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lundi 16 mars 2026

L’ÉCOLE DE DÉTECTIVES PRIVÉS DU LIMPOPO d'Alexander McCall Smith (2012) - par Nema M.


Sonia regarde des robes de mariée et tombe sur un modèle porté par une femme de couleur, bien enrobée. Nema jette un œil par-dessus l’épaule de Sonia et dit :

- Une femme corpulente du Bostwana est une femme de constitution traditionnelle, alors que d’autres, toute minces, ressemblent à des insectes brindilles…. J’aime bien l’expression "constitution traditionnelle". Je l’ai trouvée dans ce livre "L’école de détectives privés du Limpopo".

- Limpopo ? Quoi c’est ça ? demande Sonia…

- Le Limpopo est un fleuve. Quatre pays d’Afrique australe font partie du bassin du Limpopo : l’Afrique du Sud, le Bostwana, le Zimbabwe, et le Mozambique. Tout le monde sait cela. De même que tout le monde connait Gaborone, la capitale du Bostwana.

- OK, soupire Sonia, nous voilà repartis en voyage.


Gaborone

Bon, à dire vrai je ne connaissais pas du tout Gaborone avant la lecture de ce roman. Le Bostwana, à la rigueur je savais le situer en Afrique. Sans Plus. Et grâce à cette histoire de détectives privés, j’ai découvert une ambiance particulière, chaleur et poussière, une manière de se respecter et de s’apprécier avec une certaine élégance.

 

Mma Ramotswe, Precious de son prénom, est la propriétaire de l’Agence n°1 des Dames détectives. Imaginez une belle femme de constitution traditionnelle. Mma Grace Makutsi, jeune femme fiancée à Rra Phuti Radiphuti, est l’assistante de Mma Ramotswe, ou plus exactement elle est en passe de devenir son associée. Enfin presque. Il faut dire que Rra Phuti Radiphuti est le patron du Magasin des Meubles Double Confort. Le vrai grand magasin de meubles de Gaborone, avec des canapés comme on n’en voit pas chez nous, pouvant accueillir ces très belles constitutions féminines, de façon confortable. Grace vient d’un village pauvre et dans son enfance elle ne portait pas de chaussures. Donc elle est très fière d’être passée par l’Institut de secrétariat du Bostwana ! Et ensuite, ce fiancé si gentil (et si riche) ! Mais Grace garde les pieds (avec désormais de belles chaussures) sur terre. De son côté, Mma Ramotswe est mariée à Rra JLB Matekoni. Et ce n’est pas n’importe qui cet homme là : il possède le garage Tolkweng Road Speedy Motors et à ses côtés travaillent deux apprentis mécaniciens. Les bureaux de l’Agencen°1 des Dames détectives sont attenants au garage.  


Limpopo

Un jour Precious fait un rêve étrange : un étranger blanc sous un gros arbre semble lui tendre la main. Grace va partir dans des explications sur l’interprétation des rêves à la fois charmantes et complètement péremptoires. Car Grace est impulsive, un peu naïve et orgueilleuse (elle a quand même eu 97/100 à l’examen de l’Institut de Secrétariat du Bostwana). Une tasse de thé et tout rentre dans l’ordre. Precious et Grace boivent du thé, beaucoup de thé, il y a même un calcul très poussé fait par Grace à cause de la facture d’eau à payer.

 

Un jour Clovis Andersen passe par là et entre dans l’Agence n°1. Accueil avec thé, bien entendu, et surprise, ce Clovis Andersen est justement l’auteur de la "bible" de l’agence des Dames détectives :"Les principes de l’investigation privée". Quelle joie ! Quel honneur ! Mais Clovis Andersen n’a-t-il pas eu à traiter de bien plus grandes affaires que celles qui relèvent de l’Agence n°1 ? Mma Ramotswe est d’abord très intimidée puis, petit à petit, une forme de complicité s’établit et ils vont ensemble éclairer la sombre affaire de la Ferme des orphelins et du renvoi de la directrice Mma Potokwane.


Hum... constitution traditionnelle, miam miam

Ce n’est pas un roman noir, il n’y a pas de mort. Juste de petits tracas qui peuvent être effrayants aux yeux du jeune apprenti Fanwell. Ce garçon d’origine très modeste se laisse embarquer par un ancien camarade de classe dans une histoire de voitures à réparer, pas vraiment honnête. La justice est là. Si le palais de justice est imposant, l’avocat de Fanwell l’est beaucoup moins. L’équipe de l’Agence n°1 et celle du garage Tolkweng Road Speedy Motors vont tenter de démontrer l’innocence de Fanwell qui croyait juste rendre un service en réparant une voiture dans une cour. En vain. Mais un esprit facétieux vient sauver la mise de Fanwell, d’une façon, si ce n’est peu académique, à tout le moins redoutablement efficace. A noter que pour JLB Matekoni, il y existe des voitures malhonnêtes. Une manière de dire que certaines voitures, genre BMW, reflètent un peu trop le luxe (dans un pays riche grâce aux mines de diamants, mais dont 70% du territoire est désertique).

D’un côté le paraître, le luxe (avec la construction de belles maisons en briques de qualité…) et d’un autre une terre aride, le désert du Kalahari, dans lequel à 4h00 de Gaborone une pauvre route s’élance qui finit en piste ensablée. La camionnette de Mma Ramotswe s’y enlise au grand dam de Mma Makutsi, verte de peur, à l’ide qu’un lion pourrait survenir et les dévorer. Mais non, elles vont rencontrer deux ânes et leur maître, et tout ira bien.

Les pays voisins sont pauvres (sauf l’Afrique du Sud bien entendu). Il y a donc des quartiers pauvres avec la main d’œuvre discrète qui envoie sa paie à la famille restée au pays. On rencontre ainsi un maçon exploité par un promoteur on ne peut plus véreux…


Alexander McCall Smith est né au Zimbabwe en 1948. Avant d’être l’auteur de nombreux romans policier, c’est un juriste qui a entre autres enseigné le droit à l’université de Gaborone dans les années 80 et s’est spécialisé en droit médical et bioéthique fin du XXème siècle.

Merci à la traductrice Elisabeth Kern d’avoir su rendre l’humour de Mma Ramotswe.

 

Bonne lecture !

Editions 10/18  - 334 Pages 



lundi 9 février 2026

QUE JUSTICE SOIT RENDUE de Giorgio Fontana (2013) - par Nema M.

 


Sonia écoute l’air « Sempre Libera » de la Traviata de Verdi. Elle soupire et dit :

- Ah, Verdi, ses opéras grandioses, et puis pour moi Milan, c’est la Scala… ou les escalopes 😊

- Tiens Sonia, cet air que tu écoutes, « Sempre Libera », me fait penser à toute autre chose : la liberté de celui qui n’est pas coupable. Et pour ta gouverne, Milan présente bien d’autres facettes que celle de ville de la Scala ou de la célèbre escalope de veau panée.

- Toi, tu vas me sortir un bouquin de derrière les fagots ?

- Pas un mais deux : « Que justice soit rendue » et « Mort d’un homme heureux ». Les histoires de deux juges, amis depuis leurs études, à Milan…  



Palais de Justice de Milan (1930)

Que justice soit rendue. Roberto Doni, substitut du procureur général de Milan a 65 ans. Il est on ne peut plus rigoureux dans son approche du travail de magistrat. Il arrive en fin de carrière, son épouse également. Tous deux issus de la grande bourgeoisie, ils vivent dans un grand appartement dans un quartier chic de Milan et souvent, le soir, Doni écoute de la musique classique en sirotant un verre de vin. Mais avec l’affaire Khaled Ghezal sa façon d’appréhender un dosser et de rendre la justice vont être remises en cause.

Dressons d’abord le contexte. Le Palais de Justice de Milan, pour Doni, « son Palais » depuis déjà quelques années (après avoir exercé son métier dans d’autres régions), est un imposant bâtiment construit dans les années 1930. Les plaques de marbre tiennent désormais grâce à de gros clous en ferraille.

Tout y est fatigué. Usé. Trop de dossiers, trop de poussière, une informatique capricieuse dont Doni doit assurer la supervision. Un univers qui sent la routine et le passé. Bref une justice bien en peine de suivre les évolutions de la société, la violence, le racisme, le terrorisme qui se développent en ce début du XXIème siècle.



Rue du quartier Brera en 1955

Et donc l’affaire Khaled Ghezal. Une affaire d’une triste banalité où la drogue conduit à la violence. Sauf que la victime est une jeune fille de bonne famille, Elisabetta Medda, fille d’un gros entrepreneur milanais. Et malheureusement elle est touchée par une balle perdue et se retrouve en fauteuil roulant. Son petit ami, Antonio Del’Acqua est vendeur dans une boutique de téléphonie mobile. Bon, de temps en temps, il consomme un peu de hachish qu’il achète à des Tunisiens, mais rien de bien méchant à ses yeux. Sauf que… Sauf que peut-être, parfois, il en demande plus que pour sa consommation personnelle et que donc il faut payer le fournisseur… Bref. La police essaie de comprendre ce qui s’est passé le soir où la pauvre Elisabetta a pris une balle. Il y aurait eu un petit groupe de « migrants » qui les auraient agressés dans la rue alors qu’ils sortaient d’un restaurant, elle et Antonio, et voilà. Vite fait, bienfait, confrontation visuelle avec quatre ou cinq personnes de couleurs différentes et une personne est désignée comme étant celui qui a probablement tiré : Khaled Ghezal.

Il se trouve qu’une jeune journaliste indépendante, Elena Vicenzi, s’intéresse à cette affaire et veut que Doni rencontre des personnes de l’entourage de Khaled car, pour elle, il est innocent. Ce n’était pas Khaled Ghezal qui était là à ce moment-là. Elle envoie un mail, puis un autre, puis demande à le voir, puis finit par voir Monsieur le substitut du procureur de Milan qui lui dit simplement que ce n’est pas dans ses attributions de voir ou d’entendre des personnes en lien avec le présumé coupable et que la police a fait son travail. En fait, la presse s’est déchaînée autour de cette histoire : ces migrants tous des assassins etc… Curieusement Doni qui écrit une sorte de testament retraçant les faits marquants de sa vie, repense à Giacomo Colnaghi son collègue et ami juge mort en 1981. Un sens de la justice très poussé (des exceptions oui, des erreurs non), une recherche approfondie de la vérité et du sens que les terroristes des années de plomb pouvaient donner à leurs odieux crimes. 


Et si Elena avait raison ? Si Khaled n’était pas celui qui a tiré sur Elisabetta ? Doni va suivre la quête de preuves d’Elena, l’accompagner dans sa Fiat Uno pourrie (lui qui a un gros 4X4 Audi) dans des quartiers totalement ouverts à la diversité des races, au mélange des pauvretés, à la vie dans la rue et dans les logements plus ou moins salubres, là où vivait Khaled et sa sœur. Il va également éplucher de manière très approfondie ce dossier. Il va même demander conseil à son vieux professeur de droit. Mais même si un témoin est trouvé, cela ne permettra pas forcément de sauver Khaled… En tout cas, Doni n’a plus peur de rien et quitte à flinguer sa fin de carrière, il suivra ses convictions pour faire en sorte qu’il n’y ait pas d’erreur.


Si on découvre Giacomo Conalghi dans ce roman, on peut faire un retour en arrière dans la jeunesse de Doni et mieux comprendre qui était Conalghi avec « Mort d’un homme heureux ». 1980 : le très brillant Giacomo Conalghi est dans le service de lutte contre le terrorisme. Il a à ses côté deux collègues et leurs investigations sont sans relâches pour trouver les assassins masqués qui tirent sans raison apparente sauf celle de détruire le système.

C’est l’époque des Brigades Rouges, dont la violence a commencé avec l’assassinat d’un procureur en 1976, puis avec l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (démocrate-chrétien) en 1978.  Alors qu’au départ la révolution était celle des ouvriers ou des paysans pauvres, une révolution pour mettre définitivement un terme au fascisme et à l’exploitation du prolétariat. Conalghi vient d’une famille pauvre, d’un petit bourg, du nord de Milan, ce qui aurait pu le faire basculer du côté des révolutionnaires mais sa foi et ses convictions, le motivent pour que la justice soit rendue et pour apporter aux familles des victimes un peu d’apaisement.

 

Ces deux romans sont extrêmement intéressants à la fois sur le plan de l’histoire qui est racontée mais aussi pour une découverte de l’Italie, sans complaisance mais non sans délicatesse. Les deux juges sont de beaux personnages. Des héros de notre temps. Merci aux traducteurs de ces deux beaux textes. A ce jour, Giorgio Fontana n’a que ces deux romans qui sont traduits en français, dommage…

 

Bonne lecture !

 

Romans Seuil

310 Pages


lundi 24 novembre 2025

VAPORE de Marco Lodoli (2013) - par Nema M.


Sonia regarde des publicités pour des maisons ossature bois. Elle interpelle Nema qui travaille sur un plan de viaduc :

- Des ponts, des ponts, toujours des ponts, tu n’en as pas marre ? pourquoi tu ne fais pas des maisons en bois ?

- Mais… Je suis ingénieure structure béton Sonia, spécialisée dans les ouvrages de génie civil, je ne suis pas du tout dans le domaine de la construction de maison individuelle.

- C’est nul, reprend Sonia. Une maison, c’est toute une histoire, l’histoire de ses habitants, c’est comme un être vivant…

- Ah, oui, je comprends, comme la maison de Maria Salviati qui ne pourra changer de propriétaire que si l’agent immobilier comprend ce qu’elle a vécu…


Vendre une maison. Vendre une vieille maison, une maison de famille, là où on a vécu son enfance avec ses parents, là où on a vécu avec son conjoint et son fils, abandonner « celle qui a tout vu et entendu » dirait Sonia, entre les murs de laquelle on s’est réfugié, senti en sécurité ou effrayé. Voilà ce que Maria Salviati et son agent immobilier Gabriele doivent faire : vendre la maison Salviati. Voilà. C’est l’histoire de la vente d’une maison. Ou bien une histoire de famille. C’est une histoire qui démarre avec un petit goût de bonbon suranné, genre bonbon à la violette, doux et délicat. Mais comme avec certains bonbons d’aujourd’hui, on aura droit à de drôles de piquants et même au goût amer, celui de l’incompréhension et de la violence…  

 

Le titre de ce roman semble un peu bizarre : pourquoi ce drôle de nom de Vapore ? Vapeur en français. Marco Lodoli a choisi de donner ce surnom au personnage d’Augusto, le mari de Maria Salviati. Mais patience. Il faut d’abord entrer dans l’histoire avant de rencontrer cet homme, quasi éthéré, décalé et joyeux, mais pas seulement…


Musée bateaux Lac Nemi

Maria Salvati est une ancienne professeure de sciences et de biologie. Elle a 72 ans, vit à Rome et se sent vieillir, en proie à des doutes sur sa mémoire qu’elle tente d’entretenir à tout prix avec force mots croisés. Un beau matin d’avril, un jeune homme sonne à son domicile. Elle ne veut pas avoir peur comme toutes les personnes âgées, elle ouvre donc la porte et Gabriele se présente : il est agent immobilier et travaille pour « Le Temps des demeures ». Il vient au titre du mandat de vente donné à cette agence. Maria s’en souvient vaguement. Cela fait si longtemps que la maison est mise en vente ! Le garçon est jeune, vêtu d’un costume sombre impeccable avec une chemise bleu ciel et une cravate. Il lui demande gentiment de venir avec lui à la maison. Sa voiture est en bas. Maria accepte, prend son sac et ses clés, et ils partent en voiture pour la maison qui est située près du lac Nemi à 40 kilomètres de Rome. Gabriele fait attention à conduire doucement dans les virages, car Maria a toujours mal supporté ces courbes et lacets qui permettent à la route de gagner le plateau. Une fois la maison ouverte, Gabriele et Maria s’assoient et attendent les éventuels visiteurs. Ils sont au soleil. Une couverture sur les genoux. Gabriele demande à Maria de raconter son histoire dans cette maison pour la comprendre.

 

Alors Maria replonge dans ses souvenirs. Elle se souvient de sa rencontre avec Augusto, « l’homme qui était une catastrophe qu’elle serrerait contre elle jusqu’à ce que la mort les sépare ». Elle est alors jeune et sérieuse. Fille de professeur d’université, elle étudie sagement quand par hasard lors d’une fête pour enfants elle voit cet homme clown qui jongle, qui fait apparaître un oiseau, qui sème le bazar dans la réunion d’enfants. C’est le coup de foudre. Il lui dit qu’elle est celle qu’il attendait, elle fond littéralement dans ses bras et part à l’aventure avec lui sur une moto déglinguée, jusqu’en Espagne. 


Et elle revient enceinte de Pietro. Colère et scandale chez les Salviati. Tant pis. Maria retrouve quand même suffisamment de bon sens pour terminer ses études et devenir professeure. Ses parents lui laissent la jouissance de la maison de campagne. Augusto va et vient, intermittent du spectacle, clown lunaire, père rêveur et conteur d’histoires. De temps en temps Augusto part car il a besoin de partir. Mais à chaque fois il revient. Et quand il part, il jure de revenir. Maria assume la charge de Pietro seule, assure le quotidien, s’accommode de ces frasques.

 

Gabriele et Maria retournent plusieurs fois à la maison. Il y a de potentiels acheteurs qui viennent, mais ce n’est pas ceci ou ce n’est pas cela. Toujours quelque chose qui ne convient pas. Maria se demande si la maison est vendable. Gabriele lui explique que c’est normal. Il connait son métier. Il faut de la patience pour qu’il trouve ceux qui auront le bon profil pour cette maison. En attendant, il aime toujours entendre Maria se raconter.

 

Pietro grandit. Ce sont les années 70. Il a une passion pour les infortunés, les pauvres. Il s’engage avec d’autres camarades dans des réflexions puis des actions militantes de gauche et des actions musclées contre de jeunes fascistes. Même si Augusto partage le sujet de l’injustice sociale, il n’est pas du tout dans l’action mais dans la magie, la fantaisie, le rejet de la réalité. Maria voit son fils s’éloigner de son père. Il y aura quand même un bel été où ils vont au lac Nemi faire de la barque et se baigner, jusqu’au musée des bateaux. Un moment rare de complicité avec la nature. Mais la violence refera surface jusqu’à son paroxysme…


Finalement une famille trouve la maison parfaite. Gabriele est content. Maria lui dévoile la fin de son histoire avec Augusto.  

 

Très beau roman qui jongle entre le rêve, la poésie et la dureté des années de plomb en Italie, pendant lesquelles la violence et le terrorisme se sont déchaînés. Le tout raconté dans le cadre calme et serein de cette vieille villa entourée de champs et baignée dans la lumière et les odeurs du printemps. Le style de Marco Lodoli est très agréable. Ce Romain né en 1956, a été journaliste et professeur avant d’être écrivain. Parmi ses thèmes de prédilection : les voyages et la mort.

Merci à la traductrice Louise Boudonnat très fidèle au texte italien.

 

Bonne lecture !

 

P.O.L #formatpoche

190 Pages 



lundi 13 octobre 2025

UN TESSON D’ETERNITE de Valérie Tong Cuong (2021) - par Nema M.


Sonia rentre de mauvaise humeur, marmonnant "JDM". Nema la regarde, très surprise car il était prévu que Sonia passe la journée avec une de ses meilleures copines :

- Qu’est-ce qui t’arrive ? demande Nema

- Pire qu’une porte de prison. Fermée à tout. Rigide. Maussade. Inquisitrice…

- Ta copine Flavie ??? interroge Nema,

- Non. On est tombé sur sa mère. L’horreur. Elle critique absolument tout ce que fait sa fille. Une porte de prison.

- Une prison et une mère, mais qui au contraire de celle de Flavie, fera tout pour son enfant... Cela me fait penser à un roman au titre un peu bizarre : "Un tesson d’éternité". Roman très fort.

Sonia n’écoute déjà plus, Patouillou, le chat blanc de Madame Portillon, est venu sur ses genoux la consoler.


 

Derrière une femme parfaite se dévoile une mère qui n’a peut-être pas toujours été suffisamment à l’écoute de son enfant. Une mère qui va se trouver confrontée au souvenir de sa jeunesse et à la transformation d’un enfant en homme à la suite d’un épisode de vie dramatique passant par la case prison. Voici en gros ce qui se cache derrière le titre intrigant de ce roman.

 

Anna est pharmacienne au Village. Imaginez une petite bourgade hyper-bourgeoise dans l’arrière-pays au-dessus de la Méditerranée. Hugues, son époux, est responsable culturel à la mairie. Quand ils se sont connus, il était journaliste pour la presse locale. Léo, leur fils, est en terminale. Il a dix-huit ans. Jeune, beau, sportif, ayant de bons résultats scolaires, on imagine une sorte de stéréotype parfait du lycéen tel que tout parent rêve d’en avoir.  

Ils habitent dans une somptueuse villa avec piscine que les parents de Hugues, membres de la "upper class" du midi, leur ont laissé. Hugues et Anna sont, de fait, attentifs à satisfaire les membres de cette haute société en participant notamment aux dîners du très élitiste Club de tennis (et en forçant leur fils à jouer au tennis pour côtoyer les enfants de la Haute bourgeoisie). C’est ainsi qu’ils se sont liés d’amitié avec Alix et Géraud, le patron du palace local, et que leur fils Tim est le copain de Léo. Anna roule dans un luxueux 4X4, est toujours parfaitement coiffée et maquillée. Son sourire est impeccable et son amabilité avec les clients de la pharmacie sans faille. Elle sait recevoir et être agréable dans les réunions mondaines. Le paraître est pour elle la clé de voute de sa vie. 


Une notoriété de bon aloi, sauf que...

Un grain de sable dans cette petite vie tranquille, dans ce cocon de bien-être et de douceur friquée : l’arrestation de Léo par les gendarmes un petit matin de printemps. Crac ! tout s’effondre en deux temps trois mouvements. Léo aurait agressé violemment un gendarme lors d’une manifestation ! Mais qui est donc ce Léo ? Non, ce n’est pas possible, ce n’est pas pensable. Léo lui-même raconte les faits : c’est un mauvais concours de circonstances qui lui a fait croiser la route d’une manifestation, et pour défendre sa copine prise à partie, il a malheureusement utilisé son sac à dos dans lequel il y avait une chaîne d’antivol à vélo…  Bref, case prison.

Anna ne lâchera rien pour son fils, même si ce terrible évènement lui montre la fragilité de sa situation dans ce monde qui n’est pas le sien. Bien entendu, il n’y a plus d’amis dans ces cas-là. Fini les relations avec Alix. Même le mari, le père de Léo doute de son fils et pense que c’est de la faute d’Anna. Car Anna vient d’un milieu très modeste. Et on découvre petit à petit ce qu’elle a vécu dans son enfance et dans son adolescence. Humiliations, blessure profonde d’une enfant harcelée et maltraitée, peu protégée par des parents trop préoccupés à survivre avec leur petite épicerie. En effet, il y a dans l’école primaire une bande de sales mômes dirigée par le Serpent, le type même du petit meneur, grande gueule mais lâche dès qu’une plus grande gueule l’affronte. Anna est une fillette un peu gauche, un peu niaise et peureuse. Tant pis pour elle. Elle sera la victime de tous leurs caprices. Et puis au collège, ça continue et ça empire. Alors oui, la seule solution passera par le travail, l’ambition d’une jeune fille intelligente et studieuse et finalement la réussite. Une pharmacie. Une notoriété de bon aloi.   


Côté Hugues, très déstabilisé par cette rencontre avec la police et la justice, il restera quand même (après quelques hésitations) aux côtés de sa femme et de son fils. Mais de loin. Pas trop de visites à la maison d’arrêt. Léo comprend vite l’ambiance de la prison. Il se battra, se disciplinera, trouvera de quoi tenir… C’est en allant à ces visites qu’Anna reprendra contact avec le monde pauvre, le monde de la vraie vie qui ne se cantonne pas à l’univers feutré du Village. Ce monde gris et terne, à l’odeur de sueur, de violence, de drogue et de peur, qu’elle pensait avoir définitivement gommé de son esprit. Dur, très dur. Même si Léo s’en sortira convenablement.

 

Avec Valérie Tong Cuong, nous entrons petit à petit dans Anna, oui, nous quittons l’image parfaite de la très jolie femme au visage de poupée, pour retrouver une femme blessée, meurtrie, qui se rend compte de la fausseté de sa vie et de tous les silences et mensonges accumulés. Elle aura la force de tenir et d’agir pour Léo mais ensuite, quel effondrement. L’autrice a un style incisif, un sens de la description des choses simples du quotidien, ainsi que des émotions, qui nous font entrer dans le roman mieux que dans un film. Pas étonnant qu’elle ait reçu, de nombreux prix et que ses œuvres soient traduites dans 19 langues.

Bonne lecture !

270 Pages – Libra difusio 



lundi 4 août 2025

RUE PANSE-BOUGRE de Jacques Faizant (1958) - par Nema M.


Sonia a accompagné Madame Portillon rue des Lozaits à Villejuif et elle s’interroge sur les noms des rues :

-      Rue des Lozaits, c’est bizarre ce nom de rue, tu ne trouves pas ?

-      Disons que par rapport à la majorité des rues de Villejuif qui font référence au communisme comme la rue Youri Gagarine, ce nom est plus original, répond Nema. Je ne sais pas d’où cela vient.

-      Nous, au moins, c’est facile et je trouve cela très chic, dit en riant Sonia : on habite rue Pascal, Pascal le mathématicien et philosophe !

-      C’est sûr, c’est mieux que d’habiter rue Panse-bougre rétorque Nema en rigolant.

-      ???   

La rue Panse-bougre est une rue de Paris. Rue imaginaire dans un XVème arrondissement parisien fictif qui sent bon les années 50 du siècle passé. Le titre du roman est donc le nom du lieu où toute l’action se déroule. Le personnage principal, narrateur à la première personne des évènements, est un écrivain. Il plonge rue Panse-bougre avec délectation comme dans son petit univers, son « écosystème » comme on dirait aujourd’hui 😊. Peut-être ressemble-t-il à Jacques Faizant ? La femme de notre héros, Eve et ses deux fils Patrice et Michel tiendront dans l’histoire des rôles non négligeables.

Le XVème était encore populaire à l’époque et dans cette rue, on trouve tout : une mercerie, une banque, une boulangerie-pâtisserie, deux cafés, un hôtel… des habitants qui se connaissent et des potins qui circulent plus vite que dans les réseaux sociaux. La meilleure source d’information étant Madame Gilet, concierge de son état mais également femme de ménage, notamment chez le narrateur de cette extraordinaire histoire d’amour. Car il s’agit d’une histoire d’amour. Digne de Shakespeare. Enfin presque.   


Doisneau - Paris 1950
 

Les personnages sont gratifiés d’une gentille représentation en pied, avec leur nom en dessous, au début du roman. On a ainsi Bernard, l’amoureux qui tient un bouquet de fleurs et Hélène l’amoureuse (dont le nez est tordu mais cela ne se voit pas trop) qui tient une baguette en bonne fille du boulanger Boutereux, homme ronchon, représenté en marcel, avec un béret et la cigarette au bec. Et on a une image d’une Madame Gilet avec son balai de paille de riz, son tablier et ses savates, qui semble faire la leçon un doigt levé… Et Quervellec le flic, l’air perplexe, en uniforme avec son képi sur la tête…

À noter que d’autres dessins émaillent le roman, avec une petite légende, permettant de bien se figurer l’état des réflexions des personnages. Au fait, pourquoi un flic ? Ah oui, personnage indispensable car il se passe des choses hallucinantes dans cette rue : un gang a des idées loufoques pour organiser un cambriolage de banque, une chasse aux fauves est organisée de nuit, on crie, on complote, on boit un peu trop au bistrot… bref ambiance, ambiance style cinéma des comédies des années 50, comme par exemple celles avec Bourvil.

Bernard Sergent aime Hélène Boutereux mais les deux tourtereaux sont très jeunes : Hélène n’est même pas majeure (majorité à 21 ans à l’époque). Et Madame Sergent, veuve d’un adjudant-chef, n’imagine pas pour son fils une telle union. En plus Hélène a le nez de travers. Toute la rue est au courant de ce drame. Il y a ceux et celles qui sont pour laisser les jeunes gens vivre leur amour et ceux qui sont contre. Les opposants sont : la bande de copine de Madame Sergent et surtout des cousins à elle, un couple aux idées psychorigides comme les siennes et dont la fille se croit tout simplement destinée à Bernard. Il y a une scène poilante chez Madame Sergent avec des quiproquos avec un fumiste venu réparer le poêle à charbon.

Les gamins ont formé une bande, la bande des « Machiavélisques (sans faute d'orthographe 😀) du XVème ». Le Chef Machia, Claude Flanchet, a 14 ans. Patrice et Michel font partie de la bande, tout comme pratiquement tous les garçons de la rue entre 9 et 14 ans semble-t-il. Le Chef Machia a une imagination débordante pour élaborer des plans compliqués conduisant à des agissements répréhensibles, mais pour une bonne cause. Le narrateur se trouve parfois confronté à des situations qui le mettent en porte-à-faux face à Quervellec à cause du bouillonnant cerveau du Chef Machia et de la participation de ses fils à ces bouffonneries.

Petite touche d’exotisme grâce à Sabourot, l’ancien des colonies, un peu vicelard et très imbibé qui n’est pas un mauvais bougre mais qui sème quand même une sacrée pagaille dans la rue. Il y a aussi un ancien artiste de music-hall, Emile, son numéro, son succès, son déclin et peut-être sa remontée sur scène ? Une ancienne prostituée sera aussi de la partie. Un personnage intéressant que le docteur Rincelet, derrière un côté strict et raisonnable, se cache un joyeux drille. Tout le monde le connait, il fait des visites à domicile, et il va avoir à gérer des situations, disons, atypiques.      


Petit clin d’œil sur la finance locale avec le directeur de la banque Monsieur Espagnolet, ses principes et finalement sa gentillesse. Toujours côté finances, une allusion ou deux au bon sens des femmes qui savent tenir un budget pour le bien de la maisonnée, illustration de la place de la femme au foyer à cette époque 😊. L’histoire se terminera bien, avec curieusement l’apparition d’une gentille petite vieille sortie d’on ne sait où, à qui il est demandé si elle n’est pas choquée par les gamineries de certains adultes anciens amis d’enfance : « Pas tant que ça : dans ma jeunesse j’étais la chef(fe) des Ravageuses de Sainte Clothilde… ». Alors justes bonnes à rester à la maison les femmes ? Ah les petites vieilles de Jacques Faizant, quels caractères !

 

Jacques Faizant, 1918-2006, était un dessinateur humoristique, un chroniqueur mais aussi un romancier. Ses caricatures ont largement contribué à donner à la vie politique une connotation dérisoire et sa Marianne, avec son impertinent petit nez retroussé se permettait bien des critiques, gentilles mais piquantes. Il nous a également laissé de charmantes vieilles dames au verbe acide et à l’aplomb digne de leurs larges robes noires d’où dépassent des jambes fines comme un fil et prolongées par des talons aiguilles. Les vieux messieurs n'ont qu’à se soumettre docilement…   

 

Bonne lecture !

Calmann-Lévy - Pages : 301


mercredi 28 mai 2025

DOUBLE CRIME SUR LA LIGNE MAGINOT de Pierre Nord (1936/1951) – par Nema M.


Madame Portillon a offert à Nema un livre sur les forteresses Vauban pour son anniversaire. Elle le lit et s’intéresse à tous les détails de construction mais aussi de positionnement des canons et autres armes défensives. Sonia l‘interpelle :

- Finalement ça t’intéresse ? Je croyais que tu avais horreur de tout ce qui concerne la guerre.

- Je ne vais pas m’engager, c’est sûr, mais c’est notre histoire de France quand même. D’ailleurs au sujet des bâtiments militaires et de l’armée, je te recommande un bouquin passionnant, trouvé dans le grenier chez ma grand-mère Monateri : "Double crime sur la ligne Maginot".

- Maginot ? Une ligne de train ? Une ligne de bus ?

- Ignare, soupire Nema.

Basses Vosges

Non,  il ne s’agit pas d’une ligne de train mais d’une longue fortification sous-terraine qui passe à l’Est de la France pour protéger la patrie d’une invasion allemande, après la guerre de 14-18. Cet ouvrage fortifié, construit entre 1930 et 1934, est le lieu clos ou sont commis ces deux meurtres. Nous plongeons donc dans la vie militaire de l’époque, puisque l’action se passe en 1936.


Le commandant Malatre, avec le capitaine adjudant-major Dubois, accueillent le commandant d’Espinac, nouveau chef de corps du 40ème bataillon de l’Arme, à la Tête du vieux Fritz, dans les Vosges. Avant de partir à la retraite Malatre donne quelques indications sur le caractère et la personnalité des officiers du bataillon. Le capitaine Bruchot est un ancien de 14-18 qui a été blessé et a malheureusement tendance à boire. Mais c’est un excellent manager pour les troupes. Les trois lieutenants sous ses ordres sont jeunes et très fougueux : Le Guenn le breton assez réservé, Capelle l’organisateur des fêtes lors des permissions et Kuntz l’alsacien bosseur qui prépare le concours de l’Ecole de guerre.


Entrée Ligne Maginot

Les troupes et leur commandement sont installés dans un casernement dans une clairière à deux pas de l’entrée de la ligne Maginot quand ils ne sont pas en activité à l’intérieur du fort. Ce "village" comporte notamment des maisons pour les officiers. Ainsi d’Espinac reprend le pavillon de Malatre et se trouve voisin du petit pavillon de Bruchot et de sa charmante épouse Anna. En effet, Il n’est pas nécessaire de vivre enfermé dans la Ligne en permanence. Mais la mise en service et la préparation de cette Ligne de défense exige des travaux en continu et des exercices d’alerte et de positionnement des forces aux différents points de combat défensif. On accède à la rotonde principale par un long couloir d’accès, à partir de là différents couloirs mènent aux postes de combat. On trouve à ce niveau un poste de commandement, un central téléphonique (installation téléphonique interne reliant tous les postes de combat et les autres étages), un atelier, un magasin, la chambre des officiers, le casernement de la troupe… et un ascenseur et un monte-charge pour aller aux niveaux supérieurs. Eau, électricité, enlèvement des ordures… tout est prévu pour s’enfermer durablement en cas d’attaque.

Pour prendre la mesure de ce qui pourrait l’attendre en cas d’invasion, Espinac décide assez rapidement une revue de l’ensemble des lieux avec les troupes au travail. Ceci après une fête de bienvenue organisée dans le pavillon du commandant, avec quelques notables de la région, fête qui se déroule autour d’un grand buffet dans le salon principal transformé en salle de danse mais offre également une salle de bridge avec un coin fumeurs. Comportement provincial de l’époque, recherche des sous-officiers pour être l’époux de leur fille par une certaine petite bourgeoisie locale, très belle description de cette ambiance de l’entre-deux guerres… Anna remplace en quelque sorte la maîtresse de maison car Espinac est célibataire. Il y a bien en fin de soirée un petit incident lié à l’état d’ébriété de Bruchot, mais globalement tout s’est très bien passé. Mais la nuit sera très courte.



Tunnels de la ligne Maginot

Le jour suivant la fête, après avoir très peu dormi, Espinac prend son service comme d’habitude, très tôt le matin. Tout le monde est en poste, même si certains sont un peu endormis. Soudain, on entend une rafale de pistolet mitrailleur, les hommes se précipitent dans la rotonde. Il y a une panne de courant et un moment de panique. L’un des sous-officiers reprend le contrôle car Bruchot reste abasourdi devant les corps d’Espinac et de Dubois qui gisent dans l’ascenseur. On monte les morts à  l’étage de l’hôpital. On appelle la hiérarchie. Le chef d’état-major de la division, Barbet, arrive très rapidement, accompagné du juge d’instruction, de son greffier, d’un médecin légiste et d’un commissaire de police dénommé Finois. Le lieutenant-colonel Barbet est là non seulement pour suivre l’enquête mais aussi pour veiller au respect des secrets militaires. Le lieu est très particulier et ce qui peut s’y préparer doit rester plus que confidentiel. Finois, plus habitué des chiens écrasés et des vols sur les marchés que des crimes, veut montrer son efficacité en désignant très vite Bruchot comme le coupable.  Mais cela ne satisfait pas en haut lieu car Espinac était un agent de renseignement chevronné avant de venir dans ce bataillon. N’y aurait-il pas autre chose derrière ces meurtres ? Un commissaire de la Sureté nationale est dépêché de Paris : le fameux Vennard qui a résolu une affaire en quinze jours… Finois est vexé. Vennard relève de nouveaux indices qui malgré tout n’apportent pas toute la lumière sur ces crimes. Bruchot est incarcéré. Qui, comment et surtout pourquoi ces morts ? 


Pierre Nord

De roman policier, on passe à roman d’espionnage. Le capitaine Ardant est nommé en remplacement de Bruchot. Il arrive avec sa jeune femme, Geneviève. Est-il seulement là pour jouer ce rôle ? Pas exactement, car il y a doute au sujet d’une fuite d’un plan de site en Allemagne. Ardant identifie trois suspects, mais lequel est le vrai coupable, qui veut trahir la France ? Y-a-t-il un espion allemand dans le site ? La belle Anna, qui est allemande, joue-t-elle un rôle dans cette affaire, elle qui proclame que son mari est innocent, mais qui ne fournit aucun alibi quand c’est nécessaire… La fin est très  mouvementée. Cela fait penser un peu à un James Bond. Le meurtrier/espion sera abattu, mais dans une forme de respect militaire car finalement il ne faisait qu’obéir aux ordres…

 

Pierre Nord est sans doute tombé dans l’oubli, mais c’est un tort. Ce militaire et romancier français (1900 - 1985) est un personnage : sa vie très active le conduit à passer notamment par le Maroc et par l’Ecole supérieur de guerre dans les années 1930. Il entre dans le renseignement à cette même période. Il recevra de nombreuses médailles militaires, s’illustrant entre autres pendant la guerre de 39-45. Il nous a laissé une cinquantaine de romans et peut être considéré comme le père du roman d’espionnage français. "Double crime sur la ligne Maginot" est son premier roman. Il combine enquête policière et espionnage dans le monde fermé de la Grande Muette. Un livre très bien construit, avec suffisamment de détails pour qu’on s’y retrouve (et un schéma de la partie de la Ligne Maginot où se passe l’action), un style allègre et des personnages bien campés. A prendre également comme une "leçon d’histoire" quand on découvre la description de la Ligne et la vie militaire de l’époque.  

 

Bonne lecture !

Fayard - 254 pages