mardi 25 août 2026

GUNS 'N' ROSES "Appetite for Destruction“ (1987) par Pat Slade


Un chanteur cinglé, un guitariste fou en haut de forme, un groupe bon pour l’asile. Et ça nous donne à l’arrivée du très bon Hard rock.


Bienvenue dans la Jungle



Sorti en 1987, ”for Appetite Destruction“ est le premier album studio du groupe américain Guns N’ Roses. Considéré aujourd’hui comme un classique incontournable du rock des années 80, ce disque a profondément marqué l’histoire du hard rock et du heavy metal grâce à son énergie brute, ses textes crus et son mélange unique de punk, de blues et de hard rock. Je vais essayer de décortiquer les éléments qui font de cet album une œuvre emblématique.

À la seconde moitié des années 80, la scène rock est dominée par des groupes très calibrés aux looks sophistiqués et aux productions très léchées, comme Mötley Crüe ou Poison. Dans ce décor souvent jugé trop formaté, Guns N’ Roses débarque avec une attitude beaucoup plus rebelle et un son nettement plus rugueux. Originaire de Los Angeles, le groupe, mené par  Axl Rose au chant et Slash à la guitare solo, incarne une forme de retour aux sources du rock, sauvage et sans compromis, tout en apportant une modernité explosive.

Produit par Mike Clink (producteur de Megadeth, UFO ou encore Whitesnake), ”Appetite for Destruction“se distingue par son équilibre entre précision musicale et énergie brute. Contrairement à la tendance du moment qui privilégiait les sons synthétiques et des arrangements parfois lourds, cet album mise sur une production qui met en avant le jeu de guitare incisif et les percussions puissantes, tout en laissant respirer la voix intense d’Axl Rose. Chaque morceau semble enregistré avec cette intensité d’un concert live, donnant une impression de spontanéité surprenante pour un disque de studio.     

Le disque s’ouvre avec ”Welcome to the Jungle“, un titre qui pose immédiatement les bases de l’univers du groupe, sombre, violent et hypnotique. Les riffs distordus de Slash, combinés à la voix rocailleuse et pleine d’agressivité d’Axl, décrivent une jungle urbaine fascinante et dangereuse, reflet de la vie nocturne et chaotique de Los Angeles. La rythmique solide de Duff McKagan à la basse et de Steven Adler à la batterie accompagne efficacement ce tableau. ”Out Ta Get Me“ou encore “My Michelle” confirment le côté brut de décoffrage de l’album, avec des paroles qui parlent de trahison, de violence et de marginalité sociale. Ces chansons ressemblent à des récits vécus, racontés sans fard, ce qui contribue à l’authenticité de l’ensemble.

Cependant, c’est avec ”Sweet Child O’ Mine“ que le groupe connaît un succès grand public inattendu. Cette ballade rock portée par un riff de guitare mélodique et mémorable devient rapidement un hymne universel. Il est intéressant de constater comment ce morceau se démarque du reste de l’album par son ton plus doux et presque romantique, tout en gardant cette intensité émotionnelle propre à Guns N’ Roses. Enfin, ”Paradise City“, qui ferme l’album, est une explosion d’énergie, mêlant mélodie accrocheuse et gros riffs, parfait pour clore ce voyage sonore sur une note exaltante. La version live au The Freddie Mercury Tribute en 1992 à Wembley était sauvage.

La force majeure de ”Appetite for Destruction“ réside dans les thématiques abordées qui, pour l’époque, sont assez crues et dérangeantes. Le groupe n’hésite pas à parler de drogue, de sexe, de violence, de solitude et d’aliénation. Ce réalisme sans filtre interroge autant qu’il choque, et reflète un certain malaise générationnel. La vie dans les bas-fonds urbains, les excès et les conflits personnels sont au cœur du discours des chansons, offrant une narration authentique qui tranche avec les clichés glam-rock de l’époque.

À sa sortie, l’album ne connaît pas immédiatement le succès escompté, peinant à s’imposer face à la concurrence. Mais grâce au bouche-à-oreille et à la réputation grandissante des concerts du groupe, les singles commencent à grimper dans les charts. Finalement, ”Appetite for Destruction“ devient l’album le plus vendu de tous les temps aux États-Unis dans ses débuts, avec plus de 30 millions d’exemplaires écoulés mondialement aujourd’hui.

Cet album a non seulement lancé la carrière phénoménale de Guns N’ Roses, mais il a aussi influencé des générations entières de musiciens. Son mélange d’agressivité, d’émotion brute et de virtuosité technique demeure un modèle pour le rock contemporain. De nombreuses formations actuelles revendiquent son héritage, prouvant que l’empreinte laissée par ”Appetite for Destruction“ est indélébile.
                                                                  
Appetite for Destruction“ est bien plus qu’un simple album de rock. C’est une plongée intense dans un univers où la révolte et la vulnérabilité cohabitent en équilibre précaire. Avec une production soignée mais sans fioritures inutiles, des compositions solides et des performances passionnées, Guns N’ Roses a réussi à capturer l’essence même du rock’n’roll authentique. Qu’on soit un fan de la première heure ou un néophyte curieux, cet album justifie pleinement son statut de légende du genre. 

En écoutant ces 12 titres on comprend aisément pourquoi plus de trente ans après “Appetite for Destruction” continue de résonner avec autant de puissance et de fraîcheur. En 1992 la sortie de ”Use Your Illusion II  avec la reprise de ”Knockin' on Heaven's Doorde Bob Dylan, battra tous les records. Et pour conclure sur une note personnelle, je préfère les Guns N’ Roses à Metallica.

dimanche 23 août 2026

LE BEST-OF, QUELLE BARBE !


MARDI :
Pat a donné dans l’électro, et une de ses œuvres maîtresses, « Oxygène » de Jean-Michel Jarre, un disque qui a profondément marqué l’histoire de la musique électronique, Jarre ne s’y contente pas d’être un simple musicien, mais explorateur de sons, poète des espaces sonores.

MERCREDI : Bruno poursuit son investigation des albums de Rock AOR, un genre boursoufflé qui gagne du terrain, mais on y trouve aussi quelques pépites comme ce « Only Child » du groupe… Only Child, en réalité le guitariste Paul Sabu, qui fricote aussi avec le pur métal.


J
EUDI : Nema, de retour de congés toute bronzée, nous a proposé de lire « Elizabeth Finch » du grand écrivain anglais Julian Barnes, au style riche, fluide, plaisant. L’érudition sous-jacente est là, mais discrète et à notre portée. Nema prévient gentiment qu’il faut aimer l’Histoire...

VENDREDI : de la lecture encore avec « La désinvolture est une bien belle chose » de Philippe Jaenada, l’auteur y enquête sur les derniers jours de Kaki, figure du Saint Germain de Prés d’après guerre, investigation prétexte à raconter une époque, un milieu.

👉 La semaine prochaine, ça va dépoter sec avec les Guns’N’Roses et leur appétit pour la destruction, on se calmera avec des sonates de Francis Poulenc, mais on remettra les gaz avec ZZ Top, et pour la rentrée cinéma, la Palme d’Or de Cristian Mungiu.


Et un dernier salut à Frank Beard, 77 ans au tambourin, le batteur de ZZ Top, trio qui avait déjà perdu son bassiste Dusty Hill il y a 5 ans. S’il n’en reste qu’un… Ironie de l’histoire, ou gag des joyeux drilles texans, Beard était le seul à être imberbe ! Par contre, pas sûr que le kit tapageur et de pur mauvais goût soit du second degré.


vendredi 21 août 2026

LA DÉSINVOLTURE EST UNE BIEN BELLE CHOSE de Philippe Jaenada (2024) par Luc B.



Dans LA PETITE FEMELLE, chroniqué ici en son temps [ CLIC ICI ] Philippe Jaenada partait à la recherche de Pauline Dubuisson, qui avait défrayé la chronique faits-divers en 1953, pour meurtre. Après une enquête minutieuse, il avait reconstruit le parcours de toute une vie, et d'une époque. Dans LA DÉSINVOLTURE EST UNE BIEN BELLE CHOSE, il reprend le même principe, mais pour s’attacher à une parfaite inconnue, Jacqueline Harispe.

Surnommée Kaki, elle est morte défenestrée de sa chambre d’hôtel rue de Cels (près du cimetière Montparnasse) en novembre 1953. Elle avait 20 ans, était jolie, amoureuse, entourée d’amis, mordait la vie par les deux bouts. Elle faisait partie de cette bande qui frayait dans le Saint Germain des Prés d’après-guerre.

Jaenada n’est pas le seul auteur à s’être intéressé à elle. Il est tombé sur une interview de Patrick Modiano racontant qu’enfant, au café Moineau, un type désespéré était entré en criant : « Kaki est morte, elle a fait le grand saut ». Modiano en avait tiré un roman appelé « Dans le café de la jeunesse perdue » en 2007, l’héroïne s’appelait Jacqueline Delanque, dite Louki. Louki / Kaki...

Philippe Jaenada va reprendre l’enquête, comme à son habitude, en se plongeant dans des tonnes de documents, articles de journaux, Gallica (archives de la BNF, très précieux) en retrouvant quelques protagonistes (témoignages émouvants de ceux qui en ont réchappé) ou leurs enfants, en visionnant des interviews ou documentaires sur cette période, en exploitant archives, registres municipaux, actes de naissance, décès, en fouillant dans les PV de police (il y a quelques indics...). Mais surtout en se basant sur le recueil de photos du néerlandais Ed van der Elsken « Love on the left Bank », qui avait documenté cette vie de bohême dans le Paris d’après-guerre.

Comme dans LA PETITE FEMME, il ne s’agit pas uniquement de retracer le parcours d’une (courte) vie, mais d’un milieu, d’une époque : Saint Germain des Près. Pas celui glamour et intellectuel fréquenté par Boris Vian, Juliette Gréco, Sartre et Beauvoir, Queneau, Duras. Mais celui des traine-savates, anars, clochards célestes, beatniks, qui pour quelques pièces s’enivraient chez Moineau, leur troquet, leur QG, s’entassaient dans des chambres d’hôtels miteux, généralement en rupture avec leur famille, multipliant les larcins pour manger, ou juste faire chier les autres !

Déjà, retrouver ce troquet aujourd’hui disparu : Chez Moineau (rue du Four). Et donc les propriétaires, leur histoire. Puis retrouver les lieux, les rues (quelques pâtés de maisons du 6è arrondissement), les hôtels, les caves clandestines. Et bien sûr identifier les protagonistes de cette folle aventure, retracer leur parcours. On apprend que Jacqueline Harispe a posé un temps pour Dior, c'est inscrit dans les registres, elle est la fille de Michel Harispe, un type louche au strabisme épouvantable qui s'est commis dans la Cagoule avant-guerre (branche terroriste de l’Action Française) collabo pendant, arrêté et exécuté après. En 1948.

L’ombre de la guerre plane sur cette génération qui a connu le rationnement, les couvre feux, et décide de s’enivrer de cette liberté retrouvée. On croise aussi ces foyers de rééducation pour jeunes filles, Notre Dame de la Charité, fréquentée par Kaki et ses copines à l’époque, lorsqu’embarquées éméchées par les flics boulevard St Germain.

Les investigations de Jaenada sont longues, minutieuses. Maniaques ? Etudier les photos à la loupe, comparer les silhouettes, les vêtements, le nombre de verres sur la table ou de mégots dans un cendrier, pour tenter de refaire la chronologie. Qui se trouvait là, tel jour, tel soir et croiser les informations avec d’autres sources, reconstituer presque heure par heure le parcours de Kaki et ses amis, ses amants, jusqu’au jour de la chute dans le vide. Et comprendre : accident bête sous l’effet de la dope (l'héro n'était pas chère), suicide par dépit amoureux, dispute qui a mal tourné, assassinat ?

Tout cela est passionnant à lire, sur le plan historique et sur l'investigation. Je nuancerai tout de même. Car Jaenada rend compte de ses recherches et trouvailles au jour le jour. Il est le propre sujet de son livre. Parfois l’enquête avance bien, parfois il faut des semaines avant qu’un indice, un témoin, relance l’affaire. Il y a donc parfois un sentiment de surplace. Mais surtout énormément de personnages, des homonymes en plus (!) certains plus anecdotiques que d'autres, on s'y perd un peu, un petit élagage n'aurait pas été vain.  

Fidèle à son style, Jaenada raconte ses relations avec son éditeur, son « tour de France par les bords », comprenez par-là le littoral, ses plages et bistrots. Observations drolatiques et souvent vachardes sur ses contemporains, la jeunesse surtout, qu’il met en parallèle de celle que côtoyait Kaki. Sa quête des meilleurs whiskies, que l’auteur s’envoie à tour de bras ! Là encore, des pages irrésistibles ou parfois redondantes.

LA DÉSINVOLTURE... est un bouquin souvent passionnant. Davantage par l’époque qu’il documente - rejet des conventions, de la normalité, liberté comme seul totem (on croise Guy Debord qui a connu et portraituré Kaki à partir de ses photos de modes, Patrick Straram, les lettristes et situationnistes) cette une vie anarchique faite d’amour et de vinasse - que sur les résultats de l’enquête en elle-même, qu'on oserait presque qualifier d'anecdotiques. Jacqueline Harispe n’était finalement qu’une fille perdue comme beaucoup d’autres. Mais on aura compris que pour l'auteur, elle n'est qu'un prétexte pour peindre une époque et une sociologie. 

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La première photo est celle de Kaki prise par la police lors d'une arrestation. Les autres proviennent de l'album « Love on the left Bank ». En couverture du livre, la jeune femme aux yeux cernés de noir est Vali Myers, artiste australienne, figure de St Germain de Prés. 

Editions Points  -  456 pages    

jeudi 20 août 2026

ELISABETH FINCH de Julian Barnes (2022) - par Nema M.


Sonia revient songeuse d’une visite des thermes de Cluny. Elle interpelle Nema :

- Tu connais Julien l’apostat ?

- Ouais, je l’ai croisé au supermarché hier… répond négligemment Nema en continuant à travailler à son bureau,

- Arrête ! Sérieux, tu connais cet empereur romain ? Je n’en avais jamais entendu parler. Empereur d’Occident et d’Orient. Entre 361 et 363…

- Elizabeth Finch était une spécialiste de cet empereur… commence Nema.


Julien l'Apostat

Oui, Elizabeth Finch a étudié Julien l’apostat. "Elizabeth Finch" est le titre d’un roman de Julian Barnes. Un roman à la première personne, dans lequel Niel raconte une partie de sa vie, à partir de sa rencontre avec Elizabeth Finch, cette professeure de "culture et civilisation" dont il a suivi les cours en jeune adulte dans une université londonienne. Elizabeth Finch, E.F., est une femme respectable, posée, toujours égale à elle-même. Sans âge. Avec un charme désuet lié entre autres à une tenue vestimentaire que l’on imagine bon chic bon genre, version british, et fumant des cigarettes qu’elle extrait d’un étui en écaille. Sa façon d’animer ses cours est basée sur l’échange avec les participants.

 

Un petit groupe de trentenaires suit ces cours. Parmi eux, il y a bien entendu Niel, jeune homme qui se cherche, qui a été acteur, qui est divorcé et père de deux enfants, Geoff, le rebelle intello de gauche, Linda, la fleur bleue avec ses problèmes de cœur, et Anna, la hollandaise réfléchie.

E.F. présente un sujet et lance une question ouverte. Et la conversation s’engage. Beaucoup de sujets autour de la culture occidentale sont abordés, avec quelques digressions autour des premiers martyres chrétiens, un sujet de prédilection pour E.F..

Avec sa diction parfaite, son langage exemplaire, elle aborde la controverse sans coup férir. Ainsi le monothéisme, mais également la monogamie, seront évoqués, avec de la part des uns ou des autres des arguments plus ou moins virulents. 


Royal Holloway University of London

Des réflexions sur le bonheur nourrissent le café débat entre les quatre jeunes. Linda et Niel, Niel et Anna, et Geoff. Leurs conversations au café sont une sorte de debriefing des cours d’E.F.. Niel est en admiration, Linda voit l’aspect écoute du cœur, tandis que Geoff est très critique et trouve E.F. académique et ampoulée. Anna reste plutôt neutre.

Le temps passe, Niel déjeune avec E.F. et les conversations se poursuivent. L’Histoire est-elle infaillible ? Un débat houleux s’engage au sujet des juifs et de la 2ème guerre mondiale, Geoff monte au créneau… Progrès technologique versus progrès moral ? Et Julien l’apostat. Les chrétiens sont martyrisés par des païens et les païens sont exterminés par des chrétiens. C’est ça l’histoire.

Le temps passe. E.F. décède et Niel est surpris de se voir léguer les carnets de cette dame avec qui il avait continué de déjeuner régulièrement, toujours à 13h dans le même restaurant italien. Chris, le frère d’Elizabeth ("Liz" pour lui), ouvre à Niel les portes de l’appartement de la défunte et le laisse prendre tout ce qui pourrait servir à écrire sur Liz une autobiographie.


Julian Barnes 

Et Julien l’apostat. Des pages et des pages sur cet empereur. Entre Occident et Orient, entre chrétienté et paganisme. Niel se lie d’amitié avec Chris qui l’invite à venir dans l’Essex mais ils se verront uniquement à Londres. Niel interroge sur leur enfance, leurs parents. Chris complète petit à petit le portrait d’E.F, cette sœur si brillante mais si rigide. Des conversations reviennent en mémoire de Niel comme par exemple leur vision des hommes et femmes politiques par rapport à la corruption. Et il y a eu un scandale lors d’une conférence donnée par Elizabeth Finch.

Un détour par un roman de Michel Butor qui évoque des voyages. Niel se décide à bouger. Les retrouvailles avec Anna en Hollande sont d’une touchante naïveté : Niel et Anna évoquent une E.F. avec laquelle ils n’ont pas tout à fait partagé la même intimité. Tous ces éléments permettront-ils à Niel d’écrire une biographie ?

Julian Barnes est un grand écrivain, né en 1946. Il a reçu de nombreux prix et médailles. Même traduit (merci à Jean-Pierre Aoustin) le style est riche, fluide, plaisant. L’érudition sous-jacente est là, mais discrète et à notre portée. Bon, il y a un grand passage sur Julien l’apostat. Il faut aimer l’histoire 😊.

 

Bonne lecture !

Folio - Pages 245