mardi 17 mars 2026

”ZOMBIE“ (1978) de George A Romero - par Pat Slade




Depuis quelques années  le zombie revient en force, tout a commencé par la faute de monsieur Romero



ZOMBIE, la chair est faible




Ma première idée était de parler des Rolling Stones, mais quand tu vois la tête de Keith Richards, l’un dans l’autre, il n’y a pas trop de différence et beaucoup de ressemblance avec les boulotteurs de chair humaine. Tout de suite tu penses à un zombie tellement ce mec a été déglingué par la vie.  Depuis  quelques années le marché du zombie est remonté à la hausse dans toutes les déclinaisons possibles, que ce soit horrifique, ce qui est son but premier avec la série ”The Walking Dead“ qui durera 11 saisons sur une durée de diffusion de douze années ou humoristique avec les deux volets de “Bienvenue à Zombieland“, ”Manuel de survie à l'apocalypse zombie“, ou ”Shaun of the Dead” que j’avais chroniqué ici même. Les américains resteront les maitres incontestés du mort qui marche, des 1932 avec ”White Zombie“ de Victor Halperin qui récidivera 4 ans plus tard avec ”La révolte des zombies“. Michael Curtiz à qui on doit “La Charge de la Brigade Légère” en 1936 réalisera la même année ”le mort qui Marche“ avec Boris Karloff , un habitué des savants fous et des "résurrections" dans les années 30 (monstre de Frankenstein, Momie, etc.) : Et puis en 1968 Les zombies vont se lever en force avec le premier film d’un jeune réalisateur de 28 ans qui en écrira le scénario, le produira et jouera même dedans, George A Romero tournera le cultissime ”La Nuiit des Morts-Vivants“.
George A Romero

Il faudra attendre dix ans avant que le succès ne revienne. Il fera bide sur bide et on se posera la question s’il n’était pas le réalisateur d’un seul film. Et puis arrivera ”Zombie“ (Dawn of the Dead). Fini le noir et blanc de son premier film, le zombie prend de la couleur, le sang est bien rouge et les zombies sont bleus, ils étaient gris au départ mais le rendu sur la pellicule en ont fait des schtroumpfs. L’intrigue se passe en huit clos comme pratiquement beaucoup de films de zombies. Romero mettra souvent ses personnages dans des endroits clos comme dans ”Le Jour des morts-vivants“ en 1985 dans une base souterraine de l'armée américaine, dans ” L'Armée des morts“ en 2004 ou il reprend l’idée de ”zombie“ en mettant les protagonistes dans un centre commercial, dans l’excellent ”Le Territoire des morts“ en 2005 ce sera dans une ville partagée entre les riches et les pauvres et dans ”Le Vestige des morts-vivants“ en 2010 sur une île.

 ”Zombie“ sera un tremplin au cinéma pour les morts-vivants afin qu’ils puissent se nourrir en toute quiétude. Le contexte (quels que soient les films de bouffeurs de chair humaine) est toujours le même. Une épidémie offre l'opportunité aux morts (et enterrés) de revenir à la vie et d'attaquer les vivants. Une fois mordus, ceux-ci se transforment à leur tour en macchabées affamés. Et la suite de “La nuit des morts-vivants” gardera les mêmes bases. Fran (Gaylen Ross) est une journaliste qui travaille sur une chaine de télévision en pleine dérive, Stephen (David Emge), pilote de l'hélicoptère du studio et petit ami de Fran, propose à cette dernière de s'enfuir en volant l'appareil. Dans une autre partie de la ville, une unité du SWAT prend d’assaut un immeuble précaire occupé par des Afro-Américains et des Portoricains qui refusent, comme l'exige la loi, de détruire les corps de leurs proches.






Parmi l’unité d’élite, Roger (Scott Hale Reiniger) qui pour l’anecdote a une vague ressemblance avec Phil Collins jeune et Peter (Ken Foree) ami de Stephen qui doit s'enfuir avec lui, propose et à Peter de les rejoindre. Le groupe des quatre fugitifs quittent donc la ville pour trouver un refuge. Le groupe se posera sur le toit d'un centre commercial et décidera de s’installer après avoir fait le ménage des zombies qui s'y trouvaient.


 Fran doit s'imposer auprès des hommes qui prennent les décisions sans elle, notamment après qu'ils aient découvert qu'elle est enceinte. Elle veut apprendre à piloter l'hélicoptère au cas où il arriverait quelque chose à Stephen. Le petit groupe profite, pendant quelque temps, du centre commercial, mais l’ennuie s’installe avec cette vie en vase clos. Ils vont bloquer les entrées à l’aide de camions mais c’est à ce moment que Roger se fera mordre. Peter doit abattre Roger, qui s'est transformé en zombie. Mais toute les bonnes choses ont une fin, un groupe de bikers arrive à pénétrer pour un pillage en règle, laissant rentrer une horde de zombies derrière eux. S’en suivra une bataille rangée entre Peter et Stephen, bikers et Zombies (parmi les bikers, le maquilleur Tom Savini et sa moustache que l’on retrouvera avec le même look avec le rôle de Sex Machine dans ”Une nuit en enfer“ de Rodriguez en 1996). Après une scène de têtes éclatées et d’éventrations en tout genre ou Stephen finira lui aussi transformé en mort vivant, Fran décide de s'enfuir en hélicoptère avec Peter et constate qu'il lui reste très peu de carburant… Question "On va où ?"


Après avoir été censuré en France, le film ne sortira quand 1983 avec une interdiction aux moins de 18 ans. Pourquoi a-t-il été censuré ? ce n’est ni à cause du mâchouillage, ni des  têtes explosées, mais en tant qu'incitation au pillage dans les supermarchés 😊. Un film réservé aux amateurs d’hémoglobine et de massacres en tout genre. Je possède encore l’affiche et le copie en version originale ou une scène n’existe pas sur la version française, un zombie scalpé par les pales d’un hélicoptère. (Le concept de l'œuf à la coque d'après Le Toon – Tss Tss petit malin comique)

Zombie“ Une bonne entrée en matière dans le film du genre horrifico gastronomique.


lundi 16 mars 2026

L’ÉCOLE DE DÉTECTIVES PRIVÉS DU LIMPOPO d'Alexander McCall Smith (2012) - par Nema M.


Sonia regarde des robes de mariée et tombe sur un modèle porté par une femme de couleur, bien enrobée. Nema jette un œil par-dessus l’épaule de Sonia et dit :

- Une femme corpulente du Bostwana est une femme de constitution traditionnelle, alors que d’autres, toute minces, ressemblent à des insectes brindilles…. J’aime bien l’expression "constitution traditionnelle". Je l’ai trouvée dans ce livre "L’école de détectives privés du Limpopo".

- Limpopo ? Quoi c’est ça ? demande Sonia…

- Le Limpopo est un fleuve. Quatre pays d’Afrique australe font partie du bassin du Limpopo : l’Afrique du Sud, le Bostwana, le Zimbabwe, et le Mozambique. Tout le monde sait cela. De même que tout le monde connait Gaborone, la capitale du Bostwana.

- OK, soupire Sonia, nous voilà repartis en voyage.


Gaborone

Bon, à dire vrai je ne connaissais pas du tout Gaborone avant la lecture de ce roman. Le Bostwana, à la rigueur je savais le situer en Afrique. Sans Plus. Et grâce à cette histoire de détectives privés, j’ai découvert une ambiance particulière, chaleur et poussière, une manière de se respecter et de s’apprécier avec une certaine élégance.

 

Mma Ramotswe, Precious de son prénom, est la propriétaire de l’Agence n°1 des Dames détectives. Imaginez une belle femme de constitution traditionnelle. Mma Grace Makutsi, jeune femme fiancée à Rra Phuti Radiphuti, est l’assistante de Mma Ramotswe, ou plus exactement elle est en passe de devenir son associée. Enfin presque. Il faut dire que Rra Phuti Radiphuti est le patron du Magasin des Meubles Double Confort. Le vrai grand magasin de meubles de Gaborone, avec des canapés comme on n’en voit pas chez nous, pouvant accueillir ces très belles constitutions féminines, de façon confortable. Grace vient d’un village pauvre et dans son enfance elle ne portait pas de chaussures. Donc elle est très fière d’être passée par l’Institut de secrétariat du Bostwana ! Et ensuite, ce fiancé si gentil (et si riche) ! Mais Grace garde les pieds (avec désormais de belles chaussures) sur terre. De son côté, Mma Ramotswe est mariée à Rra JLB Matekoni. Et ce n’est pas n’importe qui cet homme là : il possède le garage Tolkweng Road Speedy Motors et à ses côtés travaillent deux apprentis mécaniciens. Les bureaux de l’Agencen°1 des Dames détectives sont attenants au garage.  


Limpopo

Un jour Precious fait un rêve étrange : un étranger blanc sous un gros arbre semble lui tendre la main. Grace va partir dans des explications sur l’interprétation des rêves à la fois charmantes et complètement péremptoires. Car Grace est impulsive, un peu naïve et orgueilleuse (elle a quand même eu 97/100 à l’examen de l’Institut de Secrétariat du Bostwana). Une tasse de thé et tout rentre dans l’ordre. Precious et Grace boivent du thé, beaucoup de thé, il y a même un calcul très poussé fait par Grace à cause de la facture d’eau à payer.

 

Un jour Clovis Andersen passe par là et entre dans l’Agence n°1. Accueil avec thé, bien entendu, et surprise, ce Clovis Andersen est justement l’auteur de la "bible" de l’agence des Dames détectives :"Les principes de l’investigation privée". Quelle joie ! Quel honneur ! Mais Clovis Andersen n’a-t-il pas eu à traiter de bien plus grandes affaires que celles qui relèvent de l’Agence n°1 ? Mma Ramotswe est d’abord très intimidée puis, petit à petit, une forme de complicité s’établit et ils vont ensemble éclairer la sombre affaire de la Ferme des orphelins et du renvoi de la directrice Mma Potokwane.


Hum... constitution traditionnelle, miam miam

Ce n’est pas un roman noir, il n’y a pas de mort. Juste de petits tracas qui peuvent être effrayants aux yeux du jeune apprenti Fanwell. Ce garçon d’origine très modeste se laisse embarquer par un ancien camarade de classe dans une histoire de voitures à réparer, pas vraiment honnête. La justice est là. Si le palais de justice est imposant, l’avocat de Fanwell l’est beaucoup moins. L’équipe de l’Agence n°1 et celle du garage Tolkweng Road Speedy Motors vont tenter de démontrer l’innocence de Fanwell qui croyait juste rendre un service en réparant une voiture dans une cour. En vain. Mais un esprit facétieux vient sauver la mise de Fanwell, d’une façon, si ce n’est peu académique, à tout le moins redoutablement efficace. A noter que pour JLB Matekoni, il y existe des voitures malhonnêtes. Une manière de dire que certaines voitures, genre BMW, reflètent un peu trop le luxe (dans un pays riche grâce aux mines de diamants, mais dont 70% du territoire est désertique).

D’un côté le paraître, le luxe (avec la construction de belles maisons en briques de qualité…) et d’un autre une terre aride, le désert du Kalahari, dans lequel à 4h00 de Gaborone une pauvre route s’élance qui finit en piste ensablée. La camionnette de Mma Ramotswe s’y enlise au grand dam de Mma Makutsi, verte de peur, à l’ide qu’un lion pourrait survenir et les dévorer. Mais non, elles vont rencontrer deux ânes et leur maître, et tout ira bien.

Les pays voisins sont pauvres (sauf l’Afrique du Sud bien entendu). Il y a donc des quartiers pauvres avec la main d’œuvre discrète qui envoie sa paie à la famille restée au pays. On rencontre ainsi un maçon exploité par un promoteur on ne peut plus véreux…


Alexander McCall Smith est né au Zimbabwe en 1948. Avant d’être l’auteur de nombreux romans policier, c’est un juriste qui a entre autres enseigné le droit à l’université de Gaborone dans les années 80 et s’est spécialisé en droit médical et bioéthique fin du XXème siècle.

Merci à la traductrice Elisabeth Kern d’avoir su rendre l’humour de Mma Ramotswe.

 

Bonne lecture !

Editions 10/18  - 334 Pages 



dimanche 15 mars 2026

BEST-OF PLANÉTAIRE AVEC VUE SUR PANAME ET LA CORÉE (DU SUD)

 

MARDI : Pat Slade n'aime pas trop le Renaud post deprim'. Pourtant voici sa 3ème chronique sur le chanteur français aux textes originaux, sarcastiques et poilants, et à la gouaille à l'ancienne qui fit le bonheur de ses fans à la fin du XXème siècle. Retour en arrière en 1975 : Il a 23 ans et il sort son premier album ”Amoureux de Paname“, le pavé parisien, Montmartre, Montparnasse… Un petit air de Bruant… Et puis le titre Hexagone, révolté et interdit d'antenne. Nostalgie.

MERCREDI : Place à Bruno notre expert Rock, blues, etc. Aujourd'hui grandeur et décadence épiques du groupe Blood, Sweat & Tears avec en hit l'un de ses meilleurs albums de 1969 au titre original "Blood, Sweat & Tears". Un mélange de Jazz, mais aussi R&B / Soul / Funk"… Ça fiche la pêche dans tous les cas 😊.




JEUDI : Claude est parti chercher des documents de 1978 dans les caves de la Philharmonie de Vienne 😐 ? Il a chargé Sonia de rédiger un article suivant son intuition.  Le résultat : une chronique consacrée à une charmante 43ème symphonie de Haydn sous-titré "Mercure"🌡. On retrouve le style rédactionnel pétulant de notre assistante commentant sans chichi solfégique cette œuvre qui souffle le chaud et le froid … À la direction, le chef expert Adam Fischer.

VENDREDI : Luc se passionne pour le droit du travail en Corée (du sud) et notamment les bizarreries de la recherche d'emploi après licenciement… etc. (Luc est président à vie du Deblocnot). Son rapport : une chronique sur Aucun autre choix de Park Chan-Wook (2026). Un employé licencié en vient à dézinguer ses concurrents potentiels pour s’assurer un job. Adapté du roman de Donald Westlake, le réalisateur coréen pousse loin les curseurs de la férocité, mise en scène jubilatoire et inventive. Un régal ! (Film actuellement en salle)


LA SEMAINES PROCHAINE : une histoire de Détective privée au Botswana, un roman attachant lu par Nema M., Pat se frite avec Zombie (1978) de G. Romero, Bruno nous ferra une surprise, Claude Toon et son disque soi-disant Légendaire : Brahms par Mravinsky à Vienne, et le film Nuremberg vu et commenté par Luc…


🤔 Manque d'idée ? un accès de curiosité ? Pensez à consulter les superbes index parfaitement mis à jour au quotidien par le Toon, désigné webmaster volontaire autoproclamé !


BON DIMANCHE ET ALLONS VOTER (enfin si ça nous dit)


vendredi 13 mars 2026

AUCUN AUTRE CHOIX de Park Chan-Wook (2026) par Luc B.


Cette pépite déjantée nous vient de Corée (du sud), réalisée par Park Chan-Wook, auteur du fameux OLD BOY (2003) et plus tard de MADEMOISELLE ou DECISION TO LEAVE

La genèse du film est assez rigolote. Park Chan-Wook s’entretenait avec Costa Gavras, président de la cinémathèque française, lui racontant son souhait d’adapter à l’écran le génial roman LE COUPERET du non moins génial Donald Westlake. Quand Gavras lui apprend qu’il a déjà adapté ce bouquin en 2005, avec José Garcia et Karine Viard ! AUCUN AUTRE CHOIX sera produit par… Alexandre et Michèle Ray Gavras, respectivement fils et épouse du réalisateur.

Le synopsis est simple. Un type licencié de son entreprise, craignant de ne pas retrouver de poste, décide d’éliminer ses potentiels concurrents. Il passe une annonce de recrutement, sélectionne les profils proches du sien, et les dézingue un par un ! C’est-y pas génial ?

Un film en deux mouvements. D’abord un drame social maquillé en farce. Yoo Man-soo aime son travail, sa maison, ses bonsaï, fier de faire vivre sa famille adorée. Mais son entreprise de papiers est rachetée par un consortium américain, qui liquide le personnel. Yoo Man-soo prend la tête de la fronde. On entend en off son discours revendicatif, devant une foule qu'on imagine conquise. Mais à l’image, le type rôde ses arguments face à trois collègues qui s’en branlent complètement ! Pathétique. 

Yoo Man-soo vit avec sa femme et ses deux enfants dans une belle maison. Un couple qui respire la joie de vivre, gentiment barré, avec un ado accroc à Netflix et une gamine chaussée de bottes en caoutchouc, mutique et virtuose du violoncelle. Mais avec papa au chômage, il va falloir réduire la voilure. Scène fameuse où la mère égrène ce dont il va falloir se séparer, la liste est longue, qui se finit par : « il va falloir aussi réduire le nombre de bouches à nourrir ». Regardez comme le môme étreint sa petite sœur par réflexe, comme s’il s’agissait d’elle ! La mère parlait des deux chiens…

Le ton est donné, la comédie sera satirique, grinçante, cruelle. On pense au Bong Joon-Ho de PARASITE, dans la critique sociale et politique mâtinée d’humour noir, et l’émergence soudaine de la violence la plus brutale. On a le sourire aux lèvres à chaque instant, émerveillé d’être surpris par chaque scène, chaque plan, chaque trouvaille. On aime ces personnages lunaires, ce p’tit grain de folie, l’épouse aimante, la gamine adorable (merveilleuse scène lorsqu’elle rejoue du violoncelle devant les deux cleps ) et ce père perclus de tics, cartoonesque dans son jeu, qui suinte le désespoir euphorique, sans cesse à donner le change, prêt à tout pour sauver sa famille de la déchéance sociale.

Face au précipice, il n'aura pas d'autre choix. Le film bascule dans la comédie noire, le polar sanglant. Le plan machiavélique est mis au point avec autant de rigueur que son exécution sera foutraque ! Rien ne va évidemment fonctionner comme prévu. On ne s'improvise pas tueur à gages quand ce n’est pas votre occupation première… 

Toute la séquence de repérage de la première victime, qui vit dans une maison dans les bois, est fabuleuse, qui tient du vaudeville - l'amant n'était pas prévu ! - comme du burlesque, avec cette piqûre intempestive de serpent, et ce tueur qui doit sa vie à sa future victime ! 

La seule chose qui ne tue pas ici, c'est le ridicule. Yoo Man-soo, habillé d’une salopette de pêche, de trois gants de cuisine superposés (en guise de silencieux ?) armé d’un antique flingue de la guerre, va cent fois sur le métier remettre son ouvrage. Le premier crime, foutraque, rappelle la scène centrale et folle de ANORA de Sean Baker.

Ces disparitions suspectes de chômeurs de mêmes profils professionnels piquent la curiosité de deux policiers. Et leur enquête pique celle de la femme de Yoo Man-soo qui suspecte le pire. Elle commence à douter de l’honnêteté de son époux au même moment où lui doute de celle de son épouse, un peu trop proche de son dentiste de patron. La scène du bal dansant est géniale, elle dans son costume de Pocahontas au bras du dentiste, faute d'un mari occupé à d'autres besognes. Et puis il y a ce voisin libidineux qui veut racheter leur maison, qu’on retrouvera plus tard, quand les gamins seront pris à dévaliser son commerce. Scène qui renvoie à la scène de la machine à écrire dans LES 400 COUPS de Truffaut.

Alors oui, le film est sans doute trop long. Et se complet parfois dans le gore (le gavage de la victime). C’est le seul reproche que je ferai. Par rapport au roman, il y a moins de meurtres (ici trois) mais davantage étirés dans leur préparation / exécution. Sans doute Park Chan-Wook aurait pu élaguer sur la fin, suggérer plus que de ne rien nous épargner de l’agonie de la dernière victime. Par contre, la ligature de cadavres conforme à l’art du bonsaï, quelle idée géniale !

Ce qui est jubilatoire, c’est évidemment la mise en scène. Un feu d’artifice, on en a plein les mirettes ! Park Chan-Wook trouve des idées à chaque plan, des angles saugrenus, des mouvements de caméra intempestifs. C’est cette caméra intrusive et insolente qui désamorce sans pour autant l'atténuer la violence du propos, comme celle de Kubrick dans ORANGE MECANIQUE, par ce décalage burlesque, chorégraphique. Park Chan-Wook maîtrise superbement l’espace, les cadres, utilise à plein le format scope, montre la petitesse de l'humain dans ses plans larges, les dernières scènes à l'usine renvoient autant au METROPOLIS de Fritz Lang qu'à l’absurdité des TEMPS MODERNES de Chaplin.

AUCUN AUTRE CHOIX est un film radical dans son ton, qui pousse loin les curseurs, féroce et déjanté. Parfois too much, oui, mais d’autant plus indispensable que totalement amoral ! Et doté d’une superbe bande son, entre le concerto n° 23 de Mozart, la soul de Sam & Dave, la pop coréenne des années 80.

Superbe aussi, le générique de fin, sur papier, montage parallèle avec ces arbres qu'on abat à la tonne. Le film est aussi une ode à l'écologie, au plaisir simple, la danse, le jardinage, la musique, aux disques vinyles.

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Du même auteur, chroniqué dans ces colonnes : DECISION TO LEAVE

 


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