mardi 24 février 2026

TRI YANN : ”Tri Yann an Naoned” (1972) - par Pat Slade



Tri Yann fait parti des trois groupes français à avoir dépassé les cinquante années d’existence avec Ange et Magma.






Les Trois Jean de Nantes, une Saga Bretonne





Tri Yann avait fait une tournée d’adieu en 2021 mais le dimanche 8 février 2026, Ils se sont produits sur la scène du zénith de Nantes pour la der de der avec un Jean de moins, Jean-Paul Corbineau disparu en décembre 2022. Le bateleur du groupe, Jean-Louis Jossic n’est pas non plus dans une grande forme avec une maladie de la moelle épinière. Ce dimanche, pour clore leur histoire, ce sont deux titres : “Les Prisons de Nantes” et l’hymne breton ”Bro gozh ma zadou“, qui ont clos le concert de Tri Yann accompagné de l’ensemble vocal du Jura Marie Nodier et de la chanteuse Bleuwenn Mevel et, cerise sur le kouign amann, la venue de Louis Capart auteur de la chanson ”Marie Jeanne Gabrielle“ et de Yvon Etienne. Le concert sera dédié à Jean-Paul Corbineau.

Tri Yann est une histoire qui commence en 1971 par la rencontre entre Jean-Louis Jossic, Jean Chocun et Jean-Paul CorbineauTri Yann est créé et l'année suivante le premier 33 tours enregistré grâce à Gille Servat, ”Tri Yann an Naoned, est à la vente. Sorti en juin chez Kelenn, une jeune maison de disques bretonne, l'album est épuisé en un mois. Le début d'un succès populaire jamais démenti. Un quatrième larron se joint a eux Bernard Baudriller au violon, violoncelle, guitares, flûtes, banjo et chants  il apprend la contrebasse qu'il unit à sa voix.
Enregistré dans les studios Kelenn près de Brest, Tri yann an naonedsera sera un album composé uniquement de folklore régional, écossais, irlandais et québécois. ”Les Filles des forges“ : un traditionnel de Paimpont (Rien a voir avec la sirène des soldats du feu !) une chanson légère qui daterait probablement du XIXème siècle. Elle sera souvent remaniée au fil du temps. ”La Vierge à la fontaine : avant d’être un morceau du folklore breton, la vierge à la fontaine est un tableau de 1439 peint par Jan Van Eyck, il sera aussi interprété par Nana Mouskouri. ”Pastourelle de Saint-Julien“ du folklore breton-vendéen, un morceau que Jossic jouait avant Tri Yann.
Tri Martelod“ : le chant de trois marins a été jusqu’à supplanter le ”Bro Gozh Ma Zadou“, l’hymne emblématique de la Bretagne. ”Before Ireland can go free“ : d’après un poème du poète irlandais Sean O’Casey traduit par Jean-Louis Jossic, enchainé avec le ”Ye Jacobites“, une chanson traditionnelle écossaise qui fait référence aux révoltes Jacobites vers la fin du XVIIème siècle, un de mes titres préférés qui a beaucoup plus de punch en live. ”Les Filles d'Escoublac“ : une chanson du pays guérandais qui sonne très moyenâgeuse avec des paroles légères. ”Johnny Monfarleau“ : direction le Québec avec une chanson d’une interprète canadienne Mary Rose-Anne Bolduc (dit la Bolduc) a été très populaire tout juste avant et pendant la crise des années 30                                                                                                                 

La Calibourdaine de Breca“ : un instrumental, une danse des pays nantais. ”Dans les prisons de Nantesune chanson traditionnelle française dont les origines se perdent dans le temps. On la retrouve un peu partout grâce aux mariniers remontant la Loire. ”An alarc'hconsidérée comme un chant patriotique. Elle est reprise par des chanteurs bretons contemporains. “An alarc'h raconte le retour d'exil triomphal du duc Jean IV pour reconquérir son duché. ”Le Dauphin“ : jolie chanson du folklore écossais dont l’original est "The Great Silkie of Sule Skerry". ”Au pied d'un rosier“ on termine en pays vannetais, les chanteurs comptent à rebours, commençant par dix tout comme ils le feront dans ”La jument de Michao“ quatre ans plus tard sur l’album ”La Découverte ou l'Ignorance“.

Pour conclure : ”Tri Yann an Naoned“ pour un première album était déjà un best-of avant l’heure et cinquante années plus tard, ils jouaient toujours la plupart de ces titres sur scène. 




PS : Elle était la chanteuse du groupe Monnaie de Singe, elle nous a quittés vendredi. RIP Anne-Gaëlle...


lundi 23 février 2026

Disparitions en série chez les artistes "classique" 😢 : Michel PORTAL, José VAN DAM, Helmuth RILLING… - (Claude Toon)

Michel Portal (1935-2026)

José Van Dam (1940-2026)

Helmuth Rilling (1933-2026)


Dans le Best Of publié hier, quatre RIP ont été rédigés. Un des disparus de cette semaine prend place aussi dans ce billet, un artiste ayant œuvré tant dans des œuvres classiques pour clarinette que dans des formations de jazz comme saxophoniste ou clarinettiste…

Il y a des semaines comme ça… Abonné à la Revue Diapason, je reçois par Mail chaque jour quelques infos concernant la vie de la musique classique, des concerts à venir, des potins, etc. Cette semaine, les faireparts de décès sont quotidiens. Des artistes âgés voire nonagénaires que l'on a parfois un peu oublié mais tous ayant assuré des carrières d'envergure…

Impossible et mal venu de rédiger trois RIP sur trois jours différents. Donc voici trois portraits en quelques lignes, et surtout des vidéos musicales pour témoigner de leurs talents.

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Michel Portal nous a quittés à 90 ans. Sans doute bien connu des amateurs de jazz, Michel Portal s'est illustré aussi dans le genre classique, notamment dans les œuvres les plus marquantes du grand répertoire. Deux chroniques lui ont déjà été dédiées : en 2012 : les deux sonates pour piano et clarinette de Brahms et en 2018 (Clic), du même compositeur : le quintette pour clarinette, un monument de la musique de chambre (Clic). La biographie de l'artiste était esquissée dans le premier billet. Je n'ajoute rien.

Le quintette de Brahms a eu des ancêtres, mais on doit à Mozart la première partition dans le genre, le génie autrichien ayant été le promoteur zélé de cet instrument nouveau venu à l'époque classique. Je vous propose de l'écouter ainsi que le Trio K 498 dans l'interprétation de Michel Portal en complicité avec de grands artistes français :

Roland Daugareil et Régis Pasquier, Violons I et II – Bruno Pasquier, alto - Roland Pidoux, violoncelle - Jean-Claude Pennetier, piano dans la sonate…

Pas d'analyse des œuvres ; elles le méritent, mais de vous à moi, ce n'est pas le sujet de cet hommage et comme toujours cette musique charmeuse et poétique coule de source...

YouTube : Quintette K 581  Trio pour piano, clarinette et alto k 498.

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José van Dam nous a quittés à 85 ans. Né en Belgique, le baryton a connu une carrière la plus internationale qui soit, mais refusait le star-system. Une voix d'exception (baryton-basse) d'une souplesse étonnante et puissante. D'une humilité artistique rare, le chanteur s'effaçait comme interprète pour servir en priorité le personnage et les intentions du compositeur, quitte à ne pas aborder certains rôles, interprétant Amfortas (Parsifal) mais pas Wotan (le Ring) de Wagner. Ces plus belles réussites : Boris Godounov, Falstaff, Wozzeck, Les Noces de Figaro, Salomé (Jokanaan le Baptiste), et bien d'autres…

Deux vidéos YouTube : mélodies françaises. Souvent l'élocution du français s'avère peu compréhensible des mélomanes peu aguerris. Un contre-exemple magistral dans un florilège de mélodies françaises dans lesquelles José van Dam est accompagné par Jean Philippe Collard… 

Un complément qui associe deux barytons mythiques nés au XXème. Il y a deux semaines, je consacrais un article au baryton Dietrich Fischer-Dieskau, chantre des lieder de Mahler (Clic). J'évoquais à ce propos que le chanteur allemand était le seul à avoir osé affronter en concert le rôle de Saint-François d'Assise de l'opéra éponyme d'Olivier Messian, un rôle dédié à José van Dam par le compositeur, presque quatre heures ! José van Dam a chanté lui aussi quelquefois Mahler, en concert, à Chicago et accompagné par Pierre Boulez



Camille Saint-Saëns        

1 - Danse Macabre

2 - Sonnet

3 - Les Cloches De La Mer

4 - Clair De Lune

5 - Extase

6 - Rêverie

7 - Le Pas D'Armes Du Roi Jean

8 - Si Vous N'Avez Rien À Me Dire

9 - Le Lever De La Lune

 

Jules Massenet  

10 - Élégie

11 - La Mort De La Cigale    

12 - Berceuse

13 - Les Mains

Charles Gounod     

14 - Medjé

15 - Crépuscule

16 - Envoi De Fleurs

17 - Si La Mort Est Le But

18 - Hymne À La Nuit

Gustav Mahler

1 - Liebst du um Schönheit

2 - Ich atmet' einen linden Duft!

3 - Ich bin der Welt abhanden gekommen

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Helmuth Rilling nous a quittés à 92 ans. Un peu oublié des jeunes générations, Rilling, originaire de Stuttgart y vivra toute sa vie hormis pendant les tournées. Issu d'une famille de musiciens, il choisit de suivre une éducation religieuse au séminaire protestant dans un premier temps puis, de 1952 à 1953, décide de se tourner vers une carrière musicale sans renier la spiritualité. Il étudie l'orgue, la composition musicale et la direction de chœur au Collège musical de Stuttgart. Il se passionne pour la musique de Bach dont il enregistrera deux fois l'intégrale de l'œuvre sacrée (plus d'une centaine de CD). On le surnomme M. Bach 😊.

Helmuth Rilling était de la même génération que des baroqueux tels Nikolaus Harnoncourt, Gustav Léonhardt et leurs disciples explorant l'œuvre du Cantor "historiquement informée" (instruments d'époque, voix masculines, effectifs modestes). Pourtant Rilling, à l'image du suisse Michel Corboz, dirigera avec bonheur (passéisme diront quelques snobs) des ensembles modernes qu'il a créés : le chœur Gächinger Kantorei en 1954 et l'ensemble instrumental Bach-Collegium Stuttgart en 1965.

Comme commenté dans un article à propos de l'interprétation de la Passion selon Saint-Matthieu par Karl Richter, sa direction reste profondément empreinte de spiritualité même avec ses chœurs mixtes, des instruments modernes et des solistes motivés. (Richter)

Il faudra revenir dans le blog sur cet artiste. Pour cet hommage, je vous propose une gravure de la Messe en si de Bach extraite de l'intégrale réalisée pour le label Hänsler. (Chronique messe en si)

En complément et pour montrer que le maestro abordait aussi la musique sacrée de notre temps, un enregistrement du Credo de Krzysztof Penderecki créé le 11 juillet 1998 avec l'Oregon Bach Festival Chorus and Orchestra sous la direction de Rilling le dédicataire. (l'Oregon Bach Festival : un autre ensemble fondé par ses soins en 1970). L'œuvre à l'écriture et à l'orchestration moins avant-gardistes que celle de la 1ère manière du compositeur polonais a été composée à l'intention d'Helmuth Rilling. Au texte latin, se superposent des versets en polonais. Le résultat peut apparaître comme néo-classique aux oreilles de certains critiques intégristes, mais quelle ardeur spirituelle !!!! L'esprit de Arvo Pärt n'est pas très éloigné… 

[1] Credo - [2] Qui propter nos homines - [3] Et incarnatus est - [4] Crucifixus - [5] Et resurrexit & Et in Spiritum Sanctum & Et vitam venturi saeculi



dimanche 22 février 2026

QUI A INVENTÉ LE BEST-OF, EN QUATRE OU CINQ MOUVEMENTS ?


MARDI : il fait partie de ces chanteurs dont on ne connaît qu’un tube, Pat a eu la riche idée de redonner la place qu’il mérite à Murray Head avec ce live « Blues & beyond » où on redécouvre l’amour du francophile anglais pour la musique du diable.

MERCREDI : dans la grisaille musicale des 80/90’s, certains sont revenus aux fondamentaux : le blues. Parmi eux, Bruno nous a déniché Omar and the Howlers dont le « Wall of pride » est un de ses meilleurs albums, "viril, mais correct" selon un commentateur avisé*.


JEUDI : si Alphonse Eugène Beau a inventé le moteur à quatre temps, Claude nous apprend que Giovanni Sammartini le milanais a inventé « La symphonie » moderne (à trois temps au début) à partir de la forme sonate, bigre ! Démonstration par l’exemple dans ce brillant article technico-didactique proposant diverses musique pétulantes pour illustrer le propos.

VENDREDI : au cinéma, un film irakien, c’est rare, et un joli film en plus, « Le gâteau du président »Hassan Hadi s’inspire de son enfance sous le régime de Saddam Hussein, conte initiatique à hauteur d’enfant, ne pas hésiter à y emmener les gamins, ça les changera du merveilleux monde de Disney.

*dont on ne citera pas le nom, il va encore demander des royalties.

👉 La semaine prochaine, du folk celtique avec Tri Yann, du jazz cosmique avec Sun Ra, le rock de Miller Anderson, et du ping pong avec Thimotée Chalamet. Et dès lundi, une première série de nécrologies, dans le classique.


Car y’a pas que la pluie qui tombe averse… les artistes aussi ! Des saluts et remerciements sincères pour le musicien épris de free Michel Portal, 90 ans, qui a cassé sa clarinette basse, à l'infatigable réalisateur documentariste Frederick Wiseman, 96 ans (son WELFARE sur le centre d'aide sociale de New York est incroyable), à l’acteur Eric Dane, 53 ans, dont Charcot a eu la peau, et au grand Robert Duvall, 95 ans, découvert dans le fabuleux LA POURSUITE INFERNALE de Penn, grand interprète chez Coppola LES GENS DE LA PLUIE, LE PARRAIN, APOCALYPSE NOW, mais aussi MASH, THX 1138, ÉCHEC A L’ORGANISATION, JOE KIDD… pour n’évoquer que les 70’s. Il était aussi réalisateur, avec quatre films au compteur, dont LE PREDICATEUR

Allez, on se repend un p’tit coup de napalm, santé ! 

vendredi 20 février 2026

LE GATEAU DU PRESIDENT de Hassan Hadi (2026) par Luc B.


Les films iraniens, on connaît. Largement distribués en France, car souvent cofinancés chez nous. Mais les films irakiens, pour moi, c’est une première. Celui-ci a reçu un soutien hollywoodien, au vu de la quinzaine de co-producteurs américains, dont Chris Columbus, un gars qui pèse lourd dans le business, scénariste producteur et réalisateur souvent associé aux films pour enfants ou ados, de GREMLINS, MAMAN J’AI RATÉ L’AVION, à HARRY POTTER

Le film est d’ailleurs co-écrit par Eric Roth, celui de FORREST GUMP entre autres. Donc pas vraiment le genre de film réalisé dans la clandestinité, avec trois sous et un metteur en scène qui dirige depuis sa cellule. Ça se voit à l’écran, le film a bénéficié de moyens, et tant mieux. Mais Hassan Hadi a tenu à faire jouer les gens du cru, des amateurs. C’est son premier film, récit assez autobiographique, un genre de 400 COUPS à Bagdad (ou plus précisément à Bassora), il est aujourd’hui prof de cinéma à New York, ceci expliquant cela.

On remarque de suite la beauté des images, dès ce premier long plan, une gamine et sa grand-mère sur une pirogue. Très beau travelling, fluide, sur le fleuve, la caméra se rapproche des visages, puis un panoramique les suit s’éloigner au rythme du courant, et on découvre à l’arrière plan une maison en feu. Superbe. Nous sommes dans le delta du Tigre et le l’Euphrate, les maisons flottantes sont construites en joncs.

C’est là que vivent Lamia, 9 ans, et sa grand-mère Bibi. La barque est l’unique moyen de transport, que prend la gamine pour aller à l’école. Dans deux jours, c’est l’anniversaire du sympathique et moustachu Saddam Hussein (étonnant cette habitude des dictateurs de piquer la moustache des autres, de Chaplin à Mercury). La tradition veut que chaque famille irakienne lui offre un gâteau. Le copain de Lamia, Saïd, dira d’ailleurs que plus tard il veut être président, pour pouvoir manger plein de gâteaux. 

L’instituteur tire au sort parmi ses élèves et Lamia est désignée pour confectionner le gâteau « avec beaucoup de crème comme j’aime » insiste le maître, la corruption se niche partout. Lamia et sa grand-mère, dans la dèche, se rendent le lendemain en ville pour acheter les ingrédients. Mais est-ce la vraie raison ? Le périple commence…

Le principe est classique, celui du conte initiatique. On pense évidemment au film de Truffaut, avec ces deux gamins frondeurs en vadrouille. Un genre qui permet de radiographier la société. La corruption généralisée, à chaque barrage de flics on sort un p’tit billet pour les bonnes œuvres du Président, un autre pour l’infirmier de l’hôpital public. La coercition comme outil d'éducation, avec cet instituteur qui vole les goûters des élèves dans leurs cartables, hurle et menace de représailles physiques sur des familles entières. Et cette propagande anti-américaine, rabâchée en classe, si vous êtes pauvres c’est la faute à l'embargo, pas parce que dear président s'en met plein les poches. Le culte voué au bon Président Hussein, dont le portrait trône à chaque coin de rue.

Mais pas tant la religion. Dans la classe de Lamia, peu de fille voilée. Et en ville, dans les bars, hommes et femmes discutent ensemble, on voit même une chanteuse en jupe courte et talons hauts qui se trémousse. Il faut voir la grand-mère Bibi houspiller des flics (quand la fillette prend la tangente), non pas rabaissée à sa condition de femme, mais de paysanne. Une société bâtie sur les classes sociales, la ville, la campagne. 

Mais ce qu’on voit surtout, c’est la pauvreté et le système de la débrouille. Tout fonctionne en troc. Tu veux un truc ? Tu me donnes quoi en échange. Un uniforme scolaire contre un poste de radio. Mais aussi le troc en nature... Deux scènes marquantes, ce commerçant libidineux qui négocie des faveurs sexuelles dans l’arrière boutique à une femme enceinte jusqu’au dent (les gamins sont chargés de surveiller la porte, contre un peu de sucre). Plus tard Lamia, qui pour avoir un peu de levure, suit aveuglement un éleveur de poulet, un gars sympa puisqu’il veut avant l’emmener au cinéma… dans une salle porno clandestine. Contre trois œufs, les gamins sont contraints de monter des sacs de 30 kilos jusqu'à l'échoppe d'un vendeur éclopé. Quand on achète pas, quand on échange pas, on vole. 

C’est ce monde d’une brutalité folle que Lamia découvre à chaque recoin de ses péripéties. Son cartable chargé sur le dos, son coq apprivoisé Hindi comme compagnon d’aventure, et le copain Saïd, avec qui elle joue au duel de regards, à celui qui clignera des yeux en premier. Ils feront une ultime partie, sous les bombardements, en classe, un dernier plan absolument superbe. 

Hassan Hadi s’est servi de ses souvenirs pour écrire son histoire, qu’il filme à hauteur d’enfant. La violence des rapports y est intelligemment suggérée, mais pas aseptisée, qui évite le piège du pathos et du mélodrame. Toutes les scènes dans le delta sont superbes, baignées de lumières douces, comme ce retour en barque de nuit à la lumière des flambeaux, opposées à l’effervescence et la tension des scènes urbaines, comme le vol de farine dans un entrepôt et la course folle sur les toits de la ville qui s’ensuit.

LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT est un joli film, construit sur une idée simple, un schéma qui s’adresse au jeune public (amenez y vos gamins, à partir de 8-9 ans) qui résonne dans d’autres contrées malmenées par les dictatures, la pauvreté, la guerre. On objectera tout de même une interprétation assez rigide et peu nuancée de la part des enfants, comme si la direction d'acteurs se bornait à regardez à droite, regardez à gauche... 


Couleur - 1h40 - format scope 1:2.39

Une fois de plus, la bande annonce est conditionnée sous une musique insupportable faite de crescendos dramatiques, le film vaut beaucoup mieux que cela.