert et Slim Jim prend de l'essor. Ils recrutent de façon permanente Teddy "Zig zag"Andreadis (il avait fait la connaissance de Gilby lorsqu'il rejoignit les Guns N'Roses pour la tournée « Use your illusion »aux claviers, et Muddy Stardust à la basse et aux chants. Pratiquement un gang de loosers, car, hormis Gilby, ces gars là sont alors en pleine traversé du désert. 
Muddy & Clarke (photo T. Campbell)

     Muddy Stardust, (né Mark Dutton), lui, fait partie de ses musiciens malchanceux, qui ont le don de louper systématiquement le coche. En effet, Mark "Muddy" Dutton a parfois côtoyé des musiciens qui ont eu les faveurs du public. Cependant, il ne les a jamais suivit lors de leurs modestes heures de gloire. 
Pourtant cela commençait bien avec son recrutement au sein de Burning Tree . Un trio prometteur dont le premier essai, en 1990, est salué, à raison, par la critique. Malheureusement, il souffre de la vague grunge. Et lorsque son guitariste, Marc Ford, part pour rejoindre les Black Crowes, le trio n'y survit pas. Le batteur, Doni Gray, rejoint Izzy Stradlin et son Ju Ju Hounds. Dommage car le Heavy-Rock-blues-psychedelic de ce trio avait un potentiel conséquent
     Après diverses collaborations éphémères (en tant que musicien, ou compositeur, ou producteur) souvent proches de l'anonymat (où il est bien difficile de retracer son parcours, d'autant plus que, par exemple, ce présent Col. Parker est trop souvent oublié), il renoue avec Marc Ford pour son Fuzz Machine (un disque en 2010). Aujourd'hui, on retrouve Marc "Muddy" Dutton aux côté de Chris Robinson et de son Brotherhood, avec Neal Casal.

      Teddy "Zig zag"Andreadis est l'archétype du musicien de session ou de tournée qui reste dans l'ombre des musiciens qu'il accompagne. Très peu connu en Europe, il a pourtant tournée avec Chuck Berry, Bo Diddley, Alice Cooper, Beth Hart, Slash, Billy Bob Thornton, Bruce Willis, Carole King. Quand il habitait encore dans le New Jersey, dont il est natif, il fut même invité par Southside Johnny et Bruce Springsteen à les rejoindre sur scène.


G à D : Slim Jim, Gilby, Zig Zag, Muddy

     Quant à Slim Jim Phantom, il a bien du mal à retrouver le succès. 
Même son association avec Lemmy Kilminster ne porte pas ses fruits. Il court après le fantôme de la gloire passée des Stray CatsSwing Cats, The Head Cat (avec Lemmy) et 13 CatsLe nom de ses groupes sont un triste et coupable écho de cette vaine recherche.

     Col. Parker produit une sorte d'Americana bien chargé en Rock'n'Roll, pouvant évoquer tout à tour, ou à la fois, Tom Petty, Neal Casal, les Rolling Stones, Georgia Satellite, Beat Farmers, Faces, Ken McMahan (en moins brut et tranchant), un petit côté Quireboys (précisément  "A Bit of What You Fancy" et "Homewreckers & Heartbreakers") également. Un titre comme "Angel's Run" est même très marqué par la Country, le léger habillage de pedal-steel exacerbant le trait.
 Un savant et énergique cocktail qui met la pêche sans risquer de malmener les tympans. Le tout servi par son électrique relativement « roots », parfois Honky-Tonk façon Stones. Un rock où les guitares crunchies côtoient sur un pied d'égalité les dobros, pedal steel, slides et guitares acoustiques. Le piano et l'orgue Hammond sont par contre en léger retrait. Les voix de Gilby et de Muddy sont très proches, ce qui leur permet de jouer sur des harmonies vocales. En choriste de luxe, les lascars se sont offert les services de la belle Roberta Freeman (que l'on retrouve sur la plupart des disques de Gilby Clarke mais aussi chez les Guns'n'Roses, Cinderella, Meat Loaf, Stan Bush, Bernard Fowler, Foxy Shazam, Gin Wigmore, et en concert avec la crème dont Pink Floyd, Mellecamp, Eddie Money, Joe Perry, David Lee Roth, Bee Gees, Lenny Kravitz, Jeef Beck, Black Crowes, Billy Idol, Keb' Mo', Lou Reed, Joe Cocker, Elton John)
      A noter, deux bonnes reprises : « Pills » des New-York Dolls, (sans harmonica toutefois peut-être meilleure que l'original), avec la participation de  Tracii Guns, et un intéressant « Mercedes Benz », plus rock, même si la voix de Janis manque cruellement.

     Une musique sans prétention, très sympathique, plaisante, sur laquelle la poussière ne prend pas, qui respire le Sud des USA (ce qui ne signifie pas pour autant Southern Rock). Une forme de simplicité dépourvue de scories commerciales lui permettant ainsi d'être à l'épreuve de toutes oxydations.
Probablement la réalisation la plus sobre de Gilby Clarke et la plus Hard-rock de Slim Jim Phantom
On regrette qu'il n'y a pas eu de nouveaux chapitres. Même si on a pu voir le groupe se reformer pour quelques concerts, il n'y a plus jamais eu l'ombre d'un projet d'enregistrement. 




(1) Il a dû le vendre au début de la décennie.
(2) Il a également rejoint, pour diverses tournées, L.A. Guns, Alice Cooper, Dee Dee Ramone et Eddie Van Halen.