Et ce n’est qu’un premier jet, hélas. Comme le titre l’indique, Tavernier n’a pas eu le temps de finir l’écriture, encore moins de se relire, décédé en mars 2021. A la table de montage il aurait sans doute élagué son texte. C’est extrêmement frustrant. Le récit, chronologique à ce stade, s’arrête peu après « Un dimanche à la campagne » (1984) il omet volontairement « La passion Béatrice » (1987), échec cuisant dont il peine encore à parler. J'aurais adoré qu'il nous parle de son expérience américaine avec Tommy Lee Jones.
Son père avait créé la revue "Confluences", sous l’Occupation, accueillant des auteurs comme Paul Eluard, Aragon, autant de figures littéraires que le jeune Bertrand croisera à la maison. Devenu attaché de presse, il aura l’idée de projeter à Aragon le film de Godard « Pierrot le fou », dont l’article élogieux servira pour le dossier de presse. Viennent les années d’apprentissage, les cinémas permanents où on pouvait rester toute la journée, le cinéma américain, les westerns, les ciné-clubs (on est en pleine Nouvelle Vague), les premiers articles dans les revues spécialisées. Avec cette scène géniale où il organise en 1960 une projection de « Tous en scène » de Vincente Minnelli. La séance prend du retard car la salle est occupée. Par qui ? Minnelli himself qui regardait les rushes de « Les quatre cavaliers de l’apocalypse » tourné à Paris. Et qui acceptera de rester assister à la projection de son « Tous en scène », car ça l'amusait de le voir en français !
Tavernier travaillera avec George Beauregard (producteur emblématique de la Nouvelle Vague), petite main puis attaché de presse, dont il redéfinira le métier, en s’appuyant sur toutes ses rencontres. Anecdote célèbre, c’est Tavernier qui s’occupe des sorties françaises de Kubrick entre 1968 et 75. Exaspéré par l’exigence du cinéaste, il lui signifiera sa démission via un télégramme d’injures ! Un des patrons de la Warner lui dira plus tard que le télégramme est encadré dans son bureau ! (tu lui as envoyé à la gueule ce que personne n’osait lui dire !). Ce qui n’empêchera pas Kubrick de continuer à l'appeler jusqu'à « Eyes wide shut » pour avoir un avis, un conseil au sujet des versions françaises.
Il explique comment monter une production, écrire un film, le tourner (l'importance du plan séquence, la continuité de jeu, relier intérieur et extérieur) le distribuer, le vendre. La célébrité, car tous ses films ont été très bien accueillis, ne protège pas des difficultés à monter un projet, c'est à chaque fois une nouvelle bataille qui s'engage. Les pages sur les tournages sont passionnantes, les souvenirs sont précis, les relations avec les acteurs, toujours bienveillantes, même lorsque Harvey Keitel débarque sur « La Mort en direct » avec sa méthode Actor Studio. Dans une scène où l’acteur devait pleurer, il demande à Tavernier de rester à ses côtés 30 minutes lui parler de son chien, pour que Keitel pense au sien (qui est mort), s’imprégner de l’émotion. Quand les larmes montent enfin, Tavernier sort du champ et lance « Action ! ».
Je ne peux pas tout vous raconter, le tournage du fabuleux « Coup de torchon », entre les blagues et beuveries d’Eddy Mitchell, et l’hypocondrie de JP Marielle, l’élégance et les pudeurs de Noiret dans les scènes de partouzes de « Que la fête commence », les facéties de Rochefort, les traits de génie instinctifs de Galabru dans « Le juge et l’assassin ». Il y a mille choses à dire, de la période assistant pour Jean Pierre Melville, la conception de la musique, l'amour du jazz, les documentaires (« Mississippi Blues » en 1983 co-réalisé avec Robert Parrish, consistait entre autre à collecter des images des derniers bluesmen, à la manière d'Alan Lomax), les engagements politiques, le syndicalisme au cinéma (chronologie des médias, coupures pub), la restauration de films, la gestion du patrimoine cinématographique… N’en jetez plus !
Une vie extrêmement bien remplie de rencontres formidables, tout cela est raconté avec minutie, humilité, gourmandise aussi, des lignes qui suintent l’amour du Cinéma et de ceux qui le font.
Merci Luc pour ce com! Je vais acquérir ce bouquin qui va augmenter ma PAL déjà bien conséquente. Merveilleux Tavernier que j'ai eu la chance rencontrer à plusieures reprises lors du festival Etonnants Voyageurs à Saint Malo. La dernière fois c'était au stand de l-éditeur Gallmeister dont je suis un fervent lecteur , nous avons échangé sur la littérature western , un moment dont je me souviendrais longtemps ! De même son regard étonné quand je lui ai confié qu'un de mes films préférés parmi ses chef d'oeuvres était "La passion Beatrice" !!! Un grand bonhomme !
RépondreSupprimerIncroyable.... J'ai acheté le bouquin il y a 15 jours après celui sur Peckinpah et j'en suis à un peu plus de la moitié. C'est exceptionnel en effet. On retiendra la connerie des producteurs (idem chez Peckinpah): "un film historique, ça ne marchera jamais" (à propos de Que la fête commence) jugement appuyé sur l'échec des Charlots mousquetaires (sic), celle des critiques, hormis 4 ou 5 qui sauvent l'honneur, les improvisations Noiret/Rochefort, le monstrueux travail préparatoire pour un tournage d'une quarantaine de jours...etc. Une mine. Il y a peu de considérations techniques (focales, vitesses...etc), un avantage pour moi. La partie purement autobiographique, du moins hors cinéma, n'est pas en reste: rencontres Aragon/Claudel chez les parents, la gifle de sa mère à Antoine Pinay (Antoine Pinay!, l'idole des rentiers!) qui avait glissé une main sous sa jupe lors d'un dîner, la mafia RPR responsable de la mort de son beau-frère, les politiques bétonneurs...etc. On n'en finirait pas. Pour tout ramener à moi, je me suis trouvé quelques similitudes avec Tavernier: le bac obtenu avec 0,5/20 en maths devant une prof désolée qui m'a tendu inutilement des perches pendant 10mn, la première année en fac de droit passée lui au cinéma, moi, sur un tapis de billard (français, le billard), avec redoublement à la clé.
RépondreSupprimerEh, JP, c'est quoi (SECAM...) ces sigles. PAL?
Ah damned faut tout t'expliquer ! PAL ? mais c'est tout simplement Pile A Lire soit (pour être sûr que tu comprennes.....) les livres en attente d'être lus . C'est bon pour toi!!! Après avoir lu ton comm , je suis conforté dans l'intention d'augmenter ma PAL ! avec cet ouvrage .
SupprimerSurprise , avec on 0,5 en math on donnait le bac ! Ca fait donc assez longtemps qu'on le refile à tout le monde ! Je pensais que c'était plus récent. J'ai eu 1 en math et pas eu le bac! En 72 le taux de réussite était de 62 % , c'était encore un vrai examen ! Ceci dit je cherche pas d'excuses à mes brillants résultats , à l'époque j'avais la tête (et le reste) ailleurs. Le jour des résultats j'étais déjà au festival d'Avignon à tester moults produits illicites!
Soit. Toutefois... On ne lit pas une pile, mais ce qui constitue la pile. Et on met des accents sur les majuscules, donc À. L'absence d'accent entraîne une ambiguïté, puisque la lettre sera analysée comme un substantif, un verbe, voire un adjectif ou un adverbe, mais en aucun cas une préposition. Je ne valide absolument pas cette abréviation éminemment cacographique. Repos, vous pouvez fumer.
SupprimerS'agissant du bac, passé pour mon compte en 1975, il faut savoir que j'étais en A2, et qu'à ce titre, les matières scientifiques étaient purement anecdotiques. Et j'ai la décence de ne pas essayer de me dédouaner derrière des activités libidineuses (qui étaient assez loin, à vrai dire - comme je suis honnête - de me prendre tout mon temps).
Dans les temps anciens, lorsqu'on utilisait les caractères en plomb, il n'y avait pas d'accent sur les majuscules, car cela dépassait en hauteur, donc impossible à caler. Question d'esthétique, et de simplicité. Il y en avait sur les "bas de casse", mais pas sur les majuscules, d'où aussi l'utilisation des "petites majuscules" qui avec un accent, ont la même hauteur que les grandes. Sur les logiciels de traitement texte, ce n'est pas simple de mettre un accent sur une majuscule, accent aigu + E majuscule, ça ne fonctionne pas ! C'est le logiciel qui corrige le manque d'accent (parfois, pas tous) comme une faute d'orthographe !
SupprimerOh là Luc tu tentes d'expliquer des trucs vachement techniques à un individu qui semble encore utiliser une plume d'oie et un encrier.....bon courage.
SupprimerC'est fou cette manie qu'ont les enseignants (même à la retraite) de donner des cours aux autres dès qu'ils décèle
nt une lacune chez leurs semblables! Ah si Shuffle avait été prof de math , il la ramènerait moins!
É: et ça c'est quoi? Bande d'ilotes!
SupprimerIlote... ça ne s'écrit pas Hilote ?
SupprimerlUC a raiSON. Vouaille 😁✊🏼
RépondreSupprimerAuparavant, aux temps immémoriaux, on ne mettait pas d'accent sur les majuscules. Sinon, aux risques de se prendre un coup de règle (fer ou ébène) sur les mains ou la tête ("ouïlle - nan, même pas mal" 🤪).
Puis, vint le temps où on craignait qu'en l'absence d'accent sur la majuscule, le lecteur ne puisse comprendre le sens d'une phrase. Que cela ne le trouble... A et À.
Enfin, avec les machines, tout changea définitivement.
Sinon, voilà le gars qui depuis des lustres peste contre l'informatique, pour qui ce serait comparable à une usine à gaz, et voilà t'y pas qu'il sort tranquillou des À, Ù, É et autre Ç. Trop fort, Il cachait son jeu.
RépondreSupprimerC'est certain, c'est une taupe 😨 On est foutu !! 😱
Pour faire comprendre l'importance des accents, on peut s'appuyer sur l'immense Alphonse Allais. Dans une entrée d'hôpital psy, vous avez deux portes avec la même indication: INTERNES / INTERNES. Selon que l'accent est mis ou pas sur le dernier "E", la situation sera assez différente pour celui qui se trompe de porte. Je ne suis pas une taupe, plutôt une buse. Seulement en informatique, évidemment.
RépondreSupprimerExcellent 😄👍
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