mardi 21 juillet 2026

THE BEATLES : ”Help !“ (1965) - par Pat Slade


Le cinquième album des Beatles et leur second film où ils semblent beaucoup s’amuser.



Ringo Starr The Lord of the Ring



Les Beatles ! Cette bande de copains de Liverpool qui ont révolutionné la musique pop mondiale au début des années 60. Aujourd’hui, on s’attaque à un de leurs albums culte, sorti en 1965Help!“. Un disque qui sonne comme un SOS musical à la fois génial, fun et un brin désespéré (mais personne ne l’a vraiment compris à l’époque). Alors, attachez vos ceintures pour un voyage dans le temps, au pays des mop-tops, des mélodies accrocheuses et des harmonies vocales imbattables.
Le  contexte quand les Beatles crient “Help!”.


Help!“ était à la fois un album studio et la bande originale du film éponyme des Fab Four. Oui, les quatre garçons avaient décidé de faire du cinéma en plus de la musique, et parce qu’ils n’aimaient pas faire les choses à moitié, ils ont concocté un disque qui résume parfaitement leur quête à ce moment précis, une sorte d'appel à l’aide subtil (ou pas) face à la folie de la Beatlemania. Car derrière leurs sourires et leurs chemises impeccables, ils se sentaient un peu noyés sous l’attention médiatique. Ce qui donne un album super énergique mais teinté d’une certaine vulnérabilité.

Côté musical, un savant mélange de pop, folk et… magie.

Dès la première écoute, ”Help!* vous attrape avec son titre phare, "Help!". Une chanson écrite par John Lennon qui, selon lui, était un cri sincère et personnel déguisé en tube pop joyeux. Imaginez  un gars qui joue à Superman tout en demandant secrètement un coup de main. Pas simple, mais grâce à une mélodie imparable et un refrain qui reste collé dans la tête plus longtemps qu’un chewing-gum sous une semelle, le message passe nickel.

L’album ne s’arrête pas là. Avec des titres comme "You’ve Got to Hide Your Love Away", on ressent une inspiration folk, presque un clin d’œil à Bob Dylan (que Paul McCartney et John Lennon admiraient beaucoup). La voix de John devient plus douce, presque fragile, accompagné d’un arrangement à la guitare acoustique qui transporte instantanément en plein Greenwich Village des sixties.

Ne vous méprenez pas, ”Help!“ n’est pas qu’une collection de ballades tristes ou de cris de détresse. les Beatles gardent leurs esprits malicieux et leur sens de l’humour légendaire. Le morceau "I’m Down" par exemple, c’est du rock’n’roll tout droit sorti d’une soirée endiablée à l’époque où ils jouaient encore dans les caves de Hambourg. Cette chanson est explosive, pleine d’énergie brute, avec Paul McCartney qui hurle presque sa joie (ou son humeur du moment). Et puis il y a "Another Girl" et "You’re Going To Lose That Girl", deux morceaux où les Beatles jons leur style pop. On sent la complicité entre les membres, leurs voix s’entremêlant avec une aisance magique, comme si chaque mot sortait naturellement.

Le producteur George Martin, souvent surnommé ”le cinquième Beatles“, a joué un rôle clé dans l’élaboration de ”Help!“. Il a su donner à l’album une sonorité plus mature et plus riche qu’auparavant. Les guitares sont parfois épurées, parfois électriques à souhait, les harmonies vocales parfaitement mixées donnent une profondeur impressionnante aux chansons.
On remarque aussi l’introduction d’instruments nouveaux pour le groupe, notamment le sitar dans "Norwegian Wood" (oui, celui-ci est en fait sur ”Rubber Soul“, mais vous voyez l’idée) c’est à partir de cette époque que les Beatles commencent à expérimenter plus sérieusement. Sur ”Help!“ justement, on sent déjà cette envie de sortir du cadre classique du rock’n’roll.   

Help!“ est cet album hybride où le fun des débuts rencontre la prise de conscience de la célébrité et des responsabilités artistiques. C’est un disque qui peut se savourer à plusieurs niveaux, pour danser sur les rythmes entraînants de "Ticket to Ride" ou pour s’émouvoir en écoutant les mots plus doux de "You’ve Got to Hide Your Love Away".
C’est aussi un témoignage d’une époque où la jeunesse commençait à bouleverser les codes. À travers des chansons simples mais puissantes, les Beatles ont réussi à capter les angoisses et les espoirs de toute une génération. Rien que ça ! En résumé, ”Help!“ n’est pas qu’un simple album dans la discographie des Beatles. C’est un disque où se mêlent humour, émotions véritables et premières tentatives d’innovation musicale. À travers ses chansons et ses souvenirs de tournage, il offre un regard intime sur un groupe en pleine transformation, capable d’allier légèreté et profondeur avec une aisance déconcertante. Pour tous ceux qui aiment les Beatles, plonger dans redécouvrir Help!“ est l'un de ces instants magiques où l’icône devient soudainement humaine

Enfin, une anecdote moins connue : la pochette de l’album. Les Beatles sont alignés avec leurs bras levés, une posture qui a intrigué les fans pendant des années. Certains y ont vu un code en sémaphore  (une forme de langage avec les bras), mais il s’est avéré que le choix final visait surtout à créer une image dynamique et attrayante, sans message codé. Cette simplicité apparente cache donc une démarche esthétique réfléchie.

Savez-vous que la chanson "Help!" a inspiré une myriade de reprises, dont celle de Tina Turner, prouvant que même après 60 ans, ce tube garde la pêche ? Alors, si vous cherchez un album qui mêle paroles intelligentes, mélodies entêtantes, humeur décontractée et juste ce qu’il faut de folie, ”Help!“ des Beatles est votre compagnon idéal. Que vous soyez fan ou simple curieux, mettre ce disque en fond sonore, c’est un peu comme prendre un billet pour un road trip vintage avec quatre potes qui ont changé la face du monde… tout en vous demandant si leur coiffure tiendra jusqu’à la fin du trajet.
Allez, à vos platines, et surtout… n’hésitez pas à crier ”Help!“ avec eux, c’est contagieux !

Le tournage du film du même nom, qui accompagna l’album, a également son lot d’histoires amusantes. L’équipe de production avait choisi les Bahamas pour plusieurs scènes, mais la météo capricieuse a causé plusieurs retards. On raconte que George Harrison, toujours taquin, profitait de ces moments d’attente pour se déguiser en marin, provoquant des éclats de rire parmi ses camarades. Ces petites pauses ont certainement contribué à l’atmosphère détendue, malgré la pression du tournage. Le film ”Help!“ contient une scène où Ringo Starr conduit une moto, ce qui était assez fou à l’époque, surtout qu’il n’était pas très branché motos, un peu l’équivalent moderne de faire un saut en parachute sans avoir jamais sauté avant.

Sorti en 1965, "Help!" est le second film des
Beatles , réalisé par Richard Lester, qui avait déjà dirigé leur premier succès "A Hard Day’s Night". Ce long-métrage atypique, à mi-chemin entre la comédie burlesque et le film d'espionnage, reste une pièce maîtresse de la culture pop des années 60, où l’univers loufoque des Fab Four s’exprime pleinement. Mais derrière la légèreté apparente de ce film, se cachent de nombreuses anecdotes croustillantes qui méritent d’être racontées.
À l'origine, "Help!" devait être un simple prolongement de l’esprit du premier film, avec des Beatles en pleine aventure musicale. Pourtant, le scénario prend dès le départ une tournure complètement déjantée : Ringo Starr se retrouve poursuivi par une secte hindoue qui veut lui arracher une bague maudite incrustée dans son doigt. Cette intrigue farfelue permet au groupe d’être embarqué dans une série de péripéties à travers l’Angleterre puis jusqu’aux Bahamas.

L’une des anecdotes les plus célèbres concerne justement cette fameuse bague. En réalité, Paul McCartney explique que l’objet symbolique a été imaginé par le scénariste Terry Southern pour ajouter un élément comique autour duquel les Beatles devraient évoluer. L’idée d’avoir une bague "maudite" était aussi un clin d’œil aux nombreuses superstitions qui entouraient parfois le groupe. Au final, cette bague n’a rien d’un simple accessoire : elle devient un véritable moteur narratif qui pousse l’intrigue vers des scènes de parodies burlesques inoubliables.

Un autre point marquant de "Help!" réside dans le tournage lui-même. La majorité des scènes ont été filmées à Londres (Les Beatles ont un appartement ou chacun a une porte pour rentrer au même endroit, suis-je assez clair ?), mais certaines parties sont tournées aux Bahamas, offrant ainsi un dépaysement visuel important pour les fans de l’époque. Le tournage sous le soleil des Caraïbes ne fut cependant pas exempt de complications. Par exemple, Ringo Starr se rappelle avoir eu du mal à tourner certaines scènes aquatiques à cause d’un fort courant qui compliquait la prise de vue. Mais ces difficultés techniques n'ont en rien entaché l’énergie joyeuse du film. Dans la scène ou les quatre garçons sont dans les cimes autrichienne, ils n’avaient aucune notion du ski (ils seront doublé pour l’occasion), et quand passe la chanson ”Ticket to Ride“, au final on les voit s’éloigner sur des genres de traineaux a neige, dans la réalité, ils vont vraiment s’absenter le temps d’aller fumer un joint ou deux, ils ne reviendront sur le plateau de tournage que bien plus tard. Il y a aussi un petit clin d’œil a leur premier film, dans  le restaurant indien l’orchestre local jouera "A Hard Day’s Night“ avec des instruments traditionnel indien.

La musique occupe évidemment une place centrale dans "Help!". C’est la première fois que la bande-son du film inclut non seulement la chanson titre très célèbre, mais aussi plusieurs autres morceaux phares comme "Ticket to Ride" ou "You’ve Got to Hide Your Love Away". Le film est d’ailleurs un spectacle musical avant tout, avec des performances scéniques filmées en plan-séquence qui capturent parfaitement l’essence des Beatles sur scène. Une anecdote à ce sujet : plusieurs prises musicales duraient parfois plus longtemps que nécessaire car les Beatles adoraient improviser et expérimenter en studio, obligeant l’équipe de tournage à s’adapter. Mais ce qui rend "Help!" si attachant, c’est aussi sa dimension humoristique : les quiproquos enchaînés, les accents exagérés des vilains, et surtout l’autodérision dont font preuve John, Paul, George et Ringo. Ce dernier, souvent considéré comme le plus comique du groupe, brille particulièrement dans ce film, avec des expressions faciales hilarantes qui ont fait rire des générations entières. Lors d’une scène mémorable, Ringo est contraint de subir une opération sous anesthésie locale tout en chantant, ce qui donne un résultat absurde et grotesque à souhait.

Enfin, "Help!" marque aussi une étape importante dans la carrière cinématographique des Beatles. Si leur premier film avait été une sorte de documentaire fictif sur leur vie de groupe, "Help!" plonge volontiers dans le fantastique et le surréaliste. Cela ouvre la porte à de futurs projets toujours plus créatifs. Richard Lester, le réalisateur, expliquait d’ailleurs que l’alchimie unique entre les Beatles et l’équipe de tournage a permis de créer un film qui demeure bien plus qu’une simple comédie musicale c’est un véritable instantané de la Beatlemania et un témoignage de l’esprit libre des années 60.

En résumé, "Help!" n’est pas qu’un film, c’est une capsule temporelle où se mêlent humour, musique et extravagance, portée par quatre musiciens devenus icônes mondiales. Les anecdotes de tournage et les petites histoires derrière la caméra nous rappellent que, même au sommet de leur gloire, les Beatles savaient garder l’humilité et le sourire, offrant à leurs fans une aventure cinématographique inoubliable. Pour tout amateur de culture pop et de cinéma, "Help!" reste aujourd’hui une référence incontournable, aussi charmante que décalée. 

P.S : Pour preuve que les Beatles ont de l’humour, au générique de fin le film est dédié à la mémoire d’Elias Howe pionnier de la machine à coudre en 1846


dimanche 19 juillet 2026

LE BEST-OF A PLEINES DENTS


LUNDI : ça nous change des hommages… Le Toon a souhaité un bon anniversaire au maestro Herbert Blomstedt, 99 ans aux nougats, une longévité dans le métier qui impose le respect. M’enfin, un conseil tout de même… ne pas tarder à rédiger la nécro...

MARDI : Pat a réécouté le deuxième album des Cranberries « No need to argue », leur plus gros succès, un cocktail savamment dosé d’émotions, de guitares aériennes, et de textes sérieux mais qui ne prennent pas la tête, et la voix de Dolores O’Riordan.

MERCREDI : Bruno nous a donné des nouvelles de Peter Frampton, qui malgré l’âge et la maladie qui l’accable, nous offre un « Carry the light » de très bonne tenue, on y retrouve ce qu’il aime, du rock généreux, du hard-blues, quelques ballades et instrumentaux.


JEUDI : Benjamin nous a concocté le portrait d’un des grands sax ténor du jazz, Jon Henderson, qui après avoir étudié auprès des maîtres du bop, a suivi le chemin de John Coltrane, alliant musique et expérience spirituelle.

VENDREDI : on a regardé la première adaptation officielle du « Dracula » réalisée par Tod Browning, maître ès-épouvante chez Universal, qui a révélé l’acteur Bela Lugosi. Un film gothique à souhait, qui fait frissonner mais se heurte rapidement à un traitement trop théâtral.

👉 La semaine prochaine, côté musique, on va faire preuve d’originalité et sortir des sentiers battus, puisque Pat reçoit The Beatles, et Claude Mozart. Ben quoi, on allait pas inviter les plus mauvais non plus, hein. Chez Bruno, nous aurons à priori Grand Funk, et au cinoche, Luc nous confirmera que la guerre de Troie a bien eu lieu grâce à Christopher Nolan.


Et puis clap de fin pour l’acteur Sam Neill, que tout le monde connaît grâce à JURASSIC PARK, mais n’oublions pas que la même année il jouait dans LA LEÇON DE PIANO de Jane Campion, sacré grand écart. Avant on l’avait découvert dans POSSESSION de Żuławski (avec Isabelle Adjani), puis vu dans À LA POURSUITE D'OCTOBRE ROUGE, L'HOMME QUI MURMURAIT À L'OREILLE DES CHEVAUX,
UN CRI DANS LA NUIT où sa partenaire Meryl Streep obtiendra la palme à Cannes. Son visage sympathique a été filmé aussi par des français, outre Żuławski il a tourné pour Chabrol (pas le meilleur...), François Ozon, et dans LA RÉVOLUTION FRANÇAISE de Robert Enrico il jouait Lafayette. Et ce, sans épater la galerie. 

vendredi 17 juillet 2026

DRACULA de Tod Browning (1931) par Luc B.


Nous avions évoqué Tod Browning à propos de son célèbre FREAKS. Le réalisateur était alors un des spécialistes de l’épouvante aux studios Universal. Un an auparavant il signait la première version officielle du DRACULA de Bram Stoker

Et là, vous allez me dire… mais NOSFERATU LE VAMPIRE de Murnau sorti en 1922 ça compte pour du beurre ? Bien vu. Sauf qu’à l’époque les producteurs ne détenaient pas les droits du bouquin, Murnau n’avait pas pu utiliser le titre, même s’il s’agissait de la même histoire. Et y'a pas mal d'autres films qui s'appelaient déjà Nosferatu pour la même raison.

C’est donc bel et bien Tod Browning qui signe officiellement la première adaptation. Son DRACULA ouvrira la voie à une ribambelle de films d’épouvante, FRANKENSTEIN, LA MOMIE, KING KONG, et les autres studios hollywoodiens profiteront du filon. Le film permettra aussi à l’acteur Bela Lugosi de passer à la postérité, son nom est indissociable du personnage - comme Christopher Lee ensuite – qui lui colle aux canines comme le sparadrap du capitaine Haddock. Dans son dernier film en 1959, la fameuse série Z PLAN 9 FROM OUTER SPACE d’Ed Wood, il y joue encore un homme vampire. Et si la légende est belle, j'imprime ici l'Histoire : non, Lugosi n'a pas souhaité être enterré dans un cercueil avec sa cape de vampire...

C’est Lon Chaney, acteur fétiche de Browning, qui devait interpréter le rôle, mais il a eu la mauvaise idée de décéder avant le tournage. Bela Lugosi est logiquement choisi parce qu’il jouait le rôle à Broadway – on y reviendra. D’origine hongroise, acteur de théâtre, il fuit son pays pour des raisons politiques (il était syndicaliste), atterrit en Amérique où son accent hongrois le prédispose à jouer Dracula sur scène.

Le film bénéficie de moyens, la photographie est superbe, les décors en jettent. On entend le Lac des Cygnes de Tchaïkovski au générique (il n’y a pas d’autres musiques composées) et le récit démarre au quart de tour. Une diligence, des passagers pressés : « Nous devons être à l’auberge avant le crépuscule ». Superbe plan à l’intérieur de l’auberge, avec cette femme qui prie, en amorce de l’image. Quand un passager, visiblement pas du coin, informe qu’il a rendez-vous à minuit avec le comte Dracula, une autre femme se signe et lui offre un médaillon crucifix protecteur. On lui apprend l’histoire de ce comte buveur de sang, qui se métamorphose en loup, et ses trois femmes mortes-vivantes.

Un raccourci qui enlève toute surprise, mais permet de rentrer de suite dans le vif du sujet. Autre raccourci, le passager en question s’appelle Renfield. Or dans le roman, le personnage qui rencontre Dracula en Transylvanie pour lui faire signer les papiers d’une vente immobilière est Jonathan Harker. Renfield, le possédé qui avale mouches et araignées, disciple de Dracu, intervient plus tard dans l’histoire. Les scénaristes de cinéma ont parfois tendance, pour limiter le nombre de personnages à l'écran, d'en cumuler plusieurs en un seul. Sauf que Harker apparaît bien dans le film, mais plus tard ! Là, j'avoue le pas piger...

Les scènes au château du comte sont formidables, gothiques à souhait, avec ces trois femmes qui sortent de leurs cercueils, les doigts blanchâtres, les toiles d’araignées qu’il faut fendre à la canne, la brume, et ces chauves-souris qui gigotent pendues à un fil ! Le décor est immense, avec un escalier monumental, que Browning filme en plongée ou contre plongée pour signifier la domination du comte sur son invité.

Jolie scène quand Renfield se coupe le bout du doigt. Dracu avance alléché par le sang, soudain horrifié par le médaillon crucifix. « N’ayez pas peur, je me suis juste coupé avec un trombone » le rassure Renfield qui pense son hôte allergique à la vue du sang. S’il savait…

On appréciera la traversée en bateau vers Londres, visiblement reconstituée dans une bassine d’eau. Tod Browning réussit de belles scènes en Angleterre, le comte Dracula s’invite à des mondanités, son pouvoir de suggestion est illustré par un reflet de lumière sur son regard (comme lorsqu’il fallait mettre en valeur les yeux bleus de Jean Gabin dans PÉPÉ LE MOKO !), Bela Lugosi avait le visage recouvert de maquillage vert pale. Bel effet à l’opéra, lorsque la lumière s’éteint après l'entracte au moment où Dracula dit : « Il y a pire que la mort », laissant les autres dans l’expectative. Beau mouvement de caméra à la grue, au sanatorium, reliant le jardin extérieur à la cellule où est enfermé Renfield, désormais possédé, disciple de maître des ténèbres.

Mais la suite du film interpelle. Il y aura d’autres bons moments, lorsque Van Hesling remarque que dans le petit miroir qui orne une boite à cigarettes, il n’y voit pas le reflet du comte Dracula, ou lorsque Renfield rampe à terre vers une domestique évanouie. Mais les scènes avec Harker, sa fiancée Mina (plutôt gironde en robe lamée) et le docteur Van Hesling, semblent soudainement stagner, trop théâtrales. La caméra de Tod Browning se contente d’enregistrer l’action sans apporter un plus visuel. Et c’est là que je reviens au théâtre (j’l’avais promis au quatrième paragraphe, j'suis un mec de parole).

Car ce film n’est pas une adaptation stricte du roman, mais d’une pièce de théâtre créée en 1924 en Angleterre, qui triomphera à Broadway en 1927. Avec donc Bela Lugosi dans le rôle titre, qui, avec trois autres comédiens, reprendra son personnage pour ce film. Dont Edward Van Sloan en Van Helsing, visez moi ses culs de bouteilles en guise de lunettes, une tête qui fait penser à Eric von Stroheim, est-ce un hasard ? Même si les séquences s'inscrivent dans le récit (la morsure de Lucy, puis de Mina) y’a un sacré coup de mou dans la mise en scène.

Tod Browning reprend du poil de la bête à la fin, dans l’abbaye en ruine. Là encore un décor qu’on a l’impression d’avoir revu mille fois ensuite dans ce type de productions. Mais l’épilogue déçoit un poil. La mort de Dracula est expédiée, on ne voit même pas le comte perforé dans son cercueil, à croire que Lugosi n'était pas présent en plateau ce jour-là. On se contentera d’un plan d’ensemble, de Van Hesling de dos, au loin, et de la réaction de Mina, la main sur la poitrine, ressentant la douleur de son maître poignardé. 

Ce premier DRACULA est un film important dans l'histoire du cinéma, ce pourquoi je vous en cause, par la voie qu’il a ouverte. Toutes les autres versions s’en inspirent par ci par là, y compris celle, flamboyante, de Francis Coppola. Mais Tod Browning peine à y déployer tout son talent, pourtant évident dans les séquences en Transylvanie, contraint et surement frustré par la théâtralité des séquences centrales. On est loin de la fulgurance visuelle que Murnau nous avait servie dans son NOSFERATU.

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Lien vers : FREAKS

Noir et blanc - 1h10 - format 1:1.20 (format des premiers films parlants, pour intégrer la piste son) 

Ce n'est pas la bande annonce d'origine, mais qui possède la meilleure qualité images.