De quoi
s’agit-il ? Ryland Grace, un ponte de la chimie moléculaire
mais simple prof de science en collège, se réveille d’un coma
profond à bord d’un vaisseau, loin, très loin de notre galaxie. Ses deux compagnons de route non pas survécu
au voyage. Grace est seul, azimuté, hirsute, pris de panique, c'est quoi ce cauchemar ? Flash-back...
Le phénomène serait du aux astrophages, genre de micro-organismes qui bouffent tout, et dont Ryland Grace est justement spécialiste. Notre soleil, les étoiles en sont victimes, sauf une : Tau Ceti. C’est là-bas qu’il faut aller élucider le mystère, à 11,9 années lumières, prévoyez le casse-croûte. Le carburant embarqué ne permet que l’aller, pas le retour. Une mission suicide, donc…
Les scènes en flash-back, sur Terre, avec la
communauté scientifique, les expériences en labo, ne sont pas ronflantes,
souvent drôles, tiennent presque du gag, sérieux s’abstenir. Il y a chez Ryland Grace un
côté Mac Gyver de la biologie, la témérité en moins. Scène
géniale où il comprend qu’on ne lui laisse pas le choix (« où
est problème ? vous n’avez pas de famille, d’amis, ni de
chien... ») c’est lui qui partira sans billet de retour.
Bruce Willis, lui, ne fuyait ses responsabilités, et se sacrifiait
pour l’humanité sans frémir.
La séquence est très belle, angoissante (ce tunnel), surprenante. Les réalisateurs ont proscrit le numérique, sont revenus aux fondamentaux du cinéma, prises réelles, transparences, effets photographiques. Le film est visuellement superbe. Grace se retrouve face à un alien qu’il surnomme Rocky, un bloc de pierre à cinq pattes, qui émet les mêmes sons que Chewbacca ou qu'un estomac affamé, et tressaute comme D2R2. What the fuck ?! On se fout de qui ? George Lucas* sort de ce corps ! Grace scanne les fréquences sonores du gros cailloux, les traduit en sons, en syllabes, en mots. Ils vont pouvoir communiquer et travailler ensemble. Car Rocky a le même problème d’astrophages sur sa planète.
Jolie trouvaille : il lui faut une voix à cet alien. Grace en essaie plusieurs, dont celle de Meryl Streep (« elle sait tout jouer ! » dira-t-il), mais finalement opte pour une voix masculine, posée, limite hautaine, qui rappelle l’ordinateur Hall 9000 dans 2OO1 en moins anxiogène.
Derrière les fanfaronnades du héros très cool (Ryan Gosling a tout de même un charme fou) le film arrive à
rendre ce sentiment de solitude chronique, cette angoisse face à
l’immensité, au vide, à l’inconnu, une plongée vers un ailleurs nourrie de
questions existentielles. Le film est long, oui, mais bien rythmé et
riche en péripéties. J’aurais une réserve sur la fin. Pas
l’épilogue savoureuse entre Grace et Rocky, au second degré assumé, mais
sur ce qui se passe sur Terre.
L’aventure de notre astronaute amateur est incroyable au sens strict du terme. On repense au dernier chapitre de LA PLANÈTE DES SINGES, le roman, pas le film. Qui semble avoir inspiré Andy Weir, auteur de la nouvelle ici adaptée, qui avait aussi écrit SEUL SUR MARS (adapté par Ridley Scott). L’angoisse finale qui suinte du film naît parce que Ryland Grace est le seul à savoir, et qu’il ne pourra jamais le raconter. Elle était là, la clé. Fallait-il une conclusion rationnelle, sans mystère, réconfortante, le bon vieux happy end ? Ce que Kubrick avait justement évité.
On parle parfois d’ovni cinématographique. J’en ai vu un, et je le prouve ! On accroche, ou pas. Un spectacle totalement débile, ou au contraire merveilleux, au sens du conte, pas si naïf, divertissant.
* les réalisateurs préparaient un épisode de la franchise Star Wars, une production George Lucas donc, et ont été finalement virés du tournage à cause de leur façon de faire, plus proche d’un Michel Gondry que d’un James Cameron.






Un peu (voire une bonne dose) de second degré ne peut pas faire de mal. Gosling fait vraiment le grand écart dans ses rôles (Drive, Ken, La la land, et celui-ci).
RépondreSupprimerGosling est à l'origine du film, il rêvait d'adapter cette histoire depuis plusieurs années, va savoir pourquoi... Mais le résultat est assez gonflé, osé, et miracle, alors que tout le monde lui prédisait un bide, le film a cartonné aux US. "Drive" c'est formidable, finalement un bon vieux Film Noir, il y a quelques décennies on aurait dit une excellente série B.
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