lundi 16 mars 2026

L’ÉCOLE DE DÉTECTIVES PRIVÉS DU LIMPOPO d'Alexander McCall Smith (2012) - par Nema M.


Sonia regarde des robes de mariée et tombe sur un modèle porté par une femme de couleur, bien enrobée. Nema jette un œil par-dessus l’épaule de Sonia et dit :

- Une femme corpulente du Bostwana est une femme de constitution traditionnelle, alors que d’autres, toute minces, ressemblent à des insectes brindilles…. J’aime bien l’expression "constitution traditionnelle". Je l’ai trouvée dans ce livre "L’école de détectives privés du Limpopo".

- Limpopo ? Quoi c’est ça ? demande Sonia…

- Le Limpopo est un fleuve. Quatre pays d’Afrique australe font partie du bassin du Limpopo : l’Afrique du Sud, le Bostwana, le Zimbabwe, et le Mozambique. Tout le monde sait cela. De même que tout le monde connait Gaborone, la capitale du Bostwana.

- OK, soupire Sonia, nous voilà repartis en voyage.


Gaborone

Bon, à dire vrai je ne connaissais pas du tout Gaborone avant la lecture de ce roman. Le Bostwana, à la rigueur je savais le situer en Afrique. Sans Plus. Et grâce à cette histoire de détectives privés, j’ai découvert une ambiance particulière, chaleur et poussière, une manière de se respecter et de s’apprécier avec une certaine élégance.

 

Mma Ramotswe, Precious de son prénom, est la propriétaire de l’Agence n°1 des Dames détectives. Imaginez une belle femme de constitution traditionnelle. Mma Grace Makutsi, jeune femme fiancée à Rra Phuti Radiphuti, est l’assistante de Mma Ramotswe, ou plus exactement elle est en passe de devenir son associée. Enfin presque. Il faut dire que Rra Phuti Radiphuti est le patron du Magasin des Meubles Double Confort. Le vrai grand magasin de meubles de Gaborone, avec des canapés comme on n’en voit pas chez nous, pouvant accueillir ces très belles constitutions féminines, de façon confortable. Grace vient d’un village pauvre et dans son enfance elle ne portait pas de chaussures. Donc elle est très fière d’être passée par l’Institut de secrétariat du Bostwana ! Et ensuite, ce fiancé si gentil (et si riche) ! Mais Grace garde les pieds (avec désormais de belles chaussures) sur terre. De son côté, Mma Ramotswe est mariée à Rra JLB Matekoni. Et ce n’est pas n’importe qui cet homme là : il possède le garage Tolkweng Road Speedy Motors et à ses côtés travaillent deux apprentis mécaniciens. Les bureaux de l’Agencen°1 des Dames détectives sont attenants au garage.  


Limpopo

Un jour Precious fait un rêve étrange : un étranger blanc sous un gros arbre semble lui tendre la main. Grace va partir dans des explications sur l’interprétation des rêves à la fois charmantes et complètement péremptoires. Car Grace est impulsive, un peu naïve et orgueilleuse (elle a quand même eu 97/100 à l’examen de l’Institut de Secrétariat du Bostwana). Une tasse de thé et tout rentre dans l’ordre. Precious et Grace boivent du thé, beaucoup de thé, il y a même un calcul très poussé fait par Grace à cause de la facture d’eau à payer.

 

Un jour Clovis Andersen passe par là et entre dans l’Agence n°1. Accueil avec thé, bien entendu, et surprise, ce Clovis Andersen est justement l’auteur de la "bible" de l’agence des Dames détectives :"Les principes de l’investigation privée". Quelle joie ! Quel honneur ! Mais Clovis Andersen n’a-t-il pas eu à traiter de bien plus grandes affaires que celles qui relèvent de l’Agence n°1 ? Mma Ramotswe est d’abord très intimidée puis, petit à petit, une forme de complicité s’établit et ils vont ensemble éclairer la sombre affaire de la Ferme des orphelins et du renvoi de la directrice Mma Potokwane.


Hum... constitution traditionnelle, miam miam

Ce n’est pas un roman noir, il n’y a pas de mort. Juste de petits tracas qui peuvent être effrayants aux yeux du jeune apprenti Fanwell. Ce garçon d’origine très modeste se laisse embarquer par un ancien camarade de classe dans une histoire de voitures à réparer, pas vraiment honnête. La justice est là. Si le palais de justice est imposant, l’avocat de Fanwell l’est beaucoup moins. L’équipe de l’Agence n°1 et celle du garage Tolkweng Road Speedy Motors vont tenter de démontrer l’innocence de Fanwell qui croyait juste rendre un service en réparant une voiture dans une cour. En vain. Mais un esprit facétieux vient sauver la mise de Fanwell, d’une façon, si ce n’est peu académique, à tout le moins redoutablement efficace. A noter que pour JLB Matekoni, il y existe des voitures malhonnêtes. Une manière de dire que certaines voitures, genre BMW, reflètent un peu trop le luxe (dans un pays riche grâce aux mines de diamants, mais dont 70% du territoire est désertique).

D’un côté le paraître, le luxe (avec la construction de belles maisons en briques de qualité…) et d’un autre une terre aride, le désert du Kalahari, dans lequel à 4h00 de Gaborone une pauvre route s’élance qui finit en piste ensablée. La camionnette de Mma Ramotswe s’y enlise au grand dam de Mma Makutsi, verte de peur, à l’ide qu’un lion pourrait survenir et les dévorer. Mais non, elles vont rencontrer deux ânes et leur maître, et tout ira bien.

Les pays voisins sont pauvres (sauf l’Afrique du Sud bien entendu). Il y a donc des quartiers pauvres avec la main d’œuvre discrète qui envoie sa paie à la famille restée au pays. On rencontre ainsi un maçon exploité par un promoteur on ne peut plus véreux…


Alexander McCall Smith est né au Zimbabwe en 1948. Avant d’être l’auteur de nombreux romans policier, c’est un juriste qui a entre autres enseigné le droit à l’université de Gaborone dans les années 80 et s’est spécialisé en droit médical et bioéthique fin du XXème siècle.

Merci à la traductrice Elisabeth Kern d’avoir su rendre l’humour de Mma Ramotswe.

 

Bonne lecture !

Editions 10/18  - 334 Pages 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire