Jacques Carelman ou Pierre Dac par l’image, la loufoquerie par
l’absurde.
Un Catalogue de Manufrance Farfelu
Mais qui était Jacques Carelman ?
Vous avez tous vu au moins une de ses œuvres. Ce dentiste de
formation deviendra un illustrateur reconnu, on lui doit des décorations théâtrales, des illustrations de livres, des peintures
et des sculptures. Il adaptera en bande dessinée ”Zazie dans le métro“ de Raymond Queneau. Il fera quelques
affiches pendant mai 68, la plus connue restera la silhouette noire d’un CRS brandissant une
matraque. Le ”Catalogue d’objets introuvables“ sera son œuvre majeure. Il fera aussi un ”Catalogue de timbres-poste introuvables“.
Le Porte Enclume
Le ”Catalogue d’objet introuvable“… n’est ni un catalogue de soldes chez Castorama, ni une liste de
courses oubliée sur un coin de table. Non, c’est l’œuvre joyeusement
farfelue de Jacques Carelman,
l’inventeur des inventions qu’on ne trouvera jamais en magasin et c’est
tant mieux !
Parce que franchement, qui aurait envie d’un parapluie inversé qui vous
mouille au lieu de vous protéger ? Ou d’une fourchette à spaghetti qui
vous catapulte les pâtes à la figure ?
Dès les premières pages, on comprend que l’on est dans un univers où le
bon sens a pris des vacances prolongées, où l’imagination a sauté dans un
manège fou et où l’humour pince-sans-rire fait figure de guide
touristique. Carelman, c’est un peu le
MacGyver du gadget inutile, le Picasso de l’objet absurde, le Jerry Lewis
de la dérision pratique.
toilette pour berger landais
Prenons par exemple sa fameuse ”pompe à vélo pour crevaison“. Oui, vous avez bien lu. Un appareil qui, au lieu de gonfler votre
pneu, le creuse davantage. Pratique si vous voulez faire un tour en
tricycle vintage, mais plutôt gênant pour une balade dominicale en
VTT. Mais là où Carelman
brille, c’est dans le détail: chaque objet est accompagné d’un dessin
précis, parfaitement sérieux, comme s’il s’agissait vraiment de
produits révolutionnaires. On croit d’abord à un manuel d’utilisation,
puis on éclate de rire aux larmes.
Ce qui rend ce catalogue irrésistible, c’est qu’il joue avec nos
attentes. L’homme moderne est bombardé d’objets prétendument utiles, de
gadgets high-tech à démonstration intégrée, et souvent on se retrouve
avec plus de questions que de réponses sur leur fonctionnement réel. Carelman, lui, nous renvoie à cette absurdité, si c’est déjà compliqué quand
tout est censé servir, imaginez quand rien ne sert à rien !
Parmi mes préférés, il y a le ”couteau suisse pour gauchers maniaques“, qui propose un assortiment d’outils inutiles comme un tire-bouchon qui
ouvre uniquement les bouteilles déjà ouvertes (merci du scoop), “La cafetière pour masochiste“ et son bec verseur inversé, formidablement efficace pour se bruler la
main, ça n’existe pas (du moins à ma connaissance) ou encore ”les toilettes pour berger landais“.
À travers ces pages, on sent aussi un amour sincère pour ces bidules
bricolés dans les garages, ces inventions loufoques faites à la hâte,
avec trois bouts de ficelle et beaucoup d’espoir. Parce que
l’inventeur, au fond, est un éternel optimiste, prêt à tout pour
améliorer le quotidien, même si c’est souvent une idée
saugrenue.
Jamais un de ces objets ne se présentera au concours Lépine.
Bref, le ”Catalogue de l’objet introuvable“ est un délicieux antidote contre la morosité. Il nous rappelle que
parfois, le meilleur accessoire, c’est un bon fou rire devant
l’absurde. Et ça, ça ne se trouve pas en rayon, même chez les
meilleurs vendeurs.
Alors, si vous cherchez un livre qui décoiffe, qui fait cogiter en
rigolant, et qui vous donne envie de regarder vos propres objets du
quotidien sous un angle complètement déjanté, foncez chez votre
libraire. Et surtout, ne cherchez pas à commander les objets
présentés : ils sont, par définition, introuvables. Mais ça ne nous
empêche pas de rêver de la fourchette à spaghetti explosive ou du
sèche-cheveux qui fait pousser les cheveux… Malheureusement Jacques Carelman
ne nous fera pas de suite, ce dernier est décédé en 2012, il n’existe que deux tomes, mais ce catalogue restera dans les
mémoires avec ses inventions délirantes !
Mais il n'est pas interdit d'en inventer soit même comme : la lime à
épaissir, les sacs de bulles à niveau ou la calculatrice à compter les
moutons pour insomniaques fainéants.
- Tiens Claude, un billet vite fait sur un peintre qui vient de
disparaître… ça fait un bail…
- Oui Sonia, mais là, je suis un admirateur inconditionnel du peintre,
disons tendance pop art anglais…
- Il est très connu par rapport aux autres artistes dont tu avais
parlé. Tu proposes un ouvrage d'initiation ?
- Mouais, enfin l'impressionniste Alfred Sysley n'est pas vraiment un second couteau… les autres non plus
d'ailleurs, juste un problème de promotion et d'éducation dans les cours
d'arts plastiques !
Autoportrait
J'avais consacré en son temps quelques chroniques à des ouvrages sur des
peintres
peu connus. Je prends ma plume pour rédiger un hommage imagé au fabuleux
peintre et illustrateur anglais qui vient de s'éteindre à 88 ans. Je pompe
des idées essentielles sur Wikipédia, et surtout, évidence même, anime cette
chronique de reproductions des œuvres de l'artiste.
Je vous laisse apprécier, ou pas, des illustrations montrant diverses
facettes d'un homme éclectique, pas uniquement un peintre, comme souvent
chez les grands créateurs. Les mots clés utilisés par Wikipédia me
permettent de brosser un rapide portrait (ou profil) de l'homme :
Bien que né à Bradford en juillet 1937 et mort à Londres le 11 juin
2026, David Hockney a beaucoup voyagé pour exercer
ses talents : Angleterre bien
entendu, Californie, Paris et même en
Normandie dans le
Pays d'Auge… Quand Je parle d'éclectisme, la liste de ses domaines créatifs confirme
mon propos : peintre, portraitiste et paysagiste, dessinateur, graveur,
décorateur, photographe et théoricien de l'art. Et plus de 60 ans de
carrière...
Son style est reconnaissable entre mille : un dessin franc, des plages de
teintes vives bien délimitées, la couleur est utilisée de manière quasiment
uniformisée. On pourra penser à certaines BD de
l'école belge
et même, sans le surréalisme, au douanier Rousseau
qui lui, était fâché avec la géométrie et la perspective… Maggy Toon m'en a
parlé. Elle venait de visiter une belle exposition à l'Orangerie. Ces
analogies n'engagent que ma vision de son art.
Il existe un superbe ouvrage réunissant plus de 300 œuvres sélectionnées
par Hockney lui-même, un peu rare à dénicher mais pas trop cher… Cela
dit, pour un cadeau de Noël à un amateur…
Éditeur : Thames & Hudson
Date de publication : 2024
Langue : Français
Nombre de pages de l'édition : 368
Nota : les tableaux miniaturisés présentés ci-dessous ne rendent pas
complètement justice à la très grande taille des originaux. Je recommande
aux passionnés de voyager dans l'univers de David Hockney via internet. On trouve nombre de photos de visiteurs ou du
peintre lui-même devant les tableaux apparaissant... tels des liliputiens 😊.
- Dis Claude, elle est glauque la pochette… la musique moins… Egon
Wellesz, oui j'avais reconnu… Hihi, je charrie… C'est qui ce nouveau, on
pense à un méli-mélo : Bruckner revu par Hindemith… Et…
- Mollo Sonia, tu enchaînes beaucoup de questions ! La pochette est du
peintre Egon Schiele, un contemporain de Klimt vaguement dérangé et mort
à 28 ans de la grippe espagnole… J'en dirai quelques mots, waouh son art
vaut le détour, âmes sensibles…. Egon Wellesz était un compositeur
autrichien et un musicologue qui a fui en Angleterre la terreur brune…
Compositeur bigrement oublié, il a composé tardivement dans un style
concaténant le postromantisme et les polytonalités modernes, le
sérialisme de Schoenberg… Avec ta question, on écrit l'article…
- J'aime bien, ça me parle plus que les musiques archi-modernes des
années 50 et après…
- Aller aller mon petit, on s'y colle… Très bien vue cette idée
"Bruckner revu par Hindemith"…
Egon Schiele Autoportrait
Edith
Egon Schiele
Drôle de type qui aurait pu connaître la même gloire que son contemporain
Gustav Klimt. Ok, c'est bizarre de parler peinture dans une chronique
musicale mais vous connaissez ma passion pour la peinture à propos de
laquelle j'ai commis quelques billets présentant des livres sur le sujet,
tout en évitant l'inflation tarifaire et pondérale desdits ouvrages d'art 😊
(Clic).
La jaquette de ce CD est un extrait d'un paysage, thématique rare chez ce
peintre obsédé (au sens propre) par le corps, souvent nu, ceux des femmes et
des hommes y compris le sien ce qui témoigne d'un trouble narcissique avéré.
Egon peint des enfants, ce qui lui vaudra un petit séjour derrière
les barreaux vers 1909 pour atteinte aux bonnes mœurs, pornographie
voire détournement de mineurs… (Précision : Il fera poser des ados de son
entourage… pas des fillettes nubiles. L'art justifie-t-il cela ? De nos
jours, la réponse est d'actualité ! Affaire David Hamilton dans les années
70…)
Pourtant cet original né en 1890 en basse Autriche ne peut pas
laisser indifférent. Son père voit d'un mauvais œil ses aspirations
artistiques. Il meurt jeune et fou de la syphilis. Egon en est très
affecté mais se retrouve avec le champ libre. Freud se serait
passionné pour ce transfert affectif entre un père mort atrocement de
démence et un fils qui s'autoproclame père de substitution gagné par
l'égotisme et le narcissisme…
Bref, la sexualité sera souvent au centre de son œuvre : des corps,
toujours des corps, souvent nus ou dans des positions provocantes. Il a
rencontré Klimt pendant ses études et demeurera un temps fasciné par
le regard de ce dernier sur les femmes.
Il usera de toutes les techniques : encre, aquarelle, huile, gouache… Je
parlerais volontiers d'hyperexpressionnisme face au réalisme violent et à la
crudité parfois obscène de son trait. Les corps se disloquent, se tordent ;
certains portraits me font penser aux squelettes claudiquant des camps
nazis… Heureusement, face à ces œuvres dérangeantes, que de poésie dans
maints dessins ou toiles…
Ce qui séduira l'amateur est l'explosion des couleurs, les contrastes et la
dynamique de la construction, la gestuelle des personnages en mouvement sur
une surface fixe. Egon Schiele n'oublie pas de peindre de magnifiques
paysages. J'en propose deux à titre d'exemple. Après une longue liaison,
Egon épouse Edith Schile qui sera sa muse et souvent son
modèle. En 1918, la jeune femme attend un enfant mais succombe à la
grippe espagnole peu de jour avant qu'Egon ne soit lui aussi emporté…
Artiste Maudit ?
Inutile de préciser que pendant le nazisme, l'œuvre de Egon Schiele sera estampillée "art dégénéré" et donc supprimée des collections,
certains tableaux auraient été brulés lors d'autodafés… Ci-dessous :
Le port de Trieste, un couple d'amoureux et la ville de Vorstadt. (ce dernier décore la jaquette de l'album réunissant les symphonies 2
& 9.)
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Egon Wellesz vers 1970
Le bouillonnement intellectuel de la Vienne de la fin du XIXème
et du début du XXème siècle fascine, parler de révolution prend
tout son sens quand on évoque des musiciens comme
Mahler,
Kurt Weil
ou les membres de la deuxième École de Vienne qui révolutionnent la
tonalité,
Schoenberg,
Berg,
Webern, ou les peintres comme Klimt, Oskar Kokoschka,
Schiele, Otto Dix et son effroyable "les joueurs de skat" (Clic). D'autres, comme l'architecte
Otto Wagner transfigure Vienne… L'art devient militant, les
artistes fustigent avec leurs pinceaux ou leurs partitions la cruauté et les
déviances humaines… Le classicisme tardif (Mozart) et le romantisme ont jeté les bases d'un art qui n'est pas juste au
service de l'esthétisme, du divertissement ou de la religion, les nouvelles
tendances avant-gardistes feront des créateurs des combattants
humanistes…
Né en 1885 à Vienne dans une famille juive aisée,
Egon Wellesz
va grandir, étudier et débuter sa carrière dans ce chaudron de création
novatrice. Ses parents semblent proches de
Brahms
et en 1899, la représentation du
Freischütz
de
Weber
dirigé par
Gustav Mahler
suscitera son ambition,
Egon
deviendra compositeur… Il commence des études de jurisprudence. La matière,
disons… rébarbative, ne le passionne guère, et il se réoriente vers la
musicologie auprès de Guido Adler, élève d'Anton Bruckner et ami de
Gustav Mahler. Guido Adler est considéré comme le père de la musicologie moderne,
mais détailler nous entraînerait trop loin.
En parallèle du droit et de la théorie,
Egon Wellesz
étudie le contrepoint et l'harmonie auprès d'Arnold Schoenberg. Si ce dernier invente le dodécaphonisme et le sérialisme, il crie haut et
fort qu'il ne s'agit que d'une technique parmi d'autres et "qu'il existe encore plein de belles musiques à composer en do
majeur". Egon se lie d'amitié avec les disciples de la deuxième École de Vienne :
Berg
et
Webern.
Rien de surprenant donc que
Egon Wellesz
partage sa carrière entre la musicologie et la composition. Ces principaux
travaux en musicologie portent sur les opéras baroques tardifs de
Giuseppe Bonno
(très rarement joué de nos jours-euphémisme) et des petits maîtres du
XVIIème siècle comme
Johann HeinrichSchmelzer
et son fils
Anton Andreas. Ajoutons un successeur de
Monteverdi
de l'école vénitienne,
Francesco Cavalli
moins oublié (le contreténor
Philippe Jarousski
lui a consacré un album d'arias).
Egon Wellesz par Oskar Kokoschka (1911)
Autre travail sur l'opéra de la période baroque, l'édition critique de la
fête théâtrale
Costanza e Fortezza deJohannJoseph Fux
de 1723, un ouvrage virevoltant du baroque autrichien encore en vogue
sur les scènes lyriques et au disque. Il fut écrit à l'occasion du
couronnement du roi Charles VI de Bohème.
Et pour terminer ce chapitre sur son travail musicologique,
Egon Wellesz
réussira, tel un Champollion du solfège, à percer certains secrets de
la notation musicale des manuscrits des chants byzantins (exemple
ci-contre).
- Claude, c'est du chinois pour moi, mais le manuscrit est
spendide…
- Ô pour moi aussi Sonia, mais oui un manuscrit en forme d'œuvre
d'art…
De nos jours, j'espère en parler dans une chronique, le musicologue et
ténor
Marcel Pérès
a réalisé un travail similaire sur le plain-chant grégorien ancien (le vrai,
celui du Vème au IXème siècle) en déchiffrant les
combinaisons de neumes (signes d'accentuation) figurant au-dessus des
textes, mais non inscrits sur des portées… Waouh.
Tout ce travail porta ses fruits. En 1913Egon Wellesz
est nommé professeur d'histoire de la musique à l'université de Vienne, notamment du baroque allemand. En parallèle, il voyage en Angleterre où l'université d'Oxford l'accueille en expert. Mais qu'en est-il du
compositeur ?
~~~~~~~~~~~~~~~~
Wellesz
théoricien n'oublie pas la musique en public ! Il sera le premier à faire
jouer
Debussy
à Vienne. L'expressionisme mâtiné d'impressionnisme du génie français
influence sonart, notamment le petit poème symphonique Vorfrühling de 1912
empreint néanmoins de rudes accords germaniques, de Debussy à… Franz Liszt.
La méconnaissance de
Wellesz
de nos jours est due à des circonstances historiques sur lesquelles nous
allons revenir et sur le fait indéniable que le compositeur n'a pas opté
pour un style très personnel que l'on reconnait d'emblée. Wellesz
ne plagie pas mais adopte dans une forme de symbiose les caractéristiques
des styles de
Bruckner,
Mahler,
Richard Strauss
et bien entendu en partie du dodécaphonisme de
Schoenberg. Sa connaissance pointue du contrepoint poussé dans sa plus extrême
sophistication depuis
Bach, son amitié et son admiration pour
Mahler
et l'enseignement de
Schoenberg
expliquent ce désir d'utiliser des modes de composition éprouvés, mais avec
un équilibre et une habileté qui m'ont surpris en découvrant récemment ce
compositeur. Car si, il y a un style
Wellesz
qui se dessine dès ses premières œuvres après l'armistice
de 1918.
Hugo von Hofmannsthal
Les années 20 et 30 seront les plus fructueuses pour
Wellesz. En tant que compositeur, quelques pièces diverses pour orchestre, de la
musique de chambre et neuf opéras seront créés. Achille sur Skyros
en 1921 et
Alkestis
en 1923 sont un ballet et un opéra sur un argument puis un livret de
Hugo von Hofmannsthal, écrivain majeur qui travaille déjà avec
Richard Strauss. Ces deux géants de l'art lyrique produiront six opéras dont les
chefs-d'œuvre de 1909 et 1911 :
Elektra
et le
Chevalier la Rose.
En 1923,
Otto Klemperer, maestro de premier plan en Allemagne, commandera à
Wellesz
un petit opéra en un acte,
Scherz List und Rache
(Plaisanterie, Ruse et Vengeance)
inspiré de Goethe. Le maestro avant-gardiste souhaitait ainsi
compléter un programme comportant
Der Protagonist
de
Kurt Weill.
Wellesz,Otto Klemperer, Kurt Weill… trois grands noms du modernisme et trois juifs, double raison pour que
l'œuvre soit interdite dès 1933
à l'arrivée des nazis au pouvoir. Les nuages noirs de la haine et de
l'obscurantisme s'amoncellent.
Entre 1933 et l'Anchlusse de 1938,
Wellesz
poursuit son travail à Vienne. Il s'est converti tout comme son épouse au
catholicisme, il est certes conservateur mais lutte à sa manière contre le
nazisme. En 1938, question de survie, il part pour l'Angleterre où il
est très apprécié, ne serait-ce que comme conférencier à Oxford qui l'avait
promu Docteur Honoris causa en 1923…
Hélas, aléa sordide des guerres, Churchill manifestait une méfiance
obsessionnelle envers les allemands réfugiés en Angleterre dès la
déclaration du conflit mondial. Il créée des camps d'internement regroupant
pêle-mêle des espions nazis potentiels, des intellectuels, des artistes, des
physiciens et cela quelques soient les raisons de leur fuite du continent
alors sous le joug hitlérien. Ainsi
Wellesz
se retrouve interné en juillet 1940 après l'effondrement de la
France. Il est libéré en octobre grâce à la médiation entre autres de
Ralph Vaughan-Williams, compositeur british de premier plan comme en témoigne mes huit chroniques
de l'index. Mais l'expérience l'a troublé et il sera incapable de composer
ne serait-ce que l'un de ses nombreux quatuors avant 1943.
Gottfried Rabl
La production symphonique de Welleszrestait modeste lors de la période viennoise. Outre-Manche, elle occupera Wellesz de 1945 à 1971. Il ne reviendra pas à la musique pour la scène. Sa première symphonie
sera créée à Berlin par Sergiu Celibidache, prodige roumain qui dirige la Philharmonie pendant la période de
dénazification qui touche Furtwängler et Karajan. On distingue deux groupes dans ce genre : les symphonies 1 à 5 témoins de
la recherche d'un style nourri de la synthèse des techniques orchestrales de
Bruckner,
Wagner,
Strauss, mais pas de la fantasmagorie mahlérienne. Puis les symphonies 6 à 9 dans
lesquelles, Wellesz
réintroduit le dodécaphonisme et le sérialisme de son ami Schoenberg
mais sans aboutir à un enfermement dogmatique en méprisant les formes
anciennes (jusqu'à l'exaltation ; quitte à s'abstraire de la recherche de
toute émotion musicale à l'intention du public - René Leibowitz par exemple).
Le choix de la troisième symphonie pour une découverte a été guidé par la
représentativité de l'œuvre par rapport aux propos sur les influences de la
musique baroque et postromantique. Composée à l'intention de l'Orchestre Symphonique de Londres
et du chef historique
Sir Adrian Boult, la symphonie ne sera pas créée en 1951-52 comme prévu ! Elle attendra
2002 sa première par l'Orchestre de la radio de Vienne dirigé par
Gottfried Rabl
qui signe le disque du jour, l'un des quatre albums réalisés en cinq ans par
CPO et qui couvrent l'intégrale des symphonies de
Wellesz. C'est l'unique version disponible à ce jour, elle est splendide. De
formation classique en piano, cor et direction d'orchestre, le viennois
Gottfried Rabl
né en 1956 suit une carrière atypique. De sa rencontre avec
Leonard Bernstein
naîtra un vif intérêt pour l'art lyrique moderne et le travail de
redécouverte de compositeurs boudés comme
Wellesz
ou
Miakovski.
Egon Schiele : quatre arbres
1 - Allegro maestoso : En
l'absence de la partition et de l'orchestration, le petit guide habituel
tente simplement de mettre en évidence les singularités du style de la
musique à la fois puissante, poétique et empreinte de spiritualité de
Wellesz. Les sentiments à son écoute étant personnels et non, comme parfois,
inspirés par la lecture d'un livret de CD. (J'attends pourtant le coffret
avec impatience, mais j'ai emprunté les
symphonies
N° 1, 2, 8 & 9 en médiathèque.)
L'introduction débute par des traits acérés et des accords où dominent les
cuivres. Le climat est sévère et m'a immédiatement fait songer à la
Dante Symphonie
de
Liszt, précisément la première partie, "l'enfer", début et coda
(Clic). On pourrait noter des références à l'introduction abrupte et martelée de
la
Symphonie N°1
de
Brahms. Que ressentir à l'écoute de ce ton martial et tragique, ce tissu sonore
fortement syncopé ? En 1951,
Wellesz
essaie-t-il d'exorciser l'horreur brune qui l'a chassé de Vienne, le court
mais amer passage en internement politique en Angleterre, l'imbroglio
antisémite qui l'a empêché depuis 1945 de retrouver son poste de
professeur à Vienne ? (Car même après la capitulation nazie, le maléfice se
prolonge…) Deux motifs se succèdent dans ce début ambigu opposant férocité
et flamboyance ; transition à [0:33]. [1:17] Un nouveau bloc thématique très
différent nous renvoie au postromantisme, à une mélodie aux accents
bucoliques, une romance chantée par le hautbois puis la flûte en vedettes.
[2:20] Une réexposition des motifs virils initiaux conduit à s'interroger
sur la fidélité du compositeur à la bonne vieille forme sonate… Difficile de
répondre par l'affirmative.
Wellesz
enchaîne librement des sections structurées autour des motifs issus des
groupes thématiques et déroule un discours capricieux mais cohérent –
l'opposé d'un chaos ! [6:27] Une fugue semble se développer pour nous
emmener avec originalité vers un final vigoureux.
Nota : Un commentateur rapproche la forme d'écriture de l'allegro des
transcriptions populaires de
Stokowski
des œuvres pour orgue de
Bach (Clic). Ça ne me choque aucunement, la remarque est pertinente,
Wellesz
étant un admirateur du Cantor et du contrepoint. Il me semble aussi
discerner des échos de l'art des amis symphonistes anglais du compositeur,
notamment les
symphonies 3
et
4
de
Ralph Vaughan-Williams.
(Index)
En résumé, citer tant de noms de confrères suggère-t-il un manque de
personnalité ? Absolument pas, une immense culture musicologique permet à
Wellesz
d'intégrer un langage composite tout à fait particulier, lui qui a composé
sa
1ère symphonie
la soixantaine venue ! Et franchement, quel compositeur depuis des siècles
aurait pu s'enorgueillir d'avoir ignoré l'héritage de ses aînés ?
Egon Schiele : Nature morte aux livres
2 – Adagio : Une procession
obsédante, rythmée, syncopée ; des
pizzicati aux cordes graves, précède
l'énoncé d'un thrène joué aux altos secondés plus avant par les violons. Ce
cortège funèbre esquisse la noirceur de l'adagio. Ces
pizzicati et l'entrée des cordes
rappellent l'admiration que
Wellesz
portait à
Bruckner
qui avait atteint une grande notoriété pendant l'enfance d'Egon. On pourrait même parler de parodie en réécoutant comment
Bruckner
recourt à ces motifs en pizzicato en préambules des premiers thèmes dans
l'allegro initial et dans l'adagio de sa
5ème symphonie.
(Chronique ).
Là s'établit une frontière avec l'art du symphoniste du XIXème
siècle.
Bruckner
ne dérogea jamais à la rigueur dans l'usage du contrepoint et des formes
sonates ainsi que dans l'orchestration héritée de
Beethoven.
Bruckner
organisait sa palette instrumentale à la manière de la registration de
l'orgue dont il était virtuose. Il existe en tout et pour tout un seul coup
de cymbale dans ses onze symphonies (00, 0-9), dans la 8ème et
encore pas dans toutes les éditions. Écoutons la bacchanale de cymbales
achevant l'allegro maestoso, c'est la
meilleure comparaison démonstrative qui soit de l'influence limitée de
Bruckner.
Egon Schiele : Reflet des arbres
Quant aux tonalités,
Wellesz
les modifie sans cesse, là encore avec un gourmand indéterminisme. Comme
pour l'allegro, le développement
enchaîne sans rigidité formelle et académique divers passages. Voilà sans
doute l'intérêt de sa musique : les surprises liées à une totale liberté
structurelle du récit musical. D'allure processionnaire et sombre, la
mélodie ne joue pas la carte du crescendo mais se voit rejointe par des
accords en tuttis des bois. [1:55] Un choral de cuivres sonne au lointain.
[3:15] Un nouveau groupe thématique fait son entrée parsemé de solos de
hautbois, de cuivres et autres… L'inspiration se renouvelle sans cesse,
ainsi à [5:33] se développe une ballade aux accents guillerets en totale
opposition avec la nostalgie qui précède… [6:38] Voilà un pittoresque
concertino des bois et… ainsi de suite ; un adagio bluffant de contrastes et
de fantaisies… Le style poème symphonique n'est pas loin…
3 - Allegro vivace : de forme
scherzo, le rôle divertimento qui sied au troisième mouvement de symphonie
n'est pas le souci de
Wellesz. Il débute staccato sur un tempo vif-argent. Il y a un second thème
rappelant une musique de film chevaleresque. [1:34] Quasiment sans
transition, ce que l'on qualifiera de trio évoque une danse un tantinet
langoureuse ! [2:03] reprise du scherzo dans laquelle
Wellesz
ajoute une pétulante caisse claire. Un perpetuum mobile nous entraîne à un
second exposé du scherzo avant une coda volcanique et trépidante. Mouais,
prestissimo plutôt que Vivace.
4 - Sostenuto - Allegro moderato
: le final assure une réelle symétrie à l'ouvrage. Plusieurs thèmes
introductifs se mêlent. La gravité reprend ses droits, une fanfare de
cuivres dramatise le propos. [1:09] La seconde idée semble signifier un
retour à la forme sonate familière. [1:57] Un morne solo du hautbois
contredit l'espoir naissant dans le fantasque scherzo… J'avoue que ce
quatrième mouvement accuse une certaine banalité à mon sens, il ne
retrouve pas l'alacrité innovante du premier. La coda et ses traits
répétitifs de trompettes militarise une symphonie qui méritait nettement
plus d'originalité et de prise de risque dans sa conclusion.
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
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ne présente pas cette pollution… La lecture a lieu en continu 😃
(pour l'instant…)