vendredi 13 février 2026

GOUROU de Yann Gozlan (2026) par Luc B.


GOUROU est la troisième collaboration entre Pierre Niney (producteur et à l’origine de l’histoire) et Yann Gozlan, après UN HOMME IDÉAL (2015) et BOITE NOIRE (2021). A noter qu’à chaque film le personnage joué par Niney s’appelle Mathieu Vasseur, proche cousin de François Perrin chez Francis Veber ?

Coach Matt pour ses adeptes. Car Matt Vasseur est coach en développement personnel, qui donne dans le raout à l’américaine, inspiré et parrainé par son mentor Peter Conrad. On pourrait dire aussi très inspiré du personnage joué par Tom Cruise dans MAGNOLIA de Paul Thomas Anderson, j’dis ça j’dis rien… Forcément, on y pense, comme on se souvient du merveilleux ELMER GANTRY LE CHARLATAN (1960) de Richard Brooks avec Burt Lancaster.

Le film ne perd son temps en exposition, qui entre illico dans le vif du sujet, en développant trois intrigues parallèles qui vont irriguer le récit. Un bon point.

La première scène pose le personnage idolâtré par son public. Un Matt Vasseur aux canines blanchies qui se jette dans l’arène, galvanise les foules sur fond du « Sirius » d’Alan Parsons Project (j’avais pas entendu ça depuis 30 ans !). Son truc, c’est isoler un spectateur, cerner son problème, faire communion, lui donner les pistes pour réussir. Ce jour-là, il choisit le brave Julien (joué par l’excellent Antony Bajon). Et il n’aurait sans doute pas dû…

Julien va vite devenir un boulet encombrant dont il va falloir se débarrasser. Autre souci, cette enquête sénatoriale qui vise à réguler la profession de coach. Vasseur se rend à la convocation sûr de son bagou, il va vite déchanter. En parallèle il renoue avec son frère Christophe, pensant s’en faire un allié, mais le frangin a visiblement un sérieux contentieux à régler. La relation fraternelle va tourner au règlement de compte. Et derrière tout cela, il y a une entreprise à faire tourner, avec sa femme Adèle (Marion Barbeau, vue dans EN CORPS de Cédric Klapisch), des employés dévoués, du fric facile, et la promesse d’ouvrir à Las Vegas le prochain show de Peter Conrad. Une proposition qu’on ne peut pas refuser…

Le scénario est bien foutu, égraine des petits cailloux qui vont se coincer dans la chaussure du gourou et freiner sa réussite. Comme dans UN HOMME IDÉAL et BOITE NOIRE, le héros est pris dans une spirale incontrôlable, prend conscience de sa vulnérabilité, cerné par des ennemis invisibles, des proches à double visage. Matt Vasseur pourrait compter sur son assistant-chauffeur dévoué et bas du front, Rudy, exécuteur des basses œuvres. Sauf que le Rudy sous ses airs connards se verrait bien calife à la place du calife (belle scène tendue à l’aéroport). Là aussi les éléments se mettent en place insidieusement. Le film dissèque le phénomène d'emprise, dont les premières victimes sont les plus faibles psychiquement (scène du gars sommé de démissionner) et met en scène un manipulateur manipulé à l’insu de son plein gré, comme dirait l’autre. 

Côté mise en scène, Yann Gozlan n’y va pas avec le dos de la cuillère. Comme d’hab, je reproche ce format scope mal exploité, trop de gros plans, des champs contre champs faciles, usants. Réalisation clinquante et flashy, des effets en veux-tu en voilà (scènes à Vegas) à l’image de son héros.

Mais qui sait aussi se poser pour instiller le suspens. Comme dans la séquence où Vasseur démasque une journaliste infiltrée, le gourou en roue libre, contraint de sortir de ses scripts millimétrés. Ou lorsque Vasseur se rend chez Julien qu’il soupçonne de le troller sur la toile, scène prenante qui doit beaucoup à Antony Bajon. Mais une fois encore, pourquoi morceler la scène en champs contre champs et ne pas avoir misé sur la tension du plan séquence ? Joli aussi ce face à face avec Rudy à propos de la supposée trahison du frère, tout dans le jeu de regards. 

Le film multiplie les fausses pistes, quitte à s’égarer parfois. Car des moments sonnent artificiels, sans enjeux, comme la perte d’un téléphone en forêt qui n’aboutit à rien. Il aurait fallu élaguer un peu dans ces deux heures et quelques. C’est dans les rapports entre les personnages que le film est le plus intéressant. L’épouse qui perd confiance, le chauffeur qui en gagne trop. Comme dans BOITE NOIRE, la paranoïa s’immisce. Le gourou de pacotille perd pied. On adore détester les héros qui dévissent, et en même temps, on a presque de la peine pour lui, comme ces moments très gênants avant sa prestation à Las Vegas. La conclusion ouvre a différentes interprétations.

GOUROU se regarde bien, Gozlan tient le spectateur, avec quelques trous d’air ou redondances ensuite. Un film calibré, où Pierre Niney fait le job (dans les limites de ses possibilités comme on dit...) souvent dépassé par les seconds rôles.

Lien vers Elmer Gantry ; lien vers Boite noire



Couleur - 2h06 - format scope 1:2.39. 

2 commentaires:

  1. J'attends encore de voir un vrai bon film avec Niney. Je comprends pas l'engouement du public et trop souvent de la critique pour ce gars, le plus souvent transparent dans des films quelconques.
    C'est sûr que vu la thématique du film, le comparer à Cruise dans Magnolia ou à Hoffman dans The Master (les deux de PTA, qui joue pas exactement dans la même cour que Gozlan) , ça va pas tourner en sa faveur ...

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  2. Là où PTA ne faisait d'un tel personnage qu'un rôle secondaire dans son film chorale (qui a ses longueurs et maniérismes tout de même, pour l'avoir revu il y a peu) Gozlan en fait le rôle principal. J'ai cru comprendre que l'idée de Niney était venu de là. Le mec est sympathique, plutôt drôle, de beaux pectoraux (il les montre souvent) mais c'est vrai qu'on attend le grand rôle. Qui ne viendra jamais à mon avis ! Comme je le dis, il fait le job. Je n'ai vu que "Monte Cristo" qu'en partie à la télé, un bon produit.

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