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mercredi 30 septembre 2026

ROSE TATTOO " Blood Brothers " (2007), By Bruno



     On argumente (trop) souvent pour savoir quel serait le groupe, ou les groupes, pouvant être dignes de porter le flambeau d'un rock'n'roll pur et dur. Sur la liste, ils sont plus nombreux qu'on ne pourrait le croire, toutefois, est-ce que dans cet éternel débat houleux, Rose Tattoo ne serait pas un peu oublié ? Alors qu'indéniablement, il en est l'un des plus sincères et honorables représentants. Rose Tattoo, ou un long chemin parsemé d'obstacles. Un parcours chaotique où jonchent sang, sueur, bibine, herbacés, peines, joies et désillusions, amitiés et liens de sang. Une troupe dont la carrière fut continuellement incertaine, et, pourtant, lorsqu'en 1976 résonnent les premières notes du fabuleux et hypnotique "Rock'n'Roll Outlaws", un portail s'est ouvert. Une porte par laquelle se sont faufilés des élémentaux, venus à nouveau propager la bonne parole d'un rock'n'roll sain et festif - en tant que muse ou en prenant (en douceur) possession de musiciens. Un rock'n'roll cru et sans faux col que certains taxeront de prolo, extirpé de la rue, de ruelles moites et glissantes, où l'on sort plus facilement le surin que le dico. Peut-être... probablement... mais qu'importe...

     Les Rose Tattoos sont toujours restés fidèles à eux-mêmes, attifés sur scène comme à la ville. Simplement, modestement, sans paillettes, sans brushing, sans  bling-bling. Même leur scène, à l'image de leur musique, était dépourvue de toute forme d'artifice. Pas même un fumigène dégoté dans un vide grenier, surtout pas un pantin ou des danseuses. Des effets pyrotechniques ? Malheur ! Leur musique est déjà naturellement incendiaire ! Faire cohabiter les deux aurait été prendre bien des risques inutiles.  

     Au crépuscule du vingtième siècle, Rose Tattoo était de l'histoire ancienne. Après une résurrection exceptionnelle en 1992, déjà retardée en raison de la maladie et du décès du batteur Dallas "Digger" Royall, et après avoir tourné avec les Guns 'n'Roses - qui ne voulaient personne d'autre qu'eux pour les accompagner sur leur tournée australienne (1) -, les membres étaient retournés à leurs occupations personnelles.

     Toutefois, ces lascars à la mine patibulaire avait beau faire, s'essayer à divers projets, ou même simplement honorer un travail pour subvenir aux besoins de leur famille, ils avaient non seulement cette fièvre du rock'n'roll soudée à leur ADN, mais aussi ce besoin impératif de jouer avec leurs "frères de sang". En parlant de "travail pour subvenir aux besoins de leur famille", il existe un documentaire sur Angry Anderson, où on peut le voir en combinaison de travail blanche, équipé de seaux, brosses et détergents, en train de faire le ménage, de récurer à quatre pattes salles de bain et gogues. Évidemment, un journaliste lui demande si ce n'est pas difficile de se résoudre à ce travail ingrat après avoir connu le succès et les ovations d'un public ravi. Avec une humilité rare, et sans totalement arrêter sa besogne, il répond que si, bien sûr, la scène lui manque, forcément, mais il doit avant tout penser à sa famille, et faire tout son possible pour que ses enfants ne soient pas lésés. Et pas question de claquer la solde au bar ou de rentrer bourré. Déjà bien heureux d'avoir pu voyager, de vivre des années de sa passion, d'avoir même pu faire l'acteur, alors que bien de ses amis, eux, n'avaient jamais eu cette chance. 

     Bref, toujours des fourmis dans les jambes, les musiciens ne résistent pas à l'opportunité d'une tournée nationale en 1998. Si ça ne va pas vraiment plus loin, Rose Tattoo reste vivant, survit à travers d'occasionnels petits concerts à travers le pays. Les rêves de tournées conquérantes à travers le monde sont de l'histoire ancienne. Doutant qu'on se souvienne d'eux au-delà du pays des kangourous et de celui des kiwis, les membres se contentent désormais du simple plaisir de jouer à l'occasion devant un public fidèle - bien que plus restreint qu'auparavant. Jusqu'au jour où l'organisation du festival de Wacken Open Air - alors considéré comme LE festival européen incontournable de heavy-metal et de hard-rock -, fait des pieds et des mains pour avoir Rose Tattoo à l'affiche. Les Australiens, un peu surpris, hésitent, puis sous l'insistance de la direction, se lancent en prévoyant au passage une poignée de dates dans des salles modestes ; là où on voudrait bien d'eux. Histoire de rentrer dans leurs frais. Or, ce 5 août 2000, consternation pour les Aussies. Non seulement un large public attend impatiemment leur prestation, mais il leur fait un triomphe. Qui l'aurait cru ? Pas les membres de Rose Tattoo, au contraire des organisateurs du festival. Ces derniers, visiblement, avait prévu le coup puisque le set a été enregistré et a fait l'objet d'un double live (2 CD), "25 To Life", édité prestement la même année, fin octobre, par leurs compatriotes de SPV - Steamhammer. C'est le début d'une nouvelle aventure pour ce groupe de quinquagénaires.

     En 2002, les Tatts déboulent avec un méchant "Pain" débordant de rock'n'roll en mode tronçonneuse. Ça ne fait pas dans la dentelle. Comme si ça devait être un dernier barouf d'honneur, ces "rock'n'roll outlaws" envoient leurs chansons comme d'autres des bastos avec une Browning M2 HB. Tout n'est pas du même niveau, et on pourrait reprocher à Rajner Hänsel d'avoir donné une teinte "métallique", mais cet album remet les pendules à l'heure - tout en foutant la honte à des rockers du dimanche. Avec seize torpilles (!), les Tatts auraient gagné à être moins généreux. C'est un peu comme si, après nous avoir transformé en passoire, ils venaient s'assurer du travail en nous piétinant à pieds joints, jusqu'à ce que notre carcasse soit profondément enfoncée dans le sol. 

   Rose Tattoo est "back in the saddle" again. Hélas, comme toujours, la poisse semble les suivre, s'échinant à ébranler ce groupe. Le 27 mars 2006, le fondateur du groupe, l'ex Buffalo Peter Wells, décède d'un cancer (2). Il avait été diagnostiqué en 2002, mais n'étant pas opérable, il n'a eu d'autre choix que de lutter. Durant l'année précédant son décès, très affaibli, il est contraint de limiter les concerts. Lorsque Rose Tattoo, avec d'autres groupes et artistes aussies, organise et participe à un concert de charité à son attention, il doit se résoudre à ne rejoindre ses vieux camarades que pour une seule chanson. 

     En octobre 2006, c'est au tour de Ian William Rilen, premier bassiste du groupe et auteur de "Bad Boy For Love", présent lors de la mouture éphémère de 1998, de tirer sa révérence. 

     C'est en hommage à ses frères d'armes disparus, que les Tatts baptisent leur dernier album "Blood Brothers". Un album "coup de poing", frais comme le désert de Broken Hill, duveteux comme l'échine d'un crocodile, et surtout, surtout, terriblement excitant. En 2007, le nouveau Rose Tattoo revient à son meilleur. La petite bande d'outlaws ne réitère pas les erreurs précédentes. L'album est nettement plus court - quarante minutes et des poussières, va à l'essentiel, et renoue avec une tonalité de "Rock australien" brut de décoffrage et sans faux col. Cette fois-ci, c'est quelqu'un du pays, Mark Optiz, qui est à la console. Un gars qui a fait ses preuves en qualité d'ingénieur et/ou de producteur auprès de groupes généralement considérés parmi les meilleurs nationaux - dont AC/DC, The Angels, Cold Chisel, Swanee, Divinyls, INXS, Jimmy Barnes, Noiseworks, Hoodoo Gurus, Models, The Saints. 

     Wells n'étant malheureusement plus d'attaque, on appelle à la rescousse Dai PritcHard pour reprendre la slide. Un solide gaillard, qui a appris les rudiments de la scène en accompagnant Jimmy Barnes et ... Olivia Newton John, mais surtout Billy Thorpe. Ainsi qu'un vieux compagnon, Michael Cocks, ancien membre historique jusqu'en 1982 - jusqu'à ce qu'il quitte cet équipage qui avait alors tendance à écluser un peu trop souvent.

     Pour le première et la dernière fois, Rose Tattoo déroule sur disque une reprise : "Black Eyed Cruiser". Un classique qui, injustement, ne parviendra pas à s'imposer hors des frontières. Une composition du duo Harry Vanda & George Young, réalisée dans une tentative de relancer la carrière de leur ancien coéquipier au sein des Easybeats, Stevie Wright. Évidemment, la version des Tatts est nettement plus alcoolisée, plus percutante. Wright avait mis des gants, Angry et ses potes les ont retirés et cognent à mains nues. Bare-knuckles !   

  Bien chauffés après cette reprise fumante, les Tatts, dans un élan de générosité, distribuent les mandales. Des "bourre-pifs", véritable quintessence de ce heavy-blues-rock australien cru, près de l'os. Certes des combos tels que The Aztecs, Kings of the Sun, The Angels, Coloured Balls, Doomfoxx, Jimmy Barnes à ses débuts en solo, et bien évidemment AC/DC, mais Rose Tattoo a ce don inné d'injecter à cette musique une sorte d'urgence et quelque chose de viscéral, d'authentiquement organique. Un rock d'où semble parfois sourdre l'écueil de quelques dangers, menaces et colère. Comme s'il avait pris vie dans des bas fonds où règnent misère et affliction. Des lieux d'abandon où l'on noie l'accablement ou le pessimisme dans la bière et la fureur d'une musique expiatrice. Les paroles d'Angry content rarement des histoires d'amour, préférant à l'occasion se pencher sur des histoires de sexe où, là encore, la recherche du plaisir flirte avec le danger, la sanction ("Sweet Meat", "Lubricated"). Plus généralement, alors que le rock'n'roll américain et anglais se complait dans l'hédonisme, l'égocentrisme et le consumérisme, l'inspiration du quintet vient de la dureté de la rue, des péripéties de petites gens écrasées par une société implacable, du prolétariat, des malfrats en quête de rédemption.

     Alerte et nerveux, catapulté par des grattes mordantes, "Slipping Away" impose une vision défaitiste - ou serait-ce un avertissement ? "Douloureux, brisé, tremblant de tous ses membres, désespéré de survivre. Torturé, déchiré, reculant plus mort que vivant. Il arrive un moment où l'on devient aveugle envers ceux qui nous sont chers. Leur amour est si fort. Perdu au plus profond de soi, on ne voit plus leurs larmes. On sombre ! ... Les reines adolescentes des revues disent que c'est normal de se comporter vulgairement. Yeux ternes et vides, cuisses informes, il faut maigrir pour plaire ! Avaler ces pilules, boire à satiété ne t'apportera pas l'happy hour. Puis tu te retrouves seule, et sans personne à la maison quand tout tourne mal ... L'obscurité est ma seule amie, j'ai éteint la lumière du jour". "Once in a Lifetime", qui n'aurait pas dépareillé sur le formidable premier opus, assis sur un lit de slide en lames de rasoir avec une rythmique percussive et transcendentale, et qui annonce le moment où il est temps de lâcher prise, de se laisser partir. "... Une fois dans sa vie, on entend ce fleuve couler. Il montera et t'emportera ! Mais il est temps pour toi de partir. Baigne toi dans l'absolution, une constitution spirituelle, assoiffé de rédemption, noyé dans le salut. J'ai entendu cette cloche triste chanter doucement ... Nous avons vu la gloire dans l'histoire d'un outlaw. Nous avons vu l'émerveillement. Nous avons senti le tonnerre et l'éclair. On nous a dit : "c'est aujourd'hui qu'il est temps de te laisser partir". Une chanson bien certainement dédiée à l'ami parti récemment, et qui peut également l'être aux défunts Dallas Digger Royall et Ian Rilen. Mais la faucheuse n'a pas encore fini sa moisson au sein des Tatts... 

de G à D : Pritchard, Angry, DeMarco, King & Cocks
    Les Tatts se rappellent que l'injustice sociale ne datent pas d'hier, évoquant avec "1854", la révolte dite "rébellion d'Eureka", lorsque des mineurs, accablés de taxes (à leur sens indues) et d'actions jugées disproportionnées et brutales du gouvernement (ou de son représentant), ont fini par prendre les armes. Le courage et la détermination des mineurs n'ont pas fait le poids face à un bataillon largement plus nombreux et mieux armé. Un massacre arrêté par un capitaine, scandalisé par la folie meurtrière de ses hommes...  "... Nous ne sommes pas nés pour vivre en esclavage, nous ne sommes pas nés esclaves. Il est écrit que nous sommes créés égaux. Un droit fondamental du berceau à la tombe. Il y a des temps qui se retournent contre nous, il y a ceux qui brisent ces voies sacrées. La trahison construit des verrous et des chaînes. Nous sommes forcés de vivre nos jours les plus sombres". Le drapeau conçu pour l'occasion, cinq étoiles placées au centre et aux extrémités d'une croix blanche sur fond bleu, encore nommé "drapeau Eureka" ou "Southern Cross", est resté en Australie un symbole de contestation.

     Pas de ballade dans les parages, juste un blues poisseux et accablé, avec "Blues City". Pour le reste, on préfère quand ça rue dans les brancards. Sans pour autant se perdre dans des courses puériles de vitesse - it's only rock'n'roll ! Rien à voir avec le cirque, le barnum cher aux Ricains. Rien d'artificiellement exacerbé, ou forcé. Même quand ils la jouent belliqueux, notamment avec "Man About Town", aux parfums capiteux de The Angels.

     En omettant sa dernière réalisation de 2020, qui n'est qu'un réenregistrement du premier essai (3) - enrichi de quelques inédits depuis longtemps divulgués, et d'une chanson composée par Anderson et Rilen, "Rosetta" -, Rose Tattoo aura conclu une carrière discographique de fort belle manière. Avec un album qui, s'il n'égale probablement pas les trois premiers, n'en est pas moins une bien belle pièce de heavy-blues-rock torride et sans concessions. Pure émanation d'un rock australien. Rien de plus naturel, car les belligérants n'ont jamais pratiqué autre chose que du rock saignant, - ou presque - même lors de diverses carrières solo ou avec d'autres gangs.  

     Une fois encore, avec cet album qui a fait l'unanimité, Rose Tattoo rebondit, prêt à assaillir les scènes d'Europe et d'Amérique. Mais... c'est au tour de Mick Cocks, principal compositeur de "Blood Brothers", de partir précocement. En 2009, en quelques mois, il succombe à un cancer du foie. Deux ans auparavant, c'était Lobby Loyde, une figure tutélaire du rock aussie, qui succombe à un cancer du poumon le 21 avril 2007. Loyde, après avoir fait partie des Aztecs, avait monté un groupe de proto-boogie-punk, Coloured Balls. En 1974, il produit le premier album auquel a participé Angry : "Something to Say" de Buster Brown. Angry et Loyde se retrouvent en 1979, lorsque ce dernier rejoint Rose Tattoo. Il y a joue de la basse pendant un peu moins d'un an. 

5 août 1947, Melbourne - 21 septembre 2026, Sydney

     Le 21 septembre dernier, Gary Stephen "Angry" Anderson, cette boule de nerf qui participa à la réputation de Rose Tattoo, a quitté ce monde à l'âge de 79 ans. Malmené dès son enfance par la vie, victime de violences et de dénuement, il se créa une carapace, un aspect de "bad boy". Pourtant, immanquablement, les journalistes qui l'ont interrogé tout au long de sa longue carrière, témoignent de sa courtoisie, de sa bienveillance et de son humilité. Ses pairs musiciens et chanteurs pensaient de même. Tout comme le staff et les acteurs engagés dans le "Mad Max : Au-delà du dôme du Tonnerre" où il avait le rôle de "Ironbar". Il en était de même pour les autres lascars... même lorsqu'ils n'étaient pas très frais, et assez imbibés... Au contraire de bien des "rock stars", égocentriques, au creux de la vague (dans les abysses), il sut museler sa fierté pour prendre tout travail se présentant, même les plus ingrats, avec pour seul souci le bien de sa famille et de ses enfants. Meurtri par la vie, par la perte d'amis, par la perte d'un de ses fils (assassiné en 2018 dans un parc), une fois sur scène, il exultait, se laissait emporter par la musique, s'offrait au public en se donnant à 100 %. Une anecdote raconte que du personnel d'une scène, aux USA, l'aurait vu se pointer sur scène bourré comme un coing, mais sans rien faire paraître... et après avoir régurgité derrière les amplis entre deux chansons , enchaîner comme si de rien n'était. Le 7 août dernier, en Allemagne, à Cologne, Angry Anderson, à 79 balais, chantait encore du rock'n'roll corrosif. Et debout, même si cela faisait déjà quelques années qu'il n'arpentait plus la scène comme auparavant. Ou qu'il se cognait la tête contre les amplis, ou s'étranglait avec le câble de son micro... Sacré Angry. Un personnage. Rest In Peace. Nice boys don't play Rock'n'Roll !



(1) On raconte que les Guns, pourtant sur leur longue tournée "Use Your Illusion", consécration d'une gloire internationale, auraient été subjugués par l'intensité des prestations de Rose Tattoo.


(2) Particulièrement actif, parallèlement à Rose Tattoo, il continuait à se produire et réaliser des disques en solo ou avec son épouse Lucy De Soto.


(3) Avec, outre Anderson et Pritchard, l'ex The Angels Bob Spencer, l'ex-AC/DC Mark Evans et Jimmy Barnes, fils de Jimmy, à la batterie

 



🎶🌹
Articles connectés (liens) :
💢 Buster Brown (avec Angry Anderson, Gordon Leech + Phil Rudd et Mark Evans) : 👉 " Something to Say " (1974)
💢 Buffalo (avec Pete Wells)  :  👉 " Volcanic Rock " (1973)


mercredi 23 septembre 2026

ALBERT KING " Born Under A Bad Sign " (1967), By "Velvet" Bruno



   Lorsqu'on parle de Blues, de Blues moderne d'après-guerre, invariablement, les trois "King" s'immiscent. Trois "King" qui ont marqué à jamais - directement ou indirectement - des générations de chanteurs et de guitaristes. Et pas nécessairement des apprentis bluesmen. Le jeu raffiné de B.B., allié à une voix de stentor, l'incroyable énergie et vivacité de Freddie, mariées à une fluidité et une vélocité alors peu commune, et enfin le jeu ferme et puissant d'Albert King, tranchant avec une voix de crooner.

     Albert King qui est le seul des trois à avoir usurpé son patronyme. Né Albert Nelson, un 25 avril 1923 (ou 1924, suivant les biographies), à Indianola (ou à Itta Bena, ou à Aberdeen,  suivant les biographies), il est, comme bon nombre de ses pairs afro-américains, initié très tôt à la musique ;  celle jouée lors des offices à l'Église. Dans la formation de la congrégation, il y chante du Gospel, et le guitariste n'est autre que son père. Un père qui s'éclipse alors qu'il n'a que 5 ou 6 ans. Une absence forçant le jeune Albert à s'engager précocement dans la vie active. La précarité dans laquelle il survit lui impose d'être débrouillard. Ainsi, il conçoit lui-même son premier instrument , un diddley bow, à l'aide d'une boîte de cigares, de fil de fer et d'un bout de bois. Évidemment, avant de pouvoir vivre de la musique, il doit cumuler divers emplois, allant des champs de coton (dans sa prime jeunesse) aux travaux de construction - où il aurait appris à conduire les engins de chantiers -, et partant aussi dans le Nord pour bosser dans une fonderie. Son travail incessant dans les champs, les chantiers et les usines lui aurait forgé sa carrure. Avec sa taille approchant les deux mètres, ses larges épaules, ses paluches comme des battoirs, et un poids dépassant les 100 kilos (tranquille), le tout lié au flegme de l'homme tranquille, serein, il imposera le respect naturellement, sur scène comme en coulisse.

      Lorsqu'il s'implique dans des groupes jouant la "musique du diable", il le fait derrière un modeste kit de batterie pour divers petits combos. Il devait probablement être assez bon batteur pour finir par jouer dans l'orchestre de Robert Nighthawk - où, d'ailleurs ce dernier lui transmet une partie de son savoir à la guitare des douze mesures. Ainsi que dans celui de Jimmy Reed, avec lequel, en 1953, il effectue ses premières séances studio.


   Par nécessité, autant pour les opportunités musicales que pour subvenir à ses besoins, il passe une bonne partie des années 50 à changer de villes et d'états de résidence. Oscillant un temps entre Osceola (en Arkansas) et Gary (en Indiana), il finit par tenter sa chance à Saint Louis, dans le Missouri, où il commence à gagner une sérieuse réputation (1). Suffisamment pour que Little Milton - ou son label, Bobbin Records, qu'il vient de fonder -, lui fasse enregistrer ses premiers singles. Et puis, enfin, en 1959, à près de 35 ans, le succès frappe enfin à sa porte. D'abord bien timide, il prend de l'ampleur en 1961 avec le single "Don't Throw Your Love on Me so Strong" (avec Ike Turner au piano), qui séduit les radios "R&B", et déborde des frontières du Missouri et de l'Illinois. L'année suivante, c'est le grand saut avec un premier album : "The Big Blues". Malheureusement, Albert King n'y est pas toujours mis en valeur, empêtré dans une orchestration trop riche ou mal dosée - il n'est pas le seul à en avoir fait les frais. Et on sent toujours l'influence de B.B. King qui lui colle encore aux semelles. Influence d'autant plus lourde qu'à ses débuts, mister Albert Nelson se faisait passer pour son demi-frère (ou le frère, suivants les biographies), d'où le changement de patronyme. Une façon innocente, et peu coûteuse, de se faire de la publicité dans l'espoir de se créer un public qui constaterait par lui-même, sur place, que cet Albert avait ce qu'il fallait pour mériter ce nom (d'emprunt). Mais de là à baptiser sa guitare "Lucy"... sachant que BB King avait baptisé la sienne "Lucille", dès 1949 (2)... Quoi qu'il en soit, malgré ses défauts, ce premier album est tout de même une réussite. 

     Mais c'est en 1967, qu'Albert King s'affirme définitivement comme un bluesman majeur avec un second album qui a non seulement marqué son époque, mais qui demeure aujourd'hui encore une référence du Blues moderne. 

     C'est Estelle Axton, co-fondatrice de Stax Records avec son frère Jim Stewart, voulant étendre leur catalogue au Blues, aurait souhaité que le label enregistre ce grand gaillard qui en dépit d'un premier album bien prometteur, n'était alors plus sous le moindre contrat. C'est une aubaine pour Albert qui en 1966, a l'opportunité d'enregistrer dans un studio qui a déjà fait ses preuves avec des artistes tels que Rufus Thomas, Booker T & The MG's, Sam & Dave et bien entendu Otis Redding. Opportunité aussi d'être soutenu par les musiciens "maison", alors souvent considéré comme ce qu'il y a de mieux dans le milieu de la soul et du Rhythm'n'blues - du moins dans le sud des USA. Soit pas moins que la troupe de Booker T & the MG's. Un groupe, multiracial (ait il besoin de l'évoquer, dans le sens où les principaux intéressés, liés par un indéfectible amour de la musique, ne faisaient pas de différence), qui ont enregistré et/ou accompagné en concert, des chanteurs aussi illustres que Wilson Pickett (qui n'aurait pas été particulièrement apprécié), Rufus Thomas, Otis Redding, Carla Thomas, Sam & Dave. Un groupe qui a aussi composé un beau petit lot de hits, dont certains sont devenus des classiques de la Soul et du R&B (3). La crème de la southern-soul avec Steve Cropper, Al Jackson Jr, Booker T Jones et Donald Dunn (fraîchement incorporé, en 65) solidement soutenus par une section rythmique emblématique : The Memphis Horns. 


   Alors que pour son premier album, Albert avait composé la majorité des morceaux - dix sur douze -, cette fois-ci, c'est carrément l'inverse avec seulement deux titres de sa main sur onze. Mais qu'importe. Albert imprime sa patte et décline de nouvelles lois du Blues - ou les consolide. Cet album combine la rugosité d'un Blues puisant sa source dans le Delta et durci par le tumulte quasi incessant des métropoles industrielles, que le velours de la southern-soul, étoffée par des cuivres omniprésents. Le rythme lui-même, la cadence, est d'ailleurs souvent plus proche de la Soul (prisée par les studios Stax) que de celui du Blues. La Flying d'Albert est incisive et vigoureuse, s'imposant comme une force tranquille, allant à l'essentiel en peu de notes. Elle compense un vocabulaire limité en triturant les cordes, avec des glissando et surtout des bends profonds parfois à la limite de la rupture. Gaucher, Albert a toujours joué sur des guitares de droitier sans inverser les cordes (4), ce qui lui permet d'avoir plus de fermeté, de force et de facilité pour effectuer ses bends, en tirant les cordes vers le bas (le mi aigü étant en haut, à la place du mi grave, et ainsi de suite...). Son petit Fender Twin Reverb (où la reverb ne semble guère sollicitée) paraît ne pas être ménagé, menaçant de tomber dans la saturation grasse - surtout dès qu'il joue sur les cordes de Sol et de Ré. Non pas à cause du niveau sonore, mais par son attaque franche aux doigts, principalement joué avec un pouce mastard. Autant sa tonalité, son timbre, que ses plans (récurrents) vont être pillés pour nourrir tous les slow-blues du British blues et de ses descendants. 

     Et puis, bien sûr, il y a cette voix, impérieuse (royale ?), autoritaire, à la croisée du Blues et de la Soul sudiste, profonde et chaleureuse (en accord avec la carcasse d'Albert). S'il n'a pas autant de coffre que son "demi-frère" (5), Albert n'en est pas moins un bon chanteur, récitant ses paroles en restant accroché au tempo. Parfois avec véhémence, mais parfois aussi avec une telle retenue que ça frôle la timidité. À croire qu'à ces moments-là, il chante loin du micro, craignant de prendre l'ascendant sur la musique. Comme sur le vivifiant et latin "Crosscut Saw", où on peine à l'entendre. Et pourtant, sur les slow-blues, quand l'orchestration est plus aérée et feutrée, modérée, sa voix est là, s'affirmant comme une autorité fondamentale, imposant sa loi, ordonnant à l'auditeur de cesser toute activité (ou de monter le volume) pour se laisser envoûter. Ce que prouve le triptyque final, "Laundromat Blues", "As The Years Go Passing By" et "The Very Thought of You". Trois bijoux portés aux nues par Albert - bien aidé aussi par le piano de Booker T et les cuivres implorants, en particulier le saxophone ténor d'Andrew Love. Le premier pourrait être l'archétype, l'étalon du slow-blues sobre, intense et viril, le second demeure la version jamais réalisée et le troisième dévoile un Albert en parfait crooner.  Trois boîtes à frissons. Dans le genre, "I Almost Lost My Mind" n'est pas en reste, mais est en deçà, peut être parce qu'il est dépouillé d'attributs du Blues.

    Autre parangon du slow-blues, avec "Personnal Manager" où Albert lâche la bride à sa Lucy qui finit par ululer comme une harpie à la lune. 


 Évidemment, il y a les classiques, dont le titre éponyme. Une composition de Booker T et William Bell, spécialement à l'intention d'Albert. Un morceau tellement de fois repris - dès 1968 par Cream -, qu'il est devenu un standard. Tout comme "Crosscut Saw", le chaloupé et latin "Oh, Pretty Woman" (absolument aucun rapport avec la jolie donzelle de Roy Orbison) et le proto-hard-blues "The Hunter", porté à bout de bras par la basse (ici) fuzzy de Dunn. Également composé spécialement pour Albert - par les MG's au complet -, ce morceau a rapidement séduit un très large public. Dès l'année suivante, les brutes de Blue Cheer le reprennent, suivit par Pacific Gas & Electric ; en 1969, Free se l'accapare pour en faire un incontournable de son répertoire scénique. Il est d'ailleurs bien probable que le jeu soliste de Paul Kossof se soit en partie construit sur celui d'Albert King. "The Hunter" va passer tranquillement les années, les décennies, au travers d'innombrables reprises - celles des Ike & Tina Turner, Koko Taylor, Blue Magoos, bobby Harrison, Danzig, Great White, Canned Heat, Doyle Bramhall, Jimmy Hall, Gov't Mule, V. Campbell, Schenker-Pattison, Jane Lee Hooker, et bien d'autres.

     Injustement omis, le travail de Donald "Duck" Dunn est pourtant essentiel à cet album. En effet, sa basse impose le rythme, invitant suivant les situations à la danse ("Crosscut Saw") ou au recueillement ("As the Years Go Passing By"). Elle est d'ailleurs, bien des fois, légèrement en avant, comme si c'était elle qui conduisait la mesure de l'orchestration. Jusqu'à, occasionnellement, faire vibrer les membranes d'enceintes. Un brin avant-gardiste, elle s'aventure, avec "Oh, Pretty Woman" et "The Hunter", en des lieux peu explorés où bourgeonnent des tonalités fuzzy ; préfigurant peut-être là, la basse rock, voire proto-hard-blues. 

   Sans oublier non plus l'important de la production impeccable, au cordeau, attribuée à Jim Stewart, mais qui, serait, officieusement, plutôt le fruit d'un travail minutieux effectué en binôme par Steve Cropper et William Bell.

Side one




1."Born Under a Bad Sign"W. Bell, Booker T Jones2:47
2."Crosscut Saw"R.G. Ford2:35
3."Kansas City"J. Leiber, Stoller2:33
4."Oh, Pretty Woman"A.C. Williams2:48
5."Down Don't Bother Me"Albert King2:10
6."The Hunter"Booker T. Jones, Carl Wells, Cropper, Dunn, Jackson Jr2:45
Side two




7."I Almost Lost my Mind"Ivory Joe Hunter3:30
8."Personal Manager"Albert King, D.Porter4:31
9."Laundromat Blues"Sandy Jones3:21
10."As the Years Go Passing By"Deadric Malon3:48
11."The Very Thought of You"Ray Noble3:46


(1) En fait, il s'installe de l'autre côté du fleuve, du Missouri, dans une bourgade, Brooklyn dans l'Illinois, où les loyers sont probablement plus abordables et où il n'est qu'à un quart d'heure de route de Saint-Louis. 

(2) La guitare d'Albert, "Lucy", est une Gibson Flying V de 1959 (ou 1958, suivant les biographies...). Ainsi, Albert est, avec Lonnie Mack, l'un des premiers utilisateurs de la Flying V à devenir célèbre. Une guitare qui, à l'époque, avec l'Explorer et la Marauder, était jugée trop futuriste par les musiciens. 

(3) À commencer pour eux-mêmes, avec l'instrumental "Green Onions" qui fait un carton en 1962, et qu'on peut encore entendre aujourd'hui, plus de soixante ans plus tard, passer à l'occasion sur la radio (même sur le territoire Français). 

(4) Et même lorsque le luthier Dan Erlewine lui en concevra une en gaucher, - la Flying avec son nom sur le manche et la tête de Les Paul -, avec donc les potentiomètres en bas de caisse, qui ne risquent plus d'être bougés par inadvertance par son avant-bras, il gardera un montage à l'envers.

(5) Quand on pose la question à BB King sur l'hypothétique parenté qu'il aurait avec Albert, il rie doucement, niant évidemment tous liens familiaux. Toutefois, malicieux, il réplique que, par contre, dans la musique ils sont bien frères. Leur Blues ayant effectivement bien des similitudes.

(5) "The Very Thought of You" a été écrit - et sortie - en 1934 par Ray Noble (musicien, compositeur et chef d'orchestre de Jazz). La chanson est assez vite devenue un classique du Jazz, reprise et réenregistrée régulièrement par divers chanteurs. Notamment par Billie Holliday, Fitzgerald, Frank Sinatra, Sara Vaughan, Bing Crosby et Nate King Cole. On l'a retrouve aussi dans le film "Casablanca". Celle d'Albert s'appuie sur la version de Nate King Cole. Plus récemment, en 2002, c'est Rod Stewart qui l'a reprise sur son "The Great American Songbook", et en 2006, McCartney avec Tony Bennett.




🎵🚜
Du KING (Blues) à toutes les sauces (liens divers) :
💢 Earl King 👉 "Sexual Telephathy" (1990) 
💢 Freddie King 👉 "Getting Ready" (1971) 👉 "Getting Ready..." (1971) 
💢 King King 👉 "Reaching for the Light" (2015)

mercredi 16 septembre 2026

BROWNSVILLE STATION " School Punks " (1974), by Bruno

 


     Originaire d'Ann Arbor, comme le MC5 et les Stooges, Brownsville Station prend forme en 1969, et plonge rapidement dans le circuit des clubs du Michigan, se forgeant à la dure - sur les planches des clubs du Michigan, devant un public pouvant se montrer intransigeant. Loin du vacarme et de l'agressivité des voisins susnommés, plutôt dans la mouvance des Californiens des Flamin' Groovies, le credo des gus de Brownsville est la survivance du rock'n'roll des pionniers. Pas dans sa forme la plus pure, mais avec une certaine rugosité, une âpreté due au temps, et probablement aussi due à l'atmosphère ambiante de la scène de Detroit.  

     Brownsville Station, c'est initialement le fruit d'une rencontre, dans un magasin de disques, de Michael John Uszniewiez, alias Cub Koda, et de Michael Lutz, tous deux guitaristes et chanteurs. Une rencontre fortuite de deux musiciens qui se découvrent des goûts musicaux similaires, donnant naissance à une nouvelle amitié et s'accordant un nouveau départ dans une aventure musicale. Koda, du "haut" de ses 21 ans, est déjà alors quasiment un vétéran, avec un cursus remontant à 1963. Avec un trio, The Del-Tinos, il écume les salles d'établissements scolaires du sud des états du Michigan et de l'Ohio, en essayant d'intégrer à quelques reprises (obligatoires) un répertoire d'originaux. Une politique qui ne plait pas à tout le monde, et l'écarte du circuit rémunérateur des concerts pour événements familiaux - mariages, anniversaires, baptêmes, etc - à la recherche de simples formations vouées aux reprises de succès.  "Ce qui nous manquait en maturité et en technique, nous le compensions par le volume, l'énergie et un engagement total envers le rock'n'roll... nous abordions chaque concert comme si c'était le dernier". D'abord fortement motivé par le rock'n'roll, progressivement, le trio se tourne également vers le Blues, qu'il n'hésite pas à marier à sa musique. De leurs trois singles, seul le dernier a droit à un petit succès local. Toutefois, en 2016, la chaîne HBO utilise "Nightlife", une composition originale du trio sortie en 1965 en face B, pour l'inclure à sa série "Vinyl" (1). Puis, avec diverses formations sans lendemains, quelques intégrations éphémères de groupes locaux, des prestations en solo, et même DJ pour des bals. 

   C'est sur son lieu de travail que Koda lie connaissance avec Lutz. Le magasin de musique d'Ann Arbor, tenu par un certain Al Nalli. Ce dernier prend en sympathie les deux jeunes gens et devient leur manager. Il participe également au ralliement d'autres éléments locaux. Tous possédant déjà une certaine expérience des clubs et du public. C'est bien le même Al Nalli qui, en 1978, va se faire remarquer au-delà de l'Atlantique, en manageant et produisant Blackfoot.

     Quand sort en 1970 la première galette de Brownsville Station, "No BS", entre les reprises d' "antiques" rock'n'roll et des originaux très typés - perclus de références évidentes - , le groupe se présentait assez comme un anachronisme perdu au milieu des douceurs de la Motown et des sauvageons du Detroit Rock Sound. Ce qui n'empêche pas les premiers singles d'obtenir un honorable succès régional. Rien de renversant, et à ce petit jeu, on préféra les Flamin' Groovies, ou mieux, le MC5 et son admirable "Back in the USA". Deux ans plus tard, avec "A Night on the Town", Brownsville se présente déjà plus solide et consistant. Le succès commence à poindre le bout de son nez et les salles se remplissent. Mais c'est lent, trop lent pour le bassiste qui rend son tablier. Le groupe continue alors en trio, Lutz passant à la basse. Réduite à l'état de trio, la troupe se doit d'aller à l'essentiel, se détournant des quelques ballades et écarts vers la Soul ou la Country du second album, pour s'offrir pleinement au rock'n'roll. Il en résulte une troisième galette franche du collier, quasi séminale, sobrement baptisée "Yeah !". 

Certes, les loustics n'ont pas pris de risque en chargeant leur album de reprises bien choisies, dont une majorité de garage-rock peu ou prou obscurs, avec, judicieusement glissée au milieu du disque, une excellente version du "Sweet Jane" du Velvet Underground - surclassant peut-être même l'originale. Toutefois, la pièce de choix, celle qui va booster les ventes de l'album pour en faire leur bestseller, est une composition originale de dernière minute. Initialement, un bouche-trou pour combler un album jugé trop court ; une chanson composée sur place, en studio, d'après un titre lancé par le producteur sur le ton de la plaisanterie. "Smokin' in the Boys Room" est un succès inattendu, culminant à la 3ème place des charts US. Douze ans plus tard, un groupe d'Angelins dépenaillés aux cheveux en pétard, s'évertuant à développer un Glam US tapageur (pléonasme ?), aura le nez creux en le ressortant (2), et en en faisant son premier grand succès en single - mais sans vraiment percer en Europe, pour l'instant. En 2009, "Smokin' in the Boys Room" est élu Chanson Légendaire du Michigan.

     Encouragés par cet imprévisible succès, le trio souffle sur les braises et s'empresse de réaliser un nouvel album en poursuivant leur credo d'un rock'n'roll festif, à la gloire de l'hédonisme et de l'insouciance, hors de tout tracas sociétal. Les musiciens sont encore bien jeunes, n'approchant que le quart de siècle au moment de l'enregistrement, et leurs soucis et motivations sont encore généralement marqués par une psychologie troublée par la testostérone. D'où la présentation et le nom de ce quatrième disque : "School Punks".

   "Kings of the Party" entame les festivités de la même façon qu'on l'aurait fait pour un concert, haranguant la foule, l'invitant à se désinhiber, à se laisser emporter par la fièvre "rock'n'roll".  Sur un air soutenu de boogie-rock, les gars, sûrs d'eux et avec humour, règlent leurs comptes en faisant leur propre publicité (tant qu'à faire) : "...À chaque vendredi, il y a un concert en ville. Tu sais, ils se réunissent et sont prêts à faire la fête. Le "vieux" Brownsville Station les ridiculise vraiment parce qu'ils s'éclatent. ... Les filles deviennent folles... et les gars font un tel vacarme que ça fait fuir les flics... Nous sommes les rois de la fête ! Nous sommes les plus badass !". Preuve d'autodérision ou d'arrogance ? Peut-être un peu des deux... Cependant, depuis leurs débuts, la presse nationale est unanime pour dire que le groupe sait tenir une scène, et que c'est là qu'il est le meilleur. La suite ne dépareille pas tant que ça du précédent essai, si ce n'est que le son s'est encore un peu plus durci - que les grattes sont un brin plus rugueuses et que David Henry Weck cogne un peu plus fort sur ses peaux. Sans faire de l'ombre à la puissance de John Bonham, son surnom de "H-Bomb" n'est pas (totalement) usurpé. Toutefois, c'est en live qu'il prend toute sa dimension, gagnant son grade de "H-Bomb". 

     Sur "Mama Don't Allow No Parkin' ", la structure est d'apparence assez simple et aérée, permettant à l'harmonica de Cub de gazouiller tel un lutin espiègle "Mama n'autorise pas qu'on se gare sur la banquette arrière. Si je l'avais écoutée, je ne serais pas dans le pétrin... Ha ! La fille était furieuse ! Et son père aussi ! Et ma vie sociale était morte ! ... ma mère a dit : "tu es pire que ton père !!" .. No comment ?. Une orchestration relativement épurée mais pas moins robuste, dorénavant souvent proche d'un proto-hard, mais dénuée de fuzz crépitantes et de hurlements de berserkers ou de vierges effarouchées. Comme pour le solide "Meet Me on the Fourth Floor", ou encore "I Got It Bad For You", qui est carrément du 100% hymne à la Kiss (avant l'heure ?...). Et d'ailleurs, à bien regarder, il semblerait que Peter Criss ait beaucoup appris - et pris - auprès de Henry Wreck. Jusqu'à la composition de la batterie, l'accoutrement scénique, et même la coupe de cheveux. Avant le "chatounet" de Kiss, Wreck se présentait déjà sur scène avec moults chaînes et accessoires vestimentaires cloutés. Et, exceptionnellement, s'offrait le plaisir de chanter une chanson. Ici, sur une reprise d'un vieux hit de 1959 basé sur le "Bo Diddley Beat", "Hey Little Girl" (3) - probablement le maillon faible de l'album. 

     Au contraire de ses congénères de l'époque, même sur les titres les plus "heavy" ou bluesy, Brownsville ne s'embarrasse pas de longs soli - quand il y en a, ça tourne généralement entre 20/30 secondes max. Ça reste du concis. Efficacité avant tout ; les débordements éventuels sont réservés pour la scène. La voix de corbeau de Cub Koda est bien proche de celle d'Alice Cooper, jusqu'à parfois ses intonations - et son accent ? -, et là encore, on peut se demander qui a influencé qui, sachant que tous deux ont fréquenté les mêmes salles et ont quasiment le même âge (moins de huit mois de différence). Évidemment le premier est plus dans le rhythm'n'blues et le glam, tandis que le second a un pied dans la théâtralité (et le "Grand Guignol") et le Hard-rock. Et puis, l'omniprésence du compère Mike Lutz, assurant couplets et chœurs, brouille les pistes. 

   Le trio tâte aussi avec habilité le format pop, notamment avec le léger "Fast Phyllis" au sujet d'une gourgandine... Et avec "Ostrich", aux condiments tirés de la Country. Bien entendu, même si c'est le premier opus où le groupe compose autant, il ne résiste pas au plaisir de reprendre à son compte une poignée de chansons. Outre le "Hey Little Girl", la troupe interprète dans une version proche de l'original le proto-Heavy funk "I Get So Excited" de The Equals - le premier groupe européen multiracial à avoir du succès. Un groupe assez novateur, et injustement oublié. Elle remet à l'honneur le défunt Slim Harpo, qui eut une influence sur ses pairs du Blues et sur le British blues, avec un medley de "I've Got Love If You Want It" et de "I'm a King Bee" sur une pulsation jungle de Bo Diddley. Et puis le "I'm The Leader of the Gang" de Gary Glitter, auquel la troupe donne un petit coup de fouet, et qui, au passage, sorti en single, lui fournit un nouveau petit succès. C'est par cette version que les Américains font la connaissance de tube de glam-rock, et non par celle de Gary Glitter qui ne parvint jamais à percer sur le continent américain.

     Brownsville Station va poursuivre sa carrière en revenant au format de quatuor, avec un guitariste complémentaire. Le ton continue à s'étoffer, à se durcir. Toutefois, alors qu'avec l'arrivée d'un quatrième larron, Brownsville Station aurait dû s'envoler, bien au contraire, il entame sa chute. L'album suivant, "Motor City Connection", est pourtant très bon, mais il est, étonnamment, le premier depuis 1972, a ne pas placer un seul single dans les charts. Paradoxalement, au contraire du suivant, album éponyme, qui lui, se vautre par contre sur les ventes d'albums. En 1978, la troupe avec "Air Special", a bien un beau sursaut d'orgueil, mais le public semble être passé à autre chose. Le groupe raccroche l'année suivante, en 1979.

     Plus tard, après la dissolution du groupe, Cub Koda sera également reconnu et respecté comme auteur de chroniques musicales et de quelques articles et bouquins sur l'histoire de la musique populaire (dont trois volumes pour la série "Blues Masters" et un "Blues pour les Nuls" - for dummies ). On retrouve également son nom sur de nombreux livrets de rééditions CD. Il est considéré comme une sommité en la matière. Parallèlement, il continue à se produire sur scène , en groupe, comme simple accompagnateur (dont Hound Dog Taylor) ou en solo. Souffrant déjà d'une maladie rénale l'obligeant à être régulièrement dyalisé, il décède à 51 ans, le 1er juillet 2000. En 2016, il est intronisé au Michigan Rock and Roll Legends Hall of Fame. Le groupe, Brownsville Station, l'a été en 2008.

     Mike Lutz, lui, se lance dans la production et tourne un temps avec le "compatriote" Ted Nugent (il produit aussi son passable "Spirit of the Wild"), avant de continuer tranquillement sa vie en enseignant la guitare et la basse.

     Le batteur Henry Weck se lance aussi dans la production, en débutant par une collaboration avec Al Nalli, sur les albums de Blackfoot. (Et qui joue de l'harmonica sur le fougueux "Train, Train" ? Mister Cub Koda !) 


1.«Kings of the Party»
  • Lutz, 
  • Weck, 
  • Koda
4:12
2.«Mama Don't Allow No Parkin'»Koda, Lutz3:05
3.«Meet Me on the Fourth Floor»Koda, Lutz2:54
4.«Fast Phyllis»
  • Lutz
  • , Doug Morris, 
  • Koda
2:35
5.«I Get So Excited»
  • Eddy Grant, Derv Gordon
2:54


1.«Ostrich»Koda, Lutz2:52
2.«I Got It Bad for You»Koda, Lutz2:35
3.«Hey Little Girl»
  • Bobby Stevenson
  • , Otis Blackwell
2:05
4.«I've Got Love If You Want It / I'm a King Bee»James Moore4:14
5.«I'm the Leader of the Gang»
  • Gary Glitter Mike Leander
3:33


(1) L'histoire se situe aux débuts des années 70, dans le milieu d'une industrie musicale un peu sclérosée qui peine à prendre conscience du foisonnement des changements musicaux émergeant de quartiers populaires New-Yorkais.

(2) Paradoxalement, alors que dans les années 80 les revues affirmaient mordicus que les dinosaures de des décennies précédentes étaient dépassés, obsolètes, tout comme leur musique (de has-been), on remarque que pas mal de cartons des 80's sont en fait des reprises - ou des détournements - de cette époque. Et ça démarre même un peu plus tôt avec "You Really Got Me" par Van Halen. Suivent "Oh Pretty Woman", "Peter Gunn", "Cum'on Feel the Noize", "I Love Rock'n'Roll", "Bette Davis Eyes", "California Girls", "Dear Prudence", "Mama All Crazee Now", "La Bamba", "Venus", "Walk This Way", "Spirit in the Sky", "Tainted Love", "Unchain My Heart", "Sweet Jane", "Harlem Shuffle", "I'm Free", "Your Mama Don't Dance", "Higher Ground", "I Do Every Thing for You", "Wild World", "Lean on Me" (massacré), "Always on my Mind", "You Can't Leave Your Hat On", "Don't Leave Me This Way", "The Greatest Love of All", "China Girl", "Baby I Love Your Way / Freebird" (sic), 

(3) Chanson que Quentin Tarantino a exhumé pour son film "Once upon a time... in Hollywood".



🎼🎶🚃

mercredi 9 septembre 2026

BULL ANGUS " First - Same " (1971), by Bruno

 


      Bon, ça y est : on repart dans les trucs obscurs... avec un sextet au nom de bovin, sorti de Poughkeepsie. Une ville tranquille bordée par l'Hudson, située au nord de l'état de New-York, à 240 kilomètres de Providence et à 130 kilomètres de New-York. Bull Angus a été monté par deux potes fins guitaristes, Larry LaFalce et Dino Paolillo, qui après s'être forgés à la scène dans un groupe New-yorkais, ont choisi de retourner à la maison afin de monter un groupe en conformité avec leurs aspirations musicales. Refoulant l'amateurisme, ils se tournent vers des musiciens déjà expérimentés, qui ont déjà fait leurs armes lors de la décennie précédente. Ce ne sont donc pas des perdreaux de l'année, et la musique, à la fois forte et (relativement) raffinée, s'en ressent. 

     La formation se met au vert, s'installant dans un bâtiment d'une ferme des environs, à un peu plus d'une vingtaine de kilomètres, proche de Rhinebeck, où ils peuvent à loisir taper comme des sourds sur la batterie et faire hurler les amplis et le chanteur sans que la police municipale ou le shérif du comté ne débarquent l'air vénère, matraque en main. Là, tranquillement, ils se constituent un répertoire de pièces originales qu'ils affûtent auprès d'un premier public. Celui à disposition, occupant les champs cernant la ferme, composé uniquement de bovins... de Black Angus (ou Aberdeen Angus), d'où le patronyme du sextet. On n'a jamais su si les bovins avaient apprécié - ou même supporté -, ou si, au contraire, ils avaient préféré prendre volontairement le tragique chemin de l'abattoir plutôt que de devoir continuer à subir plus longtemps le vacarme de ces jeunes chevelus filiformes.

     Après les bovins, c'est au genre humain, celui plus généralement noctambule, amateur de bières et de rock et errant dans des clubs à la lumière tamisée, de goûter la musique de ce Bull Angus. Le sextet ne chôme guère, écumant scrupuleusement tous les clubs de l'État, en débordant régulièrement sur le Massachusetts. Il ne faut guère plus que quelques mois au groupe pour acquérir une bonne réputation scénique qui, dans la foulée, va lui permettre d'être "invité" à rejoindre l'écurie Mercury. C'est ainsi qu'en l'an 1971 du siècle dernier, - une année particulièrement riche en manifestes Rock -, Bull Angus sort sa première galette. Un premier album pas piqué des hannetons. 


   Et d'entrée, sans sommation, ça défouraille avec un "Run Don't Stop" à toute berzingue qui envoie des bastos tout azimut ; comme si un commando de la Légion Étrangère s'était, par un étrange hasard du destin, retrouvé à proximité de Barad Dûr, cerné par des hordes d'orques agressifs et affamés, certains d'avoir trouvé matière à leur prochain barbecue. Le chanteur, Frankie Previte, semble être pris au dépourvu, peinant à trouver ses marques sous le flot continu de grattes vénères. "Mother's Favorite Lover (Margaret)", - réponse d'un garçon à l'infidélité de sa mère avec Margaret -, a quasiment le même tempérament. Bien que le tempo y soit nettement plus modéré, le chant, les interventions des guitares et de l'orgue Hammond demeurent vives et hargneuses. Même le solo de flûte - joué par Previte - virevolte comme une bécasse (d'Amérique) folle, prête à planter son bec dans la chair.

     Plus lent, un poil pesant, "Uncle Duggie's Fun Bus Ride" - hommage à leur fidèle roadie - pourrait être une forme de proto-Point-Blank copieusement agrémenté de sauce "Bloodrock". On remarque le jeu du batteur, Geno Charles, qui, depuis le début, sait au moment opportun tambouriner comme un forcené, comme un pilote de rallye rétrogradant pour, dans un bruyant dérapage, éviter in extremis la sortie de route. On pense parfois à l'exemple de Ian Paice ; une référence purpleienne qui revient aussi sur quelques interventions d'orgues - avec néanmoins moins de fougue que l'Anglais. Le groupe a d'ailleurs parfois été comparé à Deep Purple, ce qui ne semble aucunement approprié - sauf si on considère qu'une petite poignée de plans d'Hammond pyromanes et qu'une batterie véloce, nerveuse et ample, soient suffisantes. D'autant que même à deux, les guitaristes ne peuvent prétendre rivaliser avec Blackmore, et que Previte n'a pas la puissance d'un Gillan, ni même d'un David Byron. S'il fallait faire un rapprochement avec quelques groupes célèbres, ce serait plutôt vers les USA qu'il faudrait se tourner. Ainsi, dans l'ensemble, ce serait vers la rudesse et l'âpreté des Texans de Bloodrock, et la fougue, la dynamique de Blue Öyster Cult (1) - plus évidente lors des plages instrumentales à la faveur d'envolées guitaristiques de haute volée. En filigrane, on peut supposer que Grand Funk Railroad, alors incontournable aux USA, notamment en arpentant continuellement tous les espaces dédiés à la musique live du continent (nord américain), a eu un certain impact. Plus étonnant, certains mouvements semblent augurer l'énergie et l'approche "right in your face" du Point Blank des années 76-78.

     Avec  "A Time Like Ours", le heavy-rock du sextet se pare de quelques teintes jazzy, avant que la seconde partie ne penche davantage vers une pulsation à la Ten Years After.

   Plus longue pièce de cette très bonne fournée, "Miss Casey" avec ses 7 mn 30, en profite pour prendre son temps, tel un sadique avec son surin devant sa victime, et en variant ses angles d' attaque. Ce qui permet d'estimer et d'apprécier la qualité de jeu de la section rythmique, de Lenny Venditti (basse), et de Geno Charles. 

     C'est certain, Bull Angus, avec ses deux guitaristes à l'unisson ou complémentaires, n'est aucunement un innovateur en la matière. Cependant, pour l'époque, leur approche a indéniablement quelque chose de moderne. Alors que même les six-cordes de Blue Öyster Cult  - qui n'a pas encore sorti de disque - s'appuient encore sur des plans hérités du Blues, enrichis par la culture Jazz de Donald Roeser, LaFalce et Paolillo sont déjà dans une direction proto-Metal. Toutefois, naturellement, sans rien de forcé, et sans la raideur et le manque de chaleur qui pourra, parfois, caractériser certaines formations du Heavy-metal. Une singularité du groupe qu'on peut retrouver la même année, sur les deux albums de Uriah Heep, "Salisbury" et "Look At Yourself", lorsque Ken Hensley et Mick Box se jettent côte à côte dans quelques cavalcades en lâchant la bride à leur Gibson. 

     "Pot of Gold" sort un gros riff bien funky (ça sent la strato), préfigurant le virage que prendra Grand Funk Railroad dès lors qu'il va généreusement agrémenter sa musique de Soul.  Particulièrement à l'aise sur cette pièce, plus que jamais, le chanteur, Previtte, présente alors d'étonnantes similitudes avec les intonations de John O'Daniel (de Point Blank).

     Sur "Cy", LaFalce et Paolillo dégainent leur gratte acoustique, et, dans un ensemble de chœurs particulièrement maîtrisés, déroulent une bien belle pièce de folk, mêlant le plus intimiste et aérien d'America, de Crosby, Stills & Nash et de Steeleye Span. 

     Pour clore ce premier chapitre, Bull Angus revient au tout électrique sur une longue pièce, aux parfums de progressif. "No Cream for the Maid"  présente des aspects d'un Jethro Tull aux accents proto-metal. Au contraire de tous les autres, celui-ci s'étire inutilement sur un dernier et long mouvement répétitif. Seule faute de goût de l'album. Rien de salace ici, mais plutôt le malaise, ou la dénonciation de la main mise d'une "élite" méprisant les "petites gens", les écrasant sous leur joug, les reléguant à des outils, des objets. L'atmosphère du morceau est d'ailleurs oppressante, et il aurait suffit d'adjoindre aux guitares une fuzz grasse pour en faire une pièce de proto-doom. 


   L'année suivante, en 1972, Bull Angus sort son deuxième album : "Free For All". Curieusement, ce deuxième essai manque cruellement d'affutage. À croire qu'on n'a pas laissé suffisamment de temps au groupe pour qu'il se constitue un nouveau et solide répertoire à la hauteur du premier. La constitution du sextet est assez récente, remontant au plus tard à fin 69. Du moins pour l'amorce, mais la consolidation se fait au début de 1970. Et dès lors qu'elle s'est attaquée au circuit des clubs de la région, la troupe n'a pas eu à trop galérer. Après la rencontre assortie d'une prestation devant un cadre de Mercury, il n'a fallu qu'un mois pour qu'elle entre en studio. L'album, lui, a été bouclé en une seule semaine. Il a fallu plus de temps pour concevoir la pochette et organiser la distribution. Ensuite, rapidement, elle a été entraînée dans des tournées interminables, sollicitée pour ouvrir pour Rod Stewart, Fleetwood Mac et Deep Purple.

     Composer dans ces conditions de nouvelles pièces est une gageure, et c'est probablement la raison pour laquelle deux reprises ont été incluses. Et c'est probablement cette précipitation qui fait que la force, l'énergie, la vivacité, la pertinence telles qu'on les trouvait sur le premier essai, semblent alors anémiées. À tel point qu'on pourrait croire qu'il s'agit du premier album d'un groupe se cherchant encore. À moins que ce ne soit une volonté délibérée du groupe d'essayer de se rendre plus tendre, plus accessible ? Difficile à croire avec des morceaux tournant autour des 5 minutes, format inapproprié au passage radio, même s'il est vrai que les grosses radios américaines étaient alors plus portées sur des douceurs. Malheureusement, Bull Angus n'a pas réussi la difficile épreuve du second album. "Free For All" est loin d'atteindre le succès du premier, et le groupe, désillusionné, finit par se séparer quelques mois plus tard.

     De ce sextet bien prometteur, il semblerait que seul Frank Previte ait réussi à faire à nouveau parler de lui. Après le split de Ball Angus, et une poignée d'années, il fait un retour médiatique avec Franke and The Knockouts. Groupe du New-Jersey de Pop-rock (avec Tico Torres, futur batteur de Bon Jovi) qui aura eu droit à bien plus de succès que Bull Angus. Plus tard, il est sollicité pour chanter dans la B.O. de "Dirty Dancing", dont sur le hit "(I've Had) The Time of my Life" (oui, celui qui a squatté toutes les radios du monde) qui lui vaudra plusieurs récompenses. "(I've Had) The Time of my Life", "Someone Like You" et "Hungry Eyes" étaient à l'origine des maquettes de Franke and The Knockouts, qui ont été récupérées et réarrangées pour le film. D'après Previte, c'est après fait écouter lui-même la maquette de "(I've Had) The Time of my Life" à l'acteur principal, Patrick Swayze, (en présence d'une autre personne liée au film - Eleanor Bergstein ?), que ce dernier l'adopta immédiatement. Cela aurait été la chanson qu'ils attendaient, qu'ils recherchaient.


(1) Les deux groupes se sont forcément croisés, voire même côtoyés. Les séances d'enregistrement du premier disque du BÖC - sorti en 1972 - se déroulent en 1971, la même année que l'enregistrement et la sortie de l'éponyme de Bull Angus. Mais le quintet de Long Island officiait depuis plus longtemps que Bull Angus.



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