mercredi 24 juin 2026

Jared James NICHOLS " Louder Than Fate " (2026), by Bruno



     Le grand blond avec une guitare noire fait son retour avec un disque qui fracasse ta tête à toi.

     La gratte noire ? Une Gibson, une LesPaul Custom. Mais aussi une ES Signature BB King (entre une ES-335 et une 345). Ou encore avec les proches signatures du grand blond : soit deux Epiphone aux corps de Les Paul Outfit galbées nanties d'un Seymour Duncan P-90 ou de Bare-knuckle "Mississippi Queen" ou "Nantucket 90" en position chevalet. Deux grattes pour aller à l'essentiel et conçues pour survivre aux assauts répétés du gaillard. Une « Old Glory » et une « Gold Glory ». Pour pénétrer dans le dur, le métôl, à l'occasion, une Wylde Audio Odin – version black, of course.

     « Boucle d'or » a donc une nette préférence pour les instruments à la robe charbonneuse. Toutefois, dans son cœur s'est aussi immiscée une rescapée de l'apocalypse. Une antique Les Paul Gold Top de 1952, qui a été emportée et fracassée par une tornade en 2013, perdant à jamais son manche d'origine. Ce qui en restait lui a été offert, et dans le courant de l'an 2021, elle a été soigneusement restaurée - sans résorber ses nombreuses cicatrices qui attestent, comme un trophée, sa longue vie et son périple. Depuis, "Dorothy" a gardé une place de choix.  


   Quant au grand blond, c'est ce grand bonhomme à la chevelure léonine et au sourire carnassier, qui commence à se faire sérieusement un nom dans les sphères "guitaristiques" et dans celles d'un hard-blues ardent fait à l'huile de coude. Un gaillard osant suivre son propre chemin, en revenant avec une conviction quasi communicative à certains fondamentaux. Un gars réputé autant pour son affabilité que sa probité, n'ayant que faire du box office, ne semblant mu que par la satisfaction que lui procure sa musique. Une musique qui étend ses racines dans le hard-blues des années 70, de préférence pêchu - c'est le moins qu'on puisse dire -, générateur de saines mandales auditives. L'intéressé, lui, mentionne plus volontairement Lonnie Mack, Albert King et Stevie Ray Vaughan... okay... d'accord... en cherchant bien, mais le résultat serait alors celui d'un Blues après injection de rayons gamma à haute dose. Parce que, sincèrement, le "Blues" de Jared, c'est du lourd et puissant. Du Blues en mode cuirassé ou bombardier lourdement armés. À vrai dire, il cite aussi Jimmy Page, Leslie West et Toni Iommi. Non, le Blues du gars se situerait bien plus comme une fusion des Leslie West, Zakk Wylde, Pat Travers, Nugent, Albert King, Randy Bachman et de Sammy Hagar. Pour ce dernier, la référence ne s'arrête évidemment pas aux bouclettes. De plus, depuis quelque temps, il semble se détacher sérieusement de ses influences blues pour s'immerger dans un hard-rock bourre-pif. Toutefois, sa connaissance du Blues est réel et profonde. Il faut d'ailleurs le voir expliquer les différents styles des icônes de la guitare Blues en reprenant leurs plans, parvenant même à faire sonner ses Gibson comme si c'était Albert Collins himself qui jouait sur ses Telecaster (pratiquement).

     Sa musique est purement d'un genre instinctif, où le compositeur se laisse emporter par son instrument, faisant le vide autour de lui, extérieurement et intérieurement, pour n'être plus qu'un médium, un récepteur pret à traduire dans un langage Rock (précisément "heavy-power-blues-rock") quelques émanations vibratoires captées dans le périmètre. Parfois comme si la guitare parlait, chantait, d'elle même. Rien donc chez Jared - ou si peu - qui pourrait paraître intellectualisé ; les inconditionnels de rock-progressif raffinés peuvent passer leur chemin. Le credo de Jared c'est un "power blues" qui rue dans les brancards, qui rugit et mord, avec toutefois une certaine nuance. Il ne cherche pas à faire en sorte que ce soit dans l'agression sonore. Même pour ce quatrième opus qui marque un accroissement dans le degré de graou, de saturation. La raison ? Un coup de foudre auditif pour une Gibson Futura du "custom shop" généreusement offerte par le directeur de Gibson. À l'origine, la Futura précède l'Explorer. Son corps est assez semblable si ce n'est que celui de la Futura est plus mince, étriquée, comme pris dans corset. Tandis que la tête préfigure celles à venir des Dean avec leur forme en "V". Équipée de humbuckers (des Custombucker Alnico 3), le niveau de sortie des micros de la Futura est naturellement plus puissant que celui de ses Les Paul montées en P90. De plus, Jared a délaissé ses amplis Blackstar pour se retourner sur du classique "tout Marshall" - il aurait d'ailleurs enregistré tout l'album sur une tête Plexi Super Lead 100 watts de 1968. À savoir que Gibson a fait de Jared son nouveau petit chouchou, lui consacrant récemment un documentaire, "The Long Road", où il conte les difficultés de la vie de musicien partant seul (avec son petit groupe) dans son van à la conquête de l'Amérique. Tout n'est pas rose dans la vie du "rocker saltimbanque", où il faut conjuguer pugnacité, santé, résilience, optimisme, chance et talent pour espérer parvenir, un jour, à faire son (petit) trou. Sans que jamais rien ne soit indéfiniment acquis.


   Emporté par le déluge généré par la fusion Gibson Futura - Marshall, Jared James Nichols a pondu une série de puissants riffs de barbares courroucés pour des chansons qui le sont tout autant. Le chant, forcément, est à l'avenant : rageur et abrasif, parfois proche du pétage de cordes vocales (Nugent ! Sort de ce corps !). Le gars présent derrière la console est déjà à lui seul un facteur d'alerte. Jay Ruston (pronounced Gé lei roustone) s'est fait un nom en bossant pour Steel Panther et Anthrax - ainsi  que les deux derniers Uriah Heep et le dernier et bien heavy de The Donnas. Crénom ! Avec ce gus là, Jared risque de se lancer dans la sidérurgie. Et ça semble être d'entrée le cas avec un "Let's Go" se plaçant comme un Black Sabbath en mode Glam US. Plus encore avec "Ghost" progressant péniblement dans une boue dense et radioactive, où Jared s'arrache littéralement les cordes vocales sur le refrain, au point de vriller les esgourdes. On s'inquiète... Mais "Way Back", avec sa respiration, ses chaudes accalmies, son refrain fédérateur, caresse bien dans le sens du poil (il vaut mieux pour les amateurs de heavy-blues velu) ; une pièce dans un style proche d'un Kid Rock soutenu par un Zakk Wylde tempéré (époque Pride & Glory). Tandis que l'agité-nerveux "Dust N'Bones" n'aurait pas déplu à un Nugent des années 77-80, ou même à un Pat Travers des débuts. Et le rageux "Pretend",  qui, poussé aux fesses par une batterie en mode avalanche de monolithes, clôt l'opus comme si c'était le dernier assaut de soudards sanguinaires partant occire les derniers résistants d'un long combat. No quarter ! 

     Pourtant, ce "Louder Than Fate" ne contient pas que des missiles. En effet, Jared s'essaye aux ballades, à des choses nettement plus mélodiques et relativement raffinées. Ainsi, "Bending Or Breaking" pourrait être un égrégore version thrash métôl de Britney Spear  🤪 Pas loin d'une sombre ballade de Pretty Reckless ?  L'autre ballade, "Killing Time", ose même l'intrusion de cordes. Un bel essai mais pas particulièrement transcendant, au contraire de l'excellent "Show Me". Car là, Jared met le doigt sur quelque chose de fort bon - pas nouveau, certes, mais néanmoins des plus appréciables. Quelque chose de foncièrement américain, puisant dans le Country-rock, la country outlaw, pour l'imbiber de généreuses rasades (pur malt) de Classic-rock 70's. Un savoureux mélange de Tyler Bryant (que Jared connait bien, croisant parfois le fer avec lui et avec qui il a co-composé "Ghost") et de Bad Co, avec de la grosse saturation en sus. En parlant de saturation, on peut s'étonner que mister JJN puisse délivrer un son aussi puissant avec un minimum de pédales d'effets. Alors qu'on s'attendrait à repérer sur un pedal-board conséquent quelques armes secrètes fournies par des boutiques de sorciers tels que Earthquaker Devices, Wampler, Jam Pedals, KMA Machines, Anasounds et autres Walrus, il se contente d'une Ibanez Tube Screamer et d'une authentique Klon Centaur (offert par Bonamassa - sympa [1] ). Basta. Juste pour booster le signal. L'ampli étant généralement à donf - ou presque -, il gère le taux de saturation directement au volume de la guitare. Cependant, Jared a expliqué que pour avoir cette puissance de feu, il a ici doublé nombre de riffs par une acoustique (une Gibson J-200) pour cumuler définition et puissance. Une recette éprouvée qu'il dit avoir dénichée dans ses disques fétiches des 70's .

     Contrairement à ce qui a pu être dit à son sujet, même encore récemment, Jared James Nichols ne gaspille pas son énergie (débordante) en se perdant dans des exercices d'esbrouffes. L'album est d'ailleurs assez concis avec ses trente-cinq minutes pour dix pièces où il reste peu d'espace pour s'étaler dans des plans démonstratifs. Certes, le gars pourrait impressionner avec son jeu en picking, sans médiator ni onglet, mais c'est sa technique - inspirée par des bluesmen, dont Albert King et Albert Collins, qui n'avait pas besoin de tout un attirail pour sonner dense -, et les phrases vraiment rapides restent occasionnelles, ne faisant que ponctuer un soli.

     Avec ce "Louder Than Fate", à la production énorme, Jared développe son champ des possibilités. Ce qui est indéniablement judicieux, voire salutaire pour éviter de s'enfermer dans un carcan où il serait difficile d'en sortir, voire impossible avec le temps. Toutefois, le revers de la médaille, c'est qu'il paraît avoir perdu une partie de sa magie (noire) d'antan. De ce fait, même si la production de cette nouvelle cuvée est nettement plus punchy et définie, que le jeu de Jared a encore gagné en intensité et éloquence,  il semblerait  que le "Black Magic" de 2017, demeure ce qu'il a fait de mieux à ce jour. Cela dit, "Louder Than Fate" déménage grave, et possède bien des atouts pour séduire diverses générations amatrices de power-blues et de hard-rock velus.

     Sinon, oui, actuellement, on voit beaucoup moins ce grand blond s'afficher sur scène avec des grattes noires. La faute à sa récente fixation sur les Gibson Futura - qui n'ont d'autre de noir que leur pickguard - 😁

[1] La Klon Centaur est une overdrive transparente intégralement montée à la main. Elle fait partie des premières pédales dit "boutique". Plus fabriquée depuis 2009 et activement recherchée comme un saint graal, sa côte atteint des sommets dépassant les 4000 $, et quelques fatigués fortunés auraient même dépensé bien plus pour en acquérir une 😕 Parmi les utilisateurs célèbres de la Klon Centaur, on compte John Mayer, Joe Perry, Jeff Beck, Matt Schofield, Warren Haynes, Bonamassa, Steve Gossard et Mick McCready.



🎶🔥
Autre article / Jared Lames Nichols : 👉 " Black Magic " (2017)  👉  " Jared James Nichols " (2023)

mardi 23 juin 2026

BARTH SKY : ”ROCKSTARS“ (2026) par Pat Slade

 


Depuis le temps qu’on l’attendait, la voici enfin la galette de Barth Sky.




Barth Sky un Guitar-hero est née



Barth, moi et ma progéniture
Pour ceux qui non jamais vu Franck Carducci & the Fantastic Squad (Ils se font rares avec le temps), il y a un mec qui ne passe pas inaperçu c’est Barth Sky et sa guitare. C’est l’image typique du guitar-héro lumineux, charismatique et sympathique, toujours présent pour un selfie ou pour tailler le bout de gras. Et quel guitariste ! Tout comme Jimi Hendrix, cette dernière fait corps avec lui. A une époque ou le rock n’est plus que l’ombre de lui-même, Barth et son groupe vont nous donner une leçon de décibels.

Dès la première écoute, on est frappé par la qualité de la production. Chaque morceau est soigneusement orchestré, avec des arrangements qui mettent en valeur la voix unique de Barth. Celle-ci, légèrement

cassée et pleine d’émotion, donne immédiatement le ton, ce n’est pas un album de frivolité mais bien un voyage introspectif. "Showtime", un instrumental qui ouvre l’album avec un rythme entraînant et une énergie brute qui rappelle les grands classiques du rock, tout en y injectant une modernité palpable.

Le fil conducteur de cet album semble être l’exploration des paradoxes liés à la célébrité et à la quête de soi. Barth Sky distille dans ses paroles des réflexions sur la superficialité du star system, mais aussi sur la difficulté de rester vrai dans un milieu où tout va vite. Avec une écriture à la fois poétique et directe, il parvient à évoquer ces thématiques sans lourdeur, souvent avec une pointe d’humour et beaucoup de sincérité. On sent que chaque chanson a été pensée comme une pièce d’un puzzle personnel.

Parmi les morceaux marquants, "(Don’t) Do it" se distingue par sa mélodie mélancolique, portée par des arrangements subtils. Cette ballade introspective offre une pause bienvenue dans un album rythmé, tout en creusant davantage la dimension émotionnelle de l’artiste. D’un autre côté, "Let me out" injecte une dose d’énergie avec ses guitares électriques et son tempo rapide, illustrant parfaitement cette dichotomie entre moments de doute et bouffées d’euphorie.            

 Barth Sky ne s’enferme pas dans une seule couleur musicale. On ressent également des influences indites et même un soupçon de funk, notamment sur "Shake yout Bones", où le groove est omniprésent et invite à danser sans réfléchir. Cette richesse stylistique témoigne du souhait du chanteur de ne pas se limiter à un format prédéfini, et d’exprimer toute sa palette artistique avec créativité. En résumé, tout les titres sonnent comme du hard rock old school (comme j’aime) avec beaucoup de glam.

L’album bénéficie aussi d’une homogénéité remarquable, malgré cette diversité de styles. La cohérence est assurée par la signature vocale de Barth Sky et par la direction artistique claire. Chaque titre s’enchaîne naturellement, racontant une histoire avec des hauts et des bas, des instants de légèreté et des passages plus graves. Cette conception fait de *Rockstar* un disque à écouter de bout en bout, plutôt qu’à picorer.

En résumé, *Rockstar* est une belle réussite pour Barth Sky. Ce disque démontre que l’artiste a su mûrir, en proposant des morceaux à la fois accessibles et profonds, portés par une production moderne et soignée. Que vous soyez amateur de rock, de pop ou d’électro, il y a dans cet album quelque chose qui saura vous parler. Sans prétention mais avec beaucoup de talent, Barth Sky fait de *Rockstar* un incontournable de la scène musicale rock française.

Pour ceux qui cherchent une musique sincère, vibrante et bien produite, *Rockstar* est un must. Barth Sky confirme son statut d’artiste à suivre et laisse entrevoir des choses prometteuses pour la suite de sa carrière. Une écoute attentive s’impose, idéalement au calme, pour profiter pleinement des multiples couches de cet album riche et inspiré.

Barth Sky ou le renouveau de la scène rock en France



dimanche 21 juin 2026

UN BEST-OF HAUT EN COULEURS


LUNDI : Claude a rendu un hommage très illustré au peintre David Hockney, sa casquette, ses lunettes rondes, so british, et ce style reconnaissable, un dessin franc, des aplats de couleurs vives, saturées, contrastées, des lignes de force géométriques.

MARDI : Après Hendrix, Pat s’est intéressé à un de ses rejetons, le roi de Minneapolis Prince, qui cassait la baraque avec « Purple rain », qui ne vaut pas que pour ce long slow blues, mais par ses compositions géniales mixant rock, pop, funk, r’n'b.

MERCREDI : Bruno a salué la sortie du nouveau Stocks, groupe emblématique depuis leur premier opus (live), la recette reste inchangée, du blues rock, du boogie, mais pas que, « Flashback Station » emprunte d’autres chemins moins balisés.

JEUDI : pour fêter le centenaire de Miles Davis, Benjamin nous a retracé la carrière de l’homme à la trompette bouchée, depuis ses débuts dans le bop, jusqu’aux deux révolutions dont il a été l’instigateur, le jazz modal et le jazz-rock.

VENDREDI : le réalisateur Philippe Béziat a truffé l'Orchestre de Paris de micros, de caméras pour faire de « Nous, l’Orchestre » une plongée immersive dans la musique. Dispositif inédit, mais la mise en scène et les choix de montage laissent parfois perplexe.

👉 La liste de nos invités de la semaine prochaine, Barth Sky qui fête son premier album, Gabriel Fauré pour une version légendaire de son Requiem, un grand blond avec une guitare noire (c’est crypté, pour les initiés), et ni plus ni moins que Steven Spielberg himself. 

vendredi 19 juin 2026

NOUS L'ORCHESTRE de Philippe Béziat (2026) par Luc B


Une immersion totale, musicale, dans l'Orchestre de Paris, dirigé par le chef finlandais Klaus Mäkelä. Le réalisateur Philippe Béziat a investi la Philharmonie de Paris, avec toutes ses mini caméras et ses micros, pour capter au plus près ce qui constitue un orchestre philharmonique. Il faut un chef, des pupitres, mais surtout des musiciens, ici au nombre de 120.

L’idée de Philippe Béziat est de truffer l’orchestre de caméras (vues en contre plongée comme si on était accroupi aux pieds des musiciens) et de micros (90 en tout), pour enregistrer chaque instrumentiste, et ensuite les confronter à ce qu’ils entendent. Car comme le dit un des musiciens, dans un tel orchestre, on ne s’entend pas ! Un peu le voisin, le mec derrière, mais on est un élément de l’ensemble que seul le public (et le chef) appréhende dans son entier. La force du collectif chère à Aimé Jacquet. Il faut donc avoir les yeux rivés sur le chef d’orchestre, lui faire confiance, ou, comme dit un autre, regarder les mouvements de bras des violons altos pour repérer la cadence. 

Les musiciens, on va donc les entendre, jouer et parler. Enfin, presque. Car l’autre idée de mise en scène, est de filmer les interviews sans le son ! Surprenant effet, on se tourne vers la cabine de projection pour vérifier s’il n’y a pas de bug, mais non, c'est fait exprès. Les propos tenus apparaissent dans un second temps, comme les cartons d’un film muet. Dans le but de ne pas interférer avec la musique ? Pourquoi pas, mais alors dans ce cas, pourtant certains sont muets, et d’autres pas ? Et pourquoi n'avoir pas sous-titré tout le film pour laisser la place entière à la musique ? C’est dommage. 

(à l'attention des lecteurs, le terme "c’est dommage" risque de revenir souvent dans cette chronique. Je vais gâcher le suspens, mais je ne suis pas raccord avec les critiques dithyrambiques qui ont salué ce documentaire).

Ce qui dommage, donc, c’est aussi de ne jamais entendre Klaus Mäkelä. Un problème d'égo ? Je ne cause pas au même rang que la plèbe ? On le voit beaucoup à l’image, le film commence sur lui, dans les couloirs, il est filmé sous tous les angles, suant à grosses gouttes, diriger par gestes tonitruants. Il aurait été intéressant d’avoir son ressenti, sur sa conception de la musique, sur l’orchestre et les musiciens, mais aussi sur le dispositif original de Philippe Béziat.

Le réalisateur fait des focus sur certains musiciens. Un cornettiste dont c’est le dernier concert (c’est assez émouvant, on voit la main de son voisin se poser sur son bras juste après son dernier solo), cette violoniste venue d’Arménie (mais pourquoi la suivre, elle, dans la rue ?), le percussionniste du fond inquiet du respect du tempo, le violoniste vétéran entré dans l’orchestre il y a 45 ans. Assez beau aussi les contrebassistes, dont un jeune gars qui s’écoute, comme s’il s’entendait pour la première fois, qui refait ses gestes, où le recrutement à l'aveugle d'une altiste.

Il y a aussi des images impressionnantes de la grande salle de la Philharmonie (j’ai eu la chance d’y aller, une fois) filmée sous des angles inédits, des travellings aériens qui parcourent les couloirs (attention aux reflets les gars, on voit les opérateurs !). Mais il y a aussi des images du très glamour périphérique parisien (Porte de la Villette, Pantin) et là je ne vois pas trop l’intérêt esthétique. Y’avait pas d’autres lieux où interroger les protagonistes qu’avec la porte de Pantin taguée en fond ? C’est dommage. 

Une séquence est amusante. Ecran noir sur lequel s’affichent des citations anonymes de musiciens, qui racontent l’envers du décor, du genre « mon voisin de pupitre joue super bien, mais quel con ! », la lassitude après 20 ans, les petites jalousies (« moi je n’ai jamais de solo ! »), ce sentiment de n'être qu'un rouage de la belle mécanique générale.

Beaucoup de sous-titres dans NOUS L’ORCHESTRE, mais curieusement, pas quand il faut, c’est dommage. On entend quoi comme œuvres ? On n’sait pas. Il faut attendre le générique de fin pour identifier des passages de « Le Sacre du printemps » ou « Petrouchka » de Stravinsky, le « Concerto en sol » de Ravel, « Le Mandarin merveilleux » de Bartók, la « Symphonie n°8 » de Malher, et plein d’autres… C’était compliqué d’incruster les titres ? Comme le nom des intervenants, les chefs invités ? Boum, ça débarque comme ça, on ne sait pas qui, pourquoi. Mention à un ce vieux bonhomme encore gaillard : Herbert Blomstedt, 97 ans aux pruneaux.

On suppose qu’il y a des sauts temporels (les vêtements changent) mais c’est dommage de ne pas avoir daté les moments choisis dans une chronologie, ni indiqué si c’est une répétition ou un concert (c’est quoi ce blockhaus de béton en province ? Pourquoi filmer ce trajet en train, puis en bus ?).

Vous aurez compris que je reste dubitatif par les parti-pris de mise en scène qui ne rendent pas le film pédagogique. Comme le travail du chef d'orchestre, sa vision de l'œuvre, n'est pas expliquée. Dommage. Seul un gars comme le Toon y trouverait son bonheur, lui n’a pas besoin de sous-titre ! 

Je pensais qu’on assisterait à la création d’une œuvre, ses rouages, à la chronologie des répétitions, espionnant comme la petite souris comment les cordes travaillent, les soufflants, comment l'ensemble s'assemble. Et finir sur une captation entière d'un mouvement de symphonie. 

Dommage que toute cette technique inédite en terme de prise de son soit desservie par un montage anarchique, sans lien, sans récit ni réel point de vue.


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