mercredi 20 mai 2026

NAZARETH " Boogaloo " (1998), by Bruno



     Il y a des groupes qui seront toujours restés en seconde division, en dépit des ans et une quasi indéfectible abnégation. Mais qui, malgré tout, ont continué contre vents et marées. Des groupes qui ont su apprécier ce qu'ils avaient déjà réussi, trop heureux de pouvoir encore continuer à enregistrer et à se produire sur scène. À avoir toujours un public, même si ce dernier a pu considérablement diminuer ; devant alors se contenter de salles nettement plus modestes. Pas facile à digérer lorsqu'on a goûté à la foule des stades. Mais la musique, plus qu'une addiction, est un besoin viscéral. Et si on la couple à l'ivresse de l'approbation, de l'ovation d'un public, difficile de s'en dispenser. D'ailleurs, les exemples de musiciens à l'abri financier pour trois siècles, qui continuent à se produire malgré une santé défaillante, ne manquent pas.

     Nazareth, quatuor écossais, originaire de Denfermline (1), est de ceux-là. Fondé en 1968, un premier album en 1971, le groupe, en dépit des embûches, des aléas de la vie, n'a jamais vraiment arrêté. Cependant, même si la décennie des années 70 a été relativement faste, et même s'il a su résister aux années 80 – grâce à quelques concessions, notamment grâce à une approche plus commerciale (2) -, les années quatre-vingt-dix semblent marquer le pas. Les sorties d'albums commencent à sérieusement s'espacer et surtout ils ne sont plus aussi présents qu'auparavant chez les disquaires. Même dans les grandes enseignes, il devient plus ardu de trouver leurs disques. Paradoxalement, ce sont ceux des années 80, soit ceux qui sont le plus marqués par l'orientation « Pop - Hard-FM » qui sont encore dénichables. Bien que se produisant encore plus ou moins régulièrement sur scène, leur présence désormais quasi inexistante dans les boutiques pouvait laisser croire que Nazareth faisait dorénavant partie du passé. Le groupe avait pourtant décidé, tardivement, à partir de 1989 avec l'album « Snakes 'n' Ladders », de revenir progressivement à des sensations plus heavy et rock'n'roll. En fusionnant leur récent passif « pop », qu'il ne renie point, avec un hard-rock relativement rustre qui a nourri ses premiers succès (3). La transmutation est lente, graduelle. Le quatuor paraît expérimenter, chercher la formule magique lui permettant de renouer avec son passé d'un robuste hard-rock avec l'air du temps, sans pour autant devoir interpréter une musique qui ne lui correspond pas. Sans tomber dans l'artifice, le fourvoiement. Ainsi, les productions de ZZ-Top et de Def Leppard semblent ne pas avoir laissé indifférents le groupe qui s'en inspire. Toutefois, au fil des « rares » albums des années 90, le son de Nazareth s'affirme, se durcit, s'exempte des dernières réminiscences policées.


   En conséquence, alors que pour beaucoup, Nazareth s'était déjà installé dans une tranquille semi retraite où il se contenterait de petites tournées occasionnelles, en 1998, le groupe présente un nouveau disque : « Boogaloo ». Un album au titre énigmatique et à la pochette étrange. À des années lumières des canons des albums de heavy-rock (ce qui n'est pas plus mal). Pourtant, il s'agit bien d'un pur album de heavy-rock. C'est d'la bonne, d'la non frelatée, d'la première qualité. Et pas qu'un peu puisque certains vont jusqu'à l'ériger parmi les meilleurs du quatuor. Certains m'ont personnellement affirmé que c'était carrément leur préféré. Et pour rester sur l'expérience personnelle, à l'époque, sans l'insistance polie et renouvelée d'un (authentique) disquaire, je n'aurai même pas prêté une esgourde distraiteAprès mains refus polis, finalement, encouragé par un article enthousiaste, j'ai cédé. Grand bien m'en a pris.

     C'est que ce vingtième (!) album, au contraire de ses prédécesseurs qui souffraient généralement d'un ou deux (sinon plus) morceaux dispensables, pour ne pas dire ratés, ne s'embarrasse pas de compositions bâclées. À l'exception, peut-être, de « May Heaven Keep You », la dernière pièce. Une ballade (il fallait qu'il y en ait une), en mode power, qui, bien que loin d'être mauvaise, contraste trop avec les dix morceaux précédents. 

     Dès « Light Comes Down », morceau qui va un temps ouvrir leurs concerts, force est de constater que Nazareth a mis la main sur la recette magique. Celle après laquelle le combo semblait courir depuis 1989. Celle qui le remet de plein pied dans un heavy-rock direct, rugueux et robuste. Celle qui serait également un cocon pour la voix particulièrement éraillée de Dan McCafferty. Une voix des plus abrasives qui fait la signature du groupe, le rendant aisément identifiable, quelque soit le style qu'il ait pu emprunter. La production, plus brute et organique, est un écrin pour la tonalité de concassage de granit de McCafferty. Mais aussi la guitare, qui s'est enveloppée d'une « douce aspérité », d'une chaude et mâte saturation (dans le style d'une Boss Blues Driver boostant un Marshall ou un Fender Blackface crunchy). Billy Rankin et sa ES-335 ont laissé la place à Jimmy Murrison. Un « jeune » Écossais de 34 ans qui s'y entend pour faire sonner une guitare. Sans esbroufe, sans babillage. Ça sonne résolument humbucker et Gibson – même si à l'époque, on le voit sur scène avec une Stratocaster ; certes modifiée par un humbucker en position chevalet. Et auparavant, Murrison ayant rejoint ses compatriotes dès la démission à l'amiable de Ranklin en 1994, il semble jouer sur un ou deux modèles plus modestes ; probablement une Charvel ou une Kramer des années 80. Indéniablement, Murrison est l'élément qui donne un sérieux coup de fouet à ce groupe de quinquagénaires, lui offrant une nouvelle jeunesse.


    Parallèlement, la musique de cette nouvelle mouture, bien que d'apparence nettement plus crue et heavy que les années précédentes, s'est enrichie d'un membre supplémentaire. Un claviériste. Ce n'est pas la première fois que les Écossais renforcent leurs rangs par un claviériste. Ils l'avaient déjà fait en 1980 en engageant l'Américain John Locke (ex-Spirit). Cette fois-ci, c'est un compatriote (pour rester entre Scoths), le discret Ronnie Leahy - qui avait rejoint Stone the Crows en 1971 - qui récupère le poste. Son rôle, au contraire de ce qui a pu être fait précédemment, n'est pas d'édulcorer quoi que ce soit, mais simplement de soutenir l'orchestration, d'intensifier ce heavy-rock des highlands élevé au whisky pur scotch (5), d'épaissir le son, ou parfois d'injecter une petite dose de rock'n'roll. Comme pour le vif "Cheerleaders" et sur "Robber and the Roadie", un rock'n'roll aux accents de Rose Tattoo (en moins fou et rageux). Ou encore sur "Nothing to Good", un blues rampant, loud and proud, où McCafferty finit par s'égosiller comme un corbeau qu'on étrangle - totalement approprié.

     Occasionnellement, pour apporter un petit plus, un capiteux et enivrant parfum de rhythm'n'blues, de la même manière qu'Aerosmith, une section de cuivres intervient. "Loverman" en étant le meilleur exemple, d'autant que la construction même de cette chanson, semble particulièrement tributaire du célèbre quintet de Boston. Ils interagissent d'une autre façon sur le délicieux power-slow-blues "God Save The South" en faisant plutôt office de pompiers, évitant que McCafferty ne finisse pas mettre le feu, avec sa voix résonnant comme le craquement d'une allumette sur le grattoir.

     Au milieu de rock-dur (granitique) bluesy chaud comme la braise, s'est glissé un petit "Talk Talk" bien guilleret qui aurait probablement fait un succès quelques années plus tôt. Son élan festif et fédérateur se risque sur une branche où s'épanouit un pop-rock prolétaire (comme hérité d'un lointain passé folklorique... de pub) dans la veine d'un Slade. "Party in the Kremlin" tente aussi le coup, mais, étonnamment, se ramasse à cause d'interventions de guitares "free" déplacées. 

     "Boogaloo" est un disque qui revient aux fondamentaux, tels que ceux qu'avaient imposé les albums généralement reconnus comme étant de la grande époque - soit les "Razamanaz", "Rampant", "Hair of the Dog" et "Loud 'n' Proud" - mais avec un son (relativement) plus massif et une assurance de conquérant (Robert Bruce est de retour, avec une guitare en guise de claymore et un double corps Marshall en guise de cheval 😂). Nazareth a toujours fait office de second couteau, ne parvenant que rarement à se rapprocher suffisamment des poids lourds du heavy-rock pour ressentir, éphémèrement, la chaleur de leur succès. Cependant, en 1998, avec cet album, c'est une sacrée revanche. Quand tant de formations des deux précédentes décennies s'avèrent moribondes en cette fin de siècle, Nazareth, lui, rebondit et leur fait un beau (et amicale) pied de nez. 

     Hélas, la félicité est de courte durée avec le décès du batteur, Darrel Sweet, qui succombe d'une crise cardiaque pendant la tournée de 1999. Un coup dur McCafferty et Agnew qui étaient des amis de longue date. Compagnons de vaches maigres, d'incertitudes et de succès, leur lien remonte au moins à l'année 1966, lorsqu'ils fondent The Shadettes, un groupe de reprises, avant de passer deux plus tard aux choses sérieuses, en recrutant Manny Charlton à la guitare (6). C'est une nouvelle page qui se tourne pour les Ecossais qui, après une pause, vont alors ralentir la cadence des concerts et ne retourneront en studio que dix ans plus tard. En comparaison, le résultat sera décevant, le vingt-et-unième album, "The Newz", ne parvenant pas à retrouver pas la fraîcheur (de soufrière) de ce "Boogaloo".


1."Light Comes Down"                                                                                           3:31
2."Cheerleader" 3:14
3."Loverman" 4:30
4."Open Up Woman" 4:29
5."Talk Talk" 3:52
6."Nothing So Good" 5:08
7."Party in the Kremlin" 3:37
8."God Save the South" 6:35
9."Robber and the Roadie" 4:21
10."Waiting" 5:43
11."May Heaven Keep You"5:46



  1. Ancienne capitale de l’Écosse, c'est une ville dont la densité de population reste assez modeste, en dépit d'un fort accroissement récent. Forcément généré par son développement industriel, plutôt que pour ses plages... Ian Anderson, de Jethro Tull, et le milliardaire Andrew Carnegie (celui qui fit fortune aux États-Unis et qui fonda le Carnegie Hall) y sont nés, et Robert Bruce s'y est fait enterré.

  2. Une approche qui lui fit perdre – parfois définitivement – une bonne partie de son public, mais qui lui en fit gagner un autre ; certes, bien moins nombreux, mais qui lui permit de continuer à vivre de sa musique.

  3. À savoir que les plus grands succès de Nazareth sont des ballades. Ainsi, son plus gros hit est la reprise « Love Hurts », une ballade popularisée par les Everly Brothers et Roy Orbison. Rien de vraiment opportuniste dans le sens où, dès son premier album de 1971 (un disque mésestimé), Nazareth a toujours inclus des ballades dans ses albums. On retrouve d'ailleurs dans ce premier jet un superbe « Country Girl » évoquant les premiers Neil Young. En 1973, les Écossais avait déjà élargi leur public avec une reprise de Joni Mitchell, « This Flight Tonight », dans une version nettement plus heavy que l'original.

  4. Jimmy Murrison est d'Aberdeen, une ville de grande envergure du Nord de l'Ecosse donnant sur la Mer du Nord (ce qui fait un port jouant un rôle capital dans l'économie du Royaume-Uni, notamment grâce à l'exploitation et le transit du pétrole offshore). C'est par l'intermédiaire de Lee Agnew, le fils du bassiste de Nazareth, qui le recommande à son père, qu'il rejoint le groupe.

  5. L'Ecosse est le premier producteur au monde, et serait l'inventeur de ce breuvage dont l'origine remonterait au Moyen Âge classique. Même la petite île d'Islay comporte non pas une mais neuf distilleries. Initialement, le breuvage aurait été conçu dans un but thérapeutique... au timbre de certains chanteurs d'origine écossaise (Rod Stewart, Bon Scott, Jimmy Barnes, Wattie Buchan, Alex Harvey, McCafferty), il semblerait qu'il n'y ait pas que le Rock qui aurait été élevé au scotch.

  6. Initialement, McCafferty rendait service aux potes du groupe en faisant le roadie, jusqu'au jour où il remplaça au pied levé le chanteur défectionnaire. Tandis que Darrell Sweet est en réalité arrivé plus tard. Il jouait dans une troupe de cornemuses et venait souvent voir les copains jouer - parfois en kilt -, et les rejoignait parfois sur scène. Jusqu'au jour où se fut définitif.


🎶✨
Autre article (lien) / NAZARETH : 👉 " Razamanaz " (1973)

mardi 19 mai 2026

PINK FLOYD - ”Meddle“ (1971) - par Pat Slade




Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the  Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.



Un Écho dans le Rock Prog




En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé, les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintessence du groupe. En 1971 Pink Floyd n’est plus tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par Syd Barrett, mais pas encore la machine conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album charnière souvent moins célébré que les monuments qui suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son Pink Floyd

Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan d’un anus de babouin. 🙈

One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par Water et Gilmour délivrent un riff hypnotique, un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de Wright, des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que Gilmour jouera sur un lap-steel. L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de Nick Mason passée à vitesse réduite scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les paroles menaçantes, une rare contribution vocale de Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un univers cohérent

A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison de mah-jong, un jeu que pratiquaient Water et Mason. la voix de David Gilmour apporte une chaleur nouvelle au groupe. 

Les premiers Pink Floyd pouvaient parfois sembler froids ou abstraits. Fearlessalterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien,  une chanson simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée finale habitée par les chants de supporters de Liverpool (You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais qui fonctionne étonnamment bien. Pink Floyd montre ici qu’il peut être expérimental sans perdre le sens de la mélodie. 

San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui se conclut sur une improvisation de Rick Wright. “Seamus : le titre qui a du chien  parti d'une improvisation à la guitare acoustique de Gilmour, le piano de Weight et hanté des hurlements du chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre de Mademoiselle Nobs pour le film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”. 

Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la seconde face du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters et les envolées de guitare de Gilmour composent une œuvre organique, presque cinématographique. 

Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la transition entre les premiers morceaux expérimentaux de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le morceau, mais il fait partie des préférés de Wright.

Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait entre improvisation et précision. ”Meddle ne cherche pas l’efficacité immédiate  il demande du temps, de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de cinquante ans après sa sortie, “Meddle reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here, mais peut-être plus mystérieuse. 

C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions valent autant que les sommets qu’elles annoncent.


                                                                   

dimanche 17 mai 2026

LE BEST-OF A TOUJOURS LES BONS RÉFLEXES


MARDI : avec Pat on a écouté Hubert Félix Thiéfaine et son album « Alambic / sortie sud », dont il n’a écrit que les textes, car le bras dans le plâtre à l’époque. Privé de guitare mais pas manchot pour autant, un disque à l’atmosphère plutôt sombre.

MERCREDI : Bruno a eu le bon réflexe de nous faire découvrir Pavlov’s Dog et leur album le plus abouti, le magnifique « Pampered Menial » avec cette voix singulière de David Surkamp, du rock progressif dont les racines plongent autant dans le heavy-rock que dans la musique baroque et romantique.


JEUDI : au début du XXème siècle chaque grande ville américaine veut son orchestre symphonique, et pour les diriger les maestros viendront tous d’Europe, comme Paul Paray. Un récit du Toon illustré par l'histoire de l'orchestre de Détroit avec « La symphonie fantastique » de Berlioz et « La Mer » de Debussy en exemple…

VENDREDI : du cinéma avec cette comédie de re-divorce « C’est quoi l’amour ? », vaste question, Fabien Gorgeart y redistribue les cartes de la famille classique, c’est joliment écrit et interprété, notamment par une Laure Calamy étincelante.

👉 La semaine prochaine, les portes du Déblocnot seront grandes ouvertes pour accueillir, entre autres, les Pink Flyod, l’écrivain Henri Vincenot, le réalisateur Pierre Salvadori. 

vendredi 15 mai 2026

C’EST QUOI L’AMOUR ? de Fabien Gorgeart (2026) par Luc B.


On connaissait les comédies de re-mariage, voici une comédie de re-divorce. C’est ce point de départ qui fait l’originalité de cette histoire. Marguerite et Fred sont divorcés depuis de longues années, elle a refait sa vie avec Sofiane, dont elle a une fille, Raphaëlle. Les premières scènes nous plongent dans le quotidien mouvementé de cette famille, Raphaëlle est en pleine crise d’ado, et pire, amoureuse…

Retour du mari prodigue, qui a une demande particulière. Fred souhaite se remarier avec Chloé, très croyante, et pour cela il lui faut des autorités religieuses obtenir l’annulation de son premier mariage à l’église. Une formalité. Ou presque. Les ex-époux qui n’ont rien à se reprocher, doivent monter un dossier à charge détaillant les raisons du fiasco de leur première union.

Ce qui fait rapidement la différence, à l’écran, c’est une certaine finesse d’écriture, sur un sujet pourtant rebattu (famille, ex famille, belle famille), le rythme du film qui ne semble faire aucune pause, ou presque, et l’excellence de la distribution. Bref, C’EST QUOI L’AMOUR ? se distingue un peu du lot. Évidemment, la formalité en question va prendre une forme beaucoup plus complexe et même inattendue sur la fin.

Il semblerait que Marguerite ne soit pas assez convaincante aux yeux du premier prêtre consulté (Jean Marc Barr en curé !), qui faute d’éléments tangibles refuse de valider le dossier. Arrive à la rescousse Chloé la catho, flanquée de son cousin prêtre, qui organisent un second rendez-vous chez une avocate spécialisée. En vain. Le dernier espoir est : le Vatican !

Ce qui intéresse le réalisateur Fabien Gorgeart (c’est son troisième film sur un thème assez proche) sont les conséquences d’une telle démarche. L’ex couple est contraint de se replonger dans le passé, s’interroger sur ce qui les a fait s’aimer puis se séparer. Jolie scène où Marguerite regarde pour la première fois une vidéo de son mariage, les acteurs y ont visiblement été rajeunis à coups de numérique. Marguerite (excellente Laure Calamy) sombre dans une mélancolie nostalgique, il lui vient comme des idées de reviens-y…

Ce qui n’échappe pas à Sofiane, un brin contrarié que l'ex-mari reprenne autant de place dans sa vie, les deux ex s'entendent comme larron en foire. Autre conséquence : si le mariage est annulé, cela signifie qu'il n'était pas fondé sur l'amour. Et donc que la première fille de Marguerite ne serait pas une enfant de l'amour... Ce qui plonge l'héroïne dans les affres de la mauvaise conscience. 

La situation tourne au vaudeville lors du séjour à Rome, où toute la smala est conviée, les deux couples, fille et belle-fille et pièces rapportées. La balade en scooter de nuit à Rome renvoie à VACANCES ROMAINES de Wyler, on ne pouvait pas y échapper. Fabien Gorgeart orchestre un chassé-croisé rigolo dans un palace cinq étoiles, entre faiblesses et petits mensonges.

Cette longue séquence romaine, certes amusante, aurait mérité soit d’être plus resserrée (beuveries, karaoké, rien de très original ni palpitant) soit d’y monter les curseurs en terme de comédie. Le réalisateur filme parfois le pied sur la pédale de frein. Marguerite coincée à poil dans la piscine aurait pu engendrer plus de catastrophes. Je ne sais pas quoi penser de la scène au Vatican, où s’invite un pape bienveillant, il aurait été plus rigolo de foutre un bon coup de goupillon là d’dans.

La dernière scène est par contre très réussie, émouvante, où s’y redéfinit les contours de famille (on pense au très beau L’ATTACHEMENT de Carine Tardieu), la place du père, du beau père. Laure Calamy étincelle, pétille, la réplique vive, le naturel déconcertant, Vincent Macaigne sort de son registre habituel de balourd empâté, Mélanie Thierry en impose en catho-tradi qui finit par se lâcher, et Céleste Brunnquell, toujours très juste même dans un petit rôle.

On aurait aimé qu'un Blake Edwards s'empare du sujet, y rajoute une pincée d'irrévérence, certaines situations pouvaient facilement être plus délirantes.


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