mardi 28 juillet 2026

Supertramp : ” Breakfast in America“ (1979) - par Pat Slade


Les chroniques de l’été avec un classique de Supertramp que tout le monde connait.



Les Clochards aux Petit Dej’



Sorti en 1979, ”Breakfast in America“ est sans doute l’album le plus emblématique de Supertramp, un groupe britannique qui a su mêler rock progressif et pop avec une finesse rare. Cet album, à la fois mélodique et rythmé, est une véritable pépite musicale qui a marqué la fin des années 70 et a permis au groupe de toucher un large public. Il n’y a pas grand-chose à redire sur cet album. Donc voici une plongée détaillée, dans cet opus devenu classique.
Gone Hollywood“ : Signé Davies et Hodgson, on est tout de suite dans le bain, un morceau qui donne la couleur de ce que sera la suite de l’album. The Logical Song“ : Dès la première piste, Supertramp frappe fort. ”The Logical Song“ est un hymne à la nostalgie et à la quête d’identité. Avec ses paroles introspectives, Roger Hodgson aborde le passage délicat de l’innocence enfantine à la complexité adulte. La musique est à la fois entraînante et mélancolique, grâce à un arrangement riche en claviers et un solo de saxophone mémorable. Ce titre est vite devenu l’un des classiques du groupe, à juste titre. ”Goodbye Stranger” : Une touche mélancolique mais énergique, une instrumentation caractéristique du style de Supertramp à cette époque. Les paroles de la chanson sont inspirées des virées du groupe sur les routes. 

Breakfast in America“ : La chanson-titre est un vrai coup de maître. Avec son rythme enjoué et son refrain contagieux, Elle dépeint un regard ironique et légèrement sarcastique sur le rêve américain vu depuis la Grande-Bretagne. Le jeu de piano est particulièrement marquant, et les chœurs féminins en harmonie renforcent ce côté kitsch assumé, presque cinématographique. ”Oh Darling“ Un brin plus rock, le morceau propose une instrumentation plus élancée et un feeling plus direct. La voix de Hodgson est plus rauque, un contraste intéressant avec le côté pop des autres morceaux. C’est une invitation à la simplicité affective, portée par une rythmique dynamique qui ne lâche jamais.

Take the Long Way Home“ : Ce titre est une ballade pleine de mélancolie et d’introspection. L’arrangement, qui mêle piano, basse et synthétiseurs crée une atmosphère douce-amère. C’est une chanson qui parle du besoin d’évasion, d’un voyage intérieur nécessaire quand la réalité devient lourde. Supertramp excelle ici dans l’art de rendre complexe une émotion simple. ”Lord Is It Mine“ : Un moment spirituel dans l’album, ce titre interroge avec pudeur le rapport à la foi et aux doutes personnels. La mélodie est plutôt apaisante, presque méditative, avec un travail soigné sur les percussions et les claviers. Ce morceau offre une respiration dans le flot parfois très énergique des autres chansons.
Just Another Nervous Wreck“ Plus funk et groovy, cette chanson apporte une touche de fraîcheur et d’humour. Elle parle des petits tracas de la vie avec légèreté, presque comme une thérapie musicale. Le jeu de basse est particulièrement inspiré et donne envie de bouger, tandis que la voix de Davies ajoute une nuance supplémentaire au chant principal.

"Casual Conversations" : Une jolie ballade de Rick Davis avec son piano, presque mystérieuse, où le piano prend le devant. Son ambiance feutrée souligne le talent du groupe pour créer des moments variés tout en gardant une cohérence globale . Child Of Vision : L’ambiance se fait plus lumineuse C’est une chanson rythmé, un rappel que même lorsque les choses vont mal, il y a de l’espoir. La complémentarité vocale entre Hodgson et Davies illumine ce morceau qui aurait pu, par sa sonorité, faire parti de ”Crime of Century”  termine l’album sur une note positive.

Breakfast in America“ est un album qui mélange habilement les émotions et les styles. Supertramp réussit le pari de proposer des chansons accessibles sans jamais sacrifier la qualité musicale ou la profondeur des textes. Entre mélodies accrocheuses, paroles intelligentes et jeux d’instruments subtils, cet album reste aujourd’hui un incontournable du rock progressif accessible. À écouter absolument, surtout un matin avec une bonne tasse de café, pour bien commencer la journée.


dimanche 26 juillet 2026

L’ODYSSÉE DU BEST-OF


MARDI : Pat s’est remis un Beatles sur la platine, « Help ! », qui est aussi la bande son de leur film éponyme, au-delà du tube écrit par John Lennon, les Fab Four y gardent leurs esprits malicieux et leur sens de l’humour pour des titres rock, folk ou pop.

MERCREDI : s’obstinant dans sa quête des origines de Rock Fm, ou AOR, Bruno est parti enquêté du côté de chez Grand Funk Railroad dont l’album « Born to die » s’éloigne de l’aspect brutal de leurs premiers opus, une musique plus mélodique, aérée, moins crue.


JEUDI : Claude exulte et se réjouit de nous avoir fait écouter ce « Motet » de Mozart « Exsultate Jubilate », une œuvre d'une douzaine de minutes écrite pour soprano ou castrat, le Toon nous a sélectionné l’interprétation de la soprano suisse Edith Mathis.

VENDREDI : heureux qui comme l’Ulysse de « L’Odyssée » a fait bon voyage, guidé dans sa quête par Christopher Nolan, une superproduction à l’ancienne, visuellement impressionnante, mais désincarnée, bruyante, et qui manque de souffle et de merveilleux.

👉 La semaine prochaine, Pat accueille les londoniens de Supertramp, Bruno parlera de southern rock (mais de qui ?), Benjamin a lu le dernier Boualem Sansal, et Luc réunira un sacré casting issu de la Comédie Française 

vendredi 24 juillet 2026

L’ODYSSÉE de Christopher Nolan (2026) par Luc B.


L’adaptation de l’Odyssée d’Homère par Christopher Nolan était un défi à plus d’un titre. Scénaristique d’abord, vu la matière première, et technique, puisque le réalisateur utilise le format 70mn Imax argentique** et ces caméras grosses comme des camions. 

Tournage particulièrement pénible, car on ne trimbale pas ce genre de matos dans un sac à dos. Or 
Nolan (aux antipodes de James Cameron) filme tout en décor naturel, sans recours aux procédés numériques. Pour les scènes de dialogues, les acteurs ne voyaient même pas leurs partenaires derrière la machinerie, Nolan a imaginé un système de jeu de miroirs  ! Ce qui explique ce déficit d'incarnation des personnages ? 

Je ne vous ferai pas l’injure de raconter l’histoire. Si ? Bon, alors rapidos. Ulysse (Matt Damon en jupette) roi d’Ithaque, part en guerre sauver la belle Hélène (Lupita Nyong'o), assiège la ville de Troie, parvient à la faire tomber grâce à la ruse du cheval du même nom. Il devient un héros. Mais le voyage de retour sera semé d’embûches : dieux contrariés, géants casqués, Cyclope, Circé la magicienne, l’envoûtante Calypso, les Enfers... Pendant ce temps, sa femme Pénélope l’attend en faisant de la broderie, assaillie de prétendants qui espèrent l’épouser. Sans nouvelle d’Ulysse au bout de 20 ans (même pas un texto ?) elle envoie son fils Télémaque aux nouvelles. Antinoos, censé veiller sur l’héritier, ourdit un complot contre lui…

On sait Christopher Nolan obsédé par l’idée de temps, celui qui se distend dans INTERSTELLAR, s’efface dans MEMENTO, fait des saltos dans INCEPTIONou repart à l’envers dans TENET. Dans L’ODYSSÉE, c’est le temps qui fuit, qu'on ne maîtrise pas, qui emprisonne. Pour Pénélope qui défait tous les soirs la tapisserie qu’elle brode pour la reprendre le lendemain. Elle avait promis que son ouvrage achevé, elle prendrait un nouvel époux parmi les prétendants qui investissent chaque soir sa maison. Pour Ulysse (en VO il s’appelle Odyssius ?!) qui en perd la notion, recueilli par la belle Calypso après un énième naufrage, qui lui administre un filtre maléfique pour le garder auprès de lui. Il restera 7 ans.

La nymphe est jouée par Charlize Theron, qu’on voit surgir de l’onde telle Ursula Andress dans DR. NO (ou la pub Dior J'adore). Franchement, a-t-on besoin d’une potion magique pour rester buller avec une telle créature sur une plage ensoleillée de Grèce… Pas crédible deux secondes l'Homère !

Commençons par ce qui m’a plu. Nolan, dans la partie centrale de son film, réussit de belles scènes. Dont celle où les hommes d’Ulysse s’invitent à la table de Circé (inquiétante Samantha Morton), qui les transforme en cochons, caressant d’abord leur visage, maternelle, puis les malaxant, les sculptant comme de l’argile pour en faire des porcs. Effets spéciaux vintage, comme dans LE LOUP GAROU DE LONDRES. Images limite gore, et réellement impressionnante. L’épisode du cheval de Troie est moins drôle que dans SACRÉ GRAAL, mais le point de vue des hommes cachés à l’intérieur du canasson est bien trouvé. La bataille qui suit est impressionnante, de nuit, à la lumière des flambeaux. Dommage que cette séquence soit morcelée aux quatre coins du film.

L’épisode du Cyclope est trop vite expédié, sans réelle angoisse, exit la fameuse réplique « je suis personne ». Mais l'horrible créature est réussie, avec ce visage comme modelé de travers, un animatronique de 18 mètres de haut. Je pensais que les hommes d’Ulysse lui faisaient boire du vin avant de l’éborgner, pas ici. Car j’ai en mémoire le ULYSSE de Mario Camerini (1954) avec Kirk Douglas, et j'avais bien aimé l’Homère d’alors.

La baston avec les Lestrygons (géants en armures argentées) est visuellement réussie, je me demande si Nolan n'aurait pas visionné l'EXCALIBUR de John Boorman juste avant... On a de très beaux mouvements de foule sur des plages immenses, ou des paysages brumeux, nuageux, des ciels plombés, décors naturels dénichés en Écosse, ou en Islande pour la scène aux Enfers, visuellement superbe avec ces morts qui sortent du sable noir volcanique. La palette de couleurs est très éloignée de la mer Ionienne, davantage raccord avec un épisode de GAME OF THRONES, qui semble être la référence esthétique du film. Si on ajoute certains costumes qui renvoient plus à BATMAN qu’à HERCULE ou MACISTE, le compte n’y est plus (l’armure d’Agamemnonle roi barbu qui s’avance, bu qui s’avance, bu).

Ah oui, on est passé à ce qui m’a moins plu… C'est quoi cette construction alambiquée ? Christophe Nolan aime distordre la linéarité, certes, mais pourquoi ce récit sur trois temporalités qui se télescopent ? L'Odyssée c'est un voyage, une trajectoire droite, interminable pour le héros. En revenant sans cesse à Calypso, ou le siège de Troie via les flashback, Nolan brise cette continuité. D'où ce manque de souffle, d'aventures. Le film donne l'impression de faire du surplace. Il lui faut 25 minutes d’exposition - qui retardent le départ de l'action - pour présenter tous les protagonistes et enjeux. Ce qu'il aurait eu largement le temps de faire en cours de route.

Tourner en Imax 70mn pourquoi pas, mais quasiment aucune salle de cinéma n'est en mesure de projeter le résultat tel que souhaité par le réalisateur. Comme un bateleur de foire Nolan annonce vous allez voir c'que vous allez voir... on paie, on entre, et on ne voit rien ! Je te files les clés de ma Porsche Carrera 911 mais tu ne dépasses pas le 30km/h.  

La dernière séquence du retour, fameuse avec le défi de l’arc à bander, est décevante, brouillonne, montée avec des plans qui ne dépassent pas 3 secondes. Je ne pensais pas dire ça un jour de Christopher Nolan : elle est où la mise en scène ? D'autant que l'épisode est célèbre, c'est comme Robin des Bois qui arrive encapuchonné au concours de tir à l'arc, on connait le truc ! 

Mais y’a pire. L’ODYSSÉE est encore plus insupportable à écouter ! Les dialogues hésitent entre sentences tragiques, profondes (pompeuses ?) et langage contemporain. Première réplique d’Ulysse : « Va falloir se tirer de cette putain de plage ! ». Gloups ! C'est le soldat Ryan qui parle depuis Omaha Beach, ou Rambo ? Car, et ça c'est pas bête, Nolan fait d'Ulysse un vétéran traumatisé par son passé guerrier, conscient de ses excès de violence (la prise de Troie a été un massacre) puis contraint de sacrifier des hommes, ne pouvant pas les sauver tous. Comme dans ce choix cornélien du passage entre Charybde et Scylla. A se demander s'il veut vraiment rentrer chez lui. 

Si sur la fin la musique fait entendre quelques bribes d’instruments antiques, 95 % de la bande son est un grondement électronique continu, une fusée Ariane (sic) qui tel Sisyphe n'en finirait pas de décoller, des ultra-basses hyper saturées qui font vibrer les fauteuils. Nolan se dit fan absolu de Kubrick et de son 2OO1, film dont l'originalité première est... le silence angoissant.

Comme les matelots qui se bouchent les oreilles de cire pour ne pas entendre le chant des sirènes, j’avais prévu les boules Quies, mes acouphènes ayant décuplé après OPPENHEIMER, mais ça n’a pas suffit. Et ça monte crescendo, plus fort, plus vite. Pas une minute de silence, de repos, de répit, chaque centimètre carré est rempli ras la gueule de bruitage. J'espérais une pause pour entendre le chant envoûtant et mélodieux des sirènes... Peau d'zob ! Scène expédiée. 

Et les acteurs ? Y’en a plein, et des connus. Interprétation sans d’éclat, Matt Damon est massif, torturé, voix caverneuse, Tom Holland a l’air un peu con con, Robert Pattinson joue bien les fourbes, les autres sont méconnaissables ou ne font qu’une apparition. Je retiendrai du casting Anne Hathaway.

Christopher Nolan s’empare d’un récit homérique pour nous livrer un film qui ne l’est pas, plombé par une esthétique héroic fantasy contemporaine. Un film sans réel panache épique, sans féerie ni merveilleux, sans frisson, d’un sérieux de moine jésuite.


couleur  -  2h52  -  pellicule 70mn Imax 1:1.43 (disponible en ratio 1:2.39)

** l'Imax selon Christopher Nolan utilise une pellicule 65 mn à défilement horizontal, donc une surface d'impression 4 fois supérieure à la normal. La bande est dupliquée sur une pellicule 70 mn pour la projection. Le ration d'image est de 1x1.43 [le cadre rouge sur le photo ci dessous]. Sauf que rares sont les salles équipées de projos 70mn Imax (3 en Europe, dont une à Montpellier !) donc 99% des spectateurs, dont mézigue, verront le film dans une version recadrée "scope", amputée quasiment de moitié, pour s'adapter aux écrans classiques [cadre jaune]. L'expérience immersive tant vantée par la promo n'est donc pas au rendez-vous. 



jeudi 23 juillet 2026

MOZART – Exultate Jubilate (Motet 1773) – Edith MATHIS (1979) vs Franco FAGIOLI (2003) – par Claude TOON


- Hou hou… Sonia ! Je te trouve bien guillerette ce matin… Tant mieux… une bonne nouvelle… t'as gagné au loto…

- Oh Claude, je n'ose pas annoncer deux nouvelles intimes… mais je ne pourrai pas cacher longtemps…

- Allez mon petit on se jette à l'eau… On se connait si bien depuis 15 ans…

- J'attends un bébé… si si pour janvier, février et je vais épouser Ferdinand… Je suis trop heureuse !!!!!

- Waouh… Exsultate Jubilate – Réjouissez-vous en latin, le titre du motet de Mozart du jour… Tu nous invites à la cérémonie ?

- Oui, oui… et même à la noce… Oh pas un truc de star, les parents de Ferdinand, quelques amis dont ceux du blog…

- Bon tu me diras quel ou quels cadeaux tu souhaites de la part du blog… On a un budget pour les évènements…

- Trop gentil, mais pas trop de dépense, Luc commandera un presse-purée chez Temu… hihi haha hihihi hahaha…  (3,31 € 😊)


Edith Mathis

Sonia, toute à ses chouettes projets, semble oublier que l'on doit écrire une chronique. Hasard de la programmation, j'avais prévu un billet sur un allègre motet de Mozart dont le titre en latin est Exsultate, Jubilate, soit deux expressions synonymes : réjouissez-vous ! Ce qui avouons-le est de circonstance suite à ces deux annonces… 😊

L'œuvre d'une douzaine de minutes ayant été écrite pour soprano ou castrat, j'ai facilement trouvé une interprétation féminine, il y en a des dizaines et l'élue sera Edith Mathis, célèbre chanteuse des années 70-80. Par contre une interprétation par un contreténor m'a posé bien des problèmes jusqu'à la découverte d'un chanteur idéal – est-ce le seul ? – l'argentin Franco Fagioli

Mozart ne fut guère passionné par la composition de musique sacrée sur commande, pour ne pas dire musique d'Église alimentaire. Le compositeur devenu adulte fréquentera les loges maçonniques. On lui doit une petite vingtaine d'œuvres religieuses mineures et divers chefs-d'œuvre. Les neufs messes brèves écrites à Salzbourg montrent à l'évidence une parenté avec les derniers soubresauts de l'époque baroque. Composées sans grande conviction pour les offices et d'une écriture précipitée, elles demeurent des curiosités académiques peu enregistrées. Parlons des exceptions :

La Messe de l'orphelinat en ut mineur, K. 139 écrite par un gamin surdoué de 12 ans, d'une durée de 45 minutes surprend par ses dimensions et son orchestration qui l'élève au rang de Missa Solemnis. Claudio Abbado en a gravé un enregistrement passionnant.

Moins ambitieuse, citons la Messe en ut majeur K. 167, celle en ut majeur K. 257, ou encore la Messe en ut majeur K. 262. Toutes sont datées de 1776 environ et sans doute commandées par le prince-archevêque Hieronymus von Colloredo, l'employeur de Mozart. Pour diverses raisons, on les considère plutôt comme des messes brèves que des Missa Solemnis. Mozart détestait autant le prélat que ces commandes pour lesquelles son génie permettait néanmoins de fournir des ouvrages de qualité, exemple :  Messe du Couronnement K 317 créée en 1779. Enfin pour Colloredo, Mozart livrera la partition d'une Messe en ut majeur K. 337 en 1781. Elle met fin à la collaboration orageuse entre les deux hommes.

Mozart part avec Constance pour Vienne en 1782 et s'empresse d'écrire avec son cœur une vraie messe à l'intention de son épouse, la Grande messe en ut mineur K427. L'ouvrage aux proportions proches de la Missa Solemnis de Beethoven restera hélas inachevée. Qualitativement cette messe n'a comme concurrente que le Requiem, ultime composition du maitre. Les deux œuvres ont été chroniquées. (Index)


Venanzio Rauzzini

Le catalogue de musique sacrée de Mozart comprend diverses pièces de circonstances. Les deux plus connues sont Ave verum corpus, KV. 618 et surtout le motet Exsultate, jubilate, KV. 165 composé en 1773 à Milan par un jeune Wolfgang de 17 ans. Il compose sous la coupe du prince-archevêque Hieronymus von Colloredo. Il voyage pour la troisième fois en Italie, à Milan, capitale de l'opéra. L'ambition de son père Leopold d'obtenir des postes à la cour des Habsbourg sera déçu… Les opéras séria de son fils n'obtenant qu'un demi succès. Parmi ces opéras toujours proposés sur les scènes lyriques, Lucio Silla, (un despote romain, Lucio Silla en pince pour Giunia, la fille de son rival politique Marius… Mais Giunia déteste Lucio Silla et aime un sénateur exilé, Cecilio. Et patati et patata, la thématique classique à l'époque : conflits sentimentaux, assassinats, tentative de suicide et tout est bien qui finit bien.)


Tout ça pour dire que le rôle de Cecilio était destiné au célèbre castrat Venanzio Rauzzini que Mozart admirait. Rauzzini (1746-1810) occupe une place importante dans le classicisme comme chanteur, compositeur et pédagogue, notamment en Angleterre… N'imaginons pas un eunuque qui gazouille telle une midinette mais un musicien majeur. À son intention, Mozart compose Exsultate, jubilate qui est créé par Venanzio Rauzzini le 17 janvier 1773. La pièce deviendra un hit des airs de concerts sacrés de Mozart.

Le motet est constitué de trois parties et d'un récitatif. L'alléluia conclusif se révèle d'une difficulté technique redoutable comparable à l'air de la Reine de la nuit de la flûte enchantée. De nos jours toutes les sopranos ou mezzos se confrontent à ce motet à l'écriture pétulante ne s'absolvant pas de spiritualité, de prière. Les textes latin-français suivent les vidéos. Rien à ajouter.


Bernhard Klee

J'ai écouté un casting de chanteuses de talent dans cet air jusqu'à la migraine 😊. Honnêtement, j'ai toujours adoré la voix d'Edith Mathis qui chante l'œuvre avec une rare religiosité, sans affectation. M'interrogeant sur la possibilité que la Tribune des disques ait confronté six sopranos, j'ai eu la surprise de constater que oui, chose rare pour une œuvre aussi courte. Edith Mathis fut classée seconde après Cecilia Bartolli, diva à la technique époustouflante mais justement un peu opératique à mon goût pour cette page sacrée… Bref, pour les deux artistes, du grand art.

Déjà présente dans l'enregistrement légendaire du Requiem dirigé par Karl Böhm en 1971 j'écrivais : "Edith Mathis déserte l'opéra pour nous inviter avec une voix d'ange à la méditation, aucune coquetterie sur le mot "Jerusalem". " (Clic)

D'origine suisse Edith Mathis (1938-2025 dans l'anonymat 😊) débute de 1959 à 1963 sur les scènes européennes : Cologne, Festival de Salzbourg, Festival de Glyndebourne, Hambourg, Munich où elle incarne une Mélisande hors du commun. Au Deutsche Oper BerlinKarl Böhm la repère et booste sa carrière : Metropolitan Opera de New York ou Covent Garden à Londres. Les très grands rôles sont désormais à sa portée : Pamina dans La Flûte enchantée, Annette dans Le Freischütz, (Voir la chronique sur le disque de Carlos Kleiber, un must), la douce Sophie dans Le Chevalier à la rose… mais aussi des cantates de Bach. Elle chante dans tous les registres et avec brio… Et bien sûr, ses master-class seront bondées !

 

Bernhard Klee (1936-2025) soit l'exact contemporain à un an près de la soprano Edith Mathis dont il fut le mari pendant un temps non précisé ! Ancien petit chanteur du Thomas-Chor de Leipzig, il a dirigé nombre d'orchestres germaniques. Le maestro se spécialisera dans l'interprétation d'opéras en mémorisant pas moins de 80 partitions. Il sera aussi proche des milieux modernistes de la seconde moitié du XXème siècle, créant par exemple des ouvrages de Hans Werner Henze, compositeur sérialiste dans sa jeunesse mais plus éclectique par la suite… Encore des sujets de chroniques. Notons une gravure originale du chef avec Edith Mathis et d'autres chanteurs connus : Der Wildschütz (le braconnier) un opéra-comique d'Albert Lortzing (1801-1851).

 

Pour le disque du jour comportant en complément de nombreux airs de Mozart, Bernhard Klee dirige l'orchestre de la Staatskapelle de Dresde, pas moins.


Franco Fagioli

Difficile d'achever cette chronique sans découvrir Exsultate, jubilate chanté comme à l'époque par un castrat. La modification génitale imposée n'étant plus à la mode (qui s'en plaindra  😊), La voix de contreténor a été redécouverte presque à l'identique par Alfred Deller au siècle dernier. Il semble que l'exigeant "chant de tête" caractérisant la tessiture de contre-ténor, appelé aussi falsettiste, haute-contre, etc., spécialité d'Andreas Scholl ou Philippe Jaroussky, s'exerce exclusivement dans le répertoire baroque… C'est assez logique car cet artifice "génital" qui peut nous choquer a disparu à la fin du XIXème siècle en Italie. Les gamins préados n'étaient ni consultés ni a fortiori consentants !!

Près de l'abandon (pas mon genre, mais bon…), Franco Fagioli m'a apporté une réponse grâce à son album Anime Immortali. Le chanteur d'origine argentine, que je découvre, âgé de 45 ans, propose dans son album des airs de Mozart dont le motet. Les spécialistes le classent comme contreténor voire comme soprano. Il a donné au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2023 un concert dans le répertoire mozartien peu visité. Un album miraculeux disponible sur YouTube. Il domine une tessiture d'une amplitude stupéfiante… Daniel Bard dirige l'orchestre de chambre de Bâle. Je reviendrai sur sa discographie riche de 27 albums seuls ou avec des comparses, notamment dans des airs de Haendel ou encore l'opéra Artaserse de Leonardo Vinci avec entre autres Philippe Jaroussky et Diego Fasolis à la direction…

Orchestration : 2 hautbois, 2 cors, cordes et orgue pour le continuo. Partition :

Plan :

Allegro, en fa majeur, 4/4.

Recitativo secco, en fa majeur, 4/4

Andante, en la majeur

Allegro, en fa majeur

 

Minutage : Edith Mathis : [00:00] - [5:01] - [5:58]  -[12:20]

Durées des plages : Franco Fagioli :[4:25] - [0:45] - [5:43]  - [2:31]

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

Exsultate, jubilate,

o vos animae beatae,

dulcia cantica canendo,

cantui vestro respondendo,

psallant aethera cum me.

 

Fulget amica dies, iam fugere et nubila et procellae;

exorta est justis inexspectata quies.

Undique obscura regnabat nox; surgite tandem laeti, qui timuistis adhuc,

et iucundi aurorae fortunatae

frondes dextera plena et lilia date.

 

Tu virginum corona,

tu nobis pacem dona,

tu consolare affectus,

unde suspirat cor.

 

Alleluia, alleluia

Réjouissez-vous, réjouissez-vous,

Ô âmes bénies,

Chantant de doux chants,

En réponse à votre chant,

Les cieux chantent avec moi.

 

Le jour bienveillant brille, les nuages ​​et les orages fuient ;

Un calme inattendu s'est levé pour les justes.

De toutes parts régnait la nuit obscure ; levez-vous enfin, joyeux, vous qui aviez encore peur,

Et offrez votre main droite pleine de feuilles et de lys à l'aube bienfaisante et heureuse.

 

Vous êtes la couronne des vierges,

Vous nous accordez la paix,

Vous consolez les cœurs,

D'où soupire le cœur.

 

Alléluia, alléluia