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mercredi 23 septembre 2026

ALBERT KING " Born Under A Bad Sign " (1967), By "Velvet" Bruno



   Lorsqu'on parle de Blues, de Blues moderne d'après-guerre, invariablement, les trois "King" s'immiscent. Trois "King" qui ont marqué à jamais - directement ou indirectement - des générations de chanteurs et de guitaristes. Et pas nécessairement des apprentis bluesmen. Le jeu raffiné de B.B., allié à une voix de stentor, l'incroyable énergie et vivacité de Freddie, mariées à une fluidité et une vélocité alors peu commune, et enfin le jeu ferme et puissant d'Albert King, tranchant avec une voix de crooner.

     Albert King qui est le seul des trois à avoir usurpé son patronyme. Né Albert Nelson, un 25 avril 1923 (ou 1924, suivant les biographies), à Indianola (ou à Itta Bena, ou à Aberdeen,  suivant les biographies), il est, comme bon nombre de ses pairs afro-américains, initié très tôt à la musique ;  celle jouée lors des offices à l'Église. Dans la formation de la congrégation, il y chante du Gospel, et le guitariste n'est autre que son père. Un père qui s'éclipse alors qu'il n'a que 5 ou 6 ans. Une absence forçant le jeune Albert à s'engager précocement dans la vie active. La précarité dans laquelle il survit lui impose d'être débrouillard. Ainsi, il conçoit lui-même son premier instrument , un diddley bow, à l'aide d'une boîte de cigares, de fil de fer et d'un bout de bois. Évidemment, avant de pouvoir vivre de la musique, il doit cumuler divers emplois, allant des champs de coton (dans sa prime jeunesse) aux travaux de construction - où il aurait appris à conduire les engins de chantiers -, et partant aussi dans le Nord pour bosser dans une fonderie. Son travail incessant dans les champs, les chantiers et les usines lui aurait forgé sa carrure. Avec sa taille approchant les deux mètres, ses larges épaules, ses paluches comme des battoirs, et un poids dépassant les 100 kilos (tranquille), le tout lié au flegme de l'homme tranquille, serein, il imposera le respect naturellement, sur scène comme en coulisse.

      Lorsqu'il s'implique dans des groupes jouant la "musique du diable", il le fait derrière un modeste kit de batterie pour divers petits combos. Il devait probablement être assez bon batteur pour finir par jouer dans l'orchestre de Robert Nighthawk - où, d'ailleurs ce dernier lui transmet une partie de son savoir à la guitare des douze mesures. Ainsi que dans celui de Jimmy Reed, avec lequel, en 1953, il effectue ses premières séances studio.


   Par nécessité, autant pour les opportunités musicales que pour subvenir à ses besoins, il passe une bonne partie des années 50 à changer de villes et d'états de résidence. Oscillant un temps entre Osceola (en Arkansas) et Gary (en Indiana), il finit par tenter sa chance à Saint Louis, dans le Missouri, où il commence à gagner une sérieuse réputation (1). Suffisamment pour que Little Milton - ou son label, Bobbin Records, qu'il vient de fonder -, lui fasse enregistrer ses premiers singles. Et puis, enfin, en 1959, à près de 35 ans, le succès frappe enfin à sa porte. D'abord bien timide, il prend de l'ampleur en 1961 avec le single "Don't Throw Your Love on Me so Strong" (avec Ike Turner au piano), qui séduit les radios "R&B", et déborde des frontières du Missouri et de l'Illinois. L'année suivante, c'est le grand saut avec un premier album : "The Big Blues". Malheureusement, Albert King n'y est pas toujours mis en valeur, empêtré dans une orchestration trop riche ou mal dosée - il n'est pas le seul à en avoir fait les frais. Et on sent toujours l'influence de B.B. King qui lui colle encore aux semelles. Influence d'autant plus lourde qu'à ses débuts, mister Albert Nelson se faisait passer pour son demi-frère (ou le frère, suivants les biographies), d'où le changement de patronyme. Une façon innocente, et peu coûteuse, de se faire de la publicité dans l'espoir de se créer un public qui constaterait par lui-même, sur place, que cet Albert avait ce qu'il fallait pour mériter ce nom (d'emprunt). Mais de là à baptiser sa guitare "Lucy"... sachant que BB King avait baptisé la sienne "Lucille", dès 1949 (2)... Quoi qu'il en soit, malgré ses défauts, ce premier album est tout de même une réussite. 

     Mais c'est en 1967, qu'Albert King s'affirme définitivement comme un bluesman majeur avec un second album qui a non seulement marqué son époque, mais qui demeure aujourd'hui encore une référence du Blues moderne. 

     C'est Estelle Axton, co-fondatrice de Stax Records avec son frère Jim Stewart, voulant étendre leur catalogue au Blues, aurait souhaité que le label enregistre ce grand gaillard qui en dépit d'un premier album bien prometteur, n'était alors plus sous le moindre contrat. C'est une aubaine pour Albert qui en 1966, a l'opportunité d'enregistrer dans un studio qui a déjà fait ses preuves avec des artistes tels que Rufus Thomas, Booker T & The MG's, Sam & Dave et bien entendu Otis Redding. Opportunité aussi d'être soutenu par les musiciens "maison", alors souvent considéré comme ce qu'il y a de mieux dans le milieu de la soul et du Rhythm'n'blues - du moins dans le sud des USA. Soit pas moins que la troupe de Booker T & the MG's. Un groupe, multiracial (ait il besoin de l'évoquer, dans le sens où les principaux intéressés, liés par un indéfectible amour de la musique, ne faisaient pas de différence), qui ont enregistré et/ou accompagné en concert, des chanteurs aussi illustres que Wilson Pickett (qui n'aurait pas été particulièrement apprécié), Rufus Thomas, Otis Redding, Carla Thomas, Sam & Dave. Un groupe qui a aussi composé un beau petit lot de hits, dont certains sont devenus des classiques de la Soul et du R&B (3). La crème de la southern-soul avec Steve Cropper, Al Jackson Jr, Booker T Jones et Donald Dunn (fraîchement incorporé, en 65) solidement soutenus par une section rythmique emblématique : The Memphis Horns. 


   Alors que pour son premier album, Albert avait composé la majorité des morceaux - dix sur douze -, cette fois-ci, c'est carrément l'inverse avec seulement deux titres de sa main sur onze. Mais qu'importe. Albert imprime sa patte et décline de nouvelles lois du Blues - ou les consolide. Cet album combine la rugosité d'un Blues puisant sa source dans le Delta et durci par le tumulte quasi incessant des métropoles industrielles, que le velours de la southern-soul, étoffée par des cuivres omniprésents. Le rythme lui-même, la cadence, est d'ailleurs souvent plus proche de la Soul (prisée par les studios Stax) que de celui du Blues. La Flying d'Albert est incisive et vigoureuse, s'imposant comme une force tranquille, allant à l'essentiel en peu de notes. Elle compense un vocabulaire limité en triturant les cordes, avec des glissando et surtout des bends profonds parfois à la limite de la rupture. Gaucher, Albert a toujours joué sur des guitares de droitier sans inverser les cordes (4), ce qui lui permet d'avoir plus de fermeté, de force et de facilité pour effectuer ses bends, en tirant les cordes vers le bas (le mi aigü étant en haut, à la place du mi grave, et ainsi de suite...). Son petit Fender Twin Reverb (où la reverb ne semble guère sollicitée) paraît ne pas être ménagé, menaçant de tomber dans la saturation grasse - surtout dès qu'il joue sur les cordes de Sol et de Ré. Non pas à cause du niveau sonore, mais par son attaque franche aux doigts, principalement joué avec un pouce mastard. Autant sa tonalité, son timbre, que ses plans (récurrents) vont être pillés pour nourrir tous les slow-blues du British blues et de ses descendants. 

     Et puis, bien sûr, il y a cette voix, impérieuse (royale ?), autoritaire, à la croisée du Blues et de la Soul sudiste, profonde et chaleureuse (en accord avec la carcasse d'Albert). S'il n'a pas autant de coffre que son "demi-frère" (5), Albert n'en est pas moins un bon chanteur, récitant ses paroles en restant accroché au tempo. Parfois avec véhémence, mais parfois aussi avec une telle retenue que ça frôle la timidité. À croire qu'à ces moments-là, il chante loin du micro, craignant de prendre l'ascendant sur la musique. Comme sur le vivifiant et latin "Crosscut Saw", où on peine à l'entendre. Et pourtant, sur les slow-blues, quand l'orchestration est plus aérée et feutrée, modérée, sa voix est là, s'affirmant comme une autorité fondamentale, imposant sa loi, ordonnant à l'auditeur de cesser toute activité (ou de monter le volume) pour se laisser envoûter. Ce que prouve le triptyque final, "Laundromat Blues", "As The Years Go Passing By" et "The Very Thought of You". Trois bijoux portés aux nues par Albert - bien aidé aussi par le piano de Booker T et les cuivres implorants, en particulier le saxophone ténor d'Andrew Love. Le premier pourrait être l'archétype, l'étalon du slow-blues sobre, intense et viril, le second demeure la version jamais réalisée et le troisième dévoile un Albert en parfait crooner.  Trois boîtes à frissons. Dans le genre, "I Almost Lost My Mind" n'est pas en reste, mais est en deçà, peut être parce qu'il est dépouillé d'attributs du Blues.

    Autre parangon du slow-blues, avec "Personnal Manager" où Albert lâche la bride à sa Lucy qui finit par ululer comme une harpie à la lune. 


 Évidemment, il y a les classiques, dont le titre éponyme. Une composition de Booker T et William Bell, spécialement à l'intention d'Albert. Un morceau tellement de fois repris - dès 1968 par Cream -, qu'il est devenu un standard. Tout comme "Crosscut Saw", le chaloupé et latin "Oh, Pretty Woman" (absolument aucun rapport avec la jolie donzelle de Roy Orbison) et le proto-hard-blues "The Hunter", porté à bout de bras par la basse (ici) fuzzy de Dunn. Également composé spécialement pour Albert - par les MG's au complet -, ce morceau a rapidement séduit un très large public. Dès l'année suivante, les brutes de Blue Cheer le reprennent, suivit par Pacific Gas & Electric ; en 1969, Free se l'accapare pour en faire un incontournable de son répertoire scénique. Il est d'ailleurs bien probable que le jeu soliste de Paul Kossof se soit en partie construit sur celui d'Albert King. "The Hunter" va passer tranquillement les années, les décennies, au travers d'innombrables reprises - celles des Ike & Tina Turner, Koko Taylor, Blue Magoos, bobby Harrison, Danzig, Great White, Canned Heat, Doyle Bramhall, Jimmy Hall, Gov't Mule, V. Campbell, Schenker-Pattison, Jane Lee Hooker, et bien d'autres.

     Injustement omis, le travail de Donald "Duck" Dunn est pourtant essentiel à cet album. En effet, sa basse impose le rythme, invitant suivant les situations à la danse ("Crosscut Saw") ou au recueillement ("As the Years Go Passing By"). Elle est d'ailleurs, bien des fois, légèrement en avant, comme si c'était elle qui conduisait la mesure de l'orchestration. Jusqu'à, occasionnellement, faire vibrer les membranes d'enceintes. Un brin avant-gardiste, elle s'aventure, avec "Oh, Pretty Woman" et "The Hunter", en des lieux peu explorés où bourgeonnent des tonalités fuzzy ; préfigurant peut-être là, la basse rock, voire proto-hard-blues. 

   Sans oublier non plus l'important de la production impeccable, au cordeau, attribuée à Jim Stewart, mais qui, serait, officieusement, plutôt le fruit d'un travail minutieux effectué en binôme par Steve Cropper et William Bell.

Side one




1."Born Under a Bad Sign"W. Bell, Booker T Jones2:47
2."Crosscut Saw"R.G. Ford2:35
3."Kansas City"J. Leiber, Stoller2:33
4."Oh, Pretty Woman"A.C. Williams2:48
5."Down Don't Bother Me"Albert King2:10
6."The Hunter"Booker T. Jones, Carl Wells, Cropper, Dunn, Jackson Jr2:45
Side two




7."I Almost Lost my Mind"Ivory Joe Hunter3:30
8."Personal Manager"Albert King, D.Porter4:31
9."Laundromat Blues"Sandy Jones3:21
10."As the Years Go Passing By"Deadric Malon3:48
11."The Very Thought of You"Ray Noble3:46


(1) En fait, il s'installe de l'autre côté du fleuve, du Missouri, dans une bourgade, Brooklyn dans l'Illinois, où les loyers sont probablement plus abordables et où il n'est qu'à un quart d'heure de route de Saint-Louis. 

(2) La guitare d'Albert, "Lucy", est une Gibson Flying V de 1959 (ou 1958, suivant les biographies...). Ainsi, Albert est, avec Lonnie Mack, l'un des premiers utilisateurs de la Flying V à devenir célèbre. Une guitare qui, à l'époque, avec l'Explorer et la Marauder, était jugée trop futuriste par les musiciens. 

(3) À commencer pour eux-mêmes, avec l'instrumental "Green Onions" qui fait un carton en 1962, et qu'on peut encore entendre aujourd'hui, plus de soixante ans plus tard, passer à l'occasion sur la radio (même sur le territoire Français). 

(4) Et même lorsque le luthier Dan Erlewine lui en concevra une en gaucher, - la Flying avec son nom sur le manche et la tête de Les Paul -, avec donc les potentiomètres en bas de caisse, qui ne risquent plus d'être bougés par inadvertance par son avant-bras, il gardera un montage à l'envers.

(5) Quand on pose la question à BB King sur l'hypothétique parenté qu'il aurait avec Albert, il rie doucement, niant évidemment tous liens familiaux. Toutefois, malicieux, il réplique que, par contre, dans la musique ils sont bien frères. Leur Blues ayant effectivement bien des similitudes.

(5) "The Very Thought of You" a été écrit - et sortie - en 1934 par Ray Noble (musicien, compositeur et chef d'orchestre de Jazz). La chanson est assez vite devenue un classique du Jazz, reprise et réenregistrée régulièrement par divers chanteurs. Notamment par Billie Holliday, Fitzgerald, Frank Sinatra, Sara Vaughan, Bing Crosby et Nate King Cole. On l'a retrouve aussi dans le film "Casablanca". Celle d'Albert s'appuie sur la version de Nate King Cole. Plus récemment, en 2002, c'est Rod Stewart qui l'a reprise sur son "The Great American Songbook", et en 2006, McCartney avec Tony Bennett.




🎵🚜
Du KING (Blues) à toutes les sauces (liens divers) :
💢 Earl King 👉 "Sexual Telephathy" (1990) 
💢 Freddie King 👉 "Getting Ready" (1971) 👉 "Getting Ready..." (1971) 
💢 King King 👉 "Reaching for the Light" (2015)

mercredi 3 juin 2026

Janiva MAGNESS " The Devil is an Angel Too " (2010), by Bruno



    Il y a une femme, là-bas... où ça ? Aux USA. Une femme donc, qui, pendant un certain temps, n'a cessé de se retrouver dans les listes (convoitées ?) de diverses manifestions censées récompenser d'un quelconque titre honorifique (assorti d'un bibelot pas nécessairement du meilleur goût) la carrière, le talent ou une œuvre d'un acteur de la sphère musicale. Cette femme, c'est Lisa Marie Magness. Une femme pour laquelle la vie n'augurait rien de bon, mais qui a été sauvée par sa persévérance et la musique. 

     Née à Detroit le 30 janvier 1957, le ciel s'est subitement terriblement assombri le jour où on retrouve sa mère suicidée. Trois ans plus tard, c'est son père qui met fin à ses jours. À la suite de quoi, à seize ans, elle fut placée dans des familles d'accueil - elle en aurait fait plus d'une dizaine. Nombreux sont ceux qui n'auraient pas su surmonter ces épouvantables épreuves, mais Lisa Marie a fini par trouver la force de redresser la tête. Cependant, le chemin fut particulièrement long et éprouvant, jonché d'obstacles et d'adversités Indélébilement marquée par les drames familiaux, elle finit par se laisser berner par le réconfort de l'alcool dans lequel elle faillit se noyer. Les drogues ne tardent pas à suivre. Instable, ingérable, elle se marginalise rapidement. À 17 ans, elle a une fille qu'elle ne peut décemment garder. Entre ses addictions et un comportement psychotique et parfois agressif, violent, elle fait le vide autour d'elle. Les établissements scolaires comme les familles d'accueil changent, défilent. Elle se retrouve même un temps à la rue.

     Même un premier mariage, malheureux, ne parvient pas à temporiser une vie des plus tumultueuses.


   Ce parcours de vie chaotique qui l'a saisie dès son adolescence aurait pu, aurait dû, avoir un dénouement fatal, s'il n'y avait eu cette passion qui l'étreignit précocement. Cette passion, c'est la musique, à laquelle elle goûte tôt grâce à la collection de disques du paternel. Mais le choc musical, celui des plus déterminants, celui qui va régir à jamais le cours de sa vie, c'est un concert d'Otis Rush. La prestation sans filet du gaucher de Philadelphie, acteur majeur du West Side Sound du Chicago Blues, laisse pantoise la jeune fille qui ne s'en remet pas. Elle reçoit rapidement une seconde claque mémorable avec une prestation de BB King - d'autres, et non des moindres, suivent rapidement, confortant la petite Lisa Marie dans la direction qu'elle souhaite faire prendre à sa vie. Néanmoins, par timidité, par modestie ou par manque de confiance, elle ne s'engage pas de suite dans une carrière artistique. Pour rester en contact avec la musique, s'y immerger d'une façon ou d'une autre, elle s'oriente vers des études pour devenir ingénieur du son  (quand d'autres se contenteront de devenir groupies). Malgré un rythme de vie dissolue - voire autodestructeur -, elle finit par obtenir son diplôme. 

     Cependant, par quelque concours de circonstances, plutôt que de rester confortablement assise derrière une console - dans un studio des Twin Cities (Minneapolis - Saint Paul) -, elle se retrouve à faire les chœurs pour une séance de studio. Une expérience payante, qui lui permet d'être maintes fois renouvelée jusqu'à gagner une certaine réputation dans le milieu professionnel (du Blues). De fil en aiguille, à force de travail et d'abnégation, elle finit logiquement par se placer sur le devant de la scène - sous l'appellation Janiva Magness and The Mojomatics, à Phoenix, où le journal local lui dédie un article élogieux en proclamant ce groupe comme le meilleur groupe de Blues de cette grande ville.

     Cependant, son corps et son âme restent marqués par sa vie passée ; combattant incessamment ses anciennes addictions, elle a tôt fait de tomber dans la déprime ou la colère. Elle a changé de prénom, optant pour Janiva, pour tenter de rompre avec son lourd passé, mais les obstacles, les rechutes, les doutes, les découragements, ne cessent de repointer leur nez. Ses difficultés à communiquer ne faisant que renforcer les problèmes. Et puis, dans les années 90, c'est la grande résolution. Elle prend le taureau par les cornes. Elle monte son propre label, "Fat Head Records", pour pouvoir enfin proposer ses propres disques. Des productions certes à la distribution des plus modestes, mais qui lui permettent de laisser une trace et de gravir, prudemment, les échelons dans une niche particulièrement surpeuplée - saturée même - en Amérique du Nord. À la même époque, rongée par la culpabilité, elle cherche à retrouver la fille qu'elle avait due abandonner. Une fois retrouvée, elle lui consacre du temps. Même si ça oblige Janiva à être moins présente sur la scène musicale - six années séparent ses deux premiers albums, "More Than Live" de 1991 et "It Takes One to Know One" de 1997, elle compense ce retrait par un nouvel équilibre espéré depuis tant d'années. Depuis, les deux femmes sont restées proches.

     Les choses s'accélèrent considérablement dès lors qu'elle signe avec le label canadien indépendant, "NothernBlues Music" (Otis Taylor, Moreland and Arbuckle, Watermelon Slim). Les albums, mieux produits, révèlent un Blues classieux et raffiné qui semble, par rapport aux précédents, avoir pris un sérieux coup de jeunesse, tout en gagnant en assurance et maturité. Visiblement, Janiva Magness, tardivement, en s'approchant de la cinquantaine, a réussi à trouver un juste équilibre. Une harmonie entre un Blues relativement ouvragé et un blues urbain rustique - fusion de BB King, Etta James et Otis Rush - avec de belles touches de Soul millésimé. Sa voix - et sa longue expérience - font qu'elle se glisse avec aisance et dans les différents styles abordés. Du Blues ouvragé à la BB King au country-blues, en passant par la Soul des 60's.

   Bruce Iglauer, qui n'a pas ses oreilles dans sa poche, lui fait les yeux doux et l'invite à enregistre pour sa boîte, Alligator Records. S'ensuit trois albums formidables, indéniablement parmi les meilleurs de sa carrière. Pourtant, les séances n'ont pas été de tout repos, avec deux caractères bien trempés qui sont souvent entrés en conflits. Chacun avec sa vision, campant sur ses positions, mais finalement, argotant sur des détails. Visiblement, vu l'excellence de ces trois albums, ce fut des conflits constructifs.

     De ces trois réalisations, s'il n'en fallait garder qu'une, ce serait la seconde, " The Devil is an Angel Too", sortie en 2010, un an après sa distinction en tant qu'artiste de l'année décernée par le Blues Music Award - elle devient ainsi la deuxième femme à avoir reçu ce prix, après Koko Taylor. Dès les premières mesures du sulfureux "The Devil is an Angel" (hit perdu datant de 1965), qui semble nous entraîner dans une cérémonie vaudou, chichement éclairée par quelques torches chancelantes, au plus profond d'un sombre bayou de la "Bataria Preserve", il est évident que Javina a gagné en maturité et assurance, accédant ainsi à un niveau qui semble alors défaut à de trop nombreuses productions du moment. On y reconnaît bien la guitare âpre, tranchante et rustique de Zach Zunis, déchirant l'air épais de traits rouillés et fébriles. Une gratte terreuse imposant régulièrement un contraste sur des morceaux plus élaborés, plus orchestrés, cuivrés. Ainsi, si dans l'ensemble, Janiva paraît s'épanouir dans un Blues classieux, les guitares "poussiéreuses et crues", en gardant ses racines rurales - voire du Chicago Blues originel -, évitent de déraper vers des ambiances ampoulées. 

     Rien n'est surjoué ou déplacé sur cet album. Tout est parfaitement en place, et rien n'est laissé au hasard. Même si parfois l'orchestration paraît relativement riche, il n'y a absolument rien d'ostentatoire. L'équipe se contentant généralement alors d'un orgue (Wurlitzer ou Farfisa) pour épaissir. Plus occasionnellement, et bien moins qu'auparavant, ce sont quelques phrases de saxophone qui s'immiscent. Un saxo joué par Jeff Turmes (son mari, et futur ex), également guitariste en titre et parfois compositeur. D'ailleurs, comme l'atteste le sobre et intimiste "Weeds Like Us", Janiva n'a pas spécialement besoin d'un orchestre cossu pour transmettre l'émotion.


   Il lui a pourtant parfois été reproché de ne pas être assez impliquée dans le chant, de ne pas se révéler plus mordante. Plus rugissante ? Il est vrai qu'il y a une certaine retenue, et jamais, du moins en studio, elle ne se laisse vraiment totalement emporter par l'émotion ; comme si une certaine pudeur endiguait tout débordement. Mais déjà, la musique privilégiée par Janiva, si elle tourne autour du Blues sous bien des formes, ne semble jamais tomber dans le Blues-rock. Et lorsqu'elle s'immerge dans la Soul, c'est plutôt pour des atmosphères plus feutrées.
Certains semblent croire que pour être considérée comme une grande chanteuse de Blues, il faudrait s'écorcher les cordes vocales comme Janis Joplin ou rugir comme Koko Taylor ; la justesse restant alors secondaire. Et puis, chacun son style. On sent pourtant chez cette femme du vécu, une profondeur d'âme certaine dans son intonation. Comme si elle pesait chaque mot, comme si chaque phrase avait du sens. Et puis, à la manière de bien des bluesmen (d'autrefois?), lorsqu'elle commence à élever le ton jusqu'à atteindre un registre plus rauque, elle s'éloigne du micro. Ainsi, paradoxalement, sa voix pourrait même paraître moins forte, moins puissante dès lors qu'elle paraît être submergée par le chant, l'émotion. Il faut écouter l'intensité qu'elle confère au formidable « Homewrecker » de Nick Lowe, avec, là aussi, une orchestration minimaliste. Ou encore le célèbre « I'm Feelin' Good » tant de fois repris et immortalisé par Nina Simone.

     Et lorsqu'elle s'attaque au « I'm Gonna Tear Your Playhouse Down » d'Ann Peebles (écrit par Earl Randle) – honteusement massacré par Paul Young -, elle lui donne plus de corps, d'ardeur ; et, en lieu et place des violons originaux, bien aidée par une guitare rugueuse et abrupte.

     On pourra à juste titre reprocher à cet album d'être principalement constitué de reprises, cependant, à part quelques exceptions, Janiva (et Iglauer?) n'a pas particulièrement pioché dans des grands succès connus de tous. La plupart pouvant demeurer obscurs, même pour l'amateur de Blues et de Soul. Seuls deux morceaux sont des originaux offerts par son guitariste (et mari) Jeff Turmes. Quoi qu'il en soit, le plaisir est réel et ne s'estompe pas avec les ans. C'est probablement son meilleur album.

     L'album suivant, « Stronger for It » de 2012, sera plus personnel, avec l'inclusion de quelques unes de ses compositions, et d'autres morceaux évoquant son passé douloureux et sa rédemption. Sa reconnaissance tardive ne cesse de s'amplifier et en 2013, elle est nominée dans cinq catégories des Blues Music Awards. Fort de ce succès, elle relance son label et sort son premier album, "Original", uniquement composé d'originaux, dont sept de sa main. Album dans lequel elle s'écarte parfois du Blues pour œuvrer dans une forme d'Americana un brin policé. Bien que les albums suivants marquent le pas, son succès - qui reste très modeste comparé aux grosses pointures à la médiatisation agressive – prend un peu plus d'ampleur. L'album « Love Wins Again » de 2016 grimpe à la cinquième place des charts « blues ». En 2025, à 68 ans, elle sort d'une semi retraite pour un dix-septième album, « Back For Me », encore chaleureusement salué par la critique.




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mercredi 3 décembre 2025

ERIC GALES " (Presents) A Tribute to LJK " (2025), by Bruno



   Bon... ouais... pour sûr... des disques de Blues, y'en a à la pelle. Des disques de bouses encore plus, mais là, on s'en fout, sinon que c'est une empreinte carbone dont on se passerait. Et des disques en "hommage", depuis quelques années, il en sort à toutes les sauces ; suffisamment pour qu'on en fasse une sévère indigestion, suivi d'un rejet immuable. Des disques de Bonamassa, aussi, y'en a une tripoté. Cependant, bien que le gars fasse polémique, - ce qui serait probablement moins le cas s'il était black -, même son disque le moins intéressant contient son lot de brûlots. Infatigable et vraiment voué corps et âme à la musique, depuis quelques années, entre deux tournées et deux enregistrements, il trouve le temps de travailler avec d'autres compères musiciens. Et, quasi systématiquement, ses contributions donnent de très bonnes productions qui ne sont pas loin de faire l'unanimité. Le gars ne craint pas la concurrence, ou il n'en a rien à faire. Il a visiblement un grand respect pour les artistes qu'il produit et/ou accompagne. Et s'il peut les aider à donner le meilleur d'eux-mêmes et à ramasser les suffrages, c'est tant mieux. Mission accomplie.

     Pour la seconde fois, il a offert ses services, avec l'aide de Josh Smith, à Eric Gales. Eric Gales qui, en dépit d'un départ fracassant, où on le comparait à Jimi Hendrix, a bien failli rejoindre le club des musiciens qui ont gâché leur talent - et leur vie. En effet, celui qui, avant même ses vingt ans, avait fait sensation à l'aube des années 90, et même avant cela était déjà considéré comme un enfant prodige (premier contrat à quinze ou seize ans...), eut tôt fait de tomber dans de terribles addictions dont il faillit ne jamais revenir. Au début du siècle, si son talent, sa fascinante facilité à la guitare, sont toujours évidents, à maintes reprises, il semble en pilotage automatique. En conséquence, des disques inégaux, avec des morceaux grevés par un babillage stérile. Sa santé semble aussi en prendre un coup, Eric paraissant avoir dix ans de plus. Finalement, il a un sursaut de fierté et décide de se faire violence pour remonter doucement la pente.


   Apparemment désormais clean, assaini, sa production retrouve des couleurs, de la cohérence et de la pertinence - même si Eric retombe parfois dans le travers d'en faire des caisses. Sur scène, bien que voûté, il déborde à nouveau d'énergie. Visiblement heureux de pouvoir à nouveau communier avec le public, de prendre ses aises jusqu'au débordement, à l'avalanche de notes. Incluant dans son robuste Blues-rock, pour le plaisir des uns et au grand dam des autres, des hommages non dissimulés à des classiques du heavy-rock. Des prestations aussi entrecoupées de confessions sur ses erreurs passées, et de sermons contre les méfaits de l'alcool et de la drogue. Fatiguant et saoûlant, pour ceux qui ont pu le voir en concert ressasser des prêches sur les terribles méfaits des addictions - et le besoin de retrouver Dieu. Lors de ces aveux publics, il ne se fait – ou ne se faisait - pas de cadeaux, estimant qu'il était devenu une personne de mauvaise compagnie, un gars peu recommandable, faible et lâche, n'ayant d'autre ami que la drogue et l'alcool. Des propos probablement opportuns, mais qui minaient considérablement l'intensité de ses prestations.

     Cependant, malgré ses homélies, Eric Gales est parvenu à revenir sur le devant d'une scène qu'il n'aurait jamais dû quitter.

    Cette année, Eric a voulu rendre hommage à l'un de ses frères. En l’occurrence à Emmanuel Lynn Gales, plus connu sous le nom de scène de Little Jimmy King. Patronyme adopté, après quelques années dans le groupe d'Albert King, lorsqu'il tente sa chance en solo. Ce dernier, véritable mentor du jeune Manuel, était protecteur envers lui, le considérant quasiment comme un membre adoptif de sa famille. Ainsi, lorsque Manuel Gales décide de voler de ses propres ailes, il se baptise Little Jimmy King en hommage à ses deux principales idoles : Jimi Hendrix et Albert King. On lui avait prédit une belle carrière, cependant, en dépit de critiques positives et encourageantes, il n'eut pas autant d'écho que son petit frère, Eric. Il ne réalisa en tout et pour tout que trois disques studio (sur Bullseye Blues) et termine le siècle dernier dans un semi-anonymat, avant de décéder précocement le 19 juillet 2002, à 37 ans, des suites d'une crise cardiaque.

     Manuel Gales, alias Little Jimmy King qui, avec l'aîné Eugene, avait enseigné au cadet Eric, les rudiments de la guitare. Manuel et Eugene étant gauchers, et jouant « à l'envers », soit avec des guitares de droitiers simplement retournées - sans changer le sens des cordes (et donc avec le mi grave en bas) -, Eric apprend donc tout naturellement, à jouer de la même façon que ses frangins. Bien qu'il soit droitier, il lui semblait normal de jouer ainsi, puisqu'avant même d'empoigner la moindre gratte, il voyait sa fratrie jouer ainsi. Depuis, Eric n'a jamais songé à changer de position. Alors qu'il y a des exemples de musiciens gauchers célèbres qui ont toujours joué comme des droitiers, Eric doit être le seul droitier jouant comme un gaucher – avec tous les inconvénients inhérents. Soit avec les potards qui entament le poignet, un sélecteur de micros qu'on bouscule par inadvertance et, suivant une large majorité de pelles, un accès aux aigus réduit.


   Aujourd'hui, Eric a voulu rendre un juste hommage à ce frère qu'il a toujours admiré. Répétant régulièrement qu'il aurait dû être reconnu comme l'un des meilleurs de son temps. Ainsi, profitant de sa nouvelle exposition internationale, Eric Gales espère le réhabiliter avec un disque à son hommage, entièrement dédié à son répertoire. On pouvait craindre un album sans grand relief, or, c'est une franche réussite. Peut-être même un grand disque de Blues. En tout cas, il invite à réécouter les disques "perdus" de Little Jimmy King. Pourtant, sur dix pièces, seules trois sont de Manuel. Trois sont d'Eugene, et le reste, des reprises que Manuel avait inclus dans son répertoire, dont le slow-blues « Something Inside Me » de Fleetwood Mac (composition de Danny Kirwan, uniquement disponible sur la compilation américaine "English Rose" et sur le live tardif "Shrine '69" édité en 1999). Un morceau peu connu du quintet anglais. À l'origine à mi-chemin entre Otis Rush et Albert King, mais qui se pare ici d'un manteau Stevie Ray Vaughan ; avec en conséquence quelques bends vertigineux. En fait, à l'origine, c'est une chanson d'Elmore James retravaillée, soit dépourvue de ses cuivres et de la slide rouillée et abrasive de James. L'originale surpassant aisément celle des Anglais. Pour revenir au style "velvet bulldozer", "Worried Man" est en bonne place.

     Et pour rester entre "kings", l'album démarre sur un "You Shouldn't Have Let Me" de B.B. chaleureusement boosté de testostérone et engraissé par une douce fuzz. Evidemment, Bonamassa ne résiste pas au plaisir de croiser le fer avec Eric. Une première fois sur un "Don't Wanna Go Home" qui résonne comme une chanson de Whitesnake époque Moody-Marsden, et une seconde sur l'enlevé et cuivré "Takes a Whole Lot of Money", où il pousse même aussi un brin de chansonnette avant de prendre un solo percutant, d'obédience "Albert Collins". 

     Eric inclut également trois morceaux issus du bien nommé "Left Hand Brand", sorti en 1996. Unique production de l'éphémère mais explosif Gales Brothers, véritable ouragan de blues-rock pyromane débordant de grattes fumantes, pétillantes et agitées (2). L'ébouriffant "Rockin' Horse Ride" chargée de wah-wah bouillonnante - ici avec Christone Kinghish Ingram (1) - , un " Guitar Man" en mode boogie crâneur, et un "Somebody" en clôture qui permet à Eric de réaliser un vieux rêve. Celui d'enregistrer avec Buddy Guy. Au siècle dernier, Buddy avait plusieurs fois partagé la scène avec Little Jimmy. Ce dernier finissant par le rejoindre régulièrement pour quelques finals de feu. Ce dernier morceau débute en Blues acoustique et solitaire (mode "Blues Singer" 2003), puis, lentement, l'électricité et la batterie s'immiscent, durcissant progressivement le son. Jusqu'à l'extase, l'explosion. Avant de terminer par un coda revenant à l'acoustique, où les deux chanteurs se répondent avec respect. Une passation ? Qui sait ? Buddy Guy a bien retrouvé le succès à 50 ans passés, avec des proportions telles qu'il ne l'aurait jamais imaginé ni espéré auparavant. Cela pourrait être aussi le cas pour Eric Gales.

 


   Il semblerait bien que jamais jusqu'alors, Eric n'avait mis autant d'émotion dans ses soli. On retrouve là un Blues fringuant, débordant d'énergie solaire, parfois à la frontière du rock, tiraillé entre une certaine "tradition" et une envie de toucher une modernité teintée de funk volcanique avec une tonalité inspirée du rock. Un chemin en partie déblayé pour le grand public par feu-Stevie Ray Vaughan (3), et élargi dans les années 90 par de jeunes loups tels que Larry McCray, Lucky Peterson, et Carl Weathersby.

     Le son de la guitare d'Eric est d'une belle intensité sur cet album. De celle qu'on obtient normalement avec de bons amplis naturellement crunchy, qui, à l'exception de quelques émulations spatiales, n'ont pas besoin de s'embarrasser d'une pléiade de pédales pour avoir le son. Un son mat, rond, un peu gras, crunchy sans aspérité qui pourrait évoquer les amplis Magnatone ou les fameux Dumble. Néanmoins, Eric trimballe toujours son pedal-board équipé de sa MXR signature, l'overdrive Raw Dawg (2), d'une fuzz Colossus Mojo Hand (d'inspiration Big Muff version "Russian"), d'un boost Tech 21 D.L.A. (probablement ouverte en permanence) et d'une Wah Custom Audio Electronics (une bien belle bête). 

     Avec cet album, Eric Gales pourrait bien atteindre la notoriété que lui et ses frères ont toujours aspiré - sans toutefois que ce ne soit jamais une priorité. Un des meilleurs albums de Blues de l'année (du moins qu'il m'a été donné d'écouter).




P. S. : En 2024, Eric Gales a été embauché par Ludwig Göransson pour jouer les soli de guitares, avec Christone Kingfish Ingram, des morceaux composés pour le dernier film de Ryan Coogler ("Creed", "Black Panther"), « Sinners ».


(1) La musique de Little Jimmy King aurait eu une grosse influence sur Christone.

(2) Aujourd'hui difficile à trouver car sorti sur House of Blues Music Company. La boîte lancée par House of Blues Entertainment. Soit par la société de restaurants pourvus de salles de concerts, fondée par Dan Aykroyd, James Belushi et Aerosmith (ainsi que le musicien de session et compositeur Paul Shaffer). Dans les années 90, HOB avait essayé de s'incruster timidement dans le marché du disque. Dans leur catalogue, on retrouvait le deuxième effort du Derek Trucks Band, deux albums des Blind Boys of Alabama (avant leur récupération par Virgin), le retour d'Otis Rush, et une tripotée d'albums live enregistrés dont un de Yes, un autre d'Etta James et, évidemment, du dernier des Blues Brothers (avec James à la place de John)

(3) Qui lui-même, déjà, devait beaucoup à Lonnie Mack, Albert King, Buddy Guy, Earl King, Hendrix et, dans une certaine mesure, Albert Collins. Ce dont il ne se cacha jamais, au contraire.

(4) Raw Dawg est également son surnom.




🎵🃎🏆

Divers bluesmen liés (liens) :
👉 Carl WEATHERSBY  " Come To Papa " (2000)  👉 Larry McCRAY  " Larry McCray " (2007) 👉 Lucky PETERSON  " Black Midnight Sun " (2003) 👉

mardi 2 décembre 2025

JIMI HENDRIX - ”Nine To The Universe“ (1980) - par Pat Slade



Une des nombreuses galettes du Voodoo Chile ressortie des tiroirs pour remplir les caisses des maisons de disques.



Hendrix n’est pas Mort, il Enregistre Encore !




Soit je joue la facilité en parlant d’un des quatre albums sortis de son vivant (Plus exactement trois, j’avais déjà chroniqué son dernier album live en 1970 ”Band of Gypsys“) ou alors je plonge dans l’abyssal, l’incommensurable, la titanesque discographie post-mortem du Dieu de la guitare. Et toujours la même question se pose : Quel album choisir ? Soit je les étale devant moi et tire à la Courtepaille, soit je les réécoute tous mais la tâche me prendrait au moins un mois. je me retrouve dans un inextricable imbroglio. Tout compte fait je choisis la facilité en sélectionnant par la date de sortie. Les deux premier ”The Cry of Love“ et ”Rainbow Bridge“ en 1971 m'ont tout de suite arrêté, surtout le second pour sa version du ”Star Spangled Banner“ et une version live de ”Hear my Train a Comin’“ de toute beauté.

Après maintes hésitations et en passant par l’album ”Blues“ en 1994 ou”South Saturn Delta“ en 1997, je reviendrais dans les premières exploitations de son patrimoine avec ”Nine to the Universe“. C’est un album très particulier puisqu’il n’est qu’instrumental et improvisé. Enregistré en 1969, ce court album (39 mn) ne rencontrera pas le succès escompté à sa sortie en 1980. Pour les musiciens qui vont l’accompagner, on retrouve son dernier groupe le Band of Gypsys  avec Billy Cox à la basse et Buddy Milles à la batterie mais comme c’est avant tout un album d’improvisations et de jams, beaucoup de musiciens seront invités pour y poser un accord  ou un solo comme par exemple Mitch Mitchell sont ex complice du Jimi Henrix Expérience et Jim McCarty le guitariste et Cactus seront sur la set-list.


Avec une pochette plutôt belle, ”Nine to the Universe“ propose 5 titres et puis c’est tout ! Un petit croque en bouche.  L’album s’ouvre sur ”Nine to the Universe“ Réduit à 8:46 au lieu des 18:50 prévu. La première partie, très rythmée, comporte des variations autour de ”Earth Blues“ que l’on peut entendre sur l’album ”Rainbow Bridge“ et le ”Live at the Fillmore East“ en 1999 et ”Message to Love“ sur le live de ”Band of Gypsys“ toujours au Filmore East. Un long break de Buddy Miles à la batterie et Jimi te rebalance dans les gencives ses riff et ses solos saturés. ”Jimi/Jimmy Jam“ En duo avec Jim McCarty et Mitch Mitchell à la batterie, un titre très jazzy et un solo très blues. ”Young/Hendrix“ Un titre complètement improvisé ou les solos de Jimi sont accompagnés par l’orgue de Larry Young qui fut à une époque considéré comme le meilleur organiste au monde. ”Easy Blues“ un blues jazzy centré sur la rythmique de la basse de Billy Cox et la batterie de Mitch Mitchell. 

Le solo de Jimi est époustouflant d’efficacité, surement l’un des meilleurs titres de l’album mais aussi le plus court avec ses 4:30. ”Drone Blues“ une improvisation de blues dans laquelle Hendrix joue ici très saturé. La batterie est plus faible, il aurait fallu Buddy Miles ou Mitch Mitchell au lieu de Rocky Isaac ?  

”Nine to the Universe“ n’est pas un mauvais album d’Hendrix (En existent-ils ?) même si il a été publié pour rempli les poches de majors, il est reste une trace profonde de son génie de la guitare. J’ai acheté l’album quand il est sorti et j’ai eu le nez creux car il n’a jamais été réédité en CD. En 1982 sortira le superbe double live ”The Jimi Hendrix Concerts“  et en 1994 sortira le très bon album ”Blues“.

Jimi Hendrix is ​​alive, he still plays guitar

mardi 1 juillet 2025

J.J CALE : ”Shades“ (1980) - par Pat Slade

J.J Cale n’a pas trop rempli nos colonnes, hormis un hommage de Rockin J.L l’année de sa disparition.




Un Coup de Blues Fumant




”M’sieur Claude. le bureau de m’sieur Pat est noyé dans la fumée, il est impossible d’y voir le bout de son nez et de surcroit il y a une odeur de tabac !" 

- ”Oui Sonia, il a ressorti tous les albums qui représente un paquet de cigarettes et les clopes qui vont avec. Quand il fera une chronique sur les fumeurs, il faudra ouvrir les fenêtres… !"

 

Dans le rock, la loi Évin n’a jamais existé (même si cette dernière date de 1991). Déjà en 1974 le groupe Camel représentait dans son album ”Mirage“ le paquet de clope avec le dromadaire. Avant eux, en 1969, Procol Harum et l’album ”Salty Dog“ avait représenté un paquet de Player’s Navy Cut, en 1974 le groupe Carmen avec ”Dancing on a Cold Wind“ reprendra le paquet de cibiche bien franchouillarde de la Gitane et Bob Seger en 1972 sortira ”Smokin op’s“ avec une pochette représentant un paquet de Lucky Strike. Le sujet du tabac dans les pochettes d’albums, tout genre confondu, est vaste et il y aurait matière à faire une chronique et J.J Cale va en 1980 reprendre le concept en reprenant l’image du paquet de gitanes et en mettant sa propre image en ombre chinoise à la place de la danseuse de flamenco au tambourin, emblème de la marque. 

Quatre ans après la sortie de l’album ”Troubadour“ où l’on pouvait trouver le titre ”Cocaïne“, J.J Cale continuera son petit bonhomme de chemin sur la route du blues avec sa voix proche de celle de Mark Knopfler  (ou l’inverse ?) qu’il influencera dans son jeux de guitare ainsi qu’Éric Clapton qui reprendra beaucoup de titre de son répertoire. ”Shades“ sera son sixième album et celui qui fera un carton en France.  ”Carry on“ : tempo enlevé, rythmique acoustique, mini solos de Cale parfaits, ils semblent être un prolongement des paroles. Knopfler s’est surement fortement inspiré de ce titre avec les Notting Hillbillies la même année. ”Deep Dark Donjon“ Un rythme boogie blues entrainant, piano et orgue très inspirés.

”Wish I Had Not Said That“ : belle petite ballade, les percus viennent soutenir la rythmique doublée de clap-hand. ”Pack my Jack“ Grosse basse jazzy, Superbes solos de guitare de James Burton connu pour avoir accompagné les plus grands comme Roy Orbison et Jerry Lee Lewis. ”If You Leave Her“ : tempo relax, ça fourmille d'instruments de tous les côté : orgue, pédale wha ou reverb, ”Mama don’t“ J.J Cale était un génie dans son style. Après recherche, il s'agit d'une vieille chanson folk du début du XXe siècle. Une adaptation en français sera faite par Francis Cabrel sous le titre ”Madame n’aime pas“ ”Runaround“ autre morceau jazzy, frère jumeau de ”pack my jack“. On se croirait dans un club enfumé en train de griller des gitanes où la basse et la batterie tissent un tapis pour la voix, le piano et le fabuleux solo final. ”What Do You Expect“ rien de spécial du J.J Cale pur jus, si ce n'est le superbe solo de piano par Leon Rusell. ”Love Has Been Gone“ Un solo d'entrée de jeu, la basse ronde et le jeu du batteur tout en retenue sont remarquables. Cale semble avoir sorti la lap-steel. ”Cloudy Day“ : Ballade jazzy avec une économie de note,  Magnifique touché tout en finesse et glissé sur le manche de guitare, un solo de sax, un de basse, et ce titre est un chef d’œuvre.  

Avec ”Shades“ et malgré sa pochette, J.J Cale montre qu'il n’est pas un fumiste mais il fait des coups fumants pour un album qui fera un tabac.