Tom Dunson (Wayne à l'écran) et son acolyte Groot Nadine quittent le convoi de pionniers qu’ils escortaient, pour partir seuls vers le Texas. Tom laisse derrière lui Fen, la femme qu’il aimait. Plan magnifique, il sort simplement de l'image, droit dans ses santiags, elle reste seule dans le cadre. Quelques heures plus tard, alors que Tom et Groot ont atteint le Rio Grande (la rivière « rouge ») ils voient au loin des panaches de fumée. Le convoi a été attaqué par les indiens. Seul survivant du massacre, errant dans le désert, le jeune Matt Garth. Que Dunson prend sous son aile, adopte comme son fils. Ils arrivent au Texas, prennent possession d’une terre pour y élever du bétails…
Quand on pense western et Howard Hawks, on pense à RIO BRAVO, réalisé 13 ans plus tard (car Red River a mis deux ans à sortir à cause d’un différent de production). Le parallèle entre les deux films est évident. Dès le générique on entend le superbe thème musical de Dimitri Tiomkin qui sera repris dans RIO BRAVO, chanté par Dean Martin, accompagné à l’harmonica par l’éclopé Walter Brennan. Et qui retrouvait-on ici en faire-valoir bougon face à John Wayne ? Walter Brennan dans le rôle de Groot.
Car chez Hawks, il est question d’amitié, de lien, de loyauté. Sentiments malmenés par un Tom Dunson tyrannique, quasi psychopathe. On pense souvent que le rôle le plus noir de John Wayne est dans LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT de Ford. Il est pire ici. Car son personnage n'agit pas par vengeance, mais par cupidité et orgueil. Gary Cooper avait refusé le rôle, jugé trop antipathique. On voit Wayne punir ses hommes à coups de fouet. Quand Matt désapprouve et tente de s’interposer, Dunson rappelle : « Ici, la loi c’est moi ». Face à des hommes exténués, qui apprécieraient un compliment pour leur bravoure, il rétorque : « Ils ne font que leur boulot ».
On dit du western que ce sont des films d’hommes. Pas faux. Même s'il y a des exceptions, comme le fameux CONVOI DE FEMMES de Wellman (1951). Hawks filme des moments magnifiques, les bivouacs autour du feu, l’entraide, les briefings où les hommes écoutent leur chef. Le réalisateur est à mon sens plus à son aise dans ce type de scènes collégiales (comme celles de SEULS LES ANGES ONT DES AILES) que dans les grandes cavalcades, où John Ford ou Raoul Walsh montraient plus de panache et de savoir-faire.
Hawks filme à l’économie, pas d’esbroufe ou de plans alambiqués. Ce qui compte c’est ce qui se passe à l’intérieur du cadre, pas le cadre lui-même. Mais on remarque tout de même ce beau panoramique sur les milliers de vaches qui se conclut sur Tom Dunson donnant le départ du convoi. Ou la traversée du Rio Grande, plus tard la séquence du troupeau effrayé qui fuit dans la plaine, lourd de conséquences.
Tess Milay est un personnage typique de Hawks. On la découvre au milieu de l’intrigue, son convoi cerné par les indiens. Elle se prend une flèche dans l’épaule. Matt lui déchire sa robe pour sucer la plaie (dialogues à double sens ad hoc !) elle prend le temps de le gifler avant de s’évanouir. Superbe ! Évidemment, ils tombent amoureux, mais Matt, mal à l’aise avec les femmes, repart sur la route. Et on songe à la première scène, où Tom quittait Fen. Et à ces hommes qui ne savent pas reconnaître la femme qui les aime.
Est-ce lui qui est à l’origine de cette scène qui fait date. Dès la première rencontre entre Cherry Valance et Matt Garth, le premier regarde le second avec les yeux de Chimène. Faut dire que Montgomery Clift avait un certain charme… Les deux cowboys se toisent. Lequel est le meilleur tireur. Ils comparent leurs revolvers (« Je peux le toucher ? / Le mien tire droit ») en caressent le canon, et Valance lance cette réplique : « Deux choses surpassent une bonne arme, une montre suisse et une belle femme. As-tu déjà manipulé une montre suisse ? ». La dimension (homo)sexuelle du dialogue n’échappe à personne, comme cette réplique de SPARTACUS où Laurence Olivier le corps huilé demandait à Tony Curtis s'il avait déjà goûté des huitres...
LA RIVIÈRE ROUGE est un film magnifique, épuré, un voyage initiatique, avec des personnages complexes, ces moments violents ou humoristiques (l’indien Quo qui gagne au poker le dentier de Groot, les engueulades entre Groot et Dunson). En se recentrant sur les personnages, le huis-clos plus que sur l’aventure, Howard Hawks accouchera plus tard de son chef d’oeuvre, le western d’intérieur RIO BRAVO, qui trouve certainement sa source ici, sur les rives du Rio Grande.









Ah, chouette, m'sieur Luc parle d'un classique que je connais que je me suis dit ...
RépondreSupprimerBen en fait je me souviens pas de grand-chose, des bribes me reviennent tout juste en voyant la bande annonce.
Bien vu pour le parallèle avec Rio Bravo , Wayne et Brennan, le beau gosse (de Monty Clift à Ricky Nelson), la jolie fille (de Joanna Dru à Angie Dickinson) ... Pas vraiment une surprise, Hawks tournait beaucoup et s'autocitait parfois ...
Pareil que Lester. Et moi, en plus, je finis par mélanger les scènes de tous les films cités... Mais je semble avoir des excuses.
RépondreSupprimerEt moi jamais accroché au genre "ouest terne"...
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