Le grand blond avec une guitare noire fait son retour avec un disque qui fracasse ta tête à toi.
La gratte noire ? Une Gibson, une LesPaul Custom. Mais aussi une ES Signature BB King (entre une ES-335 et une 345). Ou encore avec les proches signatures du grand blond : soit deux Epiphone aux corps de Les Paul Outfit galbées nanties d'un Seymour Duncan P-90 ou de Bare-knuckle "Mississippi Queen" ou "Nantucket 90" en position chevalet. Deux grattes pour aller à l'essentiel et conçues pour survivre aux assauts répétés du gaillard. Une « Old Glory » et une « Gold Glory ». Pour pénétrer dans le dur, le métôl, à l'occasion, une Wylde Audio Odin – version black, of course.
« Boucle d'or » a donc une nette préférence pour les instruments à la robe charbonneuse. Toutefois, dans son cœur s'est aussi immiscée une rescapée de l'apocalypse. Une antique Les Paul Gold Top de 1952, qui a été emportée et fracassée par une tornade en 2013, perdant à jamais son manche d'origine. Ce qui en restait lui a été offert, et dans le courant de l'an 2021, elle a été soigneusement restaurée - sans résorber ses nombreuses cicatrices qui attestent, comme un trophée, sa longue vie et son périple. Depuis, "Dorothy" a gardé une place de choix.
Quant au grand blond, c'est ce grand bonhomme à la chevelure léonine et au sourire carnassier, qui commence à se faire sérieusement un nom dans les sphères "guitaristiques" et dans celles d'un hard-blues ardent fait à l'huile de coude. Un gaillard osant suivre son propre chemin, en revenant avec une conviction quasi communicative à certains fondamentaux. Un gars réputé autant pour son affabilité que sa probité, n'ayant que faire du box office, ne semblant mu que par la satisfaction que lui procure sa musique. Une musique qui étend ses racines dans le hard-blues des années 70, de préférence pêchu - c'est le moins qu'on puisse dire -, générateur de saines mandales auditives. L'intéressé, lui, mentionne plus volontairement Lonnie Mack, Albert King et Stevie Ray Vaughan... okay... d'accord... en cherchant bien, mais le résultat serait alors celui d'un Blues après injection de rayons gamma à haute dose. Parce que, sincèrement, le "Blues" de Jared, c'est du lourd et puissant. Du Blues en mode cuirassé ou bombardier lourdement armés. À vrai dire, il cite aussi Jimmy Page, Leslie West et Toni Iommi. Non, le Blues du gars se situerait bien plus comme une fusion des Leslie West, Zakk Wylde, Pat Travers, Nugent, Albert King, Randy Bachman et de Sammy Hagar. Pour ce dernier, la référence ne s'arrête évidemment pas aux bouclettes. De plus, depuis quelque temps, il semble se détacher sérieusement de ses influences blues pour s'immerger dans un hard-rock bourre-pif. Toutefois, sa connaissance du Blues est réel et profonde. Il faut d'ailleurs le voir expliquer les différents styles des icônes de la guitare Blues en reprenant leurs plans, parvenant même à faire sonner ses Gibson comme si c'était Albert Collins himself qui jouait sur ses Telecaster (pratiquement).
Sa musique est purement d'un genre instinctif, où le compositeur se laisse emporter par son instrument, faisant le vide autour de lui, extérieurement et intérieurement, pour n'être plus qu'un médium, un récepteur pret à traduire dans un langage Rock (précisément "heavy-power-blues-rock") quelques émanations vibratoires captées dans le périmètre. Parfois comme si la guitare parlait, chantait, d'elle même. Rien donc chez Jared - ou si peu - qui pourrait paraître intellectualisé ; les inconditionnels de rock-progressif raffinés peuvent passer leur chemin. Le credo de Jared c'est un "power blues" qui rue dans les brancards, qui rugit et mord, avec toutefois une certaine nuance. Il ne cherche pas à faire en sorte que ce soit dans l'agression sonore. Même pour ce quatrième opus qui marque un accroissement dans le degré de graou, de saturation. La raison ? Un coup de foudre auditif pour une Gibson Futura du "custom shop" généreusement offerte par le directeur de Gibson. À l'origine, la Futura précède l'Explorer. Son corps est assez semblable si ce n'est que celui de la Futura est plus mince, étriquée, comme pris dans corset. Tandis que la tête préfigure celles à venir des Dean avec leur forme en "V". Équipée de humbuckers (des Custombucker Alnico 3), le niveau de sortie des micros de la Futura est naturellement plus puissant que celui de ses Les Paul montées en P90. De plus, Jared a délaissé ses amplis Blackstar pour se retourner sur du classique "tout Marshall" - il aurait d'ailleurs enregistré tout l'album sur une tête Plexi Super Lead 100 watts de 1968. À savoir que Gibson a fait de Jared son nouveau petit chouchou, lui consacrant récemment un documentaire, "The Long Road", où il conte les difficultés de la vie de musicien partant seul (avec son petit groupe) dans son van à la conquête de l'Amérique. Tout n'est pas rose dans la vie du "rocker saltimbanque", où il faut conjuguer pugnacité, santé, résilience, optimisme, chance et talent pour espérer parvenir, un jour, à faire son (petit) trou. Sans que jamais rien ne soit indéfiniment acquis.
Emporté par le déluge généré par la fusion Gibson Futura - Marshall, Jared James Nichols a pondu une série de puissants riffs de barbares courroucés pour des chansons qui le sont tout autant. Le chant, forcément, est à l'avenant : rageur et abrasif, parfois proche du pétage de cordes vocales (Nugent ! Sort de ce corps !). Le gars présent derrière la console est déjà à lui seul un facteur d'alerte. Jay Ruston (pronounced Gé lei roustone) s'est fait un nom en bossant pour Steel Panther et Anthrax - ainsi que les deux derniers Uriah Heep et le dernier et bien heavy de The Donnas. Crénom ! Avec ce gus là, Jared risque de se lancer dans la sidérurgie. Et ça semble être d'entrée le cas avec un "Let's Go" se plaçant comme un Black Sabbath en mode Glam US. Plus encore avec "Ghost" progressant péniblement dans une boue dense et radioactive, où Jared s'arrache littéralement les cordes vocales sur le refrain, au point de vriller les esgourdes. On s'inquiète... Mais "Way Back", avec sa respiration, ses chaudes accalmies, son refrain fédérateur, caresse bien dans le sens du poil (il vaut mieux pour les amateurs de heavy-blues velu) ; une pièce dans un style proche d'un Kid Rock soutenu par un Zakk Wylde tempéré (époque Pride & Glory). Tandis que l'agité-nerveux "Dust N'Bones" n'aurait pas déplu à un Nugent des années 77-80, ou même à un Pat Travers des débuts. Et le rageux "Pretend", qui, poussé aux fesses par une batterie en mode avalanche de monolithes, clôt l'opus comme si c'était le dernier assaut de soudards sanguinaires partant occire les derniers résistants d'un long combat. No quarter !
Pourtant, ce "Louder Than Fate" ne contient pas que des missiles. En effet, Jared s'essaye aux ballades, à des choses nettement plus mélodiques et relativement raffinées. Ainsi, "Bending Or Breaking" pourrait être un égrégore version thrash métôl de Britney Spear 🤪 Pas loin d'une sombre ballade de Pretty Reckless ? L'autre ballade, "Killing Time", ose même l'intrusion de cordes. Un bel essai mais pas particulièrement transcendant, au contraire de l'excellent "Show Me". Car là, Jared met le doigt sur quelque chose de fort bon - pas nouveau, certes, mais néanmoins des plus appréciables. Quelque chose de foncièrement américain, puisant dans le Country-rock, la country outlaw, pour l'imbiber de généreuses rasades (pur malt) de Classic-rock 70's. Un savoureux mélange de Tyler Bryant (que Jared connait bien, croisant parfois le fer avec lui et avec qui il a co-composé "Ghost") et de Bad Co, avec de la grosse saturation en sus. En parlant de saturation, on peut s'étonner que mister JJN puisse délivrer un son aussi puissant avec un minimum de pédales d'effets. Alors qu'on s'attendrait à repérer sur un pedal-board conséquent quelques armes secrètes fournies par des boutiques de sorciers tels que Earthquaker Devices, Wampler, Jam Pedals, KMA Machines, Anasounds et autres Walrus, il se contente d'une Ibanez Tube Screamer et d'une authentique Klon Centaur (offert par Bonamassa - sympa [1] ). Basta. Juste pour booster le signal. L'ampli étant généralement à donf - ou presque -, il gère le taux de saturation directement au volume de la guitare. Cependant, Jared a expliqué que pour avoir cette puissance de feu, il a ici doublé nombre de riffs par une acoustique (une Gibson J-200) pour cumuler définition et puissance. Une recette éprouvée qu'il dit avoir dénichée dans ses disques fétiches des 70's .
Contrairement à ce qui a pu être dit à son sujet, même encore récemment, Jared James Nichols ne gaspille pas son énergie (débordante) en se perdant dans des exercices d'esbrouffes. L'album est d'ailleurs assez concis avec ses trente-cinq minutes pour dix pièces où il reste peu d'espace pour s'étaler dans des plans démonstratifs. Certes, le gars pourrait impressionner avec son jeu en picking, sans médiator ni onglet, mais c'est sa technique - inspirée par des bluesmen, dont Albert King et Albert Collins, qui n'avait pas besoin de tout un attirail pour sonner dense -, et les phrases vraiment rapides restent occasionnelles, ne faisant que ponctuer un soli.
Avec ce "Louder Than Fate", à la production énorme, Jared développe son champ des possibilités. Ce qui est indéniablement judicieux, voire salutaire pour éviter de s'enfermer dans un carcan où il serait difficile d'en sortir, voire impossible avec le temps. Toutefois, le revers de la médaille, c'est qu'il paraît avoir perdu une partie de sa magie (noire) d'antan. De ce fait, même si la production de cette nouvelle cuvée est nettement plus punchy et définie, que le jeu de Jared a encore gagné en intensité et éloquence, il semblerait que le "Black Magic" de 2017, demeure ce qu'il a fait de mieux à ce jour. Cela dit, "Louder Than Fate" déménage grave, et possède bien des atouts pour séduire diverses générations amatrices de power-blues et de hard-rock velus.
Sinon, oui, actuellement, on voit beaucoup moins ce grand blond s'afficher sur scène avec des grattes noires. La faute à sa récente fixation sur les Gibson Futura - qui n'ont d'autre de noir que leur pickguard - 😁
[1] La Klon Centaur est une overdrive transparente intégralement montée à la main. Elle fait partie des premières pédales dit "boutique". Plus fabriquée depuis 2009 et activement recherchée comme un saint graal, sa côte atteint des sommets dépassant les 4000 $, et quelques fatigués fortunés auraient même dépensé bien plus pour en acquérir une 😕 Parmi les utilisateurs célèbres de la Klon Centaur, on compte John Mayer, Joe Perry, Jeff Beck, Matt Schofield, Warren Haynes, Bonamassa, Steve Gossard et Mick McCready.
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