C’est l’histoire d’un looser magnifique, mais non
dénué de talent, qui fantasme sa gloire. Qui s’est mis en tête
de devenir champion du monde, sans l’aide de personne. Un type dont
l’arrogance confine au grand art. La caricature de l’american
dream, tout est possible si vous y croyez. L’action de passe en
1952.
En attendant la gloire, on découvre Marty Mauser vendeur de chaussures
dans la boutique de son oncle, pour gagner quelques dollars - et
besogner la femme d’un copain dans l’arrière-boutique - pour
financer son voyage à l’open de Londres. Il y fait des merveilles, véritable show acrobatique qui enthousiasme le public, mais se
ramasse piteusement en finale face au japonais Koto Endo. Il aura sa
revanche aux prochains championnats de Tokyo, s’il peut payer son
billet d’avion…

L’argent est un élément moteur du film. Aux US, pas de fric, pas de pouvoir. Marty
Mauser vit dans la dèche, car aucun emploi n’est digne de lui. Il fait
de la figuration avec les Harlem Globetrotters, des exhibitions
acrobatiques, joue contre une otarie pour amuser la galerie. Quand il
n’emprunte pas
du
fric au premier venu, il le vole ou escroque des
parieurs avec
un complice dans des rades du
New Jersey. Un p'tit côté L'ARNAQUEUR de Robert Rossen, avec Newman. Ce qu’il gagne, c’est surtout beaucoup d’ennemis. Marty vit
dans un rêve, le sien, rien n’est trop beau, trop grand. A
Londres, il va se plaindre au comité d’organisation pour être
logé dans un palace Hyatt. C’est qu’il lui faut une bonne
literie, un service de chambre, c’est quand même un futur champion
de monde ! La
douloureuse sera envoyée à la fédération...
Il
y rencontre Kay Stone, ancienne gloire du cinéma muet (Gwyneth
Paltrow, petit rôle, mais épatante). Qui a surtout pour qualité d’être la femme de Milton Rockwell, richissime
industriel. Marty embobine Kay Stone pour monter prendre un verre
dans sa chambre (dialogues brillants, ping-pong verbal de chaque
instant) ils deviennent amants occasionnels. S’il
vise le fric du mari (qui lui proposera un mécéna pour une exhibition commerciale, pfff, pas l'genre de la maison) Marty apprécie aussi les diams de madame, dont il
subtilise habilement
le
collier en plein coït sous la douche.

Si Marty Mauser est le moteur du
film - Thimothée Chalamet est de tous les plans - gravitent autour
de lui un tas de personnages secondaires (on y croise David Mamet ou Philippe Petit). C’est une des grandes
qualités de ce scénario, qui sans cesse insuffle et provoque des
rebondissements. Comme cette scène géniale dans un hôtel miteux où
Marty se planque de représailles. « 2,50$ la nuit, et pas de
douche ! » tonne le gérant. Et pour cause, les planchers
vétustes ne supportent pas le poids de la baignoire qui s’effondre,
écrasant les locataires du dessous, Ezra Mishkin et son chien !
Ce
qui nous vaut une séquence mémorable,
le cleps qu’il faut amener chez le véto, détournement du
fric de Mishkin qui
s’avère être un mafieux
(joué par le réalisateur Abel Ferrara), poursuite en voiture avec
des créanciers à cran, explosion d’une station service. Et plus
tard une pitoyable tentative de rançon qui va très mal
tournée.

Parfois, le film rappelle UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE de
Paul Thomas Anderson, où les scènes cocasses se suivent et se
bousculent à un rythme frénétique, où action, vaudeville, satire
et burlesque font bon ménage, avec un héros azimuté au centre des
enjeux. Comme PTA, Josh Safdie a tourné en pellicule 35 mn (gonflée
en 70 mn). Les époques se télescopent. Le film se passe en 1952 mais reprend la texture des films
des 70’s. Le légendaire chef op’ Darius Khondji y fait des merveilles, longues focales, zoom, travail sur les clairs obscurs. Et l'ensemble est orné de musiques des 80’s. Josh
Safdie n’hésite pas à balancer le plastoc compatible « Forever young »
d’Alphaville dès le début (sur fond de spermatozoïdes cherchant
l’ovule, explication à la toute fin…) et conclure par
« Everybody wants to rule the world » de Tears for
Fears.
Un patchwork musical qui puise aussi dans le classique ou le
doo-wop, digne des films de Martin Scorsese dont l’influence se
ressent aussi sur le montage, qui ne cesse de dynamiser le récit,
elliptique,
coupant
toute scène superflue ou décorative. Cette
mise en scène énergique
épate
par sa cohérence, proche des personnages (beaucoup de gros plans)
qui
ne
débande pas du début à la fin, épouse à merveille la trajectoire
du personnage, sans cesse en mouvement et hésitations. Une caméra au
diapason de son acteur, comme celle de John Schlesinger pouvait filmer le maigrelet Dustin
Hoffman dans MARATHON MAN. Thimothée Chalamet, la peau lardée d'acné (pas de Clearasil à l'époque ?), regard
troublé par ses verres de lunettes corrigés, porte le film sur sa
carrure de crevette.

Il y joue un personnage condescendant, égoïste
(on
est pas loin du personnage monomaniaque de WHIPLASH),
souvent abjecte. Voir
sa
réplique sur Hitler, qui contrairement à lui n’a pas fini le
travail, qui
sidère les journalistes : « Je suis juif, j’ai l’droit
d’en rigoler ». Très belle scène presque onirique du récit de son
partenaire, rescapé des camps, qui s’enduisait de miel pour ensuite
se faire lécher le corps par ses codétenus. Mauser est de ceux
qu’on
aimerait gifler à chaque scène. Josh Safdie exhausse nos vœux lorsque l'affreux jojo reçoit une fessée cul nul à coups de raquette
de ping-pong lors d’une réception où il avait eu l'outrecuidance de s'incruster.
MARTY
SUPREME peut exaspérer par son trop plein de tout. Moi, j’aime ce cinéma
généreux, qui déborde de partout, qui vous prend dès la première
scène pour ne vous relâcher qu’au dernier plan. Ce récit
picaresque qui s'affranchit des codes hollywoodiens, est
un film indépendant (à gros budget) produit par la société A24,
qui arrive après des ANORA,
EDDINGTON,
THE BRUTALIST, un renouveau de films d’auteur (qui sentent bon l'esprit Nouvel Hollywood ) à la fois exigeants et
grand public. Du
très bon cinéma américain.
couleur - 2h30 - format scope 1:2.39 pellicule 35/70 mn
Un film au top (spin, évidemment), pour moi, fanatique de ping pong depuis des années, et pas seulement depuis l'apparition des frères Lebrun. D'ailleurs, la hype dont ils bénéficient n'est pas arrivée jusqu'ici, je trouve très difficilement des gens pour taper des balles. Ça fait effectivement penser à Scorcese. Hors sujet: j'ai vu avant-hier Black Dog, que tu avais chroniqué: entièrement d'accord avec ce que tu en a dit.
RépondreSupprimerSavais-tu qu'un des frères Lebrun avait été approché par Safdie pour jouer dans le film, qui a refusé pour cause d'agenda chargé. Mais d'autres pongistes y font de la figuration, le joueur japonais du film est un vrai champion. Ravi que cela t'ait plu, comme Black Dog. Aucun rapport, mais j'ai revu "Red Rock West" à la télé, pas vu depuis des lustres, ça tient bien le coup, totalement invraisemblable, un peu cabotin, mais une série B bien jouissive. Ca ressemble à du James Adley Chase dans le genre rebondissement toutes les trois pages.
RépondreSupprimerOui, pour un des Lebrun, je l'ai vu dans une critique, celle de Libération, je crois. À mon avis, il a fait une connerie, mais bon....
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