Terminé le vieux power métal des années 2000, le monde a évolué.
Le Métal du soleil levant
Il faut se faire une raison, les japonais sont bons dans tous les
domaines ou presque … et particulièrement dans celui de la musique.
Avec 124 millions d’habitants le nombre de groupes y est
impressionnant, et pas seulement dans la J-pop. Depuis quelques années
des groupes d’heavy et de power métal fleurissent au Japon comme les
Sakuras (cerisiers) au printemps. Je ne parlerai pas de la niaiserie
des Babymétal
qui mélangent heavy et J-pop.
Le power et l’heavy métal ont progressé avec le temps, fini les Manowar et autres Nightwish à l’époque de Tarja Turunen, les schredders sont féminines, ne s’habillent pas de cuir noir,
elles sont gracieuses, élégantes, s’habillent de crinoline et sont
redoutables pour ce qui est de tenir une guitare.
Mon goût pour le rock japonais débutera quand j’entendrais leWagakki Band, un groupe qui mêle rock heavy, progressif, alternatif, folk et
pop, le tout mélangé avec l'usage d’instruments traditionnels.
Les groupes féminins japonais ne sont plus des groupes d’idoles de
girls-band en tenue d’écolière ou en jupe plissée faisant de la J-pop.
Certaines filles vont mettre les doigts dans la prise de la fée
électricité et vont implorer Apollon le dieu de la musique et du chant
comme Band-Maid et
Lovebites.
Lovebites
ce n’est pas le titre du dernier film de
Rocco Siffredi, on pourrait
traduire leur nom par ”Morsure d’Amour“ et en ce qui concerne
leur musique... ce n’est pas volé. Un nom tiré d’un titre du groupe
américain de heavy
Alestorm. Lovebites est un groupe de cinq femmes formé en
2016, une batteuse, une chanteuse à la voix pure et
puissante, une bassiste émérite jouant une a "cinq cordes" et deux guitaristes
schredder.
Elles n’ont que quatre albums à leurs actif, mais ça déchire
grave ! Pourquoi ai-je pris ”Electric Pentagram“, le troisième album studio du groupe ? Parce que je
trouve que c’est le plus représentatif de ce que peut dégager
Lovebites en puissance. Je tenais
à préciser qu’elle chante en anglais.
Des le premier titre, ”Thunder Vengeance“ tu es pris dans la tornade de leurs décibels et de la
virtuosité des musiciennes. ”Holy War“, le morceau le plus connu qui rappelle les sonorités du groupe
brésilien Angra. ”Golden Destination“, un son très hard british pas du
Judas Priest mais presque… Les
structures dans tous les titres restent les mêmes, une batterie
double turbo, une basse qui passe du slapping au tapping, des
rythmiques de guitares survitaminées avec des solos entrecroisés à
rendre l’ouïe à un sourd profond. Sur les douze titres que
comporte l’album il n’y aura qu’avec ”A Frozen Serenade“ où elles font une pause dans leur course folle au mur du son. Je voulais
rajouter qu’une des guitaristes joue du clavier mais il n’est pas
prédominant face aux autres instruments.
Personnellement, j’aime leurs sons parce qu’il n’est pas
brouillon et les harmonies sont bonnes. Comme j’ai toujours
tendance à faire des comparaisons, Lovebites c’est DragonForce en meilleur et en plus féminin. Ils sont forts ces
japonais ! Heuuu ces japonaises...
La
pluie crépite sur un sol de feuilles mortes brunes et cassantes ; au
loin, tandis que l'orage approche, sonne un glas peinant à percer
une lourde humidité matinale. Là, se couche une guitare pesante,
grave, lugubre, gavée de fuzz. En fond, des percussions résonnent comme
sorties d'une crypte obscure, corrompues par de sombres manifestions
dédiées à quelques entités oubliées. Surgit une voix saisie par
l'effroi. Le tempo est lent (largo), traînant, empêtré dans la
bourbe, jusqu'à l'explosion. L'envol, l'échappatoire. La guitare
prend alors une allure de galop mesuré, jusqu'à son envol, se libérant d'un mal sournois en se précipitant vers la lumière. Le climat évoque sans détour les films
"d'horreur" des années soixante. Les paroles sont à
l'avenant, cultivant l'effroi tout en gardant une certaine mesure,
une certaine bien séance. "Quelle est
cette chose se tenant devant moi ? Cette forme noire qui me fixe et
s'élance vers moi ! Me reconnaissant comme l'Elu. Oh non !! Grande
forme noire aux yeux de feu, devinant les désirs de chacun. Satan se
tient là, souriant. Regardez ces flammes grossir et grossir encore.
Oh non, non ! Je t'en prie ! Seigneur aide-moi !""
La
pièce suivante, "The Wyzard",
semble aborder des rivages plus rassurants, plus conventionnels, avec
un boogie-hard-blues et son harmonica acide - aux aspects un
brin lugubre. Mais là encore, les belligérants ouvrent de
nouvelles portes donnant accès à d'autres perspectives, jusque là à
peine explorées par quelques obscurs combos. La guitare est plus
boueuse que jamais, presqu'aussi grave que la basse, au point de
parfois fusionner avec elle pour gagner en impact. Véritable bélier,
soutenu par un batteur sauvage, apte à ébranler les anciennes forteresses. Ici, le sorcier n'a rien de maléfique. Au contraire,
c'est celui qui apporte la lumière et combat le mal. Ce n'est autre
que Gandalf le Gris, l'emblématique magicien de Tolkien que les Anglais
connaissaient bien avant les films de Ralph Bakshi et de Peter
Jackson.
"Behind
the Wall of Sleep", bien que débutant par un premier
mouvement ensoleillé, renoue rapidement avec la lourde et moite ambiance de
séries B du premier morceau. Et si le chant transpire moins la peur, il n'en est pas moins défaitiste, résigné "...
sentez votre esprit s'élever avec la brise. Voyez votre corps tomber
à genoux, un mur endormi de remords transforme votre corps en
cadavre". Le titre est emprunté à une nouvelle de
Lovecraft. Auteur qui a aussi dû aussi inspirer le sujet. Toutefois, le break
s'extirpe de la nuit. La batterie insuffle une pulsation heavy-funk
sur laquelle le gratteux tisse des volutes de blues incandescent,
entraînant même la basse à s'émanciper, à se détacher du rythme autoritaire de la batterie. Ce
qu'elle fait en s'enveloppant de wah-wah pour un petit solo bluesy
introduisant la pièce suivante, avant d'enchaîner sur un riff
emblématique. Celui de "N.I.B.".
Initiales qui furent le sujet de diverses théories, dont les
sempiternelles, bien qu'aucunement fondées - basées sur un satanisme
fantasmé. Évidemment, on ose
mentionner le nom d'un ange déchu - ce qui n'était guère fréquent à l'époque, voire même tabou "Maintenant
que je t'ai avec moi dans mes pensées, notre amour devient plus
fort, maintenant, à chaque heure. Regarde-moi dans les yeux, tu
verras qui je suis. Je m'appelle Lucifer. S'il te plaît, prend ma
main. Oh Yeah ! ... Quitte la vie que tu menais avant notre
rencontre. Tu es la première (premier ?) à avoir cet amour qui est
le mien. Pour toujours avec moi, jusqu'à la fin des temps. Ton amour
pour moi doit être juste réel". D'après les
auteurs, ce ne serait qu'une fable sur l'ange déchu tombant
amoureux. Mais, on s'en doute, nombreux sont ceux à ne pas l'avoir
entendu de cette oreille là. Particulièrement aux USA, où on
s'empresse de traduire N.I.B. par "Nativity in black", qui
serait, à leur sens, une ode à la venue de l'antéchrist. Ou encore par "Name in Blood", qui ferait référence à un pacte avec le grand cornu. Ce que
réfute ardemment Terence, le parolier en chef, arguant que le NIB ne
signifie rien. Que personne n'ayant trouvé de titre à cette
chanson, dans la précipitation, elle a été baptisée "NIB"
en référence au surnom donné à Bill Ward, "Nibby" - en rapport à sa barbe pointue, en forme de stylo à plume (pen nib). Ce
n'était qu'une plaisanterie qui a été finalement retenue. Cependant, il est
néanmoins probable qu'il se soit aussi tout simplement amusé à jouer sur
les doubles sens. Car bien que chrétien, catholique, élevé dans
une famille très attachée à la religion, c'était une période où Terence était plongé, entre autres, dans les lectures du mage dépravé Aleister
Crowley.
Poussé
par la maison de disque qui veut être certaine d'y retrouver ses
billes, le quatuor enregistre « Evil Woman ». Une chanson
d'un très bon quintet américain, de Minneapolis, « The
Crow », qui est entrée dans le Top 20 (aux USA), il y a seulement
quelques mois, en 1969 (1). Un boogie légèrement plombé qui se
marie assez bien avec l'ensemble.
Ambiance
western spaghetti pour le premier mouvement de « Sleeping
Village », avec guimbarde et arpège sur une acoustique - la
basse se tamise au fond, discrète – avant le déchaînement des
musiciens pour un épique instrumental de trois minutes.
Autre
reprise, « The Warning ». Un petit succès de 1967 du Ansley
Dunbar Retaliation , sorti en 45 tours - qui ne fut repris, sur
aucun de leurs quatre disques -. Indissociable de leurs concerts
où les brummies l'exploitent jusqu'à plus soif pour de longues
improvisations, elle est ici tronquée d'environ trois minutes par le
producteur qui l'avait jugé trop longue. Ce serait d'ailleurs la seule pièce de l'album corrigée, modifiée par le producteur. Après une première phase
assise sur une basse bien fuzzy et un chant spectral, le gaucher à
la Gisbon SG customisée se lance dans de longues improvisations
bluesy. D'abord brouillonnes, elles tempèrent la saturation pour
créer un espace (contre nature ?) où une entité née des Ten Years
After (celui de "Stonehenge") et Mountain s’épanouirait. La basse de
Geezer y résonne d'ailleurs comme celle de Pappalardi.
La
messe s'achève sur un impétueux « Wicked World », aux
riffs changeants, pendant que la basse provoque des avalanches,
tandis qu'un batteur véloce et nerveux, tempérant sa puissance de
scories jazzy, fait trembler la terre. « ...
les combats se poursuivent entre la race humaine. Les gens doivent
travailler juste pour gagner leur pain, pendant que les gens de
l'autre côté de la mer comptent les morts. On dit que le travail
d'un politicien est très élevé car il doit choisir qui doit aller
mourir. Ils peuvent envoyer un homme sur la lune aisément, pendant
que les gens ici, sur Terre, meurent de toutes les maladies."
Bien
qu'encore nimbé de fortes réminiscences bluesy, avec cette batterie
roulant à tombeau ouvert, ponctuant ses cavalcades de patterns
jazzy, avec cette basse tellurique, ce chant d'outre-tombe et cette
guitare lourde, distendue et boueuse, Black Sabbath pose les
premières pierres du Temple « Heavy-Metal ». S'il y
avait déjà eu bien des prémices, et ce dès l'année 68, le Sabb'
enfonce le clou et s'offre totalement à ce nouveau mouvement. Les paroles légères et épicuriennes du rock'n'roll ont laissé la place à de sombres et macabres histoires, occasionnellement ponctuées du mal-être, de la désillusion et de l'incompréhension du prolétaire dont l'avenir est étriqué, sans espoir autre qu'essayer de survivre.
Ces
enfants d'Aston, de Birmingham, Bill Ward, Terence « Geezer »
Butler, Michael « Ozzy » Osbourne et Frank Anthony Iommi ont
participé à la naissance du Golem. L'aidant à s'extirper de la
boue pour qu'il affronte le monde, avec ses horreurs, ses injustices,
son ignorance, sa cruauté. Car en dépit d'un succès retentissant,
pendant longtemps Black Sabbath sera l'un des sujets préférés de
moqueries et de méprises des médias. Sans omettre les croisades
lancées contre eux, pour les mettre au pilori, les faire
taire à jamais, sous prétexte qu'ils seraient d'abominables suppôts
de Satan. Alors qu'ils étaient tous restés attachés à leur
éducation religieuse. D'où probablement les croix arborées tels
des talismans, les protégeant d'éventuelles entités démoniaques attirées par des paroles... pouvant parfois être tendancieuses. Ou
par le fameux triton, le "Diabolus in musica" qui aurait été autrefois strictement interdit par les pères
de l’Église (bien qu'on le retrouve épisodiquement dans l'œuvre de J.S.Bach, ainsi que dans certains chœurs grégorien), et aujourd'hui profondément cultivé par Iommi. Qui
sait ?
En ce
début d'année 1970, il y a plus de 55 ans, Black Sabbath a ouvert
les portes aux entités du Heavy-Metal. Pour le pire et le meilleur. Même la pochette, avec son atmosphère gothique, moite et inquiétante, et cette femme - entre apparition spectrale et sorcière noire (2)- va rester dans les annales. Le moulin (de Mapledurham dans le comté de Berkshire) étant désormais devenu un lieu de "pèlerinage".
Bien
des années plus tard, Ozzy, goguenard, racontera cette anecdote «J'ai vite couru rapporter le disque à mes parents et je le leur ai
fait écouter. Quand la pluie, l'orage, la cloche et tous les trucs
démoniaques ont commencé, mon père s'est retourné vers moi et m'a
demandé : Es-tu bien sûr de juste boire de l'alcool ?»
(1) Trois très bonnes galettes de
heavy-rock bluesy cru, un brin southern-rock à la manière d'un The
Boyzz.
(2) Quelques petits malins propagèrent la rumeur comme quoi la dame en noire n'aurait jamais été conviée par le photographe. Qu'elle ne serait apparue qu'au moment du tirage.
Les musiciens, les artistes, ne prennent jamais vraiment leur retraite. Jusqu'au bout, tant que leur santé le leur permet, ils continuent, bon an mal an, à se produire, à exercer leur art. Ainsi, combien de musiciens n'ont finalement accepté de se ranger qu'après une grave défaillance sur scène. Pour sa part, Ozzy, sentant sa fin arriver, a puisé dans ses ultimes forces pour un dernier concert. A la maison, là où tout a commencé, à Birmingham. Le 5 juillet dernier, pour une prestation qui aurait pu être triste, en le voyant ainsi ceinturé, engoncé dans cet immense trône rococo, s'il n'y avait pas eu tous ces invités, franchement heureux d'être de la partie, pour rendre un hommage à ce sympathique et auto-proclamé "prince des ténèbres". En dépit d'une inquiétude aliénante à cause d'une fin qu'il craignait/savait être proche, et de sa grande faiblesse, derrière le masque de la maladie, en ce 5 juillet 2025, qui restera probablement longtemps dans les annales, le visage d'Ozzy rayonnait. Pour ce dernier acte, la foule était nombreuse ; plus de 40 000 personnes venant acclamer avec véhémence Black Sabbath et Ozzy lui-même - tandis que, diffusé en streaming, il y aurait eu cinq millions de connexions payantes (1). Lui, dyslexique, insignifiant petit délinquant d'Aston sans avenir, était devenu une célébrité internationale, dont la notoriété dépassait même le cadre de la sphère musicale. Plus célèbre même que ses amis musiciens sans qui il aurait probablement végété à Birmingham, avant de se ranger. Ou de mal finir.
Mais qui, dans les années soixante, aurait parié un penny sur ce pauvre hère à la mine déconfite, attifé comme un clodo ?
D'après la légende, certainement pas Terrence "Geezer" Butlerqui fut bien surpris de voir ce copain d'enfance sur le palier de la porte de la modeste demeure de ses parents ; planté là, pieds nus (ou mal chaussé), pour répondre à son annonce. C'est-à-dire postuler au poste de chanteur d'un groupe en devenir (des versions annoncent l'inverse - en fait, Butler s'était effectivement pointé en premier, devant la porte de son logement, mais Ozzy n'y était pas)
Rien ne disposait ce petit gars d'Aston, (vieux quartier historique de Birmingham), a accéder à une notoriété internationale, encore moins à la fortune. Lui qui avait dû quitter le lycée précocement, à 15 ans, dans l'espoir de gagner un modeste pécule et surtout d'aider une famille peinant à joindre les deux bouts. Lui qui, par désespoir et défaitisme, finit par se laisser entraîner dans de petits larcins. Lui qui, n'ayant pas vraiment l'étoffe d'un voleur, finit par écoper de quelques brefs séjours à l'ombre - où il réalise son premier tatouage : le fameux Ozzy sur les phalanges de sa main gauche.
Peut-être que sans ces déboires, ses parents, connaissant sa passion pour la musique, ne se seraient pas endettés pour offrir à leur cadet un micro et un ampli ; probablement pour le détourner de certaines fréquentations et de la mauvaise pente prise.
Tony Iommi lui-même n'aurait pas parié sur ce gamin qui fut un instant, l'un de ses souffre-douleurs, jusqu'à ce qu'il voit régulièrement ses prestations en compagnie de Butler.
Plus tard, il fut un sujet de moqueries et d'opprobre de la part de critiques qui semblaient jubiler à assassiner ainsi le pauvre Ozzy, et le groupe avec lequel il chantait. Mais cela ne semblait pas l'affecter le moins du monde. Ces mots ne pouvaient entamer la joie qu'il éprouvait d'être au sein de ce groupe. Plus qu'un groupe : une bande de potes. Impossible d'entamer son bonheur à monter sur scène, à s'enivrer de la ferveur d'un public gonflant au fil des mois, des années. En dépit d'une grande timidité, se produire devant un public était vite devenu une source de satisfaction, de plénitude. Moment exclusif où il pouvait librement se défouler, laisser libre cours à sa douce folie, extérioriser des années de frustration.
Evidemment, Ozzy, c'est une voix. Une voix reconnaissable entre mille. Qu'on aime ou pas, il se singularise par un timbre convenant parfaitement au heavy sombre de Black Sabbath. Plutôt que de s'époumoner, d'abraser ses cordes vocales, de hurler (bark), à la manière d'un Ian Gillan, mister Ozzy se contente de chanter - de temps à autres de déclamer - avec une certaine force, en essayant de coller au tempo et/ou aux riffs imposés par Iommi ou Geezer. Son chant clair, un peu dans des aigües un brin veloutés, jamais perçants, et sa tonalité plaintive, parfois même geignarde, tranchent avec une orchestration s'épanouissant dans les tonalités graves. Il compense ses limites par une implication totale, généralement comme s'il était lui-même le sujet de la chanson, souvent comme s'il était pris aux tripes par les propos. Surtout lorsqu'on évoque la folie, ou tout ce qui en découle... Quant aux sujets ténébreux, il parvient à leur donner de la consistance, de la dramaturgie, toutefois sans tomber dans le pathos. Comme si, naturellement, il gardait un second degré (so british), voire une "pellicule kitch", le mettant à l'écart des pseudos mages et autres farfelus se prenant trop au sérieux.
Seulement quelques mois avant la sortie du premier album, Ozzy, tout comme ses amis, tous issus du prolétariat de Birmingham, d'Aston, n'auraient jamais cru qu'il était possible de gagner autant d'argent. Après une enfance et une adolescence quasi miséreuses, avoir soudainement accès à tant de facilités, a de quoi griller bien des fusibles. Et encore, le flux monétaire aurait pu être nettement plus conséquent sans ce manager véreux (ces derniers, dans le genre, étaient assez nombreux à l'époque, voire majoritaires).
Malgré une presse peu amène, les succès s'enchaînent, et les ventes s'affolent, croissent pendant trois ans, et cinq albums sont produits. Mais même aux pires moments, soit pour les deux derniers, "Technical Ectasy" et "Never Say Die", son groupe demeure un gros vendeur.
Hélas, cette abondance et la notoriété brouillent les sens, et tous finissent par plonger dans la dope. Mais si Butler et Iommi parviennent à se ressaisir suffisamment pour assurer séances studios et tournées, il en est tout autre pour Ozzy. Excessif, il ne s'impose aucune limite, perdant rapidement le sens des priorités. Alcoolique et camé, il finit par tout perdre. Son épouse le met à la porte, avec ses affaires. Une douche froide, qui l'incite à s'enfoncer un peu plus dans les excès. Au détriment de la pérennité du groupe qui, pour sauver le vaisseau avant le naufrage, lui signifie qu'en l'état, il n'est plus le bienvenu. Qu'il va être remplacé. Il y avait eu pourtant des avertissements, et quand il quitta lui-même subitement le groupe en 1977 pour divergences musicales (il n'avait pas trop apprécié l'importance - toute relative - des claviers sur "Technical Ectasy"), il fut rapidement remplacé. Mais comme l'enfant qu'il n'a jamais cessé d'être, il revint tranquillement, certain que ses amis n'attendaient que lui. Que jamais ils ne pourraient lui refuser sa place. Pourtant, depuis quelques temps déjà, les liens d'amitié s'effritaient ; il était sur la sellette. Entre son refus catégorique de chanter sur certains morceaux ou d'envisager de dévier un tant soit peu de la direction musicale du groupe, il allait parfois jusqu'à gâcher un concert parce que défoncé ; il n'avait plus toutes ses capacités - et sa mémoire. [ Dont ce jour mémorable où, après avoir sifflé une bouteille de "Night Nurse", un sirop pour la toux connu pour être riche en opiacés (sujet d'un épisode de South Park), il se trompe de chambre d'hôtel, y dort et pionce pendant 24 heures ; alors que le groupe et le staff le cherchent dans toute la ville de Nashville pour le concert du soir. Annulé à la dernière minute pour cause de chanteur volatilisé ]
Jusqu'à ce jour fatidique du 27 avril 1979, où on lui annonça qu'il ne faisait plus partie du groupe. S'enfonçant alors encore plus dans la déprime, il s'enferma dans une chambre d'hôtel pour ne plus en sortir pendant des mois (sinon dans l'hôtel). Cela aurait dû être sa fin, et on aurait pu ne plus jamais entendre parler de lui, sinon pour l'annonce de son décès - de cause non naturelle. Mais là encore, comme si une bonne étoile ou un ange gardien veillaient sur lui, un autre évènement allait lui permettre, contre toute attente, de s'en sortir grâce à une rencontre déterminante. Celle de miss Sharon Arden, la fille du nouveau manager de Black Sabbath. Sur les consignes de son père, cette dernière était partie le chercher dans l'espoir de le faire réintégrer Black Sabbath - alors que c'est elle-même qui présenta Ronnie James Dio au groupe.
Emue par le dénuement et le désespoir d'Ozzy, le voyant ainsi misérable dans une chambre répugnante au milieu d'immondices constitués de bouteilles d'alcool, de boîtes de pizza et de fast-food vides, elle s'investit corps et âme pour l'extirper de sa misère. [ La chanson auto-biographique "Under The Graveyard", sur l'album "Ordinary Man", raconte un peu cette histoire. Le clip ne fait pas mystère de son état de délabrement d'alors et rend un sincère hommage à Sharon ]. C'est quasiment un nouveau conte de fées pour Ozzy le chanceux, qui trouve en Sharon non seulement une terrible femme d'affaires, une manageuse aux crocs et griffes acérés, mais aussi une amante dévouée. Avec qui il se maria (après des mois d'adultère et un divorce) et fonda une famille qui, en dépit des nombreuses frasques du père Ozzy, restera unie jusqu'à la fin de ses jours. Pour bien des raisons, Sharon Arden a été critiquée, notamment par des musiciens qui prétendent avoir été floués sur les droits d'auteurs (dont Bob Daisley et Lee Kerslake qui eurent recours à une action en justice), mais sans elle, il est fort probable qu'Ozzy n'aurait pas fait long feu.
Soutenu par la main ferme de son épouse, Ozzy va réaliser une carrière solo des plus enviables, parvenant à faire plus que de l'ombre à son ancien groupe - aidé parfois par quelques coups tordus de la mère Sharon, qui ne s'est pas privée de leur mettre des bâtons dans les roues lors de leurs tournées américaines - avec des albums qui, bien que peinant à rivaliser avec n'importe quel album du Sabbath des années 70, sont systématiquement couronnés de succès. Treize albums s'étalant de 1980 à 2022, affichant tous des ventes à faire pâlir de jalousie bon nombre de ses pairs. Ozzy va écouler des millions d'albums, en particulier aux USA où il va accumuler les disques de platine. Actuellement, seul son album de reprises, "Under Cover", est un échec commercial partiel.
Ses frasques participent à sa notoriété et lui offrent une telle publicité opportuniste qu'on peut se demander si, finalement, ce n'était pas qu'un coup de marketing monté de toutes pièces (ou presque). Comme la fameuse histoire de la colombe décapitée d'un coup de dent à la signature du contrat avec la nouvelle maison de disques. En effet, quelle est l'utilité d'un lacher de colombes dans un bureau (bonjour les fientes)? Et comment Sharon s'y serait-elle prise pour rappliquer avec une cage de volatiles sans que cela ne dérange personne ? avec en sus, la présence d'un photographe n'attendant que ça. Ou encore celle de la chauve-souris qui a eu le même sort, cette fois-ci sur scène. C'est certain que c'est une habitude des spectateurs de se présenter avec une bestiole sous sédatif, et d'arriver avec devant la scène. Admettons... Etrangler Sharon sous l'effet conjugué de la drogue et de l'alcool ? Probable. Uriner sur une ruine de fort Alamo ? Certainement puisqu'en représailles, il fut interdit un certain temps de la moindre prestation dans le comté. Sniffer des fourmis ? Vraisemblablement puisque l'information n'a été relayée que bien des années plus tard par les membres de Mötley Crüe qui ne s'en sont toujours pas remis. Sacré Ozzy qui avait débuté très tôt, dès l'école primaire, sa "carrière" de pitre, de farceur. Ce qui lui valu son célébrissime surnom.
Evidemment, Ozzy n'aurait jamais pu avoir une telle carrière qui a fait de lui un des rockers parmi les plus fortunés, sans l'appui de musiciens d'exception. Outre évidemment Black Sabbath, qui a fortement participé à ériger un nouveau genre, Ozzy a toujours su s'entourer de musiciens aptes à lui apporter quelque chose, lui servant à asseoir ou relancer sa carrière. Par leur prestance scénique et par leur don de compositeur. En particulier le jeune Randy Rhoads, sur les deux premiers disques, qu'il considérait comme un fils et dont le tragique accident fut une profonde blessure jamais totalement cicatrisée. Ainsi que Zakk Wylde, dont une relative ressemblance avec Rhoads incita le couple Osbourne à l'engager. Wylde avec qui il tissa aussi des relations étroites, en en faisant pratiquement un membre de la famille (Ozzy est le parrain de son deuxième fils). Après Iommi, c'est le guitariste avec lequel Ozzy a le plus enregistré (incluant son deuxième plus gros succès avec l'album "No More Tears", quadruple album de platine, plus de 4 millions d'albums écoulés aux USA et plus de sept ans dans les charts), et le plus tourné.
On remarquera qu'en dépit de choix discutables de son épouse, qui ont généré parfois consternation et conflits, la plupart des musiciens qui jouèrent avec Ozzy, gardèrent une certaine sympathie envers sa personne. Probablement parce qu'Ozzy garda toujours en lui cette simplicité et une certaine innocence dans les relations, à l'opposé de la rock star hautaine et égocentrique. Peut-être aussi parce que sur scène, il ne muselait pas les musiciens (à condition de rester dans le cadre de la chanson), les laissant s'exprimer (musicalement et physiquement) lors des parties instrumentales. Un spectacle ne se fait pas seul. (par contre, le pauvre claviériste, lui, demeure dans le noir, au mieux à l'écart - à l'exception peut-être d'Adam Wakeman, fils de son vieil ami, l'ex-Yes Rick Wakeman). Ainsi, pour ce dernier concert du 5 juillet, on a pu voir Jack E. Lee, l'ancien acolyte des années 1983 à 1987, qui n'avait plus revu Ozzy depuis que Sharon lui avait annoncé son licenciement par téléphone. Lee qui, estimant qu'il n'avait pas été crédité pour son travail de compositeur, refusa de travailler sur "Ultimate Sin" tant qu'il n'aurait pas un contrat en bonne due et forme... 😁. Quelques jours avant son décès, Ozzy, souhaitant renouer des relations d'amitié, l'avait contacté.
En dépit de parenthèses forcées - licenciement de Black Sabbath, diverses cure de désintoxication, maladies -,Ozzy Osbournes est l'un des rares chanteurs de Heavy-metal et/ou hard-rock (Ozzy, lui, préfère simplement l'appellation heavy-rock) à avoir maintenu une popularité quasi constante sur plusieurs décennies, gagnant même en reconnaissance au fil des ans - la reconnaissance tardive de Black Sabbath comme l'un des fondateurs du Heavy-metal, et comme une influence majeure revendiquée par de nombreux groupes n'y sont pas étrangers. Pour ce faire, des albums plus ou moins espacés pour ne pas saturer, et qui ne dévient que légèrement de direction (avec quelques redites récurrentes), quelques hits appuyés par des clips travaillés, des changements de personnel pour maintenir du sang frais, et surtout une constance dans les prestations où Ozzy s'est toujours livré à fond.
Une popularité qui prit une nouvelle ampleur, lorsque le couple Osbourne, blessé dans leur amour propre lorsque le festival Lollapalooza (créé par Perry Farrell de Jane's Addiction) leur refuse catégoriquement toute participation, monte le Ozzfest. Un festival dédié au Heavy-metal et consorts qui, à la suite d'un succès retentissant, va devenir itinérant jusqu'à traverser l'Atlantique pour la première fois en 2001. La présence de "jeunes" groupes attire ainsi une foule qui découvre - ou redécouvre - Ozzy.
Maligne, la mère Sharon qui ne compte pas réduire un train de vie luxueux, a la bonne idée de faire participer la petite famille à un show de télé-réalité : "The Osbourne". Un truc douteux d'une vingtaine de minutes, peu reluisant pour un Ozzy visiblement diminué, ayant du mal à aligner deux mots (sans une grossièreté) et deux pas sans vaciller, qui dura tout de même quatre saisons pour un total de 52 épisodes. Une émission qui déplait généralement à ses proches, ses pairs musiciens et son public. Néanmoins, elle a le mérite de faire connaître Ozzy à un large public, qui découvre alors que ce "prince des Ténèbres" n'a rien d'effrayant. Qu'il serait même plutôt sympathique, et surtout, foncièrement humain. Mais Ozzy avait déjà été placé devant une caméra des années auparavant. Dès 1986, avec "Trick or Treat" où il joue le rôle d'un révérend poursuivant une croisade contre les méfaits du Rock, la musique du diable, sur la jeunesse. Dans "Little Nicky" (1999), jouant son propre rôle, il sauve le monde en dévorant un ponte de l'Enfer transformé en chauve-souris.
Malgré ses défauts, ses limites, ses bévues, Ozzy Osbourne a gagné la sympathie de bien des gens, même celle de ceux pas spécialement sensibles à sa musique. Pour une fois, il semblerait qu'aucun journal, qu'aucun média, n'ait fait l'impasse sur sa disparition. Et de nombreux hommages surgissent de toute part. Jusqu'à cet orchestre classique, à la gare de Birmingham, qui, le 23 juillet, a rejoué "Black Sabbath".
Qui, dans les années soixante, aurait parié un penny sur ce pauvre hère à la mine déconfite, attifé comme un clodo ? Cet homme qui a été honoré de divers prix (dont le "Living Legend" du Classic Rock'n'Roll of Honour Awards, un Grammy Award, prix "Godlike Genius" du NME Awards de Londres, un pour ses mémoires), intronisé au Rock and Roll Hall of Fame (avec Black Sabbath), qui a collectionné disques d'argent, d'or et de platine, et a son étoile sur le "Hollywood Walk of Fame" de Los Angeles et une seconde sur le "Walk of Stars" de Birmingham.
Aujourd'hui, ce mercredi 30 juillet 2025, mister John Michael Osbournes est enterré à la maison, à Birmingham. Après une cérémonie privée, un cortège funèbre public doit traverser le centre ville, Aston ; là, où tout a commencé. Evidemment, le cortège passera par le pont et le banc dédiés au groupe Black Sabbath, déjà envahis de fleurs et de divers messages et objets laissés en hommage. Les boulevards, avenues et rues sont déjà noirs de monde. Une belle revanche, mister John Michael "Ozzy" Osbournes.
(1) A ce jour, ce serait le concert caritatif le plus rentable.
Angleterre 1981. Alors que quelques années plus tôt, d'éminents spécialistes avaient enterré les derniers tenants du heavy-rock et ses avatars, moquant de leur plume la plus acerbe les derniers résistants, une nouvelle vague de chevelus, plus que jamais bardés de cuir et de fer - accessoirement d'instruments à cordes électrifiés et d'autres plus primaires sur lesquels quelques autistes s'évertuent à marteler -, partait à l'assaut de la perfide Albion. Aucun club, aucune pub, aucune salle n'étaient épargnés. Et là où autrefois, il ne semblait pas y avoir d'antagonisme entre les différentes factions, désormais, chacun devait choisir son camp. Ainsi, les sympathisants et émules se définissaient bien généralement par un uniforme arborant fièrement ses propres couleurs, ou par divers signes distinctifs relatant campagnes, allégeances et maisons.
Une vague qui ne cessait de croitre jusqu'à largement déborder sur les côtes du vieux continent, inondant les campagnes jusqu'au pays les plus reculés. Et parfois même fermés. Les "éminents spécialistes", courroucés, blessés, rageant contre ces sauvages qui ne comprenaient rien à la musique, redoublèrent d'effort pour tenter d'endiguer la force de ce courant de plus en plus fort. Mais rien n'y fit. Tels d'inarrêtables flots destructeurs d'un barrage écroulé sous la pression, emportant tout et sans distinction sur son passage. Une vague si puissante que depuis 1980, un festival annuel rend hommage à ces dieux ; ou plutôt ces monstres, puisqu'il s'agit du Monsters of Rock. Un petit malin nomma cette gigantesque vague The New Wave of British Heavy Metal. Terme qui resta jusqu'à nos jours, sous l'acronyme NWOBHM.
Un de ses fiers fers de lance est un quintet londonien baptisé Iron Maiden. Du nom d'un ignoble instrument de torture, la vierge de fer. Un sarcophage dans lequel on immobilisait une victime avant de refermer sur elle deux battants hérissés à l'intérieur de longues pointes. Toutefois, depuis quelques temps, l'existence réelle de cet abominable instrument est mise en doute. Il y en aurait eu quelques unes, mais bien tardivement, nullement au moyen-âge.
Dès son premier opus, avec son emblématique pochettespectrale, Iron Maiden marque irrémédiablement le paysage Métôl européen - et commence aussi, doucement mais sûrement, à s'immiscer au Japon et aux USA. Mais il faut impérativement confirmer en passant l'épreuve du second album, sur laquelle bien des formations ont trébuché. Avec la forte concurrence qui semble sortir de tous les clubs, caves, pubs et autres coins sombres, confirmer est primordial. Ce qui est fait, haut-la-main, avec un "Killers" moins "gothique" que le précédent et foncièrement plus fonceur et belliqueux ; plus métôl ! D'ailleurs, pour beaucoup, il restera longtemps le plus ouvertement agressif de la discographie du groupe.
Néanmoins, l'album débute plutôt calmement, sur un instrumental pas très développé. Les moins de deux minutes de "The Ides of March" évoluent comme l'approche menaçante d'une cavalerie, alternant trot allongé et galop de travail. [Finalement, au niveau de l'imagerie suggérée par la musique, il semble y avoir bien peu de rapport avec l'assassinat prophétisé de Jules - probablement une question sensibilité...]. Un prélude avant la charge meurtrière ? Bien possible, car "Wrathchild" est une attaque frontale avec un Paul Di Anno sabre au clair pointé sur la cible (le pauvre auditeur), plus venimeux que jamais, crachant les mots comme si l'enfant de la colère n'était autre que lui-même. "Je suis né dans une scène de colère et d'avidité, de domination et de persécution. Ma mère était une reine, mon père je ne l'ai jamais vu ! ... Je sais que je dois trouver une sérieuse tranquillité d'esprit, ou je sais que je deviendrai fou... "
"Murders in the Rue Morgue", inspiré de la nouvelle du même nom d'Edgar Alan Poe ("Double assassinat dans la rue Morgue" in French, avec le chevalier enquêteur Auguste Dupin, qui inspira certainement Maurice Leblanc pour son Arsène Lupin), renoue avec une imagerie quasi cinématographique, en droite ligne des plus beaux instants du précédent. Avec en plus, cette fois-ci, une véhémence à la fois plus affirmée et plus maîtrisée. La présence du fameux producteur Martin Birch à la console en étant probablement la cause. Après une intro évoquant quelques sombres rues saturées d'humidité crasse, où les réverbères à gaz peinent à percer un épais brouillard poisseux, la formation surgit comme un seul homme - ou plutôt une bête, toutes griffes et crocs dehors, impatiente d'apaiser sa frustration et ses peines dans la violence. Bien que lancé à fond de train, le quintet parvient à allier une cadence soutenue et une certaine mélodie - du genre fait d'acier et de bronze. Un chemin déjà occasionnellement emprunté par d'autres la décennie précédente, mais probablement avec moins de lourdeur et de morgue - si on fait exception du trio de sauvageons à la tête de moteur. La troupe maintient la pression avec un "Another Life" hargneux, avec les deux gratteux en osmose, jouant des chorus à l'unisson - de même que la basse percutante de Steve Harris -, quand elles ne se répondent pas en courts et vertigineux échos.
L'instrumental "Genghis Khan" renoue avec l'atmosphère de l'ouverture ; toutefois, plus long, il a l'espace pour insérer une partie franchement offensive, au goût de sang, de boue et de fer d'une charge à bride abattue, entre deux mouvements assez stylées dans un genre de métal-gothique - proche de Wishbone Ash (forcément avec un peu plus de disto et monté un peu plus dans les tours). Cependant, en matière de lourde charge héroïque, "Purgatory" pousse encore un peu plus le curseur dans le rouge. Certes, l'influence du fabuleux "Rising" de Rainbow y a laissé des traces, mais Maiden, avec sa basse autoritaire et incisive, son riff agressif et saisissant, et surtout la gnaque acérée et sauvage de Di Anno - croisement improbable d'un Gillan (première période) à Phil Mogg - fait la différence et ouvre de nouvelles portes où toute une frange du heavy-metal va s'engouffrer. Trop souvent pour une pâle copie. La rage de Di Anno est encore plus forte sur "Innocent Exile" (vieux titre de scène du groupe, l'un des premiers) où il chante avec tout son être, comme si, courroucé, il expulsait parle chant une accumulation de frustrations et de rancœurs. Il y avait chez lui comme une rage intérieure, quelque chose d'indomptable, de naturellement bestial.
Seul instant de répit, "Prodigal Son". Fausse ballade, martyrisée par la batterie lourde et vindicative de Clive Burr, naviguant dans une atmosphère pesante et sulfureuse où la basse insuffle un soupçon de mélodie, qu'elle dépose sur un lit de guitares, fait d'une sursaturée et d'une seconde électro-acoustique. Deux grattes se laissant porter par un vent mauvais de magie impie.
Sur la chanson éponyme, furieuse et épique cavalcade, c'est encore Steve Harris et sa Fender Precision Bass qui mène le sabbat. Et ce, dès l'intro toute en retenue, ponctuée d'un catalogue de cris sauvages - Di Anno évoquant alors un David Lee Roth en plus puissant, et... farouche. La galette se termine sans relâcher la pression. Moins percutant, "Drifter" n'en demeure pas moins une petite grenade de dirty-boogie-métal, où les grattes de Dave Murray et du petit nouveau Adrian Smith(un brin plus mélodique que son prédécesseur) s'en donnent à cœur joie ; et où l'implication sans retenue de Di Anno parviendrait presque à donner du sens à des paroles d'une banalité confondante.
Avec leur second essai, non seulement Iron Maiden confirme, mais il s'inscrit aussi définitivement et à jamais comme un chef de file de cette NWOBHM. Bien que la cadence des ventes, en comparaison avec le premier album, rament un peu les premières semaines, "Killers" devient une référence, plébiscité par de nombreux groupes subjugués par sa teneur et s'en servant alors comme un mètre étalon. Inlassablement sur les routes, le quintet part à la conquête du monde (capitaliste ?) avec une première et longue tournée mondiale - dont le Ep "Maiden Japan" est un succinct témoignage. Alors que la notoriété du quintet ne cesse d'enfler, parvenant presque à faire l'unanimité parmi les amateurs de métal lourd, le comportement toxique de Paul Di Anno commence à sérieusement impacter la pérennité de la formation. En roue libre, manquant sévèrement de discipline, il en vient à gâter des concerts en oubliant des paroles et en bâclant sa prestation. Son alcoolisme naissant et une consommation de substances illicites, désormais plus facilement accessibles (grâce au succès et ses retombées numéraires), exacerbent une attitude pouvant se révéler agressive et grossière. Une conduite qui va à l'encontre des principes du patron Steve Harris, et qui est incompatible avec l'objectif d'un groupe décidé à se hisser au niveau des meilleurs.
Ainsi, Di Anno est définitivement mis à la porte en octobre 1981 - un mois après la sortie du Ep live. Même si quinze disques studio vont suivre, même si son remplaçant est indéniablement un grand chanteur - ce qu'a d'ailleurs toujours reconnu Di Anno, l'estimant sans ambages meilleur que lui-même -, ce terrible trublion restera à jamais dans les mémoires. Certains arguant même avec véhémence qu'il représente la meilleure période de Maiden.
Pour autant, Di Anno n'arrête pas la musique, et poursuivra une carrière des plus chaotiques où, en dépit d'évidentes capacités - se révélant même à l'aise dans une forme robuste d'AOR lors d'une courte expérience en solo -, il n'effleurera quasiment jamais le niveau de Maiden - à l'exception de quelques morceaux éparpillés deci delà. Il contera sa vie dissolue dans une biographie nombriliste, pénible à lire, où il a tout de même l'honnêteté, avec le recul, de se dépeindre comme un gaillard peu recommandable, reconnaissant ses nombreux torts, réitérant les mêmes erreurs. A la limite du sale type. Malgré tout, jusqu'aux derniers instants de sa carrière, où il en était réduit à se produire en chaise roulante à cause d'une succession d'opérations chirurgicales ayant mal tourné, pour des concerts pathétiques dans le sens où il se contentait de reprendre le répertoire de Maiden afin d'être certain de remplir suffisamment la petite salle, et de ramasser assez de thunes pour rentrer dans ses frais et payer ses frais médicaux.
En hommage à Paul Di Anno, né Paul Andrews le 17 mai 1958 à Chingford (Essex), décédé le 21 octobre dernier, à 66 ans, chez lui, à Salisbury.
”Bomber“ me permettra de découvrir Motörhead et, après avoir mis
un pied dans le chaudron en métal en fusion du groupe, je mettrai
rapidement le second.
Overkill drug
A l’époque je n’avais pas encore plongé dans l’Heavy métal avant
d’acheter ”Bomber“. Un pote avec qui je travaillais m’avait conseillé d’écouter
Motörhead. Mais avant, je me devais
d’écouter ce qu’avait fait le groupe précédemment. ”Motörhead“, un premier album éponyme qui ne m’enthousiasmera pas malgré une
belle pochette noir avec le snaggletoothqui deviendra l’icône du groupe.c’est avec le second album ”Overkill“ que je ferais une courte halte sans pourtant m'y intéressé plus que
ça. Mais c’est avec ”Bomber“ que je monterais dans le bombardier Motörhead sans parachute. Pourtant l'un album sera pondu dans la
douleur. Leur producteur
Jimmy Miller qui fut celui des
Rolling Stones pendant cinq ans jusqu’à
”Goats Heat Soup“ était dépendant à l’héroïne, il avait déjà produit ”Overkill“. Son addiction à la drogue n’étais pas au goût de
Lemmy,
Miller sous l’influence de l’héroïne
disparaissait complètement du studio. On le retrouvait endormi au volant
de sa voiture.
L'album contient une bonne poignée de gros classiques et des titres
rageur. Si le son parait plus fluide, moins percutant c’est que les titres
n’ont pas été testés en live à la différence des albums précédents,
certains titres manquent de pêches.
Lemmy dira :”…Écoutez la façon dont nous les jouons en live et comparez-là à
l'album.“
Une pochette très chargée dessinée par
AdrianChesterman où l’on peut voir les trois
membres du groupe dans un bombardier allemand de la second guerre mondial,
un Heinkel 111. Le
Snaggletooth, apparait peint sur la carlingue. Une structure en aluminium de 12
mètres de long représentant le bombardier sera construite
pour la scène.
Le premier morceau ”Dead Men Tell No Tales“
est une virulente critique contre l’héroïne et le dégoût qu'inspire à la fois la dope et l'état du producteur à
Lemmy.” Lawman“ : une chanson contre le harcèlement de la police depuis l’arrestation
de Lemmy à Toronto à l’époque ou il
jouait au sein du groupe Hawkwind. ”Sweet Revenge“ un titre un peu mou qui manque de pep’s. ”Poison“ : la rancœur qu'éprouva Lemmy lorsque
son père un ancien aumônier de la Royal Air Force quitta sa mère quand il
n'était qu'un enfant. ”Stone Dead Forever“ : un des meilleur titre de l’album (Avec ”Bomber“) et mon morceau préféré de surcroit. ”All the Aces“ : du gros, du gras, du Motörhead mais
une prise de son un peu brouillonne, je trouve la partie de la batterie de
Philthy un chouia trop en retrait et le
solo d’Eddie trop fondu dans la
masse.
”Step Down“ : chanté par Eddie.
Lemmy en eut marre d'entendre
Eddie qui n'arrêtait pas de se plaindre
car le chanteur attirait tous les regards sur lui, un blues heavy
bien solide. ”Talking Head“ : une critique sur le pouvoir de la télévision même si
Lemmy admettra que le un morceau était
vraiment nul 😉. ”Bomber“ : le titre qui décoiffe mais dont la version live sur ”No Sleep 'til Hammersmith“ sera bien meilleure. Une réédition de 1986 contiendra
des titres supplémentaires comme ”Over the top“.
Même si ”Bomber“ ne parait pas ultime - il sera moins impressionnant que l’album
suivant ”Ace of Spades“ - il reste quand même un classique du groupe anglais. Le bombardier
prendra son en vol jusqu’à un jour de décembre 2015 ou
il retournera définitivement au hangar.