Dans les recherches des albums "pré-FM", ou fondateurs d'avant l'ère des productions "blockbusters" gonflées au silicone, ou encore des (rares) groupes qui ont réussi leur conversion (ou soumission) au genre, le très sérieux SHQOPLPDPM (1) a exhumé un petit quintet new-yorkais qui avait tout d'un grand. D'un très, très grand. C'est bien simple, dans les années 80, un nombre incroyable de musiciens américains ont avoué avec enthousiasme y avoir puisé une partie de leur inspiration. Et non des moindres. Une influence qui aurait touché autant le glam-rock US que le sleaze-rock, ainsi que le Rock FM. Y compris, par exemple, l'un des cadors de la paroisse, à savoir Jon Bon Jovi et ses acolytes.
Le groupe en question ? Starz. Un combo issu du New Jersey, qui a pour manager Bill Aucoin, célèbre pour l'excellence de son travail pour Kiss - ainsi que pour celui de Billy Squier (époque Piper comprise). Un quintet qui avait tout pour réussir, sans jamais parvenir à faire de grandes vagues. Plusieurs singles se sont pourtant infiltrés dans le top 100 américain, mais les ventes d'albums, bien que fort honorables, restent assez modestes. Soit des gains jugés insuffisants pour Capitol Records, qui les lâchent. De même que leur manager, qui a déjà bien assez à faire, tout en gagnant confortablement sa vie, avec les quatre enfarinés - et bientôt avec Billy Squier.
En cinq années d'existence, Starz n'a pas chômé avec quatre albums d'excellente facture et des concerts où les gars durcissent le ton. Mais visiblement, cela n'a pas suffit.
En 1977, après un remarquable premier essai bien rock'n'roll, Starz revient à la charge. Toujours avec des pièces au cordeau, toutes guitares dehors, mais cette fois-ci, avec une ouverture vers des sonorités et des cadences plus pop. Ainsi, d'entrée, "Cherry Baby" s'impose comme un petit bijou de heavy-pop proto-Rock-FM - sans claviers. Un de ces trucs addictifs et mnémoniques, d'apparence évidents, accrocheurs dès la première écoute, portés aux cieux par un chant habité et jovial, parfaitement soutenu par des chœurs à l'avenant. Judicieusement sélectionnée pour sortir en single, cette chanson sera le plus grand succès du groupe, et poussera les ventes de l'album. « Sing It, Shout It » en est un autre, un bijou Heavy/power pop. Avec ce pattern brut et primal à la batterie (très proche du style de Bun E. Carlos), cette guitare clean coupante comme un scalpel (jouée en picking) et la seconde en arrière plan, plus sourde, peinant à retenir son humbucker qui ne demande qu'à rugir, tandis que Michael Lee Smith assure une fois encore un chant entraînant imparable. Le coda est à s'y méprendre du pur Cheap Trick – comme finalement, d'autres passages de ce morceau. Bien probable que les quatre de Rockford aient voulu rendre un juste hommage à ce groupe qui semble avoir laissé de profondes traces sur leur musique – d'autant qu'ils leur est arrivé de tourner ensemble.
Un peu plus costaud, « All Night Long » est ni plus ni moins qu'un détournement de Bad Company, dans une optique nettement plus commerciale – ce qui en fait un peu du Foreigner pré-méga-tubes. Logique.
« Cool One » ravive la flamme rock'n'roll, quelque part entre Creedence et les Flamin' Groovies. Les paroles ne manquent pas d'humour mais la morale ne nous permet pas de les exposer ici.
En clôture, la ballade bancale, maladive, « Is That a Street Light or The Moon ?» dénote totalement avec la voix de Smith, qui se fait féminine, et l'émergence progressive d'un orchestre dont quelques instruments cherchent à s'échapper, ou déraillent brièvement. Néanmoins, elle a son charme.
Starz dégoupille également quelques bons rocks, vifs, ardus et trépignants, dans la continuité du premier album. Dont « Rock Six Times » qui conte les premiers émois donnés par l’innocente écoute d'un 45 tours, et l'épiphanie qui s'ensuit. Un morceau étendard du heavy-rock US, fusionnant les poids lourds du genre - Nugent, Aerosmith, Blue Öyster Cult et Montrose. Un quasi furieux « Subway Terror », qui préfigure Twisted Sister (celui des trois premiers opus). Ainsi que « S.T.E.A.DY. », qui débute par une plage d'un slow-blues poisseux avant de se laisser emporter par une bourrasque heavy. C'est un morceau plus étrange, plus dans le registre d'un Alice Cooper ou d'un Blue Öyster Cult. « … ils m'ont fendu le visage comme un futal bon marché. Ils m'ont comprimé le cerveau et m'ont mis en transe. Chaque nuit, ils modifient un peu mon sang. Et je fais mon lit sur des gravats et de la boue. Et ça peut vraiment te retourner le cerveau. Ils vont te rendre plus fort et sain d'esprit. Je suis si content qu'ils m'aient remis sur pied... ils m'ont surveillé pendant un an, tu sais... Et si jamais tu revois tes amis et que tu prêtes serment de dénoncer les salauds... Et si jamais tu revois tes amis, je veux être sûr de dénoncer ces pauvres garçons dedans... » ?? Michael Lee Smith aurait il été un patient de Camp Hero, l'institut militaire de Montauk à Long Island ? 😱😁. La chanson éponyme, puissant heavy-rock un rien échevelé, baigne dans la même mouvance. Smith crie sa soif de liberté, tandis que des voix de l'autorité le réprimandent « (Nous sommes partout. Nous te protégeons de toi-même. Nous te surveillons) -Je veux faire du rock'n'roll (Non, c'est interdit!) Je veux perdre le contrôle (Non, c'est une violation !) Je veux aimer quelqu'un (Non, c'est une violation !) - (Merci de nous avoir élus, nous apprécions votre confiance. Il y a un problème dont nous sommes conscients. Beaucoup de vos enfants le partagent. Mais nous avons développé de nouvelles techniques … basées sur l'électrochoc. Une dose quotidienne de microwatts) ». Une théorie (du complot ?) voudrait qu'à l'origine ce second essai devait être un album concept. Ce qui n'aurait pas été du goût du label, qui aurait renvoyé illico les musiciens revoir leur copie.
En dépit de quelques titres pouvant paraître un peu en deçà en comparaison des pièces fortes, c'est un album sans faute qui, en cette année 1977, aurait dû s'installer confortablement parmi les classiques du genre, voire du Rock au sens large. Et s'il a rencontré un certain succès – boosté par les singles -, ce n'est pas à la mesure réelle de sa haute teneur qualitative. Peut-être que Starz aurait dû un peu développer des pièces dans le format (power-) pop / rock AOR qui a si bien réussi à leurs singles ? C'est pourtant ce que le groupe a effectué avec le suivant, « Attention Shoppers ! ». Où, contre toute logique, la petite perle « She », n'est pas sortie en single, alors qu'elle en a tous les attributs - avec des paroles éculées, niaises, passe partout - pour squatter les radios. Ou même le bon slow – au léger parfum de « Purple Rain » - « Third Time's The Charm ». Incompréhensible. Avoir mis du miel dans son heavy-rock n'a pas réussi à Starz, qui redescend dans les scores et cœurs. Déconfit, le groupe revient avec « Coliseum Rock » à des sonorités plus en phase avec les deux premiers essais. Toutefois, sur cette dernière livraison, les musiciens paraissent un peu moins impliqués, ou du moins généralement perméables à la « fièvre rock'n'roll » ; celle qui vous fait perdre le contrôle, qui libère l'instinct animal, qui vous détache de la réalité. Sur ce dernier essai, il y a l'ombre du meilleur de Kiss, mais aussi... celle de Boston. Particulièrement évident sur le magistral « Last Night I Wrote a Letter ». Mais là, pas de single, plus de réel espoir de rejoindre les illustres groupes (établis ou en devenir) avec lesquels ils tournent régulièrement. Peut-être qu'il aurait fallu maintenir Jack Douglas à la production – son absence à partir de « Attention Shoppers ! » se fait sentir. Déçu, désillusionné, fatigué, le groupe ne tarde pas à arrêter les frais. Pourtant, il demeure dans les mémoires. Les disques sont régulièrement réédités, divers enregistrements live sont édités (dont certains à la qualité douteuse, proche du pirate) et, des années plus tard, le groupe se reforme pour des concerts où une foule de fidèles – et de nouveaux convertis – l'attend impatiemment.
| 1. | "Cherry Baby" | 3:47 | |
|---|---|---|---|
| 2. | "Rock Six Times" | 3:15 | |
| 3. | "Sing It, Shout It" | 5:10 | |
| 4. | "Violation" | 4:26 |
| 1. | "Subway Terror" | 3:45 |
|---|---|---|
| 2. | "All Night Long" | 3:26 |
| 3. | "Cool One" | 3:40 |
| 4. | "S. T. E. A. D. Y." | 5:25 |
| 5. | "Is That a Street Light or the Moon?" | 3:06 |
(1) Service Hautement Qualifié Œuvrant Pour La Préservation Des Perles Musicales. Organisme travaillant hardiment - et bénévolement -, dans le plus grand des secrets, pour le bien de l'humanité.
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