mercredi 11 février 2026

The GOOD RATS " Tasty " (1974), by Bruno



     Anecdote : aux temps anciens, aux lointains temps des disquaires, espèce en voie de d'extinction, il y en avait un qui venait parfois avec ses propres galettes. Pour leur propre plaisir, mais aussi pour le partage, pour la joie éprouvée en faisant découvrir à quelques passionnés sélectionnés des disques et des groupes absents de la boutique. Des trucs que le commun des mortels français avait peu de chance de connaître. Là, en l'occurrence, c'était un gars filiforme, aux allures d'éternel étudiant BCBG, qui, pour ne pas perdre la raison, avait toujours son lot de secours. À porté de main pour une sélection immédiat et régénératrice après une phase usante - mais nécessaire pour le commerce - d'écoute prolongée de "top 40" ou de produits pour petits-enfants. Ainsi, parfois, lors de nos passages pour quelques écoutes intéressées parallèles à des discussions animées, ce dj passionné, nous glissa, "Tarkus" (pas totalement une découverte), deux Patto fort intéressants, (qui même aujourd'hui, malgré la manne d'internet demeurent confidentiels), et d'autres trucs peu marquants et oubliés depuis longtemps. Et puis un jour, suite à un précédent entretien portant sur les doubles-live, il en sortit un qu'il avait spécialement apporté afin qu'on constate par nous-même l'excellence de la prestation de ce groupe qui, d'après lui, enterrait une bonne majorité de ceux qu'on estimaient. Et qu'on avait chaudement défendu.  Là, le gars, excité comme une puce, les yeux pétillant de bonheur, se met à sauter sur place. Il était parti, dans son monde, ou plutôt dans celui des Good Rats. Possédé, il n'en avait plus à carrer de la clientèle qui déambulait, et le regardait de biais interloquée, ni du patron à la caisse ; il exultait de bonheur. Effectivement, c'étaient de bons musiciens, mais on restait septiques et dubitatifs, un peu planté sur nos opinions. Certaines pistes évoquaient un Frank Zappa moins fafelu et un peu plus rugueux, d'autres dérapaient vers du pur hard-rock ricain, quand d'autres se paraient de jazz ou de blues. rien de vraiment immédiat dans cette musique qui méritait une écoute approfondie et renouvelée pour l'apprécier. Elle nécessitait une écoute plus sérieuse, plus approfondie - mais y'avait des clients, à la recherche du dernier 45 tours à la mode (matraqué sur les ondes), qui s'impatientaient...   alors, forcément, avant qu'il y ait du grabuge, on a dû écourté. Hélas, aucun des disques de ces bons rats n'était dénichable. Même d'occase, ou chez des disquaires spécialisés de France et de Navarre (pratiquement ...). Impossible donc de glisser à nouveau une esgourde attentive sur une galette de ces gus-là.


   Apparemment, dans l'hexagone, l'existence même de ce groupe confinait au secret. Mais même aux USA, il semblerait que son succès eut bien des difficultés à déborder de la côte est. Et encore, il n'est pas certain qu'il est réussi à percer au delà du Delaware. Pourtant, dans l'état de New-York et les états limitrophes, le groupe est connu depuis la fin des années soixante. En 1969, son premier et éponyme opus rencontre un certain succès avec des morceaux énergiques et nerveux. Bien qu'encore trempées dans une pop-psychédélique, enrichies de cuivres et de cordes aux parfums cinématographiques (John Barry ?), les chansons sont sur le fil, manquant de tomber dans une forme de rock garage. Ainsi, "Joey Ferrari" pourrait annoncer Alice Cooper (Band) et "Gotta Get Back" les débuts de Slade. Toutefois, en dépit d'un effort évident pour une orchestration cossue et variée (un beau passage de violoncelle pour le coda de "For the Sake of Anyone", l'harmonica très "Magic Dick" du break de "Gotta Get Back"), ça sonne un peu étriqué, comme si ça avait été capté dans un bunker. La troupe aurait déjà probablement gagné à tempérer un Farfisa envahissant au profit de la guitare. Quoi que cette dernière ne fait guère d'étincelles... 

     Malgré un certain retentissement sur la côte est du premier essai, il faut attendre cinq ans à la troupe pour sortir un deuxième disque. Mais quel disque ! The Good Rats a mûri, pris de l'assurance et gagné en maitrise - le mot est faible. "Tasty", sorti donc en 1974, est un joyau du rock américain. Un bijou caché dans un écrin des plus cheaps et laids. Alors qu'à l'époque on rivalisait pour présenter la pochette la plus originale, la plus belle ou/et attractive, ces olibrius de Long Island déboulent avec une des plus rebutantes et nulles de l'année, voire de la décennie. Enfin, 1974, c'est l'année des "Burn", "Secret Treaties", "Quo", "The Hoople", "Crime of Century", "Diamond Dogs", "Relayer", "Nightlife", "Queen II", "Situation Normal", "Stormbringer", "Staircase to the Day", etc, etc... Avec ce genre de couverture, difficile d'attirer l'œil du chaland. Au contraire. Qui pourrait faire l'effort d'écouter le contenu à la seule vue de cette hideuse présentation, à l'exception de ceux qui connaissent le groupe ? C'est que c'est gars-là ne se prennent guère au sérieux. Seule leur importe la musique. 

     Seconde erreur de jugement, l'entrée en matière avec un "Back to the Music" qui tourne en rond sur lui-même et qui est un des morceaux les moins attrayants de l'album. Toutefois, on découvre déjà la voix puissante et vibrante de Peppi Marchello. Et puis cette intonation préfigurant un Rock FM assaisonné de pop et de sonorités heavy - qui est déjà initiée par REO Speedwagon et Chicago, mais ne prendra vraiment de l'ampleur que deux ans plus tars.  

     Par contre, la suite prend une autre tournure bien plus reluisante et saisissante. À commencer par "Injun Joe". Formidable morceau vaguement latino, électrisé par la voix d'ours stentor de Peppi - sorte de Meat Loaf au timbre éraillé, assez proche (mais moins énervé) de Dee Snider -, et sublimé par un break où la guitare de John "The Cat" Gatto envoie un solo jazzy incendiaire pendant que le batteur, Joe Franco, tranquillou, déroule des avalanches de fûts et de cymbales. Injun Joe, c'est le personnage amérindien (d'où l'inclusion ponctuelle dans la pièce d'un rythme de tambour amérindien) de Mark Twain issu de son célèbre "Tom Sawyer" (Joe l'Indien) ; Peppi le reprend à son compte pour en faire un personnage central criant à l'injustice, à la partialité des autorités institutionnelles. Injun Joe en a gros sur les patates ; excédé par une justice qu'il juge arbitraire, il lâche un menaçant : "Je veux voir cette maison brûler, je veux la voir s'écrouler. Je vais regarder le blanc de leur yeux brûler. Je vais prendre leur robe noire ! Je vais m'essuyer dessus !! Votre honneur ? Mon œil ! C'est mon honneur qui est en jeu ! Cette fois, je me lèverais et me battrais ! Yeah !! Comme les imbéciles qu'ils sont, je les jetterais à la mer". Mieux vaut que cela soit la diatribe d'un personnage de fiction qui manifeste une telle humeur hostile, plutôt que celle du chanteur lui-même, qui s'exposerait alors à la censure... voire à des mauvaises réactions lors des prestations scéniques...


   Avec "Tasty", sur un fond bien jazzy, Peppi, avec malice, règle ses comptes avec certains des anciens membres qu'il considère comme ayant freinés le groupe. Parce qu'ils surjouaient ou "n'avançaient pas", parce qu'ils ne jouaient pas avec goût (tasty). Des gars qui, devant leur manque d'implication - autre que celle portée sur eux-mêmes -, ont fini par être virés. "On avait le guitariste virtuose, peut-être le plus rapide du pays, mais il n'allait nulle part. La vitesse ne vaut rien sans classe" ... "On avait un batteur nommé Joe. Il jouait si vite qu'on l'a viré. Il s'est enfui avec nos chansons. Maintenant, il est à l'école, là où est sa place" ... Visiblement, la décennie suivante a dû être éprouvante pour Peppi... Après chaque reproche, Peppi enchaîne avec le refrain "Il ne savait pas jouer avec finesse. Oh non ! Avec finesse, comme ça ! Yeah" À la suite de quoi s'enchaîne un solo de l'instrument du poste concerné - guitare, basse et batterie. Que Peppi tempère dès que ça dérape un peu. "Avec finesse ! Avec finesse ! N'est-il pas temps de se calmer ?". Et puis, soudain, un court instant, ça part heavy "On aime jouer du Rock'n'roll, mec !! C'est la seule façon de faire. Une batterie, une basse et deux guitares. Quand tu joues "tasty", tu iras loin ! On va jouer "tasty" Oooh yeah !! Du rock'n'roll "savoureux" Aaaalll  right !! "

     "Papa Poppa" aurait-pu simplement n'être qu'une sympathique et insouciante ballade d'été, du style "pieds nus et fleurs dans les cheveux longs et emmêlés, la tête dans les nuages", mais quand Peppi fait vibrer ses solides cordes vocales, tout se fissure. Il chante comme d'autres qui, sous l'emprise d'une (douce) folie, harangueraient la foule. Il y a un emphase qui pourrait évoquer Queen, l'inclusion d'un piano sur le coda renforçant la référence. (les Anglais se produisent pour la première fois aux USA en avril et mai 1974, principalement sur la côte nord-est, dont cinq concerts à New-York). Chanson saisissante, mais dont le sujet n'a rien de réjouissant. C'est une brève critique ouverte des sectes, et de la déficience de support parental qui offre alors en pâture à des fossoyeurs de l'âme, à des manipulateurs pervers, à des gourou-escrocs, une jeunesse en mal de repères, de soutien ou d'autorité familial.

Intermède instrumental avec "Klash-Ka-Bob" qui permet avec Mickey Marcello (le frangin de Peppi) et John "The Cat" Gatto de se répondre à coups de soli dans un style mêlant Frank Zappa et Paul Gilbert.

"Fireball Express" est une totale immersion dans le heavy-rock ricain, entre Blue Öyster Cult et Nugent. Un terreau fertile pour les soli vifs et cinglants de "The Cat" et la frappe franche et énergique de Franco. Ses pieds semblant parfois jouer des castagnettes avec le charleston et la grosse caisse.

     Rien n'arrête ces joyaux drilles qui, avec un humour non feint sur "Fred Upstairs and Ginger Snappers", joue avec les codes. C'est une immersion décomplexée dans un swing-jazz millésimé 50's avec des chœurs doo-woop, dans lequel est inséré un solo typé "Django Reinhardt", suivi d'un plus électrique, plutôt d'obédience "John McLaughin", ainsi qu'un clin d'œil au "Caravan" de Duke Ellington. La suite s'enfonce plus sincèrement dans le heavy-rock. Ni macho à la Nugent, ni fébrile et trépignant à la Aerosmith, ni carré à la Bachman Turner Overdrive, ni épique et chromé à la Blue Öyster Cult... quoique, il semble y avoir quelques points communs avec ces collègues de Long Island. Du moins sur  300 Boys" et "Phil Feish".


    Peppi Marchello clôt ce second effort par un "Song Writer" autobiographique. Une complainte sur les difficultés et les doutes éprouvés pouvant étreindre les artistes et compositeurs. Les espoirs aussi de ceux qui, encore dans l'anonymat, rêve d'une reconnaissance. "L'auteur-compositeur peut te faire rire ou pleurer. Il fait les pleins d'essence, et pourtant parvient à survivre. Et tout ce qu'il vous demande, c'est de chanter ses chansons, et de faire briller son nom là où il le mérite. J'avais une famille, une femme et trois petits enfants. Je ne pouvais rien leur donner de ce dont ils avaient besoin. Je suppose que je suis loin d'être un homme"

     En dépit d'indéniables qualités, à l'exception de l'état de New-York, voire de la côte Nord-est où le groupe est particulièrement populaire (principalement dans les états du New Jersey et du Connecticut, en plus de celui de New-York), les ventes de l'album ne décollent pas. Pour de nombreux fans - journalistes spécialisés et pairs musiciens compris - il y eut un manquement évident de promotion. C'était pourtant une major, Warner Bros, qui avait conclu un contrat avec le groupe. Cependant, Warner a préféré investir ses billes sur des artistes correspondant plus à leurs attentes - ou du moins, ce qu'il considérait comme étant celles du public. Le désintérêt total des musiciens pour une ligne directive commune, pour une personnalité du groupe, n'a pas arrangé les choses. Pourquoi ce soucier de l'apparence quand la musique parle d'elle-même ? À la sortie de ce deuxième opus, nombreux sont ceux qui avaient prédit au groupe une grande carrière couronnée de succès. Il n'en fut rien. Des jeunes groupes et artistes du coin et des "proches" environs que Good Rats a côtoyé, accompagné sur scène, tels que Blue Öyster Cult, Kiss, Springsteen, Aerosmith, Twisted Sisters, leur sont finalement passés devant. Loin devant. Ça n'a pas empêché le groupe de poursuivre une carrière bon an mal an, suivie par une solide fan base. 

     Lors d'une interview, l'un des membres de Journey (Neal Schon ?) - qui a pris à diverses reprises Good Rats en première partie -, parle d'eux comme l'un des meilleurs groupe de rock au monde. Tandis que la revue Rolling Stone l'avait qualifié de "meilleur groupe inconnu du monde". En 2008, The Good Rats est intronisé au Long Island Music Hall of Fame.

     Hélas, on pourrait reprocher aux rééditions CD d'être un peu compressées, mais c'est le groupe lui-même qui a dû les financer en créant sa propre maison d'édition : Uncle Rat Music. On présume que le budget alloué au remastering a dû être restreint. Malgré tout, ça n'évite pas à ce "Tasty" de retrouver ponctuellement les faveurs du mange-CD. Un disque considéré comme un incontournable du groupe - et même de l'année -, souvent disputé avec le suivant, "Ratcity in Blue".


Paroles et musique par Peppi Marchello – arrangées by Good Rats

  1. "Back To My Music"                          -  2:34
  2. "Injun Joe"                                        -  5:28
  3. "Tasty"                                              -  3:22
  4. "Papa Poppa"                                   -  5:08
  5. "Klash-Ka-Bob"                                 -  3:34
  6. "Fireball Express"                             -  3:16
  7. "Fred Upstairs & Ginger Snappers"  -  3:11
  8. "300 Boys"                                        -  3:49
  9. "Phil Fleish"                                      -  4:00
  10. "Songwriter"                                     -  3:50



  • Peppi Marchello – lead vocals, harmonica, and bats
  • Mickey Marchello – guitar, vocals
  • John "The Cat" Gatto – guitar
  • Lenny Kotke – bass, vocals
  • Joe Franco – drums

P.S. : 
- Joe Franco rejoindra les copains de quartier (de Long Island) de Twisted Sister, après le départ d'A.J. Pero. Il retrouve Dee Snider qui fait appel à ses services pour son groupe Widowmaker. Il retrouve Twisted Sister en 2025, pour une énième reformation du groupe. Une tournée mondiale devait débuter cette année, en 2026, mais de récents problèmes de santé de Snider compromette actuellement l'existence même de la formation.
- The Good Rats est aussi connu pour avoir recruté en 1981, Bruce Kulick. Ancien accompagnateur de Meat Loaf (avec son frère Bob), puis guitariste de Blackjack, (avec Michael Bolton et Jimmy Haslip), guitariste de Michael Bolton, et ensuite guitariste de Kiss., avec qui il reste pendant douze années (de 1984 à 1996).




🎼🐀

mardi 10 février 2026

ULI ROTH & Electric Sun - ”Fire Wind“ (1980) - par Pat Slade

 


Après ”Animal Magnétism“ de Scorpions, je reste dans le rock teuton avec leur ancien guitariste Uli Roth.



Hendrix est vivant, il est allemand !



 La semaine dernière, j’avais vaguement évoqué son nom. L’ancien guitariste du groupe Scorpions reconnu pour son jeu fluide et rapide où l’on sent bien l’influence de Jimi Hendrix (il est d'ailleurs surnommé le Jimi Hendrix allemand). On se souvient surtout de sa performance sur le titre ”Fly  to the Rainbow“ sur l’album live de Scorpions : ”Tokyo Tapes“. Ce sera son dernier enregistrement avec eux. Il part dans une carrière solo et formera son propre groupe Electric Sun et enregistrera en 1978 son premier album dans la foulée ”Earthquake“. Tous comme The Jimi Hendrix Expérience, Uli Roth va s’encadrer uniquement d’un bassiste et d’un batteur. Pour l’illustration de la pochette, ce sera sa compagne Monika Dannemann qui s’en occupera. Monika Dannemann connue pour avoir été la dernière compagne de Jimi Hendrix.

Fire Wind“ sort deux ans après ”Earthquake“ et quand j’ai découvert l’album, j’ai longtemps cru qu’Electric Sun était le titre de l’album avant de découvrir mon erreur. Alors, Uli Roth est-il meilleur en solo ? Est-il un digne successeur au Voodoo Child ?. ”Cast Away Your Chains“ Un hard rock qui tient bien la route avec des solos efficaces, mais rien de bien nouveau, un titre qui aurait pu convenir aux Scorpions. Avec ”I'll Be Loving You Always“ Le son des arpèges sont proches de ceux d’Hendrix, sa voix ne colle pas du tout (Klaus Meine aurait été parfait sur ce titre !) mais le solo est de toute beauté. ”Prelude in Space Minor“ : pas de mélodie, pas de paroles, juste un long délire, le massacre d’une guitare. ”Just Another Rainbow“ fait beaucoup penser à ”Polar Nights“ de Scorpions.

 Chaplin and I“ : Intro sympa à la spanish guitar, la mélodie est cool mais le hard rock reprend vite ses droits, riffs et solos ravageurs, Roth connait bien le manche de sa Sky Guitar. ”Enola Gay (Hiroshima today ?)“ un morceau en cinq parties. Quand tu sais que l’Enola Gay fut le bombardier B-29 qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima, tu peux t’attendre que ce morceau de 10 minutes 42 va envoyer du lourd ! Après une première partie chantée, un déchainement de décibels ou Uli Roth fait hurler sa guitare tout à fait dans l’esprit d’Hendrix mais pas dans la mouvance, ça ressemble à du Hendrix, ça sent comme du Hendrix mais ce n’est pas du Hendrix et jamais ça ne le sera. Sinon il faut quand même reconnaitre la virtuosité d’Uli Roth. Après avoir réécouté ”Fire Wind“ quelques années plus tard, je lui trouve un goût de poussière, ça sonne comme un hard rock des années 80 (Normal, il est de 1980 !). 

Pour le dire plus simplement, c’est un album qui a prit un terrible coup de vieux (Comme beaucoup de groupes de hard rock de cette époque), je trouve, personnellement, Angus Young complètement ridicule, un vieillard en tenue d’écolier ou Rob Halford de Judas Priest avec sa barbe de père  noël et sa tenue de cuir clouté.

Uli Roth ne fera que trois albums avec Electric Sun avant de continuer sous son nom. Il est considéré avec Ritchie Blackmore comme un des pionniers du métal néo-classique. Il est un touche a tout, sa guitare étant équipée d’une septième cordes et de trente huit frettes, il peut sans problème imiter le son du violon ou celui d'un violoncelle, ce qu'il fait justement sur l'album Metamorphosis Of Vivaldi's IV Seasons“. Même si le guitariste allemand est bon et même très bon, Hendrix est mort déjà depuis bien longtemps !  

lundi 9 février 2026

QUE JUSTICE SOIT RENDUE de Giorgio Fontana (2013) - par Nema M.

 


Sonia écoute l’air « Sempre Libera » de la Traviata de Verdi. Elle soupire et dit :

- Ah, Verdi, ses opéras grandioses, et puis pour moi Milan, c’est la Scala… ou les escalopes 😊

- Tiens Sonia, cet air que tu écoutes, « Sempre Libera », me fait penser à toute autre chose : la liberté de celui qui n’est pas coupable. Et pour ta gouverne, Milan présente bien d’autres facettes que celle de ville de la Scala ou de la célèbre escalope de veau panée.

- Toi, tu vas me sortir un bouquin de derrière les fagots ?

- Pas un mais deux : « Que justice soit rendue » et « Mort d’un homme heureux ». Les histoires de deux juges, amis depuis leurs études, à Milan…  



Palais de Justice de Milan (1930)

Que justice soit rendue. Roberto Doni, substitut du procureur général de Milan a 65 ans. Il est on ne peut plus rigoureux dans son approche du travail de magistrat. Il arrive en fin de carrière, son épouse également. Tous deux issus de la grande bourgeoisie, ils vivent dans un grand appartement dans un quartier chic de Milan et souvent, le soir, Doni écoute de la musique classique en sirotant un verre de vin. Mais avec l’affaire Khaled Ghezal sa façon d’appréhender un dosser et de rendre la justice vont être remises en cause.

Dressons d’abord le contexte. Le Palais de Justice de Milan, pour Doni, « son Palais » depuis déjà quelques années (après avoir exercé son métier dans d’autres régions), est un imposant bâtiment construit dans les années 1930. Les plaques de marbre tiennent désormais grâce à de gros clous en ferraille.

Tout y est fatigué. Usé. Trop de dossiers, trop de poussière, une informatique capricieuse dont Doni doit assurer la supervision. Un univers qui sent la routine et le passé. Bref une justice bien en peine de suivre les évolutions de la société, la violence, le racisme, le terrorisme qui se développent en ce début du XXIème siècle.



Rue du quartier Brera en 1955

Et donc l’affaire Khaled Ghezal. Une affaire d’une triste banalité où la drogue conduit à la violence. Sauf que la victime est une jeune fille de bonne famille, Elisabetta Medda, fille d’un gros entrepreneur milanais. Et malheureusement elle est touchée par une balle perdue et se retrouve en fauteuil roulant. Son petit ami, Antonio Del’Acqua est vendeur dans une boutique de téléphonie mobile. Bon, de temps en temps, il consomme un peu de hachish qu’il achète à des Tunisiens, mais rien de bien méchant à ses yeux. Sauf que… Sauf que peut-être, parfois, il en demande plus que pour sa consommation personnelle et que donc il faut payer le fournisseur… Bref. La police essaie de comprendre ce qui s’est passé le soir où la pauvre Elisabetta a pris une balle. Il y aurait eu un petit groupe de « migrants » qui les auraient agressés dans la rue alors qu’ils sortaient d’un restaurant, elle et Antonio, et voilà. Vite fait, bienfait, confrontation visuelle avec quatre ou cinq personnes de couleurs différentes et une personne est désignée comme étant celui qui a probablement tiré : Khaled Ghezal.

Il se trouve qu’une jeune journaliste indépendante, Elena Vicenzi, s’intéresse à cette affaire et veut que Doni rencontre des personnes de l’entourage de Khaled car, pour elle, il est innocent. Ce n’était pas Khaled Ghezal qui était là à ce moment-là. Elle envoie un mail, puis un autre, puis demande à le voir, puis finit par voir Monsieur le substitut du procureur de Milan qui lui dit simplement que ce n’est pas dans ses attributions de voir ou d’entendre des personnes en lien avec le présumé coupable et que la police a fait son travail. En fait, la presse s’est déchaînée autour de cette histoire : ces migrants tous des assassins etc… Curieusement Doni qui écrit une sorte de testament retraçant les faits marquants de sa vie, repense à Giacomo Colnaghi son collègue et ami juge mort en 1981. Un sens de la justice très poussé (des exceptions oui, des erreurs non), une recherche approfondie de la vérité et du sens que les terroristes des années de plomb pouvaient donner à leurs odieux crimes. 


Et si Elena avait raison ? Si Khaled n’était pas celui qui a tiré sur Elisabetta ? Doni va suivre la quête de preuves d’Elena, l’accompagner dans sa Fiat Uno pourrie (lui qui a un gros 4X4 Audi) dans des quartiers totalement ouverts à la diversité des races, au mélange des pauvretés, à la vie dans la rue et dans les logements plus ou moins salubres, là où vivait Khaled et sa sœur. Il va également éplucher de manière très approfondie ce dossier. Il va même demander conseil à son vieux professeur de droit. Mais même si un témoin est trouvé, cela ne permettra pas forcément de sauver Khaled… En tout cas, Doni n’a plus peur de rien et quitte à flinguer sa fin de carrière, il suivra ses convictions pour faire en sorte qu’il n’y ait pas d’erreur.


Si on découvre Giacomo Conalghi dans ce roman, on peut faire un retour en arrière dans la jeunesse de Doni et mieux comprendre qui était Conalghi avec « Mort d’un homme heureux ». 1980 : le très brillant Giacomo Conalghi est dans le service de lutte contre le terrorisme. Il a à ses côté deux collègues et leurs investigations sont sans relâches pour trouver les assassins masqués qui tirent sans raison apparente sauf celle de détruire le système.

C’est l’époque des Brigades Rouges, dont la violence a commencé avec l’assassinat d’un procureur en 1976, puis avec l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (démocrate-chrétien) en 1978.  Alors qu’au départ la révolution était celle des ouvriers ou des paysans pauvres, une révolution pour mettre définitivement un terme au fascisme et à l’exploitation du prolétariat. Conalghi vient d’une famille pauvre, d’un petit bourg, du nord de Milan, ce qui aurait pu le faire basculer du côté des révolutionnaires mais sa foi et ses convictions, le motivent pour que la justice soit rendue et pour apporter aux familles des victimes un peu d’apaisement.

 

Ces deux romans sont extrêmement intéressants à la fois sur le plan de l’histoire qui est racontée mais aussi pour une découverte de l’Italie, sans complaisance mais non sans délicatesse. Les deux juges sont de beaux personnages. Des héros de notre temps. Merci aux traducteurs de ces deux beaux textes. A ce jour, Giorgio Fontana n’a que ces deux romans qui sont traduits en français, dommage…

 

Bonne lecture !

 

Romans Seuil

310 Pages


dimanche 8 février 2026

LE BEST-OF FAIT SA PIQÛRE DE RAPPEL


MARDI : premier coup de semonce des teutons, avec Pat et ce « Animal magnetism » de Scorpions, de la période Matthias Jabs, un disque aux riffs saignants et à la tonalité sombre, beau succès à sa sortie.

MERCREDI : amitié franco-allemande oblige, Bruno a aussi écouté du Scorpions, celui de la fin de l’ère Uli Von Roth, « Taken by Force » est un peu le mal aimé, à ne pourtant pas négliger. Hommage au passage à Francis Buchhloz, le bassiste historique du groupe.


JEUDI : une page se tourne… l’article de Claude clôt l'intégralité des chroniques dédiées au catalogue de Gustav Mahler (le Toon aurait pu payer son coup, pfff) avec « 4 cycles de Lieder », chantés par l'illustre Dietrich Fischer-Dieskau, et taille un costard à cette chère Paule Druilhe, le bourreau des collégiens dans les années 50-60…

VENDREDI : adapté du best seller éponyme « Le Mage du Kremlin » dissèque les rouages de la communication politique avec un Raspoutine issu de la télé réalité. Olivier Assayas affronte Poutine, avec un Jude Law parfait dans le rôle.

👉 La semaine prochaine, dès lundi, Nema nous fera lecture de « Que justice soit rendue » de Giorgio Fontana, Pat restera dans sa thématique avec un disque solo de Uli Von Roth, Bruno a écouté du… rock (ah oui ?), Benjamin s’intéressera aux débuts de Bruce Springsteen, et Luc nous dira s’il a été ensorcelé par le « Gourou » de Yann Gozlan. 

Bon dimanche.