vendredi 31 juillet 2026

DE LA COMEDIE FRANCAISE de Martin Darondeau et Bertrand Usclat (2026) par Luc B.


C’est ce qu’on appelle faire le grand écart, passer des 3h00 tonitruantes de L’ODYSSEE la semaine dernière, à l'1h15 de DE LA COMEDIE FRANCAISE ! Ce n'est pas en Imax, mais on y rigole beaucoup plus !

Le prétexte de cette comédie est tout bête : Nina Cardi (Pauline Clément) ajuste les réglages de sa première mise en scène de "Macbeth" à la Comédie Française, dont la première a lieu le soir même. Et comme disait Audiard, les emmerdes ça vole toujours en escadrille. L’actrice principale se retrouve coincée en province, partie tourner une série télé. Il faut annuler la représentation, ou improviser rapidement une solution de rechange…

C’est un huis-clos, tourné sur les lieux même, avec les sociétaires de la Comédie Française, dont pour certains on reconnait le visage pour les avoir vu au cinéma : Laurent Stocker, Marina Hands, Danièle Lebrun, Christian Hecq, Guillaume Gallienne, Benjamin Lavernhe. Denis Podalydès ne fait qu’une apparition sonore… le DJ de Radio Molière, qui ne programme que du Lully !

Raconté en quasi temps réel, on va suivre les déboires de la troupe, basés sur des incidents dont on se doute qu’ils proviennent de souvenirs bien réels. Ce qui aurait pu s’apparenter à une célébration pompeuse à la gloire du Français, donne une comédie débridée, souvent jubilatoire. Les comédiens y sont pour beaucoup, qui s’amusent comme des fous à se moquer d’eux-mêmes et dépoussiérer la noble institution. Le film distille plein de petites informations, détails, comme ces sociétaires contraints de cachetonner en douce dans des séries télé, les déboires techniques, ceux qui jouent cinq pièces en même temps et confondent textes et personnages (Feydeau et Shakespeare !), les superstitions « - mon costume est vert ! - non, moi je le vois plutôt bleu turquoise - moi j'suis daltonienne, je le vois orange », les histoires de cœur ou de cul, et bien sûr les égos parfois haut placés.

Christian Hecq (souvent vu chez Albert Dupontel) excelle en régisseur maniaque, féru d’explications techniques qui font chier tout le monde, Florence Viala en costumière qui remarque le moindre kilos en trop ou les premières varices, Guillaume Gallienne en gardien retors adepte du badge, Danièle Lebrun qui a forcé sur le pétard et erre hébétée dans les couloirs à la recherche de la scène, Séphora Pondi maquilleuse télé dénichée à la rescousse (pardon, « make-up artist » !) qui force sur le fond de teint orange, Laurent Stocker en star blasée et cocue. Et à la baguette, Pauline Clément (aussi co-scénariste du film) qui jongle avec tous ces emmerdements pour assurer le soir même la représentation, puisque qu’aucune n’a été annulée en plus de 350 ans, même sous les bombardements. D’autant que la ministre de la Culture est annoncée à la première…

Il ne faut pas s’attendre à des prouesses de cinéma, le réalisateur Bertrand Usclat a jusqu’ici produit des pastilles comiques de 2 minutes (« Broute », parodie du média Brut). Mais les contraintes du format court ont été un atout, puisque le film est tourné en seulement 15 jours, avec un plan de travail sans cesse réadapté, les sociétaires n’ayant que peu de temps à consacrer au film, puisque jouant en même temps sur scène, parfois deux fois par jour. L’interprétation est évidemment sans reproche, vu les cadors.

Rythmé par une musique funky et souvent par une batterie seule, le tempo ne faiblit pas. Bertrand Usclat suit souvent caméra épaule les protagonistes courir dans les couloirs, les escaliers, ce qui rappelle le film BIRDMAN de Alejandro Iñárritu. Et du coup, on se dit que l’exploit aurait été de réellement filmer l’ensemble en un seul plan séquence,  l’action ne que durant trois heures pour un film d’une heure et quart. On sent que l’intention n’était pas loin, quitte à tricher un peu dans les transitions (comme Iñárritu ou Cuaròn ne s’en privent pas), le numérique permet parfois de belles choses.

DE LA COMEDIE FRANCAISE célèbre le théâtre, l’esprit de troupe, un Molière un peu contrarié qu'on joue dans sa maison le vulgaire Shakespeare y fait même une apparition. C’est vif, burlesque, assez déjanté, on passe un bon moment.


couleur  -  1h15  -  format 1:1.85        

6 commentaires:

  1. Shuffle Master.31/7/26 13:49

    Eh bien, voilà un film qui va nous changer des blockbusters imbitables à X millions de dollars. Je sens que ça va faire un tabac, vu le thème. Plus musique

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  2. Shuffle Master.31/7/26 13:50

    Suite: assurée par une batterie seule, le type aime prendre des risques.

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  3. Ça marche déjà très bien, le bouche à oreille fonctionne. La batterie seule colle très bien au rythme du film.

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  4. Shuffle Master.4/8/26 23:08

    Excellente critique dans Le Canard (entre deux films monténégrins) qui subodore que certaines répliques vont devenir cultes. Pour savoir lesquelles, il faudra voir le film.

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    1. Ca prendra pas beaucoup de temps (1h15...) mais c'est pas bon signe, même si les plaisanteries les meilleures sont souvent les plus courtes...

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  5. Dans un ascenseur, musique d'ambiance : "Vous écoutez Radio Molière, c'était Lully. Et maintenant, Lully ". Deux semaines plus tard j'en ris encore. Mais je suis bon client.

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