mercredi 1 juillet 2026

BOSTON " Boston / First -same " (1976), by Bruno

 


     J'me suis fait épingler par la patrouille... Le conseil d'administration a lourdement insisté pour que j'écrive des trucs autres que sur des big heavy qui font du boucan, ou sur des disques de la préhistoire (d'avant internet), ou encore sur de parfaits inconnus qui ont réalisé qu'une seule galette, on ne sait trop comment. Ce n'est pas ça qui fait vendre du papier – ou qui génère des vues. Pas content qu'ils sont. Pourtant, le Toon parle bien de compositeurs décédés bien avant la naissance de mon arrière grand-père... Rien à voir, qu'on m'a rétorqué. C'est du Classique ! Et le Classic-rock, alors ? …

      Ils ne veulent rien savoir. De plus, on me dit que c'est l'été, et qu'il faut faire des articles en conséquences. Soit écrire sur des choses festives et rafraîchissante. Qui vont de paire avec les vacances, qui permettent aux gens d'échapper (un temps) à leurs contraintes, leurs soucis et leurs inquiétudes.

     Dans le cas contraire, on me menace de ne pas me verser mes indemnités... ça craint. D'autant que je n'ai toujours pas reçu un kopeck. Même pas un antique CD AAD bariolé de rayures.

 


   Dans l'espoir – faut vraiment être naïf – de recevoir, un jour, un maigre pécule, je courbe l'échine et consent à faire l'effort d'aller dans leur sens. On va non seulement faire dans l'ultra classique, mais aussi dans le rock FM, ou AOR, ou mélodique, ou j'ne sais plus quoi comme étiquette. Et quel n'est pas l'un des plus célèbres représentant que Boston. Ouais, Boston. Le groupe qu'ie hésitation poui était de bon ton de dénigrer. Ce groupe de Boston (donc) qui en 1976 a tranquillement affolé les radios et les disquaires de la planète. Ce quintet qui a vendu des millions d'albums. Dix-sept millions rien qu'aux USA pour le premier disque, rien qu'aux USA (!). Ce premier disque, éponyme, qui a établi dès l'année de sa sortie, en 1976, de nouveaux records de ventes (1), a redéfini les contours de la musique Rock, du hard-rock pour des années. Son immense succès, quasi pérenne, a réveillé la cupidité des majors – ou plutôt l'on simplement exacerbé. Dès lors, leur avidité du gain – surpassant leur intérêt pour la musique - , va les inciter à mettre une pression – plus ou moins forte – sur une grande majorité de groupes de Rock, afin qu'ils liment docilement leurs quenottes, épines et cornes pour se glisser sans accrocs dans leurs nouvelles tenues scintillantes. Qu'ils musellent guitares et claviers (l'incontournable Hammond laissant sa place à des synthétiseurs). Une catastrophe pour certains qui ne s'en remettront jamais, et une opportunité pour de jeunes louveteaux – plus ou moins sincères – qui sauront se faire une place, et leur beurre, en empruntant ce chemin déjà en partie défriché par d'autres, mais désormais largement borné par Boston. Ce premier album a changé le paysage du heavy-rock. Une raison qui laquelle il fut tant encensé par certains, et si haï par d'autres. Pourtant, au contraire de ce qui a pu être écrit et dit sur cet album, si indéniablement il pose les bases du Rock FM (A.O.R.), il n'a rien de mièvre ou de sirupeux.

   Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que cette galette est une formidable réussite. Un sans-faute ? Probablement. Même les plus endurcis, bien que peinant à l'admettre, ne furent pas insensibles à l'entrée en matière : le divin « More Than A Feeling ». Un monument subtilement introduit par des arpèges de guitares en fade-in, débutant comme un chanson douce folk, avant que ne percute prestement le refrain, avec son gros riff, ses claquements de mains et ce chant haut perché soutenu par des chœurs de séraphins (ceux qui ont du poils au menton). Finalement, le rapprochement avec Uriah Heep est vite faite (bien que totalement occulté par les chauvins ricains...), avec en sus une fibre proche d'un « Rock de stade ». 

     Bien qu'un poil plus heavy et rock'n'roll, avec ses guitares harmonisées, « Peace Of Mind » reste dans le même sillage. Au contraire du diptyque « Foreplay / Long Time » avec sa première partie progressive laissant une grande aux claviers ; un premier paragraphe explorant une ligne de temps parallèle où Keith Emerson aurait été à la place d'Hensley au sein du Heep. On l'omet souvent, mais le leader incontesté et despote Tom Scholz, a été pianiste, avec une sérieuse formation classique, avant de se tourner vers la guitare. Pour revenir à « Peace Of Mind », la chanson traite de l'importance de ne pas se laisser intégralement absorber par un travail où la compétition fait loi, où l'on demande toujours plus, au détriment d'une vie extra-professionnelle, d'une passion, d'instants de vie, de détentes, sans lesquels on ne peut espérer goûter à une certaine sérénité. C'est un choix que Scholz lui-même dû faire, préférant ne pas gravir certains échelons pour se préserver, garder la possibilité de s'adonner, d'une façon ou d'une autre, à la musique. Même s'il préféra garder son poste à Polaroid jusqu'à ce que les ventes de l'album et des singles franchissent la stratosphère à une vitesse fulgurante. 


  Loin de se complaire uniquement dans un Rock dit "FM", Boston ne résiste pas, avec la chansons équivoque « Rock & Roll Band », au simple plaisir de se glisser dans un tempo purement rock'n'roll. Avec « Smokin' », il tâte même du boogie trademark "Foghat" - le chanteur Brad Delp reprend même des intonations typique de Lonesome Dave Peverett -, avant de prendre un virage vers Grand Funk Railroad, ère Graig Frost (forcément, avec les claviers). Pour info, l'ingrédient fumé n'est pas du tabac...

     Pour la quasi intégralité de l'album, il est évident que tout a été murement réfléchi, ne laissant rien au hasard, où on a maintes fois remis les œuvres à l'ouvrage, jusqu'à s'approcher de la perfection. Un travail au cordeau de longue haleine. Toutefois, même si l'interaction entre le chant et les chœurs - ne cessant de défier les Beach Boys, James Gang et Uriah Heep réunis - atteint une certaine excellence et raffinement, Boston a pris soin de ne pas égarer sa fibre "heavy rock". Notamment grâce aux Gibson de Tom Scholz et de Barry Goudreau, crémeuses à souhait, épaisses mais pas trop. Un timbre pas réellement nouveau, mais qui sera tout de même une référence, et qui, étonnamment et malheureusement, ne sera pas totalement reproduit sur l'album suivant. Ainsi, avec ce premier album, Boston trouve la recette d'un heavy-rock à la fois élégant et fédérateur, évitant soigneusement de se perdre dans un excès de subtilités afin d'assurer l'impact des chansons - ainsi que leur accessibilité. 

     Lorsqu'on parle de compositions maintes fois remaniées et travaillées, il faut savoir que pendant des années, les démos envoyées par le groupe - alors sous le patronyme de Mother's Milk - aux maisons d'éditions, ont été systématiquement refusées. (Tom Scholz garde a d'ailleurs encadré et accroché le courrier jugé hautain de refus d'un cadre d'Epic Records, Lennie Petze pour ne pas le nommer ; celui-là même qui se revendiqua comme le principal instigateur de la signature du groupe... ). Lassé, déçu, découragé, le groupe avait abdiqué en 1974, avant que quelques mois plus tard, Scholz, qui avait investi dans du matériel d'enregistrement, prie ses acolytes de rappliquer dans son sous-sol réaménagé pour faire une nouvelle démo... Celle qui, enfin, éveilla l'intérêt de décideurs de labels. De ce fait, il est bien probable que sans ces longues années d'adversité et d'incertitude, entraînant à revoir régulièrement sa copie, la teneur et l'accroche n'auraient des chansons n'aurait pas été la même. Et le succès inhérent non plus. 


   Après les mets modestement épicés, on attaque les douceurs avec « Hitch A Ride ». Une admirable composition alternant entre ballade acoustique et mouvements heavy. Une pièce semblant devoir beaucoup à Wishbone Ash. Ce dernier pouvant très bien être une (forte) influence inavouée, tant on retrouve des parties de guitares harmonisées typiques, ainsi que cette essence spécifique, en équilibre entre le progressif et le heavy-rock. Scholz préféra mentionner les Yardbirds, les Kinks (?) et Blue Cheer (?!?)  "La vie est comme le plus froid des hivers, les gens figent les larmes que je pleure... je dois briser la glace et m'envoler". Pour la petite histoire, au sujet de cette chanson, elle a parfois été attribuée à Brad Delp, qu'elle dépeignait son mal-être, sa difficulté à profiter de la vie alors que tout lui souriait. En effet, Delp tombait régulièrement dans la dépression - les désaccords avec Scholz relatifs aux royalties, à son leadership et à l'attribution de droits d'auteurs, ont probablement leur importance -, et son suicide en 2007 avec pour seul mot "Je suis une âme solitaire. Brad" ont conforté les complotistes. Toutefois, ce n'est pas une de ses compositions.

     "Something About You" est un heavy-rock débordant d'enthousiasme, comme pris d'euphorie, qui, après une courte intro onirique, va dans le vif du sujet, pratiquement comme si, dans un formidable élan, la chanson était emporté par un pré-refrain et un refrain enfiévrés .

     Cette première chapitre se termine sur « Let Me Take You Home Tonight », la chanson la moins intense de l'album - le maillon faible. C'est relatif, évidemment. Comme un fourre-tout de rock ricain où l'on relève deux trois pincées de Southern-rock, une cuillère de country-rock, une louche de soft rock californien arrosant un mince pâtée de rock lourdement imbibée de chœurs, avec un coda explosant dans un élan de joie un peu (beaucoup) forcée – pareillement aux comédies musicales hollywoodiennes dites de « rock ».

     Indéniablement, un classique incontournable du rock américain, voire plus. Un disque qui avait en son temps battu des records de ventes, et restent encore aujourd'hui parmi les grands succès commerciaux. Des chansons qu'on retrouve dans des séries, des films, des jeux vidéos. Même la pochette est une référence. Tout le monde connait un truc de cet album (enfin, presque), même s'ils ne l'ont jamais écouté. Pourtant, cette œuvre traîne peut-être derrière elle quelque chose de plus sombre. En effet, tout le mérite a été un peu trop vite attribué quasiment au seul Tom Scholz. Si ce dernier est indéniablement une sorte de génie (1), on peut s'étonner que le succès et l'intensité de ce premier jet ne fut jamais vraiment renouvelé. Dès lors que Scholz a imposé son despotisme, le succès et l'intérêt porté au groupe a été décroissant. Le guitariste Barry Goudreau, initialement soliste à l'époque de Mother's Milk, a regretté que son nom n'ait pas été porté sur certaines compositions. Si Goudreau ne réfute pas le talent et le travail de Scholz, notamment pour sa pugnacité et sa patiente à retravailler les morceaux jusqu'à pleine satisfaction, il estime que sans lui, et d'autres membres du groupe, des chansons de cet album n'auraient pas vu le jour. Du moins telles qu'on les connait. D'ailleurs, son départ marque un petit mais progressif déclin du groupe, malgré les longues années données à Scholz pour parfaire sa musique (huit années séparent le second du troisième, et autant avec le quatrième... de même pour le cinquième). 


Face A

Titre
A1.More Than Feeling4:46
A2.Peace of Mind5:02
A3.Foreplay / Longtime7:47
Face B

TitreAuteur
B1.Rock and Roll Band3:00
B2.Smokin'
  • Brad DelpTom Scholz
B3.Hitch a Ride4:13
B4.Something About You3:48
B5.Let Me Take You Home TonightBrad Delp4:43



(vague hésitation pour une note entre 5,25 / 6 et 5,85 / 6)


(1) Comme si son talent d'instrumentiste - guitariste et claviériste talentueux, bassiste à l'occasion - et de compositeur ne suffisaient pas, c'est aussi un technicien doué. Il est en effet l'inventeur du Rockman. Une petite boîte noire correctement équipée d'effets permettant de jouer de la guitare au casque, sans se fracasser les esgourdes avec un son pro, et en épargnant celles des voisins pendant l'apprentissage. Le boîtier pouvant également se raccorder à une console, il fit rapidement la joie des pros qui ne s'en privèrent pas. Un gros succès (encore une fois) qui permit la création d'une entreprise qui développa tête d'ampli, racks, pédaliers et effets. 



🎶🕀
Article lié (lien) 👉 Barry GOUDREAU's Engine Room " Full Steam Ahead " (2017)

mardi 30 juin 2026

DAVID BOWIE : ”Space Oddity“ (1969) par Pat Slade



1969 l’année ou Bowie partira dans les étoiles et il n’en reviendra pas. Entre les deux pochettes, j’ai préféré celle plus proche de Ziggy que celle version avec la coiffure mouton.



Mister Bowie et Major Tom




 "Space Oddity" de David Bowie, ce petit bijou interstellaire qui a atterri dans nos oreilles en 1969, pile au moment où Neil Armstrong faisait ses premiers pas lunaires. C’est un peu comme si Bowie avait décidé de faire de l’astronomie musicale avant que ça ne devienne tendance. Alors, attachez vos ceintures, on décolle pour une chronique cosmique et décontractée autour de ce classique intemporel.

"Space Oddity", c’est à la base une chanson sortie en single en juillet 1969, elle sera ensuite le titre phare de l’album du même nom. Vous vous demandez sans doute pourquoi cette chanson a autant marqué les esprits ? Eh bien, c’est l’histoire de Major Tom, ce fameux astronaute fictif, un personnage presque aussi iconique que Bowie lui-même, qui s’envole dans l’espace. Là où ça devient drôle, c’est que notre héros semble vite perdre le contrôle de sa navette et reste bloqué dans le vide intersidéral. Pas très rassurant pour un voyage dans l’espace, mais diablement poétique.
 
Musicalement, Bowie nous offre un mélange de folk psychédélique et de ballade pop avec des touches progressives. La mélodie est simple, presque hypnotique, comme une berceuse pour astronautes solitaires. L’utilisation du mellotron (un instrument à clavier qui imite le son des cordes) joué par Rick Wakeman du groupe Yes, donne un côté éthéré et planant à la chanson, parfait pour évoquer les vastes étendues cosmiques. C’est comme si chaque note flottait dans le vide, nous emmenant avec Major Tom dans sa dérive spatiale. Et puis, parlons de la voix de Bowie : tour à tour vulnérable et résolue, elle raconte parfaitement l’ambiance de solitude et d’émerveillement mixés à une pointe d’angoisse.

"Space Oddity" ce n’est pas seulement une chanson sur un astronaute perdu dans l’espace. C’est aussi un miroir tendu à la société des années 60, une époque fascinée par la conquête spatiale, mais également pleine d’incertitudes politiques et personnelles. On peut y lire une métaphore sur l’aliénation, la perte de contrôle, ou même sur la carrière naissante de Bowie lui-même, qui entame un voyage artistique audacieux et inconnu. Major Tom, c’est un peu Bowie qui se lance dans l’inconnu, sans savoir s’il va revenir les pieds sur Terre.

Petit détail rigolo : la BBC a tellement aimé la chanson qu'elle a choisi de la diffuser pendant la couverture en direct de l’alunissage d’Apollo 11, ce qui a rendu "Space Oddity" immédiatement emblématique. Imaginez le contraste : un homme réel qui marche sur la lune, et Major Tom, cet aventurier de l’imaginaire, perdu dans le silence de l’espace. Ça donne un côté presque comique, si on y pense bien, à cette coexistence entre réalité et fiction.

Et que dire des paroles ? Elles sont simples mais suffisamment cryptiques pour laisser libre cours à l’interprétation. Le fameux "This is Ground Control to Major Tom" est devenu une phrase culte, répétée et remixée à toutes les sauces. C’est un appel à l’aide, une communication froide en pleine défaillance, un moment suspendu où on sent que quelque chose dérape doucement. On peut presque imaginer Major Tom qui, en plein mal de l’espace, pense à sa mère, à ses plantes vertes, ou à sa pizza préférée sur Terre.
L’humour est subtil mais présent. Par exemple, cette chanson d’un astronaute qui perd le signal est drôlement ironique quand on sait que Bowie lui-même était un mec assez terre-à-terre malgré son look parfois complètement hors du temps. Son style spatial allait inspirer toute une génération de fans et musiciens, et pourtant, lui, il n’a jamais vraiment quitté le plancher des vaches… enfin, sauf sur scène évidemment.

Il regarde vers les étoiles et se demande s’il va réussir à rentrer à la maison. Un sentiment universel et éternel, qui transcende les époques et les générations.

Pour conclure, "Space Oddity" est une œuvre qui mélange poésie, science-fiction, musique folk et pop, avec une bonne dose d'ironie galactique. Bowie y incarne à merveille l’explorateur à la fois courageux et perdu, l’artiste qui ose partir dans l’inconnu tout en restant proche de ses émotions humaines. Si vous ne l’avez jamais écoutée en plein ciel étoilé avec un casque sur les oreilles... qu’attendez-vous ? Allez-y, laissez-vous emporter par les aventures de Major Tom et pensez à envoyer un "bonjour de la Terre" à votre propre tour de contrôle.

Dans l’espace, personne ne vous entendra chanter... sauf Bowie. Et franchement, c’est beaucoup mieux comme ça. David Bowie ! Un mec qui, en 1969, a décidé d’envoyer un astronaute un peu paumé dans l’espace... et nous embarquer dans son sillage. “Space Oddity”, c’est un peu le ticket d’entrée pour voyager entre psychédélisme, glam rock naissant et ballades lunaires. Allez, on enfile notre casque spatial, on met le disque sur la platine (ou Spotify version rétro-futuriste) et on décortique titre par titre ce monument.

Space Oddity Le hit culte par excellence. Ce morceau est une sorte de balade interstellaire qui commence doucement, façon berceuse cosmique, avant que Major Tom, le héros un peu paumé, ne se retrouve perdu dans l’espace. Guitare acoustique, mellotron et cette voix grave pleine d’émotion nous plongent direct dans une aventure spatiale à la fois poétique et mélancolique. On s’imagine déjà flottant dans le vide, avec Bowie en capitaine de vaisseau un peu dépressif (mais super stylé).

Unwashed and Somewhat Slightly Dazed Là, on passe à quelque chose de plus brut, plus rock’n’roll. Le titre est long comme un jour sans pluie, et c’est un petit feu d’artifice de guitares électriques qui décoiffe. Bowie y chante un peu à la manière d’un jeune rebelle des années 60, un brin désabusé. C’est la version musicale de la gueule de bois après une soirée trop arrosée, mais avec classe.

Letter to Hermione“ Petite pause dans l’ambiance, on descend un peu du cosmos pour atterrir dans une ballade intime où Bowie écrit à son ex, Hermione (rien à voir avec Harry Potter !). C’est doux, presque fragile, avec des paroles qui ressemblent à un carnet intime. Un moment où on sent toute la complexité émotionnelle de Bowie, loin du glam tape-à-l’œil. Cygnet Committee Le titre le plus long de l’album (plus de 9 minutes), c’est un vrai trip psychédélique. Bowie y raconte une histoire presque dystopique, un peu comme un conte futuriste avec une critique sociale en fond. La musique monte en intensité, mêlant rock progressif et passages acoustiques délicats. On a l’impression d’assister à une mini-pièce théâtrale, avec Bowie en maître du jeu. C’est ambitieux, parfois un peu bordélique, mais terriblement fascinant.

Janine Un retour à quelque chose de plus simple, un folk-rock légèrement enjoué. Ici, Bowie parle de Janine, sans trop dévoiler qui elle est, avec une mélodie entraînante et des arrangements légers. C’est un peu la pause café dans l’album, court, sympa, sans prise de tête.

An Occasional Dream Douceur et rêverie sont les maîtres mots de ce morceau. Avec ses arpèges délicats et son ambiance feutrée, Bowie nous invite à un moment contemplatif. Les paroles parlent d’espoir et de petites joies, un contraste bienvenue après la gravité de certains titres précédents. C’est un peu comme si on écoutait Bowie chuchoter à l’oreille. Wild Eyed Boy from Freecloud” Ici, l’énergie revient ! Une chanson puissante, presque dramatique, avec une instrumentation riche et une voix passionnée. Bowie incarne un personnage intense, en marge, presque prophétique. L’atmosphère est électrique, avec une touche de folk-rock énergique qui donne envie de lever le poing. God Knows I’m Good“ Une chanson un peu étrange, qui mélange humour noir et critique sociale. Bowie joue sur les contradictions avec une touche sarcastique, tout en maintenant une musique plutôt joyeuse et entraînante. C’est un peu un coup de gueule déguisé en chanson pop.

Memory of a Free Festival“ On termine avec un morceau festif et optimiste, presque comme un hymne hippie. Bowie y célèbre la libre expression et la joie collective, avec une belle énergie folk-rock. Le refrain est contagieux, et on a qu’une envie : danser pieds nus dans un champ.    

Space Oddity” n’est pas juste un album, c’est une expérience. Entre ballades cosmiques, critiques sociales et embruns psychédéliques, Bowie réussit à capturer l’esprit de son époque (fin 60's) tout en plantant la graine de son futur glam-rock. On sent déjà le potentiel immense de l’artiste, capable de jouer avec les styles et les émotions.

Bref, que vous soyez fan de Bowie ou simple curieux, cet album mérite vraiment un détour. Alors, prêt à décoller avec Major Tom ? N’oubliez pas vos étoiles dans les yeux, ça risque de secouer un peu !



dimanche 28 juin 2026

LE BEST-OF EN SURCHAUFFE (je sais, titre et illustration, c’est du réchauffé)

 


MARDI : Pat nous a présenté un nouveau venu dans la galaxie rock, enfin presque, puisque lead guitariste chez Franck Carducci, Barth Sky, sort son premier album solo « Rockstars » soigneusement produit et d’une homogénéité remarquable malgré cette diversité de styles.

MERCREDI : c’est un nom qui commence à briller, Jared James Nichols, dont Bruno a écouté le dernier disque « Louder than fate » du hard rock inspiré des grands bluesmen, concis, sans démonstration, du gros riff mais pas que, des choses plus raffinées aussi.


JEUDI : est-ce que le « Requiem » de Fauré dirigé par Louis Frémaux est digne des disques légendaires du Toon. Je cite : "l’inspiration mystique, la définition de chaque voix du chœur, l'élégance de l'orchestre et l'hallucinante transparence de la captation font que cette gravure coche toutes les cases de la réussite". N'en jetez plus, vous avez la réponse !

VENDREDI : Luc était tout content de retrouver Steven Spielberg au cinéma avec ses histoires d’aliens, il est ressorti au final un poil déçu par ce « Disclosure Day » bancal, qui allie panache et maladresses, thriller efficace et fable gnangnan. Un Spielberg un peu fainéant…

La semaine prochaine on va causer de David Bowie parce que c’est toujours bien de parler de lui, il y aura aussi l’écrivain Malcolm Bradbury (rien à voir avec Ray), et au cinéma un classique (chef d’oeuvre ?) de Delmer Daves (une vieillerie donc, pas de nouveautés ? Bah non, ces couillons ont fermé mes salles de cinéma, le seul endroit où j'pouvais être au frais ! J'avais prévu un film de zombie coréen pour faire plaisir à Bruno...)

vendredi 26 juin 2026

DISCLOSURE DAY de Steven Spielberg (2026) par Luc B.


C’est touchant, 50 ans après RENCONTRE DU TROISIEME TYPE, papy Spielberg revient à ses gentils aliens hydrocéphales aux yeux globuleux, une relecture contemporaine de son grand succès dont on ne manquera pas de remarquer les similitudes. Logique pour un gars quasiment né l’année de l’affaire Roswell, qui sert de trame (éculée) à ce nouveau film. Les aliens, ça travaille le papa d'E.T. depuis tout petit.

Le film commence pied au plancher (au sens strict, avec ce premier plan d’un pied de catcheur qui écrase son adversaire !) en mode thriller d’espionnage, échange nocturne sur un parking à la lumière des phares, tu me files ça et je te rends ta copine, menaces, entourloupes. Le scénario est plutôt bien ficelé dans un premier temps - car ensuite ça se barre un peu en couilles - avec deux intrigues parallèles. D’un côté Daniel Kellner, héros spielbergien par excellence, le brave type que les évènements vont transcender, informaticien ex-hacker embauché par l’agence Wardex, pour protéger des fichiers vidéos ultra méga super confidentiels. Et qui pris de remords (on peut avoir été malhonnête et avoir une conscience politique) va se barrer avec les fichiers en question sous le bras.

De l’autre Margaret Fairchild, présentatrice météo d’une chaine tv de Kansas City, un peu nunuche, soudainement en proie à de drôles de comportements, à l'insu de son plein gré. Elle se met à parler toutes les langues, à lire et exploitée les pensées des autres. Cette partie la concernant est clairement filmée en mode comédie, et ça fonctionne très bien. Spielberg réalise notamment un beau plan séquence lorsqu’elle arrive au boulot, se prépare, sert de traductrice en coréen (!), et une fois à l’antenne s’exprime par des sons inconnus. Un bulletin météo qui ne manque pas d'interpeler les gens de chez Wardex, qui vont s'intéresser de près à cette Margaret.

Deux personnages liés par la même affaire, contraints de prendre la tangente, l’un en connaissant les tenants et aboutissants, l’autre effrayée par ce qu’il lui arrive. Tous les deux marqués à la culotte par d'un côté Noah Scanlon, qui dirige Wardex, prêt à tout pour récupérer ce qu’il pense être sa propriété (les données secrètes) et de l'autre Hugo Wakefield, son ex-bras droit passé du bon côté de la force, qui au contraire veut divulguer les informations au monde entier.

Spielberg entretient l’opacité du récit, quel est ce décor que des charpentiers construisent pour Wakefield, à quoi sert la fameuse commande que recherche Scanlon, pourquoi Margaret Fairchild devient le centre de toutes les attentions (bonne scène parano à l’hôpital), comment se persuade-t-elle de rentrer en contact avec ce Daniel Kellner qu’elle ne connait pas ?

La mise en scène enchaine les poursuites (un peu trop), solidement mais classiquement filmées. Je suis toujours épaté de voir des individus lambda échapper à des dizaines de pros, FBI, tueurs, agent secrets… Mais ne chipotons pas, car on apprécie le spectacle. Spielberg joue sur les reflets, les miroirs, portes vitrées, démultipliant les images sans pour autant changer d'axes. Très joli plan fugace lorsque Margaret prend l’aspect de la veuve de Scanlon, où la sortie de la caserne de pompiers. Certaines scènes rappellent les thrillers paranos 70’s, MARATHON MAN, LES TROIS JOURS DU CONDOR.

Daniel et Margaret vont entrer en contact et les deux récits n’en feront plus qu’un. La tonalité du film s'assombrit, mais l'action ne ralentit pas. Point d’orgue, cette bagnole encastrée dans un train, trainée sur des kilomètres, un convoi qui arrive en face… Spielberg recycle une figure souvent mise en scène dans les INDIANA JONES mais ça fait toujours son p'tit effet. Pas mal aussi le face à face entre un Noah Scanlon téléporté dans l'esprit de Jane Blakenship (la copine de Daniel) pour lui soutirer des infos. On sait maintenant pourquoi il est important de savoir manier la commande

Un peu plus tôt, Spielberg nous met dans la confidence. Daniel montre à Jane le contenu des fichiers qu’il détient. C’est là que ça commence à foirer. Un mouvement de caméra (Steven, c'est n'importe quoi ton traveling emberlificoté !) s’avance vers Jane pour recadrer ce qu’elle est en train de visionner. Et on voit. Et on n’aurait pas dû ! Parfois le hors champ est préférable. Vous vous souvenez de l’escroc Jacques Pradel et sa vidéo sur l’homme de Roswell ? Spielberg, en RTT ce jour-là, a dû confier sa caméra à Jean-Claude Bourret. Ce n’est pas de la naïveté, mais de la maladresse.

Plus tard dans le film, dans son ventre mou (on aurait pu élaguer vingt bonnes minutes), Spielberg ose des trucs qui laissent pantois en plus d’être moches. Ce flashback sur l'enfance de Margaret et ces bestiaux en 3D, droits sortis de BAMBI ! C’était si difficile de filmer un vrai cerf, un renard, plutôt que d’avoir recours au numérique ? Ou mieux, s'abstenir ? Quand Spielberg filme à l’ancienne, avec ces petits travelling avant sur les amorces, les mouvements de grue, on retrouve sa patte. Quand il use du numérique pour augmenter les effets immersifs, c’est moche. Alfonso Cuarón dans LE FILS DE L’HOMME nous régalait de ces prouesses techniques, mais c’était il y a 20 ans. Dans un Spielberg c'est presque anachronique.

Le film revient sur ses rails le temps d’une dernière course contre la montre vers un studio télé, mais déraille à nouveau lors de l’épilogue gnangnan. Ce qui faisait le charme de RENCONTRE, ne fonctionne plus aujourd’hui. A l’heure des réseaux sociaux, les héros du film choisissent la télévision comme médias d’information, et des journalistes pour la relayer. On comprend bien le message, surtout sous présidence Trump : journalisme, information, démocratie, vérité, mensonge d’Etat… On retrouve les thèmes de PENTAGON PAPERS

A mon sens il fallait rester dans la veine des thrillers paranos, cultiver le mystère, miser frontalement sur la parabole politique en s'éloignant de la SF et des soucoupes volantes. Fallait-il aussi nimber l’ensemble de spiritualité, de sous-texte religieux ? Pas sûr, mais en bon américain Spielberg a plus d'une fois tremper sa plume dans l’eau bénite (le coup de la sœur au couvent, c’est grandiose !).

DISCLOSURE DAY est souvent divertissant, mais devient trop sérieux ensuite. Les bons moments côtoient les à peu près. Le film doit beaucoup à Emily Blunt en miss météo pétillante et totalement dépassée, Josh O’Connor parait plus terne en hacker taiseux (mais le rôle le veut), Colin Firth est un méchant qui ne fait peur à personne, abdique trop facilement, ses dernières réactions laissent d’ailleurs perplexe.

Ce retour aux sources de la SF rate un peu sa cible, réjouissant au départ, mais pataugeant sur la fin.


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