Enfin le retour de Franck Carducci et du Fantastic Squad avec une
nouvelle galette
Franck Carducci sort du troupeau
Son dernier album studio “The Answer” datait de 2019. (Sans parler de “The Naked” avec Mary Reynaud en 2023 et
de ”The Answer live“ la même année.)
Depuis “Oddity“ en 2011 et grâce à Steve Hackett, il a fait un gros bout de chemin. Avec le temps les musiciens qui
l’accompagnaient ont changé mais le talent reste le même. Seule Mary Reynaud
est toujours à ses cotés et en parallèle mène sa carrière avec succès.
La période 2025-2026 sera celle du changement avec la signature pour le label Cherry Red Records, ce nouvel album et une tournée qui commencera dans la mythique
salle de Liverpool le Cavern-Club.
L’illustration de la pochette fait penser à l’Écosse avec ses
moutons
(En espérant qu’ils n’ont pas mangé le plat national, le Haggis).
Mais un des animaux se distingue des autres, il porte un chapeau
haut-de-forme aux couleurs très psychédéliques.
L’Écosse ne sera qu’une image puisque tous les titres seront
enregistrés à Lyon et certaines parties instrumentales à Paris et
Amsterdam. Un album qui aura beaucoup de guest. Avec tous ces moutons,
espérons qu’il n’y aura pas une brebis galeuse dans le troupeau. “Sheeple” : Une courte intro à l’orgue Hammond jouée par
Anthony Honnet avec des bêlements en
arrière plan, un orgue qui devient rageur à la façon d’un
Jon Lord, le tout se termine par un
glissing de médiator sur le manche d’une guitare. “Self-Righteousness“ : Ce n’est pas encore le
Fantastic Squad mais mes agneaux...
Ca envoie du lourd avec un batteur
Gus Genser à la frappe sèche,
William Remond qui t’envoie un solo
de guitare qui n’a rien à envier à ceux de
Barth Sky et
Anthony Honnet qui t’en remet une
couche par-dessus avec le son de l’Hammond. Un très bon rock qui fera
plaisir à tous ceux qui se sont arrêtés aux années 70.
“Sweet Cassandra” : Prenez une Reynaud et deux Carducci et vous aurez une très jolie ballade qui sonne entre du Paul Mc Cartney et du… Carducci,Gille Carducci à l’harmonica, Mary Reynaud en backing vocal et Franck en homme orchestre. “The Betrayal of Blue” : Le morceau connu pour avoir déjà été joué en live. Le retour du Squad au grand complet avec un orgue Hammond en soutien joué par Richard Vecchi et Yann Van Euk
aux percussions. J’aime ce morceau pour sa construction musicale. Tout
commence par une ballade tristounette pour devenir sous les accords de
guitare de Barth
un rock endiablé avec son solo a tondre un mouton en un éclair avant
de revenir au calme avec Mary
et son Theremin. Un grand titre ! ”Sweet Cassandra (reprise)“ : Un instrumental en duo, Franck
à la basse et à la douze cordes et Roy Van Oost
à la flûte traversière. J’ai entendu dire que Mary
se serait mise à jouer de cet instrument, serait-ce pour jouer ce
morceau en live ?
“The Limits of Freedom“ : Avec le Squad au complet plus de
surprise, le retour d’Olivier Castan au piano et deux backing vocaux Margot Viotti
et Marina Venet. Du punch avec la
frappe de Léa et toujours les coups de
boutoir de Barth qui finit de terrasser
les moutons pour Aïd el-Kebir. “Love Or Survive“ : Un homme et quatre femmes. Un piano en introduction qui sonne comme
Supertramp mais
Franck a le génie d’y rajouter sa
touche personnelle qui fait que chacun de ses morceaux sont uniques et
celui-là en particulier puisque c’est la première fois que je l’entends
se fendre d’un solo de guitare. ”Sweet Cassandra (2019)” : Franck en solo, personne
autour de lui pour lui piétiner ses plates bandes. ”Do What You’re Told“ : Retour des moutons à la bergerie avec
Franck comme berger sans son troupeau.
On croirait du Beatles de l’époque
Sgt Pepper’s. Pour conclure et sans me faire tondre la laine sur
le dos, ”Sheeple“ est un super album que les fans des 70’ vont adorer. Alors, Do What
You’re Told (Faite ce qu’on vous dit) et achetez cet
album !
- Triste nouvelle Claude, je sais que tu aimais beaucoup cet artiste
tant pour son talent que son charisme… Et puis tu m'avais confié que
cette disparition était sans doute imminente…
- Hélas oui Sonia. Michael Tilson Thomas était atteint d'un cancer
gravissime et l'avait confié à ses fans et amis par voix de presse en
2022. Il y avait encore eu quelques concerts puis… le Toon qui rédige ce
RIP auquel il réfléchissait de temps à autres…
- Trois billets avaient été rédigés dès les débuts du blog. Deux furent
originaux car dédiés à des compositeurs n'ayant à ce jour qu'un article
chacun : Heitor Villa-Lobos le brésilien et George Gershwin, très connu
comme premier lien entre classique et jazz…
- la richesse de la carrière de ce disciple de Leonard Bernstein se
révèle trop vaste pour la détailler au-delà de ce qu'elle a été dans les
billets depuis 2011… Rendre hommage à MTT (son surnom) se concentrera
sur l'écoute d'enregistrements d'ouvrages du grand répertoire du XXème
et un passage par une suite symphonique de Berlioz rarement jouée. MTT
aimait beaucoup la musique française…
Michael Tilson Thomas et Leonard Bernstein
Quatrième RIP justifiant un billet et non un entrefilet depuis de début de
l'année 😥.
Helmut Rilling,
José van Dam
et
Michel Portal
en février et ce mois-ci, le pianiste, compositeur et plus connu comme
maestro
Michael Tilson Thomas. Je réserve ces articles pour les lundis, sinon la ligne éditoriale
musique classique risque de se transformer en rubrique nécrologique. La
semaine passée, nous avons écouté
Tombeau de Couperin
de
Ravel, hommage musical de style baroque en forme de suite pour piano, chaque
pèce étant dédiée à un ami du compositeur mort sur le front de la tuerie
planétaire 14-18… 7 jeunes hommes, artistes ou pas. J'espère ne pas imiter
le grand
Maurice
par une succession d'épitaphes.
MTT
(son surnom) fut au centre d'une des premières chroniques du blog en
2011, lors de mes (nos) débuts. En ce mois de juillet, il m'avait
semblé logique de présenter
La Mer, le chef d'œuvre expressionniste de l'un de mes compositeurs favoris :
Debussy. Dans une myriade de gravures disponibles au catalogue, j'avais
sélectionné celle de
MTT
dirigeant e
Philharmonia. Clarté et énergie caractéristique du chef étaient au rendez-vous. Je
reprends la courte biographie du maestro au sommet de sa carrière écrite
pour ce billet :
Michael Tilson Thomas (M.T.T.) est de ces éternels jeunes hommes sur lequel le temps ne
semble pas avoir de prise. Á 66 ans, toujours affable et souriant, il
dirige depuis 1995l’Orchestre de San Francisco, l’un des meilleurs orchestres américains et du monde. Il fut chef
principal duSymphonique de Londresde 1987 à 1995.
Son répertoire, très étendu, nous a offert une intégrale Mahler exemplaire et de nombreux et excellents albums de musique
américaine (Aaron Copland, Charles Ives).
Ouvertement gay, il a pris part à tous les combats contre l’intolérance
envers la communauté homosexuelle. Pressenti à une époque pour diriger
une autre grande phalange de la côte Est, l’Orchestre de Philadelphie, certaines âmes bien pensantes déclarèrent cela inconcevable, (no
comment, décidément le film
Philadelphia…). Il a créé à Miami un orchestre de jeunes musiciens prometteurs.
En 2009, il a imaginé le YouTube Symphony Orchestra pour permettre de visionner des vidéos de concerts et de
répétitions pédagogiques sur le net.
Elvis Costello (centre)
Michael Tilson Thomas (blouson) and Metallica
Ajoutons quelques précisions à propos de son enfance et bien entendu sur la
période 2011-2026.
Michael
était issu d'une famille de tradition intellectuelle et artistique. Né à Los
Angeles en 1944, enfant prodige, il étudie le piano avec
John Crown, la composition et la direction d'orchestre avec
Ingolf Dahl
à
l'Université de Californie du Sud
(USC).
Ses débuts professionnelles sont éclectiques, la rigidité des carrières
académiques européennes n'a guère traversé l'Atlantique comme je l'ai
souvent soulignée. Il devient assistant au
festival de Bayreuth
à 22 ans !! Je n'énumère pas la liste des orchestres qu'il dirigera dès ses
25 ans (voir ci-dessus).
MTT
collaborera avec des artistes en marge de l'univers "classique" tels
John McLaughlin
et
Elvis Costello
avec qui il enregistre des œuvres innovantes. Deux créateurs originaux du
monde pop et rock… Du second, on doit, en complicité avec le chef,
l'enregistrement d'un ballet extravagant :
il signo
(inspiré du songe d'une nuit d'été), capté avec l'Orchestre symphonique de Londres. (Disque publié par DG, la firme hyperclassique hambourgeoise.)
Avec la même phalange british de prestige, il enregistrera le concerto "Mediterranean" de John McLaughlin… (son épouse, la pianiste
Katia Labèque
l'accompagne dans cinq duos en complément du CD).
Les deux hommes seront de nouveau réunis pour graver le 3ème
album du guitariste :
Apocalypse. Le
MahavishnuOrchestra, créé vers 1970 par
John McLaughlin
(15 musiciens), est rejoint par le
LSO
et
MTT. (Lire le billet de 2022 de Benjamin sur cet artiste
Clic). Le jazz-rocker accompagnera en studio les
Stones,
David Bowie,
Miles Davis…
Jimi Hendrix
ou encore
Paco de Lucía.
Passionné de pédagogie, de 1971 à 1977,
MTT
a succédé à son mentor
Leonard Bernstein
à la tête des
Concerts pour la jeunesse de l'Orchestre philharmonique de New York. Éclectique ?
Michael Tilson Thomas et Josh Robinson
- Un hyperactif Michael Tilson Thomas et une ouverture d'esprit hors
du commun.
- Oui Sonia, attitude typiquement Yankee… Mais parlons musique
classique quand même. On retrouve évidemment ce trait de caractère que
tu soulignes dans ses programmes de concerts ou d'enregistrements. Je
connais mal ses compositions plus confidentielles.
La carrière à la tête des grands orchestres (philharmonie de Buffalo
1971–1979, de
Los Angeles 1981-1985,
Orchestre symphonique de Londres, 1987–1995, et enfin de
San Francisco 1995–2020)
impose au chef une programmation traditionnelle pour satisfaire au goût
populaire des mélomanes, mais pour chaque poste, il valorisera la musique
de son pays, sans doute la plus innovante du monde dans la seconde partie
du XXème siècle. Un demi-siècle de travail sans interruption où
se côtoient
Beethoven,
Brahms,
Stravinsky,
Tchaïkovski, etc. … et surtout
Mahler
dont il gravera une intégrale remarquable des symphonies à San Francisco
entre 2004 et 2010 pour le label propre à l'orchestre. Dans
les billets présentant la
7ème symphonie
et la cantate
Das Klagende Lied, je suggérais ces réalisations comme d'excellentes versions alternatives
à celles choisies pour la chronique.
Curieusement, pour sa discographie, les époques baroque, classique et
romantique ne semblent pas avoir motivé le chef. On cherchera en vain des
gravures consacrées à
Bach,
Mozart
ou
Haydn, aucun
Bruckner
non plus. Il deviendra le chantre des compositeurs US :
Charles Ives,
Aaron Copland
(complice et compagnon de Bernstein),
John Cage,
Steve Reich,
Walter Piston.
MTT
a peu dirigé d'opéras. On ne peut pas tout faire 😊.
Son leg est immense. Parcourons-le grâce à six œuvres marquantes de son
style. Le meilleur témoignage en complément des enregistrements d'ouvrages
de
Gershwin,
Debussy, et
Villa Lobos, sujets de billets anciens dont voici les liens :
Début 2020, on diagnostique chez le maestro un blastome (tumeur
cérébrale très agressive). Il l'annonce officiellement en 2021. Il
doit annuler nombre de concerts mais son type de cancer n'affecte pas
gravement ses talents musicaux. Un concert à Los Angeles en janvier
2022 sera son adieu artistique.
MTT jouera devant une salle hélas clairsemée à cause de l'épidémie de
COVID. Au programme : la
Pavane
de
Fauré, sa propre composition de 2019 ; les
Méditations sur des poèmes de Rilke
("réflexions empreintes de mélancolie sur la vie et la mort" d'après
Mark Swed
du Los Angeles Times). L'œuvre chantée en allemand fait appel à deux
solistes :
Sasha Cooke, mezzo-soprano et
Dashon Burton, baryton-basse (YouTube). En seconde partie, la philharmonie joue la
5ème symphonie
de
Prokofiev, chef-d'œuvre du compositeur russe de 1944 sensé chanter "l'homme libre et heureux" (ce qu'il ne pouvait être en ces années de guerre et de stalinisme au
paroxysme de la tyrannie). Le programme était à l'image du chef : son
intérêt pour la musique française, son travail de compositeur de musique
moderne mais accessible par le grand public, et son désir d'un monde de
paix et d'empathie.
Il se fera bien discret pendant une courte rémission entre 2023 et
début 2025. En février 2026, son compagnon,
Josh Robinson, écrivain, meurt à 79 ans des suites d'une chute. En
avril
Michael Tilson Thomas
l'a rejoint après cinquante ans de vie commune.
Nota : En septembre 2022 ne se sentant plus pouvoir
assumer la direction du
New World Symphony
et de ses jeunes musiciens, MTT
démissionne et ne conserve qu'une direction honorifique. Sans transition,
le rôle de directeur est confié au chef français
Stéphane Denève.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Voici un programme musical que j'espère représentatif des passions de
MTT
et de l'éclectisme de sa discographie et de ses partenariats avec des
compositeurs "non classique". Hormis la
4ème symphonie
de
Mahler
(2ème version à Amsterdam -
Clic), il s'agit de découvertes dans le blog. Certaines bénéficieront-elles
d'une chronique détaillée, c'est possible…
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
1 – Mahler symphonie N°4 :
Complémentaire et conclusive des symphonies inspirées par le recueil de
contes et de chansons "Des Knaben Wunderhorn (Le Cor enchanté de
l'enfant)" est à la fois la plus courte et la plus légère en termes
d'orchestration.
MTT
et l'orchestre de San Francisco aux couleurs raffinées et au discours
pétillant (ah les cors à 6:02), sans compter une prise de son d'une
limpidité et transparence de grande classe, nous offre l'une des plus
poétiques et facétieuses gravures récentes. (2003).
2 – Chostakovitch, deux concertos pour violoncelle
: Pas encore chroniqués, les concertos pour violoncelles du compositeur
russe, très présent dans le blog, furent dédicacés au violoncelliste
virtuose, ami et opposant au régime soviétique,
Mstislav Rostropovitch. L'artiste donna la première du
concerto N°1 opus 107
le 4 octobre 1959 à Moscou, puis créa le
N°2, opus 126,
en 1966, également à Moscou, l'orchestre étant placé sous la
direction de
Evgueny Svetlanov… Si chronique il y aura,
Rostropovitch
en sera la vedette légitime.
MTT
et
Mischa Maisky, virtuose de renom ont enregistré les deux œuvres avec l'orchestre de
Londres pour DG en 1995. En deux mots l'opus 107 adopte la forme
inhabituelle en quatre mouvements. Staline est mort depuis cinq ans
laissant une nation exsangue. On retrouve dans les deux ouvrages cette
opposition entre la farce musicale sarcastique chère au compositeur et
l'expression de la mélancolie d'un homme alors rongé par un accès de
poliomyélite en 1959 et les problèmes cardiaques dans les années
60. L'opus 126, en trois parties plus expansives, est écrit après
l'éviction de Kroutchev par Brejnev, ce qui ne présage rien
de bon pour la liberté de création, et fera entrer
Dmitri
dans la légende du genre.
Concerto N°1 opus 107
[1 à 4] – Allegretto / Moderato / Cadenza / Finale : Allegro con moto
Concerto N°2 opus 126
[5 à 7] – Largo / Allegretto / Allegretto
rototom
3 – Steve Reich - Désert : De
la même génération que les compositeurs fondateurs du mouvement répétitif
et minimaliste comme
Glass,
John Adams
et
Steve Reich, il était logique que
MTT
apporte une pierre à l'édifice de la discographie de ce style
spécifiquement Yankee. Voici donc
Désert
de
Steve Reich
composé en 1984. Nous avons écouté en 2017 la musique pour
18 musiciens, son œuvre la plus populaire. On peut y lire une biographie
de
Steve Reich
et écouter son interprétation de l'œuvre, la meilleure soit dit en
passant. (Voir index)
Dans
Désert,
Steve Reich, toujours provocant et fantasque, met les petits plats dans les grands.
Un chœur de 27 voix : 9 sopranos, 6 altos, 6 ténors et 6 basses.
L'orchestre comprend 89 musiciens. 4 flûtes dont 3 doublées en
piccolo, 4 hautbois dont 3 doublés en cor anglais, 4 clarinettes dont 3
doublées en clarinettes basses et 4 bassons dont 1 doublé en contrebasson.
Continuons : 4 cors, 4 trompettes dont 1 doublée en trompette piccolo, 2
trombones, 1 trombone basse, et 1 tuba. Les percussions ne sont pas en
reste : rototoms*, deux marimbas, deux vibraphones, deux xylophones, deux
glockenspiels, des maracas, des baguettes, une grosse caisse et un tam-tam
médium. À cela s'ajoutent 2 pianos joués par 4 pianistes, dont 3 jouant
aussi du synthétiseur. Enfin : 48 instruments à cordes répartis en trois
sections 4-4-3-3-2 disposées à gauche, au centre et à droite de la
scène.
- Un quoi ? Claude ! Un rototom ?????
- Je mets une photo pour découvrir avec toi Sonia : en résumé un
membraphone avec trois caisses claires sans fût en bois… diamètre : 6,
8 et 10 pouces. Utilisé par Phil Collins et Pink Floyd, ce
"machin" est devenu un jouet pour les enfants et le martyr des
parents.
- Ah… et ça donne quoi musicalement parlant Désert ?
Exposer en trois mots l'objectif de
Reich n'a pas de sens. On retrouve tant au niveau orchestral que choral le
rythme obsédant caractérisant le mode répétitif, cadence assurée par des
mesures aux notes de valeurs égales (8 croches par exemples). Les
transitions voix-groupes instrumentaux aux timbres variés constituent une
succession de groupes et variations thématiques passionnante. L'œuvre
recourt à et s'inspire des poèmes de
William Carlos Williams (1883–1963), poète esthète et médecin
américano-portoricain.
MTT
dirige un ensemble de musiciens réunissant le chœur et les instrumentistes
de l'orchestre de Brooklyn, un disque de 1985 après la création à
Cologne en 1984. Cinq mouvements et 7 sections :
❶ [00:00] Tempo rapide (noire= 192 à 4/4), ❷ [07:54] Tempo modéré, ❸,
[14:53] A. Tempo lent, [21:52] B. Tempo modéré, [27:46] C. Tempo
lent, ❹ [33:41] Tempo modéré, ❺ [37:15] tempo rapide.
4 – Apocalypse (album de Mahavishnu Orchestra)
: 3ème album de 1974 de l'ensemble créé par
John McLaughlin
également interprète qui a écrit les paroles et la musique. La quinzaine
de musiciens du
Mahavishnu Orchestraest associée à l'orchestre symphonique de Londres
que dirige
MTT
assurant aussi la partie de piano. A priori inclassable (j'ai vu le mot
Jazz Fusion dans un article). Écoutons ce réjouissant foutoir musical que
l'on aimera ou détestera 😉. Il est important à mon avis d'écouter les
cinq morceaux qui forment indéniablement une unité stylistique.
5 – Copland symphonie avec orgue: après ces escapades vers les musiques bizarres, concluons avec
le grand répertoire classqiue, mais là encore en écoutant des pièces
originales. Je n'ai jamais parlé réellement de
AaronCopland, compositeur américain (1900-1990), juste un extrait d'une anthologie de
gravures de
Antal Dorati
proposée dans un billet de 2011 :
Copland
:
Rodéo
-
Minneapolis Symphony Orchestra. (Clic)
Ecoutons, interprétée à l'orgue par
Paul Jacobs
et
MTT
dirigeant l'orchestre de San Francisco la
Symphonie pour orgue et orchestre
de 1924. Le style postromantique reflète les courants musicaux du
début du XXème siècle au USA, notamment un climat buccolique. Peu de temps
après, un autre concerto intégrant du jazz fit scandale. À cette époque,
chacun chez soi, ségrégation oblige 😒.
Ellington
détestait
Gershwin… méprisant l'opéra
Porgy and Bess
et disant "La réalité quotidienne déboulonne le négroïsme noir de fumée de
Gershwin".
6 – Berlioz - Romeo et Juliette
: À la manière d'un poème symphonique, la symphonie lyrique de notre grand
Hector
peut se voir déclinée en une suite symphonique enchaînant les parties
instrumentales de l'œuvre. En live, en 2019, avec le
New World SymphonyMTT
et ses jeunes musiciens nous en donnent un bel exemple. On remarquera la
direction athlétique du chef qui marque les ff en pliant les
genoux…
MARDI :en
attendant la chronique complète du dernier Franck Carducci, Pat nous
a fait écouter un extrait, le savoureux « The betrayal of
blue ».
MERCREDI :certains
groupes
ont su
suivre
leur
propre chemin, leur vision, sans se plier aux modes ou
diktats, le trio Rushest
de ceux-là, on a écouté leur « Counterparts » plus
marqué heavy rock, un retour aux guitares, mais également un retour
à l'excellence.
JEUDI :musique
classique avec Maurice Ravel et « Le tombeau de Couperin »
(1917) six pièces pour clavier interprétées par un Bertrand
Chamayou au touché énergique, quatre ont été réorchestrées par
le compositeur deux ans plus tard, le chef néerlandais Bernard
Haitink y fait miracle.
VENDREDI :au
cinéma un
blockbuster de SF mâtiné
de comédie potache, « Projet dernière chance » de
Christopher
Miller et Phil Lordaurait
pu être signé par Kubrick
et Mel Brooks. Visuellement splendide, sans recours au numérique,
parfois
bancal mais attachant.
👉 La
semaine prochaine,
dès
lundi, Claude rendra hommage au Maestro Michael Tilson Thomas*, chez
Pat donc son poto Franck Carducci, le dernier Robben Ford chez Bruno,
Hermann Hesse dans la grande librairie de Benjamin, et Luc a revu le
classique de Elem Klimov.
* RIP illustré de musiques de Gustav Mahler, Dmitri Chostakovitch, John McLaughlin, Steve Reich, Aaron Copland et Hector Berlioz !
Dis comme ça : je suis allé
voir le dernier film des réalisateurs de LA GRANDE AVENTURE LEGO, ça
vous fissure une réputation. Christopher Miller et Phil Lord sont
aussi à l’origine de TEMPÊTE DE BOULETTES GÉANTES et de l’adaptation bof cinoche de 21 JUMP STREET. Il est bon de
rappeler cet historique, parce que PROJET DERNIÈRE CHANCE risque
d’en désarçonner plus d’un, à commencer par votre humble et
pourtant tolérant serviteur.
Gloubi-boulga improbable de blockbuster
SF, huis-clos spatial et métaphysique, comédie potache. Ingrédients déjà utilisés par Bong Joon-ho dans MICKEY 17, que j’avais bien aimé - j'étais à peu près le seul...
De quoi
s’agit-il ? Ryland Grace, un ponte de la chimie moléculaire
mais simple prof de science en collège, se réveille d’un coma
profond à bord d’un vaisseau, loin, très loin de notre galaxie. Ses deux compagnons de route non pas survécu
au voyage. Grace est seul, azimuté, hirsute, pris de panique, c'est quoi ce cauchemar ? Flash-back...
Il avait été recruté (aux forceps) par
Eva Stratt pour apporter ses compétences à une mission aussi
sensible que secrète : sauver la Terre. Car le soleil perd son
énergie, aspirée par on ne sait quoi. Notre température risque de
perdre 20 degrés, seuls les vendeurs de doudounes s’en
réjouissent.
Le phénomène serait du aux astrophages, genre de
micro-organismes qui bouffent tout, et dont Ryland Grace est justement
spécialiste. Notre soleil, les étoiles en sont victimes, sauf
une : Tau Ceti. C’est là-bas qu’il faut aller élucider le mystère, à 11,9
années lumières, prévoyez le casse-croûte. Le carburant embarqué
ne permet que l’aller, pas le retour. Une mission suicide,
donc…
PROJET DERNIÈRE CHANCE c’est la rencontre de Kubrick et de
Mel Brooks. Une fable métaphysique, par moment contemplative, les
engins n’y dansent pas sur une valse mais sur du tango, les
références à 2OO1 y sont légions (le sas de décompression, la
marche à l’envers, la combinaison, le décès des compagnons, la
voix synthétique) comme à STAR WARS, E.T., LA PLANÈTE DES SINGES,
SOLEIL VERT et j’en passe. Mais le ton est résolument rigolo,
l’acteur Ryan Gosling (également producteur) s’y amuse comme un
fou, et passé un moment de gêne, nous aussi.
Les scènes en flash-back, sur Terre, avec la
communauté scientifique, les expériences en labo, ne sont pas ronflantes,
souvent drôles, tiennent presque du gag, sérieux s’abstenir. Il y a chez Ryland Grace un
côté Mac Gyver de la biologie, la témérité en moins. Scène
géniale où il comprend qu’on ne lui laisse pas le choix (« où
est problème ? vous n’avez pas de famille, d’amis, ni de
chien... ») c’est lui qui partira sans billet de retour.
Bruce Willis, lui, ne fuyait ses responsabilités, et se sacrifiait
pour l’humanité sans frémir.
Le récit bascule lorsque Grace se
retrouve face à un autre vaisseau, comme surgi de nulle part, qui le suit comme un aimant, une cathédrale de tubes
dorés, qui tente d’entrer en communication en envoyant des sondes
(qui tournoient comme un certain tibia lancé par un primate...).
La
séquence est très belle, angoissante (ce tunnel), surprenante. Les réalisateurs
ont proscrit le numérique, sont revenus aux fondamentaux du cinéma, prises réelles,
transparences, effets photographiques. Le film est visuellement
superbe. Grace se retrouve face à un alien qu’il surnomme Rocky,
un bloc de pierre à cinq pattes, qui émet les mêmes sons que Chewbacca ou qu'un estomac affamé, et tressaute comme D2R2. What the fuck ?! On se
fout de qui ? George Lucas* sort de ce corps ! Grace scanne
les fréquences sonores du gros cailloux, les traduit en sons, en
syllabes, en mots. Ils vont pouvoir communiquer et travailler
ensemble. Car Rocky a le même problème d’astrophages sur sa
planète.
Jolie trouvaille : il lui faut une voix à cet alien.
Grace en essaie plusieurs, dont celle de Meryl Streep (« elle
sait tout jouer ! » dira-t-il), mais finalement opte pour
une voix masculine, posée, limite hautaine, qui rappelle l’ordinateur Hall 9000 dans 2OO1 en moins anxiogène.
On est
un peu déphasé devant ce qui s’apparente à une resucée de E.T.
avec cet alien gentil et gaffeur, qui fera marrer les moins de 8 ans.
Mais ça finit par fonctionner car Miller et Lord y croient à leur buddy-movie spatial, vont au
bout de leur délire, un huis clos improbable mais habilement entretenu
par l’intrigue, l’action, filmée à l’ancienne (ça fait un
bien fou !). On n’évitera pas les moments émotions un peu faciles sur la fin (E.T. et son gros cœur rouge qui bat…) ni les
gags potaches pipi caca.
Derrière les fanfaronnades du héros très cool (Ryan Gosling a tout de même un charme fou) le film arrive à
rendre ce sentiment de solitude chronique, cette angoisse face à
l’immensité, au vide, à l’inconnu, une plongée vers un ailleurs nourrie de
questions existentielles. Le film est long, oui, mais bien rythmé et
riche en péripéties. J’aurais une réserve sur la fin. Pas
l’épilogue savoureuse entre Grace et Rocky, au second degré assumé, mais
sur ce qui se passe sur Terre.
L’aventure de notre astronaute
amateur est incroyable au sens strict du terme. On repense au dernier
chapitre de LA PLANÈTE DES SINGES, le roman, pas le film. Qui
semble avoir inspiré Andy Weir, auteur de la nouvelle ici adaptée,
qui avait aussi écrit SEUL SUR MARS (adapté par Ridley Scott).
L’angoisse finale qui suinte du film naît parce que Ryland Grace
est le seul à savoir, et qu’il ne pourra jamais le raconter. Elle était là, la clé. Fallait-il une conclusion rationnelle, sans mystère, réconfortante, le bon vieux happy end ? Ce que Kubrick avait
justement évité.
On parle parfois d’ovni cinématographique. J’en
ai vu un, et je le prouve ! On accroche, ou pas. Un spectacle
totalement débile, ou au contraire merveilleux, au sens du conte,
pas si naïf, divertissant.
Couleur - 2h40 -
format scope 1:2.39 / 1:2.20 / 1.1:90 / Imax (oui, un joyeux bordel
!)
* les réalisateurs préparaient un épisode de la franchise Star
Wars, une production George Lucas donc, et ont été finalement virés du tournage
à cause de leur façon de faire, plus proche d’un
Michel Gondry que d’un James Cameron.