mercredi 23 septembre 2026

ALBERT KING " Born Under A Bad Sign " (1967), By "Velvet" Bruno



   Lorsqu'on parle de Blues, de Blues moderne d'après-guerre, invariablement, les trois "King" s'immiscent. Trois "King" qui ont marqué à jamais - directement ou indirectement - des générations de chanteurs et de guitaristes. Et pas nécessairement des apprentis bluesmen. Le jeu raffiné de B.B., allié à une voix de stentor, l'incroyable énergie et vivacité de Freddie, mariées à une fluidité et une vélocité alors peu commune, et enfin le jeu ferme et puissant d'Albert King, tranchant avec une voix de crooner.

     Albert King qui est le seul des trois à avoir usurpé son patronyme. Né Albert Nelson, un 25 avril 1923 (ou 1924, suivant les biographies), à Indianola (ou à Itta Bena, ou à Aberdeen,  suivant les biographies), il est, comme bon nombre de ses pairs afro-américains, initié très tôt à la musique ;  celle jouée lors des offices à l'Église. Dans la formation de la congrégation, il y chante du Gospel, et le guitariste n'est autre que son père. Un père qui s'éclipse alors qu'il n'a que 5 ou 6 ans. Une absence forçant le jeune Albert à s'engager précocement dans la vie active. La précarité dans laquelle il survit lui impose d'être débrouillard. Ainsi, il conçoit lui-même son premier instrument , un diddley bow, à l'aide d'une boîte de cigares, de fil de fer et d'un bout de bois. Évidemment, avant de pouvoir vivre de la musique, il doit cumuler divers emplois, allant des champs de coton (dans sa prime jeunesse) aux travaux de construction - où il aurait appris à conduire les engins de chantiers -, et partant aussi dans le Nord pour bosser dans une fonderie. Son travail incessant dans les champs, les chantiers et les usines lui aurait forgé sa carrure. Avec sa taille approchant les deux mètres, ses larges épaules, ses paluches comme des battoirs, et un poids dépassant les 100 kilos (tranquille), le tout lié au flegme de l'homme tranquille, serein, il imposera le respect naturellement, sur scène comme en coulisse.

      Lorsqu'il s'implique dans des groupes jouant la "musique du diable", il le fait derrière un modeste kit de batterie pour divers petits combos. Il devait probablement être assez bon batteur pour finir par jouer dans l'orchestre de Robert Nighthawk - où, d'ailleurs ce dernier lui transmet une partie de son savoir à la guitare des douze mesures. Ainsi que dans celui de Jimmy Reed, avec lequel, en 1953, il effectue ses premières séances studio.


   Par nécessité, autant pour les opportunités musicales que pour subvenir à ses besoins, il passe une bonne partie des années 50 à changer de villes et d'états de résidence. Oscillant un temps entre Osceola (en Arkansas) et Gary (en Indiana), il finit par tenter sa chance à Saint Louis, dans le Missouri, où il commence à gagner une sérieuse réputation (1). Suffisamment pour que Little Milton - ou son label, Bobbin Records, qu'il vient de fonder -, lui fasse enregistrer ses premiers singles. Et puis, enfin, en 1959, à près de 35 ans, le succès frappe enfin à sa porte. D'abord bien timide, il prend de l'ampleur en 1961 avec le single "Don't Throw Your Love on Me so Strong" (avec Ike Turner au piano), qui séduit les radios "R&B", et déborde des frontières du Missouri et de l'Illinois. L'année suivante, c'est le grand saut avec un premier album : "The Big Blues". Malheureusement, Albert King n'y est pas toujours mis en valeur, empêtré dans une orchestration trop riche ou mal dosée - il n'est pas le seul à en avoir fait les frais. Et on sent toujours l'influence de B.B. King qui lui colle encore aux semelles. Influence d'autant plus lourde qu'à ses débuts, mister Albert Nelson se faisait passer pour son demi-frère (ou le frère, suivants les biographies), d'où le changement de patronyme. Une façon innocente, et peu coûteuse, de se faire de la publicité dans l'espoir de se créer un public qui constaterait par lui-même, sur place, que cet Albert avait ce qu'il fallait pour mériter ce nom (d'emprunt). Mais de là à baptiser sa guitare "Lucy"... sachant que BB King avait baptisé la sienne "Lucille", dès 1949 (2)... Quoi qu'il en soit, malgré ses défauts, ce premier album est tout de même une réussite. 

     Mais c'est en 1967, qu'Albert King s'affirme définitivement comme un bluesman majeur avec un second album qui a non seulement marqué son époque, mais qui demeure aujourd'hui encore une référence du Blues moderne. 

     C'est Estelle Axton, co-fondatrice de Stax Records avec son frère Jim Stewart, voulant étendre leur catalogue au Blues, aurait souhaité que le label enregistre ce grand gaillard qui en dépit d'un premier album bien prometteur, n'était alors plus sous le moindre contrat. C'est une aubaine pour Albert qui en 1966, a l'opportunité d'enregistrer dans un studio qui a déjà fait ses preuves avec des artistes tels que Rufus Thomas, Booker T & The MG's, Sam & Dave et bien entendu Otis Redding. Opportunité aussi d'être soutenu par les musiciens "maison", alors souvent considéré comme ce qu'il y a de mieux dans le milieu de la soul et du Rhythm'n'blues - du moins dans le sud des USA. Soit pas moins que la troupe de Booker T & the MG's. Un groupe, multiracial (ait il besoin de l'évoquer, dans le sens où les principaux intéressés, liés par un indéfectible amour de la musique, ne faisaient pas de différence), qui ont enregistré et/ou accompagné en concert, des chanteurs aussi illustres que Wilson Pickett (qui n'aurait pas été particulièrement apprécié), Rufus Thomas, Otis Redding, Carla Thomas, Sam & Dave. Un groupe qui a aussi composé un beau petit lot de hits, dont certains sont devenus des classiques de la Soul et du R&B (3). La crème de la southern-soul avec Steve Cropper, Al Jackson Jr, Booker T Jones et Donald Dunn (fraîchement incorporé, en 65) solidement soutenus par une section rythmique emblématique : The Memphis Horns


   Alors que pour son premier album, Albert avait composé la majorité des morceaux - dix sur douze -, cette fois-ci, c'est carrément l'inverse avec seulement deux titres de sa main sur onze. Mais qu'importe. Albert imprime sa patte et décline de nouvelles lois du Blues - ou les consolide. Cet album combine la rugosité d'un Blues puisant sa source dans le Delta et durci par le tumulte quasi incessant des métropoles industrielles, que le velours de la southern-soul, étoffée par des cuivres omniprésents. Le rythme lui-même, la cadence, est d'ailleurs souvent plus proche de la Soul (prisée par les studios Stax) que de celui du Blues. La Flying d'Albert est incisive et vigoureuse, s'imposant comme une force tranquille, allant à l'essentiel en peu de notes. Elle compense un vocabulaire limité en triturant les cordes, avec des glissando et surtout des bends profonds parfois à la limite de la rupture. Gaucher, Albert a toujours joué sur des guitares de droitier sans inverser les cordes (4), ce qui lui permet d'avoir plus de fermeté, de force et de facilité pour effectuer ses bends, en tirant les cordes vers le bas (le mi aigü étant en haut, à la place du mi grave, et ainsi de suite...). Son petit Fender Twin Reverb (où la reverb ne semble guère sollicitée) paraît ne pas être ménagé, menaçant de tomber dans la saturation grasse - surtout dès qu'il joue sur les cordes de Sol et de Ré. Non pas à cause du niveau sonore, mais par son attaque franche aux doigts, principalement joué avec un pouce mastard. Autant sa tonalité, son timbre, que ses plans (récurrents) vont être pillés pour nourrir tous les slow-blues du British blues et de ses descendants. 

     Et puis, bien sûr, il y a cette voix, impérieuse (royale ?), autoritaire, à la croisée du Blues et de la Soul sudiste, profonde et chaleureuse (en accord avec la carcasse d'Albert). S'il n'a pas autant de coffre que son "demi-frère" (5), Albert n'en est pas moins un bon chanteur, récitant ses paroles en restant accroché au tempo. Parfois avec véhémence, mais parfois aussi avec une telle retenue que ça frôle la timidité. À croire qu'à ces moments-là, il chante loin du micro, craignant de prendre l'ascendant sur la musique. Comme sur le vivifiant et latin "Crosscut Saw", où on peine à l'entendre. Et pourtant, sur les slow-blues, quand l'orchestration est plus aérée et feutrée, modérée, sa voix est là, s'affirmant comme une autorité fondamentale, imposant sa loi, ordonnant à l'auditeur de cesser toute activité (ou de monter le volume) pour se laisser envoûter. Ce que prouve le triptyque final, "Laundromat Blues", "As The Years Go Passing By" et "The Very Thought of You". Trois bijoux portés aux nues par Albert - bien aidé aussi par le piano de Booker T et les cuivres implorants, en particulier le saxophone ténor d'Andrew Love. Le premier pourrait être l'archétype, l'étalon du slow-blues sobre, intense et viril, le second demeure la version jamais réalisée et le troisième dévoile un Albert en parfait crooner.  Trois boîtes à frissons. Dans le genre, "I Almost Lost My Mind" n'est pas en reste, mais est en deçà, peut être parce qu'il est dépouillé d'attributs du Blues.

    Autre parangon du slow-blues, avec "Personnal Manager" où Albert lâche la bride à sa Lucy qui finit par ululer comme une harpie à la lune. 


 Évidemment, il y a les classiques, dont le titre éponyme. Une composition de Booker T et William Bell, spécialement à l'intention d'Albert. Un morceau tellement de fois repris - dès 1968 par Cream -, qu'il est devenu un standard. Tout comme "Crosscut Saw", le chaloupé et latin "Oh, Pretty Woman" (absolument aucun rapport avec la jolie donzelle de Roy Orbison) et le proto-hard-blues "The Hunter", porté à bout de bras par la basse (ici) fuzzy de Dunn. Également composé spécialement pour Albert - par les MG's au complet -, ce morceau a rapidement séduit un très large public. Dès l'année suivante, les brutes de Blue Cheer le reprennent, suivit par Pacific Gas & Electric ; en 1969, Free se l'accapare pour en faire un incontournable de son répertoire scénique. Il est d'ailleurs bien probable que le jeu soliste de Paul Kossof se soit en partie construit sur celui d'Albert King. "The Hunter" va passer tranquillement les années, les décennies, au travers d'innombrables reprises - celles des Ike & Tina Turner, Koko Taylor, Blue Magoos, bobby Harrison, Danzig, Great White, Canned Heat, Doyle Bramhall, Jimmy Hall, Gov't Mule, V. Campbell, Schenker-Pattison, Jane Lee Hooker, et bien d'autres.

     Injustement omis, le travail de Donald "Duck" Dunn est pourtant essentiel à cet album. En effet, sa basse impose le rythme, invitant suivant les situations à la danse ("Crosscut Saw") ou au recueillement ("As the Years Go Passing By"). Elle est d'ailleurs, bien des fois, légèrement en avant, comme si c'était elle qui conduisait la mesure de l'orchestration. Jusqu'à, occasionnellement, faire vibrer les membranes d'enceintes. Un brin avant-gardiste, elle s'aventure, avec "Oh, Pretty Woman" et "The Hunter", en des lieux peu explorés où bourgeonnent des tonalités fuzzy ; préfigurant peut-être là, la basse rock, voire proto-hard-blues. 

   Sans oublier non plus l'important de la production impeccable, au cordeau, attribuée à Jim Stewart, mais qui, serait, officieusement, plutôt le fruit d'un travail minutieux effectué en binôme par Steve Cropper et William Bell.

Side one




1."Born Under a Bad Sign"W. Bell, Booker T Jones2:47
2."Crosscut Saw"R.G. Ford2:35
3."Kansas City"J. Leiber, Stoller2:33
4."Oh, Pretty Woman"A.C. Williams2:48
5."Down Don't Bother Me"Albert King2:10
6."The Hunter"Booker T. Jones, Carl Wells, Cropper, Dunn, Jackson Jr2:45
Side two




7."I Almost Lost my Mind"Ivory Joe Hunter3:30
8."Personal Manager"Albert King, D.Porter4:31
9."Laundromat Blues"Sandy Jones3:21
10."As the Years Go Passing By"Deadric Malon3:48
11."The Very Thought of You"Ray Noble3:46


(1) En fait, il s'installe de l'autre côté du fleuve, du Missouri, dans une bourgade, Brooklyn dans l'Illinois, où les loyers sont probablement plus abordables et où il n'est qu'à un quart d'heure de route de Saint-Louis. 

(2) La guitare d'Albert, "Lucy", est une Gibson Flying V de 1959 (ou 1958, suivant les biographies...). Ainsi, Albert est, avec Lonnie Mack, l'un des premiers utilisateurs de la Flying V à devenir célèbre. Une guitare qui, à l'époque, avec l'Explorer et la Marauder, était jugée trop futuriste par les musiciens. 

(3) À commencer pour eux-mêmes, avec l'instrumental "Green Onions" qui fait un carton en 1962, et qu'on peut encore entendre aujourd'hui, plus de soixante ans plus tard, passer à l'occasion sur la radio (même sur le territoire Français). 

(4) Et même lorsque le luthier Dan Erlewine lui en concevra une en gaucher, - la Flying avec son nom sur le manche et la tête de Les Paul -, avec donc les potentiomètres en bas de caisse, qui ne risquent plus d'être bougés par inadvertance par son avant-bras, il gardera un montage à l'envers.

(5) Quand on pose la question à BB King sur l'hypothétique parenté qu'il aurait avec Albert, il rie doucement, niant évidemment tous liens familiaux. Toutefois, malicieux, il réplique que, par contre, dans la musique ils sont bien frères. Leur Blues ayant effectivement bien des similitudes.

(5) "The Very Thought of You" a été écrit - et sortie - en 1934 par Ray Noble (musicien, compositeur et chef d'orchestre de Jazz). La chanson est assez vite devenue un classique du Jazz, reprise et réenregistrée régulièrement par divers chanteurs. Notamment par Billie Holliday, Fitzgerald, Frank Sinatra, Sara Vaughan, Bing Crosby et Nate King Cole. On l'a retrouve aussi dans le film "Casablanca". Celle d'Albert s'appuie sur la version de Nate King Cole. Plus récemment, en 2002, c'est Rod Stewart qui l'a reprise sur son "The Great American Songbook", et en 2006, McCartney avec Tony Bennett.




🎵🚜
Du KING (Blues) à toutes les sauces (liens divers) :
💢 Earl King 👉 "Sexual Telephathy" (1990) 
💢 Freddie King 👉 "Getting Ready" (1971) 👉 "Getting Ready..." (1971
💢 King King 👉 "Reaching for the Light" (2015)

mardi 22 septembre 2026

PINK FLOYD : “The Dark Side of the Moon” (1973) par Pat Slade


Un matin, en farfouillant dans les archives du Déblocnot (quel foutoir ! Il faudra envoyer Sonia pour faire un peu de classement !), je me rendis compte que le plus classique des albums du Pink Floyd n’avait pas été chroniqué.



Un album qui rapporte de la money



Il y a des albums qui traversent les époques sans perdre de leur force. Et puis il y a ”The Dark Side of the Moon le huitième album studio de Pink Floyd, sorti en 1973, qui semble avoir été conçu pour échapper au temps.

Dès les premières secondes, l’album installe une atmosphère particulière. Un battement de cœur, des voix, des bruits de machines, des fragments de conversations : Pink Floyd ne se contente pas de faire entendre de la musique, il construit un univers. Chaque son paraît avoir sa place, chaque transition participe à une œuvre pensée comme un ensemble. L’album s’écoute moins comme une succession de chansons que comme un voyage continu. Au cœur de ce voyage, Pink Floyd s’intéresse à des préoccupations profondément humaines : le temps qui passe, l’argent, le travail, la mort, la folie, la pression sociale et notre manière de courir après une vie qui nous échappe parfois. 

Ce qui frappe aujourd’hui encore, c’est l’absence de véritable vieillissement de ces thèmes. Plus de cinquante ans après sa sortie, les interrogations de “The Dark side of the Moon restent étonnamment familières. “Time” constitue probablement l’un des moments les plus évidents de cette réflexion. Le morceau commence par une accumulation de sonneries et de tic-tac avant de laisser place à une méditation sur le temps qui file. La guitare de David Gilmour apporte ensuite une dimension presque mélancolique au morceau. Pink Floyd ne parle pas simplement du temps, il donne l’impression de nous faire ressentir physiquement son passage.

Avec “Money”, le groupe adopte une approche différente. Le célèbre rythme (un morceau à 7 temps) construit autour de sons de caisse enregistreuse donne au morceau une identité immédiatement reconnaissable, tandis que les paroles s’attaquent à la place de l’argent dans nos existences. Là encore, le propos demeure actuel : la richesse, la consommation et la recherche de réussite continuent de structurer nos sociétés. Mais c’est peut-être dans les moments les plus calmes que l’album révèle toute sa profondeur. ”The Great Gig in the sky“, notamment, repose en grande partie sur la performance vocale bouleversante de Clare Torry. Sans véritable texte, la voix devient un instrument à part entière, exprimant quelque chose de difficile à mettre en mots la peur, la douleur, l’abandon, mais aussi une forme de liberté.

La production joue évidemment un rôle essentiel dans cette réussite. Les synthétiseurs de Richard Wright, la basse de Roger Waters, la batterie de Nick Mason et la guitare de David Gilmour se répondent avec une précision remarquable. Rien ne semble gratuit. Les effets sonores, les voix et les instruments sont intégrés à la musique avec une maîtrise qui contribue largement à l’identité de l’album.

Pourtant, réduire “The Dark Side of the Moon à ses qualités techniques serait passer à côté de l’essentiel. Sa véritable force réside dans sa capacité à créer une expérience émotionnelle. L’album peut être spectaculaire, inquiétant, apaisant ou mélancolique, parfois au sein d’un même morceau. Il laisse une impression qui dépasse largement l’écoute de ses chansons prises individuellement.

La dernière partie de l’album, avec “Brain Damage“ et ”Eclipse“, pousse cette logique jusqu’à son terme. La folie, l’obsession et la fragilité mentale deviennent les dernières étapes d’un parcours consacré aux différentes tensions de l’existence humaine. Lorsque l’album s’achève, le battement de cœur revient, comme pour refermer la boucle. C’est peut-être cette construction circulaire qui explique en partie la puissance de ”The Dark Side of the Moon. Tout semble lié. Les morceaux communiquent entre eux, les thèmes se répondent et les sons créent une continuité presque cinématographique. On peut évidemment écouter chaque titre séparément, mais l’album prend toute sa dimension lorsqu’on accepte de le parcourir d’une traite.

The Dark Side of the Moon“ est finalement un album sur la condition humaine. Sa musique est sophistiquée sans perdre son émotion, ses textes sont simples sans être superficiels, et son atmosphère reste immédiatement reconnaissable. C’est un disque que l’on peut écouter pour sa beauté sonore, mais qui prend une autre dimension lorsqu’on se laisse véritablement porter par son histoire. ”The Dark Side of the Moon n’est pas simplement un album que l’on écoute une fois, c’est un disque auquel on revient, à différents moments de sa vie, et dont on ne perçoit pas toujours les mêmes émotions. C’est sans doute là que réside sa plus grande force : derrière la perfection de sa production et la beauté de ses compositions, Pink Floyd a créé une œuvre suffisamment ouverte pour que chacun puisse y trouver un peu de lui-même.

Plus de cinquante ans après sa sortie, “The Dark Side of the Moon reste donc bien davantage qu’un classique du rock progressif. C’est une œuvre ambitieuse, accessible sans être simpliste, sophistiquée sans devenir froide, et surtout capable de parler de préoccupations universelles sans donner l’impression de délivrer une morale.

Pink Floyd y transforme des angoisses ordinaires, manquer de temps, courir après l’argent, avoir peur de la mort, perdre pied, en une œuvre musicale à la fois intime et monumentale. Et c’est peut-être là le véritable exploit de cet album : nous rappeler que, malgré toutes les années qui passent, certaines peurs restent exactement les mêmes. 

Il restera dans le classement des albums du billboard pensant 736 semaines de 1973 à 1988. Au Royaume-Uni il est le septième album le plus vendu de tous les temps, et celui qui n'a jamais atteint la première place le plus vendu. Avec Pink Floyd the time is money.

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Et comme nous ne mégotons pas, on vous fait écouter l'album en entier...

                 

dimanche 20 septembre 2026

LE BEST-OF INTROUVABLE


MARDI : Pat n’a rien écouté, mais a bouquiné un album tordant, le « Catalogue d’objets introuvables » de Jacques Carelman, peintre, dessinateur, décorateur, le Pierre Dac du rotring nous offre une collection d'objets loufoques et surréalistes.

MERCREDI : back to the roots, avec Bruno et le trio from the Michigan Brownsville Station, qui donne dans le rock festif sur « School punks », entre compos originales et reprises garage-rock, du basique qui rock et qui roll.


J
EUDI : du jazz chez Benjamin, avec le portrait du saxophoniste norvégien Jan Garbarek, biberonné à John Coltrane, plus tard alter ego du pianiste Keith Jarrett, son free n’est pas synonyme de chaos mais de lyrisme, sensibilité et recherche de la mélodie pure.

VENDREDI : après les T-Rex croqueurs de la semaine dernière, Luc monte d’un cran avec « Evil Dead Burn », sixième opus de la saga horrifique, celui-ci est réalisé sans originalité par Sébastien Vaniček, crescendo de tronçonnages divers et giclées d’hémoglobine. Usant.

👉 La semaine prochaine, on commence avec du très lourd, Pink Flyod derrière la face sombre de la lune, un essai universitaire du Toon ou "de la valeur d'un genre musical par rapport à un autre", et au cinéma on regardera une vie de femme avec Léa Drucker.


Et puis, évidemment, un immense salut à Catherine Ringer partie rejoindre l’autre moitié des Rita, on ne s’y attendait pas, on y croit d’ailleurs toujours pas. On aimait son talent, sa folie, l’extravagance, les textes et surtout cette voix époustouflante, élastique, puissante, sensible ou cartoonesque, une des plus spectaculaires (et reconnaissables) de la pop française. A revoir sur un replay quelconque son concert sans public (Covid oblige) enregistré un plein Bois de Vincennes sous les arbres. 

Pat avait évoqué ici même la grande Catherine dans (clic...) : Catherine Ringer chante les Rita  et Rita Mitsouko, la story

vendredi 18 septembre 2026

EVIL DEAD BURN de Sébastien Vaniček (2026) par Luc B.


C’est le sixième rejeton de la saga horrifique et démoniaque initiée par Sam Raimi, en attendant le septième. 

- Mais pourquoi avoir été voir un truc pareil ? [ FLASH ! FLASH ! ]
- Non s'il vous plait, pas de... Je répondrai à toutes vos questions à la fin de mon laïus[ FLASH ! FLASH ! ]

la Deadite
Le premier
EVIL DEAD sort en 1981, Sam Raimi est un parfait inconnu, le film est réalisé avec trois bouts de ficelles, petit budget. Et affole le box-office. L’époque est aux slashers, HALLOWEEN, VENDREDI 13 et autres FREDDY, mais Sam Raimi, rajoute une dimension démoniaque, du gore très gore, et de l’humour noir.

La recette reste inchangée pour les EVIL DEAD 2 et 3, du même Raimi, qui ensuite fera fructifier la franchise à partir de 2013 : remake, spin-off, suite. Sam Raimi reste producteur de la série, choisit les réalisateurs, et pour ce EVIL DEAD BURN a confié les rênes au français Sébastien Vaniček, qui s’était fait remarquer avec VERMINES il y a trois ans.

Comment un réalisateur français allait-il poser sa patte sur l’univers très codifié du genre ? Très simple, il ne la pose pas ! Ah si, son héroïne Alice Price (l’actrice suisse Souheila Yacoub, qui a débuté au cinéma avec Gaspard Noé, et vue dans DUNE) fume une clope au début, et une à la fin. On est donc dans du cinéma subversif. Ou cette réplique de son mari qui lui reproche ses embrassades à son beau frère: « tu sais, en France, on se fait une branlette pour se dire bonjour ». Moment de poésie rabelaisienne. Et puis on entend lors d’une scène d’obsèques « La chanson des vieux amants » de Jacques Brel, et à la fin « Elle était si jolie » d’Alain Barrière. La french’s touch se résume à : clope, branlette, crooner d’Ehpap (rendons pour l'occasion à Brel sa nationalité belge).

Pour le reste, on prend les mêmes et on recommence, sachant que pour y comprendre quelque chose il faut avoir vu les deux premiers de la nouvelle trilogie. On a la deadite (créature démoniaque) Jessica qui cherche à retrouver une dague dont on dit qu’elle est la seule arme à pouvoir terrasser les démons. Elle s’en prend d’abord à Will Price (le mari d’Alice), le zombifie, qui plus tard sortira de son cercueil pour zombifier à son tour son papa, etc... etc... toute la famille Price y passera, même la mamie en fauteuil roulant, qui inquiète dès la première seconde, ce n'est pas le sens du suspens qui étouffe le réalisateur. 

Après une séquence pré-générique où deux jeunes pêcheurs sont déchiquetés, broyés, concassés par une Jessica vindicative - efficace en termes d’horreur mais sans rapport avec le schmilblick - la suite du film tient dans une réunion de famille, tendue, dans une grande baraque isolée - forcément - où tout le monde finira par s’entre-tuer. Ce qui n'est pas aisé, puisqu'un deadite est résistant. Ainsi, papa, rigolard, se tire trois balles en pleine gueule, mais continue à cavaler avec ses trois trous dans le crane !  

On relèvera une scène pas mal dans l’habitacle d’une voiture ou papa s’en prend à sa belle fille, les broches de l’appui-tête en guise de fourche. Ensuite, c’est le crescendo habituel, à qui le tour, et comment ? Tous les ustensiles de cuisine ou outil de jardinage y passent, mention à la débroussailleuse qui tranche, charcute et décapite. Personne ne sera épargné, même le chien massacré à coups de fourchette. Le chien ? Ah non, brave bête…

Le scénario mince comme une feuille Rizla+ regorge d’incohérences et de grotesques, la première étant : mais Alice, pourquoi tu ne te tires pas dès la première alerte ? (un marqueur de ce genre de productions, les protagonistes, sous le coup de l'émotion sans doute, sont cons comme des bites). Comment le massacre au crématorium à l’issue de la cérémonie n’alerte personne ? Parce que ça laisse des traces aux murs ces petites plaisanteries. 

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Santé ! 
Comment Alice (elle s’est finalement dit qu’il était temps de décamper) se retrouve sur un chantier situé à des kilomètres, pourquoi flics et ambulances débarquent, et pas avant ? Et surtout, pourquoi la maléfique Jessica, qui semble tout connaître sur tout, ne s’en prend-elle pas directement à celui qui connaît le secret de la dague ? Scénario d'une inconsistance crasse, simple support pour tourner des plans. 

- Vous ne vous attendiez tout de même pas à une finesse psychologique toute bergmanienne dans l'écriture ? 
- Certes, mais au moins être surpris, étonné, un minimum d'originalité... 

Donc va-t-on se rattraper avec la mise en scène ? Foutaise ! Des plans hachés (sic), ultra courts, pas plus de 4 secondes. Des idées de cinéma ? Peau d’zob ! Tout semble avoir déjà été filmé cent fois. Aucun travail sur les cadres ou la lumière qui pourraient ficher la trouille, tout y est filmé comme si l'électricité n'existait pas, les rares touches de couleur sont rouges... Ambiance abusivement malsaine, mais rien d’anxiogène. Vu le décor et les tronches c’était le moins. 

EVIL DEAD BURN
serait comme un étal de boucherie, on désosse, on retire le gras et les abats, c'est bêtement répétitifs, sans surprise, lassant. Chaque coup de couteau est surligné par un grondement musical tonitruant. Même pas peur, et pire, on s’emmerde franchement. Rarement un film d’1h50 m’a paru durer 4h00. Évidemment aucun humour, aucune ironie, aucune référence aux classiques du genre. Les cinéphiles n’ont rien à se mettre sous la dent, à moins que le plan du regard à travers la porte fracassée soit un hommage à SHINING

- Bah alors pourquoi avoir été voir ça ? 
- Voyez mon attaché de presse.  

Sébastien Vaniček nous fait le coup des scènes bonus tin tin tin en cour de générique de fin (la mamie jambes coupées qui rampe sur l'asphalte / retour de Ellie du précédent opus EVIL DEAD RISE), histoire sans doute de nous sortir de notre léthargie. Je ne sais pas si le producteur Sam Raimi a aimé le résultat, si son poulain français a répondu à ses attentes, si c’est le cas, c’est que le curseur est tombé bien bas. 

Ce truc n’a strictement aucun intérêt. 


Couleur - 1h50 - format scope 1:2.35 

- M’sieur Luc B [ FLASH ! FLASH ! ] pourquoi avoir été voir ce nanar ? 
- Pas tout le monde à la fois [ FLASH ! FLASH ! ] et s’il vous plait pas de photo… Film projeté dans un cinéma de quartier dans le cadre d’un cycle horreur, et quelqu’un qui connaît quelqu’un que je connais avait une place gratos… 
- Comment le public a-t-il réagi ? Y a-t-il eu un débat après la projection ?
- On était douze, dont la moitié était visiblement des potes de l’organisatrice. Un débat ? Je sais pas, je suis parti tout de suite, y'avait ni binouzes ni cahouettes… 
- Est-ce que vous irez voir EVIL DEAD WRATH déjà annoncé pour l’année prochaine ? [ FLASH ! FLASH ! ] 
- La conférence de presse est terminée, M'sieur Luc left the building.

👉 Le film est la suite de EVIL DEAD RISE, chroniqué à Noël (!) par Bruno :  - clic ici -