mardi 22 septembre 2020

THE DOORS : «THE END» (1967) par Pat Slade




Un morceau emblématique dans la carrière des Doors et aussi un titre très controversé.




Entre complexe d’Œdipe et rupture





Formé en juillet 1965, The Doors est la rencontre entre Jim Morrison et Ray Manzarek qui avaient tous les deux fréquenté l‘UCLA (University of California), il ne faudra que cinq mois pour que le groupe composé de Robby Krieger et John Densmore ne trouve son rythme de croisière. The Doors firent leurs premières armes dans les bars de Los Angeles comme The London Fog. Puis, en mai 1966, ils décrochent un nouveau contrat au Whisky a Go-Go un autre bar branché de Los Angeles ou The Byrd, Otis Reading, The Who et Jimi Hendrix sont passés sur ses planches. Ils font la première partie du groupe irlandais Them, dont le chanteur est Van Morrison. Ces débuts difficiles permettent au groupe de se forger une expérience scénique solide, de maîtriser de nombreuses reprises et de tester leurs propres compositions.

Sur scène, The Doors teste leurs créations et ça passe plutôt pas mal. Un soir, un représentant de chez Elektra à la recherche de nouveaux talents entend Morrison et tente de lui faire signer un contrat… seul, mais c’est en groupe que The Doors signeront, sinon ils ne signeront pas. En août, ils signent un contrat avec la maison de disque Elektra pour l'enregistrement de sept albums. Pour fêter ce première album en préparation, Jim écrira un texte «The End», il montera sur scène au Whisky a Go-Go sous LSD et il improvisera quelques paroles crues sur une chanson qu’il avait écrite voici plusieurs mois suite à sa rupture amoureuse avec sa petite amie de l’époque Mary Werbelow. Dans cette chanson qui parle de la mort, il introduit sans prévenir les autres membres du groupe, des phrases inspirées des écrits de Freud sur le Complexe d’Œdipe. «Father. Yes son ? I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long» (Père. Oui fils ? Je veux te tuer. Mère, Je veux te baiser toute la nuit !). La légende veut que le groupe ait été viré le soir même par le patron du Whisky a Go-Go, ce qui n’est pas exact ! Ils honoreront leurs engagements en jouant encore trois concerts dans le club.


Le journaliste américain Richard Goldstein écrit, à propos de «The End» la plus belle des critiques, celle qui ne pouvait que plaire à Jim Morrison : «Quiconque conteste la notion de littérature rock devrait méditer sur cette chanson» ! Il sous-entend clairement qu’il existe une littérature musicale (du rock). Pour Jim Morrison, grand amateur de littérature et de poésie classiques, le compliment est ultime, avec «The End», il a réussi à faire le lien entre littérature et rock ‘n roll… 
Marylin Manson fera sa version de «The End»….mais je ne donnerai pas mon avis, je serais grossier ! 

Jim Morrison avec ses excès, ses abus scéniques et ses impromptus chocs savait que la fin justifiait les moyens.

"This is the end..." Il fallait bien trouver le mot de la fin, huit années de Déblocnot et 398 articles (Pour ma part !) ou l'humour sera toujours omniprésent et la critique négative,  absente (ou si peu !). Je ne reste pas sur ma faim, mais je prends un peut de recul, j'ouvre une parenthèse avec ce blog ou j'ai pu découvrir avec un grand plaisir des artistes que je n'aurais jamais connus et côtoyer en temps normal. Merci à tous les chroniqueurs de m'avoir accueilli en 2012, mais un au revoir n'est pas un adieu ! Et un retour pourrait survenir plutôt que prévu... En un mot, des adieux à la Line Renaud

Et puis zut ! On ne va pas ce débarrasser de moi comme ça ! je serais le cheveu dans la soupe, le pavé dans la mare, la souris dans le garde manger, le renard dans le poulailler, l'harissa dans le couscous, le beurre dans le kouign amann... bref ! Je vais encore faire quelques ravages sur le net en général et sur le Deblocnot en particulier !



dimanche 20 septembre 2020

BEST-OF PALINDROME

 

IDRAM : Pat est arrivé au bureau en marchant à reculons, adepte de la chronologie inversée, résultat il a butté contre Bruno qui buvait peinard son quatrième expresso (bien corsé) de la matinée. Tee-shirt Rihanna maculé de caféine, hurlements, invectives, menaces, poings en l'air… Ils ont réglé ça autour d’une Pietra bien fraîche et du concerto n°1 pour piano de Rachmaninov, une œuvre de jeunesse, le Sergueï l’ayant composée avant son premier poil au menton. Un génie ce type !

IDERCREM : un génie comme Peter Green, à peine plus âgé quand il commence à explorer la guitare blues, le plus discret des élèves de John Mayall, fondateur du groupe Fleetwood Mac période british. Un talent, mais aussi un personnage tourmenté, dont Bruno - qui entre temps à changer de tee-shirt - nous a dressé le portrait à l’occasion de son décès. Pas celui de Bruno.

 


IDUEJ : Nimajneb nous a parlé de… ah zut c’est à l’envers… Benjamin (c’est mieux) nous a parlé du troisième album de Ttom the Elpooh … ah merde… de Mott the Hoople, les petits protégés de Bowie période glam, mais qui infusaient de la country-folk dans leur rock. Ca se faisait beaucoup à l’époque.

IDERDNEV : sujet du prochain bac. Faut-il comprendre l’intrigue d’un film pour en savourer les qualités ? Vous avez 2h30, la durée de TENET, le dernier opus bruyant de Christopher Nolan, qui avec son concept de temps inversé à la mords-moi le zob en a laissé plus d’un sur le carreau. Dont Luc, qui avait pourtant un sacré atout dans sa manche puisqu'il avait emmené Sonia pour lui expliquer, mais… elle s’est endormie.

 ************************

Bon dimanche et rendez-vous mardi avec Jim Morrison qui devrait passer à la rédaction, comme le Toon (qui avait oublié un truc sur son bureau) et Quentin Tarantino... Du beau monde. 

vendredi 18 septembre 2020

TENET de Christopher Nolan (2020) par Luc B.

 

Si on vous donne un ticket de caisse en réglant votre place de cinéma, suivez ma recette. Délicatement déchiré par le milieu, chaque partie sera roulée entre vos doigts pour former une boulette plus ou moins régulière, que vous insérerez ensuite dans vos conduits auditifs. Cela vous permettra de supporter les 2h30 de la bande-son de TENET, un vrombissement omniprésent de réacteur de 747 dont les ultra-basses sont aussi profondes que le décolleté de Lolo Ferrari. Il n’y a pas que les tympans qui vibrent, mais aussi la rangée de fauteuils. Véridique. Insupportable. 

En cette période covidienne, les salles de cinéma sont désertées - c’est donc le moment d’y aller !  Les exploitants de salle attendaient quelques grosses affiches américaines pour attirer le chaland. Beaucoup de productions sortent direct sur les plateformes vidéos (les trucs Disney) mais Christopher Nolan a tenu à ce que son film sorte en salle. On le bénit pour l’intention, on lui en voudra sans doute après visionnage. D’où ce bon mot qu’on entend ici ou là : TENET sera le film qui sauvera les exploitants, car il faut au moins quatre visionnages - donc quatre entrées - pour comprendre l’intrigue !  

Christopher Nolan est obsédé par le temps : l’intrigue déconstruite de MEMENTO, les différentes échelles de temps d’INTERSTELLAR, le temps relatif ou subjectif dans INCEPTION… Avec TENET, c’est le temps inversé. Inversé, mais pas pour tout le monde.  Au sein d’une même action, d’un même plan à l'écran, des personnages ou des objets vont dans le sens de la marche, d’autres à l’envers. Ce qui donne des images bizarres, difficiles à décrypter, d’où le revisionnage intensif conseillé…

Exemple : le protagoniste (car le héros n’a pas de nom) conduit une voiture avec un impact de balle dans son rétroviseur. Ok. Pourtant, personne n’a tiré. Enfin, pas encore. La balle sera tirée plus tard, mais l’impact est déjà là. Ce temps inversé touche les objets indifféremment des individus.

Il y a une scène assez spectaculaire de poursuite en voiture qui illustre ce schéma. Des bagnoles qui vont d'un point A à un point B, pendant que d’autres (on le comprendra plus tard) vont du point B au point A. Comme cette voiture accidentée qui selon les points de vue se dé-accidente. Si on met de côté cette tambouille temporelle, TENET a au moins le mérite de nous montrer des images inédites de cinéma, comme cet immeuble en ruine qui se relève avant de s’effondrer de nouveau lorsque la chronologie inversée croise la chronologie présente. Car si Bidule marche de 12h00 à 12h02 et croise Machin qui marche de 12h02 à 12h00 (l'inversion du temps) à l’intersection, donc à 12h01, ils seront raccords. Tout en poursuivant leur trajectoire respective.

Suis-je bien clair ?

Maintenant que tout le monde a compris ce que moi-même je pense avoir compris, parlons du film. Le plus gros budget de cinéma contemporain. Christopher Nolan est comme Coppola ou Cimino en leurs temps, ou Eric Von Stroheim pour les moins jeunes, ou James Cameron, des metteurs en scène qui ont une vision, voient en grand, et sur lesquels on investit des sommes folles, espérant le bénéfice en retour. Mégalomane ? Quel artiste digne de ce nom ne l’est pas ?

Les millions de dollars sont à l’écran. Comme dans un MISSION IMPOSSIBLE cornaqué par Tom Cruise,  auquel on pense beaucoup (plus qu'à James Bond) Christopher Nolan trimbale son intrigue aux quatre coins du monde, décors somptueux, scènes d’actions énôôôrmes. Et comme ce type n’est pas un adepte du numérique, tout doit être filmé, si possible, dans les conditions du réel. TENET est filmé en pellicule 35 et 65 mm format imax**, développée sur du 70mm. Le must. De même, il fallait réellement filmer les actions à l’envers, soit en inversant le moteur de la caméra, soit pour les acteurs de les jouer à reculons, bref, une logistique incroyablement complexe.

Dans certains cas Nolan sait y faire. La scène d’introduction vous plante-là, à l’opéra de Kiev, le chef d’orchestre qui lève sa baguette, et boum ! Ou l’escalade d’un immeuble en Inde, ou encore ce Boeing 747 utilisé comme bélier pour défoncer un bâtiment. Pas une maquette, ni du virtuel, juste un vrai avion. On se souvient qu’Henri Verneuil avait fait réellement atterrir un 747 sur une autoroute dans LE CLAN DES SICILIENS (1969). Il y a un plaisir évident de la part de Nolan à faire péter la poudre, à en mettre plein la vue.

Et puis parfois, on reste dubitatif. Absent. Une scène de braquage sur une autoroute avec les camions qui encerclent la cible, pas mal mais déjà vue, sans que les chauffeurs du fourgon blindé ne s’inquiètent de rien. Et les rétroviseurs, y servent à quoi ?!! Ou la longue scène finale, censée être l’apothéose,  mais qu’on regarde poliment, sans y adhérer, car on y pige que dalle. Je ne vais pas spolier quoique ce soit, mais je n’ai pas compris le lien entre Andreï Sator (joué par Kenneth Branagh, au demeurant impeccable en salaud fini, accent russe en prime) et la bombe atomique, ni avec les peintures de Goya, ni avec tout le reste !

Si on ne comprend pas les enjeux dramatiques, comment voulez-vous suivre le film ? Les images se suivent, souvent spectaculaires, et on s’en fout. On s'ennuie presque. Les séquences du début sont symétriquement rejouées à la fin, sous l'angle de la chronologie inversée. Comme la poursuite en voiture, l'échange de mallette, ou la scène (réussie) sur le bateau de Sator* avec sa femme. Une figure féminine intéressante, par son humanité, ses fêlures, et son physique (
Elizabeth Debicki une blonde triste d’1m90) objet de tous les tourments. Andreï Sator, le super-méchant du film, cousin de Doctor No, est un jaloux maladif, odieux et violent avec la mère de son fils. Finalement, on le déteste davantage parce qu’il veut dérouiller sa femme que parce qu’il veut faire exploser la planète !

En leur temps personne n’a pigé 2OO1, l’odyssée de Kubrick, ou le MULHOLLAND DRIVE de David Lynch, qui pourtant restent parmi les films les plus beaux, étranges, poétiques et envoûtants (jugement qui ne tient qu’à moi !). Je souhaite à TENET le même destin. Sauf que dans les deux cas pré-cités, la non compréhension de l’intrigue n’était pas un handicap en soi, car l’intérêt était ailleurs. Et ni Kubrick ni Lynch ne donnaient les clés. Au spectateur de se faire sa propre idée. Mais TENET tient du film d’action, d’espionnage, pas de la rêverie contemplative. Donc Nolan se sent obligé de fournir la notice d’explication par de longues et laborieuses scènes dialoguées auxquelles on entrave que dalle ; c'est la française Florence Poésy qui s'y colle. Hormis ces salmigondis, je trouve que la mise en scène pure, dictée par ces contingences techniques lourdes, ne se révèle pas si virtuose que ça.

Les acteurs font le job, John Davis Washington découvert dans BLACKKKLANSMAN, n'a pas grand chose à défendre mais le charme agit, Robert Pattinson s'en sort sans doute mieux, et on est toujours content de retrouver le doyen Michael Caine (138 ans ?) même trois secondes à l'écran.

Je vois bien la vision d'auteur dans ce film, et les efforts fournis, mais c'est juste imbitable. Vous vous souvenez de cette chanson de Jean Gabin « Je sais » qui commençait par « Quand j'étais gosse haut comme trois pommes, j'parlais bien fort pour être un homme, j'disais, je sais, je sais, je sais… » et se terminait par « Maintenant je sais, je sais qu'on ne sait jamais ». Et bien moi j’ai compris (Roulement de tambour) j’ai compris qu’il ne fallait surtout pas chercher à comprendre…

J'attends avec impatience les commentaires de ceux qui l'ont vu et/ou compris...

 ***************

TENET est un palindrome. Un mot qui se lit indifféremment dans les deux sens. Comme radar, ou gag. Comme l'intrigue du film, et comme le nom de certains personnages ou situations : Sator/Rotas, Opéra/Arepo... voir photo ci-dessus, de droite à gauche, de haut en bas, les mêmes mots.

** en format imax la pellicule 65 mm ne défile pas verticalement mais horizontalement. La largeur de l’image devient donc sa hauteur, d'où une surface d'exposition doublée et cette définition incroyable.



couleur  -  2h30  - scope 1:2.35 / 70 mm

 

 

jeudi 17 septembre 2020

MOTT THE HOOPLE "Wildlife" (1971) par Benjamin.

 

Depuis 1969, et alors que MOTT THE HOOPLE ne parvient toujours pas à obtenir un large succès, la country est devenue la nouvelle grande préoccupation de l’époque. S’il est admis que le chaos d’Altamont signa la fin du rêve hippie, cette mort est actée musicalement par ce changement pour le moins radical.

Le psychédélisme était une musique révolutionnaire, aventureuse, et ayant pour ambition d’exprimer ce désir de liberté et de changement, qu’illustrait brillamment Kerouac dans les pages de « Sur la route ». La country, elle, était une musique traditionnelle, une musique de pionnier. Pendant des années, les deux cultures étaient bien séparées, les disquaires marquant les disques de Muddy Waters et John Lee Hoocker du sceau de « race record ».

Si le rock est devenu si important, c’est avant tout parce qu’il a su marier deux influences qui exprimaient les mêmes idéaux. La country, comme le folk, n’était rien d’autre qu’un blues de blanc, et ce n’est pas pour rien que la voix rocailleuse de Cash semblait parfois proche des grands bluesmen (écoutez sa version de « Rusty cage » et le « live à San Quentin » si vous en doutez).

En somme, après des années passés à planer sous l’effet du LSD, les groupes de San Francisco atterrissaient et redécouvraient le charme des mélodies rustiques. Berceau du mouvement psyché, la ville devenait désormais le centre de ce retour à la terre.

A l’origine de ce changement, il y’a celui qui fut toujours le guide de ces jeunes freaks, Bob Dylan. Démarré dès 1967, son virage country a d’abord dégoûté le public hippie, qui réévaluera l’album « John Whesley Hardin » après que ses héros creusent le même sillon.  

Parmi les chefs d’œuvres ayant converti ces hippies, on trouve le premier album que les ex-AIRPLANE produisirent sous le nom de HOT TUNA, « Workinman’s dead » du DEAD, « Sweartheart of the rodeo » chez les BYRDS, et ce « Wildlife »… Enfin non, pour « Wildlife » ce fut plus compliqué.

Le premier défaut de MOTT THE HOOPLE sera d’abord d’être anglais à une époque où l’Angleterre est bien loin des mélodies campagnardes de l’Amérique. L’Angleterre, c’est encore le hard rock, et les excès progressifs de groupes qui continuent de répondre à un géant psychédélique enterré. « In the court of the crimson king » et « Led Zep I », voilà encore les disques qui définissent la culture musicale anglaise lorsque « Wildlife » sort en 1970.

Dylanien à une époque ou Dylan perdait déjà progressivement son influence, et privé du soutien d’une scène qui s’épanouissait à plusieurs kilomètres, « Wildlife » ne pouvait que confirmer la réputation de groupe maudit que le MOTT commence à se traîner.

Sur plusieurs mélodies, le groupe sonne presque comme THE BAND, qui vient de sortir « Music from the big pink » un peu plus d’un an auparavant. « Wrong side of the river » est d’ailleurs doté d’une mélodie nostalgique que n’aurait pas reniée le groupe de Robbie Robertson. Et je ne parle même pas de ses bluettes, où le clavier se fait plus solennel, soutenant des chœurs qui semblent parfois fouler les terrains balisés par Crosby, Still et Nash.

Pour faire bonne mesure, le groupe ouvre l’album par le boogie « Whiskey women » avant de botter le cul d’Eddie Cochran sur un final redéfinissant le rock des pionniers. Comme je l’ai dit précédemment, le blues et la country ne sont que les deux faces d’une même pièce, et cette pièce se nomme rock’n’roll.