On se souvient du tollé déclenché par le film LACOMBE
LUCIEN de Louis Malle, en 1974, racontant les errements collaborationnistes
d’un jeune homme pendant la guerre. Ce n’était pas le sujet le plus populaire à
l’époque… Xavier Giannoli revient sur cette période, la fameuse page noire de
l’Histoire de France, qui était plutôt brune, en retraçant l’itinéraire de Jean
Luchaire, journaliste et patron de presse.
Un personnage qui s’inscrit dans la
filmographie du cinéaste, qui ausculte le mensonge, les compromissions, les
rêves de grandeur, comme l’arriviste Lucien de Rubempré dans ILLUSIONS
PERDUES (2021), l’escroc mythomane joué par Cluzet dans A L’ORIGINE (2009), ou la
soprano folle-dingue jouée par Catherine Frot dans MARGUERITE (2015). Des
personnages qui croient dur comme fer à leur destinée, à leur rôle dans
l’Histoire, quitte à s’y compromettre.
Giannoli a mis les p’tits plats dans les
grands pour son rise and fall, le plus gros budget du cinéma
français depuis 10 ans, et une durée de 3h15, rien que ça. Il faut saluer
d’abord la qualité du casting. Jean Dujardin en collabo, fallait oser, mais
l’idée est bonne justement parce qu’on n’ose pas y croire ! Très sobre, de plus en plus pâlichon, vacillant, il tend vers le Delon de MONSIEUR KLEIN. August Diehl est
impeccable, un des deux ou trois acteurs allemands de service quand on veut un nazi (il jouait Mengele l'année dernière !). La surprise, c'est Nastya Golubeva(que son père Léos Carax avait fait tourner, gamine) une
découverte formidable, on aime se noyer dans son regard.
Elle joue Corinne Luchaire,
actrice en vogue avant guerre, la fille chérie de Jean, qui nous raconte cette
histoire, en voix off et flashback. Un peu redondants à mon goût. Y’a un p’tit côté BARRY
LYNDON avec ce narrateur qui commente, parfois anticipe, les évènements à
l’écran.
Après l’armistice de 1918, le mot d’ordre du courant pacifiste est
« plus jamais ça ». Jean Luchaire et son ami allemand Otto Abetz fondent
une amicale franco-allemande, publient des magazines, organisent des
rencontres, luttent contre les idées d’extrême droite. L’arrivée d’Hitler n'y change rien. Ce sera avec ce monsieur Hitler qu’il
faudra désormais parler, il en vaut un autre.
Dans cette première partie, Xavier Giannoli déploie tout
son savoir-faire de conteur, la narration est fluide, rythmée, cadres et lumières aux
petits oignons, format scope richement orné, du bel ouvrage. Et ce mystère qui enclenche le récit : 1949, qui
est cette jeune femme triste, au teint grisâtre, le regard vide, mutique, qui se
fait agresser lorsqu’elle sort promener sa gamine ? A qui sa voisine prêtera
un magnéto à bandes pour qu’elle enregistre l’histoire qu’elle refoule en elle. On voit les meeting du père, l'enthousiasme, l'espoir, l'effervescence dans les rédactions, puis les premiers pas de Corinne Luchaire dans des films de Léonide Moguy, un exilé russe. Les scènes de casting puis de tournage sont formidables. Dans « Prison sans
barreaux », son personnage hurle à sa geôlière « je
suis innocente ! ». Prémonitoire…
Expulsé en 1937, Otto Abetz, phagocyté par le régime nazi pour cultiver son réseau parmi les pacifistes français, revient à Paris comme ambassadeur. Il mène la grande vie, Jean Luchaire
profite des largesses de son ami teuton qui finance son journal Les Nouveaux Temps, organe de propagande sans cesse en déficit (Luchaire ne vendra pas plus de feuilles pacifistes que collaborationnistes), appuie sa nomination comme dirigeant et référent de l'ensemble de la presse parisienne puis française.
Pas de manichéisme chez
Giannoli, qui montre bien le glissement idéologique de Luchaire (à l'insu de son plein gré ?) ses doutes, notamment vis-à-vis de la politique anti-juive. Grande scène avec LF
Céline dénonçant en pleine réception mondaine « cet enjuivé de
Luchaire ». Cas de conscience au moment de la rafle de Vel d’Hiv, que Abetz tempère : une opération organisée par la police française, contre des étrangers... Jean
Dujardin restitue bien cet homme qui perd pied dans l’obstination, sa tristesse
chronique, son incompréhension face aux évènements. On ne le prend pas en pitié
pour autant, mais on n’arrive pas à le détester.
Plus ambigu, le cas Otto, qui une fois ambassadeur applique scrupuleusement la
politique nazie d’occupation, s’allie l’élite intellectuelle et industrielle à
coup de valises de billets grassement distribuées. Giannoli filme les liasses
qui passent de mains en mains, comme les petits fours et les coupes de
champagne lors de soirées orgiaques. La pègre, les escrocs s’invitent à la
fête (Guy de Voisins, futur mari de Corinne), tout le monde en croque. Dans le duo, Abetz est
le meneur, Luchaire la marionnette consentante.
C’est sans doute là que le récit ronronne
un brin, Giannoli aurait pu couper un peu, comme les
scènes au sanatorium, ou les innombrables quintes de toux. Jean Luchaire et sa fille sont tuberculeux, mais fument comme des pompiers, à chaque plan quelqu’un allume une
clope, Claude Sautet est battu à plates coutures. Comportement autodestructeur, après moi le déluge, parallèle entre
la maladie qui ronge les poumons avec l’idéologie nauséabonde qui gangrène les esprits. La tuberculose qui aura raison de la carrière de Corinne Luchaire – elle en
mourra en 1950, à 28 ans. Giannoli
porte un regard plus tendre sur elle, victime collatérale des dévoiements de
son père comme de sa jeunesse insouciante. Jolie scène où elle retrouve après-guerre,
dans son appart minable, le réalisateur Léonide Moguy.
Le film reprend du
souffle à la fin de la guerre, l’épuration, la déchéance, la fuite de Luchaire
et sa fille à Sigmaringen d’abord (où ils retrouvent Céline) en Italie ensuite.
Giannoli ne juge pas ses personnages, mais rétablit quelques vérités dans deux
courtes scènes. La lettre ouverte du père de Luchaire (André Marcon), concentré de vitriol, qui n'aura aucun effet, et le réquisitoire du procureur au procès (Philippe Torreton) qui remet les pendules à l’heure.
Giannoli disait qu’il fallait bien trois heures pour
appréhender cette histoire dans toutes ses nuances. Pas faux, même si
on aurait pu raboter un peu. LES RAYONS ET LES OMBRES (recueil de poèmes de
Victor Hugo) est une fresque qui brasse trois destins, un grand film
romanesque, ambitieux, académique dans sa forme sans pour autant sentir la naphtaline. Xavier Giannoli braque sa caméra sur les zones grises, inconfortables. On cite Scorsese ou Visconti ? Non, Giannoli n'a pas cette flamboyance décadente, il est dans le récit clinique, froid (sans l'ironie d'un Verhoeven). Il reste ancré au point de vue de ses protagonistes, sans recours aux scènes tapageuses ou lacrymales (les rafles, exécutions, spoliations restent hors
champ).
- Période de Pâques Claude… Un peu de musique religieuse tant pour les
croyants que pour les mécréants ; elle me semble bien vivante cette
messe… Pas sulpicienne du tout…
- En effet Sonia… Schubert n'aimait pas les bigots, notamment de sa
famille, il devait côtoyer des loges maçonniques… on va se renseigner…
Es-tu une mécréante pratiquante Sonia ?
- hihi ! Heu non disons… agnostique… mais comme Schubert je ne nie pas
l'existence d'un Créateur, je me pose beaucoup de questions, on en
discute avec Ferdinand…
- Moi aussi, je suis catho, mais je respecte toutes les confessions
sincères et non violentes, je hais l'intégrisme et conteste divers
dogmes vaticanesques, l'important c'est la bonne relation avec mes
coreligionnaires…
- Tu as déjà écrit en 2021 un papier sur la 6ème et dernière
messe de Schubert, un monument d'après ma mémoire…
- Oui mais pour certains la 5ème est plus humaine, moins
solennelle. Et j'aime bien la direction lumineuse de Philippe
Herreweghe…
Partie 1 : La musique sacrée aux époques classique et romantique
Philippe Herreweghe
Le musicologue Maurice Cauchie (1882-1963) ne tournait pas autour du
pot à propos de cette
5ème messe
de
Schubert. Bien que spécialiste de la musique française, on sent dans son propos sur
le compositeur viennois une fascination pour son style d'écriture et un
regret que les concertistes la délaissent dans leurs programmations. Je cite
l'essentiel : "Cette messe est incontestablement la plus belle des six que nous a
laissées le maître viennois…. Dans la partition sont accumulées tant de
merveilles : modulations géniales, mélodies exquises, orchestration
colorée, émotion intense…".
La
messe N°6
écoutée en 2021 reflète une grandeur propre aux messes dites "solennelles - Solemnis". Elle concurrence la
messe en Ut
de
Mozart, hélas inachevée, ou la
Missa Solemnis
de
Beethoven
encore plus développée et majestueuse. J'avais chroniqué celle de
Mozart
dirigée par
Philippe Herreweghe (toujours excellent dans les ouvrages sacrés) et celle de
Beethoven
par
Otto Klemperer dansune interprétation en live à Amsterdam de 1957 qui aurait dû figurer
dans la saga "Disques légendaires" si
cette collection de chroniques avait existée cette année-là. Et pour être
exhaustif n'oublions pas la
Messe en Fa
de
Bruckner, œuvre très spirituelle d'un homme pieu et jeune, messe sans doute influencée par la
N°6
de
Schubert ; une interprétation sans pathos de
Gerd Schaller
et un billet de 2021. Avec l'article de ce jour, je pense avoir
couvert le répertoire des messes les plus incontournables de l'époque
classique et romantique…
(Index)
Si à l'époque baroque, le nombre d'œuvres sacrées défie l'entendement (Schütz
et
Bach
évidemment, passions, oratorios, des centaines de cantates…), la distance
que vont prendre les compositeurs de renom avec les Princes de l'Église
explique une baisse très nette de production dans le genre dès la période
classique. Même le très croyant
Bruckner
préfèrera partager son sens aigu de la spiritualité dans ses immenses
symphonies, l'ultime
9èmeinachevée étant dédiée "au bon Dieu". La
messe en Ut
de
Mozart
fut écrite pour son épouse Constance et non pour satisfaire une
commande. Les messes brèves destinées à son boss de Salzbourg représentent
une production mineure du génie mozartien. Les six dernières de
Haydn
sont de qualité, bien entendu, mais sans grande religiosité pour cet adepte
de la franc-maçonnerie…
- Il faudrait peut-être en parler Claude…
- En effet Sonia… Les disques sont rares… mais j'ai déjà une
idée…
Alserkirche où fut créée la 6ème messe
Partie 2 : L'homme Schubert et la spiritualité chrétienne
La première chronique
Schubert
en 2011 proposait une mini biographie du compositeur et était
consacrée au
quintette
"La truite" et au
Quatuor N°14
"La jeune fille et la mort" (à mes débuts, je surchargeais mes billets, deux articles séparés eussent
été justifiés). Bien que j'ai rédigé déjà 26 articles, je ne vois pas
l'intérêt de dresser le portrait de la vie du viennois de manière plus
détaillée, les sites web se révèlent très riches au sujet du compositeur
mort à 31 ans et surnommé "un miracle"*
du fait de l'incompréhension qui nous gagne en découvrant que
Franz
a composé un millier d'œuvres, et pas des moindres, en seulement 18 ans de
carrière. Je préfère recontextualisé sa destinée lors de la présentation
d'un ouvrage donné.
(*) Max-Paul Fouchet (critique d'art, animateur de télévision)
En ce qui concerne la musique religieuse schubertienne, on doit
distinguer dans son travail créatif deux périodes éloignées, sa prime jeunesse et la maturité, soit pour
la seconde la vingtaine en regard de sa bien courte vie. Schubert né en 1798
est le douzième enfant d'une fratrie de quatorze ! En cette époque sans
médecine et d'épidémies diverses, seuls cinq gosses atteindront l'âge adulte
😧 ! Pour supporter des deuils aussi récurrents, seule la foi profonde et
fervente des parents s'avère secourable. Qualifier les parents Schubert
de bigots, ce qui était réel suivant les critères actuels, friserait
l'indécence. La foi pouvait exorciser le chagrin en ces temps-là. De nos
jours on traîne les marmots chez le pédiatre jusqu'à 18 ans dès que le
mercure dépasse 37,9°. (Peut-on trouver excessif cette médicalisation ? Non,
sinon deux de mes petits fils seraient déjà des angelots…).
Les enfants Schubert étaient-ils de frêle constitution ?
Possible.
Franz, miraud, replet et peu sexy, ne mesurait que 1,56m. Ses amis farceurs le surnommaient "Schwammerl" (Le champignon 🍄.) Schubert
devra suivre un enseignement religieux rigoriste, presque un endoctrinement.
Il sera croyant, comme Beethoven, mais pas un dévot mystique comme le furent Bach et Bruckner.
Son père instituteur et violoncelliste débutera la formation musicale de
ses garçons : à
Ferdinandet Franz le violon et l'alto, à son frère
Ignaz
le piano.
Le maître de chapelle de l'église de Lichtental,
Michael Holzer, leur enseignera l'orgue, le chant et la notation de basse chiffrée
datant du baroque. Franz sera à dix ans le 1er soprano du chœur local. En
1808, il est admis dans le chœur de la chapelle impériale de
Vienne, étudiant de fait : la composition et le contrepoint avec
Antonio Salieri, génial pédagogue, n'en déplaise à Milos Forman 😊… Dès 13 ans il
compose au grand dam de papa, et ses connaissances liturgiques lui seront
bien utiles….
Thérèse Grob (1798 – 1875)
Partie 3 : Les amours déçus de Schubert et ses premières messes
On admet que
Schubert
cohabitera avec l'Église catholique sans s'engager à respecter assidument la
doctrine. Côté cœur, on suppose que de nos jours, le maître aurait pu se
rapprocher de la communauté LGBT+, G ou B. L'écrivain
Franz Grillparzer affirmait que lui et
Franz
étaient attirés par les hommes, un délit puni de prison au XVIIIème
siècle.
Pourtant il est notoire que Franz
ait eu le béguin pour des jeunes femmes et le désir de se marier… Trop
désargenté et timide, il ne pourra jamais épouser la séduisante Thérèse Grob, amie et chanteuse, elle aussi à la choral de
Lichtental, puis des lieder. Il fréquentera Josephine (Pépi)
Pöckelhofer, domestique de la maison Esterházy. Plus tard, en
1824 il en pincera pour son élève Caroline Esterházy âgée de
19 ans, mais épouser une comtesse de 7 ans sa cadette ? même pas en rêve 😥. Donc assez Hétéro le pauvre
Franz
qui mourra seul, toujours amoureux platoniquement de
Caroline (1805-1851) à qui il dédicacera la
Fantaisie en fa mineur
D. 940, un bijou pour piano à quatre mains
(Clic).
Un écart dans une maison de tolérance avec Untel ou Unetelle, transgression
courante dans la communauté artistique de l'époque, serait-il à l'origine de
l'infection par la syphilis qui l'emportera à 31 ans, laissant à Schubert, chose rare avec cette maladie, des capacités intellectuelles et créatives
hors normes…
(Derniers quatuors, symphonie en Ut, dernières sonates, le quintette
pour violoncelle…). Fin du roman photo et des ragots qui ont encore la vie dure.
- Et bien Sonia… une petite larme ? prend un mouchoir…
Revenons aux débuts de
Schubert
comme compositeur. Sa première œuvre achevée, une fantaisie pour piano à
quatre mains, date de 1810, il a douze ans ! Entre 1814 et
1816, il écrit quatre messes dans un style techniquement maitrisé
mais de forme académique et sans grande ferveur. Elles ont été
enregistrées par
Wolfgang Sawallisch
dans le cadre d'une intégrale des
7 messes
(6 en latin, une en allemand). (YouTube pour les curieux)
Les numéros des
messes N° 1
et
N° 4
dans le catalogue Deutsch sont
D 105
et
D452. En deux ans,
Schubert
a travaillé sur environ 350 ouvrages ! HPI ? Difficile
d'en douter. Certes, le catalogue référence un grand nombre de lieder,
pièces courtes, mais aussi les
symphonies N°2
à
N°4
qui n'ont pas à pâlir face à celles de
Mozart
ou de
Haydn
malgré une thématique moins hardie. Bien dirigées, elles ont de l'allant…
La
N°1 D 82
a vu le jour l'année de ses 15 ans en 1813. Plus incroyable,
pendant la même période de deux ans, il compose ses
11 premiers quatuors, un genre difficile à aborder. Il faudra attendre 1824 pour qu'il
entreprenne la rédaction du
13ème, "Rosamunde", le premier des trois ultimes chefs d'œuvre pour cette formation.
Comtesse Caroline Esterházy
Partie 4 : De la première messe à la profonde cinquième
La
messe n°1
fut composée en une semaine en 1814 😐. Sa création a lieu
presque en famille en l'église de
Lichtental pour fêter le centenaire
de sa construction. Il s'agit donc bien d'une commande. L'effectif
de 62 instrumentistes et chanteurs est imposant pour l'époque par rapport à la modestie de la paroisse. Ferdinand jouait de l'orgue, son ancien maître Michael Holzer
était maître de chœur et son amie soprano Therese Grob
chantait le solo… On raconte que Antonio Salieri, son mentor et professeur était présent et aurait embrassé son jeune
élève. Schubert
voyait sa partition digne d'être appréciée comme "Solemnis" (solenelle), qualificatif justifié pour une messe de quarante minutes. Elle fut
redonnée dix jours plus tard en l'église St Augustine's Court
mais éditée seulement en 1845…
En 1819, Schubert
écrit les premières ébauches de la 5ème messe. La composition ne sera terminée qu'en 1822. Comme la plupart des chefs-d'œuvre, la genèse de la messe et sa
première exécution n'est pas simple. La période de composition est
contemporaine de celle de la Missa Solemnis de Beethoven. Dans la Vienne musicale où tout se sait, et vue la notoriété de Ludwig van
et de ses projets, difficile de douter que Schubertn'est pas tenté de rivaliser avec son modèle. Par ailleurs, la
splendeur de l'ouvrage par rapport à la 4ème messe de 1816 montre un Schubert
maîtrisant totalement les techniques et l'inspiration exigées par une
œuvre de cette proportion. Ajoutons que la pathétique 7/8ème symphonie "inachevée" de la même année 1822
confirme ses progrès de compositeur. Beethoven travailla cinq ans sur la Missa Solemnis
qu'il considèrera comme la meilleure de ses œuvres. Il la destinait à
l'intronisation de l'archiduc Rodolphe. Cela dit, il est interdit
par le régime de Metternich
de faire jouer une messe en concert, hors d'un lieu de culte😞. Si géniale soit la partition, Beethoven meurt en 1827. Il faut attendre 1830
pour la création, loin de Vienne, à Varnsdorf, ville située de nos jours en Tchéquie.
Évidemment, bien que commençant à être connu à Vienne (surtout de ses
copains),
Schubert
rencontre lui aussi des difficultés pour organiser la création de sa messe
dès l'encre sèche. Il vise une exécution dans la chapelle impériale.
Carrément !
Joseph Leopold Eybler (1765-1846)
Le maître de chapelle du palais,
Joseph Leopold Eybler
refuse la partition, qu'il trouve "bonne" certes, mais avec l'argument "pas dans le style qu'affectionne l'Empereur". Pour être honnête, l'Empereur aimait les messes brèves avec des voix
d'enfants,
Beethoven
en fera les frais… Soyons donc indulgent envers
Joseph Eybler
😊. Vite fait :
Eybler, compositeur lui-même, avait été chargé par
Constance Mozart d'achever le
Requiem. Il s'empressa de faire sous-traiter le défi à
Süssmayer, élève de
Mozart. De là à penser qu'il n'osait avouer un manque de compétence et de
musiciens expérimentés pour créer cette messe, il n'y a qu'un pas sans doute
injuste… Schubert
apportera des simplifications, et une première aurait eu lieu en
1823 de manière confidentielle à
Alt-Lerchenfeld. La messe ne sera pas
publiée de son vivant… Merci à
Brahms
de l'avoir enfin créée officiellement à
Leipzig en 1874…
PARTIE 4 : La messe, son humanisme, ses jeux de tonalité…
Première surprise : la durée de composition de trois ans (1819-1822)
alors que
Schubert
travaillait très vite et achevait (ou pas) dans la foulée ses partitions
(1 semaine pour la
messe N°1,
pas de scherzo ni de
final pour la
symphonie N°7/8).
Il a quitté la ville et la maison où il a grandit et écrit ses quatre
premières messes latines plus une en allemand
D 621
en 1818 pour son frère Ferdinand.
Deuxième surprise : les quatre messes de l'adolescence sont d'un
style conventionnel. La
5ème
sera plus lyrique et optimiste, jouant sur des ruptures de tonalités
incessantes, une signature du style de
Schubert
qui anticipe les recherches chromatiques wagnériennes… Elle n'affiche pas
non plus l'austérité presque sulpicienne de la
6èmede 1828. Les amateurs ont un faible pour cette
5ème
messe, allant jusqu'à la considérer comme la plus réussie dans le
genre.
Schubert
utilise le texte de l'ordinaire de la messe usuel, mais se permet de
supprimer quelques versets dans le gloria et le credo sur
des intentions de prières qu'il ne partage pas, notamment sur l'auto
proclamation comme "Sainte" de
l'Église catholique. A posteriori, il n'a pas été condamné au bûcher !
Hormis en Espagne, l'inquisition et l'absolutisme du Saint-Siège
commencent à perdre de leur superbe, surtout en Allemagne où luthérianisme
et catholicisme cohabitent presque sereinement. Voir la version à la
Schubert
après la vidéo.
RIAS-Kammerchor
L'orchestration comporte : une flûte (sauf kyrie), deux hautbois, deux
clarinettes, deux bassons, deux cors, deux trompettes, trois trombones,
des timbales, les cordes ; quatre solistes : soprano, alto, ténor, basse,
chœur mixte, orgue ad libitum en continuo avec les cordes graves.
Les interprètes pour cette gravure sont :
RIAS-Kammerchor –
Orchestre Des Champs Elysées – direction
Philippe Herreweghe
Soprano –
Anna Korondi : soprano hongroise d'opéra et de concert formée au conservatoire de
Vienne. Elle est professeur de chant à berlin. Elle a chanté sur les
plus grandes scènes du monde accompagnée par des maestros de renom comme
Zubin Mehta,
Pierre Boulez.
Mezzo-soprano –
Anke Vondung : Pianiste avant d'étudier le chant à Mannheim avec le professeur
Rudolf Piernay, à partir de 1994. Elle a d'autre part suivi
notamment les cours de
Renato Capecchi,
Julia Hamari,
Brigitte Fassbaender, ou encore
Dietrich Fischer-Dieskau. Elle est attachée à l'opéra de Dresde.
Ténor–
Andreas Karasiak : il apprend le chant à l'Université Johannes Gutenberg de Mayence
avec Claudia Eder. Il a étudié la musique baroque à la Schola Cantorum
Basiliensis avec
René Jacobs
à Bâle.
Baryton –
Kay Stiefermann: formé à la Haute école de musique de Cologne. Il se perfectionna
auprès de
Montserrat Caballé
et
Hans Hotter
notamment.
Anna Korondi
Anke Vondung
Andreas Karasiak
Kay Stiefermann
Le tableau suivant indique les transitions de tonalités dans la messe. Le
kyrie, supplication souvent chantée telle une lamentation est en mode
majeur, tonalité optimiste.
Schubert
propose, non pas une supplication pour nous sauver, pauvres créatures
pécheresses 😊, mais l'expression d'une confiance totale envers la
bienveillance divine et Christique. Le hautbois et les bois dominent la
petite harmonie dans le kyrie. L'orchestre devient ainsi léger dans son récit mais non d'une luminosité
sans doute hors de propos en début d'un office. La flûte se tait à cette
fin… Inversement, dans le Christe, les cordes pp ont le beau jeu…
(Partition)
On constate dans ce tableau chipé dans Wikipédia mais complété par le Toon
la majorité de tonalité majeur. À l'écoute, cette messe paraît plus festive
que solennelle, jamais grandiose ou sulpicienne.
❶Kyrie, Andante con moto, en la bémol majeur4/4
[00:00]
Kyrie eleison
[03:23]
Christe eleison
[04:03]
Kyrie eleison
❷Gloria, Allegro maestoso e vivace, mi majeur, 3/4
[00:00]
Gratias agimus tibi, Andantino, la majeur, 2/4
[03:52]
Domine Deus, Rex coelestis, Andantino, la mineur, 2/4
[04:29]
Gratias agimus tibi, Andantino, la majeur, 2/4
[06:28]
Domine Deus, Agnus Dei, Allegro moderato, mi majeur, 4/4
❸Credo, Allegro maestoso e vivace, do majeur, 4/4
[00:00]
Et incarnatus est, Grave, la bémol majeur, 3/2
[04:16] Crucifixius,
[06:15]
Et resurrexit, Allegro maestoso e vivace, do majeur, 4/4
❹ Sanctus, Andante, fa majeur, 12/8
[00:00]
Sanctus fa majeur, fa dièse mineur, pour un effet « époustouflant ».
[02:35]
Osanna in excelsis, Allegro, fa majeur, 6/8
❺ Benedictus, Andante con moto, la bémol majeur, 4/4
[00:00]
Benedictus, la bémol majeur,
[03:20]
Osanna in excelsis Osanna in excelsis, Allegro, fa majeur, 6/8
❻AgnusDei, Adagio, la bémol majeur, 3/4
[00:00]
Agnus dei qui tollis peccata mundi, miserere nobis, Allegretto, la
bémol majeur, 4/4
[03:27]
Agnus dei qui tollis peccata mundi, Dona nobis Pacem, Allegretto, la
bémol majeur, 4/4
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
PARTIE 5 : Versions alternatives
Les enregistrements n'abondent pas mais sont en général de qualité.
Wolfgang Sawallisch
a enregistré les
messes N°5
et
N°6
en 1972 à la tête de l'orchestre de la
Staatskapelle de Dresde
et des solistes de premier plan. Nous avions écouté la
6ème
en 2021. Ce double album n'a jamais quitté le catalogue. Il a été un
temps réédité. Ce chef illustre a gravé l'intégrale des œuvres sacrées de
Schubert
pour EMI avec L'Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise
toujours plus ou moins disponible au catalogue (7 CD).
Sinon, les critiques s'accordent à encenser l'interprétation de
Nikolaus Harnoncourt avec le
Chamber Orchestra of Europe. Elle le mérite. A priori plus lente que la version commentée, on ne
peut qu'admirer le sens des nuances, la clarté spatialisée de l'orchestre
et la transparence du chœur. Peut-être une forme de référence là aussi,
mais sans la spiritualisé de ses confrères. J'ajoute la vidéo YouTube de
cette publication de 1997. Une prise de son admirable, on doit
l'admettre.
Kyrie eleison
Christe eleison
Kyrie eleison
Glória
in excélsis Deo
et in terra pax homínibus bonae voluntátis.
Laudámus te
benedícimus te, adorámus te, glorificámus te
grátias ágimus tibi propter magnam glóriam tuam
Dómine Deus, Rex cæléstis
Deus Pater omnípotens.
Dómine Iesu Christe, Fili Unigénite,
Dómine Deus, Agnus Dei, Fílius Patris,
qui tollis peccáta mundi, miserére nobis;
qui tollis peccáta mundi
(Toi qui enlèves le péché du monde)