jeudi 29 juin 2017

Georges BRASSENS - LA MAUVAISE REPUTATION - par Pat Slade




Georges Brassens… Une légende de la chanson, l’une des pièces du trio des poètes avec Brel et Ferré. Une tranche de vie en quelques lignes. Mais à coté de lui… Je m’suis fait tout petit… !





Je suis un voyou





Une guitare, une moustache, une pipe, un polo et de la poésie à profusion. Voilà comment résumer succinctement Georges Brassens. Un visage qui respire la bonhommie et la sympathie, impossible de trouver de la méchanceté dans un tel personnage. Jean-Paul Sartre avait dit de lui : «Il à un beau regard, on voit de la bonté dans ses yeux». 

Qu’est ce qui n’a pas été dit sur Georges Brassens ? Pratiquement tout. Il suffit de se rendre sur la page de Wikipédia pour tout savoir (Ou presque). Il n’est pas évident de trouver des anecdotes ou des pages de l’histoire de sa vie sans reprendre ce que ses biographes ont déjà raconté. Je vais tomber dans les banalités, mais je  vais essayer de parler du moustachu le plus sympa de la chanson française vu par mes yeux. Il est possible que j’omette des choses ou que j’en oublie volontairement ou pas. Quand on veut parler d’un monument tel que lui c’est comme si on essayait de grimper l’Everest avec pour seul instrument une fourchette à escargot. Mais on connait surtout le Georges Brassens chanteur et poète, mais pas trop sa jeunesse, hormis pour les aficionados de l’homme à la moustache.

Il est né en 1921 à Cette (La ville prendra l’orthographe de Sète en 1927) d’une mère catholique et dévote, d’origine napolitaine et veuve de guerre et d’un père entrepreneur et maçon qui lui est un libre penseur et un anticlérical notoire. Un père tolérant et généreux puisque il acceptera que son fils soit baptisé (Mais il n’assistera pas à sa première communion) puis qu’il fréquente un établissement scolaire religieux. Dans la maison Sétoise, la musique ne manque pas de raisonner et, de par ses origines, sa mère joue des mélodies napolitaine à la mandoline qui amèneront Georges à en apprendre les rudiments techniques qu’il développera plus tard à la guitare. En classe, il est un élève moyen, aucune matière ne l’intéresse, à part le français. Il est la plupart du temps dans la rue plutôt que sur les bancs de l’école avec ses copains (Parmi lesquelles se trouve Roger Thérond  l’ancien patron de Paris-Match maintenant tenu par Olivier Royan, un imb**il avec qui j’ai été en classe ! Désolé ! Je ne pouvais pas garder ça pour moi !) Des potes qui l’appellent tous «Jo», orthographié par Brassens «Géo».

Il se passionne très tôt pour la poésie et cela grâce a son professeur de français et ami de Jean-Paul Sartre : Alphonse Bonnafé. Il ouvrira à ses élèves de troisième les portes de la poésie de Rimbaud à Paul Valéry et de Mallarmé à Charles Baudelaire. Bonnafé sera plus tard en 1963 le premier biographe Du chanteur. Georges Brassens commence à écrire quelques textes de chansons qu’il adapte à des airs du moment. Il ira jusqu’à créer un petit orchestre nommé  «jazz» où il y tiendra… la batterie !

Il abandonne définitivement ses études en 1939. Entrainé par une bande de petit voleurs, il se retrouve impliqué dans une affaire de vol de bijoux, plus pour la frime auprès des filles que pour l’intérêt pécunier (Les temps ont bien changé !). Arrêté au mois de juin, le juge de Montpellier, bon prince, réclamera de la prison avec sursis. Il écopera donc de quelques mois avec sursis ! Son père vraiment très libéral, passera rapidement l’éponge sur cette erreur de jeunesse. Mais l’effet «Boule ne neige» aura des répercutions sur son avenir, l’exclusion du collège, les qualificatifs auquel il sera affublé comme «Racaille», «Petite pègre étudiante» ou encore «Bourgeois désœuvré». La blessure la plus importante dans cette histoire, sera la peine infligée à sa mère. 

Il songe à quitter Sète pour Paris. En attendant il travaille avec son père. En février 1940, il prend le train pour la capitale quatre mois avant l’arrivée des allemands. Durant les premiers mois, il vivra chez sa tante rue d’Alésia dans le XIVème arrondissement. Il assure quelques petits boulots et se retrouve ouvrier chez Renault.

Il découvre Ray Ventura et Charles Trenet et écrit des poèmes qu’il publiera en deux recueils à compte d’auteur en 1942 «A la Venvole» et «Des coups d’épée dans l’eau». En 1943, il reçoit un ordre de réquisition et un bon de transport pour l’Allemagne, quand on a 22 ans en temps de guerre, la seule chose qui peut vous arriver, c’est le S.T.O (Service du Travail Obligatoire). Il prend le train à la gare de l’Est pour Basdorf comme beaucoup de ses compatriotes. Il travaillera dans un atelier des usines BMW, Il aura comme pote de chambré Pierre Onteniente qui deviendra plus tard son secrétaire et homme de confiance. Le chanteur le surnommera «Gibraltar». Brassens
Jeanne et Marcel
aimait donner des surnoms à ses proches. Ses camarades de chambrée acceptent qu’il laisse la lumière la nuit pour lui permettre d’écrire, en contrepartie, il fait la corvée de café du matin. Il reviendra en France en
1944 pour une permission sans retour. Il se cachera chez un couple qui occupera une place de choix dans sa vie, Jeanne le Bonniec et Marcel Planche pour qui il consacrera deux chansons «La Cane de Jeanne» et «Chanson pour l’Auvergnat» pour Marcel. Il restera chez eux jusqu’en 1966.


Avec Püppchen
Après la guerre, pour gagner sa vie, il écrit des articles pour la revue anarchiste «Le Libertaire». Même s'il est sensible à ce genre d’idée, il n’exprimera jamais ses idées au grand jour à la différence de Léo Ferré. En 1945, il achète sa première guitare et peaufine sa technique sur les premiers titres de son répertoire. Ses chansons seront son combat contre l’hypocrisie de la société. En 1947, il sort son premier roman «La Lune Ecoute aux Portes» et commence à écrire ses premières chansons. « Brave Margot», «La Mauvaise Réputation» et «Le Gorille» seront ses balbutiements dans le domaine. «Le Gorille» sera interdit d’antenne pendant des années, Brassens  y évoquait son désaccord avec le principe de la peine de mort. Ce sera aussi à la même époque qu’il rencontre la femme de sa vie : Joha Heiman d’origine estonienne que Brassens surnommera Püppchen. Le couple ne partagera jamais le même toit.     




Les Copains d’abord 






Avec Patachou
En 1950, il croise la route du chansonnier Jacques Grello (Qui, d’après Brassens, serait celui qui lui aurait offert sa première guitare) qui va le faire engager dans plusieurs cabaret parisien comme le Lapin Agile à Montmartre, au Milord l’Arsouille dans le 1er arrondissement de Paris où la crème de la chanson française a fait ses premiers pas ou à la Villa d’Este non loin de la place de l’Étoile. Mais le succès ne sera pas au rendez-vous. Il faudra attendre encore deux ans avant qu’il ne rencontre la chanteuse Patachou qui est à la tête d’un cabaret salon de thé ouvert avec son mari à Montmartre et simplement appelé «Chez Patachou», après qu’elle ait essayée de chanter elle-même dans son propre établissement (Les journalistes parisiens la rebaptiseront du nom de son cabaret), elle est convaincue du potentiel de Brassens. Elle l’engage ainsi que Pierre Nicolas qui deviendra son contrebassiste attitré. Patachou accepte de chanter certain de ses titres (Elle enregistrera la même année un album 8 titres). Elle le pousse à chanter lui-même ses titres, mais il se voit plutôt comme un simple auteur-compositeur qu’un interprète, sa timidité le pousse à ne jamais se mettre en avant.

Les premiers concerts seront  un succès critique et public. Jacques Canetti le patron de chez Polydor l’engage dans cabaret «Les Trois Baudet». Pour se préparer au public parisien, il fait des tournées d’été. Il fait la première partie d’Henri Salvador  et un premier scandale avec «Le Gorille». Jacques Canetti lui fait enregistrer ses premiers disques. En octobre 1953, Georges Brassens fera son premier Bobino (Il y passera 13 fois) et puis l’Olympia. Trois ans plus tard il s’essaye au cinéma dans un film de René Clair «Porte des Lilas» tiré d’une adaptation du livre «La grande ceinture» de son pote René Fallet. En 1964, il va écrire l’emblématique «Les Copains d’abord» pour le film «Les Copains» d’Yves Robert qui fait aussi partis du cercle de ses intimes. En 1970 ce sera la chanson «Heureux qui comme Ulysse» un film de son copain Sétois Henri Colpi avec Fernandel et puis la musique du film de Michel Audiard «Le Drapeau Noir Flotte sur la Marmite».

Les reconnaissances pleuvent : grand prix du disque Charles Cros en 1954,  grand prix de la poésie de l’Académie Française en 1967, grand prix de la ville de Paris en 1975, Prix du disque en 1976 pour ne citer que cela, sans oublier les monnaies qui ont été frappées à son effigie. Mais l’imperturbable Brassens n’est pas en fer, depuis quarante ans il souffre de coliques néphrétiques qui l’empêche de poursuivre le rythme effréné des tournées. Il enregistrera deux derniers albums en 1976 «Trompe la mort» et en 1980 «Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse» ou il reprend Jean Nohain, Charles Trenet aux profits du Comité Perce-Neige de Lino Ventura.

Le 29 octobre 1981, le journal Libération va titrer «Brassens casse sa pipe». Un méchant cancer de l’intestin aura raison de celui qui chantait «Les funérailles d’antan». Il ne sera pas enterrer sur la plage de Sète comme il l’avait chanté, ni dans le cimetière marin où est Paul Valery qu’il avait su si bien interprété. Brassens l’anticlérical, l’antimilitariste qui lira Proudhon, Bakounine et Kropotkine qui s’impliquera dans la fédération anarchiste qui ne se définit pas comme un poète : «Je ne pense pas être un poète… Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi… Je ne suis pas poète. J’aurais aimé l’être comme Verlaine ou Tristan Corbière» sera quand même reconnu dans son pays où des lieux divers comme des parcs et des salles des fêtes porteront son nom. Des thèses lui seront consacrées, il est traduit et chanté dans le monde entier et bon nombre de chanteurs hexagonaux vont reprendre ses titres comme Maxime le Forestier qui sera un des premiers à faire un album avant la mort de celui-ci en 1979, 6 autres disques suivront par la suite.

Le moustachu débonnaire est rentré au Panthéon de la musique et jamais personne ne pourra l’en déloger. Pour sa discographie, pas de choix à faire, c’est tout ou rien !!   



mercredi 28 juin 2017

Selwyn BIRCHWOOD "Pick Your Poison" (2017), by Bruno



     Selwyn Birchwood, un nom à retenir. Un gars qui pour beaucoup sortirait de nulle part, mais qui pourtant, en seulement deux albums vient de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Deux albums de grande qualité à se procurer d'urgence pour les retardataires.


     Selwyn Birchwood est né le 9 mars 1985, en Floride, à Orlando. A 13 ans, il se met à la guitare et joue la musique qu'il entend à la radio : du Rock et de la Pop. Probablement un bon apprentissage, mais très vite la simplicité des morceaux qu'il aborde finit par le lasser. Au point qu'il songe sérieusement à arrêter la guitare. Jusqu'au jour où il découvre Jimi Hendrix. Émerveillement... Et consternation... Cette musique est bien éloignée des formats calibrés de la musique diffusée, ou de celle qu'il joue. Elle semble étrangère à ce monde (en fait, au sien), elle vient d'un autre univers. Passé le choc, il cherche à savoir s'il y a une source à cette dimension polychrome. Cette recherche induit une nouvelle découverte : le Blues. Celui de Howlin' Wolf, de Freddie King, d'Albert King, d'Elmore James, de Muddy Waters, de Buddy Guy, d'Albert Collins, de B.B. King. C'est un enchantement et surtout une révélation. C'est ça, c'est bien ça qui résonnait au fond de son âme sans qu'il sache que cela existe bien. Et lorsqu'à 18 ans, il assiste à un concert de Buddy Guy, il n'y a plus d'hésitation. C'est ce qu'il voudrait faire.

L'année suivante, un ami lui présente Sonny Rhodes. Rencontre capitale. Rhodes qui trouve que le jeune homme joue plutôt bien de la guitare, l'invite à l'accompagner sur scène. L'expérience est renouvelée pour quelques tournées, aux USA et au Canada. Une belle aubaine pour Selwyn qui découvre qu'il n'est pas un cas à part, un freak ou un misfit de la musique. La densité du public qui assiste aux concerts le rassure. Le Blues n'est pas mort. Jusqu'alors, il se sentait bien seul dans son établissement scolaire où tout le monde, ou du moins ses connaissances, n'écoutait que ce qui passait à la radio … (bêêêê ...)
Sans abandonner ses études (par sécurité), pendant quatre années, il accompagne Sonny Rhodes en tournée, découvrant ainsi les particularités de la vie en tournée. Son mentor l'initie à la slide et l'incite aussi à s'émanciper. A ne pas hésiter à suivre sa propre voie.

     Autre rencontre décisive : Joe Louis Walker. Grand amateur de sa musique, de tous les styles qu'il a abordés, dorénavant à la tête de son propre groupe, Selwyn a l'opportunité d'ouvrir pour lui lors de son passage en Floride. Ils sympathisent et restent en contact.
Joe Louis Walker ne tarde pas à parler de Selwyn en termes élogieux à Bruce Iglauer, le patron et fondateur du mythique label Alligator (1). Lui conseillant de le rencontrer et de lui faire faire un disque.
Sous la pression des rappels de Joe Louis, Iglauer finit par lui donner sa chance. Il l'avait aussi vu aux International Blues Challenge de 2012 et de 2013. Cette dernière saison, il faisait parti du jury qui avait élu Birchwood vainqueur (2). Ce qui, forcément, a considérablement pesé dans la balance.
Après deux disques auto-produits, aujourd'hui perdus dans la nature, Selwyn peut enfin réaliser un album dans de bonnes conditions. Et c'est payant. « Don't Call No Ambulance » est certainement l'un des meilleurs disques de Blues de 2014. Il est récompensé à juste titre d'un Blues Music Award en 2015, dans la catégorie "meilleur album / nouvel artiste", et d'un Blues Blast Rising Star Award.
Regi Oliver & Selwyn

     On y découvre un Blues qui paraît sortir du West Side de Chicago, mais on y décèle aussi des réminiscences de Texas Blues (Freddie King et Albert Collins en tête, et Sonny Rhodes, évidemment), du Funk et du Jazz de New-Orleans. 
Et lorsque Selwyn fait gémir sa lap-steel, on sent l'influence du gospel, plus précisément celui de la branche Sacred Steel popularisé par Robert Randolph et les Campbell Brothers.

La sonorité générale est âpre, rugueuse, portée et exacerbée par le timbre de voix de Selwyn qui paraît avoir été meurtri par un séjour prolongé dans la Vallée de la Mort. A moins qu'une consommation immodérée du bourbon en soit responsable … ce qui expliquerait justement le titre du disque suivant. Il confesse justement avoir eu de sérieux problèmes avec la boisson ; mais ce serait du passé.
Du 100% Blues qui, par on ne sait quel miracle, se démarque totalement des stéréotypes inhérents au genre. C'est d'ailleurs un but avoué : Ne pas sonner comme le même vieux truc (« Same Old Song » …) tout en restant ancré dans le Blues. Apporter quelque chose de nouveau sans se couper de son feeling, de son effervescence particulière. De ce qu'il apporte comme émotion.

     Autre singularité : le saxophone baryton. En lieu et place du saxophone, de l'harmonica, ou même de claviers, Selwyn a inclus cet instrument comme partie intégrante et indissociable de sa bande. Un instrument qui donne du corps et du relief. C'est nettement plus charnu qu'un saxophone ténor ou alto. 
A l'origine une idée du principal intéressé, Regi Oliver, qui n'officiait alors qu'en intermittent au saxophone. Selwyn, enthousiasmé, l'embauche à plein temps. Il abandonne même la pensée d'un clavier pour étoffer son groupe. Evidemment, en bonne intelligence, Oliver ressort au besoin un bon saxophone alto ou ténor.
Regi Oliver qui, comme son collègue le bassiste Huff Wright, jouait auparavant pour Lucky Peterson.

Gibson ES335 et  Wah-Wah Dunlop Buddy Guy


     La dernière et présente livraison, « Pick Your Poison », suit le même état d'esprit. La sincérité avant tout. Pas de musiciens de studio, pas d'invité, pas de reprise. Et, à l'exception de quelques overdubs de guitare, un enregistrement live. Et ainsi, pas de mauvaise surprise lorsque l'on découvre le groupe sur scène. 
Cet album va encore plus loin en ouvrant plus grand encore les vannes aux divers ingrédients Rock et Jazz. Ce qui n'est certes pas un cas isolé, loin de là, mais ce sont surtout des éléments dont la structure n'est pas courante. D'autant plus dans un genre qui a tendance à être conservateur. Il en est de même du format de ses Blues. 
Une tendance qui semble d'ailleurs en développement, même si elle ne date pas d'hier. A ce titre, déjà dans les années 90, certains disques de Lucky Peterson œuvraient d'ailleurs en ce sens, avant qu'il ne préfère reprendre un chemin plus classique. Lorsque l'on parle ici de Jazz, ce n'est pas vraiment comparable à celui qu'incorporaient T-Bone Walker ou Clarence "Gatemouth" Brown, notamment à cause de la rugosité déployée. A la limite, on pourrait trouver quelques similitudes avec le British-blues lorsqu'il cherchait à fusionner Blues et Rock, voire le Heavy-rock naissant, et le Jazz.

     Afin de ne pas induire les puristes en erreur, l'album débute par des notes virevoltantes de flûte traversière ; avec cet instrument et la guitare qui évolue dans un idiome entre Country-blues rubigineux et Blues-rock poussiéreux, « Trial by Fire » prendrait alors presque des allures de Heavy-Blues-psyché (sans le côté foutraque). D'entrée de jeu, Selwyn abat ses cartes : son Blues est singulier et ne se soucie guère des formats et des canons du genre.
Relativement dans la même branche, « Guilty Pleasures » débute comme un vieux Country-blues, marqué et oppressé par la vie, mais, après quelques hésitations, opte pour un Blues plus juteux, bien qu'âcre et amer, suintant la slide rouillée d'un George Thorogood.

Dans le lot des pièces assez singulières, il y a aussi le titre éponyme qui enfonce le clou en mélangeant sans complexe des phrases de Jazz, de Funk éméché à une petite rythmique Reggae. Ainsi que "R We Krazy" qui, sans chercher à en faire des caisses pour mériter son titre, porte tout de même bien son nom. Il évolue dans un lieu où l'on ne parvient plus vraiment à distinguer le Jazz du Rock, le Funk du Blues.
Et pour finir, "Corporate Drone" qui clôture l'album dans un brouet de Funk à la James Brown, avec une rythmique typée Jimmy Nolen, de Jazz et de West-side Blues.

     Du Blues donc assez atypique, mais non pas farfelu. Rien d'extravagant, et surtout rien de forcé. C'est pourquoi certaines pièces sont plus traditionnelles.
Comme « Heavy Heart », un slow-blues moite donnant l'occasion de plusieurs échappées de guitare, qui, malheureusement, embourbent le morceau sur la fin. Ou encore "Reaping Time", un Country-blues sur lequel le saxophone injecte une couleur crépusculaire ;  toutefois, la chanson prend une teinte plus Pop, mainstream à la Texas (1er opus) dès que la rythmique se développe. Cependant, il ne perd rien de ses aspects organiques, crus, secs. Seul le saxophone apporte un peu de velours. 
Autre Country-blues, dans une optique nettement plus pure avec "Police StateSelwyn se produit en solitaire, avec pour seul accompagnement son Dobro et le martèlement de son pied. Une vieille composition portant sur les brutalités policières qui avait été précédemment écartée par crainte de la censure. Sujet qui pourrait être effectivement épineux, mais Shelwyn prend soin de ne pas tomber dans la revendication de luttes ethniques ou de classes. "A nation buzzing with brutality ... I'm not talkin' 'bout black, I'm not talkin' 'bout white. I just wanna do my part to bring the dark ... I'm not talkin' 'bout wrong and right, and the sacrifice of innocent human life".
Toujours dans le format classique, on peut aussi repêcher « Even the Saved Need Saving » qui sonne comme un Rock'n'Roll Gospel avec des interventions de lap-steel chantantes, où l'on croirait entendre le frère Robert Randolph.
Sans oublier le langoureux "Lost in You", un slow jazzy à faire fondre tous les zamoureux. Certes un peu convenu, on se croirait dans un club de jazz à la lumière tamisée, cocktails et tenues correctes exigées, néanmoins irréprochable. La classe.

     Un degré en dessous de son excellent prédécesseur qui avait déjà placé la barre très haut, mais toujours d'un grand intérêt. Et surtout, un véritable voyage dans le monde du Blues, à travers des chemins rarement empruntés.
A l'aube d'une ère où l'on incite de plus en plus lourdement à l'uniformisation et au transhumanisme, Selwyn Birchwood, lui, revendique sa différence, tout en restant fidèle au son organique et analogique.
La presse d'outre-Atlantique, unanimement enthousiasmée par ce musicien, parle souvent d'un Blues visionnaire. C'est pas faux.






(1) Label qui est en partie responsable de la survie et de la pérennisation du Blues. A l'origine, tout part de Hound Dog Taylor qui est presque à la rue, sans perspective d'enregistrement. Bruce Iglauer, alors employé chez Delmark, ne parvient pas à lui obtenir le moindre contrat. Il décide alors de créer son propre label, en utilisant la somme d'un héritage. Le succès des premiers pressages lui ont permis de pérenniser l'affaire jusqu'à en faire un des labels de Blues des plus prestigieux.
(2) Ce qui lui permit de remporter une Gibson ES-335. Une guitare qui ne l'a plus quitté, l'accompagnant sur scène et en studio.



🎶

mardi 27 juin 2017

JENGHIZ KHAN "Well cut" (1971)


Mine de rien la Belgique aura produit au cours des 70's une poignée de disques qui demeurent prés de 50 ans plus tard (ça ne nous rajeunit pas !) des pépites recherchés des collectionneurs et passionnées de ces folles années musicales, et régulièrement cités dans les ouvrages spécialisés du genre. J'en citerai une poignée qui me viennent à l'esprit : le purpelien Irish coffee (purplien),  Burning Plague (heavy blues rock à guitares), Kleptomania et son guitar hero Dany Lademacher (qui fut approché pour intégrer Dire Strait), Waterloo (hard prog avec flûte à la Jethro Tull), Machiavel (prog mais pas que, ont touché à tout), les timbrés psyché/prog de Univers Zéro et les Jenghiz Kahn qui nous intéressent aujourd'hui.

Ceux ci se forment en 1970 avec des musiciens déjà expérimentés issus de différents groupes ayant connu un relatif succès : le guitariste François Georges dit Friswa venant des Partisans, qui firent notamment les clubs d'Hambourg comme les Beatles, le claviériste Tim Brean du Tim Brean Group, comme le batteur Christian Servranck. Premier bassiste du groupe, Rémi Bass, est rapidement remplacé par un certain Pierre Raepsaet dont le groupe liégeois Laurélie vient de  splitter. Ils sont cornaqués par un journaliste, le critic rock du mag TéléMoustique Pierro Kenroll (joli pseudo!), parolier qui fait aussi office de directeur artistique. Rapidement ils se font remarquer sur scène avec des prestations incendiaires, et son duo Raepsaet/Friswa qui en plus de sa créativité musicale assure un vrai show comique. De sacrés personnages ces deux là, Pierre Rapsat qui dés 1973 se fera connaitre en solo avec  une vingtaine d'albums  et sera très populaire  en Belgique, un peu au Québec et pas assez  en France, il décédera en 2002 à 53 ans. Quant à Friswa, issu des quartiers populaires bruxellois, baraqué et ceinture noire de karaté, prompt à faire le coup de poing il s’avérera un chanteur et guitariste doué. Aprés Jenghiz Kahn il tournera avec plusieurs groupes, s'essaiera en solo, mais le manque de reconnaissance et des soucis personnels auront raison de lui puisqu'il se suicidera en Janvier 1988.
Pierre Rapsat, Friswa, Christian Servranck et Tim Brean

Le nom de Jenghiz Kahn avait été choisi pour la terreur associée au chef mongol et de fait  ce groupe de furieux, Friswa en tête, fait effet sur le public et mets le feu aux planches des festivals où ils se produisent. L'album sort en Avril 1971 avec une pochette dessinée par Jamic, caricaturiste de TéléMoustique (qui présentent les têtes des 4 musiciens décapités brandies par un géant)  et atteint les meilleures ventes belges, ce qu'aucun groupe local n'avait réussi à faire depuis des lustres.

On commence avec les 7'46 de "Pain", intro au chant a capella suivi d'une cavalcade heavy à la Black Sab' puis un passage folk acoustique avant la reprise des hostilités, des changements de climat dans un même titre typiques du heavy prog de l'époque avec harmonies vocales, orgue, gros riffs....
"Campus A" est beaucoup plus court, pas loin du british blues hard à la Killing Floor avant "the Moderate" porté par un orgue caverneux et une rythmique pachydermique. Après un nouveau court interlude suite du premier ("Campus B") , retour au  prog de "The Lighter" beaucoup plus calme, avec une touche psyché californien. "Hard Working man" verse dans le rock carré avec encore de belles harmonies vocales et de gros traits de guitares et "Mad lover" vers le psyché acoustique avec quelques bizarreries expérimentales et pour finir les 10 minutes de "Trip to paradise", long voyage vers le paradis (ou l'enfer) ou se côtoient déluge de décibels (gros solo de gratte de Friswa) et plages atmosphériques. Au petit jeu des comparaisons, des noms viennent à l'esprit comme ceux de Vanilla Fudge, May Blitz,Uriah Heep, Deep Purple, Iron Butterfly, Ten Years After, Black Sabbath, Budgie..

Les projets fusent, un deuxième album est en cours d'écriture  mais les problèmes vont survenir, la faute à une scène belge trop étroite qui ne permet pas à ses musiciens de vivre de leur musique, la faute aussi à la vague glam qui emporte tout sur son passage incarnée par les Bowie T-Rex, Slade, Sweet et compagnie et ce qui devait arriver arriva : la fin du groupe en 1972. Nous reste cet album qui sans être un chef d'oeuvre est un bon témoignage de cette époque, à découvrir pour les curieux et les amateurs de rock seventies.

ROCKIN-JL



lundi 26 juin 2017

WAGNER - Parsifal (Prélude et Enchantement du Vendredi saint) - Georg SOLTI - par Claude TOON



- M'sieur Claaauuuude… Y a M'sieur Rockin et M'sieur Luc qui sont en panique…
- Ah oui, on a piqué le canapé de l'un et la caisse est vide ? Ah Ah !!! Que se passe-t-il ?
- Mais non ce n'est pas drôle, il n'y a pas de com pour lundi, M'sieur Philou est en congé… Et M'sieur Pat a programmé tous ses papiers pour Juillet. Heuu vous n'auriez pas un ti' truc ?
- Houlà, une bricole, t'endez, je rassemble mes neurones… Voyons, une pièce courte, ou deux, un compositeur connu et dito pour l'artiste, tiens des pages choisies de Wagner…
- Ah oui mais pas trop fanfaronnantes alors…
- Et difficile en plus Sonia !!!! Le père Richard n'a pas écrit que la Chevauchée des Walkyries… Pensez à Lohengrin ou les Murmures de la forêt…
- Cool ! Super M'sieur Claude, vous me passez la maquette le plus vite possible…
- Euh oui Sonia, à vos ordres…

"Mais... Ce n'est pas moi Parsifal" (Indiana Jones et la Dernière Croisade)
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Parsifal est la dernière œuvre lyrique de Richard Wagner ! Attention, ne parlez surtout pas d'opéra sinon le fantôme du maître viendra vous rappeler à l'ordre. Il s'agit d'un "festival scénique sacré", ça jette plus ! Par ailleurs, le compositeur avait obtenu du roi Louis II de Bavière, le monarque un peu dingue, la construction du temple consacré à sa musique, et uniquement celle-ci. Je parle évidement du "palais des festivals" de Bayreuth perché sur une colline pour que Wagner se sente plus près de Dieu. Si ce n'est pas de l'égo ça ! Même son ami Nietzsche se foutra de lui. Wagner n'avait jamais fait preuve d'un zèle débordant concernant la religion. Le sujet hyper chrétien de Parsifal va brouiller les deux hommes. Wagner indiquera que Parsifal ne devra jamais être joué ailleurs qu'à Bayreuth et, qu'à la fin, le public ne doit pas applaudir mais se retirer dans le plus grand silence 😌. À la fin de la lecture d'un de mes articles, je le comprends, mais là ? Bref !

Cet opéra (mince, j'ai fauté) est inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes et des sagas, romans, tragédies divers et variés qui ont repris les légendes chevaleresques du poète français du XIIème siècle. Donc Perceval = Parsifal. Je résume l'intrigue au mieux :
Imaginez-vous au moyen-Âge, au monastère de Montsalvat dans les Pyrénées (du côté de Montségur). On y gardait le Graal (le calice de la sainte cène) et la sainte lance dite de Longinus qui perça le flanc du Christ lors de la crucifixion et mis fin à son supplice. Amfortas, chevalier et fils du roi Titurel en avait la responsabilité. Voilà pour les "bons". Le drame, sujet de Parsifal, est conté par un chevalier du nom de Gurnemanz (Le rôle le plus long de l'art lyrique).
Parsifal chez les filles-fleurs de Klingsor. Sympa la mission
XXXXXX
Côté des méchants : un chevalier renégat Klingsor qui a volé et blessé avec ladite lance sacrée Amfortas. La plaie ne peut jamais guérir, le contact avec le Graal permettant à Amfortas de rester en vie pendant cette douloureuse agonie sans fin. Seul un jeune, pur, preux et juste chevalier pourra reprendre la lance au sorcier Klingsor qui vit dans son château pyrénéens (versant espagnol) entourée de "filles fleurs", des nymphes ; bizarre car Klingsor s'est châtré… etc. Je fais court. Le jeune élu sera Parsifal (comment ça vous aviez deviné ?) qui, malgré ses faiblesses pour les charmes de Kundry, seule personnage féminin et fille de petite vertu*, tuera Klingsor, rapportera la lance pour guérir Amfortas. C'est confus car trop abrégé, j'en ai conscience, mais comme ça dure plus de quatre heures et le rôle de Kundry étant complexe...
(*) Machiste Wagner ?

Tout cette histoire est délirante, mais n'a pas à rougir des dizaines de films sur ces légendes du Graal ou les quêtes arthuriennes… Et si Wagner a furieusement la grosse tête à la fin de sa vie, bon sang il sait tenir une plume face à une page de partition encore blanche. La musique de cette œuvre ultime atteint une forme d'épure métaphysique malgré un orchestre d'une richesse inouïe.
Je vous propose trois extraits qui restent des moments cultes de l'art wagnérien : le prélude qui expose de manière très spirituelle les leitmotive qui vont charpenter l'opéra puis la scène finale connue sous le titre "enchantement du vendredi Saint" chantée par René Kollo et Gottlob Frick. Enfin la fin instrumentale avec l'intervention du chœur. Une musique sidérale. L'ouvrage fut créé à Bayreuth en 1882, soit un an avant la mort de Wagner.
Pour l'interprétation, beaucoup de choix, on s'en doute ! On retrouve ici Georg Solti qui grava début des années 70 une version du drame qui reste l'une des références de la discographie. Une réalisation avec la Philharmonie de Vienne.
Petite Biographie de Georg Solti, le maestro hongrois ténébreux, dans un article consacré à Bartók (Clic).