jeudi 29 octobre 2026

BABYLON BABIES de Maurice G. Dantec (1999) par Benjamin.


Globalement, l’œuvre de Maurice G Dantec peut se scinder en trois grandes parties. La première, symbolisée par « Les racines du mal » et la « Sirène rouge » est la plus rationnelle. Vite rangée sous l’étiquette de polar ou roman noir, elle nous présente des héros aux prises avec la barbarie d’un monde en perte de repère. S’il subsiste quelques traces de science fiction, elles ne forment qu’une teinte originale dans un récit assez terre à terre. Cette timidité vis-à-vis du futurisme mènerait presque à se demander si, comme tant de littérateurs austères, Dantec ne nourrirait pas un certain mépris pour l’univers science fictionnel et la littérature d’anticipation. 

C’est pourtant bien ce mépris pour ce genre qui lui fit dire sur un ton agacé à un journaliste : « Je ne comprends pas ce mépris pour la science fiction. Alors pour vous monsieur Huxley, monsieur Dick et monsieur Orwell, c’était des blaireaux ? ». C’est que, après le coup de maître de « Les racines du mal », Dantec découvrit dans la science fiction un nouvel horizon à explorer. Comme il y eut des free jazzmen, l’homme fut un free writer. Il se jetait dans l’écriture sans plan ni boussole, explorait ses mondes en même temps qu’il les inventait. Par ce procédé, il poursuivit le défaut qui fut si longtemps pointé par les détracteurs des écrivains futuristes et fantastiques, prenant plus soin de décrire son univers que la personnalité de ses personnages. 

Ce reproche ne peut que faire sourire les vrais amateurs de littérature, à moins que ceux-ci soient capables de reprocher à Kafka de ne pas avoir détaillé la personnalité de son fameux K. Comme l’auteur du procès, les écrivains de science fiction voyaient d’abord leurs personnages comme des moyens de souligner les tourments et les tares de leurs mondes. « 1984 » aurait-il été meilleur si Orwell s’était longuement attardé sur le passé de Winston ? K. Dick aurait-il dû faire de son œuvre une version cosmique de la comédie humaine de Balzac ? Bien sûr que non ! 

Le travail de ces hommes fut davantage de restituer les peurs du présent en imaginant l’avenir. Ainsi naquit donc « Babylon babies », grande fresque cybernétique aux sous entendus résolument nietzscheen. Si « Le dernier homme » est le titre d’un chapitre des « Racines du mal », c’est bien « Babylone babies » qui nous présente son monde crépusculaire.

Ayant perdu tout idéal, Hugo Cornélius Toorop erre dans ce décor futuriste avec son instinct de survie comme seule boussole. De puissantes mafias ont érigé leurs grandeurs sur les décombres d’états en lambeaux, créant ainsi une oppressante tyrannie anarchiste où la mort et le vice se partagent les rues. Perdue dans cet univers sans idéal, une humanité crépusculaire noie son angoisse dans les plaisirs narcotiques et l’aliénation numérique. Fille de cette décadence futuriste, une jeune femme se retrouve enceinte par la seule intervention de la science. Pauvre madone schizophrène, elle abrite dans sa chair malade deux jumeaux représentant l’avenir de l’humanité. 

Ces rejetons, dotés de capacités exceptionnelles et nés de la science d’une sombre secte, sont destinés à représenter le prochain stade de l’évolution humaine. Au fil du parcours, Toorop découvrira que, s’ils venaient à naître, de tels jumeaux ne manqueraient pas de déclencher la perte de l’humanité qui les a précédé. Dotés d’un système immunitaire différent, de tels surhommes ne manqueraient pas de diffuser chez les races devenues caduques une épidémie mortelle, comme les troupes de Christophe Colomb le firent auprès des tribus indiennes. Ne pouvant plus se transcender que par une frénétique fuite en avant scientifique, l’humanité semble ici courir à sa perte. 

Le monde de « Babylon babies » est un monde où les décors d’un futurisme spectaculaire semblent faits pour faire oublier la tristesse d’un peuple sans âme ni lien collectif, c’est un nouvel âge féodal sans foi ni loi.

Bandits de grands chemins de ces temps pas si éloignés, les mafieux sont devenus les derniers hommes doués d’ambitions. Les autres, enchaînant les plaisirs futiles et les opiums toxiques, semblent aussi primaires que la technologie qui les divertit est avancée. La science est le seul espoir de ce peuple acéphale, la force divine lui faisant oublier la vacuité de son existence pour qu’il continue de s’y noyer. Véritable Sainte Vierge de ce peuple scientiste, le personnage de Marie Zorn pose par son existence une question simple mais cruciale : le seul salut des derniers hommes se trouvera t-il dans le sacrifice suprême au dieu science ? Le devoir de l’humanité est-il de toujours évoluer même si cette évolution menace son existence même ? 

Il parait difficile de considérer comme pleinement humains ces jumeaux nés d’expériences scientifiques, à moins de penser que le consommateur parfait représente l’avenir de l’humanité. L’homme construit n’est pas fait que de chair et de sang, mais aussi d’émotions et de pensées. Privés de la douceur du lien filial, ces êtres ne se révéleraient-ils pas aussi diminués humainement qu’ils ne sont augmentés physiquement ? Puis il y a la schizophrénie de la mère, cette maladie que l’on pourrait presque nommer "maladie du consommateur parfait". L’avenir de l’homme pourrait donc être une horde d’êtres qui jouiraient d’une carcasse surhumaine dirigée par un esprit à la merci de ses délires et de ses pulsions. 

Si Toorop pensait simplement gagner de l’argent en protégeant la fille d’une secte d’illuminés, ses découvertes le plongent dans ces réflexions vertigineuses, dilemmes nés des angoisses fascinantes de Philip K Dick. Ces préoccupations ne sont donc pas neuves, mais aussi vieilles que la science fiction. Notons toutefois que, à travers sa grande odyssée futuriste, Maurice G. Dantec traite son sujet avec suffisamment d’inventivité et d’enthousiasme pour placer son œuvre dans la lignée des classiques du genre.

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N.D.L.R : ce roman a été adapté au cinéma par Mathieu Kassovitz sous le titre « Babylon A.D. » (2008) avec Vin "Fast and Furious vroum vroum" Diesel dans le rôle de Toorop, mais aussi Michelle Yeoh, Charlotte Rampling, Gérard Depardieu, Lambert Wilson, Mélanie Thierry.

mercredi 28 octobre 2026

Scott HENDERSON [ Featuring Thelma Houston ] " Tore Down House " (1997), by Bruno



     Quand un guitariste, de jazz-fusion mondialement connu, s'offre un bol d'air en s'immergeant dans le Blues, ça donne quoi ? Ça donne un superbe album de Blues-rock - fusion - qui en a mis plus d'un à genoux. L'album, c'est "Tore Down House",  et le guitariste, Scott Henderson.

     Scott Henderson, né le 26 août 1954 à West Palm Beach, en Floride, se fait un nom en tant que guitariste de Jazz fusion au sein de Tribal Tech. Un groupe qu'il a fondé en 1983 avec le bassiste Gary Willis. L'ascension est relativement ardue ; en effet, en évoluant dans le club fermé - certains diront plutôt sélectif - des amateurs de Jazz, il ne faut pas s'attendre à exploser les compteurs des charts - encore moins ceux du Billboard, qui concernent généralement plus le "grand public". Peu de musiciens évoluant - peu ou prou - dans cet univers peuvent prétendre à se produire dans de grandes salles à travers la planète ; encore moins dans des stades. Quant aux radios et à la télévision, elles ne leurs ouvrent habituellement les portes qu'à des heures tardives, dans des émissions spécifiques. Toutefois, malgré tout, grâce à son exigence et sa technicité, Tribal Tech finit par traverser les frontières des préjugés. L'intérêt que porte les revues dédiées à la guitare - à Henderson en particulier, mais aussi au groupe -, contribue considérablement à la notoriété croissante du groupe et de son guitariste. 

   Indirectement, la vague du "Shred", générée par une multitude de gratteux, traumatisés par les Malmsteen, Van Halen, Uli Jon Roth, Randy Rhoads et Blackmore en outre, sont obnubilés par la technique et la vitesse d'exécution. De jeunes musiciens, majoritairement biberonnés au métôl, qui ne tardent pas à être qualifiés de shredders,  générant le courant - controversé - "Shred". Parmi les plus célèbres, on trouve Greg Howe, Tony McAlpine, Paul Gilbert, Jason Becker, Marty Friedman, Vinnie Moore, Blues Saraceno. Dans leur recherche d'exemples à suivre, de guitaristes plus rapide que leur ombre, ces jeunes loups en viennent à laisser trainer leurs esgourdes dans les terres du Jazz-rock et de la fusion. Ainsi, les noms de John McLaughin, Allan Holdsworth ou Al Di Meola s'invitent dans leurs références. Un peu plus tard, celui de Scott Henderson s'y greffe. L'intérêt que lui portent les revues dédiées à la six-cordes, participe à l'élargissement de son public. Tandis que son intégration au The Zawinul Syndicate conforte sa place dans le Jazz fusion. Entre une chose et l'autre, Tribal Tech parvient à devenir dans les années 90 l'un des groupes de fusion les plus vendeurs. L'album éponyme de 1991 et "Illicit" sont des succès plébiscités.

     C'est peut être ce succès inattendu - qui reste tout de même relativement modeste -, qui permet à Scott Henderson de relâcher un peu la pression sur Tribal Tech et d'entamer parallèlement, sereinement, une carrière solo. Ainsi, en 1994, il sort un premier album, "Dog Party". Un disque d'un doux dingue artificier, qui débute comme un hommage à Stevie Ray Vaughan par un "Hole Diggin' " survolté, avant de déballer une ribambelle de blues tantôt habillé de funk, de country-blues ou de West Side Sound, de Jazz, aussi - inévitablement. Mais ce qui est étonnant, c'est que cet album ne reflète aucunement le musicien de Jazz qui se frotterait au Blues, mais plutôt celui d'un Bluesman (moderne) qui injecte à l'occasion du Rock et, moins souvent, du Jazz. C'est, qu'avant de se vouer totalement au Jazz - ou plutôt à la fusion -, le monsieur a fait ses classes au son du Blues et même du Heavy-rock. C'est même avec ces deux univers - pas si éloignés - qu'il a appris à apprivoiser la scène. Ritchie Blackmore et Jimmy Page sont deux de ses influences majeures, avec, évidemment, Jimi Hendrix et Jeff Beck. D'ailleurs, bien des fois, l'ombre de ce dernier ne manque pas de planer sur les morceaux lents de "Tore Down House". En matière de Blues, étonnamment, il désigne généralement Albert King, qui n'est ni le plus technique ni le plus véloce. Loin de là. 

     Trois ans plus tard, en 1997, Scott réitère son incursion en terre blues et passe au niveau supérieur.


   Déjà, d'entrée, il dégaine un « Dolemite » dantesque. Un instrumental du feu de dieu avec une solide section de cuivres dans le style de Tower of Power, une basse énorme et l'orgue alerte de Scott Kinsey (1). De son côté, Henderson n'en fait pas des tonnes, laissant ses comparses s'exprimer. Mais dès qu'il retire la muselière de sa Stratocaster, c'est le feu à tous les étages. Deux géniaux instrumentaux égrènent l'album. « Continuum » de Jaco Pastorius, ici revisité en greffant un Country-blues vaporeux aux lignes de basses élastiques, et « Harpoon », où l'harmonica de Pat O'Brien (2) joute avec la gratte d'Henderson.

     Contrairement à quoi on pourrait s'attendre, ce n'est pas un album de guitare stricto sensu, mais bien un disque de Blues-rock. Certes pétaradant et plutôt moderne, parfois même d'apparence échevelé. Le son y est énorme et même aujourd'hui, pratiquement trente ans plus tard, il surprend par sa puissance et sa définition. Aucun instrument n'est négligé, Scott n'hésitant pas à mettre parfois - à bon escient - sa guitare en retrait ou à la museler. Par contre, si quelqu'un pourrait avoir un régime de faveur, c'est peut être la chanteuse Thelma Houston. Célèbre chanteuse de Soul et de Rhythm'n'blues (avec un passage, un fourvoiement disco...) avec une puissance vocale qui pourrait bousculer quelques esgourdes sensibles.

 Occasionnellement, elle est secondée par Masta Edwards – un chanteur de Soul et de Blues, également auteur-compositeur, qui produira très peu pour lui-même, passant sa carrière souvent dans l'ombre, travaillant essentiellement pour autrui. Thelma et Masta se glissent judicieusement dans la peau d'un couple se susurrant des mots d'amour sur le slow-blues « I Hate You », qui débute sur un ton des plus mielleux (avec fleurs printanières et p'tites zoizieaux piaffant), avant de prendre un peu plus de corps et de gnaque après un premier solo tranchant. « Oh, tu es un ange, un ange venu des enfers. Ta bouche est vulgaire, ton odeur de cosmétiques bon marché... Espèce de petite catin bon marché, tu te tires par la porte de derrière, tu sors avec n'importe qui pour un sou... Oooh, tu n'es qu'un ivrogne affalé dans le canapé à regarder du sport en buvant des Corona. Chéri, j'arrêterai de boire si tu te rases les jambes. C'est dommage que ta mère n'ait jamais pris la pilule - [et en chœur :] Chéri(e), tu es un(e) raté(e), c'est toi que j'ai envie de tuer. Chéri(e), tu as ruiné ma vie, alors je te hais et je te haïrai toujours ! ».

     Jouant avec nombre de clichés récurrents, chers au blues, tout au long de l'album, Scott se plaît à les détourner avec humour tout le long de l'album. Comme sur le shuffle « Gittar School », chanté avec âpreté par Masta, où il semble ne pas penser grand bien du grunge qui après avoir atteint son apogée commerciale, et en pleine dégringolade. « J'ai perdu mon boulot chez XX, je n'arrêtais pas de faire tomber les burgers par terre. Tout le monde sait que je suis un idiot... J'me suis acheté une guitare électrique... l'école va m'apprendre à la brancher... Je prends le bus pour Hollywood... Grandes piscines et stars. Je vais bien m'amuser... Plus de temps pour les cours, j'ai appris quelques accords et j'ai bronzé. Maintenant je pars pour Seattle. Je vais jouer mes accords dans un gros groupe grunge ».



      Si l'esprit du Blues est bien présent, Henderson ne peut s'empêcher d'exploser les carcans des douze mesures. « Mocha », second et dernier morceau chanté intégralement – et majestueusement - par Masta, est l'un des seuls morceaux le plus authentiquement blues ; même si, indéniablement, ce slow-blues, un peu sombre, est un hommage ouvert à Jimmy Page et Led Zeppelin. Le second est « Same As You », présenté pour un superbe final sur un slow-blues soul enlevé, illuminé par Thelma Louise à son zénith et une wah-wah maîtrisée de Scott - ou Jimmy Reed rencontre Hendrix.

     En conséquence, "Tore Down House" a bien plus de chance d'intéresser un public friand des Jeff Beck, Larry Coryell et Roy Buchanan - voire de Blues Saraceno - que de pur Blues. D'autant qu'il y a dans l'attaque de Scott une certaine véhémence qui pourrait être appréhendée comme une agression pour des esgourdes délicates. Même sur le slow-blues éponyme, Scott, dans un esprit beckien, déchire l'espace de soli torturés comme autant de décharges électrostatiques de 3000 watts. Thelma n'a plus qu'à chanter à l'avenant, sous l'effet des décharges. Tandis que "You Get Off On Me" serait comme une immersion sous haute dose de caféine de Zappa dans le Blues-rock et "Meter Maid" s'abreuve aux standards de Bo Diddley pour en régurgiter une version granitique et cahoteuse. 

     Quand tellement d'autres musiciens, lorsqu'ils décident de sortir un disque de Blues - pour leur simple et sincère plaisir, ou dans l'espoir de récolter un peu de monnaie sans trop se fouler - se contentent de reprises resservies quasiment telles quelles (proches des originaux), Scott Henderson, lui, déboule tranquillement avec des pièces originales explosives. En toute intégrité, et tant pis si ça fait un flop, ça fait longtemps qu'il n'a plus rien à prouver. Même pas sûr que ce genre de considération lui traverse l'esprit.

 

P.S. : C'est bien sur une Fender Stratocaster (modèle réédition 1957), celle avec laquelle il se présente sur la pochette, que Scott joue sur l'album. Une Strato équipée de micros Suhr, qu'il branche dans un Fender Bassman et un Fender Supe Reverb. Il booste la saturation des amplis, déjà poussée au-delà de la moitié, avec une Ibanez TS9 (ou une Maxom).



  1. Kinsey, également co-producteur avec Henderson, et claviériste depuis 92 de Tribal Tech.

  2. Déjà présent sur « Dog Party », il sera aussi de la partie sur le troisième opus blues d'Henderson. Également chanteur et guitariste, il effectue aussi une carrière solo qui n'a jamais décollé. Toutefois, aux USA, il est réputé pour son talent et sa virtuosité en tant qu'harmoniciste. On le retrouve sur le « From The Cradle » de Clapton et le « Blues Summit » de BB King.



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mardi 27 octobre 2026

THE OSMONDS BROTHERS, Une Famille en Or - par Pat Slade



Pendant les années 70, ils provoquerons une véritable hystérie auprès des jeunes adolescentes américaines (on parle même d’épidémie aphasique). La Osmond mania fera des ravages.



The Osmonds, Les Brothers Du Kitsch




Les Osmonds Brothers ou quand la famille chantait plus fort que les casseroles. Bienvenue dans la famille, paillettes, col pelle à tarte, futal à patte d’eph, sourire Gibbs et brushing nickel !

Avant les boys bands aux chorégraphies millimétrées, avant les paillettes de K-pop, avant même que les cheveux des chanteurs ne deviennent une catégorie à part entière, il y avait les Osmonds. Une famille entière capable de remplir une scène, un plateau de télévision et probablement le salon familial, tout cela en chantant à plusieurs voix avec une précision redoutable. Les Osmonds Brothers, c’est l’histoire d’une fratrie mormone de l’Utah devenue phénomène mondial, sans jamais vraiment perdre son air de cousins bien élevés venus interpréter un cantique après le repas.

Tout commence avec les frères Osmond - Alan, Wayne, Merrill et Jay — qui chantent ensemble dès leur plus jeune âge. Leur père, George Osmond, comprend rapidement que ses fils possèdent un talent suffisamment rare pour justifier quelques déplacements… et sans doute beaucoup de répétitions (Il a surtout vite compris qu’il y avait beaucoup de fric à se faire !). Les garçons se produisent d’abord dans des spectacles locaux, puis arrivent à la télévision américaine dans les années 1960, notamment grâce à l’émission ”The Andy Williams Show“. Là, ils apparaissent en costumes impeccables, sourires lumineux et coiffures parfaitement disciplinées. À l’époque, ils ressemblent moins à un groupe de rock qu’à une publicité vivante pour la bonne éducation.

Donny Osmond

Mais attention sous leur apparence de jeunes garçons sages se cachent de véritables machines de scène. Les Osmonds savent chanter, danser, jouer de plusieurs instruments et occuper l’espace comme s’ils avaient suivi une formation commando du divertissement. Le public américain tombe rapidement sous le charme de ces frères qui semblent capables de lancer une carrière avant même d’avoir terminé leurs devoirs de mathématiques.

Le véritable tournant survient au début des années 1970. Les Osmonds adoptent un son plus pop et plus énergique, avec des titres comme “One Bad Apple”, “Yo-Yo” et ”Down by the Lazy River“. Soudain, les costumes pastel laissent place à des vestes brillantes, les mouvements deviennent plus nerveux et les garçons se transforment en idoles pour adolescentes. Le phénomène est massif. Des milliers de fans hurlent, des magazines publient leurs photos et les parents se demandent probablement pourquoi leurs filles ont soudain besoin de douze posters représentant les mêmes quatre visages.

Le visage le plus connu de la famille devient rapidement Donny Osmond. Plus jeune, plus souriant et doté d’un charme presque surnaturel, il rejoint le groupe avant de connaître une carrière solo fulgurante. Avec ”Go Away Little Girl“, il devient une vedette internationale. Donny, c’est un peu le dessert (La cerise sur le bateau !) dans un repas déjà très copieux : les Osmonds fonctionnaient en équipe, mais lui attirait naturellement une attention supplémentaire. Il chante, danse, joue la comédie et possède cette capacité rare à sembler impeccable même après une chorégraphie qui devrait normalement provoquer un besoin accru d’oxygène.

Sa sœur Marie, elle aussi, devient une star majeure. Ensemble, Donny et Marie animent leur propre émission de télévision, ”Donny & Marie“, à partir de 1976. Le programme mélange chansons, sketches et bonne humeur familiale. On y retrouve les deux vedettes, souvent accompagnées de décors colorés, de costumes éclatants et d’une énergie proche de celle d’un mariage où personne ne veut quitter la piste de danse. Leur duo devient emblématique, notamment grâce à leur chanson ”I’m a Little Bit Country, I’m a Little Bit Rock ’n’ Roll“. Tout un programme, résumé en une phrase : Marie représente le country, Donny le rock, et la famille entière représente probablement la logistique.

Ce qui rend les Osmonds fascinants, c’est leur capacité à évoluer avec leur époque. Ils commencent comme chanteurs traditionnels, deviennent stars de la pop, flirtent avec le rock, apparaissent à la télévision et construisent une véritable entreprise familiale. Ils ne se contentent pas de vendre des disques : ils vendent un univers. Celui d’une famille unie, travailleuse, souriante et impeccablement coordonnée. Même leurs désaccords semblaient probablement se régler en harmonie à quatre voix.

Pourtant, derrière les chemises à paillettes et les sourires de catalogue, l’histoire du groupe comporte aussi des moments plus compliqués. Le succès des années 1970 est immense, mais les goûts du public changent rapidement. Le disco arrive, le rock se durcit, le punk fait exploser les codes et les Osmonds doivent chercher de nouvelles façons de rester dans la course. Leur image de garçons sages devient moins moderne, tandis que la mode musicale commence à préférer les chanteurs qui ont l’air d’avoir dormi dans un parking après une tournée.

Les frères continuent néanmoins à travailler. Ils se produisent sur scène, enregistrent, participent à des spectacles et entretiennent une relation fidèle avec leur public. Leur carrière s’inscrit dans la durée, avec moins de fracas médiatique mais beaucoup de constance. Et c’est peut-être là leur plus grande force : les Osmonds n’ont jamais été une simple mode. Ils ont formé une institution familiale du spectacle.

Le groupe a également dû affronter des difficultés personnelles et professionnelles, notamment des problèmes financiers liés à certaines productions ambitieuses. Comme quoi, même une famille capable de chanter en parfaite harmonie peut connaître des notes plus dissonantes dans les affaires. Mais les Osmonds ont généralement répondu aux obstacles par le travail, la foi et une impressionnante capacité à remonter sur scène.

Aujourd’hui encore, leur héritage reste important. Ils ont ouvert la voie à de nombreuses familles musicales et ont démontré qu’un groupe pouvait être à la fois populaire, accessible et profondément professionnel. Les Osmonds ne correspondaient pas à l’image rebelle traditionnellement associée au rock ou à la pop. Ils ne semblaient pas vouloir casser une guitare dans une chambre d’hôtel. Leur ambition était plutôt de chanter juste, de rester polis et de faire danser le public sans provoquer d’incident diplomatique.                                                    

Et finalement, c’est ce qui fait leur charme. Les Osmond Brothers incarnent une époque où la télévision pouvait transformer une fratrie en phénomène mondial, où les vestes scintillantes étaient considérées comme une décision vestimentaire raisonnable et où une famille entière pouvait devenir une marque sans passer par les réseaux sociaux. Ils ont offert des mélodies accrocheuses, des sourires inoubliables et une quantité impressionnante de chorégraphies parfaitement synchronisées.

Les Osmonds, c’est donc bien plus qu’un groupe de frères. C’est une saga familiale, un feuilleton musical et une démonstration grandeur nature de ce qu’il se passe quand plusieurs enfants talentueux grandissent avec des parents très organisés. Leur carrière a connu des sommets, des virages et quelques pantalons discutables, mais elle reste marquée par une énergie communicative et une vraie longévité.

En résumé : les Osmonds chantaient en famille, dansaient en famille, travaillaient en famille et, probablement, discutaient des arrangements pendant les repas. Une chose est sûre après eux, il est devenu beaucoup plus difficile pour une famille nombreuse de prétendre qu’elle ne savait pas quoi faire le dimanche après-midi.

P.S: Je suis sur que dans vos vieux 45 tours, il y en a bien un ou deux qui trainent, n'ayez pas de honte, moi aussi j'en possède et des titres comme ”Crazy Horses“ ou ”Down by the lazy river“ te filaient quand même la pêche !





Et pour les très gourmands du genre : l'anthologie version XXL 😉

dimanche 25 octobre 2026

UN BEST-OF DIVERTISSANT, AVEC UN RÉBUS RIGOLO


MARDI : première dose de musique classique avec l’éclectique Pat, qui a invité le compositeur Jacques Ibert et son « Divertissement » à l’origine écrit pour la pièce "Le chapeau de paille d'Italie" de Labiche, qui allie tradition rythmique et innovation harmonique pour transmettre une impression de vitalité brute.

MERCREDI : ah le bel album déniché par Bruno ! Celui de The Screamin' Cheetah Wheelies, quintet originaire de Nashville qui dans « Magnolia » touche avec un talent insolent à toutes les nuances du rock, bluesy, heavy, southern. Une suite moins florissante, due aux additions du chanteur Mike Farris...


JEUDI : Claude Toon s'interroge sur l'absence totale de compositeurs britishs de renom entre la mort de Purcell et la fin du XIXème siècle. La création du premier conservatoire Royal permet l'éclosion d'une génération de musiciens de talent dont Granville Bantock et son poème symphonique épique « Thalaba The Destroyer » mêlant un preux héros, des sorciers, des démons, des odalisques, des cavernes diaboliques… dans un orient légendaire !

VENDREDI : un très beau film au cinéma, « Minotaure » du russe Andreï Zviaguintsev, qui reprend la trame criminelle de "La femme infidèle" de Claude Chabrol, le réalisateur y fustige la lâcheté et le cynisme de l’oligarchie alors que la guerre en Ukraine se profile.

👉 La semaine prochaine, une famille en or avec The Osmonds Brothers, le blues rock de Scott Henderson, un (autre) roman de Maurice G. Dantec, et un polar plein de barbouzes et de gauchistes signé Benjamin Dierstein.