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mercredi 19 août 2026

ONLY CHILD " Only Child " (1988), by Bruno

 


     Ça y est ! Dans les années 80, le Rock FM, AOR et consorts ont gagné la bataille. Ce genre et ses ramifications, bien aidés par le pouvoir financier des majors, dominent les médias. Progressivement, tel un virus, ça a impacté une grande partie de la musique populaire. L'immense succès des Foreigner, Journey, Bon Jovi et Boston, ainsi que le « 1984 » de Van Halen ou le Def Leppard de « Hysteria », a titillé l'envie de gloire des musiciens en mal de reconnaissance. En plus d'exacerber l'avidité des majors, qui, dans l'espoir de s'aligner sur les « best sellers », ont tôt fait d'encourager – voire d'imposer – à suivre l'exemple des « experts » du genre. Tant dans la forme de composition que dans la production et même dans l'apparence. Pour l'originalité, on verra plus tard... Finalement, ce n'est pas que la musique soit mauvaise, voire insipide (même si, parfois), mais c'est comme si elle suivait un cahier des charges. On tombe alors dans une relative uniformisation, poussée par une production vraisemblablement imposée, calquée tant bien que mal sur ce qui est alors érigé comme les canons de la nouvelle religion musicale. Ceux qui promettent succès et grosse monnaie. À vouloir suivre de trop prêt les cadors, on fini par tomber dans une relative uniformisation.

     Une hégémonie qui commence malheureusement par gaver, saouler. En réaction, une frange de la jeunesse, nourrie à la NWOBHM, au Métal des plus rigides et au punk, s'est vouée à de sombres entités – les Grands Anciens ? - qui les entraînent vers des tonalités et des cadences extrêmes. Parallèlement, quantité de groupes ont dû tourner casaque, épouser la nouvelle cause dans l'espoir de rester d'actualité, de survivre, et se sont finalement si durement ramassés que ça leur a coûté leur carrière. Comme ce fut le cas pour Fastway qui, après deux galettes magistrales, se vautre avec « Waitin' For The Roar ». Le pire, c'est que la tentative de mimétisme corrompt également les clips vidéos. Des clips tournés à la chaîne, quasiment dans les mêmes décors, avec des musiciens abordant sourire niais, attifés comme des as de pique, avec futals moule-burnes et coiffures extravagantes de porcs épics mutants – battant à plate couture la folle de Chaillot dans l'extravagance – et gigotant comme de jeunes filles délurées et certaines de leurs charmes (douteux).


   Toutefois, il ne faut jeter pas l'eau du bain avec le mioche. Ainsi, même si la seconde moitié des années 80 a été percluse de productions boursouflées (généralement, engluées dans d'inexpressifs et sirupeux claviers et des sons de batteries amplifiés, comme s'ils avaient été capté dans de profondes et vastes cavernes, (dans la salle de bain du seigneur des enfers), certaines ont su tirer leur épingle du jeu. Et pas nécessairement les plus connues.

   Parmi celles-là : « Only Child » et son premier album éponyme. Sorti en 1988, il est généralement élevé au rang de classique du genre. Only Child, c'est le nouveau bébé de l'Indo-américain Paul Sabu. Celui-là même qui, après quelques errements dans le disco, avait finalement trouvé son épiphanie dans le Rock. Le gros, celui qui tache avec des grosses grattes baveuses, saturées de distorsions, friandes de riffs spinescents et de soli qui gnaquent. Après la période Kidd Glove, puis celle en son nom propre, il monte un nouveau groupe. Il aurait pu prolonger la carrière de Kidd Glove, qui bénéficiait d'un certain succès ; il aurait pu continuer sous le nom de Sabu, dont l'excellent « Heartbreak » fit quasiment l'unanimité, mais non. Apparemment, il est vraisemblablement ce genre de gars, perpétuellement insatisfait, remettant toujours en doute son travail, atteint de « bougeottie aiguë », et qui n'est pas capable – ou n'a pas la patience suffisante – de s'attarder sur un même projet. Dans l'industrie musicale, c'est prendre un gros risque, qui peut aller jusqu'au suicide commercial. Mais, visiblement, il n'en a cure. De toute façon, pour faire rentrer de la thune, il compose pour la télévision, le cinéma ou pour des groupes. Quand ce n'est pas de la production ou dénicher des talents et de les promouvoir – il découvre Eilleen Twain, avant qu'elle ne passe à la Country, avant qu'elle ne soit maquée par Robert « Mutt » Lange et avant qu'elle opte pour Shania comme prénom. Il est aussi possible que Sabu ait décidé de monter un groupe dans un souci d'équité, pour ne pas tirer toute la couverture à lui, afin que la lumière rejaillisse aussi sur ses acolytes. Notamment sur Charles J. Esposito, batteur, choriste et co-compositeur, déjà à ses côtés depuis l'album « Heartbreak », ainsi que sur le claviériste Tommy Rude, qui, lui, était de la partie Kidd Glove.

     Finalement, ce « Only Child » n'est autre que la suite logique de « Heartbreak » - quoi de plus normal puisque les compositeurs sont les mêmes ? -, soit du heavy-rock FM particulièrement velu, avec force guitares bodybuildées (1) et patterns de bûcheron. Toutefois, l'album est peut-être un poil plus « FM », notamment grâce à des claviers qui arrivent, tant bien que mal, à s'extirper de cette fournaise de six-cordes hurlantes et d'avalanches de fûts. Peut-être aussi parce qu'il y a un peu plus de refrains et de mélodies mainstream, avec quelques passages convenus. Cependant, déjà, le quatuor a le bon goût de garder une batterie boisée, faisant l'impasse à cet "écho de cathédrale" qui a régné sur les productions de l'époque. Par contre, les cymbales, elles, n'ont pas eu de traitement de faveur - peut-être que les rééditions y ont remédié.


   Sur des titres comme "Always", "I Remember The Night", "I Wanna Touch" (assez typé Honeymoon Suite), et "I Believe In You", la guitare est bridée afin de laisser plus d'espace aux claviers, permettant ainsi à l'album de s’insérer dans la mouvance AOR. Des morceaux en résonance avec les deux premiers opus solo de Lou Gramm. "Save a Place in Your Heart" a les fesses entre deux chaises, hésitant entre la power-ballad et le heavy-pop à la Journey (ère Steve Perry) - la chanson sera reprise par Joe Lynn Turner. Tandis que "Rebel Eyes", proche d'un Jeff Paris, trouve un équilibre entre un riff primitif et une basse dansante.

     Mais d'autres pièces fricotent dangereusement avec le Métôl. À commencer par "Just Ask", qui ouvre le bal en rugissant, et qui a tout pour faire fuir le fan de Toto ou de Richard Marx. "Scream Until You Like It", qui est franchement heavy, avec, dans la dernière partie, un Sabu qui s'égosille jusqu'à carrément virer en mode "Brian Johnson en transe". Initialement, c'est une composition de Sabu, Esposito et Neil Citron pour le film "Ghoulies II" (le premier était déjà une bouse...) interprétée par W.A.S.P.. Ce dernier se l'est accaparé pour le sortir en single et en bonus de leur "Live... in the Raw". Évidemment, la version d'Only Child est meilleure. En final, "Shot Heard Around The World" résonne comme du Sammy Hagar des "VOA" et "I Never Say Goodbye".

     En comparaison avec d'autres productions de type "FM" ou "AOR", le raffinement peut faire défaut, et en conséquence ce "Only Child" pourrait être taxé d'AOR de bourrin. Cela n'empêche, c'est du bon, du très bon. 

     Pour la petite histoire, la revue anglaise « Kerrang ! », généralement considérée comme le mensuel incontournable de tous les métallovores et autres adeptes du Rock-fort, – certainement la première européenne consacrée au Rock dur -, avait exceptionnellement attribué à cet album la note « L » (??). Un « L » car le rédacteur en chef estimait qu'il valait bien plus que la note maximale des cinq « K ».  

     Encore une fois, au lieu de poursuivre sur sa lancée et de tenter de pérenniser sa dernière formation, l'année suivante, Paul Sabu, qui entraîne ses comparses à sa suite, soit l'intégralité d'Only Child, s'investit dans un nouveau projet. Celui de produire et d'enregistrer un album pour une chanteuse Suisse, Anastasia Alexa, dont la voix se situerait entre Lee Aaron et Eric Martin. Un unique et très bon album sobrement baptisé « Alexa », qui, en raison d'absence totale de promotion et d'un tirage limité – et rapidement épuisé – est passé inaperçu. Un objet de collection apprécié et recherché par les fans de Paul Sabu – on reste dans le même bain, même si ça s'enfonce encore un peu plus dans l'AOR -. Quant à Only Child, ce n'est qu'en 1996 qu'il refait surface avec « Only Child II », sorti en toute discrétion...


(1) C'était le temps des racks d'effets et Paul Sabu avait le sien, réalisé à son intention. avec une majorité de composants MXR. Le rack avait deux potentiomètres de saturation ; les deux dans le rouge. En sus, ce rack imposant, incorporait divers effets de MXR. Le Phase 90, la Blue Box (fuzz et octaver), le Dyna Comp , un Analog Delay, un Envelope Filter, plus le Chorus Ensemble de Boss (le CE-1) et un équaliseur 10 bandes.



🎼
Autre article / Paul SABU 👉 " Heartbreak " (1985)

mercredi 12 août 2026

SAGA " First - same " (1978), by Bruno



     Était ce une volonté des majors ? De l'industrie musicale ? Ou bien était ce un mouvement collectif cherchant à faire négocier un virage plus mélodique au rock ? Renouant avec la pop et le rhythm'n'blues des 60's ? Ou simplement, le fait de musiciens fatigués de galérer, s’engouffrant dans un lumineux tunnel où on leur promet une nouvelle vie pleine de reconnaissance, sonnante et trébuchante ? Probablement un peu de tout ça, qui fait que la seconde moitié des années soixante-dix voit fleurir dans toute la largeur des États-Unis des groupes peu ou prou imprégnés de tonalités et cadences assimilées au Rock AOR / FM. Même le rock sudiste, initialement plutôt attaché à une certaine tradition – du Blues à la Country de leurs campagnes -, succombe aux sirènes de ce format prisé par les radios. Plus tard, au grand dam de leurs fans, même des grands noms du rock-progressif vont s'y adonner.

     Mais avant, il y a un quintet canadien qui, dès leur premier album en avril 1978, débarque fièrement avec une musique fusionnant avec une classe innée un rock-progressif à des tonalités « AOR », avec même quelques pincées de funk. Où la facette pop penche parfois dangereusement vers la (bonne) chanson de variété. Le tout largement immergé dans des sons de synthétiseurs de toutes les couleurs. Hérésie ? Peut-être, mais ce quintet assume fièrement sa direction et va en quelques albums imposer sa vision et son singulier caractère, traverser les frontières – jusqu'au delà du rideau de fer.

     Quand le groupe se forme, ce n'est pas une réunion de jeunes fous inexpérimentés, se cherchant encore. Trois débarquent de Fludd, un groupe assez célèbre en son Canada natal, où a également joué Greg Godovitz de Goddo. Suite à l'arrêt de Fludd en 1977, à cause des soucis de santé persistants du guitariste Brian Pelling – qui décède de leucémie le 28 juin 1978 -, le bassiste Jim Crichton, le batteur Steve Negus et le claviériste Peter Rochon fondent SAGA. Crichton fait appel à son frère, Ian, pour tenir la guitare, et pour finir, la troupe engage comme chanteur le Gallois Michael Sandler – qui, en dehors de ses heures en tant que chauffeur de taxi (à Toronto), faisait ses armes au sein d'un petit groupe nommé Truck (1)


     Si le chemin vers le succès international a été progressif, il n'en demeure pas moins que le son du groupe est établi dès son premier essai. D'ailleurs, il débute par deux classiques du groupe, longtemps indissociables de leur répertoire scénique : « How Long » et « Humble Stance ». Cinq autres compositions sont aussi souvent jouées en concert ; elles sont d'ailleurs présentes sur des live du groupes.

     La boucle infinie de synthé échappée de Krafwerk (ou de Donkey Kong (2) ) - il fallait oser ! - et la batterie basique et amplifiée en mode dance-floor ont de quoi faire fuir, tout comme le riff quasi disco des claviers. Toutefois, grâce au contraste avec la guitare hargneuse et de la voix impérieuse, « How Long » se présente comme un fusion habile et inédite de genres habituellement antagonistes. « Humble Stance », lui, réduit sa dose de funk - quoi que - au profit d'une ambiance entre Renaissance et Gothique, établissant un pont mariant deux âges ; comme si Saga s'inscrivait dans une comédie musicale kitsch censée se dérouler dans un Moyen-Âge tardif. 

     La suite est nettement plus progressive, avec toujours un parfum gothique ténu, pouvant autant évoquer un Wishbone Ash (première période) qu'un Yes, tous deux irradiés de synthés précurseurs, anticipant la décennie suivante.  En particulier avec "Will It Be You ? (Chapter Four)", SAGA démontre qu'il a de la suite dans les idées. En effet, c'est la première pièce d'un long puzzle, qui va s'étaler sur plusieurs albums dans un ordre aléatoire. Se terminant en 1981 avec l'album "Worlds Apart", contenant les chapitres 5 et 8. Généralement, ces chapitres sont les pièces les plus longues et les plus "progressives" des albums. Autre chapitre, le sixième, "Tired World", héritage d'un heavy-progressif, est un peu basique et long au démarrage. Ian semble avoir de la peine à se contenir et lâche quelques soli heavy - avec même un passage au tapping, alors peu commun à l'heure de l'enregistrement. En 2005, l'enregistrement en public " The Chapters Live ", l'intégralité des morceaux dans l'ordre. C'est aussi le dernier disque avec le batteur Steve Negus. Cet album live tardif se présente alors comme un concept album basé sur un récit personnel de science-fiction reprenant la vie d'Albert Einstein, avant d'enchaîner sur les efforts d'une civilisation extra-terrestre pacifique, soucieuse d'une humanité courant à sa perte, cherchant à préserver le cerveau du génie défunt.


   "Perfectionist" s'annonce avec des trompettes en carton (synthétiques), et glisse dans une danse de la Renaissance - entre la Volte et la Branle - régulièrement ébranlée par de sombres claviers à la John Carpenter. Une bande son en accord avec une histoire digne d'Alice Cooper : ou comment Ellery Sneed, voulant mettre fin à ses jours, ne souhaitait pas partir seul tout en voulant laisser un bon et impérissable souvenir à ses amis, organise un banquet, une grande fête, avec en bouquet final, un toast, un vin spécialement agrémenté par ses soins...

     Plus léger, éthéré et sobre, "Ice Nice" se laisse emporter par la brise dans des sphères sidérales, où seuls survivent les synthés ; contrées où l'on s'attend à voir surgir Kate Bush. Jusqu'au final, ballet d'aérolithes ou joutes entre guitare et clavier.

     Il ne s'agit pas du meilleur du groupe, mais cet album dégage déjà une maturité étonnante - il a été enregistré en 1977 - et impose un style singulier, reconnaissable entre mille. Sa modernité préfigure des années avant les fiançailles du progressif avec le rock FM - à croire que Saga a servi d'exemple, même aux anciens -. Cependant, a contrario, c'est aussi cette modernité qui l'a desservi. Si le succès du quintet canadien explose - tardivement - à l'international avec l'excellent album "In Transit" - véritable best-of enregistré en public -, Saga n'a jamais totalement été accepté par les adeptes d'un genre ou d'un autre. Trop "Pop" et "AOR" pour les fidèles du Progressif, trop de synthés pour les partisans du Rock et trop Rock, voire parfois trop Heavy (notamment avec Ian Crichton qui peut envoyer quelques riffs et soli bien mordants), pour les néo-romantic-new-wave-gothico-trucmuche. Pas toujours facile de se singulariser dans ce large univers rock où les chapelles peuvent se révéler conservatrices, parfois même carrément sectaires. Un paradoxe dans cet "univers" qui est pourtant dès ses origines le fruit de brassage, d'alliage, de fusion.


Side one

TextesMusique
1."How Long"Michael SadlerJ. Crichton, Sadler,  Rochon4:01
2."Humble Stance"J. CrichtonCrichton, Crichton, Rochon, Sadler5:50
3."Climbing the Ladder"M. SadlerCrichton, Crichton, Rochon, Sadler4:45
4."Will It Be You? (Chapter Four)"J. CrichtonCrichton, Crichton, Negus, Rochon, Sadler7:13

Side two


TextesMusique
5."Perfectionist"J. CrichtonJ. Crichton, Sadler5:46
6."Give 'Em the Money"J. CrichtonJ. Crichton, Sadler4:25
7."Ice Nice"J. CrichtonJ. Crichton6:55
8."Tired World (Chapter Six)"J. CrichtonCrichton, Crichton, Negus, Rochon, Sadler7:06
  1. Sans rapport avec la formation américaine de hard-rock, ni même, apparemment, avec le très bon groupe Canadien de jazz-rock soul, dans lequel est brièvement passé Jim Crichton.

  2. Oui, c'est un anachronisme


🎼🐝

mercredi 5 août 2026

STARZ " Violation " (1977), by Bruno



   Dans les recherches des albums "pré-FM", ou fondateurs d'avant l'ère des productions "blockbusters" gonflées au silicone, ou encore des (rares) groupes qui ont réussi leur conversion (ou soumission) au genre, le très sérieux SHQOPLPDPM (1) a exhumé un petit quintet new-yorkais qui avait tout d'un grand. D'un très, très grand. C'est bien simple, dans les années 80, un nombre incroyable de musiciens américains ont avoué avec enthousiasme y avoir puisé une partie de leur inspiration. Et non des moindres. Une influence qui aurait touché autant le glam-rock US que le sleaze-rock, ainsi que le Rock FM. Y compris, par exemple, l'un des cadors de la paroisse, à savoir Jon Bon Jovi et ses acolytes.

    Le groupe en question ? Starz. Un combo issu du New Jersey, qui a pour manager Bill Aucoin, célèbre pour l'excellence de son travail pour Kiss - ainsi que pour celui de Billy Squier (époque Piper comprise). Un quintet qui avait tout pour réussir, sans jamais parvenir à faire de grandes vagues. Plusieurs singles se sont pourtant infiltrés dans le top 100 américain, mais les ventes d'albums, bien que fort honorables, restent assez modestes. Soit des gains jugés insuffisants pour Capitol Records, qui les lâchent. De même que leur manager, qui a déjà bien assez à faire, tout en gagnant confortablement sa vie, avec les quatre enfarinés - et bientôt avec Billy Squier. 

     En cinq années d'existence, Starz n'a pas chômé avec quatre albums d'excellente facture et des concerts où les gars durcissent le ton. Mais visiblement, cela n'a pas suffit.


   En 1977, après un remarquable premier essai bien rock'n'roll, Starz revient à la charge. Toujours avec des pièces au cordeau, toutes guitares dehors, mais cette fois-ci, avec une ouverture vers des sonorités et des cadences plus pop. Ainsi, d'entrée, "Cherry Baby" s'impose comme un petit bijou de heavy-pop proto-Rock-FM - sans claviers. Un de ces trucs addictifs et mnémoniques, d'apparence évidents, accrocheurs dès la première écoute, portés aux cieux par un chant habité et jovial, parfaitement soutenu par des chœurs à l'avenant. Judicieusement sélectionnée pour sortir en single, cette chanson sera le plus grand succès du groupe, et poussera les ventes de l'album. « Sing It, Shout It » en est un autre, un bijou Heavy/power pop. Avec ce pattern brut et primal à la batterie (très proche du style de Bun E. Carlos), cette guitare clean coupante comme un scalpel (jouée en picking) et la seconde en arrière plan, plus sourde, peinant à retenir son humbucker qui ne demande qu'à rugir, tandis que Michael Lee Smith assure une fois encore un chant entraînant imparable. Le coda est à s'y méprendre du pur Cheap Trick – comme finalement, d'autres passages de ce morceau. Bien probable que les quatre de Rockford aient voulu rendre un juste hommage à ce groupe qui semble avoir laissé de profondes traces sur leur musique – d'autant qu'ils leur est arrivé de tourner ensemble.

   Un peu plus costaud, « All Night Long » est ni plus ni moins qu'un détournement de Bad Company, dans une optique nettement plus commerciale – ce qui en fait un peu du Foreigner pré-méga-tubes. Logique.

   « Cool One » ravive la flamme rock'n'roll, quelque part entre Creedence et les Flamin' Groovies. Les paroles ne manquent pas d'humour mais la morale ne nous permet pas de les exposer ici.

   En clôture, la ballade bancale, maladive, « Is That a Street Light or The Moon ?» dénote totalement avec la voix de Smith, qui se fait féminine, et l'émergence progressive d'un orchestre dont quelques instruments cherchent à s'échapper, ou déraillent brièvement. Néanmoins, elle a son charme.


    Starz dégoupille également quelques bons rocks, vifs, ardus et trépignants, dans la continuité du premier album. Dont « Rock Six Times » qui conte les premiers émois donnés par l’innocente écoute d'un 45 tours, et l'épiphanie qui s'ensuit. Un morceau étendard du heavy-rock US, fusionnant les poids lourds du genre - Nugent, Aerosmith, Blue Öyster Cult et Montrose. Un quasi furieux « Subway Terror », qui préfigure Twisted Sister (celui des trois premiers opus). Ainsi que « S.T.E.A.DY. », qui débute par une plage d'un slow-blues poisseux avant de se laisser emporter par une bourrasque heavy. C'est un morceau plus étrange, plus dans le registre d'un Alice Cooper ou d'un Blue Öyster Cult. « … ils m'ont fendu le visage comme un futal bon marché. Ils m'ont comprimé le cerveau et m'ont mis en transe. Chaque nuit, ils modifient un peu mon sang. Et je fais mon lit sur des gravats et de la boue. Et ça peut vraiment te retourner le cerveau. Ils vont te rendre plus fort et sain d'esprit. Je suis si content qu'ils m'aient remis sur pied... ils m'ont surveillé pendant un an, tu sais... Et si jamais tu revois tes amis et que tu prêtes serment de dénoncer les salauds... Et si jamais tu revois tes amis, je veux être sûr de dénoncer ces pauvres garçons dedans...  » ?? Michael Lee Smith aurait il été un patient de Camp Hero, l'institut militaire de Montauk à Long Island ? 😱😁. La chanson éponyme, puissant heavy-rock un rien échevelé, baigne dans la même mouvance. Smith crie sa soif de liberté, tandis que des voix de l'autorité le réprimandent « (Nous sommes partout. Nous te protégeons de toi-même. Nous te surveillons) -Je veux faire du rock'n'roll (Non, c'est interdit!) Je veux perdre le contrôle (Non, c'est une violation !) Je veux aimer quelqu'un (Non, c'est une violation !) - (Merci de nous avoir élus, nous apprécions votre confiance. Il y a un problème dont nous sommes conscients. Beaucoup de vos enfants le partagent. Mais nous avons développé de nouvelles techniques … basées sur l'électrochoc. Une dose quotidienne de microwatts) ». Une théorie (du complot ?) voudrait qu'à l'origine ce second essai devait être un album concept. Ce qui n'aurait pas été du goût du label, qui aurait renvoyé illico les musiciens revoir leur copie.

     En dépit de quelques titres pouvant paraître un peu en deçà en comparaison des pièces fortes, c'est un album sans faute qui, en cette année 1977, aurait dû s'installer confortablement parmi les classiques du genre, voire du Rock au sens large. Et s'il a rencontré un certain succès – boosté par les singles -, ce n'est pas à la mesure réelle de sa haute teneur qualitative. Peut-être que Starz aurait dû un peu développer des pièces dans le format (power-) pop / rock AOR qui a si bien réussi à leurs singles ? C'est pourtant ce que le groupe a effectué avec le suivant, « Attention Shoppers ! ». Où, contre toute logique, la petite perle « She », n'est pas sortie en single, alors qu'elle en a tous les attributs - avec des paroles éculées, niaises, passe partout - pour squatter les radios. Ou même le bon slow – au léger parfum de « Purple Rain » - « Third Time's The Charm ». Incompréhensible. Avoir mis du miel dans son heavy-rock n'a pas réussi à Starz, qui redescend dans les scores et cœurs. Déconfit, le groupe revient avec « Coliseum Rock » à des sonorités plus en phase avec les deux premiers essais. Toutefois, sur cette dernière livraison, les musiciens paraissent un peu moins impliqués, ou du moins généralement perméables à la « fièvre rock'n'roll » ; celle qui vous fait perdre le contrôle, qui libère l'instinct animal, qui vous détache de la réalité. Sur ce dernier essai, il y a l'ombre du meilleur de Kiss, mais aussi... celle de Boston. Particulièrement évident sur le magistral « Last Night I Wrote a Letter ». Mais là, pas de single, plus de réel espoir de rejoindre les illustres groupes (établis ou en devenir) avec lesquels ils tournent régulièrement. Peut-être qu'il aurait fallu maintenir Jack Douglas à la production – son absence à partir de « Attention Shoppers ! » se fait sentir. Déçu, désillusionné, fatigué, le groupe ne tarde pas à arrêter les frais. Pourtant, il demeure dans les mémoires. Les disques sont régulièrement réédités, divers enregistrements live sont édités (dont certains à la qualité douteuse, proche du pirate) et, des années plus tard, le groupe se reforme pour des concerts où une foule de fidèles – et de nouveaux convertis – l'attend impatiemment.



Side one



1."Cherry Baby"
3:47
2."Rock Six Times"3:15
3."Sing It, Shout It"
5:10
4."Violation" 4:26
Side two


1."Subway Terror"         3:45
2."All Night Long"       3:26
3."Cool One"3:40
4."S. T. E. A. D. Y."5:25
5."Is That a Street Light or the Moon?"3:06


(1) Service Hautement Qualifié Œuvrant Pour La Préservation Des Perles Musicales. Organisme travaillant hardiment - et bénévolement -, dans le plus grand des secrets, pour le bien de l'humanité.



🎼🎶 🌟

Autres articles / STARZ : 👉  " Starz " (1976) 👉 " Live In Action " ( 1978 - 1989)

mercredi 29 juillet 2026

The OUTLAWS " Soldiers Of Fortune " (1986), by Bruno



    Finalement, l'engouement engendré par le Rock FM et l'A.O.R. va grandement chambouler le paysage musical. En particulier en Amérique du Nord ; l'Europe et la majorité des autres contrées consommatrices de Rock fort resteront - dans l'ensemble -, moins euphoriques que les Ricains et que leurs proches voisins. L'explosion de groupes tels que Boston, Journey, Foreigner et consorts a un profond impact sur les maisons de disques et les managements, qui voient d'un très bon œil (avide) les lourdes retombées financières. Parfois, ce sont les musiciens eux-mêmes qui voudraient bien goûter au gâteau, enviant les signes extérieurs de richesse des collègues et leur main mise sur les ondes.

     Pour beaucoup d'auditeurs, c'est comme un virus contaminant leur(s) musique(s) préférée(s) ; rabotant ses aspérités, muselant sa sauvagerie, voire, pour certains, émasculant sa virilité (sic). Souvent, la sentence envers les formations qui plient le genoux devant la pression des labels - ou de l'appât du gain -, celles qui polissent notablement leur musique, est des plus dures. La déception pouvant aller jusqu'au rejet complet du groupe autrefois placé sur un piédestal - "crime de haute trahison" à "bande de vendus", à "gibets de potence", à "traitres à la cause", etc. Cependant, dans le lot, il y a aussi ceux qui ont parfois eu une mauvaise surprise en découvrant le résultat final - prêt à l'envoi ou déjà dans les bacs -, bien différent des séances d'enregistrements, un produit final transformé, méconnaissable après un sévère et copieux traitement studio. Sans l'assentiment des musiciens, sans leur demander leur avis. Pour d'autres encore, c'était se plier à la volonté du label et/ou du management, sous peine d'être mis à la porte sans autre forme de procès. Et puis aussi, il faut bien manger, pourvoir aux besoins de la famille - ou de ses addictions...


   Ainsi, pendant une certaine période, soit environ du crépuscule des années 70 au mitan de la décennie suivante, on a pu voir - subir - des mariages contre-nature, de pauvres ou tristes formations qui se sont fourvoyées dans un genre qui ne leur convenait pas. Dans lequel elles étaient aussi à l'aise qu'un ours kodiak dans un 501 (oui, ça coince sévère à l'entre-jambe). Le problème principal c'est qu'on a voulu imposer, ou mieux aiguiller, des directives musicales rigides à des musiciens qui n'avaient pas nécessairement compris l'origine, l'esprit initial de ce Rock dit "AOR", et ce faisant n'avaient fait qu'essayer de le singer ; au risque de se révéler maladroit, voire même caricatural. Heureusement, il y eut aussi de superbes métamorphoses. Comme par exemple celle de Rainbow, qui s'était carrément et magistralement réinvité. Certainement en raison de l'inflexible volonté du sombre et génial Blackmore.  

     Mais s'il y a bien un genre qui s'est distingué par de sérieux ramassages, dont la plupart des groupes se sont difficilement remis -voire,  pas du tout -, s'est dans le Southern-rock. Mais que c'est t-il donc passé ? Était ce une conspiration ? Fallait il éteindre le feu de ces groupes qui devaient représenter aux yeux des cadres un passé révolu ? Même Point Blank, qui semblait dur comme le roc, soudé comme une bande de frères desperados, se compromet dès son troisième élan, "Airplay". Ou Molly Hatchet, qui mollit considérablement avec son boursouflé "The Deed is Done". Ou plus étonnant encore, quand celui qui était renommé pour des prestations scéniques incandescentes, intègre un clavier pour mieux se glisser dans ce rock typé synonyme de dollars faciles. Blackfoot s'en sort bien avec "Siogo" (malgré des frictions ouvertes avec le label) mais se saborde avec "Vertical Smiles" ; et se suicide avec le gluant "Ricky Medlocke & Blackfoot". Et encore, d'autres de la famille "sudiste" n'ont même pas eu l'opportunité d'essayer de survivre en se compromettant : on les a, en quelque sorte, foutus à la porte.

     Néanmoins, quelques entités ont réussi à se réinventer. Des formations qui, miraculeusement, ont réussi une métamorphose leur permettant d'intégrer l'univers chromé et lustré du rock FM sans (trop) perdre en caractère. Soit sans chercher à imiter les ténors de l'AOR.  Évidemment, on comprendra que la majorité des fans de la première heure ont reçu une douche froide à l'écoute des premières minutes de ce "Soldiers of Fortune". Pourtant, la plongée dans des eaux mainstream / AOR n'a pas été soudaine, car cela faisait déjà des années que le groupe de Tampa (Floride) flirtait à l'occasion avec des sonorités plus commerciales. Depuis 1978, avec l'album "Playin' to Win". Même si, l'année suivante, la formation fait machine arrière, renouant avec leurs influences country le temps d'un album. Tandis que le malin "Ghost Riders", de 1980, un de leurs plus gros succès, semble jouer habilement et étroitement sur les deux tableaux, en durcissant le ton, tout en s'adonnant parfois à des cadences nettement plus pop. Enfin, "Los Hombres Malo" succombe - dans les grandes lignes - aux sirènes d'un rock mainstream. Ça essaye bien de mordre de temps à autre, mais les dents ont été bien limées.


   "Soldiers of Fortune", paru après quelques années d'absence, en 1986, se distingue déjà par une production particulièrement travaillée - en avance sur son temps, où paraît cohabiter chaque instrument dans un équilibre quasi parfait, où chaque intervention semble être mise en valeur. Ensuite, si indéniablement, The Outlaws sont passés de l'autre côté (du miroir), s'offrant - d'apparence - corps et âme aux esprits "malos" des ondes, ils ont trouvé un étroit chemin leur permettant de préserver leurs racines. Ainsi, plutôt que quelques imitations sans jus et souvent sans grande conviction qui ont ponctué les albums passés, The Outlaws tente une exploration risquée dans une nouvelle contrée. Une nouvelle terre qui n'est pas vraiment celle qui a été largement défrichée par les poids lourds du Rock FM. Disons qu'ils sont parvenus ici à fusionner leur southern-rock à un tempérament soft-rock et d'AOR, sans chuter dans la caricature.

     Bien entendu, comme généralement dans ces cas, cette mue déplait copieusement à une bonne partie du public qui la rejette avec véhémence. Des mécontents qui attribuent la faute au retour d'Henry Paul qui, bien que présent sur les trois premiers opus et auteur de deux sympathiques albums avec son Henry Paul Band, s'est sévèrement compromis avec sa dernière réalisation "Anytime", qui sonne comme un Boston s'adonnant au southern-rock. Une colère également reportée sur Randy Bishop, co-producteur (avec Spencer Proffer), qui participe activement à la composition et apporte son concours... aux claviers. Pourtant, c'est un très bon album. Certes, les couleurs country qui habillaient autrefois le groupe, sont ici des plus délavées - malgré quelques résurgences avec notamment le sobre "Cold Harbor" - ; certes, en dépit de la présence de trois guitaristes, les joutes de guitare sont rares ; certes, ça trempe dans le (hérétique) rock FM. Il n'empêche... Non seulement ce neuvième album n'a pas vieilli, mais il a aussi toujours une certaine classe - de celle qu'on acquiert au fil du temps, des erreurs, de la souffrance. Probablement que, sans le passé glorieux de The Outlaws lié au southern-rock - voire, pour certains, à ses fondements -, ce "Soldiers Of Fortune" aurait eu une toute autre carrière. Peut-être même qu'il aurait pu devenir, à juste titre, un classique. Parfois, honni, il préfigure pourtant une bonne frange des artistes de Country-rock de ce siècle.

     Avec des titres tels que "The Outlaw", "Watcha Don't Do", "Just the Way I Like It" et "Racin' For The Red Light", le Southern-rock est toujours à l'honneur. Même si les chœurs peuvent loucher vers le rock FM, même si quelques bribes de programmation pointent à l'occasion le bout de leur nez, même si les guitares sont plus mesurées, The Outlaws démontrent avec ces pièces qu'ils peuvent encore chevaucher des mustangs à cru dans les grands espaces. 

Sur un étroit chemin, en équilibre entre de capiteux parfums "southern" et des fragrances mélodiques, la chanson éponyme s'efforce de maintenir l'allure. Cinq pièces assez proche de la mouvance du "Siogo" de Blackfoot, le chrome et le rutilant en plus. Plus sournois, "Lady Luck", sur la cadence d'un trot (de travail), n'en est pas moins vif et saisissant. "Just the Way I Like It", franchement plus farouche, est une reprise de Billy Thorpe (single de l'album "Stimulation" de 1981), co-écrite avec Spencer Proffer (1)

     Parmi la ribambelle de rock vifs un brin efféminés, sont insérées deux petites pépites de rock aéré et mélodique. "The Night Cries" qui, sur un lit de guitares ciselées, résonne dans une nuit bleutée, froide et étoilée, une lamentation, cruelle révélation d'un gâchis irrattrapable  "à travers les rêves fanés, les murmures se muent en cris. Nous pensions avoir l'éternité devant nous. Qui sait ce que signifie l'éternité ? Mais chaque soleil couchant tombe devant un ciel de lune. Les mondes tournent, les cœurs brûlent, et pourtant nous nous demandons pourquoi". Autre gâchis, dans le giron d'un country-rock semi-acoustique et assez classique, "Cold Harbor" rouvre la blessure de la guerre de Sécession. Précisément celle de la bataille du même nom, qui se singularise pour être probablement la première guerre de tranchées, avec ses horreurs, ses absurdités, ses crimes. Malgré les ans - plus de 120 ans plus tard -, la "Bataille de Cold Harbor" est restée tristement célèbre en raison de l'importance des pertes humaines en peu de jours, et à cause de l'entêtement du général Ulysse Grant (ce fut un regret, une erreur de jugement qui le hantera jusqu'à la fin de ses jours) - futur président des États-Unis. Suite à ce terrible évènement, parfois nommé "massacre", la presse le surnomme "le boucher".  Un peu perdu au milieu du disque, "Savin' by the Bell" est probablement le morceau le plus franchement "AOR", et ses chœurs en "who-whooo" ont dû faire dresser bien des cheveux sur la tête d'un "confédéré". C'est pourtant, là encore, une belle pièce. Pas un gros morceau, mais un truc plaisant, assez californien, qui se marie bien avec l'ensemble.

     Aujourd'hui, les avis sont partagés : un album toujours conspué par certains mais porté aux nues par d'autres. À sa sortie, cet album n'a pas trouvé son public et, par rapport à tous les albums précédents, il affiche des ventes bien décevantes. L'intégration du label par CBS n'arrange pas les choses - la promo n'étant pas vraiment assurée -. "Soldiers of Fortune" parvient tout de même à intégrer les charts US ; c'est le dernier album du groupe à s'y immiscer. Une injustice pour ce groupe valeureux, qui va encore sortir une petite poignée de belles galettes - "Diablo Canyon" (1994), "It's About Pride" (2012) et "Dixie Highway" (2020). "Soldiers of Fortune" marque le dernier soubresaut commercial du groupe, juste avant une longue traversée du désert ponctuée de fréquents changements de musiciens, de désaccords, de réconciliations et de décès. 


  1. "One Last Ride" (Randy Bishop, Chuck Glass) – 4:26
  2. "Soldiers of Fortune" (R. Bishop, L.C. Cohen, H. Paul, Thomasson Alan Walden) – 3:32
  3. "The Night Cries" (R. Bishop, Cohen, Paul, Thomasson) – 4:36
  4. "The Outlaw" (Duane Evans, Steve Grisham, H. Paul) – 3:49
  5. "Cold Harbor" (C. Glass, H. Paul) – 4:26
  6. "Whatcha Don't Do" (P. Thomasson, Paul, John Townsend) – 3:50
  7. "Just the Way I Like It" (Spencer Proffer, Billy Thorpe) – 4:02
  8. "Saved by the Bell" (R. Bishop, Jon Butcher) – 3:56
  9. "Lady Luck" (Evans, Grisham, H. Paul) – 3:52
  10. "Racin' for the Red Light" (Bishop, Freddie Salem, Thomasson) – 6:03


Henry Paul - guitars, vocals, background vocals
Hughie Thomasson - Lead guitar, lead vocals, background vocals
Steve Grisham - Lead guitar, background vocals
Chuck Glass - bass, keyboards, background vocals
David Dix - percussion, drums

Randy Bishop - keyboards, programming, backing vocals
Jon Butcher, Bart Bishop, John Townsend, Stacey Lyn Shaffer - backing vocals
Buster McNeil - guitar, backing vocals
Jimmy Glenn - drums
Dwight Marcus - Drum Programming [Electronic Percussion Programming


(1) Il n'est pas rare de retrouver sur un album produit par Spencer Proffer, notamment ceux sur son label Pasha, une reprise d'une chanson qu'il a co-écrite. Probablement un moyen de récupérer un peu de royalties pour droit d'auteur, tout en espérant faire découvrir l'album (qu'il a produit) où figure l'original.



🎼🎶
Autre article / The Outlaws 👉 " Dixie Highway " (2020)

mercredi 22 juillet 2026

GRAND FUNK RAILROAD " Born to Die " (1976), by Bruno



                    D'où vient le Rock FM, AOR ? Jusqu'où remonte sa source ? Impossible à dire tant les affluents sont nombreux.

      On mentionne généralement le premier essai de Boston, disque de 1976 qui avait alors insolemment établi de nouveaux records de ventes. Toutefois, l'année précédente, un petit groupe originaire de Flint, proche banlieue de Detroit, enregistre un disque que certains "exégètes" considèrent carrément comme un élément fondateur du genre. La galette, elle, ne sort qu'en janvier 1976 - huit mois avant celle de Boston. Le groupe en question n'est autre que Grand Funk Railroad. En entendant ce nom, nombreux sont ceux à s'esclaffer... par méconnaissance. Ou en ne se référant qu'à certains écrits d'une presse particulièrement acrimonieuse, réductrice et moqueuse, peu au fait de l'évolution incessante du groupe (la presse française n'a jamais été tendre, c'est le moins qu'on puisse dire) qui resta sempiternellement sur une première impression et des idées préconçues (1). Car en effet, si à l'origine, le trio pouvait se monter particulièrement tapageur et bourrin, en particulier en concert - le "live Album" aurait fait saigner bien des oreilles - à côté de Blue Cheer, ils restaient un collectif de petits joueurs - et de meilleurs musiciens. S'obstiner à discréditer avec force ce groupe, répéter inlassablement pendant des lustres que ce n'était qu'une réunion de primaires sans aucune finesse et de piètres musiciens, c'est ignorer son inspiration Soul - la Motown a influencé plus d'un rocker du Michigan - et surtout sa constante évolution. Certes, certains morceaux sont plus dans le plaisir immédiat procuré par la débauche d'énergie, dans la recherche de l'excitation générée par la puissance et la rage inhérentes à une musique binaire et bruyante. Pour cette raison, le groupe a été victime d'avanies et de brocards en tout genre. Pourtant, bien des groupes pour lesquels c'était l'unique objectif - et tant pis pour l'approximation musicale - ont été encensés pour ce même trait de caractère.


   Bref, on retrouve donc chez Grand Funk le souci de ne pas se répéter, ou du moins, de ne pas refaire deux fois le même album. Il y a déjà quelques menues différences entre "On Time" et "Grand Funk" (le "Red Album"), deux galettes sorties la même année. Et plus encore entre "Closer To Home" et "Phoenix", qui n'ont que deux années d'écart. On remarque ainsi que dès que la formation est parvenue à briser les chaînes qui la liaient à leur manager-gourou-producteur, Terry Knight, elle a produit des disques en général plus travaillés. Ce manager despote ne voulait pas que ses "protégés" s'attardent en studio. Selon ses dires, c'était une démarche pour préserver la spontanéité du groupe, afin qu'il ne sortent pas des sillons creusés par leur proto-heavy-rock rugueux des débuts. Mais, on soupçonne que la motivation réelle de Terry Knight, était plutôt motivée par la possibilité de récupérer à son seul profit - en réduisant les frais de studio - une part des plus amples sur le budget alloué par la compagnie pour l'enregistrement d'un disque. À savoir que le coco avait négocié avec Capitol Records, un pourcentage sur les gains plus important pour lui-même que le total cumulé par les trois musiciens .

     Avec l'apport d'un quatrième membre en la personne de Graig Frost, pour assurer les claviers, c'est une nouvelle mue qui s'opère. Grand Funk change alors de peau pour se parer d'une nouvelle parure plus lustrée et rutilante. Bien sûr, les claviers ne sont pas nouveaux au sein de la formation, Mark Farner en jouant depuis le premier album. Et sans être un virtuose des touches d'ivoire, loin de là, il sait se montrer efficace. Mais, avec un claviériste en permanence, la tonalité du groupe change forcément. De plus, évidemment, Frost est nettement plus fin et compétent. Sa présence entraîne Grand Funk sur des rivages jusqu'alors à peine abordés.

     Initialement, Frost est sollicité pour donner un coup de main sur le bien nommé "Phoenix" (le premier album sans Terry Knight dans les pattes), avant de partir en tournée avec le groupe - pour soulager Farner qui devait parfois jongler entre sa guitare et les claviers -, et d'être ensuite titularisé. Contre l'avis de Farner qui craignait que le groupe - avec un claviériste permanent - ne perde sa facette brute et rock'n'roll. Paradoxalement, sachant que Frost était un ami de longue date (ils ont quasiment le même âge), c'est probablement Farner qui l'a convié à venir lui prêter main forte. La suite lui donnera raison. Initialement, c'était Peter Frampton qui était souhaité, mais ce dernier venant de signer un solide contrat avec A&M, n'était plus disponible. Pourtant, ce n'est pas pour autant que la troupe tombe dans la mièvrerie, l'insipide. Le caractère même du groupe n'est pas brisé. Mais, sans renier ses racines rock, le groupe s'imprègne de plus en plus de teintes Soul. Une soul musclée. Avec le soutien de Frost, le chant de Farner progresse, prend de l'assurance et de l'audace. Désormais, entre la présence de claviers tempérant l'ardeur des loustics et un chant qui prend ses aises, inspiré par la soul de la Motown, la musique prend des virages approximativement plus pop, voire mélodiques, Grand Funk troussent quelques chanson qui pourraient être les prémices d'un Rock FM. Ténues en 1972, avec "Phoenix", elles s'affirment progressivement, pour être outrageusement présentes en 1974 sur l'album "All The Girls in the World Beware!!!" - où l'on retrouve deux gros succès du groupe : la reprise "Some Kind of Wonderful" (qui relance au passage ce formidable morceau de 1967) et "Bad Time", d'inspiration Motown. Quelques mois auparavant, la structure même des chœurs et leur interaction avec le chant sur "Ain't Got Noboby" (sur l'album "We're An American Band") préfigure étonnamment Boston.


   En janvier 1976, Grand Funk Railroad enfonce le clou, allant plus loin dans son exploration d'un rock nettement plus chiadé et mélodique. La complémentarité des chœurs (avec le renfort notable de Graig Frost) est désormais totalement abouti et Mark Farner n'a jamais aussi bien chanté. Même Don Brewer sait - parfois - faire preuve de retenue pour mieux se glisser dans la peau d'un soulman de charme. En particulier avec "I Fell for Your Love", débordant de Soul où Brewer met dans sa poche son habituel machisme exacerbé (exagérément forcé ?) pour se morfondre de la perte de son amour- ou ne serait-ce pas plutôt la complainte de son ego, blessé d'avoir été rembarré ?.

     Mais avant, Farner lève le rideau sur la chanson éponyme. Élégie sur un tempo funeste en mémoire d'un proche cousin récemment décédé dans un accident de moto.   "Je pleure mon cousin , mort hier... Oooo-Oooo... Ils n'avaient pas roulé loin. Ils étaient sortis pour s'amuser sur une moto qu'ils avaient construite. Comment auraient-ils pu savoir, cette nuit-là, qu'il serait tué ?". Une solennité inattendue brisée par un refrain presque festif, comme une allégresse bridée par la douleur, célébrant le défunt "Il vivait sa vie en toute liberté, exactement comme il l'entendait. Mais il y a toujours cette chose qu'on n'attend jamais. Tu es né pour que ça t'arrive... Oooo-Oooo...". Une ouverture assez surprenante, mais qui ne manque pas de sel, augurant d'entrée un soin particulier apporté aux chansons. 

     Bien qu'un peu plus enlevé, un brin "funk vaseux", "Dues" garde un pied dans le cafardeux "Je crois que je fonce droit vers un terrible accident. J'ai fait plus de projet que quiconque n'a jamais payé son dû. Je ne suis pas stupide et j'ai peut-être trop d'orgueil. Le médecin a décidé que je ferai mieux de mourir. Jésus, regardes-tu ou es-tu devenu aveugle ? Les âmes damnées sont parmi nous et le temps nous est compté". Des chansons en accord avec la pochette morbide présentant les musiciens dans des cercueils (une séance photo qui n'avait pas été du goût des musiciens... superstition ?).

     Mais un soleil radieux chasse les épais et sombres nuages avec un "Sally" particulièrement solaire. Une superbe et radieuse chanson - entre Pop et rhythm'n'blues - illuminée par l'harmonica guilleret de Jimmy Hall de Wet Willie (un bon pote de Farner) et les chœurs fermes et enjoués de Donna Hall (une pote de Farner, et un peu plus, il y a quelque temps 😉). Jamais Farner n'avait autant rayonné de bonheur. Il semble avoir des ailes, sauter de nuage en nuage. Et pour cause, c'est une déclaration d'amour - sans pudeur - à Sally Kellerman (chanteuse et actrice ; que les cinéphiles connaissent sour le doux sobriquet de "Hot Lips").  Les paroles d'une rare platitude n'enlèvent rien à cette réussite, véritable pépite revigorante. "I Fell for Your Love" parle encore d'amour (perdu), avec donc un Brewer méconnaissable, presque crooner, et un Farner qui fait parler, ou plutôt pleurer, sa wah-wah. 


   
S
ur le mélancolique "Talk to the People", Jimmy Hall, à nouveau sollicité, livre quelques belles performances au saxophone. Farner finit par le rejoindre pour une série de savoureux échanges. Farner, qui commence sérieusement à laisser parler sa foi, est à deux doigts de tomber dans le prêche - enjoignant à écouter le Seigneur avant qu'il ... qu'il ne soit trop tard 😨. Heureusement, les paroles chez Grand Funk sont généralement réduites à leur plus simple expression (c'est d'ailleurs souvent confondant de naïveté), la musique, elle, reste maîtresse des lieux.

     Le vif et enflammé "Take Me" - où Brewer se laisse à nouveau griser par sa testostérone -, fonce tête baissée dans un rock ignescent - anticipant l'archétype de la pièce virulente placée dans les albums de Rock FM. Étonnamment, entre les chœurs touffus, les claviers expansifs et la guitare chargée d'un épais flanger, on croirait presque entendre une petite cohorte de cuivres. "Good Things" - en clôture - est un peu dans la même lignée 

     Indéniablement, "Born to Die" est l'un des albums les plus aboutis de Grand Funk Railroad, des plus travaillés et des plus diversifiés. Pourtant, commercialement, il marque une chute irréversible dont le groupe ne se relèvera jamais. Si les débuts de sa (relative) "sophistication" sont récompensés par des ventes records pour le groupe, avec notamment un album en tête des charts et plusieurs singles dans le top 5, à partir du double live "Caught in the Act", sorti en 1975, c'est la chute brutale. À force de tirer à boulets rouges dessus, la presse a fini par avoir raison du groupe de Flint. Si Grand Funk a bien réussi, à un moment donné, à élargir son auditoire, une partie des premiers "disciples" regrettent la perte de l'accessibilité, de la simplicité brutale, du son séminal (primal) habillé de fuzz et de grognements des premiers albums, et finissent par s'en détourner. Ainsi, pour une partie du public, l'âge d'or du groupe s'arrête en 1971, avec "E Pluribus Funk". L'évolution a pourtant été progressive et logique, naturelle. Et comme si cela ne suffisait pas, 1976 est l'année où Capitol Records se restructure cruellement en mettant à la porte - ou en ne renouvelant pas les contrats - des artistes qu'il estime dorénavant ne pas être assez "rentables". Alors que Grand Funk a été pendant 5 années pour la major, une véritable corne d'abondance (en plus d'impressionnants chiffres de ventes, un contrat particulièrement avantageux pour les finances de la boîte).  Ainsi, cette galette de 1976 n'a pas vraiment eu de promotion, et le groupe, empêtré dans des dettes avec le fisc (à cause d'une gestion arbitraire), ne peut partir sur la route le défendre. Même des années plus tard, ceux qui connaissaient cet album étaient peu nombreux ; et ce n'étaient pas les quelques rares articles qui le descendaient en flèche, qui donnaient envie de se donner la peine de le dénicher. C'est pourtant un très bon disque qui, avec le temps, a réussi à convaincre. Un disque qui, avec le précédent de 1974, "All The Girls in the World Beware!!!", voit une atténuation des ardeurs de leur heavy-rock et un mariage à la Soul et au Rhythm'n'blues (2) - au détriment du Blues -, ce qui pourrait bien avoir participé à poser des bases d'un rock FM / AOR. Avec une apparence encore crue, pas encore ampoulé et grevé d'un encombrant cahier de charges. 


Side one


Auteur/compositeurLead Vocals
1."Born to Die"FarnerFarner5:35
2."Dues"Brewer - FarnerBrewer5:36
3."Sally"FarnerFarner3:16
4."I Fell for Your Love"Brewer/FrostBrewer4:12
5."Talk to the People"Farner/FrostFarner5:33
Side two


Auteur/compositeurLead Vocals
6."Take Me"Brewer/FrostBrewer5:10
7."Genevieve"Farner/Brewer/Schacher/Frost0(y'en a pas)6:12
8."Love Is Dyin'"BrewerBrewer4:14
9."Politician"FarnerFarner3:54
10."Good Things"FarnerFarner4:35



(1) Frank Zappa dira même qu'il connaissait un gars qui avait fait la critique de "All the Girls in the World Beware !!!" juste en regardant la pochette, sans écouter le disque.

(2) La Motown avait bien nourri les esgourdes réceptives des musiciens 



🎼🎶🚃
Autres articles / Grand Funk Railroad (lien) : 👉   "Closer to Home" (1970)  👉  "Phoenix" (1972)  👉  " Shinin' On " (1974)