jeudi 25 juin 2026

DISQUES LÉGENDAIRES (14) – FAURÉ – Requiem (1888) - Louis FRÉMEAUX (1978) – par Claude Toon


- Ah ah Claude… Retour après le billet de 2011 à propos du Requiem de Fauré dirigé par un chef jamais cité dans le blog je crois. Sûrement pas un choix au hasard… Belge ? Suisse ? Un orchestre anglais. L'Angleterre est le pays expert en oratorio et musique sacrée…

- Heu non Sonia, français, encore un artiste oublié disparu à 96 ans dans l'indifférence totale hormis ce disque placé sur le podium d'une critique comparée… Diapason je crois… Un disque de 1977 pour EMI, mais curieusement réédité en CD bien chichement…

- Je commence à investiguer. Il avait déjà enregistré cet ouvrage populaire en 1962 à… Monte Carlo… C'est presque la France… Tu ne l'as pas choisi comme légendaire…

- Non car le son est atroce… j'y reviendrai… Là : l'inspiration mystique, la définition de chaque voix du chœur, l'élégance de l'orchestre qui deviendra celui de Simon Rattle, et l'hallucinante transparence de la captation… font que cette gravure coche toutes les cases de la réussite…

- Il a beaucoup voyagé cet artiste…

- logique pour un gars de la légion étrangère qui lâchera son fusil et les guerres pour diriger des orchestres sur toute la planète…

 

1 – Louis Frémeaux ou une opportunité manquée, une habitude bien française

Louis Frémeaux 1975

Dans l'histoire des maestros français, pour les mélomanes, Pierre Monteux, Charles Munch, Jean Martinon (et encore) représentent l'école française de la direction du début du XXème siècle. Paul Paray a gagné une séance de rattrapage il y a peu… Après-guerre : Pierre Boulez très actif en France à l'IRCAM est un peu la rare personnalité qui marque la mémoire nationale contemporaine, dommage pour Michel Plasson, le grand-maître de l'orchestre de ToulouseJean-Claude Cassadessus à Lille n'est pas non plus étranger à notre culture musicale. Je crois que nos amis moins passionnés ne penserons pas à un chef fascinant : Louis Frémeaux. La plupart de nos compatriotes résument la musique symphonique à un certain Karajan mais Louis Frémeaux, bah heu… pas trop… sans acrimonie, mais le fait est ! Louis Frémeaux ou un parcours peu banal vu du parisianisme…

Un détail me titille. Sur une idée d'André Malraux, L'Orchestre de paris est créé en 1967 par Charles Munch et Serge Baudo mais ne sera dirigé qu'un an par Munch qui meurt dès la première tournée aux USA en 1968. L'orchestre parisien nouveau-né, sensé devenir le fleuron symphonique français, sera balloté au gré des passages d'experts, Karajan puis Solti, détachés de Berlin ou Londres pour tenter d'élever le niveau. Rien de miraculeux ne se produira et la phalange ne sera jamais classée dans le top 20 des orchestres de la planète (Aucun ensemble français d'ailleurs)… La direction ne sera jamais assurée par un chef français. Elle restera internationale et de qualité inégale avec des hauts, comme Paavo Järvi, et des bas (pas de nom). Pourquoi le déjà renommé Louis Frémeaux ira mener au sommet l'orchestre de Birmingham de 1969 à 1978… et non celui de Paris, encore un mystère des décisions du gotha de la capitale… ? Ou, plus plausible, un choix personnel de notre chef du jour possiblement rebuté par le chaos politique qui entoure la naissance de l'Orchestre de paris. Tout cela n'est que conjecture de ma part…

Digression et histoire de ma vie : J'assistais à mon premier concert symphonique à 16 ans au Théâtre Jean-Vilar* à Suresnes en 1968. L'Orchestre de pParis étant dirigé par… Carlo Maria Giulini ("C'est qui ce gars-là me dis-je en voyant les affiches ? J'aurais préféré Karajan". On ne rigole pas ! Ma culture musicale était encore bien légère 😊), un programme Beethoven, le concerto pour violon, et Stravinsky, l'oiseau de feu… Les années suivantes, l'orchestre bénéficiera de maestros moins illustres… (dont un chef qui s'endormira à la fin de la cadence du concerto N°21 de Mozart 😝). Le très talentueux Serge Baudo, cofondateur de l'orchestre, ne reste qu'assistant (!) et reprend en 1969 et pour 22 ans, la baguette de l'Orchestre de Lyon des mains de Louis Frémeaux auquel Birmingham a fait les yeux doux après seulement 2 ans passés dans la capitale des Gaules… Serge Baudo aura 99 ans en juillet.

(*) Pour les cinéphiles qui aiment des loufoqueries des années 50 où l'on osait absolument tout, l'inclassable et délirant film des branquignols, Ah ! les belles bacchantes, a été tourné dans cette salle…


2 – Louis Frémeaux, de l'Indochine à Monaco, Birmingham et Sydney…

Intégrale des gravures au CBSO

Issu d'une famille modeste, une mère couturière et un père mécanicien-usineur qui dans les années 20 joue du jazz avec des potes… le petit Louis naît en 1921 dans la petite bourgade ouvrière de Aire-sur-la-Lys dans le Pas de Calais ! Devenir un maestro n'est pas une évidence pour un gosse issu d'un milieu social d'une France qui réserve de telles carrières à des gamins de bourgeois ou de famille d'artistes. Pierre Monteux, Charles Munch et Paul Paray bénéficiaient d'une origine sociale élevée et cultivée. Le père de Serge Baudo est professeur au Conservatoire… Parler d'une exception dans ce monde élitiste des musiciens "classique" est un euphémisme.

Néanmoins, ses parents sont admirables et feront suivre à leur fils des études à Denain et au Conservatoire de Valenciennes… En 1940, le jeune Louis Frémeaux a 19 ans, et avec sa famille fuit la débâcle et connaît l'Exode en Vendée. Louis entre dans un réseau de résistance. En 1945, il est engagé dans la légion étrangère et rejoint le bourbier indochinois. Démobilisé en 1947, il peut enfin intégrer le Conservatoire de Paris dont il sort en 1952 lauréat du premier prix de direction. L'armée le réengage comme officier pour servir dans un autre merdier, plus desséché, en Algérie.

En 1956, son passage brillant au Conservatoire a dû lui permettre de tisser des liens dans le "beau monde" car le Prince Rainier III de Monaco lui propose la direction de l'Orchestre de Monte Carlo quasiment en déshérence depuis le départ en 1933 de Paul Paray, son premier chef (Clic). Louis Frémeaux accepte le défi et en 9 ans transforme la formation : élévation sensible du niveau instrumental, extension d'un répertoire symphonique et lyrique solide. Il constitue pour EMI et ERATO une discographie encore éditée… En 1965, il cède la place à Igor Markevitch (Clic). C'est dire quelle réussite artistique Frémeaux a obtenue dans la principauté. De 1965 à 1969, il travaille pour l'Orchestre de Lyon avant de céder la place à Serge Baudo (voir avant).


Louis Frémeaux jeune
 

Fondé en 1920 l’orchestre City of Birmingham (CBSO) par Neville Chamberlain (industriel, futur premier ministre et négociateur pleutre à Munich en 1938). Cette initiative répond au souhait d'une grande ville anglaise de posséder un formation symphonique et chorale destinée à satisfaire un public traditionnellement amateur d'oratorios et autres grandes œuvres plus ou moins sacrées. Cet engouement date de l'époque Haendel, et s'accentue lors des visites de Mendelsohn qui donnent ses oratorios Paulus et Elijah traduits en anglais… Edward Elgar et William Walton ont complété sans excès un répertoire d'un genre disons… national. Pendant des décennies, le rayonnement de la formation reste local. Entre 1924 et 1930, puis pendant une saison en 1959-1960, le célèbre maestro Adrian Boult tentera de la doper, mais ces deux piqûres de rappel ne suffiront pas. En 1969 les financiers font appel à Louis Frémeaux pour tenter de réitérer le prodige monégasque 😊. Ce qu'il fera en appliquant les mêmes méthodes. Il s'est fait une réputation dans l'interprétation de la musique française du XXème siècle en enregistrant 30 disques dont 8 reçurent le Grand Prix du Disque. Il sort gagnant d'un concours qui ne dira pas son nom opposé à des chefs aussi différents que Norman Del Mar ou Walter Susskind, anglais de surcroit. Le public british aime la musique française, au moins autant que le public de l'hexagone méprise la belle musique anglaise*, pff 😊.

Frémeaux fait travailler la rigueur du déchiffrage au CBSO, la fidélité aux partitions, les contrastes et climax sans perte de timbré… Le jeu gagne en vitalité et en intelligibilité concertante. Il recourt aux répétitions pupitre par pupitre, devient un rigoriste tel un Mravinsky mais sans l'autoritarisme du russe. Il conduit 900 auditions de jeunes solistes motivés, ajoute un chœur professionnel qui reste un des meilleurs d'un pays où la concurrence est rude. L'orchestre sort d'une léthargie académique et la presse critique s'en fait l'écho. Dans le Guardian, dès un an de concerts, on peut lire : "Il n'y a pas de meilleur orchestre britannique en dehors de Londres". Deux ans plus tard, le même journal : "Sous la direction de Frémaux, ils allient une pureté d'intonation, que les orchestres métropolitains pourraient envier, à un phrasé fluide et spontané.". Bel enthousiasme, mais je pense à un certain Sir John Barbirolli qui obtient des miracles du Hallé Orchestra à Manchester de 1943 à 1970 (Ok un peu avant). 

En 1969, horripilé par des controverses sur ses engagements pédagogiques dans une Angleterre vieux jeu et des querelles syndicales au sein de l'orchestre, il démissionne en une semaine au grand damne de nombreux musiciens. Son successeur Simon Rattle surnommera la formation "the best French orchestra in the World". Frémeaux part aux antipodes de Londres diriger jusqu'en 1982 l'excellent Orchestre symphonique de Sidney. (la belle salle formée de coquilles au-dessus de la mer…). Il se retirera doucement de la vie musicale sans poste attitré, dirigeant le symphonique de Londres comme invité ente autres. Il s'établit en Sologne et nous quitte âgé de 95 ans en 2017 dans un silence médiatique assourdissant sauf Radio-France (Clic).

Il lègue une discographie captée avec le CBSO éblouissante et originale rééditée par Warner Classic en 12 CD sur laquelle je reviendrai…

(*) Arne, Vaughan-Williams, Delius, Bax, Walton, Elgar… (Index).

 

3 – Le Requiem de Fauré et sa pléthore d'éditions et d'orchestrations 

Orgue de La Madeleine à Paris

Je suis passionné de cette œuvre depuis sa découverte dans les années 60 dans la version pour EMI de 1963 d'André Cluytens, Victoria de los Ángeles (soprano), Dietrich Fischer-Dieskau (baryton), des chœurs Élisabeth Brasseur et de l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire (futur orchestre de Paris). À consulter l'imposante discographie dressée par Wikipédia, je ne suis pas le seul… (Nombreuses coquilles de dates dans cette liste).

En 2011, année d'arrivée dans le blog, j'avais sous-titré la chronique "Le requiem de Fauré, oui, mais lequel ?". Question indiquant l'existence de nos jours de trois éditions différentes. (Clic) J'invite les esprits curieux à lire le chapitre expliquant comment depuis l'an 2000 on dispose de trois versions établies à partir de manuscrits de la BNF dont une, la plus jouée, dite "de concert", plus orchestrée de la main de Jean Roger-Ducasse, suppose-t-on, permet à l'œuvre de s'évader de l'intimité de l'église, celle de la Madeleine entre autre, où le Requiem fut créé. Donc en résumé :

1 – Composée entre 1885 et 1887. Dite de "1888", elle ne comporte que 5 parties et n'est quasiment jamais enregistrée.

2 – En 1899-1900, une version plus grandiose dite "de concert" est orchestrée. Elle sera en usage jusqu'en 1980 et c'est celle que l'on entendra ce jour. Néanmoins, l'extension de l'orchestre conduit à peu de jeu à l'unisson. On a recensé 49 enregistrements dont seulement 3 avant l'ère du microsillon.

3 -  Le compositeur anglais John Rutter découvre en 1980 l'original de la main de Fauré. Datée de 1893, sa légèreté orchestrale montre que Fauré ne souhaitait pas composer dans la tradition sulpicienne et larmoyante. J'avais présenté cette recréation de 1988 de Philippe Herrewege qui fut admirée puis dénigrée ! Ah les critiques et leur manie de jeter le bébé avec l'eau du bain. Il en est de même pour celle d'André Cluytens estimée un chouia sulpicienne désormais, ce qui est assez vrai, mais quelle spiritualité...

Orchestration de Jean Roger-Ducasse (Probablement) : pour l'édition de concert : 2 flûtes, 2 clarinettes, 2+2 cors, 2 trompettes, 3 trombones, harpe, grand orgue, cordes. Soprano (femme ou garçon), baryton, chœurs mixtes. Les flûtes ne jouent que pendant 3 x 2 mesures dans le Pie Jesus 😊.

(Partition)


4 – Casting et interprétation à Birmingham 

Bryan Rainer Cook
Norma Burrowes 

J'avais le choix entre deux disques gravés par Louis Frémeaux, celui de Birmingham et un premier enregistré à Monte-Carlo en 1962 avec le Chœur d'excellents amateurs (des étudiants) créé par Philippe Caillard en 1944 (l'homme aura 102 ans en juillet). Le chef choisit pour le solo du Pie Jesus un soprano préado, Denis Thilliez, une initiative rare. Le disque obtient un grand prix mais j'avoue être allergique à une prise de son brouillonne tant instrumentale que chorale et au bambin à la voix acide captée trop près du micro. Sonorité fausse ou distordue, impossible à dire, Maggy Toon a craqué 😬. Un disque qui n'est plus édité malgré des qualités spirituelles indéniables, mais dont on ne profite guère. Dans le disque de 1972 de Michel Corboz, le jeune Alain Clément est plus convaincant, une voix séraphique avec un effet d'écho propre à un lieu de prière soigné par les ingénieurs, une référence.

En 1978, Louis Frémeaux fait appel au baryton Brian Rayner Cook né à Londres en 1945. Sa carrière se déroulera essentiellement dans son pays d'origine, ce qui explique qu'il soit peu connu internationalement (même pas un entrefilet Wikipédia). Il participera à de nombreuses créations d'oratorios contemporainss (Passion Saint Luke d'Andew Downes). Il chantera Haendel à l'opéra dans Ariodante. Il est également chef d'orchestre…

Pour le si périlleux Pie Jesus, Frémeaux aurait pu recruter le soprano soliste d'une maîtrise anglaise (ce n'est pas ce qui manque, au hasard : choeur du King's College 🙎). Il porte son choix sur une soprano colorature irlandaise de la même génération que le baryton, Norma Burrowes, connue pour avoir merveilleusement interprété Mozart, Purcell et Haendel. Au disque elle chante souvent les solos "astrales" des symphonies de Vaughan-Willams, sa voix pure et cristalline étant en accord total avec l'esprit "musique des sphères" souhaité par le compositeur anglais.

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Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 


4 – Écoute

Maurice Denis : le baiser de la vieger (Clic)
 
 

Lors de l'extension de l'effectif orchestral à l'intention des exécutions en concert, on constate que Fauré qui n'aimait guère les débordements orchestraux sulpiciens a veillé à ce que le chœur et chaque soliste ne soient accompagnés que par un groupe limité de pupitres. L'ouvrage conservait ainsi son esthétique spirituelle éthérée et céleste (Sanctus, in paradisium), sans perdre, dans quelques climax crescendo la puissance incantatoire d'une messe des morts (Agnus Dei).

Ainsi le Requiem enchaîné au Kyrie n'emploie que la petite harmonie des bois sauf les flûtes (pas de cuivres ténébreux), les cordes, l'orgue et le chœur, les voix ne chantent pas à l'unisson en style grégorien. L'entrée lumineuse des sopranos à [03:29] témoigne du rejet des lamentations au bénéfice de l'espérance. (Voir dans la playlist : " C’est de la montagne de Sion…"). On appréciera l'intelligibilité du phrasé et la spatialisation des différentes voix du chœur. L'orgue se révèle audible, au bon niveau sonore ; avec un casque ou des enceintes à bande passante large, on entend la sombre pédale d'orgue conclusive…

L'offertoire, tant pour la partie choral que l'Hostias, chanté généreusement et humblement par le baryton* exclut tous les vents, seuls les cordes et l'orgue interviennent. La mélodie gagne une homogénéité au niveau des timbres. Les cordes de Birmingham sont splendides d'unité…

Le sanctus débute par un échange chœur et harpe, toute la tendresse de cet hymne. Par contre la clameur du Hosanna ne peut s'astreindre de la fanfare cuivrée…

On attend toujours un peu anxieux le soliste du Pie Jésus. La voix angélique de Norma Burrowes sonne avec tendresse et force. La soprano irlandaise s'affranchit de toute coquetterie des scènes lyriques. L'un des plus beaux Pie Jésus jamais entendus. Petite Harmonie, harpe, orgue et quelques cordes légères forment l'écrin musical.

L'Agnus dei débute lui aussi avec solennité. Pièce majeure, il prendra la forme d'un immense crescendo conduisant à un hymne d'une force rare chez Fauré clamée par l'orgue et les cors. (3ème "donne-leur le repos éternel.")

On retrouve la simplicité, la foi du charbonnier disait-on, dans le Libera me et la seconde intervention du baryton. Toujours étrange, les groupes instrumentaux se poursuivent sans jamais s'entrecroiser. Le Requiem n'acquiert pas pour autant une couleur monochrome mais ne devient pas ainsi une œuvre sacrée au ton orchestral surchargé.

Le céleste In Paradisium débute avec les voix pures des sopranos, des arpèges guillerets de la harpe et une mélodie délicate des cordes. L'organiste a pris congé… Le secret de la réussite de Louis Frémeaux réside dans la régularité et le choix opportun des tempos et des nuances…


Traduction du texte latin :

Introïtus

Agnus Dei

Donne-leur le repos éternel, Seigneur ;

et que la lumière brille à jamais sur eux ;

C’est de la montagne de Sion
que notre louange doit s’élever vers toi,

c’est de Jérusalem qu’il faut offrir nos sacrifices.

Exauce ma prière :

et tout être de chair parviendra jusqu’à toi.

 

Kyrie

Seigneur, ayez pitié.

Christ, ayez pitié.

Seigneur, ayez pitié.

Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde :

donne-leur le repos.

Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde :

donne-leur le repos.

Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde :

donne-leur le repos éternel.

 

Que la lumière étenelle luise pour eux, Seigneur

En compagnie de vos saints durant l ’éternité,
grâce à votre bonté.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel.

Offertoire

Libera me

Seigneur Jésus Christ, Roi de gloire :

délivrez les âmes de tous les fidèles défunts

des peines de l’enfer et des marécages sans fond.

Délivrez-les de la gueule du lion ;

qu’ils ne soient pas engloutis par l’abîme,

qu’ils ne tombent pas dans la nuit.

Mais que saint Michel, avec son étendard

les introduise dans la lumière divine

que jadis vous avez promise à Abraham et à sa descendance.

Nous vous offrons, Seigneur, ce sacrifice et ces prières.

Acceptez-les pour ceux dont nous faisons mémoire.

Faites-les passer, Seigneur, de la mort à la vie,

que jadis vous avez promise à Abraham et à sa descendance.

Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle,

en ce jour redoutable:

où le ciel et la terre seront ébranlés

quand tu viendras éprouver le monde par le feu.

Voici que je tremble et que j'ai peur,

devant le jugement qui approche,

et la colère qui doit venir.

Ce jour-là doit être jour de colère,

jour de calamité et de misère,

jour mémorable et très amer

Sanctus

In Paradisum

Saint, Saint, Saint, Seigneur Dieu de Sabaoth.

Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.

Hosanna au plus haut des cieux !

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

Hosanna au plus haut des cieux !


Pie Jesu

Bon Seigneur Jésus :

donne-leur le repos éternel.


Que les Anges te conduisent au Paradis;

que les Martyres t'accueillent à ton arrivée,

et t'introduisent dans la Jérusalem du ciel.

Que les Anges, en chœur, te reçoivent,

et avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare,

que tu jouisses du repos éternel

mercredi 24 juin 2026

Jared James NICHOLS " Louder Than Fate " (2026), by Bruno



     Le grand blond avec une guitare noire fait son retour avec un disque qui fracasse ta tête à toi.

     La gratte noire ? Une Gibson, une LesPaul Custom. Mais aussi une ES Signature BB King (entre une ES-335 et une 345). Ou encore avec les proches signatures du grand blond : soit deux Epiphone aux corps de Les Paul Outfit galbées nanties d'un Seymour Duncan P-90 ou de Bare-knuckle "Mississippi Queen" ou "Nantucket 90" en position chevalet. Deux grattes pour aller à l'essentiel et conçues pour survivre aux assauts répétés du gaillard. Une « Old Glory » et une « Gold Glory ». Pour pénétrer dans le dur, le métôl, à l'occasion, une Wylde Audio Odin – version black, of course.

     « Boucle d'or » a donc une nette préférence pour les instruments à la robe charbonneuse. Toutefois, dans son cœur s'est aussi immiscée une rescapée de l'apocalypse. Une antique Les Paul Gold Top de 1952, qui a été emportée et fracassée par une tornade en 2013, perdant à jamais son manche d'origine. Ce qui en restait lui a été offert, et dans le courant de l'an 2021, elle a été soigneusement restaurée - sans résorber ses nombreuses cicatrices qui attestent, comme celles d'un un trophée, sa longue vie et son périple. Depuis, "Dorothy" a gardé une place de choix.  


   Quant au grand blond, c'est ce grand bonhomme à la chevelure léonine et au sourire carnassier, qui commence à se faire sérieusement un nom dans les sphères "guitaristiques" et dans celles d'un hard-blues ardent fait à l'huile de coude. Un gaillard osant suivre son propre chemin, en revenant avec une conviction quasi communicative à certains fondamentaux. Un gars réputé autant pour son affabilité que sa probité, n'ayant que faire du box office, ne semblant mû que par la satisfaction que lui procure sa musique. Une musique qui étend ses racines dans le hard-blues des années 70, de préférence pêchu - c'est le moins qu'on puisse dire -, générateur de saines mandales auditives. L'intéressé, lui, mentionne plus volontairement Lonnie Mack, Albert King et Stevie Ray Vaughan... okay... d'accord... en cherchant bien, mais le résultat serait alors celui d'un Blues après injection de rayons gamma à haute dose. Parce que, sincèrement, le "Blues" de Jared, c'est du lourd et puissant. Du Blues en mode cuirassé ou bombardier lourdement armé. À vrai dire, il cite aussi Jimmy Page, Leslie West et Toni Iommi. Non, le Blues du gars se situerait bien plus comme une fusion de Leslie West, Zakk Wylde, Pat Travers, Nugent, Albert King, Randy Bachman et de Sammy Hagar. Pour ce dernier, la référence ne s'arrête évidemment pas aux bouclettes. De plus, depuis quelque temps, il semble se détacher sérieusement de ses influences blues pour s'immerger dans un hard-rock bourre-pif. Toutefois, sa connaissance du Blues est réelle et profonde. Il faut d'ailleurs le voir expliquer les différents styles des icônes de la guitare Blues en reprenant leurs plans, parvenant même à faire sonner ses Gibson comme si c'était Albert Collins himself qui jouait sur ses Telecaster (pratiquement).

     Sa musique est purement instinctive, une musique dans laquelle le compositeur se laisse emporter par son instrument, faisant le vide autour de lui, extérieurement et intérieurement, pour n'être plus qu'un médium, un récepteur prêt à traduire dans un langage Rock (précisément "heavy-power-blues-rock") quelques émanations vibratoires captées dans le périmètre. C'est parfois comme si la guitare parlait, chantait, d'elle même. Rien donc chez Jared - ou si peu - qui pourrait paraître intellectualisé ; les inconditionnels de rock-progressif raffiné peuvent passer leur chemin. Le credo de Jared c'est un "power blues" qui rue dans les brancards, qui rugit et mord, avec toutefois une certaine nuance. Il ne cherche pas à faire en sorte que ce soit dans l'agression sonore. Même pour ce quatrième opus qui marque un accroissement dans le degré de graou, de saturation. La raison ? Un coup de foudre auditif pour une Gibson Futura du "custom shop" généreusement offerte par le directeur de Gibson. À l'origine, la Futura précède l'Explorer. Son corps est assez semblable, si ce n'est que celui de la Futura est plus mince, étriqué, comme pris dans un corset. Tandis que la tête préfigure celles à venir des Dean avec leur forme en "V". Équipée de humbuckers (des Custombucker Alnico 3), le niveau de sortie des micros de la Futura est naturellement plus puissant que celui de ses Les Paul montées en P90. De plus, Jared a délaissé ses amplis Blackstar pour se tourner sur du classique "tout Marshall" - il aurait d'ailleurs enregistré tout l'album sur une tête Plexi Super Lead 100 watts de 1968. À savoir que Gibson a fait de Jared son nouveau petit chouchou, lui consacrant récemment un documentaire, "The Long Road", où il conte les difficultés de la vie de musicien partant seul (avec son petit groupe), dans son van, à la conquête de l'Amérique. Tout n'est pas rose dans la vie du "rocker saltimbanque", où il faut conjuguer pugnacité, santé, résilience, optimisme, chance et talent pour espérer parvenir, un jour, à faire son (petit) trou. Sans que jamais rien ne soit définitivement acquis.


   Emporté par le déluge généré par la fusion Gibson Futura - Marshall, Jared James Nichols a pondu une série de puissants riffs de barbare courroucé pour des chansons qui le sont tout autant. Le chant, forcément, est à l'avenant : rageur et abrasif, parfois proche du pétage de cordes vocales (Nugent ! Sors de ce corps !). Le gars présent derrière la console est déjà à lui seul un facteur d'alerte. Jay Ruston (pronounced Gé lei roustone) s'est fait un nom en bossant pour Steel Panther et Anthrax - ainsi  que pour les deux derniers Uriah Heep et le dernier de The Donnas, bien heavy. Crénom ! Avec ce gus là, Jared risque de se lancer dans la sidérurgie. Et ça semble d'entrée être le cas avec un "Let's Go" se plaçant comme un Black Sabbath en mode Glam US. Plus encore avec "Ghost" progressant péniblement dans une boue dense et radioactive, où Jared s'arrache littéralement les cordes vocales sur le refrain, au point de vriller les esgourdes. On s'inquiète... Mais "Way Back", avec sa respiration, ses chaudes accalmies, son refrain fédérateur, caresse bien dans le sens du poil (il vaut mieux pour les amateurs de heavy-blues velu) ; une pièce dans un style proche d'un Kid Rock soutenu par un Zakk Wylde tempéré (époque Pride & Glory). Tandis que l'agité-nerveux "Dust N'Bones" n'aurait pas déplu à un Nugent des années 77-80, ou même à un Pat Travers des débuts. Et le rageux "Pretend",  qui, poussé aux fesses par une batterie en mode avalanche de monolithes, clôt l'opus comme si c'était le dernier assaut de soudards sanguinaires partant occire les derniers résistants d'un long combat. No quarter ! 

     Pourtant, ce "Louder Than Fate" ne contient pas que des missiles. En effet, Jared s'essaye aux ballades, à des choses nettement plus mélodiques et relativement raffinées. Ainsi, "Bending Or Breaking" pourrait être un égrégore version thrash métôl de Britney Spear  🤪 Pas loin d'une sombre ballade de Pretty Reckless ?  L'autre ballade, "Killing Time", ose même l'intrusion de cordes. Un bel essai, mais pas particulièrement transcendant, au contraire de l'excellent "Show Me". Car là, Jared met le doigt sur quelque chose de fort bon - pas nouveau, certes, mais néanmoins des plus appréciables. Quelque chose de foncièrement américain, puisant dans le Country-rock, la country outlaw, pour l'imbiber de généreuses rasades (pur malt) de Classic-rock 70's. Un savoureux mélange de Tyler Bryant (que Jared connait bien, croisant parfois le fer avec lui et avec lequel il a co-composé "Ghost") et de Bad Co, avec de la grosse saturation en sus. En parlant de saturation, on peut s'étonner que mister JJN puisse délivrer un son aussi puissant avec un minimum de pédales d'effets. Alors qu'on s'attendrait à repérer sur un pedal-board conséquent quelques armes secrètes fournies par des boutiques de sorciers tels que Earthquaker Devices, Wampler, Jam Pedals, KMA Machines, Anasounds et autres Walrus, il se contente d'une Ibanez Tube Screamer et d'une authentique Klon Centaur (offert par Bonamassa - sympa [1] ). Basta. Juste pour booster le signal. L'ampli étant généralement à donf - ou presque -, il gère le taux de saturation directement au volume de la guitare. Cependant, Jared a expliqué que pour avoir cette puissance de feu, il a ici doublé nombre de riffs par une acoustique (une Gibson J-200) pour cumuler définition et puissance. Une recette éprouvée, qu'il dit avoir dénichée dans ses disques fétiches des 70's .

     Contrairement à ce qui a pu être dit à son sujet, même encore récemment, Jared James Nichols ne gaspille pas son énergie (débordante) en se perdant dans des exercices d'esbrouffe. L'album est d'ailleurs assez concis avec ses trente-cinq minutes pour dix pièces, il reste peu d'espace pour s'étaler dans des plans démonstratifs. Certes, le gars pourrait impressionner avec son jeu en picking, sans médiator ni onglet, mais c'est sa technique - inspirée par des bluesmen, dont Albert King et Albert Collins, qui n'avaient pas besoin de tout un attirail pour sonner dense -, et les phrases vraiment rapides restent occasionnelles, ne faisant que ponctuer un soli.

     Avec ce "Louder Than Fate", à la production énorme, Jared développe son champ des possibilités. Ce qui est indéniablement judicieux, voire salutaire pour éviter de s'enfermer dans un carcan dont il serait difficile de sortir, voire impossible avec le temps. Toutefois, le revers de la médaille, c'est qu'il paraît avoir perdu une partie de sa magie (noire) d'antan. De ce fait, même si la production de cette nouvelle cuvée est nettement plus punchy et définie, que le jeu de Jared a encore gagné en intensité et éloquence,  il semblerait  que le "Black Magic" de 2017, demeure ce qu'il a fait de mieux à ce jour. Cela dit, "Louder Than Fate" déménage grave, et possède bien des atouts pour séduire diverses générations amatrices de power-blues et de hard-rock velus.

     Sinon, oui, actuellement, on voit beaucoup moins ce grand blond s'afficher sur scène avec des grattes noires. La faute à sa récente fixation sur les Gibson Futura - qui n'ont rien d'autre de noir que leur pickguard - 😁

[1] La Klon Centaur est une overdrive transparente intégralement montée à la main. Elle fait partie des premières pédales dites "boutique". Plus fabriquée depuis 2009 et activement recherchée comme un saint Graal, sa côte atteint des sommets dépassant les 4000 $, et quelques fatigués fortunés auraient même dépensé bien plus pour en acquérir une 😕 Parmi les utilisateurs célèbres de la Klon Centaur, on compte John Mayer, Joe Perry, Jeff Beck, Matt Schofield, Warren Haynes, Bonamassa, Steve Gossard et Mick McCready.



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