Tri Yann fait parti des trois groupes français à avoir dépassé les
cinquante années d’existence avec Ange et Magma.
Les Trois Jean de Nantes, une Saga Bretonne
Tri Yann avait fait une tournée d’adieu en 2021 mais le dimanche 8
février 2026, Ils se sont produits sur la scène du zénith de
Nantes pour la der de der avec un Jean de moins,
Jean-Paul Corbineau disparu en décembre
2022. Le bateleur du groupe, Jean-Louis Jossic
n’est pas non plus dans une grande forme avec une maladie de la moelle épinière. Ce dimanche, pour clore leur histoire,
ce sont deux titres : “Les Prisons de Nantes” et l’hymne breton ”Bro gozh ma zadou“, qui ont clos le concert de
Tri Yann accompagné de l’ensemble
vocal du Jura Marie Nodier et de la
chanteuse Bleuwenn Mevel et, cerise
sur le kouign amann, la venue de Louis Capart auteur de la chanson
”Marie Jeanne Gabrielle“ et de Yvon Etienne. Le concert sera dédié à
Jean-Paul Corbineau.
Tri Yann est une histoire qui
commence en 1971 par la rencontre entre
Jean-Louis Jossic,
Jean Chocun et
Jean-Paul Corbineau, Tri Yann
est créé et l'année suivante le premier 33 tours enregistré grâce à
Gille Servat, ”Tri Yann an Naoned“, est à la vente. Sorti en juin chez Kelenn, une jeune maison
de disques bretonne, l'album est épuisé en un mois. Le début d'un succès
populaire jamais démenti. Un quatrième larron se joint a eux Bernard Baudriller
au violon, violoncelle, guitares, flûtes, banjo et chants il
apprend la contrebasse qu'il unit à sa voix.
Enregistré dans les studios Kelenn près de Brest,
Tri yann an naonedsera sera un album composé uniquement
de folklore régional, écossais, irlandais et québécois. ”Les Filles des forges“ : un traditionnel de Paimpont (Rien a voir avec la sirène des soldats du feu !) une chanson légère qui daterait probablement du XIXème
siècle. Elle sera souvent remaniée au fil du temps. ”La Vierge à la fontaine“ : avant d’être un morceau du folklore breton, la vierge à la fontaine
est un tableau de 1439 peint par Jan Van Eyck, il sera aussi interprété par Nana Mouskouri. ”Pastourelle de Saint-Julien“ du folklore breton-vendéen, un morceau que Jossic jouait avant Tri Yann.
”Tri Martelod“ : le chant de trois marins a été jusqu’à supplanter le ”Bro Gozh Ma Zadou“, l’hymne emblématique de la Bretagne. ”Before Ireland can go free“ : d’après un poème du poète irlandais
Sean O’Casey traduit par
Jean-Louis Jossic, enchainé avec le ”Ye Jacobites“, une chanson traditionnelle écossaise qui fait référence aux révoltes
Jacobites vers la fin du XVIIème siècle, un de mes titres préférés
qui a beaucoup plus de punch en live. ”Les Filles d'Escoublac“ : une chanson du pays guérandais qui sonne très moyenâgeuse avec
des paroles légères. ”Johnny Monfarleau“ : direction le Québec avec une chanson d’une interprète
canadienne Mary Rose-Anne Bolduc
(dit la Bolduc) a été très populaire tout juste avant et pendant la crise des années 30
”La Calibourdaine de Breca“ : un instrumental, une danse des pays nantais. ”Dans les prisons de Nantes“ une chanson traditionnelle française dont les origines se perdent
dans le temps.On la retrouve un peu partout grâce aux
mariniers remontant la Loire. ”An alarc'h“ considérée comme un chant patriotique. Elle est reprise par des
chanteurs bretons contemporains. “An alarc'h” raconte le retour d'exil triomphal du duc Jean IV pour reconquérir son duché. ”Le Dauphin“ : jolie chanson du folklore écossais dont l’original est"The Great Silkie of Sule Skerry". ”Au pied d'un rosier“ on termine en pays vannetais, les chanteurs comptent à rebours, commençant par dix tout comme ils le feront dans ”La jument de Michao“ quatre ans plus tard sur l’album ”La Découverte ou l'Ignorance“.
Pour conclure : ”Tri Yann an Naoned“ pour un première album était déjà un best-of avant l’heure et
cinquante années plus tard, ils jouaient toujours la plupart de ces
titres sur scène.
PS : Elle était la chanteuse du groupe Monnaie de Singe,
elle nous a quittés vendredi. RIP Anne-Gaëlle...
Dans le Best Of publié hier, quatre RIP ont été rédigés. Un des disparus de
cette semaine prend place aussi dans ce billet, un artiste ayant œuvré tant
dans des œuvres classiques pour clarinette que dans des formations de jazz
comme saxophoniste ou clarinettiste…
Il y a des semaines comme ça… Abonné à la Revue Diapason, je reçois par
Mail chaque jour quelques infos concernant la vie de la musique classique,
des concerts à venir, des potins, etc. Cette semaine, les faireparts de
décès sont quotidiens. Des artistes âgés voire nonagénaires que l'on a
parfois un peu oublié mais tous ayant assuré des carrières d'envergure…
Impossible et mal venu de rédiger trois RIP sur trois jours différents.
Donc voici trois portraits en quelques lignes, et surtout des vidéos
musicales pour témoigner de leurs talents.
~~~~~~~~~~~~~~~~
Michel Portal
nous a quittés à 90 ans. Sans doute bien connu des amateurs de jazz,
Michel Portal
s'est illustré aussi dans le genre classique, notamment dans les œuvres les
plus marquantes du grand répertoire. Deux chroniques lui ont déjà été
dédiées : en
2012 : les deux
sonates pour piano et clarinette
de
Brahms
et en 2018(Clic), du même compositeur : le
quintette pour clarinette, un monument de la musique de chambre (Clic). La biographie de l'artiste était esquissée dans le premier billet. Je
n'ajoute rien.
Le quintette de
Brahms
a eu des ancêtres, mais on doit à
Mozart
la première partition dans le genre, le génie autrichien ayant été le
promoteur zélé de cet instrument nouveau venu à l'époque classique. Je vous
propose de l'écouter ainsi que le Trio K 498 dans l'interprétation de
Michel Portal
en complicité avec de grands artistes français :
–
Roland Daugareil
et
Régis Pasquier, Violons I et II –
Bruno Pasquier, alto -
Roland Pidoux, violoncelle -
Jean-ClaudePennetier, piano dans la sonate…
Pas d'analyse des œuvres ; elles le méritent, mais de vous à moi, ce
n'est pas le sujet de cet hommage et comme toujours cette musique
charmeuse et poétique coule de source...
YouTube : Quintette K 581–Trio pour piano, clarinette et alto k 498.
~~~~~~~~~~~~~~~~
José van Dam
nous a quittés à 85 ans. Né en Belgique, le baryton a connu une carrière
la plus internationale qui soit, mais refusait le star-system. Une voix
d'exception (baryton-basse) d'une souplesse étonnante et puissante. D'une
humilité artistique rare, le chanteur s'effaçait comme interprète pour
servir en priorité le personnage et les intentions du compositeur, quitte
à ne pas aborder certains rôles, interprétant
Amfortas (Parsifal) mais pas Wotan (le Ring) de
Wagner. Ces plus belles réussites :
Boris Godounov, Falstaff, Wozzeck,
Les Noces de Figaro,
Salomé
(Jokanaan le Baptiste), et bien d'autres…
Deux vidéos YouTube :
mélodies françaises. Souvent l'élocution du français s'avère peu compréhensible des mélomanes
peu aguerris. Un contre-exemple magistral dans un florilège de mélodies
françaises dans lesquelles José van Dam
est accompagné par Jean Philippe Collard…
Un complément qui associe deux barytons mythiques nés au XXème.
Il y a deux semaines, je consacrais un article au baryton Dietrich Fischer-Dieskau,
chantre des lieder de Mahler(Clic). J'évoquais à ce propos que le chanteur allemand était le seul à avoir osé
affronter en concert le rôle de Saint-François d'Assise
de l'opéra éponyme d'Olivier Messian, un rôle dédié à José van Dam
par le compositeur, presque quatre heures ! José van Dam
a chanté lui aussi quelquefois Mahler, en concert, à Chicago et accompagné par Pierre Boulez…
Camille
Saint-Saëns
1 - Danse Macabre
2 - Sonnet
3 - Les Cloches De La Mer
4 - Clair De Lune
5 - Extase
6 - Rêverie
7 - Le Pas D'Armes Du Roi Jean
8 - Si Vous N'Avez Rien À Me Dire
9 - Le Lever De La Lune
Jules Massenet
10 - Élégie
11 - La Mort De La Cigale
12 - Berceuse
13 - Les Mains
Charles Gounod
14 - Medjé
15 - Crépuscule
16 - Envoi De Fleurs
17 - Si La Mort Est Le But
18 - Hymne À La Nuit
Gustav Mahler
1 - Liebst du um Schönheit
2 - Ich atmet' einen linden Duft!
3 - Ich
bin der Welt abhanden gekommen
~~~~~~~~~~~~~~~~
Helmuth Rilling
nous a quittés à 92 ans. Un peu oublié des jeunes générations,
Rilling, originaire de Stuttgart y vivra toute sa vie hormis pendant les tournées.
Issu d'une famille de musiciens, il choisit de suivre une éducation
religieuse au séminaire protestant dans un premier temps puis, de
1952 à 1953, décide de se tourner vers une carrière musicale
sans renier la spiritualité. Il étudie l'orgue, la composition musicale et
la direction de chœur au Collège musical de Stuttgart. Il se passionne pour
la musique de
Bach
dont il enregistrera deux fois l'intégrale de l'œuvre sacrée
(plus d'une centaine de CD). On le surnomme M. Bach 😊.
Helmuth Rilling
était de la même génération que des baroqueux tels
Nikolaus Harnoncourt,
Gustav Léonhardt et leurs disciples explorant l'œuvre du
Cantor
"historiquement informée" (instruments d'époque, voix masculines, effectifs
modestes). Pourtant
Rilling, à l'image du suisse
Michel Corboz, dirigera avec bonheur (passéisme diront quelques snobs) des ensembles
modernes qu'il a créés : le chœur
Gächinger Kantorei
en 1954 et l'ensemble instrumental
Bach-Collegium Stuttgart
en 1965.
Comme commenté dans un article à propos de l'interprétation de la
Passion selon Saint-Matthieu
par
Karl Richter, sa direction reste profondément empreinte de spiritualité même avec ses
chœurs mixtes, des instruments modernes et des solistes motivés.
(Richter)
Il faudra revenir dans le blog sur cet artiste. Pour cet hommage, je vous
propose une gravure de la
Messe en si
de
Bach
extraite de l'intégrale réalisée pour le label Hänsler.
(Chronique messe en si)
En complément et pour montrer que le maestro abordait aussi la musique
sacrée de notre temps, un enregistrement du
Credo
de
Krzysztof Penderecki créé le 11 juillet 1998 avec l'Oregon Bach Festival Chorus and Orchestra
sous la direction de
Rilling
le dédicataire. (l'Oregon Bach Festival
: un autre ensemble fondé par ses soins en 1970). L'œuvre à
l'écriture et à l'orchestration moins avant-gardistes que celle de la 1ère
manière du compositeur polonais a été composée à l'intention d'Helmuth Rilling. Au texte latin, se superposent des versets en polonais. Le résultat peut
apparaître comme néo-classique aux oreilles de certains critiques
intégristes, mais quelle ardeur spirituelle !!!! L'esprit de
Arvo Pärt
n'est pas très éloigné…
[1]
Credo
- [2]
Qui propter nos homines
- [3]
Et incarnatus est
- [4]
Crucifixus
- [5]
Et resurrexit & Et in Spiritum Sanctum & Et vitam venturi
saeculi
MARDI :il
fait partie de ces chanteurs dont on ne connaît qu’un tube, Pat
a
eu la riche idée de redonner la place qu’il mérite à Murray Head
avec ce live « Blues & beyond » où on redécouvre
l’amour du francophile anglais pour la musique du diable.
MERCREDI :dans
la grisaille musicale des 80/90’s, certains sont revenus aux
fondamentaux : le blues. Parmi eux, Bruno
nous
a déniché Omar and the Howlers dont le « Wall of pride »
est un de ses meilleurs albums, "viril, mais correct" selon un
commentateur avisé*.
JEUDI :
si
Alphonse Eugène Beau a inventé le moteur à quatre temps, Claude
nous apprend que Giovanni Sammartini le milanais a inventé « La
symphonie »moderne (à trois temps au début) à partir de la forme sonate, bigre ! Démonstration par
l’exemple dans ce brillant article technico-didactique proposant diverses musique pétulantes pour illustrer le propos.
VENDREDI :au
cinéma, un film irakien, c’est rare, et un joli film en plus, « Le
gâteau du président » où Hassan Hadi s’inspire de son
enfance sous le régime de Saddam Hussein, conte initiatique à
hauteur d’enfant, ne
pas hésiter à y emmener les gamins, ça les changera du merveilleux
monde de Disney.
*dont
on ne citera pas le nom, il va encore demander des royalties.
👉 La
semaine prochaine,
du
folk celtique avec Tri Yann, du jazz cosmique avec Sun Ra, le rock de Miller Anderson, et du ping pong avec Thimotée
Chalamet. Et dès lundi, une première série de nécrologies, dans le classique.
Car y’a
pas que la pluie qui tombe averse… les artistes aussi ! Des
saluts et
remerciements sincères pour
le musicien épris de free Michel Portal, 90 ans, qui a cassé sa
clarinette basse, à l'infatigable réalisateur documentariste Frederick Wiseman,
96 ans (son WELFARE sur le centre d'aide sociale de New York est
incroyable), à l’acteur Eric Dane, 53 ans, dont
Charcot a eu la peau, et
au grand Robert Duvall, 95 ans, découvert dans le fabuleux LA
POURSUITE INFERNALE de Penn, grand interprète chez Coppola LES GENS
DE LA PLUIE, LE PARRAIN, APOCALYPSE NOW, mais aussi MASH, THX 1138,
ÉCHEC A L’ORGANISATION, JOE KIDD… pour n’évoquer que les
70’s. Il était aussi réalisateur, avec quatre films au compteur, dont LE PREDICATEUR.
Allez, on se repend un p’tit coup de napalm, santé !
Les films iraniens, on connaît.
Largement distribués en France, car souvent cofinancés chez nous.
Mais les films irakiens, pour moi, c’est une première. Celui-ci a
reçu un soutien hollywoodien, au vu de la quinzaine de
co-producteurs américains, dont Chris Columbus, un gars qui pèse
lourd dans le business, scénariste producteur et réalisateur
souvent associé aux films pour enfants ou ados, de GREMLINS, MAMAN
J’AI RATÉ L’AVION, à HARRY POTTER.
Le film est d’ailleurs
co-écrit par Eric Roth, celui de FORREST GUMP entre autres. Donc pas
vraiment le genre de film réalisé dans la clandestinité, avec
trois sous et un metteur en scène qui dirige depuis sa cellule. Ça
se voit à l’écran, le film a bénéficié de moyens, et tant
mieux. Mais Hassan Hadi a tenu à faire jouer les gens du cru, des
amateurs. C’est son premier film, récit assez autobiographique, un
genre de 400 COUPS à Bagdad (ou plus précisément à Bassora), il
est aujourd’hui prof de cinéma à New York, ceci expliquant
cela.
On remarque de suite la beauté des images, dès ce premier long
plan, une gamine et sa grand-mère sur une pirogue. Très beau
travelling, fluide, sur le fleuve, la caméra se rapproche des visages, puis un panoramique les suit s’éloigner au rythme du
courant, et on découvre à l’arrière plan une maison en feu.
Superbe. Nous sommes dans le delta du Tigre et le l’Euphrate, les
maisons flottantes sont construites en joncs.
C’est là que vivent
Lamia, 9 ans, et sa grand-mère Bibi. La barque est l’unique moyen
de transport, que prend la gamine pour aller à l’école. Dans deux
jours, c’est l’anniversaire du sympathique et moustachu Saddam
Hussein (étonnant cette habitude des dictateurs de piquer la moustache des autres, de Chaplin à Mercury). La tradition veut que chaque famille
irakienne lui offre un gâteau. Le copain de Lamia, Saïd, dira
d’ailleurs que plus tard il veut être président, pour pouvoir
manger plein de gâteaux.
L’instituteur tire au sort parmi ses élèves et Lamia est désignée pour confectionner le gâteau
« avec beaucoup de crème comme j’aime » insiste le
maître, la corruption se niche partout. Lamia et sa grand-mère, dans la dèche, se rendent le lendemain en ville
pour acheter les ingrédients. Mais est-ce la vraie raison ? Le
périple commence…
Le principe est classique, celui du conte
initiatique. On pense évidemment au film de Truffaut, avec ces deux
gamins frondeurs en vadrouille. Un genre qui permet de radiographier la
société. La corruption généralisée, à chaque barrage
de flics on sort un p’tit billet pour les bonnes œuvres du
Président, un autre pour l’infirmier de l’hôpital public. La coercition comme outil d'éducation, avec cet instituteur qui vole les goûters des élèves
dans leurs cartables, hurle et menace de représailles physiques sur des familles entières. Et
cette propagande anti-américaine, rabâchée en classe, si vous êtes pauvres c’est la faute à l'embargo, pas parce que dear président s'en met plein les poches. Le culte voué au bon Président Hussein, dont le
portrait trône à chaque coin de rue.
Mais pas tant la religion. Dans
la classe de Lamia, peu de fille voilée. Et en ville, dans les bars, hommes et femmes discutent ensemble, on voit même une
chanteuse en jupe courte et talons hauts qui se trémousse. Il faut voir la grand-mère
Bibi houspiller des flics (quand la fillette prend la tangente), non
pas rabaissée à sa condition de femme, mais de paysanne. Une
société bâtie sur les classes sociales, la ville, la campagne.
Mais ce qu’on voit surtout, c’est la pauvreté et le système de
la débrouille. Tout fonctionne en troc. Tu veux un truc ? Tu me
donnes quoi en échange. Un uniforme scolaire contre un poste de radio. Mais aussi le troc en nature... Deux scènes marquantes, ce commerçant
libidineux qui négocie des faveurs sexuelles dans l’arrière
boutique à une femme enceinte jusqu’au dent (les gamins sont chargés de surveiller la porte, contre un peu de sucre). Plus tard Lamia, qui
pour avoir un peu de levure, suit aveuglement un éleveur de poulet,
un gars sympa puisqu’il veut avant l’emmener au cinéma… dans
une salle porno clandestine. Contre trois
œufs, les gamins sont contraints de monter des sacs de 30 kilos jusqu'à l'échoppe d'un vendeur éclopé. Quand on achète pas, quand on échange pas, on vole.
C’est ce monde d’une brutalité folle que
Lamia découvre à chaque recoin de ses péripéties. Son cartable
chargé sur le dos, son coq apprivoisé Hindi comme compagnon
d’aventure, et le copain Saïd, avec qui elle joue au duel de
regards, à celui qui clignera des yeux en premier. Ils feront une ultime partie, sous les bombardements, en classe, un dernier plan
absolument superbe.
Hassan Hadi s’est servi de ses souvenirs pour
écrire son histoire, qu’il filme à hauteur d’enfant. La
violence des rapports y est intelligemment suggérée, mais pas
aseptisée, qui évite le piège du
pathos et du mélodrame. Toutes les scènes dans le delta sont
superbes, baignées de lumières douces, comme ce retour en barque de
nuit à la lumière des flambeaux, opposées à
l’effervescence et la tension des scènes urbaines, comme le vol de
farine dans un entrepôt et la course folle sur les toits de la ville
qui s’ensuit.
LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT est un joli film, construit
sur une idée simple, un schéma qui s’adresse au jeune public
(amenez y vos gamins, à partir de 8-9 ans) qui résonne dans d’autres contrées malmenées par les dictatures, la pauvreté,
la guerre. On objectera tout de même une interprétation assez rigide et peu nuancée de la part des enfants, comme si la direction d'acteurs se bornait à regardez à droite, regardez à gauche...
Couleur - 1h40 - format scope 1:2.39
Une fois de plus,
la bande annonce est conditionnée sous une musique insupportable
faite de crescendos dramatiques, le film vaut beaucoup mieux que
cela.