jeudi 23 avril 2026

AMERICAN PSYCHO de Bret Easton Ellis (1991) par Benjamin


Il existe deux manières de parler de la solitude, de façon tragique ou comme une transcendance. Regrouper dans un recueil indispensable les nouvelles « Les Nuits blanches » et « Les Carnets du sous-sol » de Dostoïevski illustrent parfaitement ces deux visions de la solitude. 

Isolé de ses semblables, l’anti héros des sous sols marine dans ses ressentiments tel un poulet dans son jus. Ses passions tristes brûlent son âme, il ne sait combattre ses regrets que par la force d’une haine misanthrope. L’homme des sous sols ne rêve pas d’être libéré du mal qui le ronge, il s’évertue au contraire à l’entretenir. Puisque la société n’a pas voulu pas de lui, c’est qu’elle n’était pas assez grande pour le comprendre. Penser autrement engendrerait pour cet homme trop de souffrances, trop de peines, il lui faut s’isoler des autres pour éviter de porter le fardeau de la culpabilité. Blessé par son indifférence à son égard, l’homme des sous sols a fini par fuir son prochain, étouffant ainsi toute lumière qui pourrait naître au bout de son tunnel, pour tenter de se nourrir de ses ténèbres. 

Mais cette nourriture, loin de calmer sa faim, ne fait que l’accentuer et la pervertir. En refusant d’accepter que l’homme ne peut vivre totalement seul, le malheureux se laisse ronger par un passé que sa tristesse et sa colère noircissent sans cesse. Plus résilient, le personnage de « Les Nuits blanches » garde un rituel le rattachant à ses semblables, parcourir un parc de nuit à la recherche de ce qu’il n’ose plus espérer. Il finit par le trouver sous la forme d’une jeune femme qui, comme lui, parcourt ces chemins à la recherche d’un bonheur perdu. Le solitaire a ceci de grand que, mûri par l’isolement, son affection n’est pas pervertie par l’agitation grisante d’une sociabilité riche. Quand elles sont trop nombreuses, les relations ne font que diminuer l’empathie et nourrir le poison d’une hypocrisie intéressée. Lorsque la chaleur humaine se fait trop présente, elle n’est plus pour celui qui en bénéficie qu’un moyen d’accéder à des plaisirs plus rares.

Les deux solitaires de « Les Nuits blanches » se livrent ainsi l’un à l’autre avec une innocence d’enfant donnant sans calcul tout ce qu’il peut à l’objet de son affection, jusqu’au jour où ce même objet doit partir vers d’autres passions. L’homme renvoyé à son isolement souligne alors la profondeur de son attachement par ces quelques mots « Oh mon dieu ! Une minute entière de félicité ! Mais n’est ce pas assez pour toute une vie d’homme ! ». Les nouvelles de Dostoïevski montraient une humanité qui, découvrant l’ampleur d’un mal qui ne fera que croître, cherchait à le combattre ou à le transcender. Le grand russe étant également un grand mystique, un tel combat ne pouvait pour lui que s’achever dans la damnation ou la rédemption. 

Comme influencés par la grisaille bétonnée des paysages modernes, les écrivains qui le suivirent furent de plus en plus attirés par la description de la première issue. Romain Gary exprima notamment cette attirance en exprimant son « profond respect pour la faiblesse ». De ce respect naquit sa grande trilogie de la solitude : « La vie devant soi », « Gros câlin » et « L'Angoisse du roi Salomon ». Même si le dernier de ces livres est un peu plus nuancé que la noirceur mélancolique des deux autres, les héros de ces romans sont de pauvres martyrs écrasés par un isolement qu’ils n’ont pas la force de briser.

C’est dans « Gros câlin » que, recevant le personnage principal en pleine crise d’angoisse existentielle, un psychologue lui lance ce constat glaçant « Comprenez que vous êtes des milliers dans le même cas ». Que peut devenir une société de milliers d’êtres ainsi isolés ? Où trouvera-t-elle un exutoire à son abyssal vide existentiel ? 

Ce sont les réponses à ces questions que découvrit Bret Easton Ellis lorsque, pour trouver l’inspiration nécessaire à l’écriture de son prochain roman, il se mit à fréquenter ceux que l’on nommait alors les yuppies. Propulsé sur le devant de la scène par le succès du roman « Moins que zéro » (1985), l’auteur n’eut aucun mal à être accepté de ce milieu ne respectant que la popularité et le succès. Tout chez ces hommes n’était qu’apparence et faux semblants, leur milieu actait le règne d’une écœurante médiocrité intellectuelle et morale. L’écrivain, lui, a ceci de perturbant pour son entourage que, alors que les autres oublient leur travail à la sortie du bureau, lui ne vit que pour poursuivre le sien. Ces yuppies ne se doutent sans doute pas, en étalant leur vacuité à coté de ce qu’ils considèrent comme « le dernier écrivain à la mode », que celui-ci est en train de disséquer leur âme pour en révéler toute la laideur putride. 

Ce que Bret Easton Ellis découvre alors, c’est un monde où le marché définit aussi bien la valeur des produits que celle des œuvres et des hommes, un univers où l’homme est broyé par les exigences de son groupe. Obnubilés par leurs corps, ces gens laissaient pourrir leurs cerveaux, créant ainsi une société d’esprits séniles dans des corps d’athlètes. L’obsession sexuelle remplaça l’amour, la culture commerciale remplaça l’art, les anti dépresseurs et la drogue se chargeant d’étouffer la souffrance d’âmes meurtries par le déchaînement de leurs pulsions les plus bestiales. Ces gens furent nommés yuppies aux Etats Unis, bobos en France, avant que le poison de leur bêtise matérialiste et narcissique ne se diffuse dans toutes les classes sociales.

En introduction de la dernière édition de AMERICAN PSYCHO, Frédéric Beigbeder parlait de ce livre comme de « l’apocalypse de notre temps », il ne croyait pas si bien dire. Voyant émerveillé la plastique irréprochable de l'acteur Christian Bale et l’étalage de sa réussite matérielle, une nouvelle génération asphyxiée par le torrent de ses désirs les plus bas prit (le héros) Patrick Bateman pour un modèle. En autorisant que son chef d’œuvre soit adapté en film (2000, Mary Harron), Easton Ellis fit la démonstration malgré lui que le mal qu’il moquait était devenu général en occident. 

Posons donc ici la question essentielle : Patrick Bateman est-il un con ? La réponse est bien sûr oui, mais on déconseillera aux lecteurs taquins d’inviter ce genre d’homme comme Monsieur Pignon pour amuser les convives d’un dîner. Si les admirateurs de cet illustre con allaient au-delà des apparences, ils comprendraient d’ailleurs qu’il incarne l’inverse de la virilité qu’ils pensent voir en lui.

Obsédé par son apparence, sans cesse tourmenté par le torrent de son hystérie haineuse, subissant les revers d’un destin sur lequel il n’a que peu prise, ce personnage de roman ressemble à la caricature la plus misogyne qu’un homme puisse faire de l’esprit féminin. Prisonnier d’un emploi qu’il n’aime pas, massacrant des femmes parce qu’il ne parvient pas à faire naître en elle un amour sincère, mourant de jalousie pour les motifs les plus futiles, monsieur Bateman mériterait presque d’être rebaptisé madame Bateman, si ce sobriquet n’était si offensant pour la gente féminine. Le mépris de l’auteur pour ce nouveau symbole de la vacuité moderne est d’ailleurs clair. Par la crudité écoeurante de ses scènes de barbarie, Bret Eston Ellis ne fait que souligner l’impuissance d’un homme pour qui cette sauvagerie bestiale n’est que le prolongement de l’abrutissement procuré par les drogues et les anti dépresseurs. 

Les rares scènes du livre pouvant être qualifiées d’amour sont toujours interrompues par le caprice de la partenaire ou les humeurs de la mijaurée Bateman. Seul l’argent permet à cet homme de couvrir sa médiocrité, seul l’argent lui donne l’illusion de puissance qui lui permet de porter le masque cachant sa ridicule faiblesse d’enfant sadique. Conscient de cette faiblesse, il massacre d’ailleurs surtout les femmes dont la cupidité lui rappelle sa propre impuissance. 

AMERICAN PSYCHO c’est le pamphlet révélant une bêtise qui ne tardera pas à se généraliser, la description d’un enfer où les classes dominantes ne justifient plus leurs privilèges par une supériorité intellectuelle ou morale. Patrick Bateman enfin, c’est le symbole d’une humanité devenue trop stupide pour prendre du recul sur la folie du groupe. Avec des hommes tels que lui, la solitude n’est plus qu’une menace ne pouvant mener l’homme qu’à la folie. Si, au bout du compte, on reconnaît la grandeur d’un homme à ce qu’il fait de sa solitude, alors une société inspirée de la superficialité d’un Bateman ne pourrait être qu’une société en perdition.

Edition Poche 10x18, 528 pages 

mercredi 22 avril 2026

MAN OF CONSTANT SORROW

Nous aurions dû avoir un superbe article de Bruno, hélas... Le pov' est victime d'une avarie technique, il a voulu booster son ordi en passant directement de Windows 3 (il possède une vieille bécane) à Windows 11, sans sas de décompression. Erreur fatale, tout a cramé ! 

Heureusement, nous avons le SLIP. Le Service Logistique Intervention & Panne. Qui a immédiatement réagi pour vous proposer un interlude musical avant le retour de votre chroniqueur préféré (enquête Ipsos auprès d'un panel représentatif : ses voisins). 

Deux versions d'un classique du folk, "Man of constant sorrow" dont on remonte la trace en 1913, publié par un certain Dick Burnett, et popularisé par le film O'BROTHER des frères Coen. 

La version du film d'abord, puis une autre, dantesque, de Blackberry Smoke (levez le son à 2'08 !).

mardi 21 avril 2026

LOVEBITES : ”Electric Pentagram“ (2020) - par Pat Slade


Terminé le vieux power métal des années 2000, le monde a évolué.



Le Métal du soleil levant




Il faut se faire une raison, les japonais sont bons dans tous les domaines ou presque … et particulièrement dans celui de la musique. Avec 124 millions d’habitants le nombre de groupes y est impressionnant, et pas seulement dans la J-pop. Depuis quelques années des groupes d’heavy et de power métal fleurissent au Japon comme les Sakuras (cerisiers) au printemps. Je ne parlerai pas de la niaiserie des Babymétal qui mélangent heavy et J-pop. 

Le power et l’heavy métal ont progressé avec le temps, fini les Manowar et autres Nightwish à l’époque de Tarja Turunen, les schredders sont féminines, ne s’habillent pas de cuir noir, elles sont gracieuses, élégantes, s’habillent de crinoline et sont redoutables pour ce qui est de tenir une guitare.

Mon goût pour le rock japonais débutera quand j’entendrais le Wagakki Band, un groupe qui mêle rock heavy, progressif, alternatif, folk et pop, le tout mélangé avec l'usage d’instruments traditionnels.

Les groupes féminins japonais ne sont plus des groupes d’idoles de girls-band en tenue d’écolière ou en jupe plissée faisant de la J-pop. Certaines filles vont mettre les doigts dans la prise de la fée électricité et vont implorer Apollon le dieu de la musique et du chant comme Band-Maid et Lovebites.

Lovebites ce n’est pas le titre du dernier film de Rocco Siffredi, on pourrait traduire leur nom par ”Morsure d’Amour“ et en ce qui concerne leur musique... ce n’est pas volé. Un nom tiré d’un titre du groupe américain de heavy Alestorm. Lovebites est un groupe de cinq femmes formé en 2016, une batteuse, une chanteuse à la voix pure et puissante, une bassiste émérite  jouant une a "cinq cordes" et deux guitaristes schredder. 

Elles n’ont que quatre albums à leurs actif, mais ça déchire grave ! Pourquoi ai-je pris ”Electric Pentagram“, le troisième album studio du groupe ? Parce que je trouve que c’est le plus représentatif de ce que peut dégager Lovebites en puissance. Je tenais à préciser qu’elle chante en anglais.

Des le premier titre, ”Thunder Vengeance“ tu es pris dans la tornade de leurs décibels et de la virtuosité des musiciennes. ”Holy War“, le morceau le plus connu qui rappelle les sonorités du groupe brésilien Angra. ”Golden Destination“, un son très hard british pas du Judas Priest mais presque… Les structures dans tous les titres restent les mêmes, une batterie double turbo, une basse qui passe du slapping au tapping, des rythmiques de guitares survitaminées avec des solos entrecroisés à rendre l’ouïe à un sourd profond. Sur les douze titres que comporte l’album il n’y aura qu’avec ”A Frozen Serenade“ où elles font une pause dans leur course folle au mur du son. Je voulais rajouter qu’une des guitaristes joue du clavier mais il n’est pas prédominant face aux autres instruments.

Personnellement, j’aime leurs sons parce qu’il n’est pas brouillon et les harmonies sont bonnes. Comme j’ai toujours tendance à faire des comparaisons, Lovebites c’est DragonForce en meilleur et en plus féminin. Ils sont forts ces japonais ! Heuuu ces japonaises...


lundi 20 avril 2026

DISQUES LÉGENDAIRES (9) - Martha ARGERICH - Riccardo CHAILLY / Kirill KONDRASHIN – Concertos : RACHMANINOV N°3 et TCHAIKOVSKY N°1 (Live Recording)



- La grande Martha Claude ! Et de plus dans les deux concertos sur les trois ou quatre les plus virtuoses et spectaculaires…

- Spectaculaires mais pas uniquement Sonia. Ces deux interprétations nous entraînent dans des voyages pianistiques qui montrent qu'au-delà des difficultés techniques inouïes, les deux compositeurs russes tourmentés avaient bien des émotions à partager…

- Je n'avais jamais entendu le concerto de Tchaïkovski avec autant de plaisir… On l'entend peut-être trop souvent ?

- Bonne question, ces hit des concerts auxquels les artistes semblent être obligés de s'affronter pour un public friand de performances ne sont pas toujours joués avec un tel souci d'expressivité et rarement couplés au disque.

- Deux chefs connus quels sont les orchestres ? De quand datent ces concerts. Il me semble que Kirill Kondrachine nous a quittés il y a un moment déjà…

- Riccardo Chailly dirige l'orchestre de la Radio de Berlin dans Rachmaninov en 1982 et Kirill Kondrachine l'orchestre de la Radiodiffusion bavaroise en 1980 pour le concerto de Tchaïkovski… un an avant une mort prématurée. Cette compilation a été publiée en 1995 !

Après cet entretien matinal avec Sonia pour préparer un article, je me demande ce que je vais bien pourvoir raconter à propos des ouvrages de ce disque d'exception… Cela dit "raconter" est-il bien choisi ? Tant les deux concertos que les trois artistes ont déjà été au cœur de plusieurs billets. Quant à paraphraser pour ne pas dire soliloquer à propos de deux gravures dont l'exceptionnelle qualité prend tout son simplement en écoutant… Que dire

Bon Ok, j'utilise souvent la méthode labyrinthique des (Clic) pour naviguer d'articles en articles dans ces cas-là, mais entre Luc qui me gourmande pour mes développements analytiques longuets et mes lecteurs qui risque de voir pas le Blog comme un gymkhana culturel et numérique, j'adopte une solution vielle comme le monde : le copier-coller 😊.


Martha Argerich (extrait de l'article Franz Liszt de 2012 – sonate en si mineur) :

Enfant prodige, la pianiste argentine est née le 5 juin 1941 à Buenos Aires. "Enfant, elle a la capacité de jouer les octaves comme de simples notes" (Eugene List pianiste Yankee). Á 9 ans elle joue les concertos N°1 de Beethoven et N°20 de Mozart. En 1955, elle arrive en Europe où elle se perfectionne auprès des grands maîtres comme Friedrich Gulda ou Arturo Benedetti Michelangeli.

En 1965, elle remporte 3 prix au concours Chopin de Varsovie ! Sa carrière commence.

Martha est dotée d’un caractère farouche et indépendant. Elle joue ce qu’elle veut, où elle veut, quand elle veut, au grand dam des organisateurs de concerts, qui ne peuvent même pas la poursuivre pour des ruptures de contrats, puisqu’elle ne les signe jamais !

Sa vie amoureuse est digne de celle de Liszt. Elle pianote de mari en mari et a eu 3 enfants si je compte bien. Ex grande fumeuse, elle se bat depuis 1990 contre le cancer avec ténacité, on s’en serait douté. Après un traitement expérimental efficace, elle abandonne la clope et donne un récital à Carnegie Hall au bénéfice de l’équipe médicale, alors qu’elle se produit déjà rarement en scène.

Elle a soutenu les débuts de jeunes talents comme Hélène Grimaud, et a claqué la porte du jury du concours Chopin en 1980, quand Ivo Pogorelić fut injustement éliminé au second tour. Elle est l’amie de Nelson Freire (mort récemment) avec qui elle joue en duo. Un sacré tempérament qui éclate dans son jeu puissant et volcanique !

Son répertoire est très large et, au-delà des grands classiques de Bach à Liszt, elle maîtrise avec brio Rachmaninoff, Messiaen ou Prokofiev.

Nota : quinze ans ont passé depuis le billet Liszt. On ne dit pas l'âge des dames, mais Martha a atteint 84 ans. La maladie, a priori endormie, lui laisse poursuivre sa carrière avec des pauses, notamment en 2017 et lors de la saison des festival en 2021 et 2023. Son cœur a été fragilisé mais continuons d'admirer, même occasionnellement, l'une des plus grandes héroïnes du clavier. Elle doit jouer dans quelques jours à Leipzig puis à Bordeaux… puis Lyon, Genève, Paris, Lausanne… en récital, incroyable ! (si cela vous intéresse – Clic).


Riccardo Chailly


Edition originale

Riccardo Chailly ? Tout le monde a entendu la valse jazz de Chostakovitch immortalisée dans une pub CNP puis par les danseurs de salon… (Peut-être sans savoir que c'est lui qui dirige.)

Natif de Milan, Riccardo Chailly apprend la composition avec son père tout en suivant des études brillantes le conduisant à devenir en 1973, à seulement 20 ans, l'assistant de Claudio Abbado à la Scala de Milan

Après un début de carrière itinérant et international, première consécration comme directeur du Concertgebouw d'Amsterdam en 1988. Le premier chef non néerlandais depuis un siècle et notamment l'époque Mengelberg-Beinum-Haitink). (Un orchestre rival des philharmonies de Berlin et de Vienne.)

Il ouvre cet orchestre néerlandais d'exception à un répertoire plus moderne en signant des gravures consacrées à Olivier Messiaen et même une intégrale en 2 CDs des œuvres visionnaires (même encore de nos jours) d'Edgar Varèse (1883-1965). En parallèle de deux intégrales symphoniques de Bruckner et Mahler de belle facture, il s'intéresse à un pan mal connu du répertoire de Chostakovitch : les suites jazz et les musiques de films.

En 2005, il devient directeur et chef principal de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (fondé en 1743 !), encore un ensemble de prestige. Pour les enregistrements classiques, Chailly prend des libertés pour éviter la routine : l'orchestration de Mahler dans son intégrale des symphonies de Schumann, des éditions définitives ou originales peu connues pour le disque Mendelssohn chroniqué aujourd'hui.


Riccardo Chailly

En concert, le style Chailly repose sur un plaisir gourmand et communicatif de diriger ainsi qu'une fougue dans les accentuations qui vivifie les partitions qu'il aborde…

Extrait d'un article consacrée à Mendelssohn de 2014. Depuis son départ de Leipzig en 2015-2016, Chailly de directeur musical de l'Opéra La Scala de Milan.

Talentueux et éclectique, Riccardo Chailly a été écouté dans de nombreux articles :

 

BRAHMS Johannes

Sonates pour clarinette et piano

Transcription de L. Berio pour orchestre

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BRAHMS Johannes

Concerto pour piano n° 2 - Nelson Freire -Gewandhaus Leipzig

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BRUCKNER Anton

Symphonie N°0 – RSO Berlin (1989)

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MAHLER Gustav

Das Klagende Lied ("La complainte" /1880-89) (1991)

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MENDELSSOHN Felix

Symphonie n° 3 "Ecossaise" - Gewandhaus de Leipzig    

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VARÈSE Edgar

Amériques (1921 - version originale)

Concertgebouw d'Amsterdam (1996)

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Kirill Kondrachine (ou Kondrashin)
 

Kirill Kondrachine

Entrée au panthéon du Deblocnot du maestro Kirill Kondrashine grâce à une chronique consacrée à la 2ème symphonie de Borodine. Il a été mentionné dans diverses discographies alternatives notamment à propos de sa remarquable intégrale des symphonies de Chostakovitch (pour la 8ème symphonie, Rudolf Barchaï l'avait remplacé au pied levé, la vidéo YouTube ayant disparu juste avant la rédaction) ! Mention aussi pour Don Quichotte de Richard Strauss avec Mstislav Rostropovitch au violoncelle.

Kirill Kondrashine voit le jour à Moscou en 1914. Il est juste de l'inscrire dans la liste des chefs d'orchestre russes de premier plan au XXème siècle avec Evgeny Mravinsky, Evgeny Svetlanov et Guennadi Rojdestvenski. Il apprend le piano mais c'est l'orchestre qui va le fasciner et, dans un premier temps, la scène lyrique. De 1943 à 1956 il devient chef permanent du Théâtre Bolchoï à Moscou. En 1956, Staline prend un aller simple pour l'enfer. Kondrashine, encore jeune, démissionne avec fracas du Bolchoï, dépité par le conservatisme des lieux. Sous l'impulsion de son ami le violoniste David Oïstrakh, il commence une carrière plus symphonique et devient le premier chef à pouvoir diriger à travers le monde tout en ayant la charge de 1960 à 1975 de l'Orchestre de Moscou dont le niveau rivalisera à force de travail avec celui de Leningrad. Ses voyages à l'ouest finissent par irriter les autorités ; l'histoire se répétera avec son confrère Svetlanov. (Clic)


Non réédité à ce jour 😡

En 1975, il quitte (on le pousse ?) l'Orchestre de Moscou et part définitivement à l'ouest en 1978, à AmsterdamBernard Haitink lui propose un poste de codirecteur du Concertgebouw à ses côtés. En 1981, une crise cardiaque le terrasse après un concert à la NDR de Hambourg lors duquel il dirige la 1ère symphonie de Mahler, compositeur qu'il avait fait connaître dans sa patrie natale. Un concours Kondrashine a été créé à Amsterdam en 1984.

On associe souvent l'art de cet homme à la musique russe. C'est assez justifié mais limitatif. Kirill Kondrashine brillait dans un répertoire très large, de Mozart à tous les romantiques. À titre personnel, je n'ai jamais entendu une interprétation du concerto pour violon de Brahms plus habitée et électrisante que celle réunissant en 1967 ce chef et Leonid Kogan ! LP Label Chant du monde à l'origine bien difficile à trouver. Une écoute en aveugle à domicile et en famille de mélomanes de quatre grandes versions a confirmé sans appel cette opinion… Voir aussi l'article sur ce concerto dans l'interprétation d'Hilary Hahn. (Clic). Les articles avec le chef dirigeant ou accompagnant :

 

PROKOFIEV Serge

Concerto pour piano N° 3 - Byron Janis

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RACHMANINOV Serge

Concerto pour Piano N° 1 - Byron Janis

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BORODINE Alexandre

Symphonie N°2 (1876) – Concertgebouw (Live 1984)

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Concertos pour piano : N°3 de Rachmaninov  et N°1 de Tchaikovski

Comme déjà précisé, cette compilation de deux disques parus à deux ans d'intervalle (les labels son radins au début du numérique  😊) entre dans la légende à la fois par la rencontre de deux chefs de grands talents et encore plus de la "Lionne" réputée pour son jeu dynamique, clair et, si j'ose dire : viril ! Wikipédia a eu recours au dictionnaire des synonymes pour aboutir à un panégyrique presque dédaigneux vis à vis d'autres grands virtuoses aux tempéraments moins extravagants. La plus "grande pianiste de tous les temps" avec Horowitz côté masculin … Admettons ! Vous savez ce que je pense de ces excès verbaux. Je pense à Richter, Gillels, Arrau … chacun dans son répertoire… Côté fille, la prodige Yuja Wang semble une favorite de Martha pour assurer au pied levé son remplacement lors des annulations pour raison de santé… Entre pianistes aux frappés diaboliques… logique !

Incontestablement les deux concertos réunis conviennent parfaitement à la technique sans faille de Martha et à la puissance tellurique caractéristique de ses d'interprétations face à deux partitions qui trop souvent nous sont proposés comme des œuvres de pure virtuosité lorgnant vers un postromantisme pathétique.

Il suffit d'écouter les accords enchainés quasiment "pointés" du début du concerto de Tchaïkovski suivis du pointillisme percutant mais élégant de l'exposé lyrique de la thématique pour comprendre que l'on touche au génie d'un concerto trop souvent rabâché avec académisme.

Le concerto de Rachmaninov fut écrit bien après sa phase dépressive. (Oui il y en aura d'autres…) Martha à ce qu'on appelle "l'Everest du piano", préfère une montagne tout aussi majestueuse mais avec des alpages et des fleurs, une vitalité folle. On entend toutes les notes, tant à gauche qu'à droite (je parle des mains 😊). Pour un guide de découverte des deux ouvrages, tout est dit dans les chroniques précédentes… Martha semble, à mon avis, redonner les couleurs fantasques et un peu provocantes du géant russe. B**l, il faut un piano solide pour dynamiter de cette manière les solos et la cadence de dingue du 1er mouvement !

Assez bavarder, je publie deux vidéos : Le concerto de Tchaïkovski est une suite de trois vidéos, pas de problème de timing…

Pour celui de Rachmaninov, le découpage est le suivant : I. Allegro ma non tanto – [00:00] / II. Intermezzo (Adagio) – [15:33] / III. Finale (alla breve) – [26:32]


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.