Que
faire lorsque la révolte prend tout l’espace ? Lorsque chaque
chose que vous voyez et chaque être que vous rencontrez ne fait
qu’entretenir ce feu menaçant de vous consumer ? Je ne parle pas
ici de la rébellion dévote d’un Léon Bloy, celui-ci eut au moins
le réconfort de penser que le paradis céleste succéderait à
l’enfer terrestre. Je veux ici parler de la révolte sans
rédemption, du malheur des hommes sûrs de ce qu’ils ne veulent
pas sans savoir définir ce qu’ils veulent.
[ Patrick Chauvel ] Pour comprendre comment
naît et grandit un tel dilemme, il faut avoir lu la trilogie
autobiographique de Jules Vallès. Vient d’abord « L’Enfant »,
qui marque la naissance d’une révolte allumée par la violence de
l’autorité parentale. Dès les premières heures le décor d’une
vie est ainsi planté, toute forme d’autorité sera assimilée à
l’injustice belliqueuse de la tutelle parentale. Si Vallès fut
sans dieu, il n’en était pas moins un fanatique, fanatique de
l’opposition et de la douleur. C’est que, par la magie de sa
colère, il fit de ses échecs une preuve de vertu, de sa souffrance
une marque de supériorité. Puisque ce monde le dégoûtait, Vallès
voulut le détruire, désir qu’il défendit jusqu’au sacrifice
suprême.
Ainsi monta t-il sur les barricades, sa soif de vengeance
rejoignant le cri de dizaines de ventres affamés. Dans toute révolte
de cette intensité, il y a un désir de violence, une volonté
farouche de faire payer au monde le mépris qu’il nous porte.
Vallès eut au moins la chance de mettre sa hargne au service d’une
utopie, donnant ainsi à ses livres un lyrisme troublant, une colère
régénératrice. Puis les grandes idées moururent sous la
mitraille, l’obsession du confort eut la peau de tous les grands
idéaux.
Ne restait plus alors à un homme comme Bukowski qu’à
s’enfermer dans un nihilisme cynique et stoïcien. Les coups de la
vie glissèrent ainsi sur le vieux Buck telles des épines de rose,
lui laissant des marques juste assez profondes pour nourrir sa poésie
de "pas grand-chose". La vie était dure dans ses bas-fonds, mais
il y vécut libre.
Ayant fait du désespoir sa muse, il prit le parti
de devenir le porte parole des égarés. Sans les idéaliser, le
vieux Buck fit du petit peuple le symbole d’une humanité touchante
mais toujours plus basse qu’elle ne le laisse voir. Bukowski c’est
la révolte sans la haine, l’humour comme remède au désespoir et
la provocation pour le simple plaisir de faire hurler les saintes
nitouches. Je pensais jusque là que l’évolution de la révolte
littéraire s’arrêtait là, qu’il n’existait en dehors de ce
cadre que chouineries pompeuses et moraline gluante.
Puis j’ai lu
Patrick Chauvel. « Sky » raconte ses débuts, alors qu’à
18 ans il se mit en tête de devenir photographe. Il s’engagea
alors donc comme reporter dans l’armée américaine au Vietnam,
lieu où un homme l’observait discrètement. L’inconnu, lui aussi
perdu dans une guerre qui n’était pas la sienne, trouva avec lui
celui qui racontera son histoire.
Le premier contact entre les deux
hommes fut pour le moins viril, Chauvel se faisant immobiliser par
l’inconnu qui grava sur son visage une entaille en forme de larme.
Cette larme, c’était le symbole de la révolte douloureuse et
silencieuse d’hommes engagés dans une lutte absurde.
La nature
elle-même fut un ennemi, l’humidité menaçant sans cesse de faire
pourrir les pieds des soldats dans leurs bottes. Puis il y avait
cette menace silencieuse, cet ennemi dont les tirs semblaient jaillir
de nulle part. Dans ce contexte, l’inconnu qui tatoua sauvagement
Chauvel était un atout vital pour sa compagnie. Faisant partie des
derniers représentant des tribus amérindiennes, celui-ci chassait
le Viêt-Cong avec l’assurance de ses ancêtres chassant le bison.
Chez les Viet, la réputation de cet assassin d’élite s’était
répandue comme une traînée de poudre. La peur avait ainsi changé
de camps, nombre de guérilleros étant mort sans avoir eu le temps
d’entendre les flèches siffler. Ce que cet indien nommé Sky avait
repéré dans le regard de loup de Patrick Chauvel, c’était cette
sensibilité qui est la source de toute grande révolte.
Ce que le
Vietnam montrait, c’est que le mal n’avait ni race ni idéologie,
il prospérait simplement dans les cœurs assez faibles pour se plier
à sa volonté. Dans la jungle vietnamienne, les forces du bien et du
mal furent d’ailleurs difficilement discernables. Il n’est pas
évident de qualifier de bien ces forces qui, par la brûlure du
napalm et le feu de la mitraille, ajoutèrent au malheur d’un
peuple sur le point d’être englouti par l’enfer communiste.
Nulle grande idée ne saurait justifier l’agression d’un peuple,
nulles bonnes intentions n’a le droit de paver le chemin d’un
nouvel enfer. Sky était fils d’un peuple perdu, Chauvel l’enfant
terrible se sentant perdu au milieu des siens. Sky permit à ce
reporter de mettre des mots sur sa révolte, de trouver les causes de
son regard farouche.
A Saïgon, Chauvel maudit un proxénète
s’engraissant sur le dos de familles miséreuses. L’homme lui
expliqua sans honte que certaines familles vietnamiennes lui
envoyaient leurs filles afin de gagner de quoi manger. Les militaires
se battaient donc en partie pour ça, pour protéger et nourrir le
commerce ignoble de ce genre d’esclavagistes modernes. Dans les
allées de Saïgon, le jeu et l’opium se diffusaient tels les rites
de la religion du plaisir, dernière valeur sacrée d’un occident
en manque d’idéaux.
Sky faisait partie d’un peuple qui,
contrairement à l’occident moderne, continuait de voir cette
quatrième dimension de la vie chère à Julius Evola. La vie était
pour lui faite de "signes", peuplée d’esprits, le lien entre
les vivants et les morts était permanent. C’est en tentant
d’oublier cette profondeur de la vie pour se convertir au
matérialisme occidental que Sky s’est détruit.
Le récit de cette
destruction nous est raconté de façon brute et lucide, à travers
les yeux d’un homme auquel le malheur de cet indien dévoila la
bassesse contemporaine. La vie du jeune photographe s’élevait
ainsi sur les décombres de ce destin brisé, le malheur de Sky
allumant dans l’esprit du "loup" une flamme qui ne s’éteindra
jamais plus. Puisqu’il n’existait pas plus de guerres justes que
de parties politiques ou peuples innocents, il ne lui restait plus
qu’à témoigner de la souffrance des hommes plongés dans le
brasier de la guerre.
Ce long témoignage commença avec « Sky »,
troublant « Vol au dessus d’un nid de coucou » français,
tragédie poignante dans un occident dont les certitudes
entretiennent la folie.
Il y a une femme, là-bas... où ça ? Aux USA. Une femme donc, qui, pendant un certain temps, n'a cessé de se retrouver dans les listes (convoitées ?) de diverses manifestions censées récompenser d'un quelconque titre honorifique (assorti d'un bibelot pas nécessairement du meilleur goût) la carrière, le talent ou une œuvre d'un acteur de la sphère musicale. Cette femme, c'est Lisa Marie Magness. Une femme pour laquelle la vie n'augurait rien de bon, mais qui a été sauvée par sa persévérance et la musique.
Née à Detroit le 30 janvier 1957, le ciel s'est subitement terriblement assombri le jour où on retrouve sa mère suicidée. Trois ans plus tard, c'est son père qui met fin à ses jours. À la suite de quoi, à seize ans, elle fut placée dans des familles d'accueil - elle en aurait fait plus d'une dizaine. Nombreux sont ceux qui n'auraient pas su surmonter ces épouvantables épreuves, mais Lisa Marie a fini par trouver la force de redresser la tête. Cependant, le chemin fut particulièrement long et éprouvant, jonché d'obstacles et d'adversités Indélébilement marquée par les drames familiaux, elle finit par se laisser berner par le réconfort de l'alcool dans lequel elle faillit se noyer. Les drogues ne tardent pas à suivre. Instable, ingérable, elle se marginalise rapidement. À 17 ans, elle a une fille qu'elle ne peut décemment garder. Entre ses addictions et un comportement psychotique et parfois agressif, violent, elle fait le vide autour d'elle. Les établissements scolaires comme les familles d'accueil changent, défilent. Elle se retrouve même un temps à la rue.
Même un premier mariage, malheureux, ne parvient pas à temporiser une vie des plus tumultueuses.
Ce parcours de vie chaotique qui l'a saisie dès son adolescence aurait pu, aurait dû, avoir un dénouement fatal, s'il n'y avait eu cette passion qui l'étreignit précocement. Cette passion, c'est la musique, à laquelle elle goûte tôt grâce à la collection de disques du paternel. Mais le choc musical, celui des plus déterminants, celui qui va régir à jamais le cours de sa vie, c'est un concert d'Otis Rush. La prestation sans filet du gaucher de Philadelphie, acteur majeur du West Side Sound du Chicago Blues, laisse pantoise la jeune fille qui ne s'en remet pas. Elle reçoit rapidement une seconde claque mémorable avec une prestation de BB King - d'autres, et non des moindres, suivent rapidement, confortant la petite Lisa Marie dans la direction qu'elle souhaite faire prendre à sa vie. Néanmoins, par timidité, par modestie ou par manque de confiance, elle ne s'engage pas de suite dans une carrière artistique. Pour rester en contact avec la musique, s'y immerger d'une façon ou d'une autre, elle s'oriente vers des études pour devenir ingénieur du son (quand d'autres se contenteront de devenir groupies). Malgré un rythme de vie dissolue - voire autodestructeur -, elle finit par obtenir son diplôme.
Cependant, par quelque concours de circonstances, plutôt que de rester confortablement assise derrière une console - dans un studio des Twin Cities (Minneapolis - Saint Paul) -, elle se retrouve à faire les chœurs pour une séance de studio. Une expérience payante, qui lui permet d'être maintes fois renouvelée jusqu'à gagner une certaine réputation dans le milieu professionnel (du Blues). De fil en aiguille, à force de travail et d'abnégation, elle finit logiquement par se placer sur le devant de la scène - sous l'appellation Janiva Magness and The Mojomatics, à Phoenix, où le journal local lui dédie un article élogieux en proclamant ce groupe comme le meilleur groupe de Blues de cette grande ville.
Cependant, son corps et son âme restent marqués par sa vie passée ; combattant incessamment ses anciennes addictions, elle a tôt fait de tomber dans la déprime ou la colère. Elle a changé de prénom, optant pour Janiva, pour tenter de rompre avec son lourd passé, mais les obstacles, les rechutes, les doutes, les découragements, ne cessent de repointer leur nez. Ses difficultés à communiquer ne faisant que renforcer les problèmes. Et puis, dans les années 90, c'est la grande résolution. Elle prend le taureau par les cornes. Elle monte son propre label, "Fat Head Records", pour pouvoir enfin proposer ses propres disques. Des productions certes à la distribution des plus modestes, mais qui lui permettent de laisser une trace et de gravir, prudemment, les échelons dans une niche particulièrement surpeuplée - saturée même - en Amérique du Nord. À la même époque, rongée par la culpabilité, elle cherche à retrouver la fille qu'elle avait due abandonner. Une fois retrouvée, elle lui consacre du temps. Même si ça oblige Janiva à être moins présente sur la scène musicale - six années séparent ses deux premiers albums, "More Than Live" de 1991 et "It Takes One to Know One" de 1997, elle compense ce retrait par un nouvel équilibre espéré depuis tant d'années. Depuis, les deux femmes sont restées proches.
Les choses s'accélèrent considérablement dès lors qu'elle signe avec le label canadien indépendant, "NothernBlues Music" (Otis Taylor, Moreland and Arbuckle, Watermelon Slim). Les albums, mieux produits, révèlent un Blues classieux et raffiné qui semble, par rapport aux précédents, avoir pris un sérieux coup de jeunesse, tout en gagnant en assurance et maturité. Visiblement, Janiva Magness, tardivement, en s'approchant de la cinquantaine, a réussi à trouver un juste équilibre. Une harmonie entre un Blues relativement ouvragé et un blues urbain rustique - fusion de BB King, Etta James et Otis Rush - avec de belles touches de Soul millésimé. Sa voix - et sa longue expérience - font qu'elle se glisse avec aisance et dans les différents styles abordés. Du Blues ouvragé à la BB King au country-blues, en passant par la Soul des 60's.
Bruce Iglauer, qui n'a pas ses oreilles dans sa poche, lui fait les yeux doux et l'invite à enregistre pour sa boîte, Alligator Records. S'ensuit trois albums formidables, indéniablement parmi les meilleurs de sa carrière. Pourtant, les séances n'ont pas été de tout repos, avec deux caractères bien trempés qui sont souvent entrés en conflits. Chacun avec sa vision, campant sur ses positions, mais finalement, argotant sur des détails. Visiblement, vu l'excellence de ces trois albums, ce fut des conflits constructifs.
De ces trois réalisations, s'il n'en fallait garder qu'une, ce serait la seconde, " The Devil is an Angel Too", sortie en 2010, un an après sa distinction en tant qu'artiste de l'année décernée par le Blues Music Award - elle devient ainsi la deuxième femme à avoir reçu ce prix, après Koko Taylor. Dès les premières mesures du sulfureux "The Devil is an Angel" (hit perdu datant de 1965), qui semble nous entraîner dans une cérémonie vaudou, chichement éclairée par quelques torches chancelantes, au plus profond d'un sombre bayou de la "Bataria Preserve", il est évident que Javina a gagné en maturité et assurance, accédant ainsi à un niveau qui semble alors défaut à de trop nombreuses productions du moment. On y reconnaît bien la guitare âpre, tranchante et rustique de Zach Zunis, déchirant l'air épais de traits rouillés et fébriles. Une gratte terreuse imposant régulièrement un contraste sur des morceaux plus élaborés, plus orchestrés, cuivrés. Ainsi, si dans l'ensemble, Janiva paraît s'épanouir dans un Blues classieux, les guitares "poussiéreuses et crues", en gardant ses racines rurales - voire du Chicago Blues originel -, évitent de déraper vers des ambiances ampoulées.
Rien n'est surjoué ou déplacé sur cet album. Tout est parfaitement en place, et rien n'est laissé au hasard. Même si parfois l'orchestration paraît relativement riche, il n'y a absolument rien d'ostentatoire. L'équipe se contentant généralement alors d'un orgue (Wurlitzer ou Farfisa) pour épaissir. Plus occasionnellement, et bien moins qu'auparavant, ce sont quelques phrases de saxophone qui s'immiscent. Un saxo joué par Jeff Turmes (son mari, et futur ex), également guitariste en titre et parfois compositeur. D'ailleurs, comme l'atteste le sobre et intimiste "Weeds Like Us", Janiva n'a pas spécialement besoin d'un orchestre cossu pour transmettre l'émotion.
Il lui a pourtant parfois été reproché de ne pas être assez
impliquée dans le chant, de ne pas se révéler plus mordante. Plus
rugissante ? Il est vrai qu'il y a une certaine retenue, et
jamais, du moins en studio, elle ne se laisse vraiment totalement emporter par
l'émotion ; comme si une certaine pudeur endiguait tout
débordement. Mais déjà, la musique privilégiée par Janiva, si
elle tourne autour du Blues sous bien des formes, ne semble jamais
tomber dans le Blues-rock. Et lorsqu'elle s'immerge dans la Soul,
c'est plutôt pour des atmosphères plus feutrées. Certains
semblent croire que pour être considérée comme une grande
chanteuse de Blues, il faudrait s'écorcher les cordes vocales comme
Janis Joplin ou rugir comme Koko Taylor ; la justesse restant
alors secondaire. Et puis, chacun son style. On
sent pourtant chez cette femme
du vécu,
une profondeur d'âme certaine dans son intonation. Comme si elle
pesait chaque mot, comme si chaque phrase avait du sens. Et puis, à
la manière de bien des bluesmen (d'autrefois?), lorsqu'elle
commence à élever le ton jusqu'à atteindre un registre plus
rauque, elle s'éloigne du micro. Ainsi, paradoxalement, sa voix
pourrait même paraître moins forte, moins puissante dès lors
qu'elle paraît être submergée par le chant, l'émotion. Il faut
écouter l'intensité qu'elle confère au formidable « Homewrecker »
de Nick Lowe, avec, là aussi, une orchestration minimaliste. Ou
encore le célèbre «I'm
Feelin' Good »
tant de fois repris et immortalisé par Nina Simone.
Et
lorsqu'elle s'attaque au « I'm
Gonna Tear Your Playhouse Down »
d'Ann Peebles (écrit par Earl Randle) – honteusement massacré
par Paul Young
-, elle lui donne plus de corps, d'ardeur ; et, en lieu et place des violons originaux, bien aidée par une
guitare rugueuse et abrupte.
On
pourra à juste titre reprocher à cet album d'être principalement
constitué de reprises, cependant, à part quelques exceptions,
Janiva (et Iglauer?) n'a pas particulièrement pioché dans des
grands succès connus de tous. La plupart pouvant demeurer obscurs, même pour l'amateur de Blues et de Soul. Seuls deux morceaux sont
des originaux offerts par son guitariste (et mari) Jeff Turmes. Quoi qu'il en
soit, le plaisir est réel et ne s'estompe pas avec les ans. C'est
probablement son meilleur album.
L'album
suivant, « Stronger for It » de 2012, sera plus
personnel, avec l'inclusion de quelques unes de ses compositions, et
d'autres morceaux évoquant son passé douloureux et sa
rédemption. Sa reconnaissance tardive ne cesse de s'amplifier et en
2013, elle est nominée dans cinq catégories des Blues Music
Awards. Fort de ce succès, elle relance son label et sort son
premier album, "Original", uniquement composé d'originaux, dont sept de sa main.
Album dans lequel elle s'écarte parfois du Blues pour œuvrer dans
une forme d'Americana un brin policé. Bien que les albums suivants
marquent le pas, son succès - qui reste très modeste comparé aux
grosses pointures à la médiatisation agressive – prend un peu
plus d'ampleur. L'album « Love Wins Again » de 2016
grimpe à la cinquième place des charts « blues ». En
2025, à 68 ans, elle sort d'une semi retraite pour un dix-septième
album, « Back For Me », encore chaleureusement salué par la critique.
KISS. Ces légendes du rock maquillées comme des enfants à Halloween
qui ont réussi à faire de leur visage un chef-d’œuvre permanent
Rock and Roll toute la nuit
Sorti en 1979, *Dynasty* marque une étape cruciale dans la carrière du groupe : c’est
l’album où KISS
met un pied (et parfois les deux) dans la pop et les
synthétiseurs, déconcertant tout le monde, y compris sûrement Paul Stanley
lui-même. Accrochez votre masque, on embarque pour un tour de
montagnes russes titre par titre, avec ce qu’il faut d’humour pour
ne pas verser une larme... ou peut-être juste une larme de
rire.
ce pavé brillant, un peu collant et tellement glam qu’il te donne
envie d’enfiler un legging scintillant même un jour de pluie. Cet
album est une véritable capsule temporelle qui capture le moment où
nos héros du maquillage se sont dit : ”Et si on hypait le disco ?“ Oui,
KISS
a décidé de troquer ses guitares brûlantes contre des boules à
facettes, et ça donne "Dynasty", un disque aussi déroutant qu’irrésistible.
Commençons par le contexte. KISS, groupe de hard rock indémodable, avec ses maquillages emblématiques et
son spectacle pyrotechnique, avait déjà conquis les stades dans les années
70. Mais à la veille des années 80, le disco règne en maître sur les
pistes de danse. Alors, au lieu de lutter, KISS
fait un pas vers la lumière clubbing. Résultat : "Dynasty" sort, avec l’incontournable "I Was Made for Lovin’ You" en tête de gondole, morceau qui allait devenir un hymne autant qu’une
source de débats passionnés chez les fans hardcore. ” I Was Made For Lovin’ You“ : On commence fort avec le tube planétaire de l’album. Imaginez KISS, ces brutes épaisses du hard rock, s’essayant à la disco. Oui oui, disco. Le
riff est
accrocheur, surtout ce refrain ultra-kitch au point que même ta
grand-mère pourrait te surprendre en le chantant en faisant ses
courses.
Une intro funky, une basse qui groove, des chœurs façon dancefloor, mais
toujours avec la voix rauque de Paul Stanley. Le mélange est étrange mais diablement efficace. On sent l’envie de
toucher un nouveau public, ceux qui préfèrent les claquements de mains au
headbanging sauvage. Pour un fan puriste, c’était presque une hérésie ;
pour d’autres, une renaissance inattendue.
L’ironie? C’est sans doute la chanson qui a fait fuir les puristes,
mais qui a attiré une nouvelle vague de fans sur les pistes de danse.
Paul Stanley
semble dire ”Ok les gars, on va vous faire danser... même si ça colle mal avec nos
bottes à plateforme !“
Mais "Dynasty" ne se résume pas à ce seul tube. L’album balance aussi des morceaux
plus traditionnels, une reprise très électrique de ”2000 Man“ des Rolling Stones, ”Sure Know Something“Le single suivant nous plonge dans une ballade rock un peu
mystérieuse, avec des guitares en mode doux mais pas mou-du-tout. La
voix de
Paul
est passionnée, presque dramatique, comme s’il venait de tomber amoureux
d’une extraterrestre venue lui voler son cœur. C’est sombre, consensuel,
et un poil théâtral, parfait pour s’imaginer dans un clip des années 80
en slow motion sous une pluie artificielle.
”Dirty Livin“ : Cette chanson rappelle que
KISS
n’a pas oublié ses racines : un bon vieux rock’n’roll sale et brut. Le
riff est tranchant, les paroles parlent de vie nocturne et de débauche –
rien que du classique pour nos quatre clowns du rock. Gene Simmons
crache ses couplets avec un aplomb redoutable, donnant un peu de mordant
à l’album qui, jusque-là, flirte bien trop avec le synthé.
”Charisma“ : Ici, on navigue en plein entre douceur et groove. "Charisma" essaye de séduire avec des claviers soignés et un refrain accrocheur
mais semble hésiter entre rock et pop. On sent que le groupe teste un
nouveau terrain, un peu comme un ado qui essaie différents styles
vestimentaires, de la veste en cuir au t-shirt fluide. Intriguant, mais
pas inoubliable.
”Magic Touch“Surprenant ! le morceau est une véritable invitation à la fête, avec
un rythme entraînant et une utilisation généreuse des claviers.
Paul Stanley
assure au chant comme un magicien, ou alors c’est juste le synthé qui
ensorcelle l’auditeur. C’est un morceau qui reflète parfaitement cette
période où KISS
expérimente, flirtant avec la new wave à leur manière très à eux.”Hard Times“ : La nuit est finie, place à la mélancolie. "Hard Times" est une ballade assez épurée, avec des guitares plus discrètes et une
ambiance pensive. On sent un côté plus mature, comme si KISS se disait “ok, on a fait la fête, maintenant on réfléchit un peu.”
C’est touchant, presque trop sérieux pour eux, mais ça fonctionne.
”X-Ray Eyes“ Maintenant ça devient bizarre. Du Gene Simmons
de A à Z "X-Ray Eyes" est probablement la chanson la plus étrange de l’album, avec des
paroles quasi-paranoïaques et une ambiance presque distordue. On dirait
que le démon a voulu jouer à l’espionnage intergalactique avec un synthé
venu d’un autre monde. Pas forcément gagnant, mais clairement original.
Un ovni dans une galaxie dominée par les standards du rock.
”Save Your Love“Retour au rock plus classique mais accessible. Cette chanson, moins
connue, met en avant une certaine douceur, avec un côté “je suis là pour toi” typique des power ballads de la fin des années 70. Le refrain est
simple mais efficace, parfait pour finir une soirée en chantant à
tue-tête… même si tu es seul dans ta chambre.
*Dynasty* est cet album où KISS
joue à la roulette russe musicale : parfois ça tape dans le mille,
souvent ça fait lever un sourcil perplexe, mais toujours avec une
énergie contagieuse. Ce disque est le symbole d’une transition, où les
guitares surchauffées se mêlent aux claviers synthétiques, où le
maquillage outrancier essaie de cohabiter avec des rythmes de boîte de
nuit.
Alors que penser de "Dynasty" aujourd’hui ? Eh bien, c’est un peu comme ce vieux pull moche que
ta grand-mère t’a offert : au premier regard, tu grimaces, mais tu
finis par l’aimer pour son côté unique et attachant. L’album a vieilli
avec ses ridicules et ses éclats, offrant un mélange grotesque et
fascinant, à écouter avec un clin d’œil complice. Pour les puristes,
c’est un faux pas dans la discographie ; pour d’autres, un hybride
génial qui témoigne de l’audace d’un groupe prêt à tout.
Allez, on ressort le spray fixant, on remet son maquillage de scène et
on se laisse emporter par ce voyage disco-rock sous la bannière
étincelante de
KISS. Parce qu’au fond, n’est-ce pas ça la magie du rock’n’roll ?
S’amuser, surprendre et surtout, ne jamais trop se prendre au sérieux.
Rock on, baby !
MARDI :Pat a revu
« La femme flic », le polar-pamphlet de Yves Boisset, avec la fragile
Miou-Miou,
en s’inspirant de plusieurs faits divers le réalisateur dénonce les
réseaux de prostitution infantile et fustige comme à son habitude les notables protégés par une police corrompue.
MERCREDI :sa lampe frontale vissée au casque, notre archéologue Bruno a déniché une rareté de Kin Ping Meh(des allemands comme le nom l’indique), leur album
« N°2 », le meilleur avant que le groupe n’implose, du heavy rock tendance 70’s mais pas que.
JEUDI : Le Toon n’en avait pas fini avec le compositeur finlandais Jean Sibeliusdont il a chroniqué toutes les symphonies, il revient sur deux
autres versions de la
« 2ème symphonie »dirigées par les chefs disons "allumés", le russe-yankee à Boston,Serge Koussevistky, et le british à Londres, Anthony Collins, étude comparative
et combat de titans,
flamboyant et épique ! (épique, épique et colegram, of course !)
VENDREDI :au cinéma, la dernière réalisation de l’espagnol Rodrigo Sorogoyen, qui s’empare du genre le film dans le film, « L’Être aimé »
raconte un tournage toxique, les relations tendues entre
un père réal et sa fille actrice, avec un Javier Bardem impressionnant.
👉 La semaine prochaine Pat nous fera de gros poutous avec Kiss, Bruno écoutera le blues de Janiva Magness, Benjamin lira les récits de guerre du journaliste Patrick Chauvel, et Luc nous causera de Robert Altman
et du plus grand film américain des trois siècles passés (rien que
ça ?).