Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.
Un Écho dans le Rock Prog
En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio
de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus
tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé,
les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintéssence du groupe. En 1971Pink Floyd n’est plus
tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par
Syd Barrett, mais pas encore la machine
conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon”. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album-charnière souvent moins célébré que les monuments qui
suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son
Pink Floyd.
Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans
l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd
va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs
histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée
représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe
alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan
d’un anus de babouin. 🙈
”One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par
Water et
Gilmour délivrent un riff hypnotique,
un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de
Wright,des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble
annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que
Gilmour jouera sur un lap-steel.
L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de
Nick Mason passée à vitesse réduite
scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les
paroles menaçantes, une rare contribution vocale de
Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un
univers cohérent
“A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de
guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le
titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison
de mah-jong, un jeu que pratiquaient
Water et
Mason. la voix de David Gilmour apporte une
chaleur nouvelle au groupe.
Les premiers Pink Floyd pouvaient
parfois sembler froids ou abstraits.
”Fearless“ alterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien, une chanson
simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée
finale habitée par les chants de supporters de Liverpool
(You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais
qui fonctionne étonnamment bien.
Pink Floyd montre ici qu’il peut être
expérimental sans perdre le sens de la mélodie.
“San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui
se conclut sur une improvisation deRick Wright. “Seamus“ : le titre qui a du chien parti d'une improvisation à la guitare
acoustique de Gilmour, le piano de
Weight et hanté des hurlements du
chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre
de “Mademoiselle Nobs” pour le
film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”.
Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la secondeface du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau
débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se
déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque
musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters
et les envolées de guitare de Gilmour
composent une œuvre organique, presque
cinématographique.
Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la
transition entre les premiers morceaux expérimentaux
de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs
publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du
groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le
morceau, mais il fait partie des préférés de
Wright.
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait
entre improvisation et précision. ”Meddle“
ne cherche pas l’efficacité immédiate il demande du temps,
de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il
offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant
l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de
cinquante ans après sa sortie, “Meddle”
reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here”, mais peut-être plus mystérieuse.
C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions
valent autant que les sommets qu’elles annoncent.
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