Voilà un sujet qui n’est pas
souvent traité, ou alors en périphérie. Comment reconstruit-on une famille autour d’un enfant ? Qui incorpore-t-on dans la smala ? Une configuration qui interroge Alex, jeune veuf avec deux enfants. A moins que le sujet soit autre, comment une femme accueille un enfant qui n'est pas le sien ? Tout est question de point de vue.
Alex part à la maternité avec sa femme, sur le point
d’accoucher. Le couple laisse leur fils Elliot (5/6 ans ?) à leur
voisine Sandra, pas très ravie, mais bon. Vous savez, les fameux « si un
jour j’peux aider, n’hésitez pas » qu’on lance pour
faire bien, poli, et qu’on regrette ensuite… Mais qui pour elle va changer beaucoup de choses.
Le face à face entre
Elliot, plutôt mignon et pas con, et Sandra, célibataire par
conviction, est savoureux. On est tout de suite frappé par le
naturel qui se dégage des échanges, sans filtre. Mais il commence à
se faire tard, ce serait bien que le papa revienne récupérer le
marmot.
Quand Alex sonne enfin, il apparait figé, en larmes toutes
contenues : sa femme est morte en accouchant. Comment annoncer la nouvelle à Elliot ? Pas besoin, quand
son père lui dit, cherchant ses mots « il faut que je te dise
en truc triste à propos de maman » le gamin répond du tac au
tac : « Elle est morte ? ». Quelle belle scène, tout en pudeur, et tragique à la fois.
La mise en scène
circonscrit d’abord l’espace à un palier, et deux portes
d’appartements qui se font face. Un palier qu’Elliot franchit de
plus en plus. Pas sûr qu’il retrouve en Sandra la maman qu’il a
perdue, le film est plus subtil que ça, mais un repère, une copine, une copine adulte
(plan où ils sont sous la table). Un lien se tisse, improbable, le duo rejoint par Alex devient trio. Et le scénario ne va pas cesser
d’évoluer, convoquant d’autres personnages, c'est peu dire que les seconds rôles sont choyés.
La belle mère d’Alex
(excellente Catherine Mouchet), celle de Sandra (Marie Christine
Barrault), et puis quand on apprendra qu’Alex n’est pas le père
d’Elliot, on va découvrir le père biologique, David (Raphaël
Quenard). Les deux papas auront une très belle scène entre eux, au sujet de la
répartition de la garde. Petit à petit le film devient chorale.
Sandra, la libraire féministe, qui parle parfois avec des slogans de manif, dont le célibat était la religion, devient le centre
d’attraction, celle qui apaise, guérit les plaies. Et qui refusera
avec beaucoup de tact les élans libidino-amoureux d’Alex. Trop simple, trop
évident. Sandra ne veut pas d’un amour
qui serait naît d’une frustration.
Une autre femme va combler ce vide
affectif, la pédiatre Emillia (Vimala Pons pleine de charme) qui
apporte piment et joie de vivre. Mais pas facile pour elle de trouver
sa place dans le coeur d’Alex, qui déborde déjà d’amour pour sa fille, son beau-fils, sa voisine (très belle scène de
l’album photo). Quand il le faut, Carine Tardieu laisse tourner la caméra, joue sur la durée du plan, comme ce plan fixe sur Alex au moment de la fausse couche et la voix d'Emillia hors champ.
Quand le film s’aère du côté de Cancale,
certains moments (le repas, le mariage) ont un charme fou, même si
derrière la légèreté pointe toujours l’incertitude de pouvoir
retrouver l’équilibre et le bonheur. Le mantra de Sandra :
« Ton boulot s’est d’être heureux ».
La réalisatrice
Carine Tardieu (DU VENT DANS LES MOLLETS, LES JEUNES AMANTS) trouve
toujours la bonne distance, le ton qu’il faut pour ne pas tomber
dans le mélo, le sirupeux. Et si ça fonctionne si bien, c’est
aussi grâce aux acteurs. Pio Marmaï déploie une palette de jeu
sensible, Valeria Bruni Tedeschi est comme souvent parfaite, trois
clopes au bec par plan, même le gamin est bon, c'est dire.
L’ATTACHEMENT aurait pu être réalisé par le japonais
Kore-Eda, qui s’est beaucoup interrogé sur la famille, dans son
sens le plus large. Alex convoque autour de lui un tas de pièces
rapportées, et en redéfinit les liens malgré lui pour préserver
et entourer ses enfants d’affection. Film sur le deuil, la
résilience, mais tout simplement sur les rapports humains, de tous
âges, réalisé tout en délicatesse.
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