mercredi 15 novembre 2017

CAROUSEL VERTIGO "Revenge of Rock'n'Roll" (17 novembre 2017), by Bruno


 

      Il y a quelques années, un vulcanologue du Rock, amateur de grenouilles biens grasses, avait fait office de lanceur d'alerte au sujet d'un combo plus que prometteur, Carousel Vertigo. Le collectif venait alors de réaliser un album plein de jus Heavy-rock nuancé de parfums bluesy bien velus. Petit problème : impossible de trouver cette galette ; ou, dans de rares cas, à un prix prohibitif.
On a cru le groupe retiré du circuit, dépité devant l'injustice de proposer de la bonne musique tout en restant totalement délaissé par les médias qui préfèrent les bimbos décervelées dénudées et les poseurs crâneurs mythomanes au langage fleuri et limité (c'est une généralité). Encore un groupe méritant ayant perdu tout espoir, usé par faute de s'être obstiné à vouloir promouvoir une musique incompatible avec les médias français. Quatre années de silence.

       Et puis voilà que sans crier gare débarque au bureau la copie de presse d'un Carousel Vertigo. J'ai même douté qu'il s'agisse bien du même groupe. Mais dès les première minute d'écoute, plus de doute. Cette bande formée par une paire de guitaristes complémentaires, adeptes de Gibson râpeuses, est toujours vivant. Et plutôt en forme, en pleine possession de ses moyens. C'est du sérieux.
 

     Carousel Vertigo
, c'est avant un projet né de la rencontre de Vincent Martinez et Jansen Press. Tous deux guitaristes, le premier cumulant instrument et chant. Le premier est français, accompagnant à la demande  différents groupes en concert ou pour quelques séances studio. Le second est américain, originaire du New-Jersey, et après avoir bourlingué en Floride puis à Nashville, il est rentré chez Gibson où il est actuellement chef de produits. De temps à autre, il est sollicité pour effectuer des démonstrations. Il y a pire comme boulot ... Probablement que ses Gibson lui sont offertes ; au pire, elles seraient accessibles à un "prix d'ami" défiant toute concurrence. (soupirs .... y'en a qu'on d'la chance ... soupirs bis ...).

       Tous deux se sont rencontrés au Salon de la Musique de Paris de 2008, et en parlant guitares et amplis (sain sujet de conversation) ils se sont découvert de nombreux points musicaux communs. Particulièrement du Heavy-rock des années 70. Ils auraient même tapé le bœuf sur du Cheap-Trick et du bon vieux Foghat. Haaaa .... gage de bon goût. Bref, le courant est passé et il aurait été regrettable de ne pas aller plus loin alors qu'ils ont trouvé chacun un frère d'armes.
Tous deux ont pour but de se faire plaisir, de s'épanouir en développant un Heavy-rock que l'on qualifie aujourd'hui de Classic Rock. Du Heavy mâtiné de Blues teigneux et parfois d'âpre Boogie. Plus particulièrement celui qui a rayonné lors des années 1973 à 1980.

        Après quelques années à s'affûter sur les scènes, dont une première partie pour Status Quo en 2009,  ils  embarquent à leur suite un atout en la personne de Jimmy Montout. Le sympathique batteur (par ailleurs multi-instrumentiste) que l'on connait désormais pour avoir prêté main forte à  Gaëlle Buswell et Manu Lanvin. Une valeur sûre, un de ses batteurs capables de faire la différence par un groove et une frappe pertinents et infaillibles.

       Pour ce second opus, ils ont voulu faire les choses bien. Mettre les petits plats dans les grands. Déjà, il y a la présentation du livret fort réussi qui attire l'attention. Ensuite, Press a usé de ses relations outre-Atlantique pour peaufiner et étoffer, enrichir la musique sans l'étouffer. Il a demandé de l'aide à des potes qu'il s'était fait lors de sa période Nashville pour assurer une section de cuivres. Et du même secteur, c'est Mike Webb qui a été requis pour apporter sa science des claviers. Un gars qui a déjà "offert" ses services à John Fogerty, à Glenn Hughes (lors de sa parenthèse California Breed) et aux Rival Sons (pour la tournée US 2014). Et pour compléter la série des participants ricains, Garry Wayne Tallent, le bassiste historique du E. Street Band, qui a aussi joué avec Southside Johnny, apporte ici sa petite contribution à quelques chansons. Avec ces deux là, ça fait une belle carte de visite pour un groupe français.
       Les ajouts de claviers et des cuivres sont utilisés à bon escient. Ils n'ont été sollicité que parcimonieusement, quand le besoin s'en faisait sentir. Tantôt pour apporter une couleur supplémentaire rhythm'n'Blues, tantôt pour donner du corps, voire un soupçon de boogie relativement plus roots. Comme sur le succulent, mi-Glam-rock mi-Boogie-à-la-Status-Quo "Honey Do", où un piano sautillant apporte son pesant de Rock'n'Roll. Tandis que sur "I May, I Might" un orgue Hammond donnerait presque une touche Uriah-Heep si derrière, les grattes ne s'empressaient de rugir pas comme un Whitesnake d'antan, voire un Moxy. Le coda de ce morceau semble faire un clin d’œil appuyé à Ken Hensley.
 

 Les cuivres, eux, ne sont utilisés qu'en renfort du titre éponyme, le bien nommé "Revenge of Rock'n'Roll" qui annonce sans ambiguïté la couleur de l'album. Un retour à certaines valeurs rock'n'rollesques, sans chichis, sans tricheries, sans mensonges. Retour à l'essentiel et à l'authenticité. Sans contexte d'obédience Hard mais qui n'omet ni le rythme, ni le groove. Cette chanson éponyme bien cuivrée, rappelle un peu le style de certains titres de bravoure de Johnny Hallyday ; cependant ici, c'est avec plus de fat, de gras et de poils. Plus biker "grands espaces" que de St-Trop'.

       Et pour finir avec les instruments complémentaires et occasionnels, il y a cet harmonica mordant sur "Well, Alright" qui renforce l'affiliation  Quireboys de ce morceau de boogie poisseux de bad boys. Lien renforcé par l'attaque de l'orgue au goût de vieux cabaret limite décrépit mais chaleureux. On remarque sur cette chanson, un délicieux petit break à la slide qui résonne comme le "Rock'n'Roll Outlaw" de Rose Tattoo. Hommage ou coïncidence ?  Ou simplement une résurgence de la mémoire inconsciente, car la pulsation évoque inévitablement cette fameuse chanson.
Pour enchaîner avec les affiliations, on ne peut faire l'impasse sur "Get It On" qui présente trop d'analogies avec le "Train Kept a Rollin' " tel qu'il est joué par Aerosmith sur leur deuxième opus, "Get Your Wings" pour que cela ne soit que le fruit du hasard. (attention aux royalties)

Mention spéciale à "Don't Take it to Heart", écrit le lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris (avec le Bataclan, entre autres).

       Sinon, question guitare, ça évolue dans un registre croustillant et savoureux comme une croûte épaisse de fromage dorée au four et arrosée au bourbon. Ou plutôt la peau d'une volaille rôtie au feu de bois. Ça crunch sec. Du grain serré (papier abrasif moyen). Ça évoque une bonne Gibson SG- ou quelques fois une Melody Maker - branchée dans un Marshall, voire un Fender Bassman, en transitant par une Boss Blues-driver. Toutefois, sur leur vidéo, ils font étalage d'amplis Blackstar, une marque bénéficiant d'une très bonne réputation en matière de saturation (1) ; même chez les petits combos. Mais pour les pelles, c'est du 100% Gibson. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer une des facettes de son boulot chez Gibson (les démonstrations), Jansen Press ne fait jamais dans le démonstratif, ni la parade du paon en rut. C'est toujours concis et foncièrement en adéquation avec le morceau. Et son partenaire suit le même chemin.
Au sujet du chant, c'est à croire que Vincent Martinez serait bien moins Français qu'Australien. Ou Écossais. Car il se rallie au gang des voix éraillées, des gosiers rincés au scotch whisky, les cordes vocales meurtries par le vent brûlant du bush. Un timbre entre Simon Meli, Dan McCafferty, Lex Koritini, Joe Elliott, Jonathan Gray, John Corabi.

       Une valeur sûre du Heavy-rock/Hard-blues français qui a déjà quelques échos outre-manche. Mais pourquoi spécifier "français" ? La musique n'a pas de frontières, c'est un langage universel. Le seul apte à rallier les peuples.

01 No More Hesitatin'
02 Honey Do.
03 Revenge of Rock and Roll.
04 Jackie Run Run.
05 Hideaway.
06 Hard Luck Lover.
07 Get It On.
08 Well, Alright.
09 Don't take It To Heart.
10 May, I Might.



🎶
(1) Aujourd'hui, de nombreuses personnalités de la guitare utilisent ces amplis. Pour ne citer que les plus célèbres : Pat Travers, Steve Conte, Alan Nimmo, Jared James Nichols, Reeves Gabrels, Randy Bachman, Leslie West, Frank Hannon, Gaz Coombes, Warren Haynes, Gus G, Sammy Hagar, Reb Beach, Steve Jones, Neal Schon, James Williamson, Ted Nugent, Laurence Jones, Richie Sambora, Bootsy Collins, Kim McAuliffe, Dave Ellefson, Billy Gibbons, Carlos Cavazzo, Albert Hammond Jr.

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