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Flûte : Mathieu Dufour Hautbois : François Leleux Clarinette : Paul Meyer |
- Salut Pat, je sais que tu aimes Poulenc… Voici un trio de sonates (ce
n'est pas un oxymore) composées dans ses dernières années… Courtes et
poétiques… Du début des années 60, mais rien d'intello…
- En effet Claude, Paul Meyer à la clarinette et François Leleux au
hautbois, c'est le grand jeu !! Je ne connais pas ce flûtiste par
contre…
- Natif de la Capitale, Mathieu Dufour a exercé comme flûtiste solo à
Toulouse puis à l'opéra de Paris à l'époque de cet enregistrement… Il
l'a été aussi à Chicago, à Los Angeles et à la Philharmonie de Berlin…
Un humoriste québécois porte le même nom, donc voir Wikipédia in
English…
- Ah ouais… pas un perdreau de l'année !!! Poulenc a composé d'autres
sonates avec piano il me semble, dont une avec violon dédiée à Ginette
Neveu…
- Oui, mais le compositeur français semblait moins à l'aise avec les
instruments à cordes… Mais ce jour, place aux vents, à suivre…
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| Francis Poulenc |
La culture générale musicale française serait-elle moribonde, situation en
adéquation avec le niveau d'instruction de notre jeunesse en mathématique et
en grammaire, orthographe, syntaxe, que sais-je… niveau réputé au ras des
pâquerettes par des experts pas si nihilistes que ça. À mon âge et avec le
recul, je crains que ce ne soit pas si exagéré de leur part ! La prof de
musique de mon fils en 1997 (3ème) "Mozart ayant écrit 41 symphonies était un bien plus grand génie que
Beethoven qui n'en avait écrit que 9".
- Oui, Claude, je plussoie, affirmation pour le moins stupide !
Entrée en matière bizarre allez-vous dire. J'avoue une fascination pour la
société finlandaise qui culmine au sommet de la pyramide des systèmes
éducatifs de qualité et, en parallèle, entretient une activité musicale très
dynamique, tant en termes de composition que de performances instrumentales.
Leur recette dans un pays de 6 millions d'habitants ? une tradition ?
j'ignore leur secret !!
Je ne vais pas balancer le trivial "mais que fait le gouvernement" ? La réponse implicite étant "rien", ce n'est pas nouveau, toutes
tendances politique confondues. Rendons pourtant hommage à des associations
parascolaires, à des municipalités dont l'obsession ne se limite pas à
cultiver la complaisance culturelle bas de gamme (au pif : festivals
Électro…, rap + fight en prime), ceci afin d'assurer un futur score
électoral favorable à consolider leurs rentes de situation. Certaines
mairies subventionnent les associations gérées par des bénévoles pour des
professionnels, qui mettent ainsi sur pied des écoles musicales d'amateurs
pour des gamins des quartiers dits défavorisés. Tous apprennent à aimer la
musique savante (ou pas trop), du jazz, à participer à des chorales sous une
pluie de fausses notes, mais avec une passion et une camaraderie qui ne sont
pas feintes… Je n'assiste plus guère qu'à des concerts de ces apprentis
virtuoses (il y a parfois du boulot à envisager, mais c'est chouette
😉).
Je ne peux m'interdire de pasticher le poilant sketch des inconnus "Télémagouilles ?". Question au candidat : "Citez cinq compositeurs classiques français". Réponse ; "Heu…. Debussy – grâce à un billet de banque disparu -, […] Ravel – grâce au Boléro – et…" Ding 🔔 dong 🔔. "Désolé !
Il y avait aussi : Berlioz, Fauré, Bizet… et d'autres quand même
!!!".
- Sacré Claude et sacré sketch ! "Stéphanie de Monaco", haha ! Je
devine où tu veux en venir… à Poulenc et pas que lui…
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| François leleux |
SOS le Toon… À la question quel est donc le nombre de compositeurs français
dont au moins une œuvre a été chroniquée dans le blog, soit dans un billet
dédié à un grand maître, soit comme auteur d'un morceau de récital, en un
mot une anthologie ? ⏳… ⏳… 🔔 ? La réponse est 37.
- Non ! Claude ! Tant que ça…
- Si si ! Pat !
Et tu n'y es pas étranger.
Évidement il y a les stars déjà citées :
Ravel
(25 billets),
Berlioz
(13),
Debussy
(16) … Je ne dresse pas la liste détaillée, ils sont tous présents dans l'index. Ok
Honegger
était de nationalité suisse mais travailla en France et on pourrait ajouter
le belge
César Franck
et l'allemand
Offenbach
qui firent carrière dans l'Hexagone. Tiens je n'ai jamais parlé de
Vincent d'Indy
! Monarchiste, anti-dreyfusard*
et réactionnaire tendance dure mais compositeur prolifique et fondateur de
la Schola Cantorum, école de haut niveau mais traditionaliste. Là, j'abuse…
ne serait-ce que présenter une belle version de la
symphonie cévenole
serait en accord avec mon éthique de ne pas tout amalgamer un siècle après
les faits.
(*)
Tout comme des peintres ou écrivains majeurs : Maurice Denis, Edgar
Degas et Auguste Renoir, ainsi que José-Maria de Heredia, Jules Verne,
Pierre Louÿs, Frédéric Mistral... Inversement, le militaire aura les
soutiens des dreyfusards : Claude Debussy, Albéric Magnard (auteur d'hymne à la liberté, le "J'accuse" de Zola en mode musical"). Curieusement, D'Indy
sera très proche de Paul Dukas, son mentor. Pourtant l'auteur de
l'Apprenti sorcier était juif ! Les gens sont bizarres…
Poulenc n'est pas loin du podium avec huit chroniques, pas une exclusivité de symphonies, la spécialité de Bruckner ou un catalogue de pièces immortelles pour piano du grand Chopin… Poulenc est l'homme de tous les genres à l'image de sa personnalité fantasque. Cet éclectisme explique sans doute : son manque de célébrité affirmée auprès de mélomanes au goût plus sélectif, sa découverte tardive et son absence des programmes de concerts sont injustifiées.
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| Mathieu Dufour |
Bigre je reprends ma rédaction après un bon mois d'arrêt. Sans chercher à
tricher, coincé dans la logique de ma narration faute d'une connaissance
détaillée de la personnalité de Poulenc, j'ai fait appel à l'I.A. avec deux questions : "Poulenc avait-il des amis ?" et "Quelle était l'orientation politique de Poulenc ?". La moisson est copieuse et s'accorde avec le portrait que je me faisais
du personnage. Autre confirmation, l'I.A. récolte des mots clés
principalement dans Wikipédia. Cela dit, les informations sont fournies
telle une liste à la Prévert dans une rigueur rédactionnelle digne
d'un formulaire CERFA ou d'une spécification fonctionnelle ou opérationnelle
pour rafraîchir les souvenirs des concepteurs en informatique 😊. Apportons
un peu de fantaisie.
Pour la seconde question, à propos de l'antisémitisme et de l'affaire
Dreyfus, il n'y a aucun doute et de toute façon il était né en
1899 à Paris et toute intolérance envers les juifs le révulsera
notamment pendant l'Occupation. Son père est un industriel qui exige que le
jeune
Francis
poursuive des études générales même si le gamin pianote dès l'âge de cinq
ans. "Oui papa" je n'irai pas au Conservatoire 😒. Politiquement,
Poulenc
issu de la bourgeoisie catholique fera sien un certain conservatisme sans
jamais se rapprocher d'un parti. L'époque est à l'essor du communisme de
Thorez influencé par la révolution russe et issu définitivement d'une
scission avec la SFIO (parti socialiste) lors du congrès de Tour en
1920, face à la droite nationaliste antisémite, celle d'un
Maurras (fondateur de l'Action française).
1904 : Jenny sa mère initie son fiston
Francis
aux ouvrages "faciles" de
Mozart,
Schubert
et
Chopin… madame a des relations… Le véritable apprentissage de l'univers musical
commencera sous les meilleurs auspices.
Le frère de Jenny, Marcel Royer (L’oncle Papoum 😊),
spectateur assidu de l'avant-garde à l’Opéra-Comique, fait découvrir à son
neveu
Francis
émerveillé :
Petrouchka
et
Le Sacre du Printemps
de
Stravinsky, un homme qui deviendra une référence pour le futur compositeur.
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| Ricardo Viñes |
Francis
poursuit ses études au lycée Condorcet. Maman Jenny, pleine de
ressources s'est liée d'amitié avec Mme Geneviève Sienkiewicz,
femme de banquier, elle-même très proche du pianiste catalan
Ricardo Viñes. Souvent cité dans le blog, le virtuose espagnol doit une partie de sa
célébrité comme créateur des œuvres "injouables" de
Maurice Ravel
tel
Gaspard de la Nuit
(pas injouable mais partageant le statut de Graal de la difficulté au
clavier avec
quelques pages
de
Liszt).
Ravel
lui-même n'osait pas les jouer en concert. On peut ajouter les créations de
pièces de
Debussy
et de tous les compositeurs français pour le clavier de cette époque.
Ricardo Viñes
a très peu composé mais il me vient l'idée d'un billet consacré à cette
personnalité essentielle pour l'essor du piano en France au XXème siècle. Né en 1875, il vit à Paris et a fréquenté le Conservatoire.
Lors de sa rencontre avec
Poulenc
qui est adolescent, il lui donne des cours théoriques et techniques qui
comprennent les œuvres des génies énumérés ci-avant et de Satie. Par ailleurs conscient du talent du jeune
Francis, il le confie à
Charles
Koechlin
pour travailler l'harmonie et la composition (Koechlin
le polytechnicien : 😊).
Poulenc
s'élance et compose en 1916 une œuvre atypique : La
Rhapsodie nègre, l'époque raffole hypocritement de l'art pseudo-nègre et envoie en même
temps les africains se faire massacrer dans les tranchées ! L'œuvre est
conçue pour Baryton ou Mezzo et un petit ensemble instrumental : 2 violons,
alto, violoncelle, flûte, clarinette en si bémol, piano. Si la création de
cette fantaisie rencontre un beau succès ; présentée à
Paul Vidal
professeur de solfège au Conservatoire, elle fait hurler des imprécations
injurieuses le docte enseignant. La haute tenue de ce blog m'empêche de
copier in extenso les propos reposant sur cette aimable rhétorique, "…œuvre infecte, inepte, “couillonnerie” infâme. Vous marchez avec la
bande de Stravinsky, et… Satie (le dédicataire) et Cie, eh bien, bonsoir
!". Pour
Poulenc, le Conservatoire, c'est mort !
Un camouflet fatal pour son début de carrière ? Non un tremplin car cette
œuvrette ravit les novateurs.
Maurice Ravel
présent à la création se serait exclamé avec humour : "Ce qu'il y a de bien avec Poulenc, c'est qu'il invente son propre
folklore". L'œuvre est accueillie triomphalement, et dès le lendemain, la nouvelle
se propage qu'un nouveau talent musical vient d'entrer dans la cour des
grands. Diaghilev des ballets Russes lui commandera le ballet
les biches
(Clic).
– Pardon Pat ? Non, il n'y aura pas de billet Paul Vidal, le blog n'est
pas une poubelle !
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| Paul Meyer |
Pour la première question, la prédisposition de
Poulenc
de se lier d'amitié avec les intellectuels et créateurs modernistes et
humanistes de son temps me conduirait à écrire un mémoire. Donc, juste
quelques repères… Éclectique dans ses relations, il fréquentera
Max Jacob et Picasso, les poètes Paul Éluard et
Guillaume Apollinaire qui lui fourniront matière à maintes mélodies,
les compositeurs du groupe des six dont
Milhaud
et hors hexagone : l'américain
Samuel Barber. Ajoutons de facto Jean Cocteau, un touche-à-tout dont livres,
peintures et films paraissent datés de nos jours mais qui animera la vie
culturelle française dans toutes les disciplines entre les deux guerres et
après. Je reviendrai dans d'autres billets sur la carrière de
Poulenc.
Le riche catalogue de
Poulenc
n'apparaît pas immédiatement comme tel de par la dénomination des œuvres. Il
travaillera dans tous les genres, y compris religieux à partir des années
30. Si on pense à
Scarlatti
et ses 555
sonates pour clavier
ou à
Bach
et ses 150
cantates, ou encore
Leif Segerstam, l'excentrique maestro finlandais (†2024) et ses 371
symphonies
😊, ces chiffres donnent le vertige en terme de puissance de travail.
Poulenc
titre ses partitions de manière fantasque en accord avec son humour.
En 2020 j'écrivais : Le catalogue de ses œuvres est presque inclassable
par catégories académiques, même si on y rencontre quelques concertos et
les deux œuvres religieuses gravées sur ce CD aux titres respectant la
rhétorique catholique
(Gloria,
Stabat Mater), la lecture de la liste de sa production vous fera penser à la
fantaisie d'un
Satie :
Quadrille à 4 mains,
Suite en 3 mouvements,
Le Gendarme incompris,
Quatre poèmes de Max Jacob,
Cinq Impromptus…
185 numéros néanmoins où s'entrecroisent des
sonates
de forme classique
(si tant est que la
Sonate pour hautbois
vs
clarinette et piano
le soit…)
et des œuvres à l'effectif inattendu comme
Les Chemins de l’amour
de 1940 pour voix et petit ensemble orchestral (clarinette, basson,
violon, contrebasse, piano – un héritage deux décennies plus tard de Rhapsodie nègre).
Sonate pour hautbois
vs
clarinette et piano
! En voilà une chouette transition pour le sujet du jour. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme dans le
Deblocnot" aurait dit Lavoisier 😊.
Les lecteurs qui ont écouté Le concerto pour orgue, timbales et cordes de 1939, puis le concerto champêtre pour clavecin et orchestre de 1929 dans un billet de 2015 ont pu constater que Poulenc maniait une écriture jonglant entre gravité spirituelle et épicurisme humoristique, hormis dans son grand Œuvre lyrique Dialogue des Carmélites d'après la pièce de Bernanos (inspirée de l'envoi à l'échafaud de religieuses pendant la Terreur). L'opéra, bien moins romantique que Fidélio (euphémisme), devient un réquisitoire féroce contre l'obscurantisme et la cruauté inhérente à la mise en place d'une tyrannie. Ces déviances vengeresses répondent sous couvert d'une révolte justifiée ou d'un putsch barbare à celles d'une dictature précédente. … Tant dans ce monument de l'opéra contemporain, que dans ses ouvrages de la dernière période créatrice, Poulenc ne favorisait aucun des modes et des systèmes musicaux nouveaux dans le style, pas plus que la tragédie dans la thématique… Pourtant Webern le passionnait et il attendait que Boulez fasse ses preuves dans ses recherches…
Disciple de
Debussy
et de
Viñes, les théories tonales ou sérielles ne sont pas pour lui un passage obligé
; l'appartenance à une école dogmatique ? très peu pour lui... Sa musique se
veut soit mystique, soit altière et goguenarde… Encore une liberté qui ne
facilitera pas sa popularité après la Libération et sa participation à la
résistance… Le sérialisme et l'atonalité d'un
Leibowitz
et ses comparses occupent tout l'espace musical parisien… Exception :
Messiaen.
Bien au-delà des titres fantaisistes, l'imagination et le goût de Poulenc pour la variété de ses compositions s'étend aux formes elles-mêmes, dans le sens où il n'écrit jamais deux fois pour le même ensemble instrumental, ainsi les huit sonates écrites entre 1918 et 1962 pour un, deux voire trois instruments. La liste est disponible sur divers sites. Dans le coffret de 6 CD, Éric le Sage a réuni sur le CD 5 les trois sonates pour un seul instrument à vent plus trois autres œuvres de musique de chambre. Un principe contraire aux catalogues de Mozart ou Haydn… Aucune numérotation ne s'impose et elles datent toutes des dernières années de sa carrière. Poulenc mourra en 1963, les deux dernières sonates seront créées de manière posthume.
Quelques lignes sur les interprètes des sonates. Le pianiste français
Éric Le Sage, ici meneur de jeu, est un spécialiste de
Poulenc
dont il a enregistré toute l'œuvre pour piano. Il a réitéré pour celle de
Schumann
et la musique de Chambre de
Schumann. Cet artiste ressuscite des concertos de compositeurs connus mais mis de
côté par les virtuoses.
Le flutiste
Mathieu Dufour
en dehors de prestations comme soliste telle celle pour cet album a occupé
les postes de flûte solo de nombre des plus grands orchestres de la planète
:
symphonique de Chicago,
philharmonique de Los Angeles,
philharmonique de Berlin
(partagé avec
Emanuel Pahud) et du
Capitole de Toulouse
! Pas mal à 51 ans…
Le hautboïste
François Leleux
est plus connu du grand public. Soliste lui aussi, il a occupé divers postes
dans des grands orchestres :
Orchestre National de l'Opéra Bastille, l'Orchestre symphonique de la Radiodiffusion
bavaroise et l'Orchestre de chambre d'Europe… Il enseigne à la Musikhochschule de Munich. Sa discographie est
impressionnante !
Enfin, le clarinettiste
Paul Meyer
est l'un des grands maîtres internationaux de son instrument. Dès 18 ans il
débute une carrière brillante : soliste à l'Orchestre de l'Opéra de Lyon, membre de l'Ensemble intercontemporain
sous la direction de
Pierre Boulez, clarinette solo de l’Orchestre de l'Opéra national de
Paris… Il s'est produit comme concertiste avec des dizaines de phalanges haut de
gamme et pratique aussi la direction d'orchestre…
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| Le coteau |
En 1927,
Poulenc
acquiert une belle bâtisse de maître à
Nozay dans l'Indre et Loire.
Nommée Le Grand Coteau, la demeure date de la Renaissance et aurait
accueilli en 1560 les conjurés d'Amboise qui fomentaient de
chasser du trône le tout jeune roi François II (Valois) au bénéfice
d'un prince Bourbon (enfin c'est c'qu'on raconte aux touristes) … Le complot
raté aggrave les tensions en ce début des guerres de Religion en France.
Cette maison chargée d'histoire, modernisée au XVIIIème puis au
XXème siècle devient un lieu paisible, loin des tumultes
parisiens ou
Poulenc
donne ses concerts.
Poulenc
y travaille intensément, mais comme George Sand, résidant non loin de
Nozay, à Nohan au siècle précédent,
Le Grand Coteau se transforme en lieu de séjour et de rencontre pour
ses amis intellectuels et artistes. Se croiseront tout en dégustant du
Vouvray, non pas
Chopin
et Delacroix, mais les avant-gardistes, entre autres :
Cocteau, Colette, Éluard, Picasso, et
Serge Prokofiev. Dans ce havre de paix et d'amitiés verront le jour la partition imposante
de
Dialogue des Carmélites, celles du
Stabat Mater, du
concerto pour clavecin
et des
deux dernières sonates… pour ne citer que les œuvres marquantes…
Félicitons Elizabeth Sprague Coolidge, mécène de la
Bibliothèque du Congrès américain
(1864-1953). Cette dame pianiste de formation et philanthrope soutiendra des
compositions de Ravel, Schoenberg, Respighi, Stravinsky, Prokofiev, Bartók, Webern, Britten, Honegger et enfin, en
1953 Barber. (Un sacré casting qui produira des pièces symphoniques, des quatuors et
diverses œuvres de musique de chambre). J'ai cité les compositeurs les plus
connus, on pourrait en ajouter une bonne quinzaine… dont
Roussel.
Elizabeth sera la dédicataire de la sonate pour flûte de
Poulenc dont la noble institution de Washington a passé commande en son honneur
en 1957.
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| Joseph Rampal et son fils Jean-Pierre |
Poulenc
composera la
sonate pour flûte
pendant l'hiver 1956 - 1957 à l'hôtel
Majestic de Cannes. Cannes n'est pas loin de Milan. Le compositeur veillait ainsi aux
répétitions de la création de
Dialogue des Carmélites
à la Scala (en italien), six mois avant la première parisienne en version
originale. Cette hypothèse à propos de Cannes n'engage que moi…
Poulenc sollicite pour l'assister
Jean Pierre Rampal, jeune virtuose déjà accompli. L'idée des deux hommes n'est pas de
permettre à l'interprète de briller de manière hédoniste par une écriture
d'une difficulté démoniaque, mais de recourir à toutes les possibilités de
l'instrument dans le cadre d'une sonate en duo poétique et fantasque.
Une analyse savante est disponible en anglais sur le web
(Clic). Le solfège et l'architecture sont d'une totale liberté à l'image de
l'esprit plaisantin de
Poulenc. Pas de tonalité définie, un chromatisme louvoyant, une floppée
d'indications précisant les nuances et le climat attendus inscrits sous les
portées…
1 - Allegro malinconico : On s'étonnera de la fidélité de
Poulenc
à la forme sonate utilisant une double exposition d'une thématique ou les
arpèges descendants et allègres de la flûte affrontent le pointillisme
espiègle de la mélodie jouée au piano. [0:54] la seconde idée désopilante
réintroduit les arpèges de triples croches à la flûte (diabolique). "Léger et Mordant" indique la partition… C'est peu dire ! [1:04] Reprise ? oui avec plaisir
et drôlerie [1:49] Le piano rejoint par la flûte énonce un second bloc
thématique plus songeur. [2:56] Réexposition de l'intro mais moins
enflammée… [3:56] Une tendre variation conclut en coda ce premier
mouvement.
2 -
Cantilena (Assez lent)
: Le lyrisme du discours musical moins organisé en sections répétitives que
celle de l'allegro suggère une mélodie, un "lied", une balade nostalgique.
La flûte chante-t-elle son affliction (l'anxiété des carmélites ; on
l'évoque parfois).
3 -
Presto giocoso : Le finale explore la douce folie du style
Poulenc. Nous découvrons le funambulisme, les acrobaties et les clowneries pour
flûte et piano imaginés par un
Poulenc
polisson. Voici une sonate facétieuse au final sautillant suivant la
complainte douce-amère centrale ; une œuvre majeure du répertoire pour cette
formation.
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Bernstein au clavier, clope au bec... Benny Goodman, clarinette au bec 😊 |
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La
sonate pour hautbois et piano, achevée en 1962, sera créée par le hautboïste
Pierre Pierlot
et le pianiste
Jacques Février
à Strasbourg, le 8 juin 1963 soit six mois après un infarctus fatal à
son compositeur (janvier). Poulenc
l'a achevée pendant l'été 1962, là encore sous le soleil provençal,
dans le village de Bagnols-en-Forêt (proche du futur maléfique barrage de
Malpasset). Elle est dédicacée à Serge
Prokofiev
de manière posthume.
Par rapport à la sonate
pour flûte
qui lorgne avec ironie vs mélancolie vers le baroque vs la modernité, la
sonate comporte certes 3 mouvements mais
Poulenc
inverse la symétrie usuelle des tempos : il préfère ici lent-vif-lent.
1 - Élégie
(Paisiblement) : Le hautbois sort du
silence par une longue plainte avant de dérouler une mélodie aux accents
bucoliques soutenue par le piano en goguette. [1:55] Un passage étrangement
irascible (une dispute entre deux tourtereaux) éclate avant de donner la
voix au duo pour une reprise de la thématique introductive [3:05]. Ce
mouvement n'échappe pas totalement à la forme sonate mais paraît enchaîner
les reprises de motifs bien librement 😊.
2 - Scherzo
(Très animé - Le trio plus lent - Tempo I) : Rythmé, ce scherzo rigolard prend des airs de toccata. Pour le
hautboïste, nous retrouvons les difficultés techniques qui caractérisent
l'originalité de ces œuvres ultimes. [1:05] Après la frénésie saccadée du
scherzo, le trio sera mélodieux et empreint d'élégie en écho au premier
mouvement. [2:53] Scherzo facétieux da capo !!
3 - Déploration (Très calme) : Pour le moins inhabituel, le final déroule une cantilène quasi
funèbre. On entendra une reprise du premier thème de l'élégie. Poulenc a noté "monotone" sur la première portée du hautbois. Le final se terminant par un si à
l'octave ppp
tenue sur trois mesures et en point d'orgue, le piano faisant de même
sur des accords notés "en laissant vibrer" à l'aide de la pédale P, je ne peux m'empêcher de penser aux ultimes mesures mortifères d'une
9ème symphonie
de
Mahler, la tristesse d'une mort annoncée. Depuis le travail épuisant sur
son Opéra, Poulenc
souffrait de nombreux troubles nerveux et dépressifs. L'excès de
psychotropes avait détérioré son cœur… On ne peut exclure une névrose
d'angoisse à l'origine de cette coda sépulcrale…
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| Jacques Février - André Boutard (1964 LP) |
La sonate pour clarinette et piano est couchée sur la partition en 1962, en parallèle de celle pour hautbois. Elle répond à une commande du clarinettiste américain Benny Goodman qui aurait dû la créer avec Poulenc au piano. Le compositeur ne l'a pas complètement achevée avant son décès. L'éditeur la confie à un spécialiste de l'art solfégique du français pour ajouter les notes et les altérations manquantes (#, ♭, etc.) en respectant les règles harmoniques. Dédiée à Arthur Honegger, son ex-complice du groupe des six, elle est jouée en concert le 30 janvier 1963 avec Leonard Bernstein au piano. (Cf. Benny Goodman dans le concerto et le quintette de Mozart accompagné par Charles Munch à Boston). Benny Goodman ne l'a jamais enregistrée. On doit la première gravure en 1964 à André Boutard à la clarinette et Jacques Février au piano. Comme ses sœurs, la sonate est en trois mouvements.
1 - Allegro tristamente (Allegretto – Très calme – Tempo
allegretto)
:
Poulenc
nous embrouille-t-il ?
Allegro Tristamente se traduit
facilement : Joyeux vs
tristement ! Partage-t-il les états
d'âmes antinomiques de ses dernières années par cette indication de tempo
notée en oxymore ? Aucune forme sonate au sens stricte et la symétrie
vif-lent-vif répond en partie à cette interrogation. Le mouvement comporte
trois sections. En introduction, la clarinette s'impose par des cabrioles
survoltées, des motifs syncopés de cinq doubles croches, motifs scandés à
chaque mesure par un unique accord pointé du piano ; une course poursuite
burlesque entre instruments… Cette entrée fulgurante ff se poursuit
plus passionnément. Le style a priori décousu de la section 1 s'interrompt
brutalement. [01:45] Une méditation mélodique et mélancolique devient le
cœur "triste" du mouvement, parler de deuil parait excessif, quoique le
climat processionnaire anxieux morcelé de sauts à l'octave dénote un
indéniable tourment. [04:12] la courte coda thématiquement indépendante,
aux nuances légères pp mais au tempo plus allant exprime une joie
discrète, une résilience.
2 - Romanza (Très calme)
: Sous le titre romance
Poulenc
déroule une balade poétique d'accent pastoral. Est-elle si tendre et
poétique ? Les cris répétés et désemparés de la clarinette, en arpèges
descendants pp => f, dès la 3ème mesure et les trilles
frémissantes laissent planer le doute sur la quiétude supposée du morceau.
3 - Allegro con fuoco (Très animé)
: L'ambiguïté émotionnelle de la romance laisse place à une folie
précipitée.
Chostakovitch
usait du style "musique de cirque aux sonorités grinçantes pour brocarder Staline et
son régime". À l'inverse
Poulenc
conclut avec la verve et l'humour rigolard qui le rendait sympathique et
caustique…
partition
pour clarinettiste virtuose uniquement. Ce fantasque allegro quasi presto
déconcerta les critiques yankees par son ironie très opposée au climat
doux-amer des deux autres mouvements.
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Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée. Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…
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INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. |
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