vendredi 2 octobre 2026

L'INVITATION de Olivia Wilde (2026) par Luc B.


Comment vouliez-vous passer à côté d’un casting pareil ? Olivia Wilde, Seth Rogen*, Penélope Cruz, Edward Norton. Il n’y a qu’eux quatre à l'écran dans ce huis-clos inspiré d’une pièce de théâtre de l’espagnol Cesc Gay « Los vecinos de arriba ». Qui en avait signée l’adaptation cinéma en 2020 sous le titre SENTIMENTAL. 

Une trame multi-adaptée depuis (on est en droit de se demander pourquoi un tel succès... la facilité ?) puisqu’on en compte neuf adaptations, suisse, coréenne, italienne, russe, etc, et française sous le titre ET PLUS SI AFFINITÉS (2024) avec Bernard Campan et Isabelle Carré.

Soit deux couples. Angela et Joe, respectivement femme au foyer et prof de musique frustré dans une école de quartier (il avait été pro par le passé, un album au compteur), puis Pina et Hawk, psychothérapeute et pompier retraité. Les premiers invitent à dîner les seconds, leurs voisins du dessus, dont les ébats sexuels fissurent les murs par leur (h)ardeur. La soirée ne va évidemment pas se passer comme prévu.

L’actrice Olivia Wilde, découverte dans la série DR HOUSE, n’en est pas à sa première réalisation. Qui a refusé l'offre financière de Netflix pour pouvoir sortir son film en salle, rien que pour ça, respect. Elle récupère un projet qui dormait dans les tiroirs, le tourne en peu de temps et dans l’ordre chronologique. Seule la scène pré-générique est filmée en extérieur, des plans de Joe (Seth Rogen) grimpant à vélo les rues de San Francisco (bon courage) filmés en très longues focales, les avenues n’en paraissent que plus difficiles à franchir.

Arrivé chez lui, Joe s’écroule, exténué, le dos en compote. Rien ne s’arrange quand sa femme lui rappelle l’invitation qu’elle avait lancée pour le soir même. Il s’en suit une scène de ménage très drôle, toute en mauvaise foi (en réalité l’invit date du matin même, lui n’en savait rien), Angela a mis les p'tits plats dans les grands, c'est suspect. Tout le film se passe dans l’appartement. Il faut donc imaginer des angles de prises de vue pour éviter l’aspect théâtral. A l'arrivée des invités, Wilde laisse le personnage de Joe à distance, bougonnant au fond du cadre.

Elle joue beaucoup sur les reflets de miroirs pour élargir le champ, croiser les regards, dynamise la scénographie par des travellings latéraux se faisant fi des cloisons (tournage en studio), utilise la profondeur, comme lorsque son personnage se maquille dans la salle de bain (au premier plan) et que tout au fond, au bout du couloir, Joe agonise sur le parquet. Quand il la rejoint et se plante face caméra, on comprend qu'il pisse dans les toilettes, et qu'on a abattu le quatrième mur. Une formidable entrée en matière.

Joe est odieux que c'en devient gênant. Exaspéré par ses voisins à la libido sonore (excellent flashback pris par une caméra de surveillance !) il menace de leurs dire ses quatre vérités. Angela tempère, arrondit les angles, jette des éclairs du regard entre deux sourires convenus. Joe se réfugie dans son bureau fumer un pétard, Pina le rejoint. Angela et Hawk parlent brocante, déco, lui est fétichiste des tapis. L'atmosphère se détend... 

Toute cette première partie est assez brillante, très rythmée, les dialogues fusent, les comédiens font des merveilles, en surjouant juste ce qu’il faut. On est dans un vaudeville. On se dit tout de même qu’on aimerait les avoir plus souvent ensemble dans le même cadre, la réalisatrice à tendance ensuite à trop découper sa mise en scène, que n’a-t-elle pas pris exemple sur Woody Allen, auquel on pense forcément : couple, appartement, sexe.

Car de sexe, il va en être question. Et pas qu’un peu. L’idée étant de confronter un couple au bord de la séparation et un autre à la sexualité débridée, sans tabou aucun.

La scène où Pina et Hawk dévoilent sans pudeur leur vie sexuelle est plutôt drôle. Il faut voir les têtes ahuries d’Angela et Joe, à la fois gênés et subjugués, qui questionnent les détails. On aura compris que s'il y a autant d'orgasmes chez leurs voisins, c'est qu'ils font ça à plusieurs... Nous sommes dans un film américain. Les dialogues sont piquants mais les images très prudes. D'ailleurs, y'en a pas ! On s’attend à une apothéose érotique - y’a tout de même Penélope Cruz dans l’équation – mais le climax attendu n’arrive pas, un gag remet tout le monde sur le droit chemin. Vous payez pour un striptease, et l'effeuilleuse ne déboutonne que sa chemise... 

La comédie pétillante, sexy et subversive annoncée vire à la thérapie de couple (le job de Pina), assez pesante, la chair se fait triste. Débuter dans le registre comique pour conclure dans le drame, pourquoi pas, voire mêler les deux, mais il aurait fallu des signes annonciateurs, des indices, de mauvaises ondes dès le départ, alors que la dispute du début est assez anecdotique. La mise en scène est elle aussi du coup moins inspirée. Il y a pourtant une autre très jolie scène, hélas la dernière, un morceau joué au piano à quatre mains, dont on ne sait ce qu’elle préfigure de l’avenir d’Angela et Joe.

La situation de départ étant simple, et le secret des voisins adeptes des transports en commun assez prévisible, il fallait donc surprendre ensuite. Peut être ne pas faire semblant, attaquer le sujet frontalement, se vautrer jouissivement dans le stupre, quitte à s'y perdre et compter les morts ensuite ? 

On sourit franchement aux anges dans la première heure, les répliques sont bien senties, L’INVITATION se regarde sans déplaisir, grâce aux acteurs. Mais la promesse du début se dilue dans un récit finalement d’une triste banalité. 

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*Seth Rogen, découvert chez Judd Apatow, a réalisé et produit une série déjantée et hilarante, « The Studio », où à la manière du Robert Altman de « The Player » il décrit les dessous d’Hollywood, avec plein de stars dans leurs propres rôles, dont un épisode fameux avec Olivia Wilde.


couleur  -  1h45  - format 1:1.85

2 commentaires:

  1. Alcoolique anonyme2/10/26 11:16

    "Comment vouliez-vous passer à côté d’un casting pareil ? Olivia Wilde, Seth Rogen, Penélope Cruz, Edward Norton"
    Je ne connais que les deux derniers, j'ai dû rater des épisodes...
    Curieux que vous n'ayez pas cité le "Carnage" de Polanski...

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  2. J'aurais pu, effectivement, j'y ai pensé, mais ne l'ayant pas vu je me suis abstenu !
    (vous êtes de la famille de Société Anonyme ? Il y a d'autres frères et soeurs, Lettre, Témoignage... ?!!!)

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