Nous
sommes à Dijon au début des années 30, enfermé dans son bureau
d’ingénieur, Henri Vincenot s’ennuie comme il ne s’est jamais
ennuyé. Il en vint vite à se demander comment faisaient les autres,
fiers pionniers de la grande industrie tertiaire, pour tenir un tel
travail durant près de quarante ans.
Sans doute se sentaient-ils aux
abris, loin de la dureté de la vie ouvrière, leurs têtes
souffraient mais leurs corps étaient saufs. Dans ces années là,
l’usine ressemblait un peu au front, elle produisait ses estropiés
et comptait ses morts. Au moins Henri Vincenot ne connut il pas les
mines du nord, sa vie ne ressembla jamais à celle d’un Lantier.
Plus Rougon que Macquart, les gens se contentant de sa condition n’en
souffraient pas moins.
Il vit donc passer ses collègues, sans cesse
stressés par des objectifs qui lui parurent absurdes. Ils étaient
enfants des villes, pondeurs de plans et de rapports, organisateurs
de l’effort du peuple besogneux. Le travail, le vrai, celui que
Vincenot vit durant son enfance, il se faisait à la force des bras,
harmonisant ainsi les efforts du corps et de l’esprit. Henri
Vincenot repensait à son grand père mécanicien de chemin de fer,
l’homme qui lui donna le goût de l’effort et du beau. Lors de
longues ballades en forêt, l’homme l’initia à la chasse et à
l’apiculture, le faisant ainsi entrer dans un monde où l’humanité
ne s’était pas isolé de la nature. Ainsi son petit-fils aurait-il
pu par la suite faire siens les fameux vers de Brassens« Auprès de
mon arbre je vivais heureux / j’aurais jamais dû m’éloigner
de mon arbre / auprès de mon arbre je vivais heureux / j’aurais
jamais dû le quitter des yeux ».
Car autour de cet arbre vivait un
peuple aux racines profondes, grandissait un monde où la stabilité
régnait telle une valeur suprême. Ce que les citadins nommaient
avec condescendance le bon sens paysan, c’était une façon simple
et saine de voir la vie. Les hommes ne se mariaient qu’une fois, ne
travaillaient que pour subvenir à leurs besoins, avaient la parole
franche et l’affection sans calcul. Là, les valeurs chrétiennes
déclinèrent moins vite qu’ailleurs, donnant ainsi aux existences
la stabilité des décors. La ville avait certes montré à notre
écrivain d’autres beautés, comme celles des arts et de la
littérature, mais toutes ces abstractions ne suffisent pas à
remplir une vie d’homme.
Comme l’avait si bien écrit Pierre Mac
Orlan, c’est l’affection durable d’un foyer qui donne un sens à
la vie. Ce foyer, Vincenot ne se voyait pas le construire dans la
grisaille des villes. Avant de se fixer ainsi vint l’heure des
essais, des tâtonnements, des erreurs regrettables et des grands
triomphes. La vie se construit sans même que nous ne nous en
rendions compte, grand récit fait de dures obligations parsemées
d’heureux hasards. Ces obligations, Vincenot les suivit avec le
brio des intelligences supérieures et le courage de l’homme porté
par de grandes traditions. Loin de gonfler les rangs honteux des
planqués, notre homme fut blessé durant son service militaire,
avant de rentrer achever de brillantes études d’ingénieur.
Plus
que concevoir, Henri Vincenot voulait raconter, graver dans le marbre la
beauté de sa Bourgogne et la grandeur d’âme de ses habitants. Sa
carrière de conteur, il la commença en parlant de cette mécanique
que sa famille connaissait si bien : le rail. Ironie du sort, son
premier reportage concerna le fret, cette logistique infernale
imposant progressivement à la paysannerie le productivisme des
usines. Mis en concurrence avec des confrères de plus en plus
lointains, l’agriculteur devra bientôt travailler comme un forçat
pour gagner son pain. Fut un temps où quelques bêtes et un peu de
terre suffisaient à nourrir un homme, où le travail était dur mais
garantissait une certaine indépendance.
Ce temps était révolu, des
taxes démesurées et la concurrence furent imposées telles de
lourdes chaînes aux paysans libres. Le travail d’un seul homme ne
suffisant plus à régler les impôts d’un état glouton, les
machines vinrent optimiser l’effort de celui qui n’était plus
qu’un ouvrier agricole. Les vendeurs de ces engins de malheur lui
promirent sans cesse de meilleurs rendements, la possibilité de
labourer des horizons toujours plus grands. Qu’importe si le pauvre
paysan avait pu jusque là se passer de tels volumes et de telles
surfaces des décennies durant, l’état convertissait son peuple
rural à la cupidité citadine de force. C’était le progrès
dirent-ils tous, ajoutant telle une preuve supplémentaire de
stupidité progressiste « nous ne sommes plus au moyen âge ».
A ce
progrès, qu’il fut technique ou sociétal, Vincenot avait fini par
dire non en s’exilant dans sa campagne bourguignonne, où il fonda
une famille avec la seule femme qu’il eut jamais aimé. Le couple
fit ainsi l’acquisition d’un hameau et, des mois durant,
travailla à le restaurer. L’air des champs nettoyait les poumons,
l’effort redonnait de la gaieté, la beauté du cadre donnait du
cœur à l’ouvrage et le calme favorisait la concentration des
bâtisseurs. L’écrivain en conclut que le travail n’était
réellement bon que pour l’homme voyant son rêve se réaliser par
la force de ses bras. On ne devrait toujours travailler que pour soi.
Quel bonheur de parvenir à construire ces murs et fixer ces
charpentes, léguant ainsi à sa descendance des savoirs concrets qui
lui serviraient sa vie durant.
Henri Vincenot fit partie d’un monde
où la valeur d’un homme ne se limitait pas à sa profession, d’un
monde où tout le monde apprenait sans cesse pour n’avoir de compte
à rendre à personne. Autour de cette famille l’époque changeait,
les bureaux poussaient tels des champignons venimeux aux quatre coins
de l’hexagone et la grisaille du béton étouffait de plus en plus
la beauté des paysages. De plus en plus rapides, les transports
modernes ne laissaient de toute façon plus le temps d’apprécier
la beauté de certains décors.
L’homme moderne traversait les
routes sans les regarder, accélérait sa vie jusqu’à ne plus
pouvoir l’aimer. L’employé comprenait de moins en moins le sens
de son travail, des études sans débouchés accueillaient une
jeunesse sans joie.
Faisant partie des personnages principaux du
roman « Le Maître des abeilles », le jeune Loulou
faisait partie de cette génération perdue marinant dans ce que
Balthazar nommait fort justement « des études pour finir chômeur
». Balthazar était ce fameux maître des abeilles, symbole d’un
monde paysan résistant à la folie des villes. Lorsque Louis
Chagniot emporta son Loulou toxicomane dans l’isolement de la
campagne bourguignonne, il n’imaginait pas que celui-ci serait
sauvé par un homme lui paraissant si basique.
« On est plus
au moyen âge ! » l’expression revint sans cesse dans la bouche du
visiteur bourguignon comme de son visiteur, marque de mépris
ironique ou suffisant de deux mondes qui ne se comprenaient plus.
A
travers Balthazar, la campagne brocarde avec verve et humour la folie
des villes, la tradition raille l’orgueil d’une modernité
cherchant à faire table rase du passé. Balthazar n’avait ni le
salaire de Chagniot ni le confort dont celui-ci disposait en ville,
mais ses relations stables entretenaient la sérénité de son
esprit. Son bonheur, le vieil homme le trouvait dans la beauté de
ses paysages, dans les petits accomplissements lui permettant de
vivre, et dans l’affection réciproque qu’il entretenait pour ses
voisins de longue date. L’économie se résumait pour lui à
l’échange d’un pot de miel contre une dinde, à quelques
services désintéressés que les bénéficiaires rendaient à leur
tour rapidement.
Les jeunes s’en sont malheureusement allés,
donnant de plus en plus à sa campagne des airs de paradis presque
perdu. Le progrès triomphera, il triomphe toujours, soumettant ainsi
les hommes aux caprices de sa tyrannie morale. Quitte à voir ce
monde disparaître, Vincenot préféra lui rendre hommage dans un
grand éclat de rire que dans les sanglots. Après tout, l’histoire
de Balthazar est aussi un peu la sienne. Celle d’un homme qui n’eut
jamais qu’un amour, une terre, et un réjouissant sens de l’humour
pour célébrer cette joie.
Les tableaux qui illustrent l'article sont de l'auteur, pas Benjamin, mais Vincenot, aussi poète et sculpteur.
Il y a des groupes qui seront toujours
restés en seconde division, en dépit des ans et une quasi
indéfectible abnégation. Mais qui, malgré tout, ont continué
contre vents et marées. Des groupes qui ont su apprécier
ce qu'ils avaient déjà réussi, trop heureux de pouvoir encore
continuer à enregistrer et à se produire sur scène. À avoir
toujours un public, même si ce dernier a pu considérablement
diminuer ; devant alors se contenter de salles nettement plus
modestes. Pas facile à digérer lorsqu'on a goûté à la foule des
stades. Mais la musique, plus qu'une addiction, est un besoin
viscéral. Et si on la couple à l'ivresse de l'approbation, de
l'ovation d'un public, difficile de s'en dispenser. D'ailleurs, les
exemples de musiciens à l'abri financier pour trois siècles, qui
continuent à se produire malgré une santé défaillante, ne manquent
pas.
Nazareth, quatuor écossais, originaire
de Denfermline (1), est de ceux-là. Fondé en 1968, un premier album
en 1971, le groupe, en dépit des embûches, des aléas de la vie,
n'a jamais vraiment arrêté. Cependant, même si la décennie des
années 70 a été relativement faste, et même s'il a su résister aux
années 80 – grâce à quelques concessions, notamment grâce à une
approche plus commerciale (2) -, les années quatre-vingt-dix
semblent marquer le pas. Les sorties d'albums commencent à
sérieusement s'espacer et surtout ils ne sont plus aussi présents
qu'auparavant chez les disquaires. Même dans les grandes enseignes,
il devient plus ardu de trouver leurs disques. Paradoxalement, ce
sont ceux des années 80, soit ceux qui sont le plus marqués par
l'orientation « Pop - Hard-FM » qui sont encore
dénichables. Bien que se produisant encore plus ou moins
régulièrement sur scène, leur présence désormais quasi
inexistante dans les boutiques pouvait laisser croire que Nazareth
faisait dorénavant partie du passé. Le groupe avait pourtant
décidé, tardivement, à partir de 1989 avec l'album « Snakes
'n' Ladders », de revenir progressivement à des sensations plus
heavy et rock'n'roll. En fusionnant leur récent passif « pop »,
qu'il ne renie point, avec un hard-rock relativement rustre qui a nourri ses premiers succès (3). La transmutation est lente,
graduelle. Le quatuor paraît expérimenter, chercher la formule
magique lui permettant de renouer avec son passé d'un robuste
hard-rock avec l'air du temps, sans pour autant devoir interpréter
une musique qui ne lui correspond pas. Sans tomber dans l'artifice,
le fourvoiement. Ainsi, les productions de ZZ-Top et de Def Leppard
semblent ne pas avoir laissé indifférents le groupe qui s'en
inspire. Toutefois, au fil des « rares » albums des
années 90, le son de Nazareth s'affirme, se durcit, s'exempte des
dernières réminiscences policées.
En conséquence, alors que pour
beaucoup, Nazareth s'était déjà installé dans une tranquille semi
retraite où il se contenterait de petites tournées occasionnelles,
en 1998, le groupe présente un nouveau disque : « Boogaloo ».
Un album au titre énigmatique et à la pochette étrange. À des
années lumières des canons des albums de heavy-rock (ce qui
n'est pas plus mal). Pourtant, il s'agit bien d'un pur album de
heavy-rock. C'est d'la bonne, d'la non frelatée, d'la première
qualité. Et pas qu'un peu puisque certains vont jusqu'à
l'ériger parmi les meilleurs du quatuor. Certains m'ont
personnellement affirmé que c'était carrément leur préféré. Et
pour rester sur l'expérience personnelle, à l'époque, sans
l'insistance polie et renouvelée d'un (authentique) disquaire, je n'aurai même pas prêté une esgourde distraite. Après mains refus polis,
finalement, encouragé par un article enthousiaste, j'ai cédé.
Grand bien m'en a pris.
C'est que ce vingtième (!) album, au
contraire de ses prédécesseurs qui souffraient généralement d'un
ou deux (sinon plus) morceaux dispensables, pour ne pas dire ratés,
ne s'embarrasse pas de compositions bâclées. À l'exception,
peut-être, de « May Heaven Keep You », la dernière
pièce. Une ballade (il fallait qu'il y en ait une), en mode power,
qui, bien que loin d'être mauvaise, contraste trop avec les dix
morceaux précédents.
Dès « Light Comes Down »,
morceau qui va un temps ouvrir leurs concerts, force est de constater
que Nazareth a mis la main sur la recette magique. Celle après
laquelle le combo semblait courir depuis 1989. Celle qui le remet de
plein pied dans un heavy-rock direct, rugueux et robuste. Celle qui
serait également un cocon pour la voix particulièrement éraillée
de Dan McCafferty. Une voix des plus abrasives qui fait la signature
du groupe, le rendant aisément identifiable, quelque soit le style
qu'il ait pu emprunter. La production, plus brute et organique, est
un écrin pour la tonalité de concassage de granit de McCafferty.
Mais aussi la guitare, qui s'est enveloppée d'une « douce
aspérité », d'une chaude et mâte saturation (dans le
style d'une Boss Blues Driver boostant un Marshall ou un Fender
Blackface crunchy). Billy Rankin et sa ES-335 ont laissé la
place à Jimmy Murrison. Un « jeune » Écossais de 34 ans
qui s'y entend pour faire sonner une guitare. Sans esbroufe, sans
babillage. Ça sonne résolument humbucker et Gibson – même si à
l'époque, on le voit sur scène avec une Stratocaster ; certes
modifiée par un humbucker en position chevalet. Et auparavant, Murrison ayant rejoint ses compatriotes dès la démission à l'amiable de Ranklin en 1994, il semble jouer sur un ou deux modèles plus modestes ; probablement une Charvel ou une Kramer des années 80. Indéniablement, Murrison est l'élément qui donne un sérieux coup de fouet à ce groupe de quinquagénaires, lui offrant une nouvelle jeunesse.
Parallèlement, la musique de cette nouvelle mouture, bien que d'apparence nettement plus crue et heavy que les années précédentes, s'est enrichie d'un membre supplémentaire. Un claviériste. Ce n'est pas la première fois que les Écossais renforcent leurs rangs par un claviériste. Ils l'avaient déjà fait en 1980 en engageant l'Américain John Locke (ex-Spirit). Cette fois-ci, c'est un compatriote (pour rester entre Scots), le discret Ronnie Leahy - qui avait rejoint Stone the Crows en 1971 - qui récupère le poste. Son rôle, au contraire de ce qui a pu être fait précédemment, n'est pas d'édulcorer quoi que ce soit, mais simplement de soutenir l'orchestration, d'intensifier ce heavy-rock des highlands élevé au whisky pur scotch (5), d'épaissir le son, ou parfois d'injecter une petite dose de rock'n'roll. Comme pour le vif "Cheerleaders" et sur "Robber and the Roadie", un rock'n'roll aux accents de Rose Tattoo (en moins fou et rageur). Ou encore sur "Nothing to Good", un blues rampant, loud and proud, où McCafferty finit par s'égosiller comme un corbeau qu'on étrangle - totalement approprié.
Occasionnellement, pour apporter un petit plus, un capiteux et enivrant parfum de rhythm'n'blues, de la même manière qu'Aerosmith, une section de cuivres intervient. "Loverman" en étant le meilleur exemple, d'autant que la construction même de cette chanson semble particulièrement tributaire du célèbre quintet de Boston. Ils interagissent d'une autre façon sur le délicieux power-slow-blues "God Save The South", en faisant plutôt office de pompiers, évitant que McCafferty ne finisse par mettre le feu, avec sa voix résonnant comme le craquement d'une allumette sur le grattoir.
Au milieu de rock-dur (granitique) bluesy chaud comme la braise, s'est glissé un petit "Talk Talk" bien guilleret, qui aurait probablement fait un succès quelques années plus tôt. Son élan festif et fédérateur se risque sur une branche où s'épanouit un pop-rock prolétaire (comme hérité d'un lointain passé folklorique... de pub) dans la veine d'un Slade. "Party in the Kremlin" tente aussi le coup, mais, étonnamment, se ramasse à cause d'interventions de guitares "free" déplacées.
"Boogaloo" est un disque qui revient aux fondamentaux, tels ceux qu'avaient imposé les albums généralement reconnus comme étant de la grande époque - soit les "Razamanaz", "Rampant", "Hair of the Dog" et "Loud 'n' Proud" - mais avec un son (relativement) plus massif et une assurance de conquérant (Robert Bruce est de retour, avec une guitare en guise de claymore et un double corps Marshall en guise de cheval 😂). Nazareth a toujours fait office de second couteau, ne parvenant que rarement à se rapprocher suffisamment des poids lourds du heavy-rock pour ressentir, éphémèrement, la chaleur de leur succès. Cependant, en 1998, avec cet album, c'est une sacrée revanche. Quand tant de formations des deux précédentes décennies s'avèrent moribondes en cette fin de siècle, Nazareth, lui, rebondit et leur fait un beau (et amical) pied de nez.
Hélas, la félicité est de courte durée avec le décès du batteur, Darrel Sweet, qui succombe à une crise cardiaque pendant la tournée de 1999. Un coup dur car McCafferty et Agnew étaient des amis de longue date. Compagnons de vaches maigres, d'incertitudes et de succès, leur lien remonte au moins à l'année 1966, lorsqu'ils fondent The Shadettes, un groupe de reprises, avant de passer deux ans plus tard aux choses sérieuses, en recrutant Manny Charlton à la guitare (6). C'est une nouvelle page qui se tourne pour les Ecossais qui, après une pause, vont alors ralentir la cadence des concerts et ne retourneront en studio que dix ans plus tard. En comparaison, le résultat sera décevant, le vingt-et-unième album, "The Newz", ne parvenant pas à retrouver la fraîcheur (de soufrière) de ce "Boogaloo".
1.
"Light Comes Down"
3:31
2.
"Cheerleader"
3:14
3.
"Loverman"
4:30
4.
"Open Up Woman"
4:29
5.
"Talk Talk"
3:52
6.
"Nothing So Good"
5:08
7.
"Party in the Kremlin"
3:37
8.
"God Save the South"
6:35
9.
"Robber and the Roadie"
4:21
10.
"Waiting"
5:43
11.
"May Heaven Keep You"
5:46
Ancienne capitale de l’Écosse,
c'est une ville dont la densité de population reste assez modeste,
en dépit d'un fort accroissementrécent. Forcément généré
par son développement industriel, plutôt que par ses plages...
Ian Anderson, de Jethro Tull, et le milliardaire Andrew Carnegie
(celui qui fit fortune aux États-Unis et qui fonda le Carnegie
Hall) y sont nés, et Robert Bruce s'y est fait enterré.
Une approche qui lui fit perdre –
parfois définitivement – une bonne partie de son public, mais qui
lui en fit gagner une autre ; certes, bien moins nombreuse, mais
qui lui permit de continuer à vivre de sa musique.
À savoir que les plus grands succès de
Nazareth sont des ballades. Ainsi, son plus gros hit est la reprise
« Love Hurts », une ballade popularisée par les Everly
Brothers et Roy Orbison. Rien de vraiment opportuniste dans le sens
où, dès son premier album de 1971 (un disque mésestimé),
Nazareth a toujours inclus des ballades dans ses albums. On retrouve
d'ailleurs dans ce premier jet un superbe « Country Girl »
évoquant les premiers Neil Young. En 1973, les Écossais avait déjà
élargi leur public avec une reprise de Joni Mitchell, « This
Flight Tonight », dans une version nettement plus heavy que
l'original.
Jimmy Murrison est d'Aberdeen, une ville de grande envergure du Nord de l'Ecosse donnant sur la Mer du Nord (ce qui en fait un port jouant un rôle capital dans l'économie du Royaume-Uni, notamment grâce à l'exploitation et au transit du pétrole offshore). C'est par l'intermédiaire de Lee Agnew, le fils du bassiste de Nazareth - qui le recommande à son père - qu'il rejoint le groupe.
L'Ecosse est le premier producteur au monde, et serait l'inventeur de ce breuvage dont l'origine remonterait au Moyen Âge classique. Même la petite île d'Islay comporte non pas une mais neuf distilleries. Initialement, le breuvage aurait été conçu dans un but thérapeutique... au timbre de certains chanteurs d'origine écossaise (Rod Stewart, Bon Scott, Jimmy Barnes, Wattie Buchan, Alex Harvey, McCafferty), il semblerait qu'il n'y ait pas que le Rock qui aurait été élevé au scotch.
Initialement, McCafferty rendait service aux potes du groupe en faisant le roadie, jusqu'au jour où il remplaça au pied levé le chanteur absent. Tandis que Darrell Sweet est en réalité arrivé plus tard. Il jouait dans une troupe de cornemuses et venait souvent voir les copains jouer - parfois en kilt -, et les rejoignait parfois sur scène. Jusqu'au jour où ce fut définitif.
Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.
Un Écho dans le Rock Prog
En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio
de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus
tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé,
les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintessence du groupe. En 1971Pink Floyd n’est plus
tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par
Syd Barrett, mais pas encore la machine
conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon”. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album charnière souvent moins célébré que les monuments qui
suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son
Pink Floyd.
Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans
l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd
va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs
histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée
représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe
alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan
d’un anus de babouin. 🙈
”One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par
Water et
Gilmour délivrent un riff hypnotique,
un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de
Wright,des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble
annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que
Gilmour jouera sur un lap-steel.
L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de
Nick Mason passée à vitesse réduite
scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les
paroles menaçantes, une rare contribution vocale de
Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un
univers cohérent
“A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de
guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le
titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison
de mah-jong, un jeu que pratiquaient
Water et
Mason. la voix de David Gilmour apporte une
chaleur nouvelle au groupe.
Les premiers Pink Floyd pouvaient
parfois sembler froids ou abstraits.
”Fearless“ alterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien, une chanson
simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée
finale habitée par les chants de supporters de Liverpool
(You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais
qui fonctionne étonnamment bien.
Pink Floyd montre ici qu’il peut être
expérimental sans perdre le sens de la mélodie.
“San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui
se conclut sur une improvisation deRick Wright. “Seamus“ : le titre qui a du chien parti d'une improvisation à la guitare
acoustique de Gilmour, le piano de
Weight et hanté des hurlements du
chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre
de “Mademoiselle Nobs” pour le
film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”.
Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la secondeface du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau
débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se
déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque
musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters
et les envolées de guitare de Gilmour
composent une œuvre organique, presque
cinématographique.
Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la
transition entre les premiers morceaux expérimentaux
de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs
publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du
groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le
morceau, mais il fait partie des préférés de
Wright.
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait
entre improvisation et précision. ”Meddle“
ne cherche pas l’efficacité immédiate il demande du temps,
de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il
offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant
l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de
cinquante ans après sa sortie, “Meddle”
reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here”, mais peut-être plus mystérieuse.
C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions
valent autant que les sommets qu’elles annoncent.
MARDI :avec
Pat on a écouté Hubert Félix Thiéfaine et son album « Alambic
/ sortie sud », dont il n’a écrit que les textes, car le
bras dans le plâtre à l’époque. Privé de guitare mais pas
manchot pour autant, un disque à l’atmosphère plutôt
sombre.
MERCREDI :Bruno
a eu le bon réflexede
nous faire
découvrir Pavlov’s Dog et leur album le plus abouti, le magnifique
« Pampered Menial »avec
cette
voix singulière de David Surkamp, du
rock progressif dont les racines plongent autant dans le heavy-rock
que dans la musique baroque et romantique.
JEUDI :au
début du XXème siècle chaque grande ville américaine
veut son orchestre symphonique, et
pour les diriger les maestros viendront
tous d’Europe, comme Paul Paray. Un récit du Toon illustré par l'histoire
de l'orchestre de Détroit avec
« La symphonie fantastique » de Berlioz et « La
Mer » de Debussy en exemple…
VENDREDI :du
cinéma avec cette
comédie de re-divorce « C’est
quoi l’amour ? »,
vaste
question, Fabien
Gorgearty
redistribue
les cartes de la famille classique,
c’est joliment
écrit et interprété, notamment par une Laure Calamy étincelante.
👉 La
semaine prochaine,
les
portes du Déblocnot seront grandes ouvertes pour accueillir, entre
autres, les Pink Flyod, l’écrivain Henri Vincenot, le réalisateur
Pierre Salvadori.