D'abord les années de guerre. La pègre qui règne sur le commerce de faux papiers, qui a permis à beaucoup de s’enrichir sur le dos des juifs qui n’avaient d'autre choix que de casquer. Le gangster Lucien Scola trempe dans ce trafic odieux grâce au talent de Jan Bojarski. A la Libération, le duo se lance dans la fabrication de faux billets. La bande braque un convoi de la Banque de France pour récupérer du papier à billets. Bojarski étant seul compétent pour en juger la qualité, il participe au hold-up, qui fait 5 morts.
On voit donc par deux fois Jan Bojarski participer à de sales coups, sans pour autant broncher. Ca donne un éclairage sur le personnage, pas forcément sympathique, mais faut bien vivre... Seulement voilà, le mec est touchant, a des circonstances atténuantes. C'est pour lui qu'on frémit, qu'on souhaite la réussite, plus qu'au flic qui le traque pendant 15 ans. Avec ces premières scènes, on entrevoit le style de Salomé. Plus proche de Grangier ou Deray (les fusillades sentent bon le BORSALINO) que d’un Melville, une réalisation à la fois solide, efficace et modeste.
Le montage dynamise constamment le récit, pas de surplace ni de redondance, recours aux ellipses de temps, comme la rencontre entre Jan Bojarski et sa femme (Sara Giraudeau, magnétique). Un plan au dancing, hop je te raccompagne en vélo, hop au pieu, hop on est marié et hop… 5 ans plus tard. Tout ça en trois minutes à l’écran.
Pour l’aspect Film Noir Jean Paul Salomé a recours à des procédés classiques mais éprouvés. La traque obsessionnelle du commissaire Mattei (c'était le nom de Bourvil dans LE CERCLE ROUGE de Melville, un hasard ?) son enquête minutieuse, sa hiérarchie qui ne le soutient pas, un enquêteur blessé dans son orgueil, obnubilé par sa proie. Une proie qui commence à prendre plaisir à se savoir chassée.
La tentative d'arrestation dans un bureau de tabac est joliment troussée, Bojarski utilise du papier à cigarette qu’il achète dans toute la France, de l'OCB par paquets cent ne passe pas inaperçu. Jusqu’à la rencontre fortuite dans un hôtel de Vichy où flic et escroc trinquent au bar, seul accroc que se permet Bojarski dans sa discipline. Le voleur succombe à la tentation, par défit, sans doute aussi par orgueil. C'est d'ailleurs à cause de la petite insolence de trop qu'il se fera coffrer, la scène est d'autant plus incroyable qu'elle est vraie ! Salomé a très intelligemment remplacé l'eau par du café... je n'en dis pas plus.
Les inventions de Bojarski ? Le stylo ou le déodorant à bille, la brosse à dents électrique, la machine à café à dosette individuelle… What else ? C’est proprement stupéfiant, et ce mec n’a jamais touché un radis dessus !
Il y a chez lui une revanche à prendre contre cette France qui ne l'a pas tout à fait accueilli, et s’attaquer à la monnaie nationale, ridiculiser l’État, quelle revanche ! Sa maniaquerie et son exigence artistique sont telles qu'il fabriquait des faux plus beaux que les vrais. Sur le cent francs Bonaparte, il a redonné de l’éclat au regard de Napo qu'il trouvait trop terne.
Sans doute que le tempo faiblit un peu dans le dernier quart d’heure, sans doute que Pierre Lotin (Anton Dowgierd, l’ami dans la dèche) aurait pu s’abstenir de prendre cet accent polonais ridicule, qui nuit à son personnage. Mais c’est une bonne histoire, bien racontée et bien jouée. Pourquoi bouder son plaisir.
Après son arrestation (20 ans à la Santé, 13 effectifs pour bonne conduite) les flics avaient demandé au génial graveur de leur montrer comment il procédait. Une archive vidéo que Jean Paul Salomé a déniché, en guise de générique de fin, où on voit le vrai Bojarski devant ses machines.
couleur - 2h08 - format 1:1.85







Arriver à donner à Sara Giraudeau une aura magnétique, la performance à elle seule mérite d'être saluée.
RépondreSupprimerOui bon d'accord, mais je ne suis pas très objectif, j'adore cette actrice !
RépondreSupprimerMoi aussi... :) Tu es bien exigeant Shuffle... :o)
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