- La grande Martha Claude ! Et de plus dans les deux concertos sur les
trois ou quatre les plus virtuoses et spectaculaires…
- Spectaculaires mais pas uniquement Sonia. Ces deux interprétations nous
entraînent dans des voyages pianistiques qui montrent qu'au-delà des
difficultés techniques inouïes, les deux compositeurs russes tourmentés
avaient bien des émotions à partager…
- Je n'avais jamais entendu le concerto de Tchaïkovski avec autant de
plaisir… On l'entend peut-être trop souvent ?
- Bonne question, ces hit des concerts auxquels les artistes semblent
être obligés de s'affronter pour un public friand de performances ne sont
pas toujours joués avec un tel souci d'expressivité et rarement couplés au
disque.
- Deux chefs connus quels sont les orchestres ? De quand datent ces
concerts. Il me semble que Kirill Kondrachine nous a quittés il y a un
moment déjà…
- Riccardo Chailly dirige l'orchestre de la Radio de Berlin dans
Rachmaninov en 1982 et Kirill Kondrachine l'orchestre de la Radiodiffusion
bavaroise en 1980 pour le concerto de Tchaïkovski… un an avant une mort
prématurée. Cette compilation a été publiée en 1995 !
Après cet entretien matinal avec Sonia pour préparer un article, je me
demande ce que je vais bien pourvoir raconter à propos des ouvrages de ce
disque d'exception… Cela dit "raconter" est-il bien choisi ? Tant les deux
concertos que les trois artistes ont déjà été au cœur de plusieurs billets.
Quant à paraphraser pour ne pas dire soliloquer à propos de deux gravures
dont l'exceptionnelle qualité prend tout son simplement en écoutant… Que
dire
Bon Ok, j'utilise souvent la méthode labyrinthique des
(Clic) pour naviguer d'articles en
articles dans ces cas-là, mais entre Luc qui me gourmande pour mes
développements analytiques longuets et mes lecteurs qui risque de voir pas
le Blog comme un gymkhana culturel et numérique, j'adopte une solution
vielle comme le monde : le copier-coller 😊.
Martha Argerich (extrait de l'article Franz Liszt de 2012 – sonate en si mineur) :
Enfant prodige, la pianiste argentine est née le 5 juin 1941 à
Buenos Aires. "Enfant, elle a la capacité de jouer les octaves comme de simples
notes" (Eugene List
pianiste Yankee). Á 9 ans elle joue les concertos
N°1 de
Beethoven et
N°20
de
Mozart. En 1955, elle arrive en Europe où elle se perfectionne auprès des
grands maîtres comme
Friedrich Gulda
ou
Arturo Benedetti
Michelangeli.
En 1965, elle remporte 3 prix au concours Chopin de Varsovie
! Sa carrière commence.
Martha
est dotée d’un caractère farouche et indépendant. Elle joue ce qu’elle veut,
où elle veut, quand elle veut, au grand dam des organisateurs de concerts,
qui ne peuvent même pas la poursuivre pour des ruptures de contrats,
puisqu’elle ne les signe jamais !
Sa vie amoureuse est digne de celle de
Liszt. Elle pianote de mari en mari et a eu 3 enfants si je compte bien. Ex
grande fumeuse, elle se bat depuis 1990 contre le cancer avec
ténacité, on s’en serait douté. Après un traitement expérimental efficace,
elle abandonne la clope et donne un récital à Carnegie Hall au bénéfice de
l’équipe médicale, alors qu’elle se produit déjà rarement en scène.
Elle a soutenu les débuts de jeunes talents comme
Hélène Grimaud, et a claqué la porte du jury du concours Chopin en 1980, quand
Ivo Pogorelić
fut injustement éliminé au second tour. Elle est l’amie de
Nelson Freire
(mort récemment) avec qui elle joue en duo. Un sacré tempérament qui éclate
dans son jeu puissant et volcanique !
Son répertoire est très large et, au-delà des grands classiques de
Bach
à
Liszt, elle maîtrise avec brio
Rachmaninoff,
Messiaen
ou
Prokofiev.
Nota : quinze ans ont passé depuis le billet
Liszt. On ne dit pas l'âge des dames, mais
Martha
a atteint 84 ans. La maladie, a priori endormie, lui laisse poursuivre sa
carrière avec des pauses, notamment en 2017 et lors de la saison des
festival en 2021 et 2023. Son cœur a été fragilisé mais
continuons d'admirer, même occasionnellement, l'une des plus grandes
héroïnes du clavier. Elle doit jouer dans quelques jours à
Leipzig puis à
Bordeaux… puis
Lyon,
Genève,
Paris,
Lausanne… en récital, incroyable ! (si
cela vous intéresse –
Clic).
Riccardo Chailly
|
| Edition originale |
Riccardo Chailly
? Tout le monde a entendu la valse jazz de
Chostakovitch immortalisée dans une pub CNP puis par les
danseurs de salon… (Peut-être sans savoir que c'est lui qui dirige.)
Natif de Milan, Riccardo Chailly apprend la composition avec son père tout en suivant des études brillantes le conduisant à devenir en 1973, à seulement 20 ans, l'assistant de Claudio Abbado à la Scala de Milan.
Après un début de carrière itinérant et international, première
consécration comme directeur du
Concertgebouw d'Amsterdam en 1988. Le premier chef non néerlandais depuis un siècle et
notamment l'époque
Mengelberg-Beinum-Haitink). (Un orchestre rival des
philharmonies de Berlin
et de
Vienne.)
Il ouvre cet orchestre néerlandais d'exception à un répertoire plus moderne
en signant des gravures consacrées à Olivier Messiaen et même
une intégrale en 2 CDs des œuvres visionnaires (même encore de nos jours)
d'Edgar Varèse (1883-1965). En parallèle de deux intégrales symphoniques de
Bruckner
et
Mahler
de belle facture, il s'intéresse à un pan mal connu du répertoire de
Chostakovitch
: les suites jazz et les musiques de films.
En 2005, il devient directeur et chef principal de l'Orchestre du
Gewandhaus de Leipzig
(fondé en 1743 !), encore un ensemble de prestige. Pour les
enregistrements classiques,
Chailly
prend des libertés pour éviter la routine : l'orchestration de
Mahler
dans son intégrale des symphonies de
Schumann, des éditions définitives ou originales peu connues pour le disque
Mendelssohn
chroniqué aujourd'hui.
|
| Riccardo Chailly |
En concert, le style Chailly repose sur un plaisir gourmand et communicatif de diriger ainsi
qu'une fougue dans les accentuations qui vivifie les partitions qu'il
aborde…
Extrait d'un article consacrée à Mendelssohn de 2014. Depuis son
départ de
Leipzig
en 2015-2016,
Chailly de directeur musical de l'Opéra La Scala de Milan.
Talentueux et éclectique, Riccardo
Chailly a été écouté dans de nombreux articles :
|
BRAHMS Johannes |
Sonates pour clarinette et piano
Transcription de L. Berio pour orchestre |
|
|
BRAHMS Johannes |
Concerto pour piano n° 2 - Nelson Freire -Gewandhaus Leipzig |
|
|
BRUCKNER Anton |
Symphonie N°0 – RSO Berlin (1989) |
|
|
MAHLER Gustav |
Das Klagende Lied ("La complainte" /1880-89) (1991) |
|
|
MENDELSSOHN Felix |
Symphonie n° 3 "Ecossaise" - Gewandhaus de
Leipzig |
|
|
VARÈSE Edgar |
Amériques (1921 - version originale)
Concertgebouw d'Amsterdam (1996) |
|
| Kirill Kondrachine (ou Kondrashin) |
Kirill Kondrachine
Entrée au panthéon du Deblocnot du maestro
Kirill Kondrashine
grâce à une chronique consacrée à la
2ème symphonie
de
Borodine. Il a été mentionné dans diverses discographies alternatives notamment à
propos de sa remarquable intégrale des symphonies de
Chostakovitch
(pour la
8ème symphonie,
Rudolf Barchaï
l'avait remplacé au pied levé, la vidéo YouTube ayant disparu juste avant la
rédaction) ! Mention aussi pour
Don Quichotte
de
Richard Strauss
avec
Mstislav Rostropovitch
au violoncelle.
Kirill
Kondrashine
voit le jour à Moscou en 1914. Il est juste de l'inscrire dans la
liste des chefs d'orchestre russes de premier plan au XXème siècle avec
Evgeny Mravinsky,
Evgeny Svetlanov
et
Guennadi Rojdestvenski. Il apprend le piano mais c'est l'orchestre qui va le fasciner et, dans un
premier temps, la scène lyrique. De 1943 à 1956 il devient
chef permanent du
Théâtre Bolchoï
à Moscou. En 1956, Staline prend un aller simple pour l'enfer.
Kondrashine, encore jeune, démissionne avec fracas du Bolchoï, dépité par le
conservatisme des lieux. Sous l'impulsion de son ami le violoniste
David Oïstrakh, il commence une carrière plus symphonique et devient le premier chef à
pouvoir diriger à travers le monde tout en ayant la charge de 1960 à
1975 de l'Orchestre de Moscou dont le niveau rivalisera à force de travail avec celui de
Leningrad. Ses voyages à l'ouest finissent par irriter les autorités ; l'histoire se
répétera avec son confrère
Svetlanov.
(Clic)
|
| Non réédité à ce jour 😡 |
En 1975, il quitte (on le pousse ?) l'Orchestre de Moscou et part définitivement à l'ouest en 1978, à
Amsterdam
où
Bernard Haitink
lui propose un poste de codirecteur du
Concertgebouw
à ses côtés. En 1981, une crise cardiaque le terrasse après un
concert à la
NDR de Hambourg
lors duquel il dirige la
1ère symphonie
de
Mahler, compositeur qu'il avait fait connaître dans sa patrie natale. Un
concours
Kondrashine
a été créé à
Amsterdam
en 1984.
On associe souvent l'art de cet homme à la musique russe. C'est assez
justifié mais limitatif.
Kirill Kondrashine
brillait dans un répertoire très large, de
Mozart
à tous les romantiques. À titre personnel, je n'ai jamais entendu une
interprétation du
concerto pour
violon de
Brahms
plus habitée et électrisante que celle réunissant en 1967 ce chef
et
Leonid Kogan
! LP Label Chant du monde à l'origine bien difficile à trouver. Une
écoute en aveugle à domicile et en famille de mélomanes de quatre grandes
versions a confirmé sans appel cette opinion… Voir aussi l'article sur ce
concerto dans l'interprétation d'Hilary Hahn.
(Clic). Les articles avec le chef dirigeant ou accompagnant :
|
PROKOFIEV Serge |
Concerto pour piano N° 3 - Byron Janis |
|
|
RACHMANINOV Serge |
Concerto pour Piano N° 1 - Byron Janis |
|
|
BORODINE Alexandre |
Symphonie N°2 (1876) – Concertgebouw (Live 1984) |
Concertos pour piano : N°3 de Rachmaninov et N°1 de Tchaikovski
Comme déjà précisé, cette compilation de deux disques parus à deux ans
d'intervalle (les labels son radins au début du numérique 😊) entre
dans la légende à la fois par la rencontre de deux chefs de grands talents
et encore plus de la "Lionne" réputée pour son jeu dynamique, clair et, si
j'ose dire : viril ! Wikipédia a eu recours au dictionnaire des synonymes
pour aboutir à un panégyrique presque dédaigneux vis à vis d'autres grands
virtuoses aux tempéraments moins extravagants. La plus "grande pianiste de tous les temps" avec
Horowitz
côté masculin … Admettons ! Vous savez ce que je pense de ces excès verbaux.
Je pense à
Richter,
Gillels, Arrau
… chacun dans son répertoire… Côté fille, la prodige
Yuja Wang
semble une favorite de
Martha
pour assurer au pied levé son remplacement lors des annulations pour raison
de santé… Entre pianistes aux frappés diaboliques… logique !
Incontestablement les deux concertos réunis conviennent parfaitement à la
technique sans faille de
Martha
et à la puissance tellurique caractéristique de ses d'interprétations face à
deux partitions qui trop souvent nous sont proposés comme des œuvres de pure
virtuosité lorgnant vers un postromantisme pathétique.
Il suffit d'écouter les accords enchainés quasiment "pointés" du début du
concerto
de
Tchaïkovski
suivis du pointillisme percutant mais élégant de l'exposé lyrique de la
thématique pour comprendre que l'on touche au génie d'un concerto trop
souvent rabâché avec académisme.
Le
concerto
de
Rachmaninov
fut écrit bien après sa phase dépressive. (Oui il y en aura d'autres…)
Martha
à ce qu'on appelle "l'Everest du piano", préfère une montagne tout aussi
majestueuse mais avec des alpages et des fleurs, une vitalité folle. On
entend toutes les notes, tant à gauche qu'à droite (je parle des mains 😊).
Pour un guide de découverte des deux ouvrages, tout est dit dans les
chroniques précédentes…
Martha
semble, à mon avis, redonner les couleurs fantasques et un peu provocantes
du géant russe. B**l, il faut un piano solide pour dynamiter de cette
manière les solos et la cadence de dingue du 1er mouvement !
Assez bavarder, je publie deux vidéos : Le concerto de
Tchaïkovski
est une suite de trois vidéos, pas de problème de timing…
Pour celui de
Rachmaninov, le découpage est le suivant : I.
Allegro ma non tanto
– [00:00] / II.
Intermezzo (Adagio)
– [15:33] / III. Finale (alla breve)
– [26:32]
|
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée. Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…
|
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INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. |
























