J'me suis fait épingler par la patrouille... Le conseil d'administration a lourdement insisté pour que j'écrive des trucs autres que sur des big heavy qui font du boucan, ou sur des disques de la préhistoire (d'avant internet), ou encore sur de parfaits inconnus qui ont réalisé qu'une seule galette, on ne sait trop comment. Ce n'est pas ça qui fait vendre du papier – ou qui génère des vues. Pas content qu'ils sont. Pourtant, le Toon parle bien de compositeurs décédés bien avant la naissance de mon arrière grand-père... Rien à voir, qu'on m'a rétorqué. C'est du Classique ! Et le Classic-rock, alors ? …
Ils ne veulent rien savoir. De plus, on me dit que c'est l'été, et qu'il faut faire des articles en conséquences. Soit écrire sur des choses festives et rafraîchissante. Qui vont de paire avec les vacances, qui permettent aux gens d'échapper (un temps) à leurs contraintes, leurs soucis et leurs inquiétudes.
Dans le cas contraire, on me menace de ne pas me verser mes indemnités... ça craint. D'autant que je n'ai toujours pas reçu un kopeck. Même pas un antique CD AAD bariolé de rayures.
Dans l'espoir – faut vraiment être naïf – de recevoir, un jour, un maigre pécule, je courbe l'échine et consent à faire l'effort d'aller dans leur sens. On va non seulement faire dans l'ultra classique, mais aussi dans le rock FM, ou AOR, ou mélodique, ou j'ne sais plus quoi comme étiquette. Et quel n'est pas l'un des plus célèbres représentant que Boston. Ouais, Boston. Le groupe qu'ie hésitation poui était de bon ton de dénigrer. Ce groupe de Boston (donc) qui en 1976 a tranquillement affolé les radios et les disquaires de la planète. Ce quintet qui a vendu des millions d'albums. Dix-sept millions rien qu'aux USA pour le premier disque, rien qu'aux USA (!). Ce premier disque, éponyme, qui a établi dès l'année de sa sortie, en 1976, de nouveaux records de ventes (1), a redéfini les contours de la musique Rock, du hard-rock pour des années. Son immense succès, quasi pérenne, a réveillé la cupidité des majors – ou plutôt l'on simplement exacerbé. Dès lors, leur avidité du gain – surpassant leur intérêt pour la musique - , va les inciter à mettre une pression – plus ou moins forte – sur une grande majorité de groupes de Rock, afin qu'ils liment docilement leurs quenottes, épines et cornes pour se glisser sans accrocs dans leurs nouvelles tenues scintillantes. Qu'ils musellent guitares et claviers (l'incontournable Hammond laissant sa place à des synthétiseurs). Une catastrophe pour certains qui ne s'en remettront jamais, et une opportunité pour de jeunes louveteaux – plus ou moins sincères – qui sauront se faire une place, et leur beurre, en empruntant ce chemin déjà en partie défriché par d'autres, mais désormais largement borné par Boston. Ce premier album a changé le paysage du heavy-rock. Une raison qui laquelle il fut tant encensé par certains, et si haï par d'autres. Pourtant, au contraire de ce qui a pu être écrit et dit sur cet album, si indéniablement il pose les bases du Rock FM (A.O.R.), il n'a rien de mièvre ou de sirupeux.
Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que cette galette est une formidable réussite. Un sans-faute ? Probablement. Même les plus endurcis, bien que peinant à l'admettre, ne furent pas insensibles à l'entrée en matière : le divin « More Than A Feeling ». Un monument subtilement introduit par des arpèges de guitares en fade-in, débutant comme un chanson douce folk, avant que ne percute prestement le refrain, avec son gros riff, ses claquements de mains et ce chant haut perché soutenu par des chœurs de séraphins (ceux qui ont du poils au menton). Finalement, le rapprochement avec Uriah Heep est vite faite (bien que totalement occulté par les chauvins ricains...), avec en sus une fibre proche d'un « Rock de stade ».
Bien qu'un poil plus heavy et rock'n'roll, avec ses guitares harmonisées, « Peace Of Mind » reste dans le même sillage. Au contraire du diptyque « Foreplay / Long Time » avec sa première partie progressive laissant une grande aux claviers ; un premier paragraphe explorant une ligne de temps parallèle où Keith Emerson aurait été à la place d'Hensley au sein du Heep. On l'omet souvent, mais le leader incontesté et despote Tom Scholz, a été pianiste, avec une sérieuse formation classique, avant de se tourner vers la guitare. Pour revenir à « Peace Of Mind », la chanson traite de l'importance de ne pas se laisser intégralement absorber par un travail où la compétition fait loi, où l'on demande toujours plus, au détriment d'une vie extra-professionnelle, d'une passion, d'instants de vie, de détentes, sans lesquels on ne peut espérer goûter à une certaine sérénité. C'est un choix que Scholz lui-même dû faire, préférant ne pas gravir certains échelons pour se préserver, garder la possibilité de s'adonner, d'une façon ou d'une autre, à la musique. Même s'il préféra garder son poste à Polaroid jusqu'à ce que les ventes de l'album et des singles franchissent la stratosphère à une vitesse fulgurante.
Loin de se complaire uniquement dans un Rock dit "FM", Boston ne résiste pas, avec la chansons équivoque « Rock & Roll Band », au simple plaisir de se glisser dans un tempo purement rock'n'roll. Avec « Smokin' », il tâte même du boogie trademark "Foghat" - le chanteur Brad Delp reprend même des intonations typique de Lonesome Dave Peverett -, avant de prendre un virage vers Grand Funk Railroad, ère Graig Frost (forcément, avec les claviers). Pour info, l'ingrédient fumé n'est pas du tabac...
Pour la quasi intégralité de l'album, il est évident que tout a été murement réfléchi, ne laissant rien au hasard, où on a maintes fois remis les œuvres à l'ouvrage, jusqu'à s'approcher de la perfection. Un travail au cordeau de longue haleine. Toutefois, même si l'interaction entre le chant et les chœurs - ne cessant de défier les Beach Boys, James Gang et Uriah Heep réunis - atteint une certaine excellence et raffinement, Boston a pris soin de ne pas égarer sa fibre "heavy rock". Notamment grâce aux Gibson de Tom Scholz et de Barry Goudreau, crémeuses à souhait, épaisses mais pas trop. Un timbre pas réellement nouveau, mais qui sera tout de même une référence, et qui, étonnamment et malheureusement, ne sera pas totalement reproduit sur l'album suivant. Ainsi, avec ce premier album, Boston trouve la recette d'un heavy-rock à la fois élégant et fédérateur, évitant soigneusement de se perdre dans un excès de subtilités afin d'assurer l'impact des chansons - ainsi que leur accessibilité.
Lorsqu'on parle de compositions maintes fois remaniées et travaillées, il faut savoir que pendant des années, les démos envoyées par le groupe - alors sous le patronyme de Mother's Milk - aux maisons d'éditions, ont été systématiquement refusées. (Tom Scholz garde a d'ailleurs encadré et accroché le courrier jugé hautain de refus d'un cadre d'Epic Records, Lennie Petze pour ne pas le nommer ; celui-là même qui se revendiqua comme le principal instigateur de la signature du groupe... ). Lassé, déçu, découragé, le groupe avait abdiqué en 1974, avant que quelques mois plus tard, Scholz, qui avait investi dans du matériel d'enregistrement, prie ses acolytes de rappliquer dans son sous-sol réaménagé pour faire une nouvelle démo... Celle qui, enfin, éveilla l'intérêt de décideurs de labels. De ce fait, il est bien probable que sans ces longues années d'adversité et d'incertitude, entraînant à revoir régulièrement sa copie, la teneur et l'accroche n'auraient des chansons n'aurait pas été la même. Et le succès inhérent non plus.
Après les mets modestement épicés, on attaque les douceurs avec « Hitch A Ride ». Une admirable composition alternant entre ballade acoustique et mouvements heavy. Une pièce semblant devoir beaucoup à Wishbone Ash. Ce dernier pouvant très bien être une (forte) influence inavouée, tant on retrouve des parties de guitares harmonisées typiques, ainsi que cette essence spécifique, en équilibre entre le progressif et le heavy-rock. Scholz préféra mentionner les Yardbirds, les Kinks (?) et Blue Cheer (?!?) "La vie est comme le plus froid des hivers, les gens figent les larmes que je pleure... je dois briser la glace et m'envoler". Pour la petite histoire, au sujet de cette chanson, elle a parfois été attribuée à Brad Delp, qu'elle dépeignait son mal-être, sa difficulté à profiter de la vie alors que tout lui souriait. En effet, Delp tombait régulièrement dans la dépression - les désaccords avec Scholz relatifs aux royalties, à son leadership et à l'attribution de droits d'auteurs, ont probablement leur importance -, et son suicide en 2007 avec pour seul mot "Je suis une âme solitaire. Brad" ont conforté les complotistes. Toutefois, ce n'est pas une de ses compositions.
"Something About You" est un heavy-rock débordant d'enthousiasme, comme pris d'euphorie, qui, après une courte intro onirique, va dans le vif du sujet, pratiquement comme si, dans un formidable élan, la chanson était emporté par un pré-refrain et un refrain enfiévrés .
Cette première chapitre se termine sur « Let Me Take You Home Tonight », la chanson la moins intense de l'album - le maillon faible. C'est relatif, évidemment. Comme un fourre-tout de rock ricain où l'on relève deux trois pincées de Southern-rock, une cuillère de country-rock, une louche de soft rock californien arrosant un mince pâtée de rock lourdement imbibée de chœurs, avec un coda explosant dans un élan de joie un peu (beaucoup) forcée – pareillement aux comédies musicales hollywoodiennes dites de « rock ».
Indéniablement, un classique incontournable du rock américain, voire plus. Un disque qui avait en son temps battu des records de ventes, et restent encore aujourd'hui parmi les grands succès commerciaux. Des chansons qu'on retrouve dans des séries, des films, des jeux vidéos. Même la pochette est une référence. Tout le monde connait un truc de cet album (enfin, presque), même s'ils ne l'ont jamais écouté. Pourtant, cette œuvre traîne peut-être derrière elle quelque chose de plus sombre. En effet, tout le mérite a été un peu trop vite attribué quasiment au seul Tom Scholz. Si ce dernier est indéniablement une sorte de génie (1), on peut s'étonner que le succès et l'intensité de ce premier jet ne fut jamais vraiment renouvelé. Dès lors que Scholz a imposé son despotisme, le succès et l'intérêt porté au groupe a été décroissant. Le guitariste Barry Goudreau, initialement soliste à l'époque de Mother's Milk, a regretté que son nom n'ait pas été porté sur certaines compositions. Si Goudreau ne réfute pas le talent et le travail de Scholz, notamment pour sa pugnacité et sa patiente à retravailler les morceaux jusqu'à pleine satisfaction, il estime que sans lui, et d'autres membres du groupe, des chansons de cet album n'auraient pas vu le jour. Du moins telles qu'on les connait. D'ailleurs, son départ marque un petit mais progressif déclin du groupe, malgré les longues années données à Scholz pour parfaire sa musique (huit années séparent le second du troisième, et autant avec le quatrième... de même pour le cinquième).
| Face A | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Titre | |||||||||
| A1. | More Than Feeling | 4:46 | |||||||
| A2. | Peace of Mind | 5:02 | |||||||
| A3. | Foreplay / Longtime | 7:47 | |||||||
| Face B | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Titre | Auteur | ||||||||
| B1. | Rock and Roll Band | 3:00 | |||||||
| B2. | Smokin' |
| |||||||
| B3. | Hitch a Ride | 4:13 | |||||||
| B4. | Something About You | 3:48 | |||||||
| B5. | Let Me Take You Home Tonight | Brad Delp | 4:43 | ||||||
![]() |
| (vague hésitation pour une note entre 5,25 / 6 et 5,85 / 6) |
(1) Comme si son talent d'instrumentiste - guitariste et claviériste talentueux, bassiste à l'occasion - et de compositeur ne suffisaient pas, c'est aussi un technicien doué. Il est en effet l'inventeur du Rockman. Une petite boîte noire correctement équipée d'effets permettant de jouer de la guitare au casque, sans se fracasser les esgourdes avec un son pro, et en épargnant celles des voisins pendant l'apprentissage. Le boîtier pouvant également se raccorder à une console, il fit rapidement la joie des pros qui ne s'en privèrent pas. Un gros succès (encore une fois) qui permit la création d'une entreprise qui développa tête d'ampli, racks, pédaliers et effets.
🎶🕀






Souvenir d’abord avant de commenter ton papier, acheté à une époque ou R&F avait chroniqué un top 5 américain : Fleetwood Mac, Bruce Springsteen, Kansas, Eagles et donc ce Boston. J’ai acquis les 5 pour la ramener auprès des potes, surprise Bruce Springsteen est celui qui est mal passé. Déjà grâce à ta présentation j’ai enfin (virtuellement) écouté la face B, de fait une fois la A terminé il y avait envie de passer à autre chose. Il y a de bonnes choses sur cette face. J’ai l’album suivant bien peu écouté, tu sembles comprendre pourquoi, ce que j’apprends surtout c’est qu’il n’a pas TOUT enregistré seul, alors qu’à l’époque on pensait tel un Mike Oldfield à un sorcier enfermé dans sa grotte magique. Sorti de ton papier il me reste l’envi de faire une chronique sur un album choisi de Uriah Heep, j’ai en tête « Salisbury » conseillé par Ranx. À suivre
RépondreSupprimerQue le Springsteen soit mal passé n'est pas vraiment une surprise.
Supprimerpour ma part, ce n'était pas R&F mais Best qui avait établi un Top 5 du Rock US des plus gros vendeurs vers 1977 avec le "Rumours" du Mac, le premier Foreigner, le premier Boston, 'Hotel California" et "Point of know return". En ce temps-là, le public ricain avait encore du goût...
SupprimerAh...Boston, groupe honni s'il en est, au même titre que Kansas, Styx et consorts. Le riff après l'intro en arpèges de More than a feeling me fait furieusement penser à du BTO.
RépondreSupprimer