jeudi 21 mai 2026

HENRI VINCENOT "Le Maitre des abeilles" (posthume, 1987) par Benjmin



Nous sommes à Dijon au début des années 30, enfermé dans son bureau d’ingénieur, Henri Vincenot s’ennuie comme il ne s’est jamais ennuyé. Il en vint vite à se demander comment faisaient les autres, fiers pionniers de la grande industrie tertiaire, pour tenir un tel travail durant près de quarante ans. 

Sans doute se sentaient-ils aux abris, loin de la dureté de la vie ouvrière, leurs têtes souffraient mais leurs corps étaient saufs. Dans ces années là, l’usine ressemblait un peu au front, elle produisait ses estropiés et comptait ses morts. Au moins Henri Vincenot ne connut il pas les mines du nord, sa vie ne ressembla jamais à celle d’un Lantier. Plus Rougon que Macquart, les gens se contentant de sa condition n’en souffraient pas moins. 

Il vit donc passer ses collègues, sans cesse stressés par des objectifs qui lui parurent absurdes. Ils étaient enfants des villes, pondeurs de plans et de rapports, organisateurs de l’effort du peuple besogneux. Le travail, le vrai, celui que Vincenot vit durant son enfance, il se faisait à la force des bras, harmonisant ainsi les efforts du corps et de l’esprit. Henri Vincenot repensait à son grand père mécanicien de chemin de fer, l’homme qui lui donna le goût de l’effort et du beau. Lors de longues ballades en forêt, l’homme l’initia à la chasse et à l’apiculture, le faisant ainsi entrer dans un monde où l’humanité ne s’était pas isolé de la nature. Ainsi son petit-fils aurait-il pu par la suite faire siens les fameux vers de Brassens « Auprès de mon arbre je vivais heureux / j’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre / auprès de mon arbre je vivais heureux / j’aurais jamais dû le quitter des yeux »

Car autour de cet arbre vivait un peuple aux racines profondes, grandissait un monde où la stabilité régnait telle une valeur suprême. Ce que les citadins nommaient avec condescendance le bon sens paysan, c’était une façon simple et saine de voir la vie. Les hommes ne se mariaient qu’une fois, ne travaillaient que pour subvenir à leurs besoins, avaient la parole franche et l’affection sans calcul. Là, les valeurs chrétiennes déclinèrent moins vite qu’ailleurs, donnant ainsi aux existences la stabilité des décors. La ville avait certes montré à notre écrivain d’autres beautés, comme celles des arts et de la littérature, mais toutes ces abstractions ne suffisent pas à remplir une vie d’homme.

Comme l’avait si bien écrit Pierre Mac Orlan, c’est l’affection durable d’un foyer qui donne un sens à la vie. Ce foyer, Vincenot ne se voyait pas le construire dans la grisaille des villes. Avant de se fixer ainsi vint l’heure des essais, des tâtonnements, des erreurs regrettables et des grands triomphes. La vie se construit sans même que nous ne nous en rendions compte, grand récit fait de dures obligations parsemées d’heureux hasards. Ces obligations, Vincenot les suivit avec le brio des intelligences supérieures et le courage de l’homme porté par de grandes traditions. Loin de gonfler les rangs honteux des planqués, notre homme fut blessé durant son service militaire, avant de rentrer achever de brillantes études d’ingénieur. 

Plus que concevoir, Henri Vincenot voulait raconter, graver dans le marbre la beauté de sa Bourgogne et la grandeur d’âme de ses habitants. Sa carrière de conteur, il la commença en parlant de cette mécanique que sa famille connaissait si bien : le rail. Ironie du sort, son premier reportage concerna le fret, cette logistique infernale imposant progressivement à la paysannerie le productivisme des usines. Mis en concurrence avec des confrères de plus en plus lointains, l’agriculteur devra bientôt travailler comme un forçat pour gagner son pain. Fut un temps où quelques bêtes et un peu de terre suffisaient à nourrir un homme, où le travail était dur mais garantissait une certaine indépendance. 

Ce temps était révolu, des taxes démesurées et la concurrence furent imposées telles de lourdes chaînes aux paysans libres. Le travail d’un seul homme ne suffisant plus à régler les impôts d’un état glouton, les machines vinrent optimiser l’effort de celui qui n’était plus qu’un ouvrier agricole. Les vendeurs de ces engins de malheur lui promirent sans cesse de meilleurs rendements, la possibilité de labourer des horizons toujours plus grands. Qu’importe si le pauvre paysan avait pu jusque là se passer de tels volumes et de telles surfaces des décennies durant, l’état convertissait son peuple rural à la cupidité citadine de force. C’était le progrès dirent-ils tous, ajoutant telle une preuve supplémentaire de stupidité progressiste « nous ne sommes plus au moyen âge ».

A ce progrès, qu’il fut technique ou sociétal, Vincenot avait fini par dire non en s’exilant dans sa campagne bourguignonne, où il fonda une famille avec la seule femme qu’il eut jamais aimé. Le couple fit ainsi l’acquisition d’un hameau et, des mois durant, travailla à le restaurer. L’air des champs nettoyait les poumons, l’effort redonnait de la gaieté, la beauté du cadre donnait du cœur à l’ouvrage et le calme favorisait la concentration des bâtisseurs. L’écrivain en conclut que le travail n’était réellement bon que pour l’homme voyant son rêve se réaliser par la force de ses bras. On ne devrait toujours travailler que pour soi. Quel bonheur de parvenir à construire ces murs et fixer ces charpentes, léguant ainsi à sa descendance des savoirs concrets qui lui serviraient sa vie durant. 

Henri Vincenot fit partie d’un monde où la valeur d’un homme ne se limitait pas à sa profession, d’un monde où tout le monde apprenait sans cesse pour n’avoir de compte à rendre à personne. Autour de cette famille l’époque changeait, les bureaux poussaient tels des champignons venimeux aux quatre coins de l’hexagone et la grisaille du béton étouffait de plus en plus la beauté des paysages. De plus en plus rapides, les transports modernes ne laissaient de toute façon plus le temps d’apprécier la beauté de certains décors. 

L’homme moderne traversait les routes sans les regarder, accélérait sa vie jusqu’à ne plus pouvoir l’aimer. L’employé comprenait de moins en moins le sens de son travail, des études sans débouchés accueillaient une jeunesse sans joie.

Faisant partie des personnages principaux du roman « Le Maître des abeilles », le jeune Loulou faisait partie de cette génération perdue marinant dans ce que Balthazar nommait fort justement « des études pour finir chômeur ». Balthazar était ce fameux maître des abeilles, symbole d’un monde paysan résistant à la folie des villes. Lorsque Louis Chagniot emporta son Loulou toxicomane dans l’isolement de la campagne bourguignonne, il n’imaginait pas que celui-ci serait sauvé par un homme lui paraissant si basique.

« On est plus au moyen âge ! » l’expression revint sans cesse dans la bouche du visiteur bourguignon comme de son visiteur, marque de mépris ironique ou suffisant de deux mondes qui ne se comprenaient plus.

A travers Balthazar, la campagne brocarde avec verve et humour la folie des villes, la tradition raille l’orgueil d’une modernité cherchant à faire table rase du passé. Balthazar n’avait ni le salaire de Chagniot ni le confort dont celui-ci disposait en ville, mais ses relations stables entretenaient la sérénité de son esprit. Son bonheur, le vieil homme le trouvait dans la beauté de ses paysages, dans les petits accomplissements lui permettant de vivre, et dans l’affection réciproque qu’il entretenait pour ses voisins de longue date. L’économie se résumait pour lui à l’échange d’un pot de miel contre une dinde, à quelques services désintéressés que les bénéficiaires rendaient à leur tour rapidement. 

Les jeunes s’en sont malheureusement allés, donnant de plus en plus à sa campagne des airs de paradis presque perdu. Le progrès triomphera, il triomphe toujours, soumettant ainsi les hommes aux caprices de sa tyrannie morale. Quitte à voir ce monde disparaître, Vincenot préféra lui rendre hommage dans un grand éclat de rire que dans les sanglots. Après tout, l’histoire de Balthazar est aussi un peu la sienne. Celle d’un homme qui n’eut jamais qu’un amour, une terre, et un réjouissant sens de l’humour pour célébrer cette joie. 

Les tableaux qui illustrent l'article sont de l'auteur, pas Benjamin, mais Vincenot, aussi poète et sculpteur.  

mercredi 20 mai 2026

NAZARETH " Boogaloo " (1998), by Bruno



     Il y a des groupes qui seront toujours restés en seconde division, en dépit des ans et une quasi indéfectible abnégation. Mais qui, malgré tout, ont continué contre vents et marées. Des groupes qui ont su apprécier ce qu'ils avaient déjà réussi, trop heureux de pouvoir encore continuer à enregistrer et à se produire sur scène. À avoir toujours un public, même si ce dernier a pu considérablement diminuer ; devant alors se contenter de salles nettement plus modestes. Pas facile à digérer lorsqu'on a goûté à la foule des stades. Mais la musique, plus qu'une addiction, est un besoin viscéral. Et si on la couple à l'ivresse de l'approbation, de l'ovation d'un public, difficile de s'en dispenser. D'ailleurs, les exemples de musiciens à l'abri financier pour trois siècles, qui continuent à se produire malgré une santé défaillante, ne manquent pas.

     Nazareth, quatuor écossais, originaire de Denfermline (1), est de ceux-là. Fondé en 1968, un premier album en 1971, le groupe, en dépit des embûches, des aléas de la vie, n'a jamais vraiment arrêté. Cependant, même si la décennie des années 70 a été relativement faste, et même s'il a su résister aux années 80 – grâce à quelques concessions, notamment grâce à une approche plus commerciale (2) -, les années quatre-vingt-dix semblent marquer le pas. Les sorties d'albums commencent à sérieusement s'espacer et surtout ils ne sont plus aussi présents qu'auparavant chez les disquaires. Même dans les grandes enseignes, il devient plus ardu de trouver leurs disques. Paradoxalement, ce sont ceux des années 80, soit ceux qui sont le plus marqués par l'orientation « Pop - Hard-FM » qui sont encore dénichables. Bien que se produisant encore plus ou moins régulièrement sur scène, leur présence désormais quasi inexistante dans les boutiques pouvait laisser croire que Nazareth faisait dorénavant partie du passé. Le groupe avait pourtant décidé, tardivement, à partir de 1989 avec l'album « Snakes 'n' Ladders », de revenir progressivement à des sensations plus heavy et rock'n'roll. En fusionnant leur récent passif « pop », qu'il ne renie point, avec un hard-rock relativement rustre qui a nourri ses premiers succès (3). La transmutation est lente, graduelle. Le quatuor paraît expérimenter, chercher la formule magique lui permettant de renouer avec son passé d'un robuste hard-rock avec l'air du temps, sans pour autant devoir interpréter une musique qui ne lui correspond pas. Sans tomber dans l'artifice, le fourvoiement. Ainsi, les productions de ZZ-Top et de Def Leppard semblent ne pas avoir laissé indifférents le groupe qui s'en inspire. Toutefois, au fil des « rares » albums des années 90, le son de Nazareth s'affirme, se durcit, s'exempte des dernières réminiscences policées.


   En conséquence, alors que pour beaucoup, Nazareth s'était déjà installé dans une tranquille semi retraite où il se contenterait de petites tournées occasionnelles, en 1998, le groupe présente un nouveau disque : « Boogaloo ». Un album au titre énigmatique et à la pochette étrange. À des années lumières des canons des albums de heavy-rock (ce qui n'est pas plus mal). Pourtant, il s'agit bien d'un pur album de heavy-rock. C'est d'la bonne, d'la non frelatée, d'la première qualité. Et pas qu'un peu puisque certains vont jusqu'à l'ériger parmi les meilleurs du quatuor. Certains m'ont personnellement affirmé que c'était carrément leur préféré. Et pour rester sur l'expérience personnelle, à l'époque, sans l'insistance polie et renouvelée d'un (authentique) disquaire, je n'aurai même pas prêté une esgourde distraiteAprès mains refus polis, finalement, encouragé par un article enthousiaste, j'ai cédé. Grand bien m'en a pris.

     C'est que ce vingtième (!) album, au contraire de ses prédécesseurs qui souffraient généralement d'un ou deux (sinon plus) morceaux dispensables, pour ne pas dire ratés, ne s'embarrasse pas de compositions bâclées. À l'exception, peut-être, de « May Heaven Keep You », la dernière pièce. Une ballade (il fallait qu'il y en ait une), en mode power, qui, bien que loin d'être mauvaise, contraste trop avec les dix morceaux précédents. 

     Dès « Light Comes Down », morceau qui va un temps ouvrir leurs concerts, force est de constater que Nazareth a mis la main sur la recette magique. Celle après laquelle le combo semblait courir depuis 1989. Celle qui le remet de plein pied dans un heavy-rock direct, rugueux et robuste. Celle qui serait également un cocon pour la voix particulièrement éraillée de Dan McCafferty. Une voix des plus abrasives qui fait la signature du groupe, le rendant aisément identifiable, quelque soit le style qu'il ait pu emprunter. La production, plus brute et organique, est un écrin pour la tonalité de concassage de granit de McCafferty. Mais aussi la guitare, qui s'est enveloppée d'une « douce aspérité », d'une chaude et mâte saturation (dans le style d'une Boss Blues Driver boostant un Marshall ou un Fender Blackface crunchy). Billy Rankin et sa ES-335 ont laissé la place à Jimmy Murrison. Un « jeune » Écossais de 34 ans qui s'y entend pour faire sonner une guitare. Sans esbroufe, sans babillage. Ça sonne résolument humbucker et Gibson – même si à l'époque, on le voit sur scène avec une Stratocaster ; certes modifiée par un humbucker en position chevalet. Et auparavant, Murrison ayant rejoint ses compatriotes dès la démission à l'amiable de Ranklin en 1994, il semble jouer sur un ou deux modèles plus modestes ; probablement une Charvel ou une Kramer des années 80. Indéniablement, Murrison est l'élément qui donne un sérieux coup de fouet à ce groupe de quinquagénaires, lui offrant une nouvelle jeunesse.


    Parallèlement, la musique de cette nouvelle mouture, bien que d'apparence nettement plus crue et heavy que les années précédentes, s'est enrichie d'un membre supplémentaire. Un claviériste. Ce n'est pas la première fois que les Écossais renforcent leurs rangs par un claviériste. Ils l'avaient déjà fait en 1980 en engageant l'Américain John Locke (ex-Spirit). Cette fois-ci, c'est un compatriote (pour rester entre Scots), le discret Ronnie Leahy - qui avait rejoint Stone the Crows en 1971 - qui récupère le poste. Son rôle, au contraire de ce qui a pu être fait précédemment, n'est pas d'édulcorer quoi que ce soit, mais simplement de soutenir l'orchestration, d'intensifier ce heavy-rock des highlands élevé au whisky pur scotch (5), d'épaissir le son, ou parfois d'injecter une petite dose de rock'n'roll. Comme pour le vif "Cheerleaders" et sur "Robber and the Roadie", un rock'n'roll aux accents de Rose Tattoo (en moins fou et rageur). Ou encore sur "Nothing to Good", un blues rampant, loud and proud, où McCafferty finit par s'égosiller comme un corbeau qu'on étrangle - totalement approprié.

     Occasionnellement, pour apporter un petit plus, un capiteux et enivrant parfum de rhythm'n'blues, de la même manière qu'Aerosmith, une section de cuivres intervient. "Loverman" en étant le meilleur exemple, d'autant que la construction même de cette chanson semble particulièrement tributaire du célèbre quintet de Boston. Ils interagissent d'une autre façon sur le délicieux power-slow-blues "God Save The South", en faisant plutôt office de pompiers, évitant que McCafferty ne finisse par mettre le feu, avec sa voix résonnant comme le craquement d'une allumette sur le grattoir.

     Au milieu de rock-dur (granitique) bluesy chaud comme la braise, s'est glissé un petit "Talk Talk" bien guilleret, qui aurait probablement fait un succès quelques années plus tôt. Son élan festif et fédérateur se risque sur une branche où s'épanouit un pop-rock prolétaire (comme hérité d'un lointain passé folklorique... de pub) dans la veine d'un Slade. "Party in the Kremlin" tente aussi le coup, mais, étonnamment, se ramasse à cause d'interventions de guitares "free" déplacées. 

     "Boogaloo" est un disque qui revient aux fondamentaux, tels ceux qu'avaient imposé les albums généralement reconnus comme étant de la grande époque - soit les "Razamanaz", "Rampant", "Hair of the Dog" et "Loud 'n' Proud" - mais avec un son (relativement) plus massif et une assurance de conquérant (Robert Bruce est de retour, avec une guitare en guise de claymore et un double corps Marshall en guise de cheval 😂). Nazareth a toujours fait office de second couteau, ne parvenant que rarement à se rapprocher suffisamment des poids lourds du heavy-rock pour ressentir, éphémèrement, la chaleur de leur succès. Cependant, en 1998, avec cet album, c'est une sacrée revanche. Quand tant de formations des deux précédentes décennies s'avèrent moribondes en cette fin de siècle, Nazareth, lui, rebondit et leur fait un beau (et amical) pied de nez. 

     Hélas, la félicité est de courte durée avec le décès du batteur, Darrel Sweet, qui succombe à une crise cardiaque pendant la tournée de 1999. Un coup dur car McCafferty et Agnew étaient des amis de longue date. Compagnons de vaches maigres, d'incertitudes et de succès, leur lien remonte au moins à l'année 1966, lorsqu'ils fondent The Shadettes, un groupe de reprises, avant de passer deux ans plus tard aux choses sérieuses, en recrutant Manny Charlton à la guitare (6). C'est une nouvelle page qui se tourne pour les Ecossais qui, après une pause, vont alors ralentir la cadence des concerts et ne retourneront en studio que dix ans plus tard. En comparaison, le résultat sera décevant, le vingt-et-unième album, "The Newz", ne parvenant pas à retrouver la fraîcheur (de soufrière) de ce "Boogaloo".


1."Light Comes Down"                                                                                           3:31
2."Cheerleader" 3:14
3."Loverman" 4:30
4."Open Up Woman" 4:29
5."Talk Talk" 3:52
6."Nothing So Good" 5:08
7."Party in the Kremlin" 3:37
8."God Save the South" 6:35
9."Robber and the Roadie" 4:21
10."Waiting" 5:43
11."May Heaven Keep You"5:46



  1. Ancienne capitale de l’Écosse, c'est une ville dont la densité de population reste assez modeste, en dépit d'un fort accroissement récent. Forcément généré par son développement industriel, plutôt que par ses plages... Ian Anderson, de Jethro Tull, et le milliardaire Andrew Carnegie (celui qui fit fortune aux États-Unis et qui fonda le Carnegie Hall) y sont nés, et Robert Bruce s'y est fait enterré.

  2. Une approche qui lui fit perdre – parfois définitivement – une bonne partie de son public, mais qui lui en fit gagner une autre ; certes, bien moins nombreuse, mais qui lui permit de continuer à vivre de sa musique.

  3. À savoir que les plus grands succès de Nazareth sont des ballades. Ainsi, son plus gros hit est la reprise « Love Hurts », une ballade popularisée par les Everly Brothers et Roy Orbison. Rien de vraiment opportuniste dans le sens où, dès son premier album de 1971 (un disque mésestimé), Nazareth a toujours inclus des ballades dans ses albums. On retrouve d'ailleurs dans ce premier jet un superbe « Country Girl » évoquant les premiers Neil Young. En 1973, les Écossais avait déjà élargi leur public avec une reprise de Joni Mitchell, « This Flight Tonight », dans une version nettement plus heavy que l'original.

  4. Jimmy Murrison est d'Aberdeen, une ville de grande envergure du Nord de l'Ecosse donnant sur la Mer du Nord (ce qui en fait un port jouant un rôle capital dans l'économie du Royaume-Uni, notamment grâce à l'exploitation et au transit du pétrole offshore). C'est par l'intermédiaire de Lee Agnew, le fils du bassiste de Nazareth - qui le recommande à son père - qu'il rejoint le groupe.

  5. L'Ecosse est le premier producteur au monde, et serait l'inventeur de ce breuvage dont l'origine remonterait au Moyen Âge classique. Même la petite île d'Islay comporte non pas une mais neuf distilleries. Initialement, le breuvage aurait été conçu dans un but thérapeutique... au timbre de certains chanteurs d'origine écossaise (Rod Stewart, Bon Scott, Jimmy Barnes, Wattie Buchan, Alex Harvey, McCafferty), il semblerait qu'il n'y ait pas que le Rock qui aurait été élevé au scotch.

  6. Initialement, McCafferty rendait service aux potes du groupe en faisant le roadie, jusqu'au jour où il remplaça au pied levé le chanteur absent. Tandis que Darrell Sweet est en réalité arrivé plus tard. Il jouait dans une troupe de cornemuses et venait souvent voir les copains jouer - parfois en kilt -, et les rejoignait parfois sur scène. Jusqu'au jour où ce fut définitif.


🎶✨
Autre article (lien) / NAZARETH : 👉 " Razamanaz " (1973)

mardi 19 mai 2026

PINK FLOYD - ”Meddle“ (1971) - par Pat Slade




Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the  Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.



Un Écho dans le Rock Prog




En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé, les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintessence du groupe. En 1971 Pink Floyd n’est plus tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par Syd Barrett, mais pas encore la machine conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album charnière souvent moins célébré que les monuments qui suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son Pink Floyd

Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan d’un anus de babouin. 🙈

One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par Water et Gilmour délivrent un riff hypnotique, un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de Wright, des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que Gilmour jouera sur un lap-steel. L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de Nick Mason passée à vitesse réduite scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les paroles menaçantes, une rare contribution vocale de Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un univers cohérent

A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison de mah-jong, un jeu que pratiquaient Water et Mason. la voix de David Gilmour apporte une chaleur nouvelle au groupe. 

Les premiers Pink Floyd pouvaient parfois sembler froids ou abstraits. Fearlessalterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien,  une chanson simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée finale habitée par les chants de supporters de Liverpool (You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais qui fonctionne étonnamment bien. Pink Floyd montre ici qu’il peut être expérimental sans perdre le sens de la mélodie. 

San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui se conclut sur une improvisation de Rick Wright. “Seamus : le titre qui a du chien  parti d'une improvisation à la guitare acoustique de Gilmour, le piano de Weight et hanté des hurlements du chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre de Mademoiselle Nobs pour le film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”. 

Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la seconde face du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters et les envolées de guitare de Gilmour composent une œuvre organique, presque cinématographique. 

Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la transition entre les premiers morceaux expérimentaux de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le morceau, mais il fait partie des préférés de Wright.

Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait entre improvisation et précision. ”Meddle ne cherche pas l’efficacité immédiate  il demande du temps, de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de cinquante ans après sa sortie, “Meddle reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here, mais peut-être plus mystérieuse. 

C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions valent autant que les sommets qu’elles annoncent.


                                                                   

dimanche 17 mai 2026

LE BEST-OF A TOUJOURS LES BONS RÉFLEXES


MARDI : avec Pat on a écouté Hubert Félix Thiéfaine et son album « Alambic / sortie sud », dont il n’a écrit que les textes, car le bras dans le plâtre à l’époque. Privé de guitare mais pas manchot pour autant, un disque à l’atmosphère plutôt sombre.

MERCREDI : Bruno a eu le bon réflexe de nous faire découvrir Pavlov’s Dog et leur album le plus abouti, le magnifique « Pampered Menial » avec cette voix singulière de David Surkamp, du rock progressif dont les racines plongent autant dans le heavy-rock que dans la musique baroque et romantique.


JEUDI : au début du XXème siècle chaque grande ville américaine veut son orchestre symphonique, et pour les diriger les maestros viendront tous d’Europe, comme Paul Paray. Un récit du Toon illustré par l'histoire de l'orchestre de Détroit avec « La symphonie fantastique » de Berlioz et « La Mer » de Debussy en exemple…

VENDREDI : du cinéma avec cette comédie de re-divorce « C’est quoi l’amour ? », vaste question, Fabien Gorgeart y redistribue les cartes de la famille classique, c’est joliment écrit et interprété, notamment par une Laure Calamy étincelante.

👉 La semaine prochaine, les portes du Déblocnot seront grandes ouvertes pour accueillir, entre autres, les Pink Flyod, l’écrivain Henri Vincenot, le réalisateur Pierre Salvadori.