dimanche 17 octobre 2021

BEST-OF CAROTTE

MARDI : on a commencé, et on finira, la semaine avec du cinéma, Pat a revu pour nous « Mon oncle Benjamin » (le vrai oncle Ben) réalisé par Edouard Molinaro, une comédie grivoise, rabelaisienne et savoureuse, avec le plus français des chanteurs belges Jacques Brel, qui renouvelait ici son registre.   

MERCREDI : Sonia sait maintenant ce qu’est le rock aussie, australien, donc, elle a écouté avec Bruno « Rock’n’roll is my girlfriend » (une devise à graver aux frontons des mairies) du groupe Dirt River Radio, qui sonne tout de même très américain. Dommage que les disques de ce combo de Melbourne ne soient pas mieux distribués.    

JEUDI : Neil Young, deuxième ! (clap). Benjamin remet le couvert avec le Loner, et un de ses plus célèbres enregistrements public « Live Rust », qui commence acoustique guitare-harmonica, avant que le Crazy Horse ne déchaine les foudres rockrollesques, les p’tits punk et futurs grunge n’ont qu’à bien se tenir.  

VENDREDI : cinéma donc, avec le classique inusable de la comédie signé Franck Capra « New York Miami », Claudette Colbert et Clark Gable se chamaillent (pour de vrai) avant de tomber amoureux, la recette magique a beaucoup resservi par la suite. Gable y grignote des carottes crues, ce que les créateurs de Bugs Bunny n’oublieront pas 5 ans plus tard…  

👉  On se donne rendez-vous dès mardi, avec en autres Alan Parker dans une prison turque, Benacquista illustré par Tardi, et 2h45 de bond-ieuseries… 

Bon dimanche.

vendredi 15 octobre 2021

NEW-YORK MIAMI de Franck Capra (1934) par Luc B.

On a déjà évoqué ce film de Franck Capra et sa quinte flush royale. Cinq oscars pour : film + réalisateur + scénario + acteur + actrice. - clic ici - Un projet qui au départ partait mal, mais dont le résultat a conquis le public, ouvrant la voie à ce qu’on appelle la screwball comedy. Ça aussi j’en ai déjà causé, donc j’interroge au hasard...

- Pat, c’est quoi la screwball comedy ?

- Ah oui je sais, mais... p'tain Claude ! Il a versé son tube de colle dans ma trousse… C’est une comédie qui reprend le rythme effréné du cinéma muet, mais en ajoutant des dialogues débités à la mitraillette, chez nous des gens comme De Broca ou Jean Paul Rappeneau s’en sont inspirés.

- Bravo Pat. Claude, vous passerez à la vie scolaire…

Le projet a plutôt mal commencé. Franck Capra dans ses mémoires (lisez son formidable « Hollywood Story » paru chez Ramsey, une bible !) racontait que la fabrication du film était plus drôle que le film en lui-même. Capra découvre la nouvelle « Night Bus » de Samuel Hopkins Adams chez son coiffeur, et pense tenir un bon sujet. Avec son fidèle scénariste Robert Riskin, ils imaginent déjà les acteurs : Robert Montgomery et une pléïade de comédiennes. Sauf que tout le monde refuse. C’est Louis B. Mayer, patron de la MGM, qui sauve le coup. Il a sous contrat un dénommé Clark Gable, qui préfère se la couler douce sous les sun-lights des tropiques plutôt que sous les spot-lights des studios. Or, un acteur sous contrat - donc salarié - est censé travailler. Pour le mettre à l'amende, Mayer le loue à la Columbia, un studio moins prestigieux. Où travaille Capra.

Capra raconte que le futur Rhett Butler arrive à son bureau complètement bourré et de méchante humeur, contractuellement obligé de tourner ce film dont il se fout royalement. Bingo ! Il gagnera l’oscar du meilleur comédien de l'année, élargissant son public de fans. Il serait même à l’origine de la chute des ventes des sous-vêtements masculins, car dans une scène du film, on le voit retirer sa chemise sans rien en dessous. Il aurait inspiré aussi Chuck Jones et Tex Avery, créateurs de Bugs Bunny, car son personnage dans le film mange des carottes crues, n’ayant rien d’autres à se mettre sous la dent (en plus des oreilles bien développées ?).

NEW-YORK MIAMI est le prototype de la comédie romantique.  Lorsqu’on le visionne, on a l’impression de l’avoir déjà vu cent fois. Le pitch : elle et lui se détestent mais finiront amoureux. Un moule qui servira à fondre des milliers de films, il n’est pas une scène qu’on ne reverra pas ailleurs et plus tard.

Elle, c’est Ellie Andrews, riche héritière séquestrée par son père pour lui éviter d’épouser un aviateur coureur de dot. Ni une ni deux, la drôlesse plonge du yacht paternel pour rejoindre son amant. A l’écran c’est Claudette Colbert (1903-1996), un patronyme pas trop hollywoodien, et pour cause, elle est française, née dans le 9-4, à Saint Mandé. A l’aise dans tous les styles et joliment roulée, elle tourne avec Lubitsch, Preston Sturges, Douglas Sirk ou Cecil B. de Mille. Une très grande star des années 30/40.

Lui c’est Peter Warne, un journaliste roublard qui vient d’être viré de sa rédaction. Le hasard le place dans le même bus qu’Ellie Andrews, et découvrant qui est réellement sa compagne de voyage, il se dit qu’il tient là un bon scoop. Quand Ellie Andrews se fait voler sa valise, sans le sou, Warne propose de financer son retour à New York en échange d’informations pour un futur article.

Le film tient donc sur des ressorts comiques aujourd’hui ultra classiques : le couple mal assorti. Et comme les deux comédiens se détestaient cordialement, leurs disputes à l’écran n’en ont que plus de saveur. C'est sans doute pourquoi Gable est si juste dans le rôle du mufle, il n'avait pas à se forcer.
 
La première partie du film se passe dans le bus, Franck Capra fait construire un décor ingénieux, l'habitacle en coupe, qui lui permet des va et vient en travelling latéral sur toute la longueur, notamment dans cette scène de chanson quasiment improvisée au tournage, où chacun y va de son couplet. On reconnaît Ward Bond dans le rôle du chauffeur, futur interprète d’innombrables films de John Ford.

L’innovation de NEW-YORK MIAMI tient aussi à cela : le voyage. La comédie ne se filme plus entre quatre murs, souvent des adaptations théâtrales, comme Capra y reviendra avec ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES - clic ici -. Le réalisateur lâche ici ses personnages dans la nature, on est dans ce qu’on appellera plus tard un road-movie, les films de Gérard Oury ou Francis Weber chez nous reprendront le même schéma.

Un accident de la route oblige les passagers à dormir dans un motel. La séquence est fameuse. Capra se moque du code Hays garant de la bonne moralité au cinéma, interdisant un homme et une femme non mariés à partager, à l'écran, une même chambre. Peter Warne sort de sa valise une corde sur laquelle il étend une couverture (il appelle ça « le mur de Jéricho ») chacun s’installant de part et d'autre. C’est à cette occasion que Clark Gable se dessape, apparaît torse nu, alors qu’on ne perd rien de la silhouette de Claudette Colbert en nuisette, filmée à contre-jour. C’est dans cette même piaule, pour donner le change à la police, que le couple va improviser une scène de ménage, pas très compliquée à interpréter vu les relations tendues entre les deux interprètes.

D’autres scènes formidables rythment le film. La traversée de la rivière, magnifiquement photographiée, ou la nuit dans une meule de foin, où Peter Warne ira voler des carottes qu’il grignotera à la manière de Bugs Bunny. Citons aussi la leçon de trempette de donuts dans le café, et l’épreuve de l’auto-stop. Lui qui se prétend un as du lever de pouce en fait une démonstration très scientifique, mais vaine. Elle, qui s’allonge en équilibre et en toute décontraction sur une barrière (génial !), propose sa méthode infaillible pour capter l'attention des automobilistes : retrousser sa jupe.

Par rapport aux futurs films de Capra qui fustigeront le cynisme des puissants, les riches et les médias aux ordres, corrompus, il est intéressant de noter qu’ici les journalistes ont une morale, une éthique. Et le père d’Ellie, tout milliardaire qu’il soit, capable de monopoliser les services de police pour retrouver sa progéniture, conseillera finalement à sa fille d’épouser l’homme qu’elle aime, plutôt que le meilleur parti financier. Les riches ont donc un coeur. Persuadé que Peter Warne vient lui réclamer les 10 000 dollars de récompense pour lui avoir ramené sa fille, le paternel l’entend simplement exiger : « elle me doit une nuit d’hôtel et deux petits déjeuner, soit 39 dollars ! ».

NEW-YORK MIAMI est un film bourré de charme, les péripéties sont nombreuses et les dialogues pétillants. Il peut paraître parfois un peu daté dans sa forme, tourné y’a presque 90 ans, avec ses recadrages dans l’axe un peu moches, c'était la grammaire cinématographique de l'époque. Mais à la seconde où la mécanique se met en route, tout s'emballe, on reste scotché jusqu’au bout, par l’habilité de Capra à mener son récit. Même si on en subodore la fin, comédie romantique oblige. Le dernier plan se joue encore de la censure : une couverture jetée au sol, au son d’un coup de trompette (de Jéricho) qui laisse entendre que le mur est enfin tombé…

noir et blanc  -  1h45  - format 1:33

En extrait, la scène de l’auto-stop, puis une interview (en français) de Claudette Colbert. 


jeudi 14 octobre 2021

NEIL YOUNG "Live Rust" (1978) par Benjamin

Au fond d’une grande scène, une imposante pile d’amplificateurs semble annoncer un concert particulièrement bruyant. On remarque que des caméras et du matériel d’enregistrement sont positionnés un peu partout près de cette montagne. Neil Young sait qu’il vit un des plus grands moments de sa carrière, il est devenu le conteur d’une époque et souhaite immortaliser cet état de grâce. Pourtant, malgré son impressionnant dispositif, le Loner arriva seul armé de son harmonica et d’une guitare acoustique. Le public connaît ce vieux gimmick, il a déjà juré plusieurs fois qu’on ne le séduirait plus avec des moyens aussi basiques. Pourtant, par la seule force de sa prose et de quelques accords gracieux, Neil fit taire cette foule hystérique.

L’ouverture acoustique eut des airs de rite païen, elle ressemble à une procession mystique, le mage Young hypnotisant ses adeptes en quelques formules fascinantes. La beauté des civilisations amérindiennes laissa place au spleen des chercheurs d’or, le passé plus ou moins proche défila à travers cette poésie passionnante. « Sugar mountain » ramenait tout le monde sur les rives de l’enfance, époque bénie où le monde était à découvrir. Les accords bercèrent la foule, rares sont ceux qui osèrent briser cette communion de leurs cris admiratifs.

Dylan rêvait d’être Elvis, il ne comprenait pas que toute une partie de ces descendants rêvaient désormais de devenir Dylan. Ce soir-là plus qu’aucun autre, ce nouveau Dylan fut Neil Young. Chantant comme un poète au seuil de l’abîme il espaça ses accords pour permettre à ses mots de s’imprimer dans les esprits. Sur « Comes a time », l’harmonica a remplacé le mellotron de la version studio, les accords plus dépouillés ne firent qu’accentuer la somptueuse légèreté de la mélodie. Vint ensuite le fameux piano de « After the goldrush », qui eut ici le charisme d’un orchestre et la pureté des grandes ballades folk.

On ne put rêver plus belle introduction pour le « The time they are changin » de cette nouvelle époque. J’ai déjà largement décortiqué « Hey hey my my » sur la chronique de « Rust never sleep », c’est pourtant dans ce stade que cet hymne prit toute son ampleur. Après avoir affirmé que « le rock n roll ne peut pas mourir », Neil s’apprête à en faire la démonstration.

Derrière lui, les musiciens du Crazy horses prirent place affublés des costumes du Ku Klux Klan. Ne voyez pas dans ces déguisements une apologie du mouvement raciste de Nathan Bedford Forest, il s’agit juste d’une façon de se moquer des mises en scène pompeuses des dinosaures de stades. Avec ce nouveau geste d’insoumission, les punks purent encore constater que Neil était des leurs. Les musiciens branchèrent donc leurs guitares à l’impressionnant mur d’amplis et après le calme vint le déluge.

« When you dance I can really love » ne fait pas dans la dentelle. Son riff d’introduction gronda comme une avalanche, les accords gras dévalèrent la pente d’un rythme binaire, l’écho des guitares grinça comme des arbres emportés par le déluge. Le refrain culmine sur un boogie déchiré par des accords agressifs, s’éteint au terme d’un solo cataclysmique. Neil profite de cette énergie pour débarrasser « the loner » de son attirail psychédélique.

La puissance du Crazy Horse est un bain acide qui n’épargna que la moelle de ce classique, c’est-à-dire ce rythme boogie autour duquel les guitares bourdonnèrent comme une armée de frelons. Pour calmer un peu le jeu, « The needle and the damage done » permet à Neil d’enfiler de nouveau le costume du troubadour folk. Les arpèges chantent paisiblement, avant que lotta love ne prolonge cet intermède mélodieux sur un texte plus léger. Sur ce « Lotta love », c’est le hippie de Crosby Still and Nash qui s’exprima, les chœurs évoquant les harmonies vocales de ses ex partenaires.

Il fut ensuite temps de « jouer un peu de rock n roll », cette déclaration annonçant le riff tonitruant de « Sedan delivery ». Dans une chronique sortie quelques années auparavant, un journaliste qualifia le Crazy Horse de « savant mélange de folk rock et de hard rock ». C’est exactement ce que fut « Sedan delivery » et les titres qui le suivirent. Les riffs binaires, lourds comme des zeppelins de plombs, explosèrent dans des solos lyriques. Même si la guitare semble presque chanter la mélodie de « Powderfinger », le riff est parcouru de notes grondant comme un ciel d’orage. De cet équilibre entre la beauté d’une mélodie rêveuse et la puissance d’un groupe trépignant comme un pur-sang maintenu au trot naît un son unique. Ce lyrisme culmine bien sûr sur « Like an hurricane », titre qui est au folk rock ce que « Whole lotta love » est au hard blues, un horizon indépassable.*

Il faut entendre la puissance de son introduction, ce sont de véritables montagnes sonores qui s’élevèrent devant le public. Le mellotron souffla comme un doux blizzard entre ces pics, arrondit les passages les plus tranchants. Débarrassée de sa violence, la guitare atteignit une puissance émotionnelle bouleversante, ce n’est plus une six cordes c’est une lyre amplifiée. Après une telle ascension, les musiciens firent redescendre le public de son nuage à grands coups de blues gras. La violence proto grunge de « Hey hey my my » laissa ainsi place à la rage de « Tonight the night ».

Quand les dernières notes saturées s’éteignirent, le public sut qu’il venait d’assister à quelque chose de grand. Ce sont des prestations de cette intensité qui donnent encore un sens au vieux culte du rock n roll. Après avoir assisté à une prestation pareille, on ne peut qu’être convaincu par cette déclaration historique : Rock'n'roll can never die.

👀 Fans de Neil Young (ou pas !) vous seriez bien avisés de cliquer sur le lien ci dessous, notre chroniqueur Benjamin a consacré au loner un dossier entier dans son web-magasine :

https://rock-in-progress.blogspot.com/2021/08/le-magazine-daout.html

 


mercredi 13 octobre 2021

DIRT RIVER RADIO "Rock'n'Roll is my Girlfriend" (2013), by Dirt Bruno

 


     Dirt River Radio est un combo tout droit sorti des clubs de Melbourne. Une ville d'Australie déjà réputé en sérieux groupes de Rock, sans faux cols. En plus des Kylie Minogue et Tina Arena 😏. C'est là, dans la capitale australienne de la culture et des sports que Danger Alexander et Heath Brady, deux multi-instrumentistes et chanteurs, deux vieux copains, qui, à force de se croiser décident un jour de réunir leurs efforts. 


   Formé donc en 2007, Dirt River Radio réalise un premier opus auto-produit  en 2009, "Beer Bottle Poetry". Une production qui reste encore aujourd'hui, limitée à l'Australie. Un bon disque de Country-rock, parfois bluesy, parfois tendance Pub-rock. Et puis plus rien jusqu'en 2012 où, grâce au label français Bad Reputation Records, une seconde galette "Come Back Romance, All Is Forgiven" est mise à la disposition de l'Europe. Trois longues années entre les deux disques, mais le temps fut bénéfique, car ce second jet dévoile un groupe mûr, maître de sa musique. Son savoureux mélange de Country-rock rustaud, de Folk viril élevé en fût d'eucalyptus a pris du corps, et est désormais bien arrosé de Rock sec et tendu.

     Entre temps le quatuor embauche à plein temps un claviériste. Là où précédemment les claviers avaient généralement la saveur d'une pièce rapportée, désormais, avec le second disque, et bien plus encore avec le troisième, "Rock'n'Roll is my Girlfriend", ils font partie intégrante du groupe. Les compositions s'en ressentent. Sans être particulièrement dominants, ils étoffent la musique du groupe, l'extirpent de contrées arides et le projettent dans une atmosphère festive et conviviale. Une atmosphère où le groupe paraît partager sans retenu ses humeurs, ses joies et ses peines avec une chaleur non feinte. Plus que jamais, il émane de Dirt River Radio, une ambiance conviviale de pub d'habitués, amateurs de pression, de Rock et de gros Blues. Ca sent le bois patiné, le houblon, le cuir vieilli, le jeans élimé. Même si à l'évidence, ces lascars doivent apprécier la fréquentation assidue de quelques débits de boissons, il ne s'agit nullement d'une musique de soiffards 😁 Même si parfois... les chœurs, certes chaleureux, paraissent un tantinet alcoolisés. Certes, ça ne tangue pas comme une barque prise dans la tempête, mais c'est délivré avec une force plus proche de la clameur, d'un rugissement dans la joie, que dans un souci de mélodie (de quoi ?).


   Il se passe quelque chose de magique, dès le premier mouvement, dès l'introduction de "Blackhearted". Un piano percussif, une guitare laconique couplée à un tremolo vintage (Fender Vibrolux ?), laissant résonner ses accords, une basse chantante (tel un pinson heureux de retrouver le printemps) et une voix rocailleuse et habitée contant une histoire. Comme si c'était celle de sa vie, ou un moment clef, chargé de sensations mêlant désabusement et espoir. "Quand tu sais qu'il n'y a rien à faire, quand tes jours sont comptés et que c'est à toi. Et tu sais qu'il est temps de quitter cette ville...  Je t'attendais depuis si longtemps...".  Et puis les percussions s'installent, martelant le rythme, jusqu'à l'accélérer dans une courte course effrénée. "Ce n'est pas comme si tu avais sauté par la fenêtre au milieu de la nuit. C'était juste si facile quand vous me laissiez seul" Avant de, essoufflée, se caler sur un tempo plus posé. "quand je t'entends au téléphone, c'est tout bon... pour toi." Puis, final sur un chapelet de notes au piano "Si j'étais resté, je ne t'aurais pas quitté... (?)" pendant qu'un larsen intervient, perçant les tympans. Comme si la guitare avait été négligemment posée, abandonnée, délaissée suite à une subite montée d'une douloureuse amertume.

   Blues mid-tempo avec "New-York City" qui dépeint le désespoir d'un musicien déchiré entre un irrépressible désir de rejoindre la ville qui ne dort jamais, - eldorado où tout devient possible pour un groupe de Rock -, et celui de rester auprès de ses proches, de son foyer. Comme si New-York était une aguicheuse, une séductrice à laquelle il est difficile de refuser les avances, les promesses. Fantasme d'une possible réussite "... Je n'ai jamais dit que ce serait aisé de vivre avec un homme pris par le Rock'n'Roll. Alors si vous m'aimez, soutenez moi... J'ai vendu tout ce que je possédais sauf ma guitare en main. Chérie, épargne tout mon argent pour un gros jet... New-Yoorrk, ouvres tes bras ! New-Yoorrk, prends moi... Ici, tout ce dont j'ai besoin c'est d'être le chanteur de ce groupe de Rock'n'roll. Oui, je sais, c'est tout pour une chanson. J'espère que tu sais que je ne suis pas parti trop longtemps. Oui, oui, je sais... c'est juste une chanson".


 Le Rock'n'roll pur et dur sommeille toujours au fond du cœur de tout groupe australien qui se respecte. Ainsi, Dirt River Radio reprend le tube mémorable de Stevie Wright, "Hard Road". A l'origine une composition du fameux duo Harry Vanda et George Young, par ailleurs anciens compagnons de route du même Wright du temps des Easybeats. Le chant se fait plus rude, nettement plus écorché, pas loin de Bon Scott et de Wright, pour donner une des meilleures versions de ce brûlot de Hard-rock'n'roll, longtemps mètre-étalon pour les Rose Tattoo, AC/DC, Buster Brown et autres The Angels. Rod Stewart, qui n'a pas les oreilles dans sa poche, reprend aussi le morceau à son compte sur l'album "Smiler".

   "The Big One" fait un bond jusqu'au Royaume-Uni, en Irlande même, en retrouvant une verve et un lyrisme évoquant la fraîcheur et l'engouement de combos de la verte Erin. Comme si Blackwater Conspiracy jammait avec U2 et Ricky Warwick ?  "Antique Store Girl" prend de robustes accents Country-rock, du style outlaws, empreint de quelques volutes celtiques  "... puis elle me ment et me dit qu'elle aime ma cuisine..." - Bien plus John Mellecamp et Steve Earle que Rock aussie.

   On dit les cieux anglais peu engageants, plutôt enclins à engendrer spleen et morosité, la pluie et l'humidité menaçant incessamment d'étreindre les corps. Ce que pourrait traduire "England Skies",  un slow rhythm'n'blues appuyé, à l'arrache, manquant parfois de déraper par faute de guitares emportées par l'émotion, submergées par les regrets. Plus la complainte d'un pauvre hère, un adieu à un amour perdu, qu'une chanson. " ... " Tonight" suit à peu près le même registre, Moins brut de décoffrage, le morceau laisse le piano prendre l'avantage ; probablement tenter de contenir la verdeur des guitares. "Déchirez vos vêtements et envoyez moi un morceau... écrivez-moi des lettres que je ne lirais jamais. Juste, ne me dîtes pas au revoir. Quand vous partirez je pourrais déchirer mon cœur... une dernière chose avant de partir, je ne changerais jamais, je suis toujours en chemin pour un spectacle. Je sais bien ce que tu veux, j'essaye et j'essaye juste d'être pour toi "

   Après ces instants de spleen, de doutes et de peines, "Fuck You - I Miss You" débarque avec sa dose de bonne humeur et d'énergie. Moment spécial de fin de soirée copieusement arrosée de litrons de bières, ressuscitant l'esprit foutraque et galvanisant de The Pogues. Avec "All the Good Girls", banjo, harmonica, guitares folks et électriques (cleans) s'entendent pour faire danser l'auditoire sur un pur Country aux semelles crottées.


 Le groupe tire sa révérence sur une chanson crépusculaire mi-Blues, mi-Country. "Broken English Baby" à des parfums du Rolling Stones des "Exile on Main Street" et "Sticky Fingers", mélangés à d'autres, plus poussiéreux, de Waylon Jennings.

     Finalement, il semblerait que Dirt River Radio ait le cœur aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, leurs tripes restant liées à leur Land Down Under. A savoir qu'après avoir vécu deux ans au Texas, à El Paso, Danger Alexander - chanteur, guitariste, harmoniciste, claviériste - a été effectivement profondément marqué par la musique américaine.  Toutefois, malgré tout, il y a cette faconde typique aux antipodes. Cette façon de faire résonner les guitares, avec puissance et crument ; sans excès de distorsion, avec cette tonalité distinctive de guitares branchées en direct dans l'ampli (ou tout comme). Une production aussi(e) sobre, tranchante, dépourvue d'arrangements, d'overdubs, franchement ancrée dans un esprit authentiquement Rock. Moins rude et direct que son prédécesseur, "Rock'n'Roll is my Girlfriend" gagne par contre en émotion et en intensité. 

     Malgré un silence radio, Dirt River Radio n'a pas raccroché (du moins, jusqu'ne 2020). Le groupe s'est étoffé avec deux choristes, dont l'une d'elles occupe occasionnellement le devant de la scène. La formation continu bon an mal an un discret chemin. Deux albums supplémentaires ont été réalisés. Le dernier en 2019. Hélas, tous deux uniquement disponibles en digital. Ou alors en import, de la lointaine Australie.

A classer quelque part entre Beat Farmers, John Mellecamp, The Saints, Cold Chisel, Ricky Warwick, Steve Earle, Potliquors, The Pogues, Rolling Stones, Leroy Powell.



🎼🎶🐨