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lundi 21 juillet 2025

NEIL YOUNG - Concert Paris 13-07-2025



C’était un honneur de voir le Loner… 

Un paquet de temps qu’il n’était pas venu en Europe. Il était ce 13 juillet à Paris, à la nouvelle aréna qui porte le nom d’une godasse de sport à trois bandes, dédiée au basket, vers la Chapelle. Endroit bucolique de la capitale qui concentre un maximum de fumeurs de crack au mètre carré. Contenance moyenne, 8000 places assises, bonne acoustique, bien que les guitares ce soir là étaient sacrément saturées, le Young n'a pas donné dans la dentelle.

Pour ce concert, pas de vidéo, pas d’écran (manque de logistique ?) ce qui a manqué un peu car Neil Young joue une casquette sans forme vissée sur la tête, la visière presque sur le pif. Il ne la retire qu'en changeant de guitare. Pas de première partie. Pas plus d’inspecteur Gadget que d’Inspector Cluzo (boom, Bruno, ça c’est pour toi!). En décor, un rideau en fond siglé Love Earth.

Début des hostilités à 19h30. Exit l'emblématique Crazy Horse qui l’a accompagné pendant 40 ans, place à The Chrome Hearts. A l’orgue Hammond le vétéran Spooner Oldham, 82 ans aux prunes, qui a joué avec Aretha Frankin, JJ Cale, Dylan, mais dont les plaqués d’accords étaient noyés sous la puissance des guitares. Micah Nelson à la guitare, c’est le fils de Willie Nelson, le bassiste Corey McCormick et le batteur Anthony LoGerfo. Il y a aussi sur scène un vieux piano bastringue (Micah Nelson y passera pour « Southern man »), et un harmonium.

Pas très affable le Neil, même pas bonjour. Qui entame direct avec le beau « Ambulance blues » sorti de l'album « On the beach » en mode semi acoustique, harmonica au bec. Un petit apéritif - de 8 minutes - avant de déchaîner les enfers sur « Cowgirl in the sand ». Young prend direct un chorus sur sa Old Black de 1953. C’est pas compliqué, un couplet / un chorus, ça nous amène à plus de 10 minutes, et ce sera comme ça toute la soirée. En gros, les titres folk sont en format court, les titres électriques s’étirent de solos free et telluriques. A noter qu’il est le seul, ni le clavier ni le second guitariste ne prennent de chorus, dommage.

Suivront « Be the rain », « When ou dance, I can really love », « Cinnamon girl »... au même régime. Dès qu’il prend un solo, Neil Young rejoint Nelson et McCormick, formant un bloc compact, à touche touche. Young a la bougeotte, avance et recule en pas heurtés comme un autiste courbé sur sa Gibson. Lui d’habitude vindicatif n’a pas causé de politique. A l’instar d'un Springsteen, on s’entendait à une diatribe bien sentie, mais non, juste un « How you doing out there ? », deux fois dans la soirée. Soit deux fois plus que Bob Dylan quand il est d’humeur.

Retour à la guitare acoustique avec le toujours splendide « The needle and the damage done », seul en scène, avec harmonica et une petite frayeur. D’un coup Young cherche à s’asseoir (un coup de chaud ?) et se pose sur un ampli de retour. Le groupe revient pour ce qui reste tout de même comme une des plus belles choses qu’on puisse entendre dans une vie, « Harvest moon » : « Because I'm still in love with you, I want to see you dance again... on this harvest moon » Arrffff... puis « Daddy went walkin' » et « Looking forward », tiré du dernier album de CSN & Y.

On rebranche Old Black pour le long swinguant et bluesy « Green sun » en mode John Lee Hooker, Micah Nelson est au second clavier, la voix de Young sort sur un mégaphone qui pivote vers le public, petit gimmick amusant. Après un « Love to burn » tiré de « Ragged and Glory », un clavier customisé de plumes d’ange en carton (du plus bel effet !) descend des cintres, Micah Nelson s’en empare, le balance d'avant en arrière sur le tube « Like a hurricane », là encore, on frise les 10 minutes. Young quitte la scène laissant la rythmique conclure (longuement) dans un brouhaha sonore. Deuxième coup de chaud, envie de pisser, contrariété ? 

On calme le jeu avec « Name of love »Neil Young s’installe en fond de scène à l’orgue à pompe, suivi du superbe « Old man » encore tiré de « Harvest », album dont on aurait aussi aimé entendre le sublime « Heart of gold », mais non. Est ce une impression, ou le Loner était contrarié ce soir là, lui qui avait exigé de jouer sa tournée en plein air, et relégué à Paris dans une salle fermée ? On présente rapidement tout le monde, bye bye, retour en coulisse.

Non mais oh, le mec ne va pas nous laisser comme ça ?! Ca hurle dans la salle, on attend un « Rockin’ in a free world » en guise de rappel comme il en a l’habitude pour cette tournée. Et ben non, ce sera un « Hey hey, my my » puissance mille, avec final cataclysmique, les cordes de la Gibson n’y survivront pas. 

Il y chante : « The king is gone (on cause d’Elvis) but he's not forgotten / Rock’n’roll is here to stay / Rock’n’roll can never die ». Amen.

La messe est dite, en un peu moins de deux heures, un goût de trop peu, mais l’octogénaire a prêché la bonne parole devant un public conquis. 


lundi 7 juillet 2025

MELODY GARDOT - Concert à l'Olympia de Paris, 3 juillet 2025

 


La diva du New Jersey (terre fertile en talents) a posé ses valises pour quelques dates à l’Olympia, après une mini tournée en province. Car en ce moment, on lui conseille plutôt du repos. Elle est enceinte jusqu'aux dents, vu son ventre très arrondi, elle doit en être au huitième mois. « Merci de passer votre soirée avec une femme mi-femme mi-pastèque… d’un autre côté, c’est un fruit de saison ». Cet entame a donné le ton d’un concert placé sous le double signe de la musique et de la décontraction.

Avant cela on a découvert en première partie la chanteuse belgo-camerounaise Lubiana, qui s’accompagne d’un kora, instrument à 21 cordes (« ne vous inquiétez pas, je ne vais pas toutes les ré-accorder »), une voix magnifique, des textes en français, anglais ou camerounais, qui célèbrent la Terre, l'Amour et... son grand père. Petite pause… Des images sont projetées sur le rideau rouge de l’Olympia, un mini court métrage qui retrace le parcours cabossé (sic) de Melody Gardot

Pour ceux qui ne sont pas au courant, elle s’est faite renverser à vélo, à 18 ans, détruite de la tête aux pieds, des années d’hosto, de rééducation, de musicothérapie. Elle en garde des trous de mémoire, s’aide d’une canne pour marcher, est hypersensible à la lumière, d’où les lunettes noires.

Derrière le rideau, l’orchestre a commencé à jouer, ambiance orageuse, bourdon de contrebasse, cymbales aux mailloches, sax free, et Melody Gardot les rejoint au piano pour « Rain ». Puis deux autres soufflants (trompette, sax) se pointent pour « Goodbye » en mode bastringue honkytonk. Elle laisse sa place au piano au franco-brésilien Philippe Baden Powell, avec qui elle a écrit son dernier album, en piano-voix. Ils chanteront ensemble « C’est magnifique » une douce bossa nova réellement... magnifique. 

A côté de la batterie, il en trône une deuxième, complétée d’un tas de percussions. Je n’ai pas trouvé les noms de ses musiciens, mais ça vole très haut, notamment le second batteur-percussionniste, qui sort dont on ne sait où des dizaines de trucs qui font du bruit, créant un tapis coloré et rythmique.

Melody Gardot, par son look, son phrasé, renvoie une image un peu snob, aristocratique. C’est exactement l’inverse sur scène. Alourdie par sa grossesse, elle se déplace peu, esquisse quelques pas de danse, compense par de longues apartés, sur son état, sa vie en France, la musique, elle parle très bien français, son vocabulaire est souvent très fleuri… On est parfois proche du sketch lorsqu’elle peine à s’asseoir au piano (« j’admire les hommes, comment vous faites avec vos gros bides, syndrome Super Bock ? ») à croiser les jambes sur un tabouret pour jouer de la guitare, ou avec l’entame d’une reprise vieux jazz, hommage à Saint Germain de Près (elle y avait un appart en arrivant à Paris), un truc très swing, tempo élevé, musiciens debout devant la scène, le batteur n’avait qu’une caisse claire en bandoulière façon fanfare, jeu au balais, et petit solo.

La musique de Melody Gardot n'est pas celle des Jazz Messengers. Plus douce, cosy. Elle donne une superbe version du quasi blues « From Paris with love », qui est orné en studio de violons magnifiques, ici c’est l’harmonie des cuivres, plus roots, bluesy, et enchaîne avec le classique « Moon river », la chanson du film Diamants sur canapé composée par Henri Mancini. On est aux anges, ça vole haut, vers… « Les étoiles » qui nous renvoie vers le Brésil chaloupé et ensoleillé.

Au fond un rideau s’ouvre sur une chorale venue d’Afrique du sud (« des gamins incroyables, ils apprennent tout à l’oreille, je les ai découverts sur internet, je les ai appelés : ça vous direz de venir faire un concert à Paris ? »). S’emparant de sa guitare, qu'elle peine à poser sur son bide rebondi, Gardot donne une version hargneuse de « Preacherman », de la soul boueuse, un son qui me rappelle l’album « Sweat tea » de Buddy Guy, c’est dire le bourbier. Lubiana et sa kora reviennent sur scène, la chorale aussi, avec Gardot seule à la guitare pour « Baby I’m a fool ».

Après un rapide passage en coulisse, le groupe revient pour un « Who will confort me » bien cuivré, et le concert s’achève sur une reprise de « La chanson des vieux amants » de Jacques Brel, superbe, refrain repris par le public. Deux heures dix sur scène, et ce huit soirs de suite, dans son état, chapeau. Grappillant dans tous ses disques, tous les genres, Melody Gardot nous a tout simplement régalés. Le son de l’Olympia est juste parfait, on se demande même si les musiciens ont besoin d’être sonorisés. Musiciens à qui la chanteuse laisse de longues plages musicales, ça chorus en veux-tu en voilà.

Si avec Melody Gardot on pourrait s’attendre à un récital poli et feutré, c’est sans compter sur sa présence en scène, décontractée, drôle, elle maîtrise et dirige toutes les inclinaisons de sa musique, visiblement ravie d’être là, un ravissement qu’elle a su nous communiquer.

Les photos qui illustrent l'article ne proviennent pas du concert, ni de cette année, mais la vidéo vient de l'Olympia. Le cadrage, c'est un métier... mais c'est tout ce que j'ai trouvé.  


jeudi 12 juin 2025

BRUCE SPRINGSTEEN - Concert à Lille, stade Pierre Mauroy (24/27 mai 2025) par Benjamin


«  L’esclavage n’a pas été aboli, il a été étendu à toute la population »
Bukowski.

Avant de rendre compte d’un concert, il faut s’attarder quelques peu sur l’artiste et son œuvre. Bruce Springsteen est l’union de la révolte et de la rédemption, le héro d’une époque où la musique progressait sans se couper de ses racines. Le Dylan électrique avait provoqué un tel scandale, les tenants du traditionalisme le plus stérile le combattirent avec une telle hargne, qu’il fallut un peu de temps pour tous actent la naissance du folk rock. Sans doute le début de la carrière de Springsteen aurait il été plus tranquille si, au lieu de se présenter à sa première audition accompagné d’une simple guitare sèche, il avait amené son E Street Band pour jouer un rock’n’roll simple mais fiévreux. Au lieu de ça, il s’assit devant les producteurs le cheveux et la barbe hirsutes, avant de laisser quelques arpèges souligner la grâce romantique de « It’s hard to be a saint in the city »

Jeune troubadour sorti de nulle part pour chanter ses récits kerouacquiens, celui que l’on surnommera le boss fit penser à Columbia qu’elle tenait là le nouveau Dylan. Comme lui, Springsteen écrivait son propre mythe, son parcours ressemblait à ces grands livres où le vécu de l’auteur est indiscernable de son imaginaire. S’il se battit ensuite pour imposer son groupe à un label voulant en faire un nouveau héro folk, le chanteur se montra par la suite aussi poignant dans le registre acoustique que dans l’électrique. 

Avec lui, les notes étaient indissociables des mots, le rocker se faisait poète et choisissait sa lyre en fonction de l’habillage nécessaire à ses récits. La plupart de ceux-ci eurent la teinte grisâtre de ces décors urbains où se jouaient les vies du petit peuple américain. Les personnages chantés par le bon Bruce sont de pauvres insouciants pris dans le piège de la vie, des hommes tentant de garder espoir en payant le prix de leurs erreurs, des malheureux aux prises avec un destin qu’ils maîtrisent si peu.

N’allez pourtant pas croire que tout cela n’est que jérémiade, apitoiement et fatalisme, comprendre la dureté du monde ne revient pas à le laisser nous détruire. Pour tout représentant d’un petit peuple sachant encore souffrir dignement, Springsteen fut un guide et ses paroles des avertissements autant que des incitations à ne pas abdiquer. Ce matin là fut de ceux où les éléments semblaient se liguer pour assombrir l’humeur du marcheur le plus optimiste. Parant le ciel d’un sombre duvet gris et menaçant, les nuages formaient avec le béton une harmonie cafardeuse. Nous marchions alors, mon accompagnateur et moi, vers le stade, croisant au passage quelques fiers représentants d’une jeunesse nihiliste. Les joggings sans forme succédèrent ainsi aux coiffures excentriques, dont l’absurdité fut parfois souligné par les colorations aussi criardes et vulgaires que les tags les plus hideux. 

A travers ce genre d’hommes, l’époque affichait son idéal, celui d’une société où la consommation des choses les plus futiles aura eu raison des désirs nobles et de la culture des peuples. Nous ne voulions pas croire ce jour là que le monde se résumait à ce triste tableau, nous marchions avec l’assurance de ceux qui sentent que l’espoir est au bout du chemin.

Lorsque l’amoncellement des fans remplaça le flux hasardeux des badauds, l’aura de leur joie impatiente donnait déjà une certaine luminosité à ce décor morose. Sur les torses de ces visiteurs, la photo du bon Bruce trônait tel l’emblème d’une nation éphémère. La file fut longue, il fallut accepter d’être palpé et ouvrir nos sacs devant des vigiles au regard austère. La sécurité a un prix paraît-il, ce prix est de nos jours payé par la réduction des libertés des braves gens. Nous n’étions pourtant pas au milieu des hordes sauvages de la non-culture moderne, si une violence devait advenir aujourd’hui elle ne viendrait pas de nos rangs. Installé dans le stade, une légère morosité m’assaille devant cette masse inhumaine et la froideur de ce décor de ciment et de béton. 

Nous nous installons donc avec une avance de quelques minutes qui me sembla une éternité, mes pensées se succédant et s’entrechoquant à une vitesse assommante. Je me demandais comment notre homme parviendrait à donner de la grandeur et de la beauté à un décor aussi laid et vulgaire. Ce genre de question, Springsteen dut se la poser quand il commença à tourner dans les stades. Ce dôme dans lequel ne se reflétait aucune préoccupation esthétique fut avant tout fait pour maximiser les profits du show business. Me voilà donc devenu un client parmi d’autres, une fourmi dans la fourmilière, de la chaire à spectacle.

Puis les lumières s’éteignirent, le décor honni disparut rapidement par la magie du rock’n’roll, qui raisonna alors avec une grandiloquence insoupçonnée. Je ne me risquerais pas ici à faire un compte rendu chronologique, la mémoire est une machine erratique et les souvenirs des trésors si fragiles. Contrairement à certains entrepreneurs, je ne rêve pas de faire de mon cerveau une base de données exhaustive dans laquelle je pourrais retrouver chaque événement de ma vie dans ses moindres détails. Ce qui fait le charme de nos souvenirs, c’est justement les natures erratiques et incomplètes. Corrigés ou quelques peu altérés par nos émotions du moment, ils vivent en nous pour continuer à éclairer notre présent. 

A l’heure où j’écris ces lignes, un flot d’images défile devant moi dans un courant aussi désordonné que troublant. Il y a d’abord l’ouverture sur « Land of hope and dreams », grand-messe que Springsteen ordonne d’une voie troublante de fragilité. Pas de « one two » tonitruant ni de chorus de bûcheron ici, l’homme a des choses à dire et il fait appel à la solennité d’une mélodie mystique pour porter ses paroles. Je comprends alors ceux qui affirmaient que les titres studios du boss n’étaient rien comparés à leur versions scéniques. Porté par la chaleur d’une section de cuivre et culminant sur des refrains scandés par des cœurs d’une troublante grandiloquence, cette balade gravait dans les cœurs une joie émue qui ne s’effacera plus. 

Il est vrai que le titre fut introduit par « No surrender », classique dont la puissance lyrique prépara bien le terrain à une telle communion bluesgrass rock s’envolant vers les sommets transcendants des chorales gospels. Et qu’importe si notre homme s’égara ensuite sur le terrain du militantisme politique, je préférais alors voir cet intermède comme une façon de poursuivre un chemin sur lequel je ne demandais qu’à le suivre. Ce que je voyais là, c’était encore le jeune idéaliste de « Born to run », celui qui parcourait les routes avec un mélange de crainte et d’espoir. 

Au diable les pros et les anti-Trump ! Au diable les chicaneries politiques et la morale ! Au diable cette époque et ses basses préoccupations ! Ce soir là j’admirais la grandeur d’un homme qui, qu’importe ses idées et ses émotions, avait le courage et la force de les porter avec une énergie électrisante. Je ne me demandais pas si ces idées étaient justes où vertueuses, elles faisaient simplement partie de ce romantisme springsteenien qui me fascinait. Bruce contre Trump, c’était David contre Goliath, le romantisme retranscrit par la force du rock’n’roll. Plus qu’une harangue politique, ces intermèdes rageurs m’apparaissaient comme un nouveau chapitre de sa légende. 

Springsteen fait partie de ces êtres chez lesquels le réel se mêlait au fictionnel, la lecture de Steinbeck et sa jeunesse prolétarienne gravèrent en lui une profonde empathie pour les sans grade et une colère viscérale vis-à-vis des puissants. J’ai beau me sentir plus proche des idées d’Ayn Rand et Barres que de celles de Steinbeck et Marx, ce misérabilisme épique m’emporta corps et âme. Ce soir là, même la bluette un peu culcul « House of the thousand guitars » prit une ampleur d’hymne dylanien. Le chanteur avait conquis la foule au point que, lorsqu’il prit sa guitare sèche pour jouer sa bluette folk, 60000 spectateurs surexcités se turent immédiatement. Au même moment, une horde barbare enfonçait les portes d’un stade marseillais pour assister à un concert de rap, confirmant ainsi qu’il existe entre l’amateur de rock et celui de rap une différence anthropologique flagrante.

La colère springsteenienne culmina sur les percussions rageuses de « Death to my hometown », son riff raisonnant comme le pas rageur d’un petit peuple excédé. Poète des destins brisés et de ceux luttant avec dignité, Springsteen acheva son aparté militant par un « The rainmaker » où la chaleur des cuivres, alliée au lyrisme des cœurs, entretenait le feu d’une mystique poésie steinbeckienne. Si l’attente fait mourir, l’espoir fait vivre, il désigne le courage de celui qui refuse de s’enliser dans l’apitoiement et la passivité. Et le E Street Band de le scander sur un refrain d’une puissance combative :

« The dog in the main street howl, cause they understand, if I could take a moment into my hand. Mister, I ain’t a boy, no I’m a man, and I believe in a promised land ».

Puis vient le chorus de Clemmons, rugueuse puissance aylerienne n’ayant rien à envier à la chaleur cataclysmique du saxophone de son oncle. S’il l’était déjà au début de sa légende, le E Street Band s’impose plus que jamais comme le plus grand assemblage de musiciens de l’histoire du rock. En introduction, Max Weinberg prouva qu’il comptait encore parmi les grands batteurs bûcherons qui firent trembler les stades depuis l’aube du rock’n’roll. Plus discret, le guitariste Steven Van Zandt marqua le rythme avec une régularité et une bonhommie rassurante. Il fait partie des survivants des grandes heures, celui dont la voix se joignait à celle de Bruce sur certains refrains depuis plus de cinquante ans. Ainsi unirent ils une nouvelle fois leurs chants sur « Bobby Jean », hymne à l’amitié perdue. 

N’allez pourtant pas croire que ce concert se résuma à un déchirant tire larme nostalgique, l’optimisme du E Street Band illuminant même les mélodies les plus sombres. Ainsi, la mélodies de « The river » berça les cœurs et purifia les âmes, les passions tristes se dissolvant au contact d’une tel splendeur folk rock culminant sur le gémissement d’un harmonica faisant le lien entre les histoire poignantes de Woodie Guthrie et celles des damnés de la terre moderne. Difficile de décrire ce qui s’empare de vous devant une telle musique, une incroyable force vitale s’instille en vous pour vous donner l’impression de naître une nouvelle fois. Une telle renaissance mérite une célébration puissante et primaire, un cri du cœur tel que seul le rock et le blues peuvent en produire.

Dans le flot chaotique de mes souvenirs m’apparaît l’image d’un Neil Lofgren s’avançant au centre de la scène pour commencer une grande improvisation blues. L’homme lutta héroïquement pour maintenir la puissance de son boogie hookerien, subjugua la foule par la force de son mojo durant des minutes qui parurent si courtes. En voyant le E Street Band le rejoindre pour lancer « Murder incorporated », Muddy Water lui-même aurait ressorti sa fameuse phrase : « le blues a eu un fils et il se nomme rock’n’roll ». Une joie orgiaque avait définitivement conquis les esprits, une telle fête ne pouvant se passer de la simplicité d’une pop légère. Ecrit d’abord pour les Ramones « Hungry heart » fut repris en chœur par une foule devenue une marée de mains se balançant de droite à gauche. Et mon esprit dansa une gigue orgiaque au rythme de ce refrain doucereux, le E Street Band faisant sienne l’adage nietzscheen voulant que « il faut avoir une grande musique en soit pour faire danser le monde ». La musique de Springsteen est un avertissement autant qu’une incitation à continuer à aimer la vie et à la célébrer. Vint ainsi la ronde des classiques plus ou moins récents, qui s’ouvrit sur l’hymne « Because the night », durant lequel Bruce nous gratifia d’un de ses électrisants chorus. Suivie la prière gospel rock de « The rising », dont chaque crescendo vous plongeait dans une allégresse vous soulevant le cœur. La rage électrique de « Badlands » provoqua le même genre de bonheur combatif, la puissance de ces célébrations nous remettant en contact avec la beauté de l’existence.

« Poor man want be rich, rich man want be king, and kind ain’t satisfied, Till the rules everything, I wanna go out tonight, I wanna find out what I got ».

Ainsi redécouvrons nous l’âge d’or de la poésie musicale springsteenienne, cri de l’homme face au vertige d’une vie à construire. Ce sentiment de détresse combative, Springsteen ne l’exprima jamais avec autant de justesse que sur « Thunder road », son « Like a rolling stones » à lui. Quelques notes de piano et d’harmonica se levèrent sur le stade tel une douce brise printanière, la foule scanda le début de ce poème musical avant que les guitares n’entrent dans la danse. L’appréhension de cet homme se jetant dans l’épopée de sa vie, c’est la plus grande sensation que puisse vivre un homme, celle qui l’étreint lorsqu’il a encore tout à construire. 

Les plus jeunes y trouvent un réconfort face à leurs angoisses existentielles, les plus vieux se remémorent des heures dures mais heureuses, avant que le maître de cérémonie ne leur donne l’impression de renaître par la magie du rock’n’roll. 

A peine les dernières notes éteintes, les lumières se rallument comme pour nous inciter à retrouver la monotonie du quotidien. La foule applaudit alors, siffle ou crie le nom du maître de cérémonie qui sourit avec la bonhommie de celui qui se fait désirer en sachant qu’il ne tardera pas à la récompenser. Il y eut donc cinq rappels introduits par la grandiloquence de « Born in the USA » et le romantisme de « Born to run ». Profitant du récit autobiographique de « Tenth avenue freeze out », le E Street Band fit planer les images des regretter Clarence Clemmons et Danny Federici au dessus de son homérique performance.

Avant de terminer le concert sur « Chime of freedom », Springsteen lança aux spectateurs « Gardez ça dans le cœur quand vous sortirez d’ici ». Me revient alors la réflexion terminant la nouvelle « Les nuits blanches » de Dostoïevsky : « quelques instants de bonheur suffisent à illuminer une vie ». Mon accompagnateur et moi restâmes quelques secondes à applaudir après le départ du groupe, espérant ardemment que ce final ne soit pas définitif. Les musiciens ne revinrent malheureusement pas et, avant de sortir, je fis danser mes précieux souvenirs sur cette scène vide pour mieux les graver dans ma mémoire. Sortant de ce stade en ayant l’impression d’avoir véritablement vécu pour la première fois, je savais que s’était rallumé dans mon cœur un feu optimiste qui n’était pas près de s’éteindre. A en juger par les regards lumineux et les sourires de la foule sortant de la même expérience, je n’étais pas le seul. Ces milliers de regards émerveillés n’exprimaient alors qu’une seule pensée venue de ces vies régénérés : Merci Bruce !

(Une première vidéo - amateur - issue du concert de Lille, deux autres filmées à Manchester trois jours plus tôt, de meilleure qualité)

  

vendredi 15 novembre 2024

DIRE STRAITS EXPERIENCE - Zénith de Paris, 06/11/2024 - par Luc B.


C’est inédit, je n’avais jamais assisté à un concert de ce qu’on appelle un Tribute Band. Petit rappel des faits, un Tribute Band (ou cover band) est un groupe de musiciens généralement chevronnées, qui ne jouent que des reprises d’un groupe célèbre, de manière très officielle, souvent adoubé par le groupe original (ce serait idiot de refuser, vu les royalties). Les exemples pullulent, des faux Led Zep, Queen, The Doors, Beatles, Pink Flyod, Supertramp, U2, Springsteen, Joe Cocker... ou chez nous Cabrel, Renaud, Hallyday, Goldman...  

A ma connaissance, pas encore de cover-Rika Zaraï. Mais j'ai même croisé un faux-moi dans la rue lors d'une fête de la musique. Qui jouait mieux, ce con. Certains poussent le vice jusqu'à ressembler visuellement à leurs idoles, kitschissime, d'autres poussent la maniaquerie jusqu'à reprendre note par note un concert précis, de telle date, comme c'est le cas pour un des nombreux cover band de Genesis.

Je me souviens de David Gilmour saluant une des prestations de leur double, disant qu’ils jouaient presque mieux ! D’autres, qui à l’époque montaient sur scène complètement défoncés, disaient : si vous voulez savoir ce qu’on aurait été capable de faire, sobres, allez les écouter !  

Il y a énormément de tribute band de Dire Straits : Fire Straits, sTraits, Money For Nothing, DS:UK, Calling Mark, Brothers in Band, Dire Strats… Le cas de Dire Straits Experience est un peu différent, au sens où un membre du groupe a réellement participé à Dire Straits, Chris White, qui porte beau (le salaud) à presque 70 balais, saxophoniste à partir de 1986 et l’album « Brothers in arms ». Qui a réuni autour de lui six musiciens pour reprendre exclusivement le répertoire de Mark Knopfler, dont le chanteur - guitariste Terence Reis*, qui a la lourde tache d’être frontman. La configuration du groupe reprend celle de la tournée « Alchemy » : basse / batterie / piano / clavier / 2 guitares. Et White aux saxophones (soprano, alto, ténor) et flûte traversière.

Le concert était au Zénith de Paris, salle de 1500 places, le son frisait la perfection. Je me souviens d’y avoir entendu Mark Knopfler en solo en 1996, le son était juste dégueulasse… La première partie était assurée par Gaëlle Buswel, [=> photo à droite] bon blues rock, en configuration deux guitares acoustiques.

Le groupe entame avec « Telegraph road », fallait oser, titre fleuve de 14 minutes, suivi de « Solid rock » puis « Tunnel of love » (et hop, un bon quart d’heure en plus !) dans des arrangements très proches de « Alchemy ». J’avoue qu’au départ ça fait bizarre. On entend, mais on ne voit pas du Dire Straits. Et on ne peut s’empêcher de comparer, de chercher la p’tite bête, est-ce qu’il va faire ci, faire ça, comment il va négocier tel passage de chorus… Mais une fois qu’on s’est mis en tête que, non, ce ne sont pas les vrais, on ne se concentre que sur la musique.

Qui est très bonne, d’abord parce que les musiciens sont très bons, mais surtout parce que les morceaux sont excellents ! Et de se rendre compte que le père Knopfler a pondu des dizaines de titres sublimes, des chansons très écrites, construites, dont la durée et la complexité n’étaient pas la norme dans les années 80, celles de l’atroce avènement de MTV. 

Évidemment, une large place est faite aux chansons avec saxophone (c'est Shuffle qui aurait été content !), « Your latest trick » (grosse ovation), « On every street », « Two young lovers », « Goin’ home ». On n’est pas dans le strict exercice de copie, le second guitariste ne se contente pas de la rythmique, il prend sa part de chorus, et le sax intervient dans des titres qui n’en comportaient pas à l’origine. Donc de nouveaux arrangements, et donc des titres encore plus longs ! En particulier de très belles versions de « Roméo and Juliet » (avec évidemment la National Steel) et de « Private investigation », je n’ai pas peur d’affirmer que parfois la copie est meilleure que l’original !

Intéressante aussi la reprise de deux chansons des débuts, « Wild west end » et « Lady writer » jouées à quatre, la configuration d’origine de Dire Straits, où on retrouve vraiment le son des deux premiers albums. On aurait aimé en entendre plus, des « Down To The Waterline » ou « Once upon a time » sont absentes de la setlist. Ca pourrait être une bonne idée de jouer exclusivement les deux premiers LP !

C’est aussi à quatre musiciens que commence « Sultans of swing », avant que les claviers ne rentrent au troisième couplet, et là encore, réaménagement de la partie centrale, plus étirée, avec un dialogue sax / guitare, puis guitare / orgue, avant le long crescendo du chorus de guitare. Ce serait ma seule critique, jouer le sax à l'unisson sur ce solo iconique de guitare, qui du coup, se retrouve un peu noyée dans le mix.

De même, un « So far away » qui débute en mode calypso, au xylophone, avant que les guitares ne surgissent dans une version plus rock que l’original. En rappel, on a droit à une version abrasive de « Money for nothing » puis l’instrumental « Goin’ home » (BO du film Local Hero). Une des manies agaçante de Knopfler, c’était des fins de chansons qui n’en finissaient pas, point d'orgue à rallonge, genre la piste doit être longue pour poser un 747. Un défaut heureusement pas reproduit.

Quand on n’a pas vu Dire Straits à la grande époque (c'est mon cas), avant que les concerts ne deviennent des barnum en stades (raison pour laquelle Knopfler avait jeté l’éponge) cette expérience de tribute permet tout simplement de se faire plaisir, avec des musiciens de haut niveau qui s’amusent visiblement beaucoup. C'est un peu plus cher qu'un best-of, mais au moins, y'a de vrais gars qui jouent !  

*  Terence Reis racontait qu’à l’origine, il avait été contacté pour remplacer Mark Knopfler (en tournée solo) pour un concert caritatif, en 2011, il ne devait que chanter. Puis finalement on lui demandé aussi de faire la guitare. La formation d’anciens membres du groupe, réunie par le clavier Alan Clarke, a perduré, avant de se transformer en Dire Straits Experience sur l'impulsion de Chris White

Pour Bruno, extrait d’une interview de Terence Reis, à propos de son matos : « Une vieille Gibson Chet Atkins nylon, une Ovation Adamas des années 80 et une National bien sûr. Au milieu du concert, nous jouons à quatre et j’ai une Strat Integrity que j’ai assemblée avec des pièces détachées Musikraft. J’ai deux Strats, la Candy Apple Red et la Sunburst, et une Tele Integrity. Elles reprennent les specs des Schecter de Mark. Elles sont très différentes des Fender. Le luthier Ivan Leschner m’a fait un clone de la Pensa Suhr MK-1. Et selon les tournées, je prends ma Gibson Les Paul R8 VOS’58. Sinon, j’ai toujours ma Steinberger GLT2T de 1984-1985 ». 

vendredi 7 juin 2024

ERIC CLAPTON - Concert à l'Accor Arena (Bercy) le 26 mai 2024, par Luc B.

J’y suis allé comme on va visiter un vieil oncle éloigné dont on vous dit qu’il ne passera pas l’hiver, avec appréhension mais indulgence, et respect pour service rendu à la nation, celle du blues. J’avais cru comprendre qu’Eric Clapton (79 ans aux nougats) était perclus d’arthrite et sourd comme un pot, ce qui n'augurait rien de bon.

Et là, surprise ! C’est un jeune homme qui entre sur scène, démarche nonchalante, classieux dans son veston bleu, brushing impeccable, qui empoigne direct sa Stratocaster customisée en drapeau palestinien. Quelques arpèges pour vérifier le son, puis les premiers accords de l’instrumental « Blue dust », slow bluesy joué à l’unisson avec Doyle Bramhall II, fidèle bras droit (bien que gaucher) depuis deux décennies, verres fumés et chemise à jabots. L'entrelacement des lignes de guitares rappellent l'esprit des sessions de Layla avec Duane Allman.

Après un sobre « bonsouâr, good evening », on rentre dans le dur avec deux classiques du blues, « Key to the highway » (attribuée à Big Bill Broonzy) et « Hoochie Coochie Man » de Willie Dixon. Le son est costaud, mais pas saturé, bien mixé, bien rendu, et c’est un déjà festival de chorus, les deux guitaristes, puis Tim Carmon à l’orgue Hammond et l’indéboulonnable Chris Stainton au piano, tignasse filasse et binocle au bout du nez. Les interventions des deux choristes sur « Hoochie Coochie Man » font glisser le titre vers une soul gospel, magique. On est rassuré, les doigts sont agiles, courent sur le manche, et surtout la voix est là, fêlée comme il faut, suave ou grondante. Clapton n'a jamais été considéré comme un grand chanteur, je m'inscris en faux ! Il fait avec ce qu'il a, et le fait bien. 

Le groupe envoie du lourd ensuite avec le superbe « Badge », une chanson de la période Cream, co-écrite avec George Harrison. Puis une nouvelle composition, « Prayer of child », en référence à Gaza, des images de camps de réfugiés sont projetées sur les écrans alors que la scène est plongée dans le noir. Le message est sobre, pas de discours, ça vaut mieux car généralement quand Clapton se pique de politique c’est pour dire des conneries !

Vient le set acoustique. Hein, quoi, déjà ? C’est pas de bon augure… Avec « Back home », titre récent, en mode folk, puis le classique blues « Nobody knows you when you're down and out » (j'adore), le très beau « Tears in heaven » au tempo plus soutenu, les croches en l'air donnent presque un parfum reggae, toujours acclamé comme il se doit par le public, et « Golden ring » tirée de l’album Backless (1978). Pour ces quatre titres, Nathan East, bouille ronde et toujours réjouie, troque sa basse pour une contrebasse, Doyle Bramhall se fait plus discret à la guitare électrique.

On rebranche la prise, et pas qu'un peu, avec le funky et tonitruant « Got to get better in a little while » période Derek & Dominoes, une version assez démente de 10 minutes, chorus à gogo, y compris de Sonny Emory à la batterie, qui a dû racheter un lot de cymbales de Neil Peart pour pas cher. Si la frappe est virile, elle n'est pas lourdingue, c'est concis, efficace, la qualité du son permet d’apprécier les nuances de roulements, et le jeu au charley. La transition est un peu rude avec « Holly mother », une ballade mollassonne issue de l’album August (pas franchement une référence) écrite en hommage à Richard Manuel du groupe The Band, une version tout de même sauvée par un long chorus final. Quitte à donner dans le slow guimauve, on aurait tout de même préféré le sublime « Wonderful tonight ».

La suite sera de toute beauté, avec deux reprises de Robert Johnson. D’abord « Crossroad » dans une excellente version au tempo ralenti, presque plus rock, et le long blues « Little queen of spades » où là encore les solistes rivalisent. Nathan East s’avance au micro pour fredonner « Close to home » de Lyle Mays, il s'accompagne de sa basse, c’est léger, aérien, Clapton en soutien, discret, qui s’immisce avec quelques cocottes funky, et le riff de « Cocaïne » nous explose à la face. La salle jusque-là enthousiaste mais sagement assise (pas de fosse) se lève et afflue vers la scène. Doyle Bramhall a sorti pour l’occasion une Stratocaster dont le vernis éclaté ne laisse plus que le bois brut, à côté de laquelle la gratte de Rory Gallagher parait en bon état ! Tout le monde y va de son chorus, Chris Stainton maltraite son clavier, quand y’en a plus y’en a encore.

Les musiciens quittent la scène. On est tout de même un peu inquiet, mais ils reviennent pour le blues « Before you accuse me », avant de définitivement tirer leurs révérences. Heu… Là on fait franchement la gueule. Quand les lumières d’une salle se rallument, c’est qu’il n’y aura pas de suite. Je mate ma Rolex : 1h30 de concert !

Bon, on a eu droit tout de même à une première partie, le chanteur guitariste Rover (Thimothée Régnier, de son p'tit nom, in french) un physique à la Leslie West, seulement accompagné d’un batteur, pour un mini-set de chansons concises, en mode power-pop. Exercice périlleux que d'ouvrir pour une star, que dis-je, une légende. On lui a fait un bon accueil, franchement mérité. Faire la première partie des dates françaises de Clapton, ça claque sur un CV.

Pour cette tournée fêtant ses 60 ans de carrière, Eric Clapton n’a pas déroulé ses classiques (absents « Layla », « Sunshine of your love », « I shot the shérif », « After midnight »…) mais a fait le choix de piquer ça et là, dans les époques, la tradition, les repêchages, les inédits, privilégiant largement le blues. Il n’est pas causant, on le savait, ça se confirme. Juste un « je n’étais pas venu en France depuis longtemps, c’est dommage finalement, il faudrait que je revienne si j’en ai  le temps… » devant les torrents d’applaudissements qui déferlaient. Il en semblait surpris, ses mains semblaient dire non non, ça me gêne, je suis juste venu vous jouer un peu de musique… Il reste droit sur son mètre carré de tapis, chante assez loin du micro. Après toutes ces années, on reste épaté par l’agilité et la vélocité de son jeu de guitare, reconnaissable entre mille. 

Je m’apprêtais à tagger un "Clapton is (still) god" sur le mur du métro, quand les gars de la RATP ont débarqué sur le quai, ils étaient cinq, six avec le chien, et je n'avais pas les bonnes chaussures pour courir...

On aura appris deux choses ce soir-là :  Eric Clapton est en pleine forme, et il aime se coucher tôt. Ceci expliquant sans doute cela.