Dolly
Parton était ni plus ni moins qu'une
légende, une icone américaine. Je ne sais pas s'il y a des équivalents ailleurs. On pouvait
sourire depuis chez nous de ses accoutrements flashy et ses perruques
peroxydées
XXL, un p'tit côté Jayne Mansfield y compris dans ses mensurations flatteuses. Dans une archive vidéo, on la découvre au naturel, brune, sacrément jolie, j’ai cru voir Joan Baez. Alors, vulgaire la
Dolly ?
Ben justement, elle
racontait que petite elle regardait fascinée ces drôles de femmes qui arpentaient la rue – qui faisaient le tapin – outrageusement maquillées
et fringuées. Sa mère l’avait mise
en garde : regarde ailleurs, ce sont des femmes de mauvaise vie, des
femmes vulgaires. La gamine venait de découvrir sa vocation : « Et bien
quand je serai grande, je serai une femme vulgaire » !
Dolly
Parton c’est un parcours incroyable - à l'instar d'un BB King qui ramassait le coton, gamin, sur une plantation du Mississippi - depuis la cabane en bois dans
laquelle elle a grandi au fin fond du Tennessee, à Knoxville, entouré de onze frères et soeurs. Le médecin qui a
accouché sa mère avait été payé en sacs de maïs, c’est dire…
Évidemment, comme beaucoup de consœurs de la soul music, elle découvre sa vocation en chantant à l’église. C'est son oncle qui repère son talent précoce, lui offre une guitare et lui apprend la composition.
Première apparition dans un show télé lorsqu’elle a 10 ans, et
premier enregistrement 3 ans plus tard. A la fin de ses études, en 1964, direction Nashville, managée par celui qui a lancé Roy Orbinson. Mais le succès discographique se
fait attendre, elle bosse comme serveuse, essaie de refourguer ses chansons ici et là. Et elle en place quelques unes, car au départ, c’est
moins comme interprète que comme
auteur-compositrice qu’elle
se fait un nom.
Puis en 1973 déboule le joyau « Jolene »et
l’année
d’après la superbe « I will always love you », dont la reprise de
Whitney Huston (pour l'horrible BODYGUARD)la rendra... très riche. Une chanson qu'Elvis Presley aurait bien mise à son répertoire, mais Dolly a dit non ! La dame avait son caractère, la queen de la country a dit non au king du rock'n'roll.
C'était aussi une rude femme d’affaires, qui a su se faire une place dans une industrie musicale très testostéronée. Elle vire son manager et reprend son
indépendance financière. Un parcours que la jeune Madonna a dû zyeuter... Car Dolly Partondétient les droits d’édition de ses chansons, et en a écrit près d’un millier. Son
argent est investi dans des fondations caritatives notamment pour lutter
contre l’illettrisme
dans les campagnes. Elle
a même ouvert un parc d’attraction Dollywood, rien qu’çà !
Dans les années 80 elle s'essaie au cinéma, avec succès, notamment dans la comédie COMMENT SE DEBARRASSER DE SON PATRON avec Jane Fonda, elle compose pour l'occasion la chanson « 9 to 5 » furieusement addictive. Elle tourne même avec Stallone, le transformant en star de la country à franges dans LE VAINQUEUR.
Elle jouait de son image de poupée Barbie décervelée aux décolletés généreux
(« je peux difficilement les laisser à la maison quand je
sors » disait elle !), une bonne cliente comme on dit à la télé, ce qui rendait plus piquantes encore certaines de ses répliques en interview, car la dame cultivait aussi l'autodérision et un certain franc parler.
Si certaines de ses chansons évoquaient, non sans misérabilisme, son enfance pauvre et les quolibets de ses camarades à propos de ses vêtements rapiécés (« Coat of many colors »)d'autres tranchaient radicalement dans les thèmes qu’elle
abordait. Dolly Parton est une des premières à raconter l’intimité des femmes, abordant des
sujets à l'époque tabous, comme le sexe avant mariage,
l’avortement, les filles-mères, les épouses abandonnées, les violences conjugales, l’adultère, l’homosexualité. Une grande défenseuse de la cause LGBT avant l'heure : « Si
j’avais été un homme, je serais une drag-queen ! ».
[ avec Merle Haggard ]
Elle était aussi l'épouse d’un seul mari, défendait un modèle familial
assez conservateur. Ne jamais prendre parti pour une cause politique,
les
femmes ne doivent pas se mêler de ça, rester
neutre, car disait-elle, « prendre parti c’est se couper de
la moitié de son public ». Pas folle la guêpe ! « Ce
que je pense, je l’écris dans mes chansons » disait elle en assumant parfaitement son rôle d'entertainment woman au sourire ultra brite.
Le
succès et l’aura de Dolly Parton dépasse largement la country
music, en
en faisant l’égal d’un Merle Haggard, avec qui elle a souvent partagé la scène, comme avec Emmylou Harris ou Linda Ronstadt. Elle a su diversifier son répertoire pour élargir son audience, bien que revenant régulièrement à la source country, est parvenue à atteindre tous les publics, se produisant dans des stades combles, des festivals (à Glastonbury) aux quatre coins du globe.
D’ailleurs
ce
couillon de Trump s’est
fendu
d’un hommage sans grossièreté, c’est dire ! Un mot de travers et c'était la destitution immédiate. Pour l'anecdote, la première brebis clonée en 1996 avait été baptisée Dolly, en hommage à... Et c'est vrai que parfois, la chanteuse y allait un peu fort sur les perruques bouclées, donnant l'impression qu'elle se coiffait avec un mouton sur la tête. Pour illustrer son immense popularité et le respect de ses pairs, jetez
un œil sur le casting de « Rock Star » un de ses derniers
enregistrements en 2023 de reprises rock : Aerosmith,
McCartney, Stevie Nicks, Kid Rock, Peter Frampton, Rob Halford
(Judas Priest), Pat
Benatar,
John Fogerty, Mick
Fleetwoodou
les mecs de Lynyrd Skynyrd.
Évidemment, Elton John traînait aussi dans le coin, fut
un temps ils devaient avoir le même costumier !
Nous aurions dû avoir un superbe article de Bruno, hélas... Le pov' est victime d'une avarie technique, il a voulu booster son ordi en passant directement de Windows 3 (il possède une vieille bécane) à Windows 11, sans sas de décompression. Erreur fatale, tout a cramé !
Heureusement, nous avons le SLIP. Le Service Logistique Intervention & Panne. Qui a immédiatement réagi pour vous proposer un interlude musical avant le retour de votre chroniqueur préféré (enquête Ipsos auprès d'un panel représentatif : ses voisins).
Deux versions d'un classique du folk, "Man of constant sorrow" dont on remonte la trace en 1913, publié par un certain Dick Burnett, et popularisé par le film O'BROTHER des frères Coen.
La version du film d'abord, puis une autre, dantesque, de Blackberry Smoke (levez le son à 2'08 !).
On ne l'avait pas vu venir celui-là. En fait, on ne l'a pas vu du tout. Pas de promotion, pas de "vu à la télé", pas de passage radio, pas d'articles dans les journaux, même pas un encart pour annoncer sa sortie. À côté, des olibrius au talent contestable sont invités avec tous les honneurs à des émissions de grande écoute, et aux journaux télévisés. Certains sont admis au club "select", d'autres sont simplement ignorés. Ainsi, on pourrait croire la scène musicale française limitée, renfermée sur elle-même, majoritairement restreinte aux chanteurs interprètes et aux bidouilleurs, alors qu'elle grouille d'excellents musiciens. Certains ont dû faire le choix de s'expatrier dans l'espoir de pouvoir vivre de leur passion ; quitte à rester dans l'ombre, mais satisfaits d'avoir la possibilité de jouer sans (trop) se renier.
La "petite" Nina Attal bourlingue depuis plus d'une quinzaine d'années. Elle enregistre quatre albums et deux Ep, joue un peu partout en France, occasionnellement dans divers pays européens (notamment en Suisse où elle vit depuis quelques années), traverse même l'Atlantique pour jouer au Québec, récolte divers articles élogieux, mais ne fait toujours pas la une. Mais qu'importe, elle continue tranquillement son chemin. Explorant d'autres univers musicaux, s'essayant à une émission sur Youtube ("Piece of Wood" consistant à inviter un artiste pour l'interviewer et jouer avec lui), s'impliquant dans une troupe originale de cinq femmes (le "Electric Ladyland") pour adapter à leur sauce le répertoire de Jimi Hendrix, ou encore en s'investissant dans un spectacle dédié à Prince. Nina ne chôme pas, toujours affairée dans une entreprise ou une autre en corrélation avec sa passion de la musique.
En 2025, elle fait son retour discographique avec un album orienté "guitare", "Tales of a Guitar Woman". Un titre qui pourrait être trompeur pour les amateurs d'instrumentaux et de guitares échevelées, car si les morceaux présentés semblent bien essentiellement reposer sur la six-cordes, ce n'est pas à proprement parler un "album de guitare". Nina se garde bien d'en faire des tonnes, et c'est même parfois assez sobre. Et si, depuis ses concerts à succès avec le "Electric Ladyland", certains pourraient assimiler Nina Attal à une "Hendrix-woman", on pense bien plus aisément à John Mayer qu'au légendaire gaucher de Seattle. Sinon, c'est probablement son album le plus franchement appuyé sur le travail des guitares. Des compositions relativement ouvragées, qui prennent leur temps pour développer leur douce atmosphère, où divers parfums s'entrechoquent. Senteurs fleuries de pop, de soft-rock, de modern-blues et de folk. Occasionnellement de heavy-rock sulfureux.
Aux premières notes, Nina plonge l'auditeur dans une sphère de rock brut et mélodique, hésitant entre heavy-rock et power-pop ; "Backdoor" résonne comme un Yardbirds mis au goût du jour, et, d'entrée, met les points sur les "i". À savoir qu'elle ne s'affiche pas avec une guitare pour faire joli. Excellente musicienne, elle produit toujours des étincelles dans ses soli, sachant faire parler la poudre avec une aisance et une fluidité pouvant faire souvent défaut à bon nombre de crâneurs. Tous les soli de l'album - quand il y en a, sont systématiquement savoureux. Incontestablement, elle sait tricoter... de la guitare. Et pas qu'un peu.
Etrangement, "Can't Be Undone" s'enveloppe dans un brouillard de rock atmosphérique évoquant le travail de Madlen Keys. Atmosphérique toujours, mais avec un écho bucolique, comme inspiré par la solennité de l'instant fugace où le soleil s'éclipse derrière les cimes cernant le lac de Walenstadt, "The Sun is Shining" marie guitare acoustique, chant mélancolique, nappes brumeuses de claviers et violon éthérique.
Des pièces plus sobres et acoustiques, entre folk et americana (européena ??), permettent de mettre en avant la belle voix claire de Nina, dévoilant alors une fragilité chargée d'émotion, affirmant sans peur sa féminité. Trois titres chantés en français, "L'Hiver", "Jimmy" et "Pas la Peine" sont deux morceaux courts où Nina va à l'essentiel, de crainte de briser le climat intimiste, confident.
"I Dance Through the Night" est une déflagration de rock lourd fuzzy, débridé, un heavy clair et obscur, un brin zeppelien, où Nina lâche les chiens. Ou plutôt les watts, faisant rugir une gratte avide de mordre. Là, par contre, on sent le poids des heures dédiées à la musique d'Hendrix. On regrette que l'instant ne se prolonge pas, ou qu'il ne soit pas renouvelé. Avec la ballade "Her Shadow", c'est l'ombre d'un Prince qui s'étire timidement, évitant toute emphase, tout éclat superfétatoire.
Un peu perdu au milieu de tout ça, une pop mainstream (pléonasme ?) tente une percée avec "Missed Something" et surtout "One Way", qui paraît rechercher les faveurs des programmateurs de radio.
Une femme de tête, qui mène sa carrière comme elle l'entend, suivant ses envies, ses aspirations. Avec cette dernière réalisation, plutôt que de se plier à un cahier des charges imposé par un label, de perdre sa liberté artistique, elle a fait le choix risqué de s'auto-financer (avec l'aide d'un financement participatif) et d'enregistrer pour un petit et obscur label indépendant (LVCO, label de Mathieu Gramoli, par ailleurs batteur et producteur de l'album). Le résultat en valait la peine, avec un album qui s'avère déjà comme le meilleur de sa carrière. Certainement le plus sincère, le plus authentique. Nina a mûri et cela lui va parfaitement.
🔅 Le coin matos : 🔅
Nina Attal reste fidèle à ses guitares, à savoir ses deux Stratocasters custom de chez Guitare Garage (avec un petit "Nina" à la place du logo Fender) montées en micro Hepcat (une équipée en micros 69' et l'autre en 59'), et sa Gibson ES-335 (celle exhibée sur l'album "Yellow 6/17", offerte par le paternel pour ses quinze ans). Le tout branché dans un vieux Fender Deluxe Reverb Custom (des 70's - avec le panneau chromé et le lettrage bleu) et dans un Magnatone. Les deux boostés par un petit lot de pédales, avec notamment la BB Preamp de Xotic, la Riot Reloaded de Suhr, la Tre-Verb de Fender, la Mel-9 d'electro-Harmonix (simulateur de Mellotron pour gratte), la Richochet Whammy de Digitech, la Flashback de TC-Electronic, la Spark de Tc Electronic (mini boost), une Ventilator II de WEO (émulation pointue de cabine Leslie) et une Wah-Xah Vox. Et en acoustique, Martin, Yamaha et un Dobro (voir pochette). Pour les prestations dédiées à Prince ou à Hendrix, Nina sort de sa besace un assortiment de petites boîtes de chez Doc Music Station (boîte française d'"effets boutique" fondée en 2012 par un prof de guitare qui s'est rapidement fait un nom avec la Lucy's Drive, un clone de la Klon Centaur).
Sacré album ! On n'en fait plus des comme ça ! Vouaille ! Fait comme à la maison, du 100 % bio, sans synthés ou autres trucs louches concoctés par ordinateur. Et qui sonne du feu de dieu !! Naann... pas dans l'sens maousse costaud. Juste dans le sens de chansons formidables qui sonnent authentiques. Pourtant, ce disque, bien que plébiscité par la presse, a été éclipsé par les grosses productions de cette année quasi magique où les chefs-d'œuvre se bousculent. La discrétion et l'humilité non feinte de son auteur n'ont rien arrangé dans un monde où l'image prédomine. Même à cette époque, pas encore vraiment corrompue par les écrans, trop d'amateurs allaient plus voir un groupe en concert, au mieux y assister, plutôt que simplement aller l'écouter. L'augmentation progressive du volume sonore a été en partie encouragée pour couvrir tous les cris, le brouhaha d'un public pas nécessairement respectueux.
L'auteur et interprète concerné est un Écossais, né le 12 avril 1945, à Houston, une vieille petite ville de quelques milliers d'habitants. Évidemment, Houston et ses environs ne comptent pas assez d'amateurs et d'établissements pour se vouer intégralement à la musique, et espérer que de maigres revenus soient suffisant pour subvenir à de modestes besoins. Il lui faut partir, s'expatrier en Angleterre, à Londres. La vie n'y est guère facile, mais il réussit à s'y faire des potes, et à jouer assez régulièrement, mais sans opportunité d'enregistrement. En 1966, il fait la rencontre d'un garçon plus âgé, un autre Écossais - par son père -, Ian Patterson, fraîchement débarqué à Londres, qui rejoint le groupe où il officie, The Scenery. Tous deux ont vécu dans la même région ; un peu plus de 40 kilomètres séparant Houston d'Hamilton, la ville d'où venait le nouvel arrivant. Ça crée des liens (1).
Ils composent ensemble et réussissent à réaliser le premier et unique 45 tours de The Scenery. On y sent un certain potentiel, notamment avec "Thread of Time" dans la lignée des Small Faces. Mais, lassé de stagner, Miller tente sa chance, sans trop y croire, en passant une audition pour Keef Hartley. Un batteur connu en Angleterre pour avoir remplacé Ringo Starr après son départ de Rory Storm and the Hurricanes, avant de participer à l'aventure The Artwoods où joue Jon Lord (et le frère de Ron Wood), puis pour avoir accompagné un temps John Mayall (il est présent sur "Crusade" et "The Blues Alone"). À l'audition, on demande d'abord à Miller de chanter un classique du blues, "Stormy Monday Blues", puis de jouer de la guitare. Alors qu'il s'était présenté à l'audition sans penser un seul instant se retrouver à la place du chanteur principal, en 1968, à sa grande surprise, il est embauché sans autre forme de procès, en tant que guitariste, mais aussi pour assurer seul le chant. Il abandonne ainsi son compatriote Écossais, qui, lui aussi, ne va pas tarder à sérieusement rebondir avec un nouveau groupe, Mott the Hoople, abandonnant au passage son nom de famille, se contentant désormais d'un Ian Hunter. Plus tard, lors des premières sessions, Tom Jones, dans les parages, en écoutant une performance d'Anderson, aurait glissé à l'oreille de Hartley sa respectueuse approbation ("That boy can sing !").
Quasiment inconnu auparavant, grâce au Keef Hartley Band, Miller va tourner partout au Royaume-Uni et pas mal en Europe, faire ses premières télévisions, réaliser d'excellents disques et même traverser l'Atlantique (2). Les meilleurs disques du groupe sont ceux où il s'impose comme compositeur principal. Cependant, après trois années passées sur les routes, exténué, il veut passer à autre chose. Si le Blues fait effectivement partie intégrante de sa musique, Miller ne se considère aucunement comme un bluesman, car non seulement le Folk - qui représente plus ses racines - occupe une placetout aussi importante dans son cœur, mais surtout il n'est pas voué à une église, pouvant se laisser doucement emporter par divers autres courants.
De plus, il a des chansons qui, pour une raison ou une autre, n'ont pas été incorporées au répertoire du KHB. Des chansons qui lui tiennent à cœur, auxquelles il croit suffisamment pour ardemment souhaiter les enregistrer. Désormais fort d'une certaine notoriété - qui reste tout de même modeste -, il a la possibilité de réaliser son propre album, et d'enregistrer les chansons chères à ses yeux (ou esgourdes). Deram Records, le propre label du KHB, conscient de son potentiel, lui donne son aval et lui offre des moyens plutôt corrects pour réaliser son projet dans de bonnes conditions - avec notamment une location des studios Tridents (3). Est-ce à dire que Deram considérait qu'il était la force créatrice du groupe ? On pourrait le croire, d'autant plus qu'après son départ, le Keef Hartley Band ne fait pas long feu, la nouvelle mouture faisant pâle figureen comparaison avec la première.
"Bright City" est un superbe album, révélant une nature plus complexe et authentique de ce que Miller Anderson avait précédemment laissé entrevoir. Plus raffinée et intimiste qu'avec le KHB, mais aussi plus crue, lâchant alors la bride qui retenait sa sensibilité. Il a pourtant gardé près de lui, des acteurs du KHB. À commencer par Gary Thain, l'excellent bassiste Néo-Zélandais qui finira (précocement) sa carrière chez Uriah-Heep, et le claviériste Mick Weaver, qui va bientôt être auréolé d'une excellente réputation en tant que musicien de studio (Juicy Lucy, Frankie Miller, Alvin Lee, Gilmour, E. Burdon, S. Marriott, Otis Grand, Taj Mahal, Andy Fairweather Low, Gary Moore, Buddy Guy, Otis Rush, Arthur Adams, Jimmy Barnes, ). Ainsi que le producteur du groupe, Neil Slaven, assisté par Roy Thomas Baker.
Une sensibilité (presque) insoupçonnée qui explose sur des titres de folk-rock évoquant plus des parfums d'herbe grasse, de rosée, de tourbe, de sapins et d'embruns marins que d'effluves de la Tamise et d'air saturé de gaz carbonique. La chanson éponyme étant probablement la plus représentative - bien qu'un peu ternie par quelques élans de violons qui auraient tant gagné à être en retrait. Une belle ballade qui, sans haine, sans cri, sans violence, dans un élan de profonde nostalgie pour son Ecosse natale, laisse transparaître l'inconfort de Miller. "Nos sentiments sont mis de côté pour satisfaire notre avidité. Nous cherchons quelque chose dont nous n'avons pas vraiment besoin. Je ne demande rien et je ne reçois rien en retour. Ville lumineuse, laisse tes feux brûler. Ville brillante loin des vents froids. Pas de clair de lune jouant tristement à travers un terrain vague... Ville brillante, laisse-moi te voir brûler".
"The Age of Progress" suit cette même humeur maussade, de regrets "La ville impose son rythme et les gens le ressentent... ma chambre était sombre, j'aspirais à mieux, mais ce que j'ai obtenu était pire.. et la vie citadine n'est qu'une malédiction... Dans l'ombre du progrès nous pleurons tous... Il y a longtemps, le monde a perdu l'Eden, mais nous n'avons pas à vivre dans une décharge. J'ai du mal à pointer du doigt quand j'y ai aussi pris part". Pourtant, Miller chante plutôt comme si son cœur était porteur d'espoir et de renaissance. Le piano s'allie à la guitare folk pour tracer un mince sentier jonché de désillusions et de doutes, ponctuellement inondé de chœurs vivaces, débordant de jeunesse, chassant la pénombre.
"Grey of Progress" serait dans la même veine avec en sus des épanchements jazzy conduits par une trompette veloutée (un bugle) et un piano virevoltant comme un papillon luttant contre une brise légère. Hélas, là aussi, son envol est brisé par quelques volées de violons superfétatoires un brin aigüs, ébréchant une chanson qui aurait pu être un pur joyau.
Plus épurée, "Shadows 'Cross my Wall" s'annonce comme un soleil d'automne chassant le voile blanc liant par le gel les feuilles ocres à la terre. La flûte féérique de Lyn Dobson (4) amplifie la douce atmosphère champêtre, tandis que le chant de Miller se fait fébrile, fragile ; comme si l'homme craignait d'ébranler une harmonie précaire, de gâcher un instant de magie. Un final de toute beauté démontrant que les ornements rajoutés - à savoir les violons - sont superflus ; la sincérité naturelle de Miller se suffisant à elle-même. Sublime. Ce que confirme "Another Time, Another Place", une "face B" d'un "45 tours" (single) réintégrée à l'album par les rééditions. Presque autant bucolique en dépit de quelques violons, mais qui là, savent se tenir en restant subtilement, discrètement, en arrière...
Une poignée de morceaux plus électriques émaillent aussi l'album. "Alice Mercy (To Whom it May Concern)", qui brouille les pistes en débutant comme une sombre messe, avant d'emprunter le folk-rock du Neil Young des années 68-70, et de le cabosser de jets d'ébauche de rock agité. Tandis que le dernier et long mouvement est totalement acoustique et sobre. Seule la flûte de Dobson ose venir voler autour de Miller et de sa guitare. "... Submergée par le chagrin, elle pleure, ... elle s'enfuit, folle. Elle prend un couteau, tu sais qu'elle compte se donner la mort. Mais il est facile de vivre et difficile de mourir. Elle reste juste pour lutter contre sa douleur...". "Nothing In This World" est nettement plus direct, proto-hard même. Et "High Tide, High Water" - indéboulonnable classique de son répertoire scénique - s'étire tranquillement dans un heavy-blues-rock, nonchalant, qui prend son temps, se laissant emporter par la chaleur des Marshall - un morceau de la famille des Free, Humble Pie et James Gang.
En dépit des quelques critiques formulées, et de sujets de chansons généralement sombres, cet album est magnifique. Malheureusement, aussi bien Miller que Deram font une erreur en sortant cet album au milieu de deux autres sorties du Keef Hartley Band. Un album studio et un live la même année, et au milieu, celui d'Anderson. C'est trop. On comprend que le futur du KHB étant des plus incertains, Deram ait voulu capitaliser sur le groupe et ses satellites avant qu'ils ne soient écrasés par une actualité musicale alors des plus dynamiques et audacieuses. Mais, généralement dans l'industrie musicale, la faconde dessert plus qu'elle ne rapporte. Ainsi, ce "Bright City" est un peu passé sous les radars. Un album parfois aussi incompris, voire rejeté, parce que probablement trop différent de la musique de KHB.
La réédition de 2022 donne en bonus des pièces issues de trois sessions live pour la BBC (dont une pour John Peel). Prestations saisissantes, où Miller, sans filet, dévoile un immense talent. Les séquences acoustiques, où il n'est accompagné que par la flûte tourbillonnante de Dobson, entre jazz et folk, parfois du piano de Peter Dines (celui des derniers opus de T-Rex), sont d'une pureté et d'une sensibilité émouvantes. Le quasi-anonymat de Miller Anderson reste un mystère, voire un non-sens.
(1) Miller présenta aussi son nouveau pote à une autre future figure du rock : Mick Ronson. Ronson, qui après les années fastes avec Bowie, rejoindra temporairement Ian en 1974.
(2) Le groupe traverse aussi l'Atlantique pour participer au festival de Woodstock. Si le fait est généralement méconnu, c'est parce que le manager du groupe s'opposa catégoriquement à ce que les caméras présentes filment la moindre seconde de "ses protégés". Encore un qui avait du flair... La prestation n'a donc pas été non plus incluse dans les éditions en vinyle. Ce n'est que récemment, en 2019, pour les 50 ans du festival où toutes les archives ont été récupérées et dépoussiérées, que la performance de Keef Hartley Band est enfin incorporée dans une édition (disque n° 13). Le quintet s'est aussi distingué par un cachet parmi les plus maigres : 500 $ pour un quintet qui a fait le déplacement d'Angleterre. En comparaison, Sha Na Na en a touché 700.
(3) Studios fondés en 1968 et longtemps courus par les musiciens anglais. De grands disques, des classiques, y ont été enregistrés dans les années 70. Beatles, Manfred Man, Free, Bowie, Queen, Supertramp, T.Rex, Jeff Beck, Elton John, Rolling Stones, Genesis, Thin Lizzy, Mott the Hoople, Judas Priest, Nazareth, Variations, Baker Gurvitz Army, George Harrison, Savoy Brown, Tommy Bolin, M. Ronson, McCartney, Small Faces, Atomic Rooster, entre autres, y ont travaillé - plus une tripotée d'Américains à la recherche d'une certaine patine anglaise.
(4) Lyn Dobson, qu'on retrouve aussi sur des disques de Manfred Mann, Small Faces, Humble Pie, Soft Machine, John Martyn.
Tri Yann fait parti des trois groupes français à avoir dépassé les
cinquante années d’existence avec Ange et Magma.
Les Trois Jean de Nantes, une Saga Bretonne
Tri Yann avait fait une tournée d’adieu en 2021 mais le dimanche 8
février 2026, Ils se sont produits sur la scène du zénith de
Nantes pour la der de der avec un Jean de moins,
Jean-Paul Corbineau disparu en décembre
2022. Le bateleur du groupe, Jean-Louis Jossic
n’est pas non plus dans une grande forme avec une maladie de la moelle épinière. Ce dimanche, pour clore leur histoire,
ce sont deux titres : “Les Prisons de Nantes” et l’hymne breton ”Bro gozh ma zadou“, qui ont clos le concert de
Tri Yann accompagné de l’ensemble
vocal du Jura Marie Nodier et de la
chanteuse Bleuwenn Mevel et, cerise
sur le kouign amann, la venue de Louis Capart auteur de la chanson
”Marie Jeanne Gabrielle“ et de Yvon Etienne. Le concert sera dédié à
Jean-Paul Corbineau.
Tri Yann est une histoire qui
commence en 1971 par la rencontre entre
Jean-Louis Jossic,
Jean Chocun et
Jean-Paul Corbineau, Tri Yann
est créé et l'année suivante le premier 33 tours enregistré grâce à
Gille Servat, ”Tri Yann an Naoned“, est à la vente. Sorti en juin chez Kelenn, une jeune maison
de disques bretonne, l'album est épuisé en un mois. Le début d'un succès
populaire jamais démenti. Un quatrième larron se joint a eux Bernard Baudriller
au violon, violoncelle, guitares, flûtes, banjo et chants il
apprend la contrebasse qu'il unit à sa voix.
Enregistré dans les studios Kelenn près de Brest,
Tri yann an naonedsera sera un album composé uniquement
de folklore régional, écossais, irlandais et québécois. ”Les Filles des forges“ : un traditionnel de Paimpont (Rien a voir avec la sirène des soldats du feu !) une chanson légère qui daterait probablement du XIXème
siècle. Elle sera souvent remaniée au fil du temps. ”La Vierge à la fontaine“ : avant d’être un morceau du folklore breton, la vierge à la fontaine
est un tableau de 1439 peint par Jan Van Eyck, il sera aussi interprété par Nana Mouskouri. ”Pastourelle de Saint-Julien“ du folklore breton-vendéen, un morceau que Jossic jouait avant Tri Yann.
”Tri Martelod“ : le chant de trois marins a été jusqu’à supplanter le ”Bro Gozh Ma Zadou“, l’hymne emblématique de la Bretagne. ”Before Ireland can go free“ : d’après un poème du poète irlandais
Sean O’Casey traduit par
Jean-Louis Jossic, enchainé avec le ”Ye Jacobites“, une chanson traditionnelle écossaise qui fait référence aux révoltes
Jacobites vers la fin du XVIIème siècle, un de mes titres préférés
qui a beaucoup plus de punch en live. ”Les Filles d'Escoublac“ : une chanson du pays guérandais qui sonne très moyenâgeuse avec
des paroles légères. ”Johnny Monfarleau“ : direction le Québec avec une chanson d’une interprète
canadienne Mary Rose-Anne Bolduc
(dit la Bolduc) a été très populaire tout juste avant et pendant la crise des années 30
”La Calibourdaine de Breca“ : un instrumental, une danse des pays nantais. ”Dans les prisons de Nantes“ une chanson traditionnelle française dont les origines se perdent
dans le temps.On la retrouve un peu partout grâce aux
mariniers remontant la Loire. ”An alarc'h“ considérée comme un chant patriotique. Elle est reprise par des
chanteurs bretons contemporains. “An alarc'h” raconte le retour d'exil triomphal du duc Jean IV pour reconquérir son duché. ”Le Dauphin“ : jolie chanson du folklore écossais dont l’original est"The Great Silkie of Sule Skerry". ”Au pied d'un rosier“ on termine en pays vannetais, les chanteurs comptent à rebours, commençant par dix tout comme ils le feront dans ”La jument de Michao“ quatre ans plus tard sur l’album ”La Découverte ou l'Ignorance“.
Pour conclure : ”Tri Yann an Naoned“ pour un première album était déjà un best-of avant l’heure et
cinquante années plus tard, ils jouaient toujours la plupart de ces
titres sur scène.
PS : Elle était la chanteuse du groupe Monnaie de Singe,
elle nous a quittés vendredi. RIP Anne-Gaëlle...
Il est dommage que dans nos colonnes nous n’ayons pas parlé plus souvent
du plus français des folkeux anglais.
Say it ain’t so ?
Say it ain’t so (Dis-moi que ce n’est pas vrai ?) Eh bien
si ! Une seule fois son nom est apparu dans une chronique dans
laquelle je parlais de lui et aussi de Graeme Allwright et de Dick Annegarn. Trois pays, trois
artistes, trois styles. Murray Head, ce
n’est pas seulement ”Say it ain’t so Joe“ sur l’album du même nom sorti en 1975. Personnellement, même
si l’original est superbe, j’aime mieux la version de Roger Daltrey en 1977 que
l’on trouve sur son album solo “One of the Boys”. Murray Head ce n’est pas aussi ”One Night in Bangkok“ une chanson extraite et de la comédie musicale ”Chess“,
Il a aussi fait de très beaux albums plus méconnus.
Quinze albums, trois live et plusieurs compilations, et un qui
n’apparait pratiquement nulle part :”Blues & Beyond“ un petit live très intimiste. Ça ne sent pas la grande salle, mais un
public bien sage venu écouter un artiste qui vient dans les provinces
reculées pour porter la bonne parole du folk. ”How Can A Poor Man“ Tout commence par un morceau folk song américain des années 20 que
Ry Cooder remettra au goût du jour en
1970, et plus tard
Springsteen et sa voix rocailleuse en
fera une belle version. ”Lost My Baby Toninht“ : du Murray Head dans son style si
reconnaissable. ”Indian Song“ : une très belle chanson en français qui à l’origine a été chantée par
Jeanne Moreau et qui servira de BO pour
le film du même nom réalisé par
Marguerite Duras en 1975. ”Dearest Anne“ : on reste dans le cinéma qui prendra une grande part dans sa carrière,
que ce soit comme compositeur ou comme acteur. ”Dearest Anne“ est la chanson qui apparait dans le film ”Cocktail Molotov“ de Diane Kurys en
1980.
”Hesitation Blues“ :une chanson populaire écrite vers 1914
et qui aura une multitude de reprises comme celle de
Janis Joplin
ou le Grateful Dead par exemple.
”Darling 1944“ : jolie chanson entre le français et l’anglais. ”Cocktail Molotov“ : tout est dans le titre, encore un morceau composé pour le film. Une
BO écrite avec Yves Simon. ”Prison Wall Blues“ : une reprise un vieux folk song des années 30.
“Motherless Chrildren“ : un morceau d’Éric Clapton que l’on
peut trouver sur l’album “461 Océan Boulevard” en 1974 mais l’original a été composé par
Willie Johnson en
1927. “Cathy's Clown“ : un titre des
Everly Brothers où Murray Head, encore une, fois ajoutera la langue de
Molière à celle de
Shakespeare dans un couplet.
Une toute petite chronique pour un tout petit, mais bien agréable
album.
Le plus béarnais des anglais (ou anglais des béarnais… au choix !) qui fêtera ses quatre vingt printemps en mars prochain a un peu
disparu du circuit, son dernier album studio date de
2012 et il était surtout composé de
reprises (celle de ”Won't Get Fooled Again“ des Who est magnifique !). S'il n’enregistre plus, je suppose qu’il est toujours sur la
route.