mercredi 17 décembre 2025

MAMA'S PRIDE " Mama's Pride (First - Same) " (1975)

 


       Dans le chapitre de la "à la poursuite des perles perdues des années 70", copieusement fourni en perdants magnifiques qui n'ont jamais été vraiment récompensés à leur juste valeur - par malchance, concours de circonstances, découragement, ou encore en raison de mauvais choix assez souvent assortis d'escrocs -, il y a... "il y aaaaa.... il y a la nuit, le soleil et touaaaa .... "

     .... 😏 .... désolé ... on a entamé les festivités ... Et demain soir, ce sera particulièrement chaud (on dormira dans la voiture). Rhoooo... si on ne peut plus rigoler... Luc met la pression... il veut son article... au moins le sujet... On reprend ... C'est donc encore un truc obscur, sauf pour les accros au Rock des années 70. Sinon, les fondus de southern-rock, plus particulièrement ceux qui ne sont pas nés de la dernière pluie, connaissent probablement déjà ce sextet. Cette fois-ci, la bande est parvenue à aller jusqu'à une seconde galette. Les deux étant quasiment aussi bonnes l'une que l'autre. Toutefois, généralement, c'est le premier essai qui est mis en avant. Il est surprenant qu'en dépit de la maîtrise des musiciens et de la haute tenue des compositions, le groupe n'ait pas réussi à prendre son élan (commercial) pour voler à la même altitude que les grandes formations américaines de l'époque. Il s'en est peut-être fallu de peu...


   C'est pourtant grâce à sa réputation scénique, qui débordait largement des frontières de Saint-Louis, et même du Missouri, que des cadres d'
Atco Records (
filiale d'Atlantic - Ahmet Ertengun les avait maintes fois rencontrés et les avait assurés, verbalement, de son appui) ont fait le déplacement pour lui proposer un contrat d'enregistrement. Il en résulte un premier et bel album, enregistré en 1974 et sorti en 1975. Un album éponyme qui ne rencontra pas, en dehors du Missouri, le succès escompté. Certains ont reporté en partie la faute sur le producteur imposé, Arif Mardin (Tom Dowd s'était proposé, mais ne fut pas retenu par Atco). Évidemment plus connu pour avoir maintes fois travaillé pour Aretha Franklin et les cartons du premier disque de Norah Jones et de "Saturday Night Fever". Effectivement, on peut suspecter sur ce premier ouvrage - et plus encore sur le suivant - une certaine volonté d'une forme de canalisation, de dégraissage, d'abrasion des aspérités rock pour rendre le "produit" plus commercial, plus facile à placer sur les ondes (radiophoniques et télévisuelles). Le groupe lui-même, fut surpris et déçu de ne pas y retrouver l'intensité qu'il développait sur scène. Ce qui pourrait effrayer les amateurs de Molly Hatchet, de Blackfoot et autres Point Blank. Soit la branche dure du southern-rock millésime 70's. Au contraire de ceux qui se délectent des Atlanta Rhythm Section, Marshall Tucker Band, et même du début de REO Speedwagon. À bien y regarder (écouter), "Mama's Pride" (le disque) rivalise sans forcer avec les meilleurs ouvrages de l'ARS et du MTB.

     Et d'entrée, "In The Morning" brille tel un soleil printanier chassant les dernières manifestations de l'hiver, faisant jaillir de la terre une flore avide de ses rayons. Même les guitares semblent gazouiller telles des piafs ravis de pouvoir à nouveau réchauffer leurs plumes - on pense parfois au meilleur de Dickey Betts. Un morceau plus proche de la Floride que du "Cave State", dont sont originaire les membres. Voire de la Caroline-du-Sud et des morceaux enlevés du Marshall Tucker Band (étant alors quasiment dépourvus de country et d'instruments à vent). De même que leur tube, "Blue Mist" (du Eagles commercial) et le beau "Laurie Ann", ballade sudiste semi acoustique à l'humeur mélancolique. "La nuit dernière, alors que je dormais, je t'ai entendu pleurer dans la nuit. Tes larmes tombant régulièrement sur mes épaules. C'est alors que j'ai su que quelque chose n'allait pas. Oooh dis-moi, que vais-je faire quand Laurie sera partie ? Comment vais-je agir ? Pourrai-je continuer ? Ou serai-je victime de mes chansons tristes ? ... Soupirerai-je ? Pleurerai-je ? Me recroquevillerai-je en boule et mourir ? Tenterai-je d'aimer à nouveau ? En serai-je capable ? Ou garderai-je mon cœur brisé, restant un homme amer ?". Dans le genre ballade, la gentillette "Young And Free" fait plutôt dans la nostalgie, s'échappant du terrain "southern" pour s'accointer avec une pop US, insouciante et de bon aloi "Hier, c'est ce dont je me souviens. Tout a commencé fin septembre à regarder la neige tomber sur Forest Park. Oooh, comme elle brillait dans l'obscurité. Maintenant, je sens la nostalgie venir car chaque année, à peu près à la même période, elle revient... Je ne suis plus jeune, du moins pas autant qu'avant, mais le passé me manque encore. Oooh, comme j'aurais voulu qu'il dure. Je me souviens d'une petite fille aux cheveux bruns. On aurait dit qu'elle était mon univers... Un jour, je retournerai peut-être dans mon petit monde. Qui sait ? Je pourrai revoir cette petite fille aux cheveux bruns, mais je te garantis, si jamais j'y retourne, je ne partirai plus ". 


   Comme tous les groupes dits de southern-rock qui se respectent,
Mama's Pride sait aussi se distinguer avec des morceaux où fusionnent le blues, le boogie et la country, avec un élan de mustang épris de liberté, galopant dans des plaines où l'homme n'est qu'un fragile étranger perdu dans la nature sauvage. Où toute véhémence semble écrasée par une chaleur moite, bien que des scories d'une juste exaltation se manifestent néanmoins à travers d'ardents soli. Sur cet album, "
Who Do You Think You're Foolin' ", est l'un des meilleurs exemples, ronronnant comme un V6 sur la route 66 (1) roulant tranquillement, sans monter dans les tours. "Missouri Sky Line" développe un southern-rock bien rythmé, mâtiné de funk nerveux, entre Wet Willie et l'Allman Brothers Band. De même que 
"Kind Lovin' Woman", bien que plus dur et râpeux - presque hard. Une affiliation avec les Allman, qu'on retrouve également sur le chauvin "Ole St. Louis", après une première baignant dans des eaux bien colorées de funk. Une chanson gentiment provocatrice, clamant que si on veut écouter du Blues, et du bon, c'est à Saint-Louis qu'il faut se rendre. Ben voyons.  

     Il n'y a rien à jeter sur ce disque, surtout pas ce "Where Would You Be" copieusement saupoudré de soul, montant doucement en puissance et en émotion, Pat Liston finissant par déployer toute sa force vocale dans des râles, des cris provoqués par des poussées d'adrénaline. Ce qui d'ailleurs a fait que l'on va parfois la comparer à Gregg Allman. À Saint-Louis, Pat Liston, principal compositeur et chanteur, guitariste, organiste et slider, est resté, en dépit d'une carrière des plus erratiques, une personnalité de la ville.

     Alors pourquoi ce groupe si prometteur a-t-il fini aux oubliettes ? D'abord c'est la faute de la malchance, sachant que Ronnie Van Zandt voulait produire le troisième disque des gars, et les inviter ensuite à assurer leur première partie sur une tournée, histoire de leur offrir un coup de pouce mérité (il était notamment ami avec Pat Liston). Hélas, Ronnie décède peu après. Ensuite par de mauvais choix, notamment celui de servir de groupe d'accompagnement pour Gregg Allman, au lieu de continuer à se produire pour s'affirmer sur une scène où la concurrence ne manque pas - cependant, de l'avis même de certains membres du groupe, ce fut un grand moment, et, à ce titre, ils ne semblent rien regretter (2). Et puis, il est vrai que les années 80 sont une période difficile pour les groupes de Southern-rock. La grande majorité subissent une étonnante et unanime pression afin de polir suffisamment leur musique pour la faire rentrer dans des formats "FM". La majorité n'y survit pas. Dont Mama's Pride. Toutefois, malgré une discographie des plus congrues, le Missouri ne les a pas oubliés et le groupe revient sur la scène en 1992, après dix ans de séparation, avec un troisième opus, "Guard Your Heart" ... qui, avec ses chœurs formatés et ses synthés envahissants, semble tout droit sorti au milieu des années 80. Un disque qui est plus à mettre au crédit du frangin Danny Liston.

     Dans les années 2000, le groupe se reforme régulièrement pour des concerts certes limités au Missouri, mais affichant généralement complet. Ce sera l'occasion, en 2006, de sortir un double live : "Alive and Well".

     À l'instar de groupes tels que Doc Holliday, Wet Willie ou Allman Brothers Band, ce sont deux frères, Pat et Danny Liston, qui fondent le groupe. Ils baptisent la formation Mama's Pride en hommage à leur mère, Lucille. Également musicienne, elle avait fait le choix d'arrêter toutes activités musicales pour se consacrer à la famille, à ses enfants. (ce n'est pas la dame présentée sur la pochette).

++


(1) le Missouri est le deuxième état par lequel passe cette route quasi mythique. 
(2) Gregg aurait avancé que c'était le groupe avec lequel il s'était le plus amusé. Que c'étaient aussi les meilleurs avec lesquels il se soit produit. Il existe sur le net des extraits de cette période qui témoignent d'un groupe au taquet, et plus rock'n'roll qu'en studio.



🎼🙎
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💢 Allman Brothers Band 👉  "At Fillmore East " (1971) 💢 Marshall Trucker Band 👉  " The Marshall Tucker Band " (1973) 💢 Gregg Allman 👉 R.I.P. 1947 - 2017  💢 👉 Lynyrd Skynyrd "(pronounced 'lĕh-'nérd 'skin-'nérd)“ (1973)  💢 Hydra  👉 Hydra " (1974) 

14 commentaires:

  1. En bon fondu de southern rock , je possède les deux disques de ce groupe depuis longtemps . Même si Mama's Pride jouait en seconde division , les oeuvres du groupe n'en demeurent pas moins intéressantes. Je ressors les cd régulièrement , comme ceux du groupe Judge Parker , autre formation du Missouri tombée dans l'oubli. Faut dire que beaucoup de groupes de southern rock sont restés sur le bord de la route malgré leurs indéniables talents : Alligator Stew, Road Hawgs, Swamp Da wamp ......
    PS ; disparition de Joe Ely , un grand de l'americana à la discographie conséquente. Vu plusieures fois en live au festival de Craponne , seul ou avec le trio de texans the Flatlanders .

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    1. C'est du Missouri, Judge Parker ? Y'a bien Missouri, Ozark Mountain Daredevils et Pavlov's Dog (potes de Liston), mais Judge Parker..; J'sais pô. J'n'connais pas trop... rien à voir avec Colonel Parker avec Gilby Clarke et Slim Jim Phantom.
      Le Missouri n'a pas l'air très productif en matière de musique.

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    2. J'n'connais pô ces Road Hawgs et Swamp Da Wamp 😯
      Joe Ely, une figure de la musique américaine. Pas trop connu mais pas mal de ses compositions ont été reprises. J'me souviens vaguement d'un de ses disques très rock des 80's. En ce moment, ça tombe de toutes parts.
      Dans un autre genre, Edika a tiré sa révérence hier, ce 16 décembre 2025.

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    3. Shuffle Master.17/12/25 17:53

      Swamp da Wamp, j'ai un CD. Pas mal, avec deux trois morceaux qui sortent vraiment du lot.

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    4. Je me suis gouré au sujet de l'origine de Judge Parker , ils sont de l'Arkansas ! J'ai été "enduit d'erreur" car sur leur premier disque il y a un très beau titre "My Missouri"
      Pour Joe Ely le talentueux texan , il faut écouter ses deux premiers disques de 1977 et 1978 "Joe Ely" et "Honky tonk masquerade" ainsi que "Letter to Laredo" 1996 . Méconnu en France évidemment comme tous ces artistes en marge des circuits country traditionnels (Guy Clark , Steve Young ......)

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    5. Joe Ely, je connais, car c'était un poto de Springsteen (la tournée Amnesty International) ensuite on les a vus parfois ensemble sur scène.

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    6. Sauf erreur, il me semble que Joe Ely avait composé pour Springsteen. À moins que Bruce ne se soit simplement contenté de reprendre quelques unes de ses chansons

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    7. A ma connaissance Springsteen n'a fait que reprendre sur scène des morceaux de Joe Ely. On en parle peu mais Ely a collaboré avec Les Clash au temps de "Should I stay...."

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  2. Shuffle Master.17/12/25 09:50

    Contrairement à JP, qui a les deux, je n'ai que celui-là, et il est ressorti du placard pas plus tard que la semaine dernière. Je ne les mettrais pas dans le même sac qu'ARS ou MTB qui sont vraiment à part. Plutôt du coté du Henry Paul Band.

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    1. Le premier est probablement le meilleur. De l'avis même de Pat Liston, principal compositeur et chanteur. Bien qu'ayant avoué avoir regretté le résultat final du premier disque - ce n'est pas vraiment leur son -, il le place devant "Uptown & Lowdown". Suivant ses propres aveux, le groupe ayant été continuellement sur la route, profitant également des bonnes choses de la vie (tout en prenant soin de respecter son prochain), il n'ont pas pu sérieusement travailler sur de nouvelles compositions, ni de les affuter. Ainsi, une part du matériel du second est constituée de chansons laissées de côté lors de l'enregistrement du premier, car jugées moins bonnes. La production, elle-même, ne lui convient pas non plus. C'est plus édulcorée et "chargée" d'instruments divers. Le frérot, Danny, est plus présent dans les compositions... Ça reste toutefois un très bon album

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  3. J'écoute toujours les conseils de mes ainés... J'ai donc trouvé un Swamp da Wamp "That easy" de 2015 pas mal du tout, très terroir, avec notamment un "Two wheels" du feu de dieu.

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    1. C'est bien mon p'tit gars! La carrière de Swamp da Wamp s'est arrêté prématurément avec le décès de l'armoire à glace qu'était Gig Michael le chanteur et leader. Mort le 3 janvier 2016 à 52 ans. A l'époque l'excellent fanzine Band Of dixie (aujourd'hui disparu aussi!) nous avait gratifié d'un excellent interview de Gig Michael ;

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  4. Je viens de m'aperçevoir qu'en 2015 j'avais laissé un com 'brillant of course!" sur Amazon au sujet de ce disque de Swamp da Wamp . J'avais complètement oublié!

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    1. J'ai trouvé ta chronique 👍 Par contre, les disques de Swamp da Wamp sont à des prix indécents 🥴

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