mercredi 29 février 2012

HUMBLE PIE " Smokin' " - 1972 - (Bruno)



     En 1971, Peter Frampton délaisse Humble Pie qui, d'un point de vue commercial, n'arrivait pas à décoller, pour embrasser une carrière solo qui, bien que lente à démarrer, sera payante avec un des doubles live les plus vendus de l'histoire du Rock ( Frampton Comes Alive). Toutefois, au moment où il quitte le groupe de Steve Marriott, Humble Pie accède, enfin à la notoriété grâce au « Performance Rockin' The Fillmore ». Un disque brutal, sans concessions, sans overbuds, anti-commercial, avec seulement sept titres pour quatre faces, dont la reprise de Dr John, « I Walk on Gilded Splinters » dépassant les vingt minutes (!), et la suivante, le « Rolling Stones » de Muddy Waters les quinze (!). Alors que les précédents disques, pourtant excellents (et même meilleurs), accusent des ventes relativement timides (le dernier en date, « Rock On  », réussit une percée dans le Billboard américain à la 118ème place), ce live que rien ne prédestinait à une carrière commerciale, grimpe à la 21ème place des ventes US et 32ème anglaises. Inespéré. La bombe incendiaire qu'est « I don't need no doctor » y étant certainement pour beaucoup. Même si Frampton dit ne rien regretter de sa longue carrière, y compris ses erreurs, il dut tout de même se poser quelques questions.
 

   Le staff d'Humble Pie dut également s'en poser. Il fallait profiter de ce fulgurant et inopiné succès, battre le fer tant qu'il était chaud. Or, il n'est pas facile de remplacer un musicien de l'envergure de Frampton.
     Ce fut Dave « Clem » Clempson, guitariste émérite, issu du British-blues (1), puis du Rock-progressif et Jazzy de Colosseum. Bien que crédité également en qualité de chanteur, Clem est à peine présent au micro pour quelques chœurs succint. Désormais, Marriott, bien plus qu'auparavant, marque et assure sa place de leader en imposant ses rythmiques brutes de décoffrage et son chant qui ne l'est pas moins. Tantôt secondé par Gregg Ridley, qui s'octroie encore quelques chansons en « lead », tantôt par des chœurs féminins dans la pure tradition de la « Black-music » des 60's issue du Gospel et du Rythm'n'Blues.

     Aucune trace de l'expérience Rock-Progressive précédente de Clempson. « Smokin' » est le disque le plus lourd d'Humble-Pie, s'immergeant parfois même dans un Hard-blues des plus rugueux et rageur. Beaucoup considèrent cet opus comme l'apogée du groupe, alors que d'autres (il convient de le signaler) lui reproche de s'enliser dans un Hard-Rock pataud. 
Avec le départ de Frampton, le Pie a perdu l'osmose générée par deux tempéraments différents mais complémentaires. Les duos chantés et les joutes entre une guitare élancée et cultivée et une autre nettement plus brutale et séminale, qui offraient toute la richesse du Pie, ont en bonne partie disparu. Pourtant, Clempson est un sérieux technicien, capable de muer en furieux killer, géniteur de riffs assassins, et doté d'un vocabulaire assez large. Seulement, il semble s'effacer devant l'autorité de Marriott. Or, ce dernier (comme tant de grands artistes et musiciens) donne le meilleur de lui lorsqu'il est confronté à quelqu'un de caractère.

     D'ailleurs, Clempson compose bien moins que son prédécesseur, ce qui entraîne le Pie à compenser par des reprises (ce sera désormais une habitude). Heureusement, celles-ci, réarrangées, se fondent admirablement dans le répertoire ; à un tel point, que certaines deviendront des classiques du groupe, souvent jouées en concert. Comme « C'Mon Everybody » (d'Eddy Cochran), en version Hard-blues, faussement foutraque, « Roadrunner » ralenti et alourdi, « I Wonder » (composition de Gant & Leveen, popularisé par Louis Prima, Louis Amstrong et Johnny Otis) méconnaissable car ici muée en un slow-blues heavy devant autant au Chicago-blues d'Otis Rush qu'à Led Zeppelin (play it loud !). 

     Outre ces trois covers qui feront donc désormais partie intégrante du matériel de scène, il y a également « 30 days in the Hole » (que Marriott interprètera sans jamais s'en lasser jusqu'à ses dernières prestations en solo), un savant mélange du maître de conférence, à base de Rythm'n'Blues, de Gospel, de réminiscences Stoniennes, le tout dans une ambiance franchement Heavy-rock. Un titre tellement évident que l'on pourrait le croire extrait du patrimoine des grands classiques de la musique populaire. Et le 1er titre, « Hot'n'Nasty », qui justifie à lui seul l'acquisition de l'opus : un puissant Heavy-Rock introduit par un orgue (qui 
laissera sa place au piano sur les dernières mesures) jouant le riff, appuyé par une batterie franche (et aucunement monolithique), charpenté par une basse lourde mais « swingante », avec cette voix habitée, vibrante, transcendée (répétons-le, une des meilleures de la musique des 70's qui chante du Heavy-Gospel-rock - ça n'existe pas ? Tant pis, Marriott l'a inventé !), où une guitare rageuse vient larder le tout de furieux traits de wah-wah. Magnifique. Ces 5 titres sont donc à jamais inscrits en lettres d'or au répertoire des classiques d' Humble Pie.
Steve Marriott les utilisera aussi lors de son erratique carrière solo.
L'album ne se résume pas pour autant aux titres mentionnés ci-dessus, car les quatre autres conservent une qualité quasi égale, voire supérieure avec le magnifique « You're so good for me », ballade Country-blues virant Heavy avec renfort de chœurs Gospel, où l'on retrouve la voix rocailleuse de Ridley. Un titre qui nous ramène à l'album éponyme de 70. 

     Smokin' est certainement le dernier grand disque d'Humble Pie (à mon sens, à classer parmi les incontournables de la décennie). Toutefois les albums suivants ne sont pas à délaisser (malgré ce qui a pu être écrit).




Petit survol rapide de la suite et de la fin de carrière du Pie.



     Le suivant, « Eat It » (1973), est consacré à la Soul et au Rhythm'n'blues, et met en exergue les Blackberries ; une formation de chanteuse issues de la Motown, rassemblé initialement pour la tournée de l'automne 72. En l'occurrence Clydie King et Sherlie Matthews. Venetta Fields arrivera plus tard, pour l'enregistrement de ce double album. Sherlie, à cause de ses deux jeunes enfants laissés à Los Angeles et aussi d'un compagnon jaloux (le producteur Derek Richards), laissera sa place à Billie Barnum, dès la finalisation du disque. Son nom sera omis sur l'album.
Malheureusement, « Eat It » souffre d'une production compressée et d'un mixage semblant aléatoire (pratiquement inécoutable sur mp3), avec Marriott parfois en retrait par rapport à l'orchestration et surtout les Blackberries. Un choix peut être, car c'est l'album de Steve. Il signe seul les deux-tiers des chansons, le reste étant des reprises à part une composition co-signée Marriott / The Pie (face 1 et 3 dédié à Marriott, la face 2 aux reprises, et la 4 à trois titres live). En plus de faire partie de la production, Marriott est crédité en tant qu'ingénieur du remix. (****)

     (1974) « Thunderbox » (terme du XVIIème siècle désignant les toilettes), bien que toujours marqué par la Soul, sonne un peu plus Rock. Il est bien mieux enregistré et laisse à nouveau un peu de champs libre aux autres comparses. Clempson parvient à poser son empreinte à travers deux riffs Stoniens et pesants (« Thunderbox » et « Every Single Day »). L'inspiration du Pie semble s'essouffler avec sept reprises sur douze pièces. Un succès en demi-teinte qui peut s'expliquer par une première face un peu molle, avec un « I Can't Stand the Rain » moribond , le gentillet « Anna » échappé de l'univers "Small Faces", et des compositions aux rythmes funky et patauds qui ont dû refroidir ceux qui ne vénéraient que le côté Heavy du band. Le moins bon de cette formation, mais à ne pas négliger. (**,5)


   Pour « Street Rats » (1975), Andrew Oldham (ancien manager des Stones et co-fondateur du label Immediate Records) vient en renfort. Le résultat : une production plus nette et définie. Les Blackberries sont remerciées, et le groupe revient à quelque chose de relativement plus direct, avec le retour du bûcheron Gregg Ridley au chant. « Street Rats » est le résultat logique des précédentes réalisations depuis l'intégration de Clempson. Le Pie est encore capable de montrer les dents (mais Marriott n'aimait pas le mixage final qui, à ses dires, aurait été commandité par le label pour alourdir le son, contre son propre avis). Disque moyen, inégal, mais attachant. (
***)

     Après une dernière tournée, le « Goodbye Pie Tour », le groupe, dépité et fatigué (depuis 1970, ils sont continuellement sur la route ou en studio), jette l'éponge.

     Après quatre années de sommeil, le groupe se reforme en 1979 avec seulement Jerry Shirley et Marriott comme membres d'origine. Bobby Tench (Jeff Beck Group, Streetwalkers, Freddie King, Van Morrison) occupe la place de guitariste-chanteur. Deux opus suivent : « On the Victory » en 1980, et « Go For the Throat » en 1981. Du Hard-Rock carré, sympathique mais sans grande originalité. (**)

     Des soucis de santé (ulcère prononcé) forcent Marriott à raccrocher. Il décide par la même occasion de s'éloigner de l'industrie musicale qui l'insupporte. Il décède le 20 avril 1991, chez lui, dans les flammes d'un incendie déclenché par une cigarette. Peter Frampton et lui-même étaient en train d'essayer de reformer Humble Pie dans sa formation originale. Dans le cas où ils échoueraient dans leur tentative, ils avaient prévu de partir en tournée en embauchant d'autres comparses (à ce moment là sous un autre patronyme, certainement sous leur deux noms).

     Dernier sursaut d'Humble Pie en 2001. Mais peut-on considérer cette nouvelle reformation comme légitime sans son leader, fondateur et performer ? Ce sont Jerry Shirley (qui avait un temps continué à faire des concerts sous le nom Jerry Shirley's Humble Pie avec Charlie Hunn) et Greg Ridley qui reforment le groupe avec Bobby Tench et Dave Colwell (Bad Company, FM, Samson). L'album, « Back on Tracks » (2002), est bien moyen. (**)

     Quant à « The Scrubbers Sessions », disque constitué des pistes qu'avait enregistrées le Pie (en quintet, avec Tim Hinkley aux claviers) dans le studio de Marriott en 74, et refusé en bloc par la maison d'édition, il est à réserver aux fans purs et durs, aux archivistes. Eagle Records (l'entreprise qui a permis la mise à jour) a cru bien faire en éditant l'intégralité de ces sessions. Or, l'ensemble est un peu décousu, avec des Blues rugueux à la Muddy Waters, des chanson de poivrot pour pubs enfumés, des rock mi-creedence mi-stones qui côtoient des Heavy-rock bluesy, des expérimentations, du funk et de purs Rhythm'n'blues. De plus, la production a, forcément, un goût d'inachevé. Il aurait été bon de faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, car il y a du bon matériel, à l'état brut. Une matière première qui aurait pu permettre la naissance d'un grand disque. (**)

P.S. : « Smokin' » fut très bien accueilli aux USA, où il culmina à la sixième place des Charts (malgré une pochette manquant sincèrement d'originalité).
C'est l'album le plus vendu après le live.

(1) Clempson était dans un trio de British-Blues, « Bakerloo », auteur d'un seul disque éponyme à son actif, mais d'un très bon niveau. Recommandé.

👉 Autres articles sur Humble Pie (lien) : Humble Pie (1970) et Rock On (1971)

La qualité des vidéos laisse à désirer, mais je voulais montrer, par leur intermédiaire, combien Marriott était heureux sur scène. C'est son élément. Il n'est pas là pour faire de la figuration ou le poseur. 
De plus, ce qui est intéressant, c'est que ces interprétations sont différentes des versions studios. Surtout "30 days in the Hole".


mardi 28 février 2012

WHITEBOY JAMES & the Blues express "Last time was the last time" (2010) par Rockin-jl


"Last time was the last time" est le second album de Whiteboy James et son Blues express , combo californien reformé après une mise entre parenthèses de 5 ans.
Mais le blues, quand on y a goûté on y revient toujours…Le petit James Page grandit en écoutant la collec de disques de son oncle, country et Rhythm &  Blues "Deep South" puis découvre les Cab Calloway , Louis Jordan, Big Joe Turner, Elvis, Jerry Lee Lewis ou Lightnin' Hopkins. Au milieu des 80's armé de son harmonica il partage des scènes avec les groupes de passage qui l'y invitent, tels Rod Piazza, William Clarke, James Harman, les Blasters, Little Charlie et ses "chats de nuits", Johnny Dyer, Juke Logan, pour ne citer que les plus connus. C'est au cours d'une de ces jams que naît le Blues express avec qui il sort un premier disque au début des 90's.


Groupe de scène réputé pour ses prestations incendiaires, Whiteboy (chant, harmo) et ses complices (Scott Abeyta, guitare, Blake Watson, basse, Max Bangwell, drums) pouvaient ils retranscrire sur sillons (oups, pardon, me croit encore à l'époque des 33 tours alors qu'on est au numérique!) leur  énergie?
Réponse des le premier morceau "Chicken and the hawk" un jump blues sauce rockabilly assez irrésistible! Et le soufflé ne retombe pas avec "Last time was the last time" qui donne son titre à l'album, plus affilié au Chicago Blues et emmené par l'harmo de James, un titre qui m'évoque les belles heures des Nighthawks de Mark Wenner ou des Fabulous Thunderbirds de Kim Wilson. Je vais pas vous les faire tous, mais la plupart des titres sont assez courts, secs et nerveux, du jump blues qui claque comme dans "by my side" ou "Kiss me when I kiss" , du rockabilly  ("reefeer man"), du blues-rock ("upside your head" "Walked around the world"), un beau blues mid-tempo avec de surprenants changements de rythme et solos de gratte à gogo (  "Worried life blues", une "cover" Big Macéo )  ou un autre, clin d'œil à  T-Bone Walker dans le titre et le phrasé de guitare ("T-Bone for Daisy") sans oublier 2 instrus à la Hollywood Fats  et "Shave'em dry" qui clôt l'album, avec encore un festival du guitariste qui en profite pour caser le riff du "Crosstown traffic" d'Hendrix.
Partie d'harmos à gogo, de guitares, chant puissant, rythmique en béton, bonnes compos, bref, un solide disque à  acquérir sans hésiter pour les fans des groupes cités dans cette chronique; toutefois petit bémol, rien de bien nouveau sous le soleil (californien), comme une impression de déjà entendu, mais un bon moment quand même!





"Shave'em dry" (jolie la photo mais je cherche encore le rapport..)



(article paru initialement dans la revue BCR)

lundi 27 février 2012

UFO "The Story" (Part One) par Philou "l'Extraterrestre"


Le vaisseau musical volant a été identifié dans le ciel londonien en août 1969 sous le nom de "Hocus Pocus". L’équipage se compose à l'époque du chanteur Phil Mogg, du guitariste Mick Bolton, du bassiste Pete Way et du batteur Andy Parker. Le groupe se rebaptise UFO en octobre, en référence à un club de Londres où ils ont été repérés sur scène par Noel Moore, qui les fait signer sur son label Beacon Records.

Mick Bolton, Pete Way, Phil Mogg & Andy Parker


Le premier album "UFO 1" sort en octobre 1970 et nous propose un "Space Rock" dont le contenu sonne bien daté de nos jours. Bien loin d'être la meilleure œuvre de Phil Mogg & Co, l'album passera complètement inaperçu aux USA et en Angleterre. Il n'y a guère que le reprise d'Eddy Cochran "C'mon Everybody" qui cartonnera au Japon.


Le line-up ne change pas sur le deuxième album "UFO 2 - Flying (One Hour Space Rock)" qui parait en juin 1971. Le contenu, on l'a, en lisant tout simplement la pochette : une heure de rock qui fait planer et qui sent fortement les herbes qui font rigoler bêtement !!! On est encore loin du Heavy/Rock racé qui cartonnera dans les mid-seventies mais plus dans un trip à la Hawkwind, Ash Ra Tempel, Blue Cheer, ou Pink Fairies, avec au menu deux morceaux épiques "Star Storm" et "Flying" de 18 mn 55 et 26 mn 32 ...

Live (1972)
Le groupe va clore sa période "Space Rock" avec un album Live qui sortira en 1972. A cette époque Mick Bolton fait ses valises et Phil Mogg recherche un nouveau guitariste qui pourrait dynamiser le son du groupe. Tandis que Larry Wallis (Février - Octobre 1972) et Bernie Marsden (il tourne avec UFO en Europe) font de brèves apparitions au sein du vaisseau, le capitaine Mogg trouve enfin la perle rare en juin 1973, en la personne du jeune guitar-hero allemand, Michael Schenker tout juste débarqué des SCORPIONS. Schenker, seulement âgé de 18 ans à l'époque, était déjà un guitariste très respecté et très impressionnant.

Nouveau guitariste, nouveau label (Chrysalis Records), nouveau producteur ( Leo Lyons) et nouvel album "Phenomenon" qui sort en mai 1974 en annonçant de nouveaux horizons musicaux, beaucoup plus excitants que par le passé.
"Phenomenon" (1974)
"Phenomenon" est un disque astucieusement conçu, débordant d'énergie créatrice et rempli de morceaux furieux. Bien que le quatuor joue fort, dur et vite, l'émotion est palpable dès que la voix de Phil Mogg s'élève et fait frémir les auditeurs. L'album contient 2 titres qui deviendront des classiques incontournables du groupe : "Doctor, Doctor" et "Rock Bottom". A noter également la présence de superbes ballades aériennes comme "Time On My Hands", "Crystal Light" et de "Space Child", traversées par les sublimes solos de la Flying V de Michael Schenker.



"Force It" (1975)
Tout juste un an après "Phenomenon", UFO nous reprend de plein fouet, là où les riff acérés "Doctor Doctor" et de "Rock Bottom" nous avaient laissés sur le tapis. L’équipage n'a pas changé et la production est toujours assurée par Leo Lyons, l'ex-bassiste de Ten Years After. Le style apparu dans "Phenomenon" va  encore se perfectionner sur "Force It" qui sort en 1975, un heavy rock mélodieux et classieux, axé sur les interventions d'un Michael Schenker au sommet de sa forme et d'un Phil Mogg éblouissant derrière son micro. Les deux compères sont soutenus par une section rythmique en béton et sans faille. 
L'album qui alterne les brulots rock et les ballades sensuelles, contient de véritables monuments comme "Let It Roll", "Shoot, Shoot", "Out In The Street", "Mother Mary", "Love Lost Love"... bref tout l'album est excellent et on note pour la 1ère fois l'apparition de claviers sur "High Flyer".


Après le succès de "Phenomenon" et de "Force It", UFO accède en 1976 à la première division du Hard Rock britannique. Après avoir embauché un second guitariste et claviériste en la personne de Danny Peyronel, le groupe retourne en studio pour enregistrer leur cinquième album "No Heavy Petting". Le duo Schenker/ Mogg assure la composition de l' essentiel des titres, très peu aidé cette fois ci par Pete Way.
  Légère baisse de régime quand même sur ce disque, malgré la présence de chansons monstrueuses comme "Natural Thing"et "I'm A looser" (où Michael Schenker nous délivre un de ses solos les plus époustouflants !). Certains titres comme "Can You Roll Her" ou "Resasons Love" n'apportent rien de nouveau et la triste ballade "Belladonna" a un peu de mal à décoller....
Danny Peyronel compose un bon morceau "Highway Lady", mais va quitter le groupe, remplacé par un certain Paul Raymond.


"Lights Out" (1977)

"Lights Out" le 6ème album d' UFO (produit par Ron Nevison) atterrit dans les bacs en 1977 et reste certainement le sommet de la carrière de la bande à Phil Mogg, tant au point de vue des critiques que du succès auprès des fans. Très court (36 mn), mais très dense, ce LP va  leur ouvrir les portes du succès aux USA. L'arrivée de Paul Raymond, qui assure aussi bien les claviers que la guitare, va enrichir encore plus le son du groupe et l'orienter vers des compositions encore plus travaillées. Le groupe entier est à son apogée, et s'est attelé à un véritable travail d’orfèvre tout au long de l' album, tout fonctionne admirablement. Phil Mogg en particulier est au sommet de sa forme, écoutez sa voix sur la ballade "Try Me", si après ça, vous ne me dites pas que c'est un très grand chanteur, je vous conseille de consulter très rapidement un spécialiste de l'audition ! Les titres accrocheurs ne manquent pas et font mouche à tous les coups : "Too Hot To Handle", "Just Another Suicide", "Lights Out", "Getting Ready",  sans oublier la reprise très réussie de Love "Alone Again". Michael Schenker nous délivre des solos flamboyants, la basse de Pete Way ronfle sous les riffs de Paul Raymond et la frappe puissante d' Andy Parker....Un véritable chef d'œuvre de hard rock mélodique !!!

Michael Schenker
 
Michael Schenker disparait après la tournée anglaise de "Lights Out", Paul Chapman le remplace au pied levé pour la tournée, en première partie de Rush. Après le succès sur les radios américaines du single "Too Hot to Handle", le groupe s'établit à Los Angeles pour faciliter le développement du marché américain.
Fin 1977: Michael Schenker revient pour finir la tournée tandis que l'album sort des charts US après y avoir séjourné pendant six mois.




Au début de l'année 1978, débute l'enregistrement du nouvel album "Obsession" à Beverly Hills avec le studio mobile du Record Plant. Toujours produit par Ron Nevison, l'album qui parait en juin 78 est encore plus court (35 minutes) que son précédent !!! 
Fidèles à leurs quatre albums précédents, UFO demande à Hipgnosis, la société de graphisme de Londres qui avait conçu les illustrations des disque emblématiques de Pink Floyd, Led Zeppelin, 10 cc, Genesis etc... de leur proposer quelque chose d'audacieux et futuriste. Ils n'ont pas été déçus du résultat !!!

l'étrange pochette de "Obsession" (1978)
Paru après le phénoménal "Lights Out", il restera malgré toutes ses qualités dans l’ombre de ce dernier et les mauvaises langues reprochent la présence trop envahissante des violons sur certains titres comme "Looking Out For N°1" ou "Born To Lose" et trouvent la production de Ron Nevison un peu trop lisse. Pourtant, le disque est somptueux avec notamment "Only You Can Rock Me", un titre furieux dont la puissance sera décuplée sur scène. "Pack It Up (And Go)" est une véritable petite bombe avec des accents à la Led Zeppelin.
Michael Schenker pour sa dernière prestation en studio avec le groupe, est particulièrement étincelant et nous explose les neurones avec ses solos dans "You Don't Fool Me", "One More For The Rodeo" ou "Born To Lose".

Cette même année, le groupe part en tournée aux USA pour une longue tournée qui donnera naissance au double live "Strangers In The Night", qui sortira l'année suivante en Janvier 1979.
Le disque sera un véritable succès critique et commercial et deviendra numéro 1 dans les charts britanniques en février 1979.
Je tiens à préciser que ce live est incontournable, un des meilleurs double album en public de tous les temps !!!! Les 5 musiciens sont au sommet de leur art et nous délivrent une set-list exceptionnelle alternant les moments bien heavy et les passages plus calmes, mais toujours remplis d'émotions intenses.

"Strangers In The Night" (1979)
Les tensions se font de plus en plus sentir entre Phil Mogg et Michael Schenker, faut dire que la consommation d'alcool (entre autres !!) des deux compères est impressionnante et un soir, ils en viennent aux mains...
En octobre 1978, Michael Schenker, essaye de bloquer la parution de "Strangers In The Night", refuse de partir en tournée et finalement quitte le groupe.
Paul Chapman rejoint UFO définitivement.
Michael Schenker retrouve Scorpions, qui au lieu d'imploser après qu'il soit parti en 1973, commence à acquérir une notoriété internationale, il fondera son groupe, MSG en 1980.




Fin de la 1ère partie.  cliquez ici pour lire la PART II

UFO 1ère époque avec Mick Bolton à la guitare (1971)


  

"Lights out, lights out in London, Hold 'em tight 'til the end"...








 

dimanche 26 février 2012

JUDAS PRIEST - " British Steel (CD 1980) " - par Vincent The Steel Chameleon



Maîtres étalons




Judas Priest, je vous en ai déjà parlé dans le Déblocnot'. Aux travers d'un bouquin et d'un DVD. C'est alors qu'au moment de me lancer dans cette chronique de l'album British Steel,  je me suis soudainement dit que j'aurai peux être dû commencer par là pour mieux appréhender et cerner l'emblématique formation métallique. Forcément ! Ce disque, c'est LE disque de Judas Priest. Car même fort de ses 16 albums studio, British Steel représente presque à lui tout seul ce qu'est le Heavy Metal de JUDAS PRIEST. Sachant que JUDAS PRIEST "est" le Heavy Metal.
Je vais vous dire, ce type d'album, c'est tout à fait le genre de truc qu'un groupe ne crée qu'une seule fois au cours de sa carrière. L'archétype même du disque qui nous fait ensuite nous dire qu'il y aura eu un avant et un après. British Steel est donc désormais inscrit, et pour l'éternité, dans ce que l'on appelle un album de légende. Un "Maître étalon", un indispensable, un incontournable, appelez ça comme vous voulez. Malgré cela, ce n'est pourtant pas mon disque préféré du groupe. Mais ça, on s'en fout, puisque je ne suis pas là pour vous parler de moi mais bien de cette pierre angulaire qu'est British Steel.
Aujourd'hui encore, on observera qu'au même titre qu'un The Number of the Beast pour Iron Maiden, qu'un Machine Head pour Deep Purple, ou qu'un Back in Black (Highway to Hell ?) chez AC/DC, JUDAS PRIEST se fait toujours un devoir d'interpréter 4 ou 5 extraits de British Steel à chacun de ses concerts. Occulter "Breaking the Law", "Living after Midnight", ou plus encore "Metal Gods", n'y pensez même pas ! "Metal God" étant même devenu le surnom du chanteur Rob Halford depuis.
Oui ! M' sieurs Dames, une réputation, un statut, ça se construit aussi grâce à des albums comme celui-là. Encore faut-il en avoir les capacités. Et des capacités, les 5 anglais en avaient déjà à revendre en ce début des années 80. Et ce, même après 5 albums au compteur. Et si le succès du groupe sera allé croissant de disque en disque, c'est véritablement avec celui-ci que le Priest va s'imposer, et pour la première fois, à grande échelle.
Comme les Scorpions l'avaient fait avec leur Live Tokyo Tapes à la même période, JUDAS PRIEST avait clos son premier chapitre de la même manière que les allemands. Car après avoir publié son furieux Unleashed in the East (lui aussi enregistré au pays du soleil levant), le Priest allait lui aussi opter pour une musique beaucoup plus franche. En tout cas beaucoup plus directe que par le passé. Ici, les refrains sont par exemple d'avantage mis en avant. De même, ce choix revendiqué d'aller vers une rythmique encore plus simplifiée, aura eu pour effet d'accentuer la complémentarité des deux guitares. Enfin ! L'Amérique était-elle prête à succomber à cette musique de durs à cuire.


Du Métal en fusion


Pour réaliser le disque, le groupe choisit tout d'abord Tom Allom comme producteur. Les manettes de la console lui seront ainsi confiées sur les 6 albums suivant (Live compris), et dans ce que l'on considérera comme étant les années fastes du groupe.
British Steel est aussi le disque qui intronisera un nouveau batteur, l'ex Trapeze Dave Holland.
Enregistré dans l'ancienne et gigantesque villa blanche d'un certain John Lennon (là où on le voit jouer "Imagine"), au moment même où celui-ci serait assassiné par un fan déséquilibré, British Steel est presque à considérer comme un produit de fabrication artisanale. Pour ornementer cette musique faite de métaux lourds, le groupe et son producteur auront aussi expérimentés. Frappant sur des radiateurs à coup de clé (anglaise), secouant une batterie de couverts, brisant une bouteille (de lait !) sur le carrelage, ou flagellant le sol avec un fouet pour illustrer et renforcer encore d'avantage chacun de ces 10 titres. Rappelons qu'en ces temps reculés, les "samples" n'existaient pas.
 
Les cordes vocales à toutes épreuves de Rob Halford, portées par des textes comme autant d'hymnes à la gloire du Metal, dont  émanent quotidiennement ce vent de liberté ("Living after Midnight", "United", "Rapid Fire") autant que  celui d'une certaine rébellion ("The Rage", "Breaking the Law"), les riffs acérés des guitares de Glenn Typton et de KK Downing, la rythmique compacte emmenée par Ian Hill et Dave Holland. Tout ça aura joué en leur faveur pour créer au final ce disque ultra fédérateur. Qui plus est, il fait écho avec le lieu dont sont issus les membres de JUDAS PRIEST. Les laminoirs, les hauts fourneaux, ces cités ouvrières d'où l'on extrayait le minerai. Oui ! Tout cela, JUDAS PRIEST en est à jamais imprégné au plus profond de sa chair. Rien qu'en cela, British Steel est le plus bel hommage que le groupe pouvait rendre à son milieu d'origine.

La crise ? La sidérurgie des Midlands l'avait déjà vécue il y a 30 ans. Voyez que...

  
British style


Du métal à l'acier, il n'y a qu'un pas. Les usines noires dans lesquels certains des membres du combo avaient œuvré dans leur prime jeunesse, ces usines là le fabriquaient aussi...L'acier. Notamment pour la fabrication des lames de rasoirs. Nous y voilà !!!! 
L'article sera d'abord récupéré dans l'imagerie du Punk. Le Punk ? Une mode. JUDAS PRIEST n'a jamais été une mode, plus surement une institution. A grands coups de riffs, de solis et de rythmiques sculptées par autant de marteaux cognant sur autant d'enclumes, le groupe récupérerait, à sa façon, son dû. Tranchante comme la lame qui illustre la pochette, c'est Ian Hill, son bassiste, qui fût à l'origine du titre de l'album. Directe, violente, puissante, machiste à souhait, la musique qui se joue ici n'aura jamais collé à ce point à l'imagerie savamment développée par le groupe au fur et à mesure des années. Ce look (cuir, chaines et clous) poussé parfois jusqu'a son paroxysme, c'est JUDAS PRIEST qui l'a d'abord créé. Look copié pour être ensuite abandonné par nombre de ses contemporains, le Priest, fier de ses origines, ne se départira jamais de sa panoplie. Et ce qui apparaîtrait comme ridicule pour n'importe quel groupe vêtu de la sorte aujourd'hui, ne s'appliquera jamais à JUDAS PRIEST. Leur tenue faisant partie intégrante de l'univers du groupe. L'un n'allant pas sans l'autre.
Le groupe va ainsi poursuivre dans cette direction, tout en continuant d'entretenir son mythe (au moins jusqu'au début de 1990) à grand renfort de duels de guitares, de tempos de plus en plus soutenus, et de cette voix capable d'atteindre des sommets, JUDAS PRIEST aura ainsi ouvert la voie à des générations "Métalleux" (beurk !) pour les années à venir. Ainsi, de la scène Trash au Black Metal le plus extrême, tous lui doivent d'avoir été ce que le Priest aura toujours été : Un groupe d'avant-gardistes, toujours soucieux de nouvelles expériences.  

 Petits rappels:


Afin de prolonger votre plaisir tout en en apprenant encore d'avantage sur ce disque, sachez qu'il existe, dans la collection "Classic Albums", un DVD qui relate la genèse et la création de l'album. De plus, le groupe ayant réédité tout son catalogue en 2000, et dans des rééditions absolument superbes, chacune d'elles se voient ainsi augmenter de bonus sous forme de titres inédits. Tous ne se valant pas, reconnaissons que pour ce qui est de celui de British Steel, l'inédit "Red, White & Blue" fait une nouvelle fois office d'hymne. Toute à la gloire de leur "mère patrie" cette fois ci. "Gods saves the Queen !

Clips: "Breaking the Law"
 


"Steeler" (en 2010, Judas Priest fête les 30 ans de l'album en le jouant dans son intégralité. Une édition anniversaire deluxe existe. Outre l'album original et une pochette retravaillée (moins belle), elle contient aussi les images de ce concert) 







samedi 25 février 2012

Johannes BRAHMS – 2 QUINTETTES : pour CLARINETTE & pour ALTO, par Claude Toon


Vous rappelez-vous Anthony Perkins demandant à Ingrid Bergman : "Aimez-vous Brahms ?" ? Question dont la formulation n'est autre que le titre du film d'Anatole Litvak (1961), titre éponyme du roman de Françoise Sagan (1959). En cette fin des années 50 à Paris, la demande est pertinente. La France d'après-guerre découvrait le compositeur allemand mort en 1897. Ce retard de l'adhésion par le public est assez curieux pour un compositeur romantique qui a composé, avec génie, une musique d'écoute plutôt facile, élégiaque sans être mièvre, et non dépourvue de tempête intérieure, bref, un grand compositeur !
On garde parfois l'image d'un Brahms ventripotent et barbu comme moïse. J'ai choisi ce portrait du musicien jeune qui fut un grand séducteur...

Johannes Brahms


Johannes Brahms nait en 1833 à Hambourg. Artisan de son état, son père arrondit les fins de mois en jouant du cor et de la contrebasse dans des petits ensembles de la ville. C'est lui qui donne les premières leçons au gamin heureusement très motivé. Il apprend le piano dès 7 ans avec Otto Cossel puis Eduard Marxsen qui veut faire un prodige de l'adolescent en lui apprenant la composition et l'harmonie. Dès 13 ans il pianote dans les tavernes de la ville portuaire… Vers 16 ans, il est gagné par le feu de la composition, ses premières fantaisies révèlent son don, nous sommes en 1849.
Brahms s'inscrit dans le courant romantique tel un personnage de Balzac. Il faudrait 10 articles pour faire le tour de la vie de Johannes qui côtoie tous les grands musiciens de son époque, à l'inverse d'un Bruckner, homme discret, et contre lequel Brahms montera une cabale pour discréditer un art très opposé au sien (pas sympa). En 1853, le célèbre  violoniste Joseph Joachim le presse de rencontrer Franz Liszt. Brahms ne se sent pas proche des théories du hongrois, mais celui-ci lui conseille de rencontrer Robert Schumann. Là commence un roman. L'amitié de Brahms pour Schumann s'accompagne d'un amour intense pour Clara, l'épouse de son ami. La relation sera épistolière et enflammée jusqu'à la mort de Robert dans un asile en 1856. Une tragédie qui écartera lentement Clara de Brahms. Brahms n'aura jamais de liaisons féminines durables et restera célibataire jusqu'à la mort.
Sa carrière va le conduire de Detmold à Hambourg puis enfin en 1862 à Vienne qu'il ne quittera plus, une période où il composera jusqu'à la fin de sa vie en 1897.

Brahms apparait parfois comme un romantique peu novateur tourné vers les formes héritées des classiques (l'ombre de Beethoven) voire de l'époque baroque (Bach). Il s'opposera farouchement au clan des modernistes regroupés autour de Wagner et Bruckner, querelles paraissant un peu vaines plus d'un siècle en arrière. Pourtant il renouvelle considérablement l'écriture de la musique de chambre, s'écartant de la forme sonate pure et dure pour les variations. 
Il compose l'un des plus beaux patrimoines pour les ensembles de chambre aux effectifs les plus variés : trios, quatuors, quintettes (piano, clarinette, alto), sextuors et des sonates pour piano solo ou avec violon, clarinette et cor. Intimidé par le génie des symphonies de Beethoven, il écrira tardivement quatre symphonies (des chefs-d'œuvre) et des concertos notamment deux pour piano. Et puis Il y a les fameuses danses hongroises… et le Requiem allemand qui aura sa chronique en temps voulu.

Le quatuor Melos, Gérard Caussé et Michel Portal
Vous allez trouver insolite le choix de la photo du coffret de l'intégrale des quatuors de Schubert pour présenter le quatuor Melos. Les photos "officielles" semblent inexistantes. Cet ensemble fondé en 1966 à Stuttgart par Wilhelm Melcher (violon 1), Gerhard Voss (violon 2), Hermann Voss (alto) et Peter Buck (violoncelle) s'est illustré sur toutes les scènes du monde jusqu'en 2005. Une tournée d'adieu était prévue cette année-là, mais la mort de Wilhelm Melcher ne permit pas de conclure avec le brio attendu les 40 années de complicité. (Ida Bieler avait remplacé Gerhard Voss en 1993). Le CD Brahms commenté aujourd'hui a été enregistré en 1991. Et puis cette pochette nous rappelle que ces disques furent un choc pour les mélomanes du début des années 70, qui pouvaient enfin entendre l'intégrale des quatuors de Schubert, seuls les 4 derniers (12-15) étant fréquemment enregistrés. Ce coffret toujours disponible n'a pas d'équivalent à ce niveau. Ces artistes ont excellé dans un répertoire très étendu de Haydn à Bartók. Ce disque Brahms reste une pierre angulaire de leur discographie en réunissant les quintettes pour alto et clarinettes.
L'altiste toulousain Gérard Caussé né en 1948 a été membre du Quatuor Via Nova et du Quatuor Parrenin, et également soliste de l'Ensemble intercontemporain. Il est également soliste dans des concertos au niveau international. Son instrument est un alto datant de la Renaissance, du luthier italien  Gasparo da Salo (1560 !)
Michel portal, né en 1935, est un clarinettiste et saxophoniste bien connu des amateurs de jazz. Il a ainsi beaucoup joué avec Daniel Humair et Henri Texier. Très éclectique, il aborde avec passion la musique classique (Mozart et Brahms), ou contemporaine (Berg, Boulez, Stockhausen, Berio). Nous avions déjà rencontré dans ce blog l'affinité d'un Benny Goodman pour Mozart. Il est compositeur de B.O.F. Il a enregistré le trio opus 114 de Brahms pour piano, violoncelle et clarinette chez Harmonia Mundi.
 Le quintette pour alto opus 111

En 1890, la notoriété de Brahms en tant que pianiste et chef d'orchestre est telle qu'il ne compose plus. Pendant l'été, il écrit ce qu'il pense être son ultime ouvrage, un second quintette avec alto, effectif que Mozart avait transcendé dans six partitions. En sol majeur, le quintette respire cet été insouciant d'un homme encore jeune (57 ans) séjournant à Bad Ischl, station thermale huppée. Contrairement à Schubert ou à Schumann, je n'ai pas le sentiment que Brahms concevait cette musique autour d'une inspiration littéraire ou "à programme". Je ressens plutôt une intériorité émotionnelle avec le recours à des ambiances symboliques et impressionnistes, même si ces mots renvoient plutôt à la peinture et à l'école française guidée par Debussy à la même époque.
Une furie de trilles des cordes aigües balayent l'introduction. Le violoncelle énonce seul un premier thème martial, bonhomme. Brahms flâne en plein vent, regarde les feuilles et branches frissonner. Il conçoit son premier mouvement avec une puissance quasi symphonique, une musique insouciante mais de robuste facture. L'œuvre va être marquée par cet esprit bon vivant. Ce motif initial au violoncelle va gagner de mesure en mesure les autres cordes dans ce fulgurant et joyeux prélude. Plusieurs idées vont se succéder dans un tempo plus retenu après cette tempête. Un motif élégiaque est confié à l'alto qui en fait ne s'impose jamais comme soliste, son rôle étant d'apporter une couleur rugueuse à cette musique aux accents villageois. Brahms affectionnait la musique populaire, les danses paysannes, l'agitation des tavernes. Tout semble réunit dans ces pages. Le mouvement se prolonge dans une joyeuse variation alternant calme et tornade. Le développement central se fait par instant plus secret, intime, langoureux. Sans aucune pause, le discours va s'épanouir jusqu'à la frénésie. Ce point culminant, je ne n'hésite pas à parler (désolé pour la hardiesse du mot) d'orgasme musical, est fréquent chez Brahms. On retrouve ce même instant de déchaînement dans le début du premier quatuor ou de la quatrième symphonie, juste avant la conclusion.
L'adagio se déploie comme une complainte d'une immense tendresse, une rêverie. L'alto énonce un motif apaisé, une respiration, qui va structurer l'enchaînement de quatre variations (Brahms enterre-t-il la forme sonate ?). C'est incroyablement inventif, la mélodie évolue en volute au sein des pizzicati, le climat nocturne serpente entre des passages plus tourbillonnants. Que dire de plus ? Rien, se plonger dans cette douceur.
Le troisième mouvement est noté allegretto et peut faire penser à un scherzo. Les cordes se font concertantes dans les méandres d'une mélodie aux accents dansants et nostalgiques. Brahms fait preuve d'un détachement idyllique dans le dialogue entre instruments. Le final, très court adopte un plan de sonate qui évoque Dvorak. C'est très vivant et viennois, presque abrupte, et la brièveté permet de conclure dans la joie sans déséquilibrer cette merveille par des développements aussi redondants qu'inutiles.
Joué frénétiquement, ce quintette devient saoulant ! Joué trop lentement, il perd toute sa joyeuse verve. Le Quatuor Melos et Gérard Caussé trouve le ton juste, l'équilibre parfait dans les contrastes, de la joie jusqu'à la facétie, un lyrisme incandescent qui vous entraîne à bras le corps, opposant comme rarement l'apparente opulence symphonique à l'intimité chambriste.

Le quintette pour clarinette opus 115
Un an plus tard, en 1891, Brahms retourne passer l'été à Bad Ischl. Le compositeur écrira le Trio opus 114 et ce Quintette opus 115, les deux avec clarinette, une commande à honorer pour le 24 novembre. C'est le clarinettiste Steiner et les quatuors Rosé et Joachim (l'ami de toujours) qui assureront les créations. Le quintette comporte quatre mouvements.
Une longue phrase au cordes, douce, ombragée, introduit l'allegro qui ne l'est pas tant que ça. De cette mélopée en clair-obscur  surgit une phrase interrogative de la clarinette, un leitmotiv, un motif ondulant et sensuel. La lumière certes, mais avec un sentiment de nostalgie. Brahms venait de rédiger son testament. Est-ce pour cela que le quintette est composé en si mineur, tonalité plus sombre que celle du Quintette opus 111. Même si le mouvement peut être analysé comme une forme sonate, on se perd plutôt dans un dédale de thèmes chantants qui s'entremêlent dans une apparente félicité. La complicité de la clarinette avec les cordes s'affirme comme fusionnelle, il n'y a pas de solo autonome voire concertant. Cette mosaïque de couleurs, diaphanes et rayonnantes, trouve sa cohérence grâce au leitmotiv qui ressurgit de temps à autres. Encore une fresque sonore où mes mots trouvent rapidement leur limite. La souplesse du jeu de Michel Portal s'allie avec grâce à l'élégance du quatuor Melos. C'est chaleureux, sincère, les artistes refusent tout effet dans ces pages sublimes.
Dans l'adagio, la clarinette se fait soliste d'un nocturne onirique et sensuel. Michel portal ne s'impose pourtant pas, laissant les cordes déployer un écrin voluptueux. Une seconde idée plus agreste se dégage de la rêverie avec quelques accents pathétiques de l'alto et du violoncelle. Les cordes frissonnent autour du chant de la clarinette. Il émane de cette musique un climat de romance empreinte de lascivité. Brahms revivait-il ses amours déçus dans ce songe d'une fluidité rarement rencontrée dans l'histoire de la musique de chambre.
L'andantino prolonge la rêverie par la tendresse, un étirement. La musique s'anime avec une clarinette soudain empressée, une nouvelle insouciance, le désir de vivre, de croire en ses sentiments. Le développement conclusif se présente comme une danse de jeunes gens, une badinerie. Le final conserve une certaine animation à travers six variations et une coda juvénile où la clarinette se fait mutine.
La prestation parfaite de Michel Portal et du Quatuor Melos suit à la lettre la douceur de ces mouvements. Hormis le court presto de l'andantino, toute leur approche de l'œuvre baigne dans la sérénité sans jamais accélérer pour satisfaire un désir hédoniste de virtuosité. Magnifique.
Enfin, j'ajoute que ce CD est disponible dans la collection économique "Musique d'abord" d'Harmonia Mundi et que la prise de son est excellente.

Vidéos




Une interprétation vif-argent, un peu rapide mais de bon aloi de l'allegro du quintette opus 111 lors d'un festival à Helsinki.
Puis, The Composers strings quartet et le clarinettiste Eddie Daniels dans l'allegro de l'opus 115 enregistré en 1993. Là encore un excellent musicien de jazz aborde avec ferveur ces pages classiques. Un beau disque complété par le quintette de Weber disponible en France sur le e-commerce.

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