vendredi 24 juillet 2026

L’ODYSSÉE de Christopher Nolan (2026) par Luc B.


L’adaptation de l’Odyssée d’Homère par Christopher Nolan était un défi à plus d’un titre. Scénaristique d’abord, vu la matière première, et technique, puisque le réalisateur utilise le format 70mn Imax argentique** et ces caméras grosses comme des camions. 

Tournage particulièrement pénible, car on ne trimbale pas ce genre de matos dans un sac à dos. Or 
Nolan (aux antipodes de James Cameron) filme tout en décor naturel, sans recours aux procédés numériques. Pour les scènes de dialogues, les acteurs ne voyaient même pas leurs partenaires derrière la machinerie, Nolan a imaginé un système de jeu de miroirs  ! Ce qui explique ce déficit d'incarnation des personnages ? 

Je ne vous ferai pas l’injure de raconter l’histoire. Si ? Bon, alors rapidos. Ulysse (Matt Damon en jupette) roi d’Ithaque, part en guerre sauver la belle Hélène (Lupita Nyong'o), assiège la ville de Troie, parvient à la faire tomber grâce à la ruse du cheval du même nom. Il devient un héros. Mais le voyage de retour sera semé d’embûches : dieux contrariés, géants casqués, Cyclope, Circé la magicienne, l’envoûtante Calypso, les Enfers... Pendant ce temps, sa femme Pénélope l’attend en faisant de la broderie, assaillie de prétendants qui espèrent l’épouser. Sans nouvelle d’Ulysse au bout de 20 ans (même pas un texto ?) elle envoie son fils Télémaque aux nouvelles. Antinoos, censé veiller sur l’héritier, ourdit un complot contre lui…

On sait Christopher Nolan obsédé par l’idée de temps, celui qui se distend dans INTERSTELLAR, s’efface dans MEMENTO, fait des saltos dans INCEPTIONou repart à l’envers dans TENET. Dans L’ODYSSÉE, c’est le temps qui fuit, qu'on ne maîtrise pas, qui emprisonne. Pour Pénélope qui défait tous les soirs la tapisserie qu’elle brode pour la reprendre le lendemain. Elle avait promis que son ouvrage achevé, elle prendrait un nouvel époux parmi les prétendants qui investissent chaque soir sa maison. Pour Ulysse (en VO il s’appelle Odyssius ?!) qui en perd la notion, recueilli par la belle Calypso après un énième naufrage, qui lui administre un filtre maléfique pour le garder auprès de lui. Il restera 7 ans.

La nymphe est jouée par Charlize Theron, qu’on voit surgir de l’onde telle Ursula Andress dans DR. NO (ou la pub Dior J'adore). Franchement, a-t-on besoin d’une potion magique pour rester buller avec une telle créature sur une plage ensoleillée de Grèce… Pas crédible deux secondes l'Homère !

Commençons par ce qui m’a plu. Nolan, dans la partie centrale de son film, réussit de belles scènes. Dont celle où les hommes d’Ulysse s’invitent à la table de Circé (inquiétante Samantha Morton), qui les transforme en cochons, caressant d’abord leur visage, maternelle, puis les malaxant, les sculptant comme de l’argile pour en faire des porcs. Effets spéciaux vintage, comme dans LE LOUP GAROU DE LONDRES. Images limite gore, et réellement impressionnante. L’épisode du cheval de Troie est moins drôle que dans SACRÉ GRAAL, mais le point de vue des hommes cachés à l’intérieur du canasson est bien trouvé. La bataille qui suit est impressionnante, de nuit, à la lumière des flambeaux. Dommage que cette séquence soit morcelée aux quatre coins du film.

L’épisode du Cyclope est trop vite expédié, sans réelle angoisse, exit la fameuse réplique « je suis personne ». Mais l'horrible créature est réussie, avec ce visage comme modelé de travers, un animatronique de 18 mètres de haut. Je pensais que les hommes d’Ulysse lui faisaient boire du vin avant de l’éborgner, pas ici. Car j’ai en mémoire le ULYSSE de Mario Camerini (1954) avec Kirk Douglas, et j'avais bien aimé l’Homère d’alors.

La baston avec les Lestrygons (géants en armures argentées) est visuellement réussie, je me demande si Nolan n'aurait pas visionné l'EXCALIBUR de John Boorman juste avant... On a de très beaux mouvements de foule sur des plages immenses, ou des paysages brumeux, nuageux, des ciels plombés, décors naturels dénichés en Écosse, ou en Islande pour la scène aux Enfers, visuellement superbe avec ces morts qui sortent du sable noir volcanique. La palette de couleurs est très éloignée de la mer Ionienne, davantage raccord avec un épisode de GAME OF THRONES, qui semble être la référence esthétique du film. Si on ajoute certains costumes qui renvoient plus à BATMAN qu’à HERCULE ou MACISTE, le compte n’y est plus (l’armure d’Agamemnonle roi barbu qui s’avance, bu qui s’avance, bu).

Ah oui, on est passé à ce qui m’a moins plu… C'est quoi cette construction alambiquée ? Christophe Nolan aime distordre la linéarité, certes, mais pourquoi ce récit sur trois temporalités qui se télescopent ? L'Odyssée c'est un voyage, une trajectoire droite, interminable pour le héros. En revenant sans cesse à Calypso, ou le siège de Troie via les flashback, Nolan brise cette continuité. D'où ce manque de souffle, d'aventures. Le film donne l'impression de faire du surplace. Il lui faut 25 minutes d’exposition - qui retardent le départ de l'action - pour présenter tous les protagonistes et enjeux. Ce qu'il aurait eu largement le temps de faire en cours de route.

Tourner en Imax 70mn pourquoi pas, mais quasiment aucune salle de cinéma n'est en mesure de projeter le résultat tel que souhaité par le réalisateur. Comme un bateleur de foire Nolan annonce vous allez voir c'que vous allez voir... on paie, on entre, et on ne voit rien ! Je te files les clés de ma Porsche Carrera 911 mais tu ne dépasses pas le 30km/h.  

La dernière séquence du retour, fameuse avec le défi de l’arc à bander, est décevante, brouillonne, montée avec des plans qui ne dépassent pas 3 secondes. Je ne pensais pas dire ça un jour de Christopher Nolan : elle est où la mise en scène ? D'autant que l'épisode est célèbre, c'est comme Robin des Bois qui arrive encapuchonné au concours de tir à l'arc, on connait le truc ! 

Mais y’a pire. L’ODYSSÉE est encore plus insupportable à écouter ! Les dialogues hésitent entre sentences tragiques, profondes (pompeuses ?) et langage contemporain. Première réplique d’Ulysse : « Va falloir se tirer de cette putain de plage ! ». Gloups ! C'est le soldat Ryan qui parle depuis Omaha Beach, ou Rambo ? Car, et ça c'est pas bête, Nolan fait d'Ulysse un vétéran traumatisé par son passé guerrier, conscient de ses excès de violence (la prise de Troie a été un massacre) puis contraint de sacrifier des hommes, ne pouvant pas les sauver tous. Comme dans ce choix cornélien du passage entre Charybde et Scylla. A se demander s'il veut vraiment rentrer chez lui. 

Si sur la fin la musique fait entendre quelques bribes d’instruments antiques, 95 % de la bande son est un grondement électronique continu, une fusée Ariane (sic) qui tel Sisyphe n'en finirait pas de décoller, des ultra-basses hyper saturées qui font vibrer les fauteuils. Nolan se dit fan absolu de Kubrick et de son 2OO1, film dont l'originalité première est... le silence angoissant.

Comme les matelots qui se bouchent les oreilles de cire pour ne pas entendre le chant des sirènes, j’avais prévu les boules Quies, mes acouphènes ayant décuplé après OPPENHEIMER, mais ça n’a pas suffit. Et ça monte crescendo, plus fort, plus vite. Pas une minute de silence, de repos, de répit, chaque centimètre carré est rempli ras la gueule de bruitage. J'espérais une pause pour entendre le chant envoûtant et mélodieux des sirènes... Peau d'zob ! Scène expédiée. 

Et les acteurs ? Y’en a plein, et des connus. Interprétation sans d’éclat, Matt Damon est massif, torturé, voix caverneuse, Tom Holland a l’air un peu con con, Robert Pattinson joue bien les fourbes, les autres sont méconnaissables ou ne font qu’une apparition. Je retiendrai du casting Anne Hathaway.

Christopher Nolan s’empare d’un récit homérique pour nous livrer un film qui ne l’est pas, plombé par une esthétique héroic fantasy contemporaine. Un film sans réel panache épique, sans féerie ni merveilleux, sans frisson, d’un sérieux de moine jésuite.


couleur  -  2h52  -  pellicule 70mn Imax 1:1.43 (disponible en ratio 1:2.39)

** l'Imax selon Christopher Nolan utilise une pellicule 65 mn à défilement horizontal, donc une surface d'impression 4 fois supérieure à la normal. La bande est dupliquée sur une pellicule 70 mn pour la projection. Le ration d'image est de 1x1.43 [le cadre rouge sur le photo ci dessous]. Sauf que rares sont les salles équipées de projos 70mn Imax (3 en Europe, dont une à Montpellier !) donc 99% des spectateurs, dont mézigue, verront le film dans une version recadrée "scope", amputée quasiment de moitié, pour s'adapter aux écrans classiques [cadre jaune]. L'expérience immersive tant vantée par la promo n'est donc pas au rendez-vous. 



jeudi 23 juillet 2026

MOZART – Exultate Jubilate (Motet 1773) – Edith MATHIS (1979) vs Franco FAGIOLI (2003) – par Claude TOON


- Hou hou… Sonia ! Je te trouve bien guillerette ce matin… Tant mieux… une bonne nouvelle… t'as gagné au loto…

- Oh Claude, je n'ose pas annoncer deux nouvelles intimes… mais je ne pourrai pas cacher longtemps…

- Allez mon petit on se jette à l'eau… On se connait si bien depuis 15 ans…

- J'attends un bébé… si si pour janvier, février et je vais épouser Ferdinand… Je suis trop heureuse !!!!!

- Waouh… Exsultate Jubilate – Réjouissez-vous en latin, le titre du motet de Mozart du jour… Tu nous invites à la cérémonie ?

- Oui, oui… et même à la noce… Oh pas un truc de star, les parents de Ferdinand, quelques amis dont ceux du blog…

- Bon tu me diras quel ou quels cadeaux tu souhaites de la part du blog… On a un budget pour les évènements…

- Trop gentil, mais pas trop de dépense, Luc commandera un presse-purée chez Temu… hihi haha hihihi hahaha…  (3,31 € 😊)


Edith Mathis

Sonia, toute à ses chouettes projets, semble oublier que l'on doit écrire une chronique. Hasard de la programmation, j'avais prévu un billet sur un allègre motet de Mozart dont le titre en latin est Exsultate, Jubilate, soit deux expressions synonymes : réjouissez-vous ! Ce qui avouons-le est de circonstance suite à ces deux annonces… 😊

L'œuvre d'une douzaine de minutes ayant été écrite pour soprano ou castrat, j'ai facilement trouvé une interprétation féminine, il y en a des dizaines et l'élue sera Edith Mathis, célèbre chanteuse des années 70-80. Par contre une interprétation par un contreténor m'a posé bien des problèmes jusqu'à la découverte d'un chanteur idéal – est-ce le seul ? – l'argentin Franco Fagioli

Mozart ne fut guère passionné par la composition de musique sacrée sur commande, pour ne pas dire musique d'Église alimentaire. Le compositeur devenu adulte fréquentera les loges maçonniques. On lui doit une petite vingtaine d'œuvres religieuses mineures et divers chefs-d'œuvre. Les neufs messes brèves écrites à Salzbourg montrent à l'évidence une parenté avec les derniers soubresauts de l'époque baroque. Composées sans grande conviction pour les offices et d'une écriture précipitée, elles demeurent des curiosités académiques peu enregistrées. Parlons des exceptions :

La Messe de l'orphelinat en ut mineur, K. 139 écrite par un gamin surdoué de 12 ans, d'une durée de 45 minutes surprend par ses dimensions et son orchestration qui l'élève au rang de Missa Solemnis. Claudio Abbado en a gravé un enregistrement passionnant.

Moins ambitieuse, citons la Messe en ut majeur K. 167, celle en ut majeur K. 257, ou encore la Messe en ut majeur K. 262. Toutes sont datées de 1776 environ et sans doute commandées par le prince-archevêque Hieronymus von Colloredo, l'employeur de Mozart. Pour diverses raisons, on les considère plutôt comme des messes brèves que des Missa Solemnis. Mozart détestait autant le prélat que ces commandes pour lesquelles son génie permettait néanmoins de fournir des ouvrages de qualité, exemple :  Messe du Couronnement K 317 créée en 1779. Enfin pour Colloredo, Mozart livrera la partition d'une Messe en ut majeur K. 337 en 1781. Elle met fin à la collaboration orageuse entre les deux hommes.

Mozart part avec Constance pour Vienne en 1782 et s'empresse d'écrire avec son cœur une vraie messe à l'intention de son épouse, la Grande messe en ut mineur K427. L'ouvrage aux proportions proches de la Missa Solemnis de Beethoven restera hélas inachevée. Qualitativement cette messe n'a comme concurrente que le Requiem, ultime composition du maitre. Les deux œuvres ont été chroniquées. (Index)


Venanzio Rauzzini

Le catalogue de musique sacrée de Mozart comprend diverses pièces de circonstances. Les deux plus connues sont Ave verum corpus, KV. 618 et surtout le motet Exsultate, jubilate, KV. 165 composé en 1773 à Milan par un jeune Wolfgang de 17 ans. Il compose sous la coupe du prince-archevêque Hieronymus von Colloredo. Il voyage pour la troisième fois en Italie, à Milan, capitale de l'opéra. L'ambition de son père Leopold d'obtenir des postes à la cour des Habsbourg sera déçu… Les opéras séria de son fils n'obtenant qu'un demi succès. Parmi ces opéras toujours proposés sur les scènes lyriques, Lucio Silla, (un despote romain, Lucio Silla en pince pour Giunia, la fille de son rival politique Marius… Mais Giunia déteste Lucio Silla et aime un sénateur exilé, Cecilio. Et patati et patata, la thématique classique à l'époque : conflits sentimentaux, assassinats, tentative de suicide et tout est bien qui finit bien.)


Tout ça pour dire que le rôle de Cecilio était destiné au célèbre castrat Venanzio Rauzzini que Mozart admirait. Rauzzini (1746-1810) occupe une place importante dans le classicisme comme chanteur, compositeur et pédagogue, notamment en Angleterre… N'imaginons pas un eunuque qui gazouille telle une midinette mais un musicien majeur. À son intention, Mozart compose Exsultate, jubilate qui est créé par Venanzio Rauzzini le 17 janvier 1773. La pièce deviendra un hit des airs de concerts sacrés de Mozart.

Le motet est constitué de trois parties et d'un récitatif. L'alléluia conclusif se révèle d'une difficulté technique redoutable comparable à l'air de la Reine de la nuit de la flûte enchantée. De nos jours toutes les sopranos ou mezzos se confrontent à ce motet à l'écriture pétulante ne s'absolvant pas de spiritualité, de prière. Les textes latin-français suivent les vidéos. Rien à ajouter.


Bernhard Klee

J'ai écouté un casting de chanteuses de talent dans cet air jusqu'à la migraine 😊. Honnêtement, j'ai toujours adoré la voix d'Edith Mathis qui chante l'œuvre avec une rare religiosité, sans affectation. M'interrogeant sur la possibilité que la Tribune des disques ait confronté six sopranos, j'ai eu la surprise de constater que oui, chose rare pour une œuvre aussi courte. Edith Mathis fut classée seconde après Cecilia Bartolli, diva à la technique époustouflante mais justement un peu opératique à mon goût pour cette page sacrée… Bref, pour les deux artistes, du grand art.

Déjà présente dans l'enregistrement légendaire du Requiem dirigé par Karl Böhm en 1971 j'écrivais : "Edith Mathis déserte l'opéra pour nous inviter avec une voix d'ange à la méditation, aucune coquetterie sur le mot "Jerusalem". " (Clic)

D'origine suisse Edith Mathis (1938-2025 dans l'anonymat 😊) débute de 1959 à 1963 sur les scènes européennes : Cologne, Festival de Salzbourg, Festival de Glyndebourne, Hambourg, Munich où elle incarne une Mélisande hors du commun. Au Deutsche Oper BerlinKarl Böhm la repère et booste sa carrière : Metropolitan Opera de New York ou Covent Garden à Londres. Les très grands rôles sont désormais à sa portée : Pamina dans La Flûte enchantée, Annette dans Le Freischütz, (Voir la chronique sur le disque de Carlos Kleiber, un must), la douce Sophie dans Le Chevalier à la rose… mais aussi des cantates de Bach. Elle chante dans tous les registres et avec brio… Et bien sûr, ses master-class seront bondées !

 

Bernhard Klee (1936-2025) soit l'exact contemporain à un an près de la soprano Edith Mathis dont il fut le mari pendant un temps non précisé ! Ancien petit chanteur du Thomas-Chor de Leipzig, il a dirigé nombre d'orchestres germaniques. Le maestro se spécialisera dans l'interprétation d'opéras en mémorisant pas moins de 80 partitions. Il sera aussi proche des milieux modernistes de la seconde moitié du XXème siècle, créant par exemple des ouvrages de Hans Werner Henze, compositeur sérialiste dans sa jeunesse mais plus éclectique par la suite… Encore des sujets de chroniques. Notons une gravure originale du chef avec Edith Mathis et d'autres chanteurs connus : Der Wildschütz (le braconnier) un opéra-comique d'Albert Lortzing (1801-1851).

 

Pour le disque du jour comportant en complément de nombreux airs de Mozart, Bernhard Klee dirige l'orchestre de la Staatskapelle de Dresde, pas moins.


Franco Fagioli

Difficile d'achever cette chronique sans découvrir Exsultate, jubilate chanté comme à l'époque par un castrat. La modification génitale imposée n'étant plus à la mode (qui s'en plaindra  😊), La voix de contreténor a été redécouverte presque à l'identique par Alfred Deller au siècle dernier. Il semble que l'exigeant "chant de tête" caractérisant la tessiture de contre-ténor, appelé aussi falsettiste, haute-contre, etc., spécialité d'Andreas Scholl ou Philippe Jaroussky, s'exerce exclusivement dans le répertoire baroque… C'est assez logique car cet artifice "génital" qui peut nous choquer a disparu à la fin du XIXème siècle en Italie. Les gamins préados n'étaient ni consultés ni a fortiori consentants !!

Près de l'abandon (pas mon genre, mais bon…), Franco Fagioli m'a apporté une réponse grâce à son album Anime Immortali. Le chanteur d'origine argentine, que je découvre, âgé de 45 ans, propose dans son album des airs de Mozart dont le motet. Les spécialistes le classent comme contreténor voire comme soprano. Il a donné au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2023 un concert dans le répertoire mozartien peu visité. Un album miraculeux disponible sur YouTube. Il domine une tessiture d'une amplitude stupéfiante… Daniel Bard dirige l'orchestre de chambre de Bâle. Je reviendrai sur sa discographie riche de 27 albums seuls ou avec des comparses, notamment dans des airs de Haendel ou encore l'opéra Artaserse de Leonardo Vinci avec entre autres Philippe Jaroussky et Diego Fasolis à la direction…

Orchestration : 2 hautbois, 2 cors, cordes et orgue pour le continuo. Partition :

Plan :

Allegro, en fa majeur, 4/4.

Recitativo secco, en fa majeur, 4/4

Andante, en la majeur

Allegro, en fa majeur

 

Minutage : Edith Mathis : [00:00] - [5:01] - [5:58]  -[12:20]

Durées des plages : Franco Fagioli :[4:25] - [0:45] - [5:43]  - [2:31]

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

Exsultate, jubilate,

o vos animae beatae,

dulcia cantica canendo,

cantui vestro respondendo,

psallant aethera cum me.

 

Fulget amica dies, iam fugere et nubila et procellae;

exorta est justis inexspectata quies.

Undique obscura regnabat nox; surgite tandem laeti, qui timuistis adhuc,

et iucundi aurorae fortunatae

frondes dextera plena et lilia date.

 

Tu virginum corona,

tu nobis pacem dona,

tu consolare affectus,

unde suspirat cor.

 

Alleluia, alleluia

Réjouissez-vous, réjouissez-vous,

Ô âmes bénies,

Chantant de doux chants,

En réponse à votre chant,

Les cieux chantent avec moi.

 

Le jour bienveillant brille, les nuages ​​et les orages fuient ;

Un calme inattendu s'est levé pour les justes.

De toutes parts régnait la nuit obscure ; levez-vous enfin, joyeux, vous qui aviez encore peur,

Et offrez votre main droite pleine de feuilles et de lys à l'aube bienfaisante et heureuse.

 

Vous êtes la couronne des vierges,

Vous nous accordez la paix,

Vous consolez les cœurs,

D'où soupire le cœur.

 

Alléluia, alléluia



mercredi 22 juillet 2026

GRAND FUNK RAILROAD " Born to Die " (1976), by Bruno



                    D'où vient le Rock FM, AOR ? Jusqu'où remonte sa source ? Impossible à dire tant les affluents sont nombreux.

      On mentionne généralement le premier essai de Boston, disque de 1976 qui avait alors insolemment établi de nouveaux records de ventes. Toutefois, l'année précédente, un petit groupe originaire de Flint, proche banlieue de Detroit, enregistre un disque que certains "exégètes" considèrent carrément comme un élément fondateur du genre. La galette, elle, ne sort qu'en janvier 1976 - huit mois avant celle de Boston. Le groupe en question n'est autre que Grand Funk Railroad. En entendant ce nom, nombreux sont ceux à s'esclaffer... par méconnaissance. Ou en ne se référant qu'à certains écrits d'une presse particulièrement acrimonieuse, réductrice et moqueuse, peu au fait de l'évolution incessante du groupe (la presse française n'a jamais été tendre, c'est le moins qu'on puisse dire) qui resta sempiternellement sur une première impression et des idées préconçues (1). Car en effet, si à l'origine, le trio pouvait se monter particulièrement tapageur et bourrin, en particulier en concert - le "live Album" aurait fait saigner bien des oreilles - à côté de Blue Cheer, ils restaient un collectif de petits joueurs - et de meilleurs musiciens. S'obstiner à discréditer avec force ce groupe, répéter inlassablement pendant des lustres que ce n'était qu'une réunion de primaires sans aucune finesse et de piètres musiciens, c'est ignorer son inspiration Soul - la Motown a influencé plus d'un rocker du Michigan - et surtout sa constante évolution. Certes, certains morceaux sont plus dans le plaisir immédiat procuré par la débauche d'énergie, dans la recherche de l'excitation générée par la puissance et la rage inhérentes à une musique binaire et bruyante. Pour cette raison, le groupe a été victime d'avanies et de brocards en tout genre. Pourtant, bien des groupes pour lesquels c'était l'unique objectif - et tant pis pour l'approximation musicale - ont été encensés pour ce même trait de caractère.


   Bref, on retrouve donc chez Grand Funk le souci de ne pas se répéter, ou du moins, de ne pas refaire deux fois le même album. Il y a déjà quelques menues différences entre "On Time" et "Grand Funk" (le "Red Album"), deux galettes sorties la même année. Et plus encore entre "Closer To Home" et "Phoenix", qui n'ont que deux années d'écart. On remarque ainsi que dès que la formation est parvenue à briser les chaînes qui la liaient à leur manager-gourou-producteur, Terry Knight, elle a produit des disques en général plus travaillés. Ce manager despote ne voulait pas que ses "protégés" s'attardent en studio. Selon ses dires, c'était une démarche pour préserver la spontanéité du groupe, afin qu'il ne sortent pas des sillons creusés par leur proto-heavy-rock rugueux des débuts. Mais, on soupçonne que la motivation réelle de Terry Knight, était plutôt motivée par la possibilité de récupérer à son seul profit - en réduisant les frais de studio - une part des plus amples sur le budget alloué par la compagnie pour l'enregistrement d'un disque. À savoir que le coco avait négocié avec Capitol Records, un pourcentage sur les gains plus important pour lui-même que le total cumulé par les trois musiciens .

     Avec l'apport d'un quatrième membre en la personne de Graig Frost, pour assurer les claviers, c'est une nouvelle mue qui s'opère. Grand Funk change alors de peau pour se parer d'une nouvelle parure plus lustrée et rutilante. Bien sûr, les claviers ne sont pas nouveaux au sein de la formation, Mark Farner en jouant depuis le premier album. Et sans être un virtuose des touches d'ivoire, loin de là, il sait se montrer efficace. Mais, avec un claviériste en permanence, la tonalité du groupe change forcément. De plus, évidemment, Frost est nettement plus fin et compétent. Sa présence entraîne Grand Funk sur des rivages jusqu'alors à peine abordés.

     Initialement, Frost est sollicité pour donner un coup de main sur le bien nommé "Phoenix" (le premier album sans Terry Knight dans les pattes), avant de partir en tournée avec le groupe - pour soulager Farner qui devait parfois jongler entre sa guitare et les claviers -, et d'être ensuite titularisé. Contre l'avis de Farner qui craignait que le groupe - avec un claviériste permanent - ne perde sa facette brute et rock'n'roll. Paradoxalement, sachant que Frost était un ami de longue date (ils ont quasiment le même âge), c'est probablement Farner qui l'a convié à venir lui prêter main forte. La suite lui donnera raison. Initialement, c'était Peter Frampton qui était souhaité, mais ce dernier venant de signer un solide contrat avec A&M, n'était plus disponible. Pourtant, ce n'est pas pour autant que la troupe tombe dans la mièvrerie, l'insipide. Le caractère même du groupe n'est pas brisé. Mais, sans renier ses racines rock, le groupe s'imprègne de plus en plus de teintes Soul. Une soul musclée. Avec le soutien de Frost, le chant de Farner progresse, prend de l'assurance et de l'audace. Désormais, entre la présence de claviers tempérant l'ardeur des loustics et un chant qui prend ses aises, inspiré par la soul de la Motown, la musique prend des virages approximativement plus pop, voire mélodiques, Grand Funk troussent quelques chanson qui pourraient être les prémices d'un Rock FM. Ténues en 1972, avec "Phoenix", elles s'affirment progressivement, pour être outrageusement présentes en 1974 sur l'album "All The Girls in the World Beware!!!" - où l'on retrouve deux gros succès du groupe : la reprise "Some Kind of Wonderful" (qui relance au passage ce formidable morceau de 1967) et "Bad Time", d'inspiration Motown. Quelques mois auparavant, la structure même des chœurs et leur interaction avec le chant sur "Ain't Got Noboby" (sur l'album "We're An American Band") préfigure étonnamment Boston.


   En janvier 1976, Grand Funk Railroad enfonce le clou, allant plus loin dans son exploration d'un rock nettement plus chiadé et mélodique. La complémentarité des chœurs (avec le renfort notable de Graig Frost) est désormais totalement abouti et Mark Farner n'a jamais aussi bien chanté. Même Don Brewer sait - parfois - faire preuve de retenue pour mieux se glisser dans la peau d'un soulman de charme. En particulier avec "I Fell for Your Love", débordant de Soul où Brewer met dans sa poche son habituel machisme exacerbé (exagérément forcé ?) pour se morfondre de la perte de son amour- ou ne serait-ce pas plutôt la complainte de son ego, blessé d'avoir été rembarré ?.

     Mais avant, Farner lève le rideau sur la chanson éponyme. Élégie sur un tempo funeste en mémoire d'un proche cousin récemment décédé dans un accident de moto.   "Je pleure mon cousin , mort hier... Oooo-Oooo... Ils n'avaient pas roulé loin. Ils étaient sortis pour s'amuser sur une moto qu'ils avaient construite. Comment auraient-ils pu savoir, cette nuit-là, qu'il serait tué ?". Une solennité inattendue brisée par un refrain presque festif, comme une allégresse bridée par la douleur, célébrant le défunt "Il vivait sa vie en toute liberté, exactement comme il l'entendait. Mais il y a toujours cette chose qu'on n'attend jamais. Tu es né pour que ça t'arrive... Oooo-Oooo...". Une ouverture assez surprenante, mais qui ne manque pas de sel, augurant d'entrée un soin particulier apporté aux chansons. 

     Bien qu'un peu plus enlevé, un brin "funk vaseux", "Dues" garde un pied dans le cafardeux "Je crois que je fonce droit vers un terrible accident. J'ai fait plus de projet que quiconque n'a jamais payé son dû. Je ne suis pas stupide et j'ai peut-être trop d'orgueil. Le médecin a décidé que je ferai mieux de mourir. Jésus, regardes-tu ou es-tu devenu aveugle ? Les âmes damnées sont parmi nous et le temps nous est compté". Des chansons en accord avec la pochette morbide présentant les musiciens dans des cercueils (une séance photo qui n'avait pas été du goût des musiciens... superstition ?).

     Mais un soleil radieux chasse les épais et sombres nuages avec un "Sally" particulièrement solaire. Une superbe et radieuse chanson - entre Pop et rhythm'n'blues - illuminée par l'harmonica guilleret de Jimmy Hall de Wet Willie (un bon pote de Farner) et les chœurs fermes et enjoués de Donna Hall (une pote de Farner, et un peu plus, il y a quelque temps 😉). Jamais Farner n'avait autant rayonné de bonheur. Il semble avoir des ailes, sauter de nuage en nuage. Et pour cause, c'est une déclaration d'amour - sans pudeur - à Sally Kellerman (chanteuse et actrice ; que les cinéphiles connaissent sour le doux sobriquet de "Hot Lips").  Les paroles d'une rare platitude n'enlèvent rien à cette réussite, véritable pépite revigorante. "I Fell for Your Love" parle encore d'amour (perdu), avec donc un Brewer méconnaissable, presque crooner, et un Farner qui fait parler, ou plutôt pleurer, sa wah-wah. 


   
S
ur le mélancolique "Talk to the People", Jimmy Hall, à nouveau sollicité, livre quelques belles performances au saxophone. Farner finit par le rejoindre pour une série de savoureux échanges. Farner, qui commence sérieusement à laisser parler sa foi, est à deux doigts de tomber dans le prêche - enjoignant à écouter le Seigneur avant qu'il ... qu'il ne soit trop tard 😨. Heureusement, les paroles chez Grand Funk sont généralement réduites à leur plus simple expression (c'est d'ailleurs souvent confondant de naïveté), la musique, elle, reste maîtresse des lieux.

     Le vif et enflammé "Take Me" - où Brewer se laisse à nouveau griser par sa testostérone -, fonce tête baissée dans un rock ignescent - anticipant l'archétype de la pièce virulente placée dans les albums de Rock FM. Étonnamment, entre les chœurs touffus, les claviers expansifs et la guitare chargée d'un épais flanger, on croirait presque entendre une petite cohorte de cuivres. "Good Things" - en clôture - est un peu dans la même lignée 

     Indéniablement, "Born to Die" est l'un des albums les plus aboutis de Grand Funk Railroad, des plus travaillés et des plus diversifiés. Pourtant, commercialement, il marque une chute irréversible dont le groupe ne se relèvera jamais. Si les débuts de sa (relative) "sophistication" sont récompensés par des ventes records pour le groupe, avec notamment un album en tête des charts et plusieurs singles dans le top 5, à partir du double live "Caught in the Act", sorti en 1975, c'est la chute brutale. À force de tirer à boulets rouges dessus, la presse a fini par avoir raison du groupe de Flint. Si Grand Funk a bien réussi, à un moment donné, à élargir son auditoire, une partie des premiers "disciples" regrettent la perte de l'accessibilité, de la simplicité brutale, du son séminal (primal) habillé de fuzz et de grognements des premiers albums, et finissent par s'en détourner. Ainsi, pour une partie du public, l'âge d'or du groupe s'arrête en 1971, avec "E Pluribus Funk". L'évolution a pourtant été progressive et logique, naturelle. Et comme si cela ne suffisait pas, 1976 est l'année où Capitol Records se restructure cruellement en mettant à la porte - ou en ne renouvelant pas les contrats - des artistes qu'il estime dorénavant ne pas être assez "rentables". Alors que Grand Funk a été pendant 5 années pour la major, une véritable corne d'abondance (en plus d'impressionnants chiffres de ventes, un contrat particulièrement avantageux pour les finances de la boîte).  Ainsi, cette galette de 1976 n'a pas vraiment eu de promotion, et le groupe, empêtré dans des dettes avec le fisc (à cause d'une gestion arbitraire), ne peut partir sur la route le défendre. Même des années plus tard, ceux qui connaissaient cet album étaient peu nombreux ; et ce n'étaient pas les quelques rares articles qui le descendaient en flèche, qui donnaient envie de se donner la peine de le dénicher. C'est pourtant un très bon disque qui, avec le temps, a réussi à convaincre. Un disque qui, avec le précédent de 1974, "All The Girls in the World Beware!!!", voit une atténuation des ardeurs de leur heavy-rock et un mariage à la Soul et au Rhythm'n'blues (2) - au détriment du Blues -, ce qui pourrait bien avoir participé à poser des bases d'un rock FM / AOR. Avec une apparence encore crue, pas encore ampoulé et grevé d'un encombrant cahier de charges. 


Side one


Auteur/compositeurLead Vocals
1."Born to Die"FarnerFarner5:35
2."Dues"Brewer - FarnerBrewer5:36
3."Sally"FarnerFarner3:16
4."I Fell for Your Love"Brewer/FrostBrewer4:12
5."Talk to the People"Farner/FrostFarner5:33
Side two


Auteur/compositeurLead Vocals
6."Take Me"Brewer/FrostBrewer5:10
7."Genevieve"Farner/Brewer/Schacher/Frost0(y'en a pas)6:12
8."Love Is Dyin'"BrewerBrewer4:14
9."Politician"FarnerFarner3:54
10."Good Things"FarnerFarner4:35



(1) Frank Zappa dira même qu'il connaissait un gars qui avait fait la critique de "All the Girls in the World Beware !!!" juste en regardant la pochette, sans écouter le disque.

(2) La Motown avait bien nourri les esgourdes réceptives des musiciens 



🎼🎶🚃
Autres articles / Grand Funk Railroad (lien) : 👉   "Closer to Home" (1970)  👉  "Phoenix" (1972)  👉  " Shinin' On " (1974)