Retour au pays de l'obscur avec un nouvel élément apporté au chapitre des perles oubliées des 70's. Chapitre réservé aux bafouilles sur ces groupes qui ont disparu après avoir réussi à enregistrer et à sortir le fameux premier disque. Le but ultime, l'Eldorado, la Terre Promise, hélas atteint au prix de pénibles et douloureux efforts et qui a souvent servi à donner le coup de grâce à des jeunes dont la tête était pleine de rêves et d'espoir. Qui se sont souvent retrouvés éreintés par des années de galère, de mauvaise nutrition et de nuits écourtées.
En plus, pour ce groupe, sa seule et unique galette a été financée par un label également des plus obscurs, Kinetic. Une micro filiale de CBS, qui n'aurait pas sorti une demi-douzaine de disques, avant de prestement fermer ses portes après à peine une poignée d'années d'existence. Une filiale qui n'a jamais eu les finances nécessaires pour promouvoir les quelques rares groupes qu'elle ait pu signer. Un micro label qui est parti d'entrée avec des handicaps, courant à sa perte à peine lancé.
Ainsi, à peine édité, l'avenir de cet album éponyme était des plus compromises. D'autant que le groupe, éreinté et déçu par l'industrie musicale, a raccroché peu après la sortie de l'album. Cet objet plutôt rare n'a donc pas vraiment pu être défendu sur scène. CBS a toutefois repris à son compte l'objet pour une distribution européenne. Pourtant, en dépit de tout, malgré un échec commercial total, la réputation de cet unique opus est parvenue à traverser les âges. Suffisamment pour que les collectionneurs les plus tenaces le recherchent incessamment dans les boutiques d'occasions, les foires et les marchés (parfois à des prix pas accessibles à toutes les bourses). Jusqu'à ce que l'album soit réédité en CD (la première fois en 2004).
Peace & Quiet a vu le jour en Floride, à Miami. Une ville plutôt dédiée à un tourisme friqué, friand de béton et de chaleur, qu'au rock. La ville ne tient pas alors à s'encombrer de groupes de rock - bruyants et négligés -, qui pourraient perturber le bon déroulement des affaires liées au tourisme. Les origines de Peace & Quiet remontent à 1967, à l'époque où le combo s'appelait "Bad Boys". La troupe change de patronyme avec l'arrivée de deux autres jeunes galériens de Floride : le bassiste Jim Tolliver (ex-Birdwatchers et Razor's Edge) et surtout le chanteur Rick Steeler (ex-The Villagers). Véritable valeur ajoutée, l'homme qui propulse, quasiment à lui seul, le groupe dans de hautes cimes généralement réservées aux dieux et demi-dieux (du rock). À l'exception de la Floride, le groupe est peu ou pas connu lorsque le disque sort. Entre son récent changement de patronyme et la pauvre couverture géographique de leurs concerts, généralement limitée à la Floride (quand ce n'est pas Miami et ses proches environs), le groupe avait bien peu de chance de faire un carton. Surtout sans soutien radiophonique et sans promotion. Désespérés, les musiciens lâcheront l'affaire quelques mois seulement après la sortie d'un disque sur lequel ils avaient fondé tous leurs espoirs.
"You Can't Wait Till Tomorrow" entame l'album avec des accords d'orgue prononcés et un chant déclamatoire, grondant telle l'annonce au loin d'un impérieux orage. La guitare, saturée d'une fuzz un brin nasillarde (type Maestro) .... dans la veine de Bloodrock. Rien de particulièrement mirobolant... jusqu'à ce que le violon de Jerry Goodman, marque le premier mouvement de "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)". Une chanson qui fait tellement sensation qu'elle menace d'éclipser le reste de l'album. Après une mise en bouche sur la pointe des pieds, en toute sobriété, avec un violon esseulé, se lamentant sous le poids de la solitude, et un chant timide, repenti, la chanson prend de l'ampleur et s'engouffre dans une ballade heavy-rock arrosée de soul. On pense alors à Uriah Heep ; comme si ce dernier était parti enregistrer au studio Muscle Shoals pour communier avec une Southern-soul. Avec en sus, ce violon qui surgit ponctuellement pour un effet « dramatique ».
Jerry Goodman est connu pour avoir joué avec The Flock (en y entrant par la petite porte, en qualité de roadie), puis avec le Mahavishnu Orchestra - ainsi que pour Jan Hammer et John Mclaughin.
La suite est moins solide, avec ce "Country Thing" évoluant comme un papillon de bronze, ivre de soleil, virevoltant maladroitement entre la soul, un Southern-rock mâtiné de jazz et un heavy-rock tâché de chorus acides.
La seconde face débute par "Hear My Love", où, après une introduction jazz-rock trompeuse, Steeler accepte de partager le chant avec le claviériste, Chuck Witherow. Une bonne interaction entre deux tonalités assez proches – celle de Chuck étant un peu plus lisse -, pour une ballade soutenue d'heavy-soul-rock. On y sent un batteur qui a des fourmis dans les jambes, qui peine à se caler sur un tempo simple et lent. On remarque aussi, une fois encore, l'excellent travail du bassiste qui, à l'image des grands bassistes de l'époque, insuffle du groove et de la fluidité au groupe, n'hésitant pas à se démarquer
Suit une autre pièce d'envergure : "Black Mountain". Où sur des éruptions d'orgue, une guitare imbibée de fuzz tisse des riffs de hard-blues et des chorus charnus et râpeux. Tandis qu'au milieu de ces feux, un chant fiévreux, entre Soul et heavy-rock, préfigurant étonnamment David Coverdale, lutte pour tenter de se faire une place. Il est étonnant qu'un chanteur du gabarit de Rick Steeler, porteur d'une voix puissante et chaude, se situant quelque part entre Jim Rutledge (Bloodrock), David Coverdale et David Byron, n'ait pas fait carrière. Après l'aventure Peace & Quiet, il disparaît carrément des radars. L'orchestration, avec l'orgue rageur, la basse volubile et soul, et la guitare fuzz et acide, évoque assez Grand Funk Railroad (qui était alors, rappelons-le, un groupe immense aux States).
Malheureusement, la dernière pièce semble trahir un certain manque d'inspiration du groupe, avec un instrumental un peu étiré. Au moins, le groupe ne s'est pas contenté de placer une ou deux reprises pour remplir son disque (peut-être aussi que le management craignait de ne pas avoir les fonds pour payer les royalties). Un instrumental de boogie-jazz-rock'n'roll speedé, qui aurait tellement gagné à être placé au milieu de la seconde face, et non à la fin, et à être raccourci de deux bonnes trois minutes. Les premiers mouvements sont néanmoins entraînants et bouillonnants, avec un orgue et une guitare se tirant la bourre, et une très bonne prestation de la section rythmique. Ce morceau, "Looney Tunes" (en hommage à une célèbre série de courts-métrages d'animation, où sont nés les Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer, Bib-Bip et le coyote, Cochonnet, Titi & Sylvestre, Taz, Sam le Pirate, et où ont bossé Tex Avery et Chuck Jones), aurait d'ailleurs gagné à placer un peu plus en avant cette basse et cette batterie expressément alertes, souples et groovy. Alors que sur les deux dernières minutes, la guitare s'enferme dans une redondance soûlante, agrémentée de quelques pains. Un fade-out au bout de cinq minutes aurait été salutaire.
Même si cet album ne présente rien de révolutionnaire - bien que pour l'époque, des pièces telles que "Margo's Leaving Song (Go to Go Away)" ne courent pas les rues -, on peut s'étonner du peu d'écho qu'il a reçu. Cependant, en matière de heavy-rock et de rock-progressif, de rock toutes catégories confondues, l'année 1971 ayant été particulièrement productive en pièces maîtresses, en chefs-d'œuvre, il était bien difficile de se faire remarquer sans être soutenu par une grosse machine promotionnelle et sans aucun passé discographique. Désillusionnés, la moitié des musiciens du groupe abdiquent quelques mois après la sortie de l'album, courant 1972. Et on n'entendra plus jamais parler d'eux.
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