LE TROUVÈRE (1853) de Giuseppe VERDI - par Pat Slade
L’opéra est l'un des thèmes les moins abordés au Déblocnot, pourtant je
pense qu’il doit y avoir des amateurs d'art lyrique parmi nos
lecteurs.
Précisons tout de même que Claude Toon s'est penché sur les montagnes
du genre : Tristan et Isolde et Parsifal de Wagner et l'intégrale du Ring (4 opéras) par Clemens Krauss à écouter, Pelleas et Mélisande de Debussy, le sanglant Salomé de Richard Strauss, Der Freischütz de Weber (Carlos Kleiber bien entendu) et moins connu : La Ville mortede Korngold. En un mot des hits 😉. De mon côté : Berlioz
et La damanation de faust et
d'Offenbach : La belle Hélène... et à quatre mains, l'opéra des opéras :
Carmen de Bizet... Tout cela est référencé dans l'index...
la revanche des femmes
Même si les femmes ont une triste fin dans ”le Trouvère“,comme dans beaucoupd’opèras en général,
’il existe plus de livrets qu’on ne pense où des héroïnes fortes voient
leurs ambitions récompensées,
d’autre part, parce que, sur le plan moral, les dames l’emportent
souvent haut la main sur les messieurs qui ne sont que d’affreux
personnages.
"Le Trouvère" de Verdi, voilà une œuvre qui ne
laisse personne indifférent ! Si vous avez déjà eu la chance d’écouter
cet opéra, il est intense, passionné, presque brûlant. Pour les autres,
laissez-moi vous embarquer dans un petit voyage au cœur de ce
chef-d’œuvre du XIXe siècle.
D’abord, un peu de contexte : "Le Trouvère" (ou "Il Trovatore" en italien) et non ”Le trou Vert“, un film porno italo-écolo oublié, a été créé en 1853. C’est l’une des œuvres les plus jouées de Verdi, et pour cause, elle a tout pour plaire. On y trouve drame, amour,
guerre, vengeance, et surtout une musique qui tape juste là où ça fait
vibrer. L’intrigue est sombre et assez labyrinthique, mais ne vous
inquiétez pas, je vais essayer de la résumer sans spoiler... ne pas
anticiper le moindre frisson.
L’histoire se déroule en Espagne au XVe siècle, ça sent la poussière,
les armures rouillées et les vieux châteaux mystérieux. On suit deux
personnages principaux : Manrico, un troubadour aussi talentueux que courageux, et le comte di Luna, son rival acharné. Leurs destins sont liés par un passé trouble –
imaginez un secret de famille bien gardé, des retrouvailles explosives
et une bonne dose de jalousie. Entre eux, la belle
Leonora, une dame au cœur tiraillé entre l’amour et le devoir.
Ce qui frappe immédiatement avec "Le Trouvère", est la force émotionnelle de la ligne de chant. Verdi ne fait pas dans la demi-mesure : les airs sont puissants, certains
quasiment guerriers, mais a contrario exprime parfois une tendresse
bouleversante. Prenez l’air de Manrico, "Di quella pira" – c’est légendaire ! Il sort des tripes et vous donne envie de
crier, de chanter à tue-tête avec lui. Ce moment est un vrai coup de
boost, un shot d’adrénaline pure.
Mais ce n’est pas seulement un festival de voix surpuissantes.
L’orchestre joue un rôle clé, donnant une ambiance souvent sombre,
presque gothique, qui colle parfaitement à la tragédie sur scène. Les
choeurs, eux, apportent cette dimension épique, comme une foule
invisible qui assiste, encourage, condamne.
Au-delà de la musique, ce qui m’a toujours plu dans "Le Trouvère
", c’est la richesse psychologique des personnages. Chacun a ses
failles et ses choix cornéliens. Leonora, par exemple, incarne cette femme déchirée, capable de grande
détermination mais aussi de profonde vulnérabilité. Elle n’est pas
juste une potiche décorative, elle agit, elle décide, elle souffre.
Quant à Manrico, voici un héros romantique au sang chaud, mais pas sans nuances. Et
côté antagoniste, le comte di Luna, froid et implacable, nous rappelle que la haine peut ronger un
homme jusqu’à sa propre destruction.
Quand on regarde l’opéra dans son ensemble, on s’aperçoit que Verdi a
su mixer plusieurs ingrédients classiques – tragédie, amour impossible,
vendetta – avec son génie personnel. Résultat ? Un spectacle qui tient
en haleine du début à la fin, où chaque acte apporte son lot de
surprises et d’émotions fortes.Et puis, évidemment, la mise en scène contemporaine apporte souvent
un regard neuf. Certains metteurs en scène aiment jouer avec l’aspect
gothique et presque surnaturel de l’histoire, tandis que d’autres
préfèrent miser sur la psychologie des personnages. À vous de choisir
ce qui vous parle le plus !
En conclusion, "Le Trouvère" n’est pas seulement un opéra à écouter ; c’est une expérience à
vivre. Que vous soyez un habitué des salles d’opéra ou un néophyte
curieux, n’hésitez pas à plonger dans cet univers ardent et
passionné. Verdi
vous embarque dans une tempête d’émotions où la musique transcende
tout. Et si vous repartez avec un "Di quella pira" coincé dans la tête, eh bien… c’est signe que vous venez de vivre
quelque chose d’unique !
Alors prêt pour le voyage ? Prenez votre billet pour l’Espagne du XVe
siècle, car avec "Le Trouvère", Verdi nous rappelle que l’opéra
est avant tout une aventure humaine et musicale inoubliable. À vos
places, rideau, et que la musique commence !
Ma découverte de cet opéra a eu lieu avec la version de
Zubin Mehta et le New Philarmonia
Orchestra aves Placido Domingo et
Léontyne Price de 1971. Je me
penche sur une sélection de ses enregistrements discographiques majeurs,
qui ont contribué à perpétuer la magie de cette œuvre à travers les
décennies.
Parmi les enregistrements les plus emblématiques, celui dirigé par
Herbert von Karajan avec le
Philharmonique de Berlin, mettant en vedette des voix telles que celle
de Leontyne Price et de
Franco Corelli enregistré en
1962 et dépoussiéré en 2013, se distingue par son
équilibre parfait entre puissance orchestrale et nuances vocales. La
direction de Karajan apporte une
épaisseur dramatique saisissante, tandis que les solistes incarnent
avec passion les personnages tourmentés de l’opéra.
Un autre enregistrement marquant est celui de Riccardo Muti
avec l’Orchestre du Teatro alla Scala, qui offre une approche plus
traditionnelle et authentique, respectant la vivacité et la clarté
de la partition originale. La soprano Edita Gruberova
y brille par son agilité et sa sensibilité, tandis que les chœurs
et l’orchestre se montrent d’une précision remarquable.
Enfin, la version dirigée par
James Levine au Metropolitan Opera de
New York illustre une interprétation plus contemporaine, où
l’intensité dramatique est amplifiée par une mise en scène sonore
moderne. Les voix de
Placido Domingo et de
Mirella Freni apportent une
profondeur émotionnelle unique, rendant justice à la complexité des
personnages. Une dernière que j’aime beaucoup, celle de
Carlos Kleiber avec
Ileanna Cotrubas et encore
Placido Domingo.
Ces différentes interprétations témoignent de la richesse infinie de
”Le Trouvère“, un opéra capable de se réinventer tout en restant fidèle à son
essence tragique et passionnée. Chaque disque offre une expérience
auditive singulière, permettant aux mélomanes de redécouvrir cette
œuvre magistrale sous des angles variés, tout en célébrant le génie de Verdi.
Deux extraits :
J'ai demandé à Claude Toon de me proposer une vidéo de l'intégrale. Il m'a
déniché une version dite de "derrière les fagots" dirigée par
Richard Bonhinge en 1976 avec une sacrée distribution... :
Version très cotée juste après celle au son impossible de Maria Callas de
1953 appréciée des critiques pros. Mais comme ni moi, ni Claude, ni Maggy
Toon n'aimons particulièrement la voix de la Diva... Exit 😀.
Oui, il y a des amateurs d’opéra qui fréquentent votre espace si riche et éclectique. Je vais ajouter ce papier à mon dossier Verdi/Trovatore. Moi aussi c’est par Zubin Mehta que je découvre cet opéra. Curieusement je n’en connais pas d’autres, autant j’ai fouillé Rigoletto et Otello autant je me contentais de celui-là. Mais voici que tu alignes d’autres chefs et me voilà particulièrement hésitant, sur Karajan, j’ai une tendresse pour Corelli et son seveu sur la langue, c’est sa version de Turandot que je vénère, mais il y a un autre Karajan avec La Callas et di Stefano si grandiose dans Tosca. Au lieu d’hésiter, je pense découvrir les deux, un défi pour Leontyne Price ?? En tout cas, merci et je note de partir les autres chroniques… A bientôt
Surper, ce qui m'intéresse dans ces papiers c'est surtout le ressenti et les conseils d'enregistrements, même si c'est souvent le premier enregistrement qui reste dans nos préférences, j'aime ensuite comparer. Mon défaut, je suis peu au courant de l'actualité et me réfugie dans ceux qui ont fait leurs preuves. En tout cas, grâce à toi je replonge dans cet opéra, en me souvenant que c'est son histoire alambiquée qui ne m'avait pas fait le mettre au top des Verdi. Mais la musique...."L’histoire se déroule en Espagne au XVe siècle, ça sent la poussière, les armures rouillées et les vieux châteaux mystérieux" Bravo pour le décor.
j'ai loupé ta dernière phrase à propos de La Callas, ha ha, j'aurai dû faire attention. Et pourtant, moi aussi dans Norma j'ai voulu éviter la dame, au profit de Sutherland, Ce fut tout de même une petite erreur.
La Callas surement une grande diva ( on ne peut pas lui retirer ce talent) mais même dans Carmen je ne la trouve pas crédible, dans le rôle je reste sur Tereza Berganza
Oui pour Carmen, mais en grande dame face à un destin tragique elle reste la plus incarnée, j’ai tenu à chercher d’autres diva pour l’éviter car il y en avait que pour elle. Dans Norma de Bellini j’ai apprécié Sutherland, dans Adriana Lecouvreur de Cilea j’ai aimé Renata Scotto, mais le jour où j’ai écouté La Callas dans les mêmes rôles, c’était tellement intense. Et elle surprend dans ce contre-emploi dans le Barbier de Seville elle domine aussi. À suivre lors d’autres échanges, je vais jeter une oreille sur "les contes d'Hoffman". Et encore merci
Oui, il y a des amateurs d’opéra qui fréquentent votre espace si riche et éclectique. Je vais ajouter ce papier à mon dossier Verdi/Trovatore. Moi aussi c’est par Zubin Mehta que je découvre cet opéra. Curieusement je n’en connais pas d’autres, autant j’ai fouillé Rigoletto et Otello autant je me contentais de celui-là. Mais voici que tu alignes d’autres chefs et me voilà particulièrement hésitant, sur Karajan, j’ai une tendresse pour Corelli et son seveu sur la langue, c’est sa version de Turandot que je vénère, mais il y a un autre Karajan avec La Callas et di Stefano si grandiose dans Tosca. Au lieu d’hésiter, je pense découvrir les deux, un défi pour Leontyne Price ??
RépondreSupprimerEn tout cas, merci et je note de partir les autres chroniques… A bientôt
Sur l'Opéra j'ai fait "La damnation de Faust" de Berlioz "les contes d'Hoffman" et "La belle Hélène" d'Offenbach et bien sur 'Carmen" de Bizet
SupprimerSurper, ce qui m'intéresse dans ces papiers c'est surtout le ressenti et les conseils d'enregistrements, même si c'est souvent le premier enregistrement qui reste dans nos préférences, j'aime ensuite comparer. Mon défaut, je suis peu au courant de l'actualité et me réfugie dans ceux qui ont fait leurs preuves. En tout cas, grâce à toi je replonge dans cet opéra, en me souvenant que c'est son histoire alambiquée qui ne m'avait pas fait le mettre au top des Verdi. Mais la musique...."L’histoire se déroule en Espagne au XVe siècle, ça sent la poussière, les armures rouillées et les vieux châteaux mystérieux" Bravo pour le décor.
Supprimerj'ai loupé ta dernière phrase à propos de La Callas, ha ha, j'aurai dû faire attention. Et pourtant, moi aussi dans Norma j'ai voulu éviter la dame, au profit de Sutherland, Ce fut tout de même une petite erreur.
SupprimerLa Callas surement une grande diva ( on ne peut pas lui retirer ce talent) mais même dans Carmen je ne la trouve pas crédible, dans le rôle je reste sur Tereza Berganza
SupprimerOui pour Carmen, mais en grande dame face à un destin tragique elle reste la plus incarnée, j’ai tenu à chercher d’autres diva pour l’éviter car il y en avait que pour elle. Dans Norma de Bellini j’ai apprécié Sutherland, dans Adriana Lecouvreur de Cilea j’ai aimé Renata Scotto, mais le jour où j’ai écouté La Callas dans les mêmes rôles, c’était tellement intense. Et elle surprend dans ce contre-emploi dans le Barbier de Seville elle domine aussi. À suivre lors d’autres échanges, je vais jeter une oreille sur "les contes d'Hoffman". Et encore merci
SupprimerJe me demande dans quelle mesure la tragédienne Callas ne l'emporte paas sur la cantatrice Maria... Unr drôle d'idée sans doute....
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