Le vrai sujet aurait pu être là : la période 1940-43. Mais cela supposait de rendre à l’écran une période complexe, avec de multiples protagonistes pas forcément connus du public, sans promesse de spectaculaire, et finir sur une arrestation, donc un échec. Le scénariste Olivier Demangel (qui travaille avec Cédric Jimenez) restreint donc le récit aux derniers jours - oserais-je dire plus vendeurs - un huis clos entre la victime et son bourreau, sujet idéal pour Polanski. Sauf que Demangel est contraint d’inventer personnages secondaires, situations et dialogues, puisque nous n’avons aucun verbatim des interrogatoires subis par Jean Moulin. Les rares choses que l'on sait viennent de Barbie lui-même, des années plus tard, pas certain que ce soit très fiable ! Le producteur Alain Goldman (de Jimenez entre autres, bis) a choisi de confier la réalisation à László Nemes.
Jean Moulin est parachuté depuis Londres, missionné pour fédérer les responsables de la Résistance. La séquence est filmée de nuit, on n’y voit que dalle. Ça devient une manie de sous-éclairer un film, y’a plus de chef op’ en France ? Même les scènes en plein jour semblent passées au brou de noix, ou les acteurs placés à contre jour d’une fenêtre pour être bien sûr qu’on ne les reconnaisse pas ! Pour renforcer le mystère, mais quel mystère ?
László Nemes n’en fait pas une figure héroïque, mais un homme qui a peur. Le film échoue par contre à expliquer comment Jean Moulin a su tenir face aux sévices. Car bien qu’avouant finalement sa réelle identité (dénoncé par un autre prisonnier) il n’a pas révélé ce que les allemands tenaient à savoir sur la Résistance et les plans des Alliés.
Réussies, donc, les séquences avec la comtesse. Ce plan
au sortir du vernissage, dans un escalier éclairé d’un
lampadaire, ambiance très Film Noir, un plan long qui se termine par
un beau mouvement de caméra, zénithal. Puis la longue séquence à
la Gestapo où la Comtesse Forez (l’alibi de Moulin, censé être Jean
Martel, son décorateur) est interrogée par un Barbie qui lui donne
des « votre altesse », la cagole d’abord pour mieux
l’agresser ensuite. Crescendo éprouvant jusqu’à cette valse
forcée sur « La Barcarolle » d'Hoffmann, tout en plan
séquence circulaire. Moins convaincantes, les scènes en cellule
avec un co-détenu (parce qu’il en fallait un ?) dont on ne sait
s’il est un leurre ou pas.Le souci avec ce MOULIN, est qu’il fait immanquablement songer à L’ARMÉE DES OMBRES de Jean Pierre Melville. Qui avait lui aussi dirigé un poids lourd du cinéma, Lino Ventura. L’acteur s’effaçait derrière son personnage, dans un film au rendu documentaire, froid, austère, car Melville savait, lui, de quoi il parlait. Nemes (et son scénariste) invente sans pour autant trahir, certes, mais montre des gestes de cinéma sans doute trop ostentatoires, impression renforcée par l’utilisation du format scope, les lumières sculptées, les costumes bien coupés.
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lien vers (clic) LE FILS DE SAUL






Chapeau bas devant l'habileté du rédacteur qui réussit à libérer le lecteur d'un sentiment persistant de malaise lié au sujet par un magnifique lapsus calami à l'antépénultième paragraphe: "cagole". À ce niveau de maîtrise, on ne croit d'ailleurs pas à l'erreur. Il faut absolument le laisser. Est-ce qu'il y a dans les scènes de torture l'utilisation de la célèbre baignoire? C'était l'occasion pour le réalisateur d'apporter de l'eau à son Moulin.
RépondreSupprimerÀ part ça, les films dans lesquels on ne comprend qu'une phrase sur deux deviennent effectivement la règle.
Je veux bien laisser la coquille, si cela te fait plaisir, mais hélas, cela en est bien une, et dont je ne suis pas fier. Pas de scène de baignoire (chapeau bas !) mais d'autres très croustillantes. Pauvre Lellouche, la dernière demie heure, l'acteur n'est plus trop reconnaissable, bien amoché, je préférais le Moulin avant.
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