mardi 10 mars 2026

Renaud : ”Amoureux de Paname“ (1975) - par Pat Slade

C’est un secret de polichinelle pour personne. Je n’aime pas Renaud ou plutôt je m'en suis lassé. Mais il y a une période de sa vie que j’ai bien aimé, sa genèse.



Vrai poulbot ou faux loubard ?




Je ne suis pas un inconditionnel de Renaud, le personnage ne m’a jamais vraiment emballé, mais comme il faut faire plaisir à tout le monde, je vais faire abstraction de mes goûts et répondre à la (forte !) demande d'un article sur le chanteur. La seule période qui me parle le plus me renvoie à ses débuts et à ses premiers albums à partir de 1975. Mais pour arriver à ce qu’il est devenu, il a quand même pas mal galéré. Une rumeur, au début de ses succès (Moi-même j’y croyais), disait qu’il était issu d’une famille de la petite bourgeoisie et qu’il jouait le gamin de la zone en contradiction avec l’éducation parentale qu’il avait eue. Évidemment les jaloux qui avaient lâché cette info avaient tout faux. Il est né en 1952 (Il aura 74 ans le 11 mai) dans le XIVème arrondissement de Paris (Pour les provinciaux, sur la rive gauche située entre Montparnasse et le parc Montsouris séparé par le périphérique de Montrouge, Malakoff et Gentilly) d’un père professeur d’Allemand et de Hollandais auteur de romans policiers et d’une mère descendante de mineurs du nord et femme au foyer. Pour ce qui est de la scolarité, ce n’est pas vraiment ça ! Dès l’école primaire il ne manifeste pas une forte envie de travailler et  la situation ne s’arrangera pas en entrant en sixième. Il échoue au BEPC en 1965 et doit redoubler sa troisième, mais le lycée ne le garde pas. Il intègre le lycée Montaigne en 1967 mais ce ne sera pas mieux. Hormis le français et le dessin, il fait une aversion à toutes les autres matières. L’indiscipline est sa maitresse et son refus de toute autorité son cheval de bataille. 

En vacance en 1971, il rencontre Patrick Dewaere qui le fera entrer au café de la gare en remplacement de Gérard Lefèvre (dit Gégé). Tout en restant libraire le jour, il joue le soir avec ColucheMiou-Miou et toute la troupe de Romain Bouteille. Après avoir passé un certain temps avec cette bande de joyeux drilles, il rend sa place au retour de Gégé et pense avoir trouvé sa vocation : comédien. Pour retards successifs, il est licencié. Après un rapide passage dans le sud, il retourne dans la capitale où il effectue plusieurs petits boulots, de plongeur à représentant en  livres pornos. Les années suivantes, il fréquente Montparnasse, chante dans les rues et dans les cours avec son pote Michel Pons à l’accordéon, il chante le Paris populo au travers des chansons de Bruant et du bal musette.

En 1974 alors que Coluche commence à percer en jouant son spectacle au nouveau café de la gare, il décide de jouer dans la cour devant la file d’attente, lui et ses compères (Michel Pons à l’accordéon et Bénédicte Coutler à la guitare) sont remarqués par Paul Lederman, il leur propose de jouer en première partie de son poulain au Caf’conc’. Engagé pour trois mois, le groupe ne durera que trois semaines pour cause d’obligations militaires de l’accordéoniste. Lederman encourage Renaudà continuer seul. A la Pizza du Marais, il va roder ses propres textes et en 1975Jacqueline Herrenschmidt et François Bernheim lui proposent de faire un album, son premier 33 tours : ”Amoureux de Paname“ sort en mars. Un premier essai qui se vendra difficilement mais remportera un succès d’estime. ”Amoureux de Paname“ Un premier titre qui nous met bien dans le bain, Pour ceux qui ont connu le Paris des années 60, on a la saveur et les odeurs du pavé parisien. ”Société tu m’auras pas“ Le blouson du loubard anarchiste commence à percer sous la casquette du poulbot. ”Petite Fille des sombres rues“ qui aurait du s’appeler”Monsieur Franco“ Même si il est un révolté, c’est aussi un auteur de très beaux textes (Quand on aime le français au lycée… ça paye). ”La java sans joie“ sonne comme les chansons que jouait les chanteurs des rues au début du siècle dernier. ”Gueule d’aminche“ encore un titre nostalgique avec une bonne manière de se servir de la langue verte.

La Coupole“ La célèbre brasserie au cœur de Montparnasse, tout peut se chanter même un resto de fruit de mer. ”Hexagone“ l'un des tubes de l’album qui va le cataloguer ”Chanteur énervant“ auprès d’une certaine catégorie de personnes. Mois après mois, il va passer en revue les habitudes des français. Étant très critique, la chanson sera, par ailleurs, interdite d'antenne. ”Écoutez-moi les gavroches“ Encore une jolie ballade sur les gamins de Paris. ”Rita“ Une chanson humoristique en un seul couplet d’une durée de 39 secondes. ”Camarade bourgeois“ Une chanson satirique sur la classe bourgeoise vis à vis des mouvements gauchistes intellos issus de mai 68. ”Le gringalet“ une chanson façon Aristide Bruant. ”La menthe a l’eau“ surement pas le meilleur titre, l’orchestration est trop fournie. ”Greta“ une histoire d’amour berlinoise ville séparée par le mur.

Le Renaud avec la casquette de toile blan­che de son grand-père tombant sur les yeux, qui gratte sa guitare et qui chante avec talent quelques goualantes du début du siècle, si ce Renaud était resté dans ce registre de Poulbot révolté tout le long de sa carrière, peut être que j’aurais aimé.


3 commentaires:

  1. Faux loubard, évidemment, c'est un déguisement. Restent les "tubes", en particulier, me concernant, "Hexagone" (toujours d'actualité...), "Miss Maggie" et allez, quand même, "Mistral gagnant".

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  2. Je ne suis pas d'une nature à jeter le bébé avec l'eau du bain… Après un début de carrière hors norme, Renaud a sombré en lui-même et semble presque oublié..
    J'avoue ma préférence pour les albums d'avant la picole… Saleté de maladie ; fidèle j'ai quand même douze albums.
    Mon HLM, même 500 connards sur la ligne de départ car je ne suis pas un fan de ce gâchis pseudo aventureux (opinion perso).
    Et aussi Mon bistrot préféré hommage aux grands qui sont devenus si rares…. En 2002… depuis j'avoue être moins intéressé voire connaisseur.
    Troisième billet de toi pour Renaud Pat, pour un gars qu'il ne l'aime pas trop 😊
    On ne pourra jamais nier sauf mauvaise foi militante qu'il a ou avait une sacrée plume pour ses textes...

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    1. Tout comme toin je préfère l"ère post picole. Peut etre que dans un avenir proche je referait un billet sur un de ses albums mais pas après 1980 hormis peut être le live "Le P’tit Bal du samedi soir et autres chansons réalistes" pour justement les chansons réaliste que j'ai toujours aimé

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