mercredi 18 janvier 2017

RYAN REID "Shine" (mars 2016), by Bruno


Ha ! Ha ! Ha ! Vous le connaissez pas celui-là, n'est-ce pas ? Si ? Même pas vrai.

     Ryan Reid est un p'tit gars de Stillwater (petite ville du Nord-est de l'Oklahoma), qui prétend vouloir chanter depuis qu'il ait pu pleurer. (?) Mouais.
Ce qui est sûr c'est que son premier opus, "Light it Up", qui date de 2012, était déjà une belle réussite de Heavy-Blues-rock reposant sur des guitares mordantes et un chant débordant de foi et de vitalité. Ensuite, juste un petit Ep en 2014 ("The Angels Collection"). Le dernier, "Shine", a été possible grâce aux dons d'internautes via Kickstarter (une entreprise américaine créée dans le but d'aider des artistes indépendants, et divers autres projets, à travers des financements participatifs d'internautes).

     Est-ce la pression due à la confiance que lui ont donnée les internautes ? Ou est-ce une simple et juste évolution d'un p'tit gars qui s'est voué à la musique ? Quoi qu'il en soit cette dernière réalisation pète le feu. Ryan Reid semble avoir mis les bouchées doubles et donné tout ce qu'il a pour ce "Shine". C'est généreux et copieux.

     Ce disque déborde d'énergie, de saines vibrations endocriniennes. Du Heavy-rock, aux réminiscences Bluesy, qui déménage et rue dans les brancards. Mais attention, cela n'a rien d'une carriole folle en flamme, dévalant une pente abrupte en cahotant sur les pavés. Nan, car tout puissant qu'il est, ce Heavy-blues ne néglige ni les refrains fédérateurs, ni les rythmiques accrocheuses, ni une certaine mélodie qui pourrait le rapprocher d'une Power-Pop (plutôt pour les refrains). Même dans les instants les plus sombres, il émane une sorte de munificence, comme si Ryan se livrait sans réserve. Comme s'il s'ouvrait sans crainte pour partager ses émotions. A ce titre, il clame que sa philosophie est de toujours d'inclure de l'Amour dans ce qu'il entreprend. Et ainsi de toujours avoir de la compassion pour autrui, de se montrer aimable et prévenant. Faire preuve de gentillesse. Des attributs qui peuvent aujourd'hui en faire ricaner mesquinement beaucoup qui, stupidement, pourraient considérer cela comme de la faiblesse. Alors que c'est probablement ce qui nous manque à tous pour évoluer, pour permettre à cette société d'être plus vivable.

     Les premières secondes de "Ain't Enough Water" (seule chanson que Ryan n'a pas écrite) font croire à une entrée en matière sur un Gospel a capella porté par un chœur généreux. Or, de suite, une grosse guitare soutenue par une batterie martiale martèlent un rythme binaire. Une rythmique pachydermique qui s'efface pour laisser place au chant, ne revenant que pour les refrains et lors des chorus de slide baveuse. Le titre est bien moins Blues que Southern-rock, dans la mouvance heavy actuelle. Cependant, au lieu d'une morosité qui semble gagner nombre d'apprentis rednecks, il y a ici un entrain qui le rapprocherait presque d'un chaleureux Blues-rock bien dans sa peau.
La suite, "American Boy", suit ce même climat de Heavy-Southern positif, avec en sus une touche du Kid-Rock de "Rock'n'Roll Jesus". De cette chanson émane une fierté un rien patriotique. Assurément, le "département guitare" fait dans la puissance, usant de power-chords et laissant baver la distorsion - ou une overdrive bien grasse -. C'est relativement proche de la consistance qu'affectionne Leslie West, avec toutefois un peu moins de grave au profit de mediums. Devant, cette sonorité à la fois replète et hérissée, on doute de la revendication de Ryan sur son tout Fender (Stratocaster, Telecaster et ampli Vibrolux). Sauf s'il a troqué son single-coil bridge pour un double en format simple.
Mais il y a derrière l'ami Josh Rutz qui se sert de sa Les Paul, comme d'un barbare, sorti de l'imagination d'un David Gemmel, de sa labrys. Sa présence explique la différence de texture entre "Shine" et "Light it Up" ; le supplément de puissance et de densité, c'est, apparemment, l'apport de Rutz, la mutation du trio en quatuor.

"Away" brasse les meilleurs moments de Taddy Porter (1st album - le 2sd étant près d'une bouse -) et de Silvertide.
"Rollin'" suit le même chemin. Heavy-rock bien catchy, avec un fin saupoudrage pop pour le refrain. Ça souffle sur les braises, afin de nous maintenir dans ce doux et réconfortant foyer d'un Heavy-rock vibrant et vivifiant.
A l'image de la pochette, on se dit que Ryan Reid a vraiment de l'électricité dans les mains, et que, quelque part, il parvient à donner un peu de lumière dans un monde que l'on pourrait parfois trouver un peu ténébreux.
Après cette avalanche de pièces bien Heavy, "The Fight" calme le jeu. L'atmosphère est Bluesy, entre slow-blues et power-ballade. Néanmoins, le refrain se pare de mordant, de verve belliqueuse qui en fait un titre intense et accrocheur. La structure est simple, mais on est conquis par la conviction qui s'en dégage.
Sur "From the Ashes", les guitares crépitent, comme au bord de la rupture. Ça sent la fuzz (Big Muff ou Expandora) avec le gain à donf ; ou presque.
"Crazy" est plus léger, avec ses parfums Funk et Glam. En dépit de l'orchestration relativement, ce serait presque sautillant.  Josh joue un court solo en slide à la mode Blackfoot.
Autre accalmie avec "The Flood" qui se pare d'échos plus pop et mainstream. Un peu comme si Coldplay, Lady Gaga (sic) et U2 se retrouvaient pour composer un morceau de Heavy-rock sombre et nostalgique, vaguement onirique. Des références (deux sur trois) qui peuvent faire grincer des dents, mais pourtant ça le fait, avec une bonne dose de harderoque graveleux.
"Shine" est un des morceaux de choix. Et c'est aussi le dernier temps fort de l'album. Démarrage tout en douceur, avec un orgue fantomatique qui soutient ses notes, une guitare qui laisse résonner ses accords jusqu'au bout, un chant qui s'incruste pour conter son histoire, et une basse indépendante qui donne un peu de rythme. Sur le refrain, on lâche les chiens : les grattes mordent, la batterie assomment, et Ryan chante à gorge déployée.

Orgue Farfisa et tremolo et reverb pour les guitares sur "Just a Little Change". Un titre qui rame, qui ne parvient pas à décoller malgré tout l'engagement de Ryan.
"Life is Good" clôture l'album dans une toute autre ambiance. Une sobriété que l'on ne pouvait jusqu'alors pas soupçonner. Juste un piano et le chant de Ryan qui fait tout son possible pour nous faire ressentir son implication. Nous entraîner dans son trip. C'est bien nuancé, toutefois, sa voix se marie bien mieux dans une ambiance fortement électrifiée - elle semble être née pour ça - que dans une dépouillée. Et on attend un peu le renfort des compagnons, au moins pour un final explosif. En vain.
     Après tous ces copieux plats de choix, les sorties semblent frugales. Sympathiques mais frugales. Mais on aurait bien tort de se plaindre. Avec les neufs pièces précédentes, il y a bien assez pour rassasier les plus gourmands et voraces. Et puis, rien n'empêche de recommencer au début pour une nouvelle rasade. Pour ma part, ça squatte ma platine depuis quelques temps déjà, et cela va continuer.






Des clips faits à la maison, avec des potes du coin et des fans.


GOV'T MULE "The Tel-Star Sessions" (2016), by Bruno



     Et bien non, malheureusement, il ne s’agit pas du dernier disque du fameux groupe de Warren Haynes et de Matt Atbs. Ces deux derniers faisant apparemment une longue pause pour se consacrer à d’autres projets personnels. En attendant, les disques de Gov’t Mule ne cessent de sortir, profitant d’un engouement toujours présent, tout en le pérennisant.


Ainsi, depuis leur dernier disque, « Shout ! », en 2013, quatre enregistrements publics sont sorti sur le marché. Cette année, on racle les fonds de tiroirs pour sortir les premières bandes d’enregistrement que le trio avait réalisées en juin 1994 aux studio Tel-Star de Floride. Avec feu-Allen Woody.
Alors, dès les premiers instants de « Blind Man in the Dark » on constate que le petit collectif  était déjà fort bien rodé, tout comme son répertoire. Ainsi, les titres ne différeront que très peu lors de la prise définitive. On note juste quelques menues différences au niveau de quelques passages de solo et une basse souvent un peu plus en avant, un chouia plus fuzzy, parfois proche d’un Félix Pappalardi.
La production est minimale, voire inexistante car on sent bien que ces morceaux ont été enregistrés live, d’un trait. Avec pour conséquence, une tonalité légèrement plus rugueuse, plus crue, relativement plus boisée, mais aussi plus sombre que celles qui suivront. C’est fort, très fort, tant de maîtrise à ce niveau là force le respect.

     Néanmoins, dans la finalité, pour ceux qui possèdent déjà les disques du trio, ce n’est pas suffisant pour justifier l’achat de ce témoignage. La reprise de « Just Got Paid » de ZZ Top (souvent interprété sur scène - on en retrouve une version enregistrée sur le coffret de six CD ""The Georgia Bootleg Box") et le Heavy-Blues « The Same Thing » ne sont guère suffisants pour en faire un disque indispensable. De plus, ce dernier n'a rien de folichon. C'est à la limite de la jam (de luxe) un peu consensuel ;  rien d’exceptionnel.
La reprise de « Mr Big » de Free (qui est plus un hommage à Woody Allen,, comme l’était l’original à Andy Fraser) est déjà présente sur le 1er et éponyme opus et sur le double (quadruple pour la version complète) live « Live with a little Help From Our Friends ».


     Certes, on a rarement écouté des premières démos de cette teneur, ce qui rappelle au passage que ces trois lascars sont (ou était pour Woody) des musiciens d’exception. Cela se déguste comme un goûteux dessert de choix, même avec les deux versions, très proches, et d’affilé de l’excellent « World of Confusion » en clôture. D’autant plus qu’à quelque chose près, ce serait pratiquement la crème des premiers pas de Gov’t Mule. Toutefois, il n’y a là rien qui apporte réellement un plus à la discographie déjà fort riche de la Mule. C’est à réserver aux fans irréductibles, aux complétistes, par contre indispensable à tous ceux qui ne connaissent pas encore le premier album éponyme (s’il y en a encore).

     Finalement, on peut se demander quel est l'intérêt réel de sortir des "alternative track" et des démos lorsque la différence avec la forme "originale" (du moins celle présentée au monde comme version définitive) est ténue. On le concède aisément lorsque le groupe n'était pas satisfait du résultat lors de la commercialisation de leur disque. Fait généralement dû à un désaccord avec la production et/ou le label. Parfois aussi le résultat d'un mixage fait dans leur dos, ou des parties rejouées, ou encore le rajout d'un habillage extérieur à son insu (souvent des violons, synthés et chœurs pour policer et rendre le tout plus commercial). Par exemple, on a pu constater que les chansons de "In Color", l'album de Cheap-Trick de 1977, devaient être à l'origine nettement plus Rock, plus mordantes. Et pour le coup, bien meilleures. Et le groupe, justement, n'était aucunement satisfait du résultat. Là, dans ce cas précis (mais non isolé, hélas), l'édition des versions originales du groupe sont amplement justifiées. Mais sinon. N'est-ce pas frôler l’idolâtrie ? Et puis, qu'est-ce que l'on va vraiment écouter lorsque l'on aura à disposition la démo, la 1ère, 2ème et 3ème prise, plus les versions live de différentes tournées ? Avec un choix qui va finir par devenir cornélien.

     Cette manie actuelle d'exploiter tout ce qu'un artiste, ou un groupe, a pu laisser traîner n'est-elle pas qu'un prétexte pour exploiter et profiter des amateurs ? Paradoxalement, à l'instar de la discographie de Jimi Hendrix, la discographie originelle, finit par être minoritaire par rapport à tous les sorties d'enregistrement en public, des diverses sessions de studio, et celles pour des radios (BBC sessions).
Pour le fan hardcore, ou le collectionneur compulsif, (qui financièrement peuvent se le permettre), il faut pouvoir lutter contre un encombrement empirique de l'espace vital.
      Au moins, Gov't Mule a la décence de proposer ses "alternatives" et démos sur une édition à part, au lieu de les accoler à une édition remasterisée pour en faire un pavé de 78 minutes, qui finit pas lasser et assommer. Et ternir l'attrait de l'original.

  1. Blind Man in the Dark   -   6:49   (Haynes)
  2. Rockin Horse   -   4:31  (Haynes/ Woody/ Pearson/ Gregg Allman)
  3. Monkey Hill   -   4:31   (Haynes/ Woody)
  4. Mr. Big   -   6:17   (Rodgers/ Fraser/ Kirke/ Kossof)
  5. The Same Thing   -   7:13
  6. Mother Earth   -   7:00   (Peter Chatman/ Lewis Simpkins)
  7. Just Got Paid   -   4:22   (Billy Gibbons/ Bill Ham)
  8. Left Coast Groovies   -   6:39   (Haynes/ Woody/ Abts)
  9. World of Difference   -   7:17   (Haynes)
  10. World of Difference - version alternative -  6:41



Autres articles sur Gov't Mule (lien/clic) :
- "Gov't Mule" (1995)
- "Shout !" (2013)

+ Warren Haynes "Man in Motion" (2011)

mardi 17 janvier 2017

FENTON ROBINSON: un magnifique looser du blues


Continuons notre exploration du Chicago Blues avec cette semaine un bluesman fondamental pour les initiés mais totalement méconnu du grand public. Remarquez c’est idiot ce que je raconte vu que même Muddy Waters, John Lee Hooker ou Howlin' Wolf  sont inconnus de 99,99% des gens, alors que Justin Bieber ou les Spice choses le sont universellement, sale temps pour la culture... Mais revenons à  Fenton Robinson puisque c'est de lui qu'il s'agit. Un vrai looser victime d'une tempête de neige, d'un vol de tube qualifié, saboté par des producteurs, meurtrier (involontaire) et incarcéré et finalement terrassé par un crabe, un poissard je vous dis!
champ de  coton Mississippi 1949 (@euphus ruth)
Né en Septembre 1935 à Leflore County dans le Mississippi dans une famille d’esclaves (oups pardon, l'esclavage a été aboli en 1865 chez l'Oncle Sam, ce qui n'a pas empêché la ségrégation de durer un siècle de plus..) , il doit dés son plus jeune age travailler dans la plantation de coton, il y est initié à la guitare par un voisin musicien. A 16 ans direction Memphis où il découvre les grands bluesman comme T-Bone Walker qui restera  une influence majeure sur sa musique. mais le baluchon toujours sur l'épaule il voyage ensuite  jusqu'à  Little Rock (Arkansas)  où il  forme un orchestre, de là il va aussi jouer  à travers l'Arkansas, la Louisiane, le Texas et le Mississippi. Pour joindre les  2 bouts il fait aussi des petits boulots et  de la radio, son émission sur KXLR  va lui permettre de rencontrer et faire découvrir de nombreux talents locaux.
Toujours assoiffé d'apprendre, Il se perfectionne à leur contact et suit même une méthode d'apprentissage musical "un musicien devrait toujours avoir envie d'aller plus loin, il y a toujours quelque chose que je voudrais apprendre, que je voudrais faire".
Avec l'aide de son pote la guitariste Charles McGowan il enregistre pour un petit label de Memphis (Meteor) puis des singles pour Duke records, "Tennessee woman", "as the year go passing by"  ou "The freeze" lui assurent une petite renommée.
le 45 tours original de Someboy..
Ensuite point de passage obligé on le retrouve à Chicago où il continue d'enregistrer des 45 tours, fait partie de l’orchestre maison du  fameux club le Theresa's et  joue avec des pointures comme Junior Wells, Otis Rush ou Sonny Boy Williamson. En 1967 il grave le superbe  "Somebody loan me a dime"pour Palos Records mais une terrible tempête de neige bloque la  distribution nationale du titre, pas de bol. Mais le comble est atteint quand le rockeur Boz Scaggs enregistre sa propre version en  1969 pour Atlantic - avec un certain Duane Allman à la guitare - tout en s'en appropriant l'écriture. Le succès est énorme et Robinson sera spolié de ses droits d’auteur, malgré des démarches judiciaires, éternel combat perdu d'avance du pot de terre contre le pot de fer... On peut trouver ces excellentes premières faces sur les recueils "Complete early recordings" ou "Mellow fellow genius".
En 70 il enregistre à Nashville l'album 'Mellow fellow" (album Charly du même nom) mais son jeu est masqué par des  arrangements surchargés  (choeurs, cuivres, cordes) et son jeu dénaturé en acid rock, idée des producteurs  pour coller au trip seventies, c'est un échec.
alligator Records (lien)
Il continue de vivre chichement de sa musique, tourne un temps avec l'harmoniciste Charlie Muselwhite jusqu'à ce que MONSIEUR Bruce Iglauer, fondateur d'Alligator Records  (ce gars devrait avoir une statue aussi haute que celle de la Liberté!) le signe et lui fasse enregistrer l'album "Somebody loan me a dime" en 1974, un must sur lequel nous reviendrons plus loin.
Mais un chat noir traverse la route et c'est la case prison pour 9 mois suite à un accident de voiture pour lequel il est accusé d'homicide , en sortant il grave un nouvel album pour Alligator "I hear some blues downstairs" presque d'aussi haut niveau. Ce sera le sommet suivi hélas de la descente vers l'oubli, entre autres car son jeu trop subtil ne fait pas trop recette dans les tavernes tapageuses de la Wendy City. Mais il conserve son aura  parmi les amateurs de blues du monde entier, on retrouvera Fenton en tournée au Japon et en Europe, en Hollande notamment où il enregistre pour le label Black Magic quelques albums inégaux, "Blues in progress" (1984, réédité par Alligator sous le titre "nightflight") et "Special road" (1989, très bon mais pas facile à dénicher), il enseignera aussi le blues dans les écoles de  Springfield, avant de décéder en 1997 prés de Chicago à 62 ans.

Revenons un peu sur ses deux albums pour Alligator qui présentent le double  avantage d’être facilement disponibles et d'être de très haute qualité :

SOMEBODY LOAN ME A DIME: Robinson y est entouré du grand Mighty Joe Young à la guitare, de Cornelius Boyson (basse) et Tony Gooden (drums) (ces 2 là travaillèrent avec Young et Bobby Rush )  et du pianiste Bill Heid au CV impressionnant (Muddy Waters, Koko Taylor, John Lee Hooker, Son Seals, Roy Buchanan..) ainsi que d'une section de cuivres. Au programme 11 titres dont 4 reprises de Little Richard ("directly from my heart to you"), du louisianais Rudy Toombs ("country girl"), le "Texas flood" de Larry Davis (celui là même qui sera repris par Stevie Ray Vaughan, l'original sera gravé par Davis en 1958 pour Duke records avec Fenton Robinson à la guitare) et le traditionnel "Going to Chicago". Parmi ses compos Robonson revisite certains de ses premiers titres comme le fameux "Somebody loan me a dime ". Voila certainement un des meilleurs albums de blues jamais produit, Robinson y est à son top, son jeu aérien, subtil et créatif  rappelle les grands du jazz comme Wes Montgomery ou Charlie Christian et aussi son maître  T-Bone Walker, un style inimitable qui ne sera d'ailleurs jamais égalé. Le piano de Heid apporte une touche  et une finesse "côte ouest" (on est loin du blues rugueux à la Son Seals ou Hound Dog Taylor) à la JJ Malone ou Sonny Rhodes. Le chant est lui hérité des blues shouters (Big Joe Williams une de ses idoles), du gopsel et proche du West side de Chicago (Buddy Guy, Jimmy Dawkins, Magic Sam).

I HEAR SOME BLUES DOWNSTAIRS ; seul le pianiste Bill Heid est rescapé du précédent, les autres font place à Steve Ditzell (guitare),  Ashward Gates Jr (drums), Larry Exum (basse), et encore des cuivres. 9 titres dont 4 compos originales dont la magnifique qui donne son titre à l'album, et 5 reprises dont le classique "Killing Floor" d'Howlin Wolf, les classiques "Just a little bit"(enregistré initialement par Roscoe Gordon 1960), "West side baby" (par Dinah Washington 1948), "Tell me what's the reason" qui est un hommage à T-Bone Walker puisque le  texan enregistra  pour la première fois ce titre de Florence Cadrez en 1953 et "As the year go passing by" dont Robinson délivre ici une somptueuse version. Ce titre du bluesman texan  Peppermint Harris fut mis en boite pour la première fois par Robinson en 1959 pour Duke Records  et repris par de multiples artistes ensuite (Albert King, Eric Burdon, Santana, Georges Thoregood, Gary Moore...). Encore une fois Fenton est particulièrement  inspiré et délivre un festival de guitare, le groove se fait plus funky sur certaines plages.

Rarement cité parmi les figures majeures du blues, même par les spécialistes (à la notable exception de Gérard Herzaft que je remercie au passage pour une partie des infos de cet article, moi contrairement à Boz Scaggs je cite mes sources) ce bluesman maudit mérite de figurer dans toute discothèque qui se respecte.
ROCKIN-JL

 

lundi 16 janvier 2017

LE CLUB DES 25 (par Philou)



 It's better to burn out than to fade away...

On connait tous le Club des Cinq (romans policiers pour enfants), le Clan des Sept (romans policiers pour plus jeunes enfants), le Club des 27 (Jimi Hendrix, Janis Joplin, Kurt Kobain...etc), mais aujourd’hui je vais vous parler du Club des 25, "The Forever 25 Club" pour les intimes.
Encore plus jeunes que leurs glorieux ainés du fameux Club des 27, ces jeunes musiciens ont brulé la chandelle par les 2 bouts et alors qu'un avenir radieux s'ouvrait devant eux, ils ont explosé en vol !!!

TOMMY BOLIN (01/08/1951 - 04/12/1976) 

Tommy Bolin
Il est difficile d'écouter la musique de Tommy Bolin aujourd’hui sans se demander ce qu'il serait devenu s'il n'avait pas succombé d'une overdose d’héroïne, dans un hôtel de Miami, le 4 décembre 1976. Dans une carrière qui a duré à peine 7 ans, le talentueux et polyvalent guitariste a touché à tous les styles (blues rock, funk, jazz rock, hard rock) comme le prouve son parcours musical (Zephyr, Billy Cobham, Alphonse Mouzon, James Gang, Deep Purple, Moxy) et ses 2 albums solo.
Après toutes ces années, a musique est restée d'une incroyable fraicheur, toujours aussi passionnante et on se rend compte après tout ce temps qu'elle avait une véritable âme, une âme sur laquelle les années n'ont pas de prise.
La plupart des gens croient que l'élément principal du virtuose est la vitesse. Mais pour figurer dans l'élite des guitaristes, il faut posséder les qualités aiguisées de la technique, du contrôle, du vibrato, de la justesse, de la réaction, de la conscience musicale et peut-être la vertu la plus importante, la confiance.
Tommy Bolin avait toutes ces qualités ... et il laissait son feeling faire le reste.
PAUL KOSSOFF (14/09/1950 - 19/03/1976)

Paul Kossoff
Koss serait certainement aujourd'hui un guitariste reconnu à l'instar des Jimmy Page, Richie Blackmoore, Eric Clapton, Jeff Beck et autres Pete Townshend, mais malheureusement son addiction pour les drogues a modifié la donne et il reste aujourd'hui une véritable légende, qui a emporté avec lui son secret pour l'éternité, à savoir, un jeu de guitare fabuleux et unique fait de riffs bluesy, de solos d'une fluidité impressionnante et d'un vibrato à vous faire dresser les poils.
Paul Kossoff a seulement 17 ans quand il forme le fabuleux groupe anglais Free avec Paul Rodgers (chant), Simon Kirke (batterie) et Andy Fraser (basse).
L'aventure Free ne dure que 4 ans car malheureusement, le jeune guitariste brillant et torturé, est devenu un junkie instable accroc au Mandrax, LSD et autres pilules miracles.
Après un album solo, il monte un nouveau projet Back Street Crawler, mais alimenté par des années de consommation de produits illicites en tout genre, le coeur de Koss lâche le 19 mars 1976, à bord d'un avion entre Los Angeles et New York.
Il sera incinéré quelques jours plus tard au Golders Green Crematorium de Londres, sur sa plaque funéraire, une simple épitaphe : "All Right Now".


Cliff Burton

CLIFF BURTON (10 février 1962 – 27 septembre 1986)

Bon, si on meurt à 25 ans dans le monde du rock, c'est soit d'overdose soit d'un accident...
C'est justement d'un accident de bus que le bassiste de Metallica est décédé, alors qu'il était tout juste âgé de 25 ans.
Né à Castro Valley en Californie, il se passionne dès son plus jeune âge pour le jazz et le blues. A 6 ans il apprend le piano et ce n'est qu'à l'adolescence, qu'il se met à jouer de la basse.
Approché par les musiciens de Metallica qui recherchait un nouveau bassiste, il intègre le groupe en impressionnant James Hetfield et Lars Urlrich grâce à son jeu de basse phénoménal.
 
Malheureusement la carrière de Cliff Burton va s’arrêter sur une petite route verglacée de Suède, le 27/09/1986, à 05h 15 du matin, pendant la tournée de l'album "Masters Of Puppets". Le conducteur du bus perd le contrôle de son véhicule et Cliff Burton la vie. Éjecté par la fenêtre, il est écrasé par le bus et meurt sur le coup.
Après seulement 3 albums avec Metallica, Cliff Burton rejoint le paradis (ou l'enfer) des rockers. 
   
James Honeyman-Scott
JAMES HONEYMAN-SCOTT (14/11/1956 - 16/06/1982)

Né en Angleterre, le 13 avril 1962 à Hereford, le guitariste James Honeyman-Scott rejoint Les Pretenders de Chrissie Hynde en 1978. Influencé par Cream, Mick Ralphs et les Allman Brothers, il devient rapidement une pièce maitresse dans l'élaboration du son des Pretenders.
Le 1er album des Pretenders produit par Chris Thomas sort en décembre 1979 et remporte un succès considérable avec les singles "Stop Your Sobbing", "Kid" et bien sûr  "Brass In Pocket" qui sera leur plus grand hit.
Le second album intitulé tout simplement "Pretenders II" est publié en aout 1981, les singles "Message Of Love" et "I Go To Sleep" cartonnent dans les charts anglais mais la consommation de drogue du bassiste Pete Farndon commence à créer des tensions au sein du groupe. Le 12 juin 1982, Chrissie Hynde, Martin Chambers et JH Scott décident de virer Pete Farndon devenu complètement ingérable.
Malheureusement, James Honeyman-Scott, accro à la coke depuis un bout de temps, vit "toujours sur la ligne blanche". 48 heures après l'éviction de Pete Farndon, il meurt à Londres le 16 juin 1982, d'une crise cardiaque due à un surdosage de cocaïne. Moins d'un an plus tard, le 14 avril 1983, Pete Farndon décède d'un overdose d’héroïne.

 RANDY RHOADS  (06/12/1956 - 19/03/1982)

Randall William Rhoads voit le jour à l’hôpital St. John de Santa Monica, en Californie le 6 décembre 1956.
Vers l’âge de 6 ans, il se met à la guitare acoustique et prend des cours de piano. A douze ans, il se tourne vers le rock et monte son 1er groupe à 14 ans. Au milieu des seventies, il rencontre le chanteur Kevin Dubrow avec lequel il fonde Quiet Riot. Le groupe obtient rapidement un contrat avec CBS et sort son 1er album en 1978.

Randy Rhoads
C’est en septembre 1979 qu’il reçoit sa fameuse Flying V noire et blanche qui devient sa guitare fétiche. Après une 2eme album avec Quiet Riot, il quitte le groupe et passe une audition pour Ozzy Osbourne, l'ex-chanteur de Black Sabbath. Après quelques exercices d'échauffement, il obtient le job de guitariste au sein du nouveau projet Ozzy Osbourne.
A Noël 1979, Randy et Ozzy se mettent au boulot pour produire le 1er album "Blizzard Of Ozz" qui sort en août 1981.
En février et mars 1981, ils entrent en Studio avec Bob Daisley et Lee Kerslake afin d'enregistrer leur second album "Diary Of a Madman".
Le 18 mars 1982, Randy Rhoads donne son dernier concert au civic Coliseum (Knoxville, Tennessee) avec le groupe d’Ozzy Osbourne.
Alors qu’une énorme carrière s’ouvrait devant lui, il meurt le 19 mars 1983 dans un stupide accident d’avion. Sa fulgurante et brillante carrière laissera une empreinte indélébile dans l'histoire de la guitare et du hard rock.

 

DUANE ALLMAN (20/11/1946 - 29/10/1971)

Duane Allman
Considéré comme l'un des plus grands spécialistes de la slide guitare, Duane Allman forme avec son frère Gregg et Dicket Betts, The Allman Brothers Band au printemps 1969.
Le groupe composé de musiciens de divers horizons, produit une musique ancrée dans les racines blues du sud des États-Unis.
Les 2 premiers albums, "The Allman Brothers Band" (1969) et "Idlewild South" (1970), rencontrent un succès immédiat aux USA. En 1971, le mythique double album live "At Fillmore East" arrive dans les bacs et encore de nos jours, cet album est considéré comme l'un des meilleurs disques live de tous les temps.
Pendant l'été 1970, Duane Allman rejoint Eric Clapton au sein de Derek & The Dominos pour l'enregistrement de l'album "Layla And Other Assorted Love Songs".
Le 29 octobre 1971, Duane Allman, au guidon de son Harley Davidson, accélère sur le long de la Hillcrest Avenue à Macon (Georgie) et veut éviter un camion qui pile devant lui. Le jeune guitariste est éjecté de sa moto qui lui retombe dessus. Gravement blessé à la tête et à la poitrine, il est transporté à l’hôpital mais décédera des suites de ses blessures quelques heures plus tard. 

 

HILLEL SLOVAK (13/04/1962 - 25/06/1988)

Hillel Slovak
Si les parents d' Hillel Slovak sont des rescapés de l’holocauste, le jeune guitariste lui, ne parviendra pas à s'arracher des griffes de l’héroïne.
Né à Haïfa en Israël, il émigre avec ses parents en 1965, à New-York. En 1967, la famille Slovak fait ses valises pour Los Angeles. Il apprend à jouer de la guitare au lycée de Fairfax et rencontre Anthony Kiedis et Michael Balzary, plus connu sous le nom de Flea. Rapidement, ils montent un groupe qu'ils appellent Tony Flow and the Miraculously Majestic Masters of Mayhem rapidement re-baptisé les Red Hot Chili Peppers en 1982.
Malheureusement Hillel Slovak, tout comme Anthony Kiedis, est devenu un sérieux accro à l'héroïne.
Hillel Slovak ne participe pas au 1er album des RHCP, car il est impliqué dans un autre projet What Is This ? et les clauses de son contrat lui empêchent d'enregistrer avec un autre groupe. Après le split de What Is This ?, il enregistre 2 albums avec les RHCP, "Freaky Styley" en 1985 et "The Uplift Mofo Party Plan" en 1987.
Il essaye plusieurs fois de décrocher de l’héroïne avant de succomber d'une overdose dans son appartement d'Hollywood, le 25 juin 1988.
Pour la petite histoire, les chansons "Knock Me Down", "My Lovely Man" et "Otherside", des albums "Mother's Milk", "Blood Sugar Sex Magik" et "Californication" ont été composées en hommage à Hillel.

PS : il avait en réalité 26 ans, mais bon on lui accorde une dérogation pour faire partie du Forever 25 Club.