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mardi 1 septembre 2026

Bill Deraime : ”Energie Positive” (1985) - par Pat Slade



Énergie positive“ est dans mon top 5 des albums de Bill Deraime




Bill Deraime a changé de quai.




Avant toute chose, un point important à souligner, ne cherchez pas le CD de cet album, il n’existe qu’en pressage vinyle.

Sorti en 1985, l’album ”Énergie Positive“ marque une étape importante dans la carrière de Bill Deraime, artiste français reconnu pour sa fusion singulière de blues et de rock. Cet opus traduit parfaitement l’engagement musical et personnel de l’artiste, tout en offrant une expérience auditive à la fois riche et stimulante. Dans cette chronique, je vais explorer les divers aspects de cet album emblématique, de sa composition à son impact, en passant par l’interprétation et la production qui en font une œuvre intemporelle.

Au milieu des années 80, la scène musicale française est en pleine effervescence, oscillant entre nouvelles influences anglo-saxonnes et recherche d’une identité propre. Bill Deraime, déjà ancré dans le blues et le rock, parvient avec ”Énergie Positive“ à insuffler une dynamique nouvelle à ces genres souvent perçus comme traditionnels. L’album reflète une volonté de s’adresser à un large public, tout en conservant une authenticité artistique sans compromis.

Énergie Positive” réunit des compositions soigneusement travaillées, des morceaux où chaque note semble parfaitement placée pour servir l’émotion et le message. L’album mêle passages électriques et moments plus intimistes, donnant ainsi une respiration naturelle à l’ensemble. La signature musicale de Bill Deraime est aisément reconnaissable : riffs puissants, textures bluesy, rythmes entraînants, mais aussi des instants de douceur et de réflexion.

Les textes, écrits avec soin, abordent des thématiques universelles comme l’espoir, la fraternité, ce qui confère à l’album une portée presque intemporelle. On sent également l’influence de l’époque, avec un regard lucide sur les mutations sociales et culturelles.

La voix de Bill Deraime, chaude et expressive, constitue le pilier central de l’album. Elle véhicule une émotion palpable, oscillant entre force et vulnérabilité, ce qui permet d’instaurer un véritable dialogue avec l’auditeur. Son jeu de guitare, fluide et précis, illustre son engagement profond pour le blues et sa compréhension intime du genre.

Chaque titre bénéficie d’un traitement vocal adapté, capable de souligner tour à tour l’urgence, la tendresse ou la détermination. Cette variété dans l’interprétation évite toute monotonie et invite à une écoute attentive et renouvelée.

Techniquement la production est au service de l’énergie, et celle de ”Énergie Positive“ est remarquable pour son équilibre. Au lieu de privilégier une surenchère sonore typique des années 80, elle mise sur la clarté et la chaleur. Les instruments sont distincts, la batterie d’Umberto Pagnini dynamique sans être envahissante, la basse ronde de Gilles Doueib soutient harmonieusement les mélodies et la guitare de Mauro Serri est irréprochable.

Ce choix de production sert parfaitement le concept même de l’album, à savoir transmettre une énergie positive, vivante et sincère. Le mixage valorise la spontanéité des musiciens, ce qui donne l’impression d’assister à une performance presque live.

Parmi les titres marquants, on peut citer la chanson éponyme ”Énergie Positive“, véritable hymne à l’optimisme malgré les difficultés, avec un refrain accrocheur et un solo de guitare vibrant. Chaque morceau apporte sa couleur et son ambiance, renforçant la cohérence globale de l’album sans jamais tomber dans la répétition. Un Jour Tu Trouves“ est une longue et jolie ballade que l’on peut retrouver réorchestrée sur l’album ”Brailleur de Fond“ en 2010, ”Rien D'nouveau“ qui connaitra aussi une seconde vie avec un rythme reggae sur l’album ”Nouvel Horizon“ en 2018. Des morceaux comme “Si Tu Voulais Tu Pourrais“ ou ”L’Ascenseur“ sont dans le sens de tout ce qu’il avait composé précédemment. Le dernier titre ”Changer de Quai“ est un boogie rock furieux et réjouissant.

Si ”Énergie Positive” n’a pas forcément rencontré un succès commercial massif dès sa sortie, il a en revanche profondément marqué les amateurs de blues français et contribué à populariser ce genre souvent marginalisé. L’album incarne une forme d’authenticité rare, mêlant engagement personnel et musicalité de haut niveau.

Il a également influencé une génération d’artistes cherchant à conjuguer rigueur musicale et sincérité émotionnelle. Aujourd’hui encore, cet album peut être considéré comme une référence pour comprendre l’évolution du blues et du rock français dans les années 80.

Énergie Positive“ de Bill Deraime est bien plus qu’un simple album, c’est une déclaration d’intention, une invitation à voir le monde avec optimisme et à puiser dans la musique une source inépuisable de force. En alliant des compositions réfléchies, une interprétation vibrante et une production soignée, Bill Deraime offre une œuvre cohérente et attachante, capable de traverser les décennies sans perdre de sa puissance.   

Pour les amateurs de blues et de rock, ou simplement pour ceux qui cherchent une musique sincère et énergisante, ”Énergie Positive“  s’impose donc comme un incontournable à (re)découvrir avec attention.

Bye Bye Mister Blues, bonne retraite.

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mercredi 26 août 2026

ZZ TOP " Tres Hombres " (1973), by "BB" Bruno


Tres Hombres : Frank Beard, Dusty Hill & Billy Gibbons

     Memphis, Tennessee, 1973. Trois hommes aux cheveux longs, aux faces encombrées de pilosités variées, chaussés de bottes mexicaines, de jeans et de chemises de cow-boy, pénètrent, bien décidés, dans le studio "Ardent". Trois Texans qui ont parcouru 565 miles, traversé un état, pour finir leur travail d'enregistrement avec un jeune ingénieur du son qui y travaille. Un Okie, Texan d'adoption, avant que sa famille ne parte s'installer à Memphis. Là, encore adolescent, il se présente chez Stax Records dans l'espoir (fou) qu'on lui offre la chance d'enregistrer sa musique. Il finit, grâce à un concours de circonstances et à Steve Cropper, par devenir ingénieur de son pour Stax.  Un ingénieur qui, à 23 ans, commence à établir sérieusement sa réputation pour son travail de mixage, aux studios "Ardent", sur le "Led Zeppelin III". C'est en particulier ce fait d'arme qui a éveillé l'intérêt des trois Texans. Savoir qu'en plus il a bûché pour Stax Records, a fini par les convaincre d'abandonner leurs sessions dans le studio "Robin Hood", adopté depuis leur premier album, et par faire le déplacement avec tout leur barda pour rejoindre Terry Manning

     La rencontre est déterminante. Non seulement l'entente est bonne, annonçant une collaboration qui va durer, s'étaler sur des années, mais Manning aide aussi les Texans à perfectionner leur son. À lui donner plus de relief et de clarté, tout en le rendant plus percutant. Le résultat est un album énorme. Un monument, une référence pour des générations de musiciens et de simples amateurs. Quasiment une pierre angulaire du Blues-rock. Sur dix morceaux, quatre seront régulièrement repris par des formations de (presque) tout horizon. Parmi ceux-ci, un méga-hit connu par le plus grand nombre. Y compris par des esgourdes qui ne savent même pas d'où il vient. Aujourd'hui encore, il fait régulièrement le tour de la planète, s'infiltrant dans le quotidien de toutes les nations - à travers les radios, le net, les séries, les films et les innombrables reprises et adaptations


   On l'omet (trop) souvent, mais les deux premiers opus, les séminaux "First Album" et "Rio Grand Mud" sont des bombes de blues-rock incandescent, tirant leur essence des entrailles de la Terre mère. Deux galettes du style "chaud-bouillant", qui survolent largement une grande majorité de toute la production du genre sortie ces cinq dernières décennies - et des poussières. Pourtant, pour beaucoup, l'histoire de ce petit groupe issu du Texas ne débute vraiment qu'avec leur troisième essai. Il faut bien admettre qu'outre le méga-hit, - arbre qui cache la forêt -, l'album est chargé de morceaux débordant de feeling et de trouvailles. 

      L'œuvre débute comme un diesel peinant à être amorcé. La batterie hoquète et la gratte force sur le démarreur. "J'ai attendu le bus toute la journée... J'ai reçu mon sac en papier marron et mon salaire net... Ait pitié..." chante sur un ton las un pauvre gars désabusé. "Waitin' For the Bus". Et puis finalement, le bus s'emballe, et surgit alors une vague chaleur de grosse cylindrée prête à mordre l'asphalte. Harmonica saturé et soli enflammés s'enchaînent dans un vent caniculaire brassant sable, poussière et virevoltants (1) du désert de Chihuahua. La température ne baisse pas : sans aucun répit, "Jesus Just Left Chicago" enchaîne sur une basse et une batterie primaires, primitives, sur lesquelles se greffent des accords ouverts de guitare "clean", résonnant jusqu'à plus soif, entrecoupés de quelques chorus crunchy acérés - avec, au fond, une faible slide affligée. Blues poisseux, magistral, saisissant les tripes, le cœur, les marquant à jamais au fer rouge. "Jésus vient de quitter Chicago et il se dirige vers New Orleans. Yeah ! ... Il a fait un jogging à travers le Mississippi. Et bien, l'eau boueuse ("Muddy Water") s'est transformé en vin. Yeah !". L'auteur est un "fin poète", à qui on va bientôt donner le titre de "révérend". 

     Le trio enclenche la quatrième. Dans un chaud duo avec le Révérend, le poussiéreux bassiste prend le micro  pour une ode aux buveurs de bière et fouteurs de m... . Ode aux honky tonks et autres bouges où les soirées sont incertaines. "... Et la foule s'enflamme quand le groupe est au top... Oui, on essaie de cacher la bagarre dans le coin, mais tout va bien parce qu'ils sont juste serrés... Le bar sautait comme un chat sur une plaque chauffante. Seigneur, j'ai cru que le plancher allait s'effondrer". La cadence, soutenue comme une Harley montant dans les tours sur la highway 66, préfigure les groupes de la NWOBHM trempant encore leurs guêtres dans le boogie. Un boogie sale et graisseux de préférence. On ne s'étonnera pas qu'un autre trio, trois Anglais revanchards à l'allure de Hun-Steam-punk, le reprenne sept ans plus tard, sur un Ep du même nom, tant "Beer Drinkers and Hell Raisers" semble sonner comme les débuts de Motörhead (!).

    Sur « Master of Sparks », Billy relate ses conneries de jeunesse ; en l'occurrence la fois où il a fait l’expérience de rentrer dans une cage d'acier bricolée - équipée d'un siège d'aviation - pour s'y faire enfermer et s'y faire traîner à toute vitesse sur la route. Jusqu'à ce que la cage finisse sa course folle dans une gerbe d'étincelles - il faut bien que jeunesse se passe. En dépit d'un pattern de batterie syncopé et trébuchant, Billy parvient à déposer un riff d'intro définitif qui, étrangement, évoque immanquablement une célèbre bande d'Australo-Écossais où gesticule constamment un écolier en culottes courtes ("Let Me Put my Love into You" ? -(2) ). Impression encore plus saisissante lors du break, sur lequel d'ailleurs se révèle un solo, certes des plus brefs, mais pas moins générateur d'étincelles. Encouragé par une slide subliminale larmoyante, Billy chante alors comme un vieillard contrit, confessant ses péchés.


 C'est dans la sobriété qu'on peut mesurer tout le feeling d'un musicien, et non dans l'avalanche de notes. C'est ici le cas avec le slow-blues « Hot, Blues and Righteous », dépouillé au possible. Les instruments se traînent, comme s'ils étaient éreintés, comme si le moindre pas demandait un réel effort. Tandis que le pauvre bougre chante sa peine. Ou plutôt, sa révélation – il paraîtrait que les lascars ne fumaient pas que du tabac... « Chaud, bleu et juste, un ange m'a appelé à l'écart. Chaud, bleu et juste, il m'a dit : « Reste près de moi et je serai ton guide. » J'ai entendu ces mots en fermant les yeux, à genoux. C'était comme une évidence et j'ai compris qu'il m'arrivait quelque chose de bien »

   "Move Me on Down the Line" est solaire, irradiant d'optimisme. Dans leur Ford B 1932, gonflée par un Flathead V8, capillaires et pelage au vent, instruments en main, le trio déboule dans les rues de Houston transmettre la bonne parole. Celle d'un nouveau heavy-blues porteur de saines vibrations ravivant les cœurs les plus moribonds. Même si ici, temporairement, le Blues n'est plus qu'un souvenir ténu, le morceau devant plus à une forme de Pop-rock viril qu'aux douze mesures. Si le Blues demeure la source à laquelle se ressource régulièrement le trio, ce dernier, tout en ne cessant jamais de revendiquer son influence, son héritage, ne se ferme aucune porte - sauf peut-être celle de la médiocrité. L'inclassable "Shiek" confirme cette ouverture, ce besoin de créer d'autres climats, d'autres couleurs et parfums. Une appétence probablement générée par le passé psychédélique au sein des Moving Sidewalk pour Billy, et d'American Blues pour Joe Michael et Frank

   Mais le Blues reste ancré, indéfectiblement lié à l'ADN de ces desperados. Sous une forme ou une autre, chevillé au corps du trio, jamais il ne cessera de revenir. De s'afficher comme une évidence. Dans une veine lourde, heavy, avec "Precious And Grace" (souvenir de deux auto-stoppeuses, plus inquiétantes que mignonnes, embarquées à bord de la Pontiac de Dusty, partit avec son pote Billy, chercher une basse Fender de 1952), et de façon plus traditionnelle avec rythmique paresseuse, slide rouillée; solo en pentatonique mineure (agrémentée de blue notes) et chant de vieux prêcheur, pour "Have You Heard ?". "Have you heard about Jo Ti Mahr ? Yeaaah, yeaaaah, Yeaah ! Well, then you could not be lost ... Have you heard about Heaven ?" Pour certains, le "Jo Ti Mahr" n'est autre que Jésus. Sans oublier, évidemment, le monument, l'imparable méga-hit-delamorkitu qui continue d'imposer sa loi sur la planète et au-delà : "La Grange". Certes, le riff emblématique a été torpillé à John Lee Hooker ("Boogie Chilen"), ou à Slim Harpo ("Shake Your Hips"), - d'ailleurs Billy n'a jamais caché que ce riff n'était qu'une relecture d'un standard du Blues (3) -, mais, entre les mains de ces alchimistes du Blues et du Rock, ça devient autre chose. Une pièce quasi divine, inoxydable, imperméable au temps et aux éléments, touchant la perfection. Le genre de morceau rare qui s'écoute sans faim, inlassablement (j'ai connu un gars qui avait effectué plusieurs enregistrements d'affilés, afin que ça couvre toute la face d'une cassette - ça lui évitait de se lever et revenir en arrière).


 Avec le temps, on ne s'en rend plus vraiment compte, mais en 1973, ce "Tres Hombres" était autant inventif que moderne, tout en restant foncièrement ancré dans les racines de la musique populaire américaine. Plus particulièrement celle du Texas. Le groupe le revendique, tout en encensant le musique et les musiciens du Lone Star State. À ce titre, il ne manquera jamais de glorifier les Lightning Hopkins, Freddie King, T-Bone Walker, Albert Collins, ainsi que le 13th Floor Elevators et de son leader allumé Roky Erickson. (Bien sûr, bien que peut être un brin chauvin, ils n'oublieront pas de mentionner régulièrement MuddyWaters, John Lee Hooker et Elmore James). Au verso de la pochette de l'album, un bandeau affiche "in the fine Texas tradition... ".

     Doucement, progressivement, Billy Gibbons poursuit son exploration des possibilités de la guitare électrique. Toujours à la recherche du son adéquat, tout en restant fermement attaché à une tonalité organique, il crée des sandwichs soniques en empilant jusqu'à trois couches de guitares - où clean , overdrive/fuzz et slide cohabitent -. Pour avoir plus de puissance et d'impact sur ses cordes, il utilise un peso mexicain (biseauté à la main) en guise de plectre - ce qui lui permet de délivrer aisément, à l'envi, une ribambelles de notes sifflées (bien des années avant les abus de Zakk Wylde). Dans ce souci permanent de trouver le timbre juste, il n'hésite pas, pour "La Grange", à faire une infidélité à ses Gibson, en leur préférant une Stratocaster (alors que pendant toute la longue carrière du groupe, et pendant même ses escapades en solo, Gibbons ne semble ne jamais avoir craqué pour une Stratocaster, à l'exception bien sûr pour celle que Jimi Hendrix lui avait offerte. Par contre, il est passé par une période où il faisait une fixette sur les Telecaster. Avec une préférence sur celle des 50's. Et s'il pouvait tomber sur une Broadcaster ou une Esquire, son sang ne faisait qu'un tour). Tandis que Frank Beard, s'il n'est peut être pas ici un maestro en matière de cymbales (sauf peut être sur "Move Me on Down the Line" ?), quand il impose pas un shuffle vivifiant, stimulant ses compères, il ose dérouler des patterns au swing cahoteux ("Master of Sparks", "Precious and Grace", "Shiek") - même si ce n'est pas l'album où son jeu est mis en valeur par la production.

     Indéniablement, "Tres Hombres" fait partie de ces albums phares qui ont marqué leur époque. Des albums qui s'imposent encore comme une référence.


 
Side one




1."Waitin' For the Bus"
  • Gibbons,
  • Hill
2:59
2."Jesus Just Left Chicago"
    • Gibbons,
    • Hill,
    • Beard
3:29
3."Beer Drinkers & Hell Raisers"
  • Gibbons, 
  • Hill, 
  • Beard
3:23
4."Master of Sparks"Gibbons3:33
5."Hot, Blue and Righteous"Gibbons3:14
Side two




1."Move Me on Down the Line"
  • Gibbons, 
  • Hill
2:30
2."Precious and Grace"
  • Gibbons, 
  • Hill, 
  • Beard
3:09
3."La Grange"
  • Gibbons, 
  • Hill, 
  • Beard
3:51
4."Shiek"
  • Gibbons, 
  • Hill
4:04
5."Have You Heard?"
  • Gibbons, 
  • Hill
3:14



   En hommage à Frank Lee Beard, né un 11 juin 1949 au Texas, dans un petit bled du nom de Frankston. Inébranlable métronome de ZZ Top, il rencontre d'abord Michael Joe "Dusty" Hill, avec lequel il joue dans divers groupe dans les années soixante, jusqu'au groupe de Blues-psychédélique American Blues (dans lequel joue également Rocky, le frère de Dusty). Mais, pas pleinement satisfait de ce dernier (qui, aussi, ne lui rapporte que dalle), il saisit l'opportunité de rejoindre William Frederick Gibbons pour jouer dans un style de Blues-rock nettement plus affirmé et solide. Et heavy. L'entente est immédiate - même si la première session entre les deux aurait duré jusqu'à plus soif. Enthousiasmé, il appelle son ami Dusty pour le rejoindre au sein de la mouture définitive de ZZ Top. Inchangée depuis 1969, jusqu'au décès le 27 juillet 2021 de Dusty. Cependant, à l'origine, il s'en est fallu de peu que Frank Beard ne rejoigne pas le projet de Gibbons. En effet, alors que sa petite amie tombe enceinte, il régularise la situation en l'épousant et en raison de revenus trop modestes, il n'a pas d'autre choix que d'intégrer le foyer familial de son épouse. Il doit alors abandonner une carrière musicale qui ne décolle pas et ne rapporte pas assez (que dalle) pour subvenir à une famille. Mais, après l'essai concluant, magique, avec Billy Gibbons, la tentation est irrésistible. Bien lui en a pris. Gibbons dira de lui, que sans son swing et son originalité, "Tres Hombres" n'aurait eu autant d'impact, et en conséquence de succès quasi immédiat. Il est vrai que ce petit truc de jouer, pour "La Grange", sur le cerclage de la caisse claire, donne du piment à l'intro (et au break). Et si ensuite, il se contente d'un shuffle tonique, il impose, avec Dusty, une solide assise sur laquelle Gibbons peut à loisir faire ronronner sa guitare.

     Bien que portant un patronyme signifiant "barbe", il a été le seul membre à n'avoir jamais porté de barbe. Du moins, une vraiment fournie. À ce titre, lorsque les trois ZZ se retrouvent après leurs deux années sabbatiques, à la veille des sessions de "Deguëllo", face à la barbe phénoménale de ses amis, il préfère raser la sienne, hirsute, et qui, en comparaison, paraissait ridicule.

     Frank Lee Beard est décédé le 17 août 2026, chez lui, près de Richmond, dans son ranch où il recevait des soins palliatifs à domicile. La cause précise de son décès est, à ce jour, inconnue, toutefois, cela faisait déjà plusieurs années, qu'il était suivi pour une maladie cardiaque. Peut-être, une conséquence de ses années de dépendance aux drogues (dont l'héroïne), qu'il ne parvint à vaincre dans les années 80 (4). Des trois, c'était le plus discret, et donc le moins disert et médiatisé. Il n'empêche que depuis l'annonce de son décès, les hommages fusent de toutes parts. Même les médias français ne sont manifestés.


(1) Les virevoltants évoqués sont ces petits buissons desséchés qui, déracinés du sol, sont emportés par les vents, roulant en boule sur des terres arides - ils accélère l'érosion et l'aridité des sols. Aux USA, on les nomme Tumbleweed.

(2) Sur cet album, d'autres pièces semblent avoir inspirées les Australiens. "Waitin' for the Bus"pour "Decibel" (album "Black Ice") et "Jesus Just Left Chicago" pour "Ride On".

(3) Et déjà repris de multiple fois pas des groupes de tout horizon - parfois juste pour un long break ou une introduction -, de Canned Heat à MC5.

(4) Ce serait à cause de cette période trouble, où Beard n'était pas toujours en état pour de longues séances de studio, que Dusty et Billy se sont mis à utiliser des boîtes à rythmes pour travailler leurs compositions. Finalement, alors que ce n'était pas le but premier, les machines se sont imposées et sont donc restées sur la version finale d'une poignée de chansons qu'on retrouve sur "Eliminator". Le gros succès de ZZ Top avec des millions de galettes écoulées sur tout le globe (11 millions rien qu'aux States !), quatre singles dans les charts et les clips diffusés non stop.




✨🎸☆ 

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mercredi 8 juillet 2026

Neal BLACK & The Healers " Number 3 Monkey " (2026), by Bruno

 


     Malgré les diktats surpuissants de l'industrie musicale, malgré les formatages et pillages barbares, malgré les grandes radios tenues en laisse, malgré l'absence d'informations et d'actualités musicales télévisées, malgré les difficultés de la vie de musiciens tenant à leur indépendance, malgré tout cela, il y a toujours des résistants qui suffisamment de force de caractère pour ne pas céder à la pression des managers et des labels. Des artistes et musiciens qui ne sont pas éblouis par ce qui brille, qui ne se sont pas prêts à se convertir en marionnette, à sacrifier leur vertu ou leur art pour atteindre un statut de « respectabilité mondaine », avec intronisation dans la « haute société ». Certains préfèrent même retourner à un travail alimentaire plutôt que de pactiser avec le diable et de corrompre leur idéal et leur âme. Pas facile de résister à la tentation. Tant d'artistes ont été sacrifiés sur l'autel de la vanité et de la cupidité.


  Ceux qui, malgré l'adversité, continuent à se produire – peu ou prou – régulièrement se font rares ; plus encore sont ceux qui parviennent à maintenir une production discographique. Mais Neal Black est de ceux là. De plus, bien que son premier long-player remonte tout de même à l'an 93 du vingtième siècle, aucun de ses disques n'est à négliger. Certes, au contraire de certains de ses pairs, sa discographie ne croule pas sous l'abondance, mais elle a le mérite de ne proposer que du bon, du très bon, voire de l'excellent ou du magistral. Il est de ceux qui ne se perdent pas en babillage, en déballages égocentriques, préférant nettement la qualité à la quantité. Neal ne cherche pas à tout prix à occuper l'actualité par des sorties fréquentes - avec le risque de lasser ou de décevoir avec des réalisations inégales, voire bâclées. Toutefois, son premier long silence n'était pas volontaire. En effet, suite à quelques désaccords avec les autorités texanes, plutôt qu'un repos forcé à l'ombre des geôles, il avait préféré se mettre au vert, au Mexique. Le temps que ça se tasse. Ainsi, le titre de son troisième album, "Going Back to Texas", sorti en 2000, est une référence à un retour vers une musique plus roots, plus en phase avec son Texas d'adoption (1) et ses débuts sur la scène régionale dans les années 80, qu'à un réel r
etour physique au pays. Un retour musical, après ses deux premiers disques enregistrés à New-York, et particulièrement électriques et virulents.

     Depuis toujours, le Blues de Neal Black est protéiforme. Suffisamment pour avoir fait grincer les dents de bien des puristes. En particulier à ses débuts où, pour certaines de ses compositions, la frontière avec un hard-rock millésimé 70's pouvait être des plus minces. Pourtant, quelles que soient les terres abordées, Neal est reconnaissable entre mille. Déjà parce qu'il y a cette voix, un rien ténébreuse et profonde, naturellement graveleuse, un peu comme le pendant d'un Howlin' Wolf white - même si la comparaison, récurrente à ses débuts, en a froissé plus d'un. Sinon, pour d'autres, en terme de similarité vocale, c'est Tom Waits qui est évoqué. Sa guitare participe également à cette aura partiellement sombre. Cafardeuse. Qu'elle vocifère sous l'effet d'une overdrive, ou qu'elle morde ou tranche en mode crunchy, elle semble fréquemment traîner un sombre passif - comme une blessure profonde qui aurait marqué son âme. Ce qui ne l'empêche de se transcender et, avec une belle énergie, de déchirer les épais nuages orageux pour laisser les rayons de l'astre darder sur nos esgourdes. Le Blues, quoi... 😊 Neal Black porte bien son patronyme.... même s'il peut se révéler solaire... This is the Blues... ?


   Avec ce dernier album, sorti douze ans après son précédent effort solo, Neal ne déçoit pas. Bien au contraire. Avec ce "Number 3 Monkey", il semble avoir définitivement acquis sérénité et confiance ; une réelle ataraxie. Neal se révélant tel un vieux sage, dont on boit avec délectation les paroles, la force des mots choisis, car jamais (ou peut-être une fois) il ne se perd en babillage ou en emphase.
 
Tout au long de l'album, les titres défilent sans jamais décevoir ou lasser. 

     On retrouve même quelques bons boogie-rock-bluezy énervés et pyromanes, chers à Mister Black. À commencer par la chanson éponyme, au tempo assez enlevé, rock'n'roll texan à fort pouvoir calorifique, tel un V8 boosté dont les pots d'échappement émergeant du capot expectorent les flammes sous les coups nerveux d'accélérateur. Un morceau qui renoue avec le climat du second opus, "Black Power". Plus incendiaire encore, l'instrumental « Truckstop Be Bop » - ha ! Les instrumentaux de Neal nous manquaient -, tisse un improbable décor où la quiétude aride des grands espaces, de Monument Valley, est violemment perturbée par un rallye de hot-rods hétéroclites crachant et fumant, soulevant des monceaux de poussière. Il y a quelque chose de propre aux instrumentaux de Freddie King, mais avec une frénésie du Be-bop et une intensité héritée du heavy-rock (du "Homebound" du Nuge ?). « Dead By Now », lui, est un brin plus funky, dérivant vers New-Orleans pour s'accoquiner avec Bryan Lee. Tandis que « That Money » respire le swamp-rock à la Creedence – où, pour rester dans le Texas, celui d'Omar & the Howlers -, bien soutenu par le « ruine babines » de Nico Wayne Toussaint. Nico qui illumine, avec la classe qu'on lui connait, cinq morceaux de l'album.

     Neal nous sert aussi quelques mets plus tendres. Notamment avec le nonchalant, « Choose Your Poison », un "Blues latin urbain", qui retrouve le chemin qu'avait essayé de paver un certain Tino Gonzales.  

     Neal possède ce don de composer des morceaux aux parfums particuliers, où se fondent country, blues, rock, tex-mex, parfois même jazz (par l'usage de certaines tonalités et accords). Certes, l'héritage Texan est palpable, mais depuis ses débuts discographiques, il n'a jamais cherché à coller à un genre particulier, préférant tracer son propre chemin. À l'image de  l'introspectif « Mellow Moon Melody », un doux instrumental évoluant telle une ballade nocturne lors d'une douce nuit de pleine lune d'un été torride ; une invitation à la contemplation. Ou encore de « His Last Song », au tempérament de ballade à la Bob Seger, qui aurait convenu comme un gant à feu Calvin Russell

     Au milieu, Neal glisse les deux seules reprises de l'album, deux excellents country-blues. Un « Devil Got My Woman » de Skip James, magnifié par deux grattes roots - avec le renfort de la chanteuse guitariste Janet Martin, avec qui Neal a effectué quelques petites tournées européennes -, et un « No Way to Get Along » du révérend Robert Wilkinsdans une version nettement plus orchestrée, mais respectant le tempo, l'entrain guilleret et optimiste d'origine (2).

     Visiblement, ce bon vieux Neal Black n'a rien perdu de sa pertinence et de sa force. Si la voix est un brin moins abrasive, sa guitare a gardé toute son intensité et sa sensibilité à fleur de peau, pouvant se révéler mélodique même dans les plans les plus fiévreux - quelque part comme une fusion entre Rory Gallagher et Freddie King, couplée à un tranchant parfois pas très éloigné d'un Roy Buchanan. Neal est parfaitement secondé par l'incontournable Mike Latrell (longtemps quasi inséparable de Popa Chubby),  habillant subtilement les pièces de nappes d'orgue ou pimentant le propos de ligne de piano honky-tonk. Ainsi que par le batteur Denis Palatin, un fidèle des séances de Ruf Records (Ana Popovic, Anthony Gomes, Dani Wilde et tout récemment Laura Chavez pour un très bon album instrumental) qui a pas mal bossé pour Fred Chapellier, tout comme le bassiste Abder Benachour.


(1) Neal Black est né à Washington, mais c'est le Texas, où ses parents se sont installés alors qu'il était enfant, qui fait son éducation. C'est dans ce vaste état qu'il apprend et fait ses (longs) débuts dans la musique. C'est logiquement le rock et le blues du Lone Star State qui a marqué à jamais sa musique.  

(2) Une chanson généralement plus connue grâce à la version des Rolling Stones, rebaptisée "Prodigal Son", que l'on trouve sur le remarquable album "Beggar's Banquet" de 1968.




🎼
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👉  B. T. C. Blues Revue  " Live And More " (2012) - avec Nico Way Toussaint et Fred Chapellier

mercredi 17 juin 2026

STOCKS " Flashback Station " (2026), by Bruno


     Sur un territoire qui n'est pas spécialement rock'n'roll - par faute de médias condescendants, voire parfois méprisants, préférant la chansonnette niaise et redondante - essayer de faire carrière en jouant cette musique relève généralement de la gageure. Guère facile dans un pays où initialement le rock était relégué à la chanson plus ou moins comique. Depuis, malgré les ans, il semble encore demeurer une forme de dédain affiché - de moquerie - chez les médias mainstream. Comme s'il s'agissait d'un autre monde incompréhensible sorti tout droit d'un comics-book pour pré-ado. Évidemment, a contrario, lorsque ces mêmes personnes reçoivent un chanteur et/ou un musicien qui écoule des brassées entières de skeuds de par le monde, affichant un compte en banque maousse costaud, l'attitude peut radicalement changer jusqu'à la transformation en carpette ou en lustreuse de bottes. Ainsi, malgré les efforts d'irréductibles passionnés, le pays-des-fromages-qui-puent peut s'avérer être une terre aride pour les paladins et les pèlerins du Rock. Une terre certes jalonnée de quelques éphémères oasis temporelles, mais d'une proportion trop minime pour avoir raison de la pugnacité et de la santé de nombreux aspirants.

     Tant de groupes et de musiciens du cru, porteurs d'espoir avec quelques disques bien accueillis dans les années 70 et 80, qui ont dû se résigner en se convertissant en tant que musiciens de studio, d'accompagnateurs de chanteurs de variété ou d'émission de télévision, quand tant d'autres ont dû raccrocher.


   Néanmoins, quelques résistants s'obstinent, persistent à jouer leur musique. Même si pour cela, ils doivent conjuguer avec un ("vrai") boulot, et se contenter de clubs, de petites salles, d'une place exiguë dans des bars vétustes saturés d'humidité. Qu'importe. Qu'importe si les anciens amis et collègues qui ont su se frayer une place dans la "jet set" ou la "haute société" les ont oubliés, leur ont tourné le dos. Qu'importe tant qu'une fois encore, ils peuvent se laisser porter par les vibrations de leur musique et communiquer avec le public, aussi restreint soit-il. Qu'importe s'ils doivent dorénavant se contenter d'un public dérisoire en comparaison avec leurs années fastes. Car on l'oublie souvent, mais le but d'un artiste authentique, n'est pas de faire du blé, même s'il ne crache pas dessus, mais c'est avant tout de pouvoir donner vie à sa vision, à sa passion. 

     On a eu la bonne surprise de voir les vieux comparses Moho et Vivi (Mohamed Chemlakh et Yves Brusco) surgir avec un très bon album qui fait du bien aux esgourdes et au moral, "Komando" ; mais hélas, les vieux briscards semblent avoir de nouveau disparu (1). Plus récemment, Ganafoul est revenu en force, bien décidé à rattraper le temps perdu avec un "Dangerous Times" aux petits oignons. Aujourd'hui, c'est l'inattendu retour d'un trio qui avait cassé la baraque dans les années 80 avec un premier album live, sans fioritures, qui avait réussi l'exploit de séduire même les radios - des stations de radio qui semblaient alors moins cadenassées. Notons au passage, que l'équipe d'Éric Coubard a ressorti l'année dernière l'épatant second opus de Speed Queen.

     Aujourd'hui, c'est une bonne surprise avec le retour discographique de Stocks. Le groupe de l'infatigable Christophe Marquilly marque son retour avec une nouvelle galette : "Flashback Station". Stocks, ce trio lillois qui, en dépit d'une discographie des plus minces, a réussi à marquer les mémoires, à traverser les âges jusqu'à devenir quasi mythique. La raison ? Un premier album en 1982 enregistré en public, qui a réussi l'exploit de squatter les ondes pendant une bonne partie des années 80. Un album qui, par son assise, son assurance, sa fraîcheur, tranchait avec une bonne partie de la scène nationale (qui ne manquait pourtant pas d'énergie et d'optimisme). Autre raison : un très bon second album, "Éclats de Rock", plébiscité par la presse et les radios. Bien qu'une partie des fans regrette que le trio en version studio ne soit pas aussi graisseux que sur scène, elle ne tourne pas le dos à ce trio lillois qui a su générer un fort - et quasi indéfectible - facteur de sympathie. 


   Malheureusement, cette seconde galette est difficile à dénicher. La major CBS, - l'agence française -, qui, d'apparence, s'était pourtant assez investi dans le rock français, ne paraît plus vouloir se sortir les doigts du... nez. Comme si dorénavant, elle avait d'autres priorités, ou qu'elle avait effectué un licenciement massif du contingent franchouillard. Ainsi, non seulement il faut s'armer de patience pour dénicher le deuxième album, mais le troisième album ne sort pas. Malgré des séances d'enregistrement déjà effectuées et un 45 tours sur le marché (produit par Norbert "Nono" Krief). Pourtant, Stocks a été l'un des rares groupes rock français à avoir pu effectuer une petite tournée aux USA - une tournée, et non une date à New-York ou Vegas. De son côté, avec honnêteté, Marquilly concédera qu'il aurait probablement dû être plus présent auprès des médias, et même des maisons d'édition, mais que ce n'était pas du tout son truc. Enfin, lui, c'est un musicien, pas un acteur, encore moins un commercial. Désabusé, et peu en phase avec la nouvelle génération "rock" nationale, Marquilly se fait plus discret. Il semble ne plus se faire d'illusions sur l'industrie musicale, ses promesses, ses duperies - ce miroir aux alouettes. L'espoir de vivre de sa musique, d'enregistrer des disques sans devoir se battre contre des moulins à vents, s'est envolé. 

     Mais Marquilly ne peut se résoudre à raccrocher. Ainsi, que se soit sous son propre nom, ou en réveillant "Stocks", il va continuer à se produire sur scène. Certes, sans la régularité des années 80, loin de là. Un troisième opus, sobrement baptisé " Trois (3°) ", sort même en 2002. Toutefois, arriver à le dénicher relève d'une véritable chasse au trésor. Parallèlement, Christophe Marquilly ne se refuse pas le plaisir de réaliser des disques - fort recommandables - sous son nom où il développe une facette acoustique de très bon aloi (superbe "Jeremiah Johnson"). Hélas, une fois encore, Marquilly souffre d'une absence manifeste d'appui et de distribution, devant se résigner à vendre ses quelques disques via son propre site. Son franc-parler, sa difficulté à "se vendre" (et à faire des courbettes), n'aident guère pour se faire une place dans un milieu où, généralement, l'aspect artistique et l'authenticité sont totalement superfétatoires. Et puis, il y a le groupe Outsliders, une formation sans prétention, vouée aux reprises de Blues-rock.


 Enfin, il y a peu, la vieille machine "Stocks" finit par être sérieusement relancée. Le label français Bad Reputation Records en profite pour sortir une réédition du "Trois (3) ". Entre le retour encourageant des ventes et des médias (indépendants) qui braquent leurs projecteurs sur le trio, c'était le moment opportun pour réaliser un nouveau disque. Un quatrième et inespéré album de Stocks. Cet album, "Flashback Station", ne déçoit pas, au contraire, se révélant même meilleur que la précédente cuvée. On le sait, Marquilly n'en a rien à carrer des modes, des tendances. Même s'il n'est pas sourd à la nouveauté, pas question de se plier à une "actualité", juste pour rentrer dans le rang. Ce qui le branche, depuis toujours, principalement, c'est le Blues-rock. Avec une forte préférence pour ZZ-Top, Johnny Winter et Rory Gallagher. 

     L'album est dans la continuité du savoureux bonus, sous forme d'un CD de trois chansons, qu'a accolé Bad Reputation à la réédition du " Trois (3°) ". Trois chansons de Blues-rock juteux, qui sentent bon le cambouis et les vapeurs d'essence - et qu'on retrouve avec plaisir sur ce quatrième album. Une bonne chose parce que le CD, avec cette tonalité plus adipeuse que jamais, mettait suffisamment l'eau à la bouche pour qu'on en veuille encore plus. C'est chose faite. Thanks 👍 ! Une orientation plus graisseuse donc, au timbre généralement plus Gibson que Fender, bordé de chaudes saturations évoquant bien des fois celles prisées par le Révérend Billy F. Gibbons. "Flash-Back" - nouvelle version nettement plus charnue que celle de l'album "Éclats de Rock" - est probablement la pièce la plus franchement marquée ZZ-Top, cependant, pour faire la différence, Marquilly dégaine son harmonica pour des phrases des plus fumantes (smokin' !). La petite troupe, très sûre d'elle, enfonce carrément le clou avec une version de "La Grange" - en français. Une version bluffante, qui fait honneur à l'originale et qui permet à Christophe Marquilly de remettre les pendules à l'heure, de démontrer qu'il est un guitariste solide, qui sait donner de l'âme à son jeu. Alors oui, il est loin des tendances noisy ou de celles d'un jeu pyrotechnique gavé de néo classisme joué à fond les manettes - ce qui de toutes façons serait hors de propos -, mais Christophe joue de la guitare, fort bien, et ne fait pas dans la démonstration/compétition sportive. Son truc à lui, c'est le Blues et les groupes qui s'en sont nourri pour en faire quelque chose de dur et âpre. Et en la matière, le Christophe assure comme un maître. Pas d'esbrouffe, juste de la musique sincère jusqu'au bout des ongles.


   Mais il ne faudrait surtout pas limiter Stocks, dernière cuvée, à un ZZ-Top français, ou même juste un simple groupe de heavy-boogie-blues. Car ce "little ol' band from Lille" réserve quelques judicieuses surprises. À commencer par "C'était Mieux Avant" où il s'amuse s'amuser à insérer le lick de "Gone Shootin' " des frères Young, avec en sus deux p'tits soli d'inspiration "Angus". Ou encore, sur "Ma Copine Solitude", d'embrasser des tonalités et un rythme proche de Chris Réa. Tandis que "Tony Joe" - hommage à peine voilé à Tony Joe White - rappelle qu'il fut un temps où Stocks était considéré comme Le groupe français de rock-sudiste - même si cette chanson évoque aussi la patte de Gildas Arzel (un pote de Christophe, d'ailleurs). Tout comme sur le bel instrumental crépusculaire "Rain On Blood", où sur un lit de cordes étirées et un poil timorées, Marquilly tisse un voile de nostalgie et de mélancolie, accusant le lourd poids des ans charriant péniblement regrets et déceptions.

     Par contre, bien plus surprenant, Marquilly fricote un bref instant avec le Rap - si, si, mais à la sauce rock'n'roll, évidemment - pour habiller une diatribe sans fard, mais dépourvue de grossièreté (sauf si on considère "petit Prince de Pandémonium" comme telle), contre un chef d'État. "Rap 'N' Roll" tranche radicalement avec le ton de l'album, peut-être pour mettre plus en lumière sa colère. D'ailleurs, sur d'autres chansons aussi, sans jamais se laisser aller à la vindicte, sans "cracher à la gueule de tout ce système", Marquilly lâche tranquillement, sans haine, ses vérités, ses inquiétudes, ses incompréhension face à une société d'apparence en ébullition. Des paroles qui, si on y prête attention, risquent de froisser. Entre autre, le boogie-hard "Oligarque" - qui n'est pas bien méchant, on a fait pire - pourrait fâcher, ou cliver. De toutes façons, qu'a t-il à craindre ? Ne pas passer à la télé, ou sur les "grandes" radios françaises - qui depuis des lustres ne font que promouvoir leurs intérêts à travers les "artistes" maison - ? Très certainement qu'à l'évocation de l'idée, il s'étouffe de rire... 

     Le temps nous le dira, mais il semblerait que ce " Flashback Station " s'avère être ce que Christophe Marquilly, avec Stocks ou sous son nom, ait fait de mieux en studio. 


P.S. : En espérant que Bad Reputation se penche bientôt sur le cas Willcox.


(1) Depuis peu, ils jouerait avec un certain Norbert... pour le plaisir


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