jeudi 15 octobre 2026

LES RACINES DU MAL de Maurice G. Dantec (1995) par Benjamin


Ce fut un dimanche comme il y en eut tant d’autres, désespérantes journées de repos forcé où le monde vous transmet sa léthargie. Parcourant nonchalamment mon fil Youtube, je tombais alors sur une vidéo ayant pour sous titre cette citation « j’ai rencontré le christ grâce à Nietzsche » signé Maurice G Dantec. 

Cet homme avait donc compris que l’inventeur de « Le gai savoir », loin d’être un ennemi mortel du christianisme, était avant tout un ennemi du nihilisme. Ouvrant la vidéo, je découvris un homme aux airs de hells angels aux prises avec Jean François Kahn et François Bayrou, deux des plus funestes disciples de ce grand nihilisme politique qu’est le centrisme. Le centrisme n’est pas une idée mais l’art de penser que la supériorité appartient à ceux qui ne défendent rien.

Passé maître dans cet art, Jean François Kahn ne manqua pas de crier "fasciste" tel Ramirez hurlant "verboten". Chauffé par cette injure, le volcan Dantec entra dans une grande éruption Nietzschéenne, affirma avec force la supériorité de la pensée chrétienne sur la vacuité consumériste de notre temps. Trop de plumitifs oublient que la haine de son époque est la première caractéristique de l’écrivain véritable. Il faudrait toujours écrire tel un séditieux planifiant son coup d’état, les nerfs tendus et l’esprit fiévreux. 

Trop heureux d’avoir trouvé un nouveau disciple de la religion du surhomme, je me mis à explorer le vaste et sombre monde que cet homme inventa pour mieux dénoncer le notre. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, plongé dans « Les Racines du mal » je me retrouvais embarqué dans un polar particulièrement sanglant. Certains articles parlaient pourtant de Dantec comme d’un écrivain de science fiction, genre qui n’avait dans ce livre qu’une influence limitée. Les premières pages se lisent avec un effroi admiratif, une fascination terrifiée.

Nous voilà donc entré dans l’esprit torturé de Andréas Schaltzmann, un tueur en série psychotique buvant le sang de ses victimes pour survivre à un complot imaginaire. Au fil de ses délires et de ses crimes, un tel récit inspire une question obsédante : Pourquoi ? Car Schaltzmann n’est pas le véritable monstre d’un roman qui, finalement, démarre véritablement après que celui-ci ce soit suicidé. Découvrant son cadavre et ses bouteilles de coca pleines de sang humain, les policiers en concluent qu’il fut l’auteur des multiples meurtres qui terrifièrent la région. 

Spécialiste en science neurologique, Alexandre Darquandier est persuadé que ce monstre n’est pas responsable de toutes ces horreurs, d’autant qu’il ne reconnut que deux d’entre elles peu avant sa mort. Si le proverbe dit que les criminels sont les plus à même de retrouver des criminels, alors le barbare Schaltzmann fut le plus à même de prouver l’existence de barbares en liberté. Conscient de cela, Darquandier inventa une matrice capable de reproduire la psyché du tueur schizophrène. Pour ne pas être victime de ses délires, cette intelligence artificielle mêla le pessimisme paranoïaque du tueur à la rationalité de son inventeur. 

« Les Racines du mal » nous plonge dans un monde où le réel et le virtuel s’influencent, se mêlent et s’harmonisent sans cesse, brouillant ainsi les frontières entre le réel et le virtuel. Se rencontrant dans un recoin reculé d’un réseau de sexe virtuel, une secte meurtrière y organise un jeu où les participants dévoilent les films de leurs derniers massacres dans le but de gagner des points. Il y a un coté Bret Easton Ellis dans la façon qu’a Dantec de plonger dans la tête de ces psychopathes pour mieux restituer l’horreur de leurs méfaits. Quelques années avant l’auteur de « American psycho », William J Burroughs avait ouvert le musée des horreurs en relatant les déboires d’un rêve hippie en bout de course dans « Junkie » et « Le festin nu ». 

En bon Nietzschéen, Dantec situe l’origine du drame qu’il conte bien avant, à la mort de la morale chrétienne. Ce n’est pas seulement la tête d’un roi qui tomba sous le couperet de la guillotine, mais bien une vision de la transcendance qui n’eut pas de descendance. A force de ne plus oser le défendre, la république laissa son roman national périr dans le brasier ardent du nihilisme commercial et du relativisme culturel. Restait alors une humanité gavée de biens et de loisirs, triste vermine croupissant dans l’égout de l’ennui. L’ironie de notre époque est d’encore oser demander un "droit à la paresse" alors que, privé de raison de vivre, une grande partie de sa population trouve dans ce vice la source de tous ses maux. 

Cette vacuité de l’époque, Dantec la résume magnifiquement dans ces quelques mots tranchants : « L’apparition des meurtriers en série est en effet inséparable de la naissance de la civilisation des loisirs. Et ce pour une raison bien simple : il faut du temps pour tuer. Et surtout il ne faut rien avoir de mieux à faire. La civilisation des loisirs masque un sous-développement flagrant de l’esprit humain, et elle ne produit en fait qu’un mécanisme banal, parfaitement ennuyeux et dépersonnalisant, décortiqué depuis longtemps par les situationnistes par exemple. »

Symbole extrême d’une civilisation décadente, le meurtrier vu par Dantec est un homme qui, privé de ses racines et de toute possibilité de transcendance, ne trouve de satisfaction que dans les actes les plus bas et les sensations les plus extrêmes. Ce que prédit déjà l’écrivain à travers son concours de tortures filmées, c’est la barbarie qui étale parfois sa bêtise morbide sur la toile. La période récente nous offrit l’exemple du cas Jean Pormanove, ce pauvre simplet torturé à mort par une bande d’idiots cherchant à échapper à l’ennui lié à leur médiocrité. Le mal le plus profond de notre modernité ne serait donc que cela, un ennui insupportable poussant l’humanité à l’autodestruction.

Car, comme chez les tueurs en série, vient fatalement le moment où le délire d’une société malade la pousse à accomplir l’acte qui causera sa perte. Chez les meurtriers, cet acte se résume à un indice négligemment laissé sur le lieu d’un crime ou à une confiance trop facilement donnée. Pour une civilisation, ce peut être également la confiance trop facilement donnée à l’étranger, l’entrée malencontreuse dans une guerre non voulue ou au contraire le refus d’entreprendre de représailles salvatrices, à moins que ce ne soit simplement le refus d’enrayer l’engrenage destructeur en cours. 

Sous ses airs de simple roman noir pour amateurs de frissons, « Les Racines du mal » dévoilent un poison que nombre de nos contemporains voudraient ignorer, celui né de la mort de toute transcendance en occident. 

première édition en Série Noire  -  635 pages 

mercredi 14 octobre 2026

PATTO " Patto " (first - same) - 1970, by Brutto

 


      À l'aube des années 70, le Blues sous toutes ses formes avait le vent en poupe. Particulièrement au Royaume-Uni où une pléiade de musiciens et de groupes offraient sans retenue leur vision d'un Blues transfiguré. Certains sont passés à la postérité, d'autres ont pu goûter à la reconnaissance, voire la gloire, aussi temporaire qu'elles puissent l'être. Hélas, il y a aussi ceux qui, pour des raisons indépendantes à leur musique, ont galéré jusqu'au bout. Parmi eux, PATTO.

     Pourtant, ce Patto-là, est devenu un groupe culte. Bien après la dissolution du groupe, et peut-être même, malheureusement, après le décès de certains.

     Patto, c'est initialement le nom de scène du chanteur, Michael Thomas McCarthy. Un gaillard qui abandonne précocement l'école pour entrer dans la vie active en tant que mécanicien. Comme beaucoup de jeunes captivés par le skiffle, il forme un groupe. En 1964, avec le groupe Bo Streets Runners (avec Mike Fleetwood), il remporte un concours donnant droit à une enveloppe rondelette et à l'enregistrement d'un 45 tours (et d'un Ep, uniquement vendu en salle). Mais le groupe stagne et en 1967, il se joint à une formation de pop et de jazz psychédélique où il fait une rencontre déterminante. Enfin deux. celles du guitariste Peter "Ollie" Halsall et du batteur John Halsey.


   À l'étroit dans ce dernier groupe, Timebox (avec Chris Homes, futur claviériste de Babe Ruth), qui ne sort qu'une poignée de 45 tours, tous trois se carapatent pour former leur propre groupe. Pour compléter la troupe, Halsey appelle un ancien collègue, le bassiste Clive Griffiths. Etonnamment, le groupe est rapidement signé par Vertigo Records. Filiale créée par Philips pour concurrencer Harvest sur son propre terrain. Et elle va plutôt réussir son coup en raflant une part importante du rock progressif et du heavy-rock alors en pleine effervescence, au Royaume-Uni mais aussi en Allemagne, devenant sans tarder une marque de référence.

     Impatient de s'affirmer - et de couper l'herbe sous les pieds de la concurrence -, le label envoie prestement le quatuor en studio en leur accolant l'ancien guitariste du Spencer Davis Group - et le frère de Steve Winwood - Mervyn "Muff" Winwood, à la production. Si l'on prend en compte que la troupe enregistre intégralement en live, Muff effectue un travail remarquable en parvenant à ne léser aucun instrument, et aucune performance. Même si, parfois, Mike Patto semble légèrement en retrait ; et plus encore les chœurs. Il en résulte un album vraiment brut de décoffrage, parsemé d'échardes et de sciure, irradiant d'électricité, et qui, effectivement, respire à plein poumon l'enregistrement live - mais dépourvu du brouhaha du public.

          Avec ce premier effort, Patto se démarque totalement avec un album où le Blues-rock fusionne avec le jazz et le progressif. Point ici de "grosse" guitare gavée à la fuzz, d'excès de grandiloquence à l'orgue, ni même de hurlements de berserker ou de harpies. Il y a une certaine retenue qui rappelle la voie déjà empruntée et dégagée par Free. Patto prend son temps, se laisse doucement porter par l'humeur, avant de durcir le ton et le propos grisé par une tension permanente et croissante. Presque comme une jam démarrant avec précaution, ne s'enhardissant qu'une fois le socle cimenté. Les seuls excès ou écarts qu'on pourrait reprocher à Patto sont ses dérapages vers un jazz penchant vers le "free". Ce qui pourrait en rebuter plus d'un. Des moments où s'épanouit un jeu de batterie remarquable et échevelé, mais où la basse et la guitare sont en roue libre. De la sorte, l'écoute intégrale de "Money Bag" peut demander un effort considérable, et même se révéler un véritable calvaire pour des auditeurs néophytes. Quant aux allergiques (au jazz)... (Certaines rééditions ont eu la "bonne idée" de rajouter en bonus un "Hanging Rope" de 14 minutes... qui confine au supplice). Malgré tout, ce premier essai a bien suffisamment d'atouts pour se glisser parmi les grands albums de 1970, tant bien même il ne peut rivaliser avec les chef-d’œuvres de l'année. 


   Ainsi, "
The Man" débute lentement, comme un ours sortant péniblement de son hibernation. La voix est lointaine, en retrait ; la guitare et la basse sont déliées, taciturnes. La batterie clopine. Un break au vibraphone enfonce le morceau dans une léthargie cristalline, avant que, finalement, la tension ne s'intensifie jusqu'à emporter la troupe dans une (brève) bourrasque de hard-blues. Il en est tout autre avec « Hold Me Back ». Si le chant demeure légèrement en retrait, la basse s'impose, dynamique, volubile, et la batterie, tempétueuse, semble trahir un sérieux penchant pour le swing énergique des Gene Kupra et Buddy Rich. Entre la guitare acoustique et le chant transi, « Time To Die » aurait dû logiquement s'inscrire dans une veine folk, cependant la section rythmique ne l'entend pas de cette oreille ; en particulier Hasley, le batteur, qui ne résiste pas à envoyer quelques patterns enlevés – mais toujours à bon escient. Une pièce qui se place au carrefour d'Humble Pie (période Frampton) et du Led Zep III. « … Tu n'as jamais pensé que tu mourrai. C'était l'époque où tu étais jeune et fort, où tu ne craignais personne... Il est temps de se reposer, ta course est terminée. Tu as fait de ton mieux. Vole ! ». Un peu comme « A Sittin' Back Easy », mais là, c'est Halsall qui, à travers un riff impérieux, invite à la charge héroïque.

     Avec « Red Glow », la troupe s'enfonce dans les bayous chers à Creedence, mais là encore, la basse vrombissante de Griffihts et le jeu nerveux de Halsey procurent une pulsation plus heavy, extirpant le morceau du marais pour en faire une mini-tornade de Blues furibard. Mike Patto s'égratigne le gosier et Halsall cogne sa SG. À l'époque de Patto, Halsall se sépare de sa Telecaster blanche pour jouer essentiellement sur une Gibson SG Custom 67' (à trois humbuckers), également blanche. Elle est sérieusement modifiée pour en faire un modèle gaucher - seul le trémolo garde sa position originale, avec la tige qui se retrouve donc en haut en retournant l'instrument. Cette SG est facilement reconnaissable avec son pickguard de Telecaster et surtout avec son surnom, "Blue Traff", gravé négligemment dans la table (1). Bien qu'ayant commencé par la guitare, Ollie Halsall ne s'y serait remis que tardivement. Après avoir déjà débuté une carrière professionnelle derrière une batterie et un vibraphone. Hasley raconte que c'était un musicien remarquable. Qu'il aurait réappris rapidement la guitare du temps de Timebox - en bossant ses gammes la nuit, pendant que lui-même essayait de fermer l'œil - ; à titre d'exemple, après avoir écouté une seule fois (avec le groupe) "Hey Jude", il l'aurait travaillé tranquillement dans le van, pendant les déplacements de Timebox, jusqu'à rapidement le jouer à la guitare tout en chantant l'intégralité des paroles.


   La seconde face est dans l'ensemble moins rock, à cause de "Money Bag" qui, avec sa longue partie instrumentale dédiée à un jazz débridé, 
occupe à lui seul pratiquement la moitié de la face. Reste « San Antone », un morceau multicouches, avec des passages franchement jazzy qui côtoient d'autres plus rugueux sur une assise boogie dans le style "Appice - Bogert", et d'autres rock'n'roll avec des chœurs doo-wop. De prime abord un peu désorientant. Bien qu'un peu laconique, faussement désinvolte, « Government Man » est plus intense.  En dépit d'une ambiance décontractée, nimbée de parfums southern-rock (genre "Eric Quincy Tate"), le morceau se veut contestataire « … Un homme est arrivé sans prévenir avec un titre propriété. Il est revenu pour leur dire de quitter leurs terres. Il ne leur a pas dit pourquoi. Pendant 20 ans tu as travaillé durement, et on te dit de partir. Ce n’est pas seulement demander à un homme de tout abandonner, sa famille a besoin de manger. Dieu récompense ceux qui triment durement pour réussir. Mais c'est dur de voir les autres s'enrichir quand on peine à joindre les deux bouts, épuisé par le travail. C'était trop dur, il a fallu trouver un autre foyer. Difficile de défricher la terre et de faire pousser une récolte. Ils ne comprendront jamais. Ne te laisse pas berner par le gouvernement ». Patto clôture son premier chapitre sur une ballade, "Sittin' Back Easy", qui alterne entre coups de massue à base de riff basique, véritable incursion dans le hard-rock, et instant sentimental.

      Un album brut qui sort des sentiers battus mais qui ne trouve pas son public. En cause, probablement la minceur de la promotion, mais aussi l'incompréhension du public, surpris par les sorties ouvertement jazz bien plus manifestes en live. Pour l'album suivant, "Hold Your Fire", le groupe révise sa copie en imposant de sérieuses limites à sa section rythmique. Pour le coup, la sauvagerie qu'elle insufflait manque cruellement. Néanmoins, les compositions sont plus maîtrisées et Ollie Halsall s'y montre meilleur, plus fin. Mais rien n'y fait. En dépit de passionnés (2), d'une réputation scénique croissante et de l'adoubement de pairs musiciens tels que Chris Spedding, Robert Fripp et Alvin Lee, les ventes s'avèrent insuffisantes pour Vertigo qui préfère arrêter les frais. Le producteur Muff Winwood, lui, ne lâche pas le groupe et use de son influence pour le faire signer par Island Records. C'est donc sur ce label que le quatuor enregistre un surprenant et éclectique "Roll 'Em Smoke 'Em Put Another Line Out" - qui inclut même un morceau proto-punk, "Loud Green Song", et un long final semblant avoir été enregistré dans un pub irlandais où semblent s'abreuver copieusement, pirates, fripouilles et leprechauns. Mais ce troisième albums n'a pas plus de succès. Finalement, probablement que l'album le plus dans les clous, le moins excentrique, celui qui prend le moins de risques, est le quatrième. Celui de 1973, "Monkey's Bum", qui ne sera édité qu'en 2017... Ollie Hashall quitte le groupe avant la fin des séances, pliant à la demande de deux anciens membres de Colosseum, Jon Hiseman et Mark Clarke, pour intégrer leur nouveau groupe, Tempest. Ce départ scelle la fin du groupe. Mike Patto rejoint alors Mick Jones (ex-Johnny, et futur Foreigner) dans une tentative de maintenir à flot Spooky Tooth (album "Mirror"). 

     Enfin, en 1975, Ollie Hashall et Mike Patto font à nouveau corps dans un nouveau projet : Boxer. Nettement plus rock, voire Hard, ce nouveau collectif s'annonce sous de meilleurs auspices, mais le destin semble s'acharner sur ces musiciens... 


Side one


1."The Man"Halsey Griffiths, Patto, Halsall6:12
2."Hold Me Back"Halsey, Griffiths, Patto, Halsall4:40
3."Time to Die"Halsey, Griffiths, Patto, Halsall2:54
4."Red Glow"Halsey, Griffiths, Patto, Halsall5:15
Side two


1."San Antone"Halsall, Patto3:07
2."Government Man"Halsall, Patto4:20
3."Money Bag"Halsall, Patto10:04
4."Sittin' Back Easy"Halsall, Patto3:42


(1) Un passionné l'a retrouvé chez le luthier Philippe Dubreuille ; un français installé à Londres, connu pour avoir gagné le respect d'une pléiade de guitaristes célèbres (dont Billy Gibbons, Rudolf Schenker, Chrissie Hyndes, Joe Perry, Dave Stewart, Joe Bonamassa, Mick Taylor, Ben Harper, Vernom Reid, Edwin Collins, James Hunter, Luther Dickinson, Noel Gallagher, Ron Asheton, Keziah Jones)

(2) Il y a des lustres, un disquaire avait tenu à nous faire écouter ce qu'il considérait comme des groupes magistraux, exceptionnels. Dans le lot, il y avait ce Patto qui, visiblement, le transcendait, l'hypnotisait.



🎶🐒

mardi 13 octobre 2026

Robert Charlebois avec Louise Forestier (1968) - par Pat Slade


Un petit voyage chez nos cousins canadiens avec un album que l’on appelle       ”Lindberg“ alors que son titre est
”
Robert Charlebois avec Louise Forestier“


Et le Québec s’éveilla Tabarnak !




1968 ! Une année charnière dans la musique québécoise et un tournant radical pour la chanson francophone de chez nous. C’est précisément cette année-là que Robert Charlebois et Louise Forestier ont uni leurs talents pour donner naissance à un album emblématique — sobrement intitulé “Robert Charlebois avec Louise Forestier”. Plus qu’un simple disque, c’est une véritable révolution sonore et culturelle qui s’y déploie, mêlant folk, rock psychédélique et accents québécois, tout en jouant avec la langue française comme jamais auparavant.

Dès les premières notes, on comprend que cet album ne ressemble à rien de ce que la scène musicale locale avait produit jusque-là. La voix tranchante et un peu rauque de Robert Charlebois s’entrelace avec celle, plus douce mais tout aussi expressive, de Louise Forestier. Ensemble, ils forment un duo unique, capable de passer du rire aux larmes en un clin d’œil. Cette dynamique se ressent tout au long des chansons, qui jonglent avec les émotions et les styles.

Le titre qui résume parfaitement ce mélange explosif est peut-être “Lindberg ”, une des chansons-phares de l’album. Ici, Charlebois joue avec les mots et les rythmes, cassant les codes traditionnels de la chanson québécoise. On est loin du folklore sentimental normal, c’est vibrant, électrique, presque sauvage. Le morceau évoque l’envie d’évasion, le rêve de vol et l’énergie folle de la jeunesse. La guitare électrique tournoie, les percussions battent le tempo d’une rébellion douce, et Forestier vient appuyer le chant avec ce grain de folie qui fait toute la différence.

Autre pièce notable, ”C.P.R Bkues“ n’est pas sans rappeler les échanges entre Jacques  Higelin et Brigitte Fontaine de l’époque Saravah. L’interprétation est sincère, un brin nostalgique, avec cette touche de modernité qui caractérise bien Charlebois. Ce qui frappe aussi sur cet album est la poésie libre des textes. Les paroles jouent avec le joual, ces expressions populaires du français québécois, sans jamais tomber dans la caricature. Au contraire, elles donnent vie à des images fortes, souvent teintées d’humour et d’ironie. Par exemple, ”Joe Finger Ledoux“ déchire les conventions avec son blues de piano bar, mais toujours avec une tendresse particulière pour les petites choses de la vie.

L’influence psychédélique est palpable, notamment dans les arrangements musicaux. L’album mêle guitares saturées, orgues planants et rythmes parfois syncopés, créant une ambiance souvent hypnotique. Cette expérimentation sonore fait que l’écoute solitaire ou en groupe peut révéler à chaque fois de nouveaux détails, de nouveaux secrets cachés dans les couches instrumentales.

Louise Forestier apporte une fraîcheur indéniable. Sa capacité à moduler sa voix, tantôt claire et cristalline, tantôt rugueuse ou espiègle, enrichit considérablement le rendu global. Ensemble, ils incarnent la vitalité d’un Québec en pleine ébullition culturelle, prêt à remettre en question les anciennes certitudes et à explorer de nouveaux horizons artistiques.
Cet album est aussi un témoignage historique. Il arrive pile quand le Québec commence à revendiquer fièrement son identité propre, à travers la musique mais aussi la langue et la culture. Charlebois et Forestier deviennent ainsi des porte-voix d’une génération qui veut sortir des sentiers battus, parler autrement, penser librement.

Bien sûr, l’album garde encore une certaine rugosité, un côté brut qui le rend profondément humain. Ce n’est pas une œuvre polie ou consensuelle, mais plutôt un cri du cœur et de la jeunesse d’alors. Son charme réside dans cette authenticité, cette énergie contagieuse qui traverse toujours les décennies.

En résumé, ”Robert Charlebois avec Louise Forestier“ est une pièce maîtresse du patrimoine musical québécois. Un disque qui invite à l’audace, célèbre la langue sous toutes ses formes, et prouve que la musique peut être un véritable catalyseur social. Que vous connaissiez déjà les tubes ou que vous découvriez l’album pour la première fois, laissez-vous emporter par ce souffle libre, cette bouffée d’air frais de la fin des années 60.

Bref, c’est un peu comme une invitation à danser, à réfléchir, à chanter à tue-tête et à célébrer la vie, tout simplement. Un classique qui mérite toujours sa place sur votre platine, si vous êtes amateurs de chansons qui ne se prennent pas trop au sérieux tout en gardant une grande profondeur. Alors cette galette est pour vous.

  1. California
  2. La marche du président
  3. Lindberg

 

  1. C.P.R. Blues
  2. Joe Finger Ledoux
  3. gg génération

 

  1. Engagement
  2. Dolorès
  3. Long Flight

 


dimanche 11 octobre 2026

CONCERTO POUR BEST-OF ET ORCHESTRE (2026)


LUNDI : on a commencé par de la lecture avec l’écrivain taïwanais Huang Fan, « Le goût amer de la charité » (quel beau titre !) est un récit à la première personne qui mêle réflexions personnelles et descriptions de lieux, de comportements et fait réfléchir le partage et la vie en commun dans un quartier populaire de Taipei à Taiwan. 

MARDI : un classique du documentaire avec « Faits Divers » de Raymond Depardon, qui a posé sa caméra discrète dans un commissariat de police, une œuvre bouleversante par sa capacité à capter l’essence des interactions humaines, et reflet d’une époque.

MERCREDI : les frères Gurvitz avait posé les bases du proto-hard avec le trio Gun, mais ils ont la bougeotte, et remontent un groupe autour du célèbre batteur Ginger Baker, Baker Gurvitz Army, dont le superbe album « Elysian Encounter » lorgne vers le prog musclé.


JEUDI : à la question "compose-t-on encore de la musique classique ?", le Toon répond par l’exemple, avec le fringant et farouche « Concerto pour violon » de Thomas Adès écrit en 2005. L’auteur dirige lui-même l’orchestre avec Anthony Marwood en soliste. En prime, des tableaux entrelaçant des cercles multicolores signés Kandinsky, Delaunay, Vasarely et Chagall…

VENDREDI : le réalisateur Emmanuel Marre a puisé dans la correspondance de ses arrières grands parents pour raconter l’itinéraire d’un petit fonctionnaire collaborationniste sous Vichy. « Notre salut » tranche nettement avec le film historique par son ton contemporain.

👉 La semaine prochaine, au programme, de la variété avec Robert Charlebois et Louise Forestier, du roman Noir avec Maurice G. Dantec, du western avec Howard Hawks, et un peu de musique de sauvage, tout de même, mais laquelle ?…