dimanche 19 avril 2015

EN AVRIL LE DEBLOCNOT NE PERD PAS LE FIL




Philou avait consacré il y a quelques semaines une luxueuse saga en  3 volumes consacrée à Genesis, on reste dans la galaxie de la Genèse avec cette fois la carrière de Steve Hackett, guitariste du groupe de 1970 à 1977, et qui le quitta pour voler de ses propres ailes. On le retrouve ici pour un Live au Japon en 1996 avec un line up du tonnerre, les tubes s’égrainent et Philou poursuit s'Hackett du Graal avec cet album presque parfait.

Mardi Rockin a écouté le dernier album de Devon Allman, fiston de Gregg de l'Allman Brothers Band et neveu de Duane, le motard de Macon . Le garçon a un sacré potentiel et ça balance bien entre blues rock musclé et parfums sudistes mais quelques compos un peu en dessous font baisser la note.
Mais nous Devon croire en ce garçon!

Mercredi Bruno avait Ruby sur l'ongle, ou plutôt Lord Ruby, un combo lyonnais prometteur qui déboule avec une power pop à la Blur ou Oasis. Comme on dit à Marseille, "putaing ils sont bons ces Ruby, con !"

Jeudi c'était la suite et hélas la fin de la passionnante revue des groupes prog français de Pat, qui a fait découvrir à beaucoup d'entre nous des Lazuli, Jack Dupon, Versailles, Elora, Gens de la lune...Totalement ignoré des médias -comme toutes les musiques de qualité- ce genre se porte pourtant bien.

Cinoche vendredi avec Luc qui nous a passé le premier film de Scorcese, Boxcar Bertha, une histoire à la Bonnie & Clyde, un peu fauchée mais pleine de trouvailles, sous lequel pointe déjà le futur réalisateur de Taxi driver.

Quant à Claude, il nous a donné une leçon de piano, et y'a du boulot pour certains...
Il nous a en effet raconté la vie et oeuvre de Michael Nyman, compositeur anglais, auteur notamment de 74 Bandes originales de films dont la plus connue "La leçon de piano". On retrouve tout ça joué par un autre mangeur de cheddar, le pianiste John Lenehan, pour un  récital vivifiant .

Bon Dimanche à tous et comme disait Lucien Jeunesse, à Lundi si le cœur vous en dit..

samedi 18 avril 2015

Michael NYMAN – "The Piano Music" – John LENEHAN – Par Claude Toon



- Elle est pour le moins épurée la jaquette du CD de ce matin M'sieur Claude… C'est zarbie, cela dit Michael Nyman est un nom qui me dit quelque chose !?
- Si vous avez vu le film "La leçon de Piano" de Jane Campion avec Holly Hunter, Sam Neil et Harvey Keitel, palme d'or en 1993, la belle musique est de Nyman
- Ah oui, c'est cela, j'avais aimé ce film, mais l'auteur de la B.O. est donc aussi un compositeur, disons… classique ??
- Les deux, de la musique c'est de la musique. Comme Philip Glass ou Howard Shore (Le seigneur des anneaux), les compositeurs anglo-saxons s'aventurent dans tous les genres…
- J'aime bien la pièce de piano en écoute, ça ne paraît pas trop virtuose et c'est très doux…
- Oui, une musique très agréable, mais… pas virtuose ? C'est vite dit, il faut une sacrée indépendance des mains comme disent les pianistes… Merci à John Lenehan !

Michael Nyman (né en 1944)
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Je n'aime pas beaucoup écrire mes articles à partir de copier/coller de commentaires rédigés pour Amazon. Notre blog offre tellement plus d'espace… Mais je ne renie en rien de ce que j'écrivais en 2007 à propos d'une anthologie de musique orchestrale américaine moderne réalisée sous la houlette du chef et compositeur Howard Hanson :
"La musique du 20ème siècle anglo-saxonne est souvent connue à juste titre à travers Gerswhin, Bernstein ou, un peu hors sujet, associée à Dvorák, auteur d'une célébrissime Symphonie «du nouveau monde» composée par le musicien tchèque en villégiature.
Légion de créateurs ont proposé dès la fin du 19ème siècle une approche assez différente des tendances savantes et de mise en Europe et, plus tardivement, après le second conflit mondial, se sont refusé à une rupture nette entre le public et les recherches intellos de compositeurs. Ainsi, l'école Boulez et ses disciples privilégient la mathématique solfègique à l'émotion de l'auditeur et cette dictature est souvent dommageable pour l'intérêt que pourrait porter un grand nombre envers la musique de notre temps.
Ces clivages n'existant pas ou peu outre-Atlantique entre musique populaire, savante, jazz et surtout la musique pour l'industrie phare et gourmande de partitions originales : le cinéma, dès 1929, ont permis l'éclosion de styles forts divers dont ce coffret en est l'illustration parfaite et complète.
Si les termes : ballet, symphonie, fantaisie, etc. demeurent, la joie de vivre, la danse, l'évocation impressionniste des espaces et villes américaines, sont tout à fait accessibles à nos oreilles indépendamment des théories musicales utilisées comme des outils de composition et non à des fins en soi pouvant conduire souvent à l'ennui."

Michael Nyman partage tout à fait l'état d'esprit de ce courant aux facettes multiples. Même si le compositeur a vu le jour à Londres et n'a pas répondu aux sirènes de Hollywood pour s'établir outre-Atlantique, il s'inscrit dans le mouvement minimaliste et répétitif aux côtés des compositeurs yankees Steve Reich et Philip Glass (Clic) et de son compatriote  Gavin Bryars. Michael Nyman n'a pas poussé le bouchon jusqu'aux extrêmes de la forme répétitive comme Philip Glass dans Einstein on the Beach. (Opéra où un motif de quelques notes peut être répété avec une rythmique obsédante des centaines de fois pendant 20 minutes, la variation infinitésimale de la tonalité assurant l'évolution mélodique.) Non, ce que l'on écoute dans ce disque se rapproche beaucoup plus de la poésie cadencée que l'on entendait dans Metamorphosis du même Glass.
Le parcours de Michael Nyman (71 ans) l'a amené à composer des musiques de films marquantes qui peuvent s'écouter en tant que telles, indépendamment de la vision du film : La Leçon de Piano de Jane Campion (sa partition la plus connue), Bienvenue à Gattaca d'Andrew Niccol et 5 films de Peter Greenaway. Il est également l'auteur de la musique soulignant les ambiguïtés des rapports entre Michel Blanc et Sandrine Bonnaire dans le climat sombre de Mr Hire de Patrice Leconte. Au moins 74 bandes originales à ce jour.
Michael Nyman a également composé divers opéras et pièces symphonique ou de chambre. Anecdote : Michael Nyman a écrit une œuvre insolite pour l'inauguration du TGV Paris-Lille : Musique à grande vitesse. La pièce de 25 minutes s'accorde bien avec le courant minimaliste : la vitesse, les machines, la vue répétitive des supports de caténaires qui défilent, etc. Le train avait déjà inspiré Arthur Honegger dans Pacific 231.  Un ballet a été chorégraphié sur cette musique prise de folie… Nyman l'a enregistrée en 1994 avec son propre "Band & Orchestra", c'est une tuerie (comme on dit de nos jours), même le Boléro de l'ami Ravel sonne presque gnangnan à coté de ce délire ; j'ai mis la vidéo à la fin, en complément !!!
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John Lenehan
John Lenehan propose dans cet album une compilation de 19 titres pour piano solo extrait de cinq B.O.. écrites par Michael Nyman.
Ce pianiste et compositeur british né en 1958 mène une double carrière. Comme tout pianiste virtuose, on le rencontre comme concertiste dans les salles les plus réputées de la planète, de Londres à Amsterdam, de Salzbourg à Séoul… Parmi ces compositeurs favoris : le français Charles-Valentin Alkan (1813-1888, un Paganini du piano) et Satie (un original). Si je vous dis que Alkan affectionnait le mouvement perpétuel, les accords se succédant avec une virtuosité folle, on va tout de suite penser à un précurseur des mouvements répétitifs et minimalistes, sujet du jour.
Ce disque nous met en relation avec l'autre John Lenehan, le spécialiste de l'interprétation des musiques de ces courants répétitifs. Nyman, bien entendu, dont il enregistré le concerto pour piano incluant dans sa thématique des motifs puisés dans la musique pour la "Leçon de piano", et par ailleurs le pape du genre : Philip Glass.
John Lenehan a constitué, surtout chez Naxos, une discographie originale comportant de nombreux albums consacrés à son compatriote John Ireland (1878-1962), un pianiste et pédagogue trop oublié qui fut le professeur de Benjamin Britten. Par ailleurs les quintettes de Vaughan-Williams côtoient Copland, Bernstein, Delius… On ne pourra pas dire que ses programmes ne sortent pas de l'ordinaire…
John Lenehan a écrit de nombreuses transcriptions à la demande de jeunes pianistes comme Yuja Wang.
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Ada et Georges (piano à 4 mains ??)
Résumé express : Ada McGrath (Holly Hunter), jeune fille mère écossaise et muette fuit la bienséance victorienne en épousant (de manière épistolaire) Alistair Stewart (Sam Neil), un pionnier établi en Nouvelle-Zélande. Débarquée sur une plage battue par les vents avec sa fille Flora et son piano, elle découvre un mari égoïste qui cherche plutôt une boniche qu'une femme, et aussi Georges Baines (Harvey Keitel) voisin d'aspect rustaud mais qui saura aimer la jeune femme après que le mari ait échangé le piano contre des terrains de  Baines… Celui-ci voudra bien rendre le précieux piano à Ada en échange d'une liaison avec elle, un contrat étrange mais… sincère… la découverte d'abord subie puis consentie de la sensualité que méprise son mari. Un drame lyrique et romanesque qui fait songer aux romans des sœurs Brontë ou de Daphné du Maurier.
Dans le film, le piano va devenir le trait d'union amoureux entre Ada et Baines.  Michael Nyman ne pouvait pas écrire une musique romantique au sens musicologique du terme (Brahms, Liszt, Chopin). Le piano rudimentaire de Ada est un piano forte datant du XVIIIème et ne possédant même pas de pédale. Parfait ! Nyman est un amoureux de la musique baroque et la pédale sert peu ou pas dans les musiques minimalistes ou le jeu staccato est poussé à l'extrême. Le CD consacre une large place à 8 morceaux extraits ou dérivés de la musique du film.
The heart asks pleasure first : Typique de la musique répétitive (mais pas minimaliste), la mélodie ondoyante et tournoyante évoque nombre d'images et sentiments portés par le film : le ressac de la mer sur laquelle arrive la jeune épouse épuisée (et sur laquelle elle fuira), la danse gymnique de la fillette jouant sur la plage, et surtout le chassé-croisé amoureux qui entraînera de la crainte au plaisir la jolie et silencieuse Ada confrontée à Baines. Non, le thème n'est pas minimaliste et donne toute la chaleur à cette évocation d'un "cœur cherchant le premier éveil des sens" (une traduction possible). Pour la B.O. Michael Nyman jouait avec une puissance épique, faisait exploser sa partition… John Lenehan recourt à un tempo moins volubile et gagne en émotivité. Il y ajoute par un jeu plus délié, un climat onirique, une tendresse troublante. Un accelerando au milieu du morceau marque le temps où Ada "se lâche", accepte la virilité rassurante de Baines. Tout cela en moins de 3 minutes. Il est fort le duo Nyman- Lenehan. Envoutant.
Les six pièces qui suivent restent de style répétitif mais nous apporte un lot de variations d'une grande cohérence, une suite pour piano que ne renieraient pas des compositeurs de haute volée. La volupté ("all imperfected things") alterne avec la frénésie ("Silver fingered fling").
Le 8ème et dernier morceau n'est pas extrait du film. C'est une pièce assez longue intitulée "The attraction of the pedalling ankle" (attirance). Un morceau varié et magique où se confrontent des pas de danse après une introduction élégiaque. Plusieurs épisodes variés se succèdent sous les doigts du pianiste. La prise de son est assez définie, les deux mains s'entendent distinctement, mais les micros privilégient les cordes graves alourdissant un tantinet les couleurs…

L'album est complété par 4 autres groupes de morceaux également extraits de musiques de film et même d'un jeu vidéo Enemy Zero… Un peu surprenant, mais quand j'écris que les compositeurs anglo-saxons sont des touche-à-tout…
Quatre jolis morceaux sont issus de Wonderland (1999 - Michael Winterbottom, pas le polar de 2003 avec Val Kilmer). Dans la musique de Nyman illustrant la saga tragicomique d'une famille londonienne, on retrouve également la rythmique propre au style du compositeur mais sans la force dramatique qui portait "la leçon de piano". 4 morceaux, 4 prénoms, 4 portraits de personnages qui cherchent leurs voies… Poétique, doux-amer, du beau piano très léger, mais difficile d'en dire plus sur un film que je n'ai pas vu. Michael Nyman a déclaré que cette B.O. était l'une de celle qu'il préférait, faisons-lui confiance.

Pour ceux qui aiment se laisser envouter par cette musique, la pianiste d'origine ukrainienne mais vivant aux USA Valentina Lisitsa a enregistré un généreux album consacré à Nyman. On y trouve un programme similaire avec en plus des transcriptions de la B.O de Gattaca ou The Cleam. Par contre les morceaux sont présentés dans le désordre et non comme des suites logiques, film par film. Le jeu de la pianiste est élégant mais j'avoue préférer le touché plus musclé de John Lenehan. Cela dit quelle éclat et quelle prise de son ! Pour la petite histoire, la pianiste avait gravé en 2012 les sonates de Charles Ives avec Hilary Hahn pour DGG. Un programme original et un duo complice… (DECCA – 3/6)
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"The heart asks pleasure first" (joué par Nyman) suivi de "The attraction" (joué par John Lenehan et non pas Mood of snow (il ne neige pas en nouvelle-Zélande même si dans le film il fait un temps pourri jour et nuit :o)).
En bis, le décoiffant MGV (Musique à grande vitesse) interprété par le Nyman Band & Orchestra.




vendredi 17 avril 2015

BOXCAR BERTHA de Martin Scorsese (1972) par Luc B.




On a coutume de citer MEAN STREETS (1973) comme premier film de Martin Scorsese. C’est certainement celui où son univers se met en place, mais avant cela il y avait eu deux réalisations. Son film de fin d’étude, WHO’S KNOCKING AT MY DOOR (1967) avec déjà Harvey Keitel, et BOXCAR BERTHA (1972). Au début de 1970, Scorsese s’installe à Hollywood, où il trouve un emploi de monteur à la Warner. Il commence à réaliser LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL, mais ce fait virer du plateau, et revient au montage, avec le documentaire-fleuve WOODSTOCK, ou avec Cassavetes. Il rencontre le pape de la série B, ou Z, Roger Corman.

Corman lui propose de réaliser BOXCAR BERTHA, sur un scénario narrant l’histoire réelle de deux pilleurs de train, dans l’Amérique de la Grande Dépression. Un genre de BONNIE AND CLYDE (Arthur Penn, 1968), auquel on pense souvent. Scorsese remanie à peine le scénario, mais dessine tout le story board, jusqu’au moindre plan de coupe. Son expérience du montage lui permet de tout prévoir, anticiper, ce qui l’aidera à boucler le film dans les délais impartis ; un exploit pour Scorsese.

Le générique est en noir et blanc, exercice de style pur, à la Eisenstein, suppression d’images de voies ferrées, qui rappelle aussi le Buster Keaton du CAMERAMAN, et le visage des acteurs en médaillon. Un effet assez rétro, qui rappelle l’univers de BUTCH CASSIDY ET LE KID, auquel on pense aussi, notamment avec le trio de héros, et les attaques de trains.  

Ce qui étonne d’abord, c’est le décor, rural, peu filmé ensuite chez Scorsese, qui préfèrera la ville. Le film commence à la campagne, avec un Noir qui joue le blues sur son harmonica. L'héroïne, Bertha Thompson, voit son père mourir dans un accident du travail. Sa fibre syndicale s’anime et elle rencontre Bill Shelly, un leader Rouge, activement recherché. S’en suivent un tas d’aventures, le couple voyageant clandestinement, en train. Ils sont amants très vite (5 minutes après…) car comme l’explique Scorsese, à cette époque, dans les films dits d’exploitation, il fallait une scène de nu, ou mieux, de cul, tous les quarts d’heure ! C’est surprenant de voir ça chez Scorsese, qui ensuite aura une vision très rigoriste du sexe !

Bertha est jouée par Barbara Hershey (très belle carrière d’actrice) qui est tout à fait charmante, fraiche, qu’on en tombe amoureux avant la fin de la première bobine ! Une jeune femme libre, engagée, qui choisit ses amants, très connotée génération hippie. Dans une scène, elle a une couverture sur les épaules, et avec ses robes et ses cheveux longs, on croit voir la fille sur l’affiche de WOODSTOCK. Plus tard, habillée de rouge, couverte de bijoux (elle dévalise des bourgeois…) des plumes dans les cheveux, c’est Janis Joplin, sur PEARL… Scorsese et le rock, une longue histoire ! Le film est déjà un juke-box de Folk, Country, Country-Blues, de Rock.

Le couple commence une carrière de braqueurs, et Scorsese tourne cela comme un récit picaresque, presque burlesque dans les poursuites en voiture. Plusieurs hold-up de train sont traités en mode comédie (quand Morton déguisé en serveur tend un plateau aux passagers pour qu’ils y déposent fric et bijoux !), et renvoient aussi au western, genre que le cinéphile Scorsese affectionne. Un mélange de genres surprenant, mais pas toujours maîtrisé. La bande s’étoffe de Rake Brown, un tricheur aux cartes, et Von Morton, l’harmoniste Noir. Ils sont pourchassés par la police, et une milice des chemins de fers qui casse du syndicaliste, et dézingue les cocos.
  
BOXCAR BERTHA est un film assez violent, et on sait que cela caractérisera le style de Scorsese. Comme cette scène en prison, où le gardien engueule Von Morton qui joue un gospel : « hey, négro, si tu tiens à jouer un truc, joue Dixie… ». Et voyant Von Morton et Bill Shelly se serrer la main, le shérif demande qu’on lui montre comment on traite le blanc qui apprécie les nègres, par ici… Ca tourne à l’émeute, puis au carnage.

fils à papa
On pense à plein de films, devant celui-ci, aussi bien IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST, le thème du chemin de fer, ou OLD BROTHERS des frères Coen, LES RAISINS DE LA COLÈRE, ou LE MÉCANO DE LA GÉNÉRAL ! Il y a de formidables moments, et puis des trucs un peu ratés, comme ce travelling arrière dans un long couloir d’usine, avec ces plans de coupes sur le soleil à chaque fois qu’on passe devant une fenêtre. On sent vraiment le jeune metteur en scène essayer plein de trucs, parfois ça marche, parfois moins. Mais quand on sait la maitrise dont Scorsese fera preuve trois ans plus tard, c’est passionnant à regarder.

Bill et Bertha se perdent de vue. Lui au bagne (pour la énième fois) elle dans un bordel. Pour gagner sa vie. Le temps passe. Bertha retrouve au hasard Von Morton, et son harmonica, dans une boite pour Noirs. La petite femme blanche, habillée en dimanche, y fait grande impression lorsqu’elle étreint Von, si heureuse de le revoir. Il l’a conduit vers Bill, fatigué, vieilli aussi, qui vit dans une cabane à l’écart.

Une dernière séquence scorsesienne au possible, et pourtant, elle figurait dans le script original. Scorsese y déploie les grands moyens, entre une crucifixion (eh oui !) et une fusillade dantesque, où devrais-je dire peckinpesque ?! Et un travelling en plongée depuis le toit d’un wagon, étonnant point de vue, qui clôt le film de belle manière. Le film est monté par Scorsese bien sûr, mais non crédité au générique car il n’appartenait pas au syndicat des monteurs ! On trouve un cinéma inventif, du montage classique, cut, ou plus anarchique, à la manière de la Nouvelle Vague, plusieurs scènes étant filmées à l’épaule. L’image est très travaillée, Scorsese a eu recours aux équipes de Corman, des techniciens expérimentés qui travaillent rapidement, et Scorsese les gardera d’ailleurs pour MEAN STREETS

Au côté de Barbara Hershey, qui est formidable, on trouve David Caradine, futur Petite Libellule dans KONG FU, et vu dans KILL BILL. Et il y a aussi son père, John Caradine, qui joue le méchant directeur de la compagnie de train, Barry Primus, qui fera pas mal de feuilletons ensuite, et Victor Argo, qui lui a baladé sa trogne de gangsters partout où il y avait besoin d’un tueur !
  
Bon alors évidemment, ce n’est pas TAXI DRIVER ou LES AFFRANCHIS, et Caradine n'est pas de Niro. Mais si on devine le manque de moyen parfois, des raccords un peu curieux (un joli plan de main, sur la fin, très beau, mais qui ne raccorde pas !) il y a surtout une indéniable envie de faire du cinéma, de raconter une histoire pleine de rebondissements, d’action, sur un ton décalé. On passe de la comédie au tragique, on sent un Scorsese enthousiaste chercher un peu dans toutes les directions. Le plus important étant qu’il ait finalement trouvé la sienne.    

BOXCAR BERTHA (1972)
couleurs  -  1h30  -  format 1:85

  
La bande annonce, mais sans sous-titre (désolé...)

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jeudi 16 avril 2015

LE ROCK PROGRESSIF FRANCAIS (3ème et Dernière Partie) par Pat SLADE






La progression du progressif




Même si le rock progressif a périclité dans les années 80, le renouveau allait sonner la charge quelques années plus tard.

LAZULI
Avec Lazuli, le progressif n’est pas prêt de mourir. Depuis 1998  le groupe est le porte  parole français du genre. Un son particulier, des paroles qui veulent dire quelques choses (Chose tellement rare à notre époque !) Mais ce qui apporte le petit plus à Lazuli, c’est un instrument bien particulier : La Léode. Claude Leonetti le créateur et joueur de cet instrument au nom étrange était avant tout un guitariste. Mais un accident de moto va le priver de l’usage de son bras gauche, il va créer un instrument qui  lui permettra d’assouvir sa soif de musique et de guitare. Comme l’instrument est unique au monde, Claude Leonetti le dit lui-même : «je suis donc, à ce jour, le meilleur joueur de Léode au monde !!!!!! », il ouvrira aussi un studio d’enregistrement «L’Abeille Rôde». 

Lazuli, c’est une vitrine qui attire l’œil, on s’arrête et on entre dans la boutique. Au tout début, Lazuli était un sextet, mais suite à des tensions dans le groupe, il deviendra un quintet. Entre world music et rock prog’ (Appelons ça du World Prog’), Lazuli propose  une invitation au voyage et à la poésie avec sa palette de couleurs mais surtout du bleu comme la pierre du même nom. Lazuli qui fera les premières parties d’Ange (Tiens ?), Fish, Baschung, Steve Hackett, etc. 6 albums et 2 DVD. Il faut écouter « (4603 battements)» et «Tant que l’herbe est grasse» (Avec Fish en guest). Ce dernier est actuellement mon album de chevet. Lazuli, c’est à prendre et à garder.

JACK DUPON

Connaissez-vous Jack Dupon ? Non ? Moi non plus et c’est normal puisqu’il n’existe pas, mais le groupe Jack Dupon existe bien lui. Entre Gong et Etron Fou Leloublan, si vous recherchez des héritiers de Frank Zappa à la sauce française, vous êtes à la bonne adresse. Entre improvisation totale et travail de studio, Jack Dupon œuvre en roue libre. Une musique presque impossible à décrire, mais délirante, pleine d’humour et de rythme dynamique. Une poignée de gars qui forment avant tout un groupe de scène. Deux guitares, une basse, batterie et percussions, le chant est considéré comme un élément rythmique ou lyrique. Le groupe partagera la scène avec Alice Cooper, Pigalle, Magma, Gong, Arno, Paul Personne, etc.  A écouter et à voir et avec leurs 5 albums au catalogue Musea et leurs 7 vidéos, pas de problème pour se faire une idée.



Avec des musiciens qui portent des patronymes à particule, le groupe suivant pouvait prétendre à un nom qui fleure bon la majesté. Avec un premier essai qui était Fleur de LysVersailles est la pure réincarnation du rock progressif français des années  70. Son meneur Guillaume de la Pilière et ses compagnons vont pondre quatre albums dont un concept album «Le Trésor de Valliesres» (Avec une pochette digne du «Plaisir des dieux») où l’enregistrement est capté en analogique, voire de manière préhistorique, le mellotron à été racheté à Yes (Rick Wakeman ? Tony Kaye ?). Guillaume de la Pilière partira dans une carrière solo tandis que les autres musiciens rejoindront Dominique le Guennec lors de la reformation de Mona Lisa en 1998. Versailles, c'est pour les fans d’Anges et de Mona Lisa des années 70.

ELORA
En 2005 j’avais découvert un groupe canadien du nom de Jelly Fish (A découvrir !) et j’ai cherché son homologue français. Je n’ai pas eu à aller loin puisqu’il se trouvait parmi mes amis virtuel de Facebook et cette homologue c’est Elora. Un son un peu psychédélique mais pas seulement, une musique où la basse a une (bonne) place, un duo de voix entre Damien et Anastasia qui se complètent parfaitement, un clavier en arrière plan qui apporte le mystère, un batteur à la frappe Brufordienne et des harmonies de guitares qui sont présentent au bon endroit au bon moment, un groupe qui s’envole vers le succès qu’il mérite. Avec un album très récent «Crash» qui devrait être dans les discothèques de tout fan de prog qui se respecte (Pour preuve, je l’ai !). Superbe album avec le titre éponyme qui sonne comme du Floyd époque «Ummagumma» mélangé à du «Wish You Were Here». Pour chercher dans d’autres références, j’entends du Dream Theater en moins puissant évidemment mais certains titres ont la même texture au niveau de l’écriture comme «Contrôle» et «Ici Encore». Elora un groupe qu’il faut découvrir… Vite !


FRANCIS DECAMPS

Comment ne pas parler de Gens de la Lune le groupe de Francis Decamps ancien clavier de Ange et compositeur de la plupart des 25 albums. Le nom du groupe fait référence à un village de Haute-Saône qui aurait eu l’illusion de voir leur village incendié une nuit de pleine lune. Après la fin d’Ange en 1995, il commence une carrière solo avec un premier bel album en 1979 «Histoire de Fou», il fonde Gens de la Lune en 2008, un son et une atmosphère qui rappelle plus Ange que beaucoup ont connu. Le dernier album en date sera «Epitaphe» en hommage à Léon Deubel, un poète maudit qui se jettera dans la marne après avoir brulé tous ses manuscrits en 1913 avec ses titres comme «Mon axiome Bleu Indigo». Ce coffret deux disques façon livre relié cuir est à découvrir absolument. Francis Decamps tant qu’à lui avec son maquillage de scène comme un certain Peter Gabriel en 1983, nous envoie à chaque prestation scénique sur la planète qu’il habite.
Combien d’autre encore après ceux la ? Beaucoup! «Arrakeen», «Dun», «Patchwork», «Cafeïne», «Skeem», «Taal”, “Négative Zone”, "Rosa Luxemburg" (lien)  etc... Autrement dit la relève est assuré.

Grâce à deux passionnés du genre, Sébastien Monteaud et Jean-Claude Adelmand, l’association Crescendo qui sonne le revival festivalier du genre en organisant un festival le troisième weekend d’août depuis 1999 regroupant des groupes venant de tous les pays du monde.

Depuis 14 années, il existe aussi le Prog’Sud. Durant le weekend de l’ascension près de Marseille, un festival pour les purs et durs !