Les chroniques de l’été avec un classique de Supertramp que tout le monde
connait.
Les Clochards aux Petit Dej’
Sorti en 1979, ”Breakfast in America“ est sans doute l’album le plus emblématique de Supertramp, un groupe britannique qui a su mêler rock progressif et pop avec
une finesse rare. Cet album, à la fois mélodique et rythmé, est une
véritable pépite musicale qui a marqué la fin des années 70 et a
permis au groupe de toucher un large public. Il n’y a pas
grand-chose à redire sur cet album. Donc voici une plongée
détaillée, dans cet opus devenu classique.
”Gone Hollywood“ : Signé Davies et Hodgson, on est tout de suite dans le bain, un morceau qui donne la couleur
de ce que sera la suite de l’album. ”The Logical Song“ :Dès la première piste, Supertramp frappe fort. ”The Logical Song“ est un hymne à la nostalgie et à la quête d’identité. Avec ses
paroles introspectives, Roger Hodgson
aborde le passage délicat de l’innocence enfantine à la complexité
adulte. La musique est à la fois entraînante et mélancolique, grâce à
un arrangement riche en claviers et un solo de saxophone mémorable. Ce
titre est vite devenu l’un des classiques du groupe, à juste titre.
”Goodbye Stranger” : Une touche mélancolique mais énergique, une
instrumentation caractéristique du style de Supertramp
à cette époque. Les paroles de la chanson sont inspirées des virées du
groupe sur les routes.
”Breakfast in America“ : La chanson-titre est un vrai coup de maître. Avec son rythme
enjoué et son refrain contagieux, Elle dépeint un regard ironique et
légèrement sarcastique sur le rêve américain vu depuis la
Grande-Bretagne. Le jeu de piano est particulièrement marquant, et
les chœurs féminins en harmonie renforcent ce côté kitsch assumé,
presque cinématographique. ”Oh Darling“ Un brin plus rock, le morceau propose une instrumentation plus
élancée et un feeling plus direct. La voix de
Hodgson
est plus rauque, un contraste intéressant avec le côté pop des
autres morceaux. C’est une invitation à la simplicité affective,
portée par une rythmique dynamique qui ne lâche jamais.
”Take the Long Way Home“ : Ce titre est une ballade pleine de mélancolie et
d’introspection. L’arrangement, qui mêle piano, basse et
synthétiseurs crée une atmosphère douce-amère. C’est une chanson
qui parle du besoin d’évasion, d’un voyage intérieur nécessaire
quand la réalité devient lourde. Supertramp
excelle ici dans l’art de rendre complexe une émotion simple.
”Lord Is It Mine“ : Un moment spirituel dans l’album, ce titre interroge avec pudeur
le rapport à la foi et aux doutes personnels. La mélodie est
plutôt apaisante, presque méditative, avec un travail soigné sur
les percussions et les claviers. Ce morceau offre une respiration
dans le flot parfois très énergique des autres chansons.
”Just Another Nervous Wreck“ Plus funk et groovy, cette chanson apporte une touche de
fraîcheur et d’humour. Elle parle des petits tracas de la vie avec
légèreté, presque comme une thérapie musicale. Le jeu de basse est
particulièrement inspiré et donne envie de bouger, tandis que la voix de Daviesajoute une nuance supplémentaire au chant
principal.
"Casual Conversations" : Une jolie ballade de Rick Davis
avec son piano, presque mystérieuse, où le piano prend le
devant. Son ambiance feutrée souligne le talent du groupe pour
créer des moments variés tout en gardant une cohérence globale
. “Child Of Vision” : L’ambiance se fait plus lumineuse C’est une chanson rythmé,
un rappel que même lorsque les choses vont mal, il y a de
l’espoir. La complémentarité vocale entre Hodgson
et Davies
illumine ce morceau qui aurait pu, par sa sonorité, faire
parti de ”Crime of Century” termine l’album sur une note positive.
”Breakfast in America“ est un album qui mélange habilement les émotions et les
styles. Supertramp
réussit le pari de proposer des chansons accessibles sans jamais
sacrifier la qualité musicale ou la profondeur des textes. Entre
mélodies accrocheuses, paroles intelligentes et jeux
d’instruments subtils, cet album reste aujourd’hui un
incontournable du rock progressif accessible. À écouter
absolument, surtout un matin avec une bonne tasse de café, pour
bien commencer la journée.
MARDI :Pat
s’est remis un Beatles sur la platine, « Help ! »,
qui est aussi la bande son de leur film éponyme, au-delà du tube
écrit par John Lennon, les Fab Four y
gardent leurs esprits malicieux et leur sens de l’humour pour
des titres rock, folk ou pop.
MERCREDI :s’obstinant
dans sa quête des origines de Rock Fm, ou AOR, Bruno
est
parti enquêté du côté de chez Grand Funk Railroad dont l’album
« Born to die » s’éloigne de l’aspect brutal de
leurs premiers opus, une musique plus mélodique, aérée, moins crue.
JEUDI :Claude
exulte et se réjouit de nous avoir fait écouter ce « Motet »
de Mozart« Exsultate Jubilate », une œuvre d'une
douzaine de minutes écrite pour soprano ou castrat, le Toon nous a
sélectionné l’interprétation de la soprano suisse Edith
Mathis.
VENDREDI :
heureux
qui comme l’Ulysse
de
« L’Odyssée »a
fait bon voyage, guidé
dans sa quête par Christopher Nolan, une superproduction à
l’ancienne, visuellement
impressionnante,
mais
désincarnée,
bruyante,
et
qui manque
de souffle et de merveilleux.
👉 La
semaine prochaine, Pat
accueille les londoniens de Supertramp, Bruno parlera de southern
rock (mais de qui ?), Benjamin a lu le dernier Boualem Sansal, et Luc
réunira
un sacré casting issu de
la Comédie Française…
L’adaptation de l’Odyssée d’Homère par Christopher Nolanétait un défi
à plus d’un titre. Scénaristique
d’abord, vu la matière première, et
technique, puisque le réalisateur utilise le format 70mn
Imax argentique** et ces caméras grosses comme des camions.
Tournage particulièrement pénible, car on ne trimbale pas ce
genre de matos dans un sac à dos. Or Nolan (aux antipodes de JamesCameron) filme tout en décor naturel, sans recours aux procédés numériques. Pour les scènes de dialogues, les acteurs ne
voyaient même pas leurs partenaires derrière la machinerie, Nolan a imaginé un système de jeu de miroirs ! Ce qui explique ce déficit d'incarnation des personnages ?
Je
ne vous
ferai pas l’injure de raconter l’histoire. Si ?
Bon, alors rapidos. Ulysse (Matt Damon en jupette) roi d’Ithaque, part en guerre sauver la belle Hélène (Lupita Nyong'o), assiège la ville de Troie, parvient à la faire tomber grâce à la ruse du cheval
du même nom. Il devient un héros. Mais
le voyage de retour sera semé d’embûches : dieux contrariés,
géants casqués,
Cyclope,
Circé la magicienne, l’envoûtanteCalypso,
les
Enfers...
Pendant
ce temps, sa
femme Pénélope l’attend en faisant de la broderie, assaillie de
prétendants qui espèrent l’épouser. Sans nouvelle d’Ulysse au
bout de 20 ans (même pas un texto ?) elle envoie son fils Télémaque aux nouvelles.
Antinoos,
censé veiller sur l’héritier, ourdit un complot contre lui…
On
sait Christopher Nolanobsédé
par l’idée
de
temps, celui
qui se distend dans INTERSTELLAR, s’efface dans MEMENTO, fait des saltos dans INCEPTION, ou
repart à l’envers dans TENET. Dans
L’ODYSSÉE, c’est le temps qui fuit, qu'on ne maîtrise pas, qui emprisonne. Pour
Pénélope qui défait tous les
soirs la tapisserie qu’elle brode pour la reprendre le lendemain.
Elle avait promis que son ouvrage achevé, elle prendrait un nouvel
époux parmi les prétendants qui investissent chaque soir sa maison.
Pour
Ulysse (en VO il s’appelle Odyssius ?!)qui en perd la notion, recueilli parla
belle Calypso après un énième naufrage,qui lui administre un
filtre maléfique pour le garder auprès de lui. Il restera 7
ans.
La nymphe est jouée par Charlize Theron,
qu’on voit surgir de l’onde telle Ursula Andress dans DR. NO (ou la pub Dior J'adore). Franchement, a-t-on
besoin
d’une potion magique pour rester buller avec une telle créature sur une plage ensoleillée de Grèce… Pas
crédible deux secondes l'Homère !
Commençons
par ce qui m’a plu. Nolan, dans la partie centrale de son film,
réussit de belles scènes. Dont celle où les hommes d’Ulysse
s’invitent à la table de Circé(inquiétante Samantha Morton),
qui les transforme en cochons, caressant
d’abord leur visage, maternelle, puis les malaxant, les sculptant comme de
l’argile pour en faire des porcs. Effets
spéciaux vintage, comme dans LE LOUP GAROU DE LONDRES. Images limite gore, et réellement impressionnante. L’épisode
du cheval de Troie est moins drôle que dans SACRÉ GRAAL, mais le
point de
vue des
hommes cachés à l’intérieur du canasson est bien trouvé.
La bataille qui suit est impressionnante, de nuit, à la lumière
des flambeaux. Dommage que cette séquence soit morcelée aux quatre coins du film.
L’épisode
du Cyclope est trop vite expédié, sans
réelle angoisse, exit la fameuse réplique « je suis personne ». Mais l'horrible créature est réussie, avec ce visage comme modelé de travers, un animatronique de 18 mètres de haut. Je pensais que les hommes d’Ulysse lui faisaient
boire du
vin avant de l’éborgner, pas ici. Car j’ai en mémoire le ULYSSE
de Mario Camerini (1954) avec Kirk Douglas, et j'avais bien aimé l’Homère
d’alors.
La
baston avec les Lestrygons (géants en armures argentées) est visuellement réussie, je me demande si Nolan n'aurait pas visionné l'EXCALIBUR de John Boorman juste avant... On a de très beaux mouvements de foule sur des plages immenses, ou des paysages brumeux, nuageux, des ciels plombés, décors naturels dénichés en Écosse, ou en Islande
pour la scène aux Enfers, visuellement superbe avec ces morts qui sortent du sable noir volcanique. La palette de couleurs est très éloignée de
la mer Ionienne, davantage raccord avec un épisode de GAME OF THRONES, qui
semble être la référence esthétique du film.
Si on ajoute certains costumes qui renvoient plus à BATMAN qu’à HERCULEou
MACISTE,
le
compte n’y est plus (l’armure
d’Agamemnon… le roi barbu qui s’avance, bu qui s’avance,
bu).
Ah
oui, on est passé à ce qui m’a moins plu… C'est quoi cette construction alambiquée ? Christophe Nolan aime
distordre la linéarité, certes, mais pourquoi ce récit sur trois temporalités qui se télescopent ? L'Odyssée c'est un voyage, une trajectoire droite, interminable pour le héros. En revenant sans cesse à Calypso, ou le siège de Troie via les flashback, Nolan brise cette continuité. D'où ce manque de souffle, d'aventures. Le film donne l'impression de faire du surplace. Il lui faut 25 minutes
d’exposition - qui retardent le départ de l'action - pour présenter tous les protagonistes et enjeux. Ce qu'il aurait eu largement le temps de faire en cours de route.
Tourner
en Imax 70mn pourquoi pas, mais quasiment aucune salle de cinéma n'est en mesure de projeter le résultat tel que souhaité par le réalisateur. Comme un bateleur de foire Nolan annonce vous allez voir c'que vous allez voir... on paie, on entre, et on ne voit rien ! Je te files les clés de ma Porsche Carrera 911 mais tu ne dépasses pas le 30km/h.
La dernière séquence du
retour, fameuse avec le défi de l’arc à bander, est décevante, brouillonne, montée avec
des plans qui ne dépassent pas 3 secondes. Je ne pensais pas dire ça un jour de Christopher Nolan : elle est où la mise en scène ? D'autant que l'épisode est célèbre, c'est comme Robin des Bois qui arrive encapuchonné au concours de tir à l'arc, on connait le truc !
Mais y’a pire. L’ODYSSÉE est encore plus
insupportable à écouter ! Les dialogues hésitent entre sentences tragiques, profondes (pompeuses ?) et langage contemporain. Première
réplique d’Ulysse : « Va
falloir se tirer de cette putain de plage ! ». Gloups ! C'est le soldat Ryan qui parle depuis Omaha Beach, ou Rambo ? Car, et ça c'est pas bête, Nolan fait d'Ulysse un vétéran traumatisé par son passé guerrier, conscient de ses excès de violence (la prise de Troie a été un massacre) puis contraint de sacrifier des hommes, ne pouvant pas les sauver tous. Comme dans ce choix cornélien du passage entre Charybde et Scylla. A se demander s'il veut vraiment rentrer chez lui.
Si sur la fin la musique fait entendre quelques bribes d’instruments
antiques, 95 % de la bande son est un grondement électronique continu, une fusée Ariane (sic) qui tel Sisyphe n'en finirait pas de décoller, des ultra-basses hyper saturées qui
font vibrer les fauteuils. Nolan se dit fan absolu de Kubrick et de son 2OO1, film dont l'originalité première est... le silence angoissant.
Comme
les matelots qui se bouchent les oreilles de cire pour ne pas
entendre le chant des sirènes, j’avais
prévu les boules Quies, mes acouphènes ayant décuplé après OPPENHEIMER, mais ça n’a pas suffit. Et ça monte
crescendo, plus fort, plus vite. Pas
une minute de silence, de
repos, de répit, chaque centimètre carré est rempli ras la gueule de bruitage. J'espérais une pause pour entendre le
chant envoûtant et mélodieux des
sirènes... Peau d'zob ! Scène expédiée.
Et les
acteurs ? Y’en a plein, et des connus. Interprétation
sans
d’éclat,Matt Damonest
massif, torturé, voix caverneuse, Tom
Holland a l’air un peu con con, Robert Pattinson joue bien les
fourbes, les
autres
sont méconnaissables ou ne font qu’une apparition. Je retiendrai
du casting Anne Hathaway.
Christopher
Nolan s’empare d’un récit homérique
pour
nous
livrer un
film qui ne l’est pas, plombé
par une esthétique héroic fantasy contemporaine.
Un
film sans
réel
panache
épique,
sans
féerie
ni merveilleux, sans
frisson, d’un
sérieux de moine jésuite.
couleur - 2h52 - pellicule 70mn Imax 1:1.43 (disponible en ratio 1:2.39)
** l'Imax selon Christopher Nolan utilise une pellicule 65 mn à défilement horizontal, donc une surface d'impression 4 fois supérieure à la normal. La bande est dupliquée sur une pellicule 70 mn pour la projection. Le ration d'image est de 1x1.43 [le cadre rouge sur le photo ci dessous]. Sauf que rares sont les salles équipées de projos 70mn Imax (3 en Europe, dont une à Montpellier !) donc 99% des spectateurs, dont mézigue, verront le film dans une version recadrée "scope", amputée quasiment de moitié, pour s'adapter aux écrans classiques [cadre jaune]. L'expérience immersive tant vantée par la promo n'est donc pas au rendez-vous.
- Hou hou… Sonia ! Je te trouve bien guillerette ce matin… Tant mieux…
une bonne nouvelle… t'as gagné au loto…
- Oh Claude, je n'ose pas annoncer deux nouvelles intimes… mais je ne
pourrai pas cacher longtemps…
- Allez mon petit on se jette à l'eau… On se connait si bien depuis 15
ans…
- J'attends un bébé… si si pour janvier, février et je vais épouser
Ferdinand… Je suis trop heureuse !!!!!
- Waouh… Exsultate Jubilate – Réjouissez-vous en latin, le titre du
motet de Mozart du jour… Tu nous invites à la cérémonie ?
- Oui, oui… et même à la noce… Oh pas un truc de star, les parents de
Ferdinand, quelques amis dont ceux du blog…
- Bon tu me diras quel ou quels cadeaux tu souhaites de la part du
blog… On a un budget pour les évènements…
- Trop gentil, mais pas trop de dépense, Luc commandera un presse-purée
chez Temu…
hihihahahihihihahaha…
(3,31 € 😊)
Edith Mathis
Sonia, toute à ses chouettes projets, semble oublier que l'on doit écrire
une chronique. Hasard de la programmation, j'avais prévu un billet sur un
allègre motet de
Mozart
dont le titre en latin est
Exsultate, Jubilate, soit deux expressions synonymes : réjouissez-vous ! Ce qui avouons-le est
de circonstance suite à ces deux annonces… 😊
L'œuvre d'une douzaine de minutes ayant été écrite pour soprano ou castrat,
j'ai facilement trouvé une interprétation féminine, il y en a des dizaines
et l'élue sera Edith Mathis, célèbre chanteuse des années 70-80. Par contre une interprétation par un
contreténor m'a posé bien des problèmes jusqu'à la découverte d'un chanteur
idéal – est-ce le seul ? – l'argentin Franco Fagioli…
Mozart
ne fut guère passionné par la composition de musique sacrée sur commande,
pour ne pas dire musique d'Église alimentaire. Le compositeur devenu adulte
fréquentera les loges maçonniques. On lui doit une petite vingtaine d'œuvres
religieuses mineures et divers chefs-d'œuvre. Les neufs
messes brèves
écrites à Salzbourg montrent à l'évidence une parenté avec les derniers
soubresauts de l'époque baroque. Composées sans grande conviction pour les
offices et d'une écriture précipitée, elles demeurent des curiosités
académiques peu enregistrées. Parlons des exceptions :
La
Messe de l'orphelinat
en ut mineur,
K.
139
écrite par un gamin surdoué de 12 ans, d'une durée de 45 minutes surprend
par ses dimensions et son orchestration qui l'élève au rang de
Missa Solemnis. Claudio Abbado en a gravé un enregistrement
passionnant.
Moins ambitieuse, citons la
Messe en ut majeur K. 167, celle en
ut majeur K. 257,
ou encore la
Messe en ut majeur K. 262. Toutes sont datées de 1776 environ et sans doute commandées par le
prince-archevêque Hieronymus von Colloredo, l'employeur de
Mozart. Pour diverses raisons, on les considère plutôt comme des messes brèves
que des Missa Solemnis.
Mozart
détestait autant le prélat que ces commandes pour lesquelles son génie
permettait néanmoins de fournir des ouvrages de qualité, exemple :
Messe du Couronnement K 317
créée en 1779. Enfin pour Colloredo, Mozart
livrera la partition d'une
Messe en ut majeur K. 337
en 1781. Elle met fin à la collaboration orageuse entre les deux
hommes.
Mozart
part avec Constance pour Vienne en 1782 et s'empresse d'écrire avec
son cœur une vraie messe à l'intention de son épouse, la
Grande messe en ut mineur K427. L'ouvrage aux proportions proches de la
Missa Solemnis
de
Beethoven
restera hélas inachevée. Qualitativement cette messe n'a comme concurrente
que le
Requiem, ultime composition du maitre. Les deux œuvres ont été chroniquées.
(Index)
Venanzio Rauzzini
Le catalogue de musique sacrée de
Mozart
comprend diverses pièces de circonstances. Les deux plus connues sont
Ave verum corpus, KV. 618
et surtout le motet
Exsultate, jubilate,
KV. 165
composé en 1773 à Milan par un jeune
Wolfgang
de 17 ans. Il compose sous la coupe du prince-archevêque
Hieronymus von Colloredo. Il voyage pour la troisième fois en Italie,
à Milan, capitale de l'opéra. L'ambition de son père Leopold d'obtenir des
postes à la cour des Habsbourg sera déçu… Les opéras séria de son fils
n'obtenant qu'un demi succès. Parmi ces opéras toujours proposés sur les
scènes lyriques, Lucio Silla, (un despote romain, Lucio Silla en pince pour Giunia, la fille de son rival politique Marius… Mais Giunia déteste Lucio Silla et aime un sénateur exilé, Cecilio. Et patati et patata, la thématique classique à l'époque : conflits
sentimentaux, assassinats, tentative de suicide et tout est bien qui
finit bien.)
Tout ça pour dire que le rôle de
Cecilio
était destiné au célèbre castrat
Venanzio Rauzzini
que
Mozart
admirait.
Rauzzini
(1746-1810) occupe une place importante dans le classicisme comme
chanteur, compositeur et pédagogue, notamment en Angleterre… N'imaginons pas
un eunuque qui gazouille telle une midinette mais un musicien majeur. À son
intention,
Mozart
compose
Exsultate, jubilate
qui est créé par
Venanzio Rauzzini
le 17 janvier 1773. La pièce deviendra un hit des airs de concerts
sacrés de
Mozart.
Le motet est constitué de trois parties et d'un récitatif. L'alléluia
conclusif se révèle d'une difficulté technique redoutable comparable à l'air
de la Reine de la nuit de la
flûte enchantée.
De nos jours toutes les sopranos ou mezzos se confrontent à ce motet à
l'écriture pétulante ne s'absolvant pas de spiritualité, de prière. Les
textes latin-français suivent les vidéos. Rien à ajouter.
Bernhard Klee
J'ai écouté un casting de chanteuses de talent dans cet air jusqu'à la
migraine 😊. Honnêtement, j'ai toujours adoré la voix d'Edith Mathis qui chante l'œuvre avec une rare religiosité, sans affectation.
M'interrogeant sur la possibilité que la Tribune des disques ait confronté
six sopranos, j'ai eu la surprise de constater que oui, chose rare pour une
œuvre aussi courte.
Edith Mathis
fut classée seconde après
Cecilia Bartolli, diva à la technique époustouflante mais justement un peu opératique à mon
goût pour cette page sacrée… Bref, pour les deux artistes, du grand art.
Déjà présente dans l'enregistrement légendaire du
Requiem
dirigé par
Karl Böhm en 1971 j'écrivais : "Edith Mathisdéserte l'opéra pour nous inviter avec une voix d'ange à la méditation,
aucune coquetterie sur le mot
"Jerusalem". "
(Clic)
D'origine suisse
Edith Mathis
(1938-2025 dans l'anonymat 😊) débute de 1959 à 1963 sur les
scènes européennes : Cologne, Festival de Salzbourg, Festival de Glyndebourne, Hambourg, Munich où elle incarne une
Mélisande hors du commun.
Au Deutsche Oper Berlin, Karl Böhm la repère et booste sa carrière :
Metropolitan Opera de New York
ou Covent Garden à Londres. Les très grands rôles sont désormais à sa portée : Pamina dans
La Flûte enchantée, Annette dans
Le Freischütz, (Voir la chronique sur le disque de
Carlos Kleiber,
un must), la douce Sophie dans
Le Chevalier à la rose… mais aussi des cantates de
Bach. Elle chante dans tous les registres et avec brio… Et bien sûr, ses
master-class seront bondées !
Bernhard Klee
(1936-2025) soit l'exact contemporain à un an près de la soprano
Edith Mathis
dont il fut le mari pendant un temps non précisé ! Ancien petit chanteur du
Thomas-Chor de Leipzig, il a dirigé nombre d'orchestres germaniques. Le
maestro se spécialisera dans l'interprétation d'opéras en mémorisant pas
moins de 80 partitions. Il sera aussi proche des milieux modernistes de la
seconde moitié du XXème siècle, créant par exemple des ouvrages
de
Hans Werner Henze, compositeur sérialiste dans sa jeunesse mais plus éclectique par la
suite… Encore des sujets de chroniques. Notons une gravure originale du chef
avec
Edith Mathis
et d'autres chanteurs connus :
Der Wildschütz
(le braconnier) un opéra-comique d'Albert Lortzing
(1801-1851).
Pour le disque du jour comportant en complément de nombreux airs de
Mozart,
Bernhard Klee
dirige l'orchestre de la
Staatskapelle de Dresde, pas moins.
Franco Fagioli
Difficile d'achever cette chronique sans découvrir
Exsultate, jubilate
chanté comme à l'époque par un castrat. La modification génitale imposée
n'étant plus à la mode (qui s'en plaindra 😊), La voix de contreténor
a été redécouverte presque à l'identique par
Alfred Deller
au siècle dernier. Il semble que l'exigeant "chant de tête" caractérisant la
tessiture de contre-ténor, appelé aussi falsettiste, haute-contre, etc.,
spécialité d'Andreas SchollouPhilippe Jaroussky, s'exerce exclusivement dans le répertoire baroque… C'est assez logique
car cet artifice "génital" qui peut nous choquer a disparu à la fin du
XIXème siècle en Italie. Les gamins préados n'étaient ni
consultés ni a fortiori consentants !!
Près de l'abandon (pas mon genre, mais bon…),
Franco Fagioli
m'a apporté une réponse grâce à son album Anime Immortali. Le
chanteur d'origine argentine, que je découvre, âgé de 45 ans, propose dans
son album des airs de
Mozart
dont le motet. Les spécialistes le classent comme contreténor voire comme
soprano. Il a donné au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2023 un
concert dans le répertoire mozartien peu visité. Un album miraculeux
disponible sur
YouTube. Il domine une tessiture d'une amplitude stupéfiante…
Daniel Bard
dirige l'orchestre de chambre de Bâle. Je reviendrai sur sa discographie riche de 27 albums seuls ou avec des
comparses, notamment dans des airs de
Haendel
ou encore l'opéra
Artaserse
de
Leonardo Vinci
avec entre autres
Philippe Jaroussky
et
Diego Fasolis
à la direction…
Orchestration : 2 hautbois, 2 cors, cordes et orgue pour le
continuo.
Partition
:
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
❶ Exsultate, jubilate,
o vos animae beatae,
dulcia cantica canendo,
cantui vestro respondendo,
psallant aethera cum me.
❷Fulget amica dies, iam fugere et nubila et procellae;
exorta est justis inexspectata quies.
Undique obscura regnabat nox; surgite tandem laeti, qui
timuistis adhuc,
et iucundi aurorae fortunatae
frondes dextera plena et lilia date.
❸ Tu virginum corona,
tu nobis pacem dona,
tu consolare affectus,
unde suspirat cor.
❹ Alleluia, alleluia
❶ Réjouissez-vous, réjouissez-vous,
Ô âmes bénies,
Chantant de doux chants,
En réponse à votre chant,
Les cieux chantent avec moi.
❷ Le jour bienveillant brille, les nuages
et les orages fuient ;
Un calme inattendu s'est levé pour les justes.
De toutes parts régnait la nuit obscure ; levez-vous enfin,
joyeux, vous qui aviez encore peur,
Et offrez votre main droite pleine de feuilles et de lys à
l'aube bienfaisante et heureuse.