Le pape de la musique électronique dans ses premiers balbutiements. Une
genèse qui sera payante.
”Oxygène“ une bouffée d’air électronique intemporel
En 1979
avant J.C président mais sous J.C maire de Paris, le 14 juillet plus
exactement, j’étais place de la Concorde à Paris pour assister à la grande
messe des synthétiseurs dirigée par le maître du genre Jean-Michel Jarre
en personne, l’homme qui partageait sa vie avec Charlotte Rampling. Au programme,L’es ntégrales d’”Oxygène“ et d’”Équinoxe“. Pas de grand effets spéciaux comme il en fera dans le futur, mais un
beau feu d’artifice au final. Mais revenons au début de l’histoire avec
”Oxygène“.
Sorti en 1976, *Oxygène* de Jean-Michel Jarre
demeure une œuvre phare qui a profondément marqué l’histoire de la musique
électronique. Avec ce disque, Jarre
ne se contente pas d’être un simple musicien, il devient un véritable
explorateur des sons, un archéologue des synthétiseurs et surtout, un
magicien capable de transformer le froid métal en atmosphères aussi vastes
que poétiques. Alors, pourquoi ”Oxygène“ continue-t-il à nous captiver près de cinquante ans plus tard ? On
embarque pour un voyage aérien et légèrement décalé au cœur du classique
électronique.
Un souffle nouveau dans les années 70. Revenons quelques décennies en
arrière. L’électro n’était pas encore ce genre musical omniprésent dans
nos playlists et dans les festivals.
Jean-Michel Jarre, aidé par ses légendaires synthétiseurs analogiques notamment le fameux
ARP 2600 et le VCS3 va façonner un univers sonore novateur, presque
futuriste pour l’époque. *Oxygène* n’est pas seulement un album, c’est une expérience qui invite à la
contemplation tout en défiant gentiment les lois de la gravité
auditive. (Le toon va encore râler sur ce concept farfelu en physique
😐)
Un disque en six mouvements, chacun baptisé d’un simple numéro, de
”Oxygène Part I“ à ”Oxygène Part VI“. Cette sobriété nominale cache en réalité une richesse orchestrale
impressionnante. À travers ces pistes, Jarre
sculpte avec minutie des paysages sonores aux allures tantôt océaniques,
tantôt cosmiques. Il emploie les synthétiseurs comme un peintre
utiliserait sa palette, alternant nappes planantes, arpèges hypnotiques
et rythmiques douces. Le tout sans jamais tomber dans le prétentieux ou
l’académique.
Là où certains compositeurs auraient noyé leurs morceaux sous des
couches d’effets et d’instruments,
Jarre
choisit une économie des moyens qui fait mouche. Certes, le disque est
instrumental et minimalisme mais il est
hautement efficace, on
ne s’ennuie jamais. Chaque note semble pensée comme une bulle
d’oxygène légère, essentielle et parfaitement placée. Un exercice
compliqué dans un monde musical souvent saturé.
Le public a su reconnaître ce souffle nouveau. ”Oxygène“ a rencontré un succès mondial phénoménal, propulsant Jarre
sur le devant de la scène internationale et installant définitivement la
musique électronique dans le paysage populaire. Cela grâce à une magie qui
tient autant à l’originalité sonore qu’à la qualité de production. Mention
spéciale pour la pochette signée Michel Granger, une symbiose visuelle parfaite avec le contenu, où la planète bleue
semble doucement étouffée. Symbole parfait d’une époque soucieuse de
l’environnement… et peut-être prémonitoire.
Ce qui est fascinant avec ”Oxygène“, c’est son paradoxe, c’est un disque très technique, résultat
d’innombrables heures passées à régler des boutons sur des machines
complexes, et en même temps un disque extrêmement émotionnel. Les textures
aériennes et la simplicité mélodique touchent directement le cœur de
l’auditeur, sans artifice excessif ni paroles pour guider
l’interprétation.
Au fil des décennies, ”Oxygène“ aura inspiré une multitude d’artistes, tous plus ou moins disciples
de ce grand maître des atmosphères synthétiques. Sans oublier que la
Part IV, ce morceau entêtant aux motifs répétitifs, s’est
imposé comme un véritable hymne de la musique électronique. Vous avez
forcément entendu ces notes quelque part en publicité, dans un film,
ou même dans la tête de votre voisin qui tente de s’en débarrasser
depuis une heure.
Il est donc juste de dire que le disque ne vieillit pas, il
mûrit. Comme un bon vin, ou comme ce vieux synthé vintage que
Jarre
bichonne encore aujourd’hui. Il continue à incarner une époque où la
musique électronique était une aventure, un pari audacieux… et
surtout, un immense plaisir pour l’oreille.
”Oxygène“ n’est pas seulement un voyage sonore, c’est une invitation à respirer
un air neuf dans un paysage musical parfois trop stéril. Jean-Michel Jarre
prouve que l’on peut être à la fois un génie technique et un poète des
espaces sonores, sans jamais perdre l’humour indispensable pour ne pas
se prendre trop au sérieux. Alors, si vous ne l’avez pas encore fait,
laissez-vous tenter par cette bouffée d’oxygène musicale : vos oreilles
vous diront merci, et votre âme, elle, prendra une bonne dose… d’air
pur.En résumé, ”Oxygène“ est un classique incontournable, un souffle vital dans l’histoire de
la musique électronique, et surtout, un compagnon idéal pour ceux qui
aiment rêver en mode synthèse. Respirez profondément, en attendant la
marée d’”Équinoxe” deux ans plus tard...
Pour certains ce disque marque l’explosion du kid de minneapolis, pour
les autres ce sera un avant goût du Love Symbol
Rogers Nelson
et la Pluie Violette
"Purple Rain" de Prince… Parlons un peu de ce monument de la musique qui, depuis 1984,
continue de faire vibrer les âmes sensibles et de décoiffer les auditeurs
les plus chics comme les plus rebelles. Sortez vos vestes en cuir, vos
lunettes fumées et préparez-vous pour une plongée décontractée, détaillée
et un poil humoristique dans l’univers bigarré de ce chef-d’œuvre.
D’abord, un peu de contexte : "Purple Rain" n’est pas qu’un simple album. C’est un cri d’amour, une montée en
puissance, un melting-pot rock, funk, pop et R&B avec, en guest star,
le génie fou de Prince. Et puis c’est aussi la bande originale du film du même nom. Oui, oui, Prince
a tout fait comme un grand : acteur, musicien, producteur, styliste (les épaules XXL, ça ne s’invente pas), et même parfois philosophe de la chaussure violette.
"Let's Go Crazy", te balance direct une explosion d’énergie qui pourrait réveiller un
somnambule en pleine sieste. C’est funky, c’est rock, c’est un hymne à “la
vie est courte alors faisons la fête”. En mode : “Dearly beloved, we are gathered here today...” – Si tu n’as jamais envie de danser après ce début, c’est que tu as un
problème.
L’album est un savant mélange d’émotions, de styles et de folie douce. Les
envolées nerveuses de "The Beautiful Ones", où Prince
te balance un uppercut émotionnel sur fond de synthés hors normes. C’est
la tension amoureuse et le drame romantique façon soap-opéra, mais en
mieux, parce que chanté par un génie aux doigts magiques.
On ne peut pas parler de cet album sans mentionner "When Doves Cry", probablement le hit le plus emblématique. Cette chanson a tout cassé
en 1984. Pourquoi ? Parce qu’elle brise toutes les règles : pas
de basse, un rythme saccadé, des paroles cryptiques, et une
interprétation vocale entre le calme absolu et le hurlement du cœur
brisé. Quand elle arrive, c’est comme un coup de poing en velours dans
ta face. Très Prince, très “j’en fais qu’à ma tête”.
Ensuite arrive "I Would Die 4 U" : un titre ultra catchy, presque hypnotique, où Prince
joue les crooners divins et te rappelle que lui, il est prêt à tout
pour toi. Littéralement. Le genre de chanson que tu peux écouter en
boucle quand ton crush t’ignore mais que tu continues d’y croire
coûte que coûte.
L’album est un savant mélange d’émotions, de styles et de folie
douce, de groove chaud comme
"Baby I'm a Star" aux envolées nerveuses.
De la carrière superstar de
Prince, c’est justement cette piste titre, "Purple Rain". Une ballade épique et un slow qui tue, qui te prend par la main, te
fait baigner dans une pluie violette – mélange imaginaire de mélancolie,
passion et coups de génie guitaristique. Le solo de guitare hendrixien !
Une référence digne du Mont Everest des riffs, façon "je pleure tout en jouant mais je reste classe". Frissons garantis. Les morceaux, parfois longs, te permettent de
vraiment plonger dans les univers créatifs du monsieur. On sent qu’il y
a derrière tout ça un gars qui ne joue pas simplement de la musique. Il
compose des paysages sonores, des films dans ta tête, des épisodes
intenses à revivre en boucle. Tu écoutes, tu fermes les yeux, et tu
partages son voyage, entre ciel électrique et océan de sentiments.
Un détail qui fait sourire : Prince
et son éternel refus d’être catalogué. Aucun style ne se suffit à
lui-même sur "Purple Rain". Du rock, du funk, du gospel, du pop, du R&B, du psychédélique à
peine voilé… Tout cohabite harmonieusement. Ce gars-là est un véritable
caméléon musical, bien avant d'être cool. Et en plus, il t’habille ça
dans un écrin sonique soigné, où chaque instrument trouve sa place, même
les claviers vintages te font penser à une machine à remonter le
temps.
Le packaging de l’époque ? Tout aussi iconique que la musique : une
pochette violette, mystérieuse et sensuelle, fidèle à l’image de
Prince. Le prince de la pop, le roi de la couleur purple, le maître du mix
improbable mais réussi à 1000%. D’ailleurs, il faut préciser :
purple rain est aussi une métaphore d’une émotion qui
t’assaille, qui te trempe le cœur, mais qui est belle, étrangement
belle.
Et puis le film… Ah le film ! Un mélange d’autofiction, de comédie
romantique et de concert live. Le Prince
multi-facettes y démontre qu’il est aussi charismatique qu’une rockstar
légendaire, avec un look inimitable, un groupe de musiciens soudés, et
des scènes de show absolument bluffantes. Bref, un combo gagnant qu’on
n’oublie pas.
En résumé, "Purple Rain" est plus qu’un album. C’est une expérience d’écoute, un compagnon des
soirées où tu as besoin de te sentir vivant, un élixir de passion et de
mélancolie, le tout livré avec une bonne dose de groove et d’attitude. Prince
y laisse éclater son talent brut, son exubérance artistique et une joie
communicative.
Alors si vous ne connaissez pas encore ce petit bijou violet,
faites-vous ce cadeau. Et si vous le connaissez, remettez-le sur votre
platine, baissez les lumières et laissez-vous emporter par cette pluie
violette qui ne cesse jamais de tomber sur nos oreilles et nos cœurs.
Parce que comme Prince l’a prouvé, parfois, la pluie est faite pour
danser sous elle… et pas seulement pour se mouiller.
Klaus Nomi était un artiste à la tessiture vocale hors norme. Malheureusement, il fera partie des premières victimes du sida.
Du Chant Lyrique à la Synthpop
Le rock teuton s’est toujours bien porté et il s’exportait assez bien,
à la différence de la France, et dans tous les styles, le prog avec
Eloy, l’instrumental électronique avec
Tangerine Dream et
Kraftwerk, le hard rock, heavy, métal
avec Scorpions,
Accept,
Helloween et tous les groupes du
krautrock comme Can,
Neu,
Amon Düül et le punk avec
Inferno et
The Nina Hagen Band. Mais le creuset
est loin d’être vide. Et puis il y a ceux qui vont percer dans un
domaine très particulier, un mélange de musique lyrique de synthé-pop et
de new wave comme Max Raabe(clic)
et Klaus Nomi. Le premier est baryton,
la voix du second s'étend
au contreténor
à l’alto !!!
Mais qui se souvient de
Klaus Nomi ? Cet extraterrestre
qui est reparti dans les étoiles et que depuis plus personne n’écoute. Depuis que sa lumière s’est éteinte et qu’il s’est définitivement
envolé, plus personne n’en parle.
Si l’on devait en parler, on dirait que c’était un interprète de grand
talent qui tanguait entre la new-wave, la synthé-pop et l’opéra. Chanteur
d’opéra, artiste de cabaret avec un look inclassable et atypique. Très
jeune il se passionne pour l’opéra mais aussi le rock.
Klaus Nomi, de son vrai nom
Klaus Sperber, n’avait pas de connaissance musicale particulière, on prétend qu’il a
étudié au Conservatoire Philharmonique de Berlin, ce
n’est qu’une galéjade. S’il est prouvé qu’il y est déjà entré, c’était
pour y travailler ponctuellement comme ouvreur. Il s’installe à New York
ou il vit de petits boulots tout en se produisant dans les cabarets où il
propose un spectacle mêlant opéra et musique expérimentale. Il ne fera que
suivre la brèche ouverte par The Cure ou
Depeche Mode. C’est
David Bowie, après l’avoir remarqué, qui
lui mettra le pied à l’étrier en l’engageant comme choriste
pour un passage à l'émission télévisée
”Saturday Night Live“. Il sera marqué par le costume que portait
Bowie pour créer son costume
d'extraterrestre, une sorte de smoking plastifié.
Le timbre
”Klaus Nomi“ sonne moderne, bizarre et baroque à la fois, la voix, les mélodies
et la langue allemande se rapprochent beaucoup du Nina Hagen Band. Ce
sera un extrait de l’opéra d’Henry Purcell ”Le Roi Arthur“ qui le fera connaitre avec un extrait ”The Cold Song“ dite aussi ”Hommage à la Tombe 148“. Un autre titre emprunté, ”The Twist“ de Chubby Checker
mais ne cherchez pas quelque chose avec l’original, c’est presque une marche funèbre.
On ne trouvera en tout et pour tout que trois titres ayant un rythme, les
autres resteront dans le registre particulier de son interprète comme le
titre qui conclut l’album, une reprise de l’aria de ”Samson et Dalila“ l’opéra de Camille Saint Saëns. Pour les amateurs de curiosité”Klaus Nomi“ est un album à écouter. Son second et ultime album de son vivant
”Simple Man“ sortira l’année suivante et l'on y retrouve encore des reprises de Purcell et de John Dowland, compositeurs anglais du XVIe siècle.
Il meurt à 39 ans des suites de sa séropositivité en 1983. Il reste un ovni dans le paysage de la musique. Pour moi il reste
inclassable, il a su créer un style unique que personne d’autre ne
pourra reproduire.
Un
bon chanteur est d’abord un écorché vif, un souffreteux
chronique, un esprit plongé dans un brouillard grisâtre. Janis
Joplin hurlait sa solitude, Billie Holliday sa détresse affective,
Bon Scott son espoir d’effacer la honte parentale face à son
parcours chaotique.
Chanter c’est comme jouer une pièce, écrire
un livre, réaliser un film, c’est dévoiler au monde l’étendue
de ses souffrances, la profondeur de ses pensées ou l’énergie
contagieuse de son enthousiasme. L’artiste véritable se nourrit
souvent de tout ce qui fait peur, blesse ou ennuie, suivant ainsi à
la lettre le conseil d’Andres Suarez dans Le voyage du
Condottière :
« Centrez vous. Repliez-vous sur vous-même. L’artiste doit
se faire égoïste. Prenez plus de peines. Soyez plus lent. Soyez
plus artiste »
« Prenez plus de peine » dit-il.
Tout est là, l’âme est un corps que renforcent les coups de
poignards d’un destin cruel. A force de refuser toute forme de
souffrance et de brimade, notre époque s’avilit à un point qui
fera sans doute rire nos descendants. « Il faut avoir une
grande musique en soit pour faire danser le monde » disait
Nietzsche, notre peuple a perdu la sienne depuis bien longtemps.
Finies les suppliques et provocations goguenardes d’un Brassens,
fini le lyrisme spectaculaire d’un Brel ayant inspiré Bowie, ce
génie est noyé sous les postillons d’une pop standardisée. S’il
existe encore de grandes âmes portées par des voix enlaçant les
cœurs, elles subsistent dans la cave glacée de la marginalité.
Comme le corps et l’âme, le fond et la forme sont intimement liés,
même si le premier et le second ne sont pas toujours le fruit du
même cerveau.
Qu’importe si Gabin n’a pas écrit « Je
sais » et si « My death » de Bowie est une
réinterprétation de Brel, l’un fournit la matière que l’autre
transforme, l’un fut l’esprit et l’autre l’incarnation. Oui
il faut avoir une grande mélodie en soit, celle-ci ne naissant que
dans le chaos, cherchez l’origine du chaos et vous comprendrez
l’artiste. Le chaos originel de Harry
Nilsson paraît presque banal à une
époque où l’abandon est devenu la norme et la fidélité
l’exception. Ce fut pourtant dans les années 50, époque où
l’hédonisme sexuel n’avait pas encore rendu les relations
hommes/femmes explosives, où la considération de ses devoirs
mettait encore un frein aux désirs de jouissance de l’homme.
Les
parents du jeune Nilsson faisaient encore partie d’une génération
voyant le divorce d’un mauvais œil, mais la morale trouve ses
limites lorsque l’affect disparait au profit de la colère. Sans
foyer, Harry Nilsson le fut d’autant plus qu’il fut sans cesse
ballotté du logement maternel en Californie, à celui de son père à
New York. Sa mère noya sa solitude, qui est encore plus terrible
pour la femme que pour l’homme, dans les abysses de l’alcoolisme.
[Photo : avec Ringo Starr et Keith Moon, amis de saouleries mémorables, manquent Alice Cooper et John Lennon, qui formaient le club des Hollywood Vampires] Le père, lui, fit partie de ces éternelles fugueurs inconscients,
de ces hommes pour lesquels la vie n’était faite que de dérobades.
Ainsi naquit une mélancolie qui, loin d’étouffer le cœur de cet
orphelin moral, y mûrit jusqu’à ce que le public puisse en goûter
le nectar doux amère.
Subsistant grâce à un boulot d’informaticien, Harry Nilsson envoya quelques démos au compositeur John Turner. S’il est
immédiatement impressionné par la modernité des titres et la
justesse de leur interprétation, l’homme estime que celles-ci sont
trop en avance sur leur époque. Il proposa donc à Nilsson de graver
quelques reprises de ses titres ainsi que quelques standards de rock
et de blues. Le résultat fut aussi anecdotique que la pléthore
d’exercices de ce genre engendré par les sixties. Après ce petit
coup d’éclat, Harry Nilsson fut recruté comme compositeur par le label Tower Record,
qui fut le premier à exploiter le filon de ses mélodies uniques. La
confiance des génies attirant bien souvent l’attention intéressé
des imposteurs, ce talent valut à Nilsson d’entrer dans la cour de
l’immonde mais tout puissant Phil Spector.
Il ne sera jamais assez
dit à quel point ce gloubi boulga sonore nommé mur du son fit du
mal à l’ouïe humaine. Noyant tous les instruments dans une soupe
musicale aussi grandiloquente que sirupeuse, Spector prépara le
public aux affres de la compression numérique.
Cette rencontre permit
toutefois au jeune compositeur de faire chanter « Paradise »
et « Here I sit » par les Ronettes. Signé ensuite sur le
label RCA, il offrit « Ten little indians » et « Cuddly
toys » aux Yardbirds et aux Monkees, avant d’en graver ses
versions sur son premier album. Ainsi sorti « Pandemonium
shadow show », disque doté d’une inventivité et d’une
grâce que l’on croyait réservé au rock anglais.
Arrangements de
cordes somptueux, rythmes devant autant au rock qu’au jazz ou à la
bossa nova, montages sonores annonçant les folies beatlesiennes, ce
premier essai fut déjà un coup de maître subjuguant John Lennon
lui-même.
Celui-ci contacta alors Harry Nilsson pour lui faire part de son
admiration, démarrant ainsi une amitié qui dura jusqu’à la mort
tragique du Beatles. Mêlant les influences et les tempos, passant du
lyrisme à une légèreté tonitruante avec une aisance
impressionnante, Nilsson créa un répertoire dans lequel vinrent
piocher les Turtles et Blood Sweat
and Tears.
Le cinéma lui fit également de l’œil, sa reprise de
« Everybody’s talking » ayant servi de bande-son au
film Macadam Cowboy.
Vint ensuite la sortie de « Nilsson Shmilsson », disque
fabuleux où la sobriété folk de « Early in the morning »
côtoyait le lyrisme théâtral de « I’ll never leave
you ». Il y eut également et surtout « Jump into the
fire », boogie blues dont le swing ferait presque rougir les
Stones. Cerise sur ce gâteau aux saveurs multiples, l’album
« Pussy cats » vit Lennon convier Keith Moon et Ringo
Starr à une grande célébration du génie Nilssonien.
Les excès
alcoolisés et l’intensité de ces séances endommagèrent
irrémédiablement les plus belles cordes vocales du rock, faisant
ainsi des disques suivant les célébrations un peu désuètes d’une
splendeur passée.
Après avoir survécu à une attaque cardiaque, Harry Nilsson s’éteignit en 1994 alors qu’il préparait son
grand retour. Ainsi vécut et disparut ce dilettante magnifique,
celui qui se hissa au rang de génie par la seule force de son
enthousiasme. Aujourd’hui, ses mélodies douces amères réchauffent
encore le cœur de ceux connaissant cette joie du deuil nommée
mélancolie.