mardi 20 octobre 2026

JACQUES IBERT : ”Divertissement“ (1928) - Jean MARTINON (1960) - par Pat Slade

 


Souvenirs des bancs d’école où je forgeais ma connaissances avec la musique classique.




Jacques Ibert un musicien multitâche 




                                                                                 

 J’ai découvert  Jacques Ibert
Guy Miaille
et "Divertissement" (1928), écrite pour la scène et plus particulièrement pour la comédie "Le chapeau de paille d'Italie" d'Eugène Labiche. Une version avec l'orchestre de la société des concerts du conservatoire sous la baguette de Jean Martinon (Coll. Ace of Diamonds). Un enregistrement de 1960. Mais rendons à César ce qui lui appartient, c’est avec la femme du musicien et pédagogue Guy Miaille, (elle était ma professeur de musique en 6eme) que ma connaissance  dans la musique classique s’approfondira et que mon apprentissage aux différentes flûtes à becs me feront aimer le contacte d’un instrument de  musique. Guy Maille composera plusieurs œuvres surtout un travail pour orgue, des chants vocaux (dont certains que j’ai encore en mémoires cinquante années plus tard), mais il y a un livret de partitions pour que je possède toujours c’est ”Entrelacs“ (Edition Minerva 1973) qui comportait plusieurs œuvres courtes pour flûte à becs. Donc c’est avec sa femme que je découvrirais ce disque et Jacques Ibert par la même occasion, même si l’œuvre étudié à ce  moment précis était ”La Danse Macabre“ de Camille Saint-Saens et ”Jeux d’enfants“ de Georges Bizet.

Claude Toon avait déjà parlé de Jacques Ibert avec son ”Concerto pour flûte“ et la suite symphonique ”Escales“. Je vais juste faire un petit rappel du personnage

Jacques Ibert, compositeur français du XXe siècle, est reconnu pour son style éclectique (il composera beaucoup de musique de film) et sa capacité à naviguer entre légèreté et profondeur musicale. Parmi ses œuvres, ”Divertissement“ se distingue par son originalité et son caractère ludique, mais aussi par une certaine dimension subtile, elle mérite une attention particulière, elle invite à une lecture plus nuancée de cette composition.

”Divertissement“, composée en 1930, est souvent perçue comme une œuvre légère, presque frivole, conçue pour divertir sans prétention sérieuse. Pourtant, derrière cette apparente simplicité, Ibert insuffle une énergie tellurique, presque primale, qui rappelle les fondations anciennes de la musique et de la nature humaine. Cette force se manifeste notamment dans le rythme et la pulsation sous-jacente de la pièce. Les motifs répétitifs et les accents percussifs créent une dynamique évoquant les battements du cœur de la terre, rythmant l’œuvre comme un incontournable souffle vital.

 Par ailleurs, la structure même du ”Divertissement“ joue avec des contrastes qui peuvent être interprétés comme une dualité entre le monde superficiel et le monde profond. Les mélodies légères, aériennes, se déploient sur un socle harmonique parfois grave et dense, rappelant ces couches invisibles, enfouies sous la surface visible. Cette interaction entre la surface joyeuse et la profondeur cachée reflète une tension, un dialogue constant entre la lumière et l’obscurité (je crois que le mot juste, après maintes recherches sur google est chtonique, mais je ne vais pas m’enfoncer dans le coté sombre de la langue française), le jeu et la gravité, l’éphémère et l’éternel.

Dans une perspective plus symbolique, on peut voir dans ”Divertissement“ une célébration des forces naturelles innées, celles qui régissent la vie et la mort, le mouvement incessant des cycles cosmiques. L’énergie que dégage la musique de Jacques Ibert semble puiser à la source même de ces puissances primitives, alliant tradition rythmique et innovation harmonique pour transmettre une impression de vitalité brute. Ce lien au monde chthonien dépasse le simple registre sonore pour toucher à une forme d’expression universelle, où la musique devient le langage des éléments.

Jean Martinon

Il est également intéressant de noter que cette dimension dans ”Divertissement“ s’inscrit dans le contexte plus large de l’époque. Entre deux guerres mondiales, la redécouverte des racines et des mythes anciens nourrissait l’inspiration artistique. Ibert, conscient de cette atmosphère, intègre dans son œuvre une énergie qui dépasse le divertissement superficiel : un appel à renouer avec des forces archaïques, à travers une musique accessible, mais riche de significations implicites.

En somme, l’écoute de ”Divertissement“ nous invite à dépasser l’apparente légèreté de la pièce pour en percevoir la profondeur cachée. Jacques Ibert, par un savant mélange de rythmes puissants, de textures contrastées et d’une vitalité contagieuse, réveille en nous cette part primitive, capable de nous relier à la terre et à ses mystères. Cette œuvre illustre ainsi parfaitement comment la musique peut être à la fois plaisante, divertissante, et porteuse d’une force souterraine essentielle, hommage discret mais vibrant à l’inexorable puissance du monde.

Après relecture de ma copie, je la trouve trop austère (comme disait Liszt dans la gare du même nom), complexe tout comme la musique de Jacques Ibert pour des oreilles non averties.

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