Globalement,
l’œuvre de Maurice G Dantec peut se scinder en trois grandes
parties. La première, symbolisée par « Les racines du mal »
et la « Sirène rouge » est la plus rationnelle. Vite
rangée sous l’étiquette de polar ou roman noir, elle nous
présente des héros aux prises avec la barbarie d’un monde en
perte de repère. S’il subsiste quelques traces de science fiction,
elles ne forment qu’une teinte originale dans un récit assez terre
à terre. Cette timidité vis-à-vis du futurisme mènerait presque à
se demander si, comme tant de littérateurs austères, Dantec ne
nourrirait pas un certain mépris pour l’univers science fictionnel
et la littérature d’anticipation.
C’est pourtant bien ce mépris
pour ce genre qui lui fit dire sur un ton agacé à un journaliste :
« Je ne comprends pas ce mépris pour la science fiction. Alors pour
vous monsieur Huxley, monsieur Dick et monsieur Orwell, c’était
des blaireaux ? ». C’est que, après le coup de maître de
« Les racines du mal », Dantec découvrit dans la science
fiction un nouvel horizon à explorer. Comme il y eut des free
jazzmen, l’homme fut un free writer. Il se jetait dans l’écriture
sans plan ni boussole, explorait ses mondes en même temps qu’il
les inventait. Par ce procédé, il poursuivit le défaut qui fut si
longtemps pointé par les détracteurs des écrivains futuristes et
fantastiques, prenant plus soin de décrire son univers que la
personnalité de ses personnages.
Ce reproche ne peut que faire
sourire les vrais amateurs de littérature, à moins que ceux-ci
soient capables de reprocher à Kafka de ne pas avoir détaillé la
personnalité de son fameux K. Comme l’auteur du procès,
les écrivains de science fiction voyaient d’abord leurs
personnages comme des moyens de souligner les tourments et les tares
de leurs mondes. « 1984 » aurait-il été meilleur si
Orwell s’était longuement attardé sur le passé de Winston ? K.
Dick aurait-il dû faire de son œuvre une version cosmique de la
comédie humaine de Balzac ? Bien sûr que non !
Le travail de ces
hommes fut davantage de restituer les peurs du présent en imaginant
l’avenir. Ainsi naquit donc « Babylon babies », grande
fresque cybernétique aux sous entendus résolument nietzscheen. Si «
Le dernier homme » est le titre d’un chapitre des « Racines
du mal », c’est bien « Babylone babies » qui nous
présente son monde crépusculaire.
Ayant perdu tout idéal, Hugo
Cornélius Toorop erre dans ce décor futuriste avec son instinct de
survie comme seule boussole. De puissantes mafias ont érigé leurs
grandeurs sur les décombres d’états en lambeaux, créant ainsi
une oppressante tyrannie anarchiste où la mort et le vice se
partagent les rues. Perdue dans cet univers sans idéal, une humanité
crépusculaire noie son angoisse dans les plaisirs narcotiques et
l’aliénation numérique. Fille de cette décadence futuriste, une
jeune femme se retrouve enceinte par la seule intervention de la
science. Pauvre madone schizophrène, elle abrite dans sa chair
malade deux jumeaux représentant l’avenir de l’humanité.
Ces
rejetons, dotés de capacités exceptionnelles et nés de la science
d’une sombre secte, sont destinés à représenter le prochain
stade de l’évolution humaine. Au fil du parcours, Toorop
découvrira que, s’ils venaient à naître, de tels jumeaux ne
manqueraient pas de déclencher la perte de l’humanité qui les a
précédé. Dotés d’un système immunitaire différent, de tels
surhommes ne manqueraient pas de diffuser chez les races devenues
caduques une épidémie mortelle, comme les troupes de Christophe
Colomb le firent auprès des tribus indiennes. Ne pouvant plus se
transcender que par une frénétique fuite en avant scientifique,
l’humanité semble ici courir à sa perte.
Le monde de « Babylon babies » est un monde où les décors d’un futurisme
spectaculaire semblent faits pour faire oublier la tristesse d’un
peuple sans âme ni lien collectif, c’est un nouvel âge féodal
sans foi ni loi.
Bandits de grands chemins de ces temps pas si
éloignés, les mafieux sont devenus les derniers hommes doués
d’ambitions. Les autres, enchaînant les plaisirs futiles et les
opiums toxiques, semblent aussi primaires que la technologie qui les
divertit est avancée. La science est le seul espoir de ce peuple
acéphale, la force divine lui faisant oublier la vacuité de son
existence pour qu’il continue de s’y noyer. Véritable Sainte
Vierge de ce peuple scientiste, le personnage de Marie Zorn pose par
son existence une question simple mais cruciale : le seul salut des
derniers hommes se trouvera t-il dans le sacrifice suprême au dieu
science ? Le devoir de l’humanité est-il de toujours évoluer
même si cette évolution menace son existence même ?
Il parait
difficile de considérer comme pleinement humains ces jumeaux nés
d’expériences scientifiques, à moins de penser que le
consommateur parfait représente l’avenir de l’humanité. L’homme
construit n’est pas fait que de chair et de sang, mais aussi
d’émotions et de pensées. Privés de la douceur du lien filial,
ces êtres ne se révéleraient-ils pas aussi diminués humainement
qu’ils ne sont augmentés physiquement ? Puis il y a la
schizophrénie de la mère, cette maladie que l’on pourrait presque
nommer "maladie du consommateur parfait". L’avenir de l’homme
pourrait donc être une horde d’êtres qui jouiraient d’une
carcasse surhumaine dirigée par un esprit à la merci de ses délires
et de ses pulsions.
Si Toorop pensait simplement gagner de l’argent
en protégeant la fille d’une secte d’illuminés, ses découvertes
le plongent dans ces réflexions vertigineuses, dilemmes nés des
angoisses fascinantes de Philip K Dick. Ces préoccupations ne sont
donc pas neuves, mais aussi vieilles que la science fiction. Notons
toutefois que, à travers sa grande odyssée futuriste, Maurice G. Dantec traite
son sujet avec suffisamment d’inventivité et d’enthousiasme pour
placer son œuvre dans la lignée des classiques du genre.
*****************
N.D.L.R : ce roman a été adapté au cinéma par Mathieu Kassovitz sous le titre « Babylon A.D. » (2008) avec Vin "Fast and Furious vroum vroum" Diesel dans le rôle de Toorop, mais aussi Michelle Yeoh, Charlotte Rampling, Gérard Depardieu, Lambert Wilson, Mélanie Thierry.
Quand
un guitariste, de jazz-fusion mondialement connu, s'offre
un bol d'air en s'immergeant dans le Blues, ça donne quoi ? Ça
donne un superbe album de Blues-rock - fusion - qui en a mis plus
d'un à genoux. L'album, c'est "Tore
Down House",
et le guitariste,Scott
Henderson.
Scott
Henderson, né le 26 août 1954 à West Palm Beach, en
Floride, se fait un nom en tant que guitariste de Jazz fusion au sein
de Tribal Tech. Un groupe qu'il a
fondé en 1983 avec le bassiste Gary Willis.
L'ascension est relativement ardue ; en effet, en évoluant dans le
club fermé - certains diront plutôt sélectif - des amateurs
de Jazz, il ne faut pas s'attendre à exploser les compteurs des
charts - encore moins ceux du Billboard, qui concernent généralement
plus le "grand public". Peu de musiciens évoluant - peu ou
prou - dans cet univers peuvent prétendre à se produire dans de
grandes salles à travers la planète ; encore moins dans des stades.
Quant aux radios et à la télévision, elles ne leurs ouvrent
habituellement les portes qu'à des heures tardives, dans des
émissions spécifiques. Toutefois, malgré tout, grâce à son
exigence et sa technicité, Tribal Tech
finit par traverser les frontières des préjugés. L'intérêt que
porte les revues dédiées à la guitare - à Henderson en
particulier, mais aussi au groupe -, contribue considérablement à
la notoriété croissante du groupe et de son guitariste.
Indirectement,
la vague du "Shred", générée par une multitude de
gratteux, traumatisés par les Malmsteen, Van Halen, Uli Jon Roth,
Randy Rhoads et Blackmore en outre, sont obnubilés par la
technique et la vitesse d'exécution. De
jeunes musiciens, majoritairement biberonnés au métôl, qui ne
tardent pas à être qualifiés de shredders, générant le
courant - controversé - "Shred". Parmi les plus célèbres,
on trouve Greg Howe, Tony McAlpine, Paul Gilbert, Jason Becker,
Marty Friedman, Vinnie Moore, Blues Saraceno. Dans leur
recherche d'exemples à suivre, de guitaristes plus rapide que leur
ombre, ces jeunes loups en viennent à laisser trainer leurs
esgourdes dans les terres du Jazz-rock et de la fusion. Ainsi, les
noms de John McLaughin, Allan Holdsworth ou Al Di Meola s'invitent dans
leurs références. Un peu plus tard, celui de Scott Henderson s'y
greffe. L'intérêt que lui portent les revues dédiées à la
six-cordes, participe à l'élargissement de son public. Tandis que
son intégration au The Zawinul Syndicate
conforte sa place dans le Jazz fusion. Entre une chose et l'autre, Tribal
Tech parvient à devenir dans les années 90 l'un des
groupes de fusion les plus vendeurs. L'album éponyme de 1991 et
"Illicit" sont des succès plébiscités.
C'est
peut être ce succès inattendu - qui reste tout de même
relativement modeste -, qui permet à Scott Henderson de relâcher un
peu la pression sur Tribal Tech et d'entamer parallèlement,
sereinement, une carrière solo. Ainsi, en 1994, il sort un premier
album, "Dog Party". Un
disque d'un doux dingue artificier, qui débute comme un hommage à
Stevie Ray Vaughan par un "Hole Diggin'
" survolté, avant de déballer une ribambelle de
blues tantôt habillé de funk, de country-blues ou de West
Side Sound, de Jazz, aussi - inévitablement. Mais ce qui est étonnant,
c'est que cet album ne reflète aucunement le musicien de Jazz qui
se frotterait au Blues, mais plutôt celui d'un Bluesman (moderne)
qui injecte à l'occasion du Rock et, moins souvent, du Jazz. C'est, qu'avant de se vouer totalement au Jazz - ou plutôt à la fusion -,
le monsieur a fait ses classes au son du Blues et même du
Heavy-rock. C'est même avec ces deux univers - pas si éloignés -
qu'il a appris à apprivoiser la scène. Ritchie Blackmore et Jimmy
Page sont deux de ses influences majeures, avec, évidemment, Jimi
Hendrix et Jeff Beck. D'ailleurs, bien des fois, l'ombre de ce
dernier ne manque pas de planer sur les morceaux lents de "Tore
Down House". En matière de Blues, étonnamment, il désigne
généralement Albert King, qui n'est ni le plus technique ni le plus
véloce. Loin de là.
Trois
ans plus tard, en 1997, Scott réitère son incursion en terre blues
et passe au niveau supérieur.
Déjà,
d'entrée, il dégaine un « Dolemite »
dantesque. Un instrumental du feu de dieu avec une solide section de
cuivres dans le style de Tower of Power, une basse énorme et l'orgue
alerte de Scott Kinsey (1). De son côté, Henderson n'en fait pas
des tonnes, laissant ses comparses s'exprimer. Mais dès qu'il retire
la muselière de sa Stratocaster, c'est le feu à tous les étages.
Deux géniaux instrumentaux égrènent l'album. « Continuum »
de Jaco Pastorius, ici revisité en greffant un Country-blues vaporeux aux lignes de basses
élastiques, et « Harpoon », où l'harmonica de Pat O'Brien (2) joute avec la gratte d'Henderson.
Contrairement
à quoi on pourrait s'attendre, ce n'est pas un album de guitare stricto sensu, mais bien un disque de Blues-rock. Certes pétaradant et plutôt moderne, parfois même d'apparence échevelé. Le son y est énorme et même aujourd'hui,
pratiquement trente ans plus tard, il surprend par sa puissance et sa
définition. Aucun instrument n'est négligé, Scott n'hésitant pas
à mettre parfois - à bon escient - sa guitare en retrait ou à la
museler. Par contre, si quelqu'un pourrait avoir un régime de faveur,
c'est peut être la chanteuse Thelma Houston. Célèbre
chanteuse de Soul et de Rhythm'n'blues (avec un passage, un fourvoiement disco...)
avec une puissance vocale qui pourrait bousculer quelques esgourdes
sensibles.
Occasionnellement, elle est secondée par Masta Edwards
– un chanteur de Soul et de Blues, également auteur-compositeur,
qui produira très peu pour lui-même, passant sa carrière souvent
dans l'ombre, travaillant essentiellement pour autrui. Thelma et
Masta se glissent judicieusement dans la peau d'un couple se
susurrant des mots d'amour sur le slow-blues « I
Hate You», qui débute sur un ton des plus mielleux (avec fleurs printanières et p'tites zoizieaux piaffant), avant de prendre un peu plus de corps et de gnaque après un premier solo tranchant. « Oh, tu
es un ange, un ange venu des enfers. Ta bouche est vulgaire, ton
odeur de cosmétiques bon marché... Espèce de petite catin bon
marché, tu te tires par la porte de derrière, tu sors avec
n'importe qui pour un sou... Oooh, tu n'es qu'un ivrogne affalé dans
le canapé à regarder du sport en buvant des Corona.Chéri,
j'arrêterai de boire si tu te rases les jambes. C'est dommage que ta
mère n'ait jamais pris la pilule - [et en chœur :] Chéri(e),
tu es un(e) raté(e), c'est toi que j'ai envie de tuer. Chéri(e), tu
as ruiné ma vie, alors je te hais et je te haïrai toujours ! ».
Jouant
avec nombre de clichés récurrents, chers au blues, tout au long de
l'album, Scott se plaît à les détourner avec humour tout le long
de l'album. Comme sur le shuffle « Gittar
School », chanté avec âpreté par Masta, où il semble ne pas penser grand bien du
grunge qui après avoir atteint son apogée commerciale, et en pleine dégringolade. « J'ai
perdu mon boulot chez XX, je n'arrêtais pas de faire tomber les burgers
par terre. Tout le monde sait que je suis un idiot... J'me suis acheté
une guitare électrique... l'école va m'apprendre à la brancher...
Je prends le bus pour Hollywood... Grandes piscines et stars. Je vais
bien m'amuser... Plus de temps pour les cours, j'ai appris quelques
accords et j'ai bronzé. Maintenant je pars pour Seattle. Je vais
jouer mes accords dans un gros groupe grunge ».
Si l'esprit du Blues est bien présent, Henderson ne peut s'empêcher d'exploser les carcans des douze mesures. « Mocha », second et dernier morceau chanté intégralement – et majestueusement - par Masta, est l'un des seuls morceaux le plus authentiquement blues ; même si, indéniablement, ce slow-blues, un peu sombre, est un hommage ouvert à Jimmy Page et Led Zeppelin. Le second est « Same As You », présenté pour un superbe final sur un slow-blues soul enlevé, illuminé par Thelma Louise à son zénith et une wah-wah maîtrisée de Scott - ou Jimmy Reed rencontre Hendrix.
En conséquence, "Tore Down House" a bien plus de chance d'intéresser un public friand des Jeff Beck, Larry Coryell et Roy Buchanan - voire de Blues Saraceno - que de pur Blues. D'autant qu'il y a dans l'attaque de Scott une certaine véhémence qui pourrait être appréhendée comme une agression pour des esgourdes délicates. Même sur le slow-blues éponyme, Scott, dans un esprit beckien, déchire l'espace de soli torturés comme autant de décharges électrostatiques de 3000 watts. Thelma n'a plus qu'à chanter à l'avenant, sous l'effet des décharges. Tandis que "You Get Off On Me" serait comme une immersion sous haute dose de caféine de Zappa dans le Blues-rock et "Meter Maid" s'abreuve aux standards de Bo Diddley pour en régurgiter une version granitique et cahoteuse.
Quand tellement d'autres musiciens, lorsqu'ils décident de sortir un disque de Blues - pour leur simple et sincère plaisir, ou dans l'espoir de récolter un peu de monnaie sans trop se fouler - se contentent de reprises resservies quasiment telles quelles (proches des originaux), Scott Henderson, lui, déboule tranquillement avec des pièces originales explosives. En toute intégrité, et tant pis si ça fait un flop, ça fait longtemps qu'il n'a plus rien à prouver. Même pas sûr que ce genre de considération lui traverse l'esprit.
P.S. : C'est bien sur une Fender Stratocaster (modèle réédition 1957), celle avec laquelle il se présente sur la pochette, que Scott joue sur l'album. Une Strato équipée de micros Suhr, qu'il branche dans un Fender Bassman et un Fender Supe Reverb. Il booste la saturation des amplis, déjà poussée au-delà de la moitié, avec une Ibanez TS9 (ou une Maxom).
Kinsey, également co-producteur avec Henderson, et claviériste depuis 92 de Tribal Tech.
Déjà présent sur « Dog Party », il sera aussi de la partie sur le troisième opus blues d'Henderson. Également chanteur et guitariste, il effectue aussi une carrière solo qui n'a jamais décollé. Toutefois, aux USA, il est réputé pour son talent et sa virtuosité en tant qu'harmoniciste. On le retrouve sur le « From The Cradle » de Clapton et le « Blues Summit » de BB King.
Pendant les années 70, ils provoquerons une véritable hystérie auprès des
jeunes adolescentes américaines (on parle même d’épidémie aphasique). La
Osmond mania fera des ravages.
The Osmonds, Les Brothers Du Kitsch
Les Osmonds Brothers ou quand la famille chantait plus fort que les casseroles.
Bienvenue dans la famille, paillettes, col pelle à tarte, futal à patte
d’eph, sourire Gibbs et brushing nickel !
Avant les boys bands aux chorégraphies millimétrées, avant les
paillettes de K-pop, avant même que les cheveux des chanteurs ne
deviennent une catégorie à part entière, il y avait les Osmonds. Une famille entière capable de remplir une scène, un plateau de
télévision et probablement le salon familial, tout cela en chantant à
plusieurs voix avec une précision redoutable. Les Osmonds Brothers, c’est l’histoire d’une fratrie mormone de l’Utah devenue phénomène
mondial, sans jamais vraiment perdre son air de cousins bien élevés
venus interpréter un cantique après le repas.
Tout commence avec les frères Osmond -Alan,
Wayne,
Merrill et
Jay — qui chantent ensemble dès leur
plus jeune âge. Leur père,
George Osmond, comprend rapidement
que ses fils possèdent un talent suffisamment rare pour justifier quelques
déplacements… et sans doute beaucoup de répétitions (Ila surtout vite compris qu’il y avait beaucoup de fric à se faire !). Les garçons se produisent d’abord dans des spectacles locaux, puis
arrivent à la télévision américaine dans les années 1960, notamment
grâce à l’émission ”TheAndyWilliamsShow“. Là, ils apparaissent en costumes impeccables, sourires lumineux et
coiffures parfaitement disciplinées. À l’époque, ils ressemblent moins à
un groupe de rock qu’à une publicité vivante pour la bonne
éducation.
Donny Osmond
Mais attention sous leur apparence de jeunes garçons sages se cachent de
véritables machines de scène. Les
Osmonds savent chanter, danser, jouer
de plusieurs instruments et occuper l’espace comme s’ils avaient suivi une
formation commando du divertissement. Le public américain tombe rapidement
sous le charme de ces frères qui semblent capables de lancer une carrière
avant même d’avoir terminé leurs devoirs de mathématiques.
Le véritable tournant survient au début des années 1970. Les
Osmonds adoptent un son plus pop et
plus énergique, avec des titres comme “OneBadApple”, “Yo-Yo” et ”Down by the Lazy River“. Soudain, les costumes pastel laissent place à des vestes brillantes,
les mouvements deviennent plus nerveux et les garçons se transforment en
idoles pour adolescentes. Le phénomène est massif. Des milliers de fans
hurlent, des magazines publient leurs photos et les parents se demandent
probablement pourquoi leurs filles ont soudain besoin de douze posters
représentant les mêmes quatre visages.
Le visage le plus connu de la famille devient rapidement Donny Osmond. Plus jeune, plus souriant et doté d’un charme presque surnaturel, il
rejoint le groupe avant de connaître une carrière solo fulgurante. Avec
”Go Away Little Girl“, il devient une vedette internationale. Donny, c’est un peu le dessert (Lacerisesurlebateau
!) dans un repas déjà très copieux : les Osmonds fonctionnaient en équipe, mais lui attirait naturellement une attention
supplémentaire. Il chante, danse, joue la comédie et possède cette
capacité rare à sembler impeccable même après une chorégraphie qui
devrait normalement provoquer un besoin accru d’oxygène.
Sa sœur Marie, elle aussi, devient une star majeure. Ensemble, Donny et Marie animent leur propre émission de télévision, ”Donny&Marie“, à partir de 1976. Le programme mélange chansons, sketches et bonne humeur familiale. On
y retrouve les deux vedettes, souvent accompagnées de décors colorés, de
costumes éclatants et d’une énergie proche de celle d’un mariage où
personne ne veut quitter la piste de danse. Leur duo devient
emblématique, notamment grâce à leur chanson ”I’m a Little Bit Country, I’m a Little Bit Rock ’n’ Roll“. Tout un programme, résumé en une phrase : Marie représente le country, Donny le rock, et la famille entière représente probablement la
logistique.
Ce qui rend les Osmonds fascinants,
c’est leur capacité à évoluer avec leur époque. Ils commencent comme
chanteurs traditionnels, deviennent stars de la pop, flirtent avec le
rock, apparaissent à la télévision et construisent une véritable
entreprise familiale. Ils ne se contentent pas de vendre des disques : ils
vendent un univers. Celui d’une famille unie, travailleuse, souriante et
impeccablement coordonnée. Même leurs désaccords semblaient probablement
se régler en harmonie à quatre voix.
Pourtant, derrière les chemises à paillettes et les sourires de
catalogue, l’histoire du groupe comporte aussi des moments plus
compliqués. Le succès des années 1970
est immense, mais les goûts du public changent rapidement. Le disco
arrive, le rock se durcit, le punk fait exploser les codes et les Osmonds doivent chercher de nouvelles façons de rester dans la course. Leur image
de garçons sages devient moins moderne, tandis que la mode musicale
commence à préférer les chanteurs qui ont l’air d’avoir dormi dans un
parking après une tournée.
Les frères continuent néanmoins à travailler. Ils se produisent sur scène,
enregistrent, participent à des spectacles et entretiennent une relation
fidèle avec leur public. Leur carrière s’inscrit dans la durée, avec moins
de fracas médiatique mais beaucoup de constance. Et c’est peut-être là
leur plus grande force : les
Osmonds n’ont jamais été une simple
mode. Ils ont formé une institution familiale du spectacle.
Le groupe a également dû affronter des difficultés personnelles et
professionnelles, notamment des problèmes financiers liés à certaines
productions ambitieuses. Comme quoi, même une famille capable de chanter
en parfaite harmonie peut connaître des notes plus dissonantes dans les
affaires. Mais les Osmonds ont généralement répondu aux obstacles par le travail, la foi et une
impressionnante capacité à remonter sur scène.
Aujourd’hui encore, leur héritage reste important. Ils ont ouvert la voie
à de nombreuses familles musicales et ont démontré qu’un groupe pouvait
être à la fois populaire, accessible et profondément professionnel. Les
Osmonds ne correspondaient pas à
l’image rebelle traditionnellement associée au rock ou à la pop. Ils ne
semblaient pas vouloir casser une guitare dans une chambre d’hôtel. Leur
ambition était plutôt de chanter juste, de rester polis et de faire danser
le public sans provoquer d’incident diplomatique.
Et finalement, c’est ce qui fait leur charme. Les
Osmond Brothers incarnent une époque
où la télévision pouvait transformer une fratrie en phénomène mondial, où
les vestes scintillantes étaient considérées comme une décision
vestimentaire raisonnable et où une famille entière pouvait devenir une
marque sans passer par les réseaux sociaux. Ils ont offert des mélodies
accrocheuses, des sourires inoubliables et une quantité impressionnante de
chorégraphies parfaitement synchronisées.
Les Osmonds, c’est donc bien plus qu’un
groupe de frères. C’est une saga familiale, un feuilleton musical et une
démonstration grandeur nature de ce qu’il se passe quand plusieurs enfants
talentueux grandissent avec des parents très organisés. Leur carrière a
connu des sommets, des virages et quelques pantalons discutables, mais elle
reste marquée par une énergie communicative et une vraie longévité.
En résumé : les Osmonds chantaient en famille, dansaient en famille, travaillaient en famille et,
probablement, discutaient des arrangements pendant les repas. Une chose
est sûre après eux, il est devenu beaucoup plus difficile pour une famille
nombreuse de prétendre qu’elle ne savait pas quoi faire le dimanche
après-midi.
P.S: Je suis sur que dans vos vieux 45 tours, il y en a bien un ou deux
qui trainent, n'ayez pas de honte, moi aussi j'en possède et des titres
comme ”Crazy Horses“ ou ”Downby thelazy river“ te filaient quand même la pêche !
Et pour les très gourmands du genre : l'anthologie version XXL😉
MARDI :
première
dose de musique classique avec l’éclectique Pat, qui a invité le
compositeur Jacques Ibert et son « Divertissement » à
l’origine écrit pour la pièce "Le chapeau de paille
d'Italie" de Labiche, qui allie tradition rythmique et
innovation harmonique pour transmettre une impression de vitalité
brute.
MERCREDI :ah
le bel album déniché par Bruno ! Celui de The
Screamin' Cheetah Wheelies, quintet
originaire de Nashville qui
dans « Magnolia » touche avec un talent insolent à
toutes les nuances du rock, bluesy, heavy, southern. Une
suite moins florissante, due
aux additions du chanteur Mike Farris...
JEUDI :Claude Toon s'interroge sur l'absence totale de compositeurs britishs de renom entre la mort de Purcell et la fin du XIXème siècle. La création du premier conservatoire Royal permet l'éclosion d'une génération de musiciens de talent dont Granville Bantock et son poème symphonique épique « Thalaba The Destroyer » mêlant un preux héros, des sorciers, des démons, des odalisques, des cavernes diaboliques… dans un orient légendaire !
VENDREDI :
un
très beau film au cinéma, « Minotaure » du russe Andreï
Zviaguintsev, qui
reprend la trame criminelle de "La
femme infidèle" de Claude
Chabrol, le
réalisateur y fustige la
lâcheté et le cynisme de l’oligarchie alors
que
la guerre en Ukraine se
profile.
👉 La
semaine prochaine, une
famille en or avec The Osmonds Brothers, le blues rock de Scott
Henderson, un (autre) roman de Maurice G. Dantec, et un polar plein
de barbouzes et de gauchistes signé Benjamin Dierstein.