Résumer en deux heures une
si gigantesque procédure judiciaire relevait du défi. James Vanderbilt, scénariste de
gros machins hollywoodiens (ça
se voit, on y reviendra) dont c’est la deuxième
réalisation, a choisi de raconter l’histoire via
un personnage témoin – procédé classique – ici le psychiatre
Douglas Kelley, chargé d’évaluer psychologiquement les
prévenus.
Si on voit par moment Baldur von Schirach, l’amiral Karl
Dönitz ou Rudolf Hess, le film est centré sur Hermann Göring,
ministre et président du Reichstag. Une pièce de choix, mais léger accroc à l’Histoire, ils
étaient 24 sur le banc des accusés. Et le film prend, évidemment, le seul point de vue américain. Sans cesse le
réalisateur semble jongler entre nécessité scénaristique, donc
des raccourcis, et respect de l’Histoire.
Le
film commence par
un beau mouvement à la grue, un
plan d’ensemble sur la
campagne autrichienne, une route encombrée par
l’exode, la caméra descend
lentement ras
du sol sur une taule brûlée ornée
d’une croix gammée, arrosée d'un
jet d’urine. Un soldat américain se soulage. Quand
résonne le klaxon d’une berline qui vient à contre sens. Branle
bas de combat chez les ricains qui
mettent en joue. La voiture
s’arrête, un homme en sort, droit dans ses bottes : « Je
suis le Reichsmarschall Göring, mes valises sont dans le
coffre... ».
Aux Etats
Unis, on réveille
à trois heures du matin le procureur Robert H. Jackson (Michael Shannon) pour lui
annoncer la capture de Göring. Jacskon n’aura dès lors qu’une
obsession, organiser un procès hors norme, inédit, par une cour
internationale. Dont il faudra créer les contours juridiques. James
Vanderbilt opte habilement
pour un dialogue entre Jackson et son assistance pour nous expliquer
les tenants et aboutissements d’une telle décision, et résumer en
quelques minutes des tractations de plusieurs mois. Et
répondre à cette question : doit-on offrir une tribune
médiatique à ces criminels nazis en organisant leur procès, avec
le risque qu’ils soient déclarés innocents, ou
doit-on les pendre tout de suite.
Arrive donc Douglas Kelley. Une
scène d’intro au vernis hollywoodien un peu suspect, avec cette rencontre dans le train qui mène à Nuremberg d’une très belle journaliste
(Lydia Peckham, glamour).
Sur place, l’officier qui dirige la prison le briefe : évaluer la santé physique et mentale des prévenus nazis pour anticiper
d’éventuels suicides. Le
tribunal ne souhaite pas se ridiculiser aux yeux du monde.
On
est venu voir l’ogre. On ne sera pas déçu. Un travelling avance
vers une double porte qui s’ouvre sur un Göring trônant fièrement
derrière un bureau. Russell
Crowe, énorme dans tous les sens du terme, joue d’abord sa
partition en allemand. Mais
dès le premier entretien, Kelley a la conviction que
Göring comprend et parle l’anglais (ce qui était le cas).
Il dira au sergent traducteur Howie Triest : « Dès qu’il se sentira en
confiance, il passera à l’anglais ». C’est
malin, car commercialement un film en anglais était impératif, car construit sur les confrontations des acteurs Russell Crowe / Rami
Maleck. Bien pâlichon le Maleck, oscarisé pour BOHEMIAN RHAPSODY,
piètre méchant du dernier JAMES BOND. Ce
qui est amusant, c’est que Kelley prévient le procureur Jackson a
plusieurs reprises : au procès, Göring va vous manger tout
cru. A l’écran, c’est Maleck qui sert d'hors d'oeuvre à Crowe !
Il
y a des aspects intéressants dans ce NUREMBERG. Comme la méthode de
Kelley, qui perçoit l’intelligence retorse et la vanité de Göring, et
cherche à l’amadouer par les sentiments. Une proximité
suspecte qu’on lui reprochera. Kelley, non exempt d'égo, imagine tirer de son expérience un
bouquin promis à la postérité. Ou encore cette rencontre entre Kelleyle procureur Jackson (scène éclairée à la lumière de phares comme dans les films d’espionnage) ce dernier cherchant à en savoir plus
sur la tactique de défense de Göring, en consultant les notes du
psychiatre, s'en faire un espion. Le médecin lui oppose le droit au secret médical. Belle
question morale.
Lors de leurs
entretiens en cellule, Göring ne renie rien, justifie tout,
contre-argumente :
« - Et les 150000 japonais tués simplement en appuyant sur un
bouton ? - On visait des usines d’armements, ce sont des
victimes collatérales – Elles
sont mortes quand même...». Ses yeux pétillent de malice, il
perçoit les failles du médecin, le rôle qu’il cherche à prendre
dans l’Histoire,
qu’il résume par cette réplique définitive : « Je
suis le livre, vous n’êtes que la note de bas de page ».
Quand Kelley le rabaisse à sa
condition de prisonnier, l’autre sourit : « Vous ne
m’avez pas arrêté, je me suis rendu, nuance. Je sais parfaitement
où je suis car j’ai voulu y
être ». Göring
filmé comme Hannibal Lecter dans LE SILENCE DES AGNEAUX, le Mal qui
fascine.
Kelley comprend le plan de Göring, et
alerte la hiérarchie. Le procès sera une tribune à la grandeur du
nazisme, les accusés en sortiront grandis et sans doute libres. D'ailleurs, dans
l’enceinte du tribunal, le face à face Göring / Jackson tourne au fiasco. Ridiculisé le proc'.
Grâce à sa maitrise de l'anglais, Göring ergote sur la traduction du terme « solution finale » dans un ordre
signé pour Himmler qui parle selon lui « d’émigration »
des juifs. Kelley avait vu juste. C’est le
procureur anglais David Maxwell Fyfe (Richard E Grant) qui donnera le
coup de grâce en misant sur la psychologie, suivant les conseils de Kelley, qui
a finalement partagé ses transcriptions d’entretiens.
Pourquoi ce
revirement ? James
Vanderbilt use d’une
ficelle facile, voire un peu limite. La confession du
sergent Howie Triest,
allemand, juif, qui
a fui en Amérique quand sa famille a été déportée à Auschwitz. Avait-on besoin
de cette scène larmoyante ? Sur un quai de gare, en plus. Plus
gênant, la
colère de Kelley suite à la
projection au procès des images de la libération des
camps, que
Vanderbilt nous
montre aussi, plein écran. Il a le sentiment d'avoir été trahi par Göring... Heu... Il n’était pas au
courant ? Il pensait que les gars étaient jugés pour vol de
poules ?
C'est dans ces moments que le réalisateur n’arrive pas à trouver le
point d’équilibre, et verse dans la facilité, habitué à
scénariser des blockbusters. Comme l'affrontement de Kelley avec le deuxième psy qu'on lui fourre dans les pattes, ou les scènes avec madame Göring, on a heureusement échappé à une love story. Ce sont des sujets casse-gueule. La
réalisatrice Agnieszka
Holland dans L’OMBRE
DE STALINE (2019)
hésitait aussi sur la voie à prendre, LE LABYRINTHE DU SILENCE
(2014) de Giulio Ricciarelli y parvenait mieux, en mode thriller
historique.
Par contre,
pertinent épilogue.
Quelques
années plus tard, Douglas Kelley interviewé à la radio américaine,
met en garde sur le
retour du fascisme y compris aux USA (suivez mon regard...) défendant sa thèse, comme Hannah
Arendt, que les nazis
n’étaient pas des monstres mais des hommes normaux. Il sera
poliment invité à sortir du studio, oiseau de mauvais
augure. Il ne s’en remettra pas, sombrera plus encore dans l’alcool
et se suicidera au cyanure. Une capsule comme celle que Göring a croqué la veille de son exécution…
NUREMBERGétait un sujet délicat. Malgré des rouages scénaristiques parfois
discutables, James Vanderbilt
ne s’en sort pas trop mal, le film a le mérite d’être conçu
pour le grand public, de facture classique, évidemment très documenté, didactique. Dont on retiendra la prestation de Russell Crowe, et
de multiples seconds
rôles bien campés.
**************
Sur le même sujet, le film "Jugement à Nuremberg" (1961) de Stanley Kramer, avec une pléiade de stars hollywoodiennes, et le téléfilm "Nuremberg" (2000) de Yves Simonneau avec Alec Baldwin.
- Bien, faisons le point Claude. Il y a déjà eu une chronique analysant
la 2ème symphonie de Brahms conduite par Kurt Sanderling, les
quatre symphonies dans une intégrale étiquetée déjà légendaire par
Toscanini et un article au début du Deblocnot dédié à part égal à M.
Mravinsky et M. Valery Gergiev dans les trois dernières (sur 6) de
Tchaïkovski… On ne se répète pas un peu ? Sans vouloir t'offenser…
- Oui et non Sonia, un disque légendaire doit présenter un p'ti truc en
plus, un aura d'inattendu et de mystère. Le maestro russe était un
personnage peu commun et peu commode, il n'aimait pas les disques et
encore moins les studios. Il ne dirigea aucun autre orchestre que celui
de Leningrad, partagea avec son ami Chostakovitch une détestation
commune du stalinisme…
- Oui un original en fait, mais alors d'où sort ce disque si il n'a
jamais été gravé ? Et pourquoi à Vienne ? Qu'apporte-t-il pour Brahms
?
- Il s'agit d'un live de 1978 à Vienne où le chef aimait se produire
car les salles des Philharmonies de Vienne et de Saint-Pétersbourg ont
la même architecture et donc acoustique… Et la 2ème de Brahms
était l'une de ses œuvres favorites… Quand on est maniaque…
Evgeny Mravinky En 1957 par Lev Russov
Partie 1 : Le Toon découvrit Mravinsky qui détestait le disque
!!!
Jeune mélomane, dans les années 70, un copain plus chevronné en "classique"
me parla d'un chef russe génial dont les disques étaient très rares. En
effet ils consistaient souvent en des reports de concerts au son hasardeux, assurés par la firme Mélodya. Un autre ami me persuada de découvrir les trois dernières symphonies (Fatum – le destin) de Tchaïkovski
qu'il capta à Londres et Vienne, dont une exceptionnellement en studio
pour DGG. (Une référence depuis, et une vraie !) Ce que je réussis à faire plus
tard en écoutant une réédition en CD. Référence ? Vous connaissez mon
aversion pour cette adjectif outrancier car subjectif, mais là oui, je
confirme !!!
Avec l'arrivée du CD, la chute du régime soviétique et le décès du maître
en 1988, diverses bandes de radio ont émergé, tant dans le
patrimoine des concerts donnés à Leningrad que dans d'autres pays. J'ai
souvent cité ce chef dans les discographies alternatives, notamment celles
de
Chostakovitch
malgré la médiocrité du son…
Evgeny Mravinsky
n'a jamais été le seul chef hostile au disque de studio qui à son sens
aseptise la passion et la spontanéité attendue dans une interprétation en
live… La médiocrité du son avant la stéréo des années 55 et parfois après
ne motivait guère les musiciens pointilleux, citons
Célibidache. Il y a ceux qui penseront l'inverse pour se mettre au service des gens
ne pouvant aller au concert :
Toscanini,
Dorati,
Marriner, (et aussi pour le portefeuille 😊) comme
Karajan. Le nouveau patron du
Berliner,
Kirill Petrenko n'aime pas les disques… Des très méchantes langues disent… tant mieux
!
Il y a quelques années, la firme DoRéMi spécialisée dans la
résurrection de raretés radiophoniques, ce qui permet de ne pas oublier de
grands artistes peu gâtés au disque, a publié quatre concerts
Brahms
dirigés par
Mravinsky
entre 1949 et 1978 dans les salles des philharmonies de Leningrad et de Vienne. Hélas, un coût abusif et des ingénieurs du son qui n'ont pas maîtrisé une
remastérisation soignée, j'avoue une petite déception côté son, mais quelle
verve. Je l'avais cité (Clic)
dans la chronique Brahms
dont parle Sonia.
Nos amis japonais, de chez JVC je crois, on retravaillé la
bande de 1978 et distribué le disqye via Melodya disons…
chichement… et voici un sujet idéal pour évoquer la légende
Mravinsky.
Salle de la Philharmonie de St Petersbourg et Evgeni Mravinsky
Partie 2 : Mravinsky : maestro à Leningrad pendant 50 ans non-stop
Je ne pense pas que le livre Guiness des records, des plus rigolos au plus débiles, mentionne la longévité artistique des
maestros étant restés le patron unique et inflexible d'un orchestre, sans
interruption et, cerise sur le gâteau, en n'ayant jamais dirigé une autre
phalange, ni par désir, ni sur invitation… Evgeny Mravinsky a régné pendant un demi-siècle,
de 1938 à 1988 sur l'Orchestre philharmonique de Leningrad redevenu en 1991 l'Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg…
Youri Temirkanov lui avait succédé
de 1988 à 2022 soit 34 ans, ce qui est
long, certes… Cela dit, il n'a pas su, à mon humble avis, prolonger voire
améliorer le niveau superlatif que son prédécesseur avait obtenu de
l'orchestre, y compris dans les périodes les plus noires du soviétisme, et
affichait une misogynie désuète de nos jours… pour être gentil. Le presque
inconnu Nikolai Alekseev a repris le flambeau (ne pas confondre avec le courageux militant
LGBT Nikolaï Alekseïev).
De nos jours, côté orchestre symphonique dans l'ancienne capitale
tsariste, Valery Gergiev a pris la place de leader avec son excellent Orchestre Marinsky. On n'aborde pas les sujets qui blessent… Valery est et reste un immense artiste… Les polémiques sur ses opinions
politiques, ses déclarations de revenus zarbies et son amitié avec Poutine
qui le rend indésirable en occident n'ont pas leur place dans le blog… (Ça
m'attriste un peu quand même.)
Eugene Ormandy, hongrois exilé aux USA, doit être l'outsider avec 44 ans comme
directeur de l'Orchestre de Philadelphie mais comme successeur de Leopold Stokovsky et ayant, pour varier les plaisirs débuté outre Atlantique avec
l'Orchestre du Minesota pendant cinq ans.
Evgeny Mravinsky
était distant avec les caciques du parti et même indiscipliné dans
sa programmation pas toujours conforme aux censures des autorités,
notamment celle de Jdanov, le pochtron et pantin de Staline chargé de veiller au respect du dogme du "réalisme soviétique" en art. (Si je ne l'ai pas raconté cent fois cette histoire 😜).
On octroya à Evgeny douze prix, médailles et autres babioles dont raffolait le régime
: Prix Lénine en 1961 (plus Ordres de Lénine, 1967 et1973) et même Prix Staline en 1946 tout comme son ami Chostakovitch lauréat en 1941,
Dmitri,
lecompositeur qu'il jouait malgré les interdictions. Impossible de refuser la breloque démagogique supprimée en 1955
après la mort du tyran…
En 1978,
Evgeny Mravinsky
est élu membre honoraire de la Société philharmonique de Vienne. Un
honneur, qui là, le touche profondément à voir l'émotion affichée lors de
la cérémonie par l'homme peu expansif et au faciès sévère (scène filmée
pour un documentaire). Il est le seul chef russe à avoir reçu cette
distinction pour le moins offerte avec parcimonie, surtout en n'ayant
jamais dirigé la philharmonie viennoise (A l'inverse de Leonard Bernstein également récipiendaire). Remontons le temps…
Conservatoire de Leningrad
Dmitri Chostakovitch et Evgeny Lravinsky
Großer Musikvereinssaal de Vienne
Partie 3 : Mravinsky : La biologie, la direction, les tournées…
Dans la chronique consacrée au cycle du "fatum" de
Tchaïkovski, la biographie d'Evgeny Mravinsky
se résumait à quelques généralités sur sa carrière et son tempérament disons
fougueux.
Evgeny
voit le jour en mai 1903 dans une famille de petite noblesse
assez aisée et musicienne. Nous disposons de peu d'information sur sa prime
jeunesse, notamment sur la période qui précède la Révolution de 1917.
Il a alors 14 ans et a appris à jouer brillamment du piano avec ses parents…
Le chaos révolutionnaire ruine la famille, son père meurt en 1918 de
cause a priori inconnue. Il commence des études de biologiste avant de se
passionner pour la musique. L'adolescent doit subvenir aux besoins de sa
mère, une cantatrice connue. Il trouve un job au Ballet impérial comme
pianiste accompagnateur en 1921 puis comme répétiteur de ballet dès
1923. Ce travaille se poursuivra jusqu'en 1931.
En 1924 il est accepté comme élève au Conservatoire de Leningrad*
pour suivre une formation de
composition (classe de
Vladimir Chtcherbatchiov, ancien élève de
Liadov, ami de Diaghilev le grand maître des ballets russes, et en
délicatesse avec Jdanov pour… formalisme. En un mot, le
formalisme s'appliquait à toute influence moderne occidentale (Mahler
par exemple), et aux œuvres trop intellectuelles qui n'encensaient pas le
socialisme avec enthousiasme 😊. Il étudie la direction d'orchestre
(classe d'Alexandre Gaouk
qui ressuscita la
1ère symphonie
de
Rachmaninov).
Nikolaï Malko
(1893-1963), directeur en titre de la
Philharmonie de Leningrad
jusqu'en 1934 lui prodigue des conseils sans imaginer que le jeune
homme enfin diplômé à 28 ans lui succédera en 1938 pendant un
demi-siècle ! En 1931 il avait pour la première fois dirigé l'Orchestre philharmonique de Léningrad. Cependant, il fait ses premières armes comme assistant puis chef
principal du
Théâtre académique d'opéra et de ballet de Leningrad (l'actuel Kirov). En 1937, il crée la
5ème symphonie
de son ami
Chostakovitch
avec la
philharmonie de Leningrad.Mravinsky
dira que sa vocation prit son tournant définitif avec cette symphonie et la
5èmede
Tchaïkovski.
(*) : Il accèdera gratuitement au Conservatoire.Evgenybénéficiade l'aide de sa demi-tante Alexandra Kollontai, amie dudirecteur,Glazounov, et révolutionnairebolchévique sincère. Bien queCommissaire du peuple au Bien-être social de Lénine, elle fut écartée de tout pouvoir à partir de1922et reléguée à des fonctions diplomatiques sans envergures… Elle échappa
aux purges à venir.M'enfin, Alexandra Kollontai, femme, ministre, intègre, voulant donner sa vraie place aux femmes
russes… et puis quoi encore… elle devint une paria politique 😊.
En 1938,
Mravinsky
remporte à Moscou le 1er prix du concours de direction de l'URSS
auquel participe un jeune maestro,
Kyrill Kondrachine
âgé de 24 ans qui fera lui aussi une carrière éblouissante et signera une
intégrale
Chostakovitch
qui fait toujours autorité. Il remplace immédiatement
Fritz Stiedry, chef autrichien qui en 1933 avait fui le nazisme pour Leningrad
mais qui, en refusant la nationalité soviétique qu'une nouvelle loi imposait
aux artistes, émigra aux USA, laissant la place de chef principal à
Mravinsky
pour… 50 ans. La suite est à lire dans la partie 2.
- Mais Claude, si il ne quittait jamais Leningrad, d'où sort ce concert
Brahms ?
- Bonne question Sonia.
Déjà opposé aux captations en studio (la 4ème symphonie deTchaïkovski pour DGG de 1960
au Wemblet town Hall, et les autres au Musikverein de Vienne sont une
inestimable exception), Mravinsky
se radicalise après 1961
et seules des bandes de radio sont éditées par la firme Melodya
et difficilement disponibles en occident dans des mauvais pressages.
La relative détente qui suit la Capitulation nazie permet à
Mravinsky
d'organiser des tournées européennes avec SON
Orchestre de Leningrad : en Finlande (1946 où il
rencontrera
Sibelius octogénaire), en Tchécoslovaquie (1955) puis en RDA et en RFA, en Suisse, en Pologne et surtout en Autriche et au Japon (8 passages à Vienne, 6 à Tokyo).
Il respectait une fréquence bisannuelle, mais fatigué, il ne quitta plus
Leningrad à partir de 1984. Il mettra fin à sa carrière le 6 mars 1987.
Et pour répondre à la question de Sonia, prenons place dans la Großer
Musikvereinssaal le 12 juin 1978.
Brahms en 1875
Partie 4 : Mravinsky, son style et ses symphonies fétiches
Mravinsky
le perfectionniste intraitable avec lui-même et avec ses musiciens, jusqu'à
les terroriser, avait pour habitude de ne jamais affirmer connaître une
œuvre dans les moindres détails. Pour les symphonies qu'il avait déjà
dirigées cent fois, il exigeait toujours de nouvelles répétitions pour
traduire fidèlement et avec cohérence l'abstraction du discours musical, le
fondement de la musique, art éphémère destiné à l'interprétation en concert.
Avantages : ses instrumentistes connaissaient de fait les partitions par
cœur ! Certes, le patron faisait peur, les membres de l'orchestre
angoissaient avant son arrivée mais aimaient aussi s'honorer de la qualité
interprétative sur le fond et la forme obtenues d'eux par leur "tyran".
Dans le documentaire télévisé d'il y a bien des années, on voit
Mravinsky
scruter et annoter la partition de la
2ème symphonie de
Brahms. Les financiers de l'orchestre l'interrogèrent avec crainte et déférence
😟 à ce sujet "Heu maitre, vous la jouez tous les ans depuis des décennies, six
répétitions, ce n'est pas un peu excessif ? "Niet !". Cet approfondissement répété trouve sa logique dans la passion du chef
pour les symphonies de
Brahms
ou d'autres compositeurs et, par ailleurs, se justifie en méditant cette
confession qu'il fit lors d'une rare interview accordée à la télévision de
Leningrad "J'essaie de comprendre l'intention du compositeur en m'immergeant dans
"l'atmosphère" de sa musique, ce que j'appelle
"l'atmosphérisation". Spéculation qui évolue avec le temps et les modes. Il en était de
même pour
Tchaïkovski.
On comprend donc qu'étudier finement le solfège et les notations sans
relâche lui inspirait des conceptions différentes liées à son état d'esprit
du moment… Cela explique son aversion pour le disque qui fige l'âme d'une
œuvre dans un instant donné, la lie à un contexte éphémère. Le chef
Sergiu Celibidache
adhérait aussi à cette théorie.
Mravinsky, assez libre dans le respect des tempos, était d'une intransigeance
maladive sur la durée des notes, des indications de nuances, le staccato
vs legato. Son style ne se révélait jamais morne du fait d'une exécution
d'une précision diabolique, chaque note devant jouer son rôle.
Pendant les répétitions rien ne devait perturber sa concentration
tatillonne. Personne, même une notable proche du gouvernement, ne devait
pénétrer dans la salle. À l'inverse de
Toscanini, hystérique et grossier, il pouvait faire reprendre cent fois un motif à
un groupe d'instruments ; imperturbable, calme, sévère, rarement
impatient… Certains de ses élèves bravaient l'interdit en se cachant derrière les
colonnes de la philharmonie. Ses élèves célèbres furent : Kurt Sanderling, Valery Gergiev, Marris Jansons, Yuri Temirkanov… Tous ont fait de brillantes carrières !!
On raconte que lors des répétitions de la
8ème symphonie
avec l'orchestre mis à l'abri à Novosibirsk en 1943,
Mravinsky
fit répéter au moins une journée entière un très difficile dialogue des bois
(voir les extraits de ce passage du 5ème mouvement ci-dessous,
par un orchestre de novices méritants et celui de
Leningrad).
Contraste sans ambiguïté : ❶un orchestre de jeunes musiciens, un jeu à peine concertant, timide et
confus, mais on ne se décourage pas face à l'impossible… ❷la
Philharmonie de Leningrad
contrainte à la perfection après une répétition intensive infernale par le commandeur Mravinsky!!
❶❷
Kirill Kondrachine en 1959
Mravinsky
était un mystique orthodoxe même si peu pratiquant dans cette Russie où le
régime organisait une déchristianisation culturelle (le culte de la
personnalité voué à Staline participant à cette éviction de la foi en
Dieu). Est-ce la raison pour laquelle, il refusa, prétextant une
fatigue passagère, de créer la
13ème symphonie
de son ami
Chostakovitch, un requiem à la mémoire de la centaine de milliers de juifs massacrés par
les SS aidés par des policiers ukrainiens à Babi Yar près de Kiev,
"Babi Yar" sous-titre de la symphonie?
Mravinsky
aurait-il reçu des menaces ? Dans le bourbier moral qu'est le régime
bolchévique, n'excluons rien … Il venait pourtant de créer la
4ème symphonie
très moderniste, la partition dormant prudemment dans un tiroir depuis les
années 30…
En 1962 le régime apprécia peu l'audace critique du
sujet "Babi Yar" dénonçant indirectement la participation ukrainienne, climat d'antisémitisme généralisé oblige. Dmitri
fut très déçu par l'apparent opportunisme voire la lâcheté de son ami et
soutien de longue date. Kirill Kondrachine, combatif et futur opposant, accepta de la créer, avec un succès étonnant,
le compositeur vieilli avant l'heure est acclamé… L'amertume de Dmitri était d'autant plus grande que, avant la mort de Staline…, compositeurset écrivains, comme Chostakovitch ou Prokoviev, subissaientles procès, autocritiques et purges qui s'enchaînaient, les interprètes étant, eux, moins victimes de cette inquisition
Le temps referma les plaies, les deux hommes se réconcilièrent.
Mravinsky
fut le créateur de huit
symphonies
de
Dmitri, (N° 5, 6, 8, 9, 10, 11, 12, 4 tardivement – la 7ème connue sa
première à Moscou, juste pour une question d'organisation). Il établit en
1982 la référence de la très critiquée
8ème de 1943 dont il était le dédicataire. Il assurera la première
de la
15ème symphonie
à Leningrad dès sa publication et juste après la création à Moscou. Toute
cette affaire montre comment la terreur du soviétisme pouvait broyer les
hommes, même les plus résilients, et briser des amitiés. Son dernier concert
en
1984 programmait l'une des œuvres de son complice pendant trente ans
de galère : la 12ème symphonie, hommage fanfaronnant et sarcastique à Lénine.
Beethoven : symphonie N°6 "pastorale"
Concert à Leningrad en 1982
Partie 5 : Brahms et sa 2ème symphonie dite "pastorale"
Dans les années 90, le label Erato a publié une anthologie d'une
douzaine des meilleures bandes disponibles techniquement et rendant hommage
à
Mravinsky
dans le répertoire le plus fréquenté et populaire, notons :
Tchaikovsky
(N° 5 et 6), des extraits des opéras de Wagner,
Chostakovitch (N°5, 10 et 12) et
Beethoven
(N° 5, 6 "pastorale" et 7). On sera surpris par la luminosité bucolique et
cantabile du phrasé, ainsi que par la sensualité de la
scène au bord du ruisseau. Le
commentateur du documentaire disait que dans la statue du commandeur, se
cachait un cœur… J'ajoute la vidéo
YouTube… de cette symphonie.
Après le succès de son héroïque
1ère symphonie,
Brahms, rassuré sur ses capacités à composer dans le genre, partit se reposer
dans les Alpes Autrichiennes. Séduit par la beauté des paysages, il composa
cette
2ème symphonie
très poétique, un hymne à la nature, à sa sérénité agreste mais aussi sa
grandeur. On la compare à la "pastorale" de
Beethoven
voire à la
symphonie Alpestre
de
Richard Strauss.
Une analyse détaillée est déjà disponible
(Clic). Je ne réitère pas mais souligne quelques détails de l'introduction et de
la coda illustrant à merveille mes propos sur la précision du phrasé, la
pertinence des nuances, l'équilibre entre les pupitres et en conséquence une
interprétation habitée.
Pour mémoire :
Brahms
confirme son attachement à l'idéologie néoclassique en opposition, relative,
au romantisme. L'orchestre comprend : 2 flûtes, 2 hautbois, 2
clarinettes en la, 2 bassons, 4 cors (2 en ut et 2 en mi bémol), 2
trompettes en ut, 3 trombones, 1 tuba, 2 timbales et les cordes. Brahms
en opposant deux types de cors accentue les contrastes de timbres dans
l'introduction.
Lac de Pörtschach am Wörthersee
La symphonie comporte quatre mouvements. Particularité : la longue
introduction du 1er mouvement peut donner lieu à une reprise, ce
qui porte sa durée à 20-22 minutes ! Exemple :
Carlo-Maria Giulini
avec l'Orchestre de Los Angeles
en 1981, reprise à [00:06], le maestro ne la fait pas à Philharmonie de Vienne
en 1991. Dans les deux versions, le phrasé de l'italien est si
somptueux que ça gêne peu… Je ne suis pas amateur de cette option qui
convient mieux à la densité thématique des symphonies de
Mahler, et encore (début de la
6ème symphonie
entre autres, reprise optionnelle).
Mravinski
ne rejoue pas cette intro et boucle le 1er mouvement en 15
minutes et toute la symphonie en 39 minutes, un
Brahms
plein d'allant… (Euphémisme.)
Brahms
a longtemps été considéré comme un musicien au style énamouré, un
compositeur de salon. Voilà une bien stupide habitude liée à une production
chambriste qui, vers la fin de sa vie, gagne en intimisme. Parfois
l'interprétation de sa musique symphonique pâtit de cet a priori.
Brahms
réfute le romantisme en tant que source d'inspiration, restant un
néoclassique, mais tous ceux qui ont entendu le début martelé par les
timbales de la
1ème symphonie, ou les finals cataclysmiques des
1ère
ou
4ème symphoniees ou encore de l'allegro du
1er quatuor
savent, et c'était surement le cas de
Mravinsky, que nous écoutons dans ces œuvres majeures
une musique d'homme comme dirait
Fernand Naudin alias Lino Ventura (toujours utile
Audiard).
Dans la partie 4,
Mravinski
témoignait de sa méthode consistant à caractériser "l'état d'esprit d'un compositeur lors de son travail", ce qu'il appelait par le "barbarisme :
l'atmosphérisation", une "psychanalyse" de la partition et l'étude du contexte créatif si
précieux pour nourrir son interprétation. Un saut vers l'Autriche
s'impose…
1871 : Fort du succès de sa
1ère symphonie
dont l'écriture à l'ombre du grand
Beethoven
l'avait angoissé pendant vingt ans, Brahms se sent optimiste. La symphonie
est le passage obligé pour se reconnaître comme un "vrai compositeur accompli." Son séjour estival à Pörtschach am Wörthersee face à des forêts et des
lacs doit le stimuler pour imaginer une nouvelle œuvre, ambitieuse, colorée
et lumineuse, bucolique, voire chorégraphique à l'image des fêtes
villageoises. A priori, les tempos étirés, les enchaînements languissants,
le spleen, voici les critères musicaux souvent attribués à Brahms. On lui prête un caractère dolent et mélancolique, alors que le bonhomme
s'affichait souvent bon vivant et aimant l'humour. Tous ces préjugés
risquent d'entraîner un contresens interprétatif total. Mravinski
ne tombe pas dans le piège du Brahms
au style éternellement "élégiaque".
Chapelle sur le lac Pörtschach
J'ai sélectionné le meilleur report parmi plusieurs vidéos YouTube.
J'ignore si le Youtubeur, que je remercie, a utilisé un CD DoRéMi ou
JVC-Melodya. Le son est très correct (quelques menues instabilités).
Je ne suis pas un intégriste du remastering à tout crin. Les filtrages
peuvent parfois aseptiser le son et les timbres. Ici, l'espace se révèle
étroit, presque monophonique, mais la spatialisation est réaliste pour une
prise de son de radio, les bois et les cuivres étant bien étagés en
profondeur. Long débat qui a conduit à un engouement pour le vinyle
analogique malgré les crics et les cracs 😊.
Écoutons les premières mesures et la furieuse coda conclusive pour se
convaincre que
Mravinski
se sentait habité par un
Brahms
heureux. À noter que les quatre mouvements montrent des tonalités en mode
majeur, de l'élan par moment mais aucun climat dramatique ne semble à
l'ordre du jour.
1 - Allegro non troppo (vivement mais pas trop - 3/4 -
ré majeur). Le tempo adopté par
Mravinski
semble idéal, proche d'allégretto. Aucune emphase, un phrasé chaleureux et
très régulier bien que l'homme aimait le rubato. Le "pseudo triolet"* ré-do-ré aux contrebasses d'une
rare élégance car legato-staccato (un petit motif p répété
toutes les quatre mesures) s'affranchit de la gravité ventrue si souvent
entendue. ("Karajan et ses concertos pour contrebasses, ironisait bien méchamment
Celibidache, l'ennemi juré de Herbert" 😅). Le premier thème est joué trois fois :
1 : cors en ut et bassons ; 2 – flûtes, clarinettes, bassons ; 3 – cors
en mi bémol et bassons. Chaque motif s'achève soutenu par le "pseudo triolet" initial des contrebasses. Les liaisons sont très difficiles car non
notées legato.
Mravinski
les enchaîne tendrement avec une précision d'horloger. L'entrée des violons
(dolce) s'élève tel un soleil mordoré
perçant une aube brumeuse… La direction du chef est très nuancée mais sans
brutalité, les crescendos-decrescendos n'accusent aucune rugosité. On notera
pour finir un équilibre subtil dans le jeu imposé aux cordes pour laisser
maints solos de la petite et grande harmonie s'épanouir. Dans le
développement plus fougueux, les cors imposent sans fard leur couleur
éclatante. Que dire de plus, la perfection ? Il existe nombre de belles
versions. Rarement vous entendrez la personnalité épicurienne en cet été
1870 de
Brahms
vous émouvoir à ce point, si vous aimez l'œuvre évidement.
Sonia m'a dit à l'écoute de l'introduction qu'elle se sentait invitée à
danser. Logique,
Brahms
utilise une cadence à trois temps… 3/4, celui de la valse, une
forme qu'il affectionnait, ayant écrit des dizaines de valses pour piano et
voix. Le thème B à [02:20] énoncé au
cordes seules (repérer les légers pizzicati des basses), n'est-il pas un écho de l'une des valses lyriques les plus célèbres
: Wiegenlied opus 49(Clic), une gracieuse mélodie que
Brahms
métamorphose dans tout le mouvement. En ces décennies, n'oublions pas
que Vienne vit au rythme de la famille
Strauss, du
beau Danube bleu
que j'avais élu "poème symphonique".
Mravinski
insuffle une poésie intime vs allègre d'un Brahms
qui chante son plaisir de vivre en
montagne, loin de la fièvre viennoise. (À voir l'expression avenante du
maestro sur la vidéo, on ne le dirait pas, effet d'une extrême
concentration… 😊 )
(*)
Un vrai triolet comporte trois notes identiques, exemple trois noires
sur deux temps. Là il y a trois temps. La mesure ¾ pour le moins
inhabituelle dans un grand allegro a sa raison d'être par ce désir
d'intégrer la valse comme leitmotiv de l'allegro débutant la symphonie.
4 - Allegro non troppo : (Joyeux et plein d'entrain
– 4/4 - Ré majeur de nouveau).
Brahms
raffolait des finals énergiques et des codas volcaniques, un défi diabolique
pour les orchestres. À ce sujet, le musicologue et critique
Malcolm MacDonald a défini en 1990 ce final comme "l'aube flamboyante du mouvement le plus athlétique et le plus exubérant
que Brahms ait jamais écrit". Vérifions cette affirmation en ce soir de juin à Vienne…
[30:10] Mravinky déclenche une tempête orchestrale que l'on pourra qualifier de
Presto. (8'45 ! vs 11'05
pour Giulini.) Les cordes deviennent incandescentes dans l'exposé du thème
A...
Dans la coda se succèdent de brefs et fulgurants traits (quasiment des
trilles avec un tel tempo) de trompettes, trombones et cors… Tout l'opposé
de "Ce n'est pas assez triomphal, pas assez orgueilleux… de la bouillie
!!!!"
(maestro Stanislas Lefort alias de Funès). Le concours
Maestra2026 imposait aux cheffes candidates le final de la
4ème
de
Brahms
noté Più allegro (véhément) dans la coda. Ah les
filles, très en place, très… tout ce que l'on souhaite… mais bon sang, dans cette page infernale, secouez-moi cet
orchestre de Paris
que diable, écoutez justement les anciens Mravinky ou Carlos Kleiber. En 2019, Christoph von Dohnányi, 90 balais, dut cravacher la phalange parisienne dans la 3ème de Brahms pour lui faire atteindre l'exaltation souhaitée !
Revenons à Vienne, à Mravinky, et à la 2ème, [37:33] et… là, ça décoiffe, et surtout chaque phrase de cuivres
galvanisée émerge d'un orchestre très organisé, poussé aux limites
techniques de la clarté symphonique… quasi inégalable (sauf Thielmann
à Vienne en DVD et Karajan en 1982… quelques autres surement mais peu).
Un chef-d'œuvre aimé du public, un chef au caractère bien trempé pour ne
pas dire despotique qui ne dirigea pendant cinquante ans que SON orchestre
qu'il amena "à coups de baguette" au sommet de la virtuosité, un enregistrement de radio quasi pirate, à
Vienne parce l'architecture et l'acoustique de la salle exigées par le
maestro lui convenaient, une interprétation à la fois habitée, poétique et
survoltée… Les critères du disque légendaire sont réunis 😊 Et basta pour la
super stéréo !!!!
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.