Sentiment mitigé à la sortie de
projection, sans doute dû en partie à la facilité du
scénario. Je m’explique. Le film raconte l’arrestation de Jean
Moulin, à Caluire en juin 1943, puis les tortures interminables
qu’il a subies à la Gestapo de Lyon, où régnait l’ignoble
Klaus Barbie.
Ce n'est donc pas un biopic. On n’apprend rien du passé, de la vie ou la carrière de ce
fonctionnaire qui a œuvré de préfectures en cabinets et ministères
depuis les années 20, avant de rallier la Résistance, être repéré
par de Gaulle, et chargé d’unifier les multiples composantes de la
Résistance.
Le vrai sujet aurait pu être là : la période
1940-43. Mais cela supposait de rendre à l’écran une période
complexe, avec de multiples protagonistes pas forcément connus du
public, sans promesse de spectaculaire, et finir sur une arrestation,
donc un échec. Le scénariste Olivier Demangel (qui travaille avec
Cédric Jimenez) restreint donc le récit aux derniers jours - oserais-je dire plus vendeurs - un huis
clos entre la victime et son bourreau, sujet idéal pour Polanski. Sauf que Demangelest contraint d’inventer personnages secondaires, situations et dialogues, puisque nous n’avons aucun verbatim des interrogatoires
subis par Jean Moulin. Les rares choses que l'on sait viennent de Barbie lui-même, des années plus tard, pas certain que ce soit très fiable ! Le producteur Alain Goldman (de Jimenez entre
autres, bis) a choisi de confier la réalisation à László Nemes.
Ce
réalisateur hongrois s’est fait connaître avec LE FILS DE SAUL en
2015, qui avait subjugué et terrifié tout le monde. Puis plus rien,
deux films en Hongrie à peine distribués chez nous. Nemes ne
retrouve pas ici la puissance formelle de SAUL, plus classique, voire un brin léchée vu le sujet (jurisprudence SpielbergSCHINDLER ?) mais certains moments sont très réussis.
Notamment les séquences avec la Comtesse de Forez (jouée par Louise
Bourgoin) qui est un personnage… fictif. Je rembobine.
Jean
Moulin est parachuté depuis Londres, missionné pour fédérer les responsables de la
Résistance. La séquence est filmée de nuit, on n’y voit que
dalle. Ça devient une manie de sous-éclairer un film, y’a plus de
chef op’ en France ? Même les scènes en plein jour semblent passées au brou de noix, ou les acteurs placés à contre jour d’une
fenêtre pour être bien sûr qu’on ne les reconnaisse pas ! Pour renforcer le mystère, mais quel mystère ?
Gilles
Lellouche chuchote souvent (forcément, il ne va pas
hurler dans des troquets infestés d’Allemands), une élocution
cotonneuse de surcroît, au début on ne pige pas une phrase sur deux. Bref, ça
commençait mal. Pourtant l’acteur m’a plutôt
convaincu dans sa capacité à incarner différents Moulin. Le fonctionnaire strict (la réunion à Lyon), le dandy élégant à l’aise
en mondanités (la scène du vernissage), puis l’homme inquiet, traqué,
franchement paniqué quand il répète comme un mantra dans la cour de la prison
« je vais parler, s’ils me torturent, j’vais parler ».
László Nemes n’en fait pas une figure héroïque, mais un homme qui a peur. Le film échoue par contre à expliquer
comment Jean Moulin a su tenir face aux sévices. Car bien qu’avouant
finalement sa réelle identité (dénoncé par un autre prisonnier) il n’a pas révélé ce que les allemands tenaient à savoir sur la Résistance et les plans des Alliés.
Si les premières séquences rappellent un peu trop ce qu'on a déjà vu (chez Melville notamment) le film prend corps avec l’arrestation chez le docteur Dugougon à
Caluire. Le stress, la méfiance, l'inquiétude, puis la violence qui surgit. László Nemes est plus à l'aise dans les face à face, et réussit le
premier entretien entre Moulin et Barbie, affable, courtois, jeu pervers du chat et de
la souris.
Réussies, donc, les séquences avec la comtesse. Ce plan
au sortir du vernissage, dans un escalier éclairé d’un
lampadaire, ambiance très Film Noir, un plan long qui se termine par
un beau mouvement de caméra, zénithal. Puis la longue séquence à
la Gestapo où la Comtesse Forez (l’alibi de Moulin, censé être Jean
Martel, son décorateur) est interrogée par un Barbie qui lui donne
des « votre altesse », la cagole d’abord pour mieux
l’agresser ensuite. Crescendo éprouvant jusqu’à cette valse
forcée sur « La Barcarolle » d'Hoffmann, tout en plan
séquence circulaire. Moins convaincantes, les scènes en cellule
avec un co-détenu (parce qu’il en fallait un ?) dont on ne sait
s’il est un leurre ou pas.
Le nazi est joué par un acteur allemand
(quelle surprise !) : Lars Eidinger, que j’avais découvert
dans la géniale série BABYLON BERLIN. Il est excellent, effrayant, réellement sadique dans
sa manière de souffler le chaud et le froid, cédant à la violence
hystérique. MOULIN est un film dur, même si László Nemes laisse le trop plein d’horreur
hors champ, privilégiant le sonore (aboiements, cris, suppliques).
Voir la scène où on contraint Moulin, forçant ses paupières à
rester ouvertes, à regarder ses compagnons se faire torturer.
Le souci
avec ce MOULIN, est qu’il fait immanquablement songer à L’ARMÉE
DES OMBRES de Jean Pierre Melville. Qui avait lui aussi dirigé un
poids lourd du cinéma, Lino Ventura. L’acteur s’effaçait
derrière son personnage, dans un film au rendu documentaire,
froid, austère, car Melville savait, lui, de quoi il parlait. Nemes (et son scénariste) invente sans pour autant trahir, certes, mais montre des gestes de cinéma sans doute trop ostentatoires, impression renforcée par l’utilisation du format scope, les
lumières sculptées, les costumes bien coupés.
- Dis Claude, ce monsieur Gabriel Dupont était-il français, belge
voire canadien ? Est-il un cousin de l'un des détectives gaffeurs des
aventures de Tintin et Milou ? hihi
- Sacrée Sonia. Gabriel Dupont est un compositeur français, ce
patronyme est courant dans les pays cités…
- Finis les anglais des semaines passés ! On n'a jamais parlé de ce
compositeur de la génération Ravel, Debussy, etc. ?
- Oh mais Sonia, la France sait aussi oublier ses musiciens surtout
ceux qui, comme Gabriel Dupont, meurent à 36 ans, comme Georges Bizet
d'ailleurs. Bizet qui certes a su s'imposer avec Carmen, l'opéra parmi
les plus célèbres de l'histoire de la musique…
- La discographie doit être maigre…
- Et bien 17 albums… consacrés soit à ses œuvres soit dans des
anthologies…
Gabriel Dupont vers 1900
Il est rare de commencer une biographie par la date de décès.
Gabriel Dupont
meurt des suites de la tuberculose le 2 août 1914. La veille,
l'Empire allemand a déclaré la guerre à la Russie, la France proclame la
mobilisation générale 😒. Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France, alliée de la Russie. Le 11
août, la France déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie. Limitons nous aux
principales dates du début d'un effroyable conflit européen de quatre ans,
une tuerie insensée où 20 millions de soldats et 20 millions de civils
périront.
Gabriel Dupont
disparaît pendant que les français placardent les appels à la conscription ;
pour ce jeune compositeur en pleine ascension âgé de 36 ans, une telle date
signe son arrêt de mort artistique. Désolé pour ma trivialité, mais tout le
monde s'en fout dans une Europe et une France qui s'embrasent. On l'oublie,
contrairement à son confrère
Bizet
qui s'éteint au même âge en 1875 période de paix après la guerre de
1870 et ayant produit
Carmen
créé le jour de sa mort, l'œuvre lyrique la plus jouée au monde qui le fera
immédiatement entrer dans la légende. Et citons aussi le charmant opéra
orientalisant
les Pêcheurs de perle
!!! La renaissance de Gabriel Dupont attendra la fin du XXèmesiècle et le début du XXIème siècle.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Serge Prokofiev
disparaîtra également sans tambour ni trompette… emporté par une crise
cardiaque le même jour que le départ en enfer de Staline le 5 mars
1953 😡. Heureusement, cet immense compositeur s'était déjà fait une place
en or dans l'histoire de la musique. La Pravda l'annoncera brièvement six
jours plus tard, seules quarante personnes l'accompagneront à sa dernière
demeure.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Une naissance, événement plus joyeux, a lieu chez les Dupont, à
Caen le 1er mars 1878, celle du petit
Gabriel Dupont. Son père,
Achille Dupont
(1848-1901) est originaire de l'Aisne. Il est organiste renommé à l'église
Saint-Pierre. Il joue sur un orgue Cavaillé-Coll installé en 1881,
instrument de prestige détruit, comme la quasi-totalité de la ville, en
1944 après le D-Day. En parallèle, il enseigne la musique au lycée
Malherbe de la préfecture du Calvados. Lui-même a suivi les cours de l'École Niedermeyer de Paris (1853-1912) ; on y enseigne l'interprétation de la musique
religieuse et le jeu d'orgue.
Achille Dupont
Qui aurait été mieux placé que le père de la fratrie pour discerner le
talent précoce de son fils à qui il donne les premiers rudiments de la
technique du clavier. Dans cette famille cultivée et mélomane,
Gabriel
partagera ses dons artistiques avec deux de ses frères aînés :
Robert Dupont (1874-1949), peintre paysagiste et
Maurice (1873-1949), intellectuel, écrivain et orientaliste, qui fût
un ancien bibliothécaire au Musée Guimet.
Sa mère Delphine assurera une présence aimante et dévouée dès les
premiers symptômes de la tuberculose qui emportera son cadet. Elle
accompagnera ainsi
Gabriel
au Vésinet, refuge isolé des miasmes de la Capitale, pour le soutenir dans
son travail de composition notamment son cycle de dix pièces pour piano
LaMaison dans les dunes.
Rapidement,
Gabriel
fréquente le conservatoire de Caen puis part pour celui de Paris en
1893. Il étudie l'orgue avec Alexandre Guilmant puis la
composition avec
Charles-Marie Widor
de 1897 à 1903, un éminent professeur….
Widor
est l'un des organistes et compositeurs pour le noble instrument parmi les
plus connus de l'école franckiste. Il occupera la tribune de Saint-Sulpice
pendant 64 ans, composant dix symphonies monumentales au sein d'un riche
catalogue
(Clic).
Tout apprenti compositeur se doit, pour gagner ses titres de noblesse de
musicien accompli, briguer le
Prix de Rome créé par Colbert avec le soutien de Louis XIV.
Multidisciplinaire (peinture, sculpture dès 1663, architecture en 1720, gravure en 1804), ce prix récompense aussi à partir de 1803
cinq jeunes compositeurs auteurs d'une cantate pour trois voix solistes et
orchestre. Le 1er
grand prix assure un début de carrière mais rarement sa poursuite à long
terme 😉.
Je profite de ce billet pour brocarder le charme désuet de l'organisation
de l'épreuve dans la discipline "musique". Le candidat "entre en loge". À cette fin on l'isole pendant quelques semaines (pour les musiciens)
dans une pièce sans contact avec les autres impétrants et encore moins les
professeurs qui faciliteraient la tricherie par leurs conseils 😊. Ces
cellules monastiques ne se trouvaient pas à la Villa Médicis, comme on le
pense souvent, mais au château de Compiègne. Ce sera le cas pour
GabrielDupont
et ses amis en cette année 1901. (Période où il achève son parcours
au conservatoire). Les "logistes", tels qu'on les nomme, vivent une période
quasi monastique sous la surveillance de gardiens.
André Caplet (gauche) et Debussy
André Gedalge
Marie-Catherine Girod
Une main de velours dans
un gant de fer
De nos jours, et avec le recul, la médiocrité des œuvres récompensées,
l'oubli poli par l'histoire d'une armée de créateurs sans génie, conduit à
ricaner à propos de l'évidente priorité donnée par le jury à ces cantates
corsetées dans un académisme désuet. Dans les années 1850-1860, on croise
quand même dans le palmarès :
Bizet,
Massenet
et
Théodore Dubois
(3 musiciens connus seulement). On impose la mythologie ou des drames
chevaleresques comme sujets les plus fréquents.
Anecdotes piquantes :
Maurice Ravel
relèvera le défi six fois de 1900 à 1905. Il jette l'éponge
conscient de la partialité de ce jeu de dupes en 1904. Il est éliminé
en 1900 des tests préliminaires ainsi qu'en 1905, dernière
tentative possible car il a 30 ans. Un scandale éclate face à la stupidité
d'écarter le compositeur de deux bijoux :
Jeux d'eau
et d'un
Quatuor à cordes. On ouvre une commission d'enquête 😊. Les six logistes finalistes sont
tous élèves d'un même membre du jury. La presse musicale se déchaîne, même
des journalistes qui estiment
Ravel
trop novateur, "Maurice Ravel est éliminé du concours. J'avoue que je n'aurais jamais
cru cela possible… C'est un défi au bon sens, à la justice et à
l'art." écrit le critique Jean Marnold rédacteur au Mercure de France.
Romain Rolland, écrivain et musicologue, prix Nobel en 1915,
rédige une lettre ouverte, un brûlot qui dénonce une décision ridiculisant
un Conservatoire passéiste ! Le Directeur,
Théodore Dubois, ancien lauréat lui-même, proche de la retraite sert de fusible. Réputé
rétrograde, on le pousse à la démission en faveur de
Gabriel Fauré.
On peut ironiser à loisir sur ce concours traditionaliste
et arbitraire, supprimé par André Malraux en 1968. Voyons
l'affaire positivement… Il permettait des rencontres fructueuses entre les
candidats. En 1901 les lauréats sont : 1er prix :
André Caplet
dont on parle encore,
GabrielDupont
1er second prix et Maurice Ravel
2ème second prix (sa seule récompense en six tentatives
annuelles). Faut-il en déduire des conflits entre les postulants ? Justement
non !
Avant 1901,
Maurice Ravel
et
GabrielDupont
se lient d'amitié. Ils partageront l'enseignement du contrepoint et de la
fugue par André Gedalge, pédagogue moderniste, qui considère
Ravel
comme très prometteur. Appel aux labels : il faut réhabiliter
André Gedalge ! Les deux jeunes compères feront également connaissance de Florent Schmitt et de Charles Koechlin. De 1894 à 1896, GabrielDupont
commence son cursus de composition avec Jules Massenet
; puis il intégrera la classe de Widor. Ravel
bénéficiera en auditeur libre des cours de Fauré
après le "scandale" de 1905. Fauré l'invite, contournant deux articles du règlement : Ravela plus de 26 ans et n'a pas de prix de composition. Fauré, dès 1898 avait perçu un futur génie…
Pour conclure sur cette bouffonnerie qui entoure le sésame qu'était le Prix
de Rome citons les très rares cantates qui ont survécu à l'usure du temps ;
chronologiquement :
Cléopâtre
(1829) d'Hector Berlioz (recalée),
L'Enfant prodigue
(1884) de
Claude Debussy
(1er prix),
Faust et Hélène
(1913) de
Lili Boulanger (1er prix – première femme depuis leur admission en
1903). On se doit d'ajouter les trois cantates non retenues de
Ravel
mais de qualité et gravées par plusieurs maestros :
Myrrha
(1901),
lcyone
(1902),
Alyssa
(1903). Un sujet de chronique atypique à envisager…
- Et bien Claude, quel micmac typique de l'ancien temps, le
conservatisme, de piètres partitions, les magouilles, la misogynie,
bref… la totale !!! Mais que devient notre Gabriel Dupont après cette
fin d'étude ? 1901, Gabriel a 23 ans et 13 ans à vivre… Son catalogue
doit être maigre…
Et bien vois-tu Sonia,
GabrielDupont
compose officiellement dès 1900. On ne peut affirmer que des manuscrits de
jeunesse n'aient été égarés ou détruits.
GabrielDupont
écrira dans tous les genres : au moins une trentaine de mélodies isolées
ou réunies en cycle telles les 8 de
Poèmes d'automne
inspirés de divers poètes dont Verlaine et Rimbaud. (Je
recommande l'intégrale par le pianiste
Tristan Raës
et le ténor
Cyrille Dubois). On sent l'influence de
Fauré
dans ce répertoire de la mélodie intimiste si prisé à l'époque.
(YouTube).
Le piano occupe une grande place dans sa production. Parmi plusieurs
cycles se distinguent les 14 pièces titrées Les heures dolentes
(1903-1905) et
La Maison des dunes, 10 pièces inspirées par les paysages marins du bassin d'Arcachon. La
pianiste française
Marie-Catherine Girod* a enregistré ces deux cycles pour piano en 1997 et
2018 pour Mirare. On discernera dans son jeu des
échos de l'expressionisme de
Debussy (Images,
Estampes). Marie-Catherine Girod a ressuscité GabrielDupont. On lui doit aussi une gravure avec le Quatuor Pražák du Quintette de 1911, son unique ouvrage chambriste.
(*) Nota : la pianiste
Marie-Catherine Girod, très exigeante dans sa fidélité au texte, a très peu de concurrence
dans ce répertoire. Dommage, car on croule sous les gravures
d'intérêts contestables dédiées à
Debussy et Ravel. Houlà ! situation vécue en live : la dame est aussi pointilleuse
avec elle que comme juré de concours, et même blessante envers des
candidats, l'image d'une
Castafiore
adoptant le principe ancestral : "transformons la musique en
tribunal". Cela dit, face à un clavier… on l'écoute et on s'écrase
:😉. Je n'ai jamais vu une
partition
aussi riche en indications sur les nuances à apporter, le placement
des mains… Gabriel Dupont
fignolait, on peut le dire !
Tout ça pour justifier l'ajout de son interprétation récente de
La Maison des dunes. Le délié raffiné et sans hédonisme de son jeu est époustouflant…
Côté art lyrique,
GabrielDupont
a composé quatre opéras dont plusieurs eurent du succès lors de leur
création et avant la déclaration de Guerre.
La Cabrera
(1904) est le seul à avoir été réhabilité en version concert en
2025 à Caen, sa ville natale. Il s'agit d'un drame naturaliste
contant les malheurs sans fin d'une chevrière du pays basque… L'héroïne
sera victime du syndrome du cœur brisé dit de Takotsubo… Ah l'amour qui
tue ! Sniff. Voir une encyclopédie médicale…
Antar
(1912–1914). Comme la symphonie éponyme de
Rimski-Korsakov(Clic), le livret s'inspire des aventures d'Antar, poète et guerrier de
l'Arabie préislamique (VIème siècle), personnage réputé pour sa
bravoure et son amour chimérique pour sa cousine Abla. Créé de
manière posthume en 1921 à l'opéra de Paris, on ne peut que
regretter son oubli des scènes et concerts.
Patrick Davin (1962-2020)
En 2018, le chef
Patrick Davin
et l'Orchestre philharmonique royale de Liège
sortent des sentiers battus du répertoire symphonique en enregistrant les
trois ouvrages orchestraux de
GabrielDupont, une première mondiale qui s'explique par la mort prématurée du jeune
compositeur avant qu'il ait pu s'affirmer dans ce registre comme
Debussy, son aîné de vingt ans qui a déjà révolutionné l'univers symphonique avant
1910 (La mer,
Nocturnes, etc.).
Né en 1962, le chef et violoniste belge très prometteur, maestro
renommé sur les scènes lyriques notamment, élève entre autres de
Pierre Boulez et assistant de chefs de grand talent tels
Sylvain Cambreling ou Günther Herbig nousa hélas quittés en 2020, à 58 ans, soit deux ans après la gravure du disque
de ce du jour. À ce sujet sa discographie comporte une dizaine
d'enregistrements originaux de musique française à explorer.
Le disque réunit l'ensemble des trois œuvres orchestrales de
Dupont. Patrick Davin
a assuré un travail de recherche digne d'Indiana Joneset les partitions perdues
😊 qui sont restées non éditées ou introuvables pendant un siècle. Je pense
que connaître leurs dates de créations du vivant de leurs auteurs a stimulé
le maestro à se lancer dans l'aventure, une réussite pour des ouvrages
pleins de charme. Je les présente dans l'ordre chronologique de
l'écoute…
Edvard Munch : La fillette et sa mère morte
1- Les heures dolentes
Ce cycle de quatre morceaux est créé le 21 octobre 1906 à Paris, par
les
ConcertsColonne
dirigé par
Édouard Colonne. On aura compris qu'il s'agit d'une orchestration par
GabrielDupont
lui-même de 4 et non 3 pièces extraites de la suite pour piano éponyme
complété d'une pièce indépendante, le premier mouvement étant un
enchaînement de deux pièces différentes. En 1903,
GabrielDupont
doit rester alité à Hyères car atteint d'une pleurésie conséquence de la
phtisie qui l'emportera… Il débute la composition de ce cycle qui reflète
l'état dépressif de l'homme qui frôle la mort en cette époque sans
antibiotique. Les sous-titres des pièces évoquent le trépas, la souffrance,
les souvenirs qui s'éloignent… On a souvent comparé cette suite de 25
minutes à
Mort et transfiguration
de
Richard Strauss, tant pour l'inspiration que pour le traitement orchestral puissant et
sombre.
A –
Épigraphe
suivi de
La mort rôde. Les indications de tempos sont
Lent et grave puis
Très modéré. On sera surpris par
l'évidence du traitement orchestral pour illustrer les sentiments. Vers
[03:05], le dialogue entre tuba et timbale repris vers [3:05] puis encore
deux fois, ne laisse aucun doute par son dramatisme exacerbé quant au climat
douloureux exprimé par le malade couchant ses notes sur la partition.
B –
Des enfants jouent dans le jardin
: (un peu animé). Sans doute une pièce
plus tardive, vers 1905, écrite entre deux rechutes. Signé
Renoir, le tableau ci-dessous montre Jean et
Geneviève jouant sur un perron, les enfants de son confrère
peintre Caillebotte … La joie de vivre s'oppose à la gravité
précédente par une orchestration luxuriante illuminée par les percussions.
Ma sélection des deux tableaux n'a rien de fortuite pour traduire ce
contraste habile du choix des sonorités. Elles s'éloignent ici nettement des
funèbres instrumentations par superposition de
Strauss. On est plus proche de
Fête
de
Debussy
(2èmenocturne). On s'amusera à distinguer par-ci, par-là le thème pétillant de la
chanson "nous n'irons plus aubois" 😊.
Geneviève et jean Caillebotte peints par Renoir
Nota : Orchestration : 3 flûtes, 3 hautbois, 3 clarinettes, 3
bassons et contrebasson, 4 cors, 3 trompettes, 1 tuba, timbales, percussions
métalliques, harpe, célesta et cordes.
C -
Le soir tombe dans la chambre
(Lent et recueilli) : Les divers motifs
expriment les angoisses alors que l'obscurité se fait. Un sentiment
d'acceptation et de résistance donne lieu à un dialogue féérique du violon
solo, de la harpe et du cor.
D -
Nuit blanche - Hallucinations
(Lent et sombre) : Quoi de plus long et
oppressant qu'une nuit blanche et sa succession de pensées morbides vue
comme une chevauchée cauchemardesque par
GabrielDupont
? On a évoqué
Strauss
puis les contrastes affirmés de
Debussy
dans le récit instrumental des trois pièces précédentes. Étrangement, le
pathétisme héroïque rencontré dans le flot mélodique tourmenté de ce long
mouvement fait songer à la rugosité des musiques de films épiques des
péplums hollywoodiens.
2 – Jour d'été
Cette suite ou poème symphonique en trois parties date de 1899.
Elle répond à une commande du conservatoire de Nancy alors sous la
direction de
Guy Ropartz,
compositeur et maestro d'origine bretonne, lui aussi à inscrire dans la
liste des projets du blog.
Ropartz
dirige lui-même la première le 25 mars 1900 avec l'orchestre du
conservatoire. Encore en bonne santé, GabrielDupont s'illustre dans une peinture musicale joyeuse, bucolique et poétique, un
peu trop ludique diraient certains grincheux. Il adopte une fluidité
mélodique facile à suivre et une clarté dans l'orchestration
exceptionnelle chez un compositeur novice. GabrielDupont
rédige l'argument de sa plume en songeant à l'esprit d'un ballet tel le
projet inabouti titré La Farandole des saisons.
Sisley : chemin ensoleillé
A –
Matinée ensoleillée
(allegro giocoso) : L'été est la
période des kermesses de village, des défilés et des fanfares.
Dupont
exploite ces traditions guillerettes en composant une marche richement
orchestrée et rythmée en début et en conclusion. L'instrumentation préfigure
celle utilisée pour la transcription des
Heures dolentes. La thématique manque certes d'imagination, mais la gaité et la brièveté
de ce premier mouvement sauvent la mise. La harpe, la caisse claire et le
triangle me font penser aux chorégraphies trépidantes qu'affectionnait
AlbertRoussel (Suite en fa - Clic). On a reproché à GabrielDupont
de manquer d'innovation, de se laisser influencer par les langages de ses
pairs : Debussy, Massenet ou Strauss
entre autres. À 21 ans, est-il anormal que le jeune homme cherche pas à pas
sa propre maîtrise compositionnelle ?
B –
Sous-bois
(Andante tranquillamente) : Le
matériel thématique ne reprend aucun motif précédent, d'où l'abus
sémantique de classer l'œuvre dans la catégorie "poème symphonique",
"suite" s'impose. Très mélodieux, le développement nous entraîne à suivre
un hautbois solo sous les ombrages des canopées. La technique tonale
employée et la quiétude sans emphase du déploiement instrumental suggèrent
la douce tiédeur des lieux et les parfums de l'humus, du chèvrefeuille, et
des résines des futaies.
C -
Nocturne
(Allegro vivo) : En été, les soirées
se prolongent dans les lumières dorées du couchant, les bavardages vont
bon train. Quelques couples s'élancent pour danser sous des lampions.
[02:11] On entend au loin des cors nostalgiques, pourtant la chasse est
interdite en été, mais le timbre velouté des cors symbolise si bien les
lueurs orangées et brumeuses du crépuscule… 😊.
GabrielDupont
décline une forme sonate très libre, notée d'allegro à andante. Quelques
sautes de vents s'assagissent pour laisser la musique progresser vers
l'obscurité. A noter, de nouveau, un usage subtil des percussions,
triangle et cymbales et de la harpe. Une merveille qui dormait depuis plus
d'un siècle dans un tiroir !
Arcachon : La Pêche aux flambeaux Jean-Paul Alaux, vers
1900
3 – Le chant de la destinée
Ultime partition orchestrale d'envergure, ce poème symphonique d'une
quinzaine de minutes résulte d'une commande d'Édouard Colonne quiapprécia beaucoup de diriger les
Heures dolentes orchestrées
qui débutent le disque.
GabrielDupont
quitte le Vésinet pour Arcachon. Sa santé se dégrade et le ton dramatique de
l'ouvrage laisse à penser que les médecins sont pessimistes sur l'espérance
de vie du compositeur.
Achevée à l'automne 1907,
Edouard Colonne
en donne la première mondiale dès le 27 octobre 1907 au Théâtre du
Châtelet ! Le chef confiait qu'il ressentait l'influence de
Richard Strauss
et de
César Franck. L'austérité du poème, composé dans les sombres tonalités de Fa mineur et
de Mi bémol mineur, et les rares ruptures mélodiques m'incitent à rapprocher
le ton général de l'art du second. Par contre, le fractionnement en sections
et l'usage de leitmotive ne peuvent écarter l'influence de
Strauss
et même de
Liszt.
Dupont
se tournait ainsi vers l'héritage germanique plutôt que de s'inscrire dans
la lignée du style "à la française" d'un
Debussy.
Le poème s'ouvre sur l'exposé plaintif d'un thème funeste aux instruments
les plus graves. Empreint de lassitude,
Dupont
se résout-il à la fatalité d'une existence qu'li saitécourtée. [0:32] Un second motif scandé par les timbales se construit sur
un chant affligé des cuivres. Par ce motif martial moins funèbre que le
leitmotiv introductif, Dupont
témoigne dans un long crescendo de son combat personnel aidé en cela par son
admiration pour les beautés naturelles de la forêt arcachonnaise. [04:47] Un
climax tragique (grosse caisse) exprime le retour de l'angoisse, mais
brièvement. Un troisième passage, très nuancé, en si majeur, met-il en
avant, dans un cheminement extraordinairement animé [7:22], illuminé de
pizzicati et par le facétieux triangle, un espoir et le sentiment d'une vie
certes de douleurs mais où la passion pour l'art a pu éclore. [8:09] Le
second leitmotive fait son retour pour nous entraîner dans une longue coda
élégiaque d'une virtuosité orchestrale stupéfiante. Bien des œuvres plus
longues et rabâchées en concert ne proposent pas une composition aussi
élaborée, colorée et bouleversante. Les dernières mesures jouées très
lentement et pppp
sont-elles une métaphore du repos éternel ? (Partition) Le très avant-gardiste
Edgar Varèse
estimait beaucoup cette œuvre !
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Deep
Purple est probablement le premier groupe a avoir généré un arbre
généalogique. Un arbre aux branches et racines fournies. Déjà
parce que tous les membres qui ont fait partie de l'aventure de ce
groupe quasi mythique, ne serait-ce que pour le temps d'une tournée,
ont tous - à l'exception de David Coverdale - un passif. Ensuite,
parce que tous ceux qui sont passés par le quintet, ont fait par la
suite une carrière - avec des succès divers. Toutefois, les deux licenciés du Mark I n'ont pas eu autant de chance que leurs successeurs. Rod Evans, le
premier chanteur a su, un temps, rebondir avec un Captain Beyond
plein de promesses - qu'il n'a pu hélas tenir. Après avoir quitté quelques années le monde du spectacle, il se brûle stupidement en montant une tournée annonçant la reformation de Deep Purple ... avec lui-même pour seul membre ayant fait partie du groupe. Une supercherie qui tourne au fiasco, avec des concerts désertés quand ils ne frôlent pas l'émeute, et un procès à la clef. Quant au bassiste, Nick Simper, peut-être injustement écarté (1), ça s'annonçait également sous de bons auspices, mais...
La déconvenue et la surprise de son
éviction soudaine, sans préavis ni concertation, déçoivent et
affectent Nick
Simper. Toutefois, malgré cette blessure émotionnelle, il ne tient
pas à perdre son temps en se morfondant dans son coin. Il profite d'abord d'une opportunité : celle d'accompagner - ou de dépanner - la chanteuse Marsha Hunt (ex-copine de John Mayall – qui lui
inspire les paroles de « Brown Sugar » (2) et de
« Marsha's Mood » - et alors épouse de Mike Ratledge). Parallèlement, il met aussi à profit cette déconvenue pour se perfectionner à la basse en reprenant des cours au conservatoire et obtenir un nouveau diplôme - tout en accompagnant l'excentrique et roublard Screaming Lord Sutch. Hélas, pour cause de prochaine natalité, Hunt est contrainte au
repos et en conséquence, dissout le groupe. Elle n'a alors enregistré que deux 45 tours avant cet arrêt nécessaire mais inopiné. Pour le coup, le
groupe d'accompagnement de Marsha se retrouve sur le carreau.
La poisse semble poursuivre Simper, qui vient d'avoir deux jours auparavant, son premier enfant, une fille (3). Son salaire de musicien et de chef d'orchestre - Marsha, consciente de la médiocrité de son premier groupe, avait promu Nick chef d'orchestre pour qu'il le refonde et le dirige - va désormais cruellement manquer pour subvenir au besoin de la petite famille.
Poussé par ses récentes obligations familiales, il se ressaisit prestement et met les bouchées doubles sur un projet parallèle. Un groupe qu'il a monté avec deux musiciens du groupe de Marsha : le
guitariste Ged Peck et le batteur Mac Poole. Ce dernier a été sollicité par son pote Robert Plant, pour intégrer les New Yardbirds. Plus tard, après une prestation de Marsha Hunt, Jeff Beck, sûr de lui, l'aborde et lui propose de ranger son kit de batterie dans sa voiture, car désormais, il faisait partie de son groupe. Mais, au soulagement de Simper, refusa. (au contraire que certains batteurs de Beck et de John Bonham, Mac Poole, lui, ne rentra jamais dans l'histoire de la musique populaire britannique). La vocation de ce groupe, Iron Horse, est de pouvoir jouer une musique répondant plus aux affinités de ces trois musiciens. Toutefois, sous l'insistance de Simper, Marsha songeait à revoir sa copie et concéder à Simper des ouvertures sur des tonalités plus heavy et progressives. Avec la défection de Marsha, ils n'ont guère plus le choix que d'aller de l'avant, et de lancer dans la course leur cheval de bataille.
Initialement, Rick Wakeman (qui a participé au premier single de Miss
Hunt) fait partie du groupe, mais il ne s'éternise pas (hésitant, il fit maintes faux bond au groupe), préférant se jeter sur l'opportunité de rejoindre Strawbs. Un groupe déjà plus sérieux avec deux
albums sur le marché (Rick
joue sur une chanson du second opus).
Il est remplacé par Frank Wilson, un organiste et chanteur, qui
s'est fait un nom au sein du groupe Velvett Fogg (4), auteur d'un disque de
proto-heavy-psychédélique, où l'orgue est prédominant. Pour le chant, c'est un certain Ashley Holt, jusqu'alors inconnu, qui est recruté sous les recommandations de Wakeman.
C'est
Vertigo qui, en 1970, ouvre grand ses portes au quintet qui doit au passage changer de patronyme -Iron Horse étant déjà pris aux USA -, et un premier
opus sort rapidement avant la fin de l'année. Ce premier jet demeure
pour beaucoup un classique du hard-rock à tendance progressive de ce
début de décennie. La pochette, avec ce « cheval de guerre »
de la première guerre mondiale, éreinté, et son cavalier un brin crasseux, visiblement épuisé et désabusé, est parfois plus connue que le
disque lui-même (5).
Toutefois, à bien y regarder, l'album souffre d'un
flagrant complexe « purpleien ». Reprendre plus ou moins l'esprit, ou emprunter le même chemin, n'est pas un problème, mais les musiciens ne
s'embarrassent pas de scrupules pour piquer de nombreux plans et des sonorités types de Deep Purple.
À croire que Simper, sous le coup de la rancune et jalousant
le succès de ses anciens compagnons, cherche à leur couper l'herbe
sous le pied en reprenant des figures de style du Mark I. Cependant, sans le talent et la maestria de Deep Purple. Ainsi, bien des fois, Holt force
inutilement sa voix, étant alors à côté de la plaque, tandis que
Peck - s'il imite bien le vibrato (mécanique) de Blackmore -, il est loin
d'avoir sa technique, son lyrisme et sa vélocité. De la sorte, en cherchant à briller, à en mettre plein les esgourdes, il se fourvoie avec quelques pains... À ce jeu, seuls Simper et Wilson s'en
sortent systématiquement avec les honneurs. Une erreur stratégique, d'autant qu'apparemment, le groupe a suffisamment de qualités
requises pour briller par lui-même. Ou même par l'intermédiaire de reprises,
tels que ce savoureux « St. Louis », plus hargneux et
entraînant que l'original des Easybeats. Sans cette discernable obsession, l'album
n'en aurait que meilleur. Pourtant, généralement, c'est cet album
éponyme qui est plébiscité, au détriment du second, « Red
Sea », qui lui, au contraire, est parfois carrément dénigré.
Sorti
environ un an et demi plus tard, « Red Sea » montre un quintet nettement plus soudé et mesuré, ne lâchant dorénavant les chiens
qu'à bon escient. Ged Peck (6) n'est plus de la partie – éjecté,
remercié ou lassé ? - et est remplacé par un Pete Parks plus
régulier et habile. Assurément, au fil des mois écoulés, la
formation a pris de l'assurance et de l'aplomb. Cependant, l'ombre
collante – encombrante ? - du Pourpre Profond est tenace et ne
manque pas de resurgir encore à l'occasion. Comme lors du long break
instrumental de « Back in Time ». Mieux, pour la chanson
éponyme, Simper n'hésite pas à reprendre le groove de
« Hush ». Ou même l'orgue qui ne manque de se glisser alors dans la tonalité de feu-Jon Lord. Et même si cette pièce est assez
robuste et de bon aloi, - avec un chant qui évoque, étonnamment Ian Astbury - elle semble s'être abaissée à récupérer des guenilles du Purple Mark I. Tandis que « Back in Time », nettement plus heavy, paraît tenter une plongée dans la facette lourde et indocile de « In
Rock », néanmoins sans oser s'aventurer dans une profonde immersion - comme une tentative de fusion malhabile de "Into the Fire", de "Bloodsucker" et de "Child in Time".
Moins
brut que le premier album, « Red Sea » décoche aussi quelques
carreaux teintés de rhythm'n'blues et de Pop. En fait, après les deux premiers tirs, "Red Sea" et "Back in Time", qui accusent encore le poids de Deep Purple, le groupe adopte une nouvelle posture, plausiblement plus personnelle. Possible aussi que ce soit un tournant effectué pour prendre une voie relativement plus commerciale - qui aurait probablement plus convenu au marché américain.
Quoi qu'il en soit, Simper et sa bande déroulent d'affilée trois admirables pièces de Heavy-soul-rock. Trois petits bijoux qui avaient suffisamment d'attrait pour s'immiscer sur les ondes. Avec notamment, "Confident But Wrong", probablement inspiré par les Easybeats (la reprise de "St. Louis") mais avec une pointe (encore) du Mark I, le
très réussi « Feeling Better », qui a le fessier coincé
entre le progressif et la pop, préfigurant un futur
penchant de Uriah Heep pour les douceurs - même si ça se corse progressivement. Tandis que « Sybilla », pur heavy-soul, trahit un fort intérêt pour Rare Earth, qui va jusqu'à l'utilisation pour le chant d'un écho occasionnel similaire.
En clôture, le quintet reprend « I (Who Have
Nothing)» de Ben E. King (plus dans la version de 1970 de Tom
Jones) (7), dans une version baignée par des chœurs et l'orgue d'Uriah
Heep, dans une atmosphère de piété, avec extase au final.
Hélas, l'instrumental « Mouthpiece » casse la bonne tenue de l'album avec un solo de batterie (proche d'un
Rick Lee, de TYA) qui aurait tellement
gagné à être réduit de moitié. Ça démarrait pourtant bien avec un riff qui prend son temps, à la Kossof, et une envolée entraînée par l'orgue Hammond. Mais, d'entrée Poole, a des fourmis dans les jambes... et tout le monde finit par s'effacer pour le laisser se défouler pendant plus de quatre minutes...
Une
fois n'est pas coutume, mais dans le cas présent, plusieurs rééditions CD offrent des inédits pas piqués des hannetons – tous composés par Nick Simper -. De très bonnes démos, qui démontrent que Warhorse avait encore bien des choses de qualité à offrir. Des pièces qui paraissent bien moins heavy
et comparativement plus pop ; mais ce ne sont que des démos qui auraient pu encore changer d'apparat. On découvre un« She
Was My Friend », une ballade aux saveurs soul qui aurait pu devenir un petit hit, un
« House of Dolls » où le syndrome « Purple »
refait surface, et un « Standing Right Behind » plein de jus.
Malheureusement, les ventes des deux albums ne répondent pas aux attentes
de Vertigo, qui préfère se concentrer sur d'autres groupes plus vendeurs - notamment Black Sabbath, Gentle Giant et Status Quo - et lâcher Warhorse. Ashley Holt part alors épauler Rick Wakeman pour ses incursions en solo. Dépité, Simper jette l'éponge. Il remonte bien un nouveau groupe avec Pete Parks, Nick Simper's Dynamite, mais sans résultat probant. Simper et Parks poursuivent en travaillant comme auteurs-compositeurs et musiciens professionnels pour une société de management. Enfin, tous deux décident en 1978 de repartir à l'assaut avec une nouvelle formation : Fandango. Il en résulte deux albums de Heavy-rock bluesy, certes pas particulièrement transcendants, mais de très bonne tenue. Mais le groupe ne trouve pas son public, et le retour de Mac Poole en 1980 n'y change rien. Le public "rock'n'roll" a changé, et s'est orienté déjà depuis quelques temps vers des sonorités franchement plus agressives et métalliques. Le succès semble perpétuellement fuir Nick Simper, tout comme ses acolytes. Même pas sûr qu'on se souvienne que Simper ait aussi fait partie de la reformation de Quatermass - sous l'appellation Quatermass II.
Initialement, seul Rod Evans devait être évincé, mais lorsque Ian Gillan se présenta à l'audition, il vint accompagné de son ami Roger Glover. Glover en profita pour prendre la basse de Nick et, en une soirée, le sort de Simper fut scellé. Pourtant, un peu plus tard, quand Blackmore, embarrassé, croise Simper venu récupérer des affaires, il lui dit qu'il est meilleur bassiste que son remplaçant.
Rien
à voir avec le classique des Rolling Stones, même si certains
écrits avance une probable inspiration venant de Marsha Hunt, avec
qui Mick eut quelques aventures charnelles. On dit aussi que le
« Brown Sugar » des Stones aurait été également
inspiré par Tina Turner, avec qui Mick n'eut pas de relations
autres qu'amicales. Avec Ike dans les parages... On parle aussi de
la sensuelle « Ikette », Claudia Lennear comme source d'inspiration. Évidemment,
il ne s'agit pas de l'actrice homonyme qui débute dans le cinéma
dans les années 30, celle de « La Rançon de la Peur »,
de « Orgueil et Préjugés » et de « Johnny s'en
va t'en guerre ». La Marsha Hunt en question est une artiste
Afro-Américaine née à Philadelphie en 1946. Partie en Angleterre
en 1966, elle souhaite y rester et fait alors un mariage blanc Mike
Ratledge, claviériste de The Soft Machine. Fréquentant assidument le milieu
musical anglais, alors qu'elle pensait n'avoir aucune prédisposition en la matière, elle devient choriste (pour Alexis
Korner et John Mayall – et même un tout jeune Elton John) puis
chanteuse. Sa carrière décolle en rejoignant la comédie musicale
« Hair » (version british), où elle se fait peut-être plus par son assurance et son charisme de panthère noire, sa plastique
avenante, que sa voix. Elle est d'ailleurs promue mannequin. D'après Tony Visconti, Marc Bolan aurait eu
pour elle un coup de foudre réciproque. S'ensuit une idylle
jusqu'à ce que le prédateur Mick Jagger, qui n'a aucun scrupule avec
briser les couples, jette son dévolu sur elle ; l'assaillant
incessamment de propositions malhonnêtes jusqu'à ce qu'elle
succombe à l'obsédé. De cette union éphémère, naîtra Karis, la première fille (et
enfant) de Jagger. Mick, ou les Stones, voulaient qu'elle fasse la
couverture de leur « Honky Tonk Woman », mais elle
refusa catégoriquement.
C'est la "Miss Jane", une des premières chansons de Warhorse qu'on ne retrouve qu'en démo, sur la réédition du premier album.
Tony Iommi y fit un passage, mais n'est pas présent sur l'unique disque du groupe. Album qui jouit toujours d'une bonne réputation auprès des amateurs.
Il a parfois été écrit que c'était une photo d'époque, soit de la première guerre mondiale, mais il s'agit bien d'une reconstitution. Le militaire fourbu n'est autre que le guitariste Ged Peck. Toute une série de photographies ont été prises dans une carrière, avec les musiciens accoutrés en militaire et armés, au milieu des chevaux empaillés (sic) sur un terrain saturé de fumigènes jonché de barbelés et de caisses de munitions. Mais seule celle du soldat harassé devant son cheval (le seul vivant de la séance) a été retenue.
Après Warhorse, et une tentative de collaboration sans lendemain avec Mitch Mitchell, Ged Peck retourne aux études pour étudier la guitare classique. Il est aussi admis en milieu universitaire et rentre dans l'enseignement, où il se spécialise dans l'histoire du Royaume-Uni et de la Russie.
À l 'origine, c'est une chanson italienne de Dinola de 1961. Elle est retravaillée - et américanisée - par le duo Leiber & Stoller au profit de Ben E. King.