Après un album en 2025 et une tournée bien remplie, Emerald Mon revient
avec un (très bel) album live
Emerald Moon Sur Une Autre Planète
Le retour de la
lune émeraude face à son
publique, Voici le petit Jésus en culotte de velours et il ne changeront
pas d'orbite, du bon rock plein de fun. Une entrée en matière avec ”When There’s a Willn There’s a Way“ et son intro bien charpentée enchainée avec le très Benataresque
”What You’re Told“ et son rock rapide avec
un duo de guitares qui se partagent les solos avec des riffs mortels.
”Bad Mood“ même si le titre est déjà
bon sur l’album, la voix de Vanessa DI Mauro
et les solos de Fabrice Dutour et de
Michaal Benjellounen live… du kiff !! Une belle reprise de ”Ramble On“ du Zeppelin, un titre de 1969 mais je trouve qu’Emerald Moon
l’a bien dépoussiéré et la voix de Vanessa
se raproche de celle de Robert Plant. ”On And On“ et son chassé-croisé des deux guitaristes dans les solos. ”Worry“ est un beau blues-rock au solo échevelé et, ajoutons une chose que je
n’avais pas remarquée sur l’album, c’est une intro qui rappel un peut
“I Want You (She's So Heavy)“. ”Devil Woman“ du bon, du gros rock bien
speed et j’adore.
Apparition de Thin Lizzy avec "The Boys Are Back in Town" toute en puissance et sans sortir de son rapide tempo avec
Vanessa qui exhorte le public à chanter
sur ce classique du groupe irlandais. ”Cruel To Be Kind“ et son riff d’intro très Les Zep. Je
vais me répéter mais quel jeu de guitares et quelle voix chez
Vanessa et aussi chez
François à la basse, je ne trouve plus
de superlatif tellement
Emerald Moon est au-dessus de la
moyenne avec ce son monstrueusement charnu et charnel, exaltant,
stimulant et grisant. ”Stay with me“ un morceau des Faces chanté par
Rod Stewart en 1971 qu’Emerald Moon va sortir de la naphtaline avec une intro plus sévèrement "burnée" et
un final avec ses petits solos successifs de chaque instrument.
”The Sky’s The Limit“, quoi dire ? Rien ! C’est du rock à l’état pur comme on
l’aime et en live c’est encore meilleur. Ils savent tout faire… une
intro en acier trempé, une rythmique en béton, des solos à couper le
souffle et une chanteuse qui ressuscite
Tina Turner avec ce ”Nutbush City Limits“ et Led Zep qui viendra rendre
visite en conclusion avec un ”Rock’n Roll“ qui te laissera définitivement le cul par terre.
Emerald Moon
n’ont pas été baptisés à l’eau bénite mais au son du rock’n'roll
dans ce qu’il y a de plus pur et d’authentique et ce live en est
la preuve.
Le bassiste François C. Delacoudrea quitté le navire pour voguer vers d’autre horizons pour de
futurs projets.
Anthony Prudent
qui jouait avec le groupe
Heritage est le nouveau bassiste
d’Emerald Moon.
Une petite chronique pour un grand album live, tout y est, le son, le
groove, les riffs assassins, les solos énergiques et intenses et les
vocaux surpuissant… enfin bref ! Ce n’est que du bon !
LUNDI :un
lundi noir, avec trois hommages, au musicien jazz et classique
Michel Portal, au baryton José van Dam, au chef d’orchestre
Helmuth Rilling, la veille nous évoquions les disparitions de
Frederick Wiseman, Eric Dane, Robert Duvall… Eh ben, ça tombe
(sic) comme des mouches…
MARDI :le
premier album de Tri Yann (les trois Jean, mais pas comme devant)
« Tri
yann an naoned »est
composé
uniquement de folklore régional, écossais, irlandais et québécois,
au
succès qui ne se démentira pas pendant 50 ans.
MERCREDI :ah
quel beau disque ! Chanteur et guitariste du Keef Hartley Band,
Miller Anderson la jouait aussi solo, et ce « Bright city »
transcrit toute sa sensibilité dans des titres folk-rock, pop, heavy
blues, aux riches ornements.
JEUDI :élevé
au son des big band d’Ellington, du bop, du free, Sun Ra s’est
créé un personnage hors norme, armé d’un Arkestra pétaradant,
une musique qui part des célébrations des premières tribus
africaines pour s’élever vers les galaxies les plus
lointaines.
VENDREDI :au
cinéma « Marty Supreme », l’histoire d’un
pongiste à l’égo démesuré qui
vit
dans son rêve (américain)
de
devenir champion du monde. Josh
Safdiefait
souffler un vent énergique et contagieux dans sa mise en scène,
Chalametfait
corps avec la caméra, du
grand cinoche !
👉 La
semaine prochaine,
chez
Pat du classic-rock avec un live de Emerald Moon, le blues de Tommy Castro chez
Bruno (mais allez savoir ?), la compositrice Louise Farrenc à
l’honneur chez le Toon, et au cinoche un casse hasardeux dans le
dernier Kelly
Reichardt.
Ce n’est pas un biopic du champion de tennis de table Marty
Reisman, dont s’inspire l’histoire, c’est beaucoup plus que
ça !
C’est l’histoire d’un looser magnifique, mais non
dénué de talent, qui fantasme sa gloire. Qui s’est mis en tête
de devenir champion du monde, sans l’aide de personne. Un type dont
l’arrogance confine au grand art. La caricature de l’american
dream, tout est possible si vous y croyez. L’action de passe en
1952.
En attendant la gloire, on découvre Marty Mauser vendeur de chaussures
dans la boutique de son oncle, pour gagner quelques dollars - et
besogner la femme d’un copain dans l’arrière-boutique - pour
financer son voyage à l’open de Londres. Il y fait des merveilles, véritable show acrobatique qui enthousiasme le public, mais se
ramasse piteusement en finale face au japonais Koto Endo. Il aura sa
revanche aux prochains championnats de Tokyo, s’il peut payer son
billet d’avion…
L’argent est un élément moteur du film. Aux US, pas de fric, pas de pouvoir. Marty
Mauser vit dans la dèche, car aucun emploi n’est digne de lui. Il fait
de la figuration avec les Harlem Globetrotters, des exhibitions
acrobatiques, joue contre une otarie pour amuser la galerie. Quand il
n’emprunte pas
du
fric au premier venu, il le vole ou escroque des
parieurs avec
un complice dans des rades du
New Jersey. Un p'tit côté L'ARNAQUEUR de Robert Rossen, avec Newman. Ce qu’il gagne, c’est surtout beaucoup d’ennemis. Marty vit
dans un rêve, le sien, rien n’est trop beau, trop grand. A
Londres, il va se plaindre au comité d’organisation pour être
logé dans un palace Hyatt. C’est qu’il lui faut une bonne
literie, un service de chambre, c’est quand même un futur champion
de monde ! La
douloureuse sera envoyée à la fédération...
Il
y rencontre Kay Stone, ancienne gloire du cinéma muet (Gwyneth
Paltrow, petit rôle, mais épatante). Qui a surtout pour qualité d’être la femme de Milton Rockwell, richissime
industriel. Marty embobine Kay Stone pour monter prendre un verre
dans sa chambre (dialogues brillants, ping-pong verbal de chaque
instant) ils deviennent amants occasionnels. S’il
vise le fric du mari (qui lui proposera un mécéna pour une exhibition commerciale, pfff, pas l'genre de la maison) Marty apprécie aussi les diams de madame, dont il
subtilise habilement
le
collier en plein coït sous la douche.
Si Marty Mauser est le moteur du
film - Thimothée Chalamet est de tous les plans - gravitent autour
de lui un tas de personnages secondaires (on y croise David Mamet ou Philippe Petit). C’est une des grandes
qualités de ce scénario, qui sans cesse insuffle et provoque des
rebondissements. Comme cette scène géniale dans un hôtel miteux où
Marty se planque de représailles. « 2,50$ la nuit, et pas de
douche ! » tonne le gérant. Et pour cause, les planchers
vétustes ne supportent pas le poids de la baignoire qui s’effondre,
écrasant les locataires du dessous, Ezra Mishkin et son chien !
Ce
qui nous vaut une séquence mémorable,
le cleps qu’il faut amener chez le véto, détournement du
fric de Mishkinqui
s’avère être un mafieux
(joué par le réalisateur Abel Ferrara), poursuite en voiture avec
des créanciers à cran, explosion d’une station service. Et plus
tard une pitoyable tentative de rançon qui va très mal
tournée.
Parfois, le film rappelle UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE de
Paul Thomas Anderson, où les scènes cocasses se suivent et se
bousculent à un rythme frénétique, où action, vaudeville, satire
et burlesque font bon ménage, avec un héros azimuté au centre des
enjeux. Comme PTA, Josh Safdie a tourné en pellicule 35 mn (gonflée
en 70 mn). Les époques se télescopent. Le film se passe en 1952 mais reprend la texture des films
des 70’s. Le légendaire chef op’ Darius Khondji y fait des merveilles, longues focales, zoom, travail sur les clairs obscurs. Et l'ensemble est orné de musiques des 80’s. Josh
Safdie n’hésite pas à balancer le plastoc compatible « Forever young »
d’Alphaville dès le début (sur fond de spermatozoïdes cherchant
l’ovule, explication à la toute fin…) et conclure par
« Everybody wants to rule the world » de Tears for
Fears.
Un patchwork musical qui puise aussi dans le classique ou le
doo-wop, digne des films de Martin Scorsese dont l’influence se
ressent aussi sur le montage, qui ne cesse de dynamiser le récit,
elliptique,
coupant
toute scène superflue ou décorative. Cette
mise en scène énergique
épate
par sa cohérence, proche des personnages (beaucoup de gros plans)
qui
ne
débande pas du début à la fin, épouse à merveille la trajectoire
du personnage, sans cesse en mouvement et hésitations. Une caméra au
diapason de son acteur, comme celle de John Schlesinger pouvait filmer le maigrelet Dustin
Hoffman dans MARATHON MAN. Thimothée Chalamet, la peau lardée d'acné (pas de Clearasil à l'époque ?), regard
troublé par ses verres de lunettes corrigés, porte le film sur sa
carrure de crevette.
Il y joue un personnage condescendant, égoïste
(on
est pas loin du personnage monomaniaque de WHIPLASH),
souvent abjecte. Voir
sa
réplique sur Hitler, qui contrairement à lui n’a pas fini le
travail, qui
sidère les journalistes : « Je suis juif, j’ai l’droit
d’en rigoler ». Très belle scène presque onirique du récit de son
partenaire, rescapé des camps, qui s’enduisait de miel pour ensuite
se faire lécher le corps par ses codétenus. Mauser est de ceux
qu’on
aimerait gifler à chaque scène. Josh Safdie exhausse nos vœux lorsque l'affreux jojo reçoit une fessée cul nul à coups de raquette
de ping-pong lors d’une réception où il avait eu l'outrecuidance de s'incruster.
MARTY
SUPREMEpeut exaspérer par son trop plein de tout. Moi, j’aime ce cinéma
généreux, qui déborde de partout, qui vous prend dès la première
scène pour ne vous relâcher qu’au dernier plan. Ce récit
picaresque qui s'affranchit des codes hollywoodiens, est
un film indépendant (à gros budget) produit par la société A24,
qui arrive après des ANORA,
EDDINGTON,
THE BRUTALIST, un renouveau de films d’auteur (qui sentent bon l'esprit Nouvel Hollywood ) à la fois exigeants et
grand public. Du
très bon cinéma américain.
couleur - 2h30 - format scope 1:2.39 pellicule 35/70 mn
« On ne comprend rien à l’époque moderne si on ne remarque pas
qu’elle est une lutte acharnée contre toute forme de vie
intérieure ». George Bernanos : La France contre les robots.
Regardez les donc marcher au pas sous les ordres d’un hurleur acéphale.
Tondus, habillés, rentrés dans le rang, le militaire découvre la volupté
d’abandonner toute volonté individuelle. Dans les rangs, certains
regrettent la douceur du foyer, la bonté d’une épouse ou l’affection d’une
mère.
L’armée représente l’idéal de la masse moutonnière, un monde où l’homme
se noie dans la foule, un univers où le cancer du conformisme triomphe.
C’est ainsi que, forcé de participer à la grande mascarade du service
militaire, la part la plus éveillée de la jeunesse en gardera une méfiance
viscérale pour les mouvements de foule et les dictats des modes
successives. Planté derrière son bureau avec l’assurance agressive de ceux
qui ne sortirent jamais du rang, un sergent recruteur observait le
spécimen qu’on venait de lui apporter avec un mélange de dégoût et de
mépris.
Quand il entendit cet oiseau rare disserter sur sa passion pour les astres
et les signes astrologiques, le rigoureux fonctionnaire en vint à
regretter l’époque où les bébés étranges étaient jetés du haut des
falaises pour préserver la grandeur de la société grecque. Lorsque l’homme
ajouta que son statut d’objecteur de conscience lui interdisait de porter
les armes, le diagnostic du recruteur fut sans appel : réformé pour
troubles schizophrènes.
Ainsi fut perpétué ce farouche rejet de l’originalité qui, dans l’armée
comme dans toute société moderne, tente de faire de la vie un chemin
unique et rigoureusement balisé. Malheur à celui qui osera s’éloigner
des mœurs du troupeau, la masse le tourmentera alors jusqu’à ce qu’il
daigne accorder le violon de son âme. Méprisé par ce recruteur, Herman Pool Blount
ne fut pourtant pas de ces éléments dysfonctionnels nuisant à la bonne
marche de la société. La philosophie de cet homme fut plutôt celle de
ceux ayant choisi le repli, la plongée en soi même, l’élévation dans
l’obscurité de la solitude plutôt que sous les applaudissements de
la masse.
Sa jeunesse, il la passa dans le silence monacal des bibliothèques où il
se passionna pour l’astrologie et les croyances tournant autour du cosmos.
Puis vint l’apprentissage de la composition, qu’il étudia avec un talent
lui valant le respect de ses maîtres. C’est que même les fusées les plus
imposantes commencent leurs périples sur la terre ferme et, avant
d’explorer sa musicalité cosmique,
Sun Ra devait apprendre l’art
de l’harmonie. Cet art, il le mit d’abord au service des big band,
symboles swinguant de la grandeur d’une Amérique triomphante.
Les big band furent les descendants des grands orchestres de la vieille
Europe, l’étendard d’une musique se modernisant sans perdre ses
prétentions artistiques. Rythmant les plaisirs des quartiers chauds de
Chicago, les grands orchestres de jazz donnaient de la classe à
l’hédonisme et de la grandeur à la volupté. De la pulsation de la basse au
miaulement langoureux des cuivres, en passant par les étincelles dansantes
du piano, la musique de ces orchestres était une invitation à savourer le
bonheur de vivre.
Arrivé à Chicago peu après que la grande muette l’ait rejeté,
Blount fit ses classes en
soutenant les envolées de l’aigle Coleman Hawkins et du faucon
Fletcher Henderson. Les deux hommes entraient alors de plein pied
dans l’air bop, dont les quintets et quartets avaient marginalisé les
grands orchestres. Les patrons de clubs ouvrirent ainsi grand leurs bras à
ces petites formations peu coûteuses, faisant progressivement des grands
orchestres de Duke Ellington et Count Basie les derniers
vestiges d’une époque révolue.
Blount ne jurait pourtant que
par les orchestres, seuls eux pouvaient entretenir une grandiloquence
digne de son mysticisme spatial. Se renommant
Sun Ra, il produisit ainsi une tripotée d’albums remettant les grandes
formations à la pointe de l’avant garde. Vint d’abord
« Jazz by Sun Ra »
(1956) et sa relecture euphorique du jungle rhythm
ellingtonnien.
Semblant retenir leur énergie libertaire, les cuivres de ce disque n’en
déploient pas moins un swing rajeunissant l’irrésistible gaieté du jazz
d’avant-guerre. Il fallait pourtant offrir à ce temps avide d’exploits
individuels une friandise à se mettre sous la dent. C’est que, suivant
l’exemple des indisciplinés Lester Young et Charlie Parker, nombre de saxophonistes surent s’émanciper de la tutelle tyrannique
de l’orchestre pour ériger des monuments à leurs gloires. « Saxophone colossus » de Sonny Rollins, « Soul station » de Hank Mobley, « Blue train » de John Coltrane, tous ces classiques firent des solistes les nouveaux maîtres de
l’époque.
Ainsi se révéla John Gilmore, ténor trop souvent oublié, virtuose ayant souvent accepté de fondre son
génie dans le chaos surréaliste de l’Arkestra. En cette fin de fifties où
Sun Ra s’accrochait encore aux
repères du jazz conventionnel, la tradition bop offrit à cet homme une
occasion qu’il s’empressa de saisir. Ainsi naquit
« Enlightment » (1959), lumineux courant cuivré où la mélodie de
Gilmore coule avec la grâce du
Nil abreuvant les premiers hommes. Nous étions alors à l’aube des sixties
et, dans l’ombre des luttes pour les droits civiques, les jazzmen allaient
faire naître la nouvelle musique de la liberté. Sensible lui aussi à cette
inspiration prenant ses sources au berceau de l’humanité,
Sun Ra acheva de canoniser son
saxophoniste en ouvrant l’album
« The nubians of Plutonia »
sur la mélodie d’« Enlightment ».
Ceux qui virent ensuite la pochette de cet album et ses sonorités
exotiques comme un ralliement de l’Arkestra
à la cause du black power furent ensuite bien déçus. Cette déception
explique sans doute que, comme nombre de mélomanes contaminés par la
bêtise racialiste, l’ex grand écrivain Marc Edouard Nabe ne perdit
jamais une occasion d’injurier ce grand gourou du jazz spatial. Au fond,
ces gens méprisaient Sun Ra
pour les mêmes raisons que le sergent qui le réforma. Planté dans le
cosmos tel un stack au milieu des mers, l’esprit de Sun Ra
fut inatteignable pour ses contemporains. Si le mouvement Free lui
servit à quelque chose, c’est avant tout à libérer toute l’excentricité
de son swing cosmique. Avant de définir son nouvel héliocentrisme, il
fallait trouver le soleil autour duquel tourneraient les improvisations
de l’orchestre.
Ce soleil fut d’abord le rythme, dont les échos grandioses posèrent le
plafond de sa fascinante « Magic city »
(1965). Puis vinrent les trois volumes de « The Heliocentric word of Sun Ra », véritable extension du domaine de la percussion jazz. Gilmore
se fit alors le chef de file d’une nuée d’étoiles filantes cuivrées se
glissant dans les espaces laissées par l’écho de percussions
caverneuses. L’homme se fit ensuite artificier sur le live « It’s after the end of the world »
(1970), ses chorus cataclysmiques sonnant tels des big bang annoncés
par une chorale d’illuminés cosmiques. Faisant ensuite du synthétiseur
le nouvel instrument phare du jazz moderne, Sun Ra
ne cessa ensuite d’entretenir avec son saxophoniste un dialogue hors du
temps. Mélodieuse sur « Media dream », « Cosmos », « Lanquidity » et l’apothéose tendre de « Sleeping beauty », cette discussion se fit plus intense sur les deux bourrasques
torrentielles de « My brother the wind vol 1 et 2 ».
Vint ensuite le plus connu « Space is the place », funk jazz atmosphérique porté commercialement par un film (John Coney, 1974) aux airs de pub XXL. Moins tubesque que l’excellent « On Jupiter » et moins aventureux que « The magic city » et autres « Heliocentric worlds », « Space is the place »
eut au moins le mérite de dessiner plus clairement le contour du mythe
porté par l’Arkestra. Ayant trouvé le bonheur dans ses rêves cosmiques, Sun Ra
rêvait que, tel le héros d’une nouvelle genèse, le peuple noir le suivrait
dans de grandes explorations cosmiques. Ainsi grandit une musique partant
des célébrations des premières tribus africaines pour s’élever vers les
galaxies les plus obscures.
Sun Ra eut beau penser qu’il
ne faisait pas partie du genre, son corps n’en était pas moins celui d’un
homme limité par la faiblesse d’un corps périssable. Victime d’une
première attaque en 1990, il décéda trois ans plus tard, laissant ainsi
John Gilmore conduire le
flamboyant vaisseau de son
Arkestra. S’il fallait résumer en quelques mots la grandeur de l’œuvre immense
qu’il laissa derrière lui, il faudrait commencer par reprendre ses propres
mots :
« Ma musique va d’abord faire peur aux gens. Elle représente le
bonheur et ils n’en ont pas l’habitude »
Ainsi fut la musique de l’Arkestra, prison de bonheur fusionnant le moderne et la tradition dans un feu
d’artifice mélodieux ou chaotique.
Une version, comment dire... bien barrée et survoltée du classique de Duke Ellington :