jeudi 13 mai 2021

THE BEACH BOYS "Pet sounds" (1966) par Benjamin

Nous sommes en 1965 et la pop est au sommet de sa popularité. Elle permet à la génération du baby-boom d’enterrer le souvenir de la seconde guerre mondiale, tout en oubliant la troisième, qui semble pouvoir survenir à tout moment. A l’heure où le rock a conquis le monde, la rivalité entre deux groupes occupe tous les esprits. Je ne parle pas de l’éternel cliché Beatles / Stones, coup de publicité génial que tout le monde a pris trop au sérieux.

Les Stones et les Beatles n’ont jamais été rivaux, ils se concertaient d’ailleurs pour éviter de sortir leurs albums en même temps. Ils représentaient plutôt les deux faces du rock anglais, les Stones symbolisant sa réinvention du blues ricain, pendant que les Beatles portaient le drapeau du progressisme anglais. Et puis, jusque 1966, les Beatles étaient au-dessus de toute concurrence. Depuis leur arrivée aux Etats Unis, en 1964, ils colonisent les charts américains sans qu’aucun groupe local ne puisse les renvoyer au pays. Seule exception, les Beach Boys ont su conquérir le cœur d’une jeunesse hédoniste. Sur toutes les radios du pays du rock’n’roll, leurs hommages à la chaleur du soleil californien et à la beauté des gourgandines locales tournent en boucle. Mélange de doo wop et de rhythm’n’blues, le tout servi par des chœurs à faire rougir le groupe de Paul McCartney, leur surf music est le big bang qui donnera naissance au California sound.

La grande question des sixties n’est donc pas : Etes-vous plutôt Stones ou Beatles ? Mais êtes-vous plutôt Beatles ou Beach Boys ? 1965 est aussi l’année où les Beatles enclenchent une évolution majeure pour la pop. Le groupe vient alors de sortir « Rubber Soul », disque où ils commencent à écrire des mélodies plus aventureuses, et font entrer des instruments tels que le sitar et clavecin dans leur rock avant-gardiste. Mais surtout, un soin particulier est apporté à chaque titre de l’album, dont les chansons défilent avec une fluidité incroyable pour l’époque.

Dans son studio, Brian Wilson écoute le dernier exploit de ses rivaux avec admiration. Il comprend vite que le duo Lennon McCartney vient de monter le niveau d’un cran. Pour rester au sommet, il ne suffit plus de créer une mélodie entêtante, il faut désormais construire une œuvre. Ce virage tombe bien, Brian Wilson vient justement d’arrêter les tournées. Effrayé par les voyages en avion, le petit gros du groupe ne pouvait plus décoller. Disposant de chanteurs assez doués pour se passer de sa voix, les autres membres acceptent qu’il se contente de composer les chansons.

Isolé dans son studio, notre Mozart pop écrit 13 partitions, qu’il fait jouer par une série de soixante musiciens. Ses textes ont grandi en même temps que sa musique, leur mélancolie exprime désormais le difficile passage de l’enfance à l’âge adulte. Pour emballer sa pop introspective et symphonique, Brian Wilson reproduit les échos grandiloquents inventés par Phil Spector. Dans cette grotte merveilleuse, une puissante frappe de batterie nous ouvre les portes d’une pop exigeante, d’une musique populaire élevée au rang d’art majeur.

« La pop est la musique classique du 20e siècle » disait Paul McCartney, il ne pouvait pas deviner que ses rivaux seraient les premiers à lui donner raison. Pour alléger un peu la gravité de son œuvre, Brian Wilson la ponctue de bruitages divers, mirages sonores symbolisant des souvenirs en train de s’effacer. Bruit de sonnette, cris d’animaux, tous ces sons forment les rivages déjà lointains de l’enfance. McCartney lui-même écoutait en boucle ce « Pet Sounds » ému aux larmes par sa poésie symphonique. Parmi tous les joyaux du disque, McCartney retiendra surtout « God only know » qui reste selon lui la plus grande chanson pop de tous les temps.

Tout est parfait sur « Pet sounds » de la grâce de sa pop baroque à la beauté poignante de ses chœurs somptueux. Chaque titre est un diamant taillé avec la finesse du plus grand joaillier de la musique, une grotte d’Ali Baba où les ritournelles s’épanouissent dans des échos divins. Cet exploit est d’autant plus exceptionnel, que même son auteur ne parviendra jamais à le reproduire. A sa sortie, « Pet sounds » ne se vend pas, les américains n’étant pas prêts à abandonner leur insouciance pour cette symphonie introspective. Brian Wilson n’accepte pas cet échec, et tente de dépasser son chef d’œuvre incompris. Les heures qu’il passe en studio le rendent à moitié fou, et son génie étouffe sous ses ambitions démesurées. Son label met finalement fin à son calvaire en publiant les quelques bandes utilisables sous le titre « Smile ».

Les amateurs de pop ne cesseront d’écouter cette œuvre inachevée, cherchant dans ce brouillon quelques traces du génie de son auteur. La version définitive, Brian Wilson la sortira finalement en 2004, sans ses garçons de plage. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes, prouvant ainsi que Brian avait mis toute son énergie dans « Pet sounds ». Entre temps, les Beatles se seront inspirés de sa pièce montée pour bâtir le monumental « Sergent Pepper », disque qui les place définitivement au-dessus de toute concurrence. L’histoire retiendra finalement que le rock est devenu mature grâce à la symphonie d’un petit gros génial. Encore aujourd’hui, « Pet Sounds » est un disque dont la beauté fascine, une perfection qui semble dépasser le cadre de la pop.

Les vieilles formules sont une prison étroite, dont le rock post « Pet sound » ne cessera de s’échapper. 


mercredi 12 mai 2021

JOANNA CONNOR "4801 South Indiana Avenue" (2021), by Bruno

 


     Dans les années 90, elle était l'une des guitaristes de Blues-rock les plus en vue. Sa technique infaillible de la slide, doublée d'une fougue étonnante, l'amenait à être considérée comme le pendant féminin du Johnny Winter de la grande époque. Et puis, au début du siècle, elle disparaît des écrans radars. Sa signature sur un modeste label indépendant - qui n'a pas les moyens de diffuser correctement ses disques à l'intérieur de ses propres frontières - finit de l'enterrer. En Europe, on la croit retirée à jamais de la musique ; au mieux, on l'imagine s'échiner dans de petits clubs mal aérés, au plafond bas, où les odeurs de graillon se mêlent à celles de la bière et de la sueur.


   Cependant, depuis une poignée d'années, grâce à quelques amateurs conquis qui diffusent sur internet diverses séquences captées live, on découvre non seulement que la dame n'a pas vraiment raccroché, mais qu'en plus elle a toujours largement de quoi rabattre leur caquet aux frimeurs de la guitare slide.

     Joanna Connor est née le 31 août 1962, à Brooklyn, mais c'est à Worcester (Massachusetts) qu'elle grandit. Enfant déjà, elle s'éprend du Blues. Sa mère, elle-même passionnée de musique, lui fait découvrir très tôt le Blues, ainsi que le funk, le Jazz, le Gospel et le Rock. Plutôt que de renforcer son infantilité en lui bourrant le crâne de comptines et de chansonnettes de type Disney, elle fait le choix de lui ouvrir l'esprit en lui faisant découvrir la (bonne) musique populaire. Ainsi, à seulement dix piges, la petite Joanna assiste médusée à un concert de Buddy Guy. Telle une épiphanie, cette prestation lui donne envie d'être musicienne, sachant qu'elle chante déjà naturellement depuis longtemps. Elle débute par le saxophone (qu'elle ne lâchera pas jusqu'à ses vingt ans) et enchaîne avec la guitare. Et à 17 ans, elle commence à se produire professionnellement. Sérieusement passionnée par le Chicago-blues, à vingt-deux ans, elle prend ses cliques et ses claques et part s'installer dans la Windy City. Là où elle pourra totalement s'immerger dans la musique qui la fait vibrer, côtoyant ses idoles tout comme la nouvelle génération. Tout en continuant ses études... autant que possible. Elle intègre rapidement le groupe de Dion Payton avec qui elle joue régulièrement au Chckerboard Lounge, appartenant alors à Buddy Guy. Aucune faveur, aucun cadeau, ce n'est que par ses compétences et son abnégation qu'elle s'impose progressivement et gagne le respect de ses pairs et des "anciens". C'est ainsi qu'elle finit par jouer avec une bonne partie du gratin du Chicago-blues encore en activité. Otis Rush, Junior Wells, Son Seal, Buddy Guy, Hubert Sumlin, Pinetop Perkins, Koko Taylor, Magic Slim, Lonnie Brooks. Pour elle, c'est comme un rêve éveillé. En 1988, elle se lance en solo.


     Le label indépendant Blind Pig lui propose un contrat et en 1989 parait son premier disque, "Believe It". Loin d'un timide essai, l'album dévoile une excellente musicienne au jeu volcanique et tranchant, qui doit donner des sueurs froides à tous les guitaristes du Mid-west. Les vétérans comme la bleusaille. Mais en plus, en dépit de son aspect menu, elle est capable de chanter le Blues avec force, autorité et aplomb. Sans avoir besoin de forcer sa voix.

     Son Blues n'est cependant pas tourné vers le passé, ce qui irrite les "gardiens du temple" et ce qui lui vaut parfois d'injustes critiques dans la presse (aux USA comme en Europe). Les WC Handy du Blues l'ignorent carrément. C'est que la demoiselle a toujours eu les oreilles grandes ouvertes et ne s'est jamais imposée de limites. Ainsi, au milieu des héros du Blues, se sont incrustés les James Brown, Neil Young, Eagles et Led Zeppelin, presque comme s'ils étaient tous de la même famille.   

     Et puis en 2005, après deux albums sortis sur un modeste label indépendant et passés inaperçus, elle s'arrête ; elle s'octroie une longue pause pour se consacrer à sa fille.

     En 2014, la vidéo d'une prestation au festival de Blues Atlantic North de 2014, devient virale. Le monde semble se réveiller autour d'elle, la découvrant avec surprise, comme si c'était une nouvelle artiste... Des tourneurs et festivaliers la contactent, des entreprises de matériel aussi, des employés de chaînes de télé dont "America's Got Talent"... 

      Elle amorce un retour discographique en 2016 avec le diversifié "Six String Stories" qui, tout feu tout flammes, part un peu trop dans tous les sens. En 2019, "Rise", tout autant empreint de Blues que de (soft) jazz et de Rock, la montre sous un meilleur jour.

Joanna & Joe (2019)

     Enfin, en 2019, Joanna, constatant que Joe Bonamassa relayait certaines de ses vidéos, lui envoie ses coordonnées. Bonamassa la contacte  et d'un commun accord, avec un troisième acolyte, le guitariste Josh Smith (un adepte de la Telecaster), ils décident d'enregistrer un pur album de Blues. Ce sera "4801 South Indiana Avenue", en hommage à l'un des grands clubs historiques de Chicago, le Theresa's Lounge, aujourd'hui fermé. Dire qu'il fut un temps où c'était Bonamassa qui faisait la première partie de Connor.

     Ainsi, avec ce dernier disque, Joanna effectue un retour à ses fondamentaux. A ce fameux Chicago-blues qui l'avait incité à faire le grand saut vers une carrière professionnelle, puis à déménager pour poser ses guêtres dans le chef-lieu de l'Illinois (effectivement, la capitale de l'Illinois est Sprinfield, mais la ville la plus peuplée reste Chicago - 3ème ville des USA par sa densité -). On pourrait légitimement reprocher qu'il n'y a aucune composition originale. D'autant que misses Connor a toujours, jusqu'alors, fait l'effort de proposer un répertoire majoritairement personnel. Toutefois, au contraire d'une majorité d'albums - dont les auto-proclamés "hommages" au Blues et à ses musiciens -, Bonamassa, Connor et Smith ont fait fi des classiques rabâchés (jusqu'à parfois frôler l'écœurement), connus de tous. Ici, les classiques se réduisent à une peau de chagrin ; et encore, rien de connu du "grand public".

     Que les amateurs de Blues les plus misogynes et les plus bornés se rassurent : en aucune façon il ne s'agit d'un Blues poudré et en talons aiguilles, ni même parfumé de capiteuses essences de fleurs. Bien au contraire, ce serait même du solide et du raide. Du viril ? De quoi ébranler le stupide sentiment de supériorité masculine qui, aujourd'hui encore, peine à s'extirper de l'esprit (étroit) de certains musiciens ou mélomanes. C'est qu'aussi, les deux autres lascars, - non pas Rancho et Pancho -, Joe et Josh, se sont entendus pour camper sur leurs positions ; à savoir, faire en sorte que misses Connor retranscrive en studio l'énergie et la présence qu'elle déploie sur scène. Et nom di diou, y'a pas à dire, mais elle envoie, la donzelle. Vingt dieux ! C'est du brut !

     D'entrée, sans préliminaires, la dame décoiffe dès les premières secondes avec un chorus infernal de slide tronçonneuse, rapidement rattrapé par une orchestration boogie en mode rouleau compresseur. Sur lequel un piano honky-tonk nerveux apporte un brin de fraîcheur, avant qu'il n'y ait combustion spontanée. En duo avec Jimmy Hall au chant, elle dynamite le "Destination" des Nighthawks de Jimmy Thackery. Evidemment, Joe a entraîné à sa suite Reese Wymans, - le claviériste que l'on ne présente plus, riche d'une carrière qui remonte aux années soixante (premier single en 68, avec les Blue Messengers (1)) - qui paraît avoir retrouvé la jeunesse de ses vingt / trente ans. A lui seul, il remonte le temps et plante le décor d'un club de Chicago-blues enfumé et plein à craquer pour "Come Back Home". Connor, comme à la maison, n'a alors plus qu'à envoyer quelques soli telle une scie sauteuse émoussée, éparpillant les copeaux de bois façon puzzle. 


   Mais la dame peut aussi s'écarter des rythmes torrides du boogie pour verser dans le slow-blues avec une pompe dramatique qui semble lui sortir des tripes. Du vécu. Le classique de Luther Allison, "Bad News is Coming", raccourci en "Bad News", prend ici du poil de la bête. Déjà par la basse énorme de Calvin Turner (2) qui semble être un poil boostée par une douce fuzz, bien sûr par la slide monstrueuse et avide de Joanna, mais aussi par sa voix quand elle rugit comme une lionne blessée. Un titre qui lui tient à cœur, exprimant le profond respect qu'elle garde pour le musicien avec qui elle a traversé l'Atlantique pour l'accompagner en tournée en Europe. Un second robuste et chaud slow-blues émaille cet opus : "Part Time Love" de Little Johnny Taylor (écrite par Clay Hammond). Un classique de Chicago, quasiment un passage obligé de tous les groupes de clubs de la ville, mais généralement ignoré en dehors de l'Etat, que Joanna espère faire redécouvrir. (Ann Peebles en avait fait une version Soul plus tempérée).

   Autre traitement aux anabolisants sur le Boogie "I Feel So Good" de Magic Sam, où Joanna restitue la verve et la gouaille du Johnny Winter des seventies. Un véritable festival de slide de "the Queen of the slide guitar". On a l'impression que les deux loustics - non pas Tic et Tac, Joe et Josh - sont transis d'admiration. D'ailleurs à deux reprises, ils taisent leur six-cordes pour profiter pleinement de cette "tornade blanche". Tous deux ont laissé leur ego de côté, n'étant là que pour déblayer la route à la dame et profiter de la fête. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Joe fait preuve de discrétion, ne mouillant la chemise que pour mettre en valeur la personne qu'il accompagne. Sur "Please Help" de J.B. Hutto, elle devient le médium permettant à l'esprit de Stevie Ray Vaughan de revenir parmi les vivants, pour communier dans un déluge de notes créant une vibration hypnotique.

   Seul titre original, "It's My Time", une composition de Josh Smith, plutôt à contre-courant de l'esprit dominant de l'album, qui s'avère néanmoins comme l'une de ses pièces maîtresses. La basse de Calvin, qui sature toujours les fréquences comme un saligaud 😁, à croire que ses baffles sont percées ou défectueuses, restitue une ambiance à la Fleetwood Mac ère Peter Green (entre "Rattlesnake Shake", "Looking for Somebody", et "I Loved Another Woman") sur laquelle Joanna paraît raconter sa vie, espaçant ses anecdotes d'un "it's my time" langoureux et résolu. Ambiance irréelle de solitude, de la sensation d'être transparent, bien qu'étant sur une estrade dans un groupe, jouant devant un parterre de gens plus intéréssés par leur insatiable besoin de paraître, de se faire valoir (un voile de conversations de bar sert de toile de fond) que par les pauvres hères qui s'évertuent à jouer leur musique, à s'offrir, dans une éhontée et irrespectueuse indifférence. "Quarante ans, c'est long, mais je voulais juste ce qui était à moi".

     Tout le long de l'album, Joanna et ses chevaliers servants dynamisent ces reprises, leur donnant une force et une amplitude qui les amènent à danser avec le Blues-rock. Sans jamais tomber dans les dérives de ce dernier. C'est-à-dire sans jamais se complaire dans des soli inutilement étirés. Et même si quelquefois Joanna ne résiste pas au plaisir de resservir une louche ou deux de slide généreuse, - égrégore des Johnny Winter, Rod Price et Earl Hooker -, ce n'est jamais verbeux, encore moins lassant. La science et le professionnalisme de Reese Wymans contiennent aussi les braises, évitant un incontrôlable embrasement, tandis que la rythmique de Calvin Turner et Lemar Carter déroule un tapis rouge pour Connor. Les deux autres gus - non pas Stan et Ollie, Joe et Josh - savent se faire discrets tout en cimentant le tout.

      Probablement l'album Blues du mois, voire plus. Espérons surtout que cela soit l'album de la résurrection de Joanna Connor. Elle le mérite amplement. En mars dernier, l'album a culminé à la première place du Billboard dans la catégorie "Blues".

     En dépit d'un son plutôt généreux, Connor est plutôt modeste question matériel. Si elle peut jouer indifféremment sur n'importe quelle gratte (de préférence Gibson et Fender, ça reste dans le classique), elle se contente depuis quelques temps d'une Gibson LesPaul Modern. Sur scène, une Boss Blue Driver, une Boss Chorus et un Delay. Le tout dans un ampli Orange Crush Pro 120, à... transistors... 😶. Là, elle a eu accès à la salle des trésors de Bonamassa. Fébrile devant tant de joyaux, elle s'est laissée aller à emprunter un Fender Deluxe de 1955 (!) et une Gibson LesPaul "Mickey Baker" (probablement la Mastertone de 2018 à trois humbuckers). 

Tout récemment, elle a cédé au plaisir de collaborer avec Delaney (3) pour l'élaboration d'une guitare signature: une LaGrange (corps de LesPaul) réaménagée en configuration HSS et avec un vibrato Stesbar. [voir photo ci-dessus]


(1) Avec Dicky Betts, Berry Oakley, Larry Reinhardt et John Meeks.

(2) a bossé avec... presque tout le monde sur Los Angeles. Et aussi pour la télévision, notamment pour David Letterman, Conan O'Brien, et le Tonight Show.

(3) Déjà connu pour sa collaboration avec Samantha Fish, Tommy Castro, Duke Robillard, Tim Langford, Matt Murphy, Mike Zito, Paul Nelson, Danielle Nicole, Mato Nanji (Indigenous).



🎵🐤🎸

mardi 11 mai 2021

« Z » (1969) de Costa-Gavras - par Pat Slade



Aujourd’hui je vais dévoiler un peu de ma personnalité avec un film qui m'a marqué et qui reste culte.



« Il est Vivant ! »




Costa-Gavras
J’ai commencé très tôt des collections en tout genre, la première étant les disques vinyles, (mais ça ce n’est un secret pour personne !) la seconde étant tous ce qui est bouquins et bandes dessinées et surtout tout ce qui concerne Tintin (Objet compris !) et la troisième  a été les affiches de films et de concerts. Cette passion m’a pris un samedi alors que je me promenais au marché au puce porte de Clignancourt. Une échoppe vendait toutes sorte d’objets en lien avec le cinéma et la musique : des affiches, des photos, des autographes et mille bricoles qui te mettent des étoiles dans les yeux. Et en farfouillant dans tout ce stock de papiers, je trouve l’affiche de « » le film de Costa-Gavras qui pour moi représentât un moment culte dans une salle obscure. Pourquoi était-il culte ? Parce qu’il ma forgé mes convictions politiques, le refus de toutes dictatures, la défense de la liberté d’expression et la bataille pour la liberté en général, et mes idéaux se trouveront renforcés quand je verrais le film suivant de Costa-Gavras «L’Aveu». Mais « » est avant tout un thriller politique avant d’être un film politique. 

Nous sommes à la fin des années 60, c’est l’époque du Flower Power, les fleurs poussaient dans les cheveux et aux States soufflait une bouffée d’air frais de liberté, et pourtant les dictatures militaires et les régimes autoritaires faisaient régner un régime de terreur dans beaucoup de pays, surtout en Amérique Latine. Plus proche de nous, le Portugal subissait le régime autoritaire salazariste, En Espagne Franco depuis 1936 dirigera d’une main de fer un pays qu’il essayera de faire vivre avec un système autarcique, mais la dictature la plus représentative qui laissera des marques sur le vieux continent sera celle des colonels en Grèce. Plus tard ce sera le Chili avec le coup d’état d’Augusto Pinochet suivi par l’Argentine avec Jorge Rafael Videla. Et tout ces dictateurs en uniforme qui feront subir les pires sévices au peuples ne feront que forger mon idée que les régimes totalitaires sont des choses à anéantir et comme disaient les partisans de la Seconde République espagnole : ¡No Pasaran!.

 

Grigoris Lambrakis
La Grèce revendique une histoire très longue et très riche, mais je ne remonterais pas jusqu’à l’antiquité, juste au début des années soixante ou le climat politique est plutôt tendu. Les démocrates, la famille royale et les militaires essayent chacun d’avoir une part du pouvoir. En 1963 Grigóris Lambrákis un député de l’EDA (Union de la Gauche Démocratique) est assassiné par une milice paramilitaire, un meurtre qui entrainera indirectement un coup d’état en 1967 et qui instaurera la dictature des colonels. Son assassinat sera le sujet du roman non fictionnel « » de Vassilis Vassilikos et du film éponyme de Costa-Gavras.

« » est un film dur et âpre. Un film qui se dit de fiction mais qui ne l’est pas. Au tout début, on peut lire « Toute ressemblance avec des événements réels, des personnes mortes ou vivantes n'est pas le fait du hasard. Elle est volontaire ». Une distribution à la hauteur de l’œuvre, Yves Montant dans le rôle de Z aussi appelé le Docteur, ses lieutenants et amis, Charles Denner, Jean Bouise, Bernard Fresson, Irène Papas qui interprète la femme de Z, Jean Louis Trintignant le juge d’instruction et Jacques Perrin pour ne citer que les rôles principaux, tellement la liste est longue. Z est l'initiale du mot grec ancien zêta qui signifie « il vit » ou « il est vivant », Les opposants inscrivaient cette lettre sur les murs pour protester contre l'assassinat de Grigóris Lambrákis.

Denner-Fresson-Montant
 Nous sommes dans un pays méditerranéen (La Grèce, bien qu'elle ne sera jamais citée !) la police et la gendarmerie estiment qu’ils doivent  s’opposer à tous les mouvements subversifs qu'ils soient pacifistes, communistes ou anarchistes. Le nouveau chef de l’opposition surnommé le Docteur arrive dans une grande ville pour tenir une conférence en faveur du désarmement. Le climat est tendu, après son allocution, alors qu’il sort de la salle, un triporteur va surgir et « heurter » le député qui s’écroule et décèdera de ses blessures à l’hôpital. La préfecture s’empresse de passer un communiqué disant qu’il s'agirait d'un malheureux accident causé par deux ivrognes. Entrent en scène un journaliste (Jacques Perrin) qui va mener son enquête en parallèle et mettre son nez un peu partout et un juge d’instruction qui n’est ni pour la gauche, ni pour la droite, il est tout simplement intègre. Il va découvrir rapidement à parir du faisceau d'indices qu’il s’agit d’un assassinat organisé par un organisme d’extrême droite le C.R.O.C (Combattants Royalistes de l'Occident Chrétien). Il comprend que toute l’affaire a été planifiée par les commandants de la gendarmerie de la région et que les plus hautes autorités de l’état sont aussi impliquées. Acculé, le pouvoir en place va reconnaitre les faits et la hiérarchie militaire sera mise au banc de l’accusation pour avoir organisé et couvert l’assassinat. Au procès, le jugement sera clément, ce qui déclenchera une vague d’indignation, le gouvernement démissionnera. Les sondages donnent l’opposition de gauche vainqueur aux prochaines élections, pourtant les militaires prendront le pouvoir.

J.L. Trintignant
Le juge d’instruction joué par Jean-Louis Trintignant était Khrístos Sartzetákis. En 1968, pendant la dictature des colonels, il sera arrêté, emprisonné pendant un an et renvoyé du corps des magistrats qu’il réintégra en 1974. Il sera élu en 1985 président de la République. Costa-Gavras avec « » commence on cycle de films politiques qui resteront dans sa filmographie, s’en suivra « L’Aveu », « Etat de Siège », « Section spéciale », « Missing »  et aussi « Amen ». Le réalisateur demandera à Mikis Theodorakis de composer la musique, mais ce dernier étant emprisonné sous le régime des colonels en raison de son opposition à la dictature, ne pourra que faire passer le mot : « prends ce que tu veux dans mon œuvre ». Il découvrira le film et sa musique qu'une fois libéré et exilé en France.

Pourquoi dit-on "aller se faire voir chez les Grecs" d’ailleurs ?? Il valait mieux éviter à cette époque !

Nota : au sujet de cette expression, d'après le Toon qui a vécu dans l'antiquité, elle prend souvent un sens erronée pour le moins vulgaire, quoique pas complètement faux sur ses origines. Autre temps autre culture "éducative" chez l'élite grecque pour les adolescents, parlons plutôt ,sans faire un dessin, de rite initiatique (facultatif) à travers des pratiques très condamnées par ailleurs en temps normal... paradoxe. Plus élégant, l'imprécation s'entend de nos jours pas "Aller brûler en enfer..."


dimanche 9 mai 2021

BEST-OF SOUS LE PONT

 


MARDI : il était une fois un type diplômé des Beaux-Arts de Nancy qui non seulement touchait sa bille en graphisme, mais aussi en musique et en écriture. Il enregistra donc un disque, puis un deuxième « Le Pêcheur » et c’est ainsi que Charlélie Couture fut signé sur la nouvelle major de la fée Chris Blackwell, un joli conte raconté par Pat.

MERCREDI : il était une fois une bande de bikers en cuir baptisée Steppenwolf qui fit un carton avec un titre devenu culte, et eurent un peu de mal à redoubler l’exploit, mais dont le quatrième opus « Monster » se révéla être un putain bon disque de rock’n’roll. Bruno qui depuis ne circule plus qu’en mobylette, l’a réécouté attentivement.

JEUDI : il était une fois un célèbre chroniqueur de musique classique qui n’appréciait pas trop Paganini, lorsqu’un jour, alors qu’il se rendait chez une jeune secrétaire de rédaction pour lui apporter des confitures (prétexte fallacieux) il rencontra Alexander Markov, un violoniste russe si talentueux qu’il lui redonna goût pour le Niccolo grâce à sa superbe interprétation des « Concertos 1 et 2 pour violon ».

VENDREDI : il était une fois un gamin italien, Sergio Leone, dont les yeux brillaient dès qu’il voyait des films américains, et se jura d’en réaliser des encore plus beaux quand il serait grand. Ainsi naquit « Il était une fois en Amérique » que la méchante sorcière Warner Bros voulut saboter avec ses gros ciseaux, mais Sergio tint bon et délivra une version somptueuse à son public européen.

💬 On se donne rendez-vous dès mardi prochain, Pat révisera son alphabet en commençant par la lettre 'Z', il y aura des garçons de plage qui jouent de la musique, et une trilogie britannique qui redonne son sens au mot 'glauque'. Bon dimanche.