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vendredi 19 juin 2026

NOUS L'ORCHESTRE de Philippe Béziat (2026) par Luc B


Une immersion totale, musicale, dans l'Orchestre de Paris, dirigé par le chef finlandais Klaus Mäkelä. Le réalisateur Philippe Béziat a investi la Philharmonie de Paris, avec toutes ses mini caméras et ses micros, pour capter au plus près ce qui constitue un orchestre philharmonique. Il faut un chef, des pupitres, mais surtout des musiciens, ici au nombre de 120.

L’idée de Philippe Béziat est de truffer l’orchestre de caméras (vues en contre plongée comme si on était accroupi aux pieds des musiciens) et de micros (90 en tout), pour enregistrer chaque instrumentiste, et ensuite les confronter à ce qu’ils entendent. Car comme le dit un des musiciens, dans un tel orchestre, on ne s’entend pas ! Un peu le voisin, le mec derrière, mais on est un élément de l’ensemble que seul le public (et le chef) appréhende dans son entier. La force du collectif chère à Aimé Jacquet. Il faut donc avoir les yeux rivés sur le chef d’orchestre, lui faire confiance, ou, comme dit un autre, regarder les mouvements de bras des violons altos pour repérer la cadence. 

Les musiciens, on va donc les entendre, jouer et parler. Enfin, presque. Car l’autre idée de mise en scène, est de filmer les interviews sans le son ! Surprenant effet, on se tourne vers la cabine de projection pour vérifier s’il n’y a pas de bug, mais non, c'est fait exprès. Les propos tenus apparaissent dans un second temps, comme les cartons d’un film muet. Dans le but de ne pas interférer avec la musique ? Pourquoi pas, mais alors dans ce cas, pourtant certains sont muets, et d’autres pas ? Et pourquoi n'avoir pas sous-titré tout le film pour laisser la place entière à la musique ? C’est dommage. 

(à l'attention des lecteurs, le terme "c’est dommage" risque de revenir souvent dans cette chronique. Je vais gâcher le suspens, mais je ne suis pas raccord avec les critiques dithyrambiques qui ont salué ce documentaire).

Ce qui dommage, donc, c’est aussi de ne jamais entendre Klaus Mäkelä. Un problème d'égo ? Je ne cause pas au même rang que la plèbe ? On le voit beaucoup à l’image, le film commence sur lui, dans les couloirs, il est filmé sous tous les angles, suant à grosses gouttes, diriger par gestes tonitruants. Il aurait été intéressant d’avoir son ressenti, sur sa conception de la musique, sur l’orchestre et les musiciens, mais aussi sur le dispositif original de Philippe Béziat.

Le réalisateur fait des focus sur certains musiciens. Un cornettiste dont c’est le dernier concert (c’est assez émouvant, on voit la main de son voisin se poser sur son bras juste après son dernier solo), cette violoniste venue d’Arménie (mais pourquoi la suivre, elle, dans la rue ?), le percussionniste du fond inquiet du respect du tempo, le violoniste vétéran entré dans l’orchestre il y a 45 ans. Assez beau aussi les contrebassistes, dont un jeune gars qui s’écoute, comme s’il s’entendait pour la première fois, qui refait ses gestes, où le recrutement à l'aveugle d'une altiste.

Il y a aussi des images impressionnantes de la grande salle de la Philharmonie (j’ai eu la chance d’y aller, une fois) filmée sous des angles inédits, des travellings aériens qui parcourent les couloirs (attention aux reflets les gars, on voit les opérateurs !). Mais il y a aussi des images du très glamour périphérique parisien (Porte de la Villette, Pantin) et là je ne vois pas trop l’intérêt esthétique. Y’avait pas d’autres lieux où interroger les protagonistes qu’avec la porte de Pantin taguée en fond ? C’est dommage. 

Une séquence est amusante. Ecran noir sur lequel s’affichent des citations anonymes de musiciens, qui racontent l’envers du décor, du genre « mon voisin de pupitre joue super bien, mais quel con ! », la lassitude après 20 ans, les petites jalousies (« moi je n’ai jamais de solo ! »), ce sentiment de n'être qu'un rouage de la belle mécanique générale.

Beaucoup de sous-titres dans NOUS L’ORCHESTRE, mais curieusement, pas quand il faut, c’est dommage. On entend quoi comme œuvres ? On n’sait pas. Il faut attendre le générique de fin pour identifier des passages de « Le Sacre du printemps » ou « Petrouchka » de Stravinsky, le « Concerto en sol » de Ravel, « Le Mandarin merveilleux » de Bartók, la « Symphonie n°8 » de Malher, et plein d’autres… C’était compliqué d’incruster les titres ? Comme le nom des intervenants, les chefs invités ? Boum, ça débarque comme ça, on ne sait pas qui, pourquoi. Mention à un ce vieux bonhomme encore gaillard : Herbert Blomstedt, 97 ans aux pruneaux.

On suppose qu’il y a des sauts temporels (les vêtements changent) mais c’est dommage de ne pas avoir daté les moments choisis dans une chronologie, ni indiqué si c’est une répétition ou un concert (c’est quoi ce blockhaus de béton en province ? Pourquoi filmer ce trajet en train, puis en bus ?).

Vous aurez compris que je reste dubitatif par les parti-pris de mise en scène qui ne rendent pas le film pédagogique. Comme le travail du chef d'orchestre, sa vision de l'œuvre, n'est pas expliquée. Dommage. Seul un gars comme le Toon y trouverait son bonheur, lui n’a pas besoin de sous-titre ! 

Je pensais qu’on assisterait à la création d’une œuvre, ses rouages, à la chronologie des répétitions, espionnant comme la petite souris comment les cordes travaillent, les soufflants, comment l'ensemble s'assemble. Et finir sur une captation entière d'un mouvement de symphonie. 

Dommage que toute cette technique inédite en terme de prise de son soit desservie par un montage anarchique, sans lien, sans récit ni réel point de vue.


couleur - 1h30 - format 1:1.85 

vendredi 21 novembre 2025

SOUNDTRACK TO A COUP D’ETAT de Johan Grimonprez (2025) par Luc B.


Ca commence par l'élégant Max Roach qui se lance dans un solo de batterie, la classe intégrale. Plus tard rejoint par la chanteuse Abbey Lincoln. Leurs interventions donneront la pulsation de ce long documentaire (2h30), au montage rythmé par les hymnes bebop. On retrouvera le duo (sur scène et à la ville, comme on dit) avec une cinquantaine de militants, faisant irruption dans l'hémicycle de l’ONU pour protester contre l’assassinat de Patrice Lumumba. Invectives, empoignades, baston générale, images surréalistes.

Ce formidable SOUNDTRACK TO A COUP D’ETAT, couronné à Sundance, raconte d’abord rapidement la décolonisation, la création à l’ONU du groupe des pays non-alignés, puis se focalise sur le Congo, et les rêves d’indépendance initiés par Lumumba, futur premier ministre. Le Congo est une colonie belge, au sol riche de minerais, notamment dans la province du Katanga, au sud, dont on extrait l’uranium destiné aux bombes atomiques américaines.

L’Union Minière du haut Katanga, qui pratiquement privatisé la zone, le gouvernement belge et son bon roi Baudoin, ainsi que les Américains, n’ont aucune envie de voir le Congo devenir indépendant. D’autant que le soviétique Nikita Khrouchtchev fait les yeux doux aux indépendantistes. Le film raconte comment Patrice Lumumba et Joseph Kasa-Vubu (futur président de la République du Congo) vont obtenir l’indépendance, et comment le camp adverse va tenter de faire capoter le projet. Et comment les Américains vont amadouer les foules africaines en envoyant sur place leurs stars noires : les jazzmen.

Mises à part quelques interventions de l’écrivain In Koli Jean Bofane qui lit des extraits de textes, SOUNDTRACK TO A COUP D’ETAT est entièrement constitué d’images d’archive, la plupart issues de sessions à l’ONU. Le réalisateur belge Johan Grimonprez convoque énormément d’intervenants. Politiques, diplomates, activistes (Malcom X entre autres), agents de la CIA, barbouzes et mercenaires de tout poils, et bien sûr les musiciens, notamment Dizzy Gillespie ou Louis Armstrong, dont l’avion était truffé de mecs de la CIA à son insu ! On voit une archive géniale de Gillespie en concert, annoncant : "Et maintenant, il est temps de présenter les musiciens"... et il engage son bassiste à aller serrer la main du batteur, le pianiste saluer le saxophoniste... Une large place du narratif est laissée à la militante et féministe Andrée Blouin qui aurait mérité un film pour elle seule.

Il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver parmi les protagonistes, le tempo est frénétique. Mais la réalisation, souvent ludique, essaie à chaque fois de nous éclairer. Notamment par des inserts en grosses lettres colorées qui couvrent tout l’écran (on pense aux pochettes Blue Note) portraits et fonctions des intervenants, qui donnent une narration très vivante. Ce ne sont pas des archives mises bout à bout, elles sont véritablement mises en scène. Le travail sur le montage est hallucinant, qui n’échappe pas, parfois, à la facilité, lorsque Khrouchtchev tambourine son pupitre à l’ONU sur fond de chorus de batterie de Max Roach ou Art Blakey.

On peut faire dire beaucoup de choses à des images grâce au montage. Michael Moore ne s’en est pas privé, en son temps. Le télescopage d’images peut faire sourire parfois, le ton est incisif, satirique bien souvent. Génial moment du discours de Patrice Lumumba devant le roi des Belges, qui attend respects et compliments, mais se retrouve sous une salve de reproches. On le voit se pencher vers un conseiller, quand un sous-titre lui fait dire « Il était vraiment censé dire ça ? ». Est-ce réellement ce qu’il s’est dit, où la réplique a-t-elle été collée au bon endroit ?

Ou lorsque Eisenhower promet, à la tribune de l’ONU, tout son soutien à la nouvelle république du Congo, et le plan d'après, la CIA fomente l’assassinat de Lumumba. L’agent interviewé expliquant obéir aux ordres directs du président américain. Et pendant ce temps-là, Nina Simone hurle son blues... Le spectateur est d'abord enthousiaste devant ces rêves de liberté, le souffle de la narration est contagieux, mais rapidement on va siffler la fin de la récré. Allez zou, on vous a laissés rigoler, mais maintenant l'Homme Blanc reprend le manche. 

Le film montre, jusqu’à l’écœurement, la collusion entre politiques et industriels, le cynisme absolu des Belges, qui même l’indépendance actée persistent à vouloir régir le pays, placer leurs hommes aux bons postes. Et penseront illico à éliminer Patrice Lumumba, le nouveau héros tiers-mondiste. C’est là qu’entrent en scène les barbouzes et un certain colonel Mobutu. Et on ne rigole plus du tout.

Pendant toute cette période, les musiciens noirs américains s’interrogent sur le rôle qu’on leur donne. Propager la bonne parole occidentale, alors qu’ils sont eux-mêmes confrontés au racisme et à la ségrégation aux Etats Unis. Un grand monsieur comme Duke Ellington avait déjà servi de caution. Les Etats Unis l’avait envoyé aux quatre coins de la planète pour contrer le succès des Chœurs de l’Armée Rouge, qui consolidaient l’influence soviétique partout où ils se produisaient.

Il ne faut pas être effrayé par la durée du film. Si les 10 premières minutes donnent l'impression de partir dans tous les sens, ce qui illustre aussi l'effervescence et le chaos qui régnait à cette époque, on est vite happé par l’Histoire en marche, les évènements, les personnages hauts en couleur, et par cette mise en scène énergique qui soutient l’ensemble. 

Il faut imaginer Grimonprez comme un leader de Big Band, qui maintient le tempo et le swing de sa rythmique, et fait entendre chaque soliste.


couleur et N&B  -  2h30  - format 1:1.85  

vendredi 25 avril 2025

LUMIÈRE, L’AVENTURE CONTINUE de Thierry Frémaux (2025)


LUMIERE, L’AVENTURE CONTINUE est une compilation de 120 vues réalisées par Louis Lumière et ses opérateurs. Des vues, puisque tel était le nom donné à ces mini métrages de 50 secondes, réalisées pour la plupart vers 1895-96. Une première centaine de films avait fait l’objet du premier documentaire de Thierry Frémaux en 2016**, certains y apparaissent deux fois.

L’agencement de ces films est thématique.  Films familiaux (telle Martine, la famille Lumière à la plage, en bateau, en pique-nique, au petit déjeuner, avec Auguste et sa femme…), films de rues, sur de grandes avenues, à Lyon, à Paris, films militaires où sont reconstitués des mouvements de troupes, de cavaliers, films ethnologiques (puisque les opérateurs Lumière ont parcouru le monde entier pour documenter l’époque), des films de paysages où Louis Lumière plaçait sa caméra sur des trains, des bateaux, des omnibus (les premiers travellings, on appelait ça à l'époque des panoramas), et des divertissements, petites fictions scénarisées (jongleurs, acrobates, petits gags...).

La restauration de ces vues est incroyable, d'autant que la vitesse a été corrigée. Pourquoi lorsqu’on regarde un vieux Charlot tout est accéléré ? Parce qu'à l'époque les caméras à manivelle tournaient entre 16 et 20 images par secondes, mais la vitesse de projection aujourd’hui est de 24 images secondes. Donc la bande passe plus vite, le mouvement est accéléré. C’est le même principe avec un téléphone portable dernier cri. Si vous réglez l’appareil sur 60 ou 120 images seconde, ou plus, lorsque vous regardez le résultat, ce sera du ralenti.

La qualité de l’image est stupéfiante, notamment quand Lumière a essayé une pellicule de 75 mn. Je vous ai déjà parlé des formats de pellicule : la largeur de 35 mn est la plus commune, et pour des films à grand spectacle (David Lean, Kubrick, Nolan…) on pouvait utiliser du 70 mn, donc une surface d’impression et une netteté deux fois plus grande. On appelle ça aussi le format IMAX. Et bien Louis Lumière avait trouvé mieux, avec du 75 mn, impossible à diffuser aujourd’hui puisqu’aucun projecteur ad hoc n’existe. Mais grâce au numérique c’est possible ! Ce petit film est une vue depuis un trottoir roulant (!), sorte d’immense manège, où la caméra était installée et filme en continu. Le piqué de l’image est incroyable.

LUMIERE, L’AVENTURE CONTINUE permet de nous voir il y a 130 ans. Quel patrimoine ! Epoque où les Champs Elysées n’étaient pas goudronnées, où tout le monde portait des chapeaux, y compris les gamins qui avaient sur la tête des espèces de bérets plus larges qu’un parasol ! Passants, charrettes et omnibus se partageaient la voie routière, où sillonnaient aussi quelques tramways. Les scènes de bain sont toujours rigolotes avec ces femmes en jupon triple épaisseur ! Un film tourné au Japon montre des agriculteurs travaillant dans les rizières, une famille de Kyoto qui déjeune, on voit les rues d’Alger peuplées de costumes trois pièces et de djellabas, des danses rituelles en Afrique. 

Il y a ce formidable mouvement de cavaliers qui foncent au galop vers la caméra, ou plus extraordinaire encore, cette vue de militaires descendant d’une montagne, au loin, et venir au tout premier plan s’allonger en position de tir. La construction du plan est stupéfiante (comme très souvent, le cadre était très travaillé, il fallait trouver le bon angle pour la caméra, dès le premier essai) mais surtout on se rend compte de la précision de la profondeur de champ, y'a toujours un p'tit détail à voir tout au loin. Tout est net, Lumière jouait beaucoup sur la profondeur, les diagonales, pour que l'image soit plus impressionnante.

Le plus spectaculaire c’est lorsque la caméra est embarquée, sur un paquebot en pleine tempête dans l’Atlantique, ou les prises de vue depuis un tramway qui sillonne la ville, ou depuis un train, qui rappelle les plans de LE MECANO DE LA GENERAL de Buster Keaton, ou LA BETE HUMAINE de Renoir. Les spectateurs de l’époque voyaient sur un écran des images que seuls quelques privilégiés pouvaient connaitre, on imagine leur émotion, et on découvrait le potentiel spectaculaire du cinéma, qui n’était pas uniquement documentaire.

Les deux films les plus célèbres de cette compilation sont « L’arroseur arrosé », considéré comme le premier gag visuel, la première fiction (un autre de la même série montre une partie de carte qui dégénère en bataille de flotte) et « La Sortie de l'usine Lumière à Lyon », (Lumière avait filmé ses propres ouvriers sortant du taf) dont il existe trois versions, que Thierry Frémaux diffuse simultanément pour en apprécier les différences. Au générique de fin, Frémaux diffuse la version de « La Sortie » réalisée par Francis Coppola en 2019, dans les mêmes conditions qu’à l’époque, où on reconnait plein de gens connus, le dernier à sortir avec un chien en laisse est Bertrand Tavernier. En 2016, c’est Martin Scorsese qui s'était soumis à l'exercice.

Ce documentaire est entièrement illustré musicalement par des œuvres de Gabriel Fauré, contemporain des Lumière.

On est censé être devant des films muets, sauf que… Thierry Frémaux est très bavard. Trop. Il commente les films, avec souvent une pointe d'humour qui tombe à plat, sur un ton froid. Faire remarquer tel détail de composition, de mise en scène (car les acteurs étaient dirigés, ces films n'étaient pas pris sur le vif) préciser un point d'histoire, c'est intéressant, d'autant que le gars touche sa bille : directeur de l'Institut Lumière, sélectionneur du festival de Cannes. Ca pèse sur un CV.  Mais raconter ce qu'il se passe, parfois avant même que ca se passe à l'écran, c'est insupportable ! Et gâche le plaisir de la surprise, bien souvent.  

Bon exemple : lorsque Lumière filme ses charpentiers, Frémaux indique que l’ouvrier est en chemise blanche et cravate. Indication à priori crétine puisqu'on la voit, la chemise. Mais ça révèle que le brave homme s'était mis sur son 31, avait lustré sa moustache, parce qu'il savait qu'on venait le filmer. Et donc que ces scénettes étaient très travaillées, composées, scénarisées. Parfois le bras du metteur en scène apparait dans le champ de la caméra, pour dire à tel ou tel de presser le pas, se ranger à droite...

Quitte à commenter les films, j’aurais préféré quelques détails techniques comme : pourquoi des films limités à 50 secondes ? En quoi la durée était-elle un souci, les Lumière ont-ils utilisé des bobines plus longues ensuite ? Pourquoi pas trois ou quatre films de 50 secondes mis bout à bout ? Pourquoi les caméras ne pivotaient pas sur un axe, de manière à faire des panoramiques ? Avait-on le moyen à l’époque de couper, monter un film, raccorder deux plans avec des axes de vue différents, montrer d'une avenue le trottoir de droite, puis de gauche ? Beaucoup d'éléments qui font le cinéma contemporain, l'esthétique, la mise en scène, les cadres, étaient déjà présents à la création. Sauf un : le montage. Cette grammaire, agencement et durée de plans, viendra avec Griffith.

Finalement, c’est davantage l’aspect sonore de ces films muets qui parfois dérange, je ne suis pas certain que Frémaux fût la meilleure personne pour commenter son propre documentaire (Podalydès ou Dussolier n’étaient pas libres ?!), le gars est trop bavard, comme les commentaires intempestifs et redondants dans une soirée diapos !

** le premier volet est disponible, en ce moment, sur la plateforme replay de France TV.  


Noir et blanc  -  1h45  - format 1:1.33 

vendredi 28 mars 2025

BECOMING LED ZEPPELIN de Bernard MacMahon (2025) par Luc B (comme Bonham)



Ce film de Bernard MacMahon a été salué comme le premier documentaire officiel depuis le crash du dirigeable, il y a 45 ans, imputable à un trop plein de vodka dans les soutes.

Un film extrêmement classique dans la forme, chronologique, archives photos, vidéos, et interviews des trois survivants. Dommage de ne pas les avoir réunis, de les avoir filmés dans un environnement austère, figé, ça aurait sympa qu'ils jouent un p'tit truc ensemble, pour le fun, pour fêter ça... On n'interroge pas un prix Nobel de chimie, mais des musiciens. Le batteur John Bonham (décédé en 1980) participe au récit via une de ses rares interviews audio. Le film se concentre sur la création du groupe et la sortie des deux premiers albums. Un peu frustrant, on y reviendra… Tiens, ça rappelle UN PARFAIT INCONNU [ CLIC ICI ] le biopic sur Dylan, qui se traînait sur la fin exactement pour la même raison.

On commence par un rapide panorama de l’après guerre, Londres dévasté par les bombes, chacun explique comment il en est arrivé à la musique. Jolies archives vidéos de Jimmy Page vers 10-12 ans, déjà sur scène dans un groupe, ou Bonham filmé dans un salon au même âge ou presque, sur un petit kit batterie, jouant aux balais, avec un pote à la gratte. Défilent à l’écran des extraits d’émissions avec Lonnie Donegan ou Johnny Burnette, Little Richard ou l’harmoniciste Sonny Boy Williamson. John Paul Jones avait des parents chansonniers, son père jouait du piano, le gamin a très tôt joué de l’orgue à l’église du coin, improvisant à sa guise, « une très bonne école ». Bonham était lui fasciné par la force de frappe des batteurs de James Brown. Plus tard, partageant la même affiche que Mister Dynamite, Bonham sachant que les batteurs le mataient depuis les coulisses, avait maltraité ses fûts avec encore plus d’énergie pour leurs montrer qui c'est Raoul. 

Toute la première partie est intéressante, films super 8 de Page arrivant aux studios où il faisait des piges. Tous les lundi, à la bourse aux musiciens, chacun venait glaner du boulot. Page ressort son carnet où il notait scrupuleusement les sessions pour Bowie, Donavan, les Stones, les Who, les Kinks, il fallait être ponctuel pour être réengagé. John Paul Jonesle plus capé des quatre, en plus de jouer de la guitare, du claviers, de la basse, écrivait des arrangements aux kilomètres. 

Et puis j’apprends que sur la chanson « Goldfinger » de Shirley Bassey, le fameux thème de James Bond, y’a Jones à la basse et Page à la guitare. Ils n’en sont pas peu fiers !

Chacun raconte de son point de vue (donc le même) la première confrontation en 1967, sur l’impulsion de Jimmy Page, clairement désigné comme l'âme du groupe, au bord de la Tamise, à la résidence de Pangbourne, au premier étage. Page y revient avec le réalisateur, c’est là que les murs ont tremblé pour la première fois, longues jams sur « keep train a rollin’ »Bernard MacMahon raconte que si Page n'avait pas honoré ce rendez-vous, le film ne se serait pas fait, c'était un test. On regrette d'ailleurs que les autres ne soient pas sortis aussi, se contentant de rester assis sur leurs chaises.

On voit des photos de Jimmy Page et Peter Grant signant pour Atlantic Records, avec Jerry Wexler. Page, qui a le culot d'expliquer au ponte Wexler qu’il a produit ce premier enregistrement, qu’il ne veut pas de single, qu’il travaille pour le format album, tout est mixé, les titres dans le bon ordre, bref, vous distribuez le disque tel que, ou on ne fait pas affaire ! Et ça marche.

La suite on la connaît, leur manager Peter Grant mise sur les Etats Unis, d’abord San Francisco et le Fillmore, puis plusieurs tournées successives. Le premier album fait sensation, le second encore plus, qui sera enregistré entre deux concerts, les nouveaux titres étant testés sur scène pour en éprouver l’énergie à reproduire en studio. Le phénomène est prêt pour l'Europe. On voit cette archive télé fabuleuse en France (« How many more times »où le public est tétanisé, ne semblant par comprendre ce qu’il leur fond dessus, les gamins se bouchent les oreilles face au vacarme. On apprécie que les titres soient diffusés en intégralité, dont une version tellurique de « Dazed and confused » à la télé anglaise en 69 (c'est pas chez Drucker qu'on aurait vu ça !), ou « What is and what should never be » (celle-ci je l'adore !).

Les archives ne sont évidemment pas inédites, mais ça fait plaisir de voir ça sur grand écran, ça explose dans les enceintes, limite criard, j'ai vu le film dans une petite salle sans doute mal équipée (le film est très mal distribué). Au chapitre mise en scène, on retiendra cette image de Led Zep sur scène, en extérieur, de nuit, avec à l’arrière plan la lune. Nous sommes le 20 juillet 1969… Plant, les yeux émus dit  : « Vous donnez un concert et au-dessus, un homme marche sur la Lune ».

Bon, peut-on maintenant aborder les sujets qui fâchent ?

Il y en a plus d’un. A commencer, donc, par la période très courte décrite par le film. Ce qui rend un peu redondante la deuxième partie, que dire d’autres que : ils sont formidables, bla bla bla. Le point fort c’est la musique, on en prend plein les esgourdes, quasiment tous les titres issus des deux premiers LP. Mais je m’attendais à plus d’analyses, de commentaires, de la technique, des histoires de guitares, d’ampli, processus de création, la composition, d’enregistrement. On voit Jimmy Page en studio faire joujou avec les canaux stéréo sur « Whole lotta love », mais c’est tout. Il n’est évidemment pas rappelé que cette chanson est un décalque de Willie Dixon (comme d’autres…) seul Robert Plant explique avoir, oui, légèrement retouché les paroles originales. Quid des fameuses triplettes de John Bonham ? Du mélotron de John Paul Jones ? Les pédales d'effets de Page ? Pourquoi une Fender ici, une Les Paul là bas ? On nous montre une belle bagnole mais on n’ouvre pas le capot pour reluquer le moteur.

Si au début du film sont cités les musiciens de leurs enfance (et Elvis, il est où Elvis ?), les trois presque octogénaires ne parlent jamais de leur contemporains. Ah si, à un moment Page parlent de deux potes Jeff et Eric. Les initiés comprendront qu’il s’agit de Jeff Beck et Eric Clapton (qui ont tenu la guitare avant lui dans les Yardbirds). Quid de John Mayall et du british boom blues ? Et à propos de Clapton, où est passé Cream (dans le genre j’explose le format blues, ça se pose là), Ten Years After, Pink Flyod, et l’autre là, comment y s’appelle… Hendrix ?

On a l’impression qu’entre 1968 et 70 en Angleterre il n’y avait que Led Zeppelin qui faisait de la musique. Le film de MacMahon n'inscrit pas Led Zep dans le contexte musical de l'époque. Un môme qui irait voir le film (et y'en avait dans la salle) se dirait que Jimmy Page a tout inventé à lui tout seul ! Il ne s’agit pas de remettre en question l’influence du gars sur ce qu’on nommera bientôt le hard-rock, ni la qualité des musiciens qui composaient le groupe, m’enfin merde, d’autres au même moment n’étaient pas manchots. Et on sait que tous ces gars se connaissaient, se croisaient. Il est regrettable que sur deux heures de film, il n’y ait pas un mot de la scène londonienne, incroyable vivier de talents, tous plus ou moins inspiré par le blues américains.

Concernant les fameuses archives… Mises à part deux ou trois titres réellement en concert (dont le l’Albert Hall en janvier 70), la plupart du temps on a des images de concerts plaquées sur les versions studios des chansons ! On voit les efforts du monteur pour donner le change, les coups de cymbales au bon moment, parce que c’est un repère visuel, mais on est parfois chagriné par le manque de synchronisation, d’autant que le grand écran ne pardonne pas les à peu près.

Robert Plant accompagné à la guitare par Al Pacino, en plein tournage de Serpico...

Alors certes, on n’assiste qu’à la première année du groupe, les archives live seront plus nombreuses ensuite, et de meilleure qualité. Mais on a l’impression que Bernard MacMahon fait ce qu’il peut avec ce qu’il a sous la main, autrement dit, pas grand-chose. D’où ma première question : pourquoi n’avoir pas étendu le film au moins jusqu’au quatrième album, sorti fin 71 ?

Dans le registre ripolinage de l’Histoire, voilà quatre gars qui expliquent que la vie de musicien n’est pas facile, car loin de femmes et enfants. Un thème qui revient souvent. Robert Plant, plus proche de Bonham, parle des remords de son batteur à quitter le domicile pour une énième tournée, on sait que le gars était du genre casanier, que tout ce barnum lui pesait, il s'en soulageait en plongeant toujours plus au fond de la bouteille. Bref, quatre petits anges... Sauf que Led Zep est aussi célèbre pour sa musique que pour ses frasques, des groupies prépubères à la consommation immodérée de plein de produits divers et variés. Page plongera dans l’héro un peu plus tard, mais reléguer sous le tapis cet aspect des choses, la gestion de la célébrité sur des gars de 20 ou 22 ans, ne me semble pas d’une grande honnêteté rédactionnelle.

Mais je l’ai dit au début, ce BECOMING LED ZEPPELIN est le premier documentaire officiel sur le groupe, qui a reçu la bénédiction des trois musiciens. Donc qui brosse sérieusement dans le sens du poil. Aucune fausse note ni de divergence. A tel point que même ce voyou notoire de Peter Grant, qui a fait pour beaucoup dans l’ascension du groupe, est à peine évoqué.

"Dans les coulisses du groupe légendaire" annonce l'affiche du film. Mouais, la porte s'entrouvre mais on reste sur le palier.


couleur et N&B - 2h02 - format 1:1.85


vendredi 11 novembre 2022

POULET FRITES de Jean Libon et Yves Hinant (2022) par Luc B.

Le duo Jean Libon et Yves Hinant récidive après l’hilarant NI JUGE, NI SOUMISE (2018) clic vers l'article où l’on suivait le quotidien de la juge d’instruction belge Anne Gruwez. Rappel des faits, Jean Libon est le créateur de l’émission de télé Strip-Tease, sorte de télé-réalité avant l’heure, où il filmait ses contemporains avec une caméra autant intrusive que discrète, sans commentaire ni interview, rien que du brut de pomme.

Pour l’occasion de ce POULET FRITES**, les co-réalisateurs ont remonté des rushes tournés en 2003 et nous proposent une nouvelle enquête de la juge. Dans le premier film, drôlissime autant que noir et décapent, on suivait plusieurs dossiers de la juge. Ici, il n’y a qu’une seule enquête, Anne Gruwez est encore présente mais secondée par le commissaire Jean Michel Lemoine de la criminelle.

Le dispositif est le même, le spectateur est présent dès la scène de crime, assiste aux interrogatoires, aux réunions, perquisitions, la caméra enregistre toutes les étapes d’une enquête de police. De quelle affaire parle-t-on ? Du meurtre de Kalima Sissou, retrouvée égorgée chez elle avec un couteau à pain. Le coupable semble tout désigné : Alain Marteens, son voisin toxico, qui couchait avec elle à l’occasion, que plusieurs témoins disent avoir entendu tambouriner à la porte de Kalima.

Le problème est que Marteens, totalement dans les vapes, ne se souvient de rien. « Si je l’avais tué, je m’en souviendrais ! ». Il avait mangé avec elle le jeudi soir, mais pas vendredi, jour du meurtre. Lors d’un débrief, un flic fait cette remarque : « je ne sais pas si c’est important, rapport à l’égorgement, mais Marteens est boucher de formation… »… On s’interrogera aussi sur l’arme, un couteau à pain, peu pratique pour zigouiller quelqu’un. « Détrompez-vous ! » lance le commissaire à la juge…

L’indice le plus crucial est une... frite. Pas n'importe quelle frite, une surgelée, d'un calibre épais, retrouvée presque intacte par le légiste dans le bol alimentaire de la victime. Un type de frite correspondant exactement à celui qu'Alain Marteens avait préparé la veille. Ca commence à faire beaucoup : la formation de boucher, le couteau, les frites, les témoignages compromettants (y compris celui de la sœur de la victime qui l'a eue au téléphone juste avant le drame). Si ce n'est pas Marteens le coupable, comment la frite est arrivée dans l’estomac de Kalima ?

Au départ ce documentaire fait rire, jaune ou noir, c’est selon, parce que la situation est ubuesque, bien que tragique. Les expressions et l’accent belge ajoute une pointe folklorique. Et puis parce que le suspect, Marteens, alcoolo et drogué, est pathétique dans ses justifications qui ne trompent personne. A un moment il dit : « quand j’ai bu, je perds la mémoire, un jour une copine m’a dit que je l’avais menacée d’un couteau, j’vous jure, j’m’en souvenais pas ». Il faut voir la tête des flics, ahuris par tant de franchise, Lemoine lui dit : « Heu, pas sûr que ce soit le truc à dire à la brigade criminelle… ».

Plus tard, Marteens annonce qu’il va rendre visite à ses parents, la juge lui conseille de les prévenir par téléphone avant. Marteens répond « mon père est cardiaque, ça risquerait de le bouleverser ». Lemoine rétorque : « Il va croire que tu t’es échappé, c’est pas mieux pour son cœur ».

Et puis à mesure que le film avance, le comique des situations s’estompe au profit de l'enquête. Comme dirait Columbo y’a des détails qui clochent. On assiste au plus près aux investigations, chaque élément est retourné dans tous les sens. Comme ce témoignage d’un autre voisin qui déclare avoir clairement entendu la victime hurler « Alain, non Alain ! Au secours ! ». Comment comprendre cette phrase : non Alain ne me frappe pas ou au secours Alain, vient m’aider ? Tout est dans le ton, l’intonation. Détail qui va faire basculer l’enquête.

Et puis il y a le téléphone de la victime, avec un numéro qui revient 93 fois, du harcèlement. Les policiers vont remonter la piste de ce numéro, sachant qu’il semble provenir un abonnement pré-payé utilisé par des clandestins philippins (ou bengalis) qui se refilent le mobile de mains en mains. Ca va être long et fastidieux. Et puis il faut faire avec le bordel administratif : scène surréaliste quand le commissaire Lemoine réclame deux agents pour une perquisition, véritable parcours de combattant, réclamer son décompte de la Sécu par téléphone est plus simple.

Il y a une humanité incroyable qui se dégage de tous ces personnages, ce commissaire qui ne prend rien pour argent comptant (le générique nous apprend qu’il est  devenu entre temps directeur de la Criminelle) soucieux d’impartialité, ne négligeant rien. Le film documente aussi le travail entre juge et policier, le duo Lemoine / Anne Gruwez, qui noyée sous les indices contradictoires prie Sainte Rita, sainte patronne des causes désespérées !

Le film se suit comme un polar pour la bonne raison que s’en est un, un vrai, avec des vraies gens, une enquête complexe qui multiplie les pistes foireuses comme les rebondissements. Il faut saluer le travail de montage qui permet d’assembler toutes ces scènes filmées en direct (et donc en une prise) et offrir lisibilité, compréhension et fluidité du récit. Comme tout polar qui se respecte, POULET FRITES braque un projeteur sur la misère humaine, les laissés pour compte, clandestins, tiers-monde, les invisibles, à qui Lemoine et ses enquêteurs redonnent un semblant d’humanité.

**Dans le film Marteens cuisine ses frites avec deux côtes de porc, dont une reste dans la poêle. Et il indique avoir fait trop de frites pour une personne, indice important !


Noir et blanc  -  1h40  -  format 1:1.85   

   

mardi 1 novembre 2022

THE HELLS ANGELS - LES ANGES DE L’ENFER - par Pat Slade


Les Hells Angels, ils font peur, mais c’est un style de musique, de vie et surtout il y a la fraternité.


UN ANGE AU PARADIS




Ce brave vieillard que vous pouvez voir dans la photo ci-dessus s’appelait Sonny Barger et s'est éteint le 29 juin dernier à l’âge de 83 ans. Mais qui était Sonny Barger ? Tout simplement le père fondateur du chapitre (on ne dit pas club !) des Hells Angels d’Oakland.

Je suis un support 81, Groupe dédié aux supporters du HAMC (Hells Angels Motorcycle Club) Paris et World, le mouvement se fait également appeler «rouges et blancs» en référence à la couleur de leur logo ou «81» (Le H étant la huitième lettre de l'alphabet et A la première). Mais si je vais en parler, ce n’est pas pour les faires passer pour une bande de joyeux lurons qui s’éclate tous les dimanches sur leurs Harley Davidson en buvant de la bière. Les Hells Angels font partie de l’histoire des États-Unis mais au début pas comme des motards hors-la-loi.   

Quand la seconde guerre mondiale éclate, les États-Unis ne sont absolument pas prêts à entrer dans le conflit. Le pays a déclaré la guerre à l’Allemagne mais il n’a ni les effectifs, ni le matériel, ni l’expérience nécessaire pour se battre. Il ne peut y avoir d’invasion contre l’Europe nazie sans suprématie aérienne et le premier objectif est donc d’être en mesure de rivaliser avec la Luftwaffe. La construction d’avion de bombardement se fera en grande quantité et surtout le Boeing B-17, la fameuse forteresse volante et une des unités les plus remarquables restera le légendaire 303e groupe de bombardement Hell’s Angels…Les Anges de la mort. Empruntant leur nom à leurs appareils les attaques meurtrières qu’ils ont menées ont changé le cours de la guerre.

Une fois la guerre finie, certains pilotes vivront avec la pension que l’armée leur donne en se laissant vivre. Une autre partie, toujours en recherche de danger et d’adrénaline, et aussi pour chasser l’ennui, créeront des clubs de motards. Ainsi naitra le club des Hells Angels. Qui sont les Hells Angels et pourquoi ce nom ? C’est un club de motards que l’on peut trouver dans 52 pays, soit sur chaque continent. Ils refusent le concept de chrétien, d’enfer et de paradis, le nom et l’emblème du club viennent  de l’escadrille éponyme de la première guerre mondiale qu’Howard Hughes filmera dans son film «Hells Angels» en 1930.  

les patch de prospect
Le club a des règles strictes observées par tous les membres. En entrant dans l'organisation, l'aspirant doit fournir les coordonnées détaillées (noms, adresses, numéros d'assurance sociale, de permis de conduire, d'assurance-maladie) de sa conjointe, de ses père et mère et de ses enfants. il faut gagner ses couleurs et ses patchs, les postulants passent par différentes étapes et c’est un véritable sacerdoce. A la base les Hangarounds (aspirants) - les hangarounds servent à la table des strikers ou des prospects (novices) - ils veillent à leur sécurité physique, à la garde des véhicules et des lieux, ils font la garde des locaux. Ensuite tu passes à celui de prospect, tu passes devant les membres du club qui décident s’ils veulent de toi. Tu deviens suiveur d'un membre du groupe auquel tu devras allégeance et devras effectuer sur ordre les tâches des plus ingrates aux plus illégales. Quand ils se déplacent sur leurs bécanes, la hiérarchie est respectée, le président et le capitaine de route devant, suivi du vice-président et du secrétaire, puis le sergent d’arme et le trésorier, tout les membres patchés et pour fermer la marche, les prospects et les Hangarounds.

Je passerai sur l’activité criminelle de l’organisation qui va du trafic de stupéfiant a celui d’armes, des tentatives d’assassinats, de racket, de recel et des guerres intestine avec d’autre MC comme avec celle des Bandidos, des Mongols ou des Outlaws. Les Hells Angels ne sont pas des enfants de chœur, surtout ne jamais porter leurs couleurs si vous ne faites pas partie d’un chapitre et ni se faire un tatouage qui rappelle ceux des Hells, sinon il vous en coutera très cher ! J’ai entendu parler de peau arrachée pour un tatouage. Il faut savoir aussi (je le tiens d’un Hells !) qu’ils n’ont pas accepté «Sons of Anarchy» et quand ils croisent une personne pourtant un tee-shirt de la série, ils lui demandent, poliment, de l’enlever. 

Axel Rudi Pell

Les Hells Angels et la musique : Quand on les voit avec leurs airs patibulaires harnachés de leur battle jacket, on pourrait se dire qu’ils écoutent du hard rock genre Motörhead mais dans le documentaire «Hells Angels for ever» de 1983, ils ont invité sur un bateau qu’ils avaient affrété, Jerry Garcia le guitariste du Grateful Dead et on peut les voir s’éclater en écoutant le musicien de country Willie Nelson. Mais le point noir reste la festival d’Altamond le 6 décembre 1969 ou les Rolling Stones leur avaient demandé d’assurer la sécurité. Le résultat se soldera par quatre mort dont Meredith Hunter, un étudiant noir de 18 ans qui sera poignardé par un Hells Angels pendant la prestation des Stones, l'événement est filmé et incorporé dans le film documentaire «Gimme Shelter». Le morceau de musique qui représente bien la fraternité des Hells est «Forever Angel» et «Angels Never Die»  par Axel Rudi Pell le guitariste du groupe homonyme :  «Monter avec les frères, a travers le vent et la pluie,  tu es fier de ta couleur, et ne peut ressentir aucune douleur» («Forever Angel».) 

Il existe beaucoup d’ouvrage sur les Hells Angels, celui qui m’a le plus impressionné reste «Hell’s Angels le clan de la terreur» par Yves Lavigne. Un documentaire à regarder pour mieux comprendre le mouvement «Hells Angels Forever» en 1983 que l’on peut trouver sur YouTube sous titré en français .

Les Hells Angels, l'image d’un gang de Bikers qui n’a rien à voir avec les rebelles noirs menées par Marlon Brando dans «L’Équipée sauvage» et qui a changé une certaine image de l’Amérique et du monde. «Et vous reconnaissez que le prix de la liberté est élevé, la fraternité dans votre vie est votre plus grand appel, vos élus, tous pour un et un pour tous» «Forever Angel»