samedi 16 décembre 2017

BACH – Le clavier bien tempéré – ZHU XIAO-MEI – Par Claude Toon


Des bagnes de Mao à Bach - épisode 2

- Bonjour M'sieur Claude, tenez goûtez moi ces petites madeleines à la cerise confite, une recette que m'a donnée ma copine Nema…
- Mum, moui délichieuges… Vous vous identifiez à Marcel Proust les filles… À ce sujet, l'une de mes madeleines musicales est le premier prélude du clavier bien tempéré de Bach…
- Heureux hasard, car je vois que vous allez nous parler de ce monument du clavier. Mais, il semble court votre papier, M'sieur Luc va ergoter… hi hi…
- Ce n'est pas son genre, il y a des musiques que l'on ne commente pas dans le détail. Des couples de prélude et fugue dans 24 tonalités et en deux cahiers, 96 pièces…
- Ah oui, quand même, des études en fait, mais connaissant Bach, c'est sûrement bien plus que des exercices pédagogiques…
- Oui, et les interprétations sont de styles très variés… Mais je l'avais promis, c'est la vision de la courageuse pianiste chinoise Zhu Xiao-Mei que nous allons écouter.

Il y a près de deux ans, j'avais chroniqué le livre de Zhu Xiao-Mei, artiste chinoise née en même temps que l'avènement du règne de Mao, pianiste enfant très douée et dont l'existence tumultueuse et douloureuse m'avait beaucoup ému : les premières années d'apprentissage, l'enfer des camps de rééducation lors de la révolution culturelle, l'évasion vers les USA, les petits boulots ingrats, puis Paris et enfin la liberté de vivre et de jouer de son piano, Bach en particulier… (Clic).
Je pensais faire suivre ce billet littéraire d'un article sur le clavier bien tempéré dans la foulée. Et, je me suis retrouvé face à une montagne à gravir en tongs (sans jeu de mot par rapport aux origines de l'artiste). Tous ceux qui lisent mes papiers (j'en profite pour leur dire merci) savent que j'essaye de partager avec eux, à la fois quelques tuyaux de technique musicale pour entrer dans les œuvres, mais surtout mes sentiments par rapport aux émotions que me procure la musique classique. Et cet exercice parfois difficile mais toujours passionnant se révèle sans aucun sens pour le clavier bien tempéré, œuvre de musique pure, sans aucun programme, un chef-d'œuvre totalement intemporel.
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Donc oui, un article court sans dissertation intello. Il est quand même utile de situer ce marathon pianistique dans l'histoire de la musique. Le pianiste russe Sviatoslav Richter disait "tout pianiste professionnel se doit de connaître le clavier bien tempéré par cœur" !
J'enfonce une porte ouverte en rappelant que Bach a établi les règles toujours en vigueur dans la musique occidentale concernant l'harmonie, la fugue et plus largement le contrepoint. Mon premier papier dans le blog était un commentaire sur l'art de la fugue, une série de 18 fugues de plus en plus sophistiquées à partir d'un motif élémentaire travaillé plus de 150 fois avec une imagination sans borne (Clic). Si l'art de la fugue peut être interprété tant sur un clavier que par un orchestre de formation libre, le clavier bien tempéré est réservé aux claviéristes, pianistes ou clavecinistes. Bien entendu, Bach a écrit sa partition pour le clavecin. Le piano était en cours d'invention à la fin de sa vie en 1750, et le Cantor détestait ces instruments primitifs au son bien dur, il faut l'avouer…
Il existe deux livres pour ce corpus. Le premier aurait été achevé vers 1722 mais repris en 1750 par un Bach mourant. Sans doute l'un de ses fils tenait la plume. Le second est daté de 1744.
Sviatoslav Richter
Pour les deux livres même principe : un prélude et une fugue forment un couple écrit dans une tonalité donnée. Il y a 24 couples dans chaque livre : du do majeur au si mineur, soit les 24 tonalités chromatiques (12 majeures, 12 mineures). 48 pièces par livre, 96 en tout ! Les amis qui connaissent le solfège apprécieront ce détail. Pour les autres, cela n'a aucune importance car ce principe a priori rigide n'a absolument aucune incidence sur la beauté musicale obtenue. "Il faut par votre  toucher donner à la fois l'idée de l'eau qui s'écoule et du soleil qui se lève" (Zhu Xiao-Mei). Oui, Bach insuffle dans ces pages les passions les plus nobles et les images les plus rêveuses, et cela bien au-delà du travail contrapuntique d'une fantaisie sans fin.
La première idée qui vient à l'esprit est "mon dieu, quel didactisme, cela doit être totalement dogmatique et ennuyeux". Et bien non, car si Bach lui-même avouait avoir dédié ces partitions à l'usage des apprentis, ce serait bien mal le connaître que de penser avoir hérité d'une méthode pédagogique ennuyeuse. Bach n'est pas Czerny, même si les études de ce dernier sont précieuses lors de l'apprentissage…
Il y a des débats sans fin sur les similitudes tonales entre telle et telle gamme, du style "oui mais, Mi bémol majeur & Ré dièse mineur sonnent de la même manière". Ah oui ?! Sans doute, personnellement je laisse cela aux spécialistes.
Eh bien oui, comme ironisait Sonia, je crois avoir dit l'essentiel. L'exécution de l'intégralité du Clavier bien tempéré dure environ 4h30 soit 4 CD. Le nombre de gravures existantes est sidérant, mais le résultat pas toujours sidéral 😁. Je ne l'écoute jamais dans sa totalité en continue. Un CD par-ci par-là. Il existe même des albums de sélections bien agréables (Wilhelm Kempf). Assez parler, écoutons…
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Clavecin du XVIIème siècle
Zhu Xiao-Mei a gravé son interprétation en deux temps : en 2009 pour le premier livre, à Paris, et en 2007 pour le second à la ferme de Villefavard dans le Limousin. Des enregistrements en studio sur un Steinway D, grand piano de concert. L'écoute du très célèbre premier prélude décide à lui seul de l'intérêt que l'on portera à la suite. Bach n'indiquait pas de tempo sur ses manuscrits, donc vif ou mesuré ? Au choix. Trop lent, il y a un risque de sombrer dans le mysticisme, trop rapide, le discours se transforme en cavalerie légère. Pas facile ! Zhu Xiao-Mei trouve d'emblée le ton juste : un joli rythme enjoué et une sonorité aérienne sans affectation. Plaisant et attendrissant. Un pianiste professionnel m'a confié un jour que souvent Bach associait à un prélude facile à jouer une fugue difficile et inversement. Ici, la répétition presque mécanique d'un motif simple implique donc une fugue élaborée à la suite. Est-ce vrai ? Je n'en sais rien.
La pianiste allège le trait, obtenant de son grand piano des sonorités lumineuses et chaleureuses. Perso, j'adore, quelle finesse, un flot musical chantant voire malicieux comme la fugue en do mineur du livre 1. Je vous laisserai vous faire un avis sur les 94 pièces suivantes 😌. Pour moi, un seul mot : la quintessence de Bach ! Il y a dans le jeu de la pianiste une pureté d'une grande simplicité, un lyrisme soyeux, aucun hédonisme qui se voudrait métaphysique. La transparence au sens le plus naturel du terme ; une évidence. Je propose quelques extraits en vidéo. Je m'aperçois que ce coffret disponible il y a deux ans n'est plus au catalogue Mirare, sauf d'occasion à des prix irréels A rééditer d'urgence ! L'accueil très enthousiaste des critiques et des mélomanes ne laissent planer aucun doute sur la qualité superlative de l'entreprise !
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Quelques grandes interprétations que j'apprécie et quelques mauvaises surprises :
Datant de 1970, l'interprétation de Sviatoslav Richter était parvenue en Europe sous forme de vinyles Mélodya quasi inécoutables 😖. Dans les années 90, les ingénieurs du son chez RCA ont réussi au mieux à rafraîchir une interprétation marquée par le mysticisme et surtout l'élégance. Le premier prélude sonne de manière cosmique, un incontournable (RCA – 6/6 - Piano Bösendorfer). Tiens, il existe l'intégrale sur Youtube, je l'ajoute pour le fun…
Quand on parle de Bach, on parle de Glen Gould, forcément. L'opposition avec Richter est évidemment flagrante. Le pianiste américain se joue allègrement de la moindre difficulté à l'aide de son inimitable legato-staccato. On trouvera cela délicieusement ludique ou dans le style "machine à coudre" comme l'aurait dit Colette. Moi j'aime bien cette liberté de style, ce phrasé vif-argent dans le premier prélude au tempo pourtant retenu et aux notes qui batifolent (Sony – 6/6 - Piano Yamaha).
Le clavecin n'a jamais été oublié bien heureusement, surtout grâce à Wanda Landowska dans la première moitié du XXème siècle. J'ai un faible pour le disque du claveciniste français Pierre Hantaï. Subtilité du trait, tempos variés et pertinents. Parfait (Mirare – 2002 - 5/6). Le premier livre seulement.
J'ai eu la curiosité d'écouter le célèbre pianiste Keith Jarett jouer l'œuvre sur un clavecin pour le livre 2 et au piano pour le livre 1. Cet artiste aura ses fans. Il possède tous les moyens techniques pour aborder ce monument, le problème n'est pas là. Je reste un peu perplexe et déçu face au jeu sans nuance et à la frappe sèche et peu habitée. Hélas, jouer Bach demande un engagement total, de l'humilité, de la spiritualité, ce ne sont pas les qualités premières du jazzman paraît-il… (ECM Records - 2/6). Nota : sur son piano, ça passe mieux, mais d'où sortent cette impression d'entendre des ornementations en fin de certains motifs du premier prélude au phrasé bien insipide ? On a connu cet artiste nettement plus inspiré dans l'univers classique.
Cela dit, j'ai entendu tellement pire (notamment les adaptations variétoches mal venues : Maurane, au hasard). Autre déception : qu'arrive-t-il à ma si chère Hélène Grimaud qui étire le même prélude en do sur près de 3 minutes avec un crescendo affecté digne de Liszt ??? Comme quoi…

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vendredi 15 décembre 2017

VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANCAIS de Bertrand Tavernier (2016) par Luc B.



Ca lui aura pris 6 ans de travail, à Bertrand Tavernier, pour concevoir ce long film-documentaire VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANCAIS. Mais y’avait pas déjà un film comme ça… dans le même genre ? Si, celui de Martin Scorsese, qui voyageait lui à travers LE CINEMA AMERICAIN (et son VOYAGE EN ITALIE). Il parait évident que le titre est un clin d’œil au film de Scorsese, les deux hommes se connaissent et se côtoient, réunis par une même cinéphilie.

Mais le film de Tavernier diffère sur deux points. Son récit est autobiographique (et non thématique). Si Scorsese égrenait quelques souvenirs, Tavernier en fait la trame narrative de son film. Second point, qui découle du premier, la sélection est donc plus subjective, et le temps consacré à tel ou tel metteur en scène, plus long.

La Traversée de Paris / Autant-Lara
Le gamin Tavernier découvre le cinéma avec un film de Jacques Becker. « J’aurais pu tomber plus mal » dit-il. C'est donc avec l'auteur de CASQUE D'OR, TOUCHEZ PAS AU GRISBI, LE TROU que le voyage débute. Analyse, décryptage (la parenté Hawks / Becker est judicieuse !), la démonstration est illustrée d’extraits commentés, disséqués. On passe à Jean Renoir, évidemment, ses prouesses de caméra, la fluidité de son langage, mais pas que. Tavernier, égratigne aussi le Renoir détestable, nabab à Hollywood pendant la guerre, auteur de quelques lettres antisémites, qui fera dire à Jean Gabin : "Renoir, comme metteur en scène : un génie. Comme homme : une pute."

Gabin, justement, le seul acteur qui aura son portrait dans le film, son jeu, sa gestuelle, ses cheveux devenus blancs en un jour - après un bombardement en Méditerranée. On a beau tout connaitre, ça reste passionnant. Dans une interview post film, Tavernier se justifie : « Pourquoi lui, et pas d’autres, ou pas d’actrice ? Parce qu’aucun comédien n’a eu à cette époque autant d’importance dans l’industrie du cinéma, en achetant des droits, co produisant, il a initié des dizaines de chefs d’œuvres, qui n’auraient jamais vu le jour sans lui ».

On reste dans les années d’avant-guerre, avec une évocation de Marcel Carné, vilipendé par ses scénaristes Prévert ou Henri Jeanson, comme incapable d’écrire, de créer, de diriger. Fabuleux cet interview de Jeanson qui dit : « HOTEL DU NORD… qui c’est qui a réalisé ça déjà… hum... Duvivier ? Non, Duvivier il savait diriger, lui... Ah oui : Carné ! ». Tavernier nuance : « Quand on voit la réussite de ses films, LE JOUR SE LEVE, QUAI DES BRUMES, LES ENFANTS DU PARADIS… on se dit que Carné doit bien y être pour quelque chose ! ». Et de montrer par l’image, telle scène, tel plan, le travail de découpage de Carné qui s’appropriait les scénarios visuellement. Et qui doit-on la scène fameuse d'Arletty "Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?!", à Carné qui apostrophait Jeanson sur son scénario, lui disant : "j'peux rien faire de ta scène, y'a pas d'atmosphère". Furibard, l'autre a écrit ce que l'on sait... 

Léon Morin prêtre / Melville
Le VOYAGE ne se concentre pas que sur les stars. On (re)découvre des réalisateurs oubliés, comme Edmond T. Gréville et Jean Sacha. Et pour le premier, je me suis souvenu d’un film de lui, vu y’a 25 ans, qui m’avait fait halluciner, et dont j’ai revu un extrait ! Dans le récit, on arrive aux années 50/60, Tavernier fonde une revue de cinéma, un ciné-club (le Nickel Odéon) et commence à frayer dans le milieu, à rencontrer des cinéastes, les interviewer. Les réflexions, les anecdotes rapportées sont donc de premières mains ! Notamment sur Jean Pierre Melville, dont Tavernier fut l’assistant. L’occasion de visiter ses studios de la rue Jenner, à Paris, où Melville tourna ses plus grands films, utilisant ses locaux pour en faire un bureau de flic, un dancing… Tavernier montre des extraits de films où le moindre porche, escalier, était redécoré en fonction des plans, des histoires.

Casque d'Or - Becker
Melville vire l’incapable Tavernier, qui retrouve un boulot 15 minutes plus tard, comme attaché de presse pour le producteur George de Beauregard. Occasion d’aborder les cinéastes de la Nouvelle Vague, Chabrol et Godard notamment. Pour ce dernier, le travail de Tavernier consistait à persuader la profession que Godard allait enfin faire un film normal, sur un scénario normal, avec une histoire normale ! Là encore, beaucoup d’extraits, d’explications narrées avec délectation. Bertrand Tavernier évoque une idole, Eddie Constantine, expliquant combien ses premiers films policier, où il jouait Lemmy Caution, très inspirés du Film Noir américain, étaient remarquables, CET HOMME EST DANGEREUX (Jean Sacha, 1953) CA VA BARDER (John Berry, 1955).

Une longue séquence (trop longue ? car quid des directeurs photos ?) s’attache aux compositeurs de musiques de film (Jaubert, Kosma), à cette spécificité française - contrairement aux studios hollywoodiens - où le scénariste, le réalisateur, choisissait le musicien, qui était associé aux étapes de fabrication du film.

Max et les ferrailleurs - Claude Sautet
Un des derniers cinéastes dont Tavernier parlera, c’est Claude Sautet, le colérique Claude Sautet, découvert avec CLASSE TOUT RISQUES (1960) et suivi au début de la décennie suivante. Bertrand Tavernier tourne son premier film, L’HORLOGER DE SAINT PAUL, en 1974. Dans son récit documentaire il n’ira pas plus loin que cette date. Il reprend le même argument que Scorsese pour son VOYAGE AMERICAIN : ne pas commenter les films des autres au moment où lui-même commence à en réaliser.

Cet argument, et d’autres, seront développés dans une longue interview (objet du troisième dvd), comme : 1- pourquoi choisir untel, et pas un autre (bah oui Bertrand, et Ophüls, Clouzot, Allégret, Decoin, Verneuil ???) 2- pourquoi si peu de femmes ? A quoi Tavernier répond : citez-moi trois réalisatrices françaises entre 1930 et 1950 ? 3- y aura-t-il une suite ? Au cinéma, non. Mais à la télé oui, une vingtaine de courts épisodes sont prévus, mais dans un autre esprit, sans l’aspect biographique. Tavernier conclut, pas peu fier, d’avoir eu un certain succès avec son film aux USA, où des gens de la profession ignoraient qu’il y avait eu un cinéma français avant Truffaut ou Godard ! Tarantino, qui connait son JP Melville sur le bout de la rétine, y aurait découvert Claude Sautet !  

Le film dure 3h15, et c’est juste… pas assez ! On en redemande. Tant le récit est fluide, intelligent, instructif, mais jamais pontifiant ni pompeux. On écoute simplement un type raconter sa passion, et on regarde - comme les gâteaux d'une vitrine de pâtisserie - des centaines d’extraits judicieusement choisis, montés, imbriqués, des interviews ou de reportages d’époque, des anecdotes à foison.

Mais ce qui est terrible, c’est que ça donne surtout envie de voir ou revoir tous ces films dont il parle, et ça, malheureusement, une vie n’y suffirait pas ! 


couleur et N&B  -  3h15  -  format 1:1.85      + dvd bonus : 1h30. 

Autant dans le film lui même, Tavernier a écrit ses textes (au passé simple souvent !) autant dans l'interview, c'est une discussion sans montage, et le débit de parole en pâtit - hésitation, répétition...


jeudi 14 décembre 2017

R.I.P. FATS DOMINO (1928-2017)

Ça vous a peut être échappé même si les médias s'en sont fait un peu l'écho  mais une authentique légende du rock'n'roll  nous a quitté en cette fin d'année 2017. En effet Fats Domino est décédé le 24 Octobre à l'age de 89 ans; quelques mois après  Chuck Berry, laissant Jerry Lee Lewis et Little Richard seuls survivants de ces temps héroïques... Lui c'est vraiment un de ceux qui ont inventé le rock'n'roll, sans vraiment s'en rendre compte d'ailleurs : à la question comment avez vous commencé avec le rock'n'roll il répondait  "vous savez pour moi ce qu'on nomme le rock'n'roll,  moi j'appelle ça du Rythm'n' Blues et j'en joue depuis plus de 15 ans" (début des années 40). Pour les plus jeunes, il faut savoir qu'en ces temps là sévissait la ségrégation aux Etats Unis et que ce qui était joué par les noirs, dont le Rythm'n'blues, était baptisé dédaigneusement "race records" (disque de race!). Comme Ray Charles ou d'autres Fats souffrira de la ségrégation lors de ses tournées dans les états du Sud, il fut même interdit de jouer parfois, mais ses concerts qui commençaient à attirer un public de jeunes blancs qui se mélangeaient au public noir constituèrent une menace pour l'apartheid et furent interdits dans certaines villes, en tous cas ils contribueront à faire évoluer les mentalités.

Il pousse ses premiers cris le 26 Février 1928 dans un modeste logement à la plantation de sucre où s'échinent ses parents, sur les bords du Mississippi, à l'Est de  Nouvelle Orléans, ville à laquelle il restera fidèle toute sa vie. Comme à sa femme Rosemary d'ailleurs qu'il épousera à 19 ans et avec laquelle il aura 8 enfants. Au milieu de ses 7 frères et sœurs  le petit Antoine Dominique se passionne très jeune pour la musique dont il apprend les bases auprès de son beau-frère, joueur de banjo dans les orchestres locaux, puis en autodidacte en écoutant la radio et les disques familiaux. A 10 ans la famille hérite d'un vieux piano et il s’entraîne inlassablement.

Mais il faut gagner sa croûte jeune en ces temps là, et à 11 ans, il quitte l'école pour travailler dans une manufacture, à l'age de 14 ans il commence à se produire dans les clubs et à 20 intègre l'orchestre de Billy Diamond. C'est lui qui lui trouve son sobriquet de "Fats" Domino, référence au pianiste Fats Waller que Domino adore - et également pour son embonpoint. A 21 ans il se fait remarquer par Dave Bartholomew, saxophoniste, compositeur, arrangeur, chanteur et chef d'orchestre mais également à l'époque directeur artistique d'Imperial Records qui le signe aussitôt ( hé oui, à cette époque il y avait des gens compétents à la tête des maisons de disques et pas des commerciaux).

Domino et Bartolomew entament une longue collaboration, co-écrivant nombre des succès de Fats, dont le premier "The fat man". Bien d'autres vont suivre dans ces fifties qui constituent le somment de sa carrière et de sa popularité (Detroit city blues, Gn'home, poor me, aint that a shame (repris par Cheap Trick sur le live at Budokan en 1978), "blue monday", I"'m walkin", "All by myself", "Blueberry Hill" (*) et "Tin pan Alley" en 1955 etc). Sa musique est un savant mélange de diverses cultures et styles : boogie woogie, ragtime, blues, gospel, créole, fanfare New Orleans, jazz, country,  souvent festive et dansante et ralliera aussi bien le public noir du Rhythm'n'blues que le public blanc naissant au rock'n'roll. A noter qu'il apparaîtra aussi dans plusieurs films musicaux à succés ("The girl can't help", "Shake rattle and roll", "the big beat", "disc jockey jamboree", "let the good time roll").

Sa carrière connaîtra ensuite des hauts et des bas, plus creuse notamment au milieu des années 60 où la british invasion attire les lumières - et le tiroir caisse - sur les groupes anglais (Beatles, Stones, Who..) au détriment des pionniers locaux du rock'n'roll. A noter que les déclarations d'Elvis - son plus grand fan - ont fait aussi pour  sa popularité "beaucoup de gens semblent penser que j'ai déclenché ce business (le rock'n'roll) mais le rock'n'roll était là bien avant que j'arrive. Personne ne peut chanter cette musique comme les noirs ("colored people" dans le texte), je ne pourrais jamais chanter comme Fats Domino". Et à Vegas en 1969 à un journaliste qui l'appelle "le King" il répond, "non le vrai King il est dans la salle", désignant Fats assis dans l'assistance, un bel hommage. 

avec Jerry Lee et James !
Fats tourne en Europe en 1967 pour la première fois et en 1968 publie "Fats is back" avec notamment une reprise de "Lady Madonna" des Beatles, juste retour des choses car Lennon et MacCartney comptaient parmi ses admirateurs et l'ont  repris, comme d'ailleurs les Stones, les Animals ou d'autres groupes de british blues. A partir des années 80 il se fera plus rare, fatigué de la vie en tournée.

En 1986 il est intronisé au  Rock'n'Roll Hall of fame et classé parmi les 10 plus influents pionniers du rock (avec Elvis, Ray Charles, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis, James Brown, Sam Cooke, Everly Brothers, Buddy Holly).

En 2005 sa maison est inondée par l'ouragan Katrina et on le croit disparu. Des fans laissent même un message de deuil sur les murs de sa propriété ("RIP Fats") mais il est finalement rescapé, il s'impliquera ensuite dans des concerts de charité et sort un live en 2006 "Alive and kicking", son dernier  enregistrement.

Les chiffres donnent le vertige, de 1955 à 1987 il aura sorti prés de 150 LP (dont des live et des best of) pour Imperial, puis ABC, Mercury, United Artists et d'autres labels.  65 millions de disques vendus, 23 disques d'or, des hits à  la pelle. Pas facile de s'y retrouver dans tout ça, surtout que depuis 1987, plus de 300 cd sont apparus sur le marché ! Citons l'excellent Coffret paru chez Frémeaux et associés, 6 cd  "the indispensable Fats Domino 1949-1962", une formidable idée de cadeau de Noel pour moins de 40€... (lien vers sa discographie complète : rocky-52.net/chanteursd/domino).

On le voit c'est un artiste majeur qui nous a quitté et j'aurais bien aimé voir des spéciales à la télé ailleurs que sur Arte à 4 heures du matin...

On n'oubliera ni sa virtuosité ni son éternel sourire, RI.P. FATS, thank you

* Blueberry Hill,  pièce crée en 1940 par Vincent Rose reprises notamment par Glenn Miller et Louis Armstrong avant la version la plus connue de Domino en 1955, ensuite Elvis, Little Richard ou Jerry Lee la chanteront aussi, tout comme Johnny et Eddy en France.

ROCKIN-JL

mercredi 13 décembre 2017

The DISQUES of the YEAR 2016 (volume two) - by Bruno



- "Les disques de 2016 !?? C'est une erreur ?"
- "Ben, non ...J'l'avais sous l'coude ... pour conclure, en complément de la première partie. J'hésitais pour un disque ou deux ... Et puis j'en ai supprimé trois de la liste initiale. Sans oublier qu'il y en a qui n'ont été chroniqués que cette année. "
- "Mais ça fait pas un peu tard là, non ??!? Tu devrais pas faire 2017 ?? "
- "Mieux vaut tard que jamais ! Et puis, on ne va pas le mettre à la poubelle. De toutes façons, j'suis toujours en retard. Pourtant, ce n'est pas faute d'essayer. Mais j'suis toujours en r'tard. Et ça ne date pas d'hier (soupirs)"
- "Bon ... j'peux y aller ? La semaine prochaine j'attaque 2014 ... 😊"

John MAYALL
"Talk About That"



     Toujours vivant, toujours debout. "Still alive and well" !
Le père du British-blues ne fait pas son âge. Pour lui, sa mission de prêcher le Blues de par le monde est un sacerdoce qu'il suivra jusqu'à ce que ses jambes ne puissent plus le porter.
John Mayall, l'homme qui a fait découvrir et aimer le  blues à tant de petits blancs becs européens (et aussi à des américains qui (re)découvraient le Blues), et qui a éveillé bien des vocations. Il ne faudrait pas chercher à comparer le vieil homme de 83 ans au fougueux musicien chevelu des seventies, mais ça fait plaisir de constater que ce monument est toujours debout, et qu'il continue à produire des albums de qualité. Sans se soucier le moins du moins d'éventuelles retombées commerciales.
Long life Blues! Long life Grandpapa John !
La chronique ⇰ (clic - lien)



ROB TOGNONI "Brave"

     Y'a pas plus de justice en ce bas monde. Alors que nous sommes bombardés de toutes parts de bouses diverses et d'infâmes trucs synthétiques et indigestes, les bons disques, ceux qui vaillent la peine que l'on s'y attarde, sont parfois difficiles à dénicher. Comme ce dernier Rob Tognoni, "Brave". 
S'il est vrai qu'une bonne partie des disques de ce "diable de Tasmanie" peuvent se révéler inégaux - mais contenant toujours quelques pépites - son petit dernier pourrait bien être un de ses meilleurs. Dans les grandes lignes, il plane sur ce dernier haut-fait, l'esprit des riffs cinglants et tranchants du AC/DC des 70's, la fougue et la nervosité des groupes Australiens de la même époque (avec en première ligne The Angels), le tout au service d'un Blues sain, vivifiant et prolétaire.
En attendant la critique ⇰ "Casino Placebo" (2013) - (clic-lien)


RYAN REID "Shine"


   Encore un truc qui ne semble intéresser personne en Europe. Pas de distribution. Après un premier disque fort prometteur en 2012, et un Ep en 2014, Ryan REID revient gonflé à bloc. Ce blondinet de Stillwater, adepte du tout Fender (Stratocaster, Telecaster et ampli Blues Deluxe Reissue), déboule avec ce "Shine". Un disque énorme, dans les deux sens du terme. D'ailleurs, je me demande comment il parvient à obtenir un son aussi ample, aussi "fat", large, avec ce matériel. Ça sent les grosses pédales d'effet ou le changement de micro (ou sinon, tout simplement, c'est doublé par une Les Paul).
La pochette n’exagère pas. Ce gars est une génératrice d'électricité, et son second long-player est brillant. Ryan Reid a absorbé tout ce qui fait le Rock et le Blues-Rock typiquement américain. Celui fier de son pays et de son histoire avec ses paradoxes, sa violence, son amour et, ses futilités. Du Heavy-Rock franchement Bluesy, ou l'inverse. Qu'importe. Entre Steve Hill & The Majestik, Kid Rock, Hogjaw (de "Ironwood"), Pride & Glory, Blackfoot. ✩
The chronique (clic - lien)



NO SINNER
"Bad Habits Die Hard" 
     
     Colleen Rennison avait déjà prouvé dès son premier opus qu'elle n'était pas une chanteuse improvisée, le résultat d'une lubie, d'un caprice d'une "enfant star". Son chant est mûr et maîtrisé, sachant ne pas tomber dans le piège de l'emphase. Mais, désormais, elle s'est libérée de toutes inhibitions, n'hésitant pas à se lâcher totalement, s'offrant corps et âme à la musique, ne craignant pas l’opprobre en se faisant sensuelle ou rageuse. Rageuse parfois au point d'être presque masculine.
     Cette seconde fournée de No Sinner est bien plus proche du Detroit's Rock Sound et des BellRays (lien/clic), voire de l'Imperial State Electric de Nicke Andersson (lien/clic). On ne peut pourtant le considérer comme meilleur, chacun ayant ses petits défauts et ses qualités certaines. Néanmoins, ce dernier, dans son ensemble, transpire le Rock'n'Roll et pourrait bien plus aisément séduire un public avide (ou seulement amateur) de sensations électrisantes. 
La chronique (clic / lien)


ELI Paperboy REED
 "My Way Home"

     Le jeune Eli Paperboy Reed est de retour pour un disque que l'on pourrait croire tout droit sorti d'un coffre à trésor oublié depuis les années 60. Les amateurs de sons clinquants et rutilants vont faire la gueule.
 Ce nouvel opus marque un tournant. Certes,la Soul et le Rhythm'n'Blues restent bien naturellement de mise, car n'oublions pas : c'est son sacerdoce. Cependant, les cuivres ont disparu pour laisser place à une musique nettement plus crue. Limite "garage". Une mutation que traduit la pochette. Fini les costumes et les cravates, place au style décontracté, aux baskets et au tee-shirt. Nul besoin de s'accoutrer en fonction de la musique interprétée pour paraître crédible. Eli est sur un ring, dans une salle de boxe aux murs écaillés et décorés de photos élimées de fiers combattants blacks (entre la salle de Frankie Dunn et celle où Appolo Creed fit ses débuts). On revendique - et cultive - désormais une facette prolétaire. Pas de strass, ou de paillettes. Ce serait mal perçu.
Retour aux sources donc pour "My Way Home". Retour à l'authenticité, à la fraîcheur, à une musique absolument vivante, organique et boisée. Ça respire, c'est vivifiant et spontané.

"On croirait écouter un disque Atlantic ou Stax de l'année 1965" dixit Shuffle (et sans copyright)
L'article complet (clic - lien)

Jordan PATTERSON Band
"The Back on Track Recording Project"

     Une franche réussite.
     Jordan Patterson a l’intelligence de contenir son ego afin de laisser s’exprimer ses musiciens et de laisser respirer la musique. Ainsi, son harmonica n’intervient qu’à bon escient et s’abstient de tout babillage. Même au chant, il sait s’effacer pour ne pas empiéter sur la cohésion générale du morceau. D'ailleurs, contrairement à une majorité d'harmonicistes qui mènent une carrière sous leur propre nom, ici le "ruine-babines" n'est pas omniprésent. S'il y a bien pratiquement toujours quelques phrases d'harmonica qui ponctue la musique, il préfère souvent se fondre dans le décor et laisser le champ libre à cette paire de "luke-la-main-froide" de la guitare qui ne manque jamais sa cible. Deux musiciens ayant déjà une belle expérience musicale. Le jeu imbriqué des deux guitares a autant d'importance que le chant et l'harmonica cumulés de Patterson. C'est une sage stratégie car si sa voix est assez expressive, elle n'a pas la puissance de celle d'un Blues shouter. Singulière, solide, expressive, immédiatement identifiable, elle paraît néanmoins s'appliquer à ne pas s'approcher d'une ligne de démarquage, de ne jamais exciter les sensibles aiguilles des vu-mètres. Malgré tout son cursus professionnel, c'est comme s'il gardait en lui une part de timidité qui l'empêchait d'être totalement expansif. Par contre, au niveau harmonica, il ne semble craindre personne. Du bon Blues-Rock Canadien propre aux meilleurs de ce vaste territoire.
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  Ricky WARWICK
"When Patsy Cline Was Crazy & Guy Mitchell Sang the Blues"
"Hearts on Tree"

  Un double ! Un premier foncièrement électrique, avec un titre d'album qui concours pour le plus long jamais écrit, et un second acoustique qui n'a rien de chansons fébriles, jouées devant un feu de camp. L'ex chanteur de The Almighty, et l'actuel de Black Star Riders (le groupe de Scott Gorham, ex-Thin Lizzy)continue parallèlement sa carrière solo où les histoires sur son Irlande natale sont la matière première. Des chansons bien plus personnelles que ce qu'il a l'habitude de composer pour ses formations de Hard-rock.
 Une grosse et fort agréable surprise. Un double qui envoie directement ses deux galettes sur deux piédestal. L'un accueillant les meilleurs disques de Hard-rock de 2016, et le second celui des meilleurs disques acoustiques de la même année.
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Paul PERSONNE
"Lost in Paris Blues Band"

     Nos médias sont un bien grand mystère ... sinon, comment expliquer la mise sur un piédestal de tant d'artistes de pacotilles, ou au mieux de très jeunes talents sans bagages conséquents, alors que d'authentiques artistes tels que Paul Personne restent encore inconnu du "grand public". Comment un homme riche de seize copieux disques studios (en ne comptant que ceux sous son seul nom de scène), de savoureux enregistrements en public et fort d'une carrière professionnelle qui commence à approcher les 50 ans, peut-il être boudé de la sorte par "nos" instances ? Pendant que d'autres, on ne sait trop comment ni pourquoi, récoltent les louanges de "l'élite" jusqu'à en recevoir des récompenses honorifiques remises en grande pompe par quelques curieux personnages du paysage politique.
Enfin ... Heureusement que cela n'empêche pas notre Paulo national de continuer à nous offrir de délicieux disques mélangeant naturellement le Blues, le British-blues et une bonne frange du Rock 70's. En 2015, il a la bonne idée de réunir quelques américains qui étaient coincés à Paris, pour quelques jours en chômage technique. Une rencontre improbable de  Robben Ford, de John Jorgenson et de Ron Thal pour jammer sur des Blues et sur quelques classiques pas très éloignés de cet idiome. Dans une ambiance totalement détendue, joyeuse et bon enfant, les belligérants s'enferment pendant trois jours dans le studio Ferber. En seulement trois jours, ces gaillards ont réussi à poser sur bandes douze morceaux aboutis. Plus un treizième où seul Paul officie. Un labs de temps extrêmement court, notamment pour un groupe improvisé, constitué de musiciens qui n'avaient jamais joué ensemble. Alors forcément, ça respire la prise live et si l'on avait rajouté en overdub l'ambiance bruyante d'un club bien rempli, avec approbations et ovations du public, on y aurait vu que du feu. L'amie Beverly Jo Scott est appelée en renfort pour quelques pièces nécessitant un apport féminin.
Ça respire, ça vibre, ça pulse, ça s'ébroue, bref, c'est vivant. Et essentiellement, c'est Blues.


BORN HEALER
"Til the Dawn"

     Une belle et bonne surprise. Pas vraiment "Hard-Rock", aucunement même suivant les critères actuels, mais pas vraiment Blues non plus. Avec Born Healer on retrouve l'univers des Stone the CrowsHumble PieMama LionFreeHackensackKeef Hartley BandBirtha. Et même de Rory Gallagher dont ils reprennent "A Million Miles Away" dans une version adoucie, feutrée, presque Souful, exacerbant sa facette mélodique. La transformant en une belle et douce ballade. 
Rien de percutant, ou de vraiment catchy, absolument rien d'agressif, juste du bon Heavy-blues-rock millésimé 70's. Première moitié. A l'image de la pochette, il plane sur ce disque une atmosphère feutrée, duveteuse même. Une ambiance "so british", d'un pub chaleureux ou d'un salon cossu, à l'abri d'un "climat de poulailler", où on peut déguster une bonne bière et se ressourcer.
Le Deblocnot a probablement été le seul blog français a écrire sur cet intéressant combo.
"Super. Pas trop rapide, pas une note de trop, pas bourrin, voix remarquable. Découverte intéressante. Un batteur de ce style qui joue en prise traditionnelle, assez rare" intervention pertinente du S.M.
Commentaire exclusif (clic-lien)

DIRTY DEEP
"What's Flowin' in my Veins"

     C’est rugueux, c’est âpre, énergique, ça sent le bayou, les fientes de croco et le venin du Cottonmouth Mocassin, la bière tiède et le whisky de contrebande ; on soupçonne d'ailleurs le chanteur de pratiquer des gargarismes au Rye Whiskey pour entretenir ses cordes vocales. Le tout agrémenté d’effluves émanant des quartiers défavorisés, délaissés, où est laissée une jeunesse livrée à elle-même, qui a du mal à s’exprimer et à s’extérioriser autrement que dans une certaine forme d’agressivité et de violence. En l’occurrence, ici, à travers une débauche d’électricité et d’énergie incontrôlées. 
Dirty Deep ce serait presque un retour au Delta-Blues. Un Delta-blues mutant, toujours foncièrement prolétaire, mais plus vindicatif, plus urgent, plus insouciant, piaffant, turbulent, chargé en testostérone. Un Delta blues irradié par le Grunge et le Stoner. Par l'urbanisation. Les marécages s'invitent dans les bas-fonds crasseux des quartiers délaissés des grandes métropoles.
Chronique - moite et râpeuse - (clic-lien)

Lee AARON
"Fire and Gasoline"


     La petite Metal Queen des années 80 revient pour un fort sympathique album de Heavy-Hard-Glam / Big Rock. Elle, que l'on aurait pu croire jouissant d'une retraite méritée avait depuis quelques temps décidée de reprendre la scène, marque son retour avec un disque qui tient non seulement la route mais qui ne sent aucunement la naphtaline. Sans renier son passé, Lee a la sagesse de ne pas se caricaturer (ce qui n'est pas nécessairement le cas d'anciennes gloires, certainement plus en manque d'adulation que de besoin de jouer).
Ce "Fire and Gasoline" n'est pas du Hard-Rock insipide d'une artiste sur le retour. Ça n'a rien de poussiéreux, et il n'y a rien d'un quelconque Revival-machin-chose. Assurément, rien de révolutionnaire, ou de quoi s'accrocher au lustre, juste du Heavy-Glam-rock positif. Sans réelles prétentions, cependant indéniablement bien sympathique, et surtout apte à ensoleiller des journées moroses, à occulter l'actualité anxiogène.
Article avec vidéos captées dans la CDthèque du blog (clic-lien)

Laurence JONES
"Take Me High"

    Dorénavant chez Laurence Jones, les sons de grattes s’encanaillent, s’écartant des précédents plus conventionnels, s’équipant tantôt de fuzz crades, de Whammy chantantes, d’octaver éméchés, pour s’aventurer dans des lieux moins fréquentables. L'ombre de Stevie Ray Vaughan s'estompe considérablement, même si elle peut encore surgir. Sa nouvelle guitare de prédilection, une Fender Telemaster envoie le bois avec un son boisé, riche en basse et médium, délicieusement vintage, d’un gras velouté. Si sa guitare est bien évidemment toujours aussi mordante et pertinente, s’autorisant même à tâter de sons relativement psychédéliques, son chant, lui, s’est considérablement amélioré. Sa voix prenant désormais des intonations nettement plus Soul, tout en ayant gagné en maturité, voire en virilité. Ce qui donne plus de force et de chaleur à sa musique, tout en étendant son horizon. 
Un petit gars en pleine évolution qui n’a pas fini de faire parler de lui. Et qui vient, ici, de réaliser un disque personnel, qui a la force et le courage de ne pas suivre les chemins tout tracés - et trop fréquentés - d'un Blues-rock qui finit par devenir conventionnel. 
"le son est bien plus dur sur celui-ci, alors que "Temptation" est plus funky, il y a plus de shuffles, ça roule nettement mieux, sans à-coups. Je demande un arbitrage." un lecteur ... SM.
The humble Chro (clic-lien)
Par contre, attention : le petit nouveau, millésime 2017, est à chier.

Eric JOHNSON
"E J"

     Eric Johnson
, le célèbre guitar-hero réputé pour son insatiable recherche de perfection, défenseur du matériel vintage, un pinailleur, un maniaque du son, en perpétuel exploration pour approcher son idéal sonique, ce maître de la Fender Stratocaster s’est fendu d’un disque 100% acoustique. Pratiquement un projet en solitaire. Bien évidemment, il y joue de la guitare et y chante, mais on le redécouvre aussi au piano. Un disque sobre, frais, intime, épuré, naturellement boisé … et d’une réelle beauté.
La voix fragile d’Eric trouve ici un écrin idéal, bien mieux adapté que sur ses pièces électriques.
Loin de lasser avec ces treize morceaux, « EJ » maintient l’auditeur dans la sérénité, l’apaisement, et une forme de bien être du début à la fin. Un peu comme s’il ouvrait une porte sur un subconscient préservé des maux de la vie et du stress quotidien.
Un gros coup de cœur.  🙌

FOGHAT
"Under the Influence"

     Un disque sans autre prétention que celle du "bon temps rouler", du "Let's the Good Time Roll", du plaisir simple que peut procurer un bon Boogie bien ficelé et copieusement épicé de Rock et Blues. La marque déposée "Foghat" est respectée et ces sexagénaires ont toujours santé, souplesse et énergie. Il y surnage cette sensation de vieux briscards qui, une fois passé le passage obligé de l'instant "guarantee pur Foghat", tant pour satisfaire les fans que pour justifier l'appropriation du célèbre patronyme, se font réellement plaisir en jouant la musique qui les fait vibrer. Ou, du moins, celle qui les a forgées. De la sorte, le contenu paraît plus que jamais personnel.  
 Si ce CD est grevé par un défaut, c'est bien celui d'avoir gardé le nom de Foghat, avec tout le passé qui s'y rattache. Dans le cas contraire, probablement que "Under The Influence" aurait récolté bien plus aisément les louanges des médias. Quoique ... il y aurait toujours eu des grincheux pour leur reprocher alors de reprendre les ficelles du plus américain des groupes de Boogie-rock anglais... Dur.
L'article -⇒ là, ici, à gauche, t'y cliques.

The MARCUS KING Band


Attention ! Grosse claque ! Un des meilleurs disques de 2016 !
 Marcus King qualifie sa musique de "Soul-influenced psychedelic Southern-rock", et c'est tout à fait ça, si ce n'est que le psychédélisme, lorsqu'il est présent, n'est qu'un délicat assaisonnement, ou bien  il ne fait qu'une courte apparition. Il n'est jamais prégnant, du moins sur l'intégralité d'une pièce. 
     Certainement pas un patchwork mais une combinaison. C'est une explosion d'une fusion de toutes ces musiques, avec le Blues et le Southern-rock comme principal ciment. Un geyser d'intenses émotions d'une jeunesse exultant d'envie de vivre. Ça sonne foncièrement live, sans jamais être confus, ni délirant. C'est soudé. Presque un exploit vu parfois une apparente complexité. Un auteur-compositeur-interprète doté d'une bien belle sensibilité.
♡♡♡♡♡
Une petite bafouille ↪ (clic - lien)

Paul GILBERT
"I Can Destroy"

     Ce quatorzième disque solo du phénomène virtuose Paul Gilbert est probablement le moins bourru, et le moins pourvu en grosse saturation de toute sa discographie (à l'exception évidemment de son disque 100% acoustique : "Gilbert Hotel").
D'apparence, il serait le moins technique, ainsi que celui faisant le plus ressortir des influences bluesy. Des influences qui doivent bien moins venir des fondateurs (du Delta au Chicago-blues) que des groupes de Hard-blues des années 70. Des groupes qu'il semble connaître le répertoire sur le bout des doigts (ou pratiquement). Un phénomène. Et de plus, en dépit de son passé au sein de Racer X qui lui avait permis de se faire remarquer comme l'un des shredders les plus côtés, des énormes ventes internationales de Mr Big (le groupe avec Billy Sheehan et Eric Martin), une longue discographie solo (certes, aux ventes plus modestes), ce gars n'a jamais pris la grosse tête. Mieux, il ne se prend pas au sérieux et se fout totalement de se présenter les cheveux en l'air, avec une barbe clairsemée et des fringues froissés. Nul besoin de travailler un look lorsque l'on possède vraiment du talent.
Chronike ⬆⬇⬈⬊⤐ (en cliquant simplement là)

Ben GRANFELT Band
"Another Day"

     Autre album typé "guitare", mais d'un autre genre. Nettement plus orienté années 70 où les noms de Robin Trower, David Gilmour, Ulrich Roth, Ritchie BlackmorePeter Frampton, Frank Marino, se mêlent et rejaillissent de part et d'autres. Toutefois, si l'inspiration de Ben Granfelt est bien majoritairement issue de cette décennie, sa musique ne se résume pas à une quelconque résurgence, encore moins à une pâle copie de ses "maîtres à penser". Il a parfaitement assimilé ce riche héritage pour se construire sa propre personnalité.
Rien que pour ces sons de guitares glougloutantes, auréolés de phaser chatoyant, d'univibe vertigineuse, de crémeuse overdrive et d'échos et de réverbérations célestes. Même dans ses moments les plus hargneux, il émane un certain degré de douceur. Comme si derrière ses attributs de rocker se cachaient ceux d'un sage tolérant et conciliant.
Rappelons que Ben Granfelt fit un temps partie de Wishbone Ash ; c'était à l'époque de l'excellent "Bonafide" qui reste à ce jour un des meilleurs opus du groupe, pour sa période post-70's. Depuis, Andy Powell n'est pas parvenu à retrouver un allié aussi bon et pertinent.
Une vieille chronique de 2012 (lien) : "The Sum of Memories"

WOLFMOTHER
"Victorious"


     Andrew Stockdale a remis le couvert avec son projet Wolfmother. Pas de réelles surprises au programme, mais encore moins de déception. 
Si ce "Victorious" n'est pas particulièrement riche en riffs mémorables, il en ressort néanmoins un état jubilatoire mue par un entrain et un enthousiasme qui transparaissent à travers quelques mélodies qui taquinent sans a priori la Britpop. A ce titre, certains morceaux pourraient taxés de Stoner-bubble-gum (ou Proto-Heavy-Metal Bubble-gum). Rien de péjoratif dans ce terme car les chansons sont vraiment plaisantes et parviennent à marier donc des mélodies proches de la Pop à un Proto-Heavy-Metal devant énormément à la première période de Black-Sabbath. A l'image de ses clips vidéo, Stockdale joue outrageusement avec les clichés, le kitsch, le Pop-art et la dérision avec aplomb et aussi une certaine classe. Là où nombreux sont ceux qui se perdraient dans le ridicule, lui s'en sort avec les honneurs. A moins qu'il ne soit qu'un très habile escroc.
Le disque de 2009 : "Cosmic Egg"

Manu LANVIN
"Blues, Booze & Rock'n'Roll"


     Manu Lanvin semble avoir trouvé sa voie. Sous l'enseignement de Calvin Russell puis de Neal Black, il a très largement américanisée sa musique. Ainsi, depuis quelques années maintenant, notamment avec l'aide de ses Devil Blues (avec Jimmy Montout), il donne vie à un Blues âpre, séminal, cru et direct, au goût de rouille et mâtiné de Rock'n'Roll garage. Son indéniable qualité pourrait faire croire que le Blues est né ici, au pays des fromages qui puent. 
Manu revient en 2016 avec un "Blues, Booze and Rock'n'Roll" qui répond à toutes les attentes qu'avait fait naître son prédécesseur, le très bon "Sons(s) of the Blues". Avec Mike Lattrell en guest (Neal Black, Popa Chubby, Jeff Zima, Ian Kent, Christine Santelli, Big Ed Sullivan), qui essaye d'adoucir un tantinet le propos sans le policer ni le corrompre. 
Chronique égarée, en compensation (lien) ➽ "Son(s) of the Blues" (2014)


- " Rock'n'Roll !! "
The Disques of the Year 2016 - Volume One  (⇦  lien)