mercredi 3 janvier 2024

Rétrospective - sélection - disques 2023 (famille Rock) - by Bruno

 

     Cela fait des années qu'on nous bassine avec des affirmations comme quoi le Rock serait mort. Pour certains, dès le départ d'Elvis à l'armée (comme s'il en était le créateur... ), pour d'autres c'est la dissolution des Beatles, ou encore le décès d'Hendrix, le drame d'Altamont, MTV, la fin de 2be3, etc, etc. A chacun la sienne, pour le meilleur et pour le pire. Si incontestablement le rock a été récupéré par des hommes d'affaires avisés qui ont œuvré pour en faire une force commerciale, il y a toujours pléthore de passionnés qui y vouent leur vie et qui réussissent - avec difficulté - à le pérenniser. On peut toujours s'interroger sur la pertinence de nouveautés, si elle valent qu'on y consacre son temps alors qu'on n'aura jamais assez d'une vie pour découvrir tous les trésors musicaux du siècle passé (comprenant tellement de chefs-d’œuvre inégalés). La déception aussi d'une série de disques récents - tant vantés par ci par là - peut enlever toute envie de découverte. Pourtant, autant des survivants, que des vétérans, ou des jeunes recrues parviennent encore à ravir les esgourdes.

Pour cette année donc, une petite sélection, forcément incomplète, forcément subjective, de galettes valant le détour. Mais pas de classement, juste un ensemble.

 


    Quand deux zigotos s'engagent à eux-seuls dans des zones (h)ardues du Rock-progressif épique, de plus, tendance "Rush", ça donne Crown Lands. Mais un power-duo qui joue du (heavy-) rock-progressif, est-ce bien raisonnable ? Pourtant Crown Lands l'a fait, et de fort belle manière. Messieurs Kevin Comeau et Cody Bowles ont incessamment et rapidement évolué pour finalement parvenir à réaliser un des meilleurs disques de l'année 2023. Certes, l'influence de Rush est lourde et on pourra leur reprocher de ne rien inventer. Auparavant, c'est comme s'ils avaient essayé vainement de refouler cette imposante influence, faisant leur possible pour qu'elle déteigne le moins possible sur leurs compositions. Ce qui ne les empêchaient pas de la revendiquer, avec force, encourageant même à la découverte de ce trio désormais quasi mythique. Avec cet album, tout laisse à croire qu'ils ont fini par l'accepter, totalement, au point de se placer dorénavant, fièrement mais humblement, comme des continuateurs. En ce sens, ils s'efforcent de ne pas faire de redite, de plagiat. Effort probablement insensé tant la discographie de Rush est riche (vingt disques studio), cependant, la configuration actuelle de Crown Lands l'aide à offrir quelque chose de relativement différent. 👉 (lien) " Fearless "



      Tranquillement, le duo Landais a fini par jouer un peu partout sur la planète, au point d'être probablement le groupe français de rock à avoir cumulé le plus de dates à l'étranger. 
En ce début d'année 2023, le duo revient avec "Horizon", probablement leur album le plus personnel. Un disque militant, dénonçant avec humour les difficultés auxquels Laurent & Mathieu peuvent être confrontés pour suivre la direction "agro-écologie" qu'ils ont donnée à leur ferme, Lou Casse. Si The Inspector Cluzo tient à rester un duo, en studio, par contre, il ne dédaigne pas les aides extérieures. Ainsi violoncelle, violon, orgue et choristes ont été mis à contribution. Douze pièces, douze bijoux qui ravissent les esgourdes et ensoleillent l'âme. Plus que jamais, il y a quelque chose chez T.I.C. qui touche, qui éveille quelque chose en nous ; comme si ça relevait de l'essentiel. Comme si la proximité avec la vie pastorale libérait chez nos deux landais une saine fibre créatrice donnant vie à d'infaillibles pièces rock aussi fondamentales que la terre. Du Blues boueux ? du Funk viscéral ? du Rock ? Du Hard-rock ? Du Rock-high-octane ? Un peu de tout ça, mais surtout et simplement du The Inspector Cluzo. Et surtout, l'une des meilleures sorties de l'année. 👉 " Horizon "


      Après un "Roux-Ga-Roux" enivrant, après un fiévreux "Thrust", après un "Tascam Tapes" alternant entre l'excellence et le passable, après un superbe "Wolffpack", le trio batave DeWolff, visiblement infatigable, revient avec un brillant " Love, Death & In Between ". Un album qui, plus que jamais, 
dépose un épais nappage de Soul sur leur heavy-rock fortement influencé de rock 70's (dont Deep Purple mark II & III). Les ronchonneurs avanceront que ces loustics ne font que puiser dans leur discothèque (apparemment bien fournie), ce qui est une probabilité à ne pas écarter. Que finalement ils ne proposent, cette fois-ci, rien de nouveau. C'est bien possible, mais qu'importe, puisque ce disque est riche, formidable, enthousiasmant, exaltant. 👉 (lien) " Love, Death & Between "



   
 Les vieux copains Moho et Vivi  (deux ex-Trust) se sont réunis et ont sorti un disque pas piqué des hannetons. Un des albums de rock français les plus excitants de ces cinq dernières années. Voire plus. Pourtant, majoritairement, ce n'est que du hard-rock, du style ayant fait ses racines dans les années 80. Oui, mais c'est du bon, du réjouissant, du revitalisant. Un disque qui fait plaisir, d'autant qu'il est le produit de deux anciens et sympathiques routiers, authentiques passionnés qui sont parvenus à garder la foi dans un pays pas toujours réceptif au Rock. L'album est court, mais qu'importe car la quantité n'a jamais fait la qualité. Ils réussissent là à faire un disque de pur Hard-rock, quasiment irréprochable, dont même les morceaux les plus "bulldozer" ont cette faculté d'envoyer le bois sans fracasser les esgourdes (enregistrement analogique ?). Messieurs Vivi et Moho ont réalisé un disque dont ils peuvent être fiers. Probablement l'un de leurs meilleurs depuis ... 👉 (lien) " Komando "



   Depuis que Heart a pris sa retraite (temporaire, puisque le groupe est annoncé au Hellfest), les sœurs Wilson ne chôment pas. La plus active en matière d'enregistrement, l'aînée Ann, revient avec un groupe, 
The Tripsitter, et un nouvel album. Un album parfaitement produit, doté d'un agréable confort d'écoute avec une définition exemplaire, parvenant à mettre en valeur tous les instruments, rend justice à la puissante voix de soprano d'Ann. Il y a longtemps qu'elle ne s'était pas autant impliquée dans un projet, et le résultat s'en fait sentir. C'est du bon, du très bon. Ann et ses Tripsitters réussissent un véritable tour de force en conférant au disque une belle modernité sans se défaire d'une certaine fibre organique, et sans tourner le dos à un précieux héritage. En l'occurrence, celui de Led Zeppelin, qui a toujours un sérieux poids sur les sœurs Wilson. En espérant que cela ne soit pas testamentaire car avec cet album inattendu, Ann et ses Tripsitters semblent avoir bien des choses à offrir. Une réussite qui ne cherche pas à s'appuyer sur tout ce qui a fait le succès (les succès) de Heart, encore moins à coller à ce qui est rabâché par les médias. Un disque honnête et sincère qui trouve son chemin entre des élans fusionnant pop-rock musclé et rock progressif saupoudré de sonorités heavy.

 En espérant que cela ne soit pas testamentaire car avec cet album inattendu, Ann et ses Tripsitters semblent avoir bien des choses à offrir. Une réussite qui ne cherche pas à s'appuyer sur tout ce qui a fait le succès (les succès) de Heart, encore moins à coller à ce qui est rabâché par les médias. Un disque honnête et sincère qui trouve son chemin entre des élans fusionnant pop-rock musclé et rock progressif saupoudré de sonorités heavy. 👉 lien " Another Door "



      "Event Horizon" est un bel album faisant fi des frontières, n'ayant aucun a priori pour piocher dans diverses sphères musicales. Parfois même, au détour d'un mouvement plus corsé, on s'attendrait presque à entendre surgir du heavy-symphonique ou simplement du Rush. Une musique d'apparence sophistiquée, notamment par de petits détails surgissant de part et d'autre, de changements de tonalités des guitares et des claviers sur un même morceau, qui demeure organique. Des morceaux passant souvent par des altérations de climats, les faisant évoluer d'une douce atmosphère d'aurore printanière à des ondées orageuses. "Event Horizon" est un univers fantastique, onirique, où des rayons de lumière pastels font briller et tournoyer poussière d'étoiles et ailes diaphanes des fées espiègles, où elfes et farfadets joueraient à taquiner trolls et gobelins apathiques. Un monde où le chant de Caroline évolue telle une ballerine réjouie dans un champs saturée de pâquerettes, de coquelicots, de crocus et de gentiane. 👉 lien " Event Horizon "




   Ayron Jones a un style bien à lui, fruit d'influences diverses bien digérées et d'un passé difficile et anxiogène. Un passé qui lui sert d'inspiration, lui permettant d'y puiser son énergie, jouant sa musique comme si c'était la voie de la rédemption. La musique d'Ayron portée par un flot de grosses guitares affamées, est temporisée par une sensibilité et une sincérité à fleur de peau. Pas nécessairement facile d'accès aux premières écoutes, car les petites excursions sur des voies pop-r'n'b ou carrément plus Metal peuvent être rédhibitoires. Même si une esgourde discrète a de grandes chances de dénicher rapidement dans la boutique de quoi la satisfaire. Avec "Chronicles of the Kid", il confirme qu'il est désormais un nom qui compte, fort d'une réputation accréditée par des concerts généreux et volcaniques - bien soutenus par une bande de desperados qui ne tiennent pas en place. 👉 (lien) 
"Chronicles of the Kid"

 


   Rival Sons
tape fort cette année avec deux albums, sortis à quelques mois d'intervalles. Deux galettes qui parviennent à offrir quelque chose de différent par rapport aux précédentes, tout en gardant un timbre immédiatement reconnaissable. Les deux ont été plébiscités (visiblement, les critiques acerbes dont ils ont été la cible à leurs débuts relèvent du passé) mais généralement la préférence semble aller au premier, le sombre "Darkfighter". Le chanteur Jay Buchanan a une vision éclairée des problèmes sociétaux actuels, et regrette amèrement - mais sans réelle colère - que désormais tout soit politisé, que l'opprobre soit si facilement jeté sur les uns comme sur les autres, que chacun se renferme dans ses convictions, certains d'avoir raison et d'être dans son bon droit, qu'il n'y ait plus vraiment d'écoute ni de discussions. Il n'est pas moralisateur pour autant, même si ses idées et sa propre spiritualité imprègnent parfois ses chansons. C'est probablement en toute conscience qu'il se présente en prêcheur roublard dans le 1er clip (presque un court-métrage dans le style Tarantino), sorti des mois avant l'album  (😁). Plus court, avec seulement 33 mn., "Lightbringer", est peut-être plus facilement abordable - plus lumineux ?. Pourtant, certaines pièces "à tiroirs" ont presque un côté progressif, avec notamment Scott "Fuzzlord" Holiday, qui offre quelques superbes plans de guitare acoustique (parfois un tantinet hispanisantes). Belle surprise. Rival Sons semble posséder ce qui faisait les grands groupes des années 70 : à savoir une authenticité et une probité qui leur permettaient de ne pas reproduire éternellement la même recette tout en préservant leur personnalité. 
☝ [lien / album antérieur]  "Feral Roots" (2019)



     A 73 ans, Paul Rodgers déboule avec un nouveau disque sous le bras. Certes, c'est du court , mais mieux vaut ça que de gâcher un ensemble par du remplissage. Et là, le Paulo, il débarque avec huit morceaux originaux, signé de sa seule papatte (dont deux co-écrits).  Rien de nouveau sous le soleil, rien de stupéfiant, rien pouvant rivaliser avec Free ou Bad Company (inégalables ?), juste un album pour se faire plaisir. Pour enfanter et présenter fièrement des compositions, avant qu'il ne soit trop tard et qu'elles soient perdues. Des chansons bien suffisamment bonnes pour être intégrées à un répertoire scénique. Il manque peut-être un peu de ferveur et de gnaque qui siéent si bien au (hard-)rock, apanage d'une certaine jeunesse, mais on sent bien que c'est un partie pris de Rodgers qui n'a probablement pas voulu s'aventurer sur des terrains belliqueux. 👉 lien " Midnight Rose "

 


   Ce bon vieux
Paul Personne, toujours aussi sympathique et humble, revient cette année avec deux albums. Deux galettes sans aucune composition originale. Rien que des reprises. Cependant, au lieu de taper dans les éternels classiques, monsieur René-Paul Roux, lui, préfère revisiter des chansons françaises qui lui tiennent à cœur. Et pas seulement celles des copains ou des artistes qu'il a côtoyé au cours de sa très longue carrière (premier 45 tours en 1969 avec la formation L'Origine), ou des titres à consonnances blues et/ou rock. Comme celle de "Il est mort le soleil" (pas tout jeune, ça) de Nicoletta en version instrumentale, qui démontre, si besoin en était, l'étendue de son immense feeling. Ou encore un "Vertige de l'Amour" sublimé aux accents de Tony Joe White et un "Les Crayons de Couleurs" d'Auffray aux délicieuses couleurs de southern-rock. Sans oublier un "Société Anonyme" de M'ssieur Eddy (de 1966 !) plus que jamais d'actualité dans une société ouverte à l'ultra-libéralisme, et la résurrection du "Soul Makossa" de Manu Dibango (écrit à l'origine en hommage à l'équipe de foot de son Cameroun natal) dans une veine latin-rock à la Santana. Une fois de plus, avec ces deux volumes de "Dédicaces (My Spéciales Personnelles Covers)", Paul Personne se place parmi les plus belles réalisations de l'année. 
☝ [lien / album antérieur] "Electric Rendez-Vous" (2015)



   Avec ce "Bad Luck and the Blues", postillonnant
 de saturations fébriles et grasses, il est désormais plus facilement concevable que le "Split" de Groundhogs soitt un des disques de chevet de Jones. On peut légitimement arguer du fait qu'on a fait mieux dans le genre Blues-rock éruptif, proche d'un hard-blues visqueux, dégoulinant de fuzz enflammée, que l'album comporte quelques menues longueurs, que tout n'est pas du même tonneau, mais qu'importe. Y'a suffisamment du bon pour susciter l'intérêt. Et puis cela fait toujours plaisir de voir un musicien prendre des risques, sachant très bien qu'il va déchaîner l'opprobre d'une frange de son public. En l'occurrence, ceux pour qui tout terme comportant l'attribut de "hard" ou "heavy" est une injure au bon goût. Ce qui n'a nullement empêcher l'album de gravir les hautes marches des charts. 👉 'lien) " Bad Luck and the Blues "


     Après un long silence, tant discographique que scénique du 
quatuor de County Down, ces Irlandais font une rentrée remarquée avec un superbe album. Peut-être leur meilleur depuis "Rise", le premier et remarquable essai. C'est un album
 marqué par un franc retour au hard-rock / Classic-rock, mais qui ne suit pas à la lettre les vieilles recettes sur lesquelles le groupe a établi sa réputation. Dorénavant, son hard-rock, toujours parfumé de Blues, s'étire vers des pâturages de rock alternatif et de pop musclé. Parfois, au détour d'un refrain ou d'un pont, surgit même l'image tutélaire des compatriotes de U2 (sous sa forme la plus rock). Plus totalement hard-rock, bien moins rageur, ce sixième album est pourtant probablement le plus personnel des Irlandais. Avec sept ans d'absence totale, The Answer aurait pu définitivement saborder leur carrière, néanmoins avec un disque de cet acabit, évitant tous les écueils des poncifs du hard-rock, des traits typiques et forcés, il resurgit plus fort que jamais et récupère sa place dans le peloton de groupes européens de Heavy-rock. 👉 lien " Sundowners "

 


   Le plus vieux groupe de rock'n'roll au monde ne veut toujours pas raccrocher. Mais qu'est-ce qui motive donc les Rolling Stones ? Et particulièrement le duo Jagger-Richards, qui affiche cette année 80 balais au compteur ? Le pognon, l'insatiable soif des mondanités, faire la une de la presse, ou simplement le goût de la musique, de monter sur les planches en offrant à un public acquis d'avance du matériel neuf ? Ou encore, comme un défi au temps, démontrer qu'on peut toujours jouer du rock à 80 ans (Ronnie n'en a que 76), sans nécessairement et exclusivement se reposer sur les vieux hits tant de fois joués. Qu'importe, les Stones ont réalisé un très bon album de rock qui, loin de la naphtaline, sent encore le cuir et le cambouis. Bien des groupes plus jeunes ne peuvent en dire autant. 

- Plus d’un demi-siècle après la sortie de leur premier album, les Stones ont su garder cet enthousiasme juvénile et cette fougue rythmique qui fit leur gloire. Sans atteindre le scintillement éblouissant de leurs chefs-d’œuvre, ce dernier album est loin d’être le diamant terne que l’on a décrit. Les Stones vécurent par le rock, ils mourront par le rock. Mais, n’en déplaise à certains, ce n’est pas encore pour aujourd’hui. Dixit Benjamin. 👉 lien " Hackney Diamonds "

 


   Les Babies Zeppelin persistent et signent. Cette année ils reviennent avec un disque dont la pochette semble relever un certain niveau d'ego (titre et patronyme gravés dans le marbre...) qui a désormais étreint la famille Kiszka et leur poto. Les photos promotionnelles paraissent corroborer cette impression (erronée ?). Le clip de "
Meeting the Master" prête même à sourire. Greta Van Fleet est un groupe qu'il est 
(était ?) de bon ton de vilipender, sur lequel déverser tout son fiel. Néanmoins, au fil des ans et des concerts donnés, le quintet parvient progressivement à se faire accepter. La bonne tenue de leurs albums et la qualité de leurs prestations (tous sont de très bons musiciens, sachant pratiquer divers instruments) finissent par convaincre les plus réticents - ou au moins, les amène à se faire tolérer. Ce dernier essai, troisième long-player, est sans surprise, dans la continuité du précédent  - mais pas nécessairement meilleur -. L'album contient un lot de très belles pièces superbement orchestrées, pérennisant un classic-rock en droite ligne de Led Zeppelin. Mais pas seulement. En effet, ce quintuplé de gamins talentueux, sans renier la bande à Jimmy Page (manquerait plus que ça 😁) revendique aussi fièrement l'influence des Free, The Who, Jethro Tull, Fairport Convention, Aerosmith, Hendrix,  ainsi que nombre de bluesmen et particulièrement les trois kings, Howlin' Wolf et Buddy Guy. Ils sont ainsi bien conscient que cela se reflète dans leur musique et le désavouent aucunement (maintenant, pour retrouver des ingrédients évoquant les bluesmen mentionnés ainsi que celles de Jimi, il faut aller chercher loin. Très loin). ☝ [lien / album antérieur] "The Battle at Garden's Gate" (2021)

 


   Extreme
, le quatuor qui, dans un laps de temps assez court, avait réussi à remettre le heavy-rock au goût du jour en plein tsunami "grunge" avec un excellent disque, "Pornograffitti", poussé par une poignée de titres imparables. Dont le puissant et vivifiant "Get the Funk Out" et la ballade intimiste "More Than Words" qui avait squatté les ondes de la planète pendant des mois. Retour cette année, après une absence discographique de quinze ans, avec un sixième album, sobrement baptisé "Six". Bien que l'influence de Queen n'ait jamais été aussi évidente (pour mémoire, le chanteur Gary Cherone et le guitariste Nuno Bettencourt ont posé les bases initiales de leur amitié sur une passion commune pour les premiers albums de Queen), et que c'est probablement l'album le plus proche de "Pornograffitti", "Six" est parfaitement implanté dans le paysage heavy-rock actuel. Bettencourt, sans se perdre dans l'esbroufe, est impérial, tandis que Cherone chante avec plus de subtilité qu'auparavant. ☝ 
[lien / album antérieur] "Waiting for the Punchline" (1995)



     Du haut de ses 78 ans passés et nanti d'une carrière qui débute dans les années soixante (avec notamment Procol Harum), Robin Trower ne veut toujours pas lâcher ses Stratocaster. Pour cette année, il a la bonne idée de collaborer avec l'énergique new-yorkaise Sari Schorr. Une puissante chanteuse de Blues-rock musclé, autrice de deux albums solo. S'il semblerait que jamais personne ne pourra remplacer le regretté James Dewar, le formidable bassiste-chanteur présent sur neuf albums de Trower, parmi les meilleurs, et les deux premiers de Stone The Crows, la voix âpre et robuste (virile ?) de Sari s'impose logiquement. Un apport salvateur, empêchant ce Blues-rock fébrile et boueux de s'enfoncer trop profondément dans un spleen maladif.  
☝ [lien / album antérieur] "What Lies Beneath" (2009)



     Autre vétéran (décidément...), à 76 ans James Newell Osterberg n'a pas encore dit son dernier mot. Et pas question de faire dans la complaisance ou la mièvrerie. En fait, n'ayant plus rien à prouver depuis des années, assis tranquillement sur une gloire durement acquise, profitant tranquillement de son aura, l'Iguane n'en fait qu'à sa tête. Rien que les quelques sommités de la sphère rock qu'il rameute - dont Chad Smith, Duff McKagan, Dave Navarro, Travis Baker, Stone Gossard, Taylor Hawkins - auraient suffit à susciter l'intérêt pour son dernier disque. Seulement, voilà, bien au-delà de la liste d'invités, "Every Loser" est un très bon disque, où Iggy semble jouir d'une nouvelle jeunesse. Cet énergumène, dont on a maintes fois prédit la fin de sa carrière comme de sa vie, paraît finalement increvable.  
« Every loser » est un album fait pour ceux qui aiment les deux facettes d’Iggy Pop. Dans ces grondements et entre ses hurlements, c’est toute la grandeur et la classe de l’ex-Stooge qui renaît ici . Dixit Benjamin.  👉 (lien) "Every Loser"

 

   Est-ce que chaque sortie de Gov't Mule serait, depuis quelques années, devenue un petit évènement ? Il semblerait. Même si ce dernier, "Peace... Like a River", n'a pas réussi à faire de vagues en son pays natal. Il est vrai qu'il n'y a pas de morceau particulièrement percutant, catchy, apte à séduire immédiatement les esgourdes. Et puis l'album est peut-être trop copieux avec un disque dépassant allégrement les 70 minutes et un Ep en bonus, "Time of the Signs", de près de 30 minutes (bien un cran en dessous de l'album). Ils sont comme ça chez Gov'T Mule : généreux. Là où d'autres auraient sorti deux disques - voire trois - au prix forts, la bande à Haynes & Abts préfère offrir carrément un Ep. Si les guitares de Haynes sont toujours aussi riches et pertinentes, et le jeu de Matt Abts particulièrement groovy, sur bien des morceaux, Jorgen Carlsson se déchaîne sur sa quatre-cordes (remarquable "After the Storm"), aidant alors à envoyer quelques pièces dans la stratosphère.   
☝ [liens / album antérieur] "Heavy Load" (2021) et/ou "Heavy Load" (2021)



   The Marshals
 
demeure ce trio de têtes brûlées, droits dans leurs bottes, qui aurait très bien pu sortir tels quels leurs disques dans les années 60. Vrai, car leur Blues terreux, franchement rustique, n'a pas d'âge. Il suffit de fermer les yeux, d'écouter sans rien savoir de l'équipe officiant, pour se croire en présence de ces trublions chers au label Fat Possum. Sans oublier le talentueux héritier Cedric Burnside. On pense aussi à John Lee Hooker, celui des années 50 et 60, et Slim Harpo dans une approche plus tendue et nerveuse ; presque Punk. The Marshals, c'est simplement du Swamp-punk-rock-hill-country-bluesy. 
C'est tel un combo de prolétaires enchaînés à leur vieille terre, aux dos brisés par le labeur et la chaleur des jours, aux cous et aux faciès burinés par un soleil sans merci. Des durs à cuire, des durs à la douleur, puisant dans leur musique de quoi rendre leurs prochaines journées supportables. A croire que le Hill Country Blues ne s'est jamais extirpé des terres défraichies du nord du Mississippi, mais des campagnes embrumées bourbonnaises. C'est cru, rouillé, direct, sans aucun ornement, sans rien de superflu ; ça va droit à l'essentiel. 👉 (lien) " Le Ptit Cham Session


Liste forcément incomplète (et qui ne manquera pas de chagriner certains), qui pourrait justifier des mois plus tard, d'une seconde complémentaire. 


8 commentaires:

  1. Shuffle Master3/1/24 13:38

    "Le jeu de Matt Abts particulièrement groovy": quel farceur, ce Bruno.... Impayable. Je vais écouter le Paul Personne, tiens, dont Société anonyme, que j'aime bien.

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    1. Oui, j'ai été un peu modeste sur Abts. J'aurais dû légitimement rajouter "phénoménal" ☺

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  2. Ton petit récap attise ma curiosité , d'autant qu'a part le dernier Gov't Mule ( acheté sur les conseils de Shuffle!) je n'ai rien écouté parmi les disques nommés. Le dernier Laurence Jones , je vais regarder ça de plus près, j'avais un peu laissé de côté le garçon bien que possédant trois disques dont l'excellent "Temptation" (2014) enregistré avec la section rythmique de feu Royal Southern Brotherhood . Du Blues rock d'excellente facture . Pour le reste j'ai du mal avec Rival Sons , je leur préfère les irlandais de The Answer . De Wolff me semble aussi intéressant , je vais écouter ça. Pour les Stones , j'ai décroché depuis qu'ils n'ont plus de guitariste digne de ce nom , je veux dire depuis Mick Taylor!

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    1. Oui, Shuffle est un grand fan (de la 2sde heure). Il a d'ailleurs les deux premiers, ce qui, - il faut bien le reconnaître - n'est pas donné à tout le monde.

      Attention : une grosse différence entre "Temptation" de Laurence Jones et le petit dernier de cette année.

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    2. Shuffle Master.5/1/24 09:41

      Pareil que JP pour Rival Sons, et The Answer, du moins pour le premier. En ce qui concerne la grosse commission Warren, il a sacrément fondu dans les dernières vidéos... Maladie?

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    3. C' est vrai que Haynes a pris un bon coup de vieux ces derniers temps ! Visage émacié , bedaine presque disparue .....Bon peut-être juste les années , il a 63 ans , associé à un régime et puis tiens il a décidé de maigrir juste pour t'emmerder Shuffle , depuis le temps que tu tiens des propos désobligeants sur ce pauvre Warren , il a sans doute eu vent de tes méchancetés !
      Sur ce , j'en profite Happy New Year!

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  3. "la grosse commission Warren"... ça fait 15 ans que tu la places celle-ci, elle me fait toujours marrer !

    Bon, du coup, j'ai découvert grâce à Bruno que Paul Personne avait sorti non pas un mais deux albums. Il y a de très bonnes choses, j'aurais tout de même essayer de regrouper les douze meilleurs sur un seul disque. Paradoxalement, j'ai trouvé le "Banlieue boogie" d'Higelin moins pêchu et intéressant que l'original, dommage, le Paulo était là en terrain conquis. "Bidonville", "Vertige de l'amour", "Les crayons de couleurs"... très belles versions qui sonnent 100% Paul Personne, totalement réappropriées.

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    1. Je te rejoins sur le Paul Personne - et effectivement, un peu étonnant ce "Banlieu Boogie" ; on attendait plus. La faute à Paulo qui nous a tant habitué à de si belles choses.

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