jeudi 16 juillet 2026

JOE HENDERSON (1937 - 2001) par Benjamin


Les poumons se gonflèrent à craquer, donnant l’impression à Joe Henderson de respirer pour la première fois. Au fond, cette sensation était la seule qui vaille, celle pour laquelle chaque homme se lève chaque matin plein d’espoir. Des années durant, il avait tâtonné à la recherche de cette passion capable de le faire renaître, de cette ivresse rendant le poids de la vie si léger. 

La nostalgie de l’enfance n’est au fond que la tristesse de ceux qui n’ont jamais trouvé cette ivresse, laissant ainsi la légèreté de leurs premiers jours agoniser sous le poids de lourdes obligations. La vraie maturité n’est ni un deuil des années passées ni un refus des années futures, mais le "fait de retrouver le sérieux que nous avions aux jeux étant enfant"

Henderson porta à sa bouche la corne dorée qui, portée par son souffle , semblait lancer ses premiers cris d’homme. A ses cotés, son frère vécut la même révélation grâce à la magie du saxophone. Joe Henderson venait de trouver ce pourquoi il était né, les démons de la tristesse et de l’envie n’auront plus jamais prise sur lui. Le jazz était la musique de la joie et de la légèreté, l’union du Dionysiaque et de l’apollinien par la force du swing. A l’âge où tant de jeunes hommes sombraient dans les tourments de l’adolescence, le saxophoniste intégra ses premiers orchestres pour faire swinguer cette jeunesse torturée. 

Se produisant d’abord dans son lycée, le jeune homme entretint sa joie de vivre en produisant la bande son de dizaines de premiers émois amoureux. C’est peu après cette époque que le musicien eut la révélation de sa vie à l’écoute de John Coltrane. Pour bien comprendre l’ampleur de la révolution coltranienne, il faut avoir écouté « Blue train » jusqu’à ce que l’esprit en soi totalement imprégné.

Toujours très mélodique, ce Coltrane-là apporta au jazz une troublante profondeur mystique. L’écho de ces tapis de son produisait une marée voluptueuse, la beauté de ses mélodies allumait une lueur d’espoir dans les âmes les plus obscurcies. Saint patron du jazz moderne, Coltrane résumait sa modeste ambition en affirmant qu’il voulait que sa musique rende les gens heureux. Si son initiation en était restée là, Henderson aurait sans doute suivi le virage mystico free de son modèle, pour devenir un des frères de Pharoah Sanders. Mais tout cela fut trop rêveur, trop tendre, il manquait à cette musique la joie virile qu’un grand du bop lui fit découvrir. 

Sonny Rollins, le colosse du saxophone, le titan gardien du temple de la légèreté bop. Grâce à ces deux influences, Henderson apprit à donner de la légèreté à son intensité sonore, à mettre de la profondeur dans ses mélodies les plus légères. Ses débordements solistes s’immisçaient naturellement dans les blancs laissés par l’orchestre, qu’il servait ainsi sans se servir de lui. 

Comme pour annoncer la diversité des paysages qu’il allait explorer, Henderson fit ses premiers pas dans la cour des grands grâce à l’orchestre de Yussef Lateef. Surnommé le voyageur, Lateef marqua les sixties en osant pactiser avec les forces méprisées du rhythm’n’blues sur le fabuleux « The blue Yussef Lateef ».

La route de Joe Henderson croisa ensuite celle de Sonny Stitt et Lou Donaldson, avec qui il forma la fine fleur d’une génération perdue. Le premier subissait les foudres des nostalgiques de Charlie Parker, le second le mépris des traditionalistes pour tout ce qui s’approchait du funk. Puisque, écartelé entre la folie du free et le traditionalisme bop, l’époque obligeait chacun à choisir son camp, Joe Henderson se rangea derrière la barricade réactionnaire.

Autour de lui se forma un noyau dur de la résurrection bop, dans lequel défila notamment Lee Morgan, Mccoy Tyner et Paul Chambers. De cette période naquit les albums « In ‘n out » (1964) et « Mode for Joe » (1966), disques où l’homme dévoile toute l’étendue de sa palette sonore.

Ces disques s’insérèrent ainsi, au coté de chefs-d’œuvre tels que le « Sidewinter » de Lee Morgan et « Song for my father » de Horace Silver, dans l’ultime et grandiose symphonie d’un classicisme refusant de disparaître. Le succès ne fut que d’estime, mais ce musicien n’en avait cure. Pour lui, l’argent était suffisant dès qu’il permettait de dormir à l’abri et manger à sa faim. Plus qu’une question matérielle, la vie fut pour lui une expérience spirituelle, une question de sensations plus que de possessions. Entre deux engagements, l’homme avait pu apprécier les récits d’Hermann Hesse qui fascinèrent tant son époque.

Sa quête n’était finalement pas si éloignée de celle d’un Siddharta, le héros de Hermann Hesse cherchant par le voyage la sagesse qu’il cherchait par l’exploration musicale. Aussi lumineux soit-il, le swing bop lui sembla vite trop agité pour lui permettre de renouer avec la profondeur Coltranienne. S’il se soumit bien à la mode du funk dans laquelle brillèrent Miles Davis et Herbie Hancock, l’album multiple était parcouru par un écho mélodieux annonçant de plus profondes méditations.

C’est alors que, faisant de son œuvre un temple à la gloire de son mari disparu, Alice Coltrane fit du saxophone de Joe Henderson le plus grand messager de son amour suprême. Grâce à elle, le saxophoniste brisait définitivement les murs de ces chapelles cherchant à donner une définition trop stricte du jazz. Comme « A love suprem » et « Karma » avant lui, l’album « The Elements » tient plus de l’expérience spirituelle que du jazz. Grâce à lui, celui que la pauvreté ne sut jamais abattre allumait dans des centaines d’esprits la lumière de l’éternel optimisme.

Qu’importe la maigreur des cachets et des royalties, cet homme ne vécut que pour que son souffle ranime les cœurs torturés. Ce bonheur qu’il avait donné, le musicien n’en fut vraiment payé qu’à peine dix ans avant de succomber à une crise cardiaque. Ainsi s’acheva l’existence d’un homme dont la joie fut si inébranlable, qu’elle réveilla celle de ceux qui surent apprécier sa musique. 

mercredi 15 juillet 2026

Peter FRAMPTON " Carry The Light " (2026), by Bruno



   Depuis le 22 avril dernier, il affiche 76 balais au compteur, et une carrière de soixante ans ! Oui, soixante ! Parce que cet ex bouclettes blondes commence les choses sérieuses dès ses seize ans, lorsqu'il quitte définitivement l'école pour intégrer un groupe local - "fort" de trois singles à son actif -. Et encore, on devrait compter les années précédentes et formatrices ; celles où il commençait déjà à se produire sur des petites scènes, s'exposant au jugement d'un public pas nécessairement tolérant. En dépit d'un talent certain, son parcours n'a pas été un long fleuve tranquille. Même si, très tôt, on a remarqué ses dispositions pour un jeu de guitare foncièrement rock et une aptitude pour des envolées lumineuses. Comme s'il avait fusionné l'assise inébranlable et la puissance d'un Pete Townshend, la rugosité et l'énergie du Chicago blues, avec la sensibilité pop des Beatles, et avec une fluidité hérité du Jazz. Cette dernière plus évidente lors des soli.

     Totalement impliqué, il ne comprend pas, ne supporte pas, l'absence de succès réel. Ce qui l'amène à se lancer en solo. Mais l'ascension vers le succès est lente, et pas particulièrement encourageante jusqu'à ce carton international d'un double live (incité par les ventes encourageantes du dernier essai studio et d'une réputation scénique croissante allant de pair avec une forte influence du public). Il squatte pendant plusieurs semaines les charts américains et européens. C'est une consécration pour ce jeune Anglais qui à, 26 ans, se retrouve invité à la Maison Blanche - sur l'insistance du fils de l'occupant d'alors, Gerald Ford. Tout semble alors acquis à Mister "sourire Ultra-Brite", jusqu'à un terrible accident de voiture qui faillit lui coûter la vie, et qui marque le début d'une vertigineuse descente vers l'anonymat. La même année, sa compagne l'attaque en justice pour lui réclamer la moitié de ses gains cumulés pendant les années qu'ils auraient passées ensemble. Ils n'étaient pas mariés... Possible qu'elle n'ait pas cru à son rétablissement...


 Pour essayer d'échapper aux blessures psychologiques de ses déconvenues et aux douleurs incessantes dues aux séquelles de son accident, il se laisse tenter par la drogue. Si cette dernière lui permet d'échapper - un instant - à un quotidien étouffant, elle va rapidement être un handicape supplémentaire, freinant considérablement sa créativité, annihilant son énergie, et bouffant sa carrière. À croire qu'après avoir atteint le succès international tant souhaité, il fallait que désormais il paye... on n'a jamais su s'il avait conclu un contrat à minuit, à l'angle d'un carrefour... La poisse continue quand, à peine remis, après des mois de dure convalescence et de rééducation, il perd toutes ses guitares dans le crash d'un avion cargo. (on a oublié le nom des personnes décédées, mais par contre on connait tous la fameuse Gibson Les Paul Custom 54 modifiée à trois micros, celle qu'il arborait depuis Humble Pie, celle qu'on entend dès le « Performance Rockin' The Fillmore », offerte par un musicien fan du groupe, et qu'on voit sur les pochettes de "Frampton" et de " Frampton Comes Alive"). Même si, en août 1979, Frampton a son étoile sur le « Hollywood Walk of Fame », les années 80 s'annoncent mal pour cet ex-rock star qui semble alors avoir disparu de la scène. En dépit de quelques bribes de souvenir encore entretenues par le "Comes Alive" et par sa participation dans le film musical "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" auprès des Bee Gees (1978), les médias peinent à ne pas oublier son nom. Lorsqu'il s'en souviennent, c'est pour éreinter ses disques – qui, il est vrai, peinent à retrouver du relief et de la profondeur. Lui qui avait du mal à supporter que les médias focalisent sur sa plastique, - son minois qui lui valu d'être élu « Visage du mois » par une revue dès 1967, qu'ils exploitent son image plutôt que de s'intéresser vraiment à sa musique, lui qui souffrait d'avoir été affublé d'une image de Pop-star -, le voilà précipité vers un nouvel anonymat.

     Enfin, son pote d'enfance, David Jones, celui avec lequel, alors qu'ils n'étaient que de jeunes adolescents, il travaillait à repiquer des classiques du rock'n'roll, va lui donner un petit coup de pouce médiatique. Jones donc, rebaptisé Bowie, le convie à jouer sur son album, le controversé "Never Let Me Down" de 1987, et à l'accompagner pour la tournée internationale du "Glass Spider Tour". Ce retour sous le feu des projecteurs lui redonne confiance, et il tente de reprendre en main sa carrière solo. Toutefois, son dernier disque de la décennie traîne encore les dérives des productions ampoulées et synthétiques de son époque (1). Ce qui n'en fait pas pour autant un mauvais album.

     Mais Frampton souhaite s'éloigner un peu de la Pop, renouer avec les fondamentaux, retrouver l'excitation procurée par de saines vibrations franchement rock. Un sentiment peut-être réveillé par la tournée avec Bowie où ce dernier avait alors remis à l'honneur les guitares (offrant quelques plages à Frampton pour frimer avec sa gratte), et dégeler quelques uns de ses succès glam-rock des 70's. Et qui d'autre de mieux placé que son ancien comparse Steve Marriott pour retrouver l'excitation et le bonheur de brutaliser – avec classe et bienséance – un double corps Marshall. Ainsi, en 1990, Peter et Steve tissent à nouveau de solide liens, parlent de leurs carrières respectives émaillées de pérégrinations, et bien sûr de l'époque héroïque d'Humble Pie. Finalement, l'année suivante, en 1991, ils s'accordent pour remonter Humble Pie dans les plus brefs délais, partir sur la route et enchaîner avec un nouvel album. Deux chansons avaient été déjà enregistrées (2). Hélas, Steve Marriott décède le 20 avril 1991 dans les flammes de sa maison, où il s'était probablement endormi avec une cigarette à la main. La perte de Steve, de celui qu'il considéra un temps comme un grand frère qu'on admire (3), auprès de qui il apprit quelques ficelles du show-bizz, comment tenir une scène et un public, fut un nouveau choc. Frampton se retire pour quelque temps de la scène.


   Ce n'est qu'en 1994 qu'il acte son retour, avec un douzième album simplement nommé « Peter Frampton », comme pour un renouveau, une résurrection. Et ça semble être le cas avec ce très bon disque (indéniablement le meilleur depuis... des lustres - voire un de ses meilleurs toutes époques confondues), qui se dévoilerait presque comme une synthèse de sa carrière, avec désormais une tonalité nettement plus organique, plus rock, voire heavy-rock – plus en phase avec sa facette live, parsemée de réminiscences d'Humble Pie ; renouant alors avec un son de guitare plus chaud, un peu plus épais, plein et mat.

     Il ne retrouve pas pour autant le succès d'antan, mais semble peu s'en soucier. Désormais, Frampton – plus philosophe ? - va s'épanouir tranquillement avec une carrière où il ne sortira des disques quand bon lui semble, ou lorsqu'il en a l'occasion. Il rejoint un temps le All Starr Band de Ringo Starr, fait des apparitions de-ci de-là, et profite de la vie.

     Le nouveau siècle lui semble profitable. Après avoir définitivement arrêté de boire, il sort, en dix ans, trois albums salués à juste titre par la critique : le délectable "Now", l'instrumental "Fingerprints" et le délicieux "Thank You Mr Churchill". Même l'incompris, injustement discrédité (4), « Hummingbird In A Box » mérite une attention particulière. Les suivants sont plus anecdotiques mais lui permettent néanmoins de garder un contact avec "l'actualité", tout en continuant à tourner régulièrement. Malheureusement, il est atteint d'une maladie dégénérative des muscles, ce qui l'oblige à se déplacer avec une canne et à se produire assis. S'il prend ça avec une certaine philosophie, estimant qu'il a eu une belle vie, et qu'il aurait déjà pu - et pas qu'une fois - passer l'arme à gauche, il regrette de devoir désormais réfléchir lorsqu'il doit jouer un solo de guitare. Lui qui, jusqu'alors, se laissait emporter par l'instant présent, par le feeling, doit dorénavant anticiper, afin de ne pas se retrouver dans une position inconfortable, où ses doigts se bloqueraient, et ne pourraient suivre la trame entamée.

     Mais voilà qu'en cette année 2026 sort un nouvel album de Frampton. Et tout aussi surprenant que cela puisse paraître, ni son âge ni sa maladie ne semblent grever ce bel album qui, même s'il est loin d'être son meilleur, n'en est pas moins un très bon cru. Une bien agréable surprise de la part d'un homme qu'on aurait cru définitivement retiré de la musique. Aidé par son fils Julian, Peter est particulièrement fier de ce disque, le premier depuis seize ans intégralement composé d'inédits, et espère qu'il sera un nouveau début. À l'exception de la dernière pièce, l'instrumental "At The End Of The Day", toutes les compositions ont été écrites communément par le père et le fils. 

     Dès l'ouverture, avec la chanson titre "Carry The Light", introduit par un chant incantatoire tribal - qui revient appuyer les refrains -, les Frampton frappent fort avec une pièce forte. Un rock flegmatique, nimbé d'une spiritualité sous-jacente. L'inspiration même venant des traditions amérindiennes "Porte la lumière, porte la lumière. Il faut écouter les anciens ... Ils savent ce qui va arriver. Si nous nous unissons tous, nous pouvons changer les jours les plus sombres, et les faire briller pour toujours. Si nous apprenons de nos erreurs... ". Évidemment, d'autres morceaux rock, forts d'une tonalité chaude et généreuse, - la patte "Peter Frampton" -, égrènent l'album. "Buried Treasure" fait dans le rock carré et tranchant, limite heavy-rock. L'utilisation - occasionnelle - de la Telecaster, avec sa tonalité plus tranchante, évite que ce riff simple et rebattu, n'enlise le morceau dans une terre boueuse. Le « trésor enfoui » fait référence à la musique laissée à la postérité par un ami disparu. Celle de Steve Marriott ? Celle de George Harrison ? Ou bien celle de Tom Petty ? Plus crédible en raison de l'invité Benmont Tench, l'indéfectible pianiste des Heartbreakers de Tom Petty. Sachant que la chanson porte le nom de l'émission radio que Tom Petty avait animée. Plus surprenant, "Lions At The Gate" plonge dans une forme de heavy-rock sombre, perforé de touches indus, avec un Tom Morello qui, décidément, semble avoir le pied soudé à sa Whammy. Toutefois, sur ce titre, un brin protestataire, il est assez pertinent. "Envoyez-les à la guerre à volonté ! Envoyez-les au combat ! Nous tournons la page dès qu'ils sont hors de vue". Et pour finir, un Hard-blues félin, poisseux et fuligineux, à l'air gentiment menaçant, "Tinderbox",  "Nous savons tous que l'argent est à blâmer. Chaque dollar attise le feu, pris dans les flammes par le désir... Seuls nous n'avons aucune chance. Au cœur de cette danse, c'est chaque jour une poudrière". Une belle de pièces rock, certes pas vraiment relevée, mais tout de même bien savoureuse.


 On retrouve aussi le format Pop-rock - qui a fait les beaux jours des finances de Frampton -. Comme "Breaking The Mold", avec Sheryl Crow, et "I Can't Let It Be" qui aurait pu être composé avec son défunt ami, George Harrison, tant il semble porter l'influence de ce dernier.

   Toutefois, à l'exception de "Carry the Light", ce sont les ballades qui se démarquent. À commencer par "I'm Sorry Elle", en duo avec Graham Nash. Une chanson sobre, épurée, et saisissante. Sentiment de solitude, de regret de n'avoir pu assister à la naissance de sa petite-fille, à cause du confinement ; de culpabilisation aussi d'un monde à la dérive, laissé en héritage aux enfants. Superbe solo de guitare acoustique, réalisé en pensant à Django Reinhardt, en voulant lui rendre hommage. Et le doux et onirique, "Can You Take Me There", avec le concours du  saxophone de Bill Evans qui donne un tempérament smooth-jazz.

   Depuis quelques années, Frampton se fait régulièrement plaisir avec des instrumentaux fouillés et bien sentis. Pour le cru 2026, il en offre deux magnifiques : « Islamorada » (du nom d'un petit village d'une île de Floride), en duo guitaristique avec H.E.R. (Gabrielle Wilson), où les six-cordes s'enlacent, se répondent, tournoient dans un environnement de quiétude, explosant de vie, loin du tumulte urbain – avec, ici, un gros son à la Santana. Et « At The End of the Day », qui clôt sereinement ce dernier chapitre sur un lyrisme à la Jeff Beck (sans vibrato).


(1)       Pourtant, le co-producteur, Chris Lord-Alge, qui joue et ajoute quelques touches de synthés, sera récompensé de quelques Grammy Awards pour son travail sur des albums de Green Days. 

(2) « I Won't Let You Down » et « The Bigger They Come » disponibles sur la compilation « Shine On – A Collection » de 1992. 

(3) Évidemment, avec les Small Faces, Steve Marriott était déjà une star au Royaume-Uni. Le dernier album, "Ogden's Nut Gone Flake", s'était hissé à la première place des charts anglais

(4) Il semblerait que la pochette et le sous-titre, « Songs for a ballet », aient considérablement biaisé des avis... qui n'ont peut-être pas pris le temps de s'attarder sur l'album. Certes, sa sobriété tranche radicalement avec les œuvres précédentes.



🎼🍪🍎
Articles liés (liens) : 
🌟 Peter FRAMPTON 👉  " Comes Alive " (1976)  👉  " Thank You Mr Churchill " (2010)

mardi 14 juillet 2026

The Cranberries - ”No Need to Argue“ (1994) - par Pat Slade


The Cranberries avec la regrettée Dolores O’Riordan en capitaine de navire vocal,



Dolores O’Riordan, un bien jolie Zombie



No Need to Argue“ des Cranberries, ce petit bijou irlandais qui trotte dans nos têtes depuis 1994 ! Voilà un disque qui s’écoute comme une balade au pays des sons mélancoliques, mais avec ce twist pop-rock qui fait mouche dès la première note. Avant de plonger dans le vif du sujet, posons nous une seconde : qui sont ces Cranberries ? Un groupe formé à Limerick, en Irlande et franchement, ils ont mis la barre haute avec ce deuxième album.
Alors, pourquoi ”No Need to Argue“ mérite qu’on s’y attarde, même trente ans après sa sortie ? Parce que c’est un cocktail savamment dosé d’émotions, de guitares aériennes, et de textes qui se veulent sérieux sans jamais vous prendre la tête. La pochette ? Sobre, presque mystérieuse. On dirait un vieux film en noir et blanc, avec cette touche romantique qui donne envie de poser le vinyle sur la platine et de se laisser aller.   

Prenez ”Ode to My Family“, par exemple. C’est le genre de chanson que vous écoutez et qui vous donne envie d’appeler votre mère pour lui dire que vous l’aimez, même si vous êtes du genre à préférer envoyer des emojis. Les arrangements sont délicats, la mélodie vous enveloppe comme un plaid un dimanche matin pluvieux. Voici la magie de Dolores : elle peut passer du cri primal à la berceuse en un battement de cils. Mais ne croyez pas que tout est guimauve chez les Cranberries. Non, non. Il y a aussi ”I Can’t Be With You“, où la guitare bourdonne comme un moustique dans la nuit, et le désespoir amoureux vous serre la gorge. On sent qu’ils savent manier les contrastes, entre fragilité et puissance, pour mieux captiver l’auditeur
Et puis ils te balancent ”Zombie“ un hymne rageur contre la violence, qui vous attrape par les tripes et ne vous lâche plus. Cette chanson, c’est un peu la claque, le coup de poing sonore incarné par la voix puissante de Dolores, tour à tour douce et hurleuse. L’ambiance est donnée, on n’est pas juste là pour faire de la musique facile. Le problème, c’est que dès qu’on croit avoir tout compris, l’album bifurque vers des morceaux plus doux, presque mielleux, mais attention, ne dites pas ça à un fan hardcore.                                                                                                                             
On pourrait aussi s’attarder sur ”Disappointment“, qui a ce côté introspectif très british (même si les Cranberries sont irlandais, nuance subtile). C’est une sorte de confession intime qui résonne pour tous ceux qui ont déjà pris un vent monumental. Vous savez, ce moment où vous écoutez la chanson en boucle en espérant que les paroles changent… Spoiler : elles ne changent pas !, mais ça fait du bien quand même.

Un autre morceau qui mérite un coup de projecteur, c’est ”Ridiculous Thoughts“. Rien que le titre donne envie de hausser les épaules en mode ”Ouais, parfois j’ai des idées vraiment ridicules“. Mais la chanson, elle, est loin d’être ridicule. C’est un feu d’artifice émotionnel avec un rythme entraînant qui vous pousse à taper du pied, comme pour évacuer les pensées encombrantes.


Parlons un instant du style vocal de Dolores O’Riordan, parce que ça vaut le détour. Sa voix, c’est un mix improbable entre une sirène ensorcelante et un bulldozer émotionnel. Elle manie la technique du yodel à la perfection, ce saut de registre qui surprend à chaque fois. Et elle le fait avec cette fraicheur qui donne envie de chanter sous la douche, même si on a le sens du rythme d’un poulpe.

Côté production, l’album a cette patine vintage qui lui donne un charme fou. Pas de surproduction tape-à-l’œil, juste ce qu’il faut pour mettre en avant la sincérité des morceaux. On sent que les Cranberries ne cherchaient pas à faire dans le bling-bling, mais à transmettre leur histoire, leurs combats (notamment contre la guerre en Irlande du Nord), et leurs rêves.
Et, entre nous, le disque tient aussi grâce à ses interludes, ces petites respirations instrumentales qui évitent la saturation. Ils savent poser leur tempo, faire monter la tension, puis relâcher la pression avec finesse. C’est presque une leçon de maîtrise pour les groupes qui veulent faire plus que de la simple musique de fond.

En résumé, ”No Need to Argue
“ est un peu comme ce vieux pull en laine que vous avez depuis toujours, confortable, parfois râpeux, mais qui vous réchauffe le cœur quand vous en avez besoin. C’est un album qui traverse les époques sans prendre une ride, grâce à ses mélodies intemporelles et ses textes qui parlent aux âmes sensibles.
Si vous n’avez jamais écouté The Cranberries au-delà de ”Zombie“, vous manquez quelque chose. Cet opus est une invitation à découvrir un univers rempli de contradictions : douceur et colère, joie et tristesse, simplicité et complexité. Et ça, franchement, ça mérite une écoute attentive, accompagnée d’un bon thé ou d’une petite bière irlandaise, selon l’heure et l’envie.

Alors, prêt à revisiter ce classique ? Mettez vos écouteurs, baissez la lumière, et laissez-vous embarquer dans ce voyage sonore où la voix de Dolores vous raconte des histoires que vous n’oublierez pas de sitôt. Parce qu’en fin de compte, avec ”No Need to Argue“, il n’y a vraiment pas besoin d’argumenter pour comprendre que c’est un chef-d’œuvre.!


lundi 13 juillet 2026

Le maestro Herbert BLOMSTEDT fête ses 99 ans… baguette à la main (1927… ?) - par Claude Toon



Herbert Blomstedt vers 1980

Et bien non mes amis, ce n'est pas une Fake News (infox en français). Mais le chef d'orchestre Herbert Blomstedt a passé le cap des 99 ans ce samedi 11 juillet (l'heure n'est pas précisée). Quoi d'extraordinaire ? Oh c'est simple, le maestro dirige toujours chaque année des séries de concerts avec les plus grandes phalanges du monde !

Je vous propose une vidéo récente (9 mai) où il dirige à Détroit la 9ème symphonie de Mahler, une gigantesque symphonie chroniquée par deux fois dans le blog (GiuliniWalter). Le 15 mai, rebelote à San Francisco, malgré un étourdissement pendant le délirant Rondo burlesque, qui a conduit à interrompre un instant l'exécution, le chef a terminé l'œuvre prédestinée à débuter l'achèvement d'une carrière de 75 ans, d'une vie ? Peut-être pas ! Les dernières mesures de l'adagio conclusif sont jouées lentement pppp par les cordes seules. Jamais un chef n'avait osé un tempo aussi lent rappelant que Mahler symbolise ainsi l'éternité et peut-être les sphères célestes qui nous attendent.

Herbert Blomstedt n'est pas un inconnu du Deblocnot, un artiste qui se distingue par un parcours d'une longévité surréaliste. Voici les trois chroniques qui lui ont été consacrées dès la naissance du blog…

1 - Franz Schubert : Symphonie N° 8 "Inachevée" – Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (2012 - Clic) avec en complément - le troisième mouvement de la Symphonie Mathis Der Maler de Paul Hindemith l'orchestre étant le Gustav Mahler Jugendorchester. Hindemith, une spécialité de ce chef à qui on doit une passionnante anthologie. Un extrait d'un concert en live de 2010. À 84 ans, le chef dirigeait avec énergie cette musique un peu folle…

2 - Carl-Maria von WeberConcertos N°1 & 2 pour clarinette avec Sabine Meyer en soliste et de nouveau la Staatskapelle de Dresde (2013Clic)

3 - Carl Nielsen : Symphonie n°4 "Inextinguible", avec l'Orchestre de San Francisco (2017Clic)

 

Je recopie la biographie écrite en 2012. Je n'ajoute rien, j'aurais le sentiment désagréable de rédiger un pseudo RIP avant l'heure. Allez savoir… à près de 75 ans, et après la disparition de Bonnie Tyler, mon ainée de quelques mois, on ne sait jamais.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Herbert relax vers 1970

Le chef d'orchestre Suédois (naturalisé américain) Herbert Blomstedt est né en 1927 à Springfield dans le Massachusetts ! L'enfant n'a que deux ans quand sa famille retourne s'installer dans son pays d'origine. Il fréquente le collège royal de Stockholm et l'université d'Uppsala (fondée en 1477). Le jeune homme étend son art dans tous les domaines : la musique contemporaine à Darmstadt en 1949, puis le baroque auprès de Paul Sacher en Suisse. Pour la direction d'orchestre, il suit les enseignements d'Igor Markevitch, de Jean Morel à la Juilliard School et de Leonard Bernstein. Rien d'étonnant après un tel parcours qu'il remporte le prix Koussevitzky en 1953 à 26 ans.

Herbert Blomstedt est un homme peu connu car discret. Comme interprète, ses compositeurs de prédilection sont Beethoven, Mendelssohn, Schubert, Bruckner et Richard Strauss. Il excelle également dans le répertoire nordique : Grieg, Berwald, Sibelius et Carl Nielsen.

Un grand artiste est toujours un peu un original. Blomstedt appartient à l'église "Adventiste du septième jour". Il ne répète donc jamais les vendredis soir et les samedis (c'est du travail), mais donne des concerts qu'il considère plutôt comme des moments de prière et non comme du travail. On ne sera donc pas surpris de voir ce mince octogénaire réaliser la première intégrale marquante des symphonies du mystique Bruckner depuis celles de Günter Wand. (Depuis, Christian Thielmann a ajouté sa conception remarquable au catalogue).

Ce chef a conduit les meilleurs orchestres de Scandinavie et de la planète, dont la Staatskapelle de Dresde (1975-1985) avec lequel il a enregistré les symphonies de Schubert. Son coffret de 3 CD consacré à Paul Hindemith est un enchantement au sein de sa discographie qui met en relief la fidélité de ce chef envers l'esprit musical des œuvres.

Depuis 2017, il donne régulièrement des cycles de concerts avec des phalanges qui savent jouer sans faute même si la gestique du maître évolue vers une élégante métrotomie, l'âge ne lui permettant plus une battue plus "sportive" 😊. Quelques conseils que l'orchestre prend en compte lors des répétitions…

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


En mai 2025, donc à presque 98 ans, Blomstedt nous a rendu visite à la Philharmonie de Paris pour diriger l'Orchestre de Paris en imposant une nouveauté au répertoire la Deuxième Symphonie du compositeur suédois Franz Berwald qu'on ne connaissait que par le disque. Datée de 1842, on ne connaît la partition que depuis 1914. Le chef lui a rendu son authenticité portée par son surnom, la "capricieuse". Suivait un incontournable de l'orchestre : la 2ème symphonie de Brahms. Un triomphe. Merci à Klaus Mäkelä, jeune chef en titre d'avoir insuffler une discipline à cet orchestre inconnue jusqu'alors. L'exigence connue de Blomstedt a ainsi pu porter ses fruits pour cette création. Relisez l'article récent dédié à Louis Frémeaux, je n'étais pas tendre voire injuste envers notre phalange parisienne…

Nota : J'avais rédigé un RIP pour Kurt Sanderling décédé la veille de ses cents ans et deux autres chefs historiques nonagénaires ; Bernard Haitink et Christoph von Dohnányi. Mais les trois nous avaient quittés à 92 et 96 ans après une retraite prise vers 90 ans. Après l'incident de San Francisco, l'avenir musical de cet homme incroyable appartient un peu aux médecins… à suivre…


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

Vidéos en live ou CD :

2013 : Orchestre de Paris : Symphonie N°3 "Héroïque" de Beethoven. Interprétation sans grandiloquence d'un jeune Beethoven qui instaure avec fougue le Romantisme !

1993 : Franz Berwald : Symphonie N°4 – Orchestre de San Francisco (DECCA) en complément la symphonie N°1.

1988 : Paul Hindemith : Métamorphoses symphoniques sur un thème de Weberorchestre de San Francisco (DECCA). Voir chronique d'un live à la BBC par Eugen Jochum…. Une interprétation ici toute en finesse orchestrale.

2026 : 9 mai, Orchestre symphonique de Détroit. 9ème symphonie de Mahler. Les dernières minutes comme expliqué en introduction deviennent un voyage astral… Comme souvent le chef se recueille un instant avant une séance explosive d'applaudissements.