samedi 18 novembre 2017

Aram KHATCHATOURIAN – Gayaneh (Suite) - KHATCHATOURIAN (1962) – par Claude Toon



- Tiens M'sieur Claude… La danse du sabre et l'adagio entendu dans 2001 Odyssée de l'espace… Nouveau compositeur dans le blog et un extrait qui plaira à M'sieur Luc…
- Oui Sonia, retour à l'orchestre après une quinzaine avec le piano en vedette. Pas le ballet en entier, mais une suite dirigée par le compositeur lui-même…
- Et en plus la Philharmonie de Vienne, il ne se refuse rien le compositeur ! Un bon chef d'orchestre ?
- Absolument, cinq morceaux seulement, mais quelle vitalité. Et en plus le son est très bon en ces années des débuts de la stéréo…
- Ah, et en bonus un adagio de son autre ballet Spartacus, très connu aussi je crois.
- Oui, ça fait partie du même album, un disque échantillon allez-vous dire ma petite Sonia, certes, mais un disque culte…

Ô la danse du sabre doit bien vous dire quelque chose, éveiller un souvenir. Cette danse symphonique de l'extrême, menée à un rythme d'enfer a nourri nombre de publicités (Adidas et Lessive Chanteclair) ou de scènes hyperactives au ciné. Quant à l'adagio, Stanley Kubrick a immortalisé la beauté sidérale et statique de la pièce dans plusieurs plans de son chef-d'œuvre 2001 Odyssée de l'espace, notamment la traversée interstellaire du vaisseau lors du début de son voyage vers Jupiter, quand les spationautes contrôlent encore la situation. Le cinéaste avait choisi une interprétation lente, presque largo, pour mieux souligner l'éternité et le vide de l'espace, l'infinie lenteur de cette quête. Presque  glaçant… Donc oui, ne serait-ce que par ces deux passages de Gayaneh, vous avez déjà rencontré l'univers luxuriant ou tendre du compositeur arménien Aram Khatchatourian.

Né en 1903 à Tbilissi en Géorgie, mais de famille arménienne. L'Arménie sera englobée dans l'URSS dans les années qui suivront la création de la sphère soviétique. Le compositeur disparaîtra en  1978 à Moscou ; deux dates qui en font un quasi contemporain de Chostakovitch. Comme ce dernier, Khatchatourian sera l'un des piliers de la musique soviétique. Il étudiera composition et violoncelle dans un premier temps à l'Académie russe de musique Gnessine, puis au conservatoire de Moscou. Il se lie d'amitié avec d'autres compositeurs de sa génération : ses professeurs Nikolaï Miaskovski et Reinhold Glière.
Khatchatourian aime le ballet (Gayaneh et Spartacus sont ses œuvres les plus populaires) et les musiques de son pays. À l'image de Bartók en Hongrie, il sera le premier compositeur russe à nourrir ses ballets de danses et airs folkloriques tout en adoptant un langage plutôt moderne. La nomenklatura de Staline n'aime pas trop la musique moderne taxée de "dégénérée" comme je l'ai souvent évoqué dans ces pages. L'intérêt du compositeur pour les musiques traditionnelles du peuple russe fera passer la pilule (pour un temps). Khatchatourian composera même l'hymne de la République Socialiste Soviétique d'Arménie ! Un prix Staline en 1941 pour son concerto pour violon. Khatchatourian un cacique inféodée à la culture officielle ? Pas certain.
En 1948, le petit père des peuples et son valet alcoolique Jdanov décident de nouvelles purges dans les milieux artistiques. Accusé de "formalisme" Khatchatourian se retrouvera lui aussi à faire son autocritique, sur le même banc que Chostakovitch, Prokofiev, Miaskovski etc.
Hormis ses deux grands ballets et ses principaux concertos pour piano (avec une scie musicale dans l'instrumentation !) ou pour violon, deux ouvrages dédiés respectivement à Lev Oborine et David Oïstrakh, la discographie de Khatchatourian est modeste. Et c'est dommage car si la dimension folklorique de ses œuvres et quelques facilités d'écriture ne font pas de Khatchatourian un compositeur de premier plan, on aimera la vitalité et la poésie de son style. Diverses sonates et rhapsodies-concertos tardifs dédiés entre autres à Mstislav Rostropovich ou Leonid Kogan devraient connaitre la reconnaissance par le disque.
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2001, Odyssée de l’espace - le vide cosmique et l'adagio de Gayaneh
En juin 1941, les nazis envahissent la Russie. Dans un pays où les purges ont décapité les officiers d'une armée mal préparée et institué un régime de terreur, les désastres militaires se succèdent. La dictature en danger va exiger de toutes les forces du pays, en tête les artistes, de galvaniser dans leurs œuvres le sentiment patriotique (comprendre porter au pinacle le régime).
La musique de Gayaneh a été composée en 1939 et son livret bien dans la ligne de ces exigences vont être peaufinés et chorégraphiés. À travers une histoire simplette et héroïque, Khatchatourian en a profité pour composer une grande fresque folklorique à grands renforts de danses villageoises.
En deux mots : Gayaneh est une jeune femme, l'égérie de son Kolkhoze. Elle est la fille d'Avanes le responsable dudit Kolkhoze. Ensemble, ils capturent un étranger, un espion spécialisé dans les secrets géologiques !? Les "esprits faibles" sont sensibles au discours de l'homme, mais l'amour de la patrie et du travail en collectivité prôné par Gayaneh aura raison de l'horrible traître… Le ballet se termine sur un hymne au régime communiste ; Gayaneh vivra heureuse et aura beaucoup d'enfants. Pardon Sonia ? Ce n'est pas dans l'argument ça ? Ah bon !
Cette histoire est un peu débile, d'une naïveté à l'évidence adaptée aux exigences politiques de ces temps de guerre. Mais la musique s'appuyant sur des thèmes folkloriques et une orchestration faisant appel à de nombreux instruments typiques, il en résulte une partition assez sympa, surtout dans la forme suite. Et quand je parle d'orchestration rutilante, jugez un peu de la fantaisie :
3 flûtes + picolo, 2 hautbois + cor anglais, 3 clarinettes + clarinette basse, saxophone alto, 2 bassons, 4 cors, 4 trompettes, tuba basse, timbales, triangle, tambourin, 2 caisses claires, grosse caisse, cymbales, tamtam, Doyre (tambour arménien) et doli (djembé caucasien), xylophone, marimba, vibraphone, chimes, célesta, piano, 2 harpes et les cordes…
En 1962, Aram Khatchatourian a donc gravé à Vienne cinq des tableaux les plus représentatifs du ballet. Il faut noter que le compositeur allégera sa partition en 1952 et 1957 après la déstalinisation.

danseuses jouant des doyres
1 – La danse du sabre : l'extrait le plus célèbre, intervient dans le final du ballet. Cela explique la furie symphonique, pas très légère, la virilité et le ton de réjouissance générale qui la caractérise. On y discerne une forme tripartite. Une introduction presto, virulente voire féroce au rythme implacable déchaîne l'orchestre. Une partie centrale plus calme propose un autre motif chanté par les cors et le saxophone. Les premières mesures sont reprises da capo avec quelques notes trépidantes sur le marimba. Khatchatourian  lance le plus bel orchestre du monde à l'assaut des portées de manière paroxystique mais en ciselant toutes les nuances. Pour une fois cette musique respire à la fois frénésie et clarté, gommant ainsi une légère vulgarité parfois reprochée.

2 - Le réveil d'Ayshe et danse [2:25] : Khatchatourian n'aime pas les airs trop longs. Exception pour cet extrait. Une lumière sombre aux sonorités brumeuses des bois et des percussions dominant le discours. [3:53] Une danse rythmée et galante dans laquelle on retrouve une orchestration concertante et chamarrée suit le réveil (harpe, saxo, tambourin…). Je me demande dans quelle mesure le thème principal de la B.O. de Basil Poledouris pour le film Conan le Barbare n'a pas été pompé in extenso à partir de ce passage ?

Dohl (Doli)
3 – Lezghinka : [7:38] autre danse énergique et rythmée par les percussions. On pourra être surpris par des sonorités orientalisantes. Rien d'étonnant, l'Arménie a subi de nombreuses influences du monde arabe (et même un génocide). Khatchatourian nous entraîne dans une musique généreuse et colorée. Décidément, depuis Tchaïkovski, la musique des compositeurs russes ou apparentés aura donné beaucoup de richesses à l'univers du ballet ; pensons à Prokofiev et à Stravinsky même si celui-ci a préféré vivre en occident. Le compositeur ne ménage pas les musiciens, exemple : une incroyable mélodie rugie aux cors dans l'introduction. Non ce n'est pas une musique simpliste ! Quelle orchestration luxuriante ; Rimski Korsakov, où te caches-tu ?

4 – Adagio : [10:21] ce tendre et sensuel mouvement a été immortalisé par Kubrick. Il se présente comme un thrène sans motif très défini. On ne trouve pas de formes très imposées dans Gayaneh, juste une valse dans la conclusion. C'est en cela qu'une certaine modernité de l'écriture rejoint une musique non intellectuelle dédiée à la danse, au spectacle. Un passage rêveur, nocturne, sans complaisance ni pathos. Seules les cordes sont sollicitées hormis quelques notes de harpes.

5 – Gopak : [14:38] Dans la sélection préparée par Khatchatourian pour ce disque, il faut avouer que le choix de Gopak n'est pas le meilleur. L'écriture apparaît plus brouillonne que dans les autres morceaux. Par contre, on ne peut nier au compositeur-chef un sens de l'humour marqué. Et si à la manière de Chostakovitch dans ses symphonies, les excès de réjouissance patriotique n'étaient que parodie ?

Le ballet complet dure deux heures comporte une cinquantaine de tableaux d'intérêt divers. Pour achever ce billet, je suggère une écoute plus complète d'extraits de Spartacus et de Gayaneh sous la direction de Yuri Termikanov, grand chef russe élève de Evgeny Mravinsky (EMI). (Sans l'adagio, hélas ; pourtant il y avait largement la place…). Il existe très peu d'enregistrement du ballet dans son intégralité. Celui du chef Loris Tjeknavorian pour RCA est le plus recommandable. En complément, une vidéo : l'adagio de Spartacus par Khatchatourian sur le même disque viennois.

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vendredi 17 novembre 2017

MATT HELM TRAQUE d'Henri Levin (1967) par Luc B.


Matt et son sèche-cheveux à la main...
Vous souvenez-vous de MATT HELM, une série télé de 1975 (l’année suivante en France) avec Tony Franciosa ? J’adorais cet acteur, très classe, et la série aussi. Dans cette adaptation télé, le personnage de Matt Helm était détective privé à Los Angeles.

Mais à l’origine il s’agissait d’une série de romans écrits par Donald Hamilton, 7 ans après l’apparition en librairie de son cousin british James Bond. Matt Helm est un coriace, un cynique, un violent, qui a la permission de tuer, comme qui vous savez… Et qui en pleine Guerre Froide, parcourt le monde pour sauver sa belle démocratie. Au total 26 romans de 1960 à 1993.
Les bouquins ont rapidement été adaptés au cinéma. Quatre films avec dans le rôle-titre Dean Martin. Doit-on les prendre pour des parodies ou juste des comédies ratées ? Le premier et le quatrième  (dans lequel on retrouve tout de même Sharon Tate et Elke Sommer pour l’aspect bikini de la chose, et le jeune Chuck Norris pour les biscotos) ont été réalisés par Phil Karlson. Les épisodes 2 et 3 sont mis en boite par Henri Levin, qui avait réalisé VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE (1959) d’après Jules Verne, un film que j’adore, avec le classieux James Mason. Et qui 10 ans avant l’ère hippie, bénéficiait déjà d’une photographie très psychédélique, à croire que le gars Levin écrivait ses scripts à l'encre et surtout aux buvards…
Mais retournons à notre espion… Dans MATT HELM TRAQUE (1967) adapté du roman The Ambushers (1963, Série Noire n°933), il y est question de soucoupe volante, les mêmes qu’on voit dans la série LES ENVAHISSEURS, d'ailleurs, d'après mes infos, David Vincent n'aurait toujours pas trouvé son chemin... Bref, des soucoupes particulières : elles ne peuvent être pilotées que par des femmes. Si un homme s’y trouve seul à bord, il sera horriblement… horriblement quoi, je ne sais pas, à l’image, le mec devient orange, puis rouge (filtre photo) et convulse en poussant des hurlements… C’est ce qui attend le méchant à la fin. Oh merde !! J’vous ai raconté…
Le méchant c'est José Ortega, qui au Mexique détourne le prototype d'une soucoupe des services secrets, viole sa conductrice Sheila Sommers, qui revient bredouille et amnésique à la base des espions. Le chef Mac Donald demande à Matt Helm de régler cette histoire. Il fera équipe avec Sheila (bah oui, elle peut piloter l’engin et a vu son agresseur) pour sa couverture de photographe de mode.
Ce qui nous vaut des scènes dont Michel Hazanavicius s’est fortement inspiré pour ses OSS 117, Matt Helm déambulant autour de la piscine d’un hôtel d’Acapulco, appareil photo en bandoulière (mais aussi une arme redoutable, calibre 9 mm) entouré de nymphettes en bikini. Et année 1967 oblige, Henri Levin surfe sur la vague, filles au profil hippie, la robe au ras du mariage, décolletés avantageux, et musique ad-hoc. Plusieurs plans sont filmés au fish-eye (objectif ultra grand angle) censés illustrer un trip au LSD, sauf que ça intervient n’importe comment, c’est juste histoire de. Les dialogues ne sont pas piqués des hannetons… J’imagine que les blagues originales étaient intraduisibles, les adaptateurs y sont donc allés à cœur joie… « - Allo ? - Pétillante, pour moi » Voyez le genre ? Ou des trucs comme : « - Que vous a demandé cette fille ? – Si je voulais visiter son arrière-boutique ». Arfff…  Et ça n’arrête pas, Matt Helm en lâchent des dizaines du même tonneau.
Les péripéties s’enchainent, mêlant scènes d’actions, d’humour, de séduction. On ne comprend pas toujours la logique, comme lorsque Matt Helm s’introduit dans la brasserie du méchant Ortega, et après une bagarre, tombe dans une cuve à bière. Qu’il goute goulument bien sûr, mais surtout, il se retrouve à patauger auprès de Quintana (bras droit d’Ortega) dont on se demande ce qu’il fait là, pourquoi, comment… Exemple de scène comique : pour échapper à des types, Matt Helm à recours à un rayon hypnotisant, les gars se pétrifient comme des statues, le froc tombé sur les chevilles. On se frotte les yeux pour y croire (et j'ai retrouvé la photo aux archives du Los Angeles Movies Institute)...
Comme chez James Bond, le film regorge de gadgets. Le ceinturon de Matt Helm, une fois trempé à l’eau, durcit pour devenir une matraque. L'allusion phallique relève du hasard... Ortega a un flingue (l’accessoiriste a été dénicher un sèche-cheveux ?) qui déplace les objets. Pratique pour se servir un verre, sans aller jusqu’au bar, ou désarmer un ennemi. C’est avec ce même joujou que Matt Helm va téléporter Sheila Sommers d’un train lancé à toute pompe jusqu’au siège de sa moto !! Le clou, c’est lors d’un bivouac nocturne. Pas question de dormir à même le sol. Matt Helm actionne une manette dans le coffre de sa voiture, et une tente se gonfle, modèle XXL, avec un grand lit rond, des tables de chevet, gonflables aussi, mais en prime des sièges en dur !!! Heu… ils sont rentrés comment, les fauteuils ? Y'a le rouge à lèvres empoisonné, pas con, quand on veut endormir un Don Juan comme Matt.
Ces films n’ont strictement aucun intérêt - ou ethnographique - c’est tellement bâclé que cela en dévient drôle, les effets de transparence sont juste hallucinants (scène finale à moto). Mais ça marchait, Dean Martin en a tourné quatre en deux ans.
Ah si, une idée rigolote. A la toute fin, Matt Helm forme une jeune et blonde recrue. Première leçon donnée à la fille : si un homme tente de vous séduire, cédez. (le film est trop vieux pour avoir été produit par Harvey Weinstein...). La recrue n’est pas très enthousiaste et rechigne à embrasser l’espion, quand on entend dans la bande son « Strangers in the night » chanté par Franck Sinatra. La fille s’illumine soudain, comme en transe, et roule sa pelle à Matt !! Pour rééquilibrer ce gag, si on fait gaffe, on remarque à l’arrière-plan une pochette de disque : les plus grands succès de… Dean Martin !

THE AMBUSHERS (1967)
couleur  -  1h40  -  format 1:1.85 

 
La bande annonce d'époque.... On n'en fait plus des comme ça, la clope au bec...
 
 

jeudi 16 novembre 2017

VALPARAISO "Broken homeland" (2017)


Plus que de groupe il faut parler de projet artistique pour Valparaiso, un projet né en 2008 quand des membres du groupe Jack the Ripper (du nom d'un titre de Nick Cave, une de leur principale influence) forment "the Fitzarraldo sessions" (référence au film de Werner Herzog avec un Klaus Kinski   halluciné comme jamais(1982)) , invitant à les joindre des musiciens issus de différents groupes de la scène alternative, un album en sort "We hear voices" en 2009.  C'est la même équipe, donc rebaptisée Valparaiso que nous allons retrouver ici: Hervé (guitares)et Thierry Mazurel (basse, contrebasse) , Adrien Rodrigue (violon, violoncelle), tous 3 anciens Jack the Ripper, Mathieu Texier (guitares) et Thomas Belhom (batterie); sur leurs musiques une flopée d'invités venus prêter leurs voix, textes et/ou instruments, le tout produit par John Parish (PJ Harvey, Tracy Chapman, Eels, 16 Horsepower..)
valparaiso (image: ameriquedusud.org )
Valparaiso, voila un nom qui fait rêver et invite à l'aventure, "Valle paraiso" ("vallée paradis" en espagnol) , le premier port et deuxième ville du Chili,  carrefour de cultures et autrefois surnommé "le joyau du Pacifique", ville native de Salvador Allende et de son bourreau le sinistre général Pinochet...Mais trêve de géographie et d'histoire, passons à la musique.
Et on est scotchés d'entrée par le morceau "Rising tides", musique country folk crépusculaire, et 2 voix, celle d'outre tombe du songwriter de l'Arizona Howe Gelb auquel répond  la voix pure et claire de  Phoebe Killdeer, une australienne née en France, chanteuse du groupe Nouvelle Vague et également de Phoebe Killdeer & the Short Straws. Je me faisais la réflexion que l'ambiance de ce titre était très  "Tom Waits" et voila que j'apprend sur sa bio que Phoebe est une grande fan du Tom, pas un hasard donc. Ensuite c'est Rosemary Stanley, la chanteuse franco-américaine de Moriarty  dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais dans ces colonnes ( 'love-i-obey') , qui  prend le micro sur "Fireplace", encore un beau morceau un peu mélancolique où piano, violon et guitare s'entrelacent.  Voici venir la chanteuse Floridienne Shannon Wright (qui a sorti un album avec Yann Tiersen en 2004) sur "Bury my body" qui nous demande d'enterrer son corps sur la champ de bataille, pour le coup c'est un peu du Suzanne Vega que cela m'évoque. ..Sur "Blown dy the wind" c'est le chanteur belge Marc Huygens (du groupe Venus) qui s'y colle avant le retour de Phoebe Killdeer sur un "Wild birds"  épuré et apaisant. Nouvel invité en la personne de Josh Haden , fondateur du groupe Spain, et qui n'est autre que le fils de l'illustre jazzman Charlie Haden pour "Constellations", belle ballade sous le ciel étoilé.


Sur l'instrumental "Valparaiso" c'est John Parish lui même qui sort les guitares pour les   grands espaces, voyages au long court , chevauchées dans les paysages arides au milieu des  cactus.
On retrouve Howe Gelb sur "the allure of Della Rae", de la country , enfin pas la country traditionnelle de grand pa', mais une country moderniste, matinée de rock indé et même un soupçon grunge (l'intro). Shannon Wright et John Parish s'associent sur "The river", un des plus beaux titres de l'album, délicat et plus énervé sur la fin, beau et sombre  comme du Leonard Cohen. Phoebe revient chanter la chanson titre "Broken homeland", sorte de pop atmosphérique pleine de mélancolie à l'image d'une"patrie brisée".
Une nouvelle venue que Julia Lanoë  sur "Le septieme jour", premier titre en français, un sacré numéro celle là, des groupes Mansfield.TYA ou Sexy Sushi, groupes dans la mouvance electro, punk rock indé , Sexy Suhi s'étant notamment fait remarquer pour un titre qui fera polémique: "Meurs meurs Jean-Pierre Pernault"...un titre apocalyptique déchiré de guitares électriques, il y est question de prophéties  de fin du monde, un peu flippant tout ça...On retrouve Marc Huygens sur "Dear darkness" et pour finir voici Dominique A sur  " Marées hautes" , on ne le présente plus (et ça m'arrange car j'avoue ne pas trop le connaitre..) , belle voix en tous cas.

Voila un bel album, pas forcément facile d’accès mais riche et captivant qui a su éviter les dangers que représentait la succession de tous ces artistes au fil des titres  ; en effet il s'en dégage une unité  et une cohérence qui n'était pas gagnée d'avance, encore que tous ces musiciens parlent la même langue; celle de  Nick Cave, de Tom Waits, de Moriarty, d'americana, de rock/folk/western et nous font voyager pour pas cher, alors embarquons destination Valparaiso...

ROCKIN-JL

mercredi 15 novembre 2017

CAROUSEL VERTIGO "Revenge of Rock'n'Roll" (17 novembre 2017), by Bruno



        Il y a quelques années, un vulcanologue du Rock, amateur de grenouilles biens grasses, avait fait office de lanceur d'alerte au sujet d'un combo plus que prometteur, Carousel Vertigo. Le collectif venait alors de réaliser un album plein de jus Heavy-rock nuancé de parfums bluesy bien velus. Petit problème : impossible de trouver cette galette ; ou, dans de rares cas, à un prix prohibitif.
On a cru le groupe retiré du circuit, dépité devant l'injustice de proposer de la bonne musique tout en restant totalement délaissé par les médias qui préfèrent les bimbos décervelées dénudées et les poseurs crâneurs mythomanes au langage fleuri et limité (c'est une généralité). Encore un groupe méritant ayant perdu tout espoir, usé par faute de s'être obstiné à vouloir promouvoir une musique incompatible avec les médias français. Quatre années de silence.

       Et puis voilà que sans crier gare débarque au bureau la copie de presse d'un Carousel Vertigo. J'ai même douté qu'il s'agisse bien du même groupe. Mais dès les première minute d'écoute, plus de doute. Cette bande formée par une paire de guitaristes complémentaires, adeptes de Gibson râpeuses, est toujours vivant. Et plutôt en forme, en pleine possession de ses moyens. C'est du sérieux.
de G à D : Press & Martinez

       Carousel Vertigo, c'est avant un projet né de la rencontre de Vincent Martinez et Jansen Press. Tous deux guitaristes, le premier cumulant instrument et chant. Le premier est français, accompagnant à la demande  différents groupes en concert ou pour quelques séances studio. Le second est américain, originaire du New-Jersey, et après avoir bourlingué en Floride puis à Nashville, il est rentré chez Gibson où il est actuellement chef de produits. De temps à autre, il est sollicité pour effectuer des démonstrations. Il y a pire comme boulot ... Probablement que ses Gibson lui sont offertes ; au pire, elles seraient accessibles à un "prix d'ami" défiant toute concurrence. (soupirs .... y'en a qu'on d'la chance ... soupirs bis ...).

       Tous deux se sont rencontrés au Salon de la Musique de Paris de 2008, et en parlant guitares et amplis (sain sujet de conversation) ils se sont découvert de nombreux points musicaux communs. Particulièrement du Heavy-rock des années 70. Ils auraient même tapé le bœuf sur du Cheap-Trick et du bon vieux Foghat. Haaaa .... gage de bon goût. Bref, le courant est passé et il aurait été regrettable de ne pas aller plus loin alors qu'ils ont trouvé chacun un frère d'armes.
Tous deux ont pour but de se faire plaisir, de s'épanouir en développant un Heavy-rock que l'on qualifie aujourd'hui de Classic Rock. Du Heavy mâtiné de Blues teigneux et parfois d'âpre Boogie. Plus particulièrement celui qui a rayonné lors des années 1973 à 1980.

        Après quelques années à s'affûter sur les scènes, dont une première partie pour Status Quo en 2009,  ils  embarquent à leur suite un atout en la personne de Jimmy Montout. Le sympathique batteur (par ailleurs multi-instrumentiste) que l'on connait désormais pour avoir prêté main forte à  Gaëlle Buswell et Manu Lanvin. Une valeur sûre, un de ses batteurs capables de faire la différence par un groove et une frappe pertinents et infaillibles.

       Pour ce second opus, ils ont voulu faire les choses bien. Mettre les petits plats dans les grands. Déjà, il y a la présentation du livret fort réussi qui attire l'attention. Ensuite, Press a usé de ses relations outre-Atlantique pour peaufiner et étoffer, enrichir la musique sans l'étouffer. Il a demandé de l'aide à des potes qu'il s'était fait lors de sa période Nashville pour assurer une section de cuivres. Et du même secteur, c'est Mike Webb qui a été requis pour apporter sa science des claviers. Un gars qui a déjà "offert" ses services à John Fogerty, à Glenn Hughes (lors de sa parenthèse California Breed) et aux Rival Sons (pour la tournée US 2014). Et pour compléter la série des participants ricains, Garry Wayne Tallent, le bassiste historique du E. Street Band, qui a aussi joué avec Southside Johnny, apporte ici sa petite contribution à quelques chansons. Avec ces deux là, ça fait une belle carte de visite pour un groupe français.
       Les ajouts de claviers et des cuivres sont utilisés à bon escient. Ils n'ont été sollicité que parcimonieusement, quand le besoin s'en faisait sentir. Tantôt pour apporter une couleur supplémentaire rhythm'n'Blues, tantôt pour donner du corps, voire un soupçon de boogie relativement plus roots. Comme sur le succulent, mi-Glam-rock mi-Boogie-à-la-Status-Quo "Honey Do", où un piano sautillant apporte son pesant de Rock'n'Roll. Tandis que sur "I May, I Might" un orgue Hammond donnerait presque une touche Uriah-Heep si derrière, les grattes ne s'empressaient de rugir pas comme un Whitesnake d'antan, voire un Moxy. Le coda de ce morceau semble faire un clin d’œil appuyé à Ken Hensley.

Les cuivres, eux, ne sont utilisés qu'en renfort du titre éponyme, le bien nommé "Revenge of Rock'n'Roll" qui annonce sans ambiguïté la couleur de l'album. Un retour à certaines valeurs rock'n'rollesques, sans chichis, sans tricheries, sans mensonges. Retour à l'essentiel et à l'authenticité. Sans contexte d'obédience Hard mais qui n'omet ni le rythme, ni le groove. Cette chanson éponyme bien cuivrée, rappelle un peu le style de certains titres de bravoure de Johnny Hallyday ; cependant ici, c'est avec plus de fat, de gras et de poils. Plus biker "grands espaces" que de St-Trop'.

       Et pour finir avec les instruments complémentaires et occasionnels, il y a cet harmonica mordant sur "Well, Alright" qui renforce l'affiliation  Quireboys de ce morceau de boogie poisseux de bad boys. Lien renforcé par l'attaque de l'orgue au goût de vieux cabaret limite décrépit mais chaleureux. On remarque sur cette chanson, un délicieux petit break à la slide qui résonne comme le "Rock'n'Roll Outlaw" de Rose Tattoo. Hommage ou coïncidence ?  Ou simplement une résurgence de la mémoire inconsciente, car la pulsation évoque inévitablement cette fameuse chanson.
Pour enchaîner avec les affiliations, on ne peut faire l'impasse sur "Get It On" qui présente trop d'analogies avec le "Train Kept a Rollin' " tel qu'il est joué par Aerosmith sur leur deuxième opus, "Get Your Wings" pour que cela ne soit que le fruit du hasard. (attention aux royalties)

Mention spéciale à "Don't Take it to Heart", écrit le lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris (avec le Bataclan, entre autres).

       Sinon, question guitare, ça évolue dans un registre croustillant et savoureux comme une croûte épaisse de fromage dorée au four et arrosée au bourbon. Ou plutôt la peau d'une volaille rôtie au feu de bois. Ça crunch sec. Du grain serré (papier abrasif moyen). Ça évoque une bonne Gibson SG- ou quelques fois une Melody Maker - branchée dans un Marshall, voire un Fender Bassman, en transitant par une Boss Blues-driver. Toutefois, sur leur vidéo, ils font étalage d'amplis Blackstar, une marque bénéficiant d'une très bonne réputation en matière de saturation (1) ; même chez les petits combos. Mais pour les pelles, c'est du 100% Gibson. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer une des facettes de son boulot chez Gibson (les démonstrations), Jansen Press ne fait jamais dans le démonstratif, ni la parade du paon en rut. C'est toujours concis et foncièrement en adéquation avec le morceau. Et son partenaire suit le même chemin.
Au sujet du chant, c'est à croire que Vincent Martinez serait bien moins Français qu'Australien. Ou Écossais. Car il se rallie au gang des voix éraillées, des gosiers rincés au scotch whisky, les cordes vocales meurtries par le vent brûlant du bush. Un timbre entre Simon Meli, Dan McCafferty, Lex Koritini, Joe Elliott, Jonathan Gray, John Corabi.

       Une valeur sûre du Heavy-rock/Hard-blues français qui a déjà quelques échos outre-manche. Mais pourquoi spécifier "français" ? La musique n'a pas de frontières, c'est un langage universel. Le seul apte à rallier les peuples.

01 No More Hesitatin'
02 Honey Do.
03 Revenge of Rock and Roll.
04 Jackie Run Run.
05 Hideaway.
06 Hard Luck Lover.
07 Get It On.
08 Well, Alright.
09 Don't take It To Heart.
10 May, I Might.



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(1) Aujourd'hui, de nombreuses personnalités de la guitare utilisent ces amplis. Pour ne citer que les plus célèbres : Pat Travers, Steve Conte, Alan Nimmo, Jared James Nichols, Reeves Gabrels, Randy Bachman, Leslie West, Frank Hannon, Gaz Coombes, Warren Haynes, Gus G, Sammy Hagar, Reb Beach, Steve Jones, Neal Schon, James Williamson, Ted Nugent, Laurence Jones, Richie Sambora, Bootsy Collins, Kim McAuliffe, Dave Ellefson, Billy Gibbons, Carlos Cavazzo, Albert Hammond Jr.