lundi 31 août 2026

DOLLY PARTON, RIP (1946 - 2026)


Dolly Parton était ni plus ni moins qu'une légende, une icone américaine. Je ne sais pas s'il y a des équivalents ailleurs. On pouvait sourire depuis chez nous de ses accoutrements flashy et ses perruques peroxydées XXL, un p'tit côté Jayne Mansfield y compris dans ses mensurations flatteuses. Dans une archive vidéo, on la découvre au naturel, brune, sacrément jolie, j’ai cru voir Joan Baez. Alors, vulgaire la Dolly ? 

Ben justement, elle racontait que petite elle regardait fascinée ces drôles de femmes qui arpentaient la rue – qui faisaient le tapin – outrageusement maquillées et fringuées. Sa mère l’avait mise en garde : regarde ailleurs, ce sont des femmes de mauvaise vie, des femmes vulgaires. La gamine venait de découvrir sa vocation : « Et bien quand je serai grande, je serai une femme vulgaire »

Dolly Parton c’est un parcours incroyable - à l'instar d'un BB King qui ramassait le coton, gamin, sur une plantation du Mississippi - depuis la cabane en bois dans laquelle elle a grandi au fin fond du Tennessee, à Knoxville, entouré de onze frères et soeurs. Le médecin qui a accouché sa mère avait été payé en sacs de maïs, c’est dire… Évidemment, comme beaucoup de consœurs de la soul music, elle découvre sa vocation en chantant à l’église. C'est son oncle qui repère son talent précoce, lui offre une guitare et lui apprend la composition. 

Première apparition dans un show télé lorsqu’elle a 10 ans, et premier enregistrement 3 ans plus tard. A la fin de ses études, en 1964, direction Nashville, managée par celui qui a lancé Roy Orbinson. Mais le succès discographique se fait attendre, elle bosse comme serveuse, essaie de refourguer ses chansons ici et là. Et elle en place quelques unes, car au départ, c’est moins comme interprète que comme auteur-compositrice qu’elle se fait un nom. 

Puis en 1973 déboule le joyau « Jolene » et l’année d’après la superbe  « I will always love you », dont la reprise de Whitney Huston (pour l'horrible BODYGUARD) la rendra... très riche. Une chanson qu'Elvis Presley aurait bien mise à son répertoire, mais Dolly a dit non ! La dame avait son caractère, la queen de la country a dit non au king du rock'n'roll. 

C'était aussi une rude femme d’affaires, qui a su se faire une place dans une industrie musicale très testostéronée. Elle vire son manager et reprend son indépendance financière. Un parcours que la jeune Madonna a dû zyeuter... Car Dolly Parton détient les droits d’édition de ses chansons, et en a écrit près d’un millier. Son argent est investi dans des fondations caritatives notamment pour lutter contre l’illettrisme dans les campagnes. Elle a même ouvert un parc d’attraction Dollywood, rien qu’çà !  

Dans les années 80 elle s'essaie au cinéma, avec succès, notamment dans la comédie COMMENT SE DEBARRASSER DE SON PATRON avec Jane Fonda, elle compose pour l'occasion la chanson « 9 to 5 » furieusement addictive. Elle tourne même avec Stallone, le transformant en star de la country à franges dans LE VAINQUEUR.

Elle jouait de son image de poupée Barbie décervelée aux décolletés généreux (« je peux difficilement les laisser à la maison quand je sors » disait elle !), une bonne cliente comme on dit à la télé, ce qui rendait plus piquantes encore certaines de ses répliques en interview, car la dame cultivait aussi l'autodérision et un certain franc parler. 

Si certaines de ses chansons évoquaient, non sans misérabilisme, son enfance pauvre et les quolibets de ses camarades à propos de ses vêtements rapiécés (« Coat of many colors ») d'autres tranchaient radicalement dans les thèmes qu’elle abordait. Dolly Parton est une des premières à raconter l’intimité des femmes, abordant des sujets à l'époque tabous, comme le sexe avant mariage, l’avortement, les filles-mères, les épouses abandonnées, les violences conjugales, l’adultère, l’homosexualité. Une grande défenseuse de la cause LGBT avant l'heure : « Si j’avais été un homme, je serais une drag-queen ! »

[ avec Merle Haggard ] 

Elle était aussi l'épouse d’un seul mari, défendait un modèle familial assez conservateur. Ne jamais prendre parti pour une cause politique, les femmes ne doivent pas se mêler de ça, rester neutre, car disait-elle, « prendre parti c’est se couper de la moitié de son public ». Pas folle la guêpe ! « Ce que je pense, je l’écris dans mes chansons » disait elle en assumant parfaitement son rôle d'entertainment woman au sourire ultra brite.  

Le succès et l’aura de Dolly Parton dépasse largement la country music, en en faisant l’égal d’un Merle Haggard, avec qui elle a souvent partagé la scène, comme avec Emmylou Harris ou Linda Ronstadt. Elle a su diversifier son répertoire pour élargir son audience, bien que revenant régulièrement à la source country, est parvenue à atteindre tous les publics, se produisant dans des stades combles, des festivals (à Glastonbury) aux quatre coins du globe.

D’ailleurs ce couillon de Trump s’est fendu d’un hommage sans grossièreté, c’est dire ! Un mot de travers et c'était la destitution immédiate. Pour l'anecdote, la première brebis clonée en 1996 avait été baptisée Dolly, en hommage à... Et c'est vrai que parfois, la chanteuse y allait un peu fort sur les perruques bouclées, donnant l'impression qu'elle se coiffait avec un mouton sur la tête. Pour illustrer son immense popularité et le respect de ses pairs, jetez un œil sur le casting de « Rock Star » un de ses derniers enregistrements en 2023 de reprises rock : Aerosmith, McCartney, Stevie Nicks, Kid Rock, Peter Frampton, Rob Halford (Judas Priest), Pat Benatar, John Fogerty, Mick Fleetwood ou les mecs de Lynyrd Skynyrd. Évidemment, Elton John traînait aussi dans le coin, fut un temps ils devaient avoir le même costumier !

Hello Dolly, good bye Dolly ! 

2 commentaires:

  1. Trump aura tout de même réussi à être de mauvais goût, comme à son habitude, en sortant sur son réseau personnel une image clairement AI où il se met en scène avec Dolly Parton qui s'accroche à son bras, tandis qu'ils marchent le long des colonnes de la Maison Blanche...

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  2. Je ne savais pas, mais doit-on s'en étonner ?!

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