Un paquet de temps qu’il n’était pas venu en Europe. Il était ce 13 juillet à Paris, à la nouvelle aréna qui porte le nom d’une
godasse de sport à trois bandes, dédiée au
basket, vers la Chapelle. Endroit bucolique de la capitale qui concentre un maximum de fumeurs de crack au mètre carré. Contenance moyenne, 8000 places assises, bonne acoustique, bien que les guitares ce soir là étaient sacrément saturées, le Young n'a pas donné dans la dentelle.
Pour
ce concert, pas de vidéo, pas d’écran (manque de
logistique ?) ce qui a manqué un peu car Neil Young joue une
casquette sans forme vissée sur la tête, la visière presque sur le pif. Il ne la retire qu'en changeant de guitare. Pas
de première partie. Pas plus d’inspecteur Gadget que d’Inspector
Cluzo (boom, Bruno, ça c’est pour toi!). En décor, un rideau en fond siglé Love Earth.
Début des hostilités à
19h30. Exit l'emblématique Crazy Horse qui l’a accompagné pendant 40 ans,
place à The Chrome Hearts. A l’orgue Hammond le vétéran Spooner
Oldham, 82 ans aux prunes, qui a joué avec Aretha Frankin, JJ Cale, Dylan, mais dont les plaqués d’accords étaient
noyés sous la puissance des guitares. Micah Nelson à la guitare,
c’est le fils de Willie Nelson, le bassiste Corey McCormick et le
batteur Anthony LoGerfo. Il y a aussi sur scène un vieux piano
bastringue (Micah Nelson y passera pour « Southern man »),
et un harmonium.
Pas très affable le Neil, même pas bonjour.Qui entame direct avec le beau
« Ambulance blues » sorti de l'album « On the beach »en mode semi acoustique, harmonica au
bec. Un petit apéritif - de 8 minutes - avant de déchaîner les enfers sur « Cowgirl
in the sand ». Young prend direct un chorus sur sa Old Black de
1953. C’est pas compliqué, un couplet / un chorus, ça nous amène
à plus de 10 minutes, et ce sera comme ça toute la soirée. En
gros, les titres folk sont en format court, les titres électriques
s’étirent de solos free et telluriques. A noter qu’il est le seul, ni le
clavier ni le second guitariste ne prennent de chorus,
dommage.
Suivront « Be the rain », « When ou dance,
I can really love », « Cinnamon girl »... au même
régime. Dès qu’il prend un solo, Neil Young rejoint Nelson et
McCormick, formant un bloc compact, à touche touche. Young a la bougeotte, avance et recule en pas heurtés comme un autiste courbé sur sa
Gibson. Lui d’habitude vindicatif n’a pas causé de politique. A l’instar d'un Springsteen, on s’entendait à une diatribe bien
sentie, mais non, juste un « How you doing out there ? »,
deux fois dans la soirée. Soit deux fois plus que Bob Dylan quand il
est d’humeur.
Retour à la guitare acoustique avec le toujours splendide
« The needle and the damage done », seul en scène, avec
harmonica et une petite frayeur. D’un coup Young cherche à
s’asseoir (un coup de chaud ?) et se pose sur un ampli de retour. Le
groupe revient pour ce qui reste tout de même comme une des plus
belles choses qu’on puisse entendre dans une vie, « Harvest moon » : « Because I'm still in love with you, I want to see you dance again... on this harvest moon »Arrffff... puis
« Daddy went walkin' » et « Looking forward »,
tiré du dernier album de CSN & Y.
On rebranche Old Black pour le
long swinguant et bluesy « Green sun » en mode John Lee Hooker,Micah Nelson est au second clavier, la voix de Young sort sur un mégaphone qui pivote vers le public,
petit gimmick amusant. Après un « Love to burn » tiré
de « Ragged and Glory », un clavier customisé de plumes
d’ange en carton (du plus bel effet !) descend des cintres, Micah Nelson s’en empare, le balance d'avant en arrière sur le tube « Like
a hurricane », là encore, on frise les 10 minutes. Young quitte la scène laissant la rythmique conclure (longuement) dans un brouhaha sonore. Deuxième coup de chaud, envie de pisser, contrariété ?
On
calme le jeu avec « Name of love » où Neil Young
s’installe en fond de scène à l’orgue à pompe, suivi du superbe « Old
man » encore tiré de « Harvest », album dont on aurait aussi aimé entendre le sublime « Heart of gold », mais non. Est ce une impression, ou le Loner était contrarié ce soir là, lui qui avait exigé de jouer sa tournée en plein air, et relégué à Paris dans une salle fermée ? On présente rapidement tout le monde, bye bye, retour en
coulisse.
Non mais oh, le mec ne va pas nous laisser comme ça ?! Ca hurle dans la salle, on attend un « Rockin’ in a
free world » en guise de rappel comme il en a l’habitude pour
cette tournée. Et ben non, ce sera un « Hey hey, my my »
puissance mille, avec final cataclysmique, les cordes de la Gibson
n’y survivront pas.
Il y chante : « The king is gone (on
cause d’Elvis) but he's not forgotten / Rock’n’roll is here to
stay / Rock’n’roll can never die ». Amen.
La messe est dite,
en un peu moins de deux heures, un goût de trop peu, mais l’octogénaire a prêché la bonne
parole devant un public conquis.
La diva du New Jersey (terre fertile en talents) a posé ses valises pour
quelques dates à l’Olympia, après une mini tournée en province.
Car en ce moment, on lui conseille plutôt du repos. Elle est enceinte jusqu'aux dents, vu son
ventre très arrondi, elle doit en être au huitième mois. « Merci
de passer votre soirée avec une femme mi-femme mi-pastèque… d’un
autre côté, c’est un fruit de saison ». Cet entame a donné
le ton d’un concert placé sous le double signe de la musique et de
la décontraction.
Avant cela on a découvert en première partie la
chanteuse belgo-camerounaise Lubiana, qui s’accompagne d’un kora,
instrument à 21 cordes (« ne vous inquiétez pas, je ne vais
pas toutes les ré-accorder »), une voix magnifique, des textes
en français, anglais ou camerounais, qui célèbrent la Terre, l'Amour et... son grand père. Petite pause… Des images sont
projetées sur le rideau rouge de l’Olympia, un mini court métrage
qui retrace le parcours cabossé (sic) de Melody Gardot.
Pour ceux
qui ne sont pas au courant, elle s’est faite renverser à vélo, à
18 ans, détruite de la tête aux pieds, des années d’hosto, de
rééducation, de musicothérapie. Elle en garde des trous de
mémoire, s’aide d’une canne pour marcher, est hypersensible à
la lumière, d’où les lunettes noires.
Derrière le rideau,
l’orchestre a commencé à jouer, ambiance orageuse, bourdon de
contrebasse, cymbales aux mailloches, sax free, et Melody Gardot les
rejoint au piano pour « Rain ». Puis deux autres
soufflants (trompette, sax) se pointent pour « Goodbye »
en mode bastringue honkytonk. Elle laisse sa place au piano au
franco-brésilien Philippe Baden Powell, avec qui elle a écrit son
dernier album, en piano-voix. Ils chanteront ensemble « C’est
magnifique » une douce bossa nova réellement... magnifique.
A
côté de la batterie, il en trône une deuxième, complétée d’un
tas de percussions. Je n’ai pas trouvé les noms de ses musiciens,
mais ça vole très haut, notamment le second
batteur-percussionniste, qui sort dont on ne sait où des dizaines de
trucs qui font du bruit, créant un tapis coloré et rythmique.
Melody
Gardot, par son look, son phrasé, renvoie une image un peu snob,
aristocratique. C’est exactement l’inverse sur scène. Alourdie
par sa grossesse, elle se déplace peu, esquisse quelques pas de
danse, compense par de longues apartés, sur son état, sa vie en
France, la musique, elle parle très bien français, son vocabulaire
est souvent très fleuri… On est parfois proche du sketch
lorsqu’elle peine à s’asseoir au piano (« j’admire les
hommes, comment vous faites avec vos gros bides, syndrome Super
Bock ? ») à croiser les jambes sur un tabouret pour jouer
de la guitare, ou avec l’entame d’une reprise vieux jazz, hommage
à Saint Germain de Près (elle y avait un appart en arrivant à
Paris), un truc très swing, tempo élevé, musiciens debout devant
la scène, le batteur n’avait qu’une caisse claire en bandoulière
façon fanfare, jeu au balais, et petit solo.
La musique de Melody
Gardot n'est pas celle des Jazz Messengers. Plus douce, cosy. Elle donne une superbe version
du quasi blues « From Paris with love », qui est orné en studio de
violons magnifiques, ici c’est l’harmonie des cuivres, plus roots, bluesy, et enchaîne avec le classique « Moon river »,
la chanson du film Diamants sur canapé composée par Henri Mancini. On est aux
anges, ça vole haut, vers… « Les étoiles » qui nous renvoie vers le Brésil chaloupé et ensoleillé.
Au fond un
rideau s’ouvre sur une chorale venue d’Afrique
du sud (« des gamins incroyables, ils apprennent tout à l’oreille, je
les ai découverts sur internet, je les ai appelés : ça vous
direz de venir faire un concert à Paris ? »). S’emparant
de sa guitare, qu'elle peine à poser sur son bide rebondi, Gardot donne une version hargneuse de « Preacherman », de la
soul boueuse, un son qui me rappelle l’album « Sweat
tea » de Buddy Guy, c’est dire le bourbier. Lubiana et sa
kora reviennent sur scène, la chorale aussi, avec Gardot seule à la guitare
pour « Baby I’m a fool ».
Après un rapide passage en
coulisse, le groupe revient pour un « Who will confort me »
bien cuivré, et le concert s’achève sur une reprise de « La
chanson des vieux amants » de Jacques Brel, superbe, refrain
repris par le public. Deux heures dix sur scène, et ce huit soirs de
suite, dans son état, chapeau. Grappillant dans tous ses disques,
tous les genres, Melody Gardot nous a tout simplement régalés. Le
son de l’Olympia est juste parfait, on se demande même si les
musiciens ont besoin d’être sonorisés. Musiciens à qui la
chanteuse laisse de longues plages musicales, ça chorus en veux-tu
en voilà.
Si avec Melody Gardot on pourrait s’attendre à un
récital poli et feutré, c’est sans compter sur sa présence en
scène, décontractée, drôle, elle maîtrise et dirige toutes les
inclinaisons de sa musique, visiblement ravie d’être là, un
ravissement qu’elle a su nous communiquer.
Les photos qui illustrent l'article ne proviennent pas du concert, ni de cette année, mais la vidéo vient de l'Olympia. Le cadrage, c'est un métier... mais c'est tout ce que j'ai trouvé.
«
L’esclavage n’a pas été aboli, il a été étendu à toute la
population » Bukowski.
Avant de rendre compte d’un concert, il
faut s’attarder quelques peu sur l’artiste et son œuvre. Bruce
Springsteen est l’union de la révolte et de la rédemption, le
héro d’une époque où la musique progressait sans se couper de
ses racines. Le Dylan électrique avait provoqué un tel scandale,
les tenants du traditionalisme le plus stérile le combattirent avec
une telle hargne, qu’il fallut un peu de temps pour tous actent la
naissance du folk rock. Sans doute le début de la carrière de
Springsteen aurait il été plus tranquille si, au lieu de se
présenter à sa première audition accompagné d’une simple
guitare sèche, il avait amené son E Street Band pour jouer un
rock’n’roll simple mais fiévreux. Au lieu de ça, il s’assit
devant les producteurs le cheveux et la barbe hirsutes, avant de
laisser quelques arpèges souligner la grâce romantique de « It’s
hard to be a saint in the city ».
Jeune troubadour sorti de
nulle part pour chanter ses récits kerouacquiens, celui que l’on
surnommera le boss fit penser à Columbia qu’elle tenait là le
nouveau Dylan. Comme lui, Springsteen écrivait son propre mythe, son
parcours ressemblait à ces grands livres où le vécu de l’auteur
est indiscernable de son imaginaire. S’il se battit ensuite pour
imposer son groupe à un label voulant en faire un nouveau héro
folk, le chanteur se montra par la suite aussi poignant dans le
registre acoustique que dans l’électrique.
Avec lui, les notes
étaient indissociables des mots, le rocker se faisait poète et
choisissait sa lyre en fonction de l’habillage nécessaire à ses
récits. La plupart de ceux-ci eurent la teinte grisâtre de ces
décors urbains où se jouaient les vies du petit peuple américain.
Les personnages chantés par le bon Bruce sont de pauvres insouciants
pris dans le piège de la vie, des hommes tentant de garder espoir en
payant le prix de leurs erreurs, des malheureux aux prises avec un
destin qu’ils maîtrisent si peu.
N’allez pourtant pas croire que
tout cela n’est que jérémiade, apitoiement et fatalisme,
comprendre la dureté du monde ne revient pas à le laisser nous
détruire. Pour tout représentant d’un petit peuple sachant encore
souffrir dignement, Springsteen fut un guide et ses paroles des
avertissements autant que des incitations à ne pas abdiquer. Ce matin
là fut de ceux où les éléments semblaient se liguer pour
assombrir l’humeur du marcheur le plus optimiste. Parant le ciel
d’un sombre duvet gris et menaçant, les nuages formaient avec le
béton une harmonie cafardeuse. Nous marchions alors, mon
accompagnateur et moi, vers le stade, croisant au passage quelques
fiers représentants d’une jeunesse nihiliste. Les joggings sans
forme succédèrent ainsi aux coiffures excentriques, dont
l’absurdité fut parfois souligné par les colorations aussi
criardes et vulgaires que les tags les plus hideux.
A travers ce genre d’hommes, l’époque
affichait son idéal, celui d’une société où la consommation des
choses les plus futiles aura eu raison des désirs nobles et de la
culture des peuples. Nous ne voulions pas croire ce jour là que le
monde se résumait à ce triste tableau, nous marchions avec
l’assurance de ceux qui sentent que l’espoir est au bout du
chemin.
Lorsque l’amoncellement des fans remplaça le flux hasardeux
des badauds, l’aura de leur joie impatiente donnait déjà une
certaine luminosité à ce décor morose. Sur les torses de ces
visiteurs, la photo du bon Bruce trônait tel l’emblème d’une
nation éphémère. La file fut longue, il fallut accepter d’être
palpé et ouvrir nos sacs devant des vigiles au regard austère. La
sécurité a un prix paraît-il, ce prix est de nos jours payé par la
réduction des libertés des braves gens. Nous n’étions pourtant
pas au milieu des hordes sauvages de la non-culture moderne, si une
violence devait advenir aujourd’hui elle ne viendrait pas de nos
rangs. Installé dans le stade, une légère morosité m’assaille
devant cette masse inhumaine et la froideur de ce décor de ciment et
de béton.
Nous nous installons donc avec une avance de quelques
minutes qui me sembla une éternité, mes pensées se succédant et
s’entrechoquant à une vitesse assommante. Je me demandais comment
notre homme parviendrait à donner de la grandeur et de la beauté à
un décor aussi laid et vulgaire. Ce genre de question, Springsteen
dut se la poser quand il commença à tourner dans les stades. Ce
dôme dans lequel ne se reflétait aucune préoccupation esthétique
fut avant tout fait pour maximiser les profits du show business. Me
voilà donc devenu un client parmi d’autres, une fourmi dans la
fourmilière, de la chaire à spectacle.
Puis les lumières
s’éteignirent, le décor honni disparut rapidement par la magie du
rock’n’roll, qui raisonna alors avec une grandiloquence
insoupçonnée. Je ne me risquerais pas ici à faire un compte rendu
chronologique, la mémoire est une machine erratique et les souvenirs
des trésors si fragiles. Contrairement à certains entrepreneurs, je
ne rêve pas de faire de mon cerveau une base de données exhaustive
dans laquelle je pourrais retrouver chaque événement de ma vie dans
ses moindres détails. Ce qui fait le charme de nos souvenirs, c’est
justement les natures erratiques et incomplètes. Corrigés ou
quelques peu altérés par nos émotions du moment, ils vivent en
nous pour continuer à éclairer notre présent.
A l’heure où
j’écris ces lignes, un flot d’images défile devant moi dans un
courant aussi désordonné que troublant. Il y a d’abord
l’ouverture sur « Land of hope and dreams »,
grand-messe que Springsteen ordonne d’une voie troublante de
fragilité. Pas de « one two » tonitruant ni de chorus de
bûcheron ici, l’homme a des choses à dire et il fait appel à la
solennité d’une mélodie mystique pour porter ses paroles. Je
comprends alors ceux qui affirmaient que les titres studios du boss
n’étaient rien comparés à leur versions scéniques. Porté par
la chaleur d’une section de cuivre et culminant sur des refrains
scandés par des cœurs d’une troublante grandiloquence, cette
balade gravait dans les cœurs une joie émue qui ne s’effacera
plus.
Il est vrai que le titre fut introduit par « No
surrender », classique dont la puissance lyrique prépara bien
le terrain à une telle communion bluesgrass rock s’envolant vers
les sommets transcendants des chorales gospels. Et qu’importe si
notre homme s’égara ensuite sur le terrain du militantisme
politique, je préférais alors voir cet intermède comme une façon
de poursuivre un chemin sur lequel je ne demandais qu’à le suivre.
Ce que je voyais là, c’était encore le jeune idéaliste de « Born
to run », celui qui parcourait les routes avec un mélange de
crainte et d’espoir.
Au diable les pros et les anti-Trump ! Au
diable les chicaneries politiques et la morale ! Au diable cette
époque et ses basses préoccupations ! Ce soir là j’admirais
la grandeur d’un homme qui, qu’importe ses idées et ses
émotions, avait le courage et la force de les porter avec une
énergie électrisante. Je ne me demandais pas si ces idées étaient
justes où vertueuses, elles faisaient simplement partie de ce
romantisme springsteenien qui me fascinait. Bruce contre Trump,
c’était David contre Goliath, le romantisme retranscrit par la
force du rock’n’roll. Plus qu’une harangue politique, ces
intermèdes rageurs m’apparaissaient comme un nouveau chapitre de
sa légende.
Springsteen fait partie de ces êtres chez lesquels le
réel se mêlait au fictionnel, la lecture de Steinbeck et sa
jeunesse prolétarienne gravèrent en lui une profonde empathie pour
les sans grade et une colère viscérale vis-à-vis des puissants.
J’ai beau me sentir plus proche des idées d’Ayn Rand et Barres
que de celles de Steinbeck et Marx, ce misérabilisme épique
m’emporta corps et âme. Ce soir là, même la bluette un peu
culcul « House of the thousand guitars » prit une ampleur
d’hymne dylanien. Le chanteur avait conquis la foule au point que,
lorsqu’il prit sa guitare sèche pour jouer sa bluette folk, 60000
spectateurs surexcités se turent immédiatement. Au même moment,
une horde barbare enfonçait les portes d’un stade marseillais pour
assister à un concert de rap, confirmant ainsi qu’il existe entre
l’amateur de rock et celui de rap une différence anthropologique
flagrante.
La colère springsteenienne culmina sur les percussions
rageuses de « Death to my hometown », son riff raisonnant
comme le pas rageur d’un petit peuple excédé. Poète des destins
brisés et de ceux luttant avec dignité, Springsteen acheva son
aparté militant par un « The rainmaker » où la chaleur
des cuivres, alliée au lyrisme des cœurs, entretenait le feu d’une
mystique poésie steinbeckienne. Si l’attente fait mourir, l’espoir
fait vivre, il désigne le courage de celui qui refuse de s’enliser
dans l’apitoiement et la passivité. Et le E Street Band de le
scander sur un refrain d’une puissance combative :
« The
dog in the main street howl, cause they understand, if I could take a
moment into my hand. Mister, I ain’t a boy, no I’m a man, and I
believe in a promised land ».
Puis vient le chorus de Clemmons,
rugueuse puissance aylerienne n’ayant rien à envier à la chaleur
cataclysmique du saxophone de son oncle. S’il l’était déjà au
début de sa légende, le E Street Band s’impose plus que jamais
comme le plus grand assemblage de musiciens de l’histoire du rock.
En introduction, Max Weinberg prouva qu’il comptait encore parmi
les grands batteurs bûcherons qui firent trembler les stades depuis
l’aube du rock’n’roll. Plus discret, le guitariste Steven Van
Zandt marqua le rythme avec une régularité et une bonhommie
rassurante. Il fait partie des survivants des grandes heures, celui
dont la voix se joignait à celle de Bruce sur certains refrains
depuis plus de cinquante ans. Ainsi unirent ils une nouvelle fois
leurs chants sur « Bobby Jean », hymne à l’amitié
perdue.
N’allez pourtant pas croire que ce
concert se résuma à un déchirant tire larme nostalgique,
l’optimisme du E Street Band illuminant même les mélodies les
plus sombres. Ainsi, la mélodies de « The river » berça
les cœurs et purifia les âmes, les passions tristes se dissolvant
au contact d’une tel splendeur folk rock culminant sur le
gémissement d’un harmonica faisant le lien entre les histoire
poignantes de Woodie Guthrie et celles des damnés de la terre
moderne. Difficile de décrire ce qui s’empare de vous devant une
telle musique, une incroyable force vitale s’instille en vous pour
vous donner l’impression de naître une nouvelle fois. Une telle
renaissance mérite une célébration puissante et primaire, un cri
du cœur tel que seul le rock et le blues peuvent en produire.
Dans le
flot chaotique de mes souvenirs m’apparaît l’image d’un Neil
Lofgren s’avançant au centre de la scène pour commencer une
grande improvisation blues. L’homme lutta héroïquement pour
maintenir la puissance de son boogie hookerien, subjugua la foule par
la force de son mojo durant des minutes qui parurent si courtes. En
voyant le E Street Band le rejoindre pour lancer « Murder
incorporated », Muddy Water lui-même aurait ressorti sa
fameuse phrase : « le blues a eu un fils et il se nomme
rock’n’roll ». Une joie orgiaque avait définitivement
conquis les esprits, une telle fête ne pouvant se passer de la
simplicité d’une pop légère. Ecrit d’abord pour les Ramones
« Hungry heart » fut repris en chœur par une foule
devenue une marée de mains se balançant de droite à gauche. Et mon
esprit dansa une gigue orgiaque au rythme de ce refrain doucereux, le E Street Band faisant sienne l’adage nietzscheen voulant que « il
faut avoir une grande musique en soit pour faire danser le monde ».
La musique de Springsteen est un avertissement autant qu’une
incitation à continuer à aimer la vie et à la célébrer. Vint
ainsi la ronde des classiques plus ou moins récents, qui s’ouvrit
sur l’hymne « Because the night », durant lequel Bruce nous gratifia d’un de ses électrisants chorus. Suivie la
prière gospel rock de « The rising », dont chaque
crescendo vous plongeait dans une allégresse vous soulevant le cœur.
La rage électrique de « Badlands » provoqua le même
genre de bonheur combatif, la puissance de ces célébrations nous
remettant en contact avec la beauté de l’existence.
« Poor
man want be rich, rich man want be king, and kind ain’t satisfied, Till the rules everything, I wanna go out tonight, I wanna find
out what I got ».
Ainsi redécouvrons nous l’âge d’or de la
poésie musicale springsteenienne, cri de l’homme face au vertige
d’une vie à construire. Ce sentiment de détresse combative,
Springsteen ne l’exprima jamais avec autant de justesse que sur
« Thunder road », son « Like a rolling stones »
à lui. Quelques notes de piano et d’harmonica se levèrent sur le
stade tel une douce brise printanière, la foule scanda le début de
ce poème musical avant que les guitares n’entrent dans la danse.
L’appréhension de cet homme se jetant dans l’épopée de sa vie,
c’est la plus grande sensation que puisse vivre un homme, celle qui
l’étreint lorsqu’il a encore tout à construire.
Les plus jeunes
y trouvent un réconfort face à leurs angoisses existentielles, les
plus vieux se remémorent des heures dures mais heureuses, avant que
le maître de cérémonie ne leur donne l’impression de renaître
par la magie du rock’n’roll.
A peine les dernières notes
éteintes, les lumières se rallument comme pour nous inciter à
retrouver la monotonie du quotidien. La foule applaudit alors, siffle
ou crie le nom du maître de cérémonie qui sourit avec la bonhommie
de celui qui se fait désirer en sachant qu’il ne tardera pas à la
récompenser. Il y eut donc cinq rappels introduits par la
grandiloquence de « Born in the USA » et le romantisme de
« Born to run ». Profitant du récit autobiographique de
« Tenth avenue freeze out », le E Street Band fit planer
les images des regretter Clarence Clemmons et Danny Federici au
dessus de son homérique performance.
Avant de terminer le concert sur
« Chime of freedom », Springsteen lança aux spectateurs
« Gardez ça dans le cœur quand vous sortirez d’ici ».
Me revient alors la réflexion terminant la nouvelle « Les
nuits blanches » de Dostoïevsky : « quelques
instants de bonheur suffisent à illuminer une vie ». Mon
accompagnateur et moi restâmes quelques secondes à applaudir après
le départ du groupe, espérant ardemment que ce final ne soit pas
définitif. Les musiciens ne revinrent malheureusement pas et, avant
de sortir, je fis danser mes précieux souvenirs sur cette scène
vide pour mieux les graver dans ma mémoire. Sortant de ce stade en
ayant l’impression d’avoir véritablement vécu pour la première
fois, je savais que s’était rallumé dans mon cœur un feu
optimiste qui n’était pas près de s’éteindre. A en juger par
les regards lumineux et les sourires de la foule sortant de la même
expérience, je n’étais pas le seul. Ces milliers de regards
émerveillés n’exprimaient alors qu’une seule pensée venue de
ces vies régénérés : Merci Bruce !
(Une première vidéo - amateur - issue du concert de Lille, deux autres filmées à Manchester trois jours plus tôt, de meilleure qualité)
C’est inédit, je n’avais jamais
assisté à un concert de ce qu’on appelle un Tribute Band. Petit
rappel des faits, un Tribute Band (ou cover band) est un groupe de musiciens
généralement chevronnées, qui ne jouent que des reprises d’un
groupe célèbre, de manière très officielle, souvent adoubé par le groupe
original (ce serait idiot de refuser, vu les royalties). Les
exemples pullulent, des faux Led Zep, Queen, The Doors, Beatles, Pink
Flyod, Supertramp, U2,Springsteen, Joe Cocker... ou chez nous Cabrel, Renaud, Hallyday, Goldman...
A ma connaissance, pas encore de cover-Rika Zaraï. Mais j'ai même croisé un faux-moi dans la rue lors d'une fête de la musique. Qui jouait mieux, ce con. Certains poussent le vice jusqu'à ressembler visuellement à leurs idoles, kitschissime, d'autres poussent la maniaquerie jusqu'à reprendre note par note un concert précis, de telle date, comme c'est le cas pour un des nombreux cover band de Genesis.
Je me souviens de
David Gilmour saluant une des prestations de leur double, disant
qu’ils jouaient presque mieux ! D’autres, qui à
l’époque montaient sur scène complètement défoncés, disaient :
si vous voulez savoir ce qu’on aurait été capable de faire, sobres,
allez les écouter !
Il y a énormément de tribute band de Dire
Straits : Fire Straits, sTraits, Money For Nothing, DS:UK,
Calling Mark, Brothers in Band, Dire Strats… Le cas de Dire Straits
Experience est un peu différent, au sens où un membre du groupe a
réellement participé à Dire Straits, Chris White, qui porte beau
(le salaud) à presque 70 balais, saxophoniste à partir de 1986 et
l’album « Brothers in arms ». Qui a réuni autour de
lui six musiciens pour reprendre exclusivement le répertoire de Mark
Knopfler, dont le chanteur - guitariste Terence Reis*, qui a la
lourde tache d’être frontman. La configuration du groupe reprend
celle de la tournée « Alchemy » : basse / batterie
/ piano / clavier / 2 guitares. Et White aux saxophones (soprano,
alto, ténor) et flûte traversière.
Le concert était au Zénith de
Paris, salle de 1500 places, le son frisait la perfection. Je me
souviens d’y avoir entendu Mark Knopfler en solo en 1996, le son était
juste dégueulasse… La première partie était assurée par Gaëlle
Buswel, [=> photo à droite] bon blues rock, en configuration deux guitares acoustiques.
Le
groupe entame avec « Telegraph road », fallait oser,
titre fleuve de 14 minutes, suivi de « Solid rock » puis
« Tunnel of love » (et hop, un bon quart d’heure en plus !) dans
des arrangements très proches de « Alchemy ». J’avoue
qu’au départ ça fait bizarre. On entend, mais on ne voit pas du
Dire Straits. Et on ne peut s’empêcher de comparer, de chercher la
p’tite bête, est-ce qu’il va faire ci, faire ça, comment il va
négocier tel passage de chorus… Mais une fois qu’on s’est mis
en tête que, non, ce ne sont pas les vrais, on ne se concentre que
sur la musique.
Qui est très bonne, d’abord parce que les musiciens
sont très bons, mais surtout parce que les morceaux sont
excellents ! Et de se rendre compte que le père Knopfler a
pondu des dizaines de titres sublimes, des chansons très écrites,
construites, dont la durée et la complexité n’étaient pas la
norme dans les années 80, celles de l’atroce avènement de
MTV.
Évidemment, une large place est faite aux chansons avec
saxophone (c'est Shuffle qui aurait été content !), « Your latest trick » (grosse ovation), « On every
street », « Two young lovers », « Goin’
home ». On n’est pas dans le strict exercice de copie, le second guitariste ne se contente pas de la rythmique, il prend sa part de chorus, et le sax intervient dans des titres qui n’en
comportaient pas à l’origine. Donc de nouveaux arrangements, et
donc des titres encore plus longs ! En particulier de très
belles versions de « Roméo and Juliet » (avec évidemment
la National Steel) et de « Private investigation », je
n’ai pas peur d’affirmer que parfois la copie est meilleure que
l’original !
Intéressante aussi la reprise de deux chansons
des débuts, « Wild west end » et « Lady writer »
jouées à quatre, la configuration d’origine de Dire Straits, où
on retrouve vraiment le son des deux premiers albums. On aurait aimé
en entendre plus, des « Down To The Waterline » ou « Once
upon a time » sont absentes de la setlist. Ca pourrait être une bonne idée de jouer exclusivement les deux premiers LP !
C’est aussi à quatre
musiciens que commence « Sultans of swing », avant que
les claviers ne rentrent au troisième couplet, et là encore,
réaménagement de la partie centrale, plus étirée, avec un
dialogue sax / guitare, puis guitare / orgue, avant le long crescendo
du chorus de guitare. Ce serait ma seule critique, jouer le sax à l'unisson sur ce solo iconique de guitare, qui du coup, se retrouve un peu noyée dans le mix.
De même,
un « So far away » qui débute en mode calypso, au
xylophone, avant que les guitares ne surgissent dans une version plus
rock que l’original. En rappel, on a droit à une version abrasive
de « Money for nothing » puis l’instrumental « Goin’
home » (BO du film Local Hero). Une des manies agaçante de
Knopfler, c’était des fins de chansons qui n’en finissaient pas, point d'orgue à rallonge, genre la piste doit être longue pour poser un 747. Un défaut heureusement pas reproduit.
Quand on n’a pas vu Dire Straits à la grande époque (c'est mon cas),
avant que les concerts ne deviennent des barnum en stades (raison
pour laquelle Knopfler avait jeté l’éponge) cette expérience de
tribute permet tout simplement de se faire plaisir, avec des
musiciens de haut niveau qui s’amusent visiblement beaucoup.
C'est un peu plus cher qu'un best-of, mais au moins, y'a de vrais gars qui jouent !
*Terence Reis racontait qu’à l’origine, il avait été
contacté pour remplacer Mark Knopfler (en tournée solo) pour un concert caritatif, en
2011, il ne devait que chanter. Puis finalement on lui demandé aussi de faire la guitare. La formation d’anciens membres du groupe, réunie par le clavier Alan Clarke, a perduré, avant
de se transformer en Dire Straits Experience sur l'impulsion de Chris White.
Pour Bruno, extrait d’une interview de Terence Reis, à propos de son matos : « Une
vieille Gibson Chet Atkins nylon, une Ovation Adamas des années 80
et une National bien sûr. Au milieu du concert, nous jouons à
quatre et j’ai une Strat Integrity que j’ai assemblée avec des
pièces détachées Musikraft. J’ai deux Strats, la Candy Apple Red
et la Sunburst, et une Tele Integrity. Elles reprennent les specs des
Schecter de Mark. Elles sont très différentes des Fender. Le
luthier Ivan Leschner m’a fait un clone de la Pensa Suhr MK-1. Et
selon les tournées, je prends ma Gibson Les Paul R8 VOS’58. Sinon,
j’ai toujours ma Steinberger GLT2T de 1984-1985 ».
J’y suis allé comme on va visiter un vieil oncle éloigné dont on
vous dit qu’il ne passera pas l’hiver, avec appréhension mais indulgence, et respect pour service rendu à la nation, celle du blues. J’avais cru comprendre qu’Eric Clapton (79 ans aux nougats) était perclus d’arthrite et sourd comme un pot, ce qui n'augurait rien de bon.
Et là, surprise ! C’est un jeune
homme qui entre sur scène, démarche nonchalante, classieux dans son veston
bleu, brushing impeccable, qui empoigne direct sa Stratocaster customisée en drapeau
palestinien. Quelques arpèges pour vérifier le son, puis les premiers accords de l’instrumental « Blue
dust », slow bluesy joué à l’unisson avec Doyle Bramhall II, fidèle bras droit (bien que gaucher) depuis deux décennies, verres fumés et chemise à jabots. L'entrelacement des lignes de guitares rappellent l'esprit des sessions de Layla avec Duane Allman.
Après un sobre « bonsouâr, good evening », on
rentre dans le dur avec deux classiques du blues, « Key to the highway »
(attribuée à Big Bill Broonzy) et « Hoochie Coochie Man » de Willie Dixon. Le son
est costaud, mais pas saturé, bien mixé, bien rendu, et c’est un déjà festival de
chorus, les deux guitaristes, puis Tim Carmon à l’orgue Hammond et l’indéboulonnable
Chris Stainton au piano, tignasse filasse et binocle au bout du nez. Les interventions
des deux choristes sur « Hoochie Coochie Man » font glisser le titre vers une soul
gospel, magique. On est rassuré, les doigts sont agiles, courent sur le manche, et surtout la voix est là, fêlée comme il faut, suave ou grondante. Clapton n'a jamais été considéré comme un grand chanteur, je m'inscris en faux ! Il fait avec ce qu'il a, et le fait bien.
Le groupe envoie du lourd ensuite avec le superbe « Badge », une chanson
de la période Cream, co-écrite avec George Harrison. Puis une nouvelle
composition, « Prayer of child », en référence à Gaza, des images de
camps de réfugiés sont projetées sur les écrans alors que la scène est plongée
dans le noir. Le message est sobre, pas de discours, ça vaut mieux car généralement
quand Clapton se pique de politique c’est pour dire des conneries !
Vient le set acoustique. Hein, quoi, déjà ? C’est pas de bon
augure… Avec « Back home », titre récent, en mode folk, puis le classique blues
« Nobody knows you when you're down and out » (j'adore), le très beau « Tears in heaven »
au tempo plus soutenu, les croches en l'air donnent presque un parfum reggae, toujours acclamé comme il se doit par le public, et « Golden ring » tirée de l’album Backless (1978). Pour ces quatre titres, Nathan
East, bouille ronde et toujours réjouie, troque sa basse pour une contrebasse, Doyle Bramhall se fait plus discret
à la guitare électrique.
On rebranche la prise, et pas qu'un peu, avec le funky et tonitruant « Got to get better
in a little while » période Derek & Dominoes, une version assez démente de 10 minutes, chorus
à gogo, y compris de Sonny Emory à la batterie, qui a dû racheter un lot de cymbales de Neil Peart pour pas cher. Si la frappe est virile, elle n'est pas lourdingue,
c'est concis, efficace, la qualité du son permet d’apprécier les nuances de roulements, et le jeu
au charley. La transition est un peu rude avec « Holly mother », une
ballade mollassonne issue de l’album August (pas franchement une référence)
écrite en hommage à Richard Manuel du groupe The Band, une version tout de même
sauvée par un long chorus final. Quitte à donner dans le slow guimauve, on aurait tout de même préféré le sublime « Wonderful tonight ».
La suite sera de toute beauté, avec deux reprises de
Robert Johnson. D’abord « Crossroad » dans une excellente version au tempo
ralenti, presque plus rock, et le long blues « Little queen of spades »
où là encore les solistes rivalisent. Nathan East s’avance au micro
pour fredonner « Close to home » de Lyle Mays, il s'accompagne de sa basse, c’est léger, aérien, Clapton en soutien, discret,qui s’immisce avec quelques cocottes funky, et le riff de « Cocaïne » nous
explose à la face. La salle jusque-là enthousiaste mais sagement assise (pas
de fosse) se lève et afflue vers la scène. Doyle Bramhall a sorti pour l’occasion
une Stratocaster dont le vernis éclaté ne laisse plus que le bois brut, à côté de laquelle la gratte de Rory Gallagher parait en bon état ! Tout le monde y va de son
chorus, Chris Stainton maltraite son clavier,quand y’en a plus y’en a encore.
Les musiciens quittent la scène. On est tout de même un
peu inquiet, mais ils reviennent pour le blues « Before you accuse me »,
avant de définitivement tirer leurs révérences. Heu… Là on fait franchement la gueule. Quand les lumières d’une salle se rallument, c’est qu’il n’y aura pas de suite. Je mate ma Rolex : 1h30 de concert !
Bon, on a eu droit tout de même à une première partie, le
chanteur guitariste Rover (Thimothée Régnier, de son p'tit nom, in french) un physique à la Leslie West, seulement accompagné d’un
batteur, pour un mini-set de chansons concises, en mode power-pop. Exercice périlleux que d'ouvrir pour une star, que dis-je, une légende. On lui a
fait un bon accueil, franchement mérité. Faire la première partie des dates françaises de Clapton, ça
claque sur un CV.
Pour cette tournée fêtant ses 60 ans de carrière, Eric
Clapton n’a pas déroulé ses classiques (absents « Layla », « Sunshine
of your love », « I shot the shérif », « After midnight »…)
mais a fait le choix de piquer ça et là, dans les époques, la tradition, les
repêchages, les inédits, privilégiant largement le blues. Il n’est pas causant, on le savait, ça se confirme. Juste un « je
n’étais pas venu en France depuis longtemps, c’est dommage finalement, il
faudrait que je revienne si j’en ai le
temps… » devant les torrents d’applaudissements qui déferlaient. Il en
semblait surpris, ses mains semblaient dire non non, ça me gêne, je
suis juste venu vous jouer un peu de musique… Il reste droit sur son mètre
carré de tapis, chante assez loin du micro. Après toutes ces années,
on reste épaté par l’agilité et la vélocité de son jeu de guitare, reconnaissable entre
mille.
Je m’apprêtais à tagger un "Clapton is (still) god" sur le mur du métro, quand les gars de la RATP ont débarqué sur le quai, ils étaient cinq, six avec le chien, et je n'avais pas les bonnes chaussures pour courir...
On aura appris deux choses ce soir-là : Eric Clapton est
en pleine forme, et il aime se coucher tôt. Ceci expliquant sans doute cela.