mardi 29 septembre 2026

”CORTO MALTESE“ d’Hugo Pratt - par Pat Slade


Corto Maltese, le marin solitaire loin de son foyer, qui visite la planète et son histoire par la même occasion.



Hugo Pratt et son Héros Romanesque

Corto Maltese, le marin au cœur vagabond et au flegme à toute épreuve, c’est un peu le gentleman aventurier que tout lecteur du journal ”Pif Gadget“ rêvait de croiser au détour d’une page ou d’un port exotique. Créé en 1967 par Hugo Pratt, ce personnage incarne une époque révolue où les cartographes traçaient des routes au compas et où l’aventure avait encore ce goût d’embruns salés et de mystère. Alors embarquer pour une chronique décontractée et détaillée sur ce héros pas comme les autres.

Corto Maltese un marin pas banal.
Dès son premier coup de crayon, Hugo Pratt fait souffler un vent nouveau dans l’univers de la bande dessinée. Corto n’est pas le héros bourrin qui règle tout à coups de poings, ni le gentil garçon qui sourit naïvement à chaque mésaventure. Non, Corto il est plus genre ”je suis cool, je fume une clope, j’ai vu des choses que tu ne peux même pas imaginer, et je vais te raconter ça tranquille“.

Son look ? Une casquette vissée sur sa tignasse noire, une cigarette au bec (parfois remplacée par un cigare, question de style), un manteau long qui flotte au vent, et ce regard mélancolique d’un gars qui a traversé le siècle en bousculant les conventions. Et surtout, ce faciès débonnaire qui cache une intelligence redoutable et un sens de la répartie à toute épreuve.

Des aventures géo-politico-poétique. L’un des charmes de Corto Maltese, c’est que ses aventures sont bien plus que de simples péripéties rocambolesques. À travers lui, Hugo Pratt nous entraîne dans un monde en ébullition, entre guerres mondiales, révolutions oubliées, et rencontres exotiques. On passe de Venise à la Sibérie, de l’Amazonie aux îles du Pacifique, en compagnie d’un héros qui semble à la fois étranger et chez lui partout.

Et ce n’est pas pour rien que derrière l’encre et le papier, on sent le travail d’un historien passionné. Chaque album regorge de références pointues, d’anecdotes historiques croustillantes, et d’une vraie poésie qui donne envie de sortir sa carte du monde et de se perdre dans les méandres de l’Histoire.

On ne fait pas une aventure épique sans équipage digne de ce nom, et Corto Maltese n’y coupe pas. Parmi ses compagnons de route, hauts en couleur, on trouve Rasputin, ce géant russe aussi imposant qu’attachant, avec sa barbe broussailleuse et son penchant pour les coups de poing réglos. N'oublions pas Pandora, mystérieuse femme fatale dont la présence ajoute une touche d’intrigue et de sensualité aux récits.

Sans oublier que Corto croise aussi plein de figures historiques, du poète à l’espion, du pirate au révolutionnaire, donnant à chaque album un parfum d’épopée foisonnante où l’imaginaire flirte constamment avec la réalité.

Visuellement, la série est un vrai régal. Le trait de Pratt est élégant, épuré, mais suffisant pour plonger lecteur et lectrice dans une ambiance unique. Au fil des cases, on ressent le souffle du vent, la chaleur moite des tropiques, le craquement du bois sur l’eau. L’artiste maîtrise à merveille le clair-obscur, jouant avec les ombres pour renforcer cette atmosphère souvent un peu mélancolique, parfois dramatique, toujours profondément humaine. De la poésie en noir et blanc.

Pourquoi Corto Maltese reste une icône ? Parce qu’il est universel, tout simplement. Il parle à celles et ceux qui aiment l’aventure mais aussi la réflexion, la fantaisie mais aussi la vérité nue. Parce qu’il ne se contente pas de tracer des routes imaginaires, il interroge notre rapport au monde, aux autres, à la liberté. En plus, il a ce côté rebelle attachant, un peu désinvolte, qui ne se prend jamais au sérieux mais qui inspire le respect. Et avouons le, n’est-ce pas rafraîchissant dans un monde où les héros sont souvent trop parfaits ou trop formatés ?

En résumé, pourquoi lire Corto Maltese ?

Pour voyager sans bouger de son canapé. Pour découvrir une époque fascinante à travers les yeux d’un anti-héros charismatique. Pour savourer une écriture à la fois simple et profonde. Pour admirer un graphisme intemporel qui ne vieillit pas d’un poil. Pour s’émouvoir, et s’interroger sur le monde.

Alors voilà, si vous ne connaissez pas encore Corto Maltese, c’est le moment ou jamais de plonger dans ses aventures. Promis, vous ne verrez plus jamais les cartes marines de la même façon. Et qui sait, peut-être que comme lui, vous aurez envie de lever l’ancre, pour partir à la recherche d’horizons insoupçonnés. Mais même si Corto est un aventurier des mers et un gentilhomme de fortune, il n’est pas non plus un enfant de chœur

Corto Maltese, les voyages imaginaires d’Hugo Pratt.


dimanche 27 septembre 2026

LA FACE OBSCURE DU BEST-OF


MARDI : un chef d’oeuvre chez Pat, le fameux et intemporel « The Dark Side of the Moon », le huitième album de Pink Floyd reste une œuvre ambitieuse, accessible et sophistiquée, une musique apaisante, mélancolique.

MERCREDI : du blues avec Bruno, et du meilleur, avec le classique « Born under the bad sign » du prodigieux Albert King, entouré de la section rythmique de Stax Records, le disque combine la rugosité du delta blues durcie au son des métropoles industrielles.


JEUDI : c’est dans un amphi surpeuplé que le Toon a décliné sa brillante thèse « La prétention des suprémacistes de la musique classique est-elle absurde ? » (qu'on aurait pu sous-titrer "Arf, les goûts et les couleurs...") le tout solidement argumenté, documenté, illustré, et commenté… (plus quatre chouettes extraits musicaux circonstanciés ♬♬).

VENDREDI : un film-portrait avec « La vie d’une femme » de Charline Bourgeois-Tacquet qui étudie toutes les facettes d’un personnage, familiale, amoureuse, professionnelle. Léa Drucker éblouit dans un récit bien filmé mais qui ne surprend pas tant que cela.

👉 La semaine prochaine, de la bédé, et pas des plus mauvaises avec les aventures de Corto Maltese d’Hugo Pratt, mais aussi du rock aussie (arf!) avec Rose Tattoo, de la littérature avec Kazuo Ishiguro (« Les Vestiges du jour »), et on s’encanaillera au cinéma avec Olivia Wilde.


Et un dernier salut à la belle et diaphane Marina Vlady, 88 ans aux miches, actrice de théâtre, de télévision, qui avait vraiment débuté au cinéma avec André Cayatte, qui a tourné souvent avec Robert Hossein (monsieur Vlady), elle a été « La Princesse de Clèves » pour Jean Delannoy, la Juliette de Jean Luc Godard dans « Deux ou trois choses que je sais d’elle », la marquise de Parabère pour Tavernier dans « Que la fête commence », « L’adorable menteuse » de Michel Deville, la Regina dans « Le lit conjugal » de Marco Ferreri, rôle qui lui a valu une Palme d’Or à Cannes et un Golden Globe. 

vendredi 25 septembre 2026

LA VIE D’UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet (2026) par Luc B.


Tout est dans le titre. Au départ, je me suis dit, ouh la, Léa Drucker joue une chirurgienne, on va se la jouer film-docu-drama genre Dossiers de l’écran, z’avez vu comme mon film est documenté, j’ai pu tourner dans un vrai hôpital. Mais non, la chirurgie maxillo-faciale n’est que la profession de Gabrielle Conti. Le film de Charline Bourgeois-Tacquet (son deuxième) s’attache à sa vie dans toutes ses facettes.

Il y a le métier, forcément, Gabrielle est chef de service, et son service est justement en plein travaux. En arrière fond des scènes on entend les perceuses qui percent, les marteaux qui martèlent, c'est le bordel partout, il faut en plus préparer le déménagement dans de nouveaux locaux. Situation non anodine, puisque c’est la vie de Gabrielle qui est chamboulée de partout. Un dérèglement qui culmine dans une séquence extraordinaire sur le parking de l’hôpital, un ballet de camions qui vont et viennent, tandis qu’elle cherche sa place sans se faire écraser et finir la conversation téléphonique, avant de s’écrouler à bout de nerfs. Grand moment de mise en scène.

Il y a cette auteure, Frida (Mélanie Thierry) qui pour documenter son bouquin s’invite dans le service de Gabrielle. Dès le début, sur un plan, un regard, on sait que cette rencontre va changer beaucoup de choses, ouvrir des perspectives. Là encore, jolie scène, dans un appartement en clair-obscur ocre où se joue un ballet, pas anodin non plus, puisqu'on s’approche, on s’éloigne, on se frôlent, on se touche. Il y aura d’abord un « Non », et plus tard un « Encore... ».

Dans les chamboulements, il y a ces grands enfants, ceux de son compagnon Henri (Charles Berling) qui vivent encore dans l’appartement, une présence que Gabrielle commence à ne plus supporter, s'ils restent, c'est elle qui part dans son studio. On ressent les doutes d'Henri sur sa place dans le couple, au côté de celle qu'il surnomme « Robocop » (terme que Gabrielle reprendra à son compte, à la fin) et sa capacité à gérer patients, collègues, gamins, mari. Mais aussi sa mère dont elle prépare le départ en Ehpad (Marie Christine Barrault). Belle scène, drôle et grave devant la juge des protections (Suzanne de Baecque). 

Donc rien ne va. Ceux qui sont censés partir restent, et inversement. Et puis il y a Kamyar (Laurent Capelluto), l’adjoint, l’ami, le complice de toujours, qui pond des gamins à chaque femme qu’il croise, tous ont comme marraine Gabrielle, d’où cette remarque d’une collègue : « mais pourquoi vous ne les avez pas faits ensemble ? ». Car Gabrielle n’a pas d’enfant, n’en veut pas, un refus de la maternité qu'elle est contrainte de justifier, situation rare au cinéma.  

Alors, comment tout cela se traduit dans la mise en scène ? Car des bilans de (mi) vie, des films portraits, on en avait déjà vus, on pense à DOCTEUR FRANCOISE GAILLAND (1976) avec Annie Girardot. LA VIE D’UNE FEMME n’est donc pas d’une originalité folle en soi, boulot, gamins, couple, sexualité. Je me souviens de UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR de Claire Denis (2017) que j’avais beaucoup aimé, bilan sentimental d’une quinqua, qui reposait sur une Juliette Binoche impériale. Ou A PLEIN TEMPS (2021) d'Eric Gravel avec une formidable Laure Calamy, cette fois en mode prolo, qui avait su capter son époque. Ici Charline Bourgeois-Tacquet pose sa caméra dans les beaux quartiers (l'environnement bourgeois n'aide pas forcément à l'empathie) où Léa Drucker impressionne encore, avec ces airs détachés à la Deneuve, Huppert (pas les plus mauvaises), cette capacité à se fondre dans un rôle, une fonction, dans un naturel confondant.

Les premières images font peur, un grain monstrueux comme hérité des pellicules 16 mm (le format est en 1:1.66, norme française des années 60, 70) mais j’ai fait mon enquête, on est sur du numérique 4K, qui visiblement cherche à singer le rendu pellicule. Ca agace au début, mais donne un aspect réaliste aux premières scènes, et une patine intime ensuite. Les scènes à l’hôpital sont heurtées, caméra épaule, up tempo, au plus proche des gestes, des visages, comme lorsque Gabrielle annonce un cancer de la langue à un patient.

Et puis on prend de l’espace, les paysages s’ouvrent, les plans prennent plus leurs temps, comme dans les scènes en Italie où Gabrielle et Frida prennent quelques jours au bord d’un lac (avec Erri De Luca, écrivain italien dans on propre rôle). Il y a ce colloque avec un beau mouvement à la grue, qui part de la salle, recadre Gabrielle à la tribune pour finir sur Frida, assise dans l’ombre de la salle. Ou ce beau plan long sur Henri et Gabrielle marchant de nuit, cette caméra qui les enveloppe amoureusement, les laisse partir au loin.

Le film vaut pour l’interprétation des comédiens. Bien sûr Léa Drucker éblouit, on le sait depuis un moment, on retrouve cette distance, ce détachement, être là sans y être, cette petite voix fielleuse, au-delà des compositions que les acteurs américains affectionnent. Mais toute la distribution impressionne, Marie Christine Barrault en tête.

Je reprocherai à LA VIE D’UNE FEMME ce chapitrage redondant (comme JULIE EN DOUZE CHAPITRES de Joachim Trier) dont chaque titrage annonce le contenu de la séquence qui suit. Et où à chaque fondu au noir on se dit que c’est fini, et non, ça recommence. Sinon, on ne peut rien reprocher de particulier à ce film, si ce n'est d'aborder des thèmes rebattus, sans y apporter une touche d'originalité. 



Couleur - 1h40 - format 1:1.66 

jeudi 24 septembre 2026

La prétention des suprémacistes de la musique classique est-elle absurde ? – par Claude Toon

Caricature d'Hector Berioz

Caricature d'un rocker classique


- Essai sur les goûts et les couleurs musicaux, Claude, les intentions des musiciens de tous les genres, un article d'opinion ? Une première dans le blog…

- En effet Sonia, un texte sur mes interrogations au sujet des inconditionnels et fans s'opposant à propos de la valeur d'un genre musical par rapport à un autre. D'ailleurs sans réellement savoir de quoi ils parlent, le rejet par principe ! Mélomanes, rockeurs, bluesmen, etc. de tous les pays, unissez-vous 😊

- Bigre, j'impose un commentaire de texte composé de la part des lecteurs, je ramasse les copies dans 2 heures, hihi !

 

Partie 1 : La musique classique est-elle morte ? 


Bach et un théorbe bizarre...
 

 

Je pourfends cette idée reçue : la musique classique n'a pas disparu ! L'univers musical de la civilisation occidentale s'est remodelé profondément suite aux inventions d'Edison et de Charles Cros (les disques), de Guglielmo Marconi (la radio), et des recherches acoustiques de musiciens créant des techniques de compositions nouvelles (sérialisme, polyrythmie… électroacoustique). 

Les gravures des chansons populaires sont entrées dans les foyers avant-guerre et que dire depuis. Dans les années 50, la muse Euterpe a pris de multiples visages et on a assisté à  l'éclosion d'une myriade de genres pour des publics très larges : le jazz, le rock, la pop, etc. Les salles de concert et l'écoute attentive et silencieuse (pas toujours, il y a eu des rixes) s'est vue concurrencée par la folie enflammée dans des stades gagnés par une ambiance électrique (sans jeu de mot 😊). Le Deblocnot reflète par ses billets cette large variété de styles… Sauf que les rédacteurs et nos lecteurs ne se "bouffent pas la tête" pour imposer leurs passions comme référence !

Depuis le Moyen-Âge jusqu'au début du XXème siècle cohabitent la musique dite "savante", celles des concerts chics des châteaux, des cathédrales, des salons ou salles de concerts, avec la musique plus "festive" des traditions villageoises. Pourquoi ce qualificatif doctoral "Savante" ? 

Les quatre saisons de Vivaldi n'exigent aucune formation solfégique académique pour nous charmer, en tout cas guère plus que pour apprécier un beau standard de Jazz, un hit de Rock, ou une chanson des Beatles. La musique dite classique a porté longtemps le statut d'art et de musique de "classe", comme l'affirme encore notre ami sh**le M**r, un lecteur historique fidèle. Comprendre par-là que la musique "classique" se voulait exclusivement réservée à : la noblesse, le clergé, les intellectuels, son écoute dépendant d'une éducation bourgeoise. Quid de nos jours, tu parles ! (Comme si la musique votait conservatrice, on dit à droite je crois, une idée saugrenue qui aurait fait hurler Beethoven républicain et révolutionnaire😊.)

Dans les villages, danses et chansons constituaient un patrimoine rarement écrit, transmis par tradition orale, sauf quand des compositeurs éclairés (Dvorak, Bartók) viendront les transcrire voire les enregistrer… puis les métamorphoser en œuvres "savantes".

Dernier nota : ne nous leurrons pas au sujet d'une musique classique qualitativement dominatrice. Une idée de génie comme Pam Pam Pam Paaaam de Beethoven ne surgit pas chaque matin, y compris chez l'intéressé. Des centaines de compositeurs de cour ont disparu et leurs piètres partitions avec. Certaines injustement oubliées ressurgissent... et apportent de la nouveauté dans le catalogue ancien.


The Beatles

Au fil du temps, en parallèle de l'écriture d'œuvres de cabaret (café Zimmermann de Leipzig) comme les concertos brandebourgeois de Bach, la création d'ouvrages vraiment "savants" exigeait du public des connaissances en philosophie, en histoire, en littérature et sollicitait notre mémoire pendant 1 à 4 heures. Et là, je pense à certains opéras de Wagner ou aux symphonies de 1H20 de Mahler, ou de Bruckner, et d'autres… Combien de "nantis" ont souffert à Bayreuth, le temple wagnérien, à cause de leur incapacité naturelle à apprécier les mystères des partitions de 500 pages, en fait simplement parce qu'ils  devaient s'y montrer, quitte à critiquer l'innovation ! Si j'ose dire, la bourgeoisie bavaroise ou viennoise respectaient des obligations mondaines érigées en règles sociales leur donnant droit de se faire ch**er 😖😄ou somnoler !! Des étudiants désargentés mais fascinés restaient à la porte.

 

Et oui, des durées et des complexités du texte et du discours musical rebutantes (100 motifs mélodiques et 14 Heures pour le Ring de Wagner) et non une heure comme dans l'enchaînement des morceaux de Rock de 5-6 minutes interprétés par des groupes rivalisant d'imagination, des plus sages au plus barbares, de blues, etc.. Ces générations de musiciens participeront ainsi dès 1960 à l'éclosion d'une culture à part entière mêlant lesdites "classes". Notez que ces durées sont aussi celles de chacune des 555 sonates de Scarlatti. Parle-t-on ici de compétition qualitative entre musique pour intellectuels vs celles pour distraire la populace ? NON !!!! ABSOLUMENT NON.

 

Attention à ne pas se méprendre sur mon propos !! Dans nos choix musicaux, la réceptivité face à un style musical défini varie beaucoup d'un auditeur à un autre. Certains de nos contemporains se passionnent pour la rage à vocation militante, l'expression des révoltes à travers des morceaux musicalement rugueux voire agressifs (souvent du Rock, parfois du classique moderne1) ? À l'inverse, d'autres publics préféreront la légèreté colorée d'une musique classique (parfois certains rocks progressifs) aux accents épiques, mystiques ou poétiques (Beethoven, Messiaen, Ravel ?). Attention je ne parle pas des niaiseries dédiées aux Concours de l'Eurovision, la platitude au service du mercantilisme…

1 – les compositeurs Henryk Henrik Górecki, Krzysztof, Penderecki et Dmitri Chostakovitch, tous antinazis, antistaliniens, anti guerre à l'instar des groupes U2 ou Rage Against the Machine… Voir les spécialistes du blog…



Pochette Lp 45 tours U2

Partie 2 : Classique et Rock, même combat contre la folie humaine

Écoutons la férocité du scherzo de 4 minutes de la 10ème symphonie de Chostakovitch, écrite après l'agonie et la mort de Staline, Dmitri n'a jamais caché que cette musique de cirque frénétique avec sa marche sardonique [Trio à 2:20] dépeint la nature sadique et exterminatrice du dictateur. Au pupitre de la philharmonie de Leningrad, l'ami maestro de toujours, Evgeny Mravinski très motivé et très satisfait de la descente aux enfers du père Joseph… (Article) La vidéo exacerbe le sarcasme musical par des images témoignant de l'imbécilité du culte de la personnalité voué au tyran.
Effectif : 120 musiciens…


Autre dégoût, autre style : Une mécanique implacable, un cri de rage du groupe irlandais U2 dans la chanson Sunday Bloody Sunday (dimanche de sang) de 1982 dénonçant le massacre de 14 manifestants non armés en 1972 à Derry par des soldats britanniques. La rythmique obsédante ne cesse de s'amplifier, scandant une ligne mélodique fracassante, un carnage inter musicos. Le texte ne laisse aucune ambiguïté :

Bono – chant principal, The Edge – guitare, chœurs, Adam Clayton – guitare basse, Larry Mullen Jr. – batterie, Steve Wickham – violon électrique.






Labo moderne de composition 😀
 
 

Partie 3 : Le menuet des snobs et la valse des faussaires 😅

L'une ou l'autre des attirances, et même les deux, ne dépendent en aucun cas de dieu sait quel QI analytique nourri de connaissances académiques pointues en solfège, contrepoint, chromatisme, etc.. En un mot, établir une théorie élitiste dédaigneuse envers ceux que la musique classique n'émeut pas n'a aucun sens en psychologie et dans l'étude de la sensibilité artistique (précepte pédant pourtant professé un temps par René Leibowitz ou Antoine Goléa). Professer cette doctrine est méprisable. Certes, on doit admettre que naître dans un milieu de bon niveau éducatif peut être un atout (notamment financier ?) pour la sensibilisation des jeunes à l'esthétique classique et à toutes les formes d'arts en général ; et encore…

 

Un défi a ainsi été lancé aux musiciens de "conservatoire" face à cette nouvelle donne socioculturelle : se renouveler ou disparaitre. Écrire un concerto grosso pour guitares, basse, batterie et voix serait une idée grotesque et hors sujet. Mais attention aux resquilleurs plus ou moins bien intentionnés...

Pour les "copy cat" comme Federico Maria Sardelli et sa musique baroque "à la manière de", un passionné ne doute pas très longtemps de la supercherie face à la banalité de ses compositions qui, écrites au XVIIIème siècle auraient terminées oubliées dans une bibliothèque poussiéreuse. Cela dit, respectons l'humoriste et le maestro qui connait son Vivaldi, "le vrai", sur le bout des doigts. Merci pour la première gravure de l'opéra l'Atenaide de Vivaldi avec Nathalie Stutzmann, quand même.

Je ne m'étends pas sur les trahisons musicales d'André Rieu. Je l'avais déjà habillé pour l'hiver en 2011, le violoneux et ses caviardages de chefs-d'œuvre authentiques, façon made in China (Maestro ou Classic’ en toc ?) ; le délit de contrefaçon de la partition...




Partie 4 : Chacun sa passion, qu'on se le dise !

Hormis quelques titres qui me passionnent (voire mon billet sur Old River de Springsteen chanté en live en plus de dix minutes ou bien la musique inclassable de Steve Wilson, le Rock, même défendu avec conviction par mes camarades, me laisse sur ma faim au bout de trois titres car ressenti comme trop répétitif tant sur l'inspiration que sur la forme… Il en est de même pour les caprices de Paganini… Je n'ai aucune explication rationnelle à ceci ; précisons que je suis d'origine du monde ouvrier et que mon goût inattendu pour le classique contamina mes parents, les conduisant de Yvette Horner à Debussy et Beethoven, et même au concert  😊. Le monde à l'envers.


John Adams et… la bonne vielle méthode du papier

Pour se recentrer sur le propos, l'art classique moderne perdure intensément. Les compositeurs ont inventé de nouveaux langages : le sérialisme, les modes minimalistes-répétitifs, etc. Dans un premier temps, les créateurs ont eu tendance à s'enfermer dans ces nouveaux cadres très conceptuels voire trop abscons pour le public.

L'échec relatif de certains parcours (Boulez au hasard) a donné lieu à une libération des formes (John Adams). Certes l'écoute peut se révéler difficile, provocante, foutraque… Ceci est le lot de toutes les nouveautés artistiques. Aux mélomanes de faire l'effort d'affiner leurs capacités d'écoute, de laisser vagabonder leurs imaginaires par rapport à ce ce qu'ils écoutent, et ce qui déroute finit souvent par manifester son objectif expressif, sa logique conceptuelle et sa poésie…

 

Dans la prochaine chronique, nous mettrons en illustration ces quelques idées lors de l'écoute d'un concerto pour violon de l'anglais Thomas Adès, utra moderniste mais diablement intrigant…

 

J'en ai parlé, on les écoute !

1 – John Adams : Common Tones in Simple Time de 1979 - Orchestre symphonique de Montréal - Kent Nagano ("Tons communs en mesure simple". On ne sait pas de quoi il s'agit 😊mais quelle poésie méditative !!! (Style : minimaliste - répétitif)

2 - Steve Wilson : Deform to Form a Star extrait de l'album Grace for Drowning, un double CD de 12 titres de 2011. (style : rock progressif avec, à mes oreilles des incursions jazz, un univers étrange… qui fusionnent diverses influences musicales). Une douzaine de musiciens sont à l'œuvre dont Steve Wilson jouant d'environ trois instruments à lui seul. (Bach faisait pareil 😊)






Liste des compositeurs contemporains chroniqués dans le blog
A
ADAMS John
ANDRIESSEN Hendrik
B
BARBER Samuel
BART K Bela
BERG Alban
BERNSTEIN Leonard
BOULEZ Pierre
C
CHOSTAKOVITCH Dmitri
CORIGLIANO John
CRUMB George
D
DUTILLEUX Henri
G
GLASS Philip
GORECKI Henryk
H
HERRMANN Bernard
HIGDON Jennifer
HORNER James
HOVHANESS Alan
L
LANGGAARD Rued
LIGETI Gy rgy
M
MARTYNOV Vladimir
MESSIAEN Olivier
P
PÄRT Arvo
PENDERECKI Krzysztof
PRICE Florence
PROKOFIEV Serge
R
REICH Steve
S
SAARIAHO Kaija
SCHNITTKE Alfred
SCHOENBERG Arnold
SORABJI Kaikhosru Shapurji
V
VAR SE Edgar
VASKS Peteris
W
WELLESZ Egon