vendredi 21 août 2026

LA DÉSINVOLTURE EST UNE BIEN BELLE CHOSE de Philippe Jaenada (2024) par Luc B.



Dans LA PETITE FEMELLE, chroniqué ici en son temps [ CLIC ICI ] Philippe Jaenada partait à la recherche de Pauline Dubuisson, qui avait défrayé la chronique faits-divers en 1953, pour meurtre. Après une enquête minutieuse, il avait reconstruit le parcours de toute une vie, et d'une époque. Dans LA DÉSINVOLTURE EST UNE BIEN BELLE CHOSE, il reprend le même principe, mais pour s’attacher à une parfaite inconnue, Jacqueline Harispe.

Surnommée Kaki, elle est morte défenestrée de sa chambre d’hôtel rue de Cels (près du cimetière Montparnasse) en novembre 1953. Elle avait 20 ans, était jolie, amoureuse, entourée d’amis, mordait la vie par les deux bouts. Elle faisait partie de cette bande qui frayait dans le Saint Germain des Prés d’après-guerre.

Jaenada n’est pas le seul auteur à s’être intéressé à elle. Il est tombé sur une interview de Patrick Modiano racontant qu’enfant, au café Moineau, un type désespéré était entré en criant : « Kaki est morte, elle a fait le grand saut ». Modiano en avait tiré un roman appelé « Dans le café de la jeunesse perdue » en 2007, l’héroïne s’appelait Jacqueline Delanque, dite Louki. Louki / Kaki...

Philippe Jaenada va reprendre l’enquête, comme à son habitude, en se plongeant dans des tonnes de documents, articles de journaux, Gallica (archives de la BNF, très précieux) en retrouvant quelques protagonistes (témoignages émouvants de ceux qui en ont réchappé) ou leurs enfants, en visionnant des interviews ou documentaires sur cette période, en exploitant archives, registres municipaux, actes de naissance, décès, en fouillant dans les PV de police (il y a quelques indics...). Mais surtout en se basant sur le recueil de photos du néerlandais Ed van der Elsken « Love on the left Bank », qui avait documenté cette vie de bohême dans le Paris d’après-guerre.

Comme dans LA PETITE FEMME, il ne s’agit pas uniquement de retracer le parcours d’une (courte) vie, mais d’un milieu, d’une époque : Saint Germain des Près. Pas celui glamour et intellectuel fréquenté par Boris Vian, Juliette Gréco, Sartre et Beauvoir, Queneau, Duras. Mais celui des traine-savates, anars, clochards célestes, beatniks, qui pour quelques pièces s’enivraient chez Moineau, leur troquet, leur QG, s’entassaient dans des chambres d’hôtels miteux, généralement en rupture avec leur famille, multipliant les larcins pour manger, ou juste faire chier les autres !

Déjà, retrouver ce troquet aujourd’hui disparu : Chez Moineau (rue du Four). Et donc les propriétaires, leur histoire. Puis retrouver les lieux, les rues (quelques pâtés de maisons du 6è arrondissement), les hôtels, les caves clandestines. Et bien sûr identifier les protagonistes de cette folle aventure, retracer leur parcours. On apprend que Jacqueline Harispe a posé un temps pour Dior, c'est inscrit dans les registres, elle est la fille de Michel Harispe, un type louche au strabisme épouvantable qui s'est commis dans la Cagoule avant-guerre (branche terroriste de l’Action Française) collabo pendant, arrêté et exécuté après. En 1948.

L’ombre de la guerre plane sur cette génération qui a connu le rationnement, les couvre feux, et décide de s’enivrer de cette liberté retrouvée. On croise aussi ces foyers de rééducation pour jeunes filles, Notre Dame de la Charité, fréquentée par Kaki et ses copines à l’époque, lorsqu’embarquées éméchées par les flics boulevard St Germain.

Les investigations de Jaenada sont longues, minutieuses. Maniaques ? Etudier les photos à la loupe, comparer les silhouettes, les vêtements, le nombre de verres sur la table ou de mégots dans un cendrier, pour tenter de refaire la chronologie. Qui se trouvait là, tel jour, tel soir et croiser les informations avec d’autres sources, reconstituer presque heure par heure le parcours de Kaki et ses amis, ses amants, jusqu’au jour de la chute dans le vide. Et comprendre : accident bête sous l’effet de la dope (l'héro n'était pas chère), suicide par dépit amoureux, dispute qui a mal tourné, assassinat ?

Tout cela est passionnant à lire, sur le plan historique et sur l'investigation. Je nuancerai tout de même. Car Jaenada rend compte de ses recherches et trouvailles au jour le jour. Il est le propre sujet de son livre. Parfois l’enquête avance bien, parfois il faut des semaines avant qu’un indice, un témoin, relance l’affaire. Il y a donc parfois un sentiment de surplace. Mais surtout énormément de personnages, des homonymes en plus (!) certains plus anecdotiques que d'autres, on s'y perd un peu, un petit élagage n'aurait pas été vain.  

Fidèle à son style, Jaenada raconte ses relations avec son éditeur, son « tour de France par les bords », comprenez par-là le littoral, ses plages et bistrots. Observations drolatiques et souvent vachardes sur ses contemporains, la jeunesse surtout, qu’il met en parallèle de celle que côtoyait Kaki. Sa quête des meilleurs whiskies, que l’auteur s’envoie à tour de bras ! Là encore, des pages irrésistibles ou parfois redondantes.

LA DÉSINVOLTURE... est un bouquin souvent passionnant. Davantage par l’époque qu’il documente - rejet des conventions, de la normalité, liberté comme seul totem (on croise Guy Debord qui a connu et portraituré Kaki à partir de ses photos de modes, Patrick Straram, les lettristes et situationnistes) cette une vie anarchique faite d’amour et de vinasse - que sur les résultats de l’enquête en elle-même, qu'on oserait presque qualifier d'anecdotiques. Jacqueline Harispe n’était finalement qu’une fille perdue comme beaucoup d’autres. Mais on aura compris que pour l'auteur, elle n'est qu'un prétexte pour peindre une époque et une sociologie. 

***************

La première photo est celle de Kaki prise par la police lors d'une arrestation. Les autres proviennent de l'album « Love on the left Bank ». En couverture du livre, la jeune femme aux yeux cernés de noir est Vali Myers, artiste australienne, figure de St Germain de Prés. 

Editions Points  -  456 pages    

jeudi 20 août 2026

ELISABETH FINCH de Julian Barnes (2022) - par Nema M.


Sonia revient songeuse d’une visite des thermes de Cluny. Elle interpelle Nema :

- Tu connais Julien l’apostat ?

- Ouais, je l’ai croisé au supermarché hier… répond négligemment Nema en continuant à travailler à son bureau,

- Arrête ! Sérieux, tu connais cet empereur romain ? Je n’en avais jamais entendu parler. Empereur d’Occident et d’Orient. Entre 361 et 363…

- Elizabeth Finch était une spécialiste de cet empereur… commence Nema.


Julien l'Apostat

Oui, Elizabeth Finch a étudié Julien l’apostat. "Elizabeth Finch" est le titre d’un roman de Julian Barnes. Un roman à la première personne, dans lequel Niel raconte une partie de sa vie, à partir de sa rencontre avec Elizabeth Finch, cette professeure de "culture et civilisation" dont il a suivi les cours en jeune adulte dans une université londonienne. Elizabeth Finch, E.F., est une femme respectable, posée, toujours égale à elle-même. Sans âge. Avec un charme désuet lié entre autres à une tenue vestimentaire que l’on imagine bon chic bon genre, version british, et fumant des cigarettes qu’elle extrait d’un étui en écaille. Sa façon d’animer ses cours est basée sur l’échange avec les participants.

 

Un petit groupe de trentenaires suit ces cours. Parmi eux, il y a bien entendu Niel, jeune homme qui se cherche, qui a été acteur, qui est divorcé et père de deux enfants, Geoff, le rebelle intello de gauche, Linda, la fleur bleue avec ses problèmes de cœur, et Anna, la hollandaise réfléchie.

E.F. présente un sujet et lance une question ouverte. Et la conversation s’engage. Beaucoup de sujets autour de la culture occidentale sont abordés, avec quelques digressions autour des premiers martyres chrétiens, un sujet de prédilection pour E.F..

Avec sa diction parfaite, son langage exemplaire, elle aborde la controverse sans coup férir. Ainsi le monothéisme, mais également la monogamie, seront évoqués, avec de la part des uns ou des autres des arguments plus ou moins virulents. 


Royal Holloway University of London

Des réflexions sur le bonheur nourrissent le café débat entre les quatre jeunes. Linda et Niel, Niel et Anna, et Geoff. Leurs conversations au café sont une sorte de debriefing des cours d’E.F.. Niel est en admiration, Linda voit l’aspect écoute du cœur, tandis que Geoff est très critique et trouve E.F. académique et ampoulée. Anna reste plutôt neutre.

Le temps passe, Niel déjeune avec E.F. et les conversations se poursuivent. L’Histoire est-elle infaillible ? Un débat houleux s’engage au sujet des juifs et de la 2ème guerre mondiale, Geoff monte au créneau… Progrès technologique versus progrès moral ? Et Julien l’apostat. Les chrétiens sont martyrisés par des païens et les païens sont exterminés par des chrétiens. C’est ça l’histoire.

Le temps passe. E.F. décède et Niel est surpris de se voir léguer les carnets de cette dame avec qui il avait continué de déjeuner régulièrement, toujours à 13h dans le même restaurant italien. Chris, le frère d’Elizabeth ("Liz" pour lui), ouvre à Niel les portes de l’appartement de la défunte et le laisse prendre tout ce qui pourrait servir à écrire sur Liz une autobiographie.


Julian Barnes 

Et Julien l’apostat. Des pages et des pages sur cet empereur. Entre Occident et Orient, entre chrétienté et paganisme. Niel se lie d’amitié avec Chris qui l’invite à venir dans l’Essex mais ils se verront uniquement à Londres. Niel interroge sur leur enfance, leurs parents. Chris complète petit à petit le portrait d’E.F, cette sœur si brillante mais si rigide. Des conversations reviennent en mémoire de Niel comme par exemple leur vision des hommes et femmes politiques par rapport à la corruption. Et il y a eu un scandale lors d’une conférence donnée par Elizabeth Finch.

Un détour par un roman de Michel Butor qui évoque des voyages. Niel se décide à bouger. Les retrouvailles avec Anna en Hollande sont d’une touchante naïveté : Niel et Anna évoquent une E.F. avec laquelle ils n’ont pas tout à fait partagé la même intimité. Tous ces éléments permettront-ils à Niel d’écrire une biographie ?

Julian Barnes est un grand écrivain, né en 1946. Il a reçu de nombreux prix et médailles. Même traduit (merci à Jean-Pierre Aoustin) le style est riche, fluide, plaisant. L’érudition sous-jacente est là, mais discrète et à notre portée. Bon, il y a un grand passage sur Julien l’apostat. Il faut aimer l’histoire 😊.

 

Bonne lecture !

Folio - Pages 245



mercredi 19 août 2026

ONLY CHILD " Only Child " (1988), by Bruno

 


     Ça y est ! Dans les années 80, le Rock FM, AOR et consorts ont gagné la bataille. Ce genre et ses ramifications, bien aidés par le pouvoir financier des majors, dominent les médias. Progressivement, tel un virus, ça a impacté une grande partie de la musique populaire. L'immense succès des Foreigner, Journey, Bon Jovi et Boston, ainsi que le « 1984 » de Van Halen ou le Def Leppard de « Hysteria », a titillé l'envie de gloire des musiciens en mal de reconnaissance. En plus d'exacerber l'avidité des majors, qui, dans l'espoir de s'aligner sur les « best sellers », ont tôt fait d'encourager – voire d'imposer – à suivre l'exemple des « experts » du genre. Tant dans la forme de composition que dans la production et même dans l'apparence. Pour l'originalité, on verra plus tard... Finalement, ce n'est pas que la musique soit mauvaise, voire insipide (même si, parfois), mais c'est comme si elle suivait un cahier des charges. On tombe alors dans une relative uniformisation, poussée par une production vraisemblablement imposée, calquée tant bien que mal sur ce qui est alors érigé comme les canons de la nouvelle religion musicale. Ceux qui promettent succès et grosse monnaie. À vouloir suivre de trop prêt les cadors, on fini par tomber dans une relative uniformisation.

     Une hégémonie qui commence malheureusement par gaver, saouler. En réaction, une frange de la jeunesse, nourrie à la NWOBHM, au Métal des plus rigides et au punk, s'est vouée à de sombres entités – les Grands Anciens ? - qui les entraînent vers des tonalités et des cadences extrêmes. Parallèlement, quantité de groupes ont dû tourner casaque, épouser la nouvelle cause dans l'espoir de rester d'actualité, de survivre, et se sont finalement si durement ramassés que ça leur a coûté leur carrière. Comme ce fut le cas pour Fastway qui, après deux galettes magistrales, se vautre avec « Waitin' For The Roar ». Le pire, c'est que la tentative de mimétisme corrompt également les clips vidéos. Des clips tournés à la chaîne, quasiment dans les mêmes décors, avec des musiciens abordant sourire niais, attifés comme des as de pique, avec futals moule-burnes et coiffures extravagantes de porcs épics mutants – battant à plate couture la folle de Chaillot dans l'extravagance – et gigotant comme de jeunes filles délurées et certaines de leurs charmes (douteux).


   Toutefois, il ne faut jeter pas l'eau du bain avec le mioche. Ainsi, même si la seconde moitié des années 80 a été percluse de productions boursouflées (généralement, engluées dans d'inexpressifs et sirupeux claviers et des sons de batteries amplifiés, comme s'ils avaient été capté dans de profondes et vastes cavernes, (dans la salle de bain du seigneur des enfers), certaines ont su tirer leur épingle du jeu. Et pas nécessairement les plus connues.

   Parmi celles-là : « Only Child » et son premier album éponyme. Sorti en 1988, il est généralement élevé au rang de classique du genre. Only Child, c'est le nouveau bébé de l'Indo-américain Paul Sabu. Celui-là même qui, après quelques errements dans le disco, avait finalement trouvé son épiphanie dans le Rock. Le gros, celui qui tache avec des grosses grattes baveuses, saturées de distorsions, friandes de riffs spinescents et de soli qui gnaquent. Après la période Kidd Glove, puis celle en son nom propre, il monte un nouveau groupe. Il aurait pu prolonger la carrière de Kidd Glove, qui bénéficiait d'un certain succès ; il aurait pu continuer sous le nom de Sabu, dont l'excellent « Heartbreak » fit quasiment l'unanimité, mais non. Apparemment, il est vraisemblablement ce genre de gars, perpétuellement insatisfait, remettant toujours en doute son travail, atteint de « bougeottie aiguë », et qui n'est pas capable – ou n'a pas la patience suffisante – de s'attarder sur un même projet. Dans l'industrie musicale, c'est prendre un gros risque, qui peut aller jusqu'au suicide commercial. Mais, visiblement, il n'en a cure. De toute façon, pour faire rentrer de la thune, il compose pour la télévision, le cinéma ou pour des groupes. Quand ce n'est pas de la production ou dénicher des talents et de les promouvoir – il découvre Eilleen Twain, avant qu'elle ne passe à la Country, avant qu'elle ne soit maquée par Robert « Mutt » Lange et avant qu'elle opte pour Shania comme prénom. Il est aussi possible que Sabu ait décidé de monter un groupe dans un souci d'équité, pour ne pas tirer toute la couverture à lui, afin que la lumière rejaillisse aussi sur ses acolytes. Notamment sur Charles J. Esposito, batteur, choriste et co-compositeur, déjà à ses côtés depuis l'album « Heartbreak », ainsi que sur le claviériste Tommy Rude, qui, lui, était de la partie Kidd Glove.

     Finalement, ce « Only Child » n'est autre que la suite logique de « Heartbreak » - quoi de plus normal puisque les compositeurs sont les mêmes ? -, soit du heavy-rock FM particulièrement velu, avec force guitares bodybuildées (1) et patterns de bûcheron. Toutefois, l'album est peut-être un poil plus « FM », notamment grâce à des claviers qui arrivent, tant bien que mal, à s'extirper de cette fournaise de six-cordes hurlantes et d'avalanches de fûts. Peut-être aussi parce qu'il y a un peu plus de refrains et de mélodies mainstream, avec quelques passages convenus. Cependant, déjà, le quatuor a le bon goût de garder une batterie boisée, faisant l'impasse à cet "écho de cathédrale" qui a régné sur les productions de l'époque. Par contre, les cymbales, elles, n'ont pas eu de traitement de faveur - peut-être que les rééditions y ont remédié.


   Sur des titres comme "Always", "I Remember The Night", "I Wanna Touch" (assez typé Honeymoon Suite), et "I Believe In You", la guitare est bridée afin de laisser plus d'espace aux claviers, permettant ainsi à l'album de s’insérer dans la mouvance AOR. Des morceaux en résonance avec les deux premiers opus solo de Lou Gramm. "Save a Place in Your Heart" a les fesses entre deux chaises, hésitant entre la power-ballad et le heavy-pop à la Journey (ère Steve Perry) - la chanson sera reprise par Joe Lynn Turner. Tandis que "Rebel Eyes", proche d'un Jeff Paris, trouve un équilibre entre un riff primitif et une basse dansante.

     Mais d'autres pièces fricotent dangereusement avec le Métôl. À commencer par "Just Ask", qui ouvre le bal en rugissant, et qui a tout pour faire fuir le fan de Toto ou de Richard Marx. "Scream Until You Like It", qui est franchement heavy, avec, dans la dernière partie, un Sabu qui s'égosille jusqu'à carrément virer en mode "Brian Johnson en transe". Initialement, c'est une composition de Sabu, Esposito et Neil Citron pour le film "Ghoulies II" (le premier était déjà une bouse...) interprétée par W.A.S.P.. Ce dernier se l'est accaparé pour le sortir en single et en bonus de leur "Live... in the Raw". Évidemment, la version d'Only Child est meilleure. En final, "Shot Heard Around The World" résonne comme du Sammy Hagar des "VOA" et "I Never Say Goodbye".

     En comparaison avec d'autres productions de type "FM" ou "AOR", le raffinement peut faire défaut, et en conséquence ce "Only Child" pourrait être taxé d'AOR de bourrin. Cela n'empêche, c'est du bon, du très bon. 

     Pour la petite histoire, la revue anglaise « Kerrang ! », généralement considérée comme le mensuel incontournable de tous les métallovores et autres adeptes du Rock-fort, – certainement la première européenne consacrée au Rock dur -, avait exceptionnellement attribué à cet album la note « L » (??). Un « L » car le rédacteur en chef estimait qu'il valait bien plus que la note maximale des cinq « K ».  

     Encore une fois, au lieu de poursuivre sur sa lancée et de tenter de pérenniser sa dernière formation, l'année suivante, Paul Sabu, qui entraîne ses comparses à sa suite, soit l'intégralité d'Only Child, s'investit dans un nouveau projet. Celui de produire et d'enregistrer un album pour une chanteuse Suisse, Anastasia Alexa, dont la voix se situerait entre Lee Aaron et Eric Martin. Un unique et très bon album sobrement baptisé « Alexa », qui, en raison d'absence totale de promotion et d'un tirage limité – et rapidement épuisé – est passé inaperçu. Un objet de collection apprécié et recherché par les fans de Paul Sabu – on reste dans le même bain, même si ça s'enfonce encore un peu plus dans l'AOR -. Quant à Only Child, ce n'est qu'en 1996 qu'il refait surface avec « Only Child II », sorti en toute discrétion...


(1) C'était le temps des racks d'effets et Paul Sabu avait le sien, réalisé à son intention. avec une majorité de composants MXR. Le rack avait deux potentiomètres de saturation ; les deux dans le rouge. En sus, ce rack imposant, incorporait divers effets de MXR. Le Phase 90, la Blue Box (fuzz et octaver), le Dyna Comp , un Analog Delay, un Envelope Filter, plus le Chorus Ensemble de Boss (le CE-1) et un équaliseur 10 bandes.



🎼
Autre article / Paul SABU 👉 " Heartbreak " (1985)

mardi 18 août 2026

Jean-Michel Jarre "Oxygène” (1976) - par Pat Slade



Le pape de la musique électronique dans ses premiers balbutiements. Une genèse qui sera payante.



Oxygène“ une bouffée d’air électronique intemporel




En 1979 avant J.C président mais sous J.C maire de Paris, le 14 juillet plus exactement, j’étais place de la Concorde à Paris pour assister à la grande messe des synthétiseurs dirigée par le maître du genre Jean-Michel Jarre en personne, l’homme qui partageait sa vie avec Charlotte Rampling. Au programme,  L’es ntégrales d’”Oxygène“ et d’”Équinoxe“. Pas de grand effets spéciaux comme il en fera dans le futur, mais un beau feu d’artifice au final. Mais revenons au début de l’histoire avec ”Oxygène“.

Sorti en 1976, *Oxygène* de Jean-Michel Jarre demeure une œuvre phare qui a profondément marqué l’histoire de la musique électronique. Avec ce disque, Jarre ne se contente pas d’être un simple musicien, il devient un véritable explorateur des sons, un archéologue des synthétiseurs et surtout, un magicien capable de transformer le froid métal en atmosphères aussi vastes que poétiques. Alors, pourquoi ”Oxygène“ continue-t-il à nous captiver près de cinquante ans plus tard ? On embarque pour un voyage aérien et légèrement décalé au cœur du classique électronique.

Un souffle nouveau dans les années 70. Revenons quelques décennies en arrière. L’électro n’était pas encore ce genre musical omniprésent dans nos playlists et dans les festivals. Jean-Michel Jarre, aidé par ses légendaires synthétiseurs analogiques notamment le fameux ARP 2600 et le VCS3 va façonner un univers sonore novateur, presque futuriste pour l’époque. *Oxygène* n’est pas seulement un album, c’est une expérience qui invite à la contemplation tout en défiant gentiment les lois de la gravité auditive. (Le toon va encore râler sur ce concept farfelu en physique 😐)  

Un disque en six mouvements, chacun baptisé d’un simple numéro, de ”Oxygène Part I“ à ”Oxygène Part VI“. Cette sobriété nominale cache en réalité une richesse orchestrale impressionnante. À travers ces pistes, Jarre sculpte avec minutie des paysages sonores aux allures tantôt océaniques, tantôt cosmiques. Il emploie les synthétiseurs comme un peintre utiliserait sa palette, alternant nappes planantes, arpèges hypnotiques et rythmiques douces. Le tout sans jamais tomber dans le prétentieux ou l’académique.

Là où certains compositeurs auraient noyé leurs morceaux sous des couches d’effets et d’instruments, Jarre choisit une économie des moyens qui fait mouche. Certes, le disque est instrumental et minimalisme mais il est hautement efficace, on ne s’ennuie jamais. Chaque note semble pensée comme une bulle d’oxygène légère, essentielle et parfaitement placée. Un exercice compliqué dans un monde musical souvent saturé.

Le public a su reconnaître ce souffle nouveau. ”Oxygène“ a rencontré un succès mondial phénoménal, propulsant Jarre sur le devant de la scène internationale et installant définitivement la musique électronique dans le paysage populaire. Cela grâce à une magie qui tient autant à l’originalité sonore qu’à la qualité de production. Mention spéciale pour la pochette signée Michel Granger, une symbiose visuelle parfaite avec le contenu, où la planète bleue semble doucement étouffée. Symbole parfait d’une époque soucieuse de l’environnement… et peut-être prémonitoire.

Ce qui est fascinant avec ”Oxygène“, c’est son paradoxe, c’est un disque très technique, résultat d’innombrables heures passées à régler des boutons sur des machines complexes, et en même temps un disque extrêmement émotionnel. Les textures aériennes et la simplicité mélodique touchent directement le cœur de l’auditeur, sans artifice excessif ni paroles pour guider l’interprétation.   

Au fil des décennies, ”Oxygène“ aura inspiré une multitude d’artistes, tous plus ou moins disciples de ce grand maître des atmosphères synthétiques. Sans oublier que la Part IV, ce morceau entêtant aux motifs répétitifs, s’est imposé comme un véritable hymne de la musique électronique. Vous avez forcément entendu ces notes quelque part en publicité, dans un film, ou même dans la tête de votre voisin qui tente de s’en débarrasser depuis une heure.

Il est donc juste de dire que le disque ne vieillit pas, il mûrit. Comme un bon vin, ou comme ce vieux synthé vintage que Jarre bichonne encore aujourd’hui. Il continue à incarner une époque où la musique électronique était une aventure, un pari audacieux… et surtout, un immense plaisir pour l’oreille.

Oxygène“ n’est pas seulement un voyage sonore, c’est une invitation à respirer un air neuf dans un paysage musical parfois trop stéril. Jean-Michel Jarre prouve que l’on peut être à la fois un génie technique et un poète des espaces sonores, sans jamais perdre l’humour indispensable pour ne pas se prendre trop au sérieux. Alors, si vous ne l’avez pas encore fait, laissez-vous tenter par cette bouffée d’oxygène musicale : vos oreilles vous diront merci, et votre âme, elle, prendra une bonne dose… d’air pur. En résumé, ”Oxygène“ est un classique incontournable, un souffle vital dans l’histoire de la musique électronique, et surtout, un compagnon idéal pour ceux qui aiment rêver en mode synthèse. Respirez profondément, en attendant la marée d’”Équinoxe” deux ans plus tard...

00:00 Part 1

07:40 Part 2

 

15:47 Part 3

18:30 Part 4

 

22:39 Part 5

33:05 Part 6