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mardi 28 juillet 2026

Supertramp : ” Breakfast in America“ (1979) - par Pat Slade


Les chroniques de l’été avec un classique de Supertramp que tout le monde connait.



Les Clochards aux Petit Dej’



Sorti en 1979, ”Breakfast in America“ est sans doute l’album le plus emblématique de Supertramp, un groupe britannique qui a su mêler rock progressif et pop avec une finesse rare. Cet album, à la fois mélodique et rythmé, est une véritable pépite musicale qui a marqué la fin des années 70 et a permis au groupe de toucher un large public. Il n’y a pas grand-chose à redire sur cet album. Donc voici une plongée détaillée, dans cet opus devenu classique.
Gone Hollywood“ : Signé Davies et Hodgson, on est tout de suite dans le bain, un morceau qui donne la couleur de ce que sera la suite de l’album. The Logical Song“ : Dès la première piste, Supertramp frappe fort. ”The Logical Song“ est un hymne à la nostalgie et à la quête d’identité. Avec ses paroles introspectives, Roger Hodgson aborde le passage délicat de l’innocence enfantine à la complexité adulte. La musique est à la fois entraînante et mélancolique, grâce à un arrangement riche en claviers et un solo de saxophone mémorable. Ce titre est vite devenu l’un des classiques du groupe, à juste titre. ”Goodbye Stranger” : Une touche mélancolique mais énergique, une instrumentation caractéristique du style de Supertramp à cette époque. Les paroles de la chanson sont inspirées des virées du groupe sur les routes. 

Breakfast in America“ : La chanson-titre est un vrai coup de maître. Avec son rythme enjoué et son refrain contagieux, Elle dépeint un regard ironique et légèrement sarcastique sur le rêve américain vu depuis la Grande-Bretagne. Le jeu de piano est particulièrement marquant, et les chœurs féminins en harmonie renforcent ce côté kitsch assumé, presque cinématographique. ”Oh Darling“ Un brin plus rock, le morceau propose une instrumentation plus élancée et un feeling plus direct. La voix de Hodgson est plus rauque, un contraste intéressant avec le côté pop des autres morceaux. C’est une invitation à la simplicité affective, portée par une rythmique dynamique qui ne lâche jamais.

Take the Long Way Home“ : Ce titre est une ballade pleine de mélancolie et d’introspection. L’arrangement, qui mêle piano, basse et synthétiseurs crée une atmosphère douce-amère. C’est une chanson qui parle du besoin d’évasion, d’un voyage intérieur nécessaire quand la réalité devient lourde. Supertramp excelle ici dans l’art de rendre complexe une émotion simple. ”Lord Is It Mine“ : Un moment spirituel dans l’album, ce titre interroge avec pudeur le rapport à la foi et aux doutes personnels. La mélodie est plutôt apaisante, presque méditative, avec un travail soigné sur les percussions et les claviers. Ce morceau offre une respiration dans le flot parfois très énergique des autres chansons.
Just Another Nervous Wreck“ Plus funk et groovy, cette chanson apporte une touche de fraîcheur et d’humour. Elle parle des petits tracas de la vie avec légèreté, presque comme une thérapie musicale. Le jeu de basse est particulièrement inspiré et donne envie de bouger, tandis que la voix de Davies ajoute une nuance supplémentaire au chant principal.

"Casual Conversations" : Une jolie ballade de Rick Davis avec son piano, presque mystérieuse, où le piano prend le devant. Son ambiance feutrée souligne le talent du groupe pour créer des moments variés tout en gardant une cohérence globale . Child Of Vision : L’ambiance se fait plus lumineuse C’est une chanson rythmé, un rappel que même lorsque les choses vont mal, il y a de l’espoir. La complémentarité vocale entre Hodgson et Davies illumine ce morceau qui aurait pu, par sa sonorité, faire parti de ”Crime of Century”  termine l’album sur une note positive.

Breakfast in America“ est un album qui mélange habilement les émotions et les styles. Supertramp réussit le pari de proposer des chansons accessibles sans jamais sacrifier la qualité musicale ou la profondeur des textes. Entre mélodies accrocheuses, paroles intelligentes et jeux d’instruments subtils, cet album reste aujourd’hui un incontournable du rock progressif accessible. À écouter absolument, surtout un matin avec une bonne tasse de café, pour bien commencer la journée.


mercredi 27 mai 2026

KIN PING MEH " N° 2 " (1972), by Bruno



       Dans la continuité du travail de prospection des œuvres oubliées des années 70, et des découvertes archéologiques de cette riche décennie, après l'exhumation de "Carmen Mika and Oz" qui était un groupe japonais, on enchaîne avec "Kin Ping Meh" qui était un groupe... allemand. De Mannheim.

     Un groupe qui a toujours posé problème aux bibliothécaires du rock, qui ne savaient jamais vraiment où le ranger. Hésitant à l'enfermer dans la niche (un peu fourre-tout) "Krautrock", ou bien "heavy-rock", ou simplement "progressif". L'instabilité de la formation, allant de paire avec des changements de tonalités, contribuait à cette confusion. Toutefois, on peut convenir que l'attribut "krautrock" a été parfois attribué seulement en fonction de la nationalité. En effet, rien à voir avec les Amon Düül, Nektar, Ash Ra Tempel, Popol Vuh, Neu!, Can et autre Tangerime Dream. À la limite, Birth Control, qui, lui aussi, souffre du même dilemme. Non, Kin Ping Meh, c'est simplement du heavy-rock 70's. Du Classic-rock, comme on dirait de nos jours. Soit juste du bon heavy-rock - sans sulfites, sans gluten, sans pesticides - qui ne s'embarrasse pas de frontières, et par là donc peut naturellement pencher vers ce qu'on pourrait considérer comme un penchant "progressif". Du moins... pour ses premières années. En effet, par la suite, cela glisse vers une forme de heavy-pop-rock - de second choix.

     Kin Ping Meh se forme dans le quatrième trimestre 1969, et adopte ce patronyme - probablement sous l'impulsion de Joaquim Schäfer, guitariste, pianiste, compositeur et choriste - en référence au roman de mœurs chinois du XVIème siècle : Jin Ping Mei (1). Cette première mouture, un quintet, attend patiemment de se construire, de se mettre au point, avant de s'exposer en concert. Pendant des mois, elle s'affûte. Ainsi, dès qu'elle commence à se produire, elle gagne en réputation. Mais c'est après avoir remporté plusieurs concours mettant en compétition diverses formations sans contrats, que Polydor s'y intéresse et lui propose un contrat.


 Bien soutenus par des prestations régulières, relativement abondantes pour leur statut, les premiers singles (45 tours) se vendent bien, passent en radio, et les médias relayent ces premiers modestes succès. Le second simple, "Everyday", ressemble à s'y méprendre à un bœuf entre Uriah Heep et Triangle. Avec ces bons résultats, Polydor envoie le groupe en studio et un premier album éponyme sort en 1971. Mais déjà intervient la première défection. Joachim Schäfer s'en va continuer seul sa route, en solo. Le groupe devant rentrer en studio, il est remplacé au plus vite par Willie Wagner

     Ce premier essai est enregistré assez rapidement et sort presque dans la foulée. Derrière la console, en tant qu'ingénieur, on retrouve un certain Conny Plank, qui va être l'un des producteurs allemands les plus demandés. Il se fait un nom avec le Krautrock mais aussi avec les débuts de la musique électronique, notamment avec Kraftwerk. Il va aussi travailler à plusieurs reprises pour Brian Eno et Ultravox, ainsi que sur le premier Rita Mitsouko. Plank est repris en tant qu'ingénieur pour le second album et passe à la production pour le troisième Kin Ping Meh. Ce premier jet est bien accueilli et aujourd'hui encore est considéré comme un classique du heavy-rock - ou parfois du rock-progressif - allemand. C'est effectivement un bon album ; cependant, il souffre de quelques longueurs aux résurgences psychédéliques et d'une certaine instabilité à cause de quelques morceaux fluets.

     La carrière du quintet est lancée. Sa notoriété naissante lui permet d'effectuer régulièrement une partie des tournées continentales de groupes du Royaume-Uni. Parallèlement, il est sollicité pour une comédie musicale, ainsi que par la télévision pour composer et jouer le générique d'une série et la musique d'une publicité. Toujours dans l'année, il participe à la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de 1972, pour les épreuves de voile à Kiel. Un agenda chargé, qui finit par avoir raison de certains membres. Ainsi, c'est une nouvelle mouture qui enregistre le deuxième album ; judicieusement nommé... " N° 2 ".

      Ce deuxième effort présente une formation nettement plus sûre, solide et mature. L'orientation est nettement plus heavy, avec de fortes connotations hard-blues, tout en gardant quelques liens avec le progressif. Kin Ping Meh, visiblement décomplexé, déballe avec assurance un heavy-rock de qualité. Werner Stephan, le chanteur (principal) - ayant trouvé ses marques, son style, et se laissant emporter par la musique - semblerait presque méconnaissable. Tandis que les guitares, sans faire dans le gros son, dans la fuzz énervée, se sont épaissies la couenne. Une approche plus hard-blues, plausiblement dû à un nouvel arrivant à la guitare et compositeur actif : Uli Groß


   Les Teutons, audacieux, s'emparent de "Come Together" (des Beatles...) pour le traîner sans ménagement dans un marsh de heavy-blues poisseux et épais. Une version qui aurait probablement enchanté des gus tels que Leslie West, Marino, Charlton, Iommi. Déjà largement étiré sur six minutes, ces Germains n'ont aucun scrupule à l'enchaîner à une jam de guitares et basse hallucinées. Ça défouraille et part tout azimut dans une atmosphère évoquant fortement les improvisations de Mountain - même si la guitare est bien moins lourde et rageuse que celle de West. Par contre, Thosten Herzog, semble vraiment avoir écouté à la note près Felix Pappalardi.

     Mais auparavant, avec "Come Down the Riverside", l'album, sous un arpège vif de gratte folk et un chant radieux, débute sous un doux soleil printanier. Mais lorsque surgissent riff et batterie surexcitée, c'est carrément une explosion de fleurs resplendissantes aux parfums enivrants. Comme si, en 1972, un petit quintet allemand avait participé, avec une adresse digne de vétérans, aux balbutiements d'un heavy-rock aux contours pop. D'un rock-FM avant les excès de productions, de synthés et de chœurs. "Don't Force Your Horse" continue sur la même tonalité, pratiquement sur le même tempo, mais en s'élançant directement sur un riff simple et carré. Étrangement, un des guitaristes impose une ritournelle à la limite de vriller les esgourdes - et casse quelque peu l'intensité du morceau. Même si, à deux reprises, une cavalcade de guitares furieuses rattrapent cet étonnant égarement. 

     Par contre, "Livable Ways" s'envole rejoindre des espaces plus progressifs. Un beau morceau à tiroirs qui, malgré divers changements de rythmes et d'atmosphères, ne perd jamais en intensité. Au contraire... Huit minutes intenses, où passent et s'entrechoquent Lucifer Friends, Yes, Birth Control, Jade Warrior, Spooky Tooth, Manfred Mann.

     Enfin, Kin Ping Meh, dans un mélange de bougies parfumées et d'encens, voire d'herbes du maquis et de soupe aux champignons, dans une débauche d'échos et de mellotron, joue sa ballade onirique, « Day Dreams ». Une pièce qui aurait beaucoup gagné à écourter son introduction – ou même carrément à s'en passer.

     Malheureusement, pour la suite et la fin de l'album, on ne sait pas trop quelle mouche a piqué le groupe, mais ça part en biberine. Le caractère Country-variétoche (sorte de country-apfelstrudel) de « Very Long Ago » est absolument incongru (les trois minutes paraissent interminables - une purge), de même que « I Wonna Be Lazy », qui se corrompe dans un ersatz de glam-bubble-gum qui ferait passer les Rubettes pour des rockers. Des ambitions commerciales qui vont doucement s'affirmer les années suivantes, et par là même, étouffer tout ce qui faisait le sel de ce quintet de Mannheim. Même si le quatrième effort, "Virtues and Sins", avec, encore une fois, une mouture remaniée, révèle quelques fort bons moments. Dont une savoureuse version du "Rich Kid Blues" de Terry Reid - sommet de l'album, évidemment. Cette dernière formation, avec l'arrivée de l'Anglais Geff Harrison, avec son timbre corrodé (proche de son homonyme Bobby Harrison), avait les moyens de prolonger honorablement sa carrière. Mais Harrison ne s'attarde pas, et après un dernier disque sorti en 1977, particulièrement insipide, sans aucun membre d'origine, Kin Ping Meh n'est plus.

     Quoi qu'il en soit, indéniablement, s'il y a bien un album à retenir de cette formation allemande des plus instables, c'est bien celui avec la pochette présentant une tête de gros porc obèse : le " N° 2 ".


(1) "La prune dans le vase d'or"... tout un programme... ce roman de mœurs daté du XVIème siècle a été maintes fois dénoncé pour ses paragraphes érotiques, parfois particulièrement explicites. De plus, l'histoire nous narre les problèmes rencontrés par un riche marchand pour parvenir à combler charnellement – matériellement, il n'a aucun souci -épouse, concubine et maîtresses.



🎶🍓🐷

mardi 19 mai 2026

PINK FLOYD - ”Meddle“ (1971) - par Pat Slade




Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the  Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.



Un Écho dans le Rock Prog




En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé, les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintessence du groupe. En 1971 Pink Floyd n’est plus tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par Syd Barrett, mais pas encore la machine conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album charnière souvent moins célébré que les monuments qui suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son Pink Floyd

Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan d’un anus de babouin. 🙈

One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par Water et Gilmour délivrent un riff hypnotique, un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de Wright, des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que Gilmour jouera sur un lap-steel. L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de Nick Mason passée à vitesse réduite scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les paroles menaçantes, une rare contribution vocale de Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un univers cohérent

A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison de mah-jong, un jeu que pratiquaient Water et Mason. la voix de David Gilmour apporte une chaleur nouvelle au groupe. 

Les premiers Pink Floyd pouvaient parfois sembler froids ou abstraits. Fearlessalterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien,  une chanson simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée finale habitée par les chants de supporters de Liverpool (You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais qui fonctionne étonnamment bien. Pink Floyd montre ici qu’il peut être expérimental sans perdre le sens de la mélodie. 

San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui se conclut sur une improvisation de Rick Wright. “Seamus : le titre qui a du chien  parti d'une improvisation à la guitare acoustique de Gilmour, le piano de Weight et hanté des hurlements du chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre de Mademoiselle Nobs pour le film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”. 

Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la seconde face du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters et les envolées de guitare de Gilmour composent une œuvre organique, presque cinématographique. 

Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la transition entre les premiers morceaux expérimentaux de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le morceau, mais il fait partie des préférés de Wright.

Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait entre improvisation et précision. ”Meddle ne cherche pas l’efficacité immédiate  il demande du temps, de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de cinquante ans après sa sortie, “Meddle reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here, mais peut-être plus mystérieuse. 

C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions valent autant que les sommets qu’elles annoncent.


                                                                   

mercredi 13 mai 2026

PAVLOV'S DOG " Pampered Menial " (1975), by Bruno

 


     Il existe des disques à la destinée particulière ; des disques dont la réputation était assez établie pour traverser âges et frontières et éveiller la curiosité d'un grand nombre de mélomanes. Sans pour autant parvenir jusqu'aux esgourdes de ces derniers. Des disques aussi, à l'illustration suffisamment forte pour marquer les esprits, sans pour autant être jamais parvenue dans leurs mains. Des disques généralement considérés comme une référence mais pourtant trop souvent absents des livres et des revues. Celui-là en fait partie.

     Formée en 1972, à St. Louis, dans le Missouri, sous la forme d'un quintet, la troupe se distingue par la présence d'un violoniste. Ce qui n'a rien d'expressément exceptionnel aux Etats-Unis où les violonistes sont monnaie courante dans les formations de Country, de Cajun, de Bluesgrass, ou encore de Western swing. Parfois aussi dans le Blues. Certes, dans le rock, c'est un autre son... de cloche. Mais il y a déjà un certain Charlie Daniels qui travaille depuis quelques temps à marier la Country - et son propre violon - au Rock (il est considéré à ce titre comme l'un des pères fondateurs du Southern-rock) et qui ne va pas tarder à devenir une véritable et intouchable institution aux USA. Et puis, bien sûr, les quasi voisins de Topeka, Kansas (du... Kansas), qui se sont enrichis d'un chanteur-violoniste. Toutefois, les Missouriens (1), eux, se regroupent autour d'une formation de sept membres. Car outre un violoniste (auto-baptisé Siegfried Carver), il y a deux claviéristes. L'un, David Hamilton, se réservant l'orgue et le piano, et le second, Doug Rayburn, le mellotron. Un instrument prisé par les groupes de rock-progressif, après l'avoir été par ceux tâtant de la pop psychédélique (propulsé par le novateur "Strawberry Fileds Forever"), mais alors bien plus présent en Albion (l'instrument est anglais - de Birmingham) que chez les Ricains.


   Ce groupe se distingue aussi pour avoir reçu une avance exorbitante de 650 000 $ (!). Une fortune pour l'époque. D'autant plus pour un groupe inconnu - en dehors de son comté - et qui n'a encore rien enregistré. Les A&R et les cadres de chez ABC Records avaient visiblement flashé sur ce groupe. Certains qu'il ferait un malheur et qu'ils auraient rapidement un retour sur investissement. Ils auraient été enthousiasmés par leurs premiers enregistrements datant de 1973, effectués dans un studio à Pekin (petite ville de l'Illinois). Enregistrements publiés en 2014, sous l'appellation "The Pekin Tapes".  Mais fait encore plus étonnant, c'est que le groupe est récupéré avant la sortie de l'album par le géant Columbia Records, qui, à son tour, va débourser 600 000 $ (!!). Bien certainement que le duo de producteurs de l'album en cours - dont les séances commençaient à s'éterniser - a manœuvré en sous-marin pour faire adopter la troupe prometteuse par le géant Columbia. En effet, les deux loustics qui font office de producteurs, travaillent déjà régulièrement pour Columbia / CBS. Ce ne sont autres que Sandy Pearlman et Murray Krugman, ceux là même qui ont gagné leurs galons pour leur travail et leur soutien pour Blue Öyster Cult. Ainsi, dans la même année, le premier album du groupe va sortir sous deux compagnies différentes. Une première. Celle de Columbia sort un peu plus tard, sous une pochette légèrement différente, supprimant le cadre blanc initial pour que l'illustration (d'Edwin Landseer – les lions de Trafalgar Square) occupe l'intégralité de la pochette. C'est bien celle de Columbia qui sera gardée pour toutes les rééditions.

     Autre distinction, et non des moindres, la voix singulière, à la tonalité féminine, de David Surkamp. Chevrotante comme une chèvre grelottante et implorante comme une âme désœuvrée, trempée sous l'orage. Proche d'un Geddy Lee d'alors, mais en mode diva, ou encore de feu-Burke Shelley... en pamoison. (voire d'un Julien Clerc sous un cocktail MDMA et hélium). Nombreux sont ceux qui ont été persuadés qu'il s'agissait d'une femme. Pourtant, ce qui pourrait paraître rédhibitoire – au point d'être insupportable pour certains -, se révèle être un atout pour le groupe. Déjà parce que non seulement cela s'intègre à la tonalité générale de l'orchestration du groupe, mais surtout parce que cela lui donne une personnalité assez singulière. Ainsi, l'écoute de ce premier essai de Pavlov's Dog a la particularité de rester dans les mémoires. Quelque soit le genre préféré de l'auditeur. Évidemment, cet état ne repose pas uniquement sur les frêles épaules de Surkamp, car à ses côtés, il y a l'excellence des musiciens qui, loin de faire de la figuration, labourent des champs d'où germe un rock progressif dont les racines plongent autant dans le heavy-rock que dans la musique baroque et romantique. Voire même le Southern-rock. Un subtil élan créatif qui ne manque pas d'évoquer les voisins de Kansas, ainsi que les Chicagoans de Styx (avant le tournant FM) (2) ; voire même, parfois, d'un Meat Loaf dénué de son aspect « comédie musicale ». Avec une nette différence avec ces derniers, c'est que Pavlov's Dog semble généralement plus boisé, plus roots – malgré des mouvements où le mellotron en fond sonore peut s'avérer superfétatoire. Plus européen même, probablement par la possible influence de la musique classique. Siegfried Carver, avec l'omniprésence de son violon – et de son viola (violon à cinq cordes) - pourvoit en grande partie à cette sensation. De même que le piano de David Hamilton et la flûte (enchantée) de Doug Rayburn – hélas, par trop occasionnelle. 


     Siegfried qui, à l'occasion, dégaine son Vitar. Un ancêtre du violon électrique, en fibre de verre et directement pourvu d'une fuzz intégrée (la DynaFuzz), avec lequel il crée un univers enchanteur sur un « Preludin » qui évoque irrévocablement Kansas. Qui a copié sur qui ? On retrouve aussi l'empreinte de Kansas lorsque Steve Scorfina (qui fit partie de la première mouture de REO Speedwagon), à l'instar de Kerry Livgren, qui abat les murailles d'un rock-progressif avant qu'il ne soit trop imposant – ou pompeux - 
, en imposant sa matière « heavy-rock ». On lui doit « Natchez Trace », un heavy-rock rock'n'roll efficace, faussement basique, un brin boogie, un brin southern, où Surkamp, transcendé, se lâche, vocalisant comme un pneu dérapant sur un béton verni.


   Mais avant tout, il y a ce titre, « Julia », qui ouvre le rideau sur une plage où le raffinement enlace la mélancolie, dans une valse enivrée d'émotion. Relativement simple, aéré, entre musique de chambre et ballade romantique, cette chanson qui est parvenue à se faufiler sur les ondes (américaines), est probablement la plus connue du groupe. Son impact nuit à « Late November », qui s'enlise dans des nappes de mellotron et de paroles répétitives.

     Au contraire de « Song Dance », qui allie la force d'un hard basique – avec un riff primaire, quasi sabbathien – à la véhémence d'un rock-progressif transcendé, dans une atmosphère où se mêlent les parfums capiteux d'un Jethro Tull (celui des années 68 à 71) à ceux de Kansas. Siegfried donne une leçon de violon en mode hard-rock et lâche un admirable solo percussif. Tandis que Surkamp, possédé, chante comme s'il était absolument transporté par l'émotion – pourtant, les paroles sont d'une simplicité et d'une naïveté exemplaires.

     La tension demeure avec « Fast Gun », une chanson évoquant l'ère du Far-West, avec quelques cavalcades simulées par la batterie et le violon. Une chanson en montagnes russes, alternant incessamment entre mouvements andante et allegro; mouvements au tempi distincts mais liés par un chant restant, lui, sur le ton de la supplique.

  Avec ses élans dramatiques et son piano romantique, avec cette sensation de conter une histoire (3), avec ses envolées d'inspiration symphonique, voire lyrique, « Theme From Subway Sue » et « Episode » auraient pu être des compositions de Jim Steinman pour Meat Loaf – Surkamp fusionnant à lui seul Ellen Foley et Michael Lee Aday. Toutefois, avec moins d'emphase et de clichés que chez Steinman.


  Enchaîné à l'instrumental "Preludin", "Of Once and Future Kings" referme le rideau en mélangeant les genres, passant de la ballade sentimentale aux coups de boutoir rock où le chant se fait désabusé, presque punk, avant de déraper sur une jam un rien foutraque, vaguement jazz-fusion. Le dernier mouvement est un crescendo où la guitare s'envole, encouragée par un chant libérateur, absolvant.

     Etonnamment, en dépit d'un bon accueil de la presse, les ventes se révélèrent assez décevantes. C'est probablement ce qui entraîna l'album suivant, "At Sound of the Bell", à s'orienter vers des formats moins alambiqués, plus accessibles et policés. Où la voix est mise en avant, où le synthétiseur s'impose au détriment du piano, et où la guitare semble tenue en laisse, muselée. Quant au violon, c'est le grand absent (quasiment). Siegfried Carver a quitté le navire. Les rares instants de violon sont interprétés par un musicien de studio. Le batteur, lui aussi, a claqué la porte, remplacé temporairement pour les sessions par Bill Bruford (Yes, King Crimson, Gong, National Health). Visiblement, il y a plus de moyens financiers pour le deuxième album, avec notamment divers musiciens invités, des musiciens de studio, une chorale. Pourtant, il semble plus léger et superficiel, moins habité, et surtout, parfois comme englué dans un enrobage de mélasse. En toute logique, commercialement, la déception est plus forte, les fans du premier album n'accrochant pas nécessairement au second - ni à ceux qui suivront. C'est pourquoi, Pavlov's Dog est souvent considéré comme le groupe d'un seul album - le second reste "toléré", mais ne génère qu'exceptionnellement l'enthousiasme.  

     Déçu par la tournure que prend le groupe, et guère inspiré par leur troisième disque - même s'il revient à des sonorités plus organiques avec le retour du piano et une guitare plus présente -, Columbia arrête les frais et refuse de sortir l'album. Pavlov's Dog ne tient alors plus que quelques mois avant d'imploser. 

     Après des années de silence, le groupe se reforme pour la première fois en 1990, pour quelques concerts et un album. Grâce à la notoriété de "Pampered Menial", Pavlov's Dog parvient à revenir ponctuellement sur scène et à sortir sporadiquement des disques - dont les sessions de 1973, "The Pekin Tapes" en 2014, et le troisième disque en 2013 sous l'appellation "Has Anyone Here Seen Sigfried ?" (4)  -. Un dernier disque est sorti en 2025 sur le label allemand Ruf Records, "Wonderlust", où il ne reste que Surkamp de la mouture originale.

    S'il y a bien sur chaque album du groupe toujours une poignée de morceaux sympathiques, aucun d'eux ne peut prétendre rivaliser avec "Pampered Menial". Aucun ne parvient à renouer avec sa magie. C'est le seul qui tient la route de bout en bout, le seul, aujourd'hui encore, à faire l'unanimité. Une grosse déception pour le guitariste Steve Scorfina qui ne gouta guère les nouvelles directions du groupe, et qui est persuadé que le groupe aurait pu - aurait dû - être énorme s'il avait simplement poursuivi sur la voie du premier.


1."Julia"  David Surkamp3:09
2."Late November"  Steve Scorfina, David Surkamp                 3:10
3."Song Dance"  Mike Safron4:58
4."Fast Gun"  David Surkamp3:08
5."Natchez Trace"  Steve Scorfina3:40
6."Theme from Subway Sue"  David Surkamp4:25
7."Episode"  David Surkamp4:02
8."Preludin"  Siegfried Carver1:37
9."Of Once and Future Kings"  David Surkamp5:23



(1) Et non pas les Missouris, qui eux, sont les Amérindiens qui occupaient les lieux, bien avant qu'on n'impose des frontières et qu'on ne baptise l'un des affluents (le plus grand) du Mississippi.

(2) Saint Louis est à la frontière de l'Illinois...

(3) Par la conviction du chanteur, et non pas les paroles généralement des plus simplistes

(4) En hommage à Siegfried Carver, né Richard Nadler, décédé le 30 mai 2009, à 60 ans.



🎶🐕

mardi 28 avril 2026

FRANCK CARDUCCI "The betrayal of blue"

Quand ça n'veut pas, ça n'veut pas... Après Bruno et ses montées en gamme de Windows foirées, qui nous a privé de son laïus mercredi dernier, v'là t'y pas que Pat est aussi dans la mouise. P'tain, la bande de bras cassés... (les mecs sont payés, je le rappelle, "et avec l'argent du contribuable" comme dirait le député rapporteur Charles-Henri Furoncle ). 

Mais Pat a reçu le dernier album de Franck Carducci, et avant de lire sa chronique complète, voici déjà un extrait, pour vous faire patienter. Un titre qu'on retrouvera sur "Sheeple", mais que certains fans avaient déjà entendu sur scène. Une belle pièce de 10 minutes...


mercredi 15 avril 2026

PEACE & QUIET " Peace & Quiet " (1971), by Bruno

 

     Retour au pays de l'obscur avec un nouvel élément apporté au chapitre des perles oubliées des 70's. Chapitre réservé aux bafouilles sur ces groupes qui ont disparu après avoir réussi à enregistrer et à sortir le fameux premier disque. Le but ultime, l'Eldorado, la Terre Promise, hélas atteint au prix de pénibles et douloureux efforts et qui a souvent servi à donner le coup de grâce à des jeunes dont la tête était pleine de rêves et d'espoir. Qui se sont souvent retrouvés éreintés par des années de galère, de mauvaise nutrition et de nuits écourtées.

      En plus, pour ce groupe, sa seule et unique galette a été financée par un label également des plus obscurs, Kinetic. Une micro filiale de CBS, qui n'aurait pas sorti une demi-douzaine de disques, avant de prestement fermer ses portes après à peine une poignée d'années d'existence. Une filiale qui n'a jamais eu les finances nécessaires pour promouvoir les quelques rares groupes qu'elle ait pu signer. Un micro label qui est parti d'entrée avec des handicaps, courant à sa perte à peine lancé. 

     Ainsi, à peine édité, l'avenir de cet album éponyme était des plus compromises. D'autant que le groupe, éreinté et déçu par l'industrie musicale, a raccroché peu après la sortie de l'album. Cet objet plutôt rare n'a donc pas vraiment pu être défendu sur scène. CBS a toutefois repris à son compte l'objet pour une distribution européenne. Pourtant, en dépit de tout, malgré un échec commercial total, la réputation de cet unique opus est parvenue à traverser les âges. Suffisamment pour que les collectionneurs les plus tenaces le recherchent incessamment dans les boutiques d'occasions, les foires et les marchés (parfois à des prix pas accessibles à toutes les bourses). Jusqu'à ce que l'album soit réédité en CD (la première fois en 2004). 

      Peace & Quiet a vu le jour en Floride, à Miami. Une ville plutôt dédiée à un tourisme friqué, friand de béton et de chaleur, qu'au rock. La ville ne tient pas alors à s'encombrer de groupes de rock - bruyants et négligés -, qui pourraient perturber le bon déroulement des affaires liées au tourisme. Les origines de Peace & Quiet remontent à 1967, à l'époque où le combo s'appelait "Bad Boys". La troupe change de patronyme avec l'arrivée de deux autres jeunes galériens de Floride : le bassiste Jim Tolliver (ex-Birdwatchers et Razor's Edge) et surtout le chanteur Rick Steeler (ex-The Villagers). Véritable valeur ajoutée, l'homme qui propulse, quasiment à lui seul, le groupe dans de hautes cimes généralement réservées aux dieux et demi-dieux (du rock). À l'exception de la Floride, le groupe est peu ou pas connu lorsque le disque sort. Entre son récent changement de patronyme et la pauvre couverture géographique de leurs concerts, généralement limitée à la Floride (quand ce n'est pas Miami et ses proches environs), le groupe avait bien peu de chance de faire un carton. Surtout sans soutien radiophonique et sans promotion. Désespérés, les musiciens lâcheront l'affaire quelques mois seulement après la sortie d'un disque sur lequel ils avaient fondé tous leurs espoirs.


   "You Can't Wait Till Tomorrow" entame l'album avec des accords d'orgue prononcés et un chant déclamatoire, grondant telle l'annonce au loin d'un impérieux orage. La guitare, saturée d'une fuzz un brin nasillarde (type Maestro) .... dans la veine de Bloodrock. Rien de particulièrement mirobolant... jusqu'à ce que le violon de Jerry Goodman, marque le premier mouvement de "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)". Une chanson qui fait tellement sensation qu'elle menace d'éclipser le reste de l'album. Après une mise en bouche sur la pointe des pieds, en toute sobriété, avec un violon esseulé, se lamentant sous le poids de la solitude, et un chant timide, repenti, la chanson prend de l'ampleur et s'engouffre dans une ballade heavy-rock arrosée de soul. On pense alors à Uriah Heep ; comme si ce dernier était parti enregistrer au studio Muscle Shoals pour communier avec une Southern-soul. Avec en sus, ce violon qui surgit ponctuellement pour un effet « dramatique ».

      Jerry Goodman est connu pour avoir joué avec The Flock (en y entrant par la petite porte, en qualité de roadie), puis avec le Mahavishnu Orchestra - ainsi que pour Jan Hammer et John Mclaughin.

     La suite est moins solide, avec ce "Country Thing" évoluant comme un papillon de bronze, ivre de soleil, virevoltant maladroitement entre la soul, un Southern-rock mâtiné de jazz et un heavy-rock tâché de chorus acides.

     La seconde face débute par "Hear My Love", où, après une introduction jazz-rock trompeuse, Steeler accepte de partager le chant avec le claviériste, Chuck Witherow. Une bonne interaction entre deux tonalités assez proches – celle de Chuck étant un peu plus lisse -, pour une ballade soutenue d'heavy-soul-rock. On y sent un batteur qui a des fourmis dans les jambes, qui peine à se caler sur un tempo simple et lent. On remarque aussi, une fois encore, l'excellent travail du bassiste qui, à l'image des grands bassistes de l'époque, insuffle du groove et de la fluidité au groupe, n'hésitant pas à se démarquer

     Suit une autre pièce d'envergure : "Black Mountain". Où sur des éruptions d'orgue, une guitare imbibée de fuzz tisse des riffs de hard-blues et des chorus charnus et râpeux. Tandis qu'au milieu de ces feux, un chant fiévreux, entre Soul et heavy-rock, préfigurant étonnamment David Coverdale, lutte pour tenter de se faire une place. Il est étonnant qu'un chanteur du gabarit de Rick Steeler, porteur d'une voix puissante et chaude, se situant quelque part entre Jim Rutledge (Bloodrock), David Coverdale et David Byron, n'ait pas fait carrière. Après l'aventure Peace & Quiet, il disparaît carrément des radars. L'orchestration, avec l'orgue rageur, la basse volubile et soul, et la guitare fuzz et acide, évoque assez Grand Funk Railroad (qui était alors, rappelons-le, un groupe immense aux States).

     Malheureusement, la dernière pièce semble trahir un certain manque d'inspiration du groupe, avec un instrumental un peu étiré. Au moins, le groupe ne s'est pas contenté de placer une ou deux reprises pour remplir son disque (peut-être aussi que le management craignait de ne pas avoir les fonds pour payer les royalties). Un instrumental de boogie-jazz-rock'n'roll speedé, qui aurait tellement gagné à être placé au milieu de la seconde face, et non à la fin, et à être raccourci de deux bonnes trois minutes. Les premiers mouvements sont néanmoins entraînants et bouillonnants, avec un orgue et une guitare se tirant la bourre, et une très bonne prestation de la section rythmique. Ce morceau, "Looney Tunes" (en hommage à une célèbre série de courts-métrages d'animation, où sont nés les Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer, Bib-Bip et le coyote, Cochonnet, Titi & Sylvestre, Taz, Sam le Pirate, et où ont bossé Tex Avery et Chuck Jones), aurait d'ailleurs gagné à placer un peu plus en avant cette basse et cette batterie expressément alertes, souples et groovy. Alors que sur les deux dernières minutes, la guitare s'enferme dans une redondance soûlante, agrémentée de quelques pains. Un fade-out au bout de cinq minutes aurait été salutaire. 

     Même si cet album ne présente rien de révolutionnaire - bien que pour l'époque, des pièces telles que "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)" ne courent pas les rues -, on peut s'étonner du peu d'écho qu'il a reçu. Cependant, en matière de heavy-rock et de rock-progressif, de rock toutes catégories confondues, l'année 1971 ayant été particulièrement productive en pièces maîtresses, en chefs-d'œuvre, il était bien difficile de se faire remarquer sans être soutenu par une grosse machine promotionnelle et sans aucun passé discographique. Désillusionnés, la moitié des musiciens du groupe abdiquent quelques mois après la sortie de l'album, courant 1972. Et on n'entendra plus jamais parler d'eux.



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