vendredi 17 avril 2026

PLUS FORT QUE MOI (I SWEAR) de Kirk Jones (2026) par Luc B.


Les films avec des personnages handicapés ou malades, depuis RAIN MAN, on en a vu passer, souvent un peu gênants de complaisance, on ne peut pas en dire du mal sans passer pour un cynique sans coeur. Mais comme j’ai du coeur à revendre, ce PLUS FORT QUE MOI j’vais en dire du bien. Le titre français est à comprendre par c'est plus fort que moi.

John Davidson est sapé comme un lord, en kilt, s’apprête à être décoré par la reine Elizabeth II. Le gars stresse un peu, rechigne à y aller. Il a peur de dire une connerie. On le rassure d'abord puis lui botte le cul, il obtempère, entre dans le salon (de Balmoral ?) où siège l’assemblée, et la Queen. Davidson s’approche et lance un magnifique : « Fuck the queen » !

Flash-back. John à 14 ans, ado lambda d’une petite ville écossaise, des parents, des frères et sœurs, et surtout du foot. Le gamin est bon, il est goal, fait la fierté de son paternel. Y’a même un recruteur qui doit passer le voir jouer. Il intègre son nouveau collège, mais est rapidement moqué par ses camarades. John développe des tics, et une tendance à injurier son monde. Surtout le proviseur. Comme John est bien élevé, il s’excuse à chaque fois : « ce n’est pas de ma faute, ça sort tout seul ». Mais qui va croire ça ? A la maison c’est pareil, hurlements intempestifs, crachats, jurons. Son père n’en peut plus de ce mariole, qui désormais prendra ses repas devant la cheminée, seul.

Scène très drôle, John invite une fille du collège au cinéma, qui débarque chaperonnée par sa mère, très inquiète par le programme indécent : un homme qui s’habille en femme (TOOTSIE de Sydney Pollack !). La mère, assise juste devant les ados, surveille le moindre geste déplacé, quand retentit un « suçe-moi la bite salope ! ».

Il faudra quelques années pour que John Davidson soit diagnostiqué du syndrome Gilles de la Tourette. Il ira vivre chez un copain (chez lui ce n’était plus possible) dont la mère Dottie est malade. Grâce à cette ex-infirmière en psychiatrie, il trouvera d'abord un foyer tolérant, puis un job de gardien d’école.

PLUS FORT QUE MOI s’inspire d’une histoire réelle. Un label dont il faut aussi se méfier... ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’elle est bonne. Ce qui aurait pu nous inonder de larmes et d’expertises scientifiques, est heureusement tourné vers la comédie. Comédie de prolos comme le cinéma anglais sait nous en trousser (Loach, Frears, Parker) qui dépeignent un milieu social, des situations, de vrais gens. Kirk Jones jusqu’à présent se fondait dans la masse (NANNY MCPHEE, EVERBODY’S FINE avec de Niro) cette fois il s'auto-produit et réussit son coup, exploiter le potentiel comique d’une telle maladie, en même temps qu'il nous en montre les aspects les plus dramatiques. Quand John traite dans la rue une jeune femme de salope, c’est cocasse (nous, on sait). Quand les potes de la fille en question le défigure à coup de pieds de biche, c’est moins drôle.

Ce qui énerve Dottie, ce ne sont pas les jurons, mais que John s’excuse à chaque fois ensuite. Elle connaît ce syndrome, comme Tommy Trotter (le patron de John, merveilleux Peter Mullan). Nouvelle configuration où le comique fonctionne aussi, car Trotter ne réagit pas aux insultes, ce qui donne des scènes dialoguées surréalistes (filmées en plan long) où le gars reste parfaitement zen face aux tonneaux d’injures qu’il se prend dans la gueule, comme aux coups qu’il se prend dans les couilles. Car John ne contrôle pas non plus ses gestes.

Très belle scène au tribunal, où rire et drame se confondent, et cette tirade de Trotter sur le thème : comment un homme pourrait simuler un tel syndrome ? Ou lorsque John accepte de parler avec une jeune fille atteinte aussi de la Tourette, tous les deux assis à l’arrière d’une voiture, un festival de saillies des plus salaces, devant les parents abasourdis. Mais où John trouvera sa raison d’être, le partage d’expérience auprès de parents démunis, puis, des interventions pour sensibiliser le public, les policiers, les enseignants, sur cette maladie. D'où l'hommage médaillée de la reine. 

Scène toute simple et magnifique, lorsque John entre dans un protocole médical, teste un bracelet à impulsion électrique (?) et qu’enfin il peut entrer dans un lieu jusque là interdit : une bibliothèque. On est autorisé à verser sa p'tite larme.

Sans doute, sur la fin, le réalisateur aurait pu couper un peu. Et puis ce procédé classique, diffuser au générique des images du vrai John Davidson. Détail amusant, on voit les archives de la cérémonie avec Elizabeth II, herself, alors que dans la scène reconstituée, des astuces de cadrages permettent de ne jamais la distinguer. Pas de bol pour la comédienne Christina Ashford, qui si elle inscrit sur son CV qu'elle a interprété la reine d'Angleterre au cinéma, ne pourra jamais le prouver par l'image ! 

Le film est bercé par une bande-son millésimée, New Order, Supergrass, Slade, Portishead, Oasis, la réalisation est tonique, sans chichi, les comédiens tous remarquables. Robert Aramayo en premier, loin du numéro d’acteur apprêté auquel on aurait pu s’attendre. Il a reçu le Bafta (les Oscars anglais) du meilleur comédien britannique, Peter Mullan celui du second rôle. 

A la cérémonie des Bafta, le vrai John Davidson était présent dans la salle. Qui a copieusement couvert d'injures racistes le malheureux Michael B. Jordan en lice pour SINNERS ! [clic vers SINNERS]. L'assemblée était prévenue, mais visiblement, la pilule est mal passée. 

N’hésitez pas à emmener vos gamins voir ce PLUS FORT QUE MOI (s’ils ont l’âge de comprendre : « - Une tasse de thé ? - Oui, avec un nuage de sperme ») un joli feel good movie, sans pathos ni complaisance, qui ne s’encombre d'aucune leçon de morale. 


Couleur - 2h00 - format 1:1.85

4 commentaires:

  1. Shuffle Master17/4/26 11:00

    Il faut reconnaître que l'Anglais, quoique notre ennemi héréditaire, fait fort dans ce genre de film. J'attends avec impatience ton avis sur Juste une Illusion.

    RépondreSupprimer
  2. Tu l'auras. Vendredi prochain.

    RépondreSupprimer
  3. "en lisse"... Sérieux ? (en lice)

    RépondreSupprimer
  4. Corrigé. Pardon. Inexcusable, car je connaissais l'origine du mot, les châteaux forts, l'endroit où les combattants à un tournoi attendaient leur tour. Le relecteur bénévole devra payer son coup.

    RépondreSupprimer