Les chroniques de l’été avec un classique de Supertramp que tout le monde
connait.
Les Clochards aux Petit Dej’
Sorti en 1979, ”Breakfast in America“ est sans doute l’album le plus emblématique de Supertramp, un groupe britannique qui a su mêler rock progressif et pop avec
une finesse rare. Cet album, à la fois mélodique et rythmé, est une
véritable pépite musicale qui a marqué la fin des années 70 et a
permis au groupe de toucher un large public. Il n’y a pas
grand-chose à redire sur cet album. Donc voici une plongée
détaillée, dans cet opus devenu classique.
”Gone Hollywood“ : Signé Davies et Hodgson, on est tout de suite dans le bain, un morceau qui donne la couleur
de ce que sera la suite de l’album. ”The Logical Song“ :Dès la première piste, Supertramp frappe fort. ”The Logical Song“ est un hymne à la nostalgie et à la quête d’identité. Avec ses
paroles introspectives, Roger Hodgson
aborde le passage délicat de l’innocence enfantine à la complexité
adulte. La musique est à la fois entraînante et mélancolique, grâce à
un arrangement riche en claviers et un solo de saxophone mémorable. Ce
titre est vite devenu l’un des classiques du groupe, à juste titre.
”Goodbye Stranger” : Une touche mélancolique mais énergique, une
instrumentation caractéristique du style de Supertramp
à cette époque. Les paroles de la chanson sont inspirées des virées du
groupe sur les routes.
”Breakfast in America“ : La chanson-titre est un vrai coup de maître. Avec son rythme
enjoué et son refrain contagieux, Elle dépeint un regard ironique et
légèrement sarcastique sur le rêve américain vu depuis la
Grande-Bretagne. Le jeu de piano est particulièrement marquant, et
les chœurs féminins en harmonie renforcent ce côté kitsch assumé,
presque cinématographique. ”Oh Darling“ Un brin plus rock, le morceau propose une instrumentation plus
élancée et un feeling plus direct. La voix de
Hodgson
est plus rauque, un contraste intéressant avec le côté pop des
autres morceaux. C’est une invitation à la simplicité affective,
portée par une rythmique dynamique qui ne lâche jamais.
”Take the Long Way Home“ : Ce titre est une ballade pleine de mélancolie et
d’introspection. L’arrangement, qui mêle piano, basse et
synthétiseurs crée une atmosphère douce-amère. C’est une chanson
qui parle du besoin d’évasion, d’un voyage intérieur nécessaire
quand la réalité devient lourde. Supertramp
excelle ici dans l’art de rendre complexe une émotion simple.
”Lord Is It Mine“ : Un moment spirituel dans l’album, ce titre interroge avec pudeur
le rapport à la foi et aux doutes personnels. La mélodie est
plutôt apaisante, presque méditative, avec un travail soigné sur
les percussions et les claviers. Ce morceau offre une respiration
dans le flot parfois très énergique des autres chansons.
”Just Another Nervous Wreck“ Plus funk et groovy, cette chanson apporte une touche de
fraîcheur et d’humour. Elle parle des petits tracas de la vie avec
légèreté, presque comme une thérapie musicale. Le jeu de basse est
particulièrement inspiré et donne envie de bouger, tandis que la voix de Daviesajoute une nuance supplémentaire au chant
principal.
"Casual Conversations" : Une jolie ballade de Rick Davis
avec son piano, presque mystérieuse, où le piano prend le
devant. Son ambiance feutrée souligne le talent du groupe pour
créer des moments variés tout en gardant une cohérence globale
. “Child Of Vision” : L’ambiance se fait plus lumineuse C’est une chanson rythmé,
un rappel que même lorsque les choses vont mal, il y a de
l’espoir. La complémentarité vocale entre Hodgson
et Davies
illumine ce morceau qui aurait pu, par sa sonorité, faire
parti de ”Crime of Century” termine l’album sur une note positive.
”Breakfast in America“ est un album qui mélange habilement les émotions et les
styles. Supertramp
réussit le pari de proposer des chansons accessibles sans jamais
sacrifier la qualité musicale ou la profondeur des textes. Entre
mélodies accrocheuses, paroles intelligentes et jeux
d’instruments subtils, cet album reste aujourd’hui un
incontournable du rock progressif accessible. À écouter
absolument, surtout un matin avec une bonne tasse de café, pour
bien commencer la journée.
Dans
la continuité du travail de prospection des œuvres oubliées des
années 70, et des découvertes archéologiques de cette riche décennie,
après l'exhumation de "Carmen Mika and Oz" qui était un
groupe japonais, on enchaîne avec "Kin Ping Meh" qui était
un groupe... allemand. De Mannheim.
Un
groupe qui a toujours posé problème aux bibliothécaires du rock, qui ne savaient jamais vraiment où le ranger. Hésitant à l'enfermer dans
la niche (un peu fourre-tout) "Krautrock", ou bien
"heavy-rock", ou simplement "progressif".
L'instabilité de la formation, allant de paire avec des changements
de tonalités, contribuait à cette confusion. Toutefois, on peut
convenir que l'attribut "krautrock" a été parfois
attribué seulement en fonction de la nationalité. En effet, rien
à voir avec les Amon Düül, Nektar, Ash Ra Tempel, Popol Vuh, Neu!,
Can et autre Tangerime Dream. À la limite, Birth Control, qui, lui
aussi, souffre du même dilemme. Non, Kin Ping Meh, c'est
simplement du heavy-rock 70's. Du Classic-rock, comme on dirait de
nos jours. Soit juste du bon heavy-rock - sans
sulfites, sans gluten, sans pesticides -
qui ne s'embarrasse pas de frontières, et par là donc peut
naturellement pencher vers ce qu'on pourrait considérer comme un
penchant "progressif". Du moins... pour ses premières
années. En effet, par la suite, cela glisse vers une forme de
heavy-pop-rock - de second choix.
Kin
Ping Meh se forme dans le quatrième trimestre 1969, et adopte ce
patronyme - probablement sous l'impulsion de Joaquim Schäfer,
guitariste, pianiste, compositeur et choriste - en référence au roman
de mœurs chinois du XVIème siècle : Jin Ping Mei (1). Cette
première mouture, un quintet, attend patiemment de se construire, de
se mettre au point, avant de s'exposer en concert. Pendant des mois,
elle s'affûte. Ainsi, dès qu'elle commence à se produire,
elle gagne en réputation. Mais c'est après avoir remporté
plusieurs concours mettant en compétition diverses formations sans
contrats, que Polydor s'y intéresse et lui propose un contrat.
Bien
soutenus par des prestations régulières, relativement abondantes pour leur statut, les premiers singles (45 tours) se vendent bien,
passent en radio, et les médias relayent ces premiers modestes
succès. Le second simple, "Everyday", ressemble à s'y méprendre
à un bœuf entre Uriah Heep et Triangle. Avec ces bons résultats,
Polydor envoie le groupe en studio et un premier album éponyme sort
en 1971. Mais déjà intervient la première défection. Joachim
Schäfer s'en va continuer seul sa route, en solo. Le groupe devant
rentrer en studio, il est remplacé au plus vite par Willie Wagner.
Ce
premier essai est enregistré assez rapidement et sort presque dans
la foulée. Derrière la console, en tant qu'ingénieur, on retrouve
un certain Conny Plank, qui va être l'un des producteurs allemands
les plus demandés. Il
se fait un nom avec le Krautrock mais aussi avec les débuts de la
musique électronique, notamment avec Kraftwerk. Il va aussi
travailler à plusieurs reprises pour Brian Eno et Ultravox, ainsi
que sur le premier Rita Mitsouko. Plank est repris en tant
qu'ingénieur pour le second album et passe à la production pour le
troisième Kin Ping Meh.
Ce premier jet est bien accueilli et aujourd'hui encore est
considéré comme un classique du heavy-rock - ou parfois du rock-progressif
- allemand. C'est effectivement un bon album ; cependant, il souffre
de quelques longueurs aux résurgences psychédéliques et d'une certaine instabilité à cause de quelques morceaux fluets.
La
carrière du quintet est lancée. Sa notoriété naissante lui permet
d'effectuer régulièrement une partie des tournées continentales de
groupes du Royaume-Uni. Parallèlement, il est sollicité pour une comédie musicale, ainsi que par la
télévision pour composer et jouer le générique d'une série et la
musique d'une publicité. Toujours dans l'année, il participe à la
cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de 1972, pour les
épreuves de voile à Kiel. Un agenda chargé, qui finit par avoir
raison de certains membres. Ainsi, c'est une nouvelle mouture qui
enregistre le deuxième album ; judicieusement nommé... " N° 2
".
Ce
deuxième effort présente une formation nettement plus sûre, solide
et mature. L'orientation est nettement plus heavy, avec de fortes
connotations hard-blues, tout en gardant quelques liens avec le
progressif. Kin Ping Meh, visiblement décomplexé, déballe avec
assurance un heavy-rock de qualité. Werner Stephan, le chanteur
(principal) - ayant trouvé ses marques, son style, et se laissant
emporter par la musique - semblerait presque méconnaissable. Tandis
que les guitares, sans faire dans le gros son, dans la fuzz énervée,
se sont épaissies la couenne. Une approche plus hard-blues,
plausiblement dû à un nouvel arrivant à la guitare et compositeur
actif : Uli
Groß.
Les Teutons,
audacieux, s'emparent de "Come Together" (des Beatles...)
pour le traîner sans ménagement dans un marsh de heavy-blues
poisseux et épais. Une version qui aurait probablement enchanté des
gus tels que Leslie West, Marino, Charlton, Iommi. Déjà largement
étiré sur six minutes, ces Germains n'ont aucun scrupule à
l'enchaîner à une jam de guitares et basse hallucinées. Ça
défouraille et part tout azimut dans une atmosphère évoquant
fortement les improvisations de Mountain - même si la guitare est
bien moins lourde et rageuse que celle de West. Par contre,
Thosten Herzog, semble vraiment avoir écouté à la note près Felix
Pappalardi.
Mais
auparavant, avec "Come Down the Riverside", l'album,
sous un arpège vif de gratte folk et un chant radieux, débute sous
un doux soleil printanier. Mais lorsque surgissent riff et batterie
surexcitée, c'est carrément une explosion de fleurs
resplendissantes aux parfums enivrants. Comme si, en 1972,
un petit quintet
allemand avait participé, avec une adresse digne de vétérans, aux
balbutiements d'un heavy-rock aux contours pop. D'un rock-FM avant
les excès de productions, de synthés et de chœurs. "Don't
Force Your Horse" continue sur la même tonalité, pratiquement
sur le même tempo, mais en s'élançant directement sur un riff
simple et carré. Étrangement, un des guitaristes impose une
ritournelle à la limite de vriller les esgourdes - et casse quelque
peu l'intensité du morceau. Même si, à deux reprises, une
cavalcade de guitares furieuses rattrapent cet étonnant égarement.
Par contre,
"Livable Ways" s'envole rejoindre des espaces plus
progressifs. Un beau morceau à tiroirs qui, malgré divers
changements de rythmes et d'atmosphères, ne perd jamais en
intensité. Au contraire... Huit minutes intenses, où passent et
s'entrechoquent Lucifer Friends, Yes, Birth Control, Jade Warrior, Spooky Tooth, Manfred Mann.
Enfin, Kin Ping
Meh, dans un mélange de bougies parfumées et d'encens, voire
d'herbes du maquis et de soupe aux champignons, dans une débauche
d'échos et de mellotron, joue sa ballade onirique, « Day
Dreams ». Une pièce qui aurait beaucoup gagné à écourter son
introduction – ou même carrément à s'en passer.
Malheureusement,
pour la suite et la fin de l'album, on ne sait pas trop quelle mouche
a piqué le groupe, mais ça part en biberine. Le caractère
Country-variétoche (sorte de country-apfelstrudel) de « Very Long Ago » est absolument
incongru (les trois minutes paraissent interminables - une purge), de même que
« I Wonna Be Lazy », qui se corrompe dans un ersatz de
glam-bubble-gum qui ferait passer les Rubettes pour des rockers. Des
ambitions commerciales qui vont doucement s'affirmer les années
suivantes, et par là même, étouffer tout ce qui faisait le sel de
ce quintet de Mannheim. Même si le quatrième effort, "Virtues and Sins", avec, encore une fois, une mouture remaniée, révèle quelques fort bons moments. Dont une savoureuse version du "Rich Kid Blues" de Terry Reid - sommet de l'album, évidemment. Cette dernière formation, avec l'arrivée de l'Anglais Geff Harrison, avec son timbre corrodé (proche de son homonyme Bobby Harrison), avait les moyens de prolonger honorablement sa carrière. Mais Harrison ne s'attarde pas, et après un dernier disque sorti en 1977, particulièrement insipide, sans aucun membre d'origine, Kin Ping Meh n'est plus.
Quoi
qu'il en soit, indéniablement, s'il y a bien un album à retenir de
cette formation allemande des plus instables, c'est bien celui avec
la pochette présentant une tête de gros porc obèse : le " N° 2 ".
(1) "La
prune dans le vase d'or"... tout un programme... ce roman de
mœurs daté du XVIème siècle a été maintes fois dénoncé pour ses
paragraphes érotiques, parfois particulièrement explicites. De
plus, l'histoire nous narre les problèmes rencontrés par un riche
marchand pour parvenir à combler charnellement – matériellement,
il n'a aucun souci -épouse, concubine et maîtresses.
Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.
Un Écho dans le Rock Prog
En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio
de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus
tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé,
les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintessence du groupe. En 1971Pink Floyd n’est plus
tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par
Syd Barrett, mais pas encore la machine
conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon”. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album charnière souvent moins célébré que les monuments qui
suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son
Pink Floyd.
Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans
l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd
va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs
histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée
représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe
alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan
d’un anus de babouin. 🙈
”One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par
Water et
Gilmour délivrent un riff hypnotique,
un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de
Wright,des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble
annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que
Gilmour jouera sur un lap-steel.
L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de
Nick Mason passée à vitesse réduite
scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les
paroles menaçantes, une rare contribution vocale de
Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un
univers cohérent
“A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de
guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le
titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison
de mah-jong, un jeu que pratiquaient
Water et
Mason. la voix de David Gilmour apporte une
chaleur nouvelle au groupe.
Les premiers Pink Floyd pouvaient
parfois sembler froids ou abstraits.
”Fearless“ alterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien, une chanson
simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée
finale habitée par les chants de supporters de Liverpool
(You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais
qui fonctionne étonnamment bien.
Pink Floyd montre ici qu’il peut être
expérimental sans perdre le sens de la mélodie.
“San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui
se conclut sur une improvisation deRick Wright. “Seamus“ : le titre qui a du chien parti d'une improvisation à la guitare
acoustique de Gilmour, le piano de
Weight et hanté des hurlements du
chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre
de “Mademoiselle Nobs” pour le
film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”.
Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la secondeface du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau
débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se
déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque
musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters
et les envolées de guitare de Gilmour
composent une œuvre organique, presque
cinématographique.
Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la
transition entre les premiers morceaux expérimentaux
de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs
publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du
groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le
morceau, mais il fait partie des préférés de
Wright.
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait
entre improvisation et précision. ”Meddle“
ne cherche pas l’efficacité immédiate il demande du temps,
de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il
offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant
l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de
cinquante ans après sa sortie, “Meddle”
reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here”, mais peut-être plus mystérieuse.
C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions
valent autant que les sommets qu’elles annoncent.
Il
existe des disques à la destinée particulière ; des disques dont la
réputation était assez établie pour traverser âges et frontières et éveiller la curiosité d'un grand nombre de mélomanes. Sans pour autant
parvenir jusqu'aux esgourdes de ces derniers. Des disques aussi, à
l'illustration suffisamment forte pour marquer les esprits, sans pour
autant être jamais parvenue dans leurs mains. Des disques
généralement considérés comme une référence mais pourtant trop
souvent absents des livres et des revues. Celui-là en fait partie.
Formée
en 1972, à St. Louis, dans le Missouri, sous la forme d'un quintet,
la troupe se distingue par la présence d'un violoniste. Ce qui n'a
rien d'expressément exceptionnel aux Etats-Unis où les violonistes
sont monnaie courante dans les formations de Country, de Cajun, de
Bluesgrass, ou encore de Western swing. Parfois aussi dans le Blues.
Certes, dans le rock, c'est un autre son... de cloche. Mais il y a
déjà un certain Charlie Daniels qui travaille depuis quelques temps
à marier la Country - et son propre violon - au Rock (il
est considéré à ce titre comme l'un des pères fondateurs du
Southern-rock) et qui ne va pas tarder à devenir une
véritable et intouchable institution aux USA. Et puis, bien sûr,
les quasi voisins de Topeka, Kansas (du...
Kansas), qui se sont enrichis d'un chanteur-violoniste.
Toutefois, les Missouriens (1), eux, se regroupent autour d'une
formation de sept membres. Car outre un violoniste (auto-baptisé
Siegfried Carver), il y a deux claviéristes. L'un, David Hamilton,
se réservant l'orgue et le piano, et le second, Doug Rayburn, le
mellotron. Un instrument prisé par les groupes de rock-progressif,
après l'avoir été par ceux tâtant de la pop psychédélique (propulsé
par le novateur "Strawberry Fileds Forever"),
mais alors bien plus présent en Albion (l'instrument est anglais -
de Birmingham) que chez les Ricains.
Ce
groupe se distingue aussi pour avoir reçu une avance exorbitante de
650 000 $ (!). Une fortune pour l'époque. D'autant plus pour un
groupe inconnu - en dehors de son comté - et qui n'a encore rien
enregistré. Les A&R et les cadres de chez ABC Records avaient
visiblement flashé sur ce groupe. Certains qu'il ferait un malheur
et qu'ils auraient rapidement un retour sur investissement. Ils auraient été enthousiasmés par leurs premiers enregistrements datant de 1973, effectués dans un studio à Pekin (petite ville de l'Illinois). Enregistrements publiés en 2014, sous l'appellation "The Pekin Tapes". Mais fait
encore plus étonnant, c'est que le groupe est récupéré avant la sortie de l'album par le
géant Columbia Records, qui, à son tour, va débourser 600 000 $
(!!). Bien certainement que le duo de
producteurs de l'album en cours - dont les séances
commençaient à s'éterniser - a manœuvré en sous-marin
pour faire adopter la troupe prometteuse par le géant Columbia. En effet, les
deux loustics qui font office de producteurs, travaillent déjà
régulièrement pour Columbia / CBS. Ce ne sont autres que Sandy Pearlman et Murray Krugman, ceux là même qui ont gagné
leurs galons pour leur travail et leur soutien pour Blue Öyster Cult.
Ainsi, dans la même année, le premier album du groupe va sortir
sous deux compagnies différentes. Une première. Celle
de Columbia sort un peu plus tard, sous une pochette légèrement
différente, supprimant le cadre blanc initial pour que
l'illustration (d'Edwin Landseer – les lions de Trafalgar Square)
occupe l'intégralité de la pochette. C'est bien celle de Columbia
qui sera gardée pour toutes les rééditions.
Autre
distinction, et non des moindres, la voix singulière, à la tonalité
féminine, de David Surkamp. Chevrotante comme une chèvre
grelottante et implorante comme une âme désœuvrée, trempée sous
l'orage. Proche d'un Geddy Lee d'alors, mais en mode diva, ou encore de feu-Burke Shelley... en pamoison. (voire d'un Julien Clerc sous un cocktail MDMA et hélium). Nombreux
sont ceux qui ont été persuadés qu'il s'agissait d'une femme.
Pourtant, ce qui pourrait paraître rédhibitoire – au point
d'être insupportable pour certains -, se révèle être un atout
pour le groupe. Déjà parce que non seulement cela s'intègre à la
tonalité générale de l'orchestration du groupe, mais surtout parce
que cela lui donne une personnalité assez singulière. Ainsi,
l'écoute de ce premier essai de Pavlov's Dog a la particularité de
rester dans les mémoires. Quelque soit le genre préféré de
l'auditeur. Évidemment, cet état ne repose pas uniquement sur les
frêles épaules de Surkamp, car à ses côtés, il y a l'excellence des musiciens qui, loin de faire de la figuration, labourent des
champs d'où germe un rock progressif dont les racines plongent
autant dans le heavy-rock que dans la musique baroque et romantique. Voire
même le Southern-rock. Un subtil élan créatif qui ne manque pas
d'évoquer les voisins de Kansas, ainsi que les Chicagoans de Styx
(avant le tournant FM) (2) ; voire même, parfois, d'un Meat Loaf
dénué de son aspect « comédie musicale ». Avec une nette différence avec ces derniers, c'est que Pavlov's Dog semble
généralement plus boisé, plus roots – malgré des
mouvements où le mellotron en fond sonore peut s'avérer
superfétatoire. Plus européen même, probablement par la possible
influence de la musique classique. Siegfried Carver, avec
l'omniprésence de son violon – et de son viola (violon
à cinq cordes) - pourvoit en grande partie à cette
sensation. De même que le piano de David Hamilton et la flûte
(enchantée) de Doug Rayburn – hélas, par trop occasionnelle.
Siegfried
qui, à l'occasion, dégaine son Vitar. Un ancêtre du violon
électrique, en fibre de verre et directement pourvu d'une fuzz
intégrée (la DynaFuzz), avec lequel il crée un univers enchanteur
sur un « Preludin » qui évoque irrévocablement Kansas.
Qui a copié sur qui ? On retrouve aussi l'empreinte de Kansas
lorsque Steve Scorfina (qui fit partie de la
première mouture de REO Speedwagon), à l'instar de Kerry
Livgren, qui abat les
murailles d'un rock-progressif avant qu'il ne soit trop imposant –
ou pompeux - , en imposant sa matière « heavy-rock ». On lui doit « Natchez Trace », un heavy-rock
rock'n'roll efficace, faussement basique, un brin boogie, un brin
southern, où Surkamp, transcendé, se lâche, vocalisant comme un pneu dérapant sur un béton verni. Mais
avant tout, il y a ce titre, « Julia », qui ouvre le
rideau sur une plage où le raffinement enlace la mélancolie, dans
une valse enivrée d'émotion. Relativement simple, aéré, entre
musique de chambre et ballade romantique, cette chanson qui est
parvenue à se faufiler sur les ondes (américaines), est
probablement la plus connue du groupe. Son impact nuit à « Late
November », qui s'enlise dans des nappes de mellotron et de paroles répétitives.
Au
contraire de « Song Dance », qui allie la force d'un hard
basique – avec un riff primaire, quasi sabbathien – à la
véhémence d'un rock-progressif transcendé, dans une atmosphère où
se mêlent les parfums capiteux d'un Jethro Tull (celui des années 68 à 71) à ceux de Kansas. Siegfried donne une
leçon de violon en mode hard-rock et lâche un admirable solo
percussif. Tandis que Surkamp, possédé, chante comme s'il était
absolument transporté par l'émotion – pourtant,
les paroles sont d'une simplicité et d'une naïveté exemplaires.
La
tension demeure avec « Fast Gun », une chanson évoquant
l'ère du Far-West, avec quelques cavalcades simulées par la
batterie et le violon. Une chanson en montagnes russes, alternant
incessamment entre mouvements andante et allegro; mouvements au tempi distincts mais liés par un chant
restant, lui, sur le ton de la supplique.
Avec ses élans dramatiques et son piano romantique, avec cette sensation de conter une histoire (3), avec ses envolées d'inspiration symphonique, voire lyrique, «Theme From Subway Sue » et « Episode » auraient pu être des compositions de Jim Steinman pour Meat Loaf – Surkamp fusionnant à lui seul Ellen Foley et Michael Lee Aday. Toutefois, avec moins d'emphase et de clichés que chez Steinman.
Enchaîné à l'instrumental "Preludin", "Of Once and Future Kings" referme le rideau en mélangeant les genres, passant de la ballade sentimentale aux coups de boutoir rock où le chant se fait désabusé, presque punk, avant de déraper sur une jam un rien foutraque, vaguement jazz-fusion. Le dernier mouvement est un crescendo où la guitare s'envole, encouragée par un chant libérateur, absolvant.
Etonnamment, en dépit d'un bon accueil de la presse, les ventes se révélèrent assez décevantes. C'est probablement ce qui entraîna l'album suivant, "At Sound of the Bell", à s'orienter vers des formats moins alambiqués, plus accessibles et policés. Où la voix est mise en avant, où le synthétiseur s'impose au détriment du piano, et où la guitare semble tenue en laisse, muselée. Quant au violon, c'est le grand absent (quasiment). Siegfried Carver a quitté le navire. Les rares instants de violon sont interprétés par un musicien de studio. Le batteur, lui aussi, a claqué la porte, remplacé temporairement pour les sessions par Bill Bruford (Yes, King Crimson, Gong, National Health). Visiblement, il y a plus de moyens financiers pour le deuxième album, avec notamment divers musiciens invités, des musiciens de studio, une chorale. Pourtant, il semble plus léger et superficiel, moins habité, et surtout, parfois comme englué dans un enrobage de mélasse. En toute logique, commercialement, la déception est plus forte, les fans du premier album n'accrochant pas nécessairement au second - ni à ceux qui suivront. C'est pourquoi, Pavlov's Dog est souvent considéré comme le groupe d'un seul album - le second reste "toléré", mais ne génère qu'exceptionnellement l'enthousiasme.
Déçu par la tournure que prend le groupe, et guère inspiré par leur troisième disque - même s'il revient à des sonorités plus organiques avec le retour du piano et une guitare plus présente -, Columbia arrête les frais et refuse de sortir l'album. Pavlov's Dog ne tient alors plus que quelques mois avant d'imploser.
Après des années de silence, le groupe se reforme pour la première fois en 1990, pour quelques concerts et un album. Grâce à la notoriété de "Pampered Menial", Pavlov's Dog parvient à revenir ponctuellement sur scène et à sortir sporadiquement des disques - dont les sessions de 1973, "The Pekin Tapes" en 2014, et le troisième disque en 2013 sous l'appellation "Has Anyone Here Seen Sigfried ?" (4) -. Un dernier disque est sorti en 2025 sur le label allemand Ruf Records, "Wonderlust", où il ne reste que Surkamp de la mouture originale.
S'il y a bien sur chaque album du groupe toujours une poignée de morceaux sympathiques, aucun d'eux ne peut prétendre rivaliser avec "Pampered Menial". Aucun ne parvient à renouer avec sa magie. C'est le seul qui tient la route de bout en bout, le seul, aujourd'hui encore, à faire l'unanimité. Une grosse déception pour le guitariste Steve Scorfina qui ne gouta guère les nouvelles directions du groupe, et qui est persuadé que le groupe aurait pu - aurait dû - être énorme s'il avait simplement poursuivi sur la voie du premier.
1.
"Julia"
David Surkamp
3:09
2.
"Late November"
Steve Scorfina, David Surkamp
3:10
3.
"Song Dance"
Mike Safron
4:58
4.
"Fast Gun"
David Surkamp
3:08
5.
"Natchez Trace"
Steve Scorfina
3:40
6.
"Theme from Subway Sue"
David Surkamp
4:25
7.
"Episode"
David Surkamp
4:02
8.
"Preludin"
Siegfried Carver
1:37
9.
"Of Once and Future Kings"
David Surkamp
5:23
(1) Et non pas les Missouris, qui eux, sont les Amérindiens qui occupaient les lieux, bien avant qu'on n'impose des frontières et qu'on ne baptise l'un des affluents (le plus grand) du Mississippi.
(2) Saint Louis est à la frontière de
l'Illinois...
(3) Par la conviction du chanteur, et non pas les paroles généralement des plus simplistes
(4) En hommage à Siegfried Carver, né Richard Nadler, décédé le 30 mai 2009, à 60 ans.
Quand ça n'veut pas, ça n'veut pas... Après Bruno et ses montées en gamme de Windows foirées, qui nous a privé de son laïus mercredi dernier, v'là t'y pas que Pat est aussi dans la mouise. P'tain, la bande de bras cassés... (les mecs sont payés, je le rappelle, "et avec l'argent du contribuable" comme dirait le député rapporteur Charles-Henri Furoncle ).
Mais Pat a reçu le dernier album de Franck Carducci, et avant de lire sa chronique complète, voici déjà un extrait, pour vous faire patienter. Un titre qu'on retrouvera sur "Sheeple", mais que certains fans avaient déjà entendu sur scène. Une belle pièce de 10 minutes...
Retour
au pays de l'obscur avec un nouvel élément apporté au chapitre des
perles oubliées des 70's. Chapitre réservé aux bafouilles
sur ces groupes qui ont disparu après avoir réussi à enregistrer
et à sortir le fameux premier disque. Le but ultime, l'Eldorado, la
Terre Promise, hélas atteint au prix de pénibles et douloureux
efforts et qui a souvent servi à donner le coup de grâce à des
jeunes dont la tête était pleine de rêves et d'espoir. Qui se sont
souvent retrouvés éreintés par des années de galère, de mauvaise
nutrition et de nuits écourtées.
En
plus, pour ce groupe, sa seule et unique galette a été financée
par un label également des plus obscurs, Kinetic. Une micro filiale
de CBS, qui n'aurait pas sorti une demi-douzaine de disques, avant de
prestement fermer ses portes après à peine une poignée d'années
d'existence. Une filiale qui n'a jamais eu les finances nécessaires
pour promouvoir les quelques rares groupes qu'elle ait pu signer. Un
micro label qui est parti d'entrée avec des handicaps, courant à sa
perte à peine lancé.
Ainsi,
à peine édité, l'avenir de cet album éponyme était des plus
compromises. D'autant que le groupe, éreinté et déçu par
l'industrie
musicale,
a raccroché peu après la sortie de l'album. Cet objet plutôt rare
n'a donc pas vraiment pu être défendu sur scène. CBS a
toutefois repris à son compte l'objet pour une distribution
européenne. Pourtant, en dépit de tout, malgré un échec commercial
total, la réputation de cet unique opus est parvenue à traverser
les âges. Suffisamment pour que les collectionneurs les plus tenaces le recherchent
incessamment dans les boutiques d'occasions, les foires et les
marchés (parfois à des prix pas accessibles à toutes les bourses). Jusqu'à ce
que l'album soit réédité en CD (la première fois en 2004).
Peace
& Quiet a
vu le jour en Floride, à Miami. Une ville plutôt dédiée à un
tourisme friqué, friand de béton et de chaleur, qu'au rock. La
ville ne tient pas alors à s'encombrer de groupes de rock - bruyants
et négligés -, qui pourraient perturber le bon déroulement des
affaires liées au tourisme. Les origines de Peace
& Quietremontent
à 1967, à l'époque où le combo s'appelait "Bad Boys".
La troupe change de patronyme avec l'arrivée de deux autres jeunes galériens de
Floride : le bassiste Jim
Tolliver(ex-Birdwatchers
et Razor's Edge)
et surtout le chanteur Rick
Steeler (ex-The
Villagers).
Véritable valeur ajoutée, l'homme qui propulse, quasiment à lui
seul, le groupe dans de hautes cimes généralement réservées aux
dieux et demi-dieux (du
rock).
À l'exception de la Floride, le groupe est peu ou pas connu lorsque
le disque sort. Entre son récent changement de patronyme et la pauvre couverture géographique de leurs concerts, généralement limitée à la Floride (quand ce n'est pas Miami et ses proches environs), le groupe avait bien
peu de chance de faire un carton. Surtout sans soutien radiophonique
et sans promotion. Désespérés, les musiciens lâcheront l'affaire quelques mois seulement après la sortie d'un disque sur lequel ils avaient fondé tous leurs espoirs.
"You
Can't Wait Till Tomorrow" entame l'album avec des
accords d'orgue prononcés et un chant déclamatoire, grondant telle
l'annonce au loin d'un impérieux orage. La guitare, saturée d'une
fuzz un brin nasillarde (type Maestro) .... dans la veine
de Bloodrock. Rien de
particulièrement mirobolant... jusqu'à ce que le violon de Jerry
Goodman, marque le premier mouvement de "Margo's
Leaving Song (Go to Go Away)". Une chanson qui fait
tellement sensation qu'elle menace d'éclipser le reste de l'album. Après
une mise en bouche sur la pointe des pieds, en toute sobriété, avec
un violon esseulé, se lamentant sous le poids de la solitude, et un chant timide, repenti, la chanson prend
de l'ampleur et s'engouffre dans une ballade heavy-rock arrosée de
soul. On pense alors à Uriah Heep ; comme si ce dernier était parti enregistrer au studio Muscle Shoals pour communier avec une Southern-soul. Avec en sus, ce
violon qui surgit ponctuellement pour un effet « dramatique ».
Jerry
Goodman est connu pour avoir joué avec The Flock (en
y entrant par la petite porte, en qualité de roadie),
puis avec le Mahavishnu Orchestra - ainsi que pour Jan Hammer et John
Mclaughin.
La suite est moins solide, avec ce "Country
Thing" évoluant comme un papillon de bronze, ivre de soleil,
virevoltant maladroitement entre la soul, un Southern-rock mâtiné
de jazz et un heavy-rock tâché de chorus acides.
La seconde face débute par "Hear My Love", où, après une introduction jazz-rock trompeuse, Steeler
accepte de partager le chant avec le claviériste, Chuck
Witherow. Une bonne interaction entre deux tonalités
assez proches – celle de Chuck étant un peu plus lisse -, pour une
ballade soutenue d'heavy-soul-rock. On y sent un batteur qui a des fourmis dans les jambes, qui peine à se caler sur un tempo simple et lent. On remarque aussi, une fois encore, l'excellent travail du bassiste qui, à l'image des grands bassistes de l'époque, insuffle du groove et de la fluidité au groupe, n'hésitant pas à se démarquer
Suit une autre
pièce d'envergure : "Black
Mountain". Où sur des éruptions d'orgue, une guitare imbibée de fuzz tisse des
riffs de hard-blues et des chorus charnus et râpeux. Tandis qu'au milieu de ces feux, un
chant fiévreux, entre Soul et heavy-rock, préfigurant
étonnamment David
Coverdale, lutte pour tenter de se faire une place. Il est étonnant qu'un chanteur du
gabarit de Rick Steeler, porteur d'une voix puissante et chaude, se
situant quelque part entre Jim Rutledge (Bloodrock), David Coverdale
et David Byron, n'ait pas fait carrière. Après l'aventure Peace & Quiet, il disparaît carrément des radars. L'orchestration, avec l'orgue rageur, la basse volubile et soul, et la guitare fuzz et acide, évoque assez Grand Funk Railroad (qui était alors, rappelons-le, un groupe immense aux States).
Malheureusement,
la dernière pièce semble trahir un certain manque d'inspiration du groupe, avec un instrumental un peu étiré. Au moins, le groupe ne s'est pas
contenté de placer une ou deux reprises pour remplir son disque
(peut-être aussi que le management
craignait de ne pas avoir les fonds pour payer les royalties). Un instrumental de boogie-jazz-rock'n'roll speedé, qui aurait tellement gagné à être placé au milieu de la seconde face, et non à la
fin, et à être raccourci de deux bonnes trois
minutes. Les premiers mouvements sont néanmoins entraînants et bouillonnants, avec un orgue et une guitare se tirant la bourre, et une très bonne prestation de la section rythmique. Ce
morceau, "Looney Tunes"
(en hommage à une célèbre série de
courts-métrages d'animation, où sont nés les Bugs Bunny, Daffy
Duck, Elmer, Bib-Bip et le coyote, Cochonnet, Titi & Sylvestre,
Taz, Sam le Pirate, et où ont bossé Tex Avery et Chuck Jones),
aurait d'ailleurs gagné à placer un peu plus en avant cette basse et
cette batterie expressément alertes, souples et groovy. Alors que sur les deux dernières minutes, la guitare s'enferme dans une redondance soûlante, agrémentée de quelques pains. Un fade-out au bout de cinq minutes aurait été salutaire.
Même si cet album ne présente rien de révolutionnaire - bien que pour l'époque, des pièces telles que "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)" ne courent pas les rues -, on peut s'étonner du peu d'écho qu'il a reçu. Cependant, en matière de heavy-rock et de rock-progressif, de rock toutes catégories confondues, l'année 1971 ayant été particulièrement productive en pièces maîtresses, en chefs-d'œuvre, il était bien difficile de se faire remarquer sans être soutenu par une grosse machine promotionnelle et sans aucun passé discographique. Désillusionnés, la moitié des musiciens du groupe abdiquent quelques mois après la sortie de l'album, courant 1972. Et on n'entendra plus jamais parler d'eux.