lundi 16 mars 2026

L’ÉCOLE DE DÉTECTIVES PRIVÉS DU LIMPOPO d'Alexander McCall Smith (2012) - par Nema M.


Sonia regarde des robes de mariée et tombe sur un modèle porté par une femme de couleur, bien enrobée. Nema jette un œil par-dessus l’épaule de Sonia et dit :

- Une femme corpulente du Bostwana est une femme de constitution traditionnelle, alors que d’autres, toute minces, ressemblent à des insectes brindilles…. J’aime bien l’expression "constitution traditionnelle". Je l’ai trouvée dans ce livre "L’école de détectives privés du Limpopo".

- Limpopo ? Quoi c’est ça ? demande Sonia…

- Le Limpopo est un fleuve. Quatre pays d’Afrique australe font partie du bassin du Limpopo : l’Afrique du Sud, le Bostwana, le Zimbabwe, et le Mozambique. Tout le monde sait cela. De même que tout le monde connait Gaborone, la capitale du Bostwana.

- OK, soupire Sonia, nous voilà repartis en voyage.


Gaborone

Bon, à dire vrai je ne connaissais pas du tout Gaborone avant la lecture de ce roman. Le Bostwana, à la rigueur je savais le situer en Afrique. Sans Plus. Et grâce à cette histoire de détectives privés, j’ai découvert une ambiance particulière, chaleur et poussière, une manière de se respecter et de s’apprécier avec une certaine élégance.

 

Mma Ramotswe, Precious de son prénom, est la propriétaire de l’Agence n°1 des Dames détectives. Imaginez une belle femme de constitution traditionnelle. Mma Grace Makutsi, jeune femme fiancée à Rra Phuti Radiphuti, est l’assistante de Mma Ramotswe, ou plus exactement elle est en passe de devenir son associée. Enfin presque. Il faut dire que Rra Phuti Radiphuti est le patron du Magasin des Meubles Double Confort. Le vrai grand magasin de meubles de Gaborone, avec des canapés comme on n’en voit pas chez nous, pouvant accueillir ces très belles constitutions féminines, de façon confortable. Grace vient d’un village pauvre et dans son enfance elle ne portait pas de chaussures. Donc elle est très fière d’être passée par l’Institut de secrétariat du Bostwana ! Et ensuite, ce fiancé si gentil (et si riche) ! Mais Grace garde les pieds (avec désormais de belles chaussures) sur terre. De son côté, Mma Ramotswe est mariée à Rra JLB Matekoni. Et ce n’est pas n’importe qui cet homme là : il possède le garage Tolkweng Road Speedy Motors et à ses côtés travaillent deux apprentis mécaniciens. Les bureaux de l’Agencen°1 des Dames détectives sont attenants au garage.  


Limpopo

Un jour Precious fait un rêve étrange : un étranger blanc sous un gros arbre semble lui tendre la main. Grace va partir dans des explications sur l’interprétation des rêves à la fois charmantes et complètement péremptoires. Car Grace est impulsive, un peu naïve et orgueilleuse (elle a quand même eu 97/100 à l’examen de l’Institut de Secrétariat du Bostwana). Une tasse de thé et tout rentre dans l’ordre. Precious et Grace boivent du thé, beaucoup de thé, il y a même un calcul très poussé fait par Grace à cause de la facture d’eau à payer.

 

Un jour Clovis Andersen passe par là et entre dans l’Agence n°1. Accueil avec thé, bien entendu, et surprise, ce Clovis Andersen est justement l’auteur de la "bible" de l’agence des Dames détectives :"Les principes de l’investigation privée". Quelle joie ! Quel honneur ! Mais Clovis Andersen n’a-t-il pas eu à traiter de bien plus grandes affaires que celles qui relèvent de l’Agence n°1 ? Mma Ramotswe est d’abord très intimidée puis, petit à petit, une forme de complicité s’établit et ils vont ensemble éclairer la sombre affaire de la Ferme des orphelins et du renvoi de la directrice Mma Potokwane.


Hum... constitution traditionnelle, miam miam

Ce n’est pas un roman noir, il n’y a pas de mort. Juste de petits tracas qui peuvent être effrayants aux yeux du jeune apprenti Fanwell. Ce garçon d’origine très modeste se laisse embarquer par un ancien camarade de classe dans une histoire de voitures à réparer, pas vraiment honnête. La justice est là. Si le palais de justice est imposant, l’avocat de Fanwell l’est beaucoup moins. L’équipe de l’Agence n°1 et celle du garage Tolkweng Road Speedy Motors vont tenter de démontrer l’innocence de Fanwell qui croyait juste rendre un service en réparant une voiture dans une cour. En vain. Mais un esprit facétieux vient sauver la mise de Fanwell, d’une façon, si ce n’est peu académique, à tout le moins redoutablement efficace. A noter que pour JLB Matekoni, il y existe des voitures malhonnêtes. Une manière de dire que certaines voitures, genre BMW, reflètent un peu trop le luxe (dans un pays riche grâce aux mines de diamants, mais dont 70% du territoire est désertique).

D’un côté le paraître, le luxe (avec la construction de belles maisons en briques de qualité…) et d’un autre une terre aride, le désert du Kalahari, dans lequel à 4h00 de Gaborone une pauvre route s’élance qui finit en piste ensablée. La camionnette de Mma Ramotswe s’y enlise au grand dam de Mma Makutsi, verte de peur, à l’ide qu’un lion pourrait survenir et les dévorer. Mais non, elles vont rencontrer deux ânes et leur maître, et tout ira bien.

Les pays voisins sont pauvres (sauf l’Afrique du Sud bien entendu). Il y a donc des quartiers pauvres avec la main d’œuvre discrète qui envoie sa paie à la famille restée au pays. On rencontre ainsi un maçon exploité par un promoteur on ne peut plus véreux…


Alexander McCall Smith est né au Zimbabwe en 1948. Avant d’être l’auteur de nombreux romans policier, c’est un juriste qui a entre autres enseigné le droit à l’université de Gaborone dans les années 80 et s’est spécialisé en droit médical et bioéthique fin du XXème siècle.

Merci à la traductrice Elisabeth Kern d’avoir su rendre l’humour de Mma Ramotswe.

 

Bonne lecture !

Editions 10/18  - 334 Pages 



dimanche 15 mars 2026

BEST-OF PLANÉTAIRE AVEC VUE SUR PANAME ET LA CORÉE (DU SUD)

 

MARDI : Pat Slade n'aime pas trop le Renaud post deprim'. Pourtant voici sa 3ème chronique sur le chanteur français aux textes originaux, sarcastiques et poilants, et à la gouaille à l'ancienne qui fit le bonheur de ses fans à la fin du XXème siècle. Retour en arrière en 1975 : Il a 23 ans et il sort son premier album ”Amoureux de Paname“, le pavé parisien, Montmartre, Montparnasse… Un petit air de Bruant… Et puis le titre Hexagone, révolté et interdit d'antenne. Nostalgie.

MERCREDI : Place à Bruno notre expert Rock, blues, etc. Aujourd'hui grandeur et décadence épiques du groupe Blood, Sweat & Tears avec en hit l'un de ses meilleurs albums de 1969 au titre original "Blood, Sweat & Tears". Un mélange de Jazz, mais aussi R&B / Soul / Funk"… Ça fiche la pêche dans tous les cas 😊.




JEUDI : Claude est parti chercher des documents de 1978 dans les caves de la Philharmonie de Vienne 😐 ? Il a chargé Sonia de rédiger un article suivant son intuition.  Le résultat : une chronique consacrée à une charmante 43ème symphonie de Haydn sous-titré "Mercure"🌡. On retrouve le style rédactionnel pétulant de notre assistante commentant sans chichi solfégique cette œuvre qui souffle le chaud et le froid … À la direction, le chef expert Adam Fischer.

VENDREDI : Luc se passionne pour le droit du travail en Corée (du sud) et notamment les bizarreries de la recherche d'emploi après licenciement… etc. (Luc est président à vie du Deblocnot). Son rapport : une chronique sur Aucun autre choix de Park Chan-Wook (2026). Un employé licencié en vient à dézinguer ses concurrents potentiels pour s’assurer un job. Adapté du roman de Donald Westlake, le réalisateur coréen pousse loin les curseurs de la férocité, mise en scène jubilatoire et inventive. Un régal ! (Film actuellement en salle)


LA SEMAINES PROCHAINE : une histoire de Détective privée au Botswana, un roman attachant lu par Nema M., Pat se frite avec Zombie (1978) de G. Romero, Bruno nous ferra une surprise, Claude Toon et son disque soi-disant Légendaire : Brahms par Mravinsky à Vienne, et le film Nuremberg vu et commenté par Luc…


🤔 Manque d'idée ? un accès de curiosité ? Pensez à consulter les superbes index parfaitement mis à jour au quotidien par le Toon, désigné webmaster volontaire autoproclamé !


BON DIMANCHE ET ALLONS VOTER (enfin si ça nous dit)


vendredi 13 mars 2026

AUCUN AUTRE CHOIX de Park Chan-Wook (2026) par Luc B.


Cette pépite déjantée nous vient de Corée (du sud), réalisée par Park Chan-Wook, auteur du fameux OLD BOY (2003) et plus tard de MADEMOISELLE ou DECISION TO LEAVE

La genèse du film est assez rigolote. Park Chan-Wook s’entretenait avec Costa Gavras, président de la cinémathèque française, lui racontant son souhait d’adapter à l’écran le génial roman LE COUPERET du non moins génial Donald Westlake. Quand Gavras lui apprend qu’il a déjà adapté ce bouquin en 2005, avec José Garcia et Karine Viard ! AUCUN AUTRE CHOIX sera produit par… Alexandre et Michèle Ray Gavras, respectivement fils et épouse du réalisateur.

Le synopsis est simple. Un type licencié de son entreprise, craignant de ne pas retrouver de poste, décide d’éliminer ses potentiels concurrents. Il passe une annonce de recrutement, sélectionne les profils proches du sien, et les dézingue un par un ! C’est-y pas génial ?

Un film en deux mouvements. D’abord un drame social maquillé en farce. Yoo Man-soo aime son travail, sa maison, ses bonsaï, fier de faire vivre sa famille adorée. Mais son entreprise de papiers est rachetée par un consortium américain, qui liquide le personnel. Yoo Man-soo prend la tête de la fronde. On entend en off son discours revendicatif, devant une foule qu'on imagine conquise. Mais à l’image, le type rôde ses arguments face à trois collègues qui s’en branlent complètement ! Pathétique. 

Yoo Man-soo vit avec sa femme et ses deux enfants dans une belle maison. Un couple qui respire la joie de vivre, gentiment barré, avec un ado accroc à Netflix et une gamine chaussée de bottes en caoutchouc, mutique et virtuose du violoncelle. Mais avec papa au chômage, il va falloir réduire la voilure. Scène fameuse où la mère égrène ce dont il va falloir se séparer, la liste est longue, qui se finit par : « il va falloir aussi réduire le nombre de bouches à nourrir ». Regardez comme le môme étreint sa petite sœur par réflexe, comme s’il s’agissait d’elle ! La mère parlait des deux chiens…

Le ton est donné, la comédie sera satirique, grinçante, cruelle. On pense au Bong Joon-Ho de PARASITE, dans la critique sociale et politique mâtinée d’humour noir, et l’émergence soudaine de la violence la plus brutale. On a le sourire aux lèvres à chaque instant, émerveillé d’être surpris par chaque scène, chaque plan, chaque trouvaille. On aime ces personnages lunaires, ce p’tit grain de folie, l’épouse aimante, la gamine adorable (merveilleuse scène lorsqu’elle rejoue du violoncelle devant les deux cleps ) et ce père perclus de tics, cartoonesque dans son jeu, qui suinte le désespoir euphorique, sans cesse à donner le change, prêt à tout pour sauver sa famille de la déchéance sociale.

Face au précipice, il n'aura pas d'autre choix. Le film bascule dans la comédie noire, le polar sanglant. Le plan machiavélique est mis au point avec autant de rigueur que son exécution sera foutraque ! Rien ne va évidemment fonctionner comme prévu. On ne s'improvise pas tueur à gages quand ce n’est pas votre occupation première… 

Toute la séquence de repérage de la première victime, qui vit dans une maison dans les bois, est fabuleuse, qui tient du vaudeville - l'amant n'était pas prévu ! - comme du burlesque, avec cette piqûre intempestive de serpent, et ce tueur qui doit sa vie à sa future victime ! 

La seule chose qui ne tue pas ici, c'est le ridicule. Yoo Man-soo, habillé d’une salopette de pêche, de trois gants de cuisine superposés (en guise de silencieux ?) armé d’un antique flingue de la guerre, va cent fois sur le métier remettre son ouvrage. Le premier crime, foutraque, rappelle la scène centrale et folle de ANORA de Sean Baker.

Ces disparitions suspectes de chômeurs de mêmes profils professionnels piquent la curiosité de deux policiers. Et leur enquête pique celle de la femme de Yoo Man-soo qui suspecte le pire. Elle commence à douter de l’honnêteté de son époux au même moment où lui doute de celle de son épouse, un peu trop proche de son dentiste de patron. La scène du bal dansant est géniale, elle dans son costume de Pocahontas au bras du dentiste, faute d'un mari occupé à d'autres besognes. Et puis il y a ce voisin libidineux qui veut racheter leur maison, qu’on retrouvera plus tard, quand les gamins seront pris à dévaliser son commerce. Scène qui renvoie à la scène de la machine à écrire dans LES 400 COUPS de Truffaut.

Alors oui, le film est sans doute trop long. Et se complet parfois dans le gore (le gavage de la victime). C’est le seul reproche que je ferai. Par rapport au roman, il y a moins de meurtres (ici trois) mais davantage étirés dans leur préparation / exécution. Sans doute Park Chan-Wook aurait pu élaguer sur la fin, suggérer plus que de ne rien nous épargner de l’agonie de la dernière victime. Par contre, la ligature de cadavres conforme à l’art du bonsaï, quelle idée géniale !

Ce qui est jubilatoire, c’est évidemment la mise en scène. Un feu d’artifice, on en a plein les mirettes ! Park Chan-Wook trouve des idées à chaque plan, des angles saugrenus, des mouvements de caméra intempestifs. C’est cette caméra intrusive et insolente qui désamorce sans pour autant l'atténuer la violence du propos, comme celle de Kubrick dans ORANGE MECANIQUE, par ce décalage burlesque, chorégraphique. Park Chan-Wook maîtrise superbement l’espace, les cadres, utilise à plein le format scope, montre la petitesse de l'humain dans ses plans larges, les dernières scènes à l'usine renvoient autant au METROPOLIS de Fritz Lang qu'à l’absurdité des TEMPS MODERNES de Chaplin.

AUCUN AUTRE CHOIX est un film radical dans son ton, qui pousse loin les curseurs, féroce et déjanté. Parfois too much, oui, mais d’autant plus indispensable que totalement amoral ! Et doté d’une superbe bande son, entre le concerto n° 23 de Mozart, la soul de Sam & Dave, la pop coréenne des années 80.

Superbe aussi, le générique de fin, sur papier, montage parallèle avec ces arbres qu'on abat à la tonne. Le film est aussi une ode à l'écologie, au plaisir simple, la danse, le jardinage, la musique, aux disques vinyles.

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Du même auteur, chroniqué dans ces colonnes : DECISION TO LEAVE

 


couleur - 2h20 - format scope 1:2.39 

jeudi 12 mars 2026

HAYDN – Symphonie N°43 "Mercure" (1771) - Adam FISCHER (2001) – par Sonia de Guéménée


- Salut Pat, c'est la semaine de Benjamin et Luc n'a pas eu le temps de préparer sa chronique. Claude vient de m'appeler depuis Vienne (il écume des manuscrits poussiéreux dans les caves de la Philharmonie) et de me demander d'improviser un billet… Là je suis mal… T'as une idée…

- Waouh ma biche, quand on voit l'index classique et le millier d'œuvres déjà commentées, je comprends ton angoisse… faut pas un truc long, une œuvre classique, sympa, pas de philo… Humm voyons… J'pense à une p'tite symphonie de Haydn, sur les 104, Claude n'a pas tout chroniqué, on regarde…

- T'es Sympa, merci…

- Ah voyons ma Sonia, on a déjà : les six parisiennes au complet, les londoniennes sont ambitieuses, les principales du Sturm und Drang sont aussi présentes… Ma parole, à force, on va tirer au sort dans la liste sur Wikipédia…

- Tiens Pat, y en a une, la 43 qui s'appelle "Mercure", elle a sans doute un style cosmique ?

- Pourquoi pas, elle va peut-être faire monter la température, haha…

- Ou refroidir les lecteurs ! hihi… Ok je me lance, tu me donneras ton avis…


Mercure par Hendrick Goltzius (1610)
 

Mince, pas de chance, la jaquette est hideuse, elle me rappelle de mémoire celle de 1963 pour la 9ème symphonie de Beethoven par Karajan (clic)… Pourtant pour Mercure, il y a du choix. J'irai vérifier l'origine du sous-titre… En attendant, je mets du traditionnel : soit le Dieu* romain qui était un facteur ailé portant les messages avant l'invention des emails, soit la planète (façon Holst). Hehe, je maîtrise les Clic, M'sieur Toon m'a bien coaché. Il est beau ce mec… non, pas le Toon, le Dieu du tableau. Bon je m'égare, pas de digression…

(*) Hermès en grec, même métier, un cumulard. Et puis avec ce que je gagne au blog, vous imaginez pas que je me fringue chez Hermès Luxe quand même…

- Heu Sonia, je lis par-dessus ton épaule… On a dit pas de digression vraiment hors sujet !!!!

- Ok Pat, désolée…

Et bien c'est pas avec les trois lignes sur Wikipédia en français, que je vais avancer… Waouh, en allemand c'est un roman fleuve ! Enfin, hop un petit coup de traduction (Merci Chrome) et je prends des notes… ("Mercure au Chrome"), désolée pour ce calembour nul, je sors… pfff !

Pour la biographie du compositeur autrichien qui a vécu 77 ans (pas mal pour l'époque), je ne ferai pas mieux que Claude dans sa chronique sur un brelan de symphonies londoniennes (3 parmi les douze dernières composées lors du second voyage à Londres) dirigées par le truculent chef british Sir Thomas Beecham (Clic).

Pour la vidéo, j'ai pris la première venue sur YouTube, un disque de Adam Fischer, chef d'orchestre qui a gravé pour le label Nimbus l'intégrale des symphonies de Haydn, une grosse boîte de 33 CD plus récente que celle d'Antal Dorati des années 60-70 que Claude avait retenue pour parler des six symphonies "parisiennes", l'"Ours", la "Reine", etc… de mémoire des symphonies énergisantes. Et puis pour ce coffret d'Adam Fischer, des centaines de commentateurs d'Amazon le trouvent à 95% génial… alors.

Je tord le coup à cette histoire de "Mercure". Jamais le grand Joseph n'a sous-titré sa symphonie avec le nom du dieu-planète. Un seul intérêt, c'est plus pratique quand on la cherche dans une boîte de 33 CD que ce numéro 43 dont, honnêtement, on ne se rappelle jamais… Ce sous-titre aurait été attribué soit lors de l'utilisation de la symphonie pour une comédie ballet mettant en scène Mercure, un spectacle mythologique typique de l'époque et organisé chez le Prince Esterhazy, l'employeur de Haydn de 1766 à 1790. La première trace de cet intitulé date en fait de 1839… Bref, on ne va pas passer la semaine sur cette énigme…



Adam Fischer

Adam Fischer est né en 1949. D'origine hongroise il a fait ses études au conservatoire Franz Liszt de Budapest. Il est le frangin d'Iván Fischer beaucoup plus connu sur la scène internationale et écouté dans ce blog dans La "pastorale" de Beethoven et les "danses hongroises" de Brahms. Nota : Adam et Iván sont de fervents opposants au dictateur Viktor Orban. Adam a d'ailleurs démissionné de son poste de l'opéra de Budapest en 2010 ! Cela dit, spécialiste des œuvres de Haydn (une évidence à lire mon texte), Mozart, Wagner et Bartok, il n'est ni au chômage ni en prison mais dirige depuis 2015 comme chef d'orchestre principal l'Orchestre symphonique de Düsseldorf. Il y a été nommé pour jusqu'en 2030.

Sinon Adam Fischer a beaucoup œuvré sur les scènes lyriques européennes…  

Il a créé en 1987 l'Österreichisch-Ungarische Haydn-Philharmonie pour enregistrer cette intégrale Haydn.

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Si j'ai tout compris, cette symphonie sans programme précis date de 1771, soit de la période dite du Sturm und Drang (Orage et Passions) époque où Haydn compose des symphonies aux titres bien connus : "Passionne", "Funèbre", "Adieu", etc. (Index). Elle dure 25 minutes, comprend comme toujours quatre mouvements et sa tonalité est en mi bémol majeur, donc pas dramatique je crois. L'orchestre est réduit : deux hautbois, deux cors et (ça me fait penser à des symphonies de jeunesse de Mozart, ou à la sinfonia concertante pour violon et alto). Claude pourrait confirmer. Un basson peut être ajouté et joue à l'unisson avec la ou les contrebasses et les violoncelles. Un continuo de clavecin est possible. J'ai juste regardé la (Partition) pour confirmer la formation instrumentale. Je suis pas douée en solfège…

Formée à l'école Toon, je rappelle ce qu'est le Sturm und Drang. Il s'agit d'un mouvement intellectuel allemand influencé par les Lumières en France. Écrivains et compositeurs s'interrogent sur la finalité d'une œuvre, est-ce uniquement un divertissement ou doit-elle exprimer des émotions plus intimes, des pensées philosophiques, c'est précurseur du Romantisme… Claude en a souvent parlé dans ses chroniques, justement pour Haydn.

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Aie j'arrive à la partie consacrée à une analyse thématique en guise de guide pour faciliter l'écoute de l'ouvrage. Bigre sans Claude et sans savoir parcourir la partition qui s'affiche dans la vidéo, je suis mal 😓. Je me contente d'essayer de formuler mes impressions…

Salle Haydn au palais Esterhazy

[00:00] 1. Allegro : J'ai lu dans Wikipédia que le groupe thématique comprend les 26 premières mesures en quatre motifs 😟 ! Claude SOS. C'est vrai qu'à bien y regarder, l'intro est un accord musclé noté [f] que l'on retrouve plus loin mais que deux fois, j'y comprends rien.  J'ai appelé Claude au téléphone.  "Mouais Sonia, c'est farceur venant de Haydn, tu penses. Cet accord puissant marque le début des deux première phrases (motifs). La 2ème à [00:11]. Puis la 3ème débute à [00:16]. La 4ème à [00:24] mais sans cet accord, juste après un soupir 𝄽 à l'unisson de l'orchestre, regarde au 2ème et 3ème temps de la mesure 14...". 😟. Heureusement, il a ajouté : "Limite toi à parler de tes sentiments, ces phrases constituent le grand bloc thématique A, il n'y a pas de thème B. Haydn l'imaginatif facétieux ne respecte pas la forme sonate usuelle, c'est sans importance… À plus Sonia, bises".  Holà, ô que oui chef, on s'en fiche 😊 !

Les accords des premières "phrases" me font penser aux "trois coups" au théâtre. Par contre, j'entends à partir de [00:38] une chevauchée dans une forêt… Le rythme est allant, et par-ci, par-là, la mélodie change de style entre gaieté et élégie… J'aime bien cette fantaisie. Tiens, à [02:08], on retourne au début, sans doute la fameuse reprise du truc sonate. Bref, cette musique me met de bonne humeur… c'est chouette et vivant… J'ai l'impression que l'accord assené au début et répété pourrait servir de rythmique pour un ballet… qui a peut-être eu lieu comme le dit une légende…

[07:16] 2. Adagio : Me voilà cheminant dans une procession, non plutôt une ballade tranquille, main dans la main, avec mon copain Ferdinand, c'est plus mon genre ça. On accélère le pas… On entend bien le cor en arrière-plan. Je ne comprends pas bien les explications ésotériques du professionnel qui a rédigé l'article wiki en teuton. On entend plusieurs fois les cors bomber le torse, excusez moi pour cette trivialité. Il y a beaucoup d'intimisme dans cet adagio…

[16:03] 3. Menuetto & Trio : Une mélodie trépidante est répétée deux fois, je ne sais pas danser le menuet, dommage, ça semble élégant et mondain. [17:38] le trio (en do mineur d'après Wiki) sonne cantabile (chantant, je m'essaie aux mots savants empruntés à mon mentor), avec des hautbois et des cors trop discrets à mon avis… Prise de son ?

[19:18] 4. Finale. Allegro : Très allègre, le final me fait penser à ce qu'on appelle un petit concerto pour orchestre, orchestre de chambre ici. Haydn offre à chaque pupitre son petit solo personnel. Une musique pleine d'énergie…

 

- Ah le conseil d'écoute au casque. Il faut aller bidouiller le code HTML dans les entrailles du blog. On me demande de drôles d'exploits. Mais j'ai un classeur lutin avec les différentes recettes données par Le Toon. Et j'ajoute une photo de la planète Mercure pour la déco et les amateurs d'horoscopes 😊.

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 


- Ah au fait la note. Claude Toon m'a dit de mettre 4/6