mardi 11 août 2026

Electric Light Orchestra : ” Out of the Blue“ (1977) par Pat Slade




Direction les étoiles avec la bande à Jeff Lynne, septième album et un gros succès à la clé.



Une galette à l’Improviste





Electric Orchestra Light, ou ELO pour les intimes fut groupe britannique des années 70 qui a trouvé la recette magique pour marier rock classique, pop et… un orchestre symphonique entier. "Out of the Blue", leur double album sorti en 1977, est une véritable pépite de mélodies cosmiques et de prouesses orchestrales. Préparez-vous à plonger dans un voyage auditif interstellaire.


Out of the Blue“ La tornade électrique d’Electric Light Orchestra

On attaque fort avec "Out of the Blu", ELO est au firmament des groupes de rock symphonique avec une touche pop et cet indispensable soupçon de science-fiction un peu qui déborde d’énergie et d’optimisation kitsch. Quatre vinyles, 17 titres, et un tourbillonisme rock (ça existe ce mot ? pardon ? Non… j'invite le néologisme). Imaginez Jeff Lynne et son orchestre en train de courir un voyage sonore à vous faire tourner la tête plus vite qu’un marathon galactique, le tempo est effréné, la basse boucle de synthé vintage roule comme un train à vapeur et les violons apport. Alors, accrochez vos ceintures : on embarque pour un voyage cosmique où se mêlent une touche sérieuse crescendo, piste par piste, avec humour et rigueur presque l’encontre du speed scientifique. ”Out of the Blue“. Tout se mêle dans  La tornade électrique d’Electric Light Orchestra ; l’encontre du speed scientifique (pas certain que l'expression fasse sens, mais ça jette 😊).

Jeff Lynne

Turn to Stone“ : On sent toute la pression dans ce démarrage canon. Imaginez-vous réveillé par un réveil qui joue du violon électrique. Ça pulse, un morceau qui veut avancer coûte que coûte, mais ça groove et c’est drôlement efficace. Jeff Lynne (le maestro classe so british qui fait mouche à chaque note derrière tout ça) nous balance un riff entêtant et des harmonies vocales qui font penser à la bande-son. "It’s Over" : La BO d’un film de super-héros. Une balade fun qui n’est pas sans rappeler son ami George Harrison. Ici, on sent déjà que le futur hit est en marche, ce morceau pouvant s’écouter en boucle sans se lasser. ELO joue le rôle du poète romantique. Une balade mélancolique, Un piano doux, des cordes en fond musical et cette voix un poil désabusée de Jeff Lynne est douce, la finesse de l’orchestration. C’est caressant, c’est sentimental.


"Sweet Talkin’ Woman" : Bref moment où ELO vous donne rendez-vous au coin du feu. Un orchestre a cordes qui se la joue façon XVIIe siècle qui ce bat au coude à coude avec un vocoder et un chœur. Un tube parfait pour taper du pied. C’est frais, C’est funky. C’est comme une conversation animée dans les années 70 dans une discothèque disco intergalactique. la batterie. Les chœurs sont entraînants, les synthés sont à fond et les vocaux vous piègent immédiatement. Une vraie invitation à secouer la tête. 

Across the Border“ Si vous cherchiez un voyage musical, le voilà. Sonorités des violons, flûtes et claviers s’entrelacent pour créer une sorte de chemin de fer sonore partant vers des contrées imaginaires. Le voyage : on pense un peu à Indiana Jones faisant une pause sonique. Le morceau est riche, foisonnant, et le road trip musical témoigne du goût d'agrémenter un soupçon de western spaghetti. Les violons d’ELO pour l’ambiance cinéma tirent leurs archets, la flûte souffle dans un vent cinématographique. L’effet “Je pars en vacances sans bouger de mon canapé”.


Night in the City“ Un titre qui mêle une intro est mystérieuse, peu de folk, un peu de classique puis ça explose en une énergie à grand coup de riff de guitares. On se croirait presque un rock in the city. Ce titre pourrait bien être la BO d’un film noir des années 70 avec des poursuites en voitures et des néons clignotants. Dans ce morceau, ELO capture parfaitement l’atmosphère électrique d’une nuit urbaine. La rythmique est saccadée, comme une poursuite haletante avec cette chanson. Il y a du rythme, un de mes titres préféré de l’album. ”Starlight“ Prochaine étape du voyage, Retour à la douceur et à l’espace avec des sons cosmiques qui peuvent servir de bruit d’alarme pour une base lunaire, ce morceau est une véritable invitation à lever les yeux vers les étoiles. Un morceau poétique, planant et un brin rêveur, il fonctionne comme un néon. C’est à la fois rythmé et mystérieux, comme si la ville elle-même devenait une entité vivante.

Jungle” attention pépite ! Un morceau suspendu, presque éthéré, irréel. Le rythme est exotique avec des percussions qui déploies leurs ailes, les synthés qui scintillent comme un cœur sauvage. Les cordes s’emballent et la voix de Jeff Lynne joue entre calme et explosion. C’est intense, presque tribal, et clairement un morceau qui fait bouger les épaules. Un peu comme si Indiana Jones croisait King Kong dans une jungle audio. J’ai toujours trouvé qu’il avait du John Lennon dans ce titre.

Believe Me Now“ Balade introspective qui pourrait faire fondre les cœurs les plus endurcis. Piano délicat et des arrangements harmonieux. C’est le moment où l’album baisse en intensité pour mieux vous happer par l’émotion pure. Parfait pour une écoute post-dîner avec un bon verre. C’est la pause détente dont on avait besoin après le tumulte.

Steppin’ Out“. Retour sur terre avec ce petit bijou, partir à l’aventure. Rythme soutenu, chœur central. La basse groove, la batterie tapote une mélodie qui vous donne envie de sauter le tempo, et Jeff qui roule dans sa voiture décapotable.  Lynne reprend un ton plus léger, presque taquin. Ici l’air qui donne envie, on sent que les ELO veulent attraper le vent, le remettre en musique et nous donne envie de se lever pour danser. Très seventies, très feel good.

Standin' in the Rain“ Ici, on repasse en un remède anti-déprime musical. Gros son, rythme infernal, clavier diabolique, orchestre synthétisé étourdissant, ELO nous emmène dans un enfer musical d’où on ne revient pas intact. Toute la force de la bande de Jeff Lynne concentré en un titre. ”Big Wheels“ la symphonie pop s’amplifie, c’est un morceau rutilant. Guitares, synthés, avec un rythme qui donne envie de taper du pied. Ses refrains gargantuesques et des chœurs à faire pâlir un opéra. À écouter quand il fait gris dehors ça change une vie. ”Summer and Lightning“ un morceau léger et lumineux, terriblement efficace contre la sinistrose. la recette de ce titre , des violons qui sautillent. ”Mr. Blue Sky“ le chef-d’œuvre absolu de cet album, juste pour toucher l’auditeur en douceur. Sans doute l’un des morceaux les plus iconiques d’ELO. Impossible de résister à ce chant solaire où le ciel bleu devient presque un personnage, Les arrangements sont d’une légèreté jubilatoire, les chœurs sont addictifs. ”Mr. Blue Sky“ Le soleil dans vos oreilles.



Sweet Is the Night" : Les amateurs de douceur apprécieront. Voici un titre tendre et Jeff Lynne semble chanter l’été éternel. Frais, lumineux, et presque trop court tant on aime. Parfait pour les moments calmes. La voix est posée, les arrangements élégants, toute la finesse d’ELO qui ne cherche pas à en faire de trop. La guitare électrique évoque dans la douceur, mais en mode nocturne. Il y a une élégance naturelle dans la façon dont la musique coule, entre accords fluides et un chant feutré.

The Whale“ : Avec ce morceau, ELO mise sur climat rayonnant comme un projecteur géant. Un hymne une ambiance grand large et épique. De la joie pure. Un concerto pop, Il y a quelque chose de majestueux dans les arrangements, avec une montée en puissance qui rappelle l’immensité de l’océan en version rock. Ce titre raconte l’histoire d’un héros solitaire.

Birmingham Blues“ On attaque avec un piano et un rythme boogie qui durera tout le long du morceau. La voix de Jeff Lynne toujours aussi intense et un chœur qui tient le fond de la scène pour soutenir l’édifice.

Wild West Hero“ Plus western que le Far West lui-même, ce titre mêle ambiance cowboy et orchestration symphonique. On imagine un héros, solitaire, loin de son foyer, chevauchant vers le coucher de soleil, avec des envolées de violons dramatiques et un fouet en guise de tempo. C’est épique, c’est drôle refrain entraînant. On se croirait dans un vieux film, et un peu kitsch, exactement de cow-boys, sauf qu’ici la marque de fabrique d’ELO.

"Out of the Blue" n’est pas juste un album, c’est une explosion de créativité. Chaque titre est un petit univers à part entière, où Jeff Lynne et ses musiciens jonglent avec les genres, les émotions et les ambiances. On passe du rock énergique aux ballades intimistes, du space-opéra au western country.

Bref, un condensé de ce qui fait d’ELO un groupe absolument unique. Si vous avez envie d’un disque qui vous emmène loin sans bouger de votre canapé, c’est celui-là qu’il faut mettre sur la platine. Alors branchez vos écouteurs, laissez-vous porter "Out of the blue", et bonne écoute cosmique !





      


1. Turn To Stone

2. It's Over

3. Sweet Talkin' Woman

4. Across The Border

5. Night In The City

6. Starlight

7. Jungle

8. Believe Me Now

9. Steppin' Out

10. Standin' In The Rain

11. Big Wheels

12. Summer And Lightning

13. Mr. Blue Sky

14. Sweet Is The Night

15. The Whale

16. Birmingham Blues

17. Wild West Hero

 



dimanche 9 août 2026

BEST-OF PAR TEMPS DE PARESSE

 

MARDI : Pat a versé une petite larme suite à la disparition de Marie Paule Belle, chanteuse et pianiste qui connut son succès dans les années 60-80. Plutôt qu'un RIP tristounet, Pat nous a commenté un album qui reflétait la passion de MPB pour Barbara en enregistrant un florilège des chansons de la grande dame en noire avec sa belle voix légère, juste, à la diction agile, et simplement son piano dont elle était virtuose comme instrumentation.

MERCREDI : Bruno, notre doctor honoris causa du Rock historique continue de revendiquer une place méritée à divers groupes éphémères. Aujourd'hui le groupe STARZ et son album "Violation". L'avis de l'expert : En dépit de quelques titres pouvant paraître un peu en deçà en comparaison des pièces fortes, c'est un album sans faute qui, en cette année 1977, aurait dû s'installer confortablement parmi les classiques du genre, voire du Rock au sens large.

 


 

JEUDI : Claude proposait des œuvres estivales. Rien de torrides mais celles qui réchauffent le cœur par la bonhomie, la fantaisie instrumentale et la joie de vivre dont Joseph Haydn fit toujours preuve. Et voilà deux allègres concertos pour violoncelle de style classique interprétés par Jean-Guihen Queyras accompagné par un orchestre baroque coloré créé et dirigé par la violoniste Petra Müllejans.

VENDREDI : Luc a lu "Paresse pour tous" de Hadrien Klent (2021) un roman en forme d'essai qui nous raconte la campagne électorale d'un gars qui vise à fixer la durée de travail vers presque zéro alors que la productivité sur la planète n'a jamais autant augmenté et que l'IA fait le boulot… etc. En prime : échange passionné de lecteurs fidèles qui se prétendent ennemis du boulot. C'est vite dit car ils ont dépensé une énergie folle pour commenter le billet de Luc avec une argumentation et un développement quasi universitaire 😊 😊.  Chic, nous sommes lus par des thésards.

 

👉 On se revoit mardi avec Pat qui présente Electric Light Orchestra et son album "Out of the Blue“ de 1977 ; mercredi le billet "mystère" de Bruno ; jeudi, Benjamin nous invite à une partie de Go à travers le roman du nobélisé Yasunari Kawabata "Le maître ou le tournoi de go" et on termine la semaine avec un roman noir : "La colère" de Shawn A. Colby de 2023 lu par Luc.


BONNE SEMAINE...

vendredi 7 août 2026

PARESSE POUR TOUS de Hadrien Klent (2021) par Luc B.


Voilà un roman qui ressemble fort à un programme politique. Et pour cause…

Le 10 avril 2022, Emilien Long, candidat à la présidentielle, attend dans son bureau les résultats du premier tour. Comment en est-il arrivé là, avec un programme aussi radical : la semaine de travail de 15 heures hebdomadaire ? Flashback presque deux ans plus tôt.

Emilien Long est devenu une vedette médiatique, il a reçu le prix Nobel d’économie, ses travaux portaient sur le temps de travail. Son éditrice attend de lui son prochain ouvrage, forcément savant. Mais l’inspiration ne vient pas, Emilien pense plutôt écrire un p’tit truc simple, mais qui marquera les esprits, une relecture du « Droit à la paresse » de Paul Lafargue, ce député, essayiste, qui avait épousé la fille de Karl Marx. Le bouquin d’Emilien s’appellera tout naturellement « Le droit à la paresse au XXIè siècle », étudiera une société aménagée sur trois heures de travail par jour.

Mais pour le moment, place à la pétanque. Emilien vit dans un cabanon de Sormiou, près de Marseille, et son pote Ange Lecciato l’attend pour tâter du cochonnet.

Surprise : le bouquin est un succès de librairie, on en parle dans les médias, énorme succès d’audience dans « On décode les codes de l’éco » d’un certain Alphonse Burnous sur sa chaine You Tube. On demande même à Elisabeth Crayeville, ministre de l’Économie, de réagir. Qui qualifie le livre de « calembredaines » et son auteur de « ayatollah de la flemme (…) lui qui a bénéficié d’une scolarité excellente et gratuite, en France ». Emilien est dépassé par ce succès, doit se montrer dans les médias, répondre, argumenter. Son entourage y voit une opportunité : et s’il se présentait à la prochaine élection ?

Derrière le pseudonyme d’Hadrien Klent, se cache Raphaël Meltz, essayiste, romancier, auteur de bédé, co-fondateur du journal Le Tigre. Dans ce roman, on va suivre de l’intérieur une campagne électorale atypique. Depuis la constitution de l’équipe, la rédaction du programme, la gestion des médias. Le livre est à la fois divertissant et érudit. Mais pèche un peu par le profil des personnages, un brin caricatural. Comme dans LES 7 MERCENNAIRES, Emilien va recruter des fidèles qui accepteront ce pari fou.

Le youtubeur Alphonse au parler d’jeuns, Souleymane Coly, diplomate et poète flamboyant, responsable des relations extérieures avec son carnet d’adresses long comme le bras. Le copain Rémi, pdg fortuné qui reniera sa fibre capitaliste, Marguerite Dupont la geek adepte des solutions web en open source (passages pertinents) donc au look grunge et dreadlocks.

[ Paul Lafargue ]  Exemple de profil qui interpelle : le copain de Marseille, Ange, pêche le matin, fait la sieste, joue à la pétanque, écoute France Culture et regarde Arte deux heures par jour, sa télé fonctionne sur une dynamo. Too much ? Le journaliste star de France 2 Philippe Martin (Martin, Dupont… y’a de la recherche dans les patronymes !) qui depuis le Covid produit ses duplex dans son jardin du Maine et Loir, le parigo y découvre soudainement les joies du jardinage entre deux chroniques politiques. Ou Nadia Ben Arfa, jeune et rebelle journaliste au Monde à l’intuition aiguiséechargée des "petits candidats" (là aussi, l'arrière cuisine est intéressant).

En soi, la forme du roman aurait gagné à être davantage travaillée, le style est passe-partout, les ornements fictionnels (l'ex femme, les mômes) ont peu d'intérêt, quelques aspects percutent le réel : les déplacements de campagne à vélo ou en charrette, moins de 10 personnes dans l'équipe de campagne travaillant donc 3 heures au quotidien. 

Mais le fond de l’affaire est très intéressant. Hadrien Klent reproduit certains passages du fictif « Le droit à la paresse au XXIè siècle », on en aurait aimé davantage, voire, le reproduire intégralement. Intéressant aussi de voir comment ce petit candidat utopiste grimpe dans les sondages, comment les médias fabriquent un candidat, comment son discours imprègne les débats, comment l’hurluberlu devra désormais être pris au sérieux par ses adversaires, et comment on cherche à le dézinguer sans argumenter du fond (comme Zucman). En face, c’est Elisabeth Crayeville qui sera candidate de la majorité, le président en place (on aura reconnu Emmanuel Macron, of course) ayant décidé de se désister. Pourquoi ? Le mystère plane…

Le livre brasse des thèmes comme la décroissance, le productivisme mortifère, les conséquences sur le social, la santé, l’écologie. La paresse d’Emilien Long ce n’est pas rien foutre de son temps, mais au contraire se réapproprier le temps, travailler pour produire des besoins essentiels. Une réponse au fameux « il n’y a pas d’alternative (au libéralisme) » de Margaret Thatcher, ou au  « travailler plus pour gagner plus » de celui qui collectionne les Rolex et les bracelets (électroniques). Inverser les valeurs entre le travail productif et l’activité libre. Genre : - tu as fait quoi aujourd’hui ? – j’ai bouquiné – Ah... donc t’as rien foutu. Ben non, bouquiner ce n'est pas rien foutre, écrire cette chronique non plus ! Un débat qui avait eu lieu avec l’idée de revenu universel de Benoît Hamon en 2017. 

Klent ne répond pas à toutes les interrogations, toutes les situations, mais part d’un constat simple : le temps de travail ne cesse de diminuer depuis la Révolution Industrielle (de 84 à 35 heures), le chiffre stagne depuis 25 ans (ce n’est pas logique) alors que la productivité s’envole partout. Le livre a été écrit avant la folie de l’IA, son propos n’en est que plus pertinent encore. Quand on entend ces couillons de politiques nous expliquer qu’on va dans le mur parce qu’on ne travaille pas assez et pas assez vieux, mais qu’en même temps on dépense des fortunes colossales en data center pour héberger l’IA qui va bouffer du travailleur cru, on croit rêver !

Sont cités en fin d’ouvrage un certain nombre de références pour approfondir le sujet, de Sénèque, à Paul Morand, René Dumont, Gébé, Rabelais, ou Piketty, Marx, Keynes et Raphaël Meltz (donc lui-même !).

Alors, il gagne ou pas le candidat à la paresse ? Suite dans « La Vie est à nous » parue en 2023, pas encore lue.

Editions le Tripode, 363 pages  

 

jeudi 6 août 2026

HAYDN – Concertos pour violoncelle N°1 et 2 (≈ 1760/1783) - Jean-Guihen QUEYRAS (2003) – par Claude Toon


- Claude, ce mouvement survolté, un final sans doute… il me semble l'avoir souvent entendu, peut-être dans les films… Ou à la radio…

- Je ne sais pas trop Sonia… mais ce final, en effet, du premier concerto pour violoncelle de Haydn reflète le tempérament épicurien et aimable du compositeur… Curieusement, on a retrouvé la partition qu'en 1961 !! Pourtant on en connaissait l'existence… D'où l'importance du classement. J'ajoute Sonia que pour le N°2, la partition n'a elle aussi été exhumée qu'en 1951…

- Du coup, il n'existe que des enregistrements datant de l'époque du microsillon, voire de la stéréo pour le premier, c'est dingue…

- Et oui, Rostropovitch et Benjamin Britten ont signé dès 1962 un disque célèbre, mais dans une optique grand orchestre… Autre disque attachant : Jacqueline Dupré et Daniel Barenboïm en 1967…

- J'aime beaucoup, tendre et poétique et virevoltant… Tu as choisi une version moderne avec un jeune violoncelliste…

- Mouais… Jean-Guihen Queyras le canadien se dirige vers la soixantaine quand même, il avait trente cinq ans lors de l'enregistrement réputé que nous allons écouter…  casting encore rare, il est accompagné par un orchestre jouant sur instruments d'époque, le Freiburger Barockorchester dirigé du violon par Petra Müllejans cofondatrice de l'ensemble…


Haydn vers 1760

Sur conseil de Luc et de Pat qui veillent avec sympathie sur mon avancée en âge (75 balais à l'automne), cette été, pas de chronique fleuve sur des opéras de quatre heures ou autres ouvrages contemporains nécessitant un analyse solfégique et cérébrale, ce que j'appelle un guide d'écoute, pour les apprécier plus facilement. Je les remercie de cette intention… Et je vous rassure tout de suite, l'été deviendra le moment privilégié pour l'écoute de courtes "perles" de compositeurs qui ont fait leurs preuves à leur époque et dans le blog… Des perles qui ne justifiaient pas des chroniques fouillées ! Mais pas de nanar musical… Si si, ça existe 😊.

"Mourir, cela n'est rien, Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir, oh vieillir…" chantait Brel dans son dernier album en 1977. Il avait bougrement raison ! et Bill Gates d'ajouter : "On ne commence vraiment à vieillir que lorsqu'on arrête d'apprendre". Et voilà comment on découvre ce jour, peut-être pas tous, deux jolis concertos de Haydn vaguement entendus mais pas réellement écoutés en ce qui me concerne.

Comme nous échangions avec Sonia, les partitions sont des rescapées du classement pas toujours rigoureux de la production digne d'un stakhanoviste de la composition qu'était Joseph Haydn. On peut supposer qu'hormis les ouvrages édités après la création, ce qui n'était pas encore une activité très courante au XVIIIème siècle, certaines partitions soient détruites, perdues ou encore sous une pile poussiéreuse de grandes bibliothèques nationales, 3ème sous-sol, 14éme rangée, 6ème étagère, etc… C'est ainsi que pour Haydn, bien que la plupart de ses œuvres furent éditées de son vivant du fait de sa célébrité et des largesses de ses employeurs, jusqu'après la guerre, n'existait qu'un catalogue chronologique type Opus xy. (exemple d'opus : Beethoven + WoO pour les inédits posthumes). Entre 1975 et 1978, le musicologue néerlandais Anthony van Hoboken a établi un catalogue par genre des 750 œuvres de Joseph. Pour Bach, le catalogue BWV utilise le même principe. Inversement le catalogue Deutsch dédié à Schubert reste chronologique.

La classification par genre permet des ajouts de manière aisée au fur et à mesure des découvertes ou, inversement, des retraits d'œuvres dont des études approfondies (Solfège, calligraphie, datation du papier musique, traitement du contrepoint…) prouvent que certaines partitions ont été attribuées par erreur à des grands maitres, ou sont juste le résultat des exercices de leurs élèves.


Jean-Guihen Queyras
 
 

D'après les travaux de Marc Vignal, on a longtemps supposé que Haydn avait composé six concertos pour violoncelle. Le catalogue officiel n'en a retenu que deux dont l'écriture par Haydn est une certitude (source : wikipédia).

1- Concerto no 1 en do majeur, Hob. VIIb/1 (1761–65) Retrouvé en 1961 à Prague.

2- Concerto no 2 en ré majeur, Hob. VIIb/2 (1783) Pour Anton Kraft (exemplaire autographe acquis en 1951).

3- Concerto no 3 en ut, Hob. VIIb/3 (ca. 1780, perdu, et sans doute pas de la main de Haydn).

4- Concerto no 4 en ré, Hob. VIIb/7 (Composition de Constanzi ou de Giovanni Battista de 1750).

5- Concerto no 5 en ut majeur, Hob. VIIb/5 (fausse attribution)

6- Concerto (N°6 ?) en sol mineur, Hob. VIIb/g1 (ca. 1773, attribution douteuse, perdu)

Vous imaginez le travail d'expertise exigé pour rendre à César ? Vois-tu Sonia, seuls les disques proposant les deux premiers de la liste sont à considérer comme authentiquement informés. 


Nikolaus I

Concerto N° 1 en do majeur, Hob. VIIb/1 (≈1761)

Le Concerto no 1 en do majeur, tonalité positive, aurait été composé entre 1761 et 1765 pendant les premières années où Joseph travaille pour la famille princière Esterházy, Paul II pendant un an puis, Nikolaus I pendant trente ans.

Une fidélité envers son "protecteur" qui s'explique par l'attitude de mécène de ce noble féru de musique, gambiste virtuose du "baryton", une viole imposante (voir la photo ci -dessous). Paul II avait signé un contrat pour un larbin compositeur, logé, nourri, en aucun cas propriétaire de ses compositions…

Nikolaus I conscient du génie de son futur maître de Chapelle revoit le contrat et lui offrira des moyens d'exception : orchestre, chœur, possibilité de voyager… Nikolaus I meurt en 1790. Son successeur Nikolaus II n'a aucune passion musicale mais laissera le champ libre à Joseph devenu le compositeur le plus adulé dans toute l'Europe.

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Baryton (viole)
 
 

On suppose que le concerto était dédicacé à Joseph Franz Weigl, ami de Haydn et violoncelliste solo de l'orchestre du prince Esterházy. On doit sa découverte en 1961 dans les réserves du Musée national de Prague au musicologue Oldřich Pulkert.

Son orchestration, modeste, répond à une tradition en vigueur à l'époque : 2 hautbois, 2 cors, des cordes et un continuo (basse continue). Mozart y recourt fréquemment dans ses symphonies et concertos des années 1770.

Le concerto adopte classiquement la forme tripartite. L'héritage du style baroque reste proche, la forme sonate est largement utilisée. Nouveauté pour cette époque du tout début du classicisme, l'exécution dure 25 minutes voire plus. Haydn n'écrit pas une broutille divertissante mais un imposant concerto qui préfigure ceux pour piano de Mozart. Est-il destiné au concert plutôt qu'à des soirées mondaines avec le brouhaha en complément ? La question mérite d'être posée… et je pense que oui.

1 - Moderato [00:00] : Le concerto débute par une ouverture orchestrale construite sur une thématique entraînante de style galant. Le violoncelle reprend ce thème lors de son entrée et décline un second motif espiègle. Le romantisme est encore loin et même si la période qui s'annonce dite "sturm und Drang"* inspirera des symphonies tourmentées (funèbre, Passionne) écrites à la fin de la décennie 1760, le premier mouvement ne philosophe pas sur le spleen des artistes. La mélodie allègre du soliste et celles chantées par les instruments de l'orchestre s'entrecroisent avec bonhomie, douceur et tendresse. Le Freiburger Barockorchester et sa vingtaine de musiciens tout au plus révèle une sonorité aérée donc adaptée à cette musique aux intentions charmeuses. 
(*) "tempête et passion", mouvement intellectuel privilégiant les tonalités mineures élégiaques.

2 - Adagio [10:23] : Le terme cantabile convient à merveille à la mélodie monothématique qui parcourt la partie orchestrale du mouvement central réservée au groupe des cordes seules. Étrangement le violoncelle se comporte en invité, son écriture dans la tessiture aiguë représentant un défi technique pour le soliste : trilles et arpèges aussi. L'onirisme de l'adagio s'agrémente d'un jeu de nuances subtilement affirmé. [17:29] La cadence demeure secrète, peu accentuée.

3 - Finale - Allegro molto [18:36] : Le terme molto (très allègre) est vraiment bien adapté après l'écoute de l'introduction tempétueuse du finale, une danse un peu folle dans laquelle hautbois et cors sont de retour. Le violoncelle perd son statut de soliste dès la première mesure en se joignant par simplicité à la plaisante chevauchée… [19:35] Changement de style, le soliste se détache du groupe par une tenue sur trois mesures de la note do en crescendo, tenue prolongée par un arpège enthousiaste. Le violoncelle ne cessera plus de caracoler, mêlant virtuosité fulgurante et facétie jusqu'à la coda du final. 


Concerto N° 2 en ré majeur Hob.VIIb/ 2

Vingt années se sont écoulées entre les compositions des deux concertos désormais attribués officiellement à Haydn. Le second, moins virtuose et, de vous à moi, éloquent, prend place dans les programmes des concerts plus rarement que son grand frère. Longtemps on ne savait pas qui avait joué quoi composé par qui ? Le mystère perdurera deux siècles.

Ami proche de Haydn, le violoncelliste et compositeur tchèque Antonín Kraft (1749-1820) fut longtemps considéré comme l'auteur du concerto en 1783. De plus  Kraft était membre de l'orchestre Esterházy du prince Nikolaus I. Or il existe des annonces de programme british de mars 1784 à propos d'un concert donné à Hannover Square et libellées : "Nouveau Concerto pour violoncelle, avec M. Cervetto, composé par Haydn". James Cervetto, grande star de l'instrument outre-manche était le violoncelliste principal de l'Opéra italien de Londres. Il ne pouvait s'agir que d'un second concerto, le précédent datant de 1761 n'étant pas "nouveau" 😊.

Ouf ! la découverte du manuscrit autographe de Haydn en 1951 a mis fin à ce mystère. Ajoutons que l'orchestration est identique à celle du concerto N°1 : 2 hautbois, 2 cors, des cordes et basse continue.


James Cervetto

1- Allegro moderato en majeur [00:00] : Haydn respecte très sérieusement la forme sonate dans une introduction de près de six minutes. Le thème A ondule gaiement dans un climat bucolique et Haydn toujours soucieux de bannir la monotonie inclut une première variation dès la 3ème mesure ! [00:25] La reprise ne sera pas da capo, on s'en doute, mais gagne en vivacité. Un nouveau thème et des motifs variés déclinés du thème se font entendre jusqu'à un glorieux tutti hautbois et cors. Haydn ne lésine pas et nous offre un début digne d'une symphonie !  Petit constat chez Haydn qui ne rallonge rien par la facilité : il n'y a aucune barre de reprise dans la partition (notée en solfège par :

||: ♩ :||) … (Exemple opposé chez Mozart : 36ème symphonie - premier mouvement. Jouer ces reprises est ad libitum, (facultatif), Böhm les zappe, Harnoncourt se donne le temps de les reprendre...). 

[1:46] L'entrée du violoncelle s'élabore sur l'énoncé du thème A introductif mais émaillé d'initiatives affirmant son indépendance. Il en ressort un prologue durant près de six minutes ! sacré Haydn ! Comment a-t-on pu imaginer qu'une si talentueuse fantaisie soit le fruit d'un confrère concurrent 😊 ? [5:52] le développement suggère une improvisation à partir des thèmes principaux, passage s'achevant avec fougue. [8:50] La conclusion repose sur l'idée d'une reprise du début. Avec son prolongement atteignant le quart d'heure, l'allegro monopolise une large moitié de la durée totale du concerto (25 minutes). [11:57] La cadence joue sur des variations de rythme d'une grande difficulté.

2 - Adagio [14:45] en la majeur : Haydn écrivait rarement des adagios imposant un tempo sans doute trop lent pour ce musicien à la sensibilité passionné et enthousiaste voire farceuse. Le court mouvement lent recourt à la tonalité tendre et lumineuse de la majeur. Trois pages de musique déroulant une cantilène du violoncelle traçant sa voie au sein d'une sérénade staccato des cordes… Le cor se tait mais pas le hautbois. [04:44] Un passage nostalgique naît suite à la transition en do majeur, le jeu des cordes graves étant rythmé par des syncopes. [05:23] L'adagio se termine par une énigmatique et douce "cadence" (noté sur les portées !) jouée par le violoncelle solo soutenu par des cordes…

3- allegro [45:29] : Les cinq minutes du final jouent la carte de l'optimisme revenu. Le jeu du violoncelle se veut virulent. Les bois discrets jusqu'alors se manifestent gaiement. Le 1er concerto suivait une ligne dite du baroque tardif. Le deuxième par son long allegro initial et l'intimité élégiaque de l'adagio témoigne de l'entrée de  Haydn dans l'univers du classicisme.

- Flûte et flûte ma Sonia… On avait dit billet court et nous voici à dépasser les 2000 mots !!!!

- Pas grave mon Claude, ça fait 1000 mots par concerto, hihi … pour les 3ème et 8ème symphonies de Mahler ou Parsifal de Wagner, tu as atteint les 8000…

- Certes, certes !


Petra Müllejans
 
 

Le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras est né à Montreal en 1967 et a vécu sa prime jeunesse en Algérie ! Il a étudié au conservatoire de Lyon, à l'Université de musique de Fribourg, et à la Juilliard School. Il a débuté avec Pierre Boulez au sein de l'orchestre inter contemporain et a été membre du Gewandhaus de Leipzig. Comme tous les virtuoses il a participé à des concerts comme soliste de la riche littérature concertante pour son instrument. Évidemment, cette remarque s'applique aux formations de chambre. À ce sujet, il a fondé le Quatuor Arcanto, s'entourant des violonistes Antje Weithaas et Daniel Sepec et de l'altiste Tabea Zimmermann écoutée dans ce blog dans Harold en Italie. Une chronique dédiée au Quatuor Arcanto explore les quatuors de Ravel, Debussy et Dutilleux, un programme magique ! (Index)

Jean-Guihen Queyras se passionne pour tous les genres : du baroque à la modernité, sa discographie en témoigne !

Née en 1959 à Düsseldorf, Petra Müllejans étudie le violon à l'académie de sa ville natale avec la virtuose spécialiste de Bach Helga Thoene. À 21 ans elle rejoint  Rainer Kussmaul à Hochschule für Musik de Fribourg-en-Brisgau avec lequel elle découvre sa passion pour le violon baroque. Dans ce domaine, Nikolaus Harnoncourt la reçoit à Salzbourg pour achever sa formation.

Comme évoqué en intro, elle a cofondé en 1987 le Freiburger Barockorchester avec Gottfried von der Goltz, violoniste baroque et maestro, un ensemble de 26 musiciens. Elle deviendra professeure de violon baroque à Fribourg et à Francfort.

Dotée d'une large ouverture d'esprit, on peut l'entendre dans le répertoire non classique : la musique klezmer (chansons festives yidiches), le tango, la czardas et le jazz !


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.