Deep Purple est probablement le premier groupe a avoir généré un arbre généalogique. Un arbre aux branches et racines fournies. Déjà parce que tous les membres qui ont fait partie de l'aventure de ce groupe quasi mythique, ne serait-ce que pour le temps d'une tournée, ont tous - à l'exception de David Coverdale - un passif. Ensuite, parce que tous ceux qui sont passés par le quintet, ont fait par la suite une carrière - avec des succès divers. Toutefois, les deux licenciés du Mark I n'ont pas eu autant de chance que leurs successeurs. Rod Evans, le premier chanteur a su, un temps, rebondir avec un Captain Beyond plein de promesses - qu'il n'a pu hélas tenir. Après avoir quitté quelques années le monde du spectacle, il se brûle stupidement en montant une tournée annonçant la reformation de Deep Purple ... avec lui-même pour seul membre ayant fait partie du groupe. Une supercherie qui tourne au fiasco, avec des concerts désertés quand ils ne frôlent pas l'émeute, et un procès à la clef. Quant au bassiste, Nick Simper, peut-être injustement écarté (1), ça s'annonçait également sous de bons auspices, mais...
La déconvenue et la surprise de son éviction soudaine, sans préavis ni concertation, déçoivent et affectent Nick Simper. Toutefois, malgré cette blessure émotionnelle, il ne tient pas à perdre son temps en se morfondant dans son coin. Il profite d'abord d'une opportunité : celle d'accompagner - ou de dépanner - la chanteuse Marsha Hunt (ex-copine de John Mayall – qui lui inspire les paroles de « Brown Sugar » (2) et de « Marsha's Mood » - et alors épouse de Mike Ratledge). Parallèlement, il met aussi à profit cette déconvenue pour se perfectionner à la basse en reprenant des cours au conservatoire et obtenir un nouveau diplôme - tout en accompagnant l'excentrique et roublard Screaming Lord Sutch. Hélas, pour cause de prochaine natalité, Hunt est contrainte au repos et en conséquence, dissout le groupe. Elle n'a alors enregistré que deux 45 tours avant cet arrêt nécessaire mais inopiné. Pour le coup, le groupe d'accompagnement de Marsha se retrouve sur le carreau.
La poisse semble poursuivre Simper, qui vient d'avoir deux jours auparavant, son premier enfant, une fille (3). Son salaire de musicien et de chef d'orchestre - Marsha, consciente de la médiocrité de son premier groupe, avait promu Nick chef d'orchestre pour qu'il le refonde et le dirige - va désormais cruellement manquer pour subvenir au besoin de la petite famille.
Poussé par ses récentes obligations familiales, il se ressaisit prestement et met les bouchées doubles sur un projet parallèle. Un groupe qu'il a monté avec deux musiciens du groupe de Marsha : le guitariste Ged Peck et le batteur Mac Poole. Ce dernier a été sollicité par son pote Robert Plant, pour intégrer les New Yardbirds. Plus tard, après une prestation de Marsha Hunt, Jeff Beck, sûr de lui, l'aborde et lui propose de ranger son kit de batterie dans sa voiture, car désormais, il faisait partie de son groupe. Mais, au soulagement de Simper, refusa. (au contraire que certains batteurs de Beck et de John Bonham, Mac Poole, lui, ne rentra jamais dans l'histoire de la musique populaire britannique). La vocation de ce groupe, Iron Horse, est de pouvoir jouer une musique répondant plus aux affinités de ces trois musiciens. Toutefois, sous l'insistance de Simper, Marsha songeait à revoir sa copie et concéder à Simper des ouvertures sur des tonalités plus heavy et progressives. Avec la défection de Marsha, ils n'ont guère plus le choix que d'aller de l'avant, et de lancer dans la course leur cheval de bataille.
Initialement, Rick Wakeman (qui a participé au premier single de Miss Hunt) fait partie du groupe, mais il ne s'éternise pas (hésitant, il fit maintes faux bond au groupe), préférant se jeter sur l'opportunité de rejoindre Strawbs. Un groupe déjà plus sérieux avec deux albums sur le marché (Rick joue sur une chanson du second opus). Il est remplacé par Frank Wilson, un organiste et chanteur, qui s'est fait un nom au sein du groupe Velvett Fogg (4), auteur d'un disque de proto-heavy-psychédélique, où l'orgue est prédominant. Pour le chant, c'est un certain Ashley Holt, jusqu'alors inconnu, qui est recruté sous les recommandations de Wakeman.
C'est Vertigo qui, en 1970, ouvre grand ses portes au quintet qui doit au passage changer de patronyme - Iron Horse étant déjà pris aux USA -, et un premier opus sort rapidement avant la fin de l'année. Ce premier jet demeure pour beaucoup un classique du hard-rock à tendance progressive de ce début de décennie. La pochette, avec ce « cheval de guerre » de la première guerre mondiale, éreinté, et son cavalier un brin crasseux, visiblement épuisé et désabusé, est parfois plus connue que le disque lui-même (5).
Toutefois, à bien y regarder, l'album souffre d'un flagrant complexe « purpleien ». Reprendre plus ou moins l'esprit, ou emprunter le même chemin, n'est pas un problème, mais les musiciens ne s'embarrassent pas de scrupules pour piquer de nombreux plans et des sonorités types de Deep Purple. À croire que Simper, sous le coup de la rancune et jalousant le succès de ses anciens compagnons, cherche à leur couper l'herbe sous le pied en reprenant des figures de style du Mark I. Cependant, sans le talent et la maestria de Deep Purple. Ainsi, bien des fois, Holt force inutilement sa voix, étant alors à côté de la plaque, tandis que Peck - s'il imite bien le vibrato (mécanique) de Blackmore -, il est loin d'avoir sa technique, son lyrisme et sa vélocité. De la sorte, en cherchant à briller, à en mettre plein les esgourdes, il se fourvoie avec quelques pains... À ce jeu, seuls Simper et Wilson s'en sortent systématiquement avec les honneurs. Une erreur stratégique, d'autant qu'apparemment, le groupe a suffisamment de qualités requises pour briller par lui-même. Ou même par l'intermédiaire de reprises, tels que ce savoureux « St. Louis », plus hargneux et entraînant que l'original des Easybeats. Sans cette discernable obsession, l'album n'en aurait que meilleur. Pourtant, généralement, c'est cet album éponyme qui est plébiscité, au détriment du second, « Red Sea », qui lui, au contraire, est parfois carrément dénigré.
Sorti environ un an et demi plus tard, « Red Sea » montre un quintet nettement plus soudé et mesuré, ne lâchant dorénavant les chiens qu'à bon escient. Ged Peck (6) n'est plus de la partie – éjecté, remercié ou lassé ? - et est remplacé par un Pete Parks plus régulier et habile. Assurément, au fil des mois écoulés, la formation a pris de l'assurance et de l'aplomb. Cependant, l'ombre collante – encombrante ? - du Pourpre Profond est tenace et ne manque pas de resurgir encore à l'occasion. Comme lors du long break instrumental de « Back in Time ». Mieux, pour la chanson éponyme, Simper n'hésite pas à reprendre le groove de « Hush ». Ou même l'orgue qui ne manque de se glisser alors dans la tonalité de feu-Jon Lord. Et même si cette pièce est assez robuste et de bon aloi, - avec un chant qui évoque, étonnamment Ian Astbury - elle semble s'être abaissée à récupérer des guenilles du Purple Mark I. Tandis que « Back in Time », nettement plus heavy, paraît tenter une plongée dans la facette lourde et indocile de « In Rock », néanmoins sans oser s'aventurer dans une profonde immersion - comme une tentative de fusion malhabile de "Into the Fire", de "Bloodsucker" et de "Child in Time".
Moins brut que le premier album, « Red Sea » décoche aussi quelques carreaux teintés de rhythm'n'blues et de Pop. En fait, après les deux premiers tirs, "Red Sea" et "Back in Time", qui accusent encore le poids de Deep Purple, le groupe adopte une nouvelle posture, plausiblement plus personnelle. Possible aussi que ce soit un tournant effectué pour prendre une voie relativement plus commerciale - qui aurait probablement plus convenu au marché américain.
Quoi qu'il en soit, Simper et sa bande déroulent d'affilée trois admirables pièces de Heavy-soul-rock. Trois petits bijoux qui avaient suffisamment d'attrait pour s'immiscer sur les ondes. Avec notamment, "Confident But Wrong", probablement inspiré par les Easybeats (la reprise de "St. Louis") mais avec une pointe (encore) du Mark I, le très réussi « Feeling Better », qui a le fessier coincé entre le progressif et la pop, préfigurant un futur penchant de Uriah Heep pour les douceurs - même si ça se corse progressivement. Tandis que « Sybilla », pur heavy-soul, trahit un fort intérêt pour Rare Earth, qui va jusqu'à l'utilisation pour le chant d'un écho occasionnel similaire.
En clôture, le quintet reprend « I (Who Have Nothing) » de Ben E. King (plus dans la version de 1970 de Tom Jones) (7), dans une version baignée par des chœurs et l'orgue d'Uriah Heep, dans une atmosphère de piété, avec extase au final.
Hélas, l'instrumental « Mouthpiece » casse la bonne tenue de l'album avec un solo de batterie (proche d'un Rick Lee, de TYA) qui aurait tellement gagné à être réduit de moitié. Ça démarrait pourtant bien avec un riff qui prend son temps, à la Kossof, et une envolée entraînée par l'orgue Hammond. Mais, d'entrée Poole, a des fourmis dans les jambes... et tout le monde finit par s'effacer pour le laisser se défouler pendant plus de quatre minutes...
Une fois n'est pas coutume, mais dans le cas présent, plusieurs rééditions CD offrent des inédits pas piqués des hannetons – tous composés par Nick Simper -. De très bonnes démos, qui démontrent que Warhorse avait encore bien des choses de qualité à offrir. Des pièces qui paraissent bien moins heavy et comparativement plus pop ; mais ce ne sont que des démos qui auraient pu encore changer d'apparat. On découvre un « She Was My Friend », une ballade aux saveurs soul qui aurait pu devenir un petit hit, un « House of Dolls » où le syndrome « Purple » refait surface, et un « Standing Right Behind » plein de jus.
Malheureusement, les ventes des deux albums ne répondent pas aux attentes de Vertigo, qui préfère se concentrer sur d'autres groupes plus vendeurs - notamment Black Sabbath, Gentle Giant et Status Quo - et lâcher Warhorse. Ashley Holt part alors épauler Rick Wakeman pour ses incursions en solo. Dépité, Simper jette l'éponge. Il remonte bien un nouveau groupe avec Pete Parks, Nick Simper's Dynamite, mais sans résultat probant. Simper et Parks poursuivent en travaillant comme auteurs-compositeurs et musiciens professionnels pour une société de management. Enfin, tous deux décident en 1978 de repartir à l'assaut avec une nouvelle formation : Fandango. Il en résulte deux albums de Heavy-rock bluesy, certes pas particulièrement transcendants, mais de très bonne tenue. Mais le groupe ne trouve pas son public, et le retour de Mac Poole en 1980 n'y change rien. Le public "rock'n'roll" a changé, et s'est orienté déjà depuis quelques temps vers des sonorités franchement plus agressives et métalliques. Le succès semble perpétuellement fuir Nick Simper, tout comme ses acolytes. Même pas sûr qu'on se souvienne que Simper ait aussi fait partie de la reformation de Quatermass - sous l'appellation Quatermass II.
Initialement, seul Rod Evans devait être évincé, mais lorsque Ian Gillan se présenta à l'audition, il vint accompagné de son ami Roger Glover. Glover en profita pour prendre la basse de Nick et, en une soirée, le sort de Simper fut scellé. Pourtant, un peu plus tard, quand Blackmore, embarrassé, croise Simper venu récupérer des affaires, il lui dit qu'il est meilleur bassiste que son remplaçant.
Rien à voir avec le classique des Rolling Stones, même si certains écrits avance une probable inspiration venant de Marsha Hunt, avec qui Mick eut quelques aventures charnelles. On dit aussi que le « Brown Sugar » des Stones aurait été également inspiré par Tina Turner, avec qui Mick n'eut pas de relations autres qu'amicales. Avec Ike dans les parages... On parle aussi de la sensuelle « Ikette », Claudia Lennear comme source d'inspiration. Évidemment, il ne s'agit pas de l'actrice homonyme qui débute dans le cinéma dans les années 30, celle de « La Rançon de la Peur », de « Orgueil et Préjugés » et de « Johnny s'en va t'en guerre ». La Marsha Hunt en question est une artiste Afro-Américaine née à Philadelphie en 1946. Partie en Angleterre en 1966, elle souhaite y rester et fait alors un mariage blanc Mike Ratledge, claviériste de The Soft Machine. Fréquentant assidument le milieu musical anglais, alors qu'elle pensait n'avoir aucune prédisposition en la matière, elle devient choriste (pour Alexis Korner et John Mayall – et même un tout jeune Elton John) puis chanteuse. Sa carrière décolle en rejoignant la comédie musicale « Hair » (version british), où elle se fait peut-être plus par son assurance et son charisme de panthère noire, sa plastique avenante, que sa voix. Elle est d'ailleurs promue mannequin. D'après Tony Visconti, Marc Bolan aurait eu pour elle un coup de foudre réciproque. S'ensuit une idylle jusqu'à ce que le prédateur Mick Jagger, qui n'a aucun scrupule avec briser les couples, jette son dévolu sur elle ; l'assaillant incessamment de propositions malhonnêtes jusqu'à ce qu'elle succombe à l'obsédé. De cette union éphémère, naîtra Karis, la première fille (et enfant) de Jagger. Mick, ou les Stones, voulaient qu'elle fasse la couverture de leur « Honky Tonk Woman », mais elle refusa catégoriquement.
C'est la "Miss Jane", une des premières chansons de Warhorse qu'on ne retrouve qu'en démo, sur la réédition du premier album.
Tony Iommi y fit un passage, mais n'est pas présent sur l'unique disque du groupe. Album qui jouit toujours d'une bonne réputation auprès des amateurs.
Il a parfois été écrit que c'était une photo d'époque, soit de la première guerre mondiale, mais il s'agit bien d'une reconstitution. Le militaire fourbu n'est autre que le guitariste Ged Peck. Toute une série de photographies ont été prises dans une carrière, avec les musiciens accoutrés en militaire et armés, au milieu des chevaux empaillés (sic) sur un terrain saturé de fumigènes jonché de barbelés et de caisses de munitions. Mais seule celle du soldat harassé devant son cheval (le seul vivant de la séance) a été retenue.
Après Warhorse, et une tentative de collaboration sans lendemain avec Mitch Mitchell, Ged Peck retourne aux études pour étudier la guitare classique. Il est aussi admis en milieu universitaire et rentre dans l'enseignement, où il se spécialise dans l'histoire du Royaume-Uni et de la Russie.
À l 'origine, c'est une chanson italienne de Dinola de 1961. Elle est retravaillée - et américanisée - par le duo Leiber & Stoller au profit de Ben E. King.
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