En recherchant une idée de chronique j’ai ressorti un disque
classique que j‘avais acheté par curiosité pour son titre.
Francis Poulenc, Claire Croiza un improbable duo
A l’époque bénie où je courrais les disquaires en quête de la pépite
qui réjouirait ma platine disque, j’achetais tout et rien en matière
de musique classique pour enrichir ma culture musicale. Un samedi
comme les autres, je trainais du coté du Boulevard Sébastopol
pour rejoindre une de mes boutiques préférées ”Radio Pygmalion“
(L’autre était ”disques Clémentine“ Boulevard du Montparnasse).
Radio Pygmalion avait un immense emplacement de disques classiques,
surement le plus imposant que je trouverais dans la capitale, même
celui de la Fnac situé sur le trottoir en face paraissait ridicule.
Donc en fouillant dans cet immense imbroglio de vinyles de toutes
époques et de tous les pays je sortais une pochette avec uniquement
écrit ”Baccalauréat 1977“. N’ayant que mon BEPC, je ne comprends pas pourquoi un disque se
voyait intitulé baccalauréat et en retournant la pochette je compris
que c’était les œuvres musicales imposée à l’épreuve facultative du
bac S2TMD (Sciences et Techniques du Théâtre, de la Musique et de la Danse) ; un bac pour les élèves se destinant à une carrière d'instrumentiste,
de compositeur ou aux différents métiers de la musique. Mais quelle
étaient ces épreuves facultatives en 1977 ?
La face A une était composé d’une œuvre de
Francis Poulenc ”Le bestiaire, ou cortège d'Orphée“ est un cycle de mélodies pour voix et ensemble instrumental mais ici c’est une version piano-voix.Il comprenait initialement douze mélodies, réduites à six avant sa
création et sa publication en 1919, inspirées de poèmes du recueil original de
Guillaume Apollinaire. Je ne
connaissais pas trop l’œuvre de
Poulenc hormis son opéra ”Dialogues des Carmélites“ d’après le scénario de
Georges Bernanos. ”Le Bestiaire“ ? Cela n’a rien à voir avec ”Le Carnaval des animaux“ de Camille Saint-Saëns, l’œuvre
est plus récente et plus hermétique pour une oreille non avertie
même si il écrira de magnifique partitions comme ”Mélancolie,FP 105“. La version de l’album sera enregistrée en 1928avec Francis Poulenc au
piano et Claire Croiza au
chant. Claire Croiza était une
cantatrice mezzo-soprano. Poulenc
était le plus souvent considéré comme un homosexuel, mais lui-même
n’a jamais confirmé ou nié cette rumeur. Mais en 1929, il finit par céder à ses penchants et accepter sa nature
lorsqu’il tombe amoureux du peintre
Richard Chanlaire, qui devient son
amant. De l’une de ses rares liaisons féminines avec une femme prénommée
Frédérique (« Freddy ») naît sa fille Marie-Ange, en 1946bien qu’il ne reconnut jamais être le père biologique. Pour claude,
l'amitié entre Francis Poulenc et le baryton
Pierre Bernac était vraiment
disons... très intense. Ils avaient le même âge et le Toon lisait
déjà Le Petit Parisien"
avant la Guerre… Il a laissé une interprétation de bonne qualité
technique que mon camarade va ajouter. Bref !
Claire Croiza
“Le Bestiaire“ d’un coté Francis Poulenc au
piano et de l’autre
Claire Croizabien établie professionnellement comme chanteuse d'opéra, elle
poursuit sa carrière comme chanteuse de récitals et tout
particulièrement de mélodies françaises. elle aura une relations
privilégiées avec le compositeur suisse
Arthur Honegger elle donnera
naissance à son fils, le compositeur et la cantatrice ne se
marieront pas. Pourquoi le duo
Poulenc et
Croiza n’aurait pas du
exister ? D’un coté un compositeur gay et de l’autre une
cantatrice qui pendant la seconde guerre mondialest membre du comité d'honneur du
groupe collaboration organisation favorable à la collaboration avec l'occupant
nazi.
Poulenc et Cocteau le club des six
Mais revenons en 1928
et ”Le Bestiaire“. Six petite pièce courtes ”Le Dromadaire“ avec une démarche lourde et pesante que le piano représente bien
avec un texte d’Apollinaire qui nous
parle de Pierre de Portugal
fils du roi
Jean 1er du Portugal qui
fut un grand voyageur. ”La chèvre du Tibet“ pas beaucoup de temps pour s’imprégner de ce titre de quarante et
une secondes. ”La Sauterelle“ encore un morceau court de vingt trois secondes. ”Le Dauphin“, ”L’Ecrevisse“, “La carpe“ pour faire plus simple, ce sont six mélodies courtes avec des
poèmes en quatrain.
Otto Klemperer
L’album n’est pas uniquement composé de ces pages courtes, on peut
entendre aussi une belle version de ”St François de Paule marchant sur les flots“ de Franz Liszt interprété par
Aldo Ciccolini qui avait par
ailleurs gravé une belle intégrale d’Éric Satie. Et pour compléter le tout, une version de la “symphonie N°7 en la majeur OP.92” de Ludwig Van Beethoven avec le
Philharmonia Orchestra. Une
symphonie dirigée dans les règles de l’art par Otto Klemperer
avec un des plus beau Allegretto (second mouvement) que j‘ai
pu entendre, mais je suis sûr que le Toon va venir y mettre son grain de sel dans mes propos en y rajoutant
une phrase ou deux par-ci, par-là. Même si ce disque a un peu
vieilli (Ben oui ! Il aura cinquante ans l’année prochaine !) Le côté historique d’entendre
Francis Poulenc au piano garde son
charme et est d’un rare privilège.
Avant les vidéos, le Toon invité à mettre son grain de sel a déjà
précisé que le baryton Pierre Bernac, grand ami de Poulenc sera l'interprète favori du compositeur pour ses mélodies. Au
disque gratouillant de
Claire Croiza de 1927, le disque de Bernac de 1945 avec évidemment Francis Poulenc au piano sonne façon HIFI 😏. Ajoutons que le style de chant
roucoulé de Madame Croiza n'a plus cours, bien heureusement.
Le disque d'Aldo Ciccolini consacré aux pièces méditatives de Liszt
est toujours disponible au catalogue EMI en complément des
Consolations et
magnifiques Harmonies Poétiques & Religieuses... Quant à l'intégrale des
symphonies de
Beethoven par le commandeur
Klemperer qui participa à
hisser le Philharmonia au sommet... (1955 en live ? ou 1960 en stéréo ? Le disque ne le
précise pas). Inutile de préciser que le coffret est lui aussi
disponible (désolé pour les répétitions de vocabulaire…). Allegretto à 14:06...
Détail encore plus stupéfiant, trois exemplaires de ce "LP Bac 77"
sont proposés chez Discogs entre 2,82 € et 4 € (avec 7-8 € de port cependant). Deux sont notés
VG (souvent synonyme de pourri et le 3ème NM (Near Mint - presque
neuf), sans doute un gars qui n'a pas bossé son bac 😁.
- Tiens Claude, pour fêter Pâques, tu nous a concocté un petit
programme pianistique : Fanny Mendelssohn interprétée par une pianiste
d'origine afro, rare en musique classique ! Une gravure cent pour
cent féminine …
- Vois-tu Sonia pendant 150 ans, cette sonate surprenante d'inspiration peu ou prou religieuse a été attribuée au grand
Felix Mendelssohn, le frère de Fanny. C'était fréquent à l'époque, mais sans volonté
réelle d'appropriation… Un effet de bord des coutumes misogynes …
- Isata Kanne-Mason fait son entrée au blog… Une débutante ? Un réel
talent ? Ô je pense que oui, tu ne l'as pas choisie pour de piètres
raisons liées à son métissage…
- Tout à fait, tu me connais bien. Ce disque mêle des ouvrages du frère
et de la sœur. Elle joue sans difficulté le troisième concerto de
Rachmaninov (le plus difficile du répertoire) et a produit une chouette
discographie y compris avec son frère violoncelliste…
Fanny Mendelssohn
En ce lendemain de Pâques, j'ai trouvé l'idée sympa d'écouter cette belle
sonate (tout sauf une œuvrette académique et rébarbative). Et puis
Fanny Mendelssohn
est quand même l'autrice de 466 partitions. Si l'histoire a retenu le génie
de son frère
Felix, à la production plus diversifiée, sans compter son travail sur la sortie
de l'oubli des
Passions de
Bach,
Fanny
mérite plus qu'une reconnaissance posthume.
Petits rappels :
Fanny
née en 1805 était la sœur aînée de
Felix
né en 1809. Ils sont les deux enfants du banquier
Abraham Mendelssohn Bartholdy (1776–1835). Très brièvement : Fanny
épousera Wilhelm Hensel (1794–1861), un peintre et graveur de talent,
notamment comme portraitiste. Le couple aura un enfant.
Felix
épousera Cécile Jeanrenaud avec qui il aura cinq enfants. Aucun des
ces enfants ne deviendra musicien.
Difficile de ne pas convenir qu'une malédiction s'acharnera sur l'espérance
de vie des membres de la famille Mendelssohn.
Fanny
meurt à 42 ans d'un AVC. Son frère
Felix
ayant une relation très fusionnelle avec sa sœur ne surmontera pas ce deuil
qui peut être à l'origine de son propre décès, cinq mois plus tard, après
lui aussi une série d'attaques cérébrales. Leur père Abraham était
disparu en 1835 à seulement 58 ans. Quant à Cécile, certes née
en 1817, atteinte de tuberculose, elle s'éteindra en 1853 à 35
ans 😟. Protestante, elle avait pu épouser
Felix
dont la famille juive s'était convertie au luthérianisme à l'initiative d'Abraham
cherchant à affranchir sa lignée des lois antisémites du temps.
Je ne détaillerai pas la biographie de
Fanny Mendelssohn
dans cet article que je souhaite bref en ce jour férié. Son frère a
bénéficié de 18 chroniques. Il commença sa carrière à l'adolescence, un
surdoué à la
Mozart. Les premières compositions de
Fanny
datent de 1819, la jeune fille a quatorze ans. On peut s'interroger
sur un gêne hypothétique du génie musical précoce dans une fratrie …
Ce billet risque fort de ne pas rester isolé, je pense à quelques
quatuors…
Son frère pourra écrire et exceller dans tous les genres : symphonies,
concertos, oratorios, piano, musique de chambre, musique de scène, chorals
sacrés… Faveurs accordés aux hommes.
Fanny, comme toutes les femmes de son époque, devra choisir un répertoire
différent et moins ambitieux. Ses parents financent des concerts orchestraux
pour leur fils Felix. Ils cantonneront leur fille pianiste surdouée dans les
salons…
Isata Kanneh-Mason (née en 1996)
Fanny
composera à sa manière un patrimoine musical nourri d'œuvres plus intimistes
ou disons… chambristes. Son catalogue comporte majoritairement des
pièces pour piano
seul, certaines inspirées des
romances sans paroles
de son frère, et une pléthore de
lieder
pour soprano (400). Si elle aborde peu l'orchestre et les ouvrages aux
effectifs plus imposants, on lui doit quelques
cantates
et
oratorios peu joués et rarement enregistrés. Ajoutons quand même quelques
partitions de musique de chambre dont un
trio
et plusieurs
quatuors. Pour les lieder, elle puisera son inspiration dans les auteurs du
romantisme tels Goethe, Eckermann,
Heinrich Heine, Joseph von Eichendorff (très prisé plus tard
par
Richard Strauss), de son mari qui lui écrit vingt poèmes, et parfois dans le recueil de
contes et légendes
DesKnaben Wunderhorn
qui fera le bonheur de
Gustav Mahler… Du beau monde, des beaux textes…
On serait tenté d'établir un parallèle entre la carrière de
FannyMendelssohn la compositrice hyperactive et celle de
Clara Schumann. Cette dernière deviendra l'interprète privilégiée de son mari après
l'échec de celui-ci à devenir un virtuose. Ses compositions non dénuées
d'intérêt se limitent à 45 numéros d'opus : pièces pour piano solo et
lieder, une ébauche de
concerto
inachevé. Les morts simultanées du frère et de la sœur Mendelssohnne rendront pas nécessaire ce rôle de transmission du répertoire de Felix, excellent pianiste par ailleurs.
Les enregistrements de la
sonate de Pâques
ne sont pas légions. Merci à
Isata Kanne-Mason
de l'avoir ajoutée à son album de 2024 en complément du concerto de
Felix, de quelques transcriptions de sa main et de deux
lieder sans paroles
et du
notturno
de
Fanny.
Isata Kanne-Mason
est la première pianiste classique de haut niveau d'ascendance africaine de
l'histoire très active en concert.
Nina Simone
s'était vue refuser l'entrée au
Curtis Institute de Philadelphie malgré
son diplôme de la Juilliard School … et
se sentant ostracisée (ségrégation), elle se tourna vers le jazz et le chant. En
1951, une décision raciste a pu en effet être envisagée, mouais, ce n'est pas le genre de l'institut. La jeune pianiste afro,
Blanche Henrietta Burton-Lyles, née aussi en 1933 fut acceptée à l'âge de dix ans. Blanche préféra enseigner et ne nous a légué aucun disque. L'institut
privilégie l'accès aux adolescents vraiment surdoués (Hilary Hahn
à 10 ans,
Yuja Wang
et
Lang Lang
à 14). Des virtuoses noirs classique comme AndréWatts ont connu de brillantes carrières sans passer par Philadelphie. En voici la preuve :
Isata
naît à 1996 à Nottingham. Son
père est originaire des Antilles british (Antigua) et sa mère de Sierra
Leone. Ses parents sont cadre et universitaire, une chance pour
l'épanouissement culturel d'une enfant afro-britannique qui a souffert de sa
"différence". Sa mère, Kadiatu Kanneh-Mason, passionnée de musique de
tous les horizons réussira à entraîner dans cette voie artistique ses sept
enfants, à des niveaux divers. Elle a conté cette expérience hors du commun
dans un livre autobiographique :
House of Music: Raising the Kanneh-Masons. (Disponible qu'en anglais hélas.)
Isata, l'aînée, commence ses études musicales au conservatoire pour enfants
Purcell School.
Elton John
très impliqué dans la découverte de jeunes talents la repère et appuie son
entrée à la Royal Academy of Music, le conservatoire de référence en
Angleterre dont Elton John fut élève et nommé Docteur Honoris causa après la création de sa fondation Sir Elton John Scholarship. Isata
en sort diplômée en 2020 à 14 ans !! Le début d'une belle
carrière l'attend.
Isata
parcourt déjà le monde de récitals en concerts symphoniques. Elle a été
lauréate en 2021 du
prix Leonard Bernstein
mettant en concurrence de jeunes virtuoses et créé en 2002. Il se
déroule pendant le
Festival de musique du Schleswig-Holstein
(région de Hambourg et Danemark).
Lang Lang
en fut le premier récompensé.
Lors de la saison 2022-2023, elle devient artiste en résidence du
Royal Philharmonic Orchestra fondé par
Sir Thomas Beecham
puis devenu orchestre d'État. Son directeur actuel est
Vasily Petrenko
(contrat jusqu'en 2030).
Isata
a déjà démontré son talent exceptionnel, notamment lors de deux concerts
avec l'Orchestre national de la BBC du Pays de Galles, en 2023 en interprétant le
3ème concerto
de
Prokofiev, et en 2026, le
3ème concerto
de
Rachmaninov accompagnée par la cheffe bulgare
Delyana Lazarova
(directrice de l'orchestre de l'Utah). Ce concerto est surnommé "l'Everest des concertos" de par sa difficulté technique ultime.
(Clic).
Sa discographie débutée dès 2019 pour DECCA en exclusivité
comprend sept albums dont un consacré à
Clara Schumann. Citons aussi les deux
sonates pour violoncelle de
Chostakovitch
en complicité avec son frère
Sheku Kanneh-Mason
et l'album Summertime, une anthologie
de pièces de
Gershwin
en solo… des choix qui sortent des sentiers battus…
Manuscrit page 1
La
sonate de Pâques
(Ostersonate), dont la première page du manuscrit illustre ce paragraphe, a connu une
histoire fichtrement pittoresque. Seconde sonate de
Fanny, datée de 1828 et mentionnée dans son journal, elle resta
introuvable car non publiée. Fort peu des œuvres de la compositrice seront
publiées, et de toute façon les éditeurs utilisent le nom de son frère
Felix
! Que le frère et la sœur aient la même initiale pour leurs prénoms crée
la confusion, forcément. (Il faut toujours marquer son prénom in extenso
sur sa copie 😀).
En 1970, la partition signée
F. Mendelssohn
émerge semble-t-il chez le libraire Marc Loliée. Elle est vendue et
enregistrée comme signée de
Felix
par le pianiste français
Éric Heidsieck
en 1972 pour le petit label Cassiopée. Âgé ce jour de
90 ans le pianiste ne mérite pas l'oubli poli qu'on lui impose. Il grava
une intégrale des sonates de
Beethoven
salle Gaveau qui marqua l'histoire de ce répertoire. Plus anecdotique, il
fut le premier pianiste que j'entendis en concert en 1970 (Mozartconcerto N°21). Son initiative discographique restera sans lendemain…
Des musicologues ont des doutes sur l'authenticité de l'attribution à
Felix
mais ne dispose d'aucune preuve pour étayer une restitution à
Fanny. En 2010, une étude poussée de la musicologue anglaise
Angela Mace Christian de l'université de Duke prouve définitivement
que la pièce est de la plume de
Fanny épouse
Hensel.
Angela Mace Christian
Je n'analyserai pas en détail cette sonate. De forme classique, son
originalité réside dans sa force de vie.
Fanny la compose en s'inspirant du récit de la passion du Christ sans en
développer dans des textes et lettres ses intentions précises. Elle ne
respecte que très peu à l'écoute les règles académiques de l'écriture de la
forme sonate. Certes le scherzo respecte la forme tripartite et symétrique
imposée. Oui, et… des précisions secondaires ! La sonate comporte quatre
mouvements dont les tempos sont usuels : vif – méditatif – vif –
brillant.
I. Allegro assai moderato.
II. Largo e molto espresso - Poco più mosso.
III. Scherzo : Allegretto.
IV. Allegro con strepito. (tumultueux)
Les mouvements sont assez courts. L'allegro
(modéré) suggère la réflexion, l'esprit qui vagabonde. La joie de vivre me
semble plus mise en avant que des méditations métaphysiques liées à la
tragédie de la Passion. [02:50] Le second bloc thématique pourrait me
contredire par sa rythmique inquiète. L'imagination de Fanny se rapproche d'un style "poème symphonique pour piano" par son récit
cohérent stylistiquement parlant sans répétition très définie des motifs.
Le largo se construit sur une "fugue
ecclésiastique" débutant à [01:12], bien en accord avec la thématique
spirituelle de l'ouvrage. On ne peut que ressentir l'influence de
Bach qu'avait redécouvert dans tout son génie Felix… Là encore la contemplation prend le pas sur la technique
solfégique.
Très animé, presque guilleret, le
scherzo préfigure-t-il l'espoir de la
résurrection ? Je vous laisse juge. [01:54] au jeu très pétillant d'Isata
alignant les notes pointées avec délicatesse, son jeu n'est jamais
exubérant, succède un trio plus legato, intime. Le second scherzo gagne en
malice, surprenant !
L'allegro final déchaîne la colère divine. On pensera au Christ expirant, à la foudre, à la
tempête, au rideau du temple qui se déchire. Fanny
ne propose pas un récit de la passion mais évoque le martyr du Messie. Le
second développement, furieux, martial fait écho au largo. Le final, le mouvement le plus long ne quittera jamais ce climat
dramatique… La précision strepito
du tempo évoluera vers une conclusion
lento pleine de détresse. [06:03] La
sonate ne se termine pas dans la gloire mais par la mise au tombeau de
Jésus. Une fascinante sonate sans temps mort ni longueur.
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
MARDI :débat houleux chez Pat, qui a encore dézingué
The Rolling Stones à propos de leur
« Still Life, American Concert 1981 ».
Peu de choses à sauver selon notre fan de Lemmy et des Beatles.
Pour la peine, il écoutera Sticky Fingers, avec un verre
d’eau avant chaque repas, pendant un mois. Non mais !
MERCREDI :le guitariste Paul Gilbert a oeuvré dans diverses formations,
mais comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est
en solo qu’il revient avec
« WROC ». Bruno s’est plongé dans ce
Washington's Rules Of Civility avec délectation, il ne dit plus de fucking gros mots et place sa
fourchette bien à gauche de son assiette (mais continue de bouffer avec
les doigts et se les essuyer aux rideaux).
JEUDI :pour Pâque, et entre deux chasses aux œufs, le Toon nous a fait
écouter la
« Messe n°5 en la bémol majeur »
de Franz Schubert (et non Franz Ferdinand, comme le p’tit
copain de Sonia),
plus humaine que la messe n°6, moins solennelle, dotée d’une direction lumineuse du chef Philippe Herreweghe.
VENDREDI :Luc a vu au cinéma la fresque historique de Xavier Giannoli, qui
dans
« Les Rayons et les ombres »
retrace
le parcours de Jean Luchaire et son pote Otto Abetz, des pacifistes passés à la
collaboration. Académique mais
sans manichéisme, pour restituer les enjeux politiques de l’époque.
👉 La semaine prochaine, dès lundi, la « Sonate de Pâques » de
Fanny Mendelssohn, et le lendemain chez Pat « Le
Bestiaire » de Francis Poulenc
(un grand naïf, plusieurs fois fait chocolat, Poulenc…) ; rien en
vue de la part de Bruno à l’heure où ces lignes sont tapuscrites ; Benjamin a relu « L’Astragale » de Albertine Sarrazin ; et au cinéma un hommage raté à Hitchcock
parRémi Bezançon.
On se souvient du tollé déclenché par le film LACOMBE
LUCIEN de Louis Malle, en 1974, racontant les errements collaborationnistes
d’un jeune homme pendant la guerre. Ce n’était pas le sujet le plus populaire à
l’époque… Xavier Giannoli revient sur cette période, la fameuse page noire de
l’Histoire de France, qui était plutôt brune, en retraçant l’itinéraire de Jean
Luchaire, journaliste et patron de presse.
Un personnage qui s’inscrit dans la
filmographie du cinéaste, qui ausculte le mensonge, les compromissions, les
rêves de grandeur, comme l’arriviste Lucien de Rubempré dans ILLUSIONS
PERDUES (2021), l’escroc mythomane joué par Cluzet dans A L’ORIGINE (2009), ou la
soprano folle-dingue jouée par Catherine Frot dans MARGUERITE (2015). Des
personnages qui croient dur comme fer à leur destinée, à leur rôle dans
l’Histoire, quitte à s’y compromettre.
Giannoli a mis les p’tits plats dans les
grands pour son rise and fall, le plus gros budget du cinéma
français depuis 10 ans, et une durée de 3h15, rien que ça. Il faut saluer
d’abord la qualité du casting. Jean Dujardin en collabo, fallait oser, mais
l’idée est bonne justement parce qu’on n’ose pas y croire ! Très sobre, de plus en plus pâlichon, vacillant, il tend vers le Delon de MONSIEUR KLEIN. August Diehl est
impeccable, un des deux ou trois acteurs allemands de service quand on veut un nazi (il jouait Mengele l'année dernière !). La surprise, c'est Nastya Golubeva(que son père Léos Carax avait fait tourner, gamine) une
découverte formidable, on aime se noyer dans son regard.
Elle joue Corinne Luchaire,
actrice en vogue avant guerre, la fille chérie de Jean, qui nous raconte cette
histoire, en voix off et flashback. Un peu redondants à mon goût. Y’a un p’tit côté BARRY
LYNDON avec ce narrateur qui commente, parfois anticipe, les évènements à
l’écran.
Après l’armistice de 1918, le mot d’ordre du courant pacifiste est
« plus jamais ça ». Jean Luchaire et son ami allemand Otto Abetz fondent
une amicale franco-allemande, publient des magazines, organisent des
rencontres, luttent contre les idées d’extrême droite. L’arrivée d’Hitler n'y change rien. Ce sera avec ce monsieur Hitler qu’il
faudra désormais parler, il en vaut un autre.
Dans cette première partie, Xavier Giannoli déploie tout
son savoir-faire de conteur, la narration est fluide, rythmée, cadres et lumières aux
petits oignons, format scope richement orné, du bel ouvrage. Et ce mystère qui enclenche le récit : 1949, qui
est cette jeune femme triste, au teint grisâtre, le regard vide, mutique, qui se
fait agresser lorsqu’elle sort promener sa gamine ? A qui sa voisine prêtera
un magnéto à bandes pour qu’elle enregistre l’histoire qu’elle refoule en elle. On voit les meeting du père, l'enthousiasme, l'espoir, l'effervescence dans les rédactions, puis les premiers pas de Corinne Luchaire dans des films de Léonide Moguy, un exilé russe. Les scènes de casting puis de tournage sont formidables. Dans « Prison sans
barreaux », son personnage hurle à sa geôlière « je
suis innocente ! ». Prémonitoire…
Expulsé en 1937, Otto Abetz, phagocyté par le régime nazi pour cultiver son réseau parmi les pacifistes français, revient à Paris comme ambassadeur. Il mène la grande vie, Jean Luchaire
profite des largesses de son ami teuton qui finance son journal Les Nouveaux Temps, organe de propagande sans cesse en déficit (Luchaire ne vendra pas plus de feuilles pacifistes que collaborationnistes), appuie sa nomination comme dirigeant et référent de l'ensemble de la presse parisienne puis française.
Pas de manichéisme chez
Giannoli, qui montre bien le glissement idéologique de Luchaire (à l'insu de son plein gré ?) ses doutes, notamment vis-à-vis de la politique anti-juive. Grande scène avec LF
Céline dénonçant en pleine réception mondaine « cet enjuivé de
Luchaire ». Cas de conscience au moment de la rafle de Vel d’Hiv, que Abetz tempère : une opération organisée par la police française, contre des étrangers... Jean
Dujardin restitue bien cet homme qui perd pied dans l’obstination, sa tristesse
chronique, son incompréhension face aux évènements. On ne le prend pas en pitié
pour autant, mais on n’arrive pas à le détester.
Plus ambigu, le cas Otto, qui une fois ambassadeur applique scrupuleusement la
politique nazie d’occupation, s’allie l’élite intellectuelle et industrielle à
coup de valises de billets grassement distribuées. Giannoli filme les liasses
qui passent de mains en mains, comme les petits fours et les coupes de
champagne lors de soirées orgiaques. La pègre, les escrocs s’invitent à la
fête (Guy de Voisins, futur mari de Corinne), tout le monde en croque. Dans le duo, Abetz est
le meneur, Luchaire la marionnette consentante.
C’est sans doute là que le récit ronronne
un brin, Giannoli aurait pu couper un peu, comme les
scènes au sanatorium, ou les innombrables quintes de toux. Jean Luchaire et sa fille sont tuberculeux, mais fument comme des pompiers, à chaque plan quelqu’un allume une
clope, Claude Sautet est battu à plates coutures. Comportement autodestructeur, après moi le déluge, parallèle entre
la maladie qui ronge les poumons avec l’idéologie nauséabonde qui gangrène les esprits. La tuberculose qui aura raison de la carrière de Corinne Luchaire – elle en
mourra en 1950, à 28 ans. Giannoli
porte un regard plus tendre sur elle, victime collatérale des dévoiements de
son père comme de sa jeunesse insouciante. Jolie scène où elle retrouve après-guerre,
dans son appart minable, le réalisateur Léonide Moguy.
Le film reprend du
souffle à la fin de la guerre, l’épuration, la déchéance, la fuite de Luchaire
et sa fille à Sigmaringen d’abord (où ils retrouvent Céline) en Italie ensuite.
Giannoli ne juge pas ses personnages, mais rétablit quelques vérités dans deux
courtes scènes. La lettre ouverte du père de Luchaire (André Marcon), concentré de vitriol, qui n'aura aucun effet, et le réquisitoire du procureur au procès (Philippe Torreton) qui remet les pendules à l’heure.
Giannoli disait qu’il fallait bien trois heures pour
appréhender cette histoire dans toutes ses nuances. Pas faux, même si
on aurait pu raboter un peu. LES RAYONS ET LES OMBRES (recueil de poèmes de
Victor Hugo) est une fresque qui brasse trois destins, un grand film
romanesque, ambitieux, académique dans sa forme sans pour autant sentir la naphtaline. Xavier Giannoli braque sa caméra sur les zones grises, inconfortables. On cite Scorsese ou Visconti ? Non, Giannoli n'a pas cette flamboyance décadente, il est dans le récit clinique, froid (sans l'ironie d'un Verhoeven). Il reste ancré au point de vue de ses protagonistes, sans recours aux scènes tapageuses ou lacrymales (les rafles, exécutions, spoliations restent hors
champ).