Les
poumons se gonflèrent à craquer, donnant l’impression à Joe
Henderson de respirer pour la première fois. Au fond, cette
sensation était la seule qui vaille, celle pour laquelle chaque
homme se lève chaque matin plein d’espoir. Des années durant, il
avait tâtonné à la recherche de cette passion capable de le faire
renaître, de cette ivresse rendant le poids de la vie si léger.
La
nostalgie de l’enfance n’est au fond que la tristesse de ceux qui
n’ont jamais trouvé cette ivresse, laissant ainsi la légèreté
de leurs premiers jours agoniser sous le poids de lourdes
obligations. La vraie maturité n’est ni un deuil des années
passées ni un refus des années futures, mais le "fait de
retrouver le sérieux que nous avions aux jeux étant enfant".
Henderson porta à sa bouche la corne dorée qui, portée par son
souffle , semblait lancer ses premiers cris d’homme. A ses cotés,
son frère vécut la même révélation grâce à la magie du
saxophone. Joe Henderson venait de trouver ce pourquoi il était né,
les démons de la tristesse et de l’envie n’auront plus jamais
prise sur lui. Le jazz était la musique de la joie et de la
légèreté, l’union du Dionysiaque et de l’apollinien par la
force du swing. A l’âge où tant de jeunes hommes sombraient dans
les tourments de l’adolescence, le saxophoniste intégra ses
premiers orchestres pour faire swinguer cette jeunesse torturée.
Se
produisant d’abord dans son lycée, le jeune homme entretint sa
joie de vivre en produisant la bande son de dizaines de premiers
émois amoureux. C’est peu après cette époque que le musicien eut
la révélation de sa vie à l’écoute de John Coltrane. Pour bien
comprendre l’ampleur de la révolution coltranienne, il faut avoir
écouté « Blue train » jusqu’à ce que l’esprit en
soi totalement imprégné.
Toujours très mélodique, ce Coltrane-là
apporta au jazz une troublante profondeur mystique. L’écho de ces
tapis de son produisait une marée voluptueuse, la beauté de ses
mélodies allumait une lueur d’espoir dans les âmes les plus
obscurcies. Saint patron du jazz moderne, Coltrane résumait sa
modeste ambition en affirmant qu’il voulait que sa musique rende
les gens heureux. Si son initiation en était restée là, Henderson
aurait sans doute suivi le virage mystico free de son modèle, pour
devenir un des frères de Pharoah Sanders. Mais tout cela fut trop
rêveur, trop tendre, il manquait à cette musique la joie virile
qu’un grand du bop lui fit découvrir.
Sonny Rollins, le colosse du
saxophone, le titan gardien du temple de la légèreté bop. Grâce à
ces deux influences, Henderson apprit à donner de la légèreté à
son intensité sonore, à mettre de la profondeur dans ses mélodies
les plus légères. Ses débordements solistes s’immisçaient
naturellement dans les blancs laissés par l’orchestre, qu’il
servait ainsi sans se servir de lui.
Comme pour annoncer la diversité
des paysages qu’il allait explorer, Henderson fit ses premiers pas
dans la cour des grands grâce à l’orchestre de Yussef Lateef.
Surnommé le voyageur, Lateef marqua les sixties en osant pactiser
avec les forces méprisées du rhythm’n’blues sur le fabuleux
« The blue Yussef Lateef ».
La route de Joe Henderson croisa
ensuite celle de Sonny Stitt et Lou Donaldson, avec qui il forma la
fine fleur d’une génération perdue. Le premier subissait les
foudres des nostalgiques de Charlie Parker, le second le mépris des
traditionalistes pour tout ce qui s’approchait du funk. Puisque,
écartelé entre la folie du free et le traditionalisme bop, l’époque
obligeait chacun à choisir son camp, Joe Henderson se rangea
derrière la barricade réactionnaire.
Autour de lui se forma un
noyau dur de la résurrection bop, dans lequel défila notamment Lee
Morgan, Mccoy Tyner et Paul Chambers. De cette période naquit les
albums « In ‘n out » (1964) et « Mode for Joe »
(1966), disques où l’homme dévoile toute l’étendue de sa
palette sonore.
Ces disques s’insérèrent ainsi, au coté de
chefs-d’œuvre tels que le « Sidewinter » de Lee Morgan
et « Song for my father » de Horace Silver, dans l’ultime
et grandiose symphonie d’un classicisme refusant de disparaître.
Le succès ne fut que d’estime, mais ce musicien n’en avait cure.
Pour lui, l’argent était suffisant dès qu’il permettait de
dormir à l’abri et manger à sa faim. Plus qu’une question
matérielle, la vie fut pour lui une expérience spirituelle, une
question de sensations plus que de possessions. Entre deux
engagements, l’homme avait pu apprécier les récits d’Hermann
Hesse qui fascinèrent tant son époque.
Sa quête n’était
finalement pas si éloignée de celle d’un Siddharta, le héros de
Hermann Hesse cherchant par le voyage la sagesse qu’il cherchait par
l’exploration musicale. Aussi lumineux soit-il, le swing bop lui
sembla vite trop agité pour lui permettre de renouer avec la
profondeur Coltranienne. S’il se soumit bien à la mode du funk
dans laquelle brillèrent Miles Davis et Herbie Hancock, l’album
multiple était parcouru par un écho mélodieux annonçant de plus
profondes méditations.
C’est alors que, faisant de son œuvre un
temple à la gloire de son mari disparu, Alice Coltrane fit du
saxophone de Joe Henderson le plus grand messager de son amour
suprême. Grâce à elle, le saxophoniste brisait définitivement les
murs de ces chapelles cherchant à donner une définition trop
stricte du jazz. Comme « A love suprem » et « Karma »
avant lui, l’album « The Elements » tient plus de
l’expérience spirituelle que du jazz. Grâce à lui, celui que la
pauvreté ne sut jamais abattre allumait dans des centaines d’esprits
la lumière de l’éternel optimisme.
Qu’importe la maigreur des
cachets et des royalties, cet homme ne vécut que pour que son
souffle ranime les cœurs torturés. Ce bonheur qu’il avait donné,
le musicien n’en fut vraiment payé qu’à peine dix ans avant de
succomber à une crise cardiaque. Ainsi s’acheva l’existence d’un
homme dont la joie fut si inébranlable, qu’elle réveilla celle de
ceux qui surent apprécier sa musique.
Depuis
le 22 avril dernier, il affiche 76 balais au compteur, et une
carrière de soixante ans ! Oui, soixante ! Parce que cet ex
bouclettes blondes commence les choses sérieuses dès ses seize
ans, lorsqu'il quitte définitivement l'école pour intégrer un
groupe local - "fort" de trois singles à son actif -. Et
encore, on devrait compter les années précédentes et formatrices ;
celles où il commençait déjà à se produire sur des petites
scènes, s'exposant au jugement d'un public pas nécessairement
tolérant. En dépit d'un talent certain, son parcours n'a pas été
un long fleuve tranquille. Même si, très tôt, on a remarqué ses
dispositions pour un jeu de guitare foncièrement rock et une
aptitude pour des envolées lumineuses. Comme s'il avait fusionné
l'assise inébranlable et la puissance d'un Pete Townshend, la
rugosité et l'énergie du Chicago blues, avec la sensibilité pop des Beatles, et avec une fluidité hérité du Jazz. Cette dernière plus évidente
lors des soli.
Totalement
impliqué, il ne comprend pas, ne supporte pas, l'absence de succès
réel. Ce qui l'amène à se lancer en solo. Mais l'ascension vers le
succès est lente, et pas particulièrement encourageante jusqu'à ce carton international d'un double live (incité par les ventes
encourageantes du dernier essai studio et d'une réputation scénique
croissante allant de pair avec une forte influence du public).
Il squatte pendant plusieurs semaines les charts américains et
européens. C'est une consécration pour ce jeune Anglais qui à, 26
ans, se retrouve invité à la Maison Blanche - sur l'insistance du
fils de l'occupant d'alors, Gerald Ford. Tout semble alors acquis à
Mister "sourire Ultra-Brite", jusqu'à un terrible accident
de voiture qui faillit lui coûter la vie, et qui marque le début
d'une vertigineuse descente vers l'anonymat. La même année, sa
compagne l'attaque en justice pour lui réclamer la moitié de ses
gains cumulés pendant les années qu'ils auraient passées ensemble.
Ils n'étaient pas mariés... Possible qu'elle n'ait pas cru
à son rétablissement...
Pour
essayer d'échapper aux blessures psychologiques de ses déconvenues
et aux douleurs incessantes dues aux séquelles de son accident, il
se laisse tenter par la drogue. Si cette dernière lui permet
d'échapper - un instant - à un quotidien étouffant, elle va
rapidement être un handicape supplémentaire, freinant
considérablement sa créativité, annihilant son énergie, et bouffant sa carrière. À croire qu'après avoir atteint le succès
international tant souhaité, il fallait que désormais il paye...
on n'a jamais su s'il avait conclu un contrat à minuit, à
l'angle d'un carrefour... La poisse continue quand, à peine
remis, après des mois de dure convalescence et de rééducation, il
perd toutes ses guitares dans le crash d'un avion cargo. (on
a oublié le nom des personnes décédées, mais par contre on connait
tous la fameuse Gibson Les Paul Custom 54 modifiée à trois
micros, celle qu'il arborait depuis Humble Pie, celle qu'on entend
dès le « Performance Rockin' The Fillmore », offerte par un musicien
fan du groupe, et qu'on voit sur les pochettes de "Frampton"
et de " Frampton Comes Alive"). Même si, en
août 1979, Frampton a son étoile sur le « Hollywood Walk of
Fame », les années 80 s'annoncent mal pour cet ex-rock star
qui semble alors avoir disparu de la scène. En dépit de quelques
bribes de souvenir encore entretenues par le "Comes Alive"
et par sa participation dans le film musical "Sgt. Pepper's
Lonely Hearts Club Band" auprès des Bee Gees (1978), les médias
peinent à ne pas oublier son nom. Lorsqu'il s'en souviennent, c'est
pour éreinter ses disques – qui, il est vrai, peinent à retrouver
du relief et de la profondeur. Lui qui avait du mal à supporter que les médias focalisent sur sa plastique, - son minois qui lui valu
d'être élu « Visage du mois » par une revue dès 1967,
qu'ils exploitent son image plutôt que de s'intéresser vraiment à
sa musique, lui qui souffrait d'avoir été affublé d'une image de
Pop-star -, le voilà précipité vers un nouvel anonymat.
Enfin,
son pote d'enfance, David Jones, celui avec lequel, alors qu'ils
n'étaient que de jeunes adolescents, il travaillait à repiquer des
classiques du rock'n'roll, va lui donner un petit coup de pouce
médiatique. Jones donc, rebaptisé Bowie, le convie à jouer sur son
album, le controversé "Never Let Me Down" de 1987, et à
l'accompagner pour la tournée internationale du "Glass Spider
Tour". Ce retour sous le feu des projecteurs lui redonne
confiance, et il tente de reprendre en main sa carrière solo.
Toutefois, son dernier disque de la décennie traîne encore les
dérives des productions ampoulées et synthétiques de son époque
(1). Ce qui n'en fait pas pour autant un mauvais album.
Mais Frampton souhaite s'éloigner un peu de la Pop, renouer avec les
fondamentaux, retrouver l'excitation procurée par de saines
vibrations franchement rock. Un sentiment peut-être réveillé par
la tournée avec Bowie où ce dernier avait alors remis à l'honneur
les guitares (offrant quelques plages à Frampton pour frimer avec
sa gratte), et dégeler quelques uns de ses succès glam-rock des
70's. Et qui d'autre de mieux placé que son ancien comparse Steve
Marriott pour retrouver l'excitation et le bonheur de brutaliser –
avec classe et bienséance – un double corps Marshall.
Ainsi, en 1990, Peter et Steve tissent à nouveau de solide liens,
parlent de leurs carrières respectives émaillées de pérégrinations,
et bien sûr de l'époque héroïque d'Humble Pie. Finalement,
l'année suivante, en 1991, ils s'accordent pour remonter Humble Pie
dans les plus brefs délais, partir sur la route et enchaîner
avec un nouvel album. Deux chansons avaient été déjà enregistrées
(2). Hélas, Steve Marriott décède le 20 avril 1991 dans les
flammes de sa maison, où il s'était probablement endormi avec une
cigarette à la main. La perte de Steve, de celui qu'il considéra un
temps comme un grand frère qu'on admire (3), auprès de qui il apprit
quelques ficelles du show-bizz, comment tenir une scène et un public, fut
un nouveau choc. Frampton se retire pour quelque temps de la scène.
Ce
n'est qu'en 1994 qu'il acte son retour, avec un douzième album
simplement nommé « Peter Frampton », comme pour un
renouveau, une résurrection. Et ça semble être le cas avec ce très
bon disque (indéniablement le meilleur depuis... des lustres - voire un de ses meilleurs toutes époques confondues), qui se dévoilerait presque comme une synthèse de sa carrière, avec
désormais une tonalité nettement plus organique, plus rock, voire
heavy-rock – plus en phase avec sa facette live, parsemée de
réminiscences d'Humble Pie ; renouant alors avec un son de
guitare plus chaud, un peu plus épais, plein et mat.
Il ne
retrouve pas pour autant le succès d'antan, mais semble peu s'en soucier. Désormais, Frampton – plus philosophe ? - va
s'épanouir tranquillement avec une carrière où il ne sortira des
disques quand bon lui semble, ou lorsqu'il en a l'occasion. Il
rejoint un temps le All Starr Band de Ringo Starr, fait des
apparitions de-ci de-là, et profite de la vie.
Le
nouveau siècle lui semble profitable. Après avoir définitivement
arrêté de boire, il sort, en dix ans, trois albums salués à juste
titre par la critique : le délectable "Now",
l'instrumental "Fingerprints" et le délicieux "Thank You Mr
Churchill". Même l'incompris, injustement discrédité (4),
« Hummingbird In A Box » mérite une attention
particulière. Les suivants sont plus anecdotiques mais lui
permettent néanmoins de garder un contact avec "l'actualité",
tout en continuant à tourner régulièrement. Malheureusement, il
est atteint d'une maladie dégénérative des muscles, ce qui l'oblige à
se déplacer avec une canne et à se produire assis. S'il prend ça
avec une certaine philosophie, estimant qu'il a eu une belle vie, et
qu'il aurait déjà pu - et pas qu'une fois - passer l'arme à
gauche, il regrette de devoir désormais réfléchir lorsqu'il doit
jouer un solo de guitare. Lui qui, jusqu'alors, se laissait emporter
par l'instant présent, par le feeling, doit dorénavant anticiper,
afin de ne pas se retrouver dans une position inconfortable, où ses
doigts se bloqueraient, et ne pourraient suivre la trame entamée.
Mais
voilà qu'en cette année 2026 sort un nouvel album de Frampton. Et
tout aussi surprenant que cela puisse paraître, ni son âge ni sa
maladie ne semblent grever ce bel album qui, même s'il est loin
d'être son meilleur, n'en est pas moins un très bon cru. Une bien
agréable surprise de la part d'un homme qu'on aurait cru définitivement
retiré de la musique. Aidé par son fils Julian, Peter est
particulièrement fier de ce disque, le premier depuis seize ans
intégralement composé d'inédits, et espère qu'il sera un nouveau
début. À l'exception de la dernière pièce, l'instrumental "At
The End Of The Day", toutes les compositions ont été
écrites communément par le père et le fils.
Dès
l'ouverture, avec la chanson titre "Carry
The Light", introduit par un chant incantatoire
tribal - qui revient appuyer les refrains -, les Frampton frappent
fort avec une pièce forte. Un rock flegmatique, nimbé d'une
spiritualité sous-jacente. L'inspiration même venant des traditions
amérindiennes "Porte la lumière,
porte la lumière. Il faut écouter les anciens ... Ils savent ce qui
va arriver. Si nous nous unissons tous, nous pouvons changer les
jours les plus sombres, et les faire briller pour toujours. Si nous
apprenons de nos erreurs... ". Évidemment,
d'autres morceaux rock, forts d'une tonalité chaude et généreuse,
- la patte "Peter Frampton" -, égrènent
l'album. "Buried Treasure"
fait dans le rock carré et tranchant, limite heavy-rock.
L'utilisation - occasionnelle - de la Telecaster, avec sa tonalité
plus tranchante, évite que ce riff simple et rebattu, n'enlise le
morceau dans une terre boueuse. Le « trésor enfoui »
fait référence à la musique laissée à la postérité par un ami
disparu. Celle de Steve Marriott ? Celle de George Harrison ? Ou bien
celle de Tom Petty ? Plus crédible en raison de
l'invité Benmont Tench,
l'indéfectible pianiste des Heartbreakers de Tom Petty. Sachant que
la chanson porte le nom de l'émission radio que Tom Petty avait
animée. Plus surprenant, "Lions At The
Gate" plonge dans une forme de heavy-rock sombre,
perforé de touches indus, avec un Tom
Morello qui, décidément, semble avoir le pied soudé
à sa Whammy. Toutefois, sur ce titre, un brin protestataire, il est
assez pertinent. "Envoyez-les à la
guerre à volonté ! Envoyez-les au combat ! Nous tournons la
page dès qu'ils sont hors de vue". Et pour finir, un
Hard-blues félin, poisseux et fuligineux, à
l'air gentiment menaçant, "Tinderbox",
"Nous savons tous que l'argent est à
blâmer. Chaque dollar attise le feu, pris dans les flammes par le
désir... Seuls nous n'avons aucune chance. Au cœur de cette danse,
c'est chaque jour une poudrière". Une belle de
pièces rock, certes pas vraiment relevée, mais tout de même bien
savoureuse.
On
retrouve aussi le format Pop-rock - qui a fait les beaux jours des
finances de Frampton -. Comme "Breaking
The Mold", avec Sheryl
Crow, et "I Can't Let It Be"
qui aurait pu être composé avec son défunt ami, George Harrison,
tant il semble porter l'influence de ce dernier.
Toutefois,
à l'exception de "Carry the Light", ce sont les ballades
qui se démarquent. À commencer par "I'm
Sorry Elle", en duo avec Graham Nash. Une chanson
sobre, épurée, et saisissante. Sentiment de solitude, de regret de
n'avoir pu assister à la naissance de sa petite-fille, à cause du
confinement ; de culpabilisation aussi d'un monde à la dérive,
laissé en héritage aux enfants. Superbe solo de guitare acoustique,
réalisé en pensant à Django Reinhardt, en voulant lui rendre hommage.
Et le doux et onirique, "Can You Take
Me There", avec le concours du saxophone
de Bill Evans qui donne
un tempérament smooth-jazz.
Depuis
quelques années, Frampton se fait régulièrement plaisir avec des
instrumentaux fouillés et bien sentis. Pour le cru 2026, il en offre
deux magnifiques : « Islamorada » (du
nom d'un petit village d'une île de Floride), en duo
guitaristique avec H.E.R. (Gabrielle Wilson), où les
six-cordes s'enlacent, se répondent, tournoient dans un
environnement de quiétude, explosant de vie, loin du tumulte urbain
– avec, ici, un gros son à la Santana. Et « At The End of
the Day », qui clôt sereinement ce dernier chapitre sur un lyrisme
à la Jeff Beck (sans vibrato).
(1) Pourtant, le co-producteur, Chris Lord-Alge, qui joue et ajoute
quelques touches de synthés, sera récompensé de quelques Grammy
Awards pour son travail sur des albums de Green Days.
(2) « I
Won't Let You Down » et « The Bigger They Come »
disponibles sur la compilation « Shine On – A Collection »
de 1992.
(3) Évidemment, avec les Small Faces, Steve Marriott était déjà une star au Royaume-Uni. Le dernier album, "Ogden's Nut Gone Flake", s'était hissé à la première place des charts anglais
(4) Il
semblerait que la pochette et le sous-titre, « Songs for a
ballet », aient considérablement biaisé des avis... qui
n'ont peut-être pas pris le temps de s'attarder sur l'album.
Certes, sa sobriété tranche radicalement avec les œuvres
précédentes.
The Cranberries avec la regrettée Dolores O’Riordan en capitaine de
navire vocal,
Dolores O’Riordan, un bien jolie Zombie
”No Need to Argue“ des Cranberries, ce petit bijou irlandais qui trotte dans nos têtes depuis
1994 ! Voilà un disque qui s’écoute comme une balade au pays
des sons mélancoliques, mais avec ce twist pop-rock qui fait mouche
dès la première note. Avant de plonger dans le vif du sujet, posons
nous une seconde : qui sont ces Cranberries
? Un groupe formé à Limerick, en Irlande et franchement, ils ont mis
la barre haute avec ce deuxième album.
Alors, pourquoi ”No Need to Argue“ mérite qu’on s’y attarde, même trente ans après sa sortie ? Parce que
c’est un cocktail savamment dosé d’émotions, de guitares aériennes, et
de textes qui se veulent sérieux sans jamais vous prendre la tête. La
pochette ? Sobre, presque mystérieuse. On dirait un vieux film en noir
et blanc, avec cette touche romantique qui donne envie de poser le
vinyle sur la platine et de se laisser aller.
Prenez ”Ode to My Family“, par exemple. C’est le genre de chanson que vous écoutez et qui
vous donne envie d’appeler votre mère pour lui dire que vous
l’aimez, même si vous êtes du genre à préférer envoyer des emojis.
Les arrangements sont délicats, la mélodie vous enveloppe comme un
plaid un dimanche matin pluvieux. Voici la magie de Dolores
: elle peut passer du cri primal à la berceuse en un battement de
cils. Mais ne croyez pas que tout est guimauve chez les Cranberries. Non, non. Il y a aussi ”I Can’t Be With You“, où la guitare bourdonne comme un moustique dans la nuit, et le
désespoir amoureux vous serre la gorge. On sent qu’ils savent manier
les contrastes, entre fragilité et puissance, pour mieux captiver
l’auditeur
Et puis ils te balancent ”Zombie“ un hymne rageur contre la violence, qui vous attrape par les
tripes et ne vous lâche plus. Cette chanson, c’est un peu la
claque, le coup de poing sonore incarné par la voix puissante de Dolores, tour à tour douce et hurleuse. L’ambiance est donnée, on n’est
pas juste là pour faire de la musique facile. Le problème, c’est
que dès qu’on croit avoir tout compris, l’album bifurque vers des
morceaux plus doux, presque mielleux, mais attention, ne dites pas
ça à un fan hardcore.
On pourrait aussi s’attarder sur ”Disappointment“, qui a ce côté introspectif très british (même si les Cranberries
sont irlandais, nuance subtile). C’est une sorte de confession intime qui résonne pour tous
ceux qui ont déjà pris un vent monumental. Vous savez, ce moment
où vous écoutez la chanson en boucle en espérant que les paroles
changent… Spoiler : elles ne changent pas !, mais ça fait du
bien quand même.
Un autre morceau qui mérite un coup de projecteur, c’est
”Ridiculous Thoughts“. Rien que le titre donne envie de hausser les épaules en mode
”Ouais, parfois j’ai des idées vraiment ridicules“. Mais
la chanson, elle, est loin d’être ridicule. C’est un feu
d’artifice émotionnel avec un rythme entraînant qui vous pousse
à taper du pied, comme pour évacuer les pensées
encombrantes.
Parlons un instant du style vocal de Dolores O’Riordan, parce que ça vaut le détour. Sa voix, c’est un mix
improbable entre une sirène ensorcelante et un bulldozer
émotionnel. Elle manie la technique du yodel à la perfection,
ce saut de registre qui surprend à chaque fois. Et elle le
fait avec cette fraicheur qui donne envie de chanter sous la
douche, même si on a le sens du rythme d’un poulpe.
Côté production, l’album a cette patine vintage qui lui donne un
charme fou. Pas de surproduction tape-à-l’œil, juste ce qu’il faut
pour mettre en avant la sincérité des morceaux. On sent que les Cranberries
ne cherchaient pas à faire dans le bling-bling, mais à transmettre
leur histoire, leurs combats (notamment contre la guerre en Irlande du Nord), et leurs rêves.
Et, entre nous, le disque tient aussi grâce à ses interludes, ces
petites respirations instrumentales qui évitent la saturation. Ils
savent poser leur tempo, faire monter la tension, puis relâcher la
pression avec finesse. C’est presque une leçon de maîtrise pour les
groupes qui veulent faire plus que de la simple musique de
fond.
En résumé, ”No Need to Argue
“ est un peu comme ce vieux pull en laine que vous avez depuis
toujours, confortable, parfois râpeux, mais qui vous réchauffe le
cœur quand vous en avez besoin. C’est un album qui traverse les
époques sans prendre une ride, grâce à ses mélodies intemporelles
et ses textes qui parlent aux âmes sensibles.
Si vous n’avez jamais écouté
The Cranberries
au-delà de ”Zombie“, vous manquez quelque chose. Cet opus est une invitation à
découvrir un univers rempli de contradictions : douceur et
colère, joie et tristesse, simplicité et complexité. Et ça,
franchement, ça mérite une écoute attentive, accompagnée d’un
bon thé ou d’une petite bière irlandaise, selon l’heure et
l’envie.
Alors, prêt à revisiter ce classique ? Mettez vos
écouteurs, baissez la lumière, et laissez-vous embarquer
dans ce voyage sonore où la voix de Dolores vous raconte des histoires que vous n’oublierez pas de
sitôt. Parce qu’en fin de compte, avec ”No Need to Argue“, il n’y a vraiment pas besoin d’argumenter pour
comprendre que c’est un chef-d’œuvre.!
Et bien non mes amis, ce n'est pas une Fake News (infox en français). Mais
le chef d'orchestre
Herbert Blomstedt
a passé le cap des 99 ans ce samedi 11 juillet (l'heure n'est pas précisée).
Quoi d'extraordinaire ? Oh c'est simple, le maestro dirige toujours chaque
année des séries de concerts avec les plus grandes phalanges du monde !
Je vous propose une vidéo récente (9 mai) où il dirige à
Détroit
la
9èmesymphonie
de
Mahler, une gigantesque symphonie chroniquée par deux fois dans le blog (Giulini
–
Walter). Le 15 mai, rebelote à
San Francisco, malgré un étourdissement pendant le délirant Rondo burlesque, qui a
conduit à interrompre un instant l'exécution, le chef a terminé l'œuvre
prédestinée à débuter l'achèvement d'une carrière de 75 ans, d'une vie ?
Peut-être pas ! Les dernières mesures de l'adagio conclusif sont jouées
lentement pppp par les cordes seules. Jamais un chef n'avait osé un
tempo aussi lent rappelant que
Mahler
symbolise ainsi l'éternité et peut-être les sphères célestes qui nous
attendent.
Herbert Blomstedt
n'est pas un inconnu du Deblocnot, un artiste qui se distingue par un
parcours d'une longévité surréaliste. Voici les trois chroniques qui lui ont
été consacrées dès la naissance du blog…
1 - Franz Schubert
:
Symphonie N° 8
"Inachevée" – Orchestre de la
Staatskapelle de Dresde (2012 -
Clic) avec en complément - le troisième mouvement de la
Symphonie Mathis Der Maler
de
Paul Hindemith
l'orchestre étant le
Gustav Mahler Jugendorchester.
Hindemith, une spécialité de ce chef à qui on doit une passionnante anthologie. Un
extrait d'un concert en live de 2010. À 84 ans, le chef
dirigeait avec énergie cette musique un peu folle…
2 - Carl-Maria von Weber
–
Concertos N°1 & 2 pour clarinette
avec
Sabine Meyer
en soliste et de nouveau la
Staatskapelle de Dresde
(2013 –
Clic)
3 - Carl Nielsen
:
Symphonie n°4
"Inextinguible", avec l'Orchestre de San Francisco
(2017 –
Clic)
Je recopie la biographie écrite en 2012. Je n'ajoute rien, j'aurais
le sentiment désagréable de rédiger un pseudo RIP avant l'heure. Allez
savoir… à près de 75 ans, et après la disparition de
Bonnie Tyler, mon ainée de quelques mois, on ne sait jamais.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Herbert relax vers 1970
Le chef d'orchestre Suédois (naturalisé américain)
Herbert Blomstedt
est né en 1927 à Springfield dans le Massachusetts !
L'enfant n'a que deux ans quand sa famille retourne s'installer dans son
pays d'origine. Il fréquente le collège royal de Stockholm et
l'université d'Uppsala (fondée en 1477). Le jeune homme étend son art
dans tous les domaines : la musique contemporaine à Darmstadt en
1949, puis le baroque auprès de Paul Sacher en Suisse.
Pour la direction d'orchestre, il suit les enseignements d'Igor Markevitch, de Jean Morel à la Juilliard School et de Leonard Bernstein. Rien d'étonnant après un tel parcours qu'il remporte le prix
Koussevitzky en 1953 à 26 ans.
Herbert Blomstedt
est un homme peu connu car discret. Comme interprète, ses compositeurs
de prédilection sont
Beethoven, Mendelssohn, Schubert, Bruckner et Richard Strauss. Il excelle également dans le répertoire nordique :
Grieg, Berwald, Sibelius et CarlNielsen.
Un grand artiste est toujours un peu un original.
Blomstedtappartient à l'église "Adventiste du septième jour". Il ne répète donc
jamais les vendredis soir et les samedis (c'est du travail), mais donne
des concerts qu'il considère plutôt comme des moments de prière et non
comme du travail. On ne sera donc pas surpris de voir ce mince
octogénaire réaliser la première intégrale marquante
des symphonies du mystique Brucknerdepuis celles de Günter Wand. (Depuis,
Christian Thielmann
a ajouté sa conception remarquable au catalogue).
Ce chef a conduit les meilleurs orchestres de Scandinavie et de la
planète, dont la Staatskapelle de Dresde (1975-1985) avec lequel
il a enregistré les symphonies de Schubert. Son coffret de 3 CD
consacré à
Paul Hindemithest un enchantement au sein de sa discographie qui met en relief la
fidélité de ce chef envers l'esprit musical des œuvres.
Depuis 2017, il donne régulièrement des cycles de concerts avec
des phalanges qui savent jouer sans faute même si la gestique du maître
évolue vers une élégante métrotomie, l'âge ne lui permettant plus une
battue plus "sportive"
😊. Quelques conseils que l'orchestre prend en compte lors des
répétitions…
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
En mai 2025, donc à presque 98 ans,
Blomstedtnous a rendu visite à la
Philharmonie de Paris pour diriger l'Orchestre de Paris en imposant une nouveauté au répertoire la
Deuxième Symphonie
du compositeur suédois
Franz Berwald
qu'on ne connaissait que par le disque. Datée de 1842, on ne connaît
la partition que depuis 1914. Le chef lui a rendu son authenticité
portée par son surnom, la "capricieuse". Suivait un incontournable de
l'orchestre : la
2ème symphonie
de
Brahms. Un triomphe. Merci à
Klaus Mäkelä, jeune chef en titre d'avoir insuffler une discipline à cet orchestre
inconnue jusqu'alors. L'exigence connue de
Blomstedta ainsi pu porter ses fruits
pour cette création. Relisez l'article récent dédié à
Louis Frémeaux, je n'étais pas tendre voire injuste envers notre phalange parisienne…
Nota : J'avais rédigé un RIP pour
Kurt Sanderling
décédé la veille de ses cents ans et deux autres chefs historiques
nonagénaires ;
Bernard Haitink
et
Christoph von Dohnányi. Mais les trois nous avaient quittés à 92 et 96 ans après une retraite
prise vers 90 ans. Après l'incident de San Francisco, l'avenir musical de
cet homme incroyable appartient un peu aux médecins… à suivre…
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Vidéos en live ou CD :
2013 :
Orchestre de Paris
:
Symphonie N°3
"Héroïque" de
Beethoven. Interprétation sans grandiloquence d'un jeune Beethoven qui instaure avec
fougue le Romantisme !
1993 :
Franz Berwald :
Symphonie N°4
– Orchestre de San Francisco
(DECCA) en complément la
symphonie N°1.
1988 :
Paul Hindemith:
Métamorphoses symphoniques sur un thème de Weber
–
orchestre de San Francisco
(DECCA). Voir chronique d'un live à la BBC par
Eugen Jochum…. Une interprétation ici toute en finesse orchestrale.
2026 : 9 mai,
Orchestre symphonique de Détroit.
9ème symphonie
de
Mahler. Les dernières minutes comme expliqué en introduction deviennent un voyage
astral… Comme souvent le chef se recueille un instant avant une séance
explosive d'applaudissements.