La
bande annonce fleure bon le blockbuster fantastique comme il en sort
tous les trois quatre matins. Mais ce qui interroge, est que celui-ci est écrit produit et
réalisé David Robert Mitchell. Ah tiens ? Le gars est
plutôt qualifié d’auteur, qui reçoit les éloges de la critique
pour IT FOLLOWS (2014) et confirme avec UNDER THE SILVER LAKE (2018)
féroce satire foutraque qui m’avait fortement impressionnée (lien en fin d'article).
Le réalisateur
allait-il marquer de son empreinte un genre remis à l’honneur par Spielberg
avec JURASSIC PARK ? Presque oui et… non ! Dès les premières
scènes, on plonge
dans
l’univers deSpielberg, (JJ Abrams, autre héritier, est co-producteur) banlieue populaire, quartier aux pelouses
bien taillées, fête des voisins, barbecue, gamins à vélo, parents
Greg et Denise Platt au bord du divorce, ados chamboulés, tout ça rappelle
bougrement E.T. ou RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE. L’action se
situe en 1982 (photo du film, décors et vêtements ad hoc) année de
sortie de E.T. est-ce un hasard ? Quelques mouvements de caméra
à la grue découvrant la rue principale, et plus tard ces étranges
phénomènes nocturnes, bourrasques et flashs lumineux, renforcent
furieusement cette impression.
Rires d'enfants, odeurs de viandes grillées, bières fraiches, couleurs acidulées, un monde tranquille, serein. Et
puis la vieille et charmante Mme Huddleston découvre dans son
jardin une plante énorme qui semble avoir poussée en une nuit. Et
puis le chien de la famille, le brave Starbuck, aboie contre une menace invisible. Et puis le voisin hargneux découvre une tonne de merde odorante sur sa pelouse. Et puis
un matin, plus d’eau courante, plus d’électricité, dehors
une chaleur étouffante et un silence de plomb…
Il s'est visiblement passé un truc pas net pendant la nuit. Des bestioles à priori disparues
de la surface terrestre depuis 60 millions d’années arpentent les rues. Le quartier
d'Oak Street, isolé du reste du monde, est revenu au temps de la
préhistoire !
Là où David Robert Mitchell réussit son
coup dans
un premier temps, c’est dans cette ambiance familiale tendue, ces
petits dérèglements. La présence des dinosaures est fugace, une
crête qui passe derrière un toit à l’arrière-plan, une queue
qui se faufile, une
ombre sur une cabane. Le réalisateur privilégie les plans larges,
les habitants sont comme des petits pions sur son échiquier,
confrontés à une situation qui les dépasse.
On se doute que
l’angoisse montera crescendo (on est venu pour ça) et les morceaux de bravoure avec. On
ne sera pas déçus. Après quelques amuses bouches avec les phorusrhacos (des grosses poules d'eau carnivores), les
T-Rex s’invitent à la fête, que l’on combat avec ce
qu’on a sous la main, marteau,
tournevis, batte de baseball. Heureusement, en Amérique, on a aussi
dans
ses placards une winchester. Cela nous vaut de bonnes séquences
rigolotes comme tout, quand Denise-mère courage et ses mômes
sont
encerclés
par des crocodiles chez la bibliothécaire, ou ce titanoboa géant qui
serpente silencieusement la maison, terrassé à coups de couteau
de cuisine.
David Robert Mitchell ose sacrifier des personnages en
cours d’intrigue, on se dit alors que le film va évoluer dans un
sens inédit, que la patte de l’auteur va (enfin) débroussailler
un récit d’épouvante convenu. Mais non. Un tour de passe-passe
scénaristique remettra tout cela sur les bons rails.
Car si le film
se suit avec plaisir, comme on regarde en souriant ces séries B des
années 50 où les fournis géantes envahissaient la terre, on est
frappé par le conservatisme des situations. Voilà un quartier en
pleine fête des voisins, donc des centaines de gens, et quand les
dinos débarquent, y’a plus personne ! Chacun pour sa gueule.
On célèbre les valeurs familiales, mais les amis, les voisins, la
communauté on s’en branle ! Ah si, la
jeune
voisine Jeannette dont le papa a été croqué sera accueillie par
les Platt.
On peut rester dubitatif devant deux scènes zizi-caca,
celle donc des étrons géants (un T-Rex qui défèque fait des
dégâts) et celle où DenisePlatt prend une photo de son mari
posant fièrement devant un diplodocus en rut, qui enfile sa
femelle. A noter tout de même que les effets spéciaux sont bien
foutus, utilisés
avec parcimonie, les
bestioles sont très
réalistes.
Par
contre, Mitchell abuse de la fameuse double-lentille (dont je vous
avais expliqué le principe, fallait prendre des notes…) qui permet
dans un même plan une netteté tout devant et tout au fond.
Autant pour déceler des trucs chelous qui se passent loin dans le
jardin à travers une fenêtre, ça le fait, autant l’utiliser pour
filmer quatre acteurs dans une pièce de 20 mètres carrés, c’est
assez moche.
J’avoue
une tendresse particulière pour LE PIC DE DANTE, dont je ne me
lasse pas, film catastrophe hyper codifié mais tellement drôle au
second degré. Notamment avec le chien et la grand-mère-courage (bis) lorsqu’elle se sacrifie en plongeant dans le lac acide. Grande scène. Et bien LA FIN D'OAK STREET nous resserre
la même soupe réchauffée (idem pour TWISTER et autres trucs du même genre), le
brave Starbuck wouaf wouaf qui
réapparaît sauver le gamin,
et le sacrifice de la vieille bibliothécaire. On ne sait plus s’il
faut frémir ou rire. J’ai
ri.
L’épilogue
triture les neurones, source de débat. Avec ce tour de passe-passe dont je parlais, que même les acteurs, en interview, ont trouvé étonnant : le coup
de faille spatio-temporelle. Une fin énigmatique (dernier plan à la
SHINING avec la photo du père au mur) avec cette famille réunie
autour d’un barbecue où l'on croit voir deux Jeannette, donc issues de deux temporalités… Cartésiens s'abstenir. Si vous avez vu NIMITZ
avec Kirk Douglas, vous comprendrez de quoi je cause…
La sortie de LA FIN D'OAK STREET a été repoussée
plusieurs fois, ce n’est jamais bon signe. Est-ce le nanar de
l’année, une comédie horrifique à prendre au trente-sixième
degré, ou un projet personnel raté (dédié au père du
réalisateur) que les studios ont reformaté en blockbuster
estival ? Anne Hathaway et Ewan McGregor assurent le job, le
rythme est soutenu, la mise en scène évite le grandiloquent, on
reste dans le modeste, le divertissant, donc ne boudons pas notre
plaisir.
L'idée de ce bref article m'est venue en revoyant un film cruel de
Claude Chabrol "Que la bête meurt" avec un Jean Yanne atteignant les limites absolues de l'infamie
dans le rôle d'un type immonde qui tue accidentellement un gamin en voiture
et s'enfuie. Le père, interprété par un glacial Michel Duchaussoy,
ignorant toute forme de pardon, décide d'éliminer la "bête", œil pour œil,
dent pour dent. L'un des films de Chabrol dénués de tout humour. À voir…
Le lien avec Brahms : dans la Bande Originale, le compositeur Pierre Jansen
choisit comme musique générique l'un des lieder les plus sombres du cycle
quatre chants sérieux
de
Brahms
dans l'interprétation bouleversante de
Kathleen Ferrier
en 1950.
En s'inspirant d'une citation d'E. T. A. Hoffmann
(1776-1822, l'auteur des contes) les mélomanes disent parfois
à propos du choral final de la
5ème symphonie
de
Bruckner
"Celui qui n'est pas ému par le choral final de la 5ème n'a
pas de cœur ou n'est pas un homme". Une remarque non officielle qui peut s'appliquer à ces lieder et plus
encore à l'interprétation de
Ferrier, et ce pour tous, quelques soient leurs goûts musicaux… Juste un sentiment
perso, le débat reste ouvert 😊… Précisons que
Bruckner
achève une symphonie de 1H30 par un choral de cuivre d'une puissance
spirituelle dionysiaque. Le lieder est une méditation intime sur la mort et
ses inconnues…
Lorsque l'on parle de lieder (mélodie en français) notre pensée ne va pas
immédiatement à
Brahms. On évoque
Schubert, le
voyage d'hiver notamment
ou
La Belle Meunière,
Schumann
et
Les Amours du poète
ou encore l'Amour et la vie d'une femme, et même
Richard Strauss
assidu à poursuivre ce style au crépuscule du postromantisme. Pourtant on
dénombre 200 à 300 lieder de la plume du compositeur hambourgeois plus connu
pour ses
symphonies, son
requiem allemand, et sa
musique de chambre, etc. Notons que les cycles sont notés
Lieder opus x, ce qui ne permet pas de se souvenir des titres aussi facilement que ceux
de
Schubert. En ce jour, parmi ce catalogue considérable, nos écouterons un cycle
précis et à l'inspiration inhabituelle titré
Quatre chants sérieux".
Couverture hébraïque de l'Ecclésiaste
Oui, inhabituel car la plupart des milliers de lieder romantiques
consistent en la musique de textes de poètes du XVIIIème et du
XIXème siècle : Goethe (Le Roi des Aulnes
ou Marguerite au rouet par
Franz Schubert), Heinrich Heine (Les Amours duPoète de
Robert Schumann). Wilhelm Müller (Le Voyage d'hiver
et La Belle Meunière de
Schubert), Joseph von Eichendorff (Schumann
et Richard Strauss). Friedrich Rückert (Schumann) et plus tard les
Kindertotenlieder de
Gustav Mahler. La thématique se réfère à l'amour, la nature, les saisons, les contes
populaires…
Or les Quatre chants sérieux illustrent des extraits bibliques, un cas rare dans le genre Lieder !
Citons trois exceptions par soucis d'équité :
Dvořák
et ses
Chants bibliques, le recueil le plus proche de celui de
Brahms
;
Ludwig vanBeethoven
et les
Six lieder
sur des poèmes du fabuliste mystique Christian Fürchtegott Gellert ;
et enfin
Schubert
et deux lieder dont le
psaume 23. Un article de 2023 permettait d'écouter trois
Chœurs avec orchestre
de Brahms (textes profanes de poètes allemands) et la
Rapsodie pour Contralto chantée par
Maryline Horne(Clic).
Le contexte de composition du cycle des
quatre chants sérieux
est dramatique. Il y a dans les destins des êtres proches des coïncidences
temporelles troublantes. Combien de fois ai-je évoqué la proximité affective
entre
Clara Schumann
et
Johannes Brahms
après la mort dans la folie de
Robert
en 1856… amitié sans faille, platonique ou plus intime… nul ne le
sait ? Quarante années ont passé, en cette année 1896, le beau et
svelte
Johannes
des années 1850 n'a que 63 ans mais fait songer à un vieillard
ventripotent à la barbe de prophète.
Clara
a 76 ans, elle ne s'est jamais remariée. En mars, elle est victime d'un AVC
et meurt le 20 mai. Evidemment, elle aussi n'est plus celle dont les
portraits de jolie jeune femme des années 1830-40 justifiaient le béguin
envers elle des deux compositeurs. Johannes
sent que la mort étend ses ailes et sa faux pour lui aussi. Il décline,
maigrit, souffre et achève en mai le cycle de
Quatre chant sérieux, méditation mystique sur le trépas, à partir de textes extraits de la
bible, ancien et nouveau testament. En juillet, ses craintes se justifient
par l'apparition d'un ictère tenace. La faculté préfère lui cacher le
diagnostic terrible d'un cancer pancréatique qui l'emportera en 1897.
Johannes
n'est pas dupe et se sait condamné à rejoindre
Robert,
Clara
et des amis déjà partis dans l'au-delà…
John Newmark (1904-1991 )
Quatre chant sérieux
opus 121 sera son ultime chef d'œuvre. L'opus 122 est une suite de
chorals pour orgue
composée fin 1896.
Brahms
avait certes marqué un grand coup avec son
requiem allemand
en 1865. Il poursuivit toute sa vie l'écriture de motets et chœurs
pour voix mixtes, ou pour soliste, pour orgue, la liste est longue. Tous ces
ouvrages sont en allemand vernaculaire, choix logique pour un artiste issu
de la communauté luthérienne même s'il deviendra libre-penseur.
Il est d'usage que je commente dans un but informatif et musicologique les
disques présentés. Là, la clarté des textes (traduits ci-dessous en
français) écarte de facto une telle ambition. Les lieder sont composés pour
voix de basse ou alto même s'il existe des adaptations pour soprano et même
avec orchestre…
Curieusement
Brahms
puise les trois premiers textes dans le
livre de l'Ecclésiaste ou
Livre de la Sagesse voire
Le Livre de Ben Sirac le Sage, dernier
livre dans l'ancien testament selon la tradition, reconnu comme inspiré par
les Églises catholiques et orthodoxes mais pas par les protestants… Un
chouia de catéchisme : il rassemble des pensées philosophiques, des maximes,
si je peux me permettre, voyons-le comme le
guide du routard de la Bible. De plus
l'orignal fut écrit en grec et non en langage hébraïque… bref, il se
concentre sur la sagesse exigée de l'homme et l'immortalité de l'âme. Donc,
les sources d'inspiration de
Brahms
sont :
1 - Car c'est de l'homme qu'elle procède (Ecclésiaste 3:19-22)
2 - Je me suis retourné et j'ai regardé (Ecclésiaste 4:1–3)
3 - Ô mort, que tu es amère de la part de Jésus ! Siracide (Ben Sirac
le Sage) 41: 1-2
4 – "Lorsque je parle aux gens" de la première lettre de Paul aux
Corinthiens 13 :1–3, 12–13 (Bible de Luther)
Kathleen Ferrier en 1950
La création eut lieu en novembre 1896 à Vienne avec succès. La
difficulté d'interprétation est inouïe. J'entends par là que contrairement
aux lieder nourris de poésie destinés aux schubertiades et autres soirées
culturelles, ce cycle n'a rien de divertissant. Le chanter avec un excès de
lyrisme, comme une prouesse digne de l'opéra, sera un contresens.
Je dois dire que peu d'enregistrement me touchent car rares sont ceux qui
ne s'égarent pas, même légèrement, des règles énoncées ci-avant…
La voix idéale de
Kathleen Ferrier, à la gravité élégiaque et la plasticité du discours sans affectation
héritée du fait qu'elle suivit peu de formation académique du chant après
ses études de piano, entre en communion avec mon tempérament mystique et
émotif… (Ce phénomène est connu par chacun de nous dans tous les genres
musicaux.)
Ferrier
se joue avec une facilité déconcertante des exigences imposées par une
partition diabolique (si je puis dire 😊) : une tessiture très large dans
les basses et des possibilités de sauts dans l'aigu qui ont dû être
travaillées ardûment pour ce disque, l'absence totale de ligne de chant
opératique hors sujet, une technique sans faille pour aborder les phrases
longues écrites par
Brahms. Enfin, l'osmose est parfaite entre son expression poignante et la
complicité du jeu pianistique dense assuré ici par le pianiste québécois
John H. Newmark
(1904 - 1991).
Autre disque qui me plait : En 1951,
Hans Hotter
accompagné par le légendaire
Gerald Moore
! On retrouve en version masculine une profondeur de grande classe.
Janet Baker
et
André Previn
sont, une fois de plus une alternative passionnante avec une plus-value
sonore évidente, EMI 1978.
La gravure de
Kathleen Ferrier
n'a jamais quitté le catalogue et les lieder complètent la
Rhapsodie pour alto et chœur d'hommes
déjà commentée en 2019(Clic). Une biographie de la chanteuse anglaise disparue la quarantaine venue,
célèbre pour son interprétation fabuleuse du
chant de la Terre
de
Mahler
avec la
Philharmonie de Vienne
dirigée par
Bruno Walter
était à lire dans ce billet.
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Jaquette de la réédition en CD
Texte en allemand dans le site
Vier ernste Gesänge, op. 121
(La traduction en français du lied 1 est du charabia 😊)
Je propose celle-ci :
[1] Denn es gebet dem Moschen
[2] Ich wandte mich und sahe an
Car le sort des fils de l'homme est le même
que celui des bêtes,
comme l'une meurt,
ainsi meurt l'autre ;
ils ont tous un même souffle,
et l'homme n'a rien de plus que la bête ;
car tout est vanité.
Tout va dans un même lieu ;
tout a été fait de la poussière,
et tout retourne à la poussière.
Qui sait si l'esprit des fils de l'homme monte en haut,
et si le souffle de la bête descend en bas
dans la terre ?
C'est pourquoi j'ai vu qu'il n'y a rien de mieux
pour l'homme que de se réjouir de ses œuvres,
car c'est là sa part.
Car qui le conduira pour voir
ce qui sera après lui ?
« Je me suis tourné et j'ai regardé tous ceux
qui souffrent de l'injustice sous le soleil ;
Et voici, il y avait les larmes de ceux
qui subissaient l'injustice et n'avaient point de consolateur ;
Et ceux qui leur faisaient du tort étaient trop puissants,
de sorte qu'ils ne pouvaient avoir de consolateur.
Alors j'ai loué les morts,
qui étaient déjà trépassés,
plus que les vivants
qui étaient encore en vie ;
Et celui qui n'existe pas encore est meilleur que tous deux,
car il ne s'aperçoit pas du mal
qui se produit sous le soleil. »
[3]
O Tod, wie bitter
[4]
Wenn ich mit Menschen
« Ô Mort, combien tu es amère,
quand pense à toi un homme
qui vit des jours heureux et dans l'abondance,
et qui vit sans souci ;
et à qui tout réussit en toutes choses,
et qui peut encore bien manger !
Ô Mort, combien tu es amère.
Ô Mort, combien tu fais du bien à l'indigent
qui est faible et vieux,
qui est plongé dans tous les soucis,
et qui n'a rien de mieux à espérer
ni à attendre !
Ô Mort, combien tu fais du bien ! »
1 Quand je parlerais les langues des hommes et des
anges,
si je n'ai pas l'amour,
je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.
Et quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les
mystères
et toute la connaissance, et que j'aurais toute la foi
jusqu'à transporter des montagnes,
si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien.
Et quand je distribuerais tous mes biens pour nourrir les
pauvres,
et quand je livrerais mon corps pour être brûlé,
si je n'ai pas l'amour,
cela ne me sert de rien.
...
Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir,
d'une manière obscure,
mais alors nous verrons face à face.
Aujourd'hui je connais en partie,
mais alors je connaîtrais comme j'ai été connu.
Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance,
l'amour ;
mais la plus grande d'entre elles, c'est l'amour.
Bon, ça y est : on repart dans les trucs obscurs... avec un sextet au nom de bovin, sorti de Poughkeepsie. Une ville tranquille bordée par l'Hudson, située au nord de l'état de New-York, à 240 kilomètres de Providence et à 130 kilomètres de New-York. Bull Angus a été monté par deux potes fins guitaristes, Larry LaFalce et Dino Paolillo, qui après s'être forgés à la scène dans un groupe New-yorkais, ont choisi de retourner à la maison afin de monter un groupe en conformité avec leurs aspirations musicales. Refoulant l'amateurisme, ils se tournent vers des musiciens déjà expérimentés, qui ont déjà fait leurs armes lors de la décennie précédente. Ce ne sont donc pas des perdreaux de l'année, et la musique, à la fois forte et (relativement) raffinée, s'en ressent.
La formation se met au vert, s'installant dans un bâtiment d'une ferme des environs, à un peu plus d'une vingtaine de kilomètres, proche de Rhinebeck, où ils peuvent à loisir taper comme des sourds sur la batterie et faire hurler les amplis et le chanteur sans que la police municipale ou le shérif du comté ne débarquent l'air vénère, matraque en main. Là, tranquillement, ils se constituent un répertoire de pièces originales qu'ils affûtent auprès d'un premier public. Celui à disposition, occupant les champs cernant la ferme, composé uniquement de bovins... de Black Angus (ou Aberdeen Angus), d'où le patronyme du sextet. On n'a jamais su si les bovins avaient apprécié - ou même supporté -, ou si, au contraire, ils avaient préféré prendre volontairement le tragique chemin de l'abattoir plutôt que de devoir continuer à subir plus longtemps le vacarme de ces jeunes chevelus filiformes.
Après les bovins, c'est au genre humain, celui plus généralement noctambule, amateur de bières et de rock et errant dans des clubs à la lumière tamisée, de goûter la musique de ce Bull Angus. Le sextet ne chôme guère, écumant scrupuleusement tous les clubs de l'État, en débordant régulièrement sur le Massachusetts. Il ne faut guère plus que quelques mois au groupe pour acquérir une bonne réputation scénique qui, dans la foulée, va lui permettre d'être "invité" à rejoindre l'écurie Mercury. C'est ainsi qu'en l'an 1971 du siècle dernier, - une année particulièrement riche en manifestes Rock-, Bull Angus sort sa première galette. Un premier album pas piqué des hannetons.
Et d'entrée, sans sommation, ça défouraille avec un "Run Don't Stop" à toute berzingue qui envoie des bastos tout azimut ; comme si un commando de la Légion Étrangère s'était, par un étrange hasard du destin, retrouvé à proximité de Barad Dûr, cerné par des hordes d'orques agressifs et affamés, certains d'avoir trouvé matière à leur prochain barbecue. Le chanteur, Frankie Previte, semble être pris au dépourvu, peinant à trouver ses marques sous le flot continu de grattes vénères. "Mother's Favorite Lover (Margaret)", - réponse d'un garçon à l'infidélité de sa mère avec Margaret -, a quasiment le même tempérament. Bien que le tempo y soit nettement plus modéré, le chant, les interventions des guitares et de l'orgue Hammond demeurent vives et hargneuses. Même le solo de flûte - joué par Previte - virevolte comme une bécasse (d'Amérique) folle, prête à planter son bec dans la chair.
Plus lent, un poil pesant, "Uncle Duggie's Fun Bus Ride" - hommage à leur fidèle roadie - pourrait être une forme de proto-Point-Blank copieusement agrémenté de sauce "Bloodrock". On remarque le jeu du batteur, Geno Charles, qui, depuis le début, sait au moment opportun tambouriner comme un forcené, comme un pilote de rallye rétrogradant pour, dans un bruyant dérapage, éviter in extremis la sortie de route. On pense parfois à l'exemple de Ian Paice ; une référence purpleienne qui revient aussi sur quelques interventions d'orgues - avec néanmoins moins de fougue que l'Anglais. Le groupe a d'ailleurs parfois été comparé à Deep Purple, ce qui ne semble aucunement approprié - sauf si on considère qu'une petite poignée de plans d'Hammond pyromanes et qu'une batterie véloce, nerveuse et ample, soient suffisantes. D'autant que même à deux, les guitaristes ne peuvent prétendre rivaliser avec Blackmore, et que Previte n'a pas la puissance d'un Gillan, ni même d'un David Byron. S'il fallait faire un rapprochement avec quelques groupes célèbres, ce serait plutôt vers les USA qu'il faudrait se tourner. Ainsi, dans l'ensemble, ce serait vers la rudesse et l'âpreté des Texans de Bloodrock, et la fougue, la dynamique de Blue Öyster Cult (1) - plus évidente lors des plages instrumentales à la faveur d'envolées guitaristiques de haute volée. En filigrane, on peut supposer que Grand Funk Railroad, alors incontournable aux USA, notamment en arpentant continuellement tous les espaces dédiés à la musique live du continent (nord américain), a eu un certain impact. Plus étonnant, certains mouvements semblent augurer l'énergie et l'approche "right in your face" du Point Blank des années 76-78.
Avec "A Time Like Ours", le heavy-rock du sextet se pare de quelques teintes jazzy, avant que la seconde partie ne penche davantage vers une pulsation à la Ten Years After.
Plus longue pièce de cette très bonne fournée, "Miss Casey" avec ses 7 mn 30, en profite pour prendre son temps, tel un sadique avec son surin devant sa victime, et en variant ses angles d' attaque. Ce qui permet d'estimer et d'apprécier la qualité de jeu de la section rythmique, de Lenny Venditti (basse), et de Geno Charles.
C'est certain, Bull Angus, avec ses deux guitaristes à l'unisson ou complémentaires, n'est aucunement un innovateur en la matière. Cependant, pour l'époque, leur approche a indéniablement quelque chose de moderne. Alors que même les six-cordes de Blue Öyster Cult - qui n'a pas encore sorti de disque - s'appuient encore sur des plans hérités du Blues, enrichis par la culture Jazz de Donald Roeser, LaFalce et Paolillo sont déjà dans une direction proto-Metal. Toutefois, naturellement, sans rien de forcé, et sans la raideur et le manque de chaleur qui pourra, parfois, caractériser certaines formations du Heavy-metal. Une singularité du groupe qu'on peut retrouver la même année, sur les deux albums de Uriah Heep, "Salisbury" et "Look At Yourself", lorsque Ken Hensley et Mick Box se jettent côte à côte dans quelques cavalcades en lâchant la bride à leur Gibson.
"Pot of Gold" sort un gros riff bien funky (ça sent la strato), préfigurant le virage que prendra Grand Funk Railroad dès lors qu'il va généreusement agrémenter sa musique de Soul. Particulièrement à l'aise sur cette pièce, plus que jamais, le chanteur, Previtte, présente alors d'étonnantes similitudes avec les intonations de John O'Daniel (de Point Blank).
Sur "Cy", LaFalce et Paolillo dégainent leur gratte acoustique, et, dans un ensemble de chœurs particulièrement maîtrisés, déroulent une bien belle pièce de folk, mêlant le plus intimiste et aérien d'America, de Crosby, Stills & Nash et de Steeleye Span.
Pour clore ce premier chapitre, Bull Angus revient au tout électrique sur une longue pièce, aux parfums de progressif. "No Cream for the Maid" présente des aspects d'un Jethro Tull aux accents proto-metal. Au contraire de tous les autres, celui-ci s'étire inutilement sur un dernier et long mouvement répétitif. Seule faute de goût de l'album. Rien de salace ici, mais plutôt le malaise, ou la dénonciation de la main mise d'une "élite" méprisant les "petites gens", les écrasant sous leur joug, les reléguant à des outils, des objets. L'atmosphère du morceau est d'ailleurs oppressante, et il aurait suffit d'adjoindre aux guitares une fuzz grasse pour en faire une pièce de proto-doom.
L'année suivante, en 1972, Bull Angus sort son deuxième album : "Free For All". Curieusement, ce deuxième essai manque cruellement d'affutage. À croire qu'on n'a pas laissé suffisamment de temps au groupe pour qu'il se constitue un nouveau et solide répertoire à la hauteur du premier. La constitution du sextet est assez récente, remontant au plus tard à fin 69. Du moins pour l'amorce, mais la consolidation se fait au début de 1970. Et dès lors qu'elle s'est attaquée au circuit des clubs de la région, la troupe n'a pas eu à trop galérer. Après la rencontre assortie d'une prestation devant un cadre de Mercury, il n'a fallu qu'un mois pour qu'elle entre en studio. L'album, lui, a été bouclé en une seule semaine. Il a fallu plus de temps pour concevoir la pochette et organiser la distribution. Ensuite, rapidement, elle a été entraînée dans des tournées interminables, sollicitée pour ouvrir pour Rod Stewart, Fleetwood Mac et Deep Purple.
Composer dans ces conditions de nouvelles pièces est une gageure, et c'est probablement la raison pour laquelle deux reprises ont été incluses. Et c'est probablement cette précipitation qui fait que la force, l'énergie, la vivacité, la pertinence telles qu'on les trouvait sur le premier essai, semblent alors anémiées. À tel point qu'on pourrait croire qu'il s'agit du premier album d'un groupe se cherchant encore. À moins que ce ne soit une volonté délibérée du groupe d'essayer de se rendre plus tendre, plus accessible ? Difficile à croire avec des morceaux tournant autour des 5 minutes, format inapproprié au passage radio, même s'il est vrai que les grosses radios américaines étaient alors plus portées sur des douceurs. Malheureusement, Bull Angus n'a pas réussi la difficile épreuve du second album. "Free For All" est loin d'atteindre le succès du premier, et le groupe, désillusionné, finit par se séparer quelques mois plus tard.
De ce sextet bien prometteur, il semblerait que seul Frank Previte ait réussi à faire à nouveau parler de lui. Après le split de Ball Angus, et une poignée d'années, il fait un retour médiatique avec Franke and The Knockouts. Groupe du New-Jersey de Pop-rock (avec Tico Torres, futur batteur de Bon Jovi) qui aura eu droit à bien plus de succès que Bull Angus. Plus tard, il est sollicité pour chanter dans la B.O. de "Dirty Dancing", dont sur le hit "(I've Had) The Time of my Life" (oui, celui qui a squatté toutes les radios du monde) qui lui vaudra plusieurs récompenses. "(I've Had) The Time of my Life", "Someone Like You" et "Hungry Eyes" étaient à l'origine des maquettes de Franke and The Knockouts, qui ont été récupérées et réarrangées pour le film. D'après Previte, c'est après fait écouter lui-même la maquette de "(I've Had) The Time of my Life" à l'acteur principal, Patrick Swayze, (en présence d'une autre personne liée au film - Eleanor Bergstein ?), que ce dernier l'adopta immédiatement. Cela aurait été la chanson qu'ils attendaient, qu'ils recherchaient.
(1) Les deux groupes se sont forcément croisés, voire même côtoyés. Les séances d'enregistrement du premier disque du BÖC - sorti en 1972 - se déroulent en 1971, la même année que l'enregistrement et la sortie de l'éponyme de Bull Angus. Mais le quintet de Long Island officiait depuis plus longtemps que Bull Angus.
Pour ma 700ème chronique, un hommage à Tim Curry, une “tronche” du cinéma, l‘œil globuleux et son sourire
inquiétant on fait de lui l’acteur d‘une génération.
Ça (c’est vraiment lui !)
Pour les incultes en cinéma, Tim Curry n’est pas le créateur d’une sauce pour accompagner le
poulet, l’acteur s'est fait connaitre auprès de plusieurs générations
et d’un public des plus variés. Pour ma part, ce n’est ni avec le “The Rocky Horror Picture Show“ ni dans ”Ça“ mais son 1994 dans le film “The Shadow” avec Alec Baldwin .
Il est des carrières qui se racontent comme une succession de rôles.
Celle de Tim Curry
se raconte plutôt comme une traversée des genres, des époques et des
imaginaires. Acteur, chanteur, interprète de théâtre et figure culte
du cinéma, il a construit une œuvre d’une richesse singulière, portée
par une voix immédiatement reconnaissable, une présence magnétique et
cette capacité rare à rendre fascinants les personnages les plus
extravagants. De la scène londonienne aux productions hollywoodiennes,
des comédies musicales aux films d’horreur, Tim Curry
n’a jamais cessé de surprendre. Son parcours mérite autant
l’admiration que l’affection.
Né en 1946 en Angleterre,
Timothy James Curry
grandit dans un environnement marqué par la musique et la culture.
Très tôt, il manifeste un intérêt pour le spectacle et suit une
formation artistique qui le conduit vers le théâtre. Dans le Londres
des années 70, il découvre un univers théâtral en pleine
transformation, où les conventions sont bousculées et où
l’interprète doit savoir tout faire : jouer, chanter, danser,
provoquer et émouvoir.
C’est sur scène que Tim Curry
se fait véritablement remarquer, notamment grâce à son rôle dans
“The Rocky Horror Show”. Créée en 1973, cette comédie musicale débridée mélange
science-fiction, parodie de films de série B, sensualité et
rock’n’roll. Curry
y incarne le docteur Frank-N-Furter, un savant excentrique et
ouvertement séducteur, dont l’entrée en scène est devenue
légendaire. Vêtu d’un corset, de bas résille et de talons hauts, il
interprète “Sweet Transvestite” avec une assurance et une ambiguïté qui défient les normes de
l’époque.
Le personnage aurait pu sombrer dans la simple caricature.
Tim Curry
lui donne au contraire une dimension presque aristocratique,
faite de glamour, d’humour, de danger et de vulnérabilité. Sa
voix grave, son accent maîtrisé et son regard intense
transforment Frank-N-Furter en icône. Lorsque le spectacle est
adapté au cinéma en 1975 sous le titre “The Rocky Horror Picture Show”, Curry
reprend le rôle et contribue à faire du film l’un des phénomènes
les plus durables de la culture populaire. D’abord accueilli de
façon mitigée, le long-métrage devient progressivement un film
culte, projeté durant des décennies en séances de minuit et
accompagné de rituels collectifs par des générations de
spectateurs.
Frank-N-Furter aurait pu devenir une prison dorée. Tim Curry
en fait au contraire un tremplin. Il démontre rapidement qu’il ne se résume pas à cette figure flamboyante et transgressive. Sa carrière
cinématographique s’enrichit de rôles très différents, souvent
marqués par une certaine étrangeté. Il apparaît notamment dans
“Cluedo”, comédie policière adaptée du célèbre jeu de société, où il
incarne un majordome aussi nerveux qu’énigmatique. Le film, devenu
lui aussi culte, repose en grande partie sur son rythme et son
énergie. Curry
y révèle un talent comique remarquable, capable de passer de
l’ironie au burlesque en une fraction de seconde.
Dans “L’Histoire sans fin 2”, il participe à l’univers fantastique avec une intensité qui
rappelle son goût pour les mondes imaginaires. Dans ”Maman, j’ai encore raté l’avion“, il apparaît dans un registre plus léger, tandis que dans ”Les Trois Mousquetaires”, il fait preuve d’un sens du panache qui lui est propre.
Mais c’est sans doute son interprétation de Pennywise, le clown
maléfique de la mini-série ”Ça“, adaptée du roman de Stephen King, qui a durablement marqué l’imaginaire collectif. Diffusée en
1990, cette œuvre met en scène une créature capable de
prendre l’apparence des peurs les plus profondes de ses victimes.
Sous les traits de Tim Curry, Pennywise devient une figure d’épouvante inoubliable. Son
maquillage, son sourire inquiétant et ses mouvements presque
enfantins composent un personnage terrifiant précisément parce qu’il
semble osciller entre le jeu et la menace.
Curry
comprend que l’horreur ne réside pas uniquement dans les cris ou
les effets spectaculaires. Elle naît aussi d’une voix, d’un
silence, d’un geste légèrement trop lent. Sa performance dans
“Ça” repose sur cette maîtrise de la suggestion. Il peut paraître
grotesque, puis soudain glacial. Il amuse l’espace d’un instant
avant de faire basculer la scène dans le cauchemar. Des années
plus tard, son Pennywise demeure une référence pour les amateurs
du genre, et l’interprétation continue d’être citée parmi les
grandes incarnations de la peur à l’écran.
L’une des forces de Tim Curry tenait à son exceptionnelle polyvalence.
Il était capable de jouer les méchants, les excentriques, les
figures autoritaires, les personnages comiques ou les êtres
vulnérables, sans perdre cette signature qui le rendait
identifiable dès les premières secondes. Son apparence, son
phrasé et sa voix pouvaient le cantonner à un type de rôle. Il
choisissait au contraire d’en faire des instruments modulables.
Chez lui, le grotesque pouvait cacher une profonde mélancolie,
et une véritable sensibilité.
Sa carrière était également marquée par une présence constante
dans la culture populaire.
Tim Curry
n’était pas seulement un acteur apprécié, il est devenu une
référence, une source d’inspiration et une figure de ralliement
pour tous ceux qui refusent les catégories trop étroites. Son
Frank-N-Furter a offert une visibilité rare à une expression libre
du genre et de la sexualité. Son Pennywise a prouvé qu’un acteur
pouvait transformer une créature de cauchemar en personnage
inoubliable. Ses rôles comiques ont montré qu’il maîtrisait aussi
la précision du timing et l’art de l’autodérision.
En 2012, Tim Curry
sera victime d’un accident vasculaire cérébral. L’épreuve bouleverse
sa vie et réduit considérablement ses apparitions publiques.
Pourtant, elle ne diminue ni l’importance de son œuvre ni
l’attachement que lui portent ses admirateurs. Avec courage et
dignité, il poursuivra certaines activités artistiques, notamment
dans le domaine du doublage et de la lecture. Sa voix, justement,
demeurera un lien précieux avec le public : profonde, théâtrale,
immédiatement reconnaissable, elle continuera de faire vivre
l’artiste.
Rendre hommage à Tim Curry, c’est célébrer bien davantage qu’une collection de personnages
célèbres. C’est saluer une conception de l’interprétation fondée sur
la liberté, la générosité et le refus de la monotonie. Il a su
transformer l’excès en élégance, l’étrangeté en force et la différence
en langage artistique. Peu d’acteurs ont traversé autant d’univers
avec une identité aussi forte.
Tim Curry
appartient à cette catégorie rare d’artistes dont les performances
ne s’effacent pas lorsque le générique se termine. Elles restent
dans la mémoire, parfois sous la forme d’une chanson, d’un sourire
inquiétant, d’un éclat de rire ou d’une réplique prononcée avec une
musicalité incomparable. Sa carrière est une invitation à ne jamais
se laisser enfermer dans une définition unique. Et c’est peut-être
là son plus bel héritage : avoir rappelé, par son talent et son
audace, que l’art véritable commence souvent là où les frontières
cessent d’exister.