Corto Maltese, le marin solitaire loin de son foyer, qui visite la
planète et son histoire par la même occasion.
Hugo Pratt et son Héros Romanesque
Corto Maltese, le marin au cœur vagabond et au flegme à toute épreuve, c’est un peu le
gentleman aventurier que tout lecteur du journal ”Pif Gadget“ rêvait de croiser au détour d’une page ou d’un port exotique. Créé en
1967 par Hugo Pratt, ce personnage incarne une époque révolue où les cartographes traçaient
des routes au compas et où l’aventure avait encore ce goût d’embruns salés
et de mystère. Alors embarquer pour une chronique décontractée et
détaillée sur ce héros pas comme les autres.
Corto Maltese
un marin pas banal.
Dès son premier coup de crayon,
Hugo Pratt
fait souffler un vent nouveau dans l’univers de la bande dessinée. Corto
n’est pas le héros bourrin qui règle tout à coups de poings, ni le
gentil garçon qui sourit naïvement à chaque mésaventure. Non, Cortoil est plus genre ”je suis cool, je fume une clope, j’ai vu des choses que tu ne peux
même pas imaginer, et je vais te raconter ça tranquille“.
Son look ? Une casquette vissée sur sa tignasse noire, une cigarette
au bec (parfois remplacée par un cigare, question de style), un manteau long qui flotte au vent, et ce regard mélancolique d’un
gars qui a traversé le siècle en bousculant les conventions. Et
surtout, ce faciès débonnaire qui cache une intelligence redoutable et
un sens de la répartie à toute épreuve.
Des aventures géo-politico-poétique.L’un des charmes de
Corto Maltese, c’est que ses aventures sont bien plus que de simples péripéties
rocambolesques. À travers lui, Hugo Pratt
nous entraîne dans un monde en ébullition, entre guerres mondiales,
révolutions oubliées, et rencontres exotiques. On passe de Venise à la
Sibérie, de l’Amazonie aux îles du Pacifique, en compagnie d’un héros
qui semble à la fois étranger et chez lui partout.
Et ce n’est pas pour rien que derrière l’encre et le papier, on
sent le travail d’un historien passionné. Chaque album regorge de
références pointues, d’anecdotes historiques croustillantes, et
d’une vraie poésie qui donne envie de sortir sa carte du monde et de
se perdre dans les méandres de l’Histoire.
On ne fait pas une aventure épique sans équipage digne de ce nom, et Corto Maltese
n’y coupe pas. Parmi ses compagnons de route, hauts en couleur, on trouve Rasputin, ce géant russe aussi imposant qu’attachant, avec sa barbe
broussailleuse et son penchant pour les coups de poing réglos.
N'oublions pas Pandora, mystérieuse femme fatale dont la présence ajoute une touche
d’intrigue et de sensualité aux récits.
Sans oublier que Corto
croise aussi plein de figures historiques, du poète à l’espion, du
pirate au révolutionnaire, donnant à chaque album un parfum d’épopée
foisonnante où l’imaginaire flirte constamment avec la
réalité.
Visuellement, la série est un vrai régal. Le trait de
Pratt
est élégant, épuré, mais suffisant pour plonger lecteur et
lectrice dans une ambiance unique. Au fil des cases, on ressent le
souffle du vent, la chaleur moite des tropiques, le craquement du
bois sur l’eau. L’artiste maîtrise à merveille le clair-obscur,
jouant avec les ombres pour renforcer cette atmosphère souvent un
peu mélancolique, parfois dramatique, toujours profondément
humaine. De la poésie en noir et blanc.
Pourquoi Corto Maltese
reste une icône ?Parce qu’il est universel, tout simplement. Il parle à celles et
ceux qui aiment l’aventure mais aussi la réflexion, la fantaisie
mais aussi la vérité nue. Parce qu’il ne se contente pas de tracer
des routes imaginaires, il interroge notre rapport au monde, aux
autres, à la liberté.En plus, il a ce côté rebelle attachant, un peu désinvolte, qui
ne se prend jamais au sérieux mais qui inspire le respect. Et
avouons le, n’est-ce pas rafraîchissant dans un monde où les héros
sont souvent trop parfaits ou trop formatés ?
En résumé, pourquoi lire Corto Maltese ?
Pour voyager sans bouger de son canapé. Pour découvrir une
époque fascinante à travers les yeux d’un anti-héros
charismatique. Pour savourer une écriture à la fois simple et
profonde. Pour admirer un graphisme intemporel qui ne vieillit pas d’un
poil. Pour s’émouvoir, et s’interroger sur le monde.
Alors voilà, si vous ne connaissez pas encore
Corto Maltese, c’est le moment ou jamais de plonger dans ses
aventures. Promis, vous ne verrez plus jamais les cartes
marines de la même façon. Et qui sait, peut-être que comme
lui, vous aurez envie de lever l’ancre, pour partir à la
recherche d’horizons insoupçonnés. Mais même si Corto
est un aventurier des mers et un gentilhomme de fortune,
il n’est pas non plus un enfant de chœur
Corto Maltese, les voyages imaginaires d’Hugo Pratt.
MARDI :un
chef d’oeuvre chez Pat,
le
fameux et intemporel « The
Dark Side of the Moon », le huitième album de Pink Floydreste
une œuvre ambitieuse, accessible et
sophistiquée, une
musique apaisante,
mélancolique.
MERCREDI : du
blues avec Bruno, et du meilleur, avec le classique « Born
under the bad sign » du prodigieux Albert King, entouré de la
section rythmique de Stax Records, le disque combine la rugosité du
delta blues durcie au son des métropoles industrielles.
JEUDI :c’est
dans un amphi surpeuplé que le Toon a décliné sa brillante thèse
« La prétention des suprémacistes de la musique classique
est-elle absurde ? » (qu'on aurait pu sous-titrer "Arf, les goûts et les couleurs...") le
tout solidement argumenté, documenté, illustré, et commenté… (plus quatre chouettes extraits musicaux circonstanciés ♬♬).
VENDREDI :un
film-portrait avec
« La
vie d’une femme » de Charline
Bourgeois-Tacquetqui
étudie
toutes les facettes d’un personnage, familiale, amoureuse,
professionnelle. Léa Drucker éblouit dans un
récit bien filmé mais qui ne surprend pas tant que cela.
👉 La
semaine prochaine, de
la bédé, et pas des plus mauvaises avec les aventures de Corto
Maltese d’Hugo Pratt, mais aussi du rock aussie (arf!) avec Rose
Tattoo, de la littérature avec Kazuo Ishiguro (« Les
Vestiges du jour »), et on s’encanaillera au cinéma avec
Olivia Wilde.
Et un dernier salut à la belle et diaphane Marina
Vlady, 88 ans aux miches, actrice
de théâtre, de télévision, qui
avait vraiment
débuté
au
cinéma avec
André Cayatte, qui
a
tourné souvent
avec
Robert Hossein (monsieur Vlady), elle a été « La Princesse de
Clèves » pour Jean Delannoy, la Juliette de Jean Luc Godard
dans « Deux ou trois choses que je sais d’elle », la
marquise de Parabère pour Tavernier dans « Que la fête
commence », « L’adorable menteuse » de Michel
Deville, la Regina
dans « Le lit conjugal » de Marco Ferreri, rôle qui lui
a valu une Palme d’Or à Cannes
et un Golden Globe.
Tout est dans le titre. Au départ,
je me suis dit, ouh la, Léa Drucker joue une chirurgienne, on va se
la jouer film-docu-drama genre Dossiers de l’écran, z’avez vu comme
mon film est documenté, j’ai pu tourner dans un vrai hôpital.
Mais non, la chirurgie maxillo-faciale n’est que la profession de
Gabrielle Conti. Le film de Charline Bourgeois-Tacquet (son deuxième)
s’attache à sa vie dans toutes ses facettes.
Il y a le métier,
forcément, Gabrielle est chef de service, et son service est justement en
plein travaux. En arrière fond des scènes on entend les perceuses
qui percent, les marteaux qui martèlent, c'est le bordel partout, il faut en plus préparer le
déménagement dans de nouveaux locaux. Situation non anodine,
puisque c’est la vie de Gabrielle qui est chamboulée de partout.
Un dérèglement qui culmine dans une séquence extraordinaire sur le parking de l’hôpital, un ballet de camions qui vont et viennent, tandis qu’elle cherche sa place sans se faire écraser et
finir la conversation téléphonique, avant de s’écrouler à bout
de nerfs. Grand moment de mise en scène.
Il y a cette auteure, Frida
(Mélanie Thierry) qui pour documenter son bouquin s’invite dans le
service de Gabrielle. Dès le début, sur un plan, un regard, on sait que cette
rencontre va changer beaucoup de choses, ouvrir des perspectives. Là
encore, jolie scène, dans un appartement en clair-obscur ocre où se
joue un ballet, pas anodin non plus, puisqu'on s’approche, on s’éloigne,
on se frôlent, on se touche. Il y aura d’abord un « Non », et
plus tard un « Encore... ».
Dans les chamboulements, il y
a ces grands enfants, ceux de son compagnon Henri (Charles Berling)
qui vivent encore dans l’appartement, une présence que Gabrielle
commence à ne plus supporter, s'ils restent, c'est elle qui part dans son
studio. On ressent les doutes d'Henri sur sa place dans le couple, au côté de celle qu'il surnomme « Robocop » (terme que Gabrielle reprendra à son compte, à la fin) et sa capacité à gérer patients, collègues, gamins, mari. Mais aussi sa mère dont elle prépare le départ en Ehpad
(Marie Christine Barrault). Belle scène, drôle et grave devant la
juge des protections (Suzanne de Baecque).
Donc rien ne va. Ceux qui
sont censés partir restent, et inversement. Et puis il y a Kamyar
(Laurent Capelluto), l’adjoint, l’ami, le complice de toujours,
qui pond des gamins à chaque femme qu’il croise, tous ont comme
marraine Gabrielle, d’où cette remarque d’une collègue :
« mais pourquoi vous ne les avez pas faits ensemble ? ».
Car Gabrielle n’a pas d’enfant, n’en veut pas, un refus de la maternité qu'elle est contrainte de justifier, situation rare au cinéma.
Alors, comment tout
cela se traduit dans la mise en scène ? Car des bilans de (mi) vie, des films portraits, on en avait déjà vus, on pense à DOCTEUR FRANCOISE GAILLAND (1976) avec Annie Girardot. LA VIE D’UNE FEMME n’est donc pas d’une
originalité folle en soi, boulot, gamins, couple, sexualité. Je me souviens de UN
BEAU SOLEIL INTÉRIEUR de Claire Denis (2017) que j’avais beaucoup
aimé, bilan sentimental d’une quinqua, qui reposait sur une
Juliette Binoche impériale. Ou A PLEIN TEMPS (2021) d'Eric Gravel avec une formidable Laure Calamy, cette fois en mode prolo, qui avait su capter son époque. Ici Charline Bourgeois-Tacquet pose sa caméra dans les beaux quartiers (l'environnement bourgeois n'aide pas forcément à l'empathie) où Léa Drucker impressionne encore, avec ces airs détachés à la Deneuve, Huppert (pas
les plus mauvaises), cette capacité à se fondre dans un rôle, une fonction, dans un naturel confondant.
Les premières images font peur, un grain
monstrueux comme hérité des pellicules 16 mm (le format est en
1:1.66, norme française des années 60, 70) mais j’ai fait mon
enquête, on est sur du numérique 4K, qui visiblement cherche à
singer le rendu pellicule. Ca agace au début, mais donne un aspect réaliste aux premières scènes, et une patine intime ensuite. Les scènes à l’hôpital
sont heurtées, caméra épaule, up tempo, au plus proche des gestes, des visages, comme
lorsque Gabrielle annonce un cancer de la langue à un patient.
Et
puis on prend de l’espace, les paysages s’ouvrent, les plans
prennent plus leurs temps, comme dans les scènes en Italie où Gabrielle
et Frida prennent quelques jours au bord d’un lac (avec Erri De
Luca, écrivain italien dans on propre rôle). Il y a ce colloque
avec un beau mouvement à la grue, qui part de la salle, recadre
Gabrielle à la tribune pour finir sur Frida, assise
dans l’ombre de la salle. Ou ce beau plan long sur Henri et
Gabrielle marchant de nuit, cette caméra qui les enveloppe
amoureusement, les laisse partir au loin.
Le film vaut pour
l’interprétation des comédiens. Bien sûr Léa Drucker
éblouit, on le sait depuis un moment, on retrouve cette distance, ce
détachement, être là sans y être, cette petite voix fielleuse, au-delà des compositions que les acteurs américains affectionnent. Mais toute la
distribution impressionne, Marie Christine Barrault en tête.
Je
reprocherai à LA VIE D’UNE FEMME ce chapitrage redondant (comme
JULIE EN DOUZE CHAPITRES de Joachim Trier) dont chaque titrage
annonce le contenu de la séquence qui suit. Et où à chaque fondu
au noir on se dit que c’est fini, et non, ça recommence. Sinon, on ne peut rien reprocher de particulier à ce film, si ce n'est d'aborder des thèmes rebattus, sans y apporter une touche d'originalité.
- Essai sur les goûts et les couleurs musicaux, Claude, les intentions
des musiciens de tous les genres, un article d'opinion ? Une première
dans le blog…
- En effet Sonia, un texte sur mes interrogations au sujet des
inconditionnels et fans s'opposant à propos de la valeur d'un genre
musical par rapport à un autre. D'ailleurs sans réellement savoir de quoi ils parlent, le rejet par principe !
Mélomanes, rockeurs, bluesmen, etc. de tous les pays, unissez-vous
😊
- Bigre, j'impose un commentaire de texte composé de la part des
lecteurs, je ramasse les copies dans 2 heures, hihi !
Partie 1 : La musique classique est-elle morte ?
Bach et un théorbe bizarre...
Je pourfends cette idée reçue : la musique classique n'a pas disparu !
L'univers musical de la civilisation occidentale s'est remodelé profondément
suite aux inventions d'Edison et de Charles Cros (les
disques), de Guglielmo Marconi (la radio), et des recherches
acoustiques de musiciens créant des techniques de compositions nouvelles
(sérialisme, polyrythmie… électroacoustique).
Les gravures des chansons populaires sont entrées dans les foyers
avant-guerre et que dire depuis. Dans les années 50, la muse Euterpe a pris
de multiples visages et on a assisté à l'éclosion d'une myriade de
genres pour des publics très larges : le jazz, le rock, la pop,
etc. Les salles de concert et l'écoute attentive et silencieuse (pas toujours, il y a eu des rixes) s'est vue concurrencée par la folie enflammée dans des stades gagnés par
une ambiance électrique (sans jeu de mot 😊). Le Deblocnot reflète par ses billets cette large variété de styles… Sauf
que les rédacteurs et nos lecteurs ne se "bouffent pas la tête" pour imposer
leurs passions comme référence !
Depuis le Moyen-Âge jusqu'au début du XXème siècle cohabitent la
musique dite "savante", celles des concerts chics des châteaux, des
cathédrales, des salons ou salles de concerts, avec la musique plus
"festive" des traditions villageoises. Pourquoi ce qualificatif doctoral
"Savante" ?
Les quatre saisons de
Vivaldi
n'exigent aucune formation solfégique académique pour nous charmer, en tout
cas guère plus que pour apprécier un beau standard de Jazz, un hit de Rock,
ou une chanson des Beatles. La musique dite classique a porté longtemps le
statut d'art et de musique de "classe", comme l'affirme encore notre ami
sh**le M**r, un lecteur historique fidèle. Comprendre par-là que la musique
"classique" se voulait exclusivement réservée à : la noblesse, le clergé,
les intellectuels, son écoute dépendant d'une éducation bourgeoise. Quid de
nos jours, tu parles ! (Comme si la musique votait conservatrice, on dit à
droite je crois, une idée saugrenue qui aurait fait hurler Beethoven républicain et révolutionnaire😊.)
Dans les villages, danses et chansons constituaient un patrimoine rarement
écrit, transmis par tradition orale, sauf quand des compositeurs éclairés
(Dvorak, Bartók) viendront les transcrire voire les enregistrer… puis les métamorphoser en
œuvres "savantes".
Dernier nota : ne nous leurrons pas au sujet d'une musique classique
qualitativement dominatrice. Une idée de génie comme
Pam Pam Pam Paaaam
de Beethoven ne surgit pas chaque matin, y compris chez l'intéressé. Des centaines de
compositeurs de cour ont disparu et leurs piètres partitions avec. Certaines
injustement oubliées ressurgissent... et apportent de la nouveauté dans le
catalogue ancien.
The Beatles
Au fil du temps, en parallèle de l'écriture d'œuvres de cabaret (café
Zimmermann de Leipzig) comme les
concertos brandebourgeois
de
Bach, la création d'ouvrages vraiment "savants" exigeait du public des
connaissances en philosophie, en histoire, en littérature et sollicitait
notre mémoire pendant 1 à 4 heures. Et là, je pense à certains
opéras
de
Wagner
ou aux
symphonies
de 1H20 de
Mahler, ou de
Bruckner, et d'autres… Combien de "nantis" ont souffert à Bayreuth, le temple
wagnérien, à cause de leur incapacité naturelle à apprécier les mystères des
partitions de 500 pages, en fait simplement parce qu'ils devaient s'y
montrer, quitte à critiquer l'innovation ! Si j'ose dire, la bourgeoisie
bavaroise ou viennoise respectaient des obligations mondaines érigées
en règles sociales leur donnant droit de se faire ch**er 😖😄ou somnoler !! Des étudiants désargentés mais fascinés restaient à la
porte.
Et oui, des durées et des complexités du texte et du discours musical
rebutantes (100 motifs mélodiques et 14 Heures pour le
Ring
de
Wagner) et non une heure comme dans l'enchaînement des morceaux de Rock de 5-6 minutes interprétés par des groupes rivalisant d'imagination,
des plus sages au plus barbares, de blues, etc.. Ces générations de
musiciens participeront ainsi dès 1960
à l'éclosion d'une culture à part entière mêlant lesdites "classes". Notez
que ces durées sont aussi celles de chacune des 555 sonates de Scarlatti. Parle-t-on ici de compétition qualitative entre musique pour
intellectuels vs celles pour distraire la populace ? NON !!!! ABSOLUMENT
NON.
Attention à ne pas se méprendre sur mon propos !! Dans nos choix musicaux,
la réceptivité face à un style musical défini varie beaucoup d'un auditeur à
un autre. Certains de nos contemporains se passionnent pour la rage à
vocation militante, l'expression des révoltes à travers des morceaux
musicalement rugueux voire agressifs (souvent du Rock, parfois du classique
moderne1) ? À l'inverse, d'autres publics préféreront la légèreté
colorée d'une musique classique (parfois certains rocks progressifs) aux
accents épiques, mystiques ou poétiques (Beethoven,
Messiaen,
Ravel
?). Attention je ne parle pas des niaiseries dédiées aux Concours de
l'Eurovision, la platitude au service du mercantilisme…
1 – les compositeurs Henryk Henrik Górecki, Krzysztof, Penderecki et Dmitri Chostakovitch, tous antinazis, antistaliniens, anti guerre à l'instar des
groupes U2 ou Rage Against the Machine… Voir les spécialistes du blog…
Pochette Lp 45 tours U2
Partie 2 : Classique et Rock, même combat contre la folie humaine
Écoutons la férocité du scherzo de 4 minutes de la
10ème symphonie de
Chostakovitch, écrite après l'agonie et la mort de Staline,
Dmitri
n'a jamais caché que cette musique de cirque frénétique avec sa marche
sardonique [Trio à 2:20] dépeint la nature sadique et exterminatrice du
dictateur. Au pupitre de la
philharmonie de Leningrad, l'ami maestro de toujours, Evgeny Mravinski
très motivé et très satisfait de la descente aux enfers du père Joseph…
(Article)
La vidéo exacerbe le sarcasme musical par des images témoignant de
l'imbécilité du culte de la personnalité voué au tyran. Effectif :
120 musiciens…
Autre dégoût, autre style : Une mécanique implacable, un cri de rage du
groupe irlandais
U2
dans la chanson Sunday Bloody Sunday (dimanche de sang) de 1982 dénonçant le massacre de 14 manifestants non armés en 1972 à
Derry par des soldats britanniques. La rythmique obsédante ne cesse de
s'amplifier, scandant une ligne mélodique fracassante, un carnage inter
musicos. Le texte ne laisse aucune ambiguïté :
Bono – chant principal, The Edge – guitare, chœurs, Adam Clayton –
guitare basse, Larry Mullen Jr. – batterie, Steve Wickham – violon
électrique.
Labo moderne de composition 😀
Partie 3 : Le menuet des snobs et la valse des faussaires 😅
L'une ou l'autre des attirances, et même les deux, ne dépendent en aucun
cas de dieu sait quel QI analytique nourri de connaissances académiques
pointues en solfège, contrepoint, chromatisme, etc.. En un mot, établir une
théorie élitiste dédaigneuse envers ceux que la musique classique n'émeut
pas n'a aucun sens en psychologie et dans l'étude de la sensibilité
artistique (précepte pédant pourtant professé un temps par
René Leibowitz ou Antoine Goléa). Professer cette doctrine est
méprisable. Certes, on doit admettre que naître dans un milieu de bon niveau
éducatif peut être un atout (notamment financier ?) pour la sensibilisation
des jeunes à l'esthétique classique et à toutes les formes d'arts en
général ; et encore…
Un défi a ainsi été lancé aux musiciens de "conservatoire" face à cette
nouvelle donne socioculturelle : se renouveler ou disparaitre. Écrire un
concerto grosso pour guitares, basse, batterie et voix serait une idée
grotesque et hors sujet. Mais attention aux resquilleurs plus ou moins bien
intentionnés...
Pour les "copy cat" comme
Federico Maria Sardelli
et sa musique baroque "à la manière de", un passionné ne doute pas très
longtemps de la supercherie face à la banalité de ses compositions qui,
écrites au XVIIIème siècle auraient terminées oubliées dans une
bibliothèque poussiéreuse. Cela dit, respectons l'humoriste et le maestro
qui connait son Vivaldi, "le vrai", sur le bout des doigts. Merci pour la première gravure de
l'opéra l'Atenaide de
Vivaldi avec Nathalie Stutzmann, quand même.
Je ne m'étends pas sur les trahisons musicales d'André Rieu. Je
l'avais déjà habillé pour l'hiver en 2011, le violoneux et ses
caviardages de chefs-d'œuvre authentiques, façon made in China
(Maestro ou Classic’ en toc ?); le délit de contrefaçon de la partition...
Partie 4 : Chacun sa passion, qu'on se le dise !
Hormis quelques titres qui me passionnent (voire mon billet sur
Old River
de
Springsteen
chanté en live en plus de dix minutes ou bien la musique inclassable de
Steve Wilson, le Rock, même défendu avec conviction par mes camarades, me laisse sur
ma faim au bout de trois titres car ressenti comme trop répétitif tant sur
l'inspiration que sur la forme… Il en est de même pour les caprices de
Paganini… Je n'ai aucune explication rationnelle à ceci ; précisons que je suis
d'origine du monde ouvrier et que mon goût inattendu pour le classique
contamina mes parents, les conduisant de
Yvette Horner
à
Debussy
et
Beethoven, et même au concert 😊. Le monde à l'envers.
John Adams et… la bonne vielle méthode du papier
Pour se recentrer sur le propos, l'art classique moderne perdure
intensément. Les compositeurs ont inventé de nouveaux langages : le
sérialisme, les modes minimalistes-répétitifs, etc. Dans un premier temps,
les créateurs ont eu tendance à s'enfermer dans ces nouveaux cadres très
conceptuels voire trop abscons pour le public.
L'échec relatif de certains parcours (Boulez
au hasard) a donné lieu à une libération des formes (John Adams). Certes l'écoute peut se révéler difficile, provocante, foutraque… Ceci
est le lot de toutes les nouveautés artistiques. Aux mélomanes de faire
l'effort d'affiner leurs capacités d'écoute, de laisser vagabonder leurs
imaginaires par rapport à ce ce qu'ils écoutent, et ce qui déroute finit
souvent par manifester son objectif expressif, sa logique conceptuelle et sa
poésie…
Dans la prochaine chronique, nous mettrons en illustration ces quelques
idées lors de l'écoute d'un
concerto pour violon
de l'anglais Thomas Adès, utra moderniste mais diablement intrigant…
J'en ai parlé, on les écoute !
1 –
John Adams
:
Common Tones in Simple Time
de 1979 -
Orchestre symphonique de Montréal
-
Kent Nagano
("Tons communs en mesure simple". On ne
sait pas de quoi il s'agit 😊mais quelle poésie méditative !!! (Style :
minimaliste - répétitif)
2 -
Steve Wilson
:
Deform to Form a Star
extrait de l'album
Grace for Drowning, un double CD de 12 titres de 2011. (style : rock progressif avec,
à mes oreilles des incursions jazz, un univers étrange… qui fusionnent
diverses influences musicales). Une douzaine de musiciens sont à l'œuvre
dont
Steve Wilson
jouant d'environ trois instruments à lui seul. (Bach
faisait pareil 😊)
Liste des compositeurs contemporains chroniqués dans le blog