mardi 13 octobre 2026

Robert Charlebois avec Louise Forestier (1968) - par Pat Slade


Un petit voyage chez nos cousins canadiens avec un album que l’on appelle       ”Lindberg“ alors que son titre est
”
Robert Charlebois avec Louise Forestier“


Et le Québec s’éveilla Tabarnak !




1968 ! Une année charnière dans la musique québécoise et un tournant radical pour la chanson francophone de chez nous. C’est précisément cette année-là que Robert Charlebois et Louise Forestier ont uni leurs talents pour donner naissance à un album emblématique — sobrement intitulé “Robert Charlebois avec Louise Forestier”. Plus qu’un simple disque, c’est une véritable révolution sonore et culturelle qui s’y déploie, mêlant folk, rock psychédélique et accents québécois, tout en jouant avec la langue française comme jamais auparavant.

Dès les premières notes, on comprend que cet album ne ressemble à rien de ce que la scène musicale locale avait produit jusque-là. La voix tranchante et un peu rauque de Robert Charlebois s’entrelace avec celle, plus douce mais tout aussi expressive, de Louise Forestier. Ensemble, ils forment un duo unique, capable de passer du rire aux larmes en un clin d’œil. Cette dynamique se ressent tout au long des chansons, qui jonglent avec les émotions et les styles.

Le titre qui résume parfaitement ce mélange explosif est peut-être “Lindberg ”, une des chansons-phares de l’album. Ici, Charlebois joue avec les mots et les rythmes, cassant les codes traditionnels de la chanson québécoise. On est loin du folklore sentimental normal, c’est vibrant, électrique, presque sauvage. Le morceau évoque l’envie d’évasion, le rêve de vol et l’énergie folle de la jeunesse. La guitare électrique tournoie, les percussions battent le tempo d’une rébellion douce, et Forestier vient appuyer le chant avec ce grain de folie qui fait toute la différence.

Autre pièce notable, ”C.P.R Bkues“ n’est pas sans rappeler les échanges entre Jacques  Higelin et Brigitte Fontaine de l’époque Saravah. L’interprétation est sincère, un brin nostalgique, avec cette touche de modernité qui caractérise bien Charlebois. Ce qui frappe aussi sur cet album est la poésie libre des textes. Les paroles jouent avec le joual, ces expressions populaires du français québécois, sans jamais tomber dans la caricature. Au contraire, elles donnent vie à des images fortes, souvent teintées d’humour et d’ironie. Par exemple, ”Joe Finger Ledoux“ déchire les conventions avec son blues de piano bar, mais toujours avec une tendresse particulière pour les petites choses de la vie.

L’influence psychédélique est palpable, notamment dans les arrangements musicaux. L’album mêle guitares saturées, orgues planants et rythmes parfois syncopés, créant une ambiance souvent hypnotique. Cette expérimentation sonore fait que l’écoute solitaire ou en groupe peut révéler à chaque fois de nouveaux détails, de nouveaux secrets cachés dans les couches instrumentales.

Louise Forestier apporte une fraîcheur indéniable. Sa capacité à moduler sa voix, tantôt claire et cristalline, tantôt rugueuse ou espiègle, enrichit considérablement le rendu global. Ensemble, ils incarnent la vitalité d’un Québec en pleine ébullition culturelle, prêt à remettre en question les anciennes certitudes et à explorer de nouveaux horizons artistiques.
Cet album est aussi un témoignage historique. Il arrive pile quand le Québec commence à revendiquer fièrement son identité propre, à travers la musique mais aussi la langue et la culture. Charlebois et Forestier deviennent ainsi des porte-voix d’une génération qui veut sortir des sentiers battus, parler autrement, penser librement.

Bien sûr, l’album garde encore une certaine rugosité, un côté brut qui le rend profondément humain. Ce n’est pas une œuvre polie ou consensuelle, mais plutôt un cri du cœur et de la jeunesse d’alors. Son charme réside dans cette authenticité, cette énergie contagieuse qui traverse toujours les décennies.

En résumé, ”Robert Charlebois avec Louise Forestier“ est une pièce maîtresse du patrimoine musical québécois. Un disque qui invite à l’audace, célèbre la langue sous toutes ses formes, et prouve que la musique peut être un véritable catalyseur social. Que vous connaissiez déjà les tubes ou que vous découvriez l’album pour la première fois, laissez-vous emporter par ce souffle libre, cette bouffée d’air frais de la fin des années 60.

Bref, c’est un peu comme une invitation à danser, à réfléchir, à chanter à tue-tête et à célébrer la vie, tout simplement. Un classique qui mérite toujours sa place sur votre platine, si vous êtes amateurs de chansons qui ne se prennent pas trop au sérieux tout en gardant une grande profondeur. Alors cette galette est pour vous.

  1. California
  2. La marche du président
  3. Lindberg

 

  1. C.P.R. Blues
  2. Joe Finger Ledoux
  3. gg génération

 

  1. Engagement
  2. Dolorès
  3. Long Flight

 


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