mercredi 16 février 2011

HUMBLE PIE "Humble Pie" (1970) - Bruno -


Une seconde naissance
Longtemps oublié, ou relégué comme second couteau par quelques "grands journalistes spécialisés" du pays des « fromages-qui-puent », Humble Pie est lentement, mais sûrement, tombé dans l'oubli, l'anonymat. Alors, que dès la fin des 80's, de jeunes loups construisirent leur musique sur ses cendres froides. Pourtant, malgré cette occultation, ou parfois ces raccourcis primaires engendrés par méconnaissance, Humble Pie demeure un des groupes phares des 70's.



Humble Pie a été formé sous l'impulsion de Steve Marriott, auparavant co-leader et frontman des Small-Faces (groupe emblématique des Mods avec Rod Stewart et les Who, et auteurs de quelques perles de British Pop). Steve voulait passer à une musique plus rude, plus directe, et déjà, en concert, Steve donnait une belle impulsion heavy, et certains enregistrements tels que "Tin Soldier" ou "All or Nothing" prenaient en concert, avant l'heure, des tournures Zeppelinniennes. D'ailleurs, ce n'est pas une coïncidence si Sir James Patrick Page avait posé son dévolu sur Steve pour son New-Yardbirds ; toutefois, le manager des Small-Faces avait eu les mots, nets et préçis, pour refroidir ses aspirations. Après avoir assisté à la prestation d'un jeune groupe Pop, The Herd, Marriott fut enthousiasmé par le talent du jouvenceau Peter Frampton. Voulant le recruter pour aller de l'avant, lui permettre d'explorer d'autres horizons auxquels il aspirait, et ses comparses d'alors n'adhérant guère à cette lubie, Steve quitta le groupe pour former avec le jeune Frampton, Humble Pie. En aparté, rappelons que suite à cette scission, Ronnie Lane, Ian MacLagan et Kenny Jones, bien em... ennuyés (car Marriott était guitariste, chanteur et compositeur) après quelques temps d'incertitudes, recueillirent deux naufragés de l'aventure du 1er Jeff Beck Group ; en l'occurrence, Ronnie Wood et Rod Stewart (!). Les Small Faces amputés de leur chanteur-guitariste originel, se rebaptisèrent les Faces, et de 1970 à 1973, réalisèrent quatre bons albums de Rock cru, bluesy, parfois proche des Stones et... d'Humble Pie.

Steve et Peter embauchèrent à la basse Greg Ridley, qui officiait auparavant dans Spooky Tooth, et à la batterie, un autre jeunot (17 ans seulement) en la personne de Jerry Shirley (Steve le connaissait de la proche époque où il jouait avec l'obscur groupe Apostolic Intervention, et avait fait pression pour qu'ils soient signés par Immediate Record ).


Ainsi, Humble Pie, avait pris la forme définitive d'un quatuor. Peter Frampton, guitariste élégant et fin, aussi à l'aise en acoustique qu'en électrique, bon chanteur à mi-chemin entre la Pop 60's et le Heavy-rock 70's ; Greg Ridley, chanteur à la voix dure et rocailleuse, bassiste volubile (à rapprocher d'un John Paul Jones) ; Jerry Shirley, batteur précis et concis (il suivra Marriott jusqu'au dernier souffle du Pie, en 81, puis participera à l'aventure "Fastway", le groupe de Fast Eddie Clarke) ; et Steve Marriott, chanteur puissant, au jeu de guitare agressif et efficace, capable de faire preuve d'une réelle débauche d'énergie sur scène. Peter, Steve et Jerry officie chacun accessoirement aux claviers (en concert, c'était Frampton qui occupait le poste) . La force d'Humble Pie, outre le fait que tous ses membres, y-compris le très jeune Shirley, avaient déjà cumulé une certaine expérience, c'est qu'il était paré de trois bons chanteurs, aux timbres différents, reconnaissables, et s'imbriquant les uns aux autres. Ce qui leur permettait ainsi, lorsqu'ils se relayaient, d'apporter une force certaine aux chansons, ou alors lorsque Peter, ou plus occasionnellement Greg, prenait la place de chanteur soliste, à la place de Steve, d'engendrer des nuances enrichissant l'album.



Au chant, Greg faisait plutôt office d'homme des bois, de bourlingueur au long-cours (c'est d'ailleurs l'aîné du groupe avec ses 27 ans à la formation du combo), ou alors il se gargarisait à l'acqua-vita, alors que Peter faisait plus Dandy du Rock. Quant à Steve, lorsqu'il se lâchait, c'était une explosion d'émotion Soul rageuse, vindicative, baignée de parfums Rock, Heavy. Comme si son corps frêle avait du mal à contenir un trop plein d'énergie, donnant alors l'impression d'une exhortation. Son corps exsudait une musique qui prenait dorénavant sa source dans celle des Afro-américains.

Humble Pie démarre en trombe, en juillet 1969, par un 1er single impeccable : un boogie-rock efficace qui aurait pu paraître un tantinet conventionnel, mais qui prend une toute autre dimension grâce à l'interaction des chanteurs, un groove affirmé, une mise en place imparable et une indéniable joie de jouer ensemble ; le Pie a soif d'en découdre. « Natural Born Boogie » a du traumatiser plus d'un futur heavy-boogie-rocker du Royaume-Uni. (4ème place des charts anglais).



Puis, après deux premiers albums, bons mais controversés, sortis dans l'urgence (bien que le Pie a été fondé en avril 69, deux disques ont été édité cette même année), Humble Pie manque de peu de splitter, entraînés, bien malgré eux par la faillite de Immediate Record. Récupéré par A & M, le Pie met les bouchées doubles et sort dans la foulée, en 70, l'album éponyme, où des rocks lourds (Hard Blues) succèdent à de magnifiques ballades acoustiques (folk ou country). L'album est excellent, et les membres du Pie brillent par leur talent de compositeur et d'interprète. Les compositions sont abouties et mieux produites. Le changement forcé de label semble avoir donné un coup de fouet au Pie, comme une seconde naissance. Après quelques semblants d'égarement de "Town & Country", le Pie gravit, en quelques mois, les échelons de la maturité. (A noter, encore une fois, l'excellent travail du label Repertoire, qui réédite ce disque avec une remasterisation au top, et un packetage digne d'intérêt).

De gauche à droite, Frampton à l'orgue, Ridley Fender Bass, et Marriott Gretsch.


L'album débute sur un « Live with Me » séminal. Longue montée d'adrénaline soutenue par un orgue omnipotent. Les voix se succèdent, affectées, envoutées, tandis que des traits fulgurants de la Gibson de Marriott lardent de chorus épais et crasseux ce Low-Heavy-bluesy-gospel-rock.
« Only a Roach », composition country, assez incongrue, avec ces chœurs de piliers de pub. (une des rares compositions de Shirley...)
« One Eyed Trouser Snake Rumba » revient aux fondamentaux du meilleur Heavy-boogie-rock, écrasant au passage tous les prétendants au titre de cette année. C'est lourd et groovy à la fois.
La pression redescend avec « Earth and Water Song » ; d'abord ballade folk romantique, acoustique, portant la marque indélébile de Frampton, et qui se pare progressivement d'un gilet (et non manteau, c'est pas la même chose) électrique.
On repart dans le brut avec « I'm Ready », reprise éculée de Willie Dixon, qui transpire néanmoins ici autant le Pie que le Chicago-blues le plus crasseux, notamment grâce aux guitares grasses de Peter et de Steve, mais aussi au chant incantatoire de Marriott, épaulé par un Ridley qui s'arrache les cordes vocales. Une des meilleures dans le genre Heavy, Hard-Blues.
« Theme from Skint », une autre chanson country, cette fois-ci aux consonances plus rock.
« Red light Mama, Red Hot », boogie-rock en mid-tempo bien graisseux ; guitares graveleuses, chants habités, basse ronde et pleine. Solo réduit à sa plus simple expression (quelques doubles bends bien placés), supplanté par un harmonica plaintif, avant que Frampton ne décline un solo en gamme pentatonique dans le pur style Hard-blues. Un vrai plaisir simple.
« Sucking on the Sweet Vine », presque une ode bucolique, une pièce acoustique d'une apparente simplicité, dotée d'une sensibilité à fleur-de-peau. Break rock'n'roll chanté par le bûcheron Ridley. Solo jazzy de Frampton. Magnifique ballade intemporelle.



Photo du livret intérieur (édition Repertoire), avec Marriott et Gibson LesPaul Junior (à laquelle on a ôté la plaque de protection et un micro qui ne semble pas d'origine)



Avec ce disque, Humble Pie réalise, en cette année de grands crus, un très grand disque. On pardonnera la faute de goût ("Only a Roach"), car le reste est d'un tel niveau qu'il serait grossier de focaliser sur le seul faux-pas de l'opus. D'autant plus que l'album est pourvu d'une excellente production, parfaitement équilibrée où même les cymbales sont dotées d'une belle définition.
Humble Pie, avec cet album, s'était hissé, avec aisance, au niveau des meilleures formations de Rock. D'ailleurs, plutôt qu'un groupe de Hard-Rock, Humble Pie était tout simplement une formation de Rock fortement imprégné de Blues, voire de Rythm'n'Blues et, plus en filigrane de Gospel (cette influence allant prendre progressivement de l'ampleur, Marriott étant un grand fan de Ray Charles). Le tout joué avec rage, force et conviction.


  1. Live with Me (Humble Pie) 7.52
  2. Only a Roach (Shirley) 2.46
  3. One Eyed Trouser Snake Rumba (Humble Pie) 2.48
  4. Earth and Water Song (Frampton) 6.15
  5. I'm Ready (Humble Pie / Dixon) 4.57
  6. Theme from Skint (See youlater liquidator) (Marriott) 5.43
  7. Red Light Mama, Red Hot (Marriott) 6.14
  8. Sucking on the Sweet Vine (Humble Pie / Marriott) 5.46

Album suivant : http://ledeblocnot.blogspot.com/2011/05/humble-pie-rock-on-1971-par-bruno.html



1 commentaire:

  1. shuffle master16/2/11 13:35

    Coïncidence. Ce disque tourne en boucle depuis plus d'une semaine. Premier morceau grandiose, avec intro tout en retenue. Seule faiblesse du disque (tu l'as d'ailleurs signalée en y accolant le terme incongru): only a roach.

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