mercredi 7 décembre 2022

DAMNATION " The Second Damnation " (1970), by Bruno



   Voilà un quintet qui est tombé dans les oubliettes, malgré le fait d'avoir réussi à sortir quatre albums. Un quintet qui a fait l'erreur de ne pas suivre les tendances de son époque, en restant encore trop marqué par la décennie précédente, celles des années soixante. Pourtant, le charme de nombre de ses chansons a fait que ses disques, après la folie du tout punk puis "métôl", sont devenus des objets de recherche pour les amateurs de musique rock typée 60's et début 70's.


   Il faut dire qu'en matière de marketing, ces jeunes gens étaient plutôt à côté de la plaque. En effet, sur quatre disques, ils ne changent pas moins de trois fois de patronyme, quand ce n'est pas le chanteur qui décide - recherche de reconnaissance - d'abandonner son nom de scène pour celui de sa naissance. Ainsi, de 1968 à 1973, cette formation passe de "The Damnation of Adam Blessing", à "Damnation" puis à "Glory". Pas l'idéal pour se constituer un public fidèle.

     Le groupe, originaire de Cleveland, est la fusion de rescapés de deux groupes locaux, Dust et The Society. Ce sont William Constable et Jim Quinn, respectivement chanteur et guitariste, qui, insatisfaits de leur groupe, lui reprochant de manquer de puissance et de consistance, demandent à Bob Kalamasz, Bill Schwark et Ray Benich de fusionner avec eux. Fait rare dans la profession, cette mouture ne changera pas jusqu'à la dissolution du groupe. Si ce n'est que sur le quatrième et dernier album, un claviériste est recruté.

     Le chanteur, William Constable, prend pour nom de scène Adam Blessing et propose ainsi pour nom de groupe "The Damnation of Adam Blessing". Serait-ce une façon de donner l'impression qu'il s'agit de son groupe ? Ce nom fait directement référence à un roman du même nom de de Mary Jane Meater, qui l'a écrit sous le pseudonyme de Vin Parker (elle en utilisa quatre autres), et édité en 1961 (non traduit en français).

     Le groupe tourne d'arrache pied et gagne assez rapidement une certaine réputation, jusqu'à devenir un client sérieux pour effectuer les premières parties des groupes - et non des moindres - dont les tournées passent par l'Ohio. James Gang (avec Joe Walsh), également de Cleveland, fait régulièrement appel à Adam Blessing pour chauffer la salle. Forcément, aussi, elle en vient à partager la scène avec leurs voisins d'en face - de l'autre côté du lac, le MC5 et les Stooges.


     The Damnation of Adam Blessing
est signé en 1969 par United Artist qui sort rapidement - dans l'année - un premier disque éponyme. Bien que les musiciens soient encore très jeunes, (seul Jim Quinn le plus âgé, dépasse la vingtaine) - (il a dû supporter une année dans l'US Air Force au Viet Nam avant de pouvoir retourner au pays et reprendre la musique), la formation affiche une assez belle maîtrise instrumentale. Sur ce premier essai éponyme - sous l'appellation déjà citée "The Damnation of Adam Blessing " -, la musique n'a que peu de rapport avec leur voisin d'en face, de l'autre côté du lac Éiré, Detroit. Encore moins avec leur voisin, James Gang. On dirait plutôt un rejeton de San Francisco qui aurait sucré son Acid-rock de consonnances British-Pop. Le groupe tâte même du Blues à la manière British avec un "You Don't Love You" dont le traitement vaguement jazzy le place entre John Mayall et Savoy Brown (celui des années 69-71). Mais c'est surtout sur les morceaux doux que la formation est la plus attrayante. Dès "Morning Dew" (de Tim Rose, l'auteur de "Hey Joe"), la voix d'Adam Blessing-Constable se fait remarquer. Chaude et limpide, pas réellement puissante mais s'imposant en sachant bien occuper l'espace, jusqu'à le faire sien. Elle s'inscrit au croisement de Chris Farlowe, de Victor Brox et de Barry Ryan ("Eloise"), avec un soupçon de Morrison. "Strings and Things", avec son clavecin et la réverbération du chant comme capté dans une chapelle, fait un retour dans le temps et nous plonge dans le Swinging London. Et sur "Dreams", l'orchestration doit beaucoup aux Doors. Ainsi, The Damnation of Adam Blessing, c'est un peu de tout ça, mais sans en avoir particulièrement la maîtrise, avec une personnalité encore floue. Bien qu'ayant un petit truc qui le démarque de la scène du Midwest.

     C'est avec le deuxième album,  "The Second Damnation", - sous un patronyme réduit à Damnation -, que le quintet se révèle sous leur meilleur jour. Damnation a consolidé son son et s'affirme dans un registre rock. Avec parfois une densité le rapprochant d'un proto-hard-rock. La basse notamment a pris du poids et du gras. Et si Ray Benich, d'après la photo de groupe de l'album, s'affiche avec deux double corps Kustom, dès "No Way", le premier morceau, on jurerait qu'il joue sur une tête West Labs "Fillmore". Celle là même qui donnait à Mel Schacher (de Grand Funk), un timbre crasseux, souple et musclé, comme transitant à travers une fuzz. Cependant, bien qu'ayant décidé de se lester d'un peu de plomb, ce sont sur les morceaux les plus lents, que la formation peut faire la différence. Au moment où les instruments réfrènent leurs ardeurs, permettant ainsi de profiter pleinement du chant et des chœurs.


 Apparemment, Uriah Heep et Grand Funk Railroad, qu'ils ont accompagnés en tournée (bien plus intensément le second, of course), ont laissé leur marque.

     Parmi ces "moments tempérés", profitables donc au chant et aux chœurs, et où pointe une légère touche d'ambiance de vieille chapelle romane, il y a "Everyone". Un curieux mélange, entre ballade automnale et pop romantique, soutenu par un piano préfigurant le jeu de Billy Powell, porté par des chœurs hésitant entre Uriah Heep et Crosby, Still & Nash, - déchiré à trois reprises par un un élémentaire et naïf solo coloré de fuzz. Le tout lié par le jeu entrelacé du chant de Blessing et celui de Quinn. Puis l'enivrant "Money Tree", qui débute directement par une orgie de sons échappés d'une fiesta sous acide de Height Astbury, avant de subitement se calmer, de ralentir le tempo, pour laisser place à un prêcheur conciliant, s'adressant à ses ouailles avec douceur, sur un ton parfois implorant. Et puis le slow-blues aux parfums jazzy, "New-York City Woman", dans la veine du Aysney Dunbar Retaliation, hélas dégradé par deux guitares d'autistes, plongées dans des soli peu inspirés et autonomes.

   La brièveté de "Smile" l'écarte du lot. En fait, c'est un bref  hommage du groupe à l'un de leurs roadies que la conscription a pris dans ses rets pour l'envoyer au Viet-Nam ; et que les membres du groupe craignent de ne jamais revoir (et même s'il revient, ils sont conscients qu'il ne sera plus jamais le même). 

 


  Cependant, avec ce "second", ce n'est pas pour autant que Damnation se serait détourné du Rock ; au contraire, il a consolidé ce lien, et approche parfois, sans l'effleurer, la forteresse du Hard-rock naissant. Il y a comme une forme de parenté avec Steppenwolf, et puis, comme déjà décrit, les nombreuses premières parties effectuées pour Grand Funk Railroad, ont vraisemblablement eu un impact. D'autant que les rapports avec le trio étaient très bons, le groupe s'en souvenant comme de personnes avenantes et attentionnées (à l'inverse de ce qu'ont pu parfois raconter certains critiques).

  "No Way", qui sert d'ouverture, ainsi que "Death of a Virgin", en portent les stigmates. Notamment au niveau de la section rythmique - et quel dommage que la batterie n'ait pas été plus gâtée par la production (il convient de coller les esgourdes contre les baffles), car Bill Schwarcz balance parfois des patterns qui auraient pu faire esquisser un rictus d'approbation à l'acariâtre Ginger Baker. Le travail des choristes, soutenant inlassablement le chant de Blessing, lui donnant de l'ampleur en s'y collant, a également une importance primordiale dans le caractère singulier du groupe. Souvent, plus que les échappées "guitaristiques", ce sont eux qui auraient tendance à extraire le groupe de son enracinement.

    On a aussi un véritable petit bijou baptisé "Back to the River". Un sain voyage hallucinogène où la basse ondulante sert de médium, nous véhiculant à travers un paysage aux humeurs changeantes, évitant des éclairs - de guitares ombrageuses - déchirant le ciel. Un traineau fantastique (les "grelots" de l'intro et du coda), tiré par une batterie étincelante, aux patterns variés, riches en cymbales, traversant des volutes de brumes mauves de wah-wah et de douce fuzz. 

   "Driver", repris maintes fois par divers groupes de l'état, et "Ba-Dup",  suivent et se glissent dans les ornières creusées par les géniteurs du Hard-rock. Tandis que "In The Morning" patauge un peu en tentant de rejoindre la cause du Grand Funk pré-Phoenix. Malheureusement, l'album se traîne un peu sur la fin avec les "New-York City Woman" et "In The Morning", qui auraient ici gagné à museler les guitaristes. D'un autre côté, ça fait sept morceaux de qualité qui s'enchaînent sans faiblir.


   Pris en charge par l'agence DMA de Détroit, le groupe tourne souvent avec Alice Cooper, également dans la même agence. Les deux formations alternent alors équitablement les rôles, entre ouvreur et tête d'affiche. D
es années plus tard, Jim Quinn témoignera que l'Alice Copper Group était en avance sur bien des points, les surpassant alors en concert. Ce qui ne les empêchait pas d'être des gars vraiment adorables, "en dépit de leur chevelure terriblement longue et de leurs ongles vernis". 

     Malheureusement, le label et le management mettent la pression pour que le groupe retourne au plus vite en studio, et surtout qu'il compose un hit. Quelque chose de franchement commercial. Cela tout en continuant à être présents sur scène, de part et d'autre du continent. Il en sort un disque aux odeurs nauséeuses de gâchis, de bâclé. Parfois inutilement surchargé de cuivres et de cordes pour un résultat peu probant. Une gabegie car il y a là de la matière, de quoi faire un autre bon disque, probablement meilleur que "The Second Damnation" car on sent que le groupe a encore évolué. Hélas, "Which is the Justice, which is the Thief" se perd dans des épanchements pop plombés de violons - qui n'hésitent pas à couvrir l'orchestre - et de chœurs de comédie musicale. Heureusement, quelques morceaux rebelles, imperméables aux arrangements, sauvent l'album d'un naufrage total. (Sinon, la pochette est des plus sympathiques)

     En 1973, la troupe change à nouveau de patronyme. Pour un nouveau départ ou simplement pour un problème contractuel - le groupe change aussi ce label. La composition du groupe ne change pas, si ce n'est l'arrivée de Ken Constable - le frère de William - aux claviers. La musique est sensiblement la même si ce n'est qu'elle s'est parée de fer pour pénétrer dans un univers plus hard. L'album, sorti sous le seul nom du groupe, Glory, est vraiment bon. Peut-être aussi bon que ce "The Second Damnation". Pour les rééditions en CD, le disque portera la mention "Damnation of Adam Blessing", "Glory" n'étant seulement alors que le nom de l'album. Hélas, dépités, les musiciens abdiquent peu de temps après ce dernier album. Pourtant, malgré des albums difficiles à dénicher, et de sobres éditions CD européennes (sous Arkama) et une australienne (cumulant les deux premiers disques), le Rock'n'roll of Fame n'oublie pas le groupe lors d'une exposition dédiée à la scène de Cleveland.

     En 2020, les deux premiers albums ont eu droit à leur réédition en vinyle. Ce qui a surpris les anciens membres du groupe et permis de braquer à nouveau les projecteurs sur cette formation qui avait toutes les qualités pour faire une carrière bien plus honorable.

     A la suite du naufrage de Damnation/Glory, les frères Constable enchaînent rapidement avec une nouvelle aventure musicale sous le patronyme de Whyskey Britches ; une formation orientée Southern rock tendance Allman Brothers. Pour ne pas faillir à leurs (mauvais) réflexes, ils changent encore de patronyme, optant cette fois-ci pour un peu imaginatif Constable Brothers Band. Puis, aux débuts des années 80, pour "C.K.C.", en l'honneur d'un nouvel arrivant, Bob Kalamasz. Leur ancien comparse de Damnation.

     De son côté, Jim Quinn n'abandonne pas non plus la musique. Parallèlement à Adam Blessing, il jouait aussi dans un autre groupe, Wild Butter, auteur d'un hit, "Roxanna". Par la suite, il va s'occuper des débuts d'un tout jeune Neil Giraldo, avant que ce dernier ne rencontre la femme de sa vie, Pat Benatar. Plus tard, Quinn est promu directeur de publicité au sein de l'antenne New-Yorkaise d'Eagle Rock Entertainment.


(1) Aucun rapport avec le groupe New-Yorkais de Hard-rock brut où officiaient Kenny Aaronson et Marc Bell, futur Marky Ramones)


🎼😈

mardi 6 décembre 2022

Henryk WIENIAWSKI (1835-1880) - Concertos n°1 et n°2 pour violon (1852/1870) - par Pat Slade


Encore une nouvelle tête et un nouveau son dans l’univers de la musique classique dans le Deblocnot



Wieniawski l’enfant prodige du violon





J’entends déjà Claude vociférer parce que j’ai pris la version où Seiji Ozawa dirige le London Philarmonic Orchestra avec Itzhak Perlman comme violoniste solo et non sa chouchoute Hilary Hahn. Je suis désolé, mais après maintes recherches, il semblerait que la jolie violoniste américaine n’a jamais enregistré les concertos du violoniste polonais. 😅

Je pense, mais je peux me tromper, que peu de personnes ont entendu parler d’Henryk Wieniaski, il était le Paganini polonais, un virtuose du violon. Né en 1835, il est issu d’une famille ou la musique et les lettres ont leurs importances. Sa mère est une bonne pianiste qui organise des concerts chez elle avec divers artistes, ses frères ont aussi des talents : Julian est écrivain et Jozef est un excellent pianiste, enfin, son neveu Adam est compositeur.       

Hippolyte Collet

La Pologne a connu beaucoup de compositeurs et très peu se sont fait un nom, hormis Frédéric Chopin, les contemporains Krzysztof Penderecki ou Henryk Górecki, tout le reste des  compositeurs du pays de la vodka bison (Bien meilleur   que la Russe !) sont restés pour beaucoup (Moi y  compris !) inconnus au bataillon ! Henryk Wieniawski  commencera sa formation musicale au conservatoire de Paris à l’âge de huit ans. Trois ans plus tard il remporte un premier prix de violon. Il commence une carrière de concertiste en jouant souvent avec son frère Jozef. Il  reviendra à Paris en 1849 pour étudier la composition avec Hippolyte Collet qui sera aussi le professeur de César Frank. C’est à Paris qu’il va rencontrer Chopin au cours d’une promenade.

Il arrête ses études l’année suivante, Il n'écrit que pour le violon : plusieurs pièces d'exécution virtuose, Polonaise, Légende, Scherzo-tarentelle et deux concertos qui se sont maintenus au répertoire des grands solistes. Il s’impose très vite comme un violoniste de haut niveau, à l'égal de Pablo de Sarasate, ce qui lui permet de voyager très jeune dans toute l’Europe. Entre 1850 et 1855, il joue surtout en Russie et en 1859, il est nommé premier violon à Saint-Pétersbourg à la cour du Tsar. Il se marie en 1860 et il aura sept enfants. Deux ans plus tard, il est altiste au sein du quatuor Ernst tout en continuant à enseigner et par sa fonction de pédagogue au sein de ce conservatoire, il exerça une grande influence sur la naissance de l'école de violon russe. Pendant deux ans de 1872 à 1874, il séjourne au États-Unis en compagnie du pianiste et compositeur Anton Rubinstein (sans lien de parenté avec le pianiste polonais Arthur Rubinstein) c’est à cette période qu'il a acquis (à juste titre) sa réputation de travailleur acharné en donnant deux cent quinze concerts en deux cent trente neuf jours. A son retour en Europe, il va enseigner au conservatoire de Bruxelles en succédant à Henri Vieuxtemps, un des rares compositeurs Belge qui laissera un catalogue d’œuvre pour violon notable.

Sujet à des troubles cardiaques, il démissionne de son poste de professeur et passe les derniers mois de sa vie à Moscou avec son épouse hébergé par madame Von Meck la protectrice de Tchaïkovsky. Il meurt en 1880 d’un infarctus, une foule immense suivra son enterrement à Varsovie.


Ah ! Quelques anecdotes existent sur le compositeur… comme celle du chien du tsar alors que le virtuose doit donner une prestation devant le monarque. Le tsar arrive, il est accompagné d’un énorme chien de la race des terre-neuve. Alors qu’il commence à jouer, le chien dresse les oreilles et se dirige vers le violoniste, ce dernier, terrorisé se demande à quelle sauce il va être mangé. L’énorme chien se dresse sur ses deux pattes arrière, les deux autres reposant sur le torse du musicien. Wieniawsky devait faire des coups d’archet de plus en plus courts pour ne pas heurter le museau du chien, le tout sous le rire du monarque 😄.

Début 1855, Henryk Wieniawski arrive à Paris. C'était la première visite à la Seine après l'obtention du diplôme. Bien sûr, il a dirigé ses premiers pas vers le professeur Massart avec la composition fraîchement écrite Scherzo-Tarantelle op. 16, qui lui est dédiée. Massart a reçu son récent élève avec beaucoup d'effusion et a organisé une fête en son honneur en l'honorant de la présence de nombreuses célébrités musicales de Paris, parmi lesquelles le célèbre Hector Berlioz. Le même qui, cinq ans plus tôt, avait consacré un article très sympathique dans le Journal des Débats à Wieniawski, qui venait de quitter Paris, et qui suivait avec attention l'évolution du talent du jeune artiste. Au cours d'une discussion animée, le cas d'un artiste injustement critiqué dans la presse a été évoqué et il y aura un froid entre Berlioz et Wieniawsky suite à une annonce du truculent compositeur français. Mais Heureusement, pas pour longtemps. Au bout de quelques années, l'harmonie régnait à nouveau.

Alors qu’un jour il était invité par un personnage de haut rang de Londres à venir jouer chez lui, dès qu’il arriva, tout les yeux se tournèrent vers lui et le calme si fit dans l’auditorium, mais l’œuvre était la "Cavatina" du compositeur germano-suisse Joseph Joachim Raff, et dès qu’il commença à jouer, tout le monde dans la salle commença à jacasser. Wieniawski était un homme d'une grande ambition et d'un esprit sarcastique. Il décide de donner une leçon aux invités assemblés. Il savait que seul l'hymne "God save the Queen" pouvait les faire taire et même se lever de leurs sièges. Il a donné un signal à l'accompagnateur et les sons de "Cavatina" se sont transformés en mélodie de l'hymne national, joué fortissimo. A sa grande satisfaction, les gens ont cessé de parler et ceux qui étaient assis se sont levés de leur siège. Cependant, quand il est revenu à la" Cavatina ", ils ont immédiatement repris leurs conversations. Il a de nouveau entonné l'hymne et a gagné quelques minutes de silence, mais encore plus de bruit que n'en a produit jusqu'ici le changement de mélodie. Wieniawski n'a pas abandonné. Il a répété la manœuvre avec le changement de mélodie cinq ou six fois. Les personnes présentes ont été que surprise, quelle pièce étrange est-ce, dans laquelle le thème de l'hymne est répété tant de fois… ? 

Le concours International de violon Henryk Wieniawski est organisé tout les cinq ans à Poznan. L’aéroport de Poznan porte le nom du compositeur.

Pablo de Sarasate    
"Concerto n°1 en fa dièse mineur op.14" en trois  mouvements. L’orchestre sonne comme du Mendelssohn mais exit le romantisme allemand et ses fortissimos plutôt mezzo forte avec un violon qui joue en double corde ou en harmoniques. L’intégralité est  rarement joué en concert, seul apparait le premier   mouvement, celui-ci étant difficile dans son interprétation. Le deuxième et le troisième mouvements paraissent plus faibles. Mais à sa création  à Leipzig en 1853, la partition dédiée au roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse sera un succès.

"Concerto n°2 en ré mineur op.22" en trois mouvements. Le premier mouvement est sombre et, quelques soient les concertos, le violon solo ne joue jamais avant la troisième minutes (Un petit truc que j’avais remarqué mais que je ne peut pas expliquer !). Sans décortiquer le concerto morceau par morceau, on écoute surtout les concertos pour violon de Wieniawsky pour la virtuosité du soliste et dans le n°2 toute la technique est passée au crible, les glissandi, les doubles cordes, les arpèges, les sixièmes, les octaves, les tierces et les gammes chromatiques sans oublier la technique de coups d’archet. Il dédiera son concerto à Pablo de Sarasate.

Je reste fasciné par la version d’Itzhak Perlman et de Seiji Ozawa de 1973, le violoniste virtuose israélien gravera plusieurs enregistrements du concerto n°2. Bien sûr, j’aurais pu aussi proposer Jasha Heifetz, David Oistrakh, Gil Shaham ou Ivry itlis mais si j’avais du écouter toutes les versions et faire la différence dans la virtuosité des solistes (Chose dont je suis  incapable), je pense que cette chronique aurait été terminée pour le printemps prochain.

Henryk Wieniawsky, pour les amoureux du violon avec un grand V.  

En playlist, les concertos n°1 puis n°2 :



lundi 5 décembre 2022

Alfred SISLEY – Peintre (1839-1899) – François DAULTE (1924-1998) – par Claude Toon


- Je feuillette ce livre Claude… Il ne peignait jamais chez lui ce Monsieur Sisley ? une seule nature morte, quelques portraits et surtout des paysages… de préférence quand il neigeait… Il devait s'enrhumer fréquemment… Son nom ne m'était pas inconnu d'ailleurs…

- Comme tu le découvres Sonia, Sisley est l'un des pionniers de l'impressionnisme, mouvement caractérisé, au-delà de l'évasion du réalisme, par la possibilité de peindre en extérieur sur un chevalet grâce à l'invention de la peinture en tubes… Pour la neige oui, et le XIXème siècle devait être enneigé au contraire de notre époque ; il existe même un tableau d'Aix en Provence sous la neige…

- Il a eu du succès ? moi j'adore…  

- Une vie moins galère que celle de Van Gogh Sonia, mais de la vache enragée et une reconnaissance bien tardive comme pour beaucoup de novateurs…


Alfred Sisley par Renoir (1868)
XXX

À propos de la peinture à l'huile en tubes… De nos jours pour nos amis peintres amateurs, ce produit semble une évidence, tant pour le travail en atelier, qu'assis sur un pliant sur un quai de Seine ou dans champs ensoleillé face à son chevalet portable. Pourtant jusqu'au début du XIXème siècle, les artistes devait se métamorphoser en alchimistes et triturer diverses matières dans des mortiers ou mélangeant de manière plus ou moins empirique des pigments à un liant. Les pigments provenaient de poudres d’origine animale, végétale, minérale ou chimique. Le liant était au gré des recettes de chacun : de l'eau additionnée de gomme arabique, de la colle, du jaune d’œuf ou le plus souvent de l'huile de lin, de l'huile d'œillette* et même de l'huile de noix… Le temps passant, les teintes palissaient, virant au jaunâtre. Remercions les restaurateurs qui ont rafraîchi les chefs-d'œuvre de Bruegel ou les fresques des voutes de la Chapelle Sixtine.

Donc, en 1811, premier conditionnement dans des seringues en verre ou en métal, une invention du yankee James Hams, hors de prix et peu pratique… Son compatriote John Goffe Rand fabrique les premiers tubes en métal souple. En France, en 1859, la célèbre maison Lefranc commercialise le bouchon à vis toujours en usage, des tubes faciles à transporter. Vers 1920 le tube originel en étain, devient en aluminium puis en… plastique, matériau non pliable et peu apprécié…

Sans cette invention, l'impressionnisme n'aurait jamais vu le jour (c'est le cas de le dire), ni même la nuit ; certains ont peut-être en tête l'autoportrait de van Gogh peignant la nuit des ciels étoilés et virevoltants en fixant des bougies sur son chapeau…

Les impressionnistes s'évadent des ateliers à l'éclairage incertain, peuvent travailler presque par tous les temps et en jouant sur les ombres et lumières, de l'aube au couchant, privilégiant la représentation d'une vision "globale" par rapport à la précision des détails. Monet peindra une trentaine de tableaux de la façade de la Cathédrale de Rouen sous les lumières les plus variées… Le dessin et son réalisme laissent place à l'émotion (impression), à une atmosphère plus subjective. Désolé si pour des lecteurs j'enfonce des portes ouvertes 😊.

(*) Espèce de pavot sans opium.

~~~~~~~~~~~~~~~~~


Tubes Lefranc (-Bourgeois) du XIXème siècle
XXXX

La bibliographie consacrée à Sisley est assez vaste, de l'opuscule au tarif abordable au volume costaud hors de prix présentant l'imposante production du peintre. François Daulte, éditeur et critique d'art suisse (1924-1998) est un spécialiste des impressionnistes et a établi plusieurs catalogues pertinents de leurs œuvres, citons : Frédéric Bazille*, Alfred Sisley ou Auguste Renoir.

L'ouvrage de référence de ce billet est modeste mais son chapitrage en cinq parties met bien en valeur l'attachement du maître pour des lieux précis en Île-de-France.

Le peintre doit son nom anglophone – comme le soulignait Sonia - à ses parents. Alfred naît à Paris en 1839, dans l'actuel 11ème arrondissement. Son père, William, établi en France, dirige une entreprise d'import-export à Londres. Sa mère, Felicia Sell, aime les arts et fréquente les salons BCBG de la Restauration. En 1857, la famille envoie le jeune homme à Londres où il est censé s'instruire, mais fréquente plutôt musées, expositions et concerts (c'est un fan de Beethoven qu'il avait découvert lors de la création des concerts Pasdeloup en 1861).

En octobre 1862, retour à Paris et inscription à l'École des beaux-arts de Paris dans la classe de Charles Gleyre, peintre dont on ne peut nier la grande habileté mais aussi l'attachement à l'académisme romantique dans le trait et la technique de "la couche fine".

(*) Frédéric Bazille héritera des leçons de Charles Gleyre un sens aigu de la finesse de ses compositions. Hélas, il sera tué lors de guerre de 70… laissant des toiles remarquables et d'inspirations très diverses. Il n'avait que 28 ans, P**n ! chronique à venir.


Les fiancés (couple Sisley)
par Renoir (1868)

Sisley rencontre à l'École des beaux-arts de Paris ses futurs amis : Renoir, Monet et Bazille. Dès 1863, déçu de l'enseignement de Gleyre, les quatre compères déménagent chevalet et pinceaux pour les grands espaces bucoliques du Val-de-Marne : la forêt de Fontainebleau, Chailly-en-Bière, Barbizon (bien sûr), ou encore Marlotte.

1865 : cette année-là voit la première du Salon des refusés, une idée de Napoléon III et Violet-le-Duc qui apprécient peu le passéisme de l'académie, salon a refusé d'exposer Corot et d'Aubigny, les précurseurs, et 3000 autres œuvres rejetés sur 5000 ! L'impressionnisme est lancé, on connaît la suite… Le quatuor des jeunes peintres autour de Sisley était prêt pour y exposer leurs récentes réalisations et pour mener leur combat qui révolutionnera la peinture. Toute une histoire mériterant d'autres chroniques…


Sisley débute sa carrière en 1865 dans les bois de La Celle-Saint-Cloud. En 1866, il rencontre la jeune Marie-Louise Adélaïde-Eugénie Lescouezec* (1834-1898) qui deviendra sa compagne jusqu'à un mariage tardif en 1897 à Cardiff, de cette union naîtra trois enfants. Son père furieux face à cette alliance le déshérite… Le couple ne connaîtra jamais la fortune… De toute façon Sisley Senior mourra ruiné par la guerre. Alfred Sisley doit survivre avec compagne et enfants de son art.

Vers 1870, la famille s'installe à Bougival puis à Louveciennes près de Renoir et de villes épargnées par la guerre.  Sisley se passionne pour les paysages de cette région de l'actuelle région des Yvelines : Louveciennes sous la neige, des ponts sur la Seine et même, rare trace dans son œuvre, la passerelle provisoire d'Argenteuil après la destruction du pont (11). Autres lieux favoris : Marly-le Roi (où il déménage en 1875) et plus exceptionnellement Paris.

À ce sujet La vue du canal Saint-Martin (5) présenté au salon de 1870 est un exemple très parlant de ses recherches. Sisley confrontera souvent l'eau et le ciel dans ses œuvres, ici le reflet argenté de l'eau du canal qui prend une teinte plus ardoise en arrière-plan ; à l'inverse, le ciel s'éclaircit vers la ligne d'horizon. Deux phénomènes qui passent inaperçus car si naturels à nos yeux mais que le peintre souligne à merveille… Et puis quelle clarté dans ce tableau n'utilisant pourtant qu'une infinie palette de gris !

(*) Oui Sonia Lescouezec sonne breton ! Marie-Louise était née à Toul d'un père originaire du Morbihan mais militaire de carrière. Elle vivait à Paris lors de la rencontre avec son chéri…


Portrait de Marie-Louise Sisley
par Mary Cassatt (1873)

En 1874, avec Claude Monet, Auguste Renoir, Camille Pissarro, Edgar Degas et Berthe Morisot, il fonde la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs (Wikipédia in extenso).

Après ce long séjour dans l'ouest parisien, Sisley s'installe en 1880 à Moret-sur-Loing dans le Val-de-Marne qui a connu ses débuts. Tout est réunit pour satisfaire ses désirs de création : le climat calme et bucolique de la campagne sans trop s'éloigner de Paris où désormais il connaît le succès dans plusieurs salons et expositions, et cela même si les trois fondateurs de l'impressionnisme survivants taillent leurs propres routes… Et puis, surtout, il y a le magnétisme du Loing, cet affluent aux eaux calmes. Les paysages peints par Sisley sans le double miroir de l'eau et du ciel sont très minoritaires (2 sur 12 dans la mini exposition). Autre caractéristique : les personnages sont représentés très schématisés ; Sisley se passionne pour leur rôle dans le paysage plus que pour ce qu'ils sont (les badauds sur la passerelle provisoire d'Argenteuil (6) par exemple).

Malgré une certaine notoriété dans les expositions y compris à New-York, Sisley endure une vie plutôt misérable. Ses tableaux se vendent encore mal. Ce n'est pas la période future du XXème siècle où ils s'arracheront des fortunes chez Christie's. Marie-Louise meurt en 1898. Inconsolable, lui-même souffre de rhumatismes aigus puis d'un cancer de la gorge qui lui sera fatal. Ses demandes de naturalisation n'aboutiront jamais avant son trépas en 1899.

1.  Effet de neige à Louveciennes (1874)

2.  La neige à Louveciennes (1878)

3.  Chemin dans un jardin (1873)

4.  Le Loing à Moret, le Bateau Lavoir (1890)

5.  Moret-sur-Loing (1892)

6.  Vue du canal Saint-Martin (1870)

7.   La grand-rue à Argenteuil (1872)

8.   Bateaux (1885)

9.   La Seine à Bougival (1876)

10. L'Inondation à Port-Marly (1876)

11. La passerelle d'Argenteuil (1872)

12. Vue de Moret Sur Loing,
Soleil du Matin (1888)

L'inondation à Port Marly est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de
Sisley. Il est possible de l'examiner en cliquant sur l'image du tableau.
Le ciel, l'eau ocre (boue de la crue ?) Le bâtiment et son reflet dans le clapotis
où accostent des barques.
Une touche du pinceau qui rappelle celle de son ami Monet.
Mille détails.

Et pour accompagner cette petite visite : Sisley étant de sang anglais, écoutons La fantaisie sur un thème de Tallis pour cordes de Ralph Vaughan-Williams






1   2    3 

4    5

6   7  8

 9   10

11   12