Dans LA PETITE FEMELLE, chroniqué ici en son temps [ CLIC ICI ]
Philippe Jaenada partait à la recherche de Pauline Dubuisson, qui avait défrayé
la chronique faits-divers en 1953, pour meurtre. Après une enquête minutieuse,
il avait reconstruit le parcours de toute une vie, et d'une époque. Dans LA
DÉSINVOLTUREEST UNE
BIEN BELLE CHOSE, il reprend le même principe, mais pour s’attacher à une
parfaite inconnue, Jacqueline Harispe.
Surnommée Kaki, elle est morte
défenestrée de sa chambre d’hôtel rue de Cels (près du cimetière Montparnasse)
en novembre 1953. Elle avait 20 ans, était jolie, amoureuse, entourée d’amis,
mordait la vie par les deux bouts. Elle faisait partie de cette bande qui
frayait dans le Saint Germain des Prés d’après-guerre.
Jaenada n’est pas le
seul auteur à s’être intéressé à elle. Il est tombé sur une interview de Patrick
Modiano racontant qu’enfant, au café Moineau, un type désespéré était entré en
criant : « Kaki est morte, elle a fait le grand saut ». Modiano
en avait tiré un roman appelé « Dans le café de la jeunesse perdue » en
2007, l’héroïne s’appelait Jacqueline Delanque, dite Louki. Louki / Kaki...
Philippe Jaenada va
reprendre l’enquête, comme à son habitude, en se plongeant dans des tonnes de
documents, articles de journaux, Gallica (archives de la BNF, très précieux) en retrouvant quelques protagonistes (témoignages émouvants de ceux qui en ont réchappé) ou leurs enfants, en visionnant des interviews ou documentaires sur cette période, en exploitant
archives, registres municipaux, actes de naissance, décès, en fouillant dans
les PV de police (il y a quelques indics...). Mais surtout en se basant sur le recueil de photos du néerlandais
Ed van der Elsken« Love on the left Bank », qui avait documenté
cette vie de bohême dans le Paris d’après-guerre.
Comme dans LA PETITE FEMME, il
ne s’agit pas uniquement de retracer le parcours d’une (courte) vie, mais d’un
milieu, d’une époque : Saint Germain des Près. Pas celui glamour et
intellectuel fréquenté par Boris Vian, Juliette Gréco, Sartre et Beauvoir,
Queneau, Duras. Mais celui des traine-savates, anars, clochards célestes, beatniks,
qui pour quelques pièces s’enivraient chez Moineau, leur troquet, leur QG, s’entassaient
dans des chambres d’hôtels miteux, généralement en rupture avec leur
famille, multipliant les larcins pour manger, ou juste faire chier les
autres !
Déjà, retrouver ce troquet aujourd’hui disparu : Chez Moineau
(rue du Four). Et donc les propriétaires, leur histoire. Puis retrouver les
lieux, les rues (quelques pâtés de maisons du 6è arrondissement), les hôtels, les caves clandestines. Et
bien sûr identifier les protagonistes de cette folle aventure, retracer leur
parcours. On apprend que Jacqueline Harispe a posé un temps pour Dior, c'est inscrit dans les registres, elle est la fille
de Michel Harispe, un type louche au strabisme épouvantable qui s'est commis dans la Cagoule avant-guerre (branche
terroriste de l’Action Française) collabo pendant, arrêté et exécuté après. En 1948.
L’ombre de la guerre plane sur cette génération qui a connu le rationnement, les couvre feux, et décide de s’enivrer de cette liberté retrouvée. On croise aussi ces foyers
de rééducation pour jeunes filles, Notre Dame de la Charité,
fréquentée par Kaki et ses copines à l’époque, lorsqu’embarquées éméchées par les flics
boulevard St Germain.
Les investigations de Jaenada sont longues, minutieuses. Maniaques ? Etudier
les photos à la loupe, comparer les silhouettes, les vêtements, le nombre de verres sur la
table ou de mégots dans un cendrier, pour tenter de refaire la chronologie. Qui
se trouvait là, tel jour, tel soir et croiser les informations avec d’autres
sources, reconstituer presque heure par heure le parcours de Kaki et ses amis,
ses amants, jusqu’au jour de la chute dans le vide. Et comprendre :
accident bête sous l’effet de la dope (l'héro n'était pas chère), suicide par dépit amoureux, dispute qui
a mal tourné, assassinat ?
Tout cela est passionnant à lire, sur le plan historique et sur l'investigation. Je
nuancerai tout de même. Car Jaenada rend compte de ses
recherches et trouvailles au jour le jour. Il est le propre sujet de son livre.
Parfois l’enquête avance bien, parfois il faut des semaines avant qu’un indice,
un témoin, relance l’affaire. Il y a donc parfois un sentiment de surplace. Mais surtout énormément de personnages, des homonymes en plus (!) certains plus anecdotiques que d'autres, on s'y perd un peu, un petit élagage n'aurait pas été vain.
Fidèle à son style, Jaenada raconte ses relations avec son éditeur, son « tour
de France par les bords », comprenez par-là le littoral, ses plages et
bistrots. Observations drolatiques et souvent vachardes sur ses contemporains, la jeunesse surtout, qu’il met en parallèle de celle que côtoyait Kaki. Sa quête
des meilleurs whiskies, que l’auteur s’envoie à tour de bras ! Là encore, des
pages irrésistibles ou parfois redondantes.
LA DÉSINVOLTURE... est un bouquin souvent passionnant. Davantage par l’époque qu’il documente - rejet des conventions, de la normalité, liberté comme seul totem (on croise Guy Debord qui a connu et portraituré Kaki à partir de ses photos de modes, Patrick Straram,
les lettristes et situationnistes) cette une vie anarchique faite d’amour et de vinasse - que sur les
résultats de l’enquête en elle-même, qu'on oserait presque qualifier d'anecdotiques. Jacqueline Harispe n’était finalement qu’une fille perdue comme beaucoup d’autres. Mais on aura compris que pour l'auteur, elle n'est qu'un prétexte pour peindre une époque et une sociologie.
***************
La première photo est celle de Kaki prise par la police lors d'une arrestation. Les autres proviennent de l'album « Love on the left Bank ». En couverture du livre, la jeune femme aux yeux cernés de noir est Vali Myers, artiste australienne, figure de St Germain de Prés.
Sonia revient songeuse d’une visite des thermes de Cluny. Elle interpelle
Nema :
- Tu connais Julien l’apostat ?
- Ouais, je l’ai croisé au supermarché hier… répond négligemment Nema
en continuant à travailler à son bureau,
- Arrête ! Sérieux, tu connais cet empereur romain ? Je n’en avais
jamais entendu parler. Empereur d’Occident et d’Orient. Entre 361 et
363…
- Elizabeth Finch était une spécialiste de cet empereur… commence
Nema.
Julien l'Apostat
Oui,
Elizabeth Finch
a étudié Julien l’apostat. "Elizabeth Finch" est le titre d’un roman de
Julian Barnes. Un roman à la première personne, dans lequel
Niel
raconte une partie de sa vie, à partir de sa rencontre avec
Elizabeth Finch, cette professeure de "culture et civilisation" dont il a suivi les
cours en jeune adulte dans une université londonienne.
Elizabeth Finch,
E.F.,est une femme respectable, posée, toujours égale à elle-même. Sans âge.
Avec un charme désuet lié entre autres à une tenue vestimentaire que l’on
imagine bon chic bon genre, version british, et fumant des cigarettes
qu’elle extrait d’un étui en écaille. Sa façon d’animer ses cours est
basée sur l’échange avec les participants.
Un petit groupe de trentenaires suit ces cours. Parmi eux, il y a bien
entendu
Niel, jeune homme qui se cherche, qui a été acteur, qui est divorcé et père
de deux enfants,
Geoff, le rebelle intello de gauche,
Linda, la fleur bleue avec ses problèmes de cœur, et
Anna, la hollandaise réfléchie.
E.F. présente un sujet et lance une question ouverte. Et la conversation
s’engage. Beaucoup de sujets autour de la culture occidentale sont
abordés, avec quelques digressions autour des premiers martyres chrétiens,
un sujet de prédilection pour
E.F..
Avec sa diction parfaite, son langage exemplaire, elle aborde la
controverse sans coup férir. Ainsi le monothéisme, mais également la
monogamie, seront évoqués, avec de la part des uns ou des autres des
arguments plus ou moins virulents.
Royal Holloway University of London
Des réflexions sur le bonheur nourrissent le café débat entre les quatre
jeunes.
Linda
et
Niel,
Niel
et
Anna, et
Geoff. Leurs conversations au café sont une sorte de debriefing des cours d’E.F..
Niel
est en admiration,
Linda
voit l’aspect écoute du cœur, tandis que
Geoff
est très critique et trouve
E.F.
académique et ampoulée.
Anna
reste plutôt neutre.
Le temps passe,
Niel
déjeune avec
E.F.
et les conversations se poursuivent. L’Histoire est-elle infaillible ? Un
débat houleux s’engage au sujet des juifs et de la 2ème guerre
mondiale,
Geoff
monte au créneau… Progrès technologique versus progrès moral ? Et
Julien l’apostat. Les chrétiens sont martyrisés par des païens et les païens sont
exterminés par des chrétiens. C’est ça l’histoire.
Le temps passe.
E.F.
décède et
Niel
est surpris de se voir léguer les carnets de cette dame avec qui il avait
continué de déjeuner régulièrement, toujours à 13h dans le même restaurant
italien.
Chris, le frère
d’Elizabeth
("Liz" pour lui), ouvre à
Niel
les portes de l’appartement de la défunte et le laisse prendre tout ce qui
pourrait servir à écrire sur
Liz
une autobiographie.
Julian Barnes
Et
Julien l’apostat. Des pages et des pages sur cet empereur. Entre Occident et Orient, entre
chrétienté et paganisme.
Niel
se lie d’amitié avec
Chris
qui l’invite à venir dans l’Essex mais ils se verront uniquement à Londres.
Niel
interroge sur leur enfance, leurs parents.
Chris
complète petit à petit le portrait d’E.F, cette sœur si brillante mais si rigide. Des conversations reviennent en
mémoire de
Niel
comme par exemple leur vision des hommes et femmes politiques par rapport à
la corruption. Et il y a eu un scandale lors d’une conférence donnée par
Elizabeth Finch.
Un détour par un roman de Michel Butor qui évoque des voyages.
Niel
se décide à bouger. Les retrouvailles avec
Anna
en Hollande sont d’une touchante naïveté :
Niel
et
Anna
évoquent une
E.F.
avec laquelle ils n’ont pas tout à fait partagé la même intimité. Tous ces
éléments permettront-ils à
Niel
d’écrire une biographie ?
Julian Barnes
est un grand écrivain, né en 1946. Il a reçu de nombreux prix et
médailles. Même traduit (merci à Jean-Pierre Aoustin) le style est
riche, fluide, plaisant. L’érudition sous-jacente est là, mais discrète et
à notre portée. Bon, il y a un grand passage sur
Julien l’apostat.
Il faut aimer l’histoire 😊.
Ça
y est ! Dans les années 80, le Rock FM, AOR et consorts ont
gagné la bataille. Ce genre et ses ramifications, bien aidés par le
pouvoir financier des majors, dominent les médias. Progressivement,
tel un virus, ça a impacté une grande partie de la musique
populaire. L'immense succès des Foreigner, Journey, Bon Jovi et
Boston, ainsi que le « 1984 » de Van Halen ou le Def Leppard de « Hysteria », a titillé l'envie de
gloire des musiciens en mal de reconnaissance. En plus d'exacerber
l'avidité des majors, qui, dans l'espoir de s'aligner sur les « best
sellers », ont tôt fait d'encourager – voire d'imposer – à
suivre l'exemple des « experts » du genre. Tant dans la
forme de composition que dans la production et même dans
l'apparence. Pour l'originalité, on verra plus tard... Finalement,
ce n'est pas que la musique soit mauvaise, voire insipide (même
si, parfois),
mais c'est comme si elle suivait un cahier des charges. On tombe
alors dans une relative uniformisation, poussée par une production
vraisemblablement imposée, calquée tant bien que mal sur ce qui est
alors érigé comme les canons de la nouvelle religion musicale. Ceux
qui promettent succès et grosse monnaie. À vouloir suivre de trop
prêt les cadors, on fini par tomber dans une relative
uniformisation.
Une
hégémonie qui commence malheureusement par gaver, saouler. En
réaction, une frange de la jeunesse, nourrie à la NWOBHM, au Métal
des plus rigides et au punk, s'est vouée à de sombres entités –
les
Grands Anciens ?
- qui les entraînent vers des tonalités et des cadences extrêmes.
Parallèlement, quantité de groupes ont dû tourner casaque, épouser
la nouvelle cause dans l'espoir de rester d'actualité, de survivre,
et se sont finalement si durement ramassés que ça leur a coûté
leur carrière. Comme ce fut le cas pour Fastway qui, après deux
galettes magistrales, se vautre avec « Waitin' For The Roar ».
Le pire, c'est que la tentative de mimétisme corrompt également les
clips vidéos. Des clips tournés à la chaîne, quasiment dans les
mêmes décors, avec des musiciens abordant sourire niais, attifés
comme des as de pique, avec futals moule-burnes et coiffures
extravagantes de porcs épics mutants – battant à plate couture la
folle de Chaillot dans l'extravagance – et gigotant comme de
jeunes filles délurées et certaines de leurs charmes (douteux).
Toutefois,
il ne faut jeter pas l'eau du bain avec le mioche. Ainsi, même si la
seconde moitié des années 80 a été percluse de productions
boursouflées (généralement, engluées dans d'inexpressifs et
sirupeux claviers et des sons de batteries amplifiés, comme s'ils
avaient été capté dans de profondes et vastes cavernes, (dans
la salle de bain du seigneur des enfers),
certaines ont su tirer leur épingle du jeu. Et pas nécessairement
les plus connues.
Parmi
celles-là : «Only
Child»
et son premier album éponyme. Sorti en 1988, il est généralement
élevé au rang de classique du genre. Only Child, c'est le nouveau
bébé de l'Indo-américain Paul
Sabu.
Celui-là même qui, après quelques errements dans le disco, avait
finalement trouvé son épiphanie dans le Rock. Le gros, celui qui
tache avec des grosses grattes baveuses, saturées de
distorsions, friandes de riffs spinescents et
de soli qui gnaquent. Après la période Kidd
Glove,
puis celle en son nom propre, il monte un nouveau groupe. Il aurait
pu prolonger la carrière de Kidd Glove, qui bénéficiait d'un
certain succès ; il aurait pu continuer sous le nom de Sabu,
dont l'excellent « Heartbreak »
fit quasiment l'unanimité, mais non. Apparemment, il est
vraisemblablement ce genre de gars, perpétuellement insatisfait,
remettant toujours en doute son travail, atteint de « bougeottie
aiguë »,
et qui n'est pas capable – ou n'a pas la patience suffisante – de
s'attarder sur un même projet. Dans l'industrie musicale, c'est
prendre un gros risque, qui peut aller jusqu'au suicide commercial.
Mais, visiblement, il n'en a cure. De toute façon, pour faire
rentrer de la thune, il compose pour la télévision, le cinéma ou
pour des groupes. Quand ce n'est pas de la production ou dénicher
des talents et de les promouvoir – il
découvre Eilleen Twain, avant qu'elle ne passe à la Country, avant
qu'elle ne soit maquée par Robert « Mutt » Lange et
avant qu'elle opte pour Shania comme prénom.
Il est aussi possible que Sabu ait décidé de monter un groupe dans
un souci d'équité, pour ne pas tirer toute la couverture à lui,
afin que la lumière rejaillisse aussi sur ses acolytes. Notamment
sur Charles
J. Esposito,
batteur, choriste et co-compositeur, déjà à ses côtés depuis
l'album «Heartbreak »,
ainsi que sur le claviériste Tommy
Rude,
qui, lui, était de la partie Kidd
Glove.
Finalement, ce
«Only
Child »
n'est autre que la suite logique de « Heartbreak »
- quoi de plus normal puisque les compositeurs sont les mêmes ?
-, soit du heavy-rock FM particulièrement velu, avec force guitares
bodybuildées (1) et patterns de bûcheron. Toutefois, l'album est
peut-être un poil plus « FM », notamment grâce à des
claviers qui arrivent, tant bien que mal, à s'extirper de cette
fournaise de six-cordes hurlantes et d'avalanches de fûts. Peut-être
aussi parce qu'il y a un peu plus de refrains et de mélodies
mainstream, avec quelques passages convenus. Cependant, déjà, le
quatuor a le bon goût de garder une batterie boisée, faisant
l'impasse à cet "écho de cathédrale" qui a régné sur
les productions de l'époque. Par
contre, les cymbales, elles, n'ont pas eu de traitement de faveur
- peut-être
que les rééditions y ont remédié.
Sur
des titres comme "Always", "I Remember The Night",
"I Wanna Touch" (assez typé
Honeymoon Suite), et "I Believe In You", la guitare
est bridée afin de laisser plus d'espace aux claviers, permettant
ainsi à l'album de s’insérer dans la mouvance AOR. Des morceaux
en résonance avec les deux premiers opus solo de Lou Gramm. "Save
a Place in Your Heart" a les fesses entre deux chaises, hésitant
entre la power-ballad et le heavy-pop à la Journey (ère
Steve Perry) -la chanson
sera reprise par Joe Lynn Turner. Tandis que "Rebel
Eyes", proche d'un Jeff Paris, trouve un équilibre entre un
riff primitif et une basse dansante.
Mais
d'autres pièces fricotent dangereusement avec le Métôl. À
commencer par "Just Ask", qui ouvre le bal en rugissant, et
qui a tout pour faire fuir le fan de Toto ou de Richard Marx. "Scream
Until You Like It", qui est franchement heavy, avec, dans la
dernière partie, un Sabu qui s'égosille jusqu'à carrément virer
en mode "Brian Johnson en transe". Initialement, c'est une
composition de Sabu, Esposito et Neil Citron pour le film "Ghoulies
II" (le premier était déjà une
bouse...) interprétée par W.A.S.P.. Ce dernier se l'est
accaparé pour le sortir en single et en bonus de leur "Live...
in the Raw". Évidemment, la version d'Only Child est meilleure.
En final, "Shot Heard Around The World" résonne comme du
Sammy Hagar des "VOA" et "I Never Say Goodbye".
En
comparaison avec d'autres productions de type "FM" ou
"AOR", le raffinement peut faire défaut, et en conséquence
ce "Only Child" pourrait être taxé d'AOR de bourrin. Cela
n'empêche, c'est du bon, du très bon.
Pour
la petite histoire, la revue anglaise « Kerrang ! », généralement
considérée comme le mensuel incontournable de tous les métallovores
et autres adeptes du Rock-fort, – certainement
la première européenne consacrée au Rock dur -, avait
exceptionnellement attribué à cet album la note « L » (??). Un «
L » car le rédacteur en chef estimait qu'il valait bien plus que la
note maximale des cinq « K ».
Encore
une fois, au lieu de poursuivre sur sa lancée et de tenter de
pérenniser sa dernière formation, l'année suivante, Paul Sabu, qui
entraîne ses comparses à sa suite, soit l'intégralité d'Only
Child, s'investit dans un nouveau projet. Celui de produire et
d'enregistrer un album pour une chanteuse Suisse, Anastasia Alexa,
dont la voix se situerait entre Lee Aaron et Eric Martin. Un unique
et très bon album sobrement baptisé « Alexa », qui, en
raison d'absence totale de promotion et d'un tirage limité – et rapidement épuisé – est
passé inaperçu. Un objet de collection apprécié et recherché par
les fans de Paul Sabu – on reste dans le même bain, même si ça
s'enfonce encore un peu plus dans l'AOR -. Quant à Only Child,
ce n'est qu'en 1996 qu'il refait surface avec « Only Child
II », sorti en toute discrétion...
(1) C'était le temps des racks d'effets et Paul Sabu avait le sien, réalisé à son intention. avec une majorité de composants MXR. Le rack avait deux potentiomètres de saturation ; les deux dans le rouge. En sus, ce rack imposant, incorporait divers effets de MXR. Le Phase 90, la Blue Box (fuzz et octaver), le Dyna Comp , un Analog Delay, un Envelope Filter, plus le Chorus Ensemble de Boss (le CE-1) et un équaliseur 10 bandes.
Le pape de la musique électronique dans ses premiers balbutiements. Une
genèse qui sera payante.
”Oxygène“ une bouffée d’air électronique intemporel
En 1979
avant J.C président mais sous J.C maire de Paris, le 14 juillet plus
exactement, j’étais place de la Concorde à Paris pour assister à la grande
messe des synthétiseurs dirigée par le maître du genre Jean-Michel Jarre
en personne, l’homme qui partageait sa vie avec Charlotte Rampling. Au programme,L’es ntégrales d’”Oxygène“ et d’”Équinoxe“. Pas de grand effets spéciaux comme il en fera dans le futur, mais un
beau feu d’artifice au final. Mais revenons au début de l’histoire avec
”Oxygène“.
Sorti en 1976, *Oxygène* de Jean-Michel Jarre
demeure une œuvre phare qui a profondément marqué l’histoire de la musique
électronique. Avec ce disque, Jarre
ne se contente pas d’être un simple musicien, il devient un véritable
explorateur des sons, un archéologue des synthétiseurs et surtout, un
magicien capable de transformer le froid métal en atmosphères aussi vastes
que poétiques. Alors, pourquoi ”Oxygène“ continue-t-il à nous captiver près de cinquante ans plus tard ? On
embarque pour un voyage aérien et légèrement décalé au cœur du classique
électronique.
Un souffle nouveau dans les années 70. Revenons quelques décennies en
arrière. L’électro n’était pas encore ce genre musical omniprésent dans
nos playlists et dans les festivals.
Jean-Michel Jarre, aidé par ses légendaires synthétiseurs analogiques notamment le fameux
ARP 2600 et le VCS3 va façonner un univers sonore novateur, presque
futuriste pour l’époque. *Oxygène* n’est pas seulement un album, c’est une expérience qui invite à la
contemplation tout en défiant gentiment les lois de la gravité
auditive. (Le toon va encore râler sur ce concept farfelu en physique
😐)
Un disque en six mouvements, chacun baptisé d’un simple numéro, de
”Oxygène Part I“ à ”Oxygène Part VI“. Cette sobriété nominale cache en réalité une richesse orchestrale
impressionnante. À travers ces pistes, Jarre
sculpte avec minutie des paysages sonores aux allures tantôt océaniques,
tantôt cosmiques. Il emploie les synthétiseurs comme un peintre
utiliserait sa palette, alternant nappes planantes, arpèges hypnotiques
et rythmiques douces. Le tout sans jamais tomber dans le prétentieux ou
l’académique.
Là où certains compositeurs auraient noyé leurs morceaux sous des
couches d’effets et d’instruments,
Jarre
choisit une économie des moyens qui fait mouche. Certes, le disque est
instrumental et minimalisme mais il est
hautement efficace, on
ne s’ennuie jamais. Chaque note semble pensée comme une bulle
d’oxygène légère, essentielle et parfaitement placée. Un exercice
compliqué dans un monde musical souvent saturé.
Le public a su reconnaître ce souffle nouveau. ”Oxygène“ a rencontré un succès mondial phénoménal, propulsant Jarre
sur le devant de la scène internationale et installant définitivement la
musique électronique dans le paysage populaire. Cela grâce à une magie qui
tient autant à l’originalité sonore qu’à la qualité de production. Mention
spéciale pour la pochette signée Michel Granger, une symbiose visuelle parfaite avec le contenu, où la planète bleue
semble doucement étouffée. Symbole parfait d’une époque soucieuse de
l’environnement… et peut-être prémonitoire.
Ce qui est fascinant avec ”Oxygène“, c’est son paradoxe, c’est un disque très technique, résultat
d’innombrables heures passées à régler des boutons sur des machines
complexes, et en même temps un disque extrêmement émotionnel. Les textures
aériennes et la simplicité mélodique touchent directement le cœur de
l’auditeur, sans artifice excessif ni paroles pour guider
l’interprétation.
Au fil des décennies, ”Oxygène“ aura inspiré une multitude d’artistes, tous plus ou moins disciples
de ce grand maître des atmosphères synthétiques. Sans oublier que la
Part IV, ce morceau entêtant aux motifs répétitifs, s’est
imposé comme un véritable hymne de la musique électronique. Vous avez
forcément entendu ces notes quelque part en publicité, dans un film,
ou même dans la tête de votre voisin qui tente de s’en débarrasser
depuis une heure.
Il est donc juste de dire que le disque ne vieillit pas, il
mûrit. Comme un bon vin, ou comme ce vieux synthé vintage que
Jarre
bichonne encore aujourd’hui. Il continue à incarner une époque où la
musique électronique était une aventure, un pari audacieux… et
surtout, un immense plaisir pour l’oreille.
”Oxygène“ n’est pas seulement un voyage sonore, c’est une invitation à respirer
un air neuf dans un paysage musical parfois trop stéril. Jean-Michel Jarre
prouve que l’on peut être à la fois un génie technique et un poète des
espaces sonores, sans jamais perdre l’humour indispensable pour ne pas
se prendre trop au sérieux. Alors, si vous ne l’avez pas encore fait,
laissez-vous tenter par cette bouffée d’oxygène musicale : vos oreilles
vous diront merci, et votre âme, elle, prendra une bonne dose… d’air
pur.En résumé, ”Oxygène“ est un classique incontournable, un souffle vital dans l’histoire de
la musique électronique, et surtout, un compagnon idéal pour ceux qui
aiment rêver en mode synthèse. Respirez profondément, en attendant la
marée d’”Équinoxe” deux ans plus tard...