lundi 20 avril 2026

DISQUES LÉGENDAIRES (9) - Martha ARGERICH - Riccardo CHAILLY / Kirill KONDRASHIN – Concertos : RACHMANINOV N°3 et TCHAIKOVSKY N°1 (Live Recording)



- La grande Martha Claude ! Et de plus dans les deux concertos sur les trois ou quatre les plus virtuoses et spectaculaires…

- Spectaculaires mais pas uniquement Sonia. Ces deux interprétations nous entraînent dans des voyages pianistiques qui montrent qu'au-delà des difficultés techniques inouïes, les deux compositeurs russes tourmentés avaient bien des émotions à partager…

- Je n'avais jamais entendu le concerto de Tchaïkovski avec autant de plaisir… On l'entend peut-être trop souvent ?

- Bonne question, ces hit des concerts auxquels les artistes semblent être obligés de s'affronter pour un public friand de performances ne sont pas toujours joués avec un tel souci d'expressivité et rarement couplés au disque.

- Deux chefs connus quels sont les orchestres ? De quand datent ces concerts. Il me semble que Kirill Kondrachine nous a quittés il y a un moment déjà…

- Riccardo Chailly dirige l'orchestre de la Radio de Berlin dans Rachmaninov en 1982 et Kirill Kondrachine l'orchestre de la Radiodiffusion bavaroise en 1980 pour le concerto de Tchaïkovski… un an avant une mort prématurée. Cette compilation a été publiée en 1995 !

Après cet entretien matinal avec Sonia pour préparer un article, je me demande ce que je vais bien pourvoir raconter à propos des ouvrages de ce disque d'exception… Cela dit "raconter" est-il bien choisi ? Tant les deux concertos que les trois artistes ont déjà été au cœur de plusieurs billets. Quant à paraphraser pour ne pas dire soliloquer à propos de deux gravures dont l'exceptionnelle qualité prend tout son simplement en écoutant… Que dire

Bon Ok, j'utilise souvent la méthode labyrinthique des (Clic) pour naviguer d'articles en articles dans ces cas-là, mais entre Luc qui me gourmande pour mes développements analytiques longuets et mes lecteurs qui risque de voir pas le Blog comme un gymkhana culturel et numérique, j'adopte une solution vielle comme le monde : le copier-coller 😊.


Martha Argerich (extrait de l'article Franz Liszt de 2012 – sonate en si mineur) :

Enfant prodige, la pianiste argentine est née le 5 juin 1941 à Buenos Aires. "Enfant, elle a la capacité de jouer les octaves comme de simples notes" (Eugene List pianiste Yankee). Á 9 ans elle joue les concertos N°1 de Beethoven et N°20 de Mozart. En 1955, elle arrive en Europe où elle se perfectionne auprès des grands maîtres comme Friedrich Gulda ou Arturo Benedetti Michelangeli.

En 1965, elle remporte 3 prix au concours Chopin de Varsovie ! Sa carrière commence.

Martha est dotée d’un caractère farouche et indépendant. Elle joue ce qu’elle veut, où elle veut, quand elle veut, au grand dam des organisateurs de concerts, qui ne peuvent même pas la poursuivre pour des ruptures de contrats, puisqu’elle ne les signe jamais !

Sa vie amoureuse est digne de celle de Liszt. Elle pianote de mari en mari et a eu 3 enfants si je compte bien. Ex grande fumeuse, elle se bat depuis 1990 contre le cancer avec ténacité, on s’en serait douté. Après un traitement expérimental efficace, elle abandonne la clope et donne un récital à Carnegie Hall au bénéfice de l’équipe médicale, alors qu’elle se produit déjà rarement en scène.

Elle a soutenu les débuts de jeunes talents comme Hélène Grimaud, et a claqué la porte du jury du concours Chopin en 1980, quand Ivo Pogorelić fut injustement éliminé au second tour. Elle est l’amie de Nelson Freire (mort récemment) avec qui elle joue en duo. Un sacré tempérament qui éclate dans son jeu puissant et volcanique !

Son répertoire est très large et, au-delà des grands classiques de Bach à Liszt, elle maîtrise avec brio Rachmaninoff, Messiaen ou Prokofiev.

Nota : quinze ans ont passé depuis le billet Liszt. On ne dit pas l'âge des dames, mais Martha a atteint 84 ans. La maladie, a priori endormie, lui laisse poursuivre sa carrière avec des pauses, notamment en 2017 et lors de la saison des festival en 2021 et 2023. Son cœur a été fragilisé mais continuons d'admirer, même occasionnellement, l'une des plus grandes héroïnes du clavier. Elle doit jouer dans quelques jours à Leipzig puis à Bordeaux… puis Lyon, Genève, Paris, Lausanne… en récital, incroyable ! (si cela vous intéresse – Clic).


Riccardo Chailly


Edition originale

Riccardo Chailly ? Tout le monde a entendu la valse jazz de Chostakovitch immortalisée dans une pub CNP puis par les danseurs de salon… (Peut-être sans savoir que c'est lui qui dirige.)

Natif de Milan, Riccardo Chailly apprend la composition avec son père tout en suivant des études brillantes le conduisant à devenir en 1973, à seulement 20 ans, l'assistant de Claudio Abbado à la Scala de Milan

Après un début de carrière itinérant et international, première consécration comme directeur du Concertgebouw d'Amsterdam en 1988. Le premier chef non néerlandais depuis un siècle et notamment l'époque Mengelberg-Beinum-Haitink). (Un orchestre rival des philharmonies de Berlin et de Vienne.)

Il ouvre cet orchestre néerlandais d'exception à un répertoire plus moderne en signant des gravures consacrées à Olivier Messiaen et même une intégrale en 2 CDs des œuvres visionnaires (même encore de nos jours) d'Edgar Varèse (1883-1965). En parallèle de deux intégrales symphoniques de Bruckner et Mahler de belle facture, il s'intéresse à un pan mal connu du répertoire de Chostakovitch : les suites jazz et les musiques de films.

En 2005, il devient directeur et chef principal de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (fondé en 1743 !), encore un ensemble de prestige. Pour les enregistrements classiques, Chailly prend des libertés pour éviter la routine : l'orchestration de Mahler dans son intégrale des symphonies de Schumann, des éditions définitives ou originales peu connues pour le disque Mendelssohn chroniqué aujourd'hui.


Riccardo Chailly

En concert, le style Chailly repose sur un plaisir gourmand et communicatif de diriger ainsi qu'une fougue dans les accentuations qui vivifie les partitions qu'il aborde…

Extrait d'un article consacrée à Mendelssohn de 2014. Depuis son départ de Leipzig en 2015-2016, Chailly de directeur musical de l'Opéra La Scala de Milan.

Talentueux et éclectique, Riccardo Chailly a été écouté dans de nombreux articles :

 

BRAHMS Johannes

Sonates pour clarinette et piano

Transcription de L. Berio pour orchestre

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BRAHMS Johannes

Concerto pour piano n° 2 - Nelson Freire -Gewandhaus Leipzig

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BRUCKNER Anton

Symphonie N°0 – RSO Berlin (1989)

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MAHLER Gustav

Das Klagende Lied ("La complainte" /1880-89) (1991)

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MENDELSSOHN Felix

Symphonie n° 3 "Ecossaise" - Gewandhaus de Leipzig    

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VARÈSE Edgar

Amériques (1921 - version originale)

Concertgebouw d'Amsterdam (1996)

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Kirill Kondrachine (ou Kondrashin)
 

Kirill Kondrachine

Entrée au panthéon du Deblocnot du maestro Kirill Kondrashine grâce à une chronique consacrée à la 2ème symphonie de Borodine. Il a été mentionné dans diverses discographies alternatives notamment à propos de sa remarquable intégrale des symphonies de Chostakovitch (pour la 8ème symphonie, Rudolf Barchaï l'avait remplacé au pied levé, la vidéo YouTube ayant disparu juste avant la rédaction) ! Mention aussi pour Don Quichotte de Richard Strauss avec Mstislav Rostropovitch au violoncelle.

Kirill Kondrashine voit le jour à Moscou en 1914. Il est juste de l'inscrire dans la liste des chefs d'orchestre russes de premier plan au XXème siècle avec Evgeny Mravinsky, Evgeny Svetlanov et Guennadi Rojdestvenski. Il apprend le piano mais c'est l'orchestre qui va le fasciner et, dans un premier temps, la scène lyrique. De 1943 à 1956 il devient chef permanent du Théâtre Bolchoï à Moscou. En 1956, Staline prend un aller simple pour l'enfer. Kondrashine, encore jeune, démissionne avec fracas du Bolchoï, dépité par le conservatisme des lieux. Sous l'impulsion de son ami le violoniste David Oïstrakh, il commence une carrière plus symphonique et devient le premier chef à pouvoir diriger à travers le monde tout en ayant la charge de 1960 à 1975 de l'Orchestre de Moscou dont le niveau rivalisera à force de travail avec celui de Leningrad. Ses voyages à l'ouest finissent par irriter les autorités ; l'histoire se répétera avec son confrère Svetlanov. (Clic)


Non réédité à ce jour 😡

En 1975, il quitte (on le pousse ?) l'Orchestre de Moscou et part définitivement à l'ouest en 1978, à AmsterdamBernard Haitink lui propose un poste de codirecteur du Concertgebouw à ses côtés. En 1981, une crise cardiaque le terrasse après un concert à la NDR de Hambourg lors duquel il dirige la 1ère symphonie de Mahler, compositeur qu'il avait fait connaître dans sa patrie natale. Un concours Kondrashine a été créé à Amsterdam en 1984.

On associe souvent l'art de cet homme à la musique russe. C'est assez justifié mais limitatif. Kirill Kondrashine brillait dans un répertoire très large, de Mozart à tous les romantiques. À titre personnel, je n'ai jamais entendu une interprétation du concerto pour violon de Brahms plus habitée et électrisante que celle réunissant en 1967 ce chef et Leonid Kogan ! LP Label Chant du monde à l'origine bien difficile à trouver. Une écoute en aveugle à domicile et en famille de mélomanes de quatre grandes versions a confirmé sans appel cette opinion… Voir aussi l'article sur ce concerto dans l'interprétation d'Hilary Hahn. (Clic). Les articles avec le chef dirigeant ou accompagnant :

 

PROKOFIEV Serge

Concerto pour piano N° 3 - Byron Janis

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RACHMANINOV Serge

Concerto pour Piano N° 1 - Byron Janis

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BORODINE Alexandre

Symphonie N°2 (1876) – Concertgebouw (Live 1984)

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Concertos pour piano : N°3 de Rachmaninov  et N°1 de Tchaikovski

Comme déjà précisé, cette compilation de deux disques parus à deux ans d'intervalle (les labels son radins au début du numérique  😊) entre dans la légende à la fois par la rencontre de deux chefs de grands talents et encore plus de la "Lionne" réputée pour son jeu dynamique, clair et, si j'ose dire : viril ! Wikipédia a eu recours au dictionnaire des synonymes pour aboutir à un panégyrique presque dédaigneux vis à vis d'autres grands virtuoses aux tempéraments moins extravagants. La plus "grande pianiste de tous les temps" avec Horowitz côté masculin … Admettons ! Vous savez ce que je pense de ces excès verbaux. Je pense à Richter, Gillels, Arrau … chacun dans son répertoire… Côté fille, la prodige Yuja Wang semble une favorite de Martha pour assurer au pied levé son remplacement lors des annulations pour raison de santé… Entre pianistes aux frappés diaboliques… logique !

Incontestablement les deux concertos réunis conviennent parfaitement à la technique sans faille de Martha et à la puissance tellurique caractéristique de ses d'interprétations face à deux partitions qui trop souvent nous sont proposés comme des œuvres de pure virtuosité lorgnant vers un postromantisme pathétique.

Il suffit d'écouter les accords enchainés quasiment "pointés" du début du concerto de Tchaïkovski suivis du pointillisme percutant mais élégant de l'exposé lyrique de la thématique pour comprendre que l'on touche au génie d'un concerto trop souvent rabâché avec académisme.

Le concerto de Rachmaninov fut écrit bien après sa phase dépressive. (Oui il y en aura d'autres…) Martha à ce qu'on appelle "l'Everest du piano", préfère une montagne tout aussi majestueuse mais avec des alpages et des fleurs, une vitalité folle. On entend toutes les notes, tant à gauche qu'à droite (je parle des mains 😊). Pour un guide de découverte des deux ouvrages, tout est dit dans les chroniques précédentes… Martha semble, à mon avis, redonner les couleurs fantasques et un peu provocantes du géant russe. B**l, il faut un piano solide pour dynamiter de cette manière les solos et la cadence de dingue du 1er mouvement !

Assez bavarder, je publie deux vidéos : Le concerto de Tchaïkovski est une suite de trois vidéos, pas de problème de timing…

Pour celui de Rachmaninov, le découpage est le suivant : I. Allegro ma non tanto – [00:00] / II. Intermezzo (Adagio) – [15:33] / III. Finale (alla breve) – [26:32]


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 




dimanche 19 avril 2026

LE BEST-OF : QUEL CHANTIER !


MARDI : il semblerait que Pat n’apprécie pas plus Téléphone que les Stones… Quand Jean Louis Aubert la joue solo non plus. Même si sur ce « Plâtre et ciment » il est accompagné par Richard Kolinka à la batterie, ça ne passe toujours pas, pas assez rock, trop calibré FM.

MERCREDI : Bruno et ses perles oubliées des 70’s, dans le genre un p’tit tour et puis s’en vont, place aux Peace & Quiet, groupe floridien aussi prometteur qu’éphémère, un seul disque au compteur, dans la lignée du heavy rock progressif très en vogue ces années là.


JEUDI : le 22, le 31, le 48… le Toon n’a pas joué au loto, mais nous a chroniqué « Six symphonies » de Jozef Haydn, dirigées par Neville Marriner. L'effectif reste léger mais coloré (16 instrumentistes 😯: 2 hautbois, 2 ou 4 cors et cordes - flûte et basson en option). Il s'agrandira à la fin de la carrière de Jozef. Elégance et beauté sonores sont aux rendez-vous…

VENDREDI : au cinéma, on a vu le récit (réel) de John Davidson, atteint du syndrome de la Tourette, « Plus fort que moi » de Kirk Jones, aurait pu tourner au mélo convenu, mais le sujet est traité en mode comédie, un film juste, drôle et touchant, porté par des comédiens formidables.

👉 La semaine prochaine, dès lundi, le Toon reçoit la pianiste Martha Argerich pour interpréter Rachmaninov et Tchaikovsky, Pat a invité les nippones de Lovebites, chez Bruno on écoutera le trio Rush, Benjamin a lu Bret Easton Ellis (un roman à ne pas mettre sous tous les yeux) et au cinéma Luc s’est replongé dans les 80’s avec Nakache et Toledano

Résumons : une argentine (et suisse), cinq japonaises, trois canadiens, un américain et deux français. On voyage avec le Déblocnot’ ! 


Et puis un dernier salut à Nadia Farès (58 ans) et Nathalie Baye (77 ans). La première avait joué d'abord à la télé, puis chez Kassovitz, Arcady, Lelouch, Balasko. La seconde, qui avait gardé cette intonation caractéristique des comédiens ayant tourné pour François Truffaut (3 films), s'est illustrée aussi chez Godard, Chabrol, Pialat, Tavernier, Blier, Cavalier. Du cinéma d'auteur, mais pas que, on l'a vue chez Elie Chouraqui, Labro, Leterrier, Granier-Deferre, même chez Philippe Lacheau, égérie de Xavier Beauvois, plus récemment de Xavier Dolan. Elle trustait les écrans dans les années 80 ("J'ai épousé une ombre", "La Balance", "Rive droite rive gauche", "Martin Guerre", "Une étrange affaire"). Une carrière exemplaire, et une certaine image du cinéma français (Deneuve et Huppert complètent le triptyque) qui plongeait vers les derniers feux de la Nouvelle Vague. C'est ce qui avait emmené Steven Spielberg à la choisir pour "Arrete-moi si tu peux", parce qu'elle avait débuté chez Truffaut, où interpréter une femme française dans "Downton Abbey".  

Bon dimanche. 

vendredi 17 avril 2026

PLUS FORT QUE MOI (I SWEAR) de Kirk Jones (2026) par Luc B.


Les films avec des personnages handicapés ou malades, depuis RAIN MAN, on en a vu passer, souvent un peu gênants de complaisance, on ne peut pas en dire du mal sans passer pour un cynique sans coeur. Mais comme j’ai du coeur à revendre, ce PLUS FORT QUE MOI j’vais en dire du bien. Le titre français est à comprendre par c'est plus fort que moi.

John Davidson est sapé comme un lord, en kilt, s’apprête à être décoré par la reine Elizabeth II. Le gars stresse un peu, rechigne à y aller. Il a peur de dire une connerie. On le rassure d'abord puis lui botte le cul, il obtempère, entre dans le salon (de Balmoral ?) où siège l’assemblée, et la Queen. Davidson s’approche et lance un magnifique : « Fuck the queen » !

Flash-back. John à 14 ans, ado lambda d’une petite ville écossaise, des parents, des frères et sœurs, et surtout du foot. Le gamin est bon, il est goal, fait la fierté de son paternel. Y’a même un recruteur qui doit passer le voir jouer. Il intègre son nouveau collège, mais est rapidement moqué par ses camarades. John développe des tics, et une tendance à injurier son monde. Surtout le proviseur. Comme John est bien élevé, il s’excuse à chaque fois : « ce n’est pas de ma faute, ça sort tout seul ». Mais qui va croire ça ? A la maison c’est pareil, hurlements intempestifs, crachats, jurons. Son père n’en peut plus de ce mariole, qui désormais prendra ses repas devant la cheminée, seul.

Scène très drôle, John invite une fille du collège au cinéma, qui débarque chaperonnée par sa mère, très inquiète par le programme indécent : un homme qui s’habille en femme (TOOTSIE de Sydney Pollack !). La mère, assise juste devant les ados, surveille le moindre geste déplacé, quand retentit un « suçe-moi la bite salope ! ».

Il faudra quelques années pour que John Davidson soit diagnostiqué du syndrome Gilles de la Tourette. Il ira vivre chez un copain (chez lui ce n’était plus possible) dont la mère Dottie est malade. Grâce à cette ex-infirmière en psychiatrie, il trouvera d'abord un foyer tolérant, puis un job de gardien d’école.

PLUS FORT QUE MOI s’inspire d’une histoire réelle. Un label dont il faut aussi se méfier... ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’elle est bonne. Ce qui aurait pu nous inonder de larmes et d’expertises scientifiques, est heureusement tourné vers la comédie. Comédie de prolos comme le cinéma anglais sait nous en trousser (Loach, Frears, Parker) qui dépeignent un milieu social, des situations, de vrais gens. Kirk Jones jusqu’à présent se fondait dans la masse (NANNY MCPHEE, EVERBODY’S FINE avec de Niro) cette fois il s'auto-produit et réussit son coup, exploiter le potentiel comique d’une telle maladie, en même temps qu'il nous en montre les aspects les plus dramatiques. Quand John traite dans la rue une jeune femme de salope, c’est cocasse (nous, on sait). Quand les potes de la fille en question le défigure à coup de pieds de biche, c’est moins drôle.

Ce qui énerve Dottie, ce ne sont pas les jurons, mais que John s’excuse à chaque fois ensuite. Elle connaît ce syndrome, comme Tommy Trotter (le patron de John, merveilleux Peter Mullan). Nouvelle configuration où le comique fonctionne aussi, car Trotter ne réagit pas aux insultes, ce qui donne des scènes dialoguées surréalistes (filmées en plan long) où le gars reste parfaitement zen face aux tonneaux d’injures qu’il se prend dans la gueule, comme aux coups qu’il se prend dans les couilles. Car John ne contrôle pas non plus ses gestes.

Très belle scène au tribunal, où rire et drame se confondent, et cette tirade de Trotter sur le thème : comment un homme pourrait simuler un tel syndrome ? Ou lorsque John accepte de parler avec une jeune fille atteinte aussi de la Tourette, tous les deux assis à l’arrière d’une voiture, un festival de saillies des plus salaces, devant les parents abasourdis. Mais où John trouvera sa raison d’être, le partage d’expérience auprès de parents démunis, puis, des interventions pour sensibiliser le public, les policiers, les enseignants, sur cette maladie. D'où l'hommage médaillée de la reine. 

Scène toute simple et magnifique, lorsque John entre dans un protocole médical, teste un bracelet à impulsion électrique (?) et qu’enfin il peut entrer dans un lieu jusque là interdit : une bibliothèque. On est autorisé à verser sa p'tite larme.

Sans doute, sur la fin, le réalisateur aurait pu couper un peu. Et puis ce procédé classique, diffuser au générique des images du vrai John Davidson. Détail amusant, on voit les archives de la cérémonie avec Elizabeth II, herself, alors que dans la scène reconstituée, des astuces de cadrages permettent de ne jamais la distinguer. Pas de bol pour la comédienne Christina Ashford, qui si elle inscrit sur son CV qu'elle a interprété la reine d'Angleterre au cinéma, ne pourra jamais le prouver par l'image ! 

Le film est bercé par une bande-son millésimée, New Order, Supergrass, Slade, Portishead, Oasis, la réalisation est tonique, sans chichi, les comédiens tous remarquables. Robert Aramayo en premier, loin du numéro d’acteur apprêté auquel on aurait pu s’attendre. Il a reçu le Bafta (les Oscars anglais) du meilleur comédien britannique, Peter Mullan celui du second rôle. 

A la cérémonie des Bafta, le vrai John Davidson était présent dans la salle. Qui a copieusement couvert d'injures racistes le malheureux Michael B. Jordan en lice pour SINNERS ! [clic vers SINNERS]. L'assemblée était prévenue, mais visiblement, la pilule est mal passée. 

N’hésitez pas à emmener vos gamins voir ce PLUS FORT QUE MOI (s’ils ont l’âge de comprendre : « - Une tasse de thé ? - Oui, avec un nuage de sperme ») un joli feel good movie, sans pathos ni complaisance, qui ne s’encombre d'aucune leçon de morale. 


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jeudi 16 avril 2026

HAYDN – Six symphonies à "sous-titre" (N°22, 31, 48, 55, 59, 73) – Neville MARRINER – par Claude TOON


- Une certitude Claude, ton enthousiasme en écoutant les musiques vivifiantes de Haydn… Il en existe au moins 104, un billet chacune et même un regroupement, on en a pour des années…

- Tu vois Sonia, comme pour la quarantaine de symphonies de Mozart, toutes celles du père Joseph oscillent entre des divertissements agréables et sans temps mort, ou des symphonies ambitieuses annonçant le romantisme et écrites en fin de sa longue carrière…

- Oui, mais elles reposent sur des modèles de composition similaires, pourquoi cette série sans logique apparente de la numérotation ?

- Tu avais donné toi-même la réponse dans ton billet sur la N°43 dite "Mercure" publié quand j'étais à Vienne pour des recherches. Neville Marriner a eu l'idée d'une pseudo intégrale réunissant toutes les symphonies portant un sous-titre justifié ou ajouté de manière posthume sans raison très pertinente, "Mercure", justement comme tu le soulignais.

- Pas bête, les pochettes sont sympas, trente symphonies réparties sur 15 CD… L'interprétation est-elle à la hauteur ?

- On a reproché parfois un léger manque de panache à Neville Marriner dans ses interprétations. Encore cet a priori sur les chefs fidèles à l'interprétation sur instruments modernes sans les cabotinages prétendument "informés" d'adeptes inconditionnels de certains baroqueux. Élégance et beauté sonore sont aux rendez-vous…


Neville Marriner

La majorité des symphonies de cette anthologie a été gravée au crépuscule de l'analogique à partir de 1976. Elle a été complétée jusqu'en 1990. Je possède le vinyle des symphonies 31 et 73. L'orchestre se révèle léger, à effectif réduit, l'espace est large, les timbres sont naturels, le pressage soigné mais… une seule œuvre d'à peine 20 minutes par face. Ce leg du chef anglais s'appuyant sur le contexte amusant de n'enregistrer que les œuvres portant un "sous-titre" peut paraître bizarre. Des premières symphonies jusqu'au dernières londoniennes, un panorama varié du catalogue est ainsi couvert, 30 symphonies sur 104. DECCA ayant repris le patrimoine abandonné par Philips a récidivé en éditant un nouveau coffret comportant 3 symphonies par CD et non deux, hélas sans les jolies pochettes de l'époque… Il y a du choix. Calcul facile : 10 CD et non 15 mais un prix inchangé et une jaquette moche. Référence : Symphonies à titre.

Avec sa verve et les jeux de mots rigolos qui font son charme, Sonia nous avait rédigé un amusant billet sur la symphonie "Mercure" en début d'année. Elle avait eu la bonne idée de poser un lien vers un article ancien comportant une biographie essentielle de Haydn. Je ne change rien (Biographie)

Neville Marriner fait la une du blog pour la huitième fois. Disparu en 2016 à l'âge vénérable de 92 ans, un portrait du maestro anglais, stakhanoviste des gravures de qualité, était à lire dans l'article consacré au Messie de Haendel en 2013 (Clic).


Une sélection était nécessaire, six symphonies ont ainsi été réunies dans deux playlists. Un choix au hasard parmi celles qui n'ont pas encore été commentées et en laissant les londoniennes de côté. Ces œuvres d'un Haydn abordant le romantisme méritent des analyses un peu plus détaillées et leur orchestration reflète l'effectif riche de bois et de cuivres qui deviendra la norme chez Beethoven. et le romantisme du début du XIXème siècle. Toutes ces symphonies datent de la période dite classique, ce qui ne sous-entend en rien un style académique. La N°22 date de 1764, la N°78 de 1782.

Playlist 1 : No. 22 "Le philosophe", No. 31 "Sonnerie de cor", No. 48 "Maria Theresia".

Playlist 2 : No. 55 "le maître d'école", No. 59 "le feu", No. 73 "la chasse".

Un article dédié au compositeur italien Giovanni Sammartini et publié il y a quelques semaines évoquait la naissance de la symphonie classique à partir du concerto grosso en trois parties et de la forme sonate (Clic). Dans ces sinfonias, le compositeur milanais donnait à chaque instrument un rôle égal dans l'ouvrage symphonique, même si l'orchestre demeurait très modeste en terme d'effectif.

On suppose que sans imiter ce précurseur, Mozart et Haydn ont pu être influencés par cette forme novatrice au style concertant appliqué à tout l'orchestre, remarque toujours valable de nos jours, même pour les orchestres cyclopéens de Mahler ou de Chostakovitch. Pour la grande majorité des ouvrages du genre, apparaîtra un quatrième mouvement : un menuet puis un scherzo possédant une thématique plus étendue. Les orchestrations requises en cette période du classicisme ayant définitivement tourné le dos au baroque tardif montrent de grandes similitudes :


Petites comparaisons entre orchestrations très similaires :

Sammartini : Symphonie JC 60 (1772), 2 hautbois, 2 cors, cordes dont basses à l'unisson.

Haydn : No. 22 "Le philosophe" (1764), 2 cors anglais, 2 cors, cordes, continuo. Le cor anglais sonne de manière plus vénérable que le hautbois… l'humoriste Haydn illustre-t-il ainsi l'affectation du discours philosophique 😊 ? Sans engagement de ma part… Mais écoutez la drôlerie de l'introduction…

Mozart : No. 11, (1770), 2 hautbois, 1 basson, 2 cors, cordes. (Elle ne comporte que trois mouvements comme la plupart des symphonies de Wolfgang de cette période.)

L'orchestration de la fin du classicisme vhez Haydn et Beethoven dans les symphonies 1 et 2 : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 trompettes, 2 cors, (3 trombones dans la 5ème Symphonie de Ludwig) n'est donc pas encore au goût du jour, ou plutôt disponible dans les sociétés de concert encore rares…

Il n'est pas envisagé d'analyser en détail les six symphonies, uniquement ladite "Le philosophe" que j'adore. Elle est en quatre mouvements et reflète tellement bien l'imagination débridée de Haydn.

Les solistes : clavecin ad libitum : Nicholas Kraemer,

Flute – William Bennett.

Cors : Horn – Julian Baker, Nicholas Hill, Robin Davis, Timothy Brown. (2 ou 4 suivant effectif requis).



Cor naturel

Haydn ne sous-titrait jamais ses symphonies ! D'où viennent ces pseudos ?

Le programme s'ouvre avec la symphonie No. 22 "Le philosophe". J'avais émis une hypothèse dans le chapitre précédent. Ce sous-titre n'apparait pas sur le manuscrit de Haydn mais sur une copie de 1790 découverte à Modène… 1790, Haydn a encore vingt ans à vivre. Le copiste semble partager mon imaginaire… Lui aussi imagine une dispute peu conflictuelle entre les cors anglais et les cors dans l'intro adagio figurant un débat doctrinale de très haut vol 😊. Les cordes scandent en notes pointées la ténacité des échanges. Le ton suggère une certaine présomption de la part des intellos… La conversation entre instrument se prolonge dans tout le mouvement, agrémentée de trilles. Voici les premières mesures :


Le musicologue David Wyn Jones soutient cette allégorie mais souligne que le reste de la symphonie gardera un style certes rythmé et allègre, mais indépendant de toute intention métaphorique.


La symphonie No. 31 s'est vue attribuée le surnom de "Sonnerie de cor" par l'éditeur parisien Jean-Georges Sieber en 1785. Son harmonie comprend une flûte, deux hautbois et quatre cors ! l'orchestre de la création comprenait environ 16-17 musiciens, les cornistes étant appelés à de belles prouesses dans leur jeu… La fanfare aux airs villageois se manifeste dans le final en alternance avec un solo du violon. On retrouve ce quatuor de cors naturels dans la symphonie N°25 de Mozart et la symphonie No. 73 "La chasse" de Haydn écoutée en fin de programme. 


 
 

Le sous-titre "Maria Theresia" de la symphonie No. 48 reste bien mystérieux. On a supposé un temps qu'elle fut écrite à l'occasion de la visite de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche en 1773. Il semblerait que la symphonie No. 50 était l'élue. Comme celles de ses camarades de cette époque, l'orchestration initiale comprenait deux hautbois, un basson, deux cors et des cordes. Il y a des doutes quant à la présence de trompettes et de timbales voulue par Haydn qui donnerait une allure solennelle à l'œuvre. Neville Marriner ne les a pas retenus.


On comprend mieux l'historique de ces surnoms avec la symphonie No. 55 "le maître d'école". Et si on doute encore de l'inventivité sans limite du talent compositionnel de Haydn, plus aucun espoir n'est permis d'aimer sa musique… 😊. D'après le musicologue british H.C. Robbins Landon, le sous-titre est connu depuis la dernière décennie de l'existence de Haydn décédé en 1809. Au crépuscule de sa carrière, Haydn a contribué au catalogage de ses œuvres et le compositeur de tempérament plaisant et tolérant aurait accepté sans difficulté l'ajout de ces sous-titres sur les éditions à venir, même si parfois ceux-ci semblent tirés par les cheveux. Ici, c'est le second mouvement assez long (8 minutes) et son rythme marqué qui suggère un "instituteur pointilleux" tapant du doigt sur son bureau dans l'espoir d'appuyer son enseignement ou de réveiller les têtes blondes s'assoupissant 😊. Et en parlant d'imagination débordante quant à l'écriture, cet adagio comporte un thème et sept variations alternant scansion et mélodie… (une variation staccato et une variation legato). "Ma Semplicemente" précise que le mouvement doit éviter toute ornementation incongrue dans le discours. Si la musique est fantaisiste de part ces variations, l'instituteur doit apparaître disons… un peu fat et ennuyeux… [2:00] Autre trouvaille : le trio est un trio de chambre opposant un violoncelle solo et deux violons ! Sacré Haydn


"Au feu, les pompiers ! La maison qui brûle". Encore quelques mystères autour de la symphonie No. 59 "le feu". La numérotation est erronée, car on suppose que cette œuvre enflammée devrait être classée plutôt vers le N°30. Sa date de composition, 1760, le laisse supposer, sa brièveté aussi… Bien entendu son surnom "le feu" n'est pas directement de la main de Haydn. On peut penser que les tempos très rapides ont influencé un éditeur. Plus vraisemblable, la symphonie aurait servi de musique de scène pour une représentation d'une pièce de Gustav Friedrich Wilhelm Großmann (1746-1796) portant le titre de "Die Feuersbrunst" ("L'incendie"), spectacle donné à  Eszterháza en 1774 ou 1778, dates où seront composées les symphonies de la série 70. Tout cela n'est que supposition. Pourtant un manuscrit daté du vivant de Haydn mentionne ce sous-titre. L'orchestration reste chambriste ; 2 hautbois, 2 cors, cordes dont basses à l'unisson. Bien que sympathique à écouter par sa vélocité (presto en introduction), cette symphonie n'apporte pas de trouvaille solfégique particulièrement originale, ce qui plaide aussi pour une rédaction précoce dans le parcours symphonique du maître…


Achevons cette anthologie avec la symphonie No. 73 "la chasse" de 1783. L'orchestration comprend 1 flûte, 2 hautbois, 1 basson, 2 cors, cordes dont graves à l'unisson. Parfois on ajoute 2 trompettes et des timbales dans le finale. La partition propose un continuo de clavecin. Le sous-titre semble faire référence aux appels de cors dans le finale et à une citation extraite d'une cantate "La Chasse du cerf", un divertissement pour voix solistes, chœur et orchestre du compositeur français du XVIIIéme siècle Jean-Baptiste Morin… Pour une fois le contexte est vraiment pertinent 😊. Noté perdendosi, la coda s'éteint doucement jusqu'à ppp.

Playlist 1 :

No. 22 "Le philosophe" mi bémol majeur

[1] I Adagio 4/4

[2] II Presto 4/4

[3] III Menuetto 3/4

[4] IV Finale (Presto) 6/8

No. 31 "Sonnerie de cor" ré majeur

[5] I Allegro 3/4

[6] II Adagio – sol majeur 6/8

[7] III Menuet 3/4

[8] IV Finale (Moderato Molto – Presto) 2/4

No. 48 "Maria Theresia" en do majeur

[9] I Allegro 4/4

[10] II Adagio - fa majeur 6/8

[11] III Menuet (Allegretto en do mineur) 3/4

[12] IV Finale. Allegro 2/2

 

Playlist 2 :

No. 55 "le maître d'école" mi bémol majeur

[1] I Allegro Di Molto 3/4

[2] II Adagio, Ma Semplicemente si bémol majeur 2/4

[3] III Menuetto – Trio 3/4

[4] IV Finale (Presto) 2/4

No. 59 "le feu" la majeur

[5] I Presto 4/4

[6] II Andante O Più Tosto Allegretto 3/4

[7] III Menuetto 3/4

[8] IV Allegro Assai 4/4

No. 73 "la chasse" ré majeur

[9] I Adagio – Allegro - ré majeur, 3/4,

[10] II Andante - Sol majeur, 2/4

[11] III Menuetto - trio - Allegretto Ré majeur, 3/4

[12] IV Presto - Ré majeur, 6/8

Cor anglais vers 1800 

 

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

- Attention Claude, tu as partagé deux fois la même vidéo !!!!

- Tss tss Sonia, jeu des sept erreurs, regarde l'une débute par la symphonie 22 et l'autre par la 55. Un hasard, les deux étaient réunies sur le même LP lors de la parution 😊. Un dessin humoristique d'ailleurs, un philosophe dodu et fier de lui et un instit empressé, le charme de cette collection…