mercredi 26 avril 2023

POTLIQUOR (aka Pot Liquor) " Levee Blues " (1972), by Bruno




- Luc : "ça y est ! il recommence avec des groupes sortis de nulle part ! Jamais vus à la télé ! Ni même dans la presse !"

- Pat : "Putaingue ! ça fout les j'tons !!"

- Claude : "J'suis sûr qu'il invente... J'me demande s'il ne serait pas un peu complotiste... "


     Effectivement, un groupe obscur mais qui a tout de même réussi à sortir quatre albums. Et s'il n'a jamais réussi à s'exporter hors des frontières américaines, il jouit d'une très bonne réputation scénique, a été pris en tournée par certaines des meilleures formations rock de l'époque, invité par des festivaliers (il participe en 1972 au fameux festival Mar Y Sol à Porto Rico, celui-là même où ont été captées parmi les pistes live les plus brûlantes de la décennie, celles de "Ot' n' Sweat") et la télévision, et diffusé assez régulièrement par diverses radios dans plusieurs états. On lui promettait un bel avenir jusqu'au jour où leur manager, par ailleurs producteur, décède dans un accident de voiture. Très impliqué depuis la genèse du groupe, il était l'élément stable, celui qui savait apaiser les tensions. Hélas, son absence eut tôt fait d'avoir raison de la cohésion du groupe qui se délite rapidement en conflits qui vont crescendo jusqu'à la dissolution, intervenant quelques mois après la sortie d'un troisième album.


   Le groupe en question, c'est Potliquor, un très bon quatuor originaire de Baton Rouge, Louisiane, qui avait toutes les qualités pour se positionner tranquillement parmi les meilleures formations de Southern-rock. Une réunion de musiciens déjà rompus aux prestations en public, maîtrisant aussi bien le Blues-rock que le rock'n'roll, se fondant aussi aisément dans un Southern-rock - encore en gestation - que le Heavy-rock. Une aisance dans les genres, flirtant même avec la Soul de la même façon que les grandes formations à la Delaney & Bonnie et le Grease Band, rendue possible par des musiciens chevronnés, également chanteurs. Cependant, George Ratzlaff se distingue de ses collègues par une voix basse et assez granuleuse, à mi chemin entre Tony Joe White, Toy Cadwell, Donnie McCormick et Danny Joe Brown avec quelques intonations à la Ray Charles (ce dernier étant une influence marquante de Ratzlaff).

     Le premier album, "First Tate" de 1970 - au demeurant très bon - est malheureusement tout de même grevé par un milieu de disque plutôt bancal. A croire que la formation avait gardé un pied enlisé dans une fange (non nauséeuse) de pop-rock psychédélique un peu datée (notamment "The Raven...", inspirée par la nouvelle du même nom d'Edgar Alan Poe, qui a le goût amer d'une imitation foirée de Gun). Le long et encombrant break de percussions, ressemblant vaguement à une fusion bâclée et échouée, une mayonnaise ratée des percussions de "Chasing Shadows" du Deep-Purple Mark I et celles de Santana, leste terriblement cet album, l'empêchant de prendre son essor. Toutefois, en dépit de quelques erreurs d'appréciation - qui devaient probablement avoir de l'effet sur scène -, le groupe fait preuve d'une belle maîtrise et de professionnalisme. Il lui manque bien peu pour passer au niveau supérieur. Ce qu'il fait aisément avec le suivant.

     Contrairement à la tendance de l'époque qui incitait les groupes à sortir pratiquement deux albums par an, Potliquor lui prend son temps et son second essai n'est édité que deux ans plus tard. Enfin, précisément, les séances d'enregistrement ont débuté en début d'année, mais pour respecter les engagements et par là même faire rentrer des pépettes, elles s'étalent jusqu'en août. Le produit final n'est proposé aux disquaires qu'en 1972. Mais ça valait la peine d'attendre, car si ce "Levee Blues" est communément considéré comme le meilleur du groupe, ce n'est pas sans raison. C'est même un gros morceau. Suffisamment pour être élevé au rang de classique par de nombreux amateurs de Southern-rock et de Classic-rock 70's. Outre les reprises qui égrènent l'album, c'est George Ratzlaff qui impose sa patte. Multi-instrumentiste (en plus des claviers, de l'harmonica et de la guitare rythmique, qu'il joue sur l'album, il peut aussi s'asseoir derrière une batterie), chanteur et auteur-compositeur, il s'impose tout naturellement sur cet album en présentant les morceaux qui ne sont pas des reprises, et notamment en offrant le seul hit au groupe. La jalousie ou l'ego de certains envenimeront les relations, poussant Ratzlaff à s'effacer. Jusqu'à son éviction - ou son départ. Ce qui sera fatal à la formation. D'ailleurs son absence pour la résurrection de 1979, aura pour conséquence de présenter un groupe plutôt mou, sans saveur, sans énergie, sans relief. Cette nouvelle mouture sera éphémère, ne trouvant pas son public, et l'ancien déçu lui tournant le dos.  


     Reste ce brillant "Levee Blues", débutant par un "Cheer" enlevé, dans la lignée d'un Delaney & Bonnie, un poil plus corsé et bluesy. Ce sera le seul hit du groupe, le seul à s'infiltrer dans le top 100. La légende raconte qu'à l'origine, la chanson n'était pas prévue pour être intégrée à l'album. Ce n'aurait été qu'une jam. Peu probable. A la limite, la première partie, où on entend effectivement les instruments se greffer successivement au piano de Ratzlaff. Mais par la suite, avec l'incrustation des cuivres puis le soutien du trio de choristes, c'est difficile à croire. Il est plus vraisemblable que cela ait été le fruit d'une ébauche peaufinée en studio. Dans la continuité, "The Train" envoie un boogie rutilant et entraînant, sur un lit de piano honky-tonk, pour acheminer son petit monde dans une tournée des clubs pour festoyer toute la nuit.

   La chanson éponyme est celle qui embrasse le plus franchement le Hard-rock. Au point d'avoir la saveur d'une fusion entre Eric Quincy Tate et Mountain. Le riff particulièrement gras, sorte de "Mississippi Queen" plus élaboré, et la basse fuzzy et baveuse, en sont les principaux responsables. Deuxième fois depuis 1970, que le guitariste Les Wallace, signe une chanson (co-écrite avec Ratzlaff), et sa meilleure contribution. Pour rester dans le lourd, la formation leste de plomb "Rooster Blues" pour en faire un pondéreux Blues faisant de l'œil  à Cactus comme une vulgaire aguicheuse sans pudeur... mais plus pour le détrousser que pour l'amadouer.

   En comparaison, le rock'n'roll qui suit, "Chattanooga", paraît bien léger, évoquant presque les Beach Boys. On connait les versions "You're no Good" par Dee Dee Warwick, Dusty Sprinfield, Linda Ronstadt, Van Halen (Lee Aaron en a aussi fait récemment une très bonne version), mais celle pourtant ô combien savoureuse de Potliquor est tombée dans l'oubli. Une chanson qui leur tient à cœur, car déjà présente sur l'album précédent, dans une version plus lourde, qui ferait quasiment passer celle de Van Halen pour une chanson (power) pop, et débridéeLà, rognée de près d'une minute, elle se recentre sur l'essentiel et se présente alors comme l'une des meilleures versions qui existent. 

   Pour rester dans les reprises, la présente version de "Lady Madonna" quitte le sein des Beatles pour épouser le Rock généreux de Joe Cocker. Un beau final avec un solennel "Beyond The River Jordan" (George deviendra un chrétien engagé). Un morceau quasiment acoustique - piano-chant - proche d'un Elton John inspiré, sur lequel se glissent quelques violons pondérés, qui ne donnent de la voix qu'une fois la batterie immiscée pour un coda plus expansif.

Potliquor rejoint sur scène par Dickey Betts et Gregg Allman

     L'album suivant, comme son titre l'indique, "Louisiana Rock'n'roll", est plus... rock'n'roll. Cependant, la formation a au passage considérablement perdu de sa rugosité. Un polissage qui trahit l'envie d'élargir l'auditoire, de pénétrer plus facilement les radios en se faisant plus mainstream. Mais il y a visiblement une crise interne, probablement aussi responsable du relatif adoucissement. Ratzlaff est d'ailleurs un peu mis de côté, avec seulement trois de ses compositions incluses, et il contient désormais ses ardeurs au chant. Mais même ses propres compositions ont été assainies, les parfums de Blues-rock rêche étant bien atténués. Toutefois, deux de ses chansons, "Waitin' for me at the River" et l'éponyme "Louisana Rock'n'roll" sont parmi les meilleures de l'album. Au contraire de celles du guitariste Les Wallace, qui en place aussi trois, qui dénotent par un chant léger, anémié. Le Blues pointe néanmoins le bout de son nez pour deux très bonne pièce. Avec "Taj and Jimmy's Blues", collage en hommage à Taj Mahal et Jimmy Reed, et la scie "Born Under a Bad Sign" dans une version personnelle particulièrement réussie, bien plus en phase avec le Heavy-rock que le Chicago Blues. Une petite pépite.

     Avec ses deux premiers efforts, et plus particulièrement "Levee Blues", et en dépit d'un "Louisiana Rock'n'Roll" inégal, Potliquor avait toutes les qualités requises pour être l'un des dignes représentants d'un Southern-rock (il a parfois été présenté comme l'un des premiers du genre) qui n'allait pas tarder à prendre son essor. Mais un coup du sort et des dissensions internes ont en décidé autrement. 

No.Titre
1."Cheer"George Ratzlaff4:52
2."The Train"George Ratzlaff3:28
3."Levee Blues"Les Wallace, George Ratzlaff4:03
4."Rooster Blues"Willie Dixon6:34
5."Chattanooga"George Ratzlaff3:06
6."Lady Madonna"J. Lennon - P. McCartney3:59
7."You're No Good"Clint Ballard Jr3:59
8."When God Dips His Love in My Heart"W. S. Stevenson0:57
9."Beyond the River Jordan"George Ratzlaff3:55




🎼💄

2 commentaires:

  1. Salut ! J'ai lu avec intérêt ta chronique sur ce disque de Potliquor . Groupe qui ne m'est pas inconnu , je possède le premier disque et suis assez d'accord avec toi en ce qui concerne ce premier effort. Dommage que ce " Levee Blues" soit impossible à trouver désormais ! quoiqu'il en soit Potliquor est un second couteau dans la riche famille du southern-rock

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    1. Yo, JP.
      On doit pouvoir le trouver en occase. Et il vaut vraiment le détour (à mon sens) ; c'est bien meilleur que le premier.

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