jeudi 11 juin 2026

LE TROUVÈRE (1853) de Giuseppe VERDI - par Pat Slade

 



L’opéra est l'un des thèmes les moins abordés au Déblocnot, pourtant je pense qu’il doit y avoir des amateurs d'art lyrique parmi nos lecteurs.

Précisons tout de même que Claude Toon s'est penché sur les montagnes du genre : Tristan et Isolde et Parsifal de Wagner et l'intégrale du Ring (4 opéras) par Clemens Krauss à écouter, Pelleas et Mélisande de Debussy, le sanglant Salomé de Richard Strauss, Der Freischütz de Weber (Carlos Kleiber bien entendu) et moins connu : La Ville morte de Korngold. En un mot des hits 😉. De mon côté : Berlioz et La damanation de faust et d'Offenbach : La belle Hélène... et à quatre mains, l'opéra des opéras : Carmen de Bizet... Tout cela est référencé dans l'index...



la revanche des femmes



Même si les femmes ont une triste fin dans ”le Trouvère“, comme dans beaucoup d’opèras en général, ’il existe plus de livrets qu’on ne pense où des héroïnes fortes voient leurs ambitions récompensées, d’autre part, parce que, sur le plan moral, les dames l’emportent souvent haut la main sur les messieurs qui ne sont que d’affreux personnages.

 "Le Trouvère" de Verdi, voilà une œuvre qui ne laisse personne indifférent ! Si vous avez déjà eu la chance d’écouter cet opéra, il est intense, passionné, presque brûlant. Pour les autres, laissez-moi vous embarquer dans un petit voyage au cœur de ce chef-d’œuvre du XIXe siècle.
D’abord, un peu de contexte : "Le Trouvère" (ou "Il Trovatore" en italien) et non ”Le trou Vert“, un film porno italo-écolo oublié, a été créé en 1853. C’est l’une des œuvres les plus jouées de Verdi, et pour cause, elle a tout pour plaire. On y trouve drame, amour, guerre, vengeance, et surtout une musique qui tape juste là où ça fait vibrer. L’intrigue est sombre et assez labyrinthique, mais ne vous inquiétez pas, je vais essayer de la résumer sans spoiler... ne pas anticiper le moindre frisson.

L’histoire se déroule en Espagne au XVe siècle, ça sent la poussière, les armures rouillées et les vieux châteaux mystérieux. On suit deux personnages principaux : Manrico, un troubadour aussi talentueux que courageux, et le comte di Luna, son rival acharné. Leurs destins sont liés par un passé trouble – imaginez un secret de famille bien gardé, des retrouvailles explosives et une bonne dose de jalousie. Entre eux, la belle Leonora, une dame au cœur tiraillé entre l’amour et le devoir.

Ce qui frappe immédiatement avec "Le Trouvère", est la force émotionnelle de la ligne de chant. Verdi ne fait pas dans la demi-mesure : les airs sont puissants, certains quasiment guerriers, mais a contrario exprime parfois une tendresse bouleversante. Prenez l’air de Manrico, "Di quella pira" – c’est légendaire ! Il sort des tripes et vous donne envie de crier, de chanter à tue-tête avec lui. Ce moment est un vrai coup de boost, un shot d’adrénaline pure.

Mais ce n’est pas seulement un festival de voix surpuissantes. L’orchestre joue un rôle clé, donnant une ambiance souvent sombre, presque gothique, qui colle parfaitement à la tragédie sur scène. Les choeurs, eux, apportent cette dimension épique, comme une foule invisible qui assiste, encourage, condamne.
Au-delà de la musique, ce qui m’a toujours plu dans "Le Trouvère ", c’est la richesse psychologique des personnages. Chacun a ses failles et ses choix cornéliens. Leonora, par exemple, incarne cette femme déchirée, capable de grande détermination mais aussi de profonde vulnérabilité. Elle n’est pas juste une potiche décorative, elle agit, elle décide, elle souffre. Quant à Manrico, voici un héros romantique au sang chaud, mais pas sans nuances. Et côté antagoniste, le comte di Luna, froid et implacable, nous rappelle que la haine peut ronger un homme jusqu’à sa propre destruction.

 
Quand on regarde l’opéra dans son ensemble, on s’aperçoit que Verdi a su mixer plusieurs ingrédients classiques – tragédie, amour impossible, vendetta – avec son génie personnel. Résultat ? Un spectacle qui tient en haleine du début à la fin, où chaque acte apporte son lot de surprises et d’émotions fortes. Et puis, évidemment, la mise en scène contemporaine apporte souvent un regard neuf. Certains metteurs en scène aiment jouer avec l’aspect gothique et presque surnaturel de l’histoire, tandis que d’autres préfèrent miser sur la psychologie des personnages. À vous de choisir ce qui vous parle le plus !

En conclusion, "Le Trouvère" n’est pas seulement un opéra à écouter ; c’est une expérience à vivre. Que vous soyez un habitué des salles d’opéra ou un néophyte curieux, n’hésitez pas à plonger dans cet univers ardent et passionné. Verdi vous embarque dans une tempête d’émotions où la musique transcende tout. Et si vous repartez avec un "Di quella pira" coincé dans la tête, eh bien… c’est signe que vous venez de vivre quelque chose d’unique !

Alors prêt pour le voyage ? Prenez votre billet pour l’Espagne du XVe siècle, car avec "Le Trouvère", Verdi nous rappelle que l’opéra est avant tout une aventure humaine et musicale inoubliable. À vos places, rideau, et que la musique commence !                                                                        

Ma découverte de cet opéra a eu lieu avec la version de Zubin Mehta et le New Philarmonia Orchestra aves Placido Domingo et Léontyne Price de 1971. Je me penche sur une sélection de ses enregistrements discographiques majeurs, qui ont contribué à perpétuer la magie de cette œuvre à travers les décennies.

Parmi les enregistrements les plus emblématiques, celui dirigé par Herbert von Karajan avec le Philharmonique de Berlin, mettant en vedette des voix telles que celle de Leontyne Price et de Franco Corelli enregistré en 1962 et dépoussiéré en 2013, se distingue par son équilibre parfait entre puissance orchestrale et nuances vocales. La direction de Karajan apporte une épaisseur dramatique saisissante, tandis que les solistes incarnent avec passion les personnages tourmentés de l’opéra.


 Un autre enregistrement marquant est celui de Riccardo Muti avec l’Orchestre du Teatro alla Scala, qui offre une approche plus traditionnelle et authentique, respectant la vivacité et la clarté de la partition originale. La soprano Edita Gruberova y brille par son agilité et sa sensibilité, tandis que les chœurs et l’orchestre se montrent d’une précision remarquable.

Enfin, la version dirigée par James Levine au Metropolitan Opera de New York illustre une interprétation plus contemporaine, où l’intensité dramatique est amplifiée par une mise en scène sonore moderne. Les voix de Placido Domingo et de Mirella Freni apportent une profondeur émotionnelle unique, rendant justice à la complexité des personnages. Une dernière que j’aime beaucoup, celle de Carlos Kleiber avec Ileanna Cotrubas et encore Placido Domingo.

Ces différentes interprétations témoignent de la richesse infinie de ”Le Trouvère“, un opéra capable de se réinventer tout en restant fidèle à son essence tragique et passionnée. Chaque disque offre une expérience auditive singulière, permettant aux mélomanes de redécouvrir cette œuvre magistrale sous des angles variés, tout en célébrant le génie de Verdi.                                                                         

Deux extraits :

J'ai demandé à Claude Toon de me proposer une vidéo de l'intégrale. Il m'a déniché une version dite de "derrière les fagots" dirigée par Richard Bonhinge en 1976 avec une sacrée distribution... :
Version très cotée juste après celle au son impossible de Maria Callas de 1953 appréciée des critiques pros. Mais comme ni moi, ni Claude, ni Maggy Toon n'aimons particulièrement la voix de la Diva... Exit 😀.

Manrico: Luciano Pavarotti
Leonora: Joan Sutherland
Il Conte di Luna: Ingvar Wixell
Azucena: Marilyn Horne
Ferrando: Nicolai Ghiaurov

7 commentaires:

  1. Oui, il y a des amateurs d’opéra qui fréquentent votre espace si riche et éclectique. Je vais ajouter ce papier à mon dossier Verdi/Trovatore. Moi aussi c’est par Zubin Mehta que je découvre cet opéra. Curieusement je n’en connais pas d’autres, autant j’ai fouillé Rigoletto et Otello autant je me contentais de celui-là. Mais voici que tu alignes d’autres chefs et me voilà particulièrement hésitant, sur Karajan, j’ai une tendresse pour Corelli et son seveu sur la langue, c’est sa version de Turandot que je vénère, mais il y a un autre Karajan avec La Callas et di Stefano si grandiose dans Tosca. Au lieu d’hésiter, je pense découvrir les deux, un défi pour Leontyne Price ??
    En tout cas, merci et je note de partir les autres chroniques… A bientôt

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sur l'Opéra j'ai fait "La damnation de Faust" de Berlioz "les contes d'Hoffman" et "La belle Hélène" d'Offenbach et bien sur 'Carmen" de Bizet

      Supprimer
    2. Surper, ce qui m'intéresse dans ces papiers c'est surtout le ressenti et les conseils d'enregistrements, même si c'est souvent le premier enregistrement qui reste dans nos préférences, j'aime ensuite comparer. Mon défaut, je suis peu au courant de l'actualité et me réfugie dans ceux qui ont fait leurs preuves. En tout cas, grâce à toi je replonge dans cet opéra, en me souvenant que c'est son histoire alambiquée qui ne m'avait pas fait le mettre au top des Verdi. Mais la musique...."L’histoire se déroule en Espagne au XVe siècle, ça sent la poussière, les armures rouillées et les vieux châteaux mystérieux" Bravo pour le décor.

      Supprimer
    3. j'ai loupé ta dernière phrase à propos de La Callas, ha ha, j'aurai dû faire attention. Et pourtant, moi aussi dans Norma j'ai voulu éviter la dame, au profit de Sutherland, Ce fut tout de même une petite erreur.

      Supprimer
    4. La Callas surement une grande diva ( on ne peut pas lui retirer ce talent) mais même dans Carmen je ne la trouve pas crédible, dans le rôle je reste sur Tereza Berganza

      Supprimer
    5. Oui pour Carmen, mais en grande dame face à un destin tragique elle reste la plus incarnée, j’ai tenu à chercher d’autres diva pour l’éviter car il y en avait que pour elle. Dans Norma de Bellini j’ai apprécié Sutherland, dans Adriana Lecouvreur de Cilea j’ai aimé Renata Scotto, mais le jour où j’ai écouté La Callas dans les mêmes rôles, c’était tellement intense. Et elle surprend dans ce contre-emploi dans le Barbier de Seville elle domine aussi. À suivre lors d’autres échanges, je vais jeter une oreille sur "les contes d'Hoffman". Et encore merci

      Supprimer
    6. Je me demande dans quelle mesure la tragédienne Callas ne l'emporte paas sur la cantatrice Maria... Unr drôle d'idée sans doute....

      Supprimer