vendredi 19 octobre 2018

PHANTOM OF THE PARADISE de Brian de Palma (1974) par Luc B.


Les films de Brian de Palma, quelques soient leurs qualités (et souvent leurs gros défauts) sont toujours des fourre-tout où viennent se nicher toutes les influences dont il a été nourries. Pour PHANTOM OF THE PARADISE, c’est un véritable déluge ! Chaque scène, chaque image est truffée de références, on y retrouve Orson Welles et Hitchcock, entre autres, mais aussi le cinéma d’horreur de la Hammer, le gallio italien cher à Dario Argento (qui a produit sa propre version du Fantôme de l’Opéra), l’Expressionnisme allemand des années 30, les films fantastiques d’Universal (FRANKESTEIN and Cie)… N’en jetez plus ! Donc forcément, cette chronique s'apparentera à un bestiaire du film fantastique, non exhaustive...

Le scénario a été écrit par Brian de Palma, s’inspirant du FANTOME DE L’OPERA de Gaston Leroux, du mythe de FAUST, comme du DORIAN GRAY d’Oscar Wilde. Mais en mode rock’n’roll. Un producteur de musique, Swan, décalque d’un Phil Spector à peine plus grand, s’empare de la musique de Winslow Leach, pour en faire le clou de son nouveau spectacle. Leach, dépossédé, tente de reprendre ses partitions, entrant par effraction dans l’antre du producteur. Raté. Il atterrit en taule dont il s'évade, à moitié dingue. Séquence jouissive traitée sur le mode burlesque, à la Tex Avery. 

Winslow Leach remet la gomme, mais cette fois sa tentative lui vaut d’être défiguré par une presse à vinyles (sic). Il se cache alors derrière un masque, une cape, et hante le théâtre pour détruire Swan et son spectacle. Là, de Palma nous ressort son pécher mignon, le split-screen : séparation de l’écran en deux images. La même scène est filmée par deux caméras, on a donc deux points de vue différents de la même action, en temps réel, même dispositif utilisé dans CARRIE. On remarquera les mains qui placent une bombe placée dans le coffre d’une voiture, et la séquence qui s'en suit, renvoyant directo au plan mythique de LA SOIF DU MAL d’Orson Welles.

Le contrat signé entre Swan et Leach est épais comme un bottin, rédigé en lettres gothiques, et les deux hommes le biffent de leur sang… C’est l’aspect Expressionniste du film, comme le décor de scène où chante Beef, réplique du décor du CABINET DU DOCTEUR CALIGARI (Robert Wiene, 1920). Beef… un chanteur découvert par Swan, qui doit avoir le premier rôle du spectacle. De Palma en fait un pantin ridicule sous amphétamine : la scène avec ses bigoudis sur la tête ! Ce qui nous vaut un pastiche réjouissant de la scène de la douche de PSYCHOSE, une ventouse en guise de couteau ! Admirable ! Le show lorgne vers Kiss, Alice Cooper, Ozzy Osbourne, mannequins tronçonnés par des guitares faucilles, et Beef apparait dans un cercueil comme Bela Lugosi dans DRACULA ! De Palma s’amuse beaucoup… 

Autre marotte du réalisateur, le thème du double, sujet de BODY DOUBLE avec Melanie Griffith. Ici on a le compositeur génial dans l’ombre face à l'interprète dans la lumière. Et le voyeurisme : Swan qui observe ces jeunes chanteuses sur un matelas d’eau de 10 mètres de diamètre (souvenez-vous de la baignoire de Toni Montana dans SCARFACE). Beaucoup de scènes sont vues par écrans interposés, notamment celle, fameuse, où Leach voit les images de Swan pactisant avec son reflet, pour garder la jeunesse éternelle. La manière dont de Palma filme, comme en apesanteur, Winslow Leach à la recherche des bandes magnétiques rangées dans une bibliothèque baignée de lumière rouge, renvoie au Dave Bowman de 2OO1 cherchant à déconnecter l'ordinateur Hal 9000. Autre exemple, lorsque que Swan épie Leach, via ses caméras, qui lui-même le mate au lit avec une jeune chanteuse, depuis le toit, et bien évidemment pendant une nuit d’orage. 

Autre scène joliment filmée, ce casting où Swan est assis au centre d’un bureau rond : un vinyle doré géant. La caméra tourne autour, et fait apparaitre dans la lumière de projecteurs différents groupes qui entrent et sortent de l'ombre. Superbe ! De Palma est adepte du travelling circulaire, bien pratique quand son film parle de disque ! Il y a plein de petits clins d’œil au rock, une couverture du magazine Rolling Stone, où cette liste d’artistes que la secrétaire de Swan garde dans ses tiroirs dans laquelle on reconnait de vrais noms. 

Le duel farouche que se livrent Swan et Winslow Leach vire au dantesque lors d’une scène finale apocalyptique. A vrai dire, on ne sait plus trop si on doit en rire ou non. Si le but était de représenter le monde impitoyable du show biz, de Palma y va à la truelle. Son film s’apparente  alors davantage à une pochade, une farce sanglante, aux effets excessifs dans lesquels le réalisateur se vautre avec un plaisir grand guignol non feint. L’interprétation est d’ailleurs volontairement caricaturale, proche du cartoon. 

A l’exception de Swan joué par Paul Williams. Qui ça ? Musicien, auteur de musiques de film, de disques, il a écrit et composé toutes les chansons, dans un registre d’abord country folk, puis mâtiné de glam. Celui de Mott the Hoopel, Bowie, T. RexWilliams est d’ailleurs l’auteur de « Fill your heart » sur l’album Hunky Dory de Bowie. Compositeur, mais aussi acteur à cette occasion, ce petit bonhomme d’1m57 a été choisi pour son physique particulier, et on le retrouvera régulièrement dans pas mal de séries télés. Pas toujours des chefs d’œuvres, ainsi Wikipédia nous apprend qu’il est des épisodes 2869, 2883, 2885, 2894 et 2899 d’Amour, Gloire et Beauté (je n'ai vu que l'épisode 2883 où Clara devenue Dimitri après une opération au Brésil déclare sa flamme au neveu du fils du cousin de Deborah dont la tante et belle fille, jumelle de Consuela, couche avec Jimmy, le chien de son frère, ou le frère de son chien, je m'y perds). Je rassure les esthètes, Paul Williams a tourné aussi un Texas Ranger avec Chuck Norris.

Petite anecdote : le personnage de Swan est propriétaire du label Death Records. Au départ, ce devait être Swan Records, sauf que... c'était déjà pris par Led Zeppelin. D'où le changement de nom pour éviter des procès (et avec Peter Grant, il y avait du mouron  se faire !).

Le travail sur les décors et l’image est très soigné. Très colorées, aux nuances saturées, les images sont striées d’ombres et de noirs profonds, de perspectives tronquées, comme dans les films allemands de Wiene ou Murnau. D’où la comparaison inévitable avec THE ROCKY PICTURE SHOW, sorti six mois plus tard, et qui avec une bande son tout aussi épatante, se voulait un vrai pastiche des séries Z et du fantastique muet. Ma préférence va à ce dernier, ne sachant trop où ranger PHANTOM OF THE PARADISE, entre exercice de style m'as-tu vu pour cinéphiles en goguette, et film d’auteur. Car Winslow Leach, l’artiste maudit muselé par d'odieux producteurs, vous l’aurez reconnu : Brian de Palma himself, aux prises avec Hollywood !
couleur  -  1h30  -  format 1 :1.85   

   

jeudi 18 octobre 2018

KEDI - Des chats et des hommes (2017) de Ceyda Torun

Kedi-Des chats et des hommes est le premier long métrage de la réalisatrice turque Ceyda Torun qui a grandit à Istanbul, entourée des chats des rues, et une fois sa société de production créée a voulu faire un film sur Istanbul et le sujet des chats s'est imposé naturellement à elle.
Etant moi même fan de chats je ne pouvais passer à coté de ce film/documentaire qui va au delà du doc animalier classique et s’avère une  plongée instructive au coeur du vieil Istanbul, de ses ruelles sans âges, ses échoppes, ses habitants accueillants et bien sur ses fameux chats (chat : kedi en turc).
La relation qu'a nouée la population avec les chats est assez unique - on pourrait presque la comparer à celle des hindous avec les vaches sacrées - et comme le dit le dessinateur de comics Bülent üstün, un peu barré mais très sympathique- interrogé dans les film "tu peux voir si les gens d'un quartier sont heureux en regardant comment y vivent les chats des rues. la capacité des gens à s'occuper des animaux des rues n'a rien à voir avec l'argent qu'ils ont, personne ne dit "j'ai mangé, maintenant je peux penser aux chats", même dans les quartiers les plus pauvres les gens partagent avec les animaux des rues".
la réalisatrice et ses amis
La caméra va s'attacher à suivre 7 chats dans leurs pérégrinations quotidiennes, des chats sans maîtres mais avec tout un quartier comme territoires et de multiples amis et protecteurs, certains habitants en nourrissant même de grands nombres et d'autres vouent carrément leurs vies aux petits félins, comme ce vieil homme qui  a échappé de peu à la grands faucheuse et explique s'en être sorti grâce à eux et leurs vertus thérapeutiques. Ou cette boutique où la  cagnotte des pourboires est mise de coté pour d’éventuels soins vétérinaires.

 Il y a là Gamsiz dit "le caîd"un costaud effronté, Duman "le gentleman", poli et discret, Psikopat la bagarreuse, terreur des matous et des chiens, le beau Deniz dit "le mondain", Bengü, la courageuse qui ramène tout pour ses chatons, Aslan Parçasi "le chasseur", "engagé" par un restaurant pour éradiquer les rongeurs, et la belle rouquine espiègle Sari "l’arnaqueuse".

7 chats à forte personnalité  choisis parmi la trentaine de  chats qui ont été suivis pour les besoins du film, ce qui est frappant c'est la beauté de ces chats, ni famélique ni sales, avec parfois quelques cicatrices témoins d'un combat de rues; l’interaction avec les stambouliotes aussi dans cette région qui renvoie aux origines de la relation hommes/chats puisque c'est dans le "Coissant fertile" que les premières domestications se seraient effectuées.
On voit aussi dans le doc la disparition progressive de la vieille ville au profit de quartiers aseptisés où les chats - et bientôt les hommes - n'auront plus leur place. Et comme le dit un des intervenants "sans les chats Istanbul perdrait une partie de son âme".

Les images sont superbes, la BO orientalisante aussi, et le commentaire évite l'anthropomorphisme et le ton pompeux souvent de mise dans les docs animaliers, une bonne surprise donc et un film à offrir à tout amoureux des chats. Ce film a reçu beaucoup de récompenses ainsi qu'un bon accueil public et critique, ce  n'est que mérité, ajoutons qu'il a aussi le mérite de présenter une facette sympathique de la Turquie, plus sympathique que son inquiétant président..

ROCKIN "the cat"-JL


mercredi 17 octobre 2018

BUFFALO "Volcanic Rock" (1973), by Bruno



       Quelque soit la musique, de la plus mainstream à la plus extrême, de la musique classique au folk en passant par le Rock, on a toujours recherché ses origines, et en conséquence les précurseurs de tel ou tel mouvement. C'est d'autant plus fort dans la musique populaire de la seconde moitié du vingtième siècle, car on a l'avantage de pouvoir retrouver des faits tangibles. Ce qui n'empêche pas les débats passionnés et les diverses conjectures.
Ainsi, ceux portant sur la genèse du Hard-rock et sur celle du Heavy-Metal - intimement liée - génèrent encore des coups de sang, des crêpages de chignon (ou de tignasse, voire aujourd'hui de barbe "hipster" entretenue à grand renfort de crème et de coups de ciseaux du barbier) et des prises de bec (de Beck ?).

   Dans la continuité, il y a celle du Stoner, du Rock-stoner, généralement attribuée aux groupes de Desert-rock qui allaient faire cracher leurs amplis dans des no-man's land. Kyuss en étant certainement le meilleur représentant, même s'il est parfois plutot attribué à Soundgarden l'honneur d'avoir réalisé le premier disque de Stoner. L'origine de ce courant n'échappe pas à la règle : bien difficile d'en trouver la source. Qui se doit d'être multiple. Né d'une cohorte de chevelus visiblement férus de gros Heavy-rock qui tâche, gavé de fuzz baveuses, sensible aux premiers Black Sabbath, et rejetant les excès d'un Rock US terni par l'obsession de l'image et de la performance, ainsi que par les excès d'une production riche en cholestérol, le Stoner marque le retour - avant même l'explosion du grunge - à une musique robuste et ravageuse, sans fard et sans concession, qui semble puiser sa source à l'aube des années soixante-dix. Outre Black Sabbath, ce sont Blue Cheer, Sir Lord Baltimore et Leaf Hound qui sont le plus souvent mentionnés comme formations de proto-Stoner, ainsi que comme influences. Toutefois, en aparté, rien ne prouve que Kyuss, Soundgarden, Sleep, Fu Manchu, Clutch et autres Monster Magnet, aient volontairement suivi les traces laissées par ces groupes.
Les deux garnements : Wells & Tice

     Cependant, dans les disques que l'on peut considérer comme étant du proto-Stoner, bien qu'il possède tous les attributs propres au genre, il y en a un qui est parfois injustement omis : il s'agit de "Volcanic Rock". Un titre on ne peut plus approprié.
Un disque de dingues ! Un acétate de lave en fusion ! Une déflagration de rage ! Un condensé âpre de colère et de frustration.
Putain de bordel à queue ! C'est du lourd ! Une oeuvre de brutasses, sans foi ni loi ! Un objet de dépravation pour la jeunesse. Vade retro Satanas !!

     Pourtant, à l'origine, rien ne prédestinait l'explosion de ce volcan. Tout démarre avec  Dave Tice, un mono-sourcil, jeune émigré Anglais qui cherche à monter un groupe de musiciens avec d'autres garçons du foyer d'émigration. Suite à une annonce pour le poste de bassiste, un gars du coin, de Brisbane, rejoint le groupe en gestation de Tice. Un certain Peter Williams Wells. C'était en 1966 et la troupe se nommait The Odd Colours. Au fil et à mesure des changements de personnel, elle change de nom. Tice et Wells en restant le noyau dur et indissociable. Tous deux fondus de Blues, ils désespèrent de devoir se cantonner à jouer de la Pop, sous l'autorité d'une paire d'agents plus malfrats que professionnels. Ils quittent alors Brisbane pour Sydney, abandonnant leur dernier groupe, afin de repartir à zéro, avec d'autres musiciens, et, enfin, jouer du Blues. Le nouveau combo se nomme Head et le premier 45-tours réalisé, résonne pourtant encore très Pop. Même si c'est un peu plus  rugueux. Jusqu'au jour où ils virent leur guitariste. Ils auditionnent un blondinet, John Baxter, qui va totalement modifier le son de la troupe. Suivant les dires de Tice, bizarrement alors que l'optique du duo Tice-Wells est de s'engager dans une forme de Blues électrique, Baxter n'y connaît rien en la matière. Il y serait insensible. Cependant, après réflexion, ils estiment qu'il se passe quelque chose d'intéressant et décident de tenter l'expérience avec ce gars.

    Le quatuor est engagé par Vertigo, le célèbre label Anglais alors en pleine ascension et spécialisé dans le Rock Progressif - ce qui ne les a pas empêché de prendre Black Sabbath, Jucy Lucy et Status Quo en leur sein -. C'est leur première signature d'un groupe non-britannique.
de G à D : Economou, Baxter, Tice & Wells

     Le changement de patronyme annonce une nouvelle direction musicale radicale. Désormais, Dave Tice et John Baxter (les principaux compositeurs) vont faire dans le lourd.
     La formation se fixe autour de John Baxter, guitariste, Paul Balbi, batteur et Alan Milano, co-chanteur, en plus de Tice & Wells.
C'est sous cette mouture qu'un premier opus est réalisé en 1972. "Dead Foverer", fait déjà dans le lourd et n'a rien à envier à ses homologues du lointain continent américain. Il garde seulement encore quelques oripeaux de Blues et de Rock'n'Roll. L'album comporte justement une reprise de Chuck Berry, une de Terry Thompson (auteur pour Chess Records) pour Arthur Alexander - connu du public blanc par les versions de Johnny Kidd & The Pirates et des Beatles -, une de Blues Image (groupe de Mike Pinera) et une du premier lp de Free.
     Un premier disque parfois considéré comme la meilleure réalisation du groupe. Cependant, ce premier jet se révèle quelque fois foutraque et artisanal. Le duo de chanteurs n'étant pas toujours du meilleur effet, et John Baxter s'apparente - dans les moments les moins glorieux - à un Mick Box du pauvre couplé à un Tommy Iommi .
Étonnamment, Vertigo ne distribue pas les disques de Buffalo dans le Royaume-Uni. Peut-être par crainte de faire de la concurrence à Black Sabbath. Le label ne soutient pas non plus la bande pour traverser l'océan. Même si les retombées des quelques concerts qu'elle a pu effectuer à New-York ont été bonnes.

     "Volcanic Rock", sorti un an plus tard, va plus loin dans la débauche électrique. C'est une éruption magmatique de Rock, suivi d'une nuée (h)ardente constituée de riff primitifs incandescents et de chants démoniaques.
    Le Blues et encore plus le Rock'n'Roll, ne sont plus que de lointains souvenirs, ne parvenant à extirper le bout de leur nez de ce magma sonique qu'en de très rares occasions. Il est bien plus question de Heavy-Metal (proto ou pas) que de Heavy-rock. Buffalo veut être le groupe le plus lourd du continent et y réussit haut-la-main en proposant une musique se situant quelque part entre Blue-Cheer, Black-Sabbath et Steppenwolf, avec une tonalité principalement dans les graves et les médiums. C'est un séisme en Australie ; même les fans du premier disque ont de quoi être ébranlés. Jamais jusqu'à présent, un groupe Aussie n'avait déployé une telle puissance frénétique en studio. Même Billy Thorpe et ses Aztecs n'étaient pas allés si loin dans la déflagration lors de leurs mémorables prestations live.

  Paradoxalement, le second opus semble sonner plus artisanal ; ça crépite, ça sature, ça défouraille. Ça oscille comme si c'était au bord de la rupture. On peine à croire que l'Australie n'ait jamais voulu développer l'armement nucléaire tant cette galette et donc les énergumènes qui en ont creusé les sillons, semblent radioactifs.

     Un nouveau batteur, Jimmy Economou (un patronyme aux antipodes de son jeu), a été embauché pour cogner plus fort. Le deuxième chanteur a plié bagage, laissant le champ libre à David Tice. C'est un chanteur puissant, un hurleur, à la voix « rongée et terreuse », ce qui pourrait évoquer la prestation habitée de Richie Havens à Woodstock. Ou simplement Peter French, que l'on retrouve sur "Grower of Mushrooms", unique galette de Leaf Hound (longtemps objet de collection inabordable), sité justement comme pro-Stoner, et plus tard du brûlant "Ot'n'Sweaty" de Cactus.
     La guitare semble dégouliner, déborder, de cyclopéennes Fuzz grasses et lourdes. Aux propres dires du guitariste John Baxter, il n'utilisait sa Gibson SG que directement branchée dans un ampli de 200 watts de fabrication Australienne (les amplis Strauss, réputés comme les plus puissants du continent ; également utilisé par Wells pour sa basse). Le seul effet utilisé, en de rares occasions, étant une pédale Wah-wah. Tandis que la basse de Pete Wells, portée en avant, couvrant presque la batterie, apporte la seule touche groovy à cette musique sombre. Un groupe de dingues que rien n'effraie, même pas de piquer dans les célèbres "Paranoïd" et "Black-Sabbath" pour les restructurer dans "Shylock" en clôture.

   Après un "Sunrise" relativement conventionnel, bien proche de Black Sabbath en un peu plus hargneux, à partir de "Freedom", le quatuor anticipe carrément le Stoner-rock plus de vingt ans à l'avance. Il développe non seulement bon nombre de codes mais carrément le son et le grain ! A la fois lourd, poisseux, rampant, torturé. Avec en sus, quelque chose d'hypnotique. Des rythmes qui prennent leur temps, qui ne se bousculent pas. Tel un guerrier barbare massif, forgé par maintes batailles, avançant d'un pas assuré, sans précipitation, sur sa prochaine victime. Comme si la mise à mort n'était qu'une formalité.
  Samsara Blues Experiment n'a rien inventé, pas plus qu'Orange Globin.
L'instrumental "Intro : Pound of Flesh" est la complainte d'un cyclope ouranien désespéré de ne pouvoir briser ses chaînes pour sortir du Tartare et revoir le soleil.
   Il y a de la colère dans l'intonation et la nature des chansons. Tice est autant inspiré par sa littérature de prédilection, l'Histoire et la Science-fiction (qui, parfois, peuvent être proches ...), que par l'actualité. Il s'insurge contre la guerre du Vietnam et est sensible à l'écologie (thèmes que l'on retrouve dans "Sunrise"), et il lui semble que - déjà - les libertés sont doucement, mais sûrement, érodées.

   Ce  "Volcanic Rock" est l'équivalent, sinon d'une nuée ardente, du moins d'une tempête de sable envahissant Sydney, envahissant les avenues et les ruelles, couvrant la ville d'un lourd manteau de sable chaud, s'insinuant dans les oreilles et les narines. Si cette galette était sortie un an plus tard, en 1974, on aurait pu l'accuser d'avoir déclencher le tristement célèbre et destructeur cyclone Tracy.



   Pour couronner le tout, non content d'ébranler les bonnes moeurs de la jeunesse australienne par une démoniaque orgie sonique, ils osent une illustration de pochette des plus intriguantes et des plus controversées. Un géant blond asexué, perché sur un volcan en activité, brandit avec peine au-dessus de ses épaules un volumineux pénis (!). Shoking ! - alors que John Baxter souhaitait seulement que la créature brandisse une guitare enflammée au dessus de sa tête - Et lorsque que l'on déplie la pochette - gatefold - on découvre - ô surprise - que le volcan possède une belle paire de fesses. Shoking ! Mieux, la lave semble s'écouler de la face avant du volcan humanoïde, entre ses jambes ... Que fait donc la censure ? Au niveau marketing, si la pochette éveille la curiosité, elle freine aussi l'élan des vendeurs qui hésitent à l'exposer.

     Si certains groupes des 70's, dont deux sont déjà nommés plus haut, préfiguraient le rock Stoner, Buffalo est peut-être LE premier groupe Stoner, et on peut légitimement se demander si Josh Homme ne s'en est pas inspiré pour ses premiers enregistrements.
Nul doute que les amateurs de Queens of the Stone Age, Sleep, SasquatchOrange Globin, et autres Kyuss apprécieront.
Si les disques suivants sont moins sauvages, les concerts eux le restent.
On raconte même que Black Sabbath aurait douté en jouant après ce quatuor, à Sydney, tant le public répondait favorablement à ses assauts répétés.

     Dave Tice sera surnommé le parrain du Rock Stoner Australien, et restera une influence majeure en son pays. Il semblerait d'ailleurs qu'un certain Ronald Belford Scott, l'ait consciencieusement observé tant son attitude scénique révèle bien des points communs avec celle de Tice.
Lassé par le management et le label, qui ne cesseront jamais d'inciter le groupe à essayer d'être plus commercial, Pete Wells prend la résolution de quitter le navire, abandonnant son vieux compagnon de route Dave Tice. Un déchirement pour ce dernier qui le considère comme un grand frère. 
Wells s'en va former un autre groupe de freaks, qui va également faire saigner l'Australie, Rose Tattoo ( lien)
     Quant à Dave Tice, il considère que Buffalo a perdu son essence. D'abord avec le départ de Baxter, puis ensuite avec celui de Wells. Ce que confirme le dernier opus, "Average Rock'n'Roller", qu'il considère comme commercial et qui, effectivement, n'a plus grand chose à voir avec le Buffalo original. Il part retrouver l'Angleterre qu'il avait quittée à l'âge de treize ans et se joint, avec Paul Balbi (le premier batteur de Buffalo), aux Count Bishops.
En 2013, Dave Tice monte un groupe, Buffalo Revisited, pour ressusciter sur scène le répertoire de ce groupe qui avait tant compté pour lui. Principalement celui des trois premiers opus. Malheureusement, il est le seul membre d'origine.

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mardi 16 octobre 2018

BUDDY HOLLY - THE DAY THE MUSIC DIED - par Pat Slade



Le Deblocnot parle de tous les genres de musique, il n’est ni sectaire, ni coincé, il veut faire plaisir à ses lecteurs et essaye, par la même occasion, d’en ramener d’autres. Donc abordons les années 50 avec le plus connu des binoclards qui aurait eu 82 ans cette année et qui est décédé il y aura soixante ans l’année prochaine.




Buddy Holly l’envol !





De son vrai nom Charles Hardin Holley, le gamin voit le jour au Texas en septembre 1936. Il est le quatrième enfant de la famille et ses parents le surnomment déjà «Buddy». Très tôt il fera l’apprentissage des instruments de musique et surtout les cordes, le violon et le piano à quatre ans, puis la mandoline et la guitare à sept sans réelle formation musicale. On le trouve pour la première fois sur une scène en 1941 en compagnie de ses frères Larry et Travis. Ce jour-là, ils gagneront un prix avec une reprise d’un vieux standard country de T.Texas Tyler «Down The River Of Memories». Ce ne sera que vers l’âge de onze ans qu’il étudiera le solfège et qu’il va approfondir la maîtrise du piano, mais Il ne fera qu’une année d’étude musicale, préférant poursuivre son apprentissage en autodidacte. Il rejoue d’oreille les morceaux entendus à la radio, ce qu’il fera plus tard à la guitare. A quinze ans, Buddy est capable de rejouer les grands classiques de country et de western et surtout ceux Hank Williams à la guitare.

En 1949, il forme un duo avec son ami de collège Bob Montgomery. Le duo nommé simplement «Buddy et Bob» va surtout jouer du bluegrass dans les assemblés scolaires et les émissions de radios locales. Ils vont faire une maquette de deux titres chez Buddy en 1953, c’est aussi l’époque où arrive Larry Welborn à la basse et Jerry Allison à la batterie. Le succès aidant, ils auront leur propre émission de radio où ils pourront bénéficier d’une demi-heure de concert tous les dimanches. Ils se produisent occasionnellement dans l’ouest du Texas avec Don Guess, un joueur de pedal steel. Ils enregistreront quelques titres pour la station de radio KDAV principalement écrits par Bob Montgomery, beaucoup de country, mais aussi la musique qui monte : le rockabilly. Elvis y était-il pour quelque chose ? Ce dernier croisera la route de Buddy Holly, lui et sa bande feront même sa première partie. Et c’est après une autre prestation avant Bill Haley and the Comets que Buddy est remarqué par l’agent Eddie Crandall qui lui fera signer un contrat chez Decca. Montgomery et Welborn seront remplacés par Sonny Curtis (Guitare) et Don Guess (Contrebasse) ils accompagneront le chanteur sous le nom de Three Tunes. Ils enregistreront une première version de «That’ll Be the Day».

Buddy Holly & the Crickets
Le groupe sera encore remanié avec le bassiste Joe Mauldin et le guitariste Niki Sullivan, ils vont réenregistrer «That’ll Be the Day» qui sera publié en 1957 sous leur nouveau nom de Buddy Holly & the Crickets. Ils avaient envisagé de s’appeler The Beetles. Le chanteur derrière ses épaisses lunettes passe pour un intello du rock, mais ses mélodies et son jeu de guitare en feront une icône dans l’éclosion du rock. Ils vont jouer à New York au fameux Apollo Theater de Harlem où les organisateurs comme le public s’attendaient à voir débarquer un chanteur noir. En janvier 1958 sort «Peggy Sue», initialement intitulé «Cindy Lou» le morceau sera rebaptisé à la demande du batteur Jerry Allison pour en faire une dédicace à sa fiancée. Ce sera aussi l’année des tournées du Royaume-Uni au États-Unis jusqu’en Australie. Buddy va aussi se marier dans le plus grand secret avec une portoricaine Maria Elena Santiago, le mariage mixte étant tabou, il ne fallait pas créer de scandale.

Le deux février 1959 après un concert dans l’Iowa Buddy Holly va louer un avion pour se rendre dans le Dakota du nord. Le petit Beechcraft emmène les autres artistes de la tournée, Richie ValensLa Bamba») et The Big BopperChantilly Lace»). Ils ne parcourent que huit milles (14 kilomètres environ) avant de s’écraser sous une tempête de neige tuant tout ses passagers. Le chanteur de country Waylon Jennings guitariste du groupe de la tournée venait d’échanger sa place avec Big Bopper.

Paul McCartney "Coming up"
Buddy Holly ! 22 ans, c’est trop jeune pour mourir surtout quand on a un talent qui n’aurait fait que se développer avec le temps. Buddy Holly a marqué les esprits des groupes et autres musiciens qui arriveront ensuite. Les Beatles choisiront leur nom en hommage au Crickets, le premier hit des Rolling Stones sera «Not Fade Away» un titre de Buddy, Elvis Costello à ses débuts n’avait-il pas une petite ressemblance avec le guitariste des Crickets ? Deux films et une pièce de théâtre ont contribués à sa mémoire. En 1976 Paul McCartney grand fan, rachètera les droits d’édition du catalogue de Buddy Holly et comme sir Paul n’est pas à une excentricité près, dans son clip «Coming up» en 1980, il apparaît grimé comme son idole.

L’existence de la comète Buddy Holly fut courte mais intense et elle ouvrira de multiples portes au rock’n’roll du futur. La légende est loin de s’éteindre.