MARDI : Pat Slade n'aime pas trop le Renaud post deprim'. Pourtant voici
sa 3ème chronique sur le chanteur français aux textes
originaux, sarcastiques et poilants, et à la gouaille à l'ancienne qui
fit le bonheur de ses fans à la fin du XXème siècle. Retour
en arrière en 1975 : Il a 23 ans et il sort son premier album
”Amoureux de Paname“, le pavé parisien, Montmartre, Montparnasse… Un petit air de Bruant…
Et puis le titre Hexagone, révolté et interdit d'antenne.
Nostalgie.
MERCREDI : Place à Bruno notre expert Rock, blues, etc. Aujourd'hui grandeur
et décadence épiques du groupe Blood, Sweat & Tears
avec en hit l'un de ses meilleurs albums de 1969 au titre original "Blood,
Sweat & Tears". Un mélange de Jazz, mais aussi R&B / Soul / Funk"…
Ça fiche la pêche dans tous les cas 😊.
JEUDI : Claude est parti chercher des documents de 1978 dans les caves de
la Philharmonie de Vienne 😐 ? Il a chargé Sonia de rédiger un article suivant son
intuition. Le résultat : une chronique consacrée à une charmante 43ème symphonie
de Haydn sous-titré "Mercure"🌡. On retrouve le style rédactionnel pétulant de notre assistante
commentant sans chichi solfégique cette œuvre qui souffle le chaud et le
froid … À la direction, le chef expert Adam Fischer.
VENDREDI : Luc se passionne pour le droit du travail en Corée (du sud) et
notamment les bizarreries de la recherche d'emploi après licenciement…
etc. (Luc est président à vie du Deblocnot). Son rapport : une chronique
sur Aucun autre choix
de Park Chan-Wook (2026). Un employé licencié en vient à
dézinguer ses concurrents potentiels pour s’assurer un job. Adapté du
roman de Donald Westlake, le réalisateur coréen pousse loin les
curseurs de la férocité, mise en scène jubilatoire et inventive. Un
régal ! (Film actuellement en salle)
LA SEMAINES PROCHAINE : une histoire de Détective privée au
Botswana, un roman attachant lu par Nema M., Pat se frite avec
Zombie
(1978) de G. Romero, Bruno nous ferra une
surprise, Claude Toon et son disque soi-disant Légendaire :
Brahms par Mravinsky à Vienne, et le film
Nuremberg
vu et commenté par Luc…
🤔Manque d'idée ? un accès de curiosité ? Pensez à consulter les
superbes index parfaitement mis à jour au quotidien par le
Toon, désigné webmaster volontaire autoproclamé !
BON DIMANCHE ET ALLONS VOTER (enfin si ça nous dit)
Cette pépite déjantée nous vient
de Corée (du sud), réalisée par Park Chan-Wook, auteur du fameux OLD BOY
(2003) et plus tard de MADEMOISELLE ou DECISION TO LEAVE.
La
genèse du film est assez rigolote. Park Chan-Wook s’entretenait
avec Costa Gavras, président de la cinémathèque française, lui
racontant son souhait d’adapter à l’écran le génial roman LE
COUPERET du non moins génial Donald Westlake. Quand Gavras lui
apprend qu’il a déjà adapté ce bouquin en 2005, avec José
Garcia et Karine Viard ! AUCUN AUTRE CHOIX sera produit par…
Alexandre et Michèle Ray Gavras, respectivement fils et épouse du
réalisateur.
Le synopsis est simple. Un type licencié de son entreprise, craignant de ne pas retrouver de poste,
décide d’éliminer ses potentiels concurrents. Il passe une annonce de recrutement, sélectionne les profils proches du sien, et
les dézingue un par un ! C’est-y pas génial ?
Un film en
deux mouvements. D’abord un drame social maquillé en farce. Yoo
Man-soo aime son travail, sa maison, ses bonsaï, fier de faire vivre sa famille adorée. Mais son entreprise de papiers est rachetée par un consortium américain,
qui liquide le personnel. Yoo Man-soo prend la tête de la fronde. On
entend en off son discours revendicatif, devant une foule qu'on imagine conquise. Mais à l’image, le type rôde ses arguments
face à trois collègues qui s’en branlent complètement ! Pathétique.
Yoo Man-soo vit avec sa femme et ses deux enfants dans une belle
maison. Un couple qui respire la joie de vivre, gentiment barré, avec un
ado accroc à Netflix et une gamine chaussée de bottes en
caoutchouc, mutique et virtuose du violoncelle. Mais avec papa au
chômage, il va falloir réduire la voilure. Scène fameuse où la
mère égrène ce dont il va falloir se séparer, la liste est longue,
qui se finit par : « il va falloir aussi réduire le nombre
de bouches à nourrir ». Regardez comme le môme étreint sa
petite sœur par réflexe, comme s’il s’agissait d’elle !
La mère parlait des deux chiens…
Le ton est donné, la comédie
sera satirique, grinçante, cruelle. On pense au Bong Joon-Ho
de PARASITE, dans la critique sociale et politique mâtinée
d’humour noir, et l’émergence soudaine de la violence la plus
brutale. On a le sourire aux lèvres à chaque instant, émerveillé
d’être surpris par chaque scène, chaque plan, chaque trouvaille. On aime ces personnages
lunaires, ce p’tit grain de folie, l’épouse aimante, la gamine
adorable (merveilleuse scène lorsqu’elle rejoue du violoncelle
devant les deux cleps ) et ce père perclus de tics, cartoonesque dans son jeu, qui suinte le
désespoir euphorique, sans cesse à donner le change, prêt à tout pour sauver sa famille de la déchéance sociale.
Face au précipice, il n'aura pas d'autre choix. Le film
bascule dans la comédie noire, le polar sanglant. Le
plan machiavélique est mis au point avec autant de rigueur que son
exécution sera foutraque ! Rien ne va évidemment fonctionner
comme prévu. On ne s'improvise pas tueur à gages quand ce
n’est pas votre occupation première…
Toute la séquence de
repérage de la première victime, qui vit dans une maison dans les
bois, est fabuleuse, qui tient du vaudeville - l'amant n'était pas prévu ! - comme du burlesque, avec cette piqûre intempestive de serpent, et ce tueur qui doit sa vie à sa future victime !
La seule chose qui ne tue pas ici, c'est le ridicule. Yoo
Man-soo, habillé d’une salopette de pêche, de trois gants de
cuisine superposés (en guise de silencieux ?) armé d’un antique
flingue de la guerre, va cent fois sur le métier remettre son ouvrage. Le
premier crime, foutraque, rappelle la scène centrale et folle de ANORA de Sean
Baker.
Ces disparitions suspectes de chômeurs de mêmes profils professionnels
piquent la curiosité de deux policiers. Et leur enquête pique celle de la femme de Yoo Man-soo qui suspecte le pire. Elle commence à
douter de l’honnêteté de son époux au même moment où lui doute de celle de son épouse, un peu trop proche de son dentiste de patron. La scène du bal
dansant est géniale, elle dans son costume de Pocahontas au bras du dentiste, faute d'un mari occupé à d'autres besognes. Et puis il y a ce voisin libidineux qui veut
racheter leur maison, qu’on retrouvera plus tard, quand les gamins seront pris à dévaliser son commerce. Scène qui renvoie à la scène de la machine à écrire dans LES 400 COUPS de
Truffaut.
Alors oui, le film est sans doute trop long. Et se
complet parfois dans le gore (le gavage de la victime). C’est le seul reproche
que je ferai. Par rapport au roman, il y a moins de meurtres (ici
trois) mais davantage étirés dans leur préparation /
exécution. Sans doute Park Chan-Wook aurait pu élaguer sur la fin, suggérer plus que de ne rien nous épargner de l’agonie de la dernière
victime. Par contre, la ligature de cadavres conforme à l’art du
bonsaï, quelle idée géniale !
Ce qui est jubilatoire, c’est
évidemment la mise en scène. Un feu d’artifice, on en a plein les
mirettes ! Park Chan-Wook trouve des idées à chaque plan, des
angles saugrenus, des mouvements de caméra intempestifs. C’est cette caméra intrusive et insolente qui désamorce sans pour autant l'atténuer la violence du propos, comme celle de Kubrick dans ORANGE MECANIQUE, par ce décalage burlesque, chorégraphique. Park Chan-Wookmaîtrise superbement l’espace, les cadres, utilise à plein le format scope, montre la petitesse de l'humain dans ses plans
larges, les dernières scènes à l'usine renvoient autant au METROPOLIS de Fritz Lang qu'à l’absurdité des TEMPS MODERNES de Chaplin.
AUCUN AUTRE CHOIX est un film
radical dans son ton, qui pousse loin les curseurs, féroce et déjanté. Parfois too much, oui, mais d’autant plus indispensable que totalement
amoral ! Et doté d’une superbe bande son, entre le concerto
n° 23 de Mozart, la soul de Sam & Dave, la pop coréenne des
années 80.
Superbe aussi, le générique de fin, sur papier, montage parallèle avec ces arbres qu'on abat à la tonne. Le film est aussi une ode à l'écologie, au plaisir simple, la danse, le jardinage, la musique, aux disques vinyles.
- Salut Pat, c'est la semaine de Benjamin et Luc n'a pas eu le temps de
préparer sa chronique. Claude vient de m'appeler depuis Vienne (il écume
des manuscrits poussiéreux dans les caves de la Philharmonie) et de me
demander d'improviser un billet… Là je suis mal… T'as une idée…
- Waouh ma biche, quand on voit l'index classique et le millier
d'œuvres déjà commentées, je comprends ton angoisse… faut pas un truc
long, une œuvre classique, sympa, pas de philo… Humm voyons… J'pense à
une p'tite symphonie de Haydn, sur les 104, Claude n'a pas tout
chroniqué, on regarde…
- T'es Sympa, merci…
- Ah voyons ma Sonia, on a déjà : les six parisiennes au complet, les
londoniennes sont ambitieuses, les principales du Sturm und Drang sont
aussi présentes… Ma parole, à force, on va tirer au sort dans la liste
sur Wikipédia…
- Tiens Pat, y en a une, la 43 qui s'appelle "Mercure", elle a sans doute un style
cosmique ?
- Pourquoi pas, elle va peut-être faire monter la température, haha…
- Ou refroidir les lecteurs ! hihi… Ok je me lance, tu me donneras ton
avis…
Mercure par Hendrick Goltzius (1610)
Mince, pas de chance, la jaquette est hideuse, elle me rappelle de mémoire
celle de 1963 pour la
9ème symphonie
de
Beethoven
par
Karajan(clic)… Pourtant pour Mercure, il y a du choix. J'irai vérifier l'origine
du sous-titre… En attendant, je mets du traditionnel : soit le Dieu* romain
qui était un facteur ailé portant les messages avant l'invention des emails,
soit la planète (façon
Holst). Hehe, je maîtrise les Clic, M'sieur Toon m'a bien coaché. Il est
beau ce mec… non, pas le Toon, le Dieu du tableau. Bon je m'égare, pas de
digression…
(*) Hermès en grec, même métier, un cumulard. Et puis avec ce que je
gagne au blog, vous imaginez pas que je me fringue chez Hermès Luxe quand
même…
- Heu Sonia, je lis par-dessus ton épaule… On a dit pas de digression
vraiment hors sujet !!!!
- Ok Pat, désolée…
Et bien c'est pas avec les trois lignes sur Wikipédia en français, que je
vais avancer… Waouh, en allemand c'est un roman fleuve ! Enfin, hop un petit
coup de traduction (Merci Chrome) et je prends des notes… ("Mercure au Chrome"), désolée pour ce calembour nul, je sors… pfff !
Pour la biographie du compositeur autrichien qui a vécu 77 ans (pas mal
pour l'époque), je ne ferai pas mieux que Claude dans sa chronique sur un
brelan de
symphonies londoniennes
(3 parmi les douze dernières composées lors du second voyage à Londres)
dirigées par le truculent chef british
Sir Thomas Beecham(Clic).
Pour la vidéo, j'ai pris la première venue sur
YouTube, un disque de
Adam Fischer, chef d'orchestre qui a gravé pour le label Nimbus l'intégrale des
symphonies de
Haydn, une grosse boîte de 33 CD plus récente que celle d'Antal Dorati des années 60-70que Claude avait retenue pour parler des six symphonies "parisiennes", l'"Ours", la "Reine", etc… de mémoire des symphonies énergisantes. Et puis pour ce coffret
d'Adam Fischer, des centaines de commentateurs d'Amazon le trouvent à 95% génial…
alors.
Je tord le coup à cette histoire de "Mercure". Jamais le grand Joseph n'a sous-titré sa symphonie avec le nom du
dieu-planète. Un seul intérêt, c'est plus pratique quand on la cherche dans
une boîte de 33 CD que ce numéro 43 dont, honnêtement, on ne se rappelle jamais… Ce sous-titre aurait été
attribué soit lors de l'utilisation de la symphonie pour une comédie ballet
mettant en scène Mercure, un spectacle mythologique typique de l'époque et organisé chez le Prince Esterhazy, l'employeur de Haydn de 1766 à 1790. La première trace de cet intitulé date en fait de 1839… Bref, on ne va pas passer la semaine sur cette énigme…
Adam Fischer
Adam Fischerest né en 1949.
D'origine hongroise il a fait ses études au conservatoire Franz Liszt de
Budapest. Il est le frangin d'Iván Fischer beaucoup plus connu sur la scène internationale et écouté dans ce blog
dans La "pastorale" de Beethoven et les "danses hongroises" de
Brahms. Nota :
Adam et
Ivánsont de fervents opposants au dictateur
Viktor Orban. Adam a d'ailleurs démissionné de son poste de l'opéra de Budapest en
2010 ! Cela dit, spécialiste des œuvres de
Haydn
(une évidence à lire mon texte),
Mozart,
Wagner
et
Bartok, il n'est ni au chômage ni en prison mais dirige depuis
2015 comme chef d'orchestre principal l'Orchestre symphonique de Düsseldorf. Il y a été nommé pour jusqu'en 2030.
Sinon
Adam Fischer
a beaucoup œuvré sur les scènes lyriques européennes…
Il a créé en 1987 l'Österreichisch-Ungarische Haydn-Philharmonie
pour enregistrer cette intégrale
Haydn.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Si j'ai tout compris, cette symphonie sans programme précis date
de 1771, soit de la période dite du
Sturm und Drang (Orage et Passions) époque où Haydn
compose des symphonies aux titres bien connus : "Passionne", "Funèbre", "Adieu", etc.
(Index). Elle dure 25 minutes, comprend comme toujours quatre mouvements et sa
tonalité est en mi bémol majeur, donc
pas dramatique je crois. L'orchestre est réduit : deux hautbois, deux cors
et (ça me fait penser à des symphonies de jeunesse de
Mozart, ou à la sinfonia concertante pour violon et alto). Claude pourrait
confirmer. Un basson peut être ajouté et joue à l'unisson avec la ou les
contrebasses et les violoncelles. Un continuo de clavecin est possible. J'ai
juste regardé la (Partition)
pour confirmer la formation instrumentale. Je suis pas douée en
solfège…
Formée à l'école Toon, je rappelle ce qu'est le
Sturm und Drang. Il s'agit d'un
mouvement intellectuel allemand influencé par les Lumières en France.
Écrivains et compositeurs s'interrogent sur la finalité d'une œuvre,
est-ce uniquement un divertissement ou doit-elle exprimer des émotions
plus intimes, des pensées philosophiques, c'est précurseur du Romantisme…
Claude en a souvent parlé dans ses chroniques, justement pour Haydn.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Aie j'arrive à la partie consacrée à une analyse thématique en guise de
guide pour faciliter l'écoute de l'ouvrage. Bigre sans Claude et sans
savoir parcourir la partition qui s'affiche dans la vidéo, je suis mal 😓. Je me contente d'essayer de formuler mes impressions…
Salle Haydn au palais Esterhazy
[00:00] 1. Allegro : J'ai lu dans
Wikipédia que le groupe thématique comprend les 26 premières mesures en
quatre motifs 😟 ! Claude SOS. C'est vrai qu'à bien y regarder,
l'intro est un accord musclé noté [f] que l'on retrouve plus loin mais que deux fois, j'y comprends
rien. J'ai appelé Claude au téléphone. ☎ "Mouais Sonia, c'est farceur venant de Haydn, tu penses. Cet
accord puissant marque le début des deux première phrases (motifs). La
2ème à [00:11]. Puis la 3ème
débute à [00:16]. La 4ème
à [00:24] mais sans cet accord, juste après un soupir𝄽à l'unisson de l'orchestre, regarde au 2ème et 3ème temps de la mesure 14...". 😟. Heureusement, il a ajouté : "Limite toi à parler de tes sentiments, ces phrases constituent le grand
bloc thématique A, il n'y a pas de thème B. Haydn l'imaginatif facétieux
ne respecte pas la forme sonate usuelle, c'est sans importance… À plus
Sonia, bises".☎Holà, ô que oui chef, on s'en fiche
😊 !
Les accords des premières "phrases" me font penser aux "trois coups" au
théâtre. Par contre, j'entends à partir de [00:38] une chevauchée dans une
forêt… Le rythme est allant, et par-ci, par-là, la mélodie change de style
entre gaieté et élégie… J'aime bien cette fantaisie. Tiens, à [02:08], on
retourne au début, sans doute la fameuse reprise du truc sonate. Bref, cette
musique me met de bonne humeur… c'est chouette et vivant… J'ai l'impression
que l'accord assené au début et répété pourrait servir de rythmique pour un
ballet… qui a peut-être eu lieu comme le dit une légende…
[07:16] 2. Adagio : Me voilà cheminant
dans une procession, non plutôt une ballade tranquille, main dans la main,
avec mon copain Ferdinand, c'est plus mon genre ça. On accélère le pas… On
entend bien le cor en arrière-plan. Je ne comprends pas bien les
explications ésotériques du professionnel qui a rédigé l'article wiki en
teuton. On entend plusieurs fois les cors bomber le torse, excusez moi pour
cette trivialité. Il y a beaucoup d'intimisme dans cet adagio…
[16:03] 3. Menuetto &
Trio : Une mélodie trépidante est
répétée deux fois, je ne sais pas danser le menuet, dommage, ça semble
élégant et mondain. [17:38] le trio (en do mineur d'après Wiki) sonne
cantabile (chantant, je m'essaie aux mots savants empruntés à mon mentor),
avec des hautbois et des cors trop discrets à mon avis… Prise de son ?
[19:18] 4. Finale.Allegro : Très allègre, le final me
fait penser à ce qu'on appelle un petit concerto pour orchestre, orchestre de chambre ici. Haydn
offre à chaque pupitre son petit solo personnel. Une musique pleine
d'énergie…
- Ah le conseil d'écoute au casque. Il faut aller bidouiller le code
HTML dans les entrailles du blog. On me demande de drôles d'exploits.
Mais j'ai un classeur lutin avec les différentes recettes données par Le
Toon. Et j'ajoute une photo de la planète Mercure pour la déco et les
amateurs d'horoscopes 😊.
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
- Ah au fait la note. Claude Toon m'a dit de mettre 4/6
On l'a déjà dit ? Maintes fois ? Pas grave, on le répète : le succès n'est malheureusement pas nécessairement synonyme de talent. Et à ce titre, on a pu voir des groupes démarrer sous les meilleurs auspices, récolter les louanges de la presse, et le lendemain être voués aux gémonies. Ce fut le cas de Blood, Sweat & Tears.
Un groupe fondé suite à une frustration. Mister Al Kooper voulait intégrer une section de cuivres à The Blues Project. S'il n'a aucun mal à convaincre la dernière recrue, Steve Katz, ce n'est pas le cas du patron, Danny Kalb. Ainsi, dans le courant de l'année 1967, Kooper, déçu, claque la porte et part faire un tour sur la côte ouest. Il y rencontre le bassiste Jim Fielder qui lui redonne confiance, persuadé que les compositions de Kooper ont de l'avenir. De retour à New-York, Kooper invite Fielder à les rejoindre, ainsi que Steve Katz, son ancien collègue et guitariste de The Blues Project. Autour de ce noyau sont invités Bobby Colomby, un batteur de jazz, et une section de quatre cuivres. Dans le lot, Fred Lipsius peut aussi s'asseoir pour tâter à l'occasion des touches d'ivoire. Blood, Sweat & Tears enregistre son premier opus, "Child is Father to the Man", majoritairement occupé par les compositions de Kooper (7 / 12 morceaux). Il en résulte un album riche, évoluant dans un climat où s'entremêlent jazz, blues et pop psychédélique. Ce premier album, inégal, est plutôt bien accueilli, et sans faire grand bruit, jouit tout de même d'un succès honorable.
Cependant, suite à des divergences musicales, Al Kooper, bien qu'il soit l'initiateur du groupe, se fait mettre à l'écart par Katz et Colomby. En fait, plus que des divergences musicales, c'est plutôt la déficience du chant de Kooper qui fait naître un conflit. En effet, Katz, Colomby et Fielder le considèrent limité et frêle, son insuffisance jugent qu'il freine l'essor du groupe. Bien conscient que sans Kooper, il n'y aurait probablement pas eu de BS&T, ils lui proposent de laisser sa placechanteur, mais de rester dans le groupe comme directeur artistique. Ce que Kooper, piqué, refuse catégoriquement.
Avec le départ - ou l'éviction - de deux autres membres - dont le trompettiste Randy Becker -, la structure du groupe se trouve changée. D'autant qu'elle se dote d'un chanteur plus sérieux, bien plus mémorable et imposant que ne l'était Kooper. Le nouveau chanteur ne jouant pas d'instruments (du moins sur scène), Dick Halligan, auparavant uniquement tromboniste, passe aux claviers. D'après le groupe, Halligan serait un musicien dans l'âme, capable d'apprivoiser un nouvel instrument en quelques semaines.
Pour le chant, Katz, Colomby et Fielder mettent la main sur une perle rare : David Clayton-Thomas. Un Canadien aux larges épaules qui a quitté tôt le foyer familial, survivant alors de chapardages et de menus larcins. Une adolescence difficile pendant laquelle il va faire plusieurs séjours en maison de correction puis derrière les barreaux. Un passé pour lequel il a payé mais qui va revenir entacher sa carrière. Inconnu du grand public - encore aujourd'hui -, ce n'est pourtant pas un perdreau de la veille. À 23 ans, il fait déjà ses premières télévisions (grâce à Paul Anka - un compatriote), et à 24, enregistre un premier album : "David Clayton Thomas and the Shays à Go-Go". Et "David Clayton Thomas Sings It is !" l'année suivante. Des albums plutôt bons où s'entrechoquent rock-garage, pop et blues, et où David Clayton Thomas fait déjà preuve d'un réel talent de chanteur. Particulièrement sur les blues - superbe version de "Stormy Monday".
C'est la chanteuse Judy Collins qui en parle à son ami, Bobby Colomby. Bobby qui, après être allé constater par lui-même le talent du phénomène, le presse pour passer une audition avec la troupe. La légende raconte que Clayton Thomas n'a même pas eu le temps de finir une première chanson, il est engagé sur le champ.
Cette seconde mouture présente un Blood, Sweat & Tears transformé, plus solide et mature, décomplexé. Pour marquer un nouveau départ, sa première réalisation porte le nom du groupe. Elle affiche une aisance digne de grandes formations au long cours, marquées par l'expérience acquise par des années passées sur les routes et en studio. Au contraire du premier essai, cette fournée de 1969 n'est pas vraiment marquée par les ans ; la production irréprochable y concourt, mais également l'interprétation quasi sans faille. Les semi-improvisations jazzy ont remplacé les égarements psychédéliques puérils. Le subtil agencement et l'enchaînement des compositions incitent à une écoute intégrale. Pratiquement comme s'il s'agissait d'une pièce magistrale, un album concept. Une impression encouragée par l'emprunt des premier et second mouvements des "Trois Gymnopédies" d'Erik Satie, magnifié par la flûte de Halligan - oui, il joue aussi du pipeau -, rebaptisées "Variations on a Theme by Erik Satie", ouvrant et clôturant l'opus.
Et puis, bien que les teintes du contenant soient automnales (les sessions ont été réalisées en octobre 1968), le contenu, lui, exhale plutôt des essences printanières. Des parfums de renouveau, éclosant à la fin de l'hiver, se conjuguant avec quiétude, sérénité et optimisme. Même "Sometimes in Winter", avec ses tristes paroles portées par la voix douce et posée de Katz, est épargné de la morosité par l'orchestration. Par la flûte qui virevolte comme une hirondelle, par les cuivres qui vénèreraient l'aube. "Parfois en hiver, je t'aime quand les bons moments ressemblent à des souvenirs de printemps qui ne sont jamais venus. je souhaite que les rues désertes se remplissent de rires, des larmes qui apaisent ma douleur". Ou encore "And When I Die" aux propos proches d'une oraison funèbre, qui est plutôt plein d'entrain, d'enthousiasme, comme un Brass-band de New-Orleans traditionnel (dérapant parfois sur du country-western d'opérette), voire un brin plus euphorique, dirigé par l'harmonica de Katz. "Je n'ai pas peur de mourir, et je m'en fiche un peu si c'est la paix que tu trouves dans la mort... Les problèmes sont nombreux et aussi profonds qu'un puits. Je peux jurer qu'il n'y a pas de paradis, mais je prie pour qu'il n'y ait pas d'enfer... Tant que je vivrai, tout ce que je demande c'est de ne pas être enchaîné... Et tout ce que je demande c'est de mourir naturellement. Me voilà ! Hey ! Hey ! Vois le diable arriver, juste derrière ! ... Je ne veux pas mourir sous l'emprise du démon... Et quand je mourrai, quand je serai mort et enterré, il y aura un enfant qui naîtra dans ce monde pour continuer la tradition" - une chanson de Laura Nyro, une très belle voix oubliée (ses textes, parfois loin des banalités prisées par les radios, souvent aussi jugés trop complexes ou décalés pour l'auditeur lambda, ne faisaient pas l'unanimité).
Outre les cuivres omniprésents et soudés, le jeu explosif de Bobby Colomby et la basse volubile et "Motown" de Fielder, c'est la voix "larger than life" de David Clayton-Thomas qui brille sur cet album. Dès l'enjoué "Smiling Phrases" (piqué à la 1ère galette de Traffic, et débarrassé d'une orchestration un peu pataude au profit d'un swing de jazz-soul fusion), D.C-T insuffle une énergie et un enthousiasme communicatif. Pareillement lorsqu'il booste le "More and More" de Little Milton, D.C-T se faisant alors plus mordant, presque hargneux - un Wilson Pickett plus musclé. Ou lorsqu'il paraît insouciant et bienheureux sur le léger "Spinning Wheel" - terni par un petit concerto de pipeau fatigant. Tandis que bien que servi par des paroles particulièrement niaises, redondantes, il donne une dimension solaire à "You've Made Me so very Happy".
Et la présente version "God Bless The Child" ne serait-elle pas meilleure que l'originale de l'icône Billie Holiday ? Je pose la question ? Le passé tumultueux, l'adolescence difficile de Clayton-Thomas ont dû lui donner de la matière pour se sentir concerné par le sujet. Ce qui est certain c'est que la troupe s'autorise une belle envolée, un torride break de jazz latin, et que l'harmonica projette de sombres teintes de crépuscule bordeaux et indigo.
L'album est un franc succès, malgré quelques critiques sévères, peu amènes. Il grimpe en pole position dans les charts états-uniens et canadiens, et fait aussi une belle carrière commerciale en Europe. Et il sera de même avec le suivant. Malheureusement, un mauvais choix de manager entraîne le groupe dans une tournée dans les pays de l'Est sous l'égide de l'Etat (du Département d'Etat des Etats-Unis) qui sera très mal perçue par la presse musicale. En tant que citoyen canadien, les propos ouvertement anti-guerre de Clayton-Thomas avaient irrité quelques instances d'Etat qui ont alors ourdi pour qu'il soit renvoyé chez lui ; et qu'il ne puisse plus continuer à officier aux Etats-Unis (avec sa récente et forte médiatisation, ses avis pouvaient avoir une influence sur une jeunesse en ébullition). Ce qui aurait pu tuer le groupe, qui aurait bien du mal à retrouver un chanteur de son acabit. Par la même occasion, pour salir ce Canadien outrecuidant qui osait critiquer la politique de Nixon, on a ressorti son passé de délinquant. La tournée en Europe de l'Est organisée par le gouvernement fut l'étincelle qui déclencha l'incendie d'un éternel procès sur BS&T. Dorénavant, souvent encouragé par une presse cruelle, BS&T était un conglomérat de traîtres. Qui étaient partis pour jouer pour des Communistes, ou qui étaient des agents de l'Etat, ou encore qui s'étaient compromis avec des chansons jugées commerciales - ou se reposant trop souvent sur des reprises (certes, majoritaires sur le second et troisième opus) -. Bref, un bouc émissaire sur lequel il était de bon ton de déverser ses frustrations. Ainsi, progressivement, en raison de l'acharnement de la presse - et de quelques groupuscules -, BS&T va perdre en notoriété, jusqu'à faire partie d'un passé quasi oublié. Après avoir rapidement touché les sommets, les années vont se révéler de plus en plus difficiles et amères.
Il existe un bon documentaire sortie en 2023, "What the Hell Happened to Blood, Sweat & Tears", traitant de cette tournée en Europe de l'Est et de ses conséquences. Des bandes filmées de cette époque qui devaient servir pour un long métrage sur la tournée historique du premier groupe américain jouant derrière le rideau de fer, finalement censurées par le gouvernement américain, ont pu être exhumées pour le besoin du documentaire.
P.S. : Blood, Sweat & Tears, à l'instar d'un Keef Hartley Band, fait partie de ses groupes ayant joué en 1969 au festival de Woodstock, mais qui n'apparaissent pas dans le film sorti en 1970. Une décision de leur manager qui, en voyant les caméras, exigea une rallonge de 5000 dollars, sans laquelle il imposa son veto sur toute exploitation des bandes. Une autre erreur de jugement...