jeudi 12 février 2026

LE FOLK ROCK - épisode 5, par Benjamin, avec un B comme Boss


Nous voilà donc quittant les chaleureuses plaines de Californie pour la noirceur industrielle des paysages du New Jersey. C’est que, pour que certains puissent rêver, il faut que d’autres produisent. L’abondance n’est pas une doctrine mais un nécessité vitale. Il parait toutefois raisonnable de se demander si une telle abondance peut se faire sans causer de si cruelles souffrances à ceux qui y contribuent. Véritable robot de chaine, l’ouvrier répétait sans cesse des gestes fatiguant son corps et asséchant son âme.

Pour le maintenir dans cette servitude, sa conscience brandit sans cesse la menace de la misère. Le piège dans lequel il est tombé voudrait que, pour rendre sa destinée plus douce, l’ouvrier se persuade qu’il aime son supplice et que dans un tel abaissement réside sa vocation. Certains y parviennent, leur bonne humeur surjoué trahissant alors leur folie d’aliéné volontaire. Si tout homme, ne serait ce que par fierté, se doit d’effectuer correctement sa besogne, il doit également rester conscient de sa dureté parfois abrutissante. Malheur à celui qui, enfermé dans la prison d’un poste non désiré, s’anesthésie en se persuadant qu’il constitue finalement sa raison de vivre. 

Doug Springsteen ne fut jamais de ceux là, lui qui allait à l’usine avec le poids de celui dont la dernière fierté est d’avoir une famille à nourrir. Lorsqu’il rentrait le soir, il s’asseyait dans les ténèbres d’une pièce qu’il ne prenait que rarement la peine d’éclairer, donnant ainsi au foyer la noirceur de son âme torturée. Pour un parent, une telle somme de passions tristes forme un poison qu’il faut à tout prix contenir, sous peine de faire de sa progéniture la victime collatérale de ses tourments. Le gris du paysage avait comme enfermé l’esprit du père de Bruce Springsteen, le boucan de ses usines avait fragilisé ses nerfs. 

Voyant l’insouciance de son fils Bruce, Doug eut l’impression de revivre les années l’ayant mené à sa dure condition d’ouvrier. Les reproches fusaient avec une déception agressive, jugements autoritaires à la violence décuplée par des souvenirs honnis. Le jeune Bruce faisait partie de ces enfants sachant profondément ce qu’ils ne veulent pas, une nouvelle musique lui révéla ce qu’il voulait.

Le père avait amené cette télévision avec la fierté de celui ayant trouvé une nouvelle justification à ses peines. L’invention était encore récente, la détention d’un tel appareil s’imposant donc comme le signe d’une relative aisance financière. Un jour, alors qu’il regardait cet écran pour exorciser l’ennui d’un dimanche après midi, Bruce vit le roi qui lui montra le chemin de son destin. Sa musique binaire débordait d’une énergie pleine de vitalité, la franchise de son regard apprenait aux jeunes hommes que rien n’était plus important que leur fierté. Ayant reçu une guitare alors qu’il effleurait à peine les rivages de l’adolescence, Bruce fut d’abord découragé par la rude discipline nécessaire à sa maîtrise. 

Il n’abandonna pas le rock’n’roll pour autant et, au fil des écoutes de ses classiques, la mélancolie de Roy Orbinson et la poésie Dylanienne s’ajoutèrent à ses références. Conditionné par ces heures d’écoute, le jeune Springsteen parvint ensuite à maîtriser sa guitare avec une facilité qui le surprit. Dès lors, l’évasion promise par le rock’n’roll lui ouvrit le chemin de la liberté. Quittant le domicile familial, il forma un premier groupe tentant de surfer sur la vague tonitruante du heavy blues. Mais cette violence orgiaque ne convenait pas à sa personnalité empreinte d’une profonde mélancolie poétique. Contrairement aux dires d’un célèbre escroc allemand, nul homme ne peut se vanter d’avoir « tué le père », ses bienfaits et blessures marquent à jamais le caractère d’un homme d’un sceau béni ou funeste. Sur ses cahiers de notes, Bruce écrivit des chansons d’hommes aux prises avec un destin cruel. Pour tous les Doug d’Amérique et du monde, Springsteen voulait devenir le porte-parole des opprimés et des sans grades.

Après avoir formé une première version du E Street Band, le chanteur se mit à payer ses musiciens à la fin de chaque prestations. Amusé par le sérieux solennel avec lequel il effectua l’opération, l’un d’eux le gratifia d’un « thank you boss », surnom qui lui resta par la suite. Le E Street Band n’était alors qu’un jeune groupe propageant la fièvre du rhythm’n’blues avec toute la ferveur dont il était capable, une belle locomotive dont le moteur semblait encore manquer de puissance, jusqu’à une soirée destinée à changer le cours de l’histoire. Nul ne se souvient aujourd’hui du lieu exact où eut lieu cette rencontre historique, la mémoire étant une machine d’une cruelle imprécision. 

Reste donc le grondement menaçant du tonnerre et le clapotement d’une pluie battante, noirceur torrentielle au milieu de laquelle marchait un intimidant géant à la peau d’ébène. Approchant de la porte d’un bar, il reconnut l’énergie de cette musique dont la gaieté réchauffait le cœur. Lorsqu’il poussa cette porte, un vent froid incita les spectateurs à se tourner rapidement vers l’imposant inconnu. N’ayant pu rater son entrée, un Springsteen en pleine représentation dut se demander ce que cet homme cachait dans sa mystérieuse mallette.

Le colosse prit place, commanda un rafraîchissement, avant d’apprécier la performance avec une concentration pleine d’enthousiasme. Le rhythm’n’blues n’est pas une affaire de virtuosité mais d’intensité, c’est une musique qu’il faut jouer avec toute son énergie et son enthousiasme. Porté par la force de bûcheron de son batteur et le lyrisme Springsteenien, le E Street Band était un groupe d’une efficacité redoutable. Battant du pied au rythme de ces brûlots rock, le colosse eut vite envie de rejoindre la fête. Ouvrant soigneusement la mystérieuse mallette, l’homme en sortit une trompe d’or qui fit la légende d’Albert Ayler. Si Ayler fut maudit pour avoir au rhythm’n’blues la chaleur du swing jazz, Clarence Clemmons s’apprêtait à être ovationné pour le même crime. L’homme monta donc sur scène, la puissance de son souffle dotant ainsi la rugueuse énergie Springsteenienne d’un irrésistible groove funky. Aussi efficace que fut son groupe, Springsteen cherchait d’abord à imposer son talent de compositeur. 

C’est ainsi que, de passage près des studios Columbia, il se présenta à une audition accompagné d’une simple guitare sèche. Véritable personnage Keroucquien, le jeune vagabond avait alors la barbe broussailleuse et la coiffure hirsute. Des profils comme le sien pullulaient alors dans les rues de cette Amérique post hippie, résidus déguenillés d’un rêve moribond. Il faut toutefois noter que rares sont parmi eux les esprits capables d’écrire une ballade tel que « It’s hard to be a saint in the city ». En écoutant l’interprétation de ce clochard céleste, les cadres de Columbia se rappelèrent ce jour où, n’en menant pas large, un autre vagabond vint les inciter à écouter « la réponse qui souffle dans le vent ».

Ils virent déjà la grande campagne publicitaire annonçant au monde l’avènement d’un « nouveau Dylan »Le devoir de l’artiste véritable est de se battre contre ce genre de caricatures publicitaires, de briser les barrières des cages dans lesquelles elles enferment son art pour mieux le vendre. Cette lutte commença dès les premières minutes de l’enregistrement du premier album de Springsteen, dès que les producteurs virent débarquer un E Street Band prêt à immortaliser la puissance de son folk rock groovie. Souhaitant la sortie d’un disque entièrement acoustique, Columbia fut forcé de réserver la seconde face du disque à la puissance électrique du groupe. Malgré des classique tels que « Blind by the light » ou « Angel », l’album subit un échec commercial retentissant. 

Sorti peu de temps après, « The saint, the innocent and the E street shuffle » subit le même sort. Mettant sans doute cet échec sur le compte de son obstination à jouer une musique électrique, Columbia laissa son protégé produire le dernier album prévu par son contrat. Jetant toutes ses forces dans cette dernière bataille, le boss se mit alors en tête de réinventer le célèbre mur du son Spectorien. Inventé au milieu des sixties, cette méthode de production eut le défaut de noyer les instruments dans une guimauve sonore bourrée d’échos grandiloquents. Springsteen cherchait à reproduire une telle puissance lyrique sans laisser la virtuosité de ses musiciens s’y noyer. 

Manquant de temps pour apprendre l’art subtil de la production, le chanteur fut d’abord condamné à entendre les instruments s’entrechoquer dans un véritable chaos sonore. Ne supportant plus la pression de ces sessions infructueuses, Springsteen et son E Street Band partirent soulager leurs frustrations sur scène.

Un concert de Springsteen est comme une retrouvaille festive entre des amis qui se perdirent durant des années. Nul homme ne sut créer un tel lien avec un public, nul ne saura la reproduire ensuite. Ces soirs là, le chanteur fut regardé comme un père par une foule anonyme, l’admiration que lui portait tous ces hommes créait une énergie bienfaisante nourrissant sa nostalgie orgiaque. Fils sublime de Dylan et d’Elvis, ses chansons furent de solennels avertissements, l’intensité de son rock’n’roll une incitation à continuer le combat de la vie. Plongé dans cette foule fraternelle, John Landau sentait son cœur s’emballer sur la mélodie de « It’s hard to be a saint in the city », violente euphorie comparable uniquement à la découverte de l’amour. 

Le E Street Band ne se contentait pas, comme nombre de groupes de rock’n’roll, de transmettre à son public une énergie aussi intense qu’éphémère. Cette musique, profonde comme une bluette de Roy Orbinson et puissante comme un tube d’Elvis, vous remuait autant l’âme qu’elle régénérait le corps. Vous sortiez d’une telle expérience avec une profonde sensation de joie et de sérénité, une telle communion ne pouvait que faire de vous un homme neuf. Il y a quelque chose de mystique dans le lyrisme de ce mélange de folk et de rhythm’n’blues, comme une révolution portée par la grâce d’une poésie post Dylanienne et la force d’une musique douce-amère. C’est ainsi que, revenant de cette révélation musicale, John Landau écrivit quelques mots destinés à rester gravé dans le marbre de la légende :

« J’ai vu mon passé rock’n’roll apparaître devant mes yeux en un éclair… J’ai vu l’avenir du rock’n’roll et il se nomme Bruce Springsteen. »

Suite à cette chronique, Landau sympathisa avec Springsteen au point de devenir son producteur. Avec l’aide du guitariste Steven Van Zandt, il parvint à remettre de l’ordre dans le chaos de cordes de « Born to run ». Conscient que ce disque constituait sa dernière chance, le boss perdit tout recul sur ce qu’il venait de produire. Lorsque vint l’heure d’écouter le premier pressage de l’album, l’homme vit dans chaque mélodie le désastre qu’il redoutait. Il prit alors le tourne disque, avant de le lancer par la fenêtre avec une force décuplée par sa rage désespérée. Un autre exemplaire fut heureusement produit, permettant ainsi à « Born to run » de sortir malgré les réticences de son auteur. 

Paru à l’aube de la vague punk, le disque représente le plus bel aboutissement du rock’n’roll, le parfait équilibre entre sa grâce et son énergie. Nul autre producteur ne sut superposer ainsi les couches de cordes sans rendre les instruments inaudibles, nul autre musicien ne put trouver un si parfait équilibre entre énergie et poésie. « Born to run » représente la parfaite harmonie de l’apolinien et du dionysiaque, forces complémentaires unies dans une ode d’un troublant romantisme libertaire. Le bon Bruce chante le vertige du jeune homme devant le vide d’une existence à construire, les influences du groove funk, du lyrisme Dylanien et de la nostalgie de Roy Orbinson s’unissent pour projeter dans nos esprits des scènes d’une troublante intensité cinématographique. Enfant de la rude rationalité du prolétariat du New Jersey, Springsteen ne se perd pas dans de vagues préoccupations mystiques ou de niaises bluettes sentimentales.

« Born to run » parle des angoisses et des espoirs face à ce que Romain Gary nomma « la promesse de l’aube », de la grandeur de l’homme se jetant corps et âme dans la grande aventure de l’existence. Prolongé et dépouillé sur la sombre violence de « Darkness on the edge of town », ce romantisme combatif représente le coté rationnel et populaire d’une musique née des fascinants rêves Dylaniens. Passant sans cesse des rêveries californiennes à ce lyrisme orgiaque venu du New Jersey, le folk rock ne cessa ensuite de fasciner le monde à travers les grands albums de John Mellenchamp, de Kurt Vile, des Gaslight anthem 

mercredi 11 février 2026

The GOOD RATS " Tasty " (1974), by Bruno



     Anecdote : aux temps anciens, aux lointains temps des disquaires - espèce en voie de d'extinction - il y en avait un qui venait parfois avec ses propres galettes. Pour son propre plaisir, mais aussi pour le partage, pour la joie éprouvée en faisant découvrir à quelques passionnés des disques et des groupes absents de la boutique. Des trucs que le commun des mortels français avait peu de chance de connaître. Là, en l'occurrence, c'était un gars filiforme, aux allures d'éternel étudiant BCBG, qui, pour ne pas perdre la raison, avait toujours son lot de secours. À portée de main pour une sélection immédiate et régénératrice après une phase usante - mais nécessaire pour le commerce - d'écoute prolongée de "top 40" ou de produits pour petits enfants. Ainsi, parfois, lors de nos passages pour quelques écoutes intéressées, en parallèle avec des discussions animées, ce dj passionné, nous glissa "Tarkus" (pas totalement une découverte), deux Patto fort intéressants, (qui même aujourd'hui, malgré la manne d'internet demeurent confidentiels), et d'autres trucs peu marquants et oubliés depuis longtemps. Et puis un jour, suite à un précédent entretien portant sur les doubles-live, il en sortit un qu'il avait spécialement apporté afin qu'on constate par nous-même l'excellence de la prestation de ce groupe qui, d'après lui, enterrait une bonne majorité de ceux qu'on estimait. Et qu'on avait chaudement défendu. Là, le gars, excité comme une puce, les yeux pétillant de bonheur, se met à sauter sur place. Il était parti dans son monde, ou plutôt dans celui des Good Rats. Possédé, il n'en avait plus rien à carrer de la clientèle qui déambulait, et le regardait de biais, interloquée, ni du patron à la caisse ; il exultait de bonheur. Effectivement, c'étaient de bons musiciens, mais on restait septiques et dubitatifs, un peu planté sur nos opinions. Certaines pistes évoquaient un Frank Zappa moins farfelu et un peu plus rugueux, d'autres dérapaient vers du pur hard-rock ricain, quand d'autres se paraient de jazz ou de blues. rien de vraiment immédiat dans cette musique qui méritait une écoute approfondie et renouvelée pour l'apprécier. Elle nécessitait une écoute plus sérieuse, plus approfondie - mais y'avait des clients, à la recherche du dernier 45 tours à la mode (matraqué sur les ondes), qui s'impatientaient...   alors, forcément, avant qu'il y ait du grabuge, on a dû écourté. Hélas, aucun des disques de ces bons rats n'était dénichable. Même d'occase, ou chez des disquaires spécialisés de France et de Navarre (pratiquement ...). Impossible donc de prêter de nouveau une esgourde attentive à une des galettes de ces gus-là.


   Apparemment, dans l'hexagone, l'existence même de ce groupe confinait au secret. Mais même aux USA, il semblerait que son succès eut bien des difficultés à déborder de la côte est. Et encore, il n'est pas certain qu'il ait réussi à percer au delà du Delaware. Pourtant, dans l'état de New-York et les états limitrophes, le groupe est connu depuis la fin des années soixante. En 1969, son premier opus 
éponyme rencontre un certain succès avec des morceaux énergiques et nerveux. Bien qu'encore trempées dans une pop-psychédélique, enrichies de cuivres et de cordes aux parfums cinématographiques (John Barry ?), les chansons sont sur le fil, manquant de tomber dans une forme de rock garage. Ainsi, "Joey Ferrari" pourrait annoncer Alice Cooper (Band) et "Gotta Get Back" les débuts de Slade. Toutefois, en dépit d'un effort évident pour une orchestration cossue et variée (un beau passage de violoncelle pour le coda de "For the Sake of Anyone", l'harmonica très "Magic Dick" du break de "Gotta Get Back"), ça sonne un peu étriqué, comme si ça avait été capté dans un bunker. La troupe aurait déjà probablement gagné à tempérer un Farfisa envahissant au profit de la guitare. Quoi que cette dernière ne fasse guère d'étincelles... 

     Malgré un certain retentissement sur la côte Est au premier essai, il faut attendre cinq ans pour que la troupe sorte un deuxième disque. Mais quel disque ! The Good Rats a mûri, pris de l'assurance et gagné en maitrise - le mot est faible. "Tasty", sorti donc en 1974, est un joyau du rock américain. Un bijou caché dans un écrin des plus cheap et des plus laids. Alors qu'à l'époque on rivalisait pour présenter la pochette la plus originale, la plus belle ou/et attractive, ces olibrius de Long Island déboulent avec une des plus rebutantes et nulles de l'année, voire de la décennie. Enfin, 1974, c'est l'année des "Burn", "Secret Treaties", "Quo", "The Hoople", "Crime of Century", "Diamond Dogs", "Relayer", "Nightlife", "Queen II", "Situation Normal", "Stormbringer", "Staircase to the Day", etc, etc... Avec ce genre de couverture, difficile d'attirer l'œil du chaland. Au contraire. Qui pourrait faire l'effort d'écouter le contenu à la seule vue de cette hideuse présentation, à l'exception de ceux qui connaissent le groupe ? C'est que ces gars-là ne se prennent guère au sérieux. Seule leur importe la musique. 

     Seconde erreur de jugement, l'entrée en matière avec un "Back to the Music" qui tourne en rond sur lui-même et qui est un des morceaux les moins attrayants de l'album. Toutefois, on découvre déjà la voix puissante et vibrante de Peppi Marchello. Et puis cette intonation préfigurant un Rock FM assaisonné de pop et de sonorités heavy - qui est déjà initié par REO Speedwagon et Chicago, mais ne prendra vraiment de l'ampleur que deux ans plus tard.  

     Par contre, la suite prend une autre tournure bien plus reluisante et saisissante. À commencer par "Injun Joe". Formidable morceau vaguement latino, électrisé par la voix d'ours stentor de Peppi - sorte de Meat Loaf au timbre éraillé, assez proche (mais moins énervé) de Dee Snider -, et sublimé par un break où la guitare de John "The Cat" Gatto envoie un solo jazzy incendiaire pendant que le batteur, Joe Franco, tranquillou, déroule des avalanches de fûts et de cymbales. Injun Joe, c'est le personnage amérindien (d'où l'inclusion ponctuelle dans la pièce d'un rythme de tambour amérindien) de Mark Twain issu de son célèbre "Tom Sawyer" (Joe l'Indien) ; Peppi le reprend à son compte pour en faire un personnage central criant à l'injustice, à la partialité des autorités institutionnelles. Injun Joe en a gros sur la patate ; excédé par une justice qu'il juge arbitraire, il lâche un menaçant : "Je veux voir cette maison brûler, je veux la voir s'écrouler. Je vais regarder le blanc de leur yeux brûler. Je vais prendre leur robe noire ! Je vais m'essuyer dessus !! Votre honneur ? Mon œil ! C'est mon honneur qui est en jeu ! Cette fois, je me lèverai et me battrai ! Yeah !! Comme les imbéciles qu'ils sont, je les jetterais à la mer". Mieux vaut que cela soit la diatribe d'un personnage de fiction qui manifeste une telle humeur hostile, plutôt que celle du chanteur lui-même, qui s'exposerait alors à la censure... voire à de mauvaises réactions lors des prestations scéniques...


   Avec "Tasty", sur un fond bien jazzy, Peppi, avec malice, règle ses comptes avec certains des anciens membres qu'il considère comme ayant freiné le groupe. Parce qu'ils surjouaient ou "n'avançaient pas", parce qu'ils ne jouaient pas avec goût (saveur - tasty). Des gars qui, devant leur manque d'implication - autre que celle portée sur eux-mêmes -, ont fini par être virés. "On avait le guitariste virtuose, peut-être le plus rapide du pays, mais il n'allait nulle part. La vitesse ne vaut rien sans classe" ... "On avait un batteur nommé Joe. Il jouait si vite qu'on l'a viré. Il s'est enfui avec nos chansons. Maintenant, il est à l'école, là où est sa place" ... Visiblement, la décennie suivante a dû être éprouvante pour Peppi... Après chaque reproche, Peppi enchaîne avec le refrain "Il ne savait pas jouer avec finesse. Oh non ! Avec finesse, comme ça ! Yeah" À la suite de quoi s'enchaîne un solo de l'instrument du poste concerné - guitare, basse et batterie. Que Peppi tempère dès que ça dérape un peu. "Avec finesse ! Avec finesse ! N'est-il pas temps de se calmer ?". Et puis, soudain, un court instant, ça part heavy "On aime jouer du Rock'n'roll, mec !! C'est la seule façon de faire. Une batterie, une basse et deux guitares. Quand tu joues "tasty", tu iras loin ! On va jouer "tasty" Oooh yeah !! Du rock'n'roll "savoureux" Aaaalll  right !! "

     "Papa Poppa" aurait pu simplement n'être qu'une sympathique et insouciante ballade d'été, du style "pieds nus et fleurs dans les cheveux longs et emmêlés, la tête dans les nuages", mais quand Peppi fait vibrer ses solides cordes vocales, tout se fissure. Il chante comme d'autres qui, sous l'emprise d'une (douce) folie, harangueraient la foule. Il y a une emphase qui pourrait évoquer Queen, l'inclusion d'un piano sur le coda renforçant la référence. (les Anglais se produisent pour la première fois aux USA en avril et mai 1974, principalement sur la côte nord-est, dont cinq concerts à New-York). Chanson saisissante, mais dont le sujet n'a rien de réjouissant. C'est une brève critique ouverte des sectes, et de la déficience de support parental qui offre alors en pâture à des fossoyeurs de l'âme, à des manipulateurs pervers, à des gourou-escrocs, une jeunesse en mal de repères, de soutien ou d'autorité familiale.

Intermède instrumental avec "Klash-Ka-Bob", qui permet avec Mickey Marcello (le frangin de Peppi) et John "The Cat" Gatto de se répondre à coups de soli dans un style mêlant Frank Zappa à Paul Gilbert.

"Fireball Express" est une totale immersion dans le heavy-rock ricain, entre Blue Öyster Cult et Nugent. Un terreau fertile pour les soli vifs et cinglants de "The Cat" et la frappe franche et énergique de Franco. Ses pieds semblant parfois jouer des castagnettes avec le charleston et la grosse caisse.

     Rien n'arrête ces joyeux drilles qui, avec un humour non feint sur "Fred Upstairs and Ginger Snappers", joue avec les codes. C'est une immersion décomplexée dans un swing-jazz millésimé 50's avec des chœurs doo-woop, dans lequel est inséré un solo typé "Django Reinhardt", suivi d'un plus électrique, plutôt d'obédience "John McLaughin", ainsi qu'un clin d'œil au "Caravan" de Duke Ellington. La suite s'enfonce plus sincèrement dans le heavy-rock. Ni macho à la Nugent, ni fébrile et trépignant à la Aerosmith, ni carré à la Bachman Turner Overdrive, ni épique et chromé à la Blue Öyster Cult... quoique, il semble y avoir quelques points communs avec ces collègues de Long Island. Du moins sur  300 Boys" et "Phil Feish".


    Peppi Marchello clôt ce second effort par un "Song Writer" autobiographique. Une complainte sur les difficultés et les doutes éprouvés pouvant étreindre les artistes et compositeurs. Les espoirs aussi de ceux qui, encore dans l'anonymat, rêve d'une reconnaissance. "L'auteur-compositeur peut te faire rire ou pleurer. Il fait les pleins d'essence, et pourtant parvient à survivre. Et tout ce qu'il vous demande, c'est de chanter ses chansons, et de faire briller son nom là où il le mérite. J'avais une famille, une femme et trois petits enfants. Je ne pouvais rien leur donner de ce dont ils avaient besoin. Je suppose que je suis loin d'être un homme"

     En dépit d'indéniables qualités, à l'exception de l'état de New-York, voire de la côte Nord-est où le groupe est particulièrement populaire (principalement dans les états du New Jersey et du Connecticut, en plus de celui de New-York), les ventes de l'album ne décollent pas. Pour de nombreux fans - journalistes spécialisés et pairs musiciens compris - il y a eu un manquement évident de promotion. C'était pourtant une major, Warner Bros, qui avait conclu un contrat avec le groupe. Cependant, Warner a préféré investir ses billes dans des artistes correspondant plus à leurs attentes - ou du moins, à ce qu'ils considéraient comme étant celles du public. Le désintérêt total des musiciens pour une ligne directive commune, pour une personnalité du groupe, n'a pas arrangé les choses. Pourquoi se soucier de l'apparence quand la musique parle d'elle-même ? À la sortie de ce deuxième opus, nombreux furent ceux qui avaient prédit au groupe une grande carrière couronnée de succès. Il n'en fut rien. Des jeunes groupes et artistes du coin et des "proches" environs que Good Rats a côtoyés, accompagnés sur scène, tels que Blue Öyster Cult, Kiss, Springsteen, Aerosmith, Twisted Sisters, leur sont finalement passés devant. Loin devant. Ça n'a pas empêché le groupe de poursuivre une carrière bon an mal an, suivie par une solide fan base. 

     Lors d'une interview, l'un des membres de Journey (Neal Schon ?) - qui a pris à diverses reprises Good Rats en première partie -, parle d'eux comme l'un des meilleurs groupe de rock au monde. Tandis que la revue Rolling Stone l'avait qualifié de "meilleur groupe inconnu du monde". En 2008, The Good Rats est intronisé au Long Island Music Hall of Fame.

     Hélas, on pourrait reprocher aux rééditions CD d'être un peu compressées, mais c'est le groupe lui-même qui a dû les financer en créant sa propre maison d'édition : Uncle Rat Music. On présume que le budget alloué au remastering a dû être restreint. Malgré tout, ça n'évite pas à ce "Tasty" de retrouver ponctuellement les faveurs du mange-CD. Un disque considéré comme un incontournable du groupe - et même de l'année -, souvent disputé avec le suivant, "Ratcity in Blue".


Paroles et musique par Peppi Marchello – arrangées by Good Rats

  1. "Back To My Music"                          -  2:34
  2. "Injun Joe"                                        -  5:28
  3. "Tasty"                                              -  3:22
  4. "Papa Poppa"                                   -  5:08
  5. "Klash-Ka-Bob"                                 -  3:34
  6. "Fireball Express"                             -  3:16
  7. "Fred Upstairs & Ginger Snappers"  -  3:11
  8. "300 Boys"                                        -  3:49
  9. "Phil Fleish"                                      -  4:00
  10. "Songwriter"                                     -  3:50



  • Peppi Marchello – lead vocals, harmonica, and bats
  • Mickey Marchello – guitar, vocals
  • John "The Cat" Gatto – guitar
  • Lenny Kotke – bass, vocals
  • Joe Franco – drums

P.S. : 
- Joe Franco rejoindra les copains du quartier (de Long Island) de Twisted Sister, pour reprendre la place d'A.J. Pero après son départ. Quelques années après la séparation de Twisted Sister, il retrouve Dee Snider qui fait appel à ses services pour son groupe Widowmaker. Il renoue avec Twisted Sister en 2025, pour une énième reformation du groupe. Une tournée mondiale devait débuter cette année, en 2026, mais de récents problèmes de santé de Snider compromette actuellement l'existence même de la formation.
- The Good Rats est aussi connu pour avoir recruté en 1981, Bruce Kulick. Ancien accompagnateur de Meat Loaf (avec son frère Bob), puis guitariste de Blackjack, (avec Michael Bolton et Jimmy Haslip), guitariste de Michael Bolton, et ensuite guitariste de Kiss., avec qui il reste pendant douze années (de 1984 à 1996).



🎼🐀

mardi 10 février 2026

ULI ROTH & Electric Sun - ”Fire Wind“ (1980) - par Pat Slade

 


Après ”Animal Magnétism“ de Scorpions, je reste dans le rock teuton avec leur ancien guitariste Uli Roth.



Hendrix est vivant, il est allemand !



 La semaine dernière, j’avais vaguement évoqué son nom. L’ancien guitariste du groupe Scorpions reconnu pour son jeu fluide et rapide où l’on sent bien l’influence de Jimi Hendrix (il est d'ailleurs surnommé le Jimi Hendrix allemand). On se souvient surtout de sa performance sur le titre ”Fly  to the Rainbow“ sur l’album live de Scorpions : ”Tokyo Tapes“. Ce sera son dernier enregistrement avec eux. Il part dans une carrière solo et formera son propre groupe Electric Sun et enregistrera en 1978 son premier album dans la foulée ”Earthquake“. Tous comme The Jimi Hendrix Expérience, Uli Roth va s’encadrer uniquement d’un bassiste et d’un batteur. Pour l’illustration de la pochette, ce sera sa compagne Monika Dannemann qui s’en occupera. Monika Dannemann connue pour avoir été la dernière compagne de Jimi Hendrix.

Fire Wind“ sort deux ans après ”Earthquake“ et quand j’ai découvert l’album, j’ai longtemps cru qu’Electric Sun était le titre de l’album avant de découvrir mon erreur. Alors, Uli Roth est-il meilleur en solo ? Est-il un digne successeur au Voodoo Child ?. ”Cast Away Your Chains“ Un hard rock qui tient bien la route avec des solos efficaces, mais rien de bien nouveau, un titre qui aurait pu convenir aux Scorpions. Avec ”I'll Be Loving You Always“ Le son des arpèges sont proches de ceux d’Hendrix, sa voix ne colle pas du tout (Klaus Meine aurait été parfait sur ce titre !) mais le solo est de toute beauté. ”Prelude in Space Minor“ : pas de mélodie, pas de paroles, juste un long délire, le massacre d’une guitare. ”Just Another Rainbow“ fait beaucoup penser à ”Polar Nights“ de Scorpions.

 Chaplin and I“ : Intro sympa à la spanish guitar, la mélodie est cool mais le hard rock reprend vite ses droits, riffs et solos ravageurs, Roth connait bien le manche de sa Sky Guitar. ”Enola Gay (Hiroshima today ?)“ un morceau en cinq parties. Quand tu sais que l’Enola Gay fut le bombardier B-29 qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima, tu peux t’attendre que ce morceau de 10 minutes 42 va envoyer du lourd ! Après une première partie chantée, un déchainement de décibels ou Uli Roth fait hurler sa guitare tout à fait dans l’esprit d’Hendrix mais pas dans la mouvance, ça ressemble à du Hendrix, ça sent comme du Hendrix mais ce n’est pas du Hendrix et jamais ça ne le sera. Sinon il faut quand même reconnaitre la virtuosité d’Uli Roth. Après avoir réécouté ”Fire Wind“ quelques années plus tard, je lui trouve un goût de poussière, ça sonne comme un hard rock des années 80 (Normal, il est de 1980 !). 

Pour le dire plus simplement, c’est un album qui a prit un terrible coup de vieux (Comme beaucoup de groupes de hard rock de cette époque), je trouve, personnellement, Angus Young complètement ridicule, un vieillard en tenue d’écolier ou Rob Halford de Judas Priest avec sa barbe de père  noël et sa tenue de cuir clouté.

Uli Roth ne fera que trois albums avec Electric Sun avant de continuer sous son nom. Il est considéré avec Ritchie Blackmore comme un des pionniers du métal néo-classique. Il est un touche a tout, sa guitare étant équipée d’une septième cordes et de trente huit frettes, il peut sans problème imiter le son du violon ou celui d'un violoncelle, ce qu'il fait justement sur l'album Metamorphosis Of Vivaldi's IV Seasons“. Même si le guitariste allemand est bon et même très bon, Hendrix est mort déjà depuis bien longtemps !  

lundi 9 février 2026

QUE JUSTICE SOIT RENDUE de Giorgio Fontana (2013) - par Nema M.

 


Sonia écoute l’air « Sempre Libera » de la Traviata de Verdi. Elle soupire et dit :

- Ah, Verdi, ses opéras grandioses, et puis pour moi Milan, c’est la Scala… ou les escalopes 😊

- Tiens Sonia, cet air que tu écoutes, « Sempre Libera », me fait penser à toute autre chose : la liberté de celui qui n’est pas coupable. Et pour ta gouverne, Milan présente bien d’autres facettes que celle de ville de la Scala ou de la célèbre escalope de veau panée.

- Toi, tu vas me sortir un bouquin de derrière les fagots ?

- Pas un mais deux : « Que justice soit rendue » et « Mort d’un homme heureux ». Les histoires de deux juges, amis depuis leurs études, à Milan…  



Palais de Justice de Milan (1930)

Que justice soit rendue. Roberto Doni, substitut du procureur général de Milan a 65 ans. Il est on ne peut plus rigoureux dans son approche du travail de magistrat. Il arrive en fin de carrière, son épouse également. Tous deux issus de la grande bourgeoisie, ils vivent dans un grand appartement dans un quartier chic de Milan et souvent, le soir, Doni écoute de la musique classique en sirotant un verre de vin. Mais avec l’affaire Khaled Ghezal sa façon d’appréhender un dosser et de rendre la justice vont être remises en cause.

Dressons d’abord le contexte. Le Palais de Justice de Milan, pour Doni, « son Palais » depuis déjà quelques années (après avoir exercé son métier dans d’autres régions), est un imposant bâtiment construit dans les années 1930. Les plaques de marbre tiennent désormais grâce à de gros clous en ferraille.

Tout y est fatigué. Usé. Trop de dossiers, trop de poussière, une informatique capricieuse dont Doni doit assurer la supervision. Un univers qui sent la routine et le passé. Bref une justice bien en peine de suivre les évolutions de la société, la violence, le racisme, le terrorisme qui se développent en ce début du XXIème siècle.



Rue du quartier Brera en 1955

Et donc l’affaire Khaled Ghezal. Une affaire d’une triste banalité où la drogue conduit à la violence. Sauf que la victime est une jeune fille de bonne famille, Elisabetta Medda, fille d’un gros entrepreneur milanais. Et malheureusement elle est touchée par une balle perdue et se retrouve en fauteuil roulant. Son petit ami, Antonio Del’Acqua est vendeur dans une boutique de téléphonie mobile. Bon, de temps en temps, il consomme un peu de hachish qu’il achète à des Tunisiens, mais rien de bien méchant à ses yeux. Sauf que… Sauf que peut-être, parfois, il en demande plus que pour sa consommation personnelle et que donc il faut payer le fournisseur… Bref. La police essaie de comprendre ce qui s’est passé le soir où la pauvre Elisabetta a pris une balle. Il y aurait eu un petit groupe de « migrants » qui les auraient agressés dans la rue alors qu’ils sortaient d’un restaurant, elle et Antonio, et voilà. Vite fait, bienfait, confrontation visuelle avec quatre ou cinq personnes de couleurs différentes et une personne est désignée comme étant celui qui a probablement tiré : Khaled Ghezal.

Il se trouve qu’une jeune journaliste indépendante, Elena Vicenzi, s’intéresse à cette affaire et veut que Doni rencontre des personnes de l’entourage de Khaled car, pour elle, il est innocent. Ce n’était pas Khaled Ghezal qui était là à ce moment-là. Elle envoie un mail, puis un autre, puis demande à le voir, puis finit par voir Monsieur le substitut du procureur de Milan qui lui dit simplement que ce n’est pas dans ses attributions de voir ou d’entendre des personnes en lien avec le présumé coupable et que la police a fait son travail. En fait, la presse s’est déchaînée autour de cette histoire : ces migrants tous des assassins etc… Curieusement Doni qui écrit une sorte de testament retraçant les faits marquants de sa vie, repense à Giacomo Colnaghi son collègue et ami juge mort en 1981. Un sens de la justice très poussé (des exceptions oui, des erreurs non), une recherche approfondie de la vérité et du sens que les terroristes des années de plomb pouvaient donner à leurs odieux crimes. 


Et si Elena avait raison ? Si Khaled n’était pas celui qui a tiré sur Elisabetta ? Doni va suivre la quête de preuves d’Elena, l’accompagner dans sa Fiat Uno pourrie (lui qui a un gros 4X4 Audi) dans des quartiers totalement ouverts à la diversité des races, au mélange des pauvretés, à la vie dans la rue et dans les logements plus ou moins salubres, là où vivait Khaled et sa sœur. Il va également éplucher de manière très approfondie ce dossier. Il va même demander conseil à son vieux professeur de droit. Mais même si un témoin est trouvé, cela ne permettra pas forcément de sauver Khaled… En tout cas, Doni n’a plus peur de rien et quitte à flinguer sa fin de carrière, il suivra ses convictions pour faire en sorte qu’il n’y ait pas d’erreur.


Si on découvre Giacomo Conalghi dans ce roman, on peut faire un retour en arrière dans la jeunesse de Doni et mieux comprendre qui était Conalghi avec « Mort d’un homme heureux ». 1980 : le très brillant Giacomo Conalghi est dans le service de lutte contre le terrorisme. Il a à ses côté deux collègues et leurs investigations sont sans relâches pour trouver les assassins masqués qui tirent sans raison apparente sauf celle de détruire le système.

C’est l’époque des Brigades Rouges, dont la violence a commencé avec l’assassinat d’un procureur en 1976, puis avec l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (démocrate-chrétien) en 1978.  Alors qu’au départ la révolution était celle des ouvriers ou des paysans pauvres, une révolution pour mettre définitivement un terme au fascisme et à l’exploitation du prolétariat. Conalghi vient d’une famille pauvre, d’un petit bourg, du nord de Milan, ce qui aurait pu le faire basculer du côté des révolutionnaires mais sa foi et ses convictions, le motivent pour que la justice soit rendue et pour apporter aux familles des victimes un peu d’apaisement.

 

Ces deux romans sont extrêmement intéressants à la fois sur le plan de l’histoire qui est racontée mais aussi pour une découverte de l’Italie, sans complaisance mais non sans délicatesse. Les deux juges sont de beaux personnages. Des héros de notre temps. Merci aux traducteurs de ces deux beaux textes. A ce jour, Giorgio Fontana n’a que ces deux romans qui sont traduits en français, dommage…

 

Bonne lecture !

 

Romans Seuil

310 Pages