Sonia regarde des robes de mariée et tombe sur un modèle porté par une
femme de couleur, bien enrobée. Nema jette un œil par-dessus l’épaule de
Sonia et dit :
- Une femme corpulente du Bostwana est une femme de constitution
traditionnelle, alors que d’autres, toute minces, ressemblent à des
insectes brindilles…. J’aime bien l’expression "constitution
traditionnelle". Je l’ai trouvée dans ce livre "L’école de détectives
privés du Limpopo".
- Limpopo ? Quoi c’est ça ? demande Sonia…
- Le Limpopo est un fleuve. Quatre pays d’Afrique australe font partie
du bassin du Limpopo : l’Afrique du Sud, le Bostwana, le Zimbabwe,
et le Mozambique. Tout le monde sait cela. De même que tout le monde
connait Gaborone, la capitale du Bostwana.
- OK, soupire Sonia, nous voilà repartis en voyage.
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| Gaborone |
Bon, à dire vrai je ne connaissais pas du tout Gaborone avant la
lecture de ce roman. Le Bostwana, à la rigueur je savais le situer en
Afrique. Sans Plus. Et grâce à cette histoire de détectives privés, j’ai
découvert une ambiance particulière, chaleur et poussière, une manière de se
respecter et de s’apprécier avec une certaine élégance.
Mma Ramotswe, Precious de son prénom, est
la propriétaire de l’Agence n°1 des Dames détectives. Imaginez une belle
femme de constitution traditionnelle.
Mma Grace Makutsi, jeune femme fiancée à
Rra Phuti Radiphuti, est l’assistante de
Mma Ramotswe, ou plus exactement elle est en passe de devenir son associée. Enfin
presque. Il faut dire que
Rra Phuti Radiphuti est le
patron du Magasin des Meubles Double Confort. Le vrai grand magasin de
meubles de Gaborone, avec des canapés comme on n’en voit pas chez
nous, pouvant accueillir ces très belles constitutions féminines, de façon
confortable. Grace vient d’un
village pauvre et dans son enfance elle ne portait pas de chaussures. Donc
elle est très fière d’être passée par l’Institut de secrétariat du Bostwana
! Et ensuite, ce fiancé si gentil (et si riche) ! Mais
Grace garde les pieds (avec
désormais de belles chaussures) sur terre. De son côté,
Mma Ramotswe est mariée à
Rra JLB Matekoni. Et ce n’est pas n’importe qui cet homme là : il possède le garage
Tolkweng Road Speedy Motors et à
ses côtés travaillent deux apprentis mécaniciens. Les bureaux de l’Agencen°1
des Dames détectives sont attenants au garage.
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| Limpopo |
Un jour Precious fait un rêve
étrange : un étranger blanc sous un gros arbre semble lui tendre la
main. Grace va partir dans des
explications sur l’interprétation des rêves à la fois charmantes et
complètement péremptoires. Car
Grace est impulsive, un peu
naïve et orgueilleuse (elle a quand même eu 97/100 à l’examen de l’Institut
de Secrétariat du Bostwana). Une tasse de thé et tout rentre dans l’ordre.
Precious et
Grace boivent du thé, beaucoup
de thé, il y a même un calcul très poussé fait par
Grace à cause de la facture
d’eau à payer.
Un jour Clovis Andersen passe
par là et entre dans l’Agence n°1. Accueil avec thé, bien entendu, et
surprise, ce Clovis Andersen est
justement l’auteur de la "bible" de l’agence des Dames détectives :"Les principes de l’investigation privée". Quelle joie ! Quel honneur ! Mais
Clovis Andersen n’a-t-il pas eu
à traiter de bien plus grandes affaires que celles qui relèvent de l’Agence
n°1 ? Mma Ramotswe est
d’abord très intimidée puis, petit à petit, une forme de complicité
s’établit et ils vont ensemble éclairer la sombre affaire de la Ferme des
orphelins et du renvoi de la directrice
Mma Potokwane.
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| Hum... constitution traditionnelle, miam miam |
Ce n’est pas un roman noir, il n’y a pas de mort. Juste de petits tracas
qui peuvent être effrayants aux yeux du jeune apprenti
Fanwell. Ce garçon d’origine très modeste se laisse embarquer par un ancien
camarade de classe dans une histoire de voitures à réparer, pas vraiment
honnête. La justice est là. Si le palais de justice est imposant, l’avocat
de Fanwell l’est beaucoup moins.
L’équipe de l’Agence n°1 et celle du garage Tolkweng Road Speedy Motors vont
tenter de démontrer l’innocence de
Fanwell qui croyait juste rendre
un service en réparant une voiture dans une cour. En vain. Mais un esprit
facétieux vient sauver la mise de
Fanwell, d’une façon, si ce n’est peu académique, à tout le moins redoutablement
efficace. A noter que pour
JLB Matekoni, il y existe des voitures malhonnêtes. Une manière de dire que certaines
voitures, genre BMW, reflètent un peu trop le luxe (dans un pays riche grâce
aux mines de diamants, mais dont 70% du territoire est désertique).
D’un côté le paraître, le luxe (avec la construction de belles maisons en
briques de qualité…) et d’un autre une terre aride, le désert du
Kalahari, dans lequel à 4h00 de Gaborone une pauvre route s’élance
qui finit en piste ensablée. La camionnette de
Mma Ramotswe s’y enlise au grand
dam de Mma Makutsi, verte de peur, à l’ide qu’un lion pourrait survenir et les dévorer. Mais
non, elles vont rencontrer deux ânes et leur maître, et tout ira bien.
Les pays voisins sont pauvres (sauf l’Afrique du Sud bien entendu). Il y a
donc des quartiers pauvres avec la main d’œuvre discrète qui envoie sa paie
à la famille restée au pays. On rencontre ainsi un maçon exploité par un
promoteur on ne peut plus véreux…
Alexander McCall Smith est né
au Zimbabwe en 1948. Avant d’être l’auteur de nombreux romans
policier, c’est un juriste qui a entre autres enseigné le droit à
l’université de Gaborone dans les années 80 et s’est spécialisé en
droit médical et bioéthique fin du XXème siècle.
Merci à la traductrice
Elisabeth Kern d’avoir su rendre
l’humour de Mma Ramotswe.
Bonne lecture !
Editions 10/18 - 334 Pages






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