lundi 6 mars 2017

WAGNER - Siegfried Idyll (version originale) - Otto KLEMPERER – par Claude TOON


Wagner et son son fils Siegfried en 1880

Dringggggg Dringggggg Dringggggg Dringggggg Dringggggg
- Beuh cè guoi ? Addo ?
- M'sieur Claude c'est Sonia, SOS, pour ce matin, il manque un papier à publier, M'sieur Luc m'a dit que vous pourriez…
- Hein heu quoi Sonia ? Arrêtez de hurler dans le téléphone par pitié !!! Mais il est deux heures du mat' enfin… Je n'ai même pas mes lunettes…
- Oh je suis sûre, comme M'sieur Luc et M'sieur Rockin, que vous aurez une idée, une ouverture de machin-chose, un truc bref quoi !
- Pfuuu, je vais voir ce que je peux faire J'me fais un café et un fort… A plus Sonia…

Une des x éditions du cycle Wagner-Klemperer
Ils m'auront tout fait les potes !!! Ah, tout d'un coup ça devient sympa le classique dans ces moments-là… Pas un album, mais un petit fouillis pas trop long pour reprendre la rhétorique de Sonia. La caféine commence à faire son effet. Des ouvertures, mouais, pas très consistant au petit déj' pour les lecteurs, ça va pour les brèves de l'été. Ah tiens : un truc sympa et joyeux pour démarrer la semaine : Siegfried Idyll du père Richard Wagner. Le mot "père" est le bon, il a composé cette petite pièce pour la naissance de son 3ème marmot prénommé Siegfried.
Plantons le décor : Siegfried voit le jour en juin 1869. Wagner, le papa, a 56 ans, déjà un certain âge suivant les critères de l'époque. Cosima, la maman, (toujours Mme Hans von Bülow à la ville) va bientôt fêter ses 33 ans. Le divorce avec son chef d'orchestre de mari devra attendre encore un an, mais le bébé est là, gazouille, et va recevoir le prénom de Siegfried. Un peu logique puisque Wagner travaille depuis des années sur son cycle d'opéras Le ring dont le héros légendaire s'appelle Siegfried (titre du troisième opéra :) un héros viril et un peu ingérable, tout droit sorti des légendes nordiques et du type de personnages made in héroic fantasy à venir au XXème siècle…
Cosima vers 1870
L'heureux papa a alors l'idée de composer une pièce pour orchestre de chambre destinée à honorer l'évènement. Seconde idée : l'offrir en cadeau à Cosima pour son 33ème anniversaire. À partir de motifs empruntés à l'opéra Siegfried, il compose un petit poème symphonique d'un grand quart d'heure. Le travail est rondement mené, mais en secret…
Et puis vu le contexte, Wagner, qui a la réputation de recourir à des orchestrations tonitruantes, choisit la légèreté avec seulement 13 instruments :
1 flûte, 1 hautbois, 2 clarinettes, 1 basson, 2 cors, 1 trompette (seulement 13 mesures), 2 violons, 1 alto, 1 violoncelle et une contrebasse. Oui, ça fait bien treize. Une version pour grand orchestre sera rédigée plus tard, elle est donnée en concert, mais avec un tel effectif on perd un peu la poésie de ces pages enfantines…

Homme de théâtre et d'art lyrique, Wagner prévoit une petite mise en scène pour le jour de l'anniversaire de sa bien-aimée. Cosima était née un jour de Noël. Le 25 décembre 1870, la jeune maman dort à l'étage de la villa des Wagner. Furtivement, treize musiciens recrutés par le compositeur se glissent dans l'escalier et s'installent au mieux, le tout sans faire de tapage… Richard Wagner dirige cette perle musicale depuis le haut de l'escalier, attendant la réaction de Cosima. L'un des cadeaux les plus originaux et tendres de l'histoire : anniversaire et Noël !
Il s'agit d'un poème symphonique en forme de berceuse et de ballade avec une partie centrale un peu plus héroïque. Je ne commente pas vraiment. Le premier thème énoncé aux cordes, d'une infinie tendresse, servira de leitmotiv à travers les divers développements. Une musique rêveuse, en clair-obscur. L'orchestration sonne comme aux riches heures du baroque de Bach et de ses concertos Brandebourgeois.
En 1961, Otto Klemperer, le rugueux chef allemand est en contrat à vie pour EMI et règne en maître sur le Philharmonia créé pour servir le microsillon. Il enregistre des ouvertures et extraits symphoniques de Richard Wagner dont j'ai déjà parlés il y a bien longtemps (Clic). Une anthologie exceptionnelle. S'ajoute à ce programme classique une interprétation à mon sens insurpassée de Siegfried-Idyll dans sa version de chambre. C'est rarement le cas.
Bon, j'ai fait ma BA, je ferme le PC et retourne me coucher au son des derniers accords tout en douceur de ce petit chef d'œuvre… zzzzzzzzzzzz




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