vendredi 1 mai 2026

PROJET DERNIÈRE CHANCE de Christopher Miller et Phil Lord (2026) par Luc B.


Dis comme ça : je suis allé voir le dernier film des réalisateurs de LA GRANDE AVENTURE LEGO, ça vous fissure une réputation. Christopher Miller et Phil Lord sont aussi à l’origine de TEMPÊTE DE BOULETTES GÉANTES et de l’adaptation bof cinoche de 21 JUMP STREET. Il est bon de rappeler cet historique, parce que PROJET DERNIÈRE CHANCE risque d’en désarçonner plus d’un, à commencer par votre humble et pourtant tolérant serviteur.

Gloubi-boulga improbable de blockbuster SF, huis-clos spatial et métaphysique, comédie potache. Ingrédients déjà utilisés par Bong Joon-ho dans MICKEY 17, que j’avais bien aimé - j'étais à peu près le seul...

De quoi s’agit-il ? Ryland Grace, un ponte de la chimie moléculaire mais simple prof de science en collège, se réveille d’un coma profond à bord d’un vaisseau, loin, très loin de notre galaxie. Ses deux compagnons de route non pas survécu au voyage. Grace est seul, azimuté, hirsute, pris de panique, c'est quoi ce cauchemar ? Flash-back...

Il avait été recruté (aux forceps) par Eva Stratt pour apporter ses compétences à une mission aussi sensible que secrète : sauver la Terre. Car le soleil perd son énergie, aspirée par on ne sait quoi. Notre température risque de perdre 20 degrés, seuls les vendeurs de doudounes s’en réjouissent.

Le phénomène serait du aux astrophages, genre de micro-organismes qui bouffent tout, et dont Ryland Grace est justement spécialiste. Notre soleil, les étoiles en sont victimes, sauf une : Tau Ceti. C’est là-bas qu’il faut aller élucider le mystère, à 11,9 années lumières, prévoyez le casse-croûte. Le carburant embarqué ne permet que l’aller, pas le retour. Une mission suicide, donc…

PROJET DERNIÈRE CHANCE c’est la rencontre de Kubrick et de Mel Brooks. Une fable métaphysique, par moment contemplative, les engins n’y dansent pas sur une valse mais sur du tango, les références à 2OO1 y sont légions (le sas de décompression, la marche à l’envers, la combinaison, le décès des compagnons, la voix synthétique) comme à STAR WARS, E.T., LA PLANÈTE DES SINGES, SOLEIL VERT et j’en passe. Mais le ton est résolument rigolo, l’acteur Ryan Gosling (également producteur) s’y amuse comme un fou, et passé un moment de gêne, nous aussi. 

Les scènes en flash-back, sur Terre, avec la communauté scientifique, les expériences en labo, ne sont pas ronflantes, souvent drôles, tiennent presque du gag, sérieux s’abstenir. Il y a chez Ryland Grace un côté Mac Gyver de la biologie, la témérité en moins. Scène géniale où il comprend qu’on ne lui laisse pas le choix (« où est problème ? vous n’avez pas de famille, d’amis, ni de chien... ») c’est lui qui partira sans billet de retour. Bruce Willis, lui, ne fuyait ses responsabilités, et se sacrifiait pour l’humanité sans frémir.

Le récit bascule lorsque Grace se retrouve face à un autre vaisseau, comme surgi de nulle part, qui le suit comme un aimant, une cathédrale de tubes dorés, qui tente d’entrer en communication en envoyant des sondes (qui tournoient comme un certain tibia lancé par un primate...).

La séquence est très belle, angoissante (ce tunnel), surprenante. Les réalisateurs ont proscrit le numérique, sont revenus aux fondamentaux du cinéma, prises réelles, transparences, effets photographiques. Le film est visuellement superbe. Grace se retrouve face à un alien qu’il surnomme Rocky, un bloc de pierre à cinq pattes, qui émet les mêmes sons que Chewbacca ou qu'un estomac affamé, et tressaute comme D2R2. What the fuck ?! On se fout de qui ? George Lucas* sort de ce corps ! Grace scanne les fréquences sonores du gros cailloux, les traduit en sons, en syllabes, en mots. Ils vont pouvoir communiquer et travailler ensemble. Car Rocky a le même problème d’astrophages sur sa planète.

Jolie trouvaille : il lui faut une voix à cet alien. Grace en essaie plusieurs, dont celle de Meryl Streep (« elle sait tout jouer ! » dira-t-il), mais finalement opte pour une voix masculine, posée, limite hautaine, qui rappelle l’ordinateur Hall 9000 dans 2OO1 en moins anxiogène.

On est un peu déphasé devant ce qui s’apparente à une resucée de E.T. avec cet alien gentil et gaffeur, qui fera marrer les moins de 8 ans. Mais ça finit par fonctionner car Miller et Lord y croient à leur buddy-movie spatial, vont au bout de leur délire, un huis clos improbable mais habilement entretenu par l’intrigue, l’action, filmée à l’ancienne (ça fait un bien fou !). On n’évitera pas les moments émotions un peu faciles sur la fin (E.T. et son gros cœur rouge qui bat…) ni les gags potaches pipi caca. 

Derrière les fanfaronnades du héros très cool (Ryan Gosling a tout de même un charme fou) le film arrive à rendre ce sentiment de solitude chronique, cette angoisse face à l’immensité, au vide, à l’inconnu, une plongée vers un ailleurs nourrie de questions existentielles. Le film est long, oui, mais bien rythmé et riche en péripéties. J’aurais une réserve sur la fin. Pas l’épilogue savoureuse entre Grace et Rocky, au second degré assumé, mais sur ce qui se passe sur Terre.

L’aventure de notre astronaute amateur est incroyable au sens strict du terme. On repense au dernier chapitre de LA PLANÈTE DES SINGES, le roman, pas le film. Qui semble avoir inspiré Andy Weir, auteur de la nouvelle ici adaptée, qui avait aussi écrit SEUL SUR MARS (adapté par Ridley Scott). L’angoisse finale qui suinte du film naît parce que Ryland Grace est le seul à savoir, et qu’il ne pourra jamais le raconter. Elle était là, la clé. Fallait-il une conclusion rationnelle, sans mystère, réconfortante, le bon vieux happy end ? Ce que Kubrick avait justement évité.

On parle parfois d’ovni cinématographique. J’en ai vu un, et je le prouve ! On accroche, ou pas. Un spectacle totalement débile, ou au contraire merveilleux, au sens du conte, pas si naïf, divertissant.


Couleur - 2h40 - format scope 1:2.39 / 1:2.20 / 1.1:90 / Imax (oui, un joyeux bordel !)

les réalisateurs préparaient un épisode de la franchise Star Wars, une production George Lucas donc, et ont été finalement virés du tournage à cause de leur façon de faire, plus proche d’un Michel Gondry que d’un James Cameron.

2 commentaires:

  1. Shuffle Master.1/5/26 10:24

    Un peu (voire une bonne dose) de second degré ne peut pas faire de mal. Gosling fait vraiment le grand écart dans ses rôles (Drive, Ken, La la land, et celui-ci).

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  2. Gosling est à l'origine du film, il rêvait d'adapter cette histoire depuis plusieurs années, va savoir pourquoi... Mais le résultat est assez gonflé, osé, et miracle, alors que tout le monde lui prédisait un bide, le film a cartonné aux US. "Drive" c'est formidable, finalement un bon vieux Film Noir, il y a quelques décennies on aurait dit une excellente série B.

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