mardi 5 mai 2026

Franck Carducci - ”SHEEPPLE“ (2026) - par Pat Slade



Enfin le retour de Franck Carducci et du Fantastic Squad avec une nouvelle galette



Franck Carducci sort du troupeau




Son dernier album studio “The Answer” datait de 2019. (Sans parler de “The Naked” avec Mary Reynaud en 2023 et de ”The Answer live“ la même année.)

Depuis “Oddity“ en 2011 et grâce à Steve Hackett, il a fait un gros bout de chemin. Avec le temps les musiciens qui l’accompagnaient ont changé mais le talent reste le même. Seule Mary Reynaud est toujours à ses cotés et en parallèle mène sa carrière avec succès. La période 2025-2026 sera celle du changement avec la signature pour le label Cherry Red Records, ce nouvel album et une tournée qui commencera dans la mythique salle de Liverpool le Cavern-Club.                                                                                          
L’illustration de  la pochette fait penser à l’Écosse avec ses moutons (En espérant qu’ils n’ont pas mangé le plat national, le Haggis). Mais un des animaux se distingue des autres, il porte un chapeau haut-de-forme aux couleurs très psychédéliques.

L’Écosse ne sera qu’une image puisque tous les titres seront enregistrés à Lyon et certaines parties instrumentales à Paris et Amsterdam. Un album qui aura beaucoup de guest. Avec tous ces moutons, espérons qu’il n’y aura pas une brebis galeuse dans le troupeau. “Sheeple” : Une courte intro à l’orgue Hammond jouée par Anthony Honnet avec des bêlements en arrière plan, un orgue qui devient rageur à la façon d’un Jon Lord, le tout se termine par un glissing de médiator sur le manche d’une guitare. “Self-Righteousness : Ce n’est pas encore le Fantastic Squad mais mes agneaux... Ca envoie du lourd avec un batteur Gus Genser à la frappe sèche, William Remond qui t’envoie un solo de guitare qui n’a rien à envier à ceux de Barth Sky et Anthony Honnet qui t’en remet une couche par-dessus avec le son de l’Hammond. Un très bon rock qui fera plaisir à tous ceux qui se sont arrêtés aux années 70.

Sweet Cassandra” : Prenez une Reynaud et deux Carducci et vous aurez une très jolie ballade qui sonne entre du Paul Mc Cartney et du… Carducci, Gille Carducci à l’harmonica, Mary Reynaud en backing vocal et Franck en homme orchestre. “The Betrayal of Blue” : Le morceau connu pour avoir déjà été joué en live. Le retour du Squad au grand complet avec un orgue Hammond en soutien joué par Richard Vecchi et Yann Van Euk aux percussions. J’aime ce morceau pour sa construction musicale. Tout commence par une ballade tristounette pour devenir sous les accords de guitare de Barth un rock endiablé avec son solo a tondre un mouton en un éclair avant de revenir au calme avec Mary et son Theremin. Un grand titre ! ”Sweet Cassandra (reprise)“ : Un instrumental en duo, Franck à la basse et à la douze cordes et Roy Van Oost à la flûte traversière. J’ai entendu dire que Mary se serait mise à jouer de cet instrument, serait-ce pour jouer ce morceau en live ?


The Limits of Freedom“ : Avec le Squad au complet plus de surprise, le  retour d’Olivier Castan au piano et deux backing vocaux Margot Viotti et Marina Venet. Du punch avec la frappe de Léa et toujours les coups de boutoir de Barth qui finit de terrasser les moutons pour Aïd el-Kebir. “Love Or Survive“ : Un homme et quatre femmes. Un piano en introduction qui sonne comme Supertramp mais Franck a le génie d’y rajouter sa touche personnelle qui fait que chacun de ses morceaux sont uniques et celui-là en particulier puisque c’est la première fois que je l’entends se fendre d’un solo de guitare. ”Sweet Cassandra (2019)” : Franck en solo, personne autour de lui pour lui piétiner ses plates bandes. ”Do What You’re Told“ : Retour des moutons à la bergerie avec Franck comme berger sans son troupeau. On croirait du Beatles de l’époque Sgt Pepper’s. Pour conclure et sans me faire tondre la laine sur le dos, ”Sheeple“ est un super album que les fans des 70’ vont adorer. Alors, Do What You’re Told (Faite ce qu’on vous dit) et achetez cet album !


lundi 4 mai 2026

R.I.P. Maestro Michael TILSON THOMAS (1944 – 2026) - par Claude Toon - avec des musiques de Gustav Mahler, Dmitri Chostakovitch, John McLaughin, Steve Reich, Aaron Copland et Hector Berlioz !



- Triste nouvelle Claude, je sais que tu aimais beaucoup cet artiste tant pour son talent que son charisme… Et puis tu m'avais confié que cette disparition était sans doute imminente…

- Hélas oui Sonia. Michael Tilson Thomas était atteint d'un cancer gravissime et l'avait confié à ses fans et amis par voix de presse en 2022. Il y avait encore eu quelques concerts puis… le Toon qui rédige ce RIP auquel il réfléchissait de temps à autres…

- Trois billets avaient été rédigés dès les débuts du blog. Deux furent originaux car dédiés à des compositeurs n'ayant à ce jour qu'un article chacun : Heitor Villa-Lobos le brésilien et George Gershwin, très connu comme premier lien entre classique et jazz…

- la richesse de la carrière de ce disciple de Leonard Bernstein se révèle trop vaste pour la détailler au-delà de ce qu'elle a été dans les billets depuis 2011… Rendre hommage à MTT (son surnom) se concentrera sur l'écoute d'enregistrements d'ouvrages du grand répertoire du XXème et un passage par une suite symphonique de Berlioz rarement jouée. MTT aimait beaucoup la musique française…  


Michael Tilson Thomas et Leonard Bernstein

Quatrième RIP justifiant un billet et non un entrefilet depuis de début de l'année 😥. Helmut Rilling, José van Dam et Michel Portal en février et ce mois-ci, le pianiste, compositeur et plus connu comme maestro Michael Tilson Thomas. Je réserve ces articles pour les lundis, sinon la ligne éditoriale musique classique risque de se transformer en rubrique nécrologique. La semaine passée, nous avons écouté Tombeau de Couperin de Ravel, hommage musical de style baroque en forme de suite pour piano, chaque pèce étant dédiée à un ami du compositeur mort sur le front de la tuerie planétaire 14-18… 7 jeunes hommes, artistes ou pas. J'espère ne pas imiter le grand Maurice par une succession d'épitaphes.

MTT (son surnom) fut au centre d'une des premières chroniques du blog en 2011, lors de mes (nos) débuts. En ce mois de juillet, il m'avait semblé logique de présenter La Mer, le chef d'œuvre expressionniste de l'un de mes compositeurs favoris : Debussy. Dans une myriade de gravures disponibles au catalogue, j'avais sélectionné celle de MTT dirigeant e Philharmonia. Clarté et énergie caractéristique du chef étaient au rendez-vous. Je reprends la courte biographie du maestro au sommet de sa carrière écrite pour ce billet :

 

Michael Tilson Thomas (M.T.T.) est de ces éternels jeunes hommes sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Á 66 ans, toujours affable et souriant, il dirige depuis 1995 l’Orchestre de San Francisco, l’un des meilleurs orchestres américains et du monde. Il fut chef principal du Symphonique de Londres de 1987 à 1995.

Son répertoire, très étendu, nous a offert une intégrale Mahler exemplaire et de nombreux et excellents albums de musique américaine (Aaron Copland, Charles Ives).

Ouvertement gay, il a pris part à tous les combats contre l’intolérance envers la communauté homosexuelle. Pressenti à une époque pour diriger une autre grande phalange de la côte Est, l’Orchestre de Philadelphie, certaines âmes bien pensantes déclarèrent cela inconcevable, (no comment, décidément le film Philadelphia…). Il a créé à Miami un orchestre de jeunes musiciens prometteurs. En 2009, il a imaginé le YouTube Symphony Orchestra pour permettre de visionner des vidéos de concerts et de répétitions pédagogiques sur le net.


Elvis Costello (centre)
Michael Tilson Thomas (blouson) and Metallica
 

Ajoutons quelques précisions à propos de son enfance et bien entendu sur la période 2011-2026. Michael était issu d'une famille de tradition intellectuelle et artistique. Né à Los Angeles en 1944, enfant prodige, il étudie le piano avec John Crown, la composition et la direction d'orchestre avec Ingolf Dahl à l'Université de Californie du Sud (USC).

Ses débuts professionnelles sont éclectiques, la rigidité des carrières académiques européennes n'a guère traversé l'Atlantique comme je l'ai souvent soulignée. Il devient assistant au festival de Bayreuth à 22 ans !! Je n'énumère pas la liste des orchestres qu'il dirigera dès ses 25 ans (voir ci-dessus).

MTT collaborera avec des artistes en marge de l'univers "classique" tels John McLaughlin et Elvis Costello avec qui il enregistre des œuvres innovantes. Deux créateurs originaux du monde pop et rock… Du second, on doit, en complicité avec le chef, l'enregistrement d'un ballet extravagant : il signo (inspiré du songe d'une nuit d'été), capté avec l'Orchestre symphonique de Londres. (Disque publié par DG, la firme hyperclassique hambourgeoise.) Avec la même phalange british de prestige, il enregistrera le concerto "Mediterranean" de John McLaughlin… (son épouse, la pianiste Katia Labèque l'accompagne dans cinq duos en complément du CD).

Les deux hommes seront de nouveau réunis pour graver le 3ème album du guitariste : Apocalypse. Le Mahavishnu Orchestra, créé vers 1970 par John McLaughlin (15 musiciens), est rejoint par le LSO et MTT. (Lire le billet de 2022 de Benjamin sur cet artiste Clic). Le jazz-rocker accompagnera en studio les Stones, David Bowie, Miles DavisJimi Hendrix ou encore Paco de Lucía.

Passionné de pédagogie, de 1971 à 1977, MTT a succédé à son mentor Leonard Bernstein à la tête des Concerts pour la jeunesse de l'Orchestre philharmonique de New York. Éclectique ? 


 
 
 
Michael Tilson Thomas et Josh Robinson

- Un hyperactif Michael Tilson Thomas et une ouverture d'esprit hors du commun.

- Oui Sonia, attitude typiquement Yankee… Mais parlons musique classique quand même. On retrouve évidemment ce trait de caractère que tu soulignes dans ses programmes de concerts ou d'enregistrements. Je connais mal ses compositions plus confidentielles.

La carrière à la tête des grands orchestres (philharmonie de Buffalo 1971–1979, de Los Angeles 1981-1985, Orchestre symphonique de Londres, 1987–1995, et enfin de San Francisco 1995–2020) impose au chef une programmation traditionnelle pour satisfaire au goût populaire des mélomanes, mais pour chaque poste, il valorisera la musique de son pays, sans doute la plus innovante du monde dans la seconde partie du XXème siècle. Un demi-siècle de travail sans interruption où se côtoient Beethoven, Brahms, Stravinsky, Tchaïkovski, etc. … et surtout Mahler dont il gravera une intégrale remarquable des symphonies à San Francisco entre 2004 et 2010 pour le label propre à l'orchestre. Dans les billets présentant la 7ème symphonie et la cantate Das Klagende Lied, je suggérais ces réalisations comme d'excellentes versions alternatives à celles choisies pour la chronique.

Curieusement, pour sa discographie, les époques baroque, classique et romantique ne semblent pas avoir motivé le chef. On cherchera en vain des gravures consacrées à Bach, Mozart ou Haydn, aucun Bruckner non plus. Il deviendra le chantre des compositeurs US : Charles Ives, Aaron Copland (complice et compagnon de Bernstein), John Cage, Steve Reich, Walter Piston. MTT a peu dirigé d'opéras. On ne peut pas tout faire 😊.

Son leg est immense. Parcourons-le grâce à six œuvres marquantes de son style. Le meilleur témoignage en complément des enregistrements d'ouvrages de Gershwin, Debussy, et Villa Lobos, sujets de billets anciens dont voici les liens :


DEBUSSY Claude

La Mer - Philharmonia

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VILLA-LOBOS Heitor

Bachianas Brasileiras No. 2, 4, 5, 7 & 9 – R. Fleming (1996)

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GERSWHIN George

Rhapsodie in Blue - Gershwin sur piano-la  et M.Tilson Thomas

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Début 2020, on diagnostique chez le maestro un blastome (tumeur cérébrale très agressive). Il l'annonce officiellement en 2021. Il doit annuler nombre de concerts mais son type de cancer n'affecte pas gravement ses talents musicaux. Un concert à Los Angeles en janvier 2022 sera son adieu artistique. MTT jouera devant une salle hélas clairsemée à cause de l'épidémie de COVID. Au programme : la Pavane de Fauré, sa propre composition de 2019 ; les Méditations sur des poèmes de Rilke ("réflexions empreintes de mélancolie sur la vie et la mort" d'après Mark Swed du Los Angeles Times). L'œuvre chantée en allemand fait appel à deux solistes : Sasha Cooke, mezzo-soprano et Dashon Burton, baryton-basse (YouTube). En seconde partie, la philharmonie joue la 5ème symphonie de Prokofiev, chef-d'œuvre du compositeur russe de 1944 sensé chanter "l'homme libre et heureux" (ce qu'il ne pouvait être en ces années de guerre et de stalinisme au paroxysme de la tyrannie). Le programme était à l'image du chef : son intérêt pour la musique française, son travail de compositeur de musique moderne mais accessible par le grand public, et son désir d'un monde de paix et d'empathie.

Il se fera bien discret pendant une courte rémission entre 2023 et début 2025. En février 2026, son compagnon, Josh Robinson, écrivain, meurt à 79 ans des suites d'une chute. En avril Michael Tilson Thomas l'a rejoint après cinquante ans de vie commune.  

Nota : En septembre 2022 ne se sentant plus pouvoir assumer la direction du New World Symphony et de ses jeunes musiciens, MTT démissionne et ne conserve qu'une direction honorifique. Sans transition, le rôle de directeur est confié au chef français Stéphane Denève

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Voici un programme musical que j'espère représentatif des passions de MTT et de l'éclectisme de sa discographie et de ses partenariats avec des compositeurs "non classique". Hormis la 4ème symphonie de Mahler (2ème version à Amsterdam - Clic), il s'agit de découvertes dans le blog. Certaines bénéficieront-elles d'une chronique détaillée, c'est possible…


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 



1 – Mahler symphonie N°4 : Complémentaire et conclusive des symphonies inspirées par le recueil de contes et de chansons "Des Knaben Wunderhorn (Le Cor enchanté de l'enfant)" est à la fois la plus courte et la plus légère en termes d'orchestration. MTT et l'orchestre de San Francisco aux couleurs raffinées et au discours pétillant (ah les cors à 6:02), sans compter une prise de son d'une limpidité et transparence de grande classe, nous offre l'une des plus poétiques et facétieuses gravures récentes. (2003).

2 – Chostakovitch, deux concertos pour violoncelle : Pas encore chroniqués, les concertos pour violoncelles du compositeur russe, très présent dans le blog, furent dédicacés au violoncelliste virtuose, ami et opposant au régime soviétique, Mstislav Rostropovitch. L'artiste donna la première du concerto N°1 opus 107 le 4 octobre 1959 à Moscou, puis créa le N°2, opus 126, en 1966, également à Moscou, l'orchestre étant placé sous la direction de Evgueny Svetlanov… Si chronique il y aura, Rostropovitch en sera la vedette légitime.

MTT et Mischa Maisky, virtuose de renom ont enregistré les deux œuvres avec l'orchestre de Londres pour DG en 1995. En deux mots l'opus 107 adopte la forme inhabituelle en quatre mouvements. Staline est mort depuis cinq ans laissant une nation exsangue. On retrouve dans les deux ouvrages cette opposition entre la farce musicale sarcastique chère au compositeur et l'expression de la mélancolie d'un homme alors rongé par un accès de poliomyélite en 1959 et les problèmes cardiaques dans les années 60. L'opus 126, en trois parties plus expansives, est écrit après l'éviction de Kroutchev par Brejnev, ce qui ne présage rien de bon pour la liberté de création, et fera entrer Dmitri dans la légende du genre.

Concerto N°1 opus 107 [1 à 4] – Allegretto / Moderato / Cadenza / Finale : Allegro con moto

Concerto N°2 opus 126 [5 à 7] – Largo / Allegretto / Allegretto



rototom

3 – Steve Reich - Désert : De la même génération que les compositeurs fondateurs du mouvement répétitif et minimaliste comme Glass, John Adams et Steve Reich, il était logique que MTT apporte une pierre à l'édifice de la discographie de ce style spécifiquement Yankee. Voici donc Désert de Steve Reich composé en 1984. Nous avons écouté en 2017 la musique pour 18 musiciens, son œuvre la plus populaire. On peut y lire une biographie de Steve Reich et écouter son interprétation de l'œuvre, la meilleure soit dit en passant. (Voir index)

Dans Désert, Steve Reich, toujours provocant et fantasque, met les petits plats dans les grands. Un chœur de 27 voix :  9 sopranos, 6 altos, 6 ténors et 6 basses. L'orchestre comprend 89 musiciens.  4 flûtes dont 3 doublées en piccolo, 4 hautbois dont 3 doublés en cor anglais, 4 clarinettes dont 3 doublées en clarinettes basses et 4 bassons dont 1 doublé en contrebasson. Continuons : 4 cors, 4 trompettes dont 1 doublée en trompette piccolo, 2 trombones, 1 trombone basse, et 1 tuba. Les percussions ne sont pas en reste : rototoms*, deux marimbas, deux vibraphones, deux xylophones, deux glockenspiels, des maracas, des baguettes, une grosse caisse et un tam-tam médium. À cela s'ajoutent 2 pianos joués par 4 pianistes, dont 3 jouant aussi du synthétiseur. Enfin : 48 instruments à cordes répartis en trois sections 4-4-3-3-2 disposées à gauche, au centre et à droite de la scène.

- Un quoi ? Claude ! Un rototom ?????

- Je mets une photo pour découvrir avec toi Sonia : en résumé un membraphone avec trois caisses claires sans fût en bois… diamètre : 6, 8 et 10 pouces. Utilisé par Phil Collins et Pink Floyd, ce "machin" est devenu un jouet pour les enfants et le martyr des parents.

- Ah… et ça donne quoi musicalement parlant Désert ?

Exposer en trois mots l'objectif de Reich n'a pas de sens. On retrouve tant au niveau orchestral que choral le rythme obsédant caractérisant le mode répétitif, cadence assurée par des mesures aux notes de valeurs égales (8 croches par exemples). Les transitions voix-groupes instrumentaux aux timbres variés constituent une succession de groupes et variations thématiques passionnante. L'œuvre recourt à et s'inspire des poèmes de William Carlos Williams (1883–1963), poète esthète et médecin américano-portoricain.

MTT dirige un ensemble de musiciens réunissant le chœur et les instrumentistes de l'orchestre de Brooklyn, un disque de 1985 après la création à Cologne en 1984. Cinq mouvements et 7 sections :

[00:00] Tempo rapide (noire= 192 à 4/4), [07:54] Tempo modéré, ❸, [14:53] A. Tempo lent, [21:52] B. Tempo modéré, [27:46]  C. Tempo lent, [33:41] Tempo modéré, [37:15] tempo rapide.

 

4 – Apocalypse (album de Mahavishnu Orchestra) : 3ème album de 1974 de l'ensemble créé par John McLaughlin également interprète qui a écrit les paroles et la musique. La quinzaine de musiciens du Mahavishnu Orchestra est associée à l'orchestre symphonique de Londres que dirige MTT assurant aussi la partie de piano. A priori inclassable (j'ai vu le mot Jazz Fusion dans un article). Écoutons ce réjouissant foutoir musical que l'on aimera ou détestera 😉. Il est important à mon avis d'écouter les cinq morceaux qui forment indéniablement une unité stylistique.



5 – Copland symphonie avec orgue : après ces escapades vers les musiques bizarres, concluons avec le grand répertoire classqiue, mais là encore en écoutant des pièces originales. Je n'ai jamais parlé réellement de Aaron Copland, compositeur américain (1900-1990), juste un extrait d'une anthologie de gravures de Antal Dorati proposée dans un billet de 2011 : Copland : Rodéo - Minneapolis Symphony Orchestra. (Clic) Ecoutons, interprétée à l'orgue par Paul Jacobs et MTT dirigeant l'orchestre de San Francisco la Symphonie pour orgue et orchestre de 1924. Le style postromantique reflète les courants musicaux du début du XXème siècle au USA, notamment un climat buccolique. Peu de temps après, un autre concerto intégrant du jazz fit scandale. À cette époque, chacun chez soi, ségrégation oblige 😒. Ellington détestait Gershwin… méprisant l'opéra Porgy and Bess et disant "La réalité quotidienne déboulonne le négroïsme noir de fumée de Gershwin".

6 – Berlioz - Romeo et Juliette : À la manière d'un poème symphonique, la symphonie lyrique de notre grand Hector peut se voir déclinée en une suite symphonique enchaînant les parties instrumentales de l'œuvre. En live, en 2019, avec le New World Symphony MTT et ses jeunes musiciens nous en donnent un bel exemple. On remarquera la direction athlétique du chef qui marque les ff en pliant les genoux…


dimanche 3 mai 2026

LE BEST-OF DE LA DERNIÈRE CHANCE


MARDI : en attendant la chronique complète du dernier Franck Carducci, Pat nous a fait écouter un extrait, le savoureux « The betrayal of blue ».

MERCREDI : certains groupes ont su suivre leur propre chemin, leur vision, sans se plier aux modes ou diktats, le trio Rush est de ceux-là, on a écouté leur « Counterparts » plus marqué heavy rock, un retour aux guitares, mais également un retour à l'excellence.


JEUDI : musique classique avec Maurice Ravel et « Le tombeau de Couperin » (1917) six pièces pour clavier interprétées par un Bertrand Chamayou au touché énergique, quatre ont été réorchestrées par le compositeur deux ans plus tard, le chef néerlandais Bernard Haitink y fait miracle.

VENDREDI : au cinéma un blockbuster de SF mâtiné de comédie potache, « Projet dernière chance » de Christopher Miller et Phil Lord aurait pu être signé par Kubrick et Mel Brooks. Visuellement splendide, sans recours au numérique, parfois bancal mais attachant.

👉 La semaine prochaine, dès lundi, Claude rendra hommage au Maestro Michael Tilson Thomas*, chez Pat donc son poto Franck Carducci, le dernier Robben Ford chez Bruno, Hermann Hesse dans la grande librairie de Benjamin, et Luc a revu le classique de Elem Klimov. 

* RIP illustré de musiques de Gustav Mahler, Dmitri Chostakovitch, John McLaughlin, Steve Reich, Aaron Copland et Hector Berlioz !

Bon dimanche

vendredi 1 mai 2026

PROJET DERNIÈRE CHANCE de Christopher Miller et Phil Lord (2026) par Luc B.


Dis comme ça : je suis allé voir le dernier film des réalisateurs de LA GRANDE AVENTURE LEGO, ça vous fissure une réputation. Christopher Miller et Phil Lord sont aussi à l’origine de TEMPÊTE DE BOULETTES GÉANTES et de l’adaptation bof cinoche de 21 JUMP STREET. Il est bon de rappeler cet historique, parce que PROJET DERNIÈRE CHANCE risque d’en désarçonner plus d’un, à commencer par votre humble et pourtant tolérant serviteur.

Gloubi-boulga improbable de blockbuster SF, huis-clos spatial et métaphysique, comédie potache. Ingrédients déjà utilisés par Bong Joon-ho dans MICKEY 17, que j’avais bien aimé - j'étais à peu près le seul...

De quoi s’agit-il ? Ryland Grace, un ponte de la chimie moléculaire mais simple prof de science en collège, se réveille d’un coma profond à bord d’un vaisseau, loin, très loin de notre galaxie. Ses deux compagnons de route non pas survécu au voyage. Grace est seul, azimuté, hirsute, pris de panique, c'est quoi ce cauchemar ? Flash-back...

Il avait été recruté (aux forceps) par Eva Stratt pour apporter ses compétences à une mission aussi sensible que secrète : sauver la Terre. Car le soleil perd son énergie, aspirée par on ne sait quoi. Notre température risque de perdre 20 degrés, seuls les vendeurs de doudounes s’en réjouissent.

Le phénomène serait du aux astrophages, genre de micro-organismes qui bouffent tout, et dont Ryland Grace est justement spécialiste. Notre soleil, les étoiles en sont victimes, sauf une : Tau Ceti. C’est là-bas qu’il faut aller élucider le mystère, à 11,9 années lumières, prévoyez le casse-croûte. Le carburant embarqué ne permet que l’aller, pas le retour. Une mission suicide, donc…

PROJET DERNIÈRE CHANCE c’est la rencontre de Kubrick et de Mel Brooks. Une fable métaphysique, par moment contemplative, les engins n’y dansent pas sur une valse mais sur du tango, les références à 2OO1 y sont légions (le sas de décompression, la marche à l’envers, la combinaison, le décès des compagnons, la voix synthétique) comme à STAR WARS, E.T., LA PLANÈTE DES SINGES, SOLEIL VERT et j’en passe. Mais le ton est résolument rigolo, l’acteur Ryan Gosling (également producteur) s’y amuse comme un fou, et passé un moment de gêne, nous aussi. 

Les scènes en flash-back, sur Terre, avec la communauté scientifique, les expériences en labo, ne sont pas ronflantes, souvent drôles, tiennent presque du gag, sérieux s’abstenir. Il y a chez Ryland Grace un côté Mac Gyver de la biologie, la témérité en moins. Scène géniale où il comprend qu’on ne lui laisse pas le choix (« où est problème ? vous n’avez pas de famille, d’amis, ni de chien... ») c’est lui qui partira sans billet de retour. Bruce Willis, lui, ne fuyait ses responsabilités, et se sacrifiait pour l’humanité sans frémir.

Le récit bascule lorsque Grace se retrouve face à un autre vaisseau, comme surgi de nulle part, qui le suit comme un aimant, une cathédrale de tubes dorés, qui tente d’entrer en communication en envoyant des sondes (qui tournoient comme un certain tibia lancé par un primate...).

La séquence est très belle, angoissante (ce tunnel), surprenante. Les réalisateurs ont proscrit le numérique, sont revenus aux fondamentaux du cinéma, prises réelles, transparences, effets photographiques. Le film est visuellement superbe. Grace se retrouve face à un alien qu’il surnomme Rocky, un bloc de pierre à cinq pattes, qui émet les mêmes sons que Chewbacca ou qu'un estomac affamé, et tressaute comme D2R2. What the fuck ?! On se fout de qui ? George Lucas* sort de ce corps ! Grace scanne les fréquences sonores du gros cailloux, les traduit en sons, en syllabes, en mots. Ils vont pouvoir communiquer et travailler ensemble. Car Rocky a le même problème d’astrophages sur sa planète.

Jolie trouvaille : il lui faut une voix à cet alien. Grace en essaie plusieurs, dont celle de Meryl Streep (« elle sait tout jouer ! » dira-t-il), mais finalement opte pour une voix masculine, posée, limite hautaine, qui rappelle l’ordinateur Hall 9000 dans 2OO1 en moins anxiogène.

On est un peu déphasé devant ce qui s’apparente à une resucée de E.T. avec cet alien gentil et gaffeur, qui fera marrer les moins de 8 ans. Mais ça finit par fonctionner car Miller et Lord y croient à leur buddy-movie spatial, vont au bout de leur délire, un huis clos improbable mais habilement entretenu par l’intrigue, l’action, filmée à l’ancienne (ça fait un bien fou !). On n’évitera pas les moments émotions un peu faciles sur la fin (E.T. et son gros cœur rouge qui bat…) ni les gags potaches pipi caca. 

Derrière les fanfaronnades du héros très cool (Ryan Gosling a tout de même un charme fou) le film arrive à rendre ce sentiment de solitude chronique, cette angoisse face à l’immensité, au vide, à l’inconnu, une plongée vers un ailleurs nourrie de questions existentielles. Le film est long, oui, mais bien rythmé et riche en péripéties. J’aurais une réserve sur la fin. Pas l’épilogue savoureuse entre Grace et Rocky, au second degré assumé, mais sur ce qui se passe sur Terre.

L’aventure de notre astronaute amateur est incroyable au sens strict du terme. On repense au dernier chapitre de LA PLANÈTE DES SINGES, le roman, pas le film. Qui semble avoir inspiré Andy Weir, auteur de la nouvelle ici adaptée, qui avait aussi écrit SEUL SUR MARS (adapté par Ridley Scott). L’angoisse finale qui suinte du film naît parce que Ryland Grace est le seul à savoir, et qu’il ne pourra jamais le raconter. Elle était là, la clé. Fallait-il une conclusion rationnelle, sans mystère, réconfortante, le bon vieux happy end ? Ce que Kubrick avait justement évité.

On parle parfois d’ovni cinématographique. J’en ai vu un, et je le prouve ! On accroche, ou pas. Un spectacle totalement débile, ou au contraire merveilleux, au sens du conte, pas si naïf, divertissant.


Couleur - 2h40 - format scope 1:2.39 / 1:2.20 / 1.1:90 / Imax (oui, un joyeux bordel !)

les réalisateurs préparaient un épisode de la franchise Star Wars, une production George Lucas donc, et ont été finalement virés du tournage à cause de leur façon de faire, plus proche d’un Michel Gondry que d’un James Cameron.