lundi 20 février 2017

"EN ATTENDANT BOJANGLES " de Olivier Bourdeaut (2016) par Foxy Lady


A mon père...

Citation en ouverture du roman : « Certains ne deviennent jamais fous, leurs vies doivent être bien ennuyeuses ». Charles Bukowski.

C'est avec une certaine appréhension, je l'avoue, que je reprends ma plume aujourd'hui.
Plus de 2 ans sans écrire la moindre ligne, c'est très long, mais votre vieille Foxy a eu une longue traversée du désert... Pardonnez donc mes maladresses de style, il faut que je me retrouve...

J'ai décidé de vous parler d'un livre à la beauté saisissante, ou l'émotion traverse chaque page, entre douleur, désolation ou éclat de rire, j'ai nommé le très beau « En attendant Bojangles » d'Olivier Bourdeaut.

Allez savoir pourquoi un livre nous tombe dessus, un peu comme une histoire d'amour, nous ouvre une porte qu'on croyait fermée à jamais, efface le temps, l'espace et nous laisse en état de grâce.


« En attendant Bojangles », c'est l'histoire d'un drame familial, porté par une écriture pudique et solaire, qui ne sombre jamais dans le pathos.

C'est l'histoire de la folie d'une femme, tour a tour exubérante, femme-enfant, femme-mère, dont la personnalité exaltée emporte tout sur son passage, une « vie à l'envers », que son fils va découvrir avec son regard d'enfant, émerveillé, puis inquiet de cette vie qui ne ressemble à aucune autre.
Parce que dans cette famille hors du commun, on fait la fête du matin au soir, on danse sur « Mr Bojangles » de Nina Simone, on se taquine, on se ré-invente chaque jour, on habite avec un bel oiseau de Numibie nommé Madame Superfétatoire, on se moque des conventions et des bienséances... Tout tourne autour de cette mère extravagante et de son univers...
Mais très vite, on sent que quelque chose ne tourne pas rond dans cette fête perpétuelle, on devine les signes, les fêlures de cette folie qui couve jusqu'à l'explosion, le drame inéluctable.
l'asile de "Vol au dessus d'un nid de coucous"

Le livre est écrit à travers les souvenirs d'un enfant qui ne comprend pas toujours ce qu'il perçoit de la réalité, mais qui est heureux avec ses parents, car dans le fond, il baigne dans de l'amour à l'état pur. Entre le récit de cette tranche de vie contée à travers les yeux d'un enfant, il y a quelques extraits des carnets de son père, confronté à la maladie de sa femme :  « Je voyais bien qu’elle n’avait pas toute sa tête, que ses yeux verts délirants cachaient des failles secrètes… »

« Je m'étais dis que j'étais moi aussi légèrement frappé de folie et que je ne pouvais décemment pas m'amouracher d'une femme qui l'était totalement, que notre union s'apparenterait à celle d'un unijambiste et d'une femme tronc, que cette relation ne pouvait que claudiquer , avancer à tâtons dans d'improbables directions. »

« C'était à peine visible à l’œil nu, mais il y avait un changement d'air, d'humeur autour d'elle.
Nous n'avons rien vu, seulement senti. Sur elle, il y avait de petits riens, dans ses gestes, le clignement de ses cils , ses applaudissements , un tempo différent. Nous nous étions dit que son originalité continuait à monter les escaliers, qu'elle avait atteint un nouveau palier ».

Le roman est donc ponctué de scènes tour à tour loufoques, fantasques ou tragiques, jusqu'au premier drame, un incendie, qui va conduire cette femme aux mille excès dans un asile psychiatrique, où elle va côtoyer des « déménagés du ciboulot » toujours sous les yeux de son fils et de son mari, devenant même la reine de cette cour des miracles, faite de pauvres âmes, telles Yaourt, Sven ou Bulle d'Air.

Ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est qu'il est très difficile d'expliquer le drame de la maladie mentale, que l'on soit un enfant ou un adulte. Car la folie ne s'invite pas dans une famille, elle s'impose, elle est peut-être amusante au début voire anecdotique, puis elle blesse et détruit, et dans ce roman, l'issue fatale ne fait pas exception à cette règle.

On assiste jusqu'au bout à la tentative désespérée de cet homme et de cet enfant de sauver cette femme d'elle-même et de ses démons, jusqu'en Espagne, terre qui va sceller le destin de cette famille.

« J'avais très bien compris qu'elle voulait s'endormir pour toujours, car il n'y avait qu'en dormant qu'elle pouvait éloigner ses démons et nous épargner ses moments de démence. Elle avait décidé ça, et même si c'était triste comme solution, j'avais pensé qu'elle avait ses raisons.... »

Premier roman de son auteur, Olivier Bourdeaut, écrit à l'âge de 36 ans, je ne peux que saluer cette écriture à fleur de mots, qui m'a littéralement bouleversée et a étrangement raisonné en moi.

Malgré le sujet traité, « En attendant Bojangles » nous laisse, certes, une impression de tristesse, mais ce que l'on retient principalement, c'est cette merveilleuse histoire d'amour, cette lumière qui éclabousse tout pour ne donner, dans le fond, qu'un récit d'une pureté et d'une incroyable poésie.

Voilà donc une très jolie pépite à découvrir...




 on se quitte en musique avec le titre en question de Nina : 

2 commentaires:

  1. Ah ben que voilà une bonne nouvelle! Depuis la "disparition" d'Elodie , la littérature se trouvait singulièrement absente de ce Debloc.....donc super! " En attendant Bojangle" est assurément une des plus belles réussites de 2016. Quant'a la chanson titre , je préfère l'originale , de Jerry Jeff Walker un song-writer américain. Il existe une excellente version par le groupe de country Nitty Gritty Dirt Band.

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