The Cranberries avec la regrettée Dolores O’Riordan en capitaine de
navire vocal,
Dolores O’Riordan, un bien jolie Zombie
”No Need to Argue“ des Cranberries, ce petit bijou irlandais qui trotte dans nos têtes depuis
1994 ! Voilà un disque qui s’écoute comme une balade au pays
des sons mélancoliques, mais avec ce twist pop-rock qui fait mouche
dès la première note. Avant de plonger dans le vif du sujet, posons
nous une seconde : qui sont ces Cranberries
? Un groupe formé à Limerick, en Irlande et franchement, ils ont mis
la barre haute avec ce deuxième album.
Alors, pourquoi ”No Need to Argue“ mérite qu’on s’y attarde, même trente ans après sa sortie ? Parce que
c’est un cocktail savamment dosé d’émotions, de guitares aériennes, et
de textes qui se veulent sérieux sans jamais vous prendre la tête. La
pochette ? Sobre, presque mystérieuse. On dirait un vieux film en noir
et blanc, avec cette touche romantique qui donne envie de poser le
vinyle sur la platine et de se laisser aller.
Prenez ”Ode to My Family“, par exemple. C’est le genre de chanson que vous écoutez et qui
vous donne envie d’appeler votre mère pour lui dire que vous
l’aimez, même si vous êtes du genre à préférer envoyer des emojis.
Les arrangements sont délicats, la mélodie vous enveloppe comme un
plaid un dimanche matin pluvieux. Voici la magie de Dolores
: elle peut passer du cri primal à la berceuse en un battement de
cils. Mais ne croyez pas que tout est guimauve chez les Cranberries. Non, non. Il y a aussi ”I Can’t Be With You“, où la guitare bourdonne comme un moustique dans la nuit, et le
désespoir amoureux vous serre la gorge. On sent qu’ils savent manier
les contrastes, entre fragilité et puissance, pour mieux captiver
l’auditeur
Et puis ils te balancent ”Zombie“ un hymne rageur contre la violence, qui vous attrape par les
tripes et ne vous lâche plus. Cette chanson, c’est un peu la
claque, le coup de poing sonore incarné par la voix puissante de Dolores, tour à tour douce et hurleuse. L’ambiance est donnée, on n’est
pas juste là pour faire de la musique facile. Le problème, c’est
que dès qu’on croit avoir tout compris, l’album bifurque vers des
morceaux plus doux, presque mielleux, mais attention, ne dites pas
ça à un fan hardcore.
On pourrait aussi s’attarder sur ”Disappointment“, qui a ce côté introspectif très british (même si les Cranberries
sont irlandais, nuance subtile). C’est une sorte de confession intime qui résonne pour tous
ceux qui ont déjà pris un vent monumental. Vous savez, ce moment
où vous écoutez la chanson en boucle en espérant que les paroles
changent… Spoiler : elles ne changent pas !, mais ça fait du
bien quand même.
Un autre morceau qui mérite un coup de projecteur, c’est
”Ridiculous Thoughts“. Rien que le titre donne envie de hausser les épaules en mode
”Ouais, parfois j’ai des idées vraiment ridicules“. Mais
la chanson, elle, est loin d’être ridicule. C’est un feu
d’artifice émotionnel avec un rythme entraînant qui vous pousse
à taper du pied, comme pour évacuer les pensées
encombrantes.
Parlons un instant du style vocal de Dolores O’Riordan, parce que ça vaut le détour. Sa voix, c’est un mix
improbable entre une sirène ensorcelante et un bulldozer
émotionnel. Elle manie la technique du yodel à la perfection,
ce saut de registre qui surprend à chaque fois. Et elle le
fait avec cette fraicheur qui donne envie de chanter sous la
douche, même si on a le sens du rythme d’un poulpe.
Côté production, l’album a cette patine vintage qui lui donne un
charme fou. Pas de surproduction tape-à-l’œil, juste ce qu’il faut
pour mettre en avant la sincérité des morceaux. On sent que les Cranberries
ne cherchaient pas à faire dans le bling-bling, mais à transmettre
leur histoire, leurs combats (notamment contre la guerre en Irlande du Nord), et leurs rêves.
Et, entre nous, le disque tient aussi grâce à ses interludes, ces
petites respirations instrumentales qui évitent la saturation. Ils
savent poser leur tempo, faire monter la tension, puis relâcher la
pression avec finesse. C’est presque une leçon de maîtrise pour les
groupes qui veulent faire plus que de la simple musique de
fond.
En résumé, ”No Need to Argue
“ est un peu comme ce vieux pull en laine que vous avez depuis
toujours, confortable, parfois râpeux, mais qui vous réchauffe le
cœur quand vous en avez besoin. C’est un album qui traverse les
époques sans prendre une ride, grâce à ses mélodies intemporelles
et ses textes qui parlent aux âmes sensibles.
Si vous n’avez jamais écouté
The Cranberries
au-delà de ”Zombie“, vous manquez quelque chose. Cet opus est une invitation à
découvrir un univers rempli de contradictions : douceur et
colère, joie et tristesse, simplicité et complexité. Et ça,
franchement, ça mérite une écoute attentive, accompagnée d’un
bon thé ou d’une petite bière irlandaise, selon l’heure et
l’envie.
Alors, prêt à revisiter ce classique ? Mettez vos
écouteurs, baissez la lumière, et laissez-vous embarquer
dans ce voyage sonore où la voix de Dolores vous raconte des histoires que vous n’oublierez pas de
sitôt. Parce qu’en fin de compte, avec ”No Need to Argue“, il n’y a vraiment pas besoin d’argumenter pour
comprendre que c’est un chef-d’œuvre.!
Et bien non mes amis, ce n'est pas une Fake News (infox en français). Mais
le chef d'orchestre
Herbert Blomstedt
a passé le cap des 99 ans ce samedi 11 juillet (l'heure n'est pas précisée).
Quoi d'extraordinaire ? Oh c'est simple, le maestro dirige toujours chaque
année des séries de concerts avec les plus grandes phalanges du monde !
Je vous propose une vidéo récente (9 mai) où il dirige à
Détroit
la
9èmesymphonie
de
Mahler, une gigantesque symphonie chroniquée par deux fois dans le blog (Giulini
–
Walter). Le 15 mai, rebelote à
San Francisco, malgré un étourdissement pendant le délirant Rondo burlesque, qui a
conduit à interrompre un instant l'exécution, le chef a terminé l'œuvre
prédestinée à débuter l'achèvement d'une carrière de 75 ans, d'une vie ?
Peut-être pas ! Les dernières mesures de l'adagio conclusif sont jouées
lentement pppp par les cordes seules. Jamais un chef n'avait osé un
tempo aussi lent rappelant que
Mahler
symbolise ainsi l'éternité et peut-être les sphères célestes qui nous
attendent.
Herbert Blomstedt
n'est pas un inconnu du Deblocnot, un artiste qui se distingue par un
parcours d'une longévité surréaliste. Voici les trois chroniques qui lui ont
été consacrées dès la naissance du blog…
1 - Franz Schubert
:
Symphonie N° 8
"Inachevée" – Orchestre de la
Staatskapelle de Dresde (2012 -
Clic) avec en complément - le troisième mouvement de la
Symphonie Mathis Der Maler
de
Paul Hindemith
l'orchestre étant le
Gustav Mahler Jugendorchester.
Hindemith, une spécialité de ce chef à qui on doit une passionnante anthologie. Un
extrait d'un concert en live de 2010. À 84 ans, le chef
dirigeait avec énergie cette musique un peu folle…
2 - Carl-Maria von Weber
–
Concertos N°1 & 2 pour clarinette
avec
Sabine Meyer
en soliste et de nouveau la
Staatskapelle de Dresde
(2013 –
Clic)
3 - Carl Nielsen
:
Symphonie n°4
"Inextinguible", avec l'Orchestre de San Francisco
(2017 –
Clic)
Je recopie la biographie écrite en 2012. Je n'ajoute rien, j'aurais
le sentiment désagréable de rédiger un pseudo RIP avant l'heure. Allez
savoir… à près de 75 ans, et après la disparition de
Bonnie Tyler, mon ainée de quelques mois, on ne sait jamais.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Herbert relax vers 1970
Le chef d'orchestre Suédois (naturalisé américain)
Herbert Blomstedt
est né en 1927 à Springfield dans le Massachusetts !
L'enfant n'a que deux ans quand sa famille retourne s'installer dans son
pays d'origine. Il fréquente le collège royal de Stockholm et
l'université d'Uppsala (fondée en 1477). Le jeune homme étend son art
dans tous les domaines : la musique contemporaine à Darmstadt en
1949, puis le baroque auprès de Paul Sacher en Suisse.
Pour la direction d'orchestre, il suit les enseignements d'Igor Markevitch, de Jean Morel à la Juilliard School et de Leonard Bernstein. Rien d'étonnant après un tel parcours qu'il remporte le prix
Koussevitzky en 1953 à 26 ans.
Herbert Blomstedt
est un homme peu connu car discret. Comme interprète, ses compositeurs
de prédilection sont
Beethoven, Mendelssohn, Schubert, Bruckner et Richard Strauss. Il excelle également dans le répertoire nordique :
Grieg, Berwald, Sibelius et CarlNielsen.
Un grand artiste est toujours un peu un original.
Blomstedtappartient à l'église "Adventiste du septième jour". Il ne répète donc
jamais les vendredis soir et les samedis (c'est du travail), mais donne
des concerts qu'il considère plutôt comme des moments de prière et non
comme du travail. On ne sera donc pas surpris de voir ce mince
octogénaire réaliser la première intégrale marquante
des symphonies du mystique Brucknerdepuis celles de Günter Wand. (Depuis,
Christian Thielmann
a ajouté sa conception remarquable au catalogue).
Ce chef a conduit les meilleurs orchestres de Scandinavie et de la
planète, dont la Staatskapelle de Dresde (1975-1985) avec lequel
il a enregistré les symphonies de Schubert. Son coffret de 3 CD
consacré à
Paul Hindemithest un enchantement au sein de sa discographie qui met en relief la
fidélité de ce chef envers l'esprit musical des œuvres.
Depuis 2017, il donne régulièrement des cycles de concerts avec
des phalanges qui savent jouer sans faute même si la gestique du maître
évolue vers une élégante métrotomie, l'âge ne lui permettant plus une
battue plus "sportive"
😊. Quelques conseils que l'orchestre prend en compte lors des
répétitions…
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
En mai 2025, donc à presque 98 ans,
Blomstedtnous a rendu visite à la
Philharmonie de Paris pour diriger l'Orchestre de Paris en imposant une nouveauté au répertoire la
Deuxième Symphonie
du compositeur suédois
Franz Berwald
qu'on ne connaissait que par le disque. Datée de 1842, on ne connaît
la partition que depuis 1914. Le chef lui a rendu son authenticité
portée par son surnom, la "capricieuse". Suivait un incontournable de
l'orchestre : la
2ème symphonie
de
Brahms. Un triomphe. Merci à
Klaus Mäkelä, jeune chef en titre d'avoir insuffler une discipline à cet orchestre
inconnue jusqu'alors. L'exigence connue de
Blomstedta ainsi pu porter ses fruits
pour cette création. Relisez l'article récent dédié à
Louis Frémeaux, je n'étais pas tendre voire injuste envers notre phalange parisienne…
Nota : J'avais rédigé un RIP pour
Kurt Sanderling
décédé la veille de ses cents ans et deux autres chefs historiques
nonagénaires ;
Bernard Haitink
et
Christoph von Dohnányi. Mais les trois nous avaient quittés à 92 et 96 ans après une retraite
prise vers 90 ans. Après l'incident de San Francisco, l'avenir musical de
cet homme incroyable appartient un peu aux médecins… à suivre…
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Vidéos en live ou CD :
2013 :
Orchestre de Paris
:
Symphonie N°3
"Héroïque" de
Beethoven. Interprétation sans grandiloquence d'un jeune Beethoven qui instaure avec
fougue le Romantisme !
1993 :
Franz Berwald :
Symphonie N°4
– Orchestre de San Francisco
(DECCA) en complément la
symphonie N°1.
1988 :
Paul Hindemith:
Métamorphoses symphoniques sur un thème de Weber
–
orchestre de San Francisco
(DECCA). Voir chronique d'un live à la BBC par
Eugen Jochum…. Une interprétation ici toute en finesse orchestrale.
2026 : 9 mai,
Orchestre symphonique de Détroit.
9ème symphonie
de
Mahler. Les dernières minutes comme expliqué en introduction deviennent un voyage
astral… Comme souvent le chef se recueille un instant avant une séance
explosive d'applaudissements.
MARDI :lui,
il met généralement tout le d’accord : Marcel Gotlib.
Pat
nous a embarqués dans l’univers absurde du dessinateur à travers
les « Rubriques-à-Brac » et autres « Dingodossiers »,
deux
chefs-d’œuvre de la BD française qui ont marqué des générations
de lecteurs.
MERCREDI :du
blues avec Bruno, mais du blues protéiforme, Neal
Blacket
sa voix abrasive aimant se frayer un chemin vers d’autres univers,
comme sur son dernier « Number 3 Monkey » où
les titres défilent sans jamais décevoir, texan,
country blues ou boogie énervés.
JEUDI :on a écouté de la grande musique, celle de Anton Dvořák s'inspirant des contes terrifiants 😱 du folklore légendaire de sa bohème natale, tous écrits par Karel Erben (un concurrent des frères Grimm). Il compose quatre « Poèmes symphoniques » épiques et richement orchestrés pour clore sa carrière symphonique. Le Toon a choisi la fougueuse version de Zdeněk Chalabala de 1962 bien captée, avec l’orchestre philharmonique tchèque.
VENDREDI :on
a revu un classique de Vincente Minnelli, auréolé
de cinq oscars, « Les
Ensorcelés »nous
plonge dans l’univers impitoyable d’Hollywood, entre hommage et
critique vacharde, élégant
et cruel, doté d’une
photo magnifique et un casting de luxe.
La
semaine prochaine, encore du grand écart musical avec les irlandais
de Cranberries cru 1994, le guitariste Peter Frampton, et le
saxophoniste de jazz Joe Henderson. Et munissez-vous de vos gousses
d’ails, le comte Dracula passera nous dire bonjour.
Et à l'inverse de la triste disparition de Bonnie Tyler... Claude fêtera demain le 99ème anniversaire du maestro Herbert Blomstedt toujours en activité malgré des petits coups de mou… Il a franchi ce cap hier samedi... Il est bien parti pour le Guinness book 😊 .
Un dernier salut
à Bonnie Tyler, 75 ans aux miches, qui nous a fait le sale coup de
l’éclipse totale. Qui devait, la pauvre, en avoir marre qu'on lui pose toujours la même question...
Hollywood a toujours aimé se filmer le nombril. Mais ce sous-genre fleurit aussi chez nous, et ailleurs, dernier exemple en date avec L’ÉTRE AIMÉ de Sorogoyen [chronique clic ]. Pour en revenir au début des années 50, et aux antipodes l’un de l’autre, citons deux
chefs d’œuvres : BOULEVARD DU CRÉPUSCULE (1950, Billy Wilder) et CHANTONS
SOUS LA PLUIE (1952, Stanley Donen). La même année Vincente Minnelli sortait
LES ENSORCELÉS, autre bijou qui explorait les dessous peu reluisants de l’usine à
rêves.
Qui reprend le mode de narration en flashback, à la manière de
CITIZEN KANE. Le film est produit par John Houseman, collaborateur d’Orson
Welles dès ses débuts, on y pense aussi grâce à la présence de l’acteur Paul
Stewart qui jouait l’assistant de Kane, et ici l’assistant de Jonathan Shields,
est-ce un hasard ? On pense surtout à plusieurs films de Joseph L Mankiewicz (dont le frère Herman était co-scénariste de CITIZEN KANE, décidément, ça commence à faire beaucoup) qui
aimait ce style de construction, CHAINES CONJUGALES (1949) avec Kirk Douglas,
EVE (1952) ou LA COMTESSE AUX PIEDS NUS (1954), déjà sur le monde du théâtre ou
du cinéma. J'ouvre une parenthèse : trois films indispensables. Parenthèse fermée.
Ce principe du flashback va permettre de réaliser un portrait croisé,
subjectif, à partir de plusieurs témoignages de protagonistes. A noter que le personnage de Kirk Douglas n'apparait que dans les flash-back, le spectateur n'a donc jamais son point de vue sur les évènements. Troublant.
Dans LES
ENSORCELÉS (The Bad and the Beautiful en VO) il y aura trois longs flash-back, correspondant aux trois personnages qui dès la scène d'ouverture sont appelés au téléphone par un
certain Jonathan Shields (Kirk Douglas) : le réalisateur Fred Amiel,
l’actrice Giorgia Lorrison et le scénariste James Lee Bartlow. Les trois lui
raccrochent au nez : « Drop dead ! » qu'on pourrait traduire par plutôt crever. Ambiance. Ils se retrouvent plus tard dans le bureau de Harry Pebbel, directeur
de production à la Shields Pictures Inc. Qui leur demande d’oublier leurs
griefs pour retravailler avec Shields, producteur toxique aujourd’hui
ruiné. Chacun va exposer son expérience douloureuse…
La première
histoire commence génialement, 18 ans plus tôt, dans un cimetière. Jonathan
Shields enterre son père, qui était comédien. A côté de lui, un type chuchote
des commentaires méprisants sur le défunt sans savoir qu’il s’adresse au fils !
C’est Fred Amiel, qui au moment du serrage de mains et des condoléances,
refusera les billets tendus par Shields : « 11 dollars pour jouer les
pleureuses ! ». On appréciera le cynisme de la scène. Ils
deviendront amis et partenaires, réaliseront des westerns et films d’horreur fauchés (« L'Apocalypse des hommes-chats »), Minnelli s'amuse à recréer les tournages en décor carton-pâte. Tendre hommage à Jacques Tourneur, à CAT PEOPLE, sur l’obscurité et les ombres qui engendrent la
peur davantage que les effets spéciaux débiles.
Minnelli montre la course aux
bénéfices comme seule valeur artistique « je me fous de l'Oscar, j'veux un happy end qui rapporte », les avant-premières où les spectateurs-témoins
remplissent des questionnaires après la projection. Amiel qui était un obscur accessoiriste devient un
réalisateur coté, souhaite s’atteler à un gros projet qu’il murît depuis des
années. Shields trouve le financement et le latin-lover vedette à la réputation difficile Victor Ribera. Qui s'avère charmant et très accessible : « Pourquoi ces manières avec moi ? je lis, si j'aime je tourne, si je n'aime pas, je ne tourne pas ». Mais Shields confiera finalement la réalisation à Von Ellstein, metteur en scène chevronné
(doit-on reconnaitre Fritz Lang ?). Amiel ne pardonnera jamais cette
trahison.
La deuxième histoire raconte comment Shields découvre Giorgia
Lorrison (Lana Turner), apprentie comédienne qui se morfond dans la dépression,
l’alcool, hantée par le souvenir de son père célèbre. Un lien évident avec le
parcours personnel de Shields. Remarquez le coup de crayon pour dessiner des moustaches sur le portrait du père adoré (dans le passé), geste repris au début sur le blason de la société de production. La vengeance est un plat qui se mange froid. Shields croit en elle, l’impose, en fait une star.
Son impresario en chiale de bonheur ! Il y a des plans superbes de
Giorgia, en proie au stress, arpentant de nuit le plateau vide. Grand moment
lorsque Shields la récupère ivre morte dans sa piaule morbide pour la jeter
dans une piscine et la dessoûler.
L'actrice est amoureuse de son producteur, espère la réciproque. Après la sortie de leur dernier succès
elle s’étonne de ne pas voir son mentor à la soirée de gala. Elle le trouve chez
lui, seul, comme en post-dépression.
Un aspect que traite Minnelli, le coup de
blues d’après tournage, l’adrénaline qui redescend, souvent compensé par l’alcool.
Et ce plan sublime d’une ombre furtive qui passe sur le couple. Celle d’une
starlette qui lance, hautaine, à Giorgia : « Avec toi il travaille,
avec moi il s’amuse ». La rupture est consommée, cette fois d’ordre
affective, sentimentale.
Puis vient le tour de James Lee Bartlow (Dick Powell),
un romancier contacté pour une adaptation. Le producteur se plie en
quatre pour lui faciliter la vie, le travail, l’éloigner de sa femme
pipelette, horripilante, qui organise des réunions tupperware chez eux. L’épouse
est jouée par la délicieuse Gloria Grahame, que j’aurais tendance à garder très
proche de moi au contraire… Bartlow exècre Hollywood, les amitiés de façade, la
vanité. Shields lui dit à un moment : « les meilleurs films sont
réalisés par des gens qui se détestent ».
A travers ces quatre personnages, Minnelli montre que le cinéma est
un travail collectif. Dans une scène, Von Ellstein, que Shields veut limoger
pour prendre sa place derrière la caméra, lui dit : « je pourrais
faire de cette scène l'apogée de tout le film, mais un film n'est pas seulement
une suite de moments forts, c'est une construction globale. La mise en scène
suppose une certaine humilité ». L’humilité n’est pas la qualité première
de Jonathan Shields (écrit sur le modèle de David O’Selznik que Minnelli appréciait
peu), il se sert des autres, les essore. Mais les autres se servent de lui pour
arriver au sommet.
[ photo de tournage d'un tournage qui filme un tournage, Minnelli à gauche perché sur la grue => ]
La haine de Bartlow pour Shields est d’un autre ressort, plus
personnel, mais ne racontons pas tout. Celui qui voulait juste être peinard
devant sa machine à écrire deviendra un auteur récompensé du Pulitzer. Si Minnelli
célèbre la création collective, il décrit aussi un monde de rapaces, cynique, des
égos démesurés, le mépris et les haines indélébiles. Sous des dehors
sophistiqués, et souvent amusants, le tableau est sombre. « Dans ce métier il faut choisir avec qui on dîne ».
Nos trois personnages
détestent Jonathan Shields. Ils lui doivent pourtant tout. Si égoïste et déplaisant soit-il, c'est un travailleur acharné qui surmonte tous les obstacles, et possède la qualité de rendre les autres meilleurs. Aujourd’hui, c’est un
Shields ruiné qui leur demande un ultime service, un dernier film ensemble. Le dernier
plan est magnifique. Fidèle à sa mauvaise habitude d’écouter les conversations,
Giorgia Lorrison - et les deux autres - refuse de parler à Shields, mais décroche
tout de même le combiné du bureau voisin…
LES ENSORCELÉS est un film d’une rare
élégance, servi par sa mise en scène fluide, faite de beaux mouvements de grue, sa photographie, et merveilleusement interprété par un casting de
luxe. Mention à Lana Turner, fragile et déboussolée. Magnifique plan lorsque
Minnelli filme les techniciens en haut des cintres émus par une de ses
prestations. Une peinture âpre et noire des mœurs hollywoodiennes. Une histoire cruelle non dénuée de romantisme, comme la présentait Vincente Minnelli.
Le
film sera couronné de cinq Oscars, dont photo, scénario et second rôle à…
Gloria Grahame.
Noir et blanc - 1h55
- format 1:1.33
Désolé, pas de sous-titres disponibles pour la bande annonce, ou alors dans une version exécrable.