vendredi 17 avril 2026

PLUS FORT QUE MOI (I SWEAR) de Kirk Jones (2026) par Luc B.


Les films avec des personnages handicapés ou malades, depuis RAIN MAN, on en a vu passer, souvent un peu gênants de complaisance, on ne peut pas en dire du mal sans passer pour un cynique sans coeur. Mais comme j’ai du coeur à revendre, ce PLUS FORT QUE MOI j’vais en dire du bien. Le titre français est à comprendre par c'est plus fort que moi.

John Davidson est sapé comme un lord, en kilt, s’apprête à être décoré par la reine Elizabeth II. Le gars stresse un peu, rechigne à y aller. Il a peur de dire une connerie. On le rassure d'abord puis lui botte le cul, il obtempère, entre dans le salon (de Balmoral ?) où siège l’assemblée, et la Queen. Davidson s’approche et lance un magnifique : « Fuck the queen » !

Flash-back. John à 14 ans, ado lambda d’une petite ville écossaise, des parents, des frères et sœurs, et surtout du foot. Le gamin est bon, il est goal, fait la fierté de son paternel. Y’a même un recruteur qui doit passer le voir jouer. Il intègre son nouveau collège, mais est rapidement moqué par ses camarades. John développe des tics, et une tendance à injurier son monde. Surtout le proviseur. Comme John est bien élevé, il s’excuse à chaque fois : « ce n’est pas de ma faute, ça sort tout seul ». Mais qui va croire ça ? A la maison c’est pareil, hurlements intempestifs, crachats, jurons. Son père n’en peut plus de ce mariole, qui désormais prendra ses repas devant la cheminée, seul.

Scène très drôle, John invite une fille du collège au cinéma, qui débarque chaperonnée par sa mère, très inquiète par le programme indécent : un homme qui s’habille en femme (TOOTSIE de Sydney Pollack !). La mère, assise juste devant les ados, surveille le moindre geste déplacé, quand retentit un « suçe-moi la bite salope ! ».

Il faudra quelques années pour que John Davidson soit diagnostiqué du syndrome Gilles de la Tourette. Il ira vivre chez un copain (chez lui ce n’était plus possible) dont la mère Dottie est malade. Grâce à cette ex-infirmière en psychiatrie, il trouvera d'abord un foyer tolérant, puis un job de gardien d’école.

PLUS FORT QUE MOI s’inspire d’une histoire réelle. Un label dont il faut aussi se méfier... ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’elle est bonne. Ce qui aurait pu nous inonder de larmes et d’expertises scientifiques, est heureusement tourné vers la comédie. Comédie de prolos comme le cinéma anglais sait nous en trousser (Loach, Frears, Parker) qui dépeignent un milieu social, des situations, de vrais gens. Kirk Jones jusqu’à présent se fondait dans la masse (NANNY MCPHEE, EVERBODY’S FINE avec de Niro) cette fois il s'auto-produit et réussit son coup, exploiter le potentiel comique d’une telle maladie, en même temps qu'il nous en montre les aspects les plus dramatiques. Quand John traite dans la rue une jeune femme de salope, c’est cocasse (nous, on sait). Quand les potes de la fille en question le défigure à coup de pieds de biche, c’est moins drôle.

Ce qui énerve Dottie, ce ne sont pas les jurons, mais que John s’excuse à chaque fois ensuite. Elle connaît ce syndrome, comme Tommy Trotter (le patron de John, merveilleux Peter Mullan). Nouvelle configuration où le comique fonctionne aussi, car Trotter ne réagit pas aux insultes, ce qui donne des scènes dialoguées surréalistes (filmées en plan long) où le gars reste parfaitement zen face aux tonneaux d’injures qu’il se prend dans la gueule, comme aux coups qu’il se prend dans les couilles. Car John ne contrôle pas non plus ses gestes.

Très belle scène au tribunal, où rire et drame se confondent, et cette tirade de Trotter sur le thème : comment un homme pourrait simuler un tel syndrome ? Ou lorsque John accepte de parler avec une jeune fille atteinte aussi de la Tourette, tous les deux assis à l’arrière d’une voiture, un festival de saillies des plus salaces, devant les parents abasourdis. Mais où John trouvera sa raison d’être, le partage d’expérience auprès de parents démunis, puis, des interventions pour sensibiliser le public, les policiers, les enseignants, sur cette maladie. D'où l'hommage médaillée de la reine. 

Scène toute simple et magnifique, lorsque John entre dans un protocole médical, teste un bracelet à impulsion électrique (?) et qu’enfin il peut entrer dans un lieu jusque là interdit : une bibliothèque. On est autorisé à verser sa p'tite larme.

Sans doute, sur la fin, le réalisateur aurait pu couper un peu. Et puis ce procédé classique, diffuser au générique des images du vrai John Davidson. Détail amusant, on voit les archives de la cérémonie avec Elizabeth II, herself, alors que dans la scène reconstituée, des astuces de cadrages permettent de ne jamais la distinguer. Pas de bol pour la comédienne Christina Ashford, qui si elle inscrit sur son CV qu'elle a interprété la reine d'Angleterre au cinéma, ne pourra jamais le prouver par l'image ! 

Le film est bercé par une bande-son millésimée, New Order, Supergrass, Slade, Portishead, Oasis, la réalisation est tonique, sans chichi, les comédiens tous remarquables. Robert Aramayo en premier, loin du numéro d’acteur apprêté auquel on aurait pu s’attendre. Il a reçu le Bafta (les Oscars anglais) du meilleur comédien britannique, Peter Mullan celui du second rôle. 

A la cérémonie des Bafta, le vrai John Davidson était présent dans la salle. Qui a copieusement couvert d'injures racistes le malheureux Michael B. Jordan en lice pour SINNERS ! [clic vers SINNERS]. L'assemblée était prévenue, mais visiblement, la pilule est mal passée. 

N’hésitez pas à emmener vos gamins voir ce PLUS FORT QUE MOI (s’ils ont l’âge de comprendre : « - Une tasse de thé ? - Oui, avec un nuage de sperme ») un joli feel good movie, sans pathos ni complaisance, qui ne s’encombre d'aucune leçon de morale. 


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jeudi 16 avril 2026

HAYDN – Six symphonies à "sous-titre" (N°22, 31, 48, 55, 59, 73) – Neville MARRINER – par Claude TOON


- Une certitude Claude, ton enthousiasme en écoutant les musiques vivifiantes de Haydn… Il en existe au moins 104, un billet chacune et même un regroupement, on en a pour des années…

- Tu vois Sonia, comme pour la quarantaine de symphonies de Mozart, toutes celles du père Joseph oscillent entre des divertissements agréables et sans temps mort, ou des symphonies ambitieuses annonçant le romantisme et écrites en fin de sa longue carrière…

- Oui, mais elles reposent sur des modèles de composition similaires, pourquoi cette série sans logique apparente de la numérotation ?

- Tu avais donné toi-même la réponse dans ton billet sur la N°43 dite "Mercure" publié quand j'étais à Vienne pour des recherches. Neville Marriner a eu l'idée d'une pseudo intégrale réunissant toutes les symphonies portant un sous-titre justifié ou ajouté de manière posthume sans raison très pertinente, "Mercure", justement comme tu le soulignais.

- Pas bête, les pochettes sont sympas, trente symphonies réparties sur 15 CD… L'interprétation est-elle à la hauteur ?

- On a reproché parfois un léger manque de panache à Neville Marriner dans ses interprétations. Encore cet a priori sur les chefs fidèles à l'interprétation sur instruments modernes sans les cabotinages prétendument "informés" d'adeptes inconditionnels de certains baroqueux. Élégance et beauté sonore sont aux rendez-vous…


Neville Marriner

La majorité des symphonies de cette anthologie a été gravée au crépuscule de l'analogique à partir de 1976. Elle a été complétée jusqu'en 1990. Je possède le vinyle des symphonies 31 et 73. L'orchestre se révèle léger, à effectif réduit, l'espace est large, les timbres sont naturels, le pressage soigné mais… une seule œuvre d'à peine 20 minutes par face. Ce leg du chef anglais s'appuyant sur le contexte amusant de n'enregistrer que les œuvres portant un "sous-titre" peut paraître bizarre. Des premières symphonies jusqu'au dernières londoniennes, un panorama varié du catalogue est ainsi couvert, 30 symphonies sur 104. DECCA ayant repris le patrimoine abandonné par Philips a récidivé en éditant un nouveau coffret comportant 3 symphonies par CD et non deux, hélas sans les jolies pochettes de l'époque… Il y a du choix. Calcul facile : 10 CD et non 15 mais un prix inchangé et une jaquette moche. Référence : Symphonies à titre.

Avec sa verve et les jeux de mots rigolos qui font son charme, Sonia nous avait rédigé un amusant billet sur la symphonie "Mercure" en début d'année. Elle avait eu la bonne idée de poser un lien vers un article ancien comportant une biographie essentielle de Haydn. Je ne change rien (Biographie)

Neville Marriner fait la une du blog pour la huitième fois. Disparu en 2016 à l'âge vénérable de 92 ans, un portrait du maestro anglais, stakhanoviste des gravures de qualité, était à lire dans l'article consacré au Messie de Haendel en 2013 (Clic).


Une sélection était nécessaire, six symphonies ont ainsi été réunies dans deux playlists. Un choix au hasard parmi celles qui n'ont pas encore été commentées et en laissant les londoniennes de côté. Ces œuvres d'un Haydn abordant le romantisme méritent des analyses un peu plus détaillées et leur orchestration reflète l'effectif riche de bois et de cuivres qui deviendra la norme chez Beethoven. et le romantisme du début du XIXème siècle. Toutes ces symphonies datent de la période dite classique, ce qui ne sous-entend en rien un style académique. La N°22 date de 1764, la N°78 de 1782.

Playlist 1 : No. 22 "Le philosophe", No. 31 "Sonnerie de cor", No. 48 "Maria Theresia".

Playlist 2 : No. 55 "le maître d'école", No. 59 "le feu", No. 73 "la chasse".

Un article dédié au compositeur italien Giovanni Sammartini et publié il y a quelques semaines évoquait la naissance de la symphonie classique à partir du concerto grosso en trois parties et de la forme sonate (Clic). Dans ces sinfonias, le compositeur milanais donnait à chaque instrument un rôle égal dans l'ouvrage symphonique, même si l'orchestre demeurait très modeste en terme d'effectif.

On suppose que sans imiter ce précurseur, Mozart et Haydn ont pu être influencés par cette forme novatrice au style concertant appliqué à tout l'orchestre, remarque toujours valable de nos jours, même pour les orchestres cyclopéens de Mahler ou de Chostakovitch. Pour la grande majorité des ouvrages du genre, apparaîtra un quatrième mouvement : un menuet puis un scherzo possédant une thématique plus étendue. Les orchestrations requises en cette période du classicisme ayant définitivement tourné le dos au baroque tardif montrent de grandes similitudes :


Petites comparaisons entre orchestrations très similaires :

Sammartini : Symphonie JC 60 (1772), 2 hautbois, 2 cors, cordes dont basses à l'unisson.

Haydn : No. 22 "Le philosophe" (1764), 2 cors anglais, 2 cors, cordes, continuo. Le cor anglais sonne de manière plus vénérable que le hautbois… l'humoriste Haydn illustre-t-il ainsi l'affectation du discours philosophique 😊 ? Sans engagement de ma part… Mais écoutez la drôlerie de l'introduction…

Mozart : No. 11, (1770), 2 hautbois, 1 basson, 2 cors, cordes. (Elle ne comporte que trois mouvements comme la plupart des symphonies de Wolfgang de cette période.)

L'orchestration de la fin du classicisme vhez Haydn et Beethoven dans les symphonies 1 et 2 : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 trompettes, 2 cors, (3 trombones dans la 5ème Symphonie de Ludwig) n'est donc pas encore au goût du jour, ou plutôt disponible dans les sociétés de concert encore rares…

Il n'est pas envisagé d'analyser en détail les six symphonies, uniquement ladite "Le philosophe" que j'adore. Elle est en quatre mouvements et reflète tellement bien l'imagination débridée de Haydn.

Les solistes : clavecin ad libitum : Nicholas Kraemer,

Flute – William Bennett.

Cors : Horn – Julian Baker, Nicholas Hill, Robin Davis, Timothy Brown. (2 ou 4 suivant effectif requis).



Cor naturel

Haydn ne sous-titrait jamais ses symphonies ! D'où viennent ces pseudos ?

Le programme s'ouvre avec la symphonie No. 22 "Le philosophe". J'avais émis une hypothèse dans le chapitre précédent. Ce sous-titre n'apparait pas sur le manuscrit de Haydn mais sur une copie de 1790 découverte à Modène… 1790, Haydn a encore vingt ans à vivre. Le copiste semble partager mon imaginaire… Lui aussi imagine une dispute peu conflictuelle entre les cors anglais et les cors dans l'intro adagio figurant un débat doctrinale de très haut vol 😊. Les cordes scandent en notes pointées la ténacité des échanges. Le ton suggère une certaine présomption de la part des intellos… La conversation entre instrument se prolonge dans tout le mouvement, agrémentée de trilles. Voici les premières mesures :


Le musicologue David Wyn Jones soutient cette allégorie mais souligne que le reste de la symphonie gardera un style certes rythmé et allègre, mais indépendant de toute intention métaphorique.


La symphonie No. 31 s'est vue attribuée le surnom de "Sonnerie de cor" par l'éditeur parisien Jean-Georges Sieber en 1785. Son harmonie comprend une flûte, deux hautbois et quatre cors ! l'orchestre de la création comprenait environ 16-17 musiciens, les cornistes étant appelés à de belles prouesses dans leur jeu… La fanfare aux airs villageois se manifeste dans le final en alternance avec un solo du violon. On retrouve ce quatuor de cors naturels dans la symphonie N°25 de Mozart et la symphonie No. 73 "La chasse" de Haydn écoutée en fin de programme. 


 
 

Le sous-titre "Maria Theresia" de la symphonie No. 48 reste bien mystérieux. On a supposé un temps qu'elle fut écrite à l'occasion de la visite de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche en 1773. Il semblerait que la symphonie No. 50 était l'élue. Comme celles de ses camarades de cette époque, l'orchestration initiale comprenait deux hautbois, un basson, deux cors et des cordes. Il y a des doutes quant à la présence de trompettes et de timbales voulue par Haydn qui donnerait une allure solennelle à l'œuvre. Neville Marriner ne les a pas retenus.


On comprend mieux l'historique de ces surnoms avec la symphonie No. 55 "le maître d'école". Et si on doute encore de l'inventivité sans limite du talent compositionnel de Haydn, plus aucun espoir n'est permis d'aimer sa musique… 😊. D'après le musicologue british H.C. Robbins Landon, le sous-titre est connu depuis la dernière décennie de l'existence de Haydn décédé en 1809. Au crépuscule de sa carrière, Haydn a contribué au catalogage de ses œuvres et le compositeur de tempérament plaisant et tolérant aurait accepté sans difficulté l'ajout de ces sous-titres sur les éditions à venir, même si parfois ceux-ci semblent tirés par les cheveux. Ici, c'est le second mouvement assez long (8 minutes) et son rythme marqué qui suggère un "instituteur pointilleux" tapant du doigt sur son bureau dans l'espoir d'appuyer son enseignement ou de réveiller les têtes blondes s'assoupissant 😊. Et en parlant d'imagination débordante quant à l'écriture, cet adagio comporte un thème et sept variations alternant scansion et mélodie… (une variation staccato et une variation legato). "Ma Semplicemente" précise que le mouvement doit éviter toute ornementation incongrue dans le discours. Si la musique est fantaisiste de part ces variations, l'instituteur doit apparaître disons… un peu fat et ennuyeux… [2:00] Autre trouvaille : le trio est un trio de chambre opposant un violoncelle solo et deux violons ! Sacré Haydn


"Au feu, les pompiers ! La maison qui brûle". Encore quelques mystères autour de la symphonie No. 59 "le feu". La numérotation est erronée, car on suppose que cette œuvre enflammée devrait être classée plutôt vers le N°30. Sa date de composition, 1760, le laisse supposer, sa brièveté aussi… Bien entendu son surnom "le feu" n'est pas directement de la main de Haydn. On peut penser que les tempos très rapides ont influencé un éditeur. Plus vraisemblable, la symphonie aurait servi de musique de scène pour une représentation d'une pièce de Gustav Friedrich Wilhelm Großmann (1746-1796) portant le titre de "Die Feuersbrunst" ("L'incendie"), spectacle donné à  Eszterháza en 1774 ou 1778, dates où seront composées les symphonies de la série 70. Tout cela n'est que supposition. Pourtant un manuscrit daté du vivant de Haydn mentionne ce sous-titre. L'orchestration reste chambriste ; 2 hautbois, 2 cors, cordes dont basses à l'unisson. Bien que sympathique à écouter par sa vélocité (presto en introduction), cette symphonie n'apporte pas de trouvaille solfégique particulièrement originale, ce qui plaide aussi pour une rédaction précoce dans le parcours symphonique du maître…


Achevons cette anthologie avec la symphonie No. 73 "la chasse" de 1783. L'orchestration comprend 1 flûte, 2 hautbois, 1 basson, 2 cors, cordes dont graves à l'unisson. Parfois on ajoute 2 trompettes et des timbales dans le finale. La partition propose un continuo de clavecin. Le sous-titre semble faire référence aux appels de cors dans le finale et à une citation extraite d'une cantate "La Chasse du cerf", un divertissement pour voix solistes, chœur et orchestre du compositeur français du XVIIIéme siècle Jean-Baptiste Morin… Pour une fois le contexte est vraiment pertinent 😊. Noté perdendosi, la coda s'éteint doucement jusqu'à ppp.

Playlist 1 :

No. 22 "Le philosophe" mi bémol majeur

[1] I Adagio 4/4

[2] II Presto 4/4

[3] III Menuetto 3/4

[4] IV Finale (Presto) 6/8

No. 31 "Sonnerie de cor" ré majeur

[5] I Allegro 3/4

[6] II Adagio – sol majeur 6/8

[7] III Menuet 3/4

[8] IV Finale (Moderato Molto – Presto) 2/4

No. 48 "Maria Theresia" en do majeur

[9] I Allegro 4/4

[10] II Adagio - fa majeur 6/8

[11] III Menuet (Allegretto en do mineur) 3/4

[12] IV Finale. Allegro 2/2

 

Playlist 2 :

No. 55 "le maître d'école" mi bémol majeur

[1] I Allegro Di Molto 3/4

[2] II Adagio, Ma Semplicemente si bémol majeur 2/4

[3] III Menuetto – Trio 3/4

[4] IV Finale (Presto) 2/4

No. 59 "le feu" la majeur

[5] I Presto 4/4

[6] II Andante O Più Tosto Allegretto 3/4

[7] III Menuetto 3/4

[8] IV Allegro Assai 4/4

No. 73 "la chasse" ré majeur

[9] I Adagio – Allegro - ré majeur, 3/4,

[10] II Andante - Sol majeur, 2/4

[11] III Menuetto - trio - Allegretto Ré majeur, 3/4

[12] IV Presto - Ré majeur, 6/8

Cor anglais vers 1800 

 

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

- Attention Claude, tu as partagé deux fois la même vidéo !!!!

- Tss tss Sonia, jeu des sept erreurs, regarde l'une débute par la symphonie 22 et l'autre par la 55. Un hasard, les deux étaient réunies sur le même LP lors de la parution 😊. Un dessin humoristique d'ailleurs, un philosophe dodu et fier de lui et un instit empressé, le charme de cette collection…




mercredi 15 avril 2026

PEACE & QUIET " Peace & Quiet " (1971), by Bruno

 

     Retour au pays de l'obscur avec un nouvel élément apporté au chapitre des perles oubliées des 70's. Chapitre réservé aux bafouilles sur ces groupes qui ont disparu après avoir réussi à enregistrer et à sortir le fameux premier disque. Le but ultime, l'Eldorado, la Terre Promise, hélas atteint au prix de pénibles et douloureux efforts et qui a souvent servi à donner le coup de grâce à des jeunes dont la tête était pleine de rêves et d'espoir. Qui se sont souvent retrouvés éreintés par des années de galère, de mauvaise nutrition et de nuits écourtées.

      En plus, pour ce groupe, sa seule et unique galette a été financée par un label également des plus obscurs, Kinetic. Une micro filiale de CBS, qui n'aurait pas sorti une demi-douzaine de disques, avant de prestement fermer ses portes après à peine une poignée d'années d'existence. Une filiale qui n'a jamais eu les finances nécessaires pour promouvoir les quelques rares groupes qu'elle ait pu signer. Un micro label qui est parti d'entrée avec des handicaps, courant à sa perte à peine lancé. 

     Ainsi, à peine édité, l'avenir de cet album éponyme était des plus compromises. D'autant que le groupe, éreinté et déçu par l'industrie musicale, a raccroché peu après la sortie de l'album. Cet objet plutôt rare n'a donc pas vraiment pu être défendu sur scène. CBS a toutefois repris à son compte l'objet pour une distribution européenne. Pourtant, en dépit de tout, malgré un échec commercial total, la réputation de cet unique opus est parvenue à traverser les âges. Suffisamment pour que les collectionneurs les plus tenaces le recherchent incessamment dans les boutiques d'occasions, les foires et les marchés (parfois à des prix pas accessibles à toutes les bourses). Jusqu'à ce que l'album soit réédité en CD (la première fois en 2004). 

      Peace & Quiet a vu le jour en Floride, à Miami. Une ville plutôt dédiée à un tourisme friqué, friand de béton et de chaleur, qu'au rock. La ville ne tient pas alors à s'encombrer de groupes de rock - bruyants et négligés -, qui pourraient perturber le bon déroulement des affaires liées au tourisme. Les origines de Peace & Quiet remontent à 1967, à l'époque où le combo s'appelait "Bad Boys". La troupe change de patronyme avec l'arrivée de deux autres jeunes galériens de Floride : le bassiste Jim Tolliver (ex-Birdwatchers et Razor's Edge) et surtout le chanteur Rick Steeler (ex-The Villagers). Véritable valeur ajoutée, l'homme qui propulse, quasiment à lui seul, le groupe dans de hautes cimes généralement réservées aux dieux et demi-dieux (du rock). À l'exception de la Floride, le groupe est peu ou pas connu lorsque le disque sort. Entre son récent changement de patronyme et la pauvre couverture géographique de leurs concerts, généralement limitée à la Floride (quand ce n'est pas Miami et ses proches environs), le groupe avait bien peu de chance de faire un carton. Surtout sans soutien radiophonique et sans promotion. Désespérés, les musiciens lâcheront l'affaire quelques mois seulement après la sortie d'un disque sur lequel ils avaient fondé tous leurs espoirs.


   "You Can't Wait Till Tomorrow" entame l'album avec des accords d'orgue prononcés et un chant déclamatoire, grondant telle l'annonce au loin d'un impérieux orage. La guitare, saturée d'une fuzz un brin nasillarde (type Maestro) .... dans la veine de Bloodrock. Rien de particulièrement mirobolant... jusqu'à ce que le violon de Jerry Goodman, marque le premier mouvement de "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)". Une chanson qui fait tellement sensation qu'elle menace d'éclipser le reste de l'album. Après une mise en bouche sur la pointe des pieds, en toute sobriété, avec un violon esseulé, se lamentant sous le poids de la solitude, et un chant timide, repenti, la chanson prend de l'ampleur et s'engouffre dans une ballade heavy-rock arrosée de soul. On pense alors à Uriah Heep ; comme si ce dernier était parti enregistrer au studio Muscle Shoals pour communier avec une Southern-soul. Avec en sus, ce violon qui surgit ponctuellement pour un effet « dramatique ».

      Jerry Goodman est connu pour avoir joué avec The Flock (en y entrant par la petite porte, en qualité de roadie), puis avec le Mahavishnu Orchestra - ainsi que pour Jan Hammer et John Mclaughin.

     La suite est moins solide, avec ce "Country Thing" évoluant comme un papillon de bronze, ivre de soleil, virevoltant maladroitement entre la soul, un Southern-rock mâtiné de jazz et un heavy-rock tâché de chorus acides.

     La seconde face débute par "Hear My Love", où, après une introduction jazz-rock trompeuse, Steeler accepte de partager le chant avec le claviériste, Chuck Witherow. Une bonne interaction entre deux tonalités assez proches – celle de Chuck étant un peu plus lisse -, pour une ballade soutenue d'heavy-soul-rock. On y sent un batteur qui a des fourmis dans les jambes, qui peine à se caler sur un tempo simple et lent. On remarque aussi, une fois encore, l'excellent travail du bassiste qui, à l'image des grands bassistes de l'époque, insuffle du groove et de la fluidité au groupe, n'hésitant pas à se démarquer

     Suit une autre pièce d'envergure : "Black Mountain". Où sur des éruptions d'orgue, une guitare imbibée de fuzz tisse des riffs de hard-blues et des chorus charnus et râpeux. Tandis qu'au milieu de ces feux, un chant fiévreux, entre Soul et heavy-rock, préfigurant étonnamment David Coverdale, lutte pour tenter de se faire une place. Il est étonnant qu'un chanteur du gabarit de Rick Steeler, porteur d'une voix puissante et chaude, se situant quelque part entre Jim Rutledge (Bloodrock), David Coverdale et David Byron, n'ait pas fait carrière. Après l'aventure Peace & Quiet, il disparaît carrément des radars. L'orchestration, avec l'orgue rageur, la basse volubile et soul, et la guitare fuzz et acide, évoque assez Grand Funk Railroad (qui était alors, rappelons-le, un groupe immense aux States).

     Malheureusement, la dernière pièce semble trahir un certain manque d'inspiration du groupe, avec un instrumental un peu étiré. Au moins, le groupe ne s'est pas contenté de placer une ou deux reprises pour remplir son disque (peut-être aussi que le management craignait de ne pas avoir les fonds pour payer les royalties). Un instrumental de boogie-jazz-rock'n'roll speedé, qui aurait tellement gagné à être placé au milieu de la seconde face, et non à la fin, et à être raccourci de deux bonnes trois minutes. Les premiers mouvements sont néanmoins entraînants et bouillonnants, avec un orgue et une guitare se tirant la bourre, et une très bonne prestation de la section rythmique. Ce morceau, "Looney Tunes" (en hommage à une célèbre série de courts-métrages d'animation, où sont nés les Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer, Bib-Bip et le coyote, Cochonnet, Titi & Sylvestre, Taz, Sam le Pirate, et où ont bossé Tex Avery et Chuck Jones), aurait d'ailleurs gagné à placer un peu plus en avant cette basse et cette batterie expressément alertes, souples et groovy. Alors que sur les deux dernières minutes, la guitare s'enferme dans une redondance soûlante, agrémentée de quelques pains. Un fade-out au bout de cinq minutes aurait été salutaire. 

     Même si cet album ne présente rien de révolutionnaire - bien que pour l'époque, des pièces telles que "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)" ne courent pas les rues -, on peut s'étonner du peu d'écho qu'il a reçu. Cependant, en matière de heavy-rock et de rock-progressif, de rock toutes catégories confondues, l'année 1971 ayant été particulièrement productive en pièces maîtresses, en chefs-d'œuvre, il était bien difficile de se faire remarquer sans être soutenu par une grosse machine promotionnelle et sans aucun passé discographique. Désillusionnés, la moitié des musiciens du groupe abdiquent quelques mois après la sortie de l'album, courant 1972. Et on n'entendra plus jamais parler d'eux.



🎼🐊
Articles liés (dans le genre) liens :
💢 SHOTGUN Ltd. " Shotgun Ltd. " (1971)
💢 ALAMO " Alamo " (1971)
💢 BLOODROCK  " Bloodrock - 2 " (1970)

mardi 14 avril 2026

JEAN LOUIS AUBERT 'N' KO "Plâtre et Ciment !" (1987) par Plâtre Slade




Aujourd’hui ce sera une chronique spéciale, encore des souvenirs de concerts.




Aubert ‘n’ Ko…Rien de Nouveau !





Comme le chantait Téléphone J’avais un ami, mais il est parti“, Mon pote Laurent, était un inconditionnel de Téléphone et un dingue de Jean-Louis Aubert en particulier. Quel ne fut pas sa déception, son amertume et son désappointement quand le groupe se sépara en 1985. Je lui ferais connaitre d’autres groupes et artistes que nous irons voir sur les scènes parisiennes. Marillion, Status Quo, Charlélie Couture, Bill Deraime mais celui qu’il adorera par-dessus tout sera Jacques Higelin que nous verrons une bonne dizaine de fois en live et avec qui nous taillerons le bout de gras un soir devant une bière.   

Et puis en 1987, Jean-Louis Aubert repointe le bout de son nez en sortant son premier album solo ”Plätre et Ciment“ avec un groupe où l’on pouvait retrouver le batteur Richard Kolinka, son ex-complice de Téléphone, le bassiste Daniel Roux, Marine Rosier au clavier et Feedback aux percussions. Pour ne rien cacher, je n’ai jamais aimé Téléphone et Jean-Louis Aubert, j’ai toujours préférer son complice Louis Bertignac. Aubert fera une tournée promotionnelle pour la sortie de son album et mon camarade de concert me trainera (de force… !) le voir trois fois de suite à La Cigale au Bataclan et à l’Agora d’Évry avec en guest-star Bernard Estardy surnommé ”Le Baron“ un requin de studio qui collaborera avec beaucoup d’artistes. Un concert avec seulement neuf titres aurait été réducteur, il l’allongera avec des titres de Téléphone. Donc cette tournée était pour la promotion de son premier album solo ”Plätre et Cimentqui n’était ni sponsorisé par la marque de plâtre Lafarge ni par la marque ciment de Portland. En plus du groupe, Wendy Melvoin et Lisa Coleman guitariste et claviériste du groupe de Prince, The  Révolution participeront à l'enregistrement.
Plätre et Ciment : Une intro de batterie et de percussions, une rythmique de guitares qui dure tout le long du morceau, un petit solo du Baron et des paroles un peu creuses comme de la brique. ”Les Plages“ : Le morceau que l’on a le plus entendu, pourtant les paroles et la musique restent collées sur le sable. ”L'horizon“ A l’intro, tu te dis ”Enfin du rock !“ et puis au bout de trois accords et dès qu’il se met à chanter, ça tombe à plat comme une blanc d’œuf qui refuse de monter en neige. Il n’y a que vers le final que ça a l’air de se réveiller mais c’est juste une illusion. ”Compromis“ : C’est du Téléphone sans la patte à Bertignac même si c’est le morceau ayant le plus de rythme depuis le début. Tout les compromis ne sont pas des choses dues. 

Les gens disent que“ : Quand Aubert essaye de piétiner les platebandes de Bertignac en essayant de faire une ballade comme  “Ces idées-“ sortie la même année. “Quand Paris s’éteint“ Je ne critiquerai pas ce morceau, je trouve que c’est celui qui a le plus d’originalité et qui est le mieux écrit de l’album. ”Chaque pas“ : Aubert dans sa catégorie d’écriture dans laquelle il ne bougera plus jusqu’à ce jour, de la musique pour radio périphérique. ”J’t’adore tellement“ : Encore une ballade où il aurait du s’abstenir de chanter et laisser la place à quelqu’un d’autre. ”Tel est l'amour (mon amour)“ : Ca ressemble à du Prince, on comprend la présence de Wendy and Lisa, ou les Girl Bros. Mais le clip officiel est d’une rare laideur, ça ressemble à du Mondino

Pour la version CD, deux titres seront ajoutés ”Juste une illusion“ : Une chanson enregistrée au lendemain de la séparation de Téléphone et qui sera la chanson la plus connue de la carrière solo de Jean-Louis Aubert et “Oui et non“. Que ce soit “Plätre et Ciment“ de Jean-Louis Aubert ou Bertignac et les Visiteurs“ ils se vendront moins bien que les albums de Téléphone du fait de la séparation du groupe.

Mon pote Laurent lui à rejoint les étoiles vers un autre monde au cœur de la nuit il y a quinze ans à l’âge de quarante quatre ans avec pour voisine de repos éternel la chanteuse Barbara. Barbara qui travaillera avec Jean-Louis Aubert sur plusieurs chansons.