MARDI :depuis qu’il a revu
« Dracula, prince des ténèbres »
de Terence Fischer, un classique de la Hammer, gothique à
souhait, avec un grand Christopher Lee, Pat arbore un collier
de gousses d’ail, et tend un miroir à ceux qu’ils croisent dans le
couloir…
MERCREDI :un Bruno qui file plein pot (c’est lui sur la pochette, chevauchant
derrière Lisa Kekaula), comme le dernier
The Bellrays
« Ready, Steady go ! »
qui enfile les titres bien rock-soul, avec un son plus garage
encore !
JEUDI : Claude nous conte la
jeunesse tourmentée de Serge Rachmaninov et illustre ce récit par les
« Suites n°1 et 2 pour deux pianos ». L'occasion de retrouver l'art de la grande
Martha Argerich en duo avec son mai fidèle
Alexandre Rabinovitch.
VENDREDI :les films de Pedro Almodovàr se font plus graves avec les
années,
« La chambre d’à côté »
ne fait pas exception, mais ce
qui aurait pu être un mélo tire-larmes devient grâce à la somptueuse mise en scène un grand film
lumineux sur la mort.
👉
On se retrouve dès mardi, avec entre autres Berurier Noir, Johnny Winter, le cinéaste Walter Salles.
Bon dimanche.
Une nouvelle série noire commence ? Sam Moore, la moitié du duo
Sam & Dave, est décédé la semaine dernière, à 90 ans.
Avec son compère Dave Porter, il faisait partie de la team de
compositeurs chez Stax, avec Isaac Hayes, Booker T, à l’instar du
duo Jerry Leiber et Mike Stoller pour le Brill Building, auteurs
d’une ribambelle de tubes. On leur doit entre autres
« Hold on I’m comin’ », « Soul man ». Si musicalement le duo faisait des étincelles, les deux gars se
détestaient cordialement, ils se sont séparés en 1970,
Sam Moore devant en plus gérer son addiction à l’héroïne. Ils
étaient tellement célèbres, qu’ils avaient des sosies (le truc était aussi utilisé à la
Motown!) pour permettre d’être en concert dans plusieurs villes à la
fois, le public n’y voyait que du feu,
qui venait écouter les chansons sans se soucier des têtes
des gars, à l’époque la musique était diffusée à la radio, y’avait
pas l’image ! Sam Moore avait enregistré avec Springsteen
l’album
« Human touch », ils ont souvent chanté ensemble, la fille de Sam,
Michelle, est une choriste de longue date du E Street band.
Et puis David Lynch a aussi tiré sa révérence, à 78 ans, un
cas celui-là,
une tête pensante, bien barré, artiste complet, photographe, peintre, designer, musicien (avec son
complice de toujours Angelo Badalamenti, dont Claude nous avait
causé), et bien sûr cinéaste,
un de ceux dont on peut dire qu’ils ont laissé
une oeuvre. Qui a finalement réalisé peu de films, et on pourrait tous les citer, à commencer par
ce premier ovni
« Eraserhead »
(1977), culte en son temps, puis le controversé
« Dune », sur lequel Lynch n’avait pas
eu le contrôle, un désastre industriel, objet de moqueries, mais qui a aussi ses fans. Et puis premier chef d’oeuvre avec « Elephant Man »,
d’un classicisme exemplaire, superbe photo noir & blanc, qui renvoyait au cinéma d’épouvante
des 30’s (reprenant le thème du Freaks de Tod Browning), et « Blue Velvet »,
l’ulra violent et baroque « Sailor et Lula »
(Palme d’or), sortes de néo-Film Noir dont il explosait les codes (encensé en Europe, Lynch était bel et bien un cinéaste américain), la série et le film
« Twin Peaks », le très joli et radicalement différent
« Une histoire vraie ».
J’étais ressorti de
« Lost Highway »
avec l’impression de m’être fait avoir,
en mode on ne m’y reprendra plus, et puis patatras, j’ai replongé quatre ans plus tard pour « Mulholland Drive »,
qui
avait tétanisé tout le monde par son étrangeté, sa beauté presque
irréelle, son duo d’actrices et ce baiser merveilleux, sa peinture macabre du mythe hollywoodien, qui restera son second chef d’oeuvre, son « 2OO1 » à lui, dédale envoutant dans lequel on aime se perdre. La dernière apparition de David Lynch est fameuse, puisque
devant la caméra de Spielberg, qui lui avait demandé pour son
auto-biopic (!)
« The Fabelmans »
de jouer le personnage de John Ford, une composition étonnante et
très remarquée ! Après l’échec de son dernier
« Inland Empire », il y a presque vingt ans, il n’avait réalisé que des courts
métrages, expérimentaux ou documentaires, ou la suite de
« Twin Peaks ».
Sam et David, merci pour tout, et maintenant :
"silencio"...
Quand un acteur comme Delon casse sa
pipe, le plus sûr moyen d’évaluer son importance dans le bizness,
c’est d’aller relire son CV. Regarder les titres, les
collaborations, et, ce n’est pas inintéressant d’aller voir
aussi les propositions rejetées ou les projets avortés. Et on se rend compte, qu'en gros, Alain Delon a dominé le cinéma européen pendant quasiment 20 ans. En atteste une notoriété à l'étranger qui ne s'est pas démentie. Malgré les frasques politico-médiatiques, sorties de route avec dérapages pas toujours contrôlés, drama familiaux, caractère de chiottes, amitiés controversées, la carrière de l'acteur-producteur, ne fait pas polémique, tout le monde est d'accord pour reconnaître que le gars a pesé dans le métier.
Avant
même d’être passé devant une caméra, il est déjà repéré par un
agent américain (qui bossait pour David O Selznick) en quête de belles gueules, alors qu’il fait la
bamboche au festival de Cannes avec Jean Claude Brialy. Sa p'tite amie de l'époque modère ses ardeurs et le présente aux frères Allégret, avec qui il tournera ses deux premiers métrages. Delon décline la proposition hollywoodienne, ce ne sera pas la dernière fois. Début 70, le
producteur star du Nouvel Hollywood Robert Evans, lui proposera LE
PARRAIN, rien que ça, le rôle de Pacino. Et franchement, quand on
voit les scènes où Michael Corleone s’assoie, croise les jambes, ne dit
rien, tire la gueule et tétanise tout le monde, on se dit que Delon
n’aurait pas été mal non plus, surtout quand on sait les accointances du gars avec le Milieu... A mon sens, il était déjà trop âgé pour le rôle, à moins de commencer par LE PARRAIN II !
Après
une poignée de films oubliables à la fin 50's, dont le tartignole CHRISTINE dont le seul intérêt (à titre perso, pour lui) et d'avoir rencontré Romy Schneider, l’année 1960 commence du feu de dieu, avec le génial (parfait ?) PLEIN SOLEIL de
René Clément (même si on l'a vu dix fois, ça fonctionne toujours) et ROCCO ET SES FRÈRES de Visconti où il croise déjà Claudia Cardinale. Après cette entrée par la (très) grande porte, y’a
plus qu’à dérouler. On s’arrache ce brun ténébreux aux yeux clairs, surtout
en Italie où il a eu quelques uns de ses rôles les plus
intéressants. Beaucoup d'acteurs français ont travaillé en Italie, Belmondo, Noiret, Trintignant, Piccoli... Le système des tournages multi-langues facilitait les choses, alors qu'à Hollywood, fallait apprendre l'anglais.
Visconti le dirige au théâtre (avec Romy, ils ne se quittent plus...) puis encore au cinéma avec LE GUÉPARD où il a dû être bien content de jouer avec Burt Lancaster (qu'il retrouve dans SCORPIO de Michael Winner). Entre temps Antonioni le choisit pour le très beau L’ECLIPSE. Dans les 70's, il y aura ce qu’il considérait comme son
film préféré, LE PROFESSEUR de Valerio Zurlini, il a aussi tourné
deux fois avec Duccio Tessari, BIG GUNS un polar violent, marqué esthétiquement par son époque, mais qui se laisse franchement voir, et un ZORRO aux
accents spaghetti (après LA TULIPE NOIRE de Christian Jaque qui sent davantage le pot au feu, mais succès mondial) cher à mon coeur, car le premier vrai film vu au cinéma.
En
France, c’est la rencontre avec Jean Pierre Melville (qui venait de
se fâcher avec Belmondo, et qui refera le coup à Delon…) avec le
rôle iconique du SAMOURAÏ qui lui colle à la peau, LE CERCLE ROUGE
et UN FLIC. C'est l'interprète idéal pour Melville, qui filme des corps, des regards, des figures, plus que des personnages, dont la mise en scène confine à l'abstraction. Quand Melville lui propose le rôle, lui lit le scénario, Delon l'arrête sur sa lancée : "ca fait 7 minutes que vous lisez, y'a pas eu un seul dialogue... C'est bon, je signe !". Le cinéma de Melville ayant la côte aux USA, celle de Delon remonte encore un peu, mais les projets hollywoodiens qu'il accepte ne sont pas terribles, LES TUEURS DE SAN FRANCISCO, SOLEIL ROUGE, AIRPORT... Dommage que les réalisateurs du Nouvel Hollywood n'aient pas plus insisté, Delon aurait pu avoir sa place dans l'univers d'un Pakula, d'un Pollack. Il a quand même tourné deux westerns !
C'est à un réalisateur américain qu'il doit son plus beau personnage : Joseph Losey. Certes, pour cause de maccarthysme Losey le coco s'est exilé en Angleterre, il tourne aussi en France. Après L’ASSASSINAT DE
TROTSKY, ce sera MONSIEUR KLEIN, chef d’oeuvre [lien en fin d'article]. Là encore, les plus belles scènes ne passent que par un regard. Un projet difficile à monter, vu le sujet qu'on préférait mettre en sourdine en France à cette époque. Delon accepte de produire le film, il en est donc le garant, et le confie à Losey. L'acteur repart bredouille de Cannes, dommage. Le film, lui, était sélectionné avec TAXI DRIVER, solide concurrent. Depuis dix ans, n’étant jamais mieux servi
que par lui-même, Delon s’est lancé dans la production. Il a mis ses premières billes dans L’INSOUMIS d’Alain Cavalier (1964) pas le truc le plus bancable qui
soit, l'évocation de la guerre d'Algérie deux ans après, fallait oser.
Comme
Belmondo, il a mis sa notoriété au service de films d’auteur, entre deux
projets plus commerciaux, bien qu’il y ait finalement moins de
déchet chez lui, qui ne donnait pas dans la gaudriole. Par contre,
il a été totalement ignoré par la Nouvelle Vague. Alors que Bébel jonglait entre Godard, Truffaut et Chabrol au début de sa carrière, Delon était soit en Italie, soit choisissait la vieille garde comme Duvivier, Christian-Jaque, Clément... Choix personnel ou agenda compliqué, je ne sais pas... Ironie, le film qu'il tourne avec Jean Luc Godard, sur le tard en 1990, s'appelle NOUVELLE VAGUE. Delon y est encore muet, puisqu'il n'y a aucun dialogue mais que des citations hors-champ ! Je ne l'ai pas revu depuis sa sortie, j'ai le souvenir d'un film subliment beau, plans séquences virtuoses, rarement Godard a aussi bien filmé la nature, s'amusant à décadrer son acteur principal.
A cette époque la carrière de
l’acteur commençait sérieusement à battre de l’aile,
entre bides et polars calibrés sans intérêt, réalisés par ses soins, ou
Jacques Deray, qui ces années là semble être le seul à le
supporter ! Rien de telle qu’une affiche Delon-Godard pour
faire parler dans les gazettes. Quelques années plus tôt il y avait eu NOTRE HISTOIRE
de Bertrand Blier, où Delon a montré qu'il pouvait se plier à l'univers tordu du réalisateur, qu'avec un peu de bonne volonté, il pouvait jouer autre chose. Il a fait aussi une apparition chez Agnès Varda,
dans son propre rôle. C’est amusant de voir que dans ses derniers
rôles, il se joue… lui-même, y compris quand il se parodie en
César dans ASTERIX avec la réplique "Ave moi-même" (repiquée au To be or not to be de Lubitsch, quand Hitler salue d'un "Heil myself" !)
C’est
à Deray qu’on doit LA PISCINE, gros succès, un peu survendu tout de même, ça se traine un peu, mais la bête sexuelle irradie. Le baiser bien mouillé au bord de la dite piscine avec Romy Schneider reste un grand moment. BORSALINO etFLIC STORY sont très
bien aussi, dans le genre qualité française, avec pléiade de seconds rôles, ou TROIS HOMMES A ABATTRE, tiré de JP Manchette, dans le
genre concis, efficace, j'avoue que je ne résiste pas à le revoir dès qu'il passe. Je préfère les polars de Delon à ceux de boum boum bonjour c'est bibi Belmondo. Mais la suite n’est pas convaincante, hélas, on
sombre dans la caricature de l'ombrageux, du taciturne, bloc de granit et sourcils froncés à chaque plan, des scénarios qui ne valent pas un clou, comme UN CRIME (Deray, 1993) qui n'est absolument pas regardable !
De même, je ne suis pas fan
de ses collaborations avec Henri Verneuil, si MÉLODIE EN SOUS-SOL
m’avait ravi gamin à la télé le dimanche aprèm, aujourd’hui ça se traîne franchement, trop long, comme LE CLAN DES SICILIENS donne dans le m’as-tu vu avec la distribution en or massif, où chacun exécute son numéro, si possible face caméra et en gros plan. Par
contre, dans un autre genre, j’ai toujours beaucoup aimé LA VEUVE COUDERC de
Granier-Deferre, pour moi une de ses meilleurs prestations, face à
Signoret on ne peut pas être mauvais.
Film étrange aussi, pas forcément réussi mais fallait oser se lancer là-dedans, TRAITEMENT DE CHOC d'Alain Jessua, avec Annie Girardot. Si vous voulez voir Delon à poil, y'a une scène étonnante où tout le monde court tout nu sur une plage ! Non parce que, hein, Delon, tout de même, c'était un des plus beaux mecs de la planète. Tu m'étonnes que Visconti ait craqué en le voyant dans PLEIN SOLEIL. Il séduisait les producteurs américains par sa présence, son physique, et sa renommée (dès qu'un acteur a du succès, hop, Hollywood lui tombe dessus !). Delon, ce n'était pas un jeu à la Laurence Olivier ou James Stewart. Ses modèles étaient John Garfield et James Cagney, plutôt boules de nerf.
Alain Delon
a énormément tourné dans les années 60 et 70, parfois quatre
films par an, c’est sa double décennie dorée. C'est étonnant
qu’ensuite, il n’y ait eu qu’une quinzaine de films sur presque
20 ans, et strictement rien de marquant. Dommage, il y avait
moyen de l’utiliser intelligemment, sauf que Delon - réputé
pour être un professionnel tatillon - n’était pas du genre à se
laisser diriger, s’il décelait la moindre faille chez un metteur
en scène, le moindre doute, il reprenait le projet en main !
Quel jeune réalisateur (Desplechin, Kassovizt, Klapisch, Besson, Beineix...) aurait eu envie de se coltiner le quinqua Delon,
déjà statufié, momifié, qui ne faisait plus recette depuis des lustres ? Quand on voit ce qui est arrivé à Yves Montand après IP.5... Avec Alain Corneau ça aurait pu fonctionner.
Quand on songe à Catherine Deneuve, qui n'a rien à lui envier question mythe (ils étaient à l'affiche de UN FLIC) qui n'a pas cessé de tourner, toujours désirée par des metteurs en scène étrangers ou débutants, ça aurait été chouette que Delon mette son égo de côté et fasse ce qu'il savait faire de mieux : son métier.
Il y a quelques mois, j'avais emprunté en médiathèque un coffret de DVD
réunissant une dizaine des films réalisés par Roger Corman qui vient de
nous quitter à l'âge vénérable de 98 ans. Il n'avait de toute évidence pas
trouvé l'un de ses savants fous qu'il affectionnait dans ses séries Z pour
le rendre immortel… Il y avait quelques nullités (à mon sens), mais voici
une perle, et même un film culte représentatif de l'univers de Roger Corman : fauché, farfelu, horrifique mais pas vomitif comme de nos jours
…
- On y vend quoi dans cette boutique Claude ? Tu me fiches la
trouille…
- Des fleurs Sonia, c'est un fleuriste un peu minable… mais une plante
carnivore d'origine énigmatique et franchement gloutonne apparemment
insignifiante sèmera l'effroi …
- Ah oui, comme les fameuses droseras qui mangent des insectes…
- Ahhhh, heu non, et elle n'est pas du tout végan, elle grandit vite…
et franchement ma petite, surtout ne vas pas l'arroser…
La chambre des tortures (avec Barbara Steele et Vincent
Price)
Luc a déjà consacré un billet très fourni sur la carrière de
Roger Corman. Luc, en cinéphile scrupuleux, avait choisi de commenter
l'un des films les moins loufoques du bonhomme et sorti en 1962. Je
cite Luc "THE INTRUDER(1962) fait presque exception dans sa filmographie. Un film sérieux,
techniquement maitrisé, qui aborde de front un sujet sensible : le
racisme." Corman militait à travers ce film contre le ségrégationnisme
encore actif d'un ancien état confédéré. Sujet épineux, surtout à l'époque.
Luc concluait par "un brûlot politique qui n’a rien perdu de son impact. Il dénonce la
dérive du populisme, et 60 ans plus tard, même avec des moyens de
communication modernes, ces rouages malfaisants et leurs conséquences
restent d’actualité."
Je ne repasse pas le plat, je vous invite à lire l'introduction érudite de
son article de 2020(Clic).
En résumé, Roger Corman en quelques mots : premier film en
1955, dernier en 1990 en tant que réalisateur, une soixantaine
de longs métrages tournés en parfois quelques jours avec des budgets
minimalistes, des acteurs quasi amateurs mais dont au moins un deviendra un
monstre sacré, des effets spéciaux risibles nourris au carton-pâte, au
caoutchouc, et divers accessoires de bazar… Côté décor, ce n'est guère mieux
: en extérieur ou dans des pièces récupérées après d'autres tournages… Un
coup de peinture, un saut chez un brocanteur et hop… "Action" !
Voyage to the Planet of Prehistoric Women
Quelques titres sont représentatifs de l'imagination du gars qui osait
tout, dont la carrière se devait d'être une marrade permanente, ainsi
: L'Attaque des crabes géants. Au moins quatre films s'inspireront des
nouvelles extraordinaires
d'Edgar Poe,le puit et la pendule devenantLa Chambre des tortures, et plus connus : La Chute de la maison Usher, Le Corbeau,Le Masque de la Mort Rouge. D'après un autre auteur : La Malédiction d'Arkham (relecture du petit roman flippant d'H.P. Lovecraft, l'affaire Charles Dexter Ward).Corman producteur ou réalisateur puisait allègrement dans la littérature
gothique voire horrifique américaine, mais pas que. Citons un film de
gangster en huis clos :
Mitraillette Kelly
avec le jeune Charles Bronson en tueur lâche… Il y aura des
créatures E.T. à flinguer, quelques savants fous et des nymphettes
préhistoriques au brushing blond impec et aux sous-tifs en coquillages…
Etc.
Avec Maggy, nous nous sommes trop marrés en visionnant un film culte :
la petite boutique des horreurs. Je souscris à l'opinion de Luc, Roger Corman avec peu de moyen
maitrisait son métier, évitant la niaiserie absolue de certains Godzillas
nippons par exemple. La technique cinématographique, la direction d'acteurs,
le rythme et les gags étaient sous contrôle.
Seymour, Mushnick et Audrey
Le mythe de la plante carnivore (anthropophage ?) est source d'inspiration
pour les écrivains et les cinéastes depuis des lustres, de
H.G. Wells dans "La floraison de l’étrange orchidée" à "L'orchidée noire", une aventure de Bob Morane de Henri Vernes et aussi une nouvelle
de Arthur C. Clarke "L'orchidée réticente", sans compter une myriade de végétaux alienstentaculaires et voraces dans des séries Z de S.F. des années 40-50. De
quoi écrire une thèse 😊.
- Dis Claude ? pourquoi toujours des orchidées…
- Aucune idée Sonia, il faudra un chapitre spécial dans ladite thèse…
Sans doute mi-hommage et mi-plagiat entre écrivains…
En 1960, Roger Corman chez qui les idées loufoques
fleurissent énergiquement,
imagine un scénario horrifique en forme de farce. Le script sera rédigé par
l'un de ses complices attitrés, Charles B. Griffith (personnage
admiré par Tarentino). Le projet est retenu et le réalisateur décide
de tourner en intérieur la majorité des plans, à savoir dans un studio qui
avait déjà servi à sa production précédente "A Bucket of Blood". La petite histoire prétend que ces décors furent construits bien avant à
la demande de Chaplin qui ne les utilisa jamais…
Corman dispose d'un budget de 27 000 dollars et d'un délai de
quatre jours !
"à manger… à manger…, à mangerrrrrrrr"
Avec un tel titre on anticipe facilement l'histoire démente à venir : la
farce végétale saignante. Un jeune gars,
Seymour Krelboined (Jonathan Haze), un peu benêt, la casquette vissée sur la tête et qui n'a pas trop la
lumière dans toutes les pièces (sous la casquette), travaille pour un
fleuriste minable et irascible,
Gravis Mushnick (Mel Welles). Seymour est un gentil gars encore sous la coupe d'une mère hypocondriaque et
poivrote (Myrtle Vail) et en pince pour
une employée craquante et candide,
Audrey Fulquard (Jackie Joseph).
Sans jeu de mots, les affaires ne sont guère florissantes dans le quartier
misérable de L.A., Skidow (l'occasion d'un générique original et
rigolo pour l'époque qui nous défile en travelling ce coupe-gorge dessiné à la plume) … Mushnick
envisage de licencier Seymour car le Dr Farb, dentiste de son état est fort mécontent suite à une livraison ratée de glaïeuls disons… décapités 😁. Il faut avouer que Seymour
est un prototype de Gaston Lagaffe par ses bévues surréalistes… Et comme Mushnick parle comme maître Yoda, inverse les mots, les quiproquos avec son employé sont légion
("…tu vas m'obliger de mettre la porte sous la clé" 😣).
En cherchant une bande-annonce, j'ai eu la chance inouïe de dénicher le
film dans son intégralité en VF sous-titrée en VO sur YouTube ! La qualité
du report est exemplaire. Le film étant visible soit sur PC plein écran,
soit sur la télé via un câble HDMI. Donc je ne spoile pas, pas trop mais
voici un échantillonnage de péripéties singulières !!!
Une main, le pied viendra… puis le tout…
Seymour essaye de sauver son
job en promettant à son boss la fortune de la boutique en exposant une
plante étrange, fruit d'une graine importée soi-disant du Japon… Il y a des
photos pour vous montrer la chose… En un mot, imaginez un
avocat desséché dans une salade
défraichie. Beurk… Seymour a le
soutien d'Audrey et d'un client
excentrique Burson Fouch (Dick Miller, un habitué de Corman ; il grignotera une douzaine d'œillets dans
la boutique comme d'autres gobent des escargots, utilisant même une salière
😳). Mushnick
cède et accepte d'exposer la plante, persuadé qu'elle crèvera, exigeant
qu'elle se développe en une semaine… On découvrira qu'il faudrait plutôt la
décrire comme deux
demi-avocats, le cœur de la plante
étant en réalité une double mâchoire façon bec de perroquet de calamar… et
en plus, la créature… parlera. Non ? Si !
Seymour aime
Audrey et surnomme son bébé
végétal Audrey Jr.. Il veut l'empêcher de dépérir et essaye en vain tous les engrais, même
ceux de NASA ?! Par hasard, au crépuscule, il se blesse et les gouttes de
sang réveille Audrey Jr.. Seymour se saigne les dix
doigts ; quand on aime… Le lendemain,
Audrey Jr a sensiblement grandi,
l'affairiste Mushnick est aux
anges, prêt à promouvoir
Seymour Prix Nobel de Botanique
et surtout, une affichette en vitrine attire les curieux qui commencent à
envahir la boutique…
Cela dit, dans la journée
Audrey Jr se dessèche. Les rêves
de fleuriste nabab de
Mushnick s'envolent. Le soir,
Seymour entend la plante
réclamer "à manger… à manger…, à mangerrrrrrrr" Le monstre serait-il tyrannique et en plus doté d'un appétit insatiable
et du don de parole ? Hélas oui ! Mais
Seymour ne peut se laisser
vampiriser… Découragé, il part et erre vers la gare provoquant
accidentellement la mort d'un ouvrier… Aux grands maux les grands remèdes,
le premier cadavre nourricier était la victime d'une bourde involontaire,
mais les suivants ne le seront pas… De botaniste,
Seymour qui n'a rien d'une brute
culturiste (impossible de m'en
empêcher 😊) devient criminel, pour engraisser la boulimique et
monstrueuse Audrey Jr.
Seymour aurait pu enlever les chaussures du dentiste…
Audrey Jr atteint vite
l'obésité grâce à ces repas copieux : l'ouvrier, (une main, un pied, menu à
la carte 😋😬), puis un dentiste, un cambrioleur, quelques autres… Des
disparitions inquiètent la police…
Audrey Jr est présentée à un
concours organisé par une association d'admirateurs des fleurs
californiennes présidée par la très snobe
Mme Hortense Feuchtwanger (Lynn Storey) … Stop !
Corman enchaîne les gags, les sketches, les répliques acerbes à un
rythme effréné. Tout le charme du film vient de ce voyage en absurdie
jusqu'au bout de l'horreur qui de nos jours amuserait un collégien (apprenti
cinéphile bien sûr). Considéré comme l'un de ses meilleurs films, on a le
sentiment que Corman improvise en permanence… Et pourtant les
péripéties répondent à une belle logique… J'arrête-là, ce film est dingue de
drôlerie et d'inventivité insensée … L'humour juif subtil est
omniprésent…
- Dis Claude ? sur les affiches tardives et après sa colorisation lors
de rééditions, on a l'impression que Jack Nicholson est la star, et tu
n'en parles pas ?
- Jack Nicholson, alors en contrat de débutant avec la MGM pour
diverses piges, commence à jouer des petits rôles à la limite de la
figuration… Corman lui demande d'interpréter un patient givré du
dentiste, croque-mort de son état, et qui a un TOC hyper masochiste : se
faire arracher des dents sans anesthésie. L'acteur racontera qu'il devra
improviser son texte… Un chouette souvenir pour lui que ce "cameo" avant
l'heure qui n'apporte en fait rien d'autre à l'histoire qu'un
sketch de plus et un portrait de cinglé comme si le film en manquait, hihi. L'image de Nicholson
devenu un monstre sacré d'Hollywood fin des années 60 sera simplement exploitée pour doper les ventes
de VHS… en le plaçant en tête de distribution…
La mise en scène copie celle du théâtre de boulevard (on ne quitte guère la
boutique). Elle est digne d'un vaudeville grand-guignolesque qui deviendra
culte grâce à ses dialogues poilants et ses personnages et situations qui
renouent avec l'époque du burlesque. Les extérieurs ont été tournés en deux jours !
Frank Oz
tournera un remake en 1986 avec Rick Moranis (Maman j'ai rétréci les gosses, SOS fantômes), le style d'éternel ahuri de l'acteur étant un casting adapté, le film
intègrera une dimension de comédie musicale.
On montera un spectacle scénique à Broadway et même en France. Je suspecte
le regretté Franquin d'avoir brocardé ce délire cinoche pour dessiner
l'une des plus terrifiantes tentatives de signature de contrat par Mr. Demesmaeker 😊. (Ci-dessous)
103
ans aux prunes ! La vache, le mec aura été hors normes jusqu’au bout !
1916-2020. Avec ce qu’il a bu et clopé, pas sûr que le Ministère
de la santé en fasse son égérie ! Tous les médias ont parlé du décès de
Kirk Douglas, on a même vu des nécros sur le web où on lisait : mort le
xx/xx/xxxx, genre le truc était pondu d’avance, mais ces charognes n’avaient même
pas eu la décence de relire et compléter leur papier virtuel avant de cliquer
sur envoyer… Bande de cons.
Je
ne vais pas passer en revue toute sa carrière, tout a été dit ailleurs, mais
vous pensez bien que le Déblocnot ne pouvait pas faire l’impasse sur cette
immense figure d’Hollywood. Parce que moi, ça me replonge dans les années où
ma chevelure encore bien fournie était noire de jais, des moments
d’émerveillement quand je découvrais éberlué dans d’obscures salles du Quartier
Latin LA CAPTIVE AUX YEUX CLAIRS (Howard Hawks, 1952, quelle beauté !), quand je lisais son
autobiographie LE FILS DU CHIFFONNIER qu’il avait écrite avant la mode des bios
sur papier (vous avez maintenant des gugusses qui après deux téléfilms ou un seul
disque nous pondent ma vie mon oeuvre), ou quand je découvrais le rôle qu’il a
pu jouer dans la carrière de Stanley Kubrick.
Et
je ne suis pas peu fier de vous dire que parmi des DVD achetés à 1 euro, des Films
Noirs, se trouvait L’EMPRISE DU CRIME (Lewis Mileston, 1946) son premier rôle au
cinéma, à déjà 30 ans, sur recommandation de son amie Lauren Bacall, croisée
sur les planches. C’est à cette occasion que le producteur Hal Wallis lui fit
changer de nom. C’est sûr que Issur Danielovitch Demsky, sur une affiche, ça
pète moins que Kirk Douglas !
Déjà
le pseudo claque comme un coup de fouet, et si vous rajoutez la gueule
exceptionnelle du gars, le talent et la niaque qui vont avec, vous obtenez une
star. Vous vous souvenez de son passage à la télé française, chez Pivot ? Il
y parlait parfaitement français (marié à la belge Anne Buydens, 100 ans aux
miches !) et répondait à ce triste sire de Jacques Séguéla qui dissertait sur
la différence entre star et vedette : « Mais vous êtes qui, vous,
pour dire que Kirk Douglas n’est pas une star ?! ». Il était né pauvre,
chétif et juif. Tout ce qu’il faut pour réussir dans la vie. D’où cette soif de
revanche, et son amitié pour Tony Curtis, né Bernard Schwartz, au parcours identique.
J’ai
trois acteurs dans mon panthéon hollywoodien : James Stewart, Burt
Lancaster et Kirk Douglas. Les deux derniers étaient amis, ils ont tourné 6 ou
7 films ensemble, L’HOMME AUX ABOIS (1948) marque leur rencontre, mais on se
souvient évidemment de REGLEMENT DE COMPTE A OK CORRAL (John Sturges, 1957) et
des diffusions télé le dimanche après-midi avant que le bétonneur Bouygues
mette la main sur la première chaine française. C’est sans doute dans ce
western efficacement charpenté - mais LE DERNIER TRAIN POUR GUN HILL du même
réalisateur n’est pas mal non plus - que j’ai découvert Kirk Douglas, tenant le
rôle du tuberculeux et alcoolique Doc Holliday.
Car
Kirk Douglas, malgré cette image de vaillant héros intrépide aux dents admirablement
blanchies, a souvent endossé des rôles d’éclopés de la vie, et de salauds
notoires. Je citerai deux chefs d’œuvres dans sa filmographie : LE GOUFFRE
AUX CHIMÈRES (Billy Wilder, 1951) où il interprète un journaliste arriviste de
la pire espèce, 70 ans plus tard d’une actualité encore brulante. Et LES ENSORCELÉS (Vincente Minnelli, 1953) drame savamment construit en flash-back
sur les milieux du cinéma (comment un tel film aussi cynique a pu voir le jour ?).
Minnelli sous la direction duquel il tourne LA VIE PASSIONNÉE DE VINCENT VAN
GOGH (1956), tellement investi dans son rôle qu’il déclarait : « je
me réveillais le matin pour vérifier que mon oreille était toujours là ». Kirk Douglas n’a jamais été adepte de l’Actor Studio, chère à Brando, Newman ou
Pacino.
Dans
la catégorie western, j’ai un faible pour L’HOMME QUI N’A PAS D’ETOILE (King
Vidor, 1955) ou l’excellent et méconnu LA RIVIÈRE DE NOS AMOURS (André de Toth,
1955) dont Kirk Douglas était aussi producteur.
A
partir de là, il faut que je vous explique un truc. Dans les années 50, un
certain nombre de réalisateurs ou acteurs en avaient
marre des diktats des Studios, du genre soit beau et tais-toi. T’es salarié, on
te paie une fortune, tu fais le job et tu la fermes. Apparait donc une
génération d’acteurs/producteurs. Ca veut dire quoi ? Qu’un acteur monte
une structure financière sur ses gains acquis, sa renommée, achète les
droits de tel roman ou scénario, et les développe. Bref, devient le patron,
comme un Alain Delon en France, s’opposant à la notion d’auteur. Les Studios
continuent de distribuer les films (s’ils croient au potentiel commercial) mais
n’en sont plus à l’origine. Le producteur devient prestataire de service, des
gars comme Jack Nicholson ou Warren Beatty feront la même chose dans les 70’s.
Kirk
Douglas monte sa boite, Byrna, du prénom de sa mère, et développe ses propres projets.
C’est ainsi qu’il repère un jeune metteur en scène, Stanley Kubrick, qui vient
de sortir ce joyau de Film Noir L’ULTIME RAZZIA (THE KILLING, 1956). Leur première
collaboration sera LES SENTIERS DE LA GLOIRE (1957) sur lequel il est inutile de
revenir, film majeur, les mots nous manquent... Sous
contrat, Kubrick accepte de reprendre au débotté le
tournage de la super production SPARTACUS (1960) dont le premier réalisateur
Anthony Mann avait été viré. Douglas impose au générique le nom du scénariste de
Dalton Trumbo, inscrit sur la liste noire de Joseph McCarthy, le sénateur qui
pourchassait les communistes ou prétendus tels. Acte politique, qui fit grand
bruit. La suite on la connait. Les deux hommes ne s’apprécient guère, Kubrick
fulmine de n’être qu’un faire-valoir aux ordres du producteur/star tout puissant,
Douglas le libère de ses obligations, Kubrick se barre à Londres. Merci Kirk !
Suivent
des films à la fois à grand spectacle comme LES VICKINGS (Richard Fleisher,
1958) où il apparait borgne, fourbe et violent (avec Tony Curtis et Ernest
Borgnine) et le superbe SEULS SONT LES INDOMPTÉS (David Miller, 1962) dont Kirk
Douglas a visiblement dirigé plusieurs scènes, drame en noir et blanc et scope
fantastique, sur un cowboy paumé dans le nouveau monde dans années 60, son film
préféré, le plus personnel, il y est incroyable. Kirk Douglas n’a cessé d’engager
sa notoriété dans des films à la fois grand public et personnels, la marque des
grands.
Il
a croisé les caméras de John Huston, Otto Premimger, Frankenheimer (le très
politique SEPT JOURS EN MAI, avec Burt Lancaster et Ava Gardner) et bien sûr de
Mankiewicz dans l’éblouissant CHAINES CONJUGALES (1949) marivaudage satirique de
haute volée, puis dans LE REPTILE (1970) western sarcastique où il joue avec Henry
Fonda. En 1969 il tourne l’étrange et dérangeant L’ARRANGEMENT réalisé par Elia
Kazan (le même qui avait dénoncé ses p’tits copains gauchistes à la commission McCarthy,
preuve que Douglas savait faire la part des choses, entre le bonhomme et l’artiste,
à méditer encore aujourd’hui…) on le voit même dans FURIE (1978) du jeune Brian
de Palma, et dans NIMITZ, RETOUR VERS L'ENFER (1980) du tâcheron Don Taylor, là
encore des souvenirs émus de diffusion télé.
Kirk
Douglas s’était essayé à la mise en scène, SCALAWAG (1973, en V.O. LE TRESOR DE
BOX CANYON d’après RL Stevenson) et LA BRIGADE DU TEXAS (1975) : des flops
commerciaux retentissants.
La
suite n’a que peu d’importance, il s’amuse avec son pote Burt Lancaster dans l’oubliable
COUP DOUBLE (1986), mais sa renommée était faite. Acteur très engagé
politiquement et socialement jusqu’au bout (relire sa diatribe anti-Trump), il
avait gardé toute sa tête malgré une attaque cérébrale qui le prive de sa bonne
élocution en 1996, et son apparence de vieillard momifié à coups de
bistouris – mais pourquoi,
bon dieu, pourquoi ?! Ce mec était un immense acteur, qui vous crucifiait de
son regard tantôt pétillant ou acéré, froid comme l’acier, une lame de couteau,
mâchoire en béton, sourire carnassier et venimeux, une gueule et une voix, celle
de Roger Rudel en français, car c’est bien avec ce timbre si caractéristique qu’on
l’a connu.
Impossible
de tout dire, tout raconter, je ne vous ai parlé que des films que je
connais, que j’ai vus, aimés, liste sélective, vous pouvez piocher
dedans, c’est cadeau !
Allez Sonia, passez-moi mon glaive en carton, ma jupette, et aidez-moi à monter sur le bureau, ah putain mon dos... Bruno ! Claude, aidez-la ! Pour crier une dernière fois : « I’m Spartacus ! »
Il est certain que dit comme
ça : Jerry Lewis était un acteur comique qui a joué dans "PAR OU T’ES
RENTRE, ON T’A PAS VU SORTIR" de Philippe Clair, avec Jackie Sardou…ça
fait pas terrible sur un CV. Un des deux films tournés chez nous, on imagine pour des raisons autres qu'artistiques ! Jerry Lewis aimait la France (ses shows passaient à l'Olympia) parce qu'on y reconnaissait son talent et sa vision d'auteur, comme maintes critiques (Malle, Rivette, Godard) l'ont écrit... Ce que les américains n'ont jamais pigé...
avec Dean Martin
Comme Buster Keaton, ou Chaplin, Jerry
Lewis (Jérôme Levitch) découvre et arpente la scène tout gamin, les parents sont du
métier. Chansons, mimes, cascades, grimaces, tout est bon pour faire marrer les
gens. A 12 ans il monte ses propres spectacles à l’école. Il n’y fera pas long
feu, à l’école, car il frappe son prof qui l’avait traité de sale juif.
Bien plus tard, sur le tournage de LA VALSE DES PANTINS, les tirades de De Niro contre les juifs le mettra dans une colère noire, et c'est exactement ce que recherchait Scorsese ! Réformé, il ne part pas à la guerre, et s’extirpe de son New Jersey minable pour conquérir Manhattan,
dès 17 ans, avec ses clubs de jazz qui le passionnent tant (voir ses sketches avec le batteur Buddy Rich, ses fameux playback de Count Basie...). Et ça marche, il se fait un nom, les critiques l’ont à l’œil.
En 1946, il découvre un crooner
débutant, Dean Martin, et une idée va germer. Monter un duo, opposant le beau
mec glamour, qui chante la sérénade aux filles, à l’idiot binoclard qui vient
lui casser la baraque. En scène Jerry Lewis et Dean Martin improvisent,
rivalisent (les Poiret - Serrault locaux !), le public est ravi, les
cabarets se les arrachent, et bien sûr, Hollywood s’en mêle. De 1949 à 1956,
ils tournent 17 films ensemble, le succès est phénoménal. Martin et Lewis sont
les plus grandes stars du pays, leurs shows télé sont suivis par des millions d’américains,
les marques sponsors des émissions paient des fortunes pour que leurs produits soient brocardés en direct, les tournées font salle comble, ils investissent les nouveaux lieux de Vegas,
que Dean Martin continuera à fréquenter ensuite avec Sinatra et Sammy Davis Jr. Difficile de se rendre compte, chez nous, il n'y a aucun équivalent français.
Le décor conçu pour "Le Tombeur", Lewis au centre, en pull rouge...
Franchement, les films sont
parfois bons, parfois un peu surfaits, les trames se répètent, gags, romances, chansonnettes, comme ce PITRE AU PENSIONNAT (1955), où
Jerry Lewis joue un enfant de 12 ans, auquel on est en droit de préférer
ARTISTES ET MODELES, la même année, réalisé par Franck Tashlin. Disons tout de
suite que ni les titres des films, ni le doublage français (cette voix de Duffy
Duck insupportable) ne rend justice à l’acteur !
Quand Dean Martin et Jerry
Lewis se séparent, le clown se lance dans une carrière de réalisateur. Le
public ne lui pardonnera pas cette trahison (on ne s'imagine pas que ce benêt puisse être la tête pensante du couple vedette) et jamais ses films ne battront
les records du duo. Jerry Lewis devient l’auteur complet de ses films, de
l’écriture au montage, de l’interprétation à la production. Il réalise LE
DINGUE DU PALACE en 1960, du pur slapstick, ou il interprète deux rôles, celui d’un groom
d’hôtel, muet, et celui d’une star de cinéma… lui-même ! S’il continue
d’enchainer les tournages pour les autres, il va réaliser ensuite LE TOMBEUR DE
CES DAMES (1961) où il fait bâtir un décor grandiose, filmé à grand
renfort de mouvements de caméra. Jerry Lewis ne se contente pas de faire le
pitre devant l’objectif, la mise en scène est très étudiée. Pour contrôler au
mieux l’image, le cadre, il utilise un moniteur qui transmet l’image en direct,
donc, le principe du retour vidéo, une première. Le film innove beaucoup, osant
sur la fin - au prétexte d'un reportage télé - un tournage dans le tournage, où soudain le cadre du décor réel s'élargit, et devient un autre théâtre de marionnettes, une mise en abîme coutumière chez Lewis.
Un des fameux gag de "Mister Love"
LE ZINZIN D’HOLLYWOOD est un
bon cru (1962), réflexion sur l’image, le succès, le comique, bourrée de gags,
premier ou trente sixième degré. Lewis joue sur la lenteur (le gag des confiseries) comme sur le
frénétique, la répétition, incluant des effets poétiques (la marionnette) ou surréalistes, en
plus de jouer sur son faciès élastique, ses talents de danseur, de mime. Dans un de ses films, il crédite Marcel Marceau (le mime Marceau !) comme interprète de la chanson du générique, chanson qui n'existe pas, bien sûr ! (Mel Brooks reprendra l'idée du mime Marceau). Dans DR
JERRY ET MISTER LOVE (1963) il joue les deux rôles de cette adaptation comique
de Jekyll / Hyde, son film le plus célèbre, ou il recrée à sa façon le duo
Lewis/Martin. Certains y voient une charge contre son ancien partenaire.
Toujours sur le thème du double, et de la satire d’Hollywood, dans LE SOUFFRE
DOULEUR (1964) il se filme en comique raté, dont on découvre le talent lorsqu’il
remplace une star sur un tournage. Jerry Lewis voulait être considéré comme un
auteur, un créateur de comédie, mais pas simplement comme un clown grimaçant. C’est
ce qui ressort dans quasiment tous ses films comme réalisateur, qui ne parlent
finalement que de lui, et du Cinéma. Dans LES TONTONS FARCEURS (1965) il
interprète les 7 tontons, et se triple dans TROIS SUR UN SOFA (1966), avec
Janet Leigh.
Avec Robert de Niro dans "La Valse des pantins"
La suite est moins
intéressante, mais le succès à la télé ne se dément pas, avec l’invention du
Téléthon (1966), qu’il anime jusqu’en 2010. A la fin des années 60, il se
blesse sur un tournage, et devient accroc aux anti-douleurs, et amphets. Une
dépendance qui ne facilite pas ses futurs projets, qui s’en ressentent. En 1972 il travaille sur un projet ambitieux : LE JOUR OU LE CLOWN
PLEURA, un clown déporté à Auschwitz chargé de divertir les enfants menés aux
chambres à gaz. Thème et tournage difficile, ses partenaires financiers font faux bons, Lewis finance ce qu'il peut, mais doit abandonner. Sa grande œuvre (son "DICTATEUR" à lui, comme il le rêvait) ne verra pas le jour, pas de son vivant en tout
cas, puisqu’il la renie, confie le négatif à la bibliothèque du Congrès, en interdisant
la diffusion jusqu’en 2025. Roberto Benigni se souviendra de l'idée pour LA VIE EST BELLE, avec le
succès qu'on connait.
Si AU BOULOT JERRY ! (1980)
remporte un franc succès au cinéma, Jerry Lewis va surtout se consacrer à son
métier d’acteur. Il est phénoménal dans le méconnu et excellent LA VALSE DES PANTINS de Scorsese (et là
encore, un rôle très autobiographique), on le voit dans ARIZONA DREAM de
Kusturica (il joue l’oncle de Johnny Depp), dans FUNNY BONES (Peter Chelsom,
1995) où il joue qui ? Un illustre comique qui humilie son fils aspirant
comédien… Le problème d'un type comme Jerry Lewis, c'est qu'on le prend pour le personnage qu'il interprète. Pas au sérieux. Or, lui, désirait faire très sérieusement son travail. Il s'est donné les moyens de son indépendance artistique, et à pu développer ses idées, ses projets. Derrière ses gags et mimiques, parfois faciles, il y avait le don de dynamiter le système, les codes, créer le chaos. J'ai toujours considéré Jerry Lewis comme un Jacques Tati, un type qui a cherché tout le temps la reconnaissance, et les financements pour ses projets. Si Tati était économe de ses apparitions (peu de films) Lewis a monopolisé les écrans et les plateaux pendant plus de 30 ans. Mais n'aura jamais pu réaliser son PLAYTIME à lui, et c'est bien dommage.
Des milliers d'hommages et de vidéos en stock (preuve que le pitre était presque une institution...), j'en ai sélectionnées quelques unes... Un extrait fameux du "Zinzin d'Hollywood", un extrait de show avec Dean Martin (putain, le gag du trombone !!!), et un florilège de scènes issues de films. Et la "machine à écrire" ? Allez chercher vous mêmes !!!