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lundi 20 février 2017

"EN ATTENDANT BOJANGLES " de Olivier Bourdeaut (2016) par Foxy Lady


A mon père...

Citation en ouverture du roman : « Certains ne deviennent jamais fous, leurs vies doivent être bien ennuyeuses ». Charles Bukowski.

C'est avec une certaine appréhension, je l'avoue, que je reprends ma plume aujourd'hui.
Plus de 2 ans sans écrire la moindre ligne, c'est très long, mais votre vieille Foxy a eu une longue traversée du désert... Pardonnez donc mes maladresses de style, il faut que je me retrouve...

J'ai décidé de vous parler d'un livre à la beauté saisissante, ou l'émotion traverse chaque page, entre douleur, désolation ou éclat de rire, j'ai nommé le très beau « En attendant Bojangles » d'Olivier Bourdeaut.

Allez savoir pourquoi un livre nous tombe dessus, un peu comme une histoire d'amour, nous ouvre une porte qu'on croyait fermée à jamais, efface le temps, l'espace et nous laisse en état de grâce.


« En attendant Bojangles », c'est l'histoire d'un drame familial, porté par une écriture pudique et solaire, qui ne sombre jamais dans le pathos.

C'est l'histoire de la folie d'une femme, tour a tour exubérante, femme-enfant, femme-mère, dont la personnalité exaltée emporte tout sur son passage, une « vie à l'envers », que son fils va découvrir avec son regard d'enfant, émerveillé, puis inquiet de cette vie qui ne ressemble à aucune autre.
Parce que dans cette famille hors du commun, on fait la fête du matin au soir, on danse sur « Mr Bojangles » de Nina Simone, on se taquine, on se ré-invente chaque jour, on habite avec un bel oiseau de Numibie nommé Madame Superfétatoire, on se moque des conventions et des bienséances... Tout tourne autour de cette mère extravagante et de son univers...
Mais très vite, on sent que quelque chose ne tourne pas rond dans cette fête perpétuelle, on devine les signes, les fêlures de cette folie qui couve jusqu'à l'explosion, le drame inéluctable.
l'asile de "Vol au dessus d'un nid de coucous"

Le livre est écrit à travers les souvenirs d'un enfant qui ne comprend pas toujours ce qu'il perçoit de la réalité, mais qui est heureux avec ses parents, car dans le fond, il baigne dans de l'amour à l'état pur. Entre le récit de cette tranche de vie contée à travers les yeux d'un enfant, il y a quelques extraits des carnets de son père, confronté à la maladie de sa femme :  « Je voyais bien qu’elle n’avait pas toute sa tête, que ses yeux verts délirants cachaient des failles secrètes… »

« Je m'étais dis que j'étais moi aussi légèrement frappé de folie et que je ne pouvais décemment pas m'amouracher d'une femme qui l'était totalement, que notre union s'apparenterait à celle d'un unijambiste et d'une femme tronc, que cette relation ne pouvait que claudiquer , avancer à tâtons dans d'improbables directions. »

« C'était à peine visible à l’œil nu, mais il y avait un changement d'air, d'humeur autour d'elle.
Nous n'avons rien vu, seulement senti. Sur elle, il y avait de petits riens, dans ses gestes, le clignement de ses cils , ses applaudissements , un tempo différent. Nous nous étions dit que son originalité continuait à monter les escaliers, qu'elle avait atteint un nouveau palier ».

Le roman est donc ponctué de scènes tour à tour loufoques, fantasques ou tragiques, jusqu'au premier drame, un incendie, qui va conduire cette femme aux mille excès dans un asile psychiatrique, où elle va côtoyer des « déménagés du ciboulot » toujours sous les yeux de son fils et de son mari, devenant même la reine de cette cour des miracles, faite de pauvres âmes, telles Yaourt, Sven ou Bulle d'Air.

Ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est qu'il est très difficile d'expliquer le drame de la maladie mentale, que l'on soit un enfant ou un adulte. Car la folie ne s'invite pas dans une famille, elle s'impose, elle est peut-être amusante au début voire anecdotique, puis elle blesse et détruit, et dans ce roman, l'issue fatale ne fait pas exception à cette règle.

On assiste jusqu'au bout à la tentative désespérée de cet homme et de cet enfant de sauver cette femme d'elle-même et de ses démons, jusqu'en Espagne, terre qui va sceller le destin de cette famille.

« J'avais très bien compris qu'elle voulait s'endormir pour toujours, car il n'y avait qu'en dormant qu'elle pouvait éloigner ses démons et nous épargner ses moments de démence. Elle avait décidé ça, et même si c'était triste comme solution, j'avais pensé qu'elle avait ses raisons.... »

Premier roman de son auteur, Olivier Bourdeaut, écrit à l'âge de 36 ans, je ne peux que saluer cette écriture à fleur de mots, qui m'a littéralement bouleversée et a étrangement raisonné en moi.

Malgré le sujet traité, « En attendant Bojangles » nous laisse, certes, une impression de tristesse, mais ce que l'on retient principalement, c'est cette merveilleuse histoire d'amour, cette lumière qui éclabousse tout pour ne donner, dans le fond, qu'un récit d'une pureté et d'une incroyable poésie.

Voilà donc une très jolie pépite à découvrir...




 on se quitte en musique avec le titre en question de Nina : 

lundi 1 décembre 2014

BETTY, un livre d'Arnaldur Indridason (2003)


XXXX
Le roman « noir »... Voilà sans nul doute un genre qui suscite chez moi un intérêt toujours aussi vif. C'est donc après avoir lu notre ami Luc sur  "Hypothermie" que j'ai eu envie de lire un livre de l'auteur Islandais Arnaldur Indridason.
L'histoire du roman : L'action se déroule entre Reykjavik et Akureyri (Islande). Un soir, la sublime Betty aborde un conseiller juridique en lui demandant de devenir l'avocat de son richissime mari, l'entrepreneur Tomas Ottosson Zoega.
D'abord réticent, il finit par accepter, séduit par cette créature à la voix rauque, à la féminité exacerbée, à la beauté simplement vénéneuse.

« Betty. Je n'ai jamais aussi bien connu une femme et pourtant, aucune ne m'a été autant étrangère. Elle a été pour moi comme un livre ouvert et en même temps une énigme absolument indéchiffrable. »

Soyons très clair, nous sommes ici dans la trame classique du roman noir. Le très habituel ménage à trois : la femme trop belle, le mari détestable qui bat son épouse et l'amant, ce troisième personnage, cette victime qui s'ignore encore, la marionnette, le jouet d'une machination diabolique. 
Je vous l'avoue, la première partie de Betty ne m'a pas passionnée plus que ça. Le roman est écrit à la première personne et le narrateur nous raconte sa rencontre avec Betty, son amour pour elle et sa haine grandissante de Tomas, son mari violent. Jusqu'ici, rien d'exceptionnel qui force mon intérêt, mais je poursuis ma lecture, curieuse, puisque friande du genre.
Parallèlement au récit de cette rencontre et de cette descente aux enfers, nous apprenons que ce même narrateur est en prison pour le meurtre de Tomas, interrogé par 2 inspecteurs Larus et Dora, qui ne croient nullement à son innocence.

Et là, tout à coup, dans la deuxième partie du roman, voilà qu'Indridason fait une révélation qui chamboule toute ma lecture. En un instant, tout vacille et je ne suis plus sûre de ce que j'ai lu précédemment ! Et voilà que je retourne en arrière en me disant que l'auteur m'a bluffée, et qu'au moment où je m'y attendais le moins, par un prodigieux tour de passe-passe, me voilà très surprise, et l'intérêt s'installe !
Rekjavik

Je ne vous en dirai pas plus car ce serait gâcher le plaisir de lecture.
L'auteur m'étant totalement inconnu, je ne saurais dire si Betty (qui ne fait pas partie des romans mettant en scène l'inspecteur Erlendur Sveinsson) fait partie de ses meilleurs romans, mais je peux vous dire qu'il est tout de même très bien fait et que, ne serait-ce que pour le coup de théâtre que nous livre l'auteur, il reste tout de même un très bon roman à lire. A chaque page, on devine peu à peu l'issue tragique du roman et le piège infâme qui se referme sur la victime.
Délicieusement amoral, très cruel dans son dénouement, ce roman d'Indridason, se lit dans sa seconde partie, en une seule traite. Et d'ailleurs, s'agit-il vraiment d'un ménage à trois ?

En tant que lecteur, on voit à quel point notre esprit est formaté, et comme il est facile de nous duper. Et si, à l'approche de l'épilogue, certaines questions vous taraudent l'esprit, comme "Existe-t-il une justice des hommes ?" ; "La vérité ne va-t-elle pas éclater ?", ne cherchez même pas... Indridason est impitoyable de bout en bout et rend finalement un assez bel hommage à certains auteurs, comme par exemple James M. Cain  "(Le facteur sonne toujours deux fois"), qu'il cite d'ailleurs en début de livre...


Voilà donc une très agréable surprise et un bon moment de lecture, pour occuper les longues soirées d'hiver plus  intelligemment que devant la télé.


FOXY LADY

lundi 18 août 2014

LE PROCES PARADINE (1947) d'ALFRED HITCHCOK



J'ai dernièrement eu un coup de coeur pour l'acteur français Louis Jourdan (1921), qui m'avait déjà bluffée il y a quelques années dans le sublime  "Lettre d'une inconnue" , et c'est  la raison pour laquelle je me suis mise en quête de films avec cet immense acteur dont on ne parle sans doute pas assez, et pourtant, sans doute un des derniers  "monstre sacrés"  du cinéma...93 ans à ce jour...

G. Peck / A. Hitchcock
C'est donc tout naturellement que j'ai opté pour  "Le procès Paradine" , sorti en 1947, d'un certain cinéaste inconnu.... j'ai nommé l'illustre Alfred Hitchcock. Film qui ouvrira les portes d'Hollywood à Jourdan, il y fera une belle carrière, tournant notamment avec Vincente Minelli ("Gigi", "Madame Bovary"), il apparaitra aussi en vedette dans "La flibustière des Antilles (Jacques Tourneur), dans Le "Monte Christo" de Claude Autant Lara ou en méchant dans le James Bond "Octopussy"; plus de 50 films et autant de téléfilms à son actif.

L'histoire du film : Anthony Keane (Grégory Peck), célèbre avocat du barreau, est chargé de la défense de Madame Paradine (Alida Vali), accusée du meurtre de son riche époux aveugle.
Bien qu'il soit marié à une femme douce et compréhensive (Ann Todd) qui n'a d'yeux que pour lui, Anthony Keane tombe sous le charme de sa vénéneuse cliente. Alors qu'il entame sa défense, il découvre peu à
peu que celle-ci n'est pas l'épouse respectable et éplorée qu'elle prétend être, et lève le voile sur sa relation trouble avec le domestique de son défunt mari, un certain André Latour, interprété par Louis Jourdan.
Louis Jourdan

Soyons bien clair, on reconnaît bien là la griffe du Maître, avec, en toile de fond, la femme fatale, à la beauté froide et énigmatique, mais le résultat est inégal et assez académique.
A l'origine, Hitchcock avait dans l'idée de donner les rôles principaux à Laurence Olivier et Greta Garbo, choix qui ne sera pas retenu par Selznick, à l'origine du projet. En contrat avec le légendaire producteur, Hitchcock verra son film amputé de nombreuses scènes lors du montage final, d'où, sans doute, le résultat, qui est loin derrière ses précédents films tel " Soupçons"  (1941),  "Rebecca"
 (1941) ou  "L'ombre d'un doute"  (1943). En désaccord avec son producteur, Hitchcock se désintéressera du film et " Le procès Paradine"  marquera la fin de leur collaboration.

Malgré quelques défauts perceptibles, ce film se laisse regarder avec intérêt, même si je ne le retiendrais pas parmi mes préférés d'Hitchcock. J'ai redécouvert avec plaisir Louis Jourdan dans un rôle d'homme manipulé, tiraillé entre sa loyauté pour son défunt maître et sa passion dévorante pour l'épouse de celui-ci.
G.Peck  / A. Valli
Grégory Pack est plutôt bon dans son rôle d'avocat qui n'a plus sa capacité de jugement. Ali Vali est superbe et convaincante dans son rôle de femme hautaine et glaciale.
Mais, les prestatations les plus marquantes reviennent à Charles Laughton, en juge libidineux et Charles Coburn.

Étant une inconditionnelle des films du grand Alfred, parmi mes préférés figurent "Sueurs froides" ,  "Psychose" ,  "Le crime était presque parfait" , "La mort aux trousses" ,  "Fenêtre sur cour" , " Pas de printemps pour Marnie" ... mais la liste serait sans doute trop longue. Sans rivaliser avec ces derniers, "Le procèsParadine"  se laisse regarder avec plaisir et c'est avec intérêt que l'on suit le déroulement du procès et que l'on est dans l'attente du dénouement final.

A voir si l'on se veut cinéphile et amateur de film du genre.

FOXY LADY


lundi 11 août 2014

TRAQUENARD de Nicholas Ray (1958)


"Party Girl"  ("Traquenard"), est un film américain réalisé par  Nicholas Ray, sorti en 1958. On doit à ce réalisateur les sublimes :  “La Fureur de vivre”, “Johnny guitar” ou encore “Les 55 jours de Pékin”.



L'histoire du film : Thomas Farrell (Robert Taylor) est l'avocat du  gangster Rico Angelo (Lee J. Cobb) et des membres de son gang. Ce rôle  d'avocat plus ou moins véreux ne lui pose pas de problème de conscience, puisqu'il a dans le milieu un statut, un nom, mais surtout  le respect des crapules qu'il défend... Physiquement diminué (il est  boiteux), handicap dont il use lors de ses plaidoiries, il s'éprend un jour d'une danseuse de cabaret, Vicky Gaye (Cyd Charisse), pour qui il  va finalement décider de quitter ce milieu corrompu. Mais est-il si  facile de s'affranchir d'un passé comme le sien ? Angelo acceptera-t-il de voir s'en aller son avocat et ami, alors que  celui-ci connaît les moindres détails de ses affaires ?

Nous voici donc dans une histoire de gangsters assez classique mais divinement bien jouée.

"Party Girl" est un pur bijou : un Chicago des années 30 superbement  reconstitué, des acteurs d'une classe folle au sommet de leur art :  Robert Taylor en avocat infirme est incroyable, mais je retiendrais surtout la prestation saisissante de Lee J. Cobb en gangster sadique, brutal et peu scrupuleux... Ajoutons à ceci une très belle histoire d'amour entre Thomas Farrell et Vicky Gaye, et l'on obtient la recette d'un film noir parfaitement réussi. A noter les scènes de danses en cabaret avec des solos vertigineux de la sculpturale Cyd Charisse, d'une incroyable beauté !

Pour la petite histoire, on peut souligner que le personnage joué par Robert Taylor est librement inspiré de l'histoire de Dixie Davis, avocat du gangster Dutch Schultz, qui épousa une danseuse de cabaret.

Nicholas Ray a réussi un coup de maître : il recrée les années du  banditisme avec force et brio, entre violence, règlement de compte et  passion humaine, il nous tient en haleine du début à la fin, dans un style tour à tour lyrique et baroque.

Esthétiquement très réussi, avec un casting de choix et une bonne histoire, cet excellent film possède des qualités indéniables propres à nous ravir ! A (re) découvrir !


Foxy Lady



mardi 5 août 2014

"12 HOMMES EN COLERE" de SIDNEY LUMET (1957)



« 12 angry men » (Douze hommes en colère) est un film américain  réalisé par Sidney Lumet, sorti en 1957. On doit à Lumet des monuments  tels : « L'homme à la peau de serpent » (1959), l'incroyable « Serpico» (1973) ou « Un après midi de chien » (1975). “Douze hommes en colère” a également été adapté au théâtre en 1958,  dans une mise en scène de Lars Schmidt.

Nous assistons donc ici, de manière assez captivante, aux  délibérations d'un jury, au cours du procès d'un jeune adolescent  accusé d'avoir poignardé son père.

Le film repose entièrement sur un huis-clos oppressant où 11 jurés sur  12 estiment le jeune homme coupable. Le juré n°8, interprété par Henry  Fonda, déclare le prévenu non coupable et tente d'expliquer aux autres que les preuves sont insuffisantes pour accuser ce jeune homme d'un  crime dont il est peut-être innocent. Bien que l'on devine l'issue finale, on est subjugué pas les arguments judicieux apportés par cet homme droit en quête de justice, face à ses adversaires. Lumet dissèque les petits travers de cette société américaine qui au lieu de  rendre une justice équitable, a plus en tête des préoccupations secondaires comme se rendre à un match de base-ball et expédier le jugement... quel prix pour la vie d'un homme ?

Le film a été récompensé en 1957 d'un Ours d'Or au Festival  International du film de Berlin, ce qui n'est guère étonnant au vue de  l'interprétation hors du commun d' Henry Fonda et des autres acteurs :
Jack Klugman, Jack Warden ou encore Lee J Cobb. Le sujet est lourd mais admirablement traité : comment établir la culpabilité d'un homme sans preuves tangibles, si l'ombre d'un doute subsiste ?

Sidney Lumet invite le spectateur à se pencher sur les réflexions de son jury, grâce à une mise en scène intelligente : l'utilisation des lentilles de focale croissante, qui donnent une étrange sensation d'étouffement et le noir et blanc, qui, grâce aux jeux de lumières, se penche parfois sur le regard clair et plein d'espoir d'Henry Fonda, ou au contraire fait ressortir la noirceur des autres jurés. Ce film magnifique est une implacable autopsie de la justice américaine, servi par des acteurs au sommet.

Ce classique  est sans nul doute un indispensable : splendide huis-clos où le spectateur perçoit une tension palpable à chaque instant du film, et nous offre une galerie de personnages impressionnante et parfaitement maîtrisée. Criant de vérité et d'humanité, il est difficile de rester indifférent face à un tel sujet.

Éprouvant, superbe, intense et captivant du début à la fin, ce film vaut le détour pour la réflexion qui y est faite sur la peine de mort et le système judiciaire. A voir, à revoir ou a découvrir !

FOXY LADY



12 hommes en colère ( bande annonce VF ) par guiderapide

mardi 15 juillet 2014

MAMA BLACK WIDOW - livre de ICEBERG SLIM (1969)


Ultime volet de la trilogie du ghetto d'Iceberg Slim, « Mama Black widow » est, sans nul doute, le plus poignant et le plus cruel des 3 romans qui constituent cette immersion dans l'univers de violence et de misère propre aux romans écrits par Slim.
Contrairement  à ses deux prédecesseurs" « Pimp, mémoire d'un maquereau »(clic) et « Trick Baby »(et clic), Slim aborde ici plus le destin tragique d'une famille que celui d'une seule personne mais surtout, et au travers d'Otis Tilson, dont il narre la vie, c'est essentiellement le récit d'une Amérique ségrégationniste faite de désillusion et d'âpreté dont il dresse une fois encore le portrait. Avec la plume sans concession à laquelle il nous a habitués, Slim nous décoche les mots tels des uppercuts, et c'est plutôt en état de choc que l'on termine ce roman, d'une extrême noirceur.
« Mama black widow » nous raconte donc l'histoire d'Otis Tilson, débarqué à Chicago avec toute sa famille après que sa mère, Sédalia (alias Mama), ait eu l'idée de leur faire quitter leur Sud rural pour un Nord hostile, prétendu « terre promise » où peu de perspectives sont offertes aux noirs.
« Il était noir dans un monde haineux de blancs où un noir est comme un balai de chiotte. »
Ainsi donc au travers d'Otis, c'est toute la vie des Tilson qui défile sous nos yeux : destin tragique que celui de chacun de ses membres, qui auraient sans doute été plus heureux dans leur ferme du Mississipi que dans ce Chicago du milieu des années 30 où les seules opportunités offertes aux noirs sont des petits boulots payés une misère ou pire encore, la descente aux enfers propre à ceux qui rentrent dans l'illégalité.
Il y a d'abord le père d'Otis, Franck, cet ancien prédicateur, homme de la terre, qui estime que pour être un homme de bien, il faut pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et rester honnête. C'est le premier dont l'existence bascule, puisque, incapable de s'adapter à la vie du ghetto, il va sombrer dans l'alcoolisme, la maladie pour finir par se laisser mourir.
« Papa ne pouvait pas savoir que l'espoir, le respect de lui-même, sa dignité d'homme devaient dépérir sous l'effet de la répression brutale du Nord. » ; « Il se fondit dans les multitudes d'hommes désespérés à la recherche d'un boulot. Qu'il pleuve, grêle ou fasse soleil, Papa était en chasse, d'une rumeur à une autre, toujours bredouille, le coeur lourd ».
Ensuite, il y a les jumelles, Carol et Bessie, qui finissent, l'une comme l'autre, par être broyées par cette nouvelle vie. Carol, qui a le malheur de tomber amoureuse d'un blanc, et qui a la naïveté de croire que Mama acceptera cette union, et qui meurt, suite à une fausse couche provoquée par sa propre mère, et Bessie, qui défie l'autorité maternelle et sombre dans la prostitution avant d'être retrouvée morte dans un quartier sordide du Southside.
« Il y avait toujours une ombre : un regard de petite fille perdue dans ses yeux. Elle était affamée d'amour et d'affection comme tous ceux qui furent privés du sein de leur maman. Elle les a cherchés dans la jungle et a trouvé la mort. […] Elle s'est évadée des tourments de ce monde obscur où l'innocence est insultée et le mal applaudi... »
Puis, à force de petites escroqueries et de violence, il y aura Junior, l 'aîné de la famille, qui écopera de 99 ans de prison.
Iceberg Slim
Bien évidemment, il y a ce monstre de personnage à qui le roman fait directement référence, Sédalia, alias « Mama », véritable veuve noire qui tisse sa toile autour des siens telle une araignée, personnage pervers et destructeur qui mène chacun des membres de sa famille vers la tombe. On s'interroge sur cette mère abusive dont on ignore les desseins, on imagine qu'elle puisse être déchirée par la mort de ses enfants, la haine et le mépris dont elle est victime, mais on se dit aussi qu'une mère laisserait ses enfants être heureux envers et contre elle-même, et surtout n'essaierait pas de les garder auprès d'elle et de détruire leur rêves. Mama tente toujours d'échapper à sa condition de femme noire, car étrangement, elle se déteste sans doute elle-même « ce qu'on lisait dans ses yeux c'était une haine glaciale, la blessure de sa négritude qui lui empoissonnait l'âme... »
Et enfin, il y a Otis, alias « Pois de senteur » enfant spectateur de la tragédie des siens, l'homosexuel, le travesti, dont Slim fait ici la biographie. Doit-on encore, à l'instar de « Pimp », se demander si Otis n'est pas devenu l'homosexuel qu'il est à cause des sévices qu'il a subis étant enfant de la part d'un diacre ? Car, comme dans Pimp (ou Slim racontait les abus dont il avait été victime enfant), Otis nous raconte le viol de sa jeunesse, au sens propre comme figuré, par un diacre libidineux. On se demande ainsi si ses penchants sexuels ne viendraient pas de là, à moins que ce ne soit réactionnel, compte tenu de la relation étouffante qu'il entretient avec sa mère...
Car Otis est porté dans son âme vers de belles femmes, comme Dorcas, dont il est éperdument amoureux, et vers les corps virils des beaux mâles, qu'il désire avec avidité.
Otis (ou Sally, ainsi nomme-t-il la folle qui dort en lui), ne connaîtra jamais le bonheur, que ce soit avec Dorcas, qu'il est incapable de satisfaire ou avec les rares hommes (Mike) avec qui il aura essayé de vivre. Toutes ces histoires se finissent dans la violence et l'horreur : il est humilié, battu, abusé et dépouillé. Alors qu'il tente désespérément de s'affranchir du joug de sa mère et des instincts qui l'habitent, il finit toujours par céder à ses pulsions et à s’autodétruire doucement mais inlassablement.
Car, comme le dit un homosexuel lors d'une soirée, Otis est une pédale.
« Un pédé, et pour les pédés il n'y a pas de lendemain, juste aujourd'hui. Même quand nous sommes sûrs que nous avons dégotté l'anneau en cuivre du bonheur, nous découvrons qu'un Judas l'a trempé dans la merde ».
A l'inverse de « Pimp » ou « Trick baby » (qui laissaient entrevoir une lueur d'espoir), le destin des Tilson semble le fruit d'une étrange malédiction. On sent, au travers de chaque page, le poids immense de la fatalité. Même quand on perçoit les signes d'un bonheur possible (comme celui de Carol), il est aussitôt balayé d'un revers de la main.
Ce qui fait la force des romans de Slim c'est la rudesse de chaque mot. Slim ne nous épargne rien, ni les viols collectifs, ni la sauvagerie, ni le racisme, ni la déchéance et encore moins la misère humaine. Le roman est parfois à la limite du soutenable, et la fin, lapidaire, nous laisse littéralement en état de choc.
Et pourtant, « Mama black widow » est un roman sublime, riche d'émotions, qui nous étreint souvent le coeur et dont on ne ressort pas indemne.
Si Otils Tilson a livré ses mémoires à Iceberg Slim qui en a fait un tel roman, on peut presque y voir un chant du cygne, dérangeant certes, mais ô combien bouleversant.
Ultime opus de cette trilogie du ghetto, « Mama black widow » est simplement un chef d'oeuvre absolu de la littérature noire américaine. 

FOXY LADY



jeudi 15 mai 2014

LE PLUS PETIT BAISER JAMAIS RECENSÉ de Mathias Malzieu - par Foxy LADY




Voilà un roman d'une poésie saisissante, le plus joli livre qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps... Si je devais donner le prix du coup de coeur du mois, je le décernerais volontiers au dernier roman de Mathias Malzieu « Le plus petit baiser jamais recensé ».

L'histoire, en quelques mots : Un inventeur dépressif qui a subi une grosse peine de coeur rencontre une jeune fille, Sobralia, qui, quand on l'embrasse, disparaît.

« Le plus petit baiser jamais recensé. Un millième de seconde, pulpe et duvet compris. A peine une effleure, un origami »...

Dès lors, il n'aura de cesse de vouloir retrouver celle qui « fait pousser des roses dans le trou d'obus qui lui sert de coeur ».

Avec l'aide de sa pharmacienne Louisa, de Gaspard Neige, un détective à la retraite et de son perroquet Elvis (qui a des dons très particuliers...), il se lance à la recherche de cette femme invisible, tout en faisant pousser « des fleurs d'harmonica sur le plancher ».
Il recrée avec l'aide de chocolats inventés la sensation de ses baisers et prépare des messages d'amour pour le jour où Elvis retrouverait cette « réincarnation de Betty Boop » asthmatique, qui siffle en ré-mineur...

Au fond, « Le plus petit baiser jamais recensé » nous parle tout simplement de la rencontre de deux coeurs brisés qui doivent faire le deuil de leur passé pour se reconstruire et vivre une nouvelle histoire sans peur de souffrir ou de se faire souffrir.

« Cétait à la fois effrayant et rassurant de se confronter à quelqu'un d'aussi extraordinairement abîmé par l'amour. Un monstre de mélancolie qui se fait peur au point d'accepter sa condition de fille invisible... Ses souffrances résonnaient avec les miennes et je me blottissais dans cet écho. Comme elle, je présentais un terrain miné par l'explosion amoureuse. »

Que vous dire si ce n'est que c'est beau, fantaisiste, onirique et tellement bourré de poésie qu'on en aurait presque le vertige...

Voici quelques petites citations prises au hasard, pour le plaisir :
« Mon cerveau est une maison de campagne pour démons. Ils y viennent souvent et de plus en plus nombreux. Ils se font des apéros à la liqueur de mes angoisses. »

« Je suis devenu un putain de sapin de Noël de janvier toute l'année, du genre qu'on abandonne sur les trottoirs après l'avoir dépouillé de tout ce qu'on lui avait donné. J'avais quitté ma forêt sauvage pour devenir un arbre domestique. J'avais appris à devenir heureux en appartement avec mes guirlandes électriques pleine de faux contacts. »
« Trainant malgré moi ma carcasse sur les trottoirs désallumés de janvier, j'ai cru m'enrhumer pour toujours. Les gens dans la rue se moquaient de moi et de mes guirlandes sans électricité. Je faisais peur avec mes habits de l'hiver dernier et leur odeur de lessive d'un ancien bonheur ».

Pour ceux qui l'ignoreraient, Mathias Malzieu, né en 1974 à Montpellier, est le leader du groupe rock Dyonisos, pour lequel il écrit, compose et interprète les chansons. Amateur de sensations fortes et de sports extrêmes, ce sont ses impressionnantes prestations live qui l'ont propulsé sur le devant de la scène. Il est l'auteur des livres « 38 mini westerns (avec des fantômes)» (2003), « Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi » (2005), « La mécanique du coeur » (2007) (adapté récemment au ciné) et « Métamorphose en bord de ciel » (2011).
Il me semble juste impossible de ne pas avoir un coup de coeur pour ce petit livre plein de pudeur, pour lequel je dirais que la valeur n'attend pas le nombre des pages.

C'est romantique sans être niais, c'est triste sans toucher au tragique, c'est tendre comme une caresse et gourmand comme un bonbon qui, quand on le croquerait, nous ferait une explosion de bulles de champagne au coin des lèvres.

J'ai adoré l'inventivité qui déborde à chaque ligne, le nom des rues Parisiennes revisitées en Place de la Pastille, Rue Charlie Chaplin, Passage du Rockabilly, Boulevard Bashung ou Boulevard Lee Hazlewood ainsi que les jeux de mots de l'auteur, comme le « tremblement de tête » au lieu d'un tremblement de terre, « stopper l'amouragie » pour l'hémorragie ou « les floconfettis avaient recouvert le quartier » pour parler de la neige qui tombe du ciel.
Certains passages sont savoureux, comme celui où le héros se retrouve à faire le bilan de son ancienne relation avec son ex petite amie à la « Gendarmerie des sentiments ».

Je ne peux que recommander ce conte décalé et savoureux...

jeudi 23 janvier 2014

LA BALLADE DE LILA K - de Blandine Le Callet (2010) par Foxy Lady




« La ballade de Lila K » fait partie de ces livres rares, ces petites pépites que l'on découvre par hasard, et qu'on lit, le cœur battant, en se disant qu'il se passe quelque chose d'unique, un petit miracle comme on en connaît peu, et qui va nous marquer pour très longtemps.

L'histoire du roman : L'action se passe en 2100.
 Alors qu'elle n'est encore qu'une enfant, Lila est arrachée des bras de sa mère par des hommes cagoulés qui la conduisent dans un Centre, mi-pensionnat, mi-prison.
Là-bas, elle réapprend à parler, à manger, à marcher malgré le dégoût et la peur que lui inspirent les autres. Totalement asociale, polytraumatisée, craintive et fragile, elle passe pour une demeurée, alors qu'elle est  surdouée. Au bout de quelques mois, le Directeur du Centre, Monsieur Kauffmann, devient son tuteur. Avec lui, elle découvre la confiance, l'amitié et surtout  le pouvoir des livres.
Car dans ce futur plus inquiétant qu'il n'y paraît, les livres sont devenus rares car dangereux, à la limite de l'interdit (l'encre et le papier seraient nocifs à la santé), les individus sont épiés du matin au soir par un système de vidéo-surveillance, les grossesses sont contrôlées, les animaux génétiquement modifiés, des chimères sont engagées dans des travaux subalternes, et personne n'ose se révolter contre l'ordre établi de peur d'être emprisonné...
Vous l'avez compris, nous sommes dans une société sécuritaire et totalitaire qui n'est pas sans rappeler « 1984 » de Georges Orwell ou « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury.
Ainsi donc, Lila (le narrateur de l'histoire) va peu à peu se faire docile dans le but de  sortir du Centre à sa majorité afin de retrouver sa mère et sa mémoire perdue. Pour se faire, elle va tout mettre en œuvre pour ne pas éveiller les soupçons de ceux qui l'observent  et qu'elle nomme, à l'instar de Monsieur Kauffmann, « les étroits ». Au cours de sa quête, elle croisera de nombreuses personnes qui l'aideront à se reconstruire et la mèneront vers la vérité : Fernand son 2ème tuteur et son épouse Lucienne, Justinien appelé « Scarface », qui travaille avec elle à la bibliothèque, et surtout Milo Templeton, qui sera bien plus pour elle qu'un simple patron.
Dans cet univers dystopique, il y a l'Intra-muros et l'Extra-muros, appelé « la Zone »,  lieu de toutes les pauvretés et siège des rébellions et du terrorisme.
C'est précisément dans cette « Zone » que Lila devra retourner pour faire la lumière sur son enfance perdue et essayer de retrouver la trace de cette mère qu'elle n'a jamais oubliée, seule lumière dans son existence qui lui permet de ne pas sombrer.

Il est difficile de parler d'un roman comme celui-ci, étrange hybride littéraire, car aucun mot, aussi élogieux soit-il, ne peut décrire ce qu'on ressent à la lecture de ces pages.
Avec « La ballade de Lila K », Blandine Le Callet, essayiste et romancière française née en 1969,  nous coupe littéralement le souffle. Son roman est  intense, troublant, à fleur de peau, et nous fait nous interroger sur les dérives d'une société totalitaire, le lien indéfectible mère-enfant, la maltraitance, la possibilité de survivre dans un monde hostile où il n'y a pas de place pour les faibles, mais surtout la force du  pardon.

Toute la puissance du livre réside dans cet amour qui dépasse tout, transcende l'ignominie auquel il est soumis et se relève sans jamais verser dans le larmoyant.
Lila K aurait pu détester l'humanité pour toutes les souffrances connues, mais son intelligence lui montre une autre voie, celle de la liberté.

Une très belle lecture, simplement bouleversante.


jeudi 12 décembre 2013

NYMPHEAS NOIRS , un livre de MICHEL BUSSI




Giverny – L’étang aux Nymphéas, le chemin du Roy, la maison rose de Claude Monet et ses jardins… un endroit qui attire les touristes du monde entier, un univers préservé et intouchable immortalisé par Monet…

Et pourtant, dans ce paysage impressionniste de carte postale, un crime atroce est perpétré sur la personne d’un ophtalmologue, Jérôme Morval, collectionneur de femmes, pourtant marié, mais surtout fervent admirateur du peintre impressionniste Monet en quête de n’importe quelle toile de la collection  Nymphéas.

Autour de ce premier crime, 3 femmes sont mises en présence.La première est une vieille femme méchante, qui observe de son moulin les faits et gestes des Givernois. Elle même se considère comme une « petite souris noire » : elle connaît l’assassin, mais elle n’intervient pas… elle observe de sa tour de guet, toujours aigrie, toujours à l’affût, elle dissimule un secret. Peu de gens connaissent son existence à Giverny, pour les enfants du village, elle est « la sorcière du moulin des Chennevières », une légende plus qu’un être réel.La deuxième, Stéphanie Dupain, est l’institutrice du village. Elle admire les peintres impressionnistes, les poèmes d’Aragon, et organise un concours de peinture pour ses jeunes élèves. C’est une femme d’une grande beauté, sujette à la jalousie maladive de son mari, et qui a côtoyé Morval…Qui est-elle ? Une manipulatrice ? Une victime ? Ou est-elle simplement une femme en quête d’amour qui veut vivre sa vie  ?
La troisième enfin est une enfant de 11 ans prénommé Fanette. Elle ne vit que pour et à travers la peinture et rêve de remporter le concours de la Fondation Robinson pour quitter Giverny.
le pont japonais de Monet

Pour mener l’enquête sur ce meurtre, 2 inspecteurs de police vont intervenir.Laurenç Sérénac, qui vient d’être muté, et qui possède un goût très prononcé pour Sisley, Renoir, Lautrec ou Pissarro et son adjoint, Sylvio Bénavides, un Portuguais collectionneur de barbecues anciens, dont l’épouse attend un heureux évènement.
Les deux hommes se complètent tout en étant très différents. Sérénac est intuitif mais son jugement est obscurci par la trop belle Stéphanie Dupain.
Bénavides est méthodique, consciencieux et s’efforce de rester objectif, quelles que soient les circonstances.
Parallèlement à cette enquête officielle, Patricia Morval, l’épouse du défunt, demande au Commissaire Laurentin, retraité depuis 20 ans, d’enquêter sur le meurtre de son mari, suite aux révélations qu’elle a obtenues de la sorcière du village.
l'auteur
Professeur de géographie à l’Université de Rouen et politologue français, Michel Bussi (né en 1965) arrive, dès les premières lignes, à nous captiver. Pour peu que, comme moi, on ait eu une période impressionniste, ce roman est un pur délice qui nous fait nous replonger dans l’œuvre de Monet. Son style est fluide et contemporain, ses personnages intrigants ou inquiétants et l’on n’a qu’un désir, se plonger très vite dans la lecture de ce roman palpitant.

Qu’est-ce qui se cache derrière ce vieux cliché de classe de Giverny pris entre 1936 et 1937 ?
Quel lien entre la mort de Jérôme Morval et celle d’Albert Rosalba, un enfant de Giverny en 1937?
Quel lien entre ces 3 femmes ? Qui est l’assassin qui se cache à Giverny et quelles sont ses motivations ?

L’inspecteur Sérénac est certain de tenir son coupable en la personne de Jacques Dupain, l’époux jaloux et possessif de Stéphanie, mais son intuition est-elle la bonne  ?

A noter certains passages que j’ai trouvés absolument géniaux, comme la visite de Bénavides au Conservateur du Musée de Rouen, un moment de pur bonheur pour la lectrice que je suis.
L’enquête va durer 13 jours et commencera par un meurtre pour finir par un autre meurtre. L’auteur mêle avec une rare subtilité passé et présent, et j’avoue avoir étais bluffée par le final du roman, simplement jubilatoire. 
« Nymphéas noirs » est un livre étonnant qui a reçu, en 2011, 5 prix littéraires.
Voilà un roman très bien fait, singulier, que l’on ne quitte pas facilement, même après en avoir lu la dernière ligne. Le mystère qui entourait ces 3 femmes est levé, et la lumière est faite sur ces destins étroitement liés...

A découvrir, ou à offrir… 

FOXY LADY






le site de Michel Bussi: michel-bussi.fr
et pour visiter la demeure et les jardins de Monet: giverny.org






dimanche 15 septembre 2013

LE LISEUR, de Bernard Schlink (1995) par Foxy Lady


l'auteur
« Le liseur » est un roman semi-autobiographique de l'écrivain allemand Bernard Schlink, paru en 1995, qui avait été, lors de sa parution, sujet à polémique. On ne s'étonne qu'à moitié de cet état de fait, le sujet traité étant loin de laisser indifférent.

Issu d'une famille bourgeoise, Mickael Berg, 15 ans, fait par hasard la connaissance d'Hanna Schmitt, une ouvrière de 20 ans son aînée. Ils deviennent amants. Durant un été Mickael vit avec elle sa première passion amoureuse, marquée tant par l'exultation de la chair que par celle de l'esprit. En effet, Hanna demande à Mickael de lui faire la lecture lors de leurs rencontres. Un beau jour, elle disparaît, laissant Mickael désemparé et seul.

Sept ans plus tard, alors qu'il est étudiant en droit, Mickael est amené à suivre le procès de criminels de guerre nazis. Il découvre avec stupeur qu'Hanna fait partie des accusées.

Comment Mickael va-t-il gérer le fait d'avoir passionnément aimé une criminelle ? Au fil du procès il lèvera peu à peu le voile qui entoure la mystérieuse Hanna. Pourquoi s'est-elle laissé enrôler comme gardienne dans les camps ? Avait-elle d'autres choix ? Pourquoi se défend-t-elle si mal ? Aux yeux de Mickael, Hanna cache un secret, qui, à défaut de la disculper rendrait son crime moins odieux.

Si le roman fit polémique à l'époque, c'est sans doute parce qu'il banalisait le mal. Derrière la fragilité et le destin tragique d'Hanna, le lecteur en vient presque à lui pardonner son passé alors que les crimes dont on l'accuse ne peuvent êtres discutés.

« Le liseur » est une belle histoire d'amour, doublé d'une réflexion sur la culpabilité des crimes de l'Histoire et les répercussions sur les générations suivantes.

Ce roman se lit facilement, l'écriture étant fluide et épurée. Les chapitres sont courts et nous incitent à nous livrer à la lecture du prochain dans le seul but de découvrir la réalité, d'accompagner Mickael dans sa quête de vérité et Hanna dans sa quête de rédemption.

A noter que « Le liseur » a été adapté en 2008, avec dans les rôles principaux Kate Winslet (Hanna) et Ralph Fiennes (Michael). Personnellement, le film ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. A voir peut-être pour l’interprétation bouleversante de Kate Winslet.

Un livre à lire, peut-être pas le meilleur sur le thème, mais tout de même à découvrir, ne serais-ce que pour les sujets évoqués et la réflexion qui entoure le roman dans sa globalité.


dimanche 8 septembre 2013

BEAUTIFUL BASTARD de Christina Lauren (2013) par Foxy Lady



Jusqu’à présent, j’ai eu tendance à vous parler de mes coups de cœur, rarement de mes coups de gueule, mais là, je suis forcée d’écrire un papier sur  "Beautiful Bastard" , roman que j’ai eu le malheur d’emprunter dans une bibliothèque.
En quelques lignes, voici l’histoire que raconte ce livre (si tant est que l’on puisse parler d’histoire) :
Chloé Mills travaille comme stagiaire dans une grande boîte de management, sous l’autorité d’un patron tyrannique et arrogant, Bennett Ryan. Bien évidemment, elle est belle, sexy et intelligente, il est trentenaire et beau comme un dieu. Alors qu’ils semblent se détester, ils sont attirés l’un par l’autre de manière frénétique, et se sautent dessus à la première occasion, dans tous les endroits possibles et imaginables, sans pouvoir résister à la tentation que leur inspire l’autre. En filigrane se dessine une pseudo réflexion sur le pouvoir, le monde des affaires et la faculté de s’imposer en tant que femme dans un univers régi par les hommes…

Alors évidemment on va me dire :  "Foxy, tu t’attendais à quoi avec ce bouquin ???"  à ceci, je répondrais  "eh bien, je ne sais pas trop, pas à ça, en tout cas…." 
Pour ceux et celles qui ont l’habitude de me lire, je ne suis pas pudibonde, peu de choses me choquent et je n’ai pas de problème avec le fait de lire des livres où il est question de sexe, mais là, cette ineptie  ne mérite pas le tiers de la moitié de la publicité qu’on lui fait. Soyons clair, au dos du livre, on peut lire  "le nouveau phénomène qui enthousiasme plus de 2 millions de lecteurs aux Etats-Unis" ,  "dévastateur et addictif" ,  "un parfait mélange de sexe, d’audace et de sentiment" , etc.
D'accord ce n'est que de la pub, mais quand même un grand point d’interrogation se dessine dans ma tête. La seule chose de  "dévastateur"  dans ce tissu de bêtises, est l’envie irrépressible de le jeter par la fenêtre.
Pour le côté  "addictif" , en effet, la consommation excessive de certaines substances pourrait s’avérer nécessaire pour éviter la nausée provoquée…
Enfin, si ceci est le  "nouveau phénomène littéraire"  qui enthousiasme les Etats-Unis, alors je m’inquiète sérieusement de l’avenir de la littérature dans ce pays..
Surfant sans doute sur la nouvelle vague ouverte par le best seller  "50 nuances de Grey" , " Beautiful Bastard " n’est rien d’autre qu’un harlequin érotique pseudo porno, sensé être sexy et provocateur, mais pour cela, il aurait fallu que les auteurs aient une once de subtilité, et ce roman, sans la moindre substance, en est totalement dénué.
Les pages se suivent et se ressemblent, l’intrigue approche du degré 0 et l’ennui s’installe à la 25ème page !
Le pire est que cette chose ait été écrite à 4 mains (pieds?), puisque les auteurs Christina Hobbs et Lauren Billings s’y sont mises à deux pour pondre ce nanar..
Alors si ce roman est un phénomène, je pense qu’en s’y mettant sérieusement, n'importe qui peut espérer devenir Prix Nobel de Littérature, un espoir pour des millions de gens...

Pour être tout à fait sérieuse, je ne suis pas snob au point de cracher impunément sur un livre divertissant à lire l’été. Il m’est arrivé de lire des livres "de  filles ", et même d’en trouver des sympas. Seulement voilà,  "Beautiful Bastard"  manque de tout : c’est vulgaire, bourré de clichés, ennuyeux et insipide.
Si j’ai lu stoïquement ce roman jusqu'au bout, c’est seulement et uniquement pour pouvoir émettre un avis en connaissance de cause, un peu comme Rockin-Jl quand il s'était infligé l'écoute intégrale du dernier CD de Christophe Maé pour le chroniquer...(C Maé on trace la route)
Quitte à lire un livre érotique, autant lire "L’amant de Lady Chatterley"   de David Herbert Lawrence, au moins on lit un classique de la littérature.
Vade retro devant ce genre de littérature ! Dire qu'une suite est à venir...
Gardez vos sous et votre temps de lecture pour, par exemple,  2 excellents livres évoqués récemment dans ces colonnes: "Replay "et " Back up " . 

(ci dessous l’icône signifiant zéro dans notre barème, première fois que je la sors je crois...même Guillaume Musso avait eu une étoile... (Guillaume Musso la fille de papier)