mercredi 9 octobre 2019

STEREOPHONICS "Just Enough Education to Perform" (2001), by Bruno


     Les Stereophonics ... le petit trio Gallois originaire de Cwmaman - village d'un millier d'âmes - est aujourd'hui un peu boudé, alors qu'il y a quelques années, qu'on apprécie ou pas, tout le monde connaissait. Enfin, pour ceux qui écoutent et s’intéressent un tant soit peu la musique. Quoi que même ceux qui se contentent généralement d'une simple écoute des ondes, puisqu'il avait réussi à fourguer une poignée de singles qui passaient quasiment en boucle sur les radios. Evidemment, pas les radios de merde qui n'existent que pour diffuser les professionnels qu'elles sponsorisent entre deux plages de publicité de dix minutes et des commentaires gras de décérébrés.
G à D : Jones, Jones & Cable

     Pourtant la presse n'a pas été toujours tendre avec ce groupe. La raison ? Principalement, le tort d'avoir débuté avec un album brut de décoffrage, dégoulinant de riffs gras et baveux, et d'avoir dès le suivant gagné en succès, élargi leur audience grâce aux ballades et en prenant une tournure un peu plus Pop. En fait, avec des titres comme "Just Looking", "Hurry Up And Wait", "I Wouldn't Believe Your Radio"" et "Is Yesterday, Tomorrow, Today ?", ces Gallois auraient succombé aux sirènes du succès. Leur second essai, "Performance And Cocktails" est six fois disque de platine au Royaume-Uni.
Les critiques Anglaises sont connues pour être parfois intransigeantes, impitoyables et même injustes. Quelques unes avaient même été impitoyables dès leur premier essai, les jugeant comme sonnant trop "américains" (?) et/ou trop seventies. En fait, le trio Gallois ne rentrait alors dans aucun de ces moules trop étroits conçus par cette même presse. Ash (formation d'Irlande du Nord) eut à peu près le même genre de déboires.
Kelly Jones, l'auteur des textes et compositeur, répondra à sa façon, avec une chanson. En l'occurrence, "Mr Writer", présent sur ce troisième disque, "Just Enough Education to Perform", qui va pousser le bouchon un peu plus loin. Rien à faire des critiques. Le trio suit son instinct et surtout ses envies. Et si ça sonne plus Pop, qu'il y a des ballades qui écorcheraient les tympans de certains, qu'importe ! On ne peut plaire à tous. Encore moins à ceux de mauvaise foi et aux jaloux. Et puis, Stereophonics, lui, n'a pas l'impression de composer des ballades, et se voit encore moins comme un groupe Pop. Faut pas charrier ! Les belligérants expliquent leur évolution par leur seul désir de ne pas se cantonner à un seul tempo, et tout simplement par une évolution naturelle les amenant à une meilleure maîtrise, voire une certaine maturité.

   Bref, si les critiques ont pu les atteindre, cela ne les empêche pas de faire ce qu'ils veulent. L’appât du succès et du gain ? Plausible, mais lorsque l'on compose d'aussi bons morceaux, qu'importe si c'est Pop, Rock, Slow, ou Power-pop. Qu'importe le flacon tant qu'on a l'ivresse.

     Ainsi donc, ce troisième album des Gallois va faire couler beaucoup d'encre. Et en particulier dans la presse britannique, qui a souvent déployé beaucoup d'efforts négatifs sur leurs "têtes de Turc" (dont fit partie Led Zeppelin et Queen). Et les quelques singles qui vont squatter les radios ne vont pas arranger les choses. "Les Stereophonics sont des vendus !". Evidemment, quel désespoir de constater que cette humble formation, à qui on prédisait une carrière éphémère, était tranquillement et durablement en train de s'installer dans le paysage musical. Malgré leur acharnement à les démolir (histoire bis repetitam)
Heureusement que d'autres sont plus objectifs, regrettant seulement de ne pas y retrouver l'énergie des débuts mais admettant néanmoins que c'est un très bon album.

     Pourtant, en dépit de tous les griefs dont ils ont fait l'objet, ce trio d'amis d'enfance - clamant qu'il a grandi avec la bière et au son des Creedence et Led Zeppelin - reste relativement fidèle à son son. On a juste réduit le taux de saturation, un peu comme si Kelly Jones avait troqué une Fuzz furibonde pour une chaude overdrive. Et puis, oui, la formation a inversé le quota Ballades et Rock offensifs. La raison en revenant à Kelly qui a voulu goûter à des ambiances plus boisées, à des lumières tamisées, en se produisant seulement accompagné d'un pianiste, Marshall Bird, qui était invité sur le présent album. L'expérience lui a plu et elle rejaillit sur l'album en adoucissant ce Rock perdu entre Classic-rock 70's, Rock alternatif et Britpop.

La voix singulière de Kelly Jones, elle, n'a pas bougé d'un iota. Même si parfois il abuse de son timbre doucement éraillé, entre velours et abrasivité, en se contentant parfois d'une longue tenue de note qui, sans la musique, pourrait le faire passer pour un pauvre bougre souffrant d'une copieuse gueule de bois.

     Ça débute pourtant sur du lourd, du bien gras et bien baveux, un peu comme si Jimmy Page avait un besoin impérieux d'envoyer du bois en se servant du matos millésime 70's de Tony Iommi, avec un chanteur en état avancé d'ébriété. "Vegas Two Times" est un morceau foncièrement Heavy-rock, il ne lui manque que le solo flamboyant. Une entrée en matière qui décalamine les esgourdes. Le contraste avec la piste suivante est d'autant plus fort que l'on frôle le choc thermique. Rien de glacial pourtant, la guitare sur "Lying In The Sun" a laissé tomber la fuzz Tonebender "les potards à 16 h" pour se délecter d'un son crunch. L'arpège est on ne peut plus basique, mais le jeu de la section rythmique, en particulier celui du batteur Stuart Cable, lui donne du corps et tisse un épais tapis de velours sur lequel Jones s'allonge nonchalamment et rêve d'une vie tranquille, anonyme, profitant de plaisirs simples. Cependant le dernier couplet dévoile que ses aspirations ne sont pas les siennes mais celles d'un autre, d'un pauvre hère devant mendier.

Avec "Mr Writer", Jones règle ses comptes avec les journalistes. Enfin, plutôt, d'après ses dires, un journaliste en particulier, qui les avait amicalement accompagnés en tournée, pour les casser copieusement par la suite. Mais la chanson passe mal auprès de la presse en général, qui en prend ombrage. C'est d'ailleurs à se demander si cette chanson n'est pas à l'origine de la descente en flèche de l'album par la presse. Manifestement, nombre de journalistes "spécialisés" n'apprécient guère d'être égratignés, alors qu'eux mêmes n'ont parfois aucun scrupule à assassiner par leurs écrits des musiciens qui jouent leur carrière. Musicalement, ce morceau est assez cool ; une sorte de Pop-bluesy alternant entre lassitude et remontrance acerbe.
Toutefois, plus tard, il en rajoutera une couche en expliquant que le titre de l'album - référence à un écrit exposé de son grand-père - pouvait s'adresser tant à une presse habituée à la facilité, ne vérifiant pas ses informations (vraiment ?), et n'ayant pas suffisamment de culture musicale pour le métier, qu'aux professionnels de l'industrie musicale pour qui le talent est facultatif.

Après un "Step On My Old Size Nines" descendant direct des premiers disques de Rod Stewart, arrive le single de toutes les discordes, celui qui va diviser. Son succès va lui valoir critiques, railleries et remontrances. Evidemment, s'il n'avait pas récolté quelques fruits sonnants et trébuchants, on aurait crier - à juste titre - à l'injustice. Pourtant rien de phénoménal, hormis au Royaume-Uni, et en dépit d'une 26ème place aux USA, il n'y a rien de faramineux sur le reste du globe. Même si en 2004, Zack Snyder l'a repris pour l'inclure malicieusement dans son remake bien personnel de "L'Armée des Morts". Certes, les paroles ne rentreront pas au panthéon des poètes disparus, toutefois "Have  A Nice Day" est un baume au cœur, une de ces ritournelles magiques apte à traverser les tempêtes, braver le froid et égayer les soirées. De saines vibrations de sérénité.

"Nice To Be Out", quasi acoustique, découragea les derniers fans accrochés aux décharges de décibels. Les plus courageux furent décimés par "Handbags And Gladrags" avec son contingent de piano, d'orgue Hammond, de violons (tout de même en retrait), et puis les cuivres ponctuant les derniers couplets. Simple histoire d'un jeune Amour dont l'ambiance musicale trempent dans une bulle de Pop-rock british (68-72) ; une petite perle qui n'aurait pas déplu à Rod Stewart ... et pour cause puisqu'il l'a repris en 1969. Enfin ! Evidemment, c'est un classique (1) ! Ils l'interpréteront ensemble sur scène. A l'origine, il s'agit d'une chanson de Manfred Man (composé par le chanteur et claviériste Mike D'Abo) qui bénéficia de plusieurs reprises - dont une remarquée de Chris Farlowe ; toutefois les meilleures sont celle de Rod Stewart et celle, très proche de ce dernier, de Stereophonics.
Fender Mustang Competition (modèle ou réplique 69-74)

   L'éclat éblouissant de ce précédent joyau effacerait presque celui des morceaux suivants. En comparaison, les plus rock, "Watch Them Fly Sundays" et "Everyday I Think of Money", semblent patiner sur place, faisant office de creux de la vague.
Il faut sauter jusqu'à "Maybe" pour renouer avec quasiment le même niveau d'excellence, et une nouvelle "trahison". En effet, cette fois-ci, c'est un piano qui prend les commandes ; la guitare acoustique et la batterie se positionnant respectueusement derrière. La basse, plus mutine, s'impose en jouant des infra-sons. Au deux tiers, Kelly enclenche une Fuzz policée.
Après un "Caravan Holiday" teinté de parfums folk-pop - simple souvenir de vacances sous la pluie "sept jours à l'intérieur à écouter la pluie avec toi" - "Rooftop" clôture l'album dans des vapeurs opaques et envahissantes d'humeurs maussades zébrées de riffs poisseux, où Kelly ne semble pas trop quoi faire de sa voix. Une impression de lassitude jusqu'à la seconde partie qui est une lente progression où les belligérants, exténués, lancent leurs dernières forces.
"Je me tiens simplement debout sur un toit. J'essaie d'éclaircir mon esprit. J'étais seulement venu pour regarder mais maintenant il y a une telle foule ... et ils me disent de sauter et je leur demande si c'est haut. Je sens mon corps poussé par le vent ... mon esprit peut savoir ce que ça fait de voler ... ils me disent de sauter et je réponds que je vais essayer ... On dirait que je devrais maintenant voler pour eux. Je suis fasciné, mal éduqué. C'est la réincarnation de mon imagination. Je suis bien loin de cet endroit aujourd'hui"

     Au final, un disque qui n'a pas pris une ride. Un disque baignant dans une mélancolie automnale, où percent quelques vaillants rayons de soleil tentant de perforer d'épais nuages grisâtres. Un disque faisant la part belle à des chansons nées de la rencontre de la Pop Anglaise des 60's, d'une folk, du Rock de l'aube des 70's où pointait encore une once de Blues et de l'innocence de la jeunesse.

     En aparté, pour un groupe dénoncé comme courant après le succès, on constate qu'en dépit d'un succès assez confortable avec des albums qui se vendent toujours (tout de même quelques millions de galettes), plutôt qu'aller se dorer la pilule sur les plages californiennes et jouer les rock-stars en s'expatriant, ces garçons ont préféré investir chacun dans une maison dans la commune qui les a vue grandir ; à Cwmaman, au Pays de Galles. Ils sont restés prolétaires dans l'âme.


(1) Sur son premier essai en solo, en 1969, "An Old Raincoat Won't Ever LetYou Down". Puis en single en 1972, et enfin en 1993 sur "Unplugged ... and Seated". 


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