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mercredi 8 juillet 2026

Neal BLACK & The Healers " Number 3 Monkey " (2026), by Bruno

 


     Malgré les diktats surpuissants de l'industrie musicale, malgré les formatages et pillages barbares, malgré les grandes radios tenues en laisse, malgré l'absence d'informations et d'actualités musicales télévisées, malgré les difficultés de la vie de musiciens tenant à leur indépendance, malgré tout cela, il y a toujours des résistants qui suffisamment de force de caractère pour ne pas céder à la pression des managers et des labels. Des artistes et musiciens qui ne sont pas éblouis par ce qui brille, qui ne se sont pas prêts à se convertir en marionnette, à sacrifier leur vertu ou leur art pour atteindre un statut de « respectabilité mondaine », avec intronisation dans la « haute société ». Certains préfèrent même retourner à un travail alimentaire plutôt que de pactiser avec le diable et de corrompre leur idéal et leur âme. Pas facile de résister à la tentation. Tant d'artistes ont été sacrifiés sur l'autel de la vanité et de la cupidité.


  Ceux qui, malgré l'adversité, continuent à se produire – peu ou prou – régulièrement se font rares ; plus encore sont ceux qui parviennent à maintenir une production discographique. Mais Neal Black est de ceux là. De plus, bien que son premier long-player remonte tout de même à l'an 93 du vingtième siècle, aucun de ses disques n'est à négliger. Certes, au contraire de certains de ses pairs, sa discographie ne croule pas sous l'abondance, mais elle a le mérite de ne proposer que du bon, du très bon, voire de l'excellent ou du magistral. Il est de ceux qui ne se perdent pas en babillage, en déballages égocentriques, préférant nettement la qualité à la quantité. Neal ne cherche pas à tout prix à occuper l'actualité par des sorties fréquentes - avec le risque de lasser ou de décevoir avec des réalisations inégales, voire bâclées. Toutefois, son premier long silence n'était pas volontaire. En effet, suite à quelques désaccords avec les autorités texanes, plutôt qu'un repos forcé à l'ombre des geôles, il avait préféré se mettre au vert, au Mexique. Le temps que ça se tasse. Ainsi, le titre de son troisième album, "Going Back to Texas", sorti en 2000, est une référence à un retour vers une musique plus roots, plus en phase avec son Texas d'adoption (1) et ses débuts sur la scène régionale dans les années 80, qu'à un réel r
etour physique au pays. Un retour musical, après ses deux premiers disques enregistrés à New-York, et particulièrement électriques et virulents.

     Depuis toujours, le Blues de Neal Black est protéiforme. Suffisamment pour avoir fait grincer les dents de bien des puristes. En particulier à ses débuts où, pour certaines de ses compositions, la frontière avec un hard-rock millésimé 70's pouvait être des plus minces. Pourtant, quelles que soient les terres abordées, Neal est reconnaissable entre mille. Déjà parce qu'il y a cette voix, un rien ténébreuse et profonde, naturellement graveleuse, un peu comme le pendant d'un Howlin' Wolf white - même si la comparaison, récurrente à ses débuts, en a froissé plus d'un. Sinon, pour d'autres, en terme de similarité vocale, c'est Tom Waits qui est évoqué. Sa guitare participe également à cette aura partiellement sombre. Cafardeuse. Qu'elle vocifère sous l'effet d'une overdrive, ou qu'elle morde ou tranche en mode crunchy, elle semble fréquemment traîner un sombre passif - comme une blessure profonde qui aurait marqué son âme. Ce qui ne l'empêche de se transcender et, avec une belle énergie, de déchirer les épais nuages orageux pour laisser les rayons de l'astre darder sur nos esgourdes. Le Blues, quoi... 😊 Neal Black porte bien son patronyme.... même s'il peut se révéler solaire... This is the Blues... ?


   Avec ce dernier album, sorti douze ans après son précédent effort solo, Neal ne déçoit pas. Bien au contraire. Avec ce "Number 3 Monkey", il semble avoir définitivement acquis sérénité et confiance ; une réelle ataraxie. Neal se révélant tel un vieux sage, dont on boit avec délectation les paroles, la force des mots choisis, car jamais (ou peut-être une fois) il ne se perd en babillage ou en emphase.
 
Tout au long de l'album, les titres défilent sans jamais décevoir ou lasser. 

     On retrouve même quelques bons boogie-rock-bluezy énervés et pyromanes, chers à Mister Black. À commencer par la chanson éponyme, au tempo assez enlevé, rock'n'roll texan à fort pouvoir calorifique, tel un V8 boosté dont les pots d'échappement émergeant du capot expectorent les flammes sous les coups nerveux d'accélérateur. Un morceau qui renoue avec le climat du second opus, "Black Power". Plus incendiaire encore, l'instrumental « Truckstop Be Bop » - ha ! Les instrumentaux de Neal nous manquaient -, tisse un improbable décor où la quiétude aride des grands espaces, de Monument Valley, est violemment perturbée par un rallye de hot-rods hétéroclites crachant et fumant, soulevant des monceaux de poussière. Il y a quelque chose de propre aux instrumentaux de Freddie King, mais avec une frénésie du Be-bop et une intensité héritée du heavy-rock (du "Homebound" du Nuge ?). « Dead By Now », lui, est un brin plus funky, dérivant vers New-Orleans pour s'accoquiner avec Bryan Lee. Tandis que « That Money » respire le swamp-rock à la Creedence – où, pour rester dans le Texas, celui d'Omar & the Howlers -, bien soutenu par le « ruine babines » de Nico Wayne Toussaint. Nico qui illumine, avec la classe qu'on lui connait, cinq morceaux de l'album.

     Neal nous sert aussi quelques mets plus tendres. Notamment avec le nonchalant, « Choose Your Poison », un "Blues latin urbain", qui retrouve le chemin qu'avait essayé de paver un certain Tino Gonzales.  

     Neal possède ce don de composer des morceaux aux parfums particuliers, où se fondent country, blues, rock, tex-mex, parfois même jazz (par l'usage de certaines tonalités et accords). Certes, l'héritage Texan est palpable, mais depuis ses débuts discographiques, il n'a jamais cherché à coller à un genre particulier, préférant tracer son propre chemin. À l'image de  l'introspectif « Mellow Moon Melody », un doux instrumental évoluant telle une ballade nocturne lors d'une douce nuit de pleine lune d'un été torride ; une invitation à la contemplation. Ou encore de « His Last Song », au tempérament de ballade à la Bob Seger, qui aurait convenu comme un gant à feu Calvin Russell

     Au milieu, Neal glisse les deux seules reprises de l'album, deux excellents country-blues. Un « Devil Got My Woman » de Skip James, magnifié par deux grattes roots - avec le renfort de la chanteuse guitariste Janet Martin, avec qui Neal a effectué quelques petites tournées européennes -, et un « No Way to Get Along » du révérend Robert Wilkinsdans une version nettement plus orchestrée, mais respectant le tempo, l'entrain guilleret et optimiste d'origine (2).

     Visiblement, ce bon vieux Neal Black n'a rien perdu de sa pertinence et de sa force. Si la voix est un brin moins abrasive, sa guitare a gardé toute son intensité et sa sensibilité à fleur de peau, pouvant se révéler mélodique même dans les plans les plus fiévreux - quelque part comme une fusion entre Rory Gallagher et Freddie King, couplée à un tranchant parfois pas très éloigné d'un Roy Buchanan. Neal est parfaitement secondé par l'incontournable Mike Latrell (longtemps quasi inséparable de Popa Chubby),  habillant subtilement les pièces de nappes d'orgue ou pimentant le propos de ligne de piano honky-tonk. Ainsi que par le batteur Denis Palatin, un fidèle des séances de Ruf Records (Ana Popovic, Anthony Gomes, Dani Wilde et tout récemment Laura Chavez pour un très bon album instrumental) qui a pas mal bossé pour Fred Chapellier, tout comme le bassiste Abder Benachour.


(1) Neal Black est né à Washington, mais c'est le Texas, où ses parents se sont installés alors qu'il était enfant, qui fait son éducation. C'est dans ce vaste état qu'il apprend et fait ses (longs) débuts dans la musique. C'est logiquement le rock et le blues du Lone Star State qui a marqué à jamais sa musique.  

(2) Une chanson généralement plus connue grâce à la version des Rolling Stones, rebaptisée "Prodigal Son", que l'on trouve sur le remarquable album "Beggar's Banquet" de 1968.




🎼
Autres articles / Neal BLACK (liens) : 
👉  B. T. C. Blues Revue  " Live And More " (2012) - avec Nico Way Toussaint et Fred Chapellier

mercredi 17 juin 2026

STOCKS " Flashback Station " (2026), by Bruno


     Sur un territoire qui n'est pas spécialement rock'n'roll - par faute de médias condescendants, voire parfois méprisants, préférant la chansonnette niaise et redondante - essayer de faire carrière en jouant cette musique relève généralement de la gageure. Guère facile dans un pays où initialement le rock était relégué à la chanson plus ou moins comique. Depuis, malgré les ans, il semble encore demeurer une forme de dédain affiché - de moquerie - chez les médias mainstream. Comme s'il s'agissait d'un autre monde incompréhensible sorti tout droit d'un comics-book pour pré-ado. Évidemment, a contrario, lorsque ces mêmes personnes reçoivent un chanteur et/ou un musicien qui écoule des brassées entières de skeuds de par le monde, affichant un compte en banque maousse costaud, l'attitude peut radicalement changer jusqu'à la transformation en carpette ou en lustreuse de bottes. Ainsi, malgré les efforts d'irréductibles passionnés, le pays-des-fromages-qui-puent peut s'avérer être une terre aride pour les paladins et les pèlerins du Rock. Une terre certes jalonnée de quelques éphémères oasis temporelles, mais d'une proportion trop minime pour avoir raison de la pugnacité et de la santé de nombreux aspirants.

     Tant de groupes et de musiciens du cru, porteurs d'espoir avec quelques disques bien accueillis dans les années 70 et 80, qui ont dû se résigner en se convertissant en tant que musiciens de studio, d'accompagnateurs de chanteurs de variété ou d'émission de télévision, quand tant d'autres ont dû raccrocher.


   Néanmoins, quelques résistants s'obstinent, persistent à jouer leur musique. Même si pour cela, ils doivent conjuguer avec un ("vrai") boulot, et se contenter de clubs, de petites salles, d'une place exiguë dans des bars vétustes saturés d'humidité. Qu'importe. Qu'importe si les anciens amis et collègues qui ont su se frayer une place dans la "jet set" ou la "haute société" les ont oubliés, leur ont tourné le dos. Qu'importe tant qu'une fois encore, ils peuvent se laisser porter par les vibrations de leur musique et communiquer avec le public, aussi restreint soit-il. Qu'importe s'ils doivent dorénavant se contenter d'un public dérisoire en comparaison avec leurs années fastes. Car on l'oublie souvent, mais le but d'un artiste authentique, n'est pas de faire du blé, même s'il ne crache pas dessus, mais c'est avant tout de pouvoir donner vie à sa vision, à sa passion. 

     On a eu la bonne surprise de voir les vieux comparses Moho et Vivi (Mohamed Chemlakh et Yves Brusco) surgir avec un très bon album qui fait du bien aux esgourdes et au moral, "Komando" ; mais hélas, les vieux briscards semblent avoir de nouveau disparu (1). Plus récemment, Ganafoul est revenu en force, bien décidé à rattraper le temps perdu avec un "Dangerous Times" aux petits oignons. Aujourd'hui, c'est l'inattendu retour d'un trio qui avait cassé la baraque dans les années 80 avec un premier album live, sans fioritures, qui avait réussi l'exploit de séduire même les radios - des stations de radio qui semblaient alors moins cadenassées. Notons au passage, que l'équipe d'Éric Coubard a ressorti l'année dernière l'épatant second opus de Speed Queen.

     Aujourd'hui, c'est une bonne surprise avec le retour discographique de Stocks. Le groupe de l'infatigable Christophe Marquilly marque son retour avec une nouvelle galette : "Flashback Station". Stocks, ce trio lillois qui, en dépit d'une discographie des plus minces, a réussi à marquer les mémoires, à traverser les âges jusqu'à devenir quasi mythique. La raison ? Un premier album en 1982 enregistré en public, qui a réussi l'exploit de squatter les ondes pendant une bonne partie des années 80. Un album qui, par son assise, son assurance, sa fraîcheur, tranchait avec une bonne partie de la scène nationale (qui ne manquait pourtant pas d'énergie et d'optimisme). Autre raison : un très bon second album, "Éclats de Rock", plébiscité par la presse et les radios. Bien qu'une partie des fans regrette que le trio en version studio ne soit pas aussi graisseux que sur scène, elle ne tourne pas le dos à ce trio lillois qui a su générer un fort - et quasi indéfectible - facteur de sympathie. 


   Malheureusement, cette seconde galette est difficile à dénicher. La major CBS, - l'agence française -, qui, d'apparence, s'était pourtant assez investi dans le rock français, ne paraît plus vouloir se sortir les doigts du... nez. Comme si dorénavant, elle avait d'autres priorités, ou qu'elle avait effectué un licenciement massif du contingent franchouillard. Ainsi, non seulement il faut s'armer de patience pour dénicher le deuxième album, mais le troisième album ne sort pas. Malgré des séances d'enregistrement déjà effectuées et un 45 tours sur le marché (produit par Norbert "Nono" Krief). Pourtant, Stocks a été l'un des rares groupes rock français à avoir pu effectuer une petite tournée aux USA - une tournée, et non une date à New-York ou Vegas. De son côté, avec honnêteté, Marquilly concédera qu'il aurait probablement dû être plus présent auprès des médias, et même des maisons d'édition, mais que ce n'était pas du tout son truc. Enfin, lui, c'est un musicien, pas un acteur, encore moins un commercial. Désabusé, et peu en phase avec la nouvelle génération "rock" nationale, Marquilly se fait plus discret. Il semble ne plus se faire d'illusions sur l'industrie musicale, ses promesses, ses duperies - ce miroir aux alouettes. L'espoir de vivre de sa musique, d'enregistrer des disques sans devoir se battre contre des moulins à vents, s'est envolé. 

     Mais Marquilly ne peut se résoudre à raccrocher. Ainsi, que se soit sous son propre nom, ou en réveillant "Stocks", il va continuer à se produire sur scène. Certes, sans la régularité des années 80, loin de là. Un troisième opus, sobrement baptisé " Trois (3°) ", sort même en 2002. Toutefois, arriver à le dénicher relève d'une véritable chasse au trésor. Parallèlement, Christophe Marquilly ne se refuse pas le plaisir de réaliser des disques - fort recommandables - sous son nom où il développe une facette acoustique de très bon aloi (superbe "Jeremiah Johnson"). Hélas, une fois encore, Marquilly souffre d'une absence manifeste d'appui et de distribution, devant se résigner à vendre ses quelques disques via son propre site. Son franc-parler, sa difficulté à "se vendre" (et à faire des courbettes), n'aident guère pour se faire une place dans un milieu où, généralement, l'aspect artistique et l'authenticité sont totalement superfétatoires. Et puis, il y a le groupe Outsliders, une formation sans prétention, vouée aux reprises de Blues-rock.


 Enfin, il y a peu, la vieille machine "Stocks" finit par être sérieusement relancée. Le label français Bad Reputation Records en profite pour sortir une réédition du "Trois (3) ". Entre le retour encourageant des ventes et des médias (indépendants) qui braquent leurs projecteurs sur le trio, c'était le moment opportun pour réaliser un nouveau disque. Un quatrième et inespéré album de Stocks. Cet album, "Flashback Station", ne déçoit pas, au contraire, se révélant même meilleur que la précédente cuvée. On le sait, Marquilly n'en a rien à carrer des modes, des tendances. Même s'il n'est pas sourd à la nouveauté, pas question de se plier à une "actualité", juste pour rentrer dans le rang. Ce qui le branche, depuis toujours, principalement, c'est le Blues-rock. Avec une forte préférence pour ZZ-Top, Johnny Winter et Rory Gallagher. 

     L'album est dans la continuité du savoureux bonus, sous forme d'un CD de trois chansons, qu'a accolé Bad Reputation à la réédition du " Trois (3°) ". Trois chansons de Blues-rock juteux, qui sentent bon le cambouis et les vapeurs d'essence - et qu'on retrouve avec plaisir sur ce quatrième album. Une bonne chose parce que le CD, avec cette tonalité plus adipeuse que jamais, mettait suffisamment l'eau à la bouche pour qu'on en veuille encore plus. C'est chose faite. Thanks 👍 ! Une orientation plus graisseuse donc, au timbre généralement plus Gibson que Fender, bordé de chaudes saturations évoquant bien des fois celles prisées par le Révérend Billy F. Gibbons. "Flash-Back" - nouvelle version nettement plus charnue que celle de l'album "Éclats de Rock" - est probablement la pièce la plus franchement marquée ZZ-Top, cependant, pour faire la différence, Marquilly dégaine son harmonica pour des phrases des plus fumantes (smokin' !). La petite troupe, très sûre d'elle, enfonce carrément le clou avec une version de "La Grange" - en français. Une version bluffante, qui fait honneur à l'originale et qui permet à Christophe Marquilly de remettre les pendules à l'heure, de démontrer qu'il est un guitariste solide, qui sait donner de l'âme à son jeu. Alors oui, il est loin des tendances noisy ou de celles d'un jeu pyrotechnique gavé de néo classisme joué à fond les manettes - ce qui de toutes façons serait hors de propos -, mais Christophe joue de la guitare, fort bien, et ne fait pas dans la démonstration/compétition sportive. Son truc à lui, c'est le Blues et les groupes qui s'en sont nourri pour en faire quelque chose de dur et âpre. Et en la matière, le Christophe assure comme un maître. Pas d'esbrouffe, juste de la musique sincère jusqu'au bout des ongles.


   Mais il ne faudrait surtout pas limiter Stocks, dernière cuvée, à un ZZ-Top français, ou même juste un simple groupe de heavy-boogie-blues. Car ce "little ol' band from Lille" réserve quelques judicieuses surprises. À commencer par "C'était Mieux Avant" où il s'amuse s'amuser à insérer le lick de "Gone Shootin' " des frères Young, avec en sus deux p'tits soli d'inspiration "Angus". Ou encore, sur "Ma Copine Solitude", d'embrasser des tonalités et un rythme proche de Chris Réa. Tandis que "Tony Joe" - hommage à peine voilé à Tony Joe White - rappelle qu'il fut un temps où Stocks était considéré comme Le groupe français de rock-sudiste - même si cette chanson évoque aussi la patte de Gildas Arzel (un pote de Christophe, d'ailleurs). Tout comme sur le bel instrumental crépusculaire "Rain On Blood", où sur un lit de cordes étirées et un poil timorées, Marquilly tisse un voile de nostalgie et de mélancolie, accusant le lourd poids des ans charriant péniblement regrets et déceptions.

     Par contre, bien plus surprenant, Marquilly fricote un bref instant avec le Rap - si, si, mais à la sauce rock'n'roll, évidemment - pour habiller une diatribe sans fard, mais dépourvue de grossièreté (sauf si on considère "petit Prince de Pandémonium" comme telle), contre un chef d'État. "Rap 'N' Roll" tranche radicalement avec le ton de l'album, peut-être pour mettre plus en lumière sa colère. D'ailleurs, sur d'autres chansons aussi, sans jamais se laisser aller à la vindicte, sans "cracher à la gueule de tout ce système", Marquilly lâche tranquillement, sans haine, ses vérités, ses inquiétudes, ses incompréhension face à une société d'apparence en ébullition. Des paroles qui, si on y prête attention, risquent de froisser. Entre autre, le boogie-hard "Oligarque" - qui n'est pas bien méchant, on a fait pire - pourrait fâcher, ou cliver. De toutes façons, qu'a t-il à craindre ? Ne pas passer à la télé, ou sur les "grandes" radios françaises - qui depuis des lustres ne font que promouvoir leurs intérêts à travers les "artistes" maison - ? Très certainement qu'à l'évocation de l'idée, il s'étouffe de rire... 

     Le temps nous le dira, mais il semblerait que ce " Flashback Station " s'avère être ce que Christophe Marquilly, avec Stocks ou sous son nom, ait fait de mieux en studio. 


P.S. : En espérant que Bad Reputation se penche bientôt sur le cas Willcox.


(1) Depuis peu, ils jouerait avec un certain Norbert... pour le plaisir


🎶👜
👉 Stocks " C'est le Nooord " 👉 Christophe MARQUILLY " Absurde " (2013) 👉  Christophe MARQUILLY, l'interview (2014)

mercredi 10 juin 2026

The ALLMAN BROTHERS Band " First - same " (1969), By Brother Bruno




   Où, quand et avec qui débute la longue et riche histoire du southern-rock ? Certains s’empresseront de mettre en avant
Lynyrd Skynyrd, d’autant que ses origines remontent aux années soixante. Précisément en 1964. Mais à l’époque ce n’étaient que des adolescents, et, bien que la plupart des acteurs principaux aient déjà été en place, ce n’est que progressivement, lentement, que ce groupe légendaire va acquérir le caractère qu’on lui connaît. Et puis, son premier disque ne date que de 1973. D’autres brandissent fièrement Creedence Clearwater Revival ; cependant, si le groupe de John Fogerty a indéniablement marqué à jamais l’Amérique, et même si sa musique résonne comme extirpée des bayous, il reste avant tout un groupe Californien. Il y a aussi un certain Charlie Daniels, un vétéran qui se produit depuis les années 50, et qui, entre diverses séances de studio pour autrui, commence depuis quelque temps à se produire en solo en mélangeant allégrement blues, country et rock. Son premier album sort en 1971. Son rôle dans le développement du dit « rock sudiste » est indéniable, mais le gars est aussi foncièrement attaché à la country. Il y en a au fond de la classe, près du chauffage, qui mentionnent crânement Wet Willie, avec déjà un premier opus sorti en 1970. Toutefois, ce groupe d’excellents musiciens parait finalement plus une extension, certes bien rock’n’roll, d’un rhythm’n’blues énergique qu’une formation de southern-rock stricto sensu. De plus, hélas, ses disques ont rapidement glissé vers des sonorités plus neutres (fades ?) et sucrées ; restent ses très bonnes prestations scéniques… évoquant un J Geils Band sudiste. Tony Joe White ? Pourquoi pas, mais ne serait-ce pas plutôt du Swamp-rock ? Delaney & Bonnie ? Aaahhh… effectivement, on ne peut dénier qu’il y ait déjà dans leur premier essai de 1969, un souffle, un groove qui va nourrir parmi les meilleurs morceaux du genre. Mais… le duo joue principalement dans la catégorie Soul et rhythm’n’blues. Et le Eric Quincy Tate ? Ha, ha , ha ! N’était-ce pas Tony Joe White lui-même qui disait que ce groupe était le premier du genre avant même que l’appellation existe ? Alors ?

     Alors, il est bien probable qu'il y ait simplement eu à la fin des années, au sud-est des USA, une scène particulièrement riche qui s'est rapidement détournée – ou juste désintéressée - du psychédélisme pour se recentrer sur des fondamentaux issus du Blues, de la Soul et de la Country, en y injectant parfois un nappage jazzy. Le tout, évidemment, sous l'égide des divinités du Rock. Chaque groupe apportant d'une manière ou d'une autre sa pierre à l'édifice, chaque groupe restant attentif aux collègues, s'en nourrissant – d'ailleurs, certains musiciens papillonnent parfois entre diverses formations. Un brassage qui va vite devenir non pas une recette, mais un genre relativement à part.


    Ainsi donc, il serait plus juste de parler d'acteurs fondamentaux, voire de pionniers de ce rock dit « sudiste » ou « southern », que d'un seul et unique créateur.

     Cependant, en 1969, Atco Record publie le premier album d'un obscur sextet, qui semble bien poser, pour la première fois, discographiquement parlant, les bases d'un genre nouveau. Et quelles bases, mes aïeux ! Pourtant, cette galette à la pochette peu engageante – une photo mal exposée et mal définie, le lettrage du patronyme sans relief, des gus filiformes paraissant perdus, peu concernés -, n'a pas fait vraiment de vagues en dehors de la Floride et de la Georgie, malgré une réception positive de la presse (1). L'album parvient néanmoins à s'introduire dans les charts (188ème place) avec environ 35000 ventes, mais le single ne trouve pas son public. Rien de folichon. Pourtant, il semblerait bien que cet album éponyme est l'un des jalons des plus importants dans la musique populaire américaine. C'est une borne, une balise, un phare dont le rayon va éclairer une bonne partie de la surface de la planète.

     Ce premier jet du Allman Brothers Band frappe par son professionnalisme, sa maîtrise, son évidence. On a peine à croire à l'âge des musiciens, tant leur musique semble refléter celle d'un groupe rôdé par l'expérience, la route, les épreuves de la vie. Notamment le jeune Gregg Allman qui, à l'aube de ses vingt-et-un ans, chanterait pourtant presque comme un vieux bluesman éreinté par une vie de labeur. Mais il est vrai que tous ont débuté bien jeunes, se produisant déjà régulièrement sur scène dès l'adolescence. Sans oublier que les frangins Allman, Duane et Gregg, ont déjà enregistré deux albums – sous le patronyme de Hour Glass, en 1967 et 1968. L'aîné, Allman, joue aussi régulièrement pour le fameux studio d'enregistrement Muscle Shoals, en Alabama, et a même été sollicité par le studio d'Atlantic à New-York – pour Aretha Franklin. De jeunes gens, certes, mais pas des amateurs.

     Dès le premier mouvement de la reprise du « Don't Want You no More » en version instrumentale, qui n'a plus guère de rapport avec l'original du Spencer Davis Group, au point où si les auteurs de leur inspiration n'avaient été mentionnés, on n'y aurait vu que du feu (mais ces gars sont honnêtes... au contraire, peut-être, de certains loustics Anglais), on accède à un nouvel univers (pour l'époque) où le jazz fornique avec le rock et des ingrédients latins (ou hispanique) – possible que les prestations du Santana Blues Band aient déjà marqué (traumatisé ?) bien des musiciens. Une chaleureuse entrée en matière bourrée d'énergie et dotée d'un groove rare (nouveau), insufflé par deux percussionnistes exceptionnels : Jay Johanny Johnson dit « Jaimoe » et Claude Hudson « Butch » Trucks. Ces deux-là sont le moteur du groupe. Un moteur qui impose son rythme, son souffle et sa puissance. Poussant les musiciens à aller de l'avant, à s'envoler vers des cieux alors jamais fréquentés – ou si peu. 


   Quelques années avant Wishbone Ash, et plus encore avant Thin Lizzy, on y entend des guitares harmonisées. Celle de l'aîné Duane Allman et celle de Forrest Richard « Dickey » Betts. Gibson only, Les Paul principalement avec une Gold Top pour Duane et probablement une SG en plus pour Dickey. En seulement deux minutes, les Allman développent de nouvelles perspectives. Mais, non contents de nous saisir d'entrée à la gorge, ces assassins nous achèvent prestement avec l'enchaînement sur le slow-blues « It's Not my Cross to Bear ». Une tuerie. Le truc à faire verser une larme à un vieux troll pourfendeur de crânes. Duane, qui est l'instigateur du groupe, l'avait bien dit : « il nous faut un chanteur. Je ne vois que mon petit frère » (un truc comme ça, en résumé...). Et on ne peut que lui donner raison. Dès les premières secondes, lorsqu'il se présente avec des grognements de vieux guerrier blasé, on comprend que ce gars-là va mettre tout le monde d'accord. Le slow-blues, lui, est des plus communs, mais la voix éraillée de Gregg Allman fait la différence, fait croire, ressentir, son histoire, (le cœur en peine, Gregg a écrit ces paroles à la suite de la rupture avec une amante – ce qui ne sera pour le blondinet que le début d'une longue série), tandis que les soli de Duane nous font croire à d'autres mondes parallèles plus cléments. Jusqu'alors, les blanc-becs capables d'émouvoir autant avec une gratte se comptaient sur les doigts d'une main amputée (l'influence de B.B. King est évidente). Une mandale dont on a peine à se remettre.

   Suit le nerveux et impétueux « Black Hearted Woman », qui aurait pu être une simple réinterprétation (corruption ?) d'un Chicago Blues, s'il n'y avait eu cette pulsation latine – la double rythmique percussive de Jaimoe et Butch - tout en lestant cette dernière d'une forte teneur rock. Ce sera finalement un terreau dans lequel vont puiser les Allman eux-mêmes, mais aussi quantité de groupes peu scrupuleux ou au contraire transis d'admiration. Le break vocal et tribal à trois minutes quarante sera d'ailleurs repris – plutôt deux fois qu'une - par Foghat. Et quand on parle de Chicago Blues... la bande déroule un « Trouble No More » de Muddy Waters revisité. Une pièce qui a son importance, dans le sens où c'est avec elle que la troupe a pris forme ; le jour où Gregg a débarqué en pleine répétition, précisément pendant que ce morceau était travaillé - initialement avec Berry Oakley au chant -, et qu'il y pose sa voix, chantant pour la première fois avec le groupe monté, pièce par pièce, par son frère (2). La légende dit qu'une fois le morceau bouclé, dans le lourd silence qui suivit, tous les musiciens présents étaient convaincus que le groupe qu'ils formaient allait casser la baraque.

   Sur le Heavy-blues « Every Hungry Woman »,un peu dans le style du Chicago Transit Authority, Gregg râle tel un vieux guerrier levant haut sa hache, avant de l'abattre. Avec son tempérament onirique, « Dreams » tranche radicalement. Sur ce morceau, la basse installe un rythme de croisière pépère, tandis que l'orgue Hammond B3 couche des nappes de brumes opiacées sur lesquelles la slide de Duane vagabonde comme si elle était étrangère à l'attraction - Duane n'avait pas été surnommé Skyman sans raison (3). Une pièce qui sent un peu le patchouli, et qui reste plutôt à part dans le répertoire des Allman.

de G à D : B. Oakley, Jaimoe, D. Betts, B. Truks, Gregg et Duane

     Et puis, évidemment, il y a leur classique - classique parmi les classiques, sachant que déjà ce premier album en contient une majorité -, l'essence même de l'Allman, "Whipping Post". Tant de fois repris - souvent maladroitement -, tant de fois plagié. Ce morceau quasi emblématique, qui arrive comme un lointain orage d'été, doucement, sombrement. S'annonçant en grondant sourdement à travers la basse autoritaire d'Oakley, la rythmique en binôme de Jaimoe et Butch déchirant un dôme de chaleur accablante, tandis que guitares et orgue rafraîchissent flore et esprits dans une saine averse régénératrice. Bien entendu, en comparaison de la version live - et notamment celle gravée pour la postérité sur le fameux " At Fillmore East " de 1971 -, elle fait l'effet d'une belle ébauche, mais cette version demeure la première pierre posée pour l'édifice qui va rassembler tous les morceaux de bravoure du southern rock à venir. En l'occurrence, tous ceux qui vont se laisser aller, s'étirer dans des cavalcades de guitares fières et bravaches.  "J'ai été déprimé et on m'a menti. Et je ne sais pas pourquoi j'ai laissé cette méchante femme me ridiculiser. Elle a pris tout mon argent et détruit ma nouvelle voiture. Maintenant, elle est avec un de mes bons amis. Ils boivent un coup dans un bar à l'autre bout de la ville. Parfois je ressens, parfois je ressens comme si j'étais lié au poste de fouet... Bon dieu, j'ai l'impression de mourir. Mes amis me disent que j'ai vraiment été idiot... Je me noie dans le chagrin en regardant ce que tu as fait" Des paroles en partie prémonitoires... car la vie sentimentale de Gregg Allman aura été des plus tumultueuses (elle fit même les tabloïds, en particulier lors de ses incessantes ruptures et rabibochages avec Cher - ainsi que mariage et divorce). En plus de diverses relations libres - généralement chaotiques -, il a été marié sept fois, la plus longue union (sous serment) ayant durée sept ans. Mais, au contraire de la chanson, c'est plutôt lui-même qui était responsable de ses échecs récurrents, la faute incombant à ses addictions. 

     Sept morceaux pour trente-trois minutes et des poussières, mais quelle intensité ! Absolument aucun déchet, aucun temps mort. La classe avec un "C" majuscule. Le « Allman Brothers Band » était alors frais, sans pression, et pas encore cramé par les excès – ces diverses addictions qui vont malheureusement les plomber, alors qu'ils auraient pu être parmi les ténors incontournables des USA (voire plus) ; mais peut être que ça fait aussi partie de leur légende. À mon sens, l'un de leurs meilleurs albums studio, et, qui de plus, n'a pas pris une ride. D'ailleurs, imaginez, un groupe qui aujourd'hui sortirait un tel album... on crierait au génie. Plus de cinquante ans plus tard (!), ce disque remue toujours les tripes et ébranle le palpitant. De l'Art, avec un grand « A ». Des années plus tard, même Warren Haynes, qui passa tout de même vingt-cinq années au sein des Allman, considère la période 1969-1971 - soit celle de Duane Allman - comme la meilleure, la plus riche et inspirante.


    Pour en savoir un peu plus sur le Allman Brothers Band, l'éditeur "Le Mot et Le Reste" a récemment publié un bon bouquin : "The Allman Brothers Band" de Bertrand Bouard. Un livre qui pourrait s'avérer succinct pour certains - l'auteur sachant aller à l'essentiel -, mais indéniablement intéressant pour tous ceux qui voudraient appréhender, et se plonger, dans la musique du Allman Brothers Band


  1. la photographie ornant l'intérieur aurait été plus amusante et percutante (provocatrice ?), avec ces échalas nus, trempant dans une rivière arborée

  2. À l'époque avec Reese Wynans, le claviériste qui se fera un nom en accompagnant Stevie Ray Vaughan à partir de 1985 - et donc du magnifique album "Soul To Soul". Actuellement, toujours fringuant auprès du jeune Joe Bonamassa. Reese qui a été aussi un musicien de studio recherché et apprécié. Pour mémoire, il a fait également partie de la seconde mouture de Captain Beyond - le second groupe de Rob Evans.

  3. Ses immenses favoris tombants lui valurent aussi, plus tard, le sobriquet de "Skydog"



🎼

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mardi 9 juin 2026

JIMI HENDRIX :”Electric Ladyland“ (1968) par Pat Slade


Aujourd’hui je m’attaque à une montagne, je dirai même au toit du monde.



L’Enfant Vaudou au Pays de la Dame Electrique




Electric Ladyland“. Ce nom seul fait vibrer les cœurs des aficionados de Jimi Hendrix et des passionnés de guitares électriques. Sorti en 1968, ce troisième et dernier album studio du mythique guitariste et compositeur est souvent considéré comme le sommet de sa carrière, voire une révolution complète dans le paysage musical du rock. Mais derrière ce chef-d’œuvre se cache bien plus qu’une simple collection de morceaux : c’est un véritable voyage psychédélique, une explosion d’innovations sonores et un manifeste de liberté artistique.

Avant de plonger dans le vif du sujet, plantons rapidement le décor. En 1968, le rock n’est plus seulement un genre musical, c’est un mouvement culturel. La contre-culture explose, les drogues psychédéliques envahissent les esprits créatifs, et la musique devient le vecteur idéal pour exprimer cette nouvelle liberté. Hendrix, multi-instrumentiste génial et showman hors pair, est déjà une icône. Avec ”Are You Experience“ et ”Axis: Bold as Love“, il a secoué l’univers des six cordes. Mais avec ”Electric Ladyland“, il décide de pousser le bouchon encore plus loin.

Dès les premières notes, on sent que cet album ne ressemblera à rien d’autre. On y trouve un melting-pot étonnant entre blues, rock psychédélique, funk, soul et même un soupçon de jazz. Chaque piste est presque une expérience sensorielle différente. Hendrix ne se contente pas de jouer de la guitare, il expérimente, bidouille les sons, manipule les effets et repousse les limites de l’amplification.

La pochette, qui montre un collage visuel psychédélique et troublant (avec une version européenne controversée affichant des modèles nus, polémique garantie en 68 !), annonce la couleur : on est là pour un trip sans concession. Produire *Electric Ladyland* n’a pas été une mince affaire. Hendrix a passé des mois enfermé dans les studios de New York, entouré d’ingénieurs du son, d’invités prestigieux comme Steve Winwood ou Buddy Miles et de toute une équipe prête à explorer chaque facette de sa musique. Le résultat ? Un album dense, parfois surchargé, mais toujours captivant. Ça bourdonne, ça gronde, ça s’échappe, bref, c’est un vrai feu d’artifice sonore. Le mixage de l’album est aussi un point d’attention. Contrairement à ses précédents opus, *Electric Ladyland* propose une richesse spatiale, avec des couches de sons qui se répondent, se croisent et vous embarquent littéralement dans le studio, comme si vous assistiez à une jam session secrète.

À sa sortie, l’album a reçu un accueil mitigé de la critique, certains le trouvant trop brouillon ou prétentieux. Mais le public, lui, a adoré cette audace et cette énergie brute. Au fil des décennies, ”Electric Ladyland“ s’est imposé comme un pilier du rock psychédélique et a inspiré des générations entières de musiciens.

Cet album témoigne aussi d’une époque magique où la musique n’était pas justifiée par des règles strictes mais était une libération totale. Hendrix y apparaît comme un artiste complet, capable de transcender son instrument et de faire parler ses émotions à travers chaque note.

C’est un condensé d’électricité pure. Parce que Jimi Hendrix y est malade d’inventivité et que chaque écoute révèle un détail nouveau. Parce que c’est un album qui défie le temps, qui fait pétiller les oreilles et battre le cœur plus vite. Et surtout, parce que dans ”Electric Ladyland“, le rock trouve un nouveau souffle, plus intense, plus profond, plus détonnant. Alors branchez votre ampli, montez le volume et laissez-vous emporter dans ce voyage à travers les territoires mystérieux et flamboyants de Jimi Hendrix. Vous ne regarderez plus jamais la guitare électrique de la même manière. Rock’n’roll et psychédélisme garantis, sans prise de tête, mais avec un max de feeling.

Electric Ladyland studio
 ...And The Gods Made Love Ouverture en douceur, ou presque. Ce titre, c’est comme un lever de soleil sur une plage extraterrestre, avec des nappes de guitares distordues et des sons spatiaux qui vous caressent délicatement les tympans. Hendrix s’amuse ici à poser une ambiance presque mystique, comme s’il voulait nous dire que la création divine pouvait avoir un côté bien rock’n’roll. Un prélude planant qui met direct dans l’ambiance "je vais te faire voyager dans mon trip".

Have You Ever Been (To Electric Ladyland)“ Le cœur de l’album est arrivé. Cette chanson, c’est l’invitation officielle à entrer dans le fameux "Electric Ladyland", la maison de la dame électrique, mais aussi le studio mythique qu’Hendrix a conçu pour enregistrer ses rêves sonores. La voix de Jimi est chaude, sensuelle, presque hypnotique. La basse groove, la batterie pulsen, bref, on se fait prendre par la main pour fouler ce territoire mystérieux où tout est possible. Pas étonnant que ce titre soit devenu un classique du genre.

Crosstown Traffic Là, ça commence à carburer ! Un des hits les plus accessibles et funky du disque. Avec son riff rapide et percutant, cette chanson parle de circulation... mais version Hendrix : c’est la circulation infernale de la passion, de la frustration, et bien sûr du rock qui bloque la route aux genres classiques. Son rythme funky, nous rappelle que Jimi n’était pas qu’un guitar hero, mais aussi un compositeur malin qui savait mêler groove et mélodie accrocheuse Les cuivres sautillants et le solo endiablé transforment ce morceau en petite bombe à écouter en boucle en klaxonnant (mais sans blesser personne !).

 Voodoo Chile“ Attention, pépite longue de plus de dix minutes, œuvre majestueuse. Ici, Hendrix nous offre une jam session bluesy à faire pâlir B.B. King et Muddy Waters. Le son est cru, brut, presque organique, du live avec son larsen. On sent les doigts magiques du guitariste décoller alors qu’il tisse des solos hypnotiques, flirtant avec le sacré et le profane. Accompagné de Steve Winwood et Jack Casady, ce titre est un vrai rituel vaudou électrique, une transe musicale qui vous tire vers le haut.

Jiùi et Steve Winwood
Little Miss Strange Changement de registre avec ce titre plus pop, presque enfantin, écrit par Noel Redding, le bassiste. Mais attention, ne vous laissez pas berner par cette douceur apparente, la mélodie est entêtante, le rythme sautillant, et la voix de Jimi, pleine d’humour, donne à la chanson un charme fou. C’est comme une pause acidulée avant de replonger dans les profondeurs du génie hendrixien. Petite curiosité qui apporte légèreté et sourire.

Long Hot Summer Night Retour à la sensualité et au groove brûlant. Ce morceau est un véritable slow-rock, parfait pour glisser ses mains dans les cheveux de quelqu’un, ou pour rêvasser à la chaleur d’une nuit d’été interminable. Le chant de Jimi est suave, soutenu par une rythmique irrésistible. Une ballade électrique qui, malgré son côté doux, dégage une énergie torride digne d’un barbecue en plein désert californien.
Come On (Part I)“ Hendrix reprend ce classique de Chuck Berry avec un entrain fou. Le riff déchaîné, la voix râpeuse, tout dans ce morceau respire la fête et le rock’n’roll originel. C’est une courte chanson, punchy, qui fait claquer les doigts et taper du pied, un clin d’œil enjoué au passé rock américain, remis à neuf façon héros psychédélique.

Gypsy Eyes Un des morceaux les plus funky de l’album, avec un riff accrocheur et une basse rondelette qui ronronne comme un chat satisfait. Hendrix y joue avec les effets wah-wah comme un magicien maniant sa bâguette. L’ambiance est jazzy et hypnotique, presque un peu mystérieuse, un vrai voyage au cœur de la nuit urbaine, entre néons et vapeurs de whiskey. Burning Of The Midnight Lamp Ici, on descend encore d’un cran dans la sophistication. Un arrangement de cordes subtils accompagne la guitare délicate de Jimi, donnant à ce titre une dimension presque baroque. La voix est douce, presque mélancolique, et le texte parle de solitude et d’angoisses nocturnes. On sent l’artiste en pleine introspection, loin des excès habituels. Un bijou de sensibilité qui enrichit la palette émotionnelle de l’album.

Rainy Day, Dream Away Place à la jam psychédélique pure et dure. Ce morceau propose une sorte de délire onirique, avec un groove lent, des paroles décousues et un jeu de guitare improvisé à souhait. Parfait pour fermer les yeux et flotter dans une mer de couleurs fluorescentes. Ça sent l’expérimentation et la liberté totale, comme si Jimi disait : "Lâchez prise, c’est ma salle de jeux" 1983… (A Merman I Should Turn To Be)“ C’est le moment où Hendrix emmène ses auditeurs sous l’eau, littéralement. Ce morceau long et hypnotique est truffé d’effets sonores aquatiques, de claviers flottants et d’une guitare en apesanteur. Le thème marin est un prétexte à une méditation sur l’avenir et la transformation. C’est expérimental, audacieux, parfois déroutant, mais toujours fascinant. Le rêve aquatique devient un symbole d’évasion suprême.

House Burning Down La tension monte de nouveau. Ce morceau explosif mêle le funk au rock avec une efficacité redoutable. Le rythme est haletant, la guitare crie sa rage, et la voix de Jimi n’a jamais été aussi incisive. L’image d’une maison qui brûle symbolise peut-être la destruction nécessaire pour renaître, ou simplement le feu intérieur d’un artiste en ébullition permanente. Bref, ça brille, ça flamboie, ça secoue les amplis.

All Along The Watchtower Impossible de passer à coté de ce monument. La reprise de la chanson de Bob Dylan est devenue mythique grâce à l’interprétation volcanique d’Hendrix. Chaque note de guitare est une flèche enflammée, chaque riff un cri du cœur. Le trio basse-batterie-guitare fonctionne à la perfection, et la tension qui monte crescendo est incroyable. Un chef-d’œuvre intemporel, hymne générationnel, conclusion explosive et sublime. "Voodoo Child (Slight Return)". Ce morceau est devenu légendaire, un incontournable des solos épiques. Avec son riff hypnotique et son jeu de wah-wah enflammé, Hendrix montre qu’il est le maître incontesté de la saturation et des effets. Ce titre, souvent bouclé en live avec une intensité phénoménale, est un appel à la révolte et à la puissance brute.

Electric Ladyland
Jimi avec le Zim
“ est un diamant brut poli par la virtuosité, l’expérimentation, et l’audace créative d’un génie en pleine ébullition. Ce disque, parfois sombre, souvent éclatant, toujours novateur, capture l’essence de la fin des 60’s comme peu de disques peuvent le faire. Entre riffs hallucinés, jams électriques et de poésie,
Jimi Hendrix nous offre un voyage à travers les âmes et les sons, un pavé dans la mare du rock.

Enfin, écoutez-le fort, très fort, parce qu’ici, la Lady électrique ne fait jamais semblant.