Attention, ce disque est un de mes disques de blues de chevet, un des bijoux indispensables que l'amateur doit avoir écouté dans sa vie, et que les néophytes aussi devraient apprécier!Il reprend sur un CD l'intégralité des deux Lps sortis en 78 et 81 pour le label anglais Red Lighnin' par les deux compères, "Younger Than Yesterday" et "Gotta New Car". JJ Malone ,et son ami Troyce Key ont écumé pendant plus de 20 ans les clubs de Californie et tourné partout dans le monde, et ont formé un des duos les plus doués du blues , avec bien sur Buddy Guy & Junior Wells . Ils ont aussi tenu longtemps un club, le Eli's Mile Club, qui fut le vrai centre du Blues de la Baie de San Francisco. Troyce Key (1937-1991) , fan de Johnny Otis, a commencé dans le Jazz et le Rythm & Blues, le Rock'n'Roll aussi, enregistrant avec Eddie Cochran ses premiers 45tours, il fut selon ses dires le premier chanteur de blues blanc signé par Warner.
Quand à JJ Malone(1935-2004) c’est une des figures centrales du Blues Californien depuis les années 60, un formidable pianiste et chanteur, grand compositeur aussi, de surcroît joueur d'harmonica et guitariste. Il connaitra quelques petits succès fin des années 70 pour le label Galaxy , ses dons d'arrangeur et compositeur lui valent de prendre des responsabilités au sein de la maison de disque, et il va travailler avec SonnyRhodes ou Big Mama Thornton , selon certains il aura aussi une influence directe sur les disques de Creedence Clearwater Revival , également sous contrat avec Galaxy. Il enregistre également sous son nom de bons albums, devenus introuvables ("The Enemy Called Hate"/ "Bottom Line Blues") ; ainsi que plusieurs morceaux en vedette sur le superbe disque de son ami Sonny Rhodes "I Don't Want My Blues Colored Bright". Ses 3 derniers albums sont excellents,"Highway 99" de 1997 , "See Me Early In The Morning" de 1999 et "And the band played on" de 2001, le dernier et peut être le meilleur des trois, avec toujours ce Blues bien léché et élégant -moins brut que le Chicago Blues et marque de la cote ouest - et un Malone excellent au chant et au piano avec des musiciens au diapason.
Ici, sur ces 2 Lps , leur joie de jouer est communicative, et la qualité des titres et des musiciens en font un must, pas moins!
Le Blues côte Ouest y rencontre le Rock'n'Roll "old school" pour un mélange explosif et jouissif. Malone y joue du piano avec sa finesse habituelle, Key tient la guitare, et ils se partagent les vocaux, leur groupe les Rythm Rockers assure avec un étonnant Paul Green à l'harmonica , dans un style à la Georges Smith et une section de cuivres riches de trois sax. De sublimes blues lents ("Louisiana Blues", "Outskirts Of Town", "Old Fashionned Blues") y cotoient des titres Rock'n'Roll classiques comme "Tutti Frutti" ou "Fip Flop and Fly" et des jump blues californiens digne du Hollywood Fats Band, une belle cover de" Daddy Rollin' Stone" des Temptations aussi. Une belle initiative de l’excellent label anglais Cherry Red Records (cherryred.co.uk) que cette réédition de 2009, livret avec reproduction des pochettes originales et une bio des 2 lascars. Rien a ajouter si ce n’est un conseil, procurez le vous sans hésiter, c’est du blues de derrière les fagots…
Passionné par le Blues du delta dès son plus jeune age, Eric Sardinas est né en 1970 en Floride, à Fort Lauderdale. Comme influences, il cite volontiers Charley Patton, Elmore James, Muddy Waters, Big Bill Broonzy, Jimi Hendrix, Eric Clapton, Jimmy Page et évidemment Johnny Winter. Bien qu'étant gaucher de naissance, il apprend à jouer de la guitare comme un droitier. Après avoir trainé ses santiags un peu partout aux States, il se retrouve dans les années 90, à Los Angeles, les poches vides et joue de la guitare dans la rue pour gagner sa vie. En 1999, il sort enfin son 1er album "Treat Me Right" qui reçoit un accueil favorable de la part du public et de la presse musicale. Eric Sardinas possède un réel talent d'écriture et a écrit la moitié des chansons du disque, il nous le prouve avec des titres percutants comme "Treat Me Right", "Get Along rider" ou encore sur le plus pépère "Goin'To The River" et aussi sur le slow blues "Low Down Love". Les reprises sont également à l'honneur (mentions spéciales au "Murdering Blues" de Johnny Winter et à "My Baby's Got Something" de John Lee Hooker. Avec sa voix rauque et rugueuse, sa guitare qui déménage dans tous les sens, Eric Sardinas nous délivre finalement un très bon album de Blues/Rock viril, puissant et bien gras, mâtiné du son si particulier de la Dobro (Washburn ES20), combinant puissance et modernité mais sans jamais trahir les racines profondes du Blues. Considéré par beaucoup comme le "fils spirituel" de Johnny Winter, ce dernier joue même sur le titre "Tired of Tryin'" que l'on retrouve sur l'album "Nothin' But The Blues"de l'albinos texan.
«La raison pour laquelle j'ai commencé n'était pas pour devenir une rock star, c'était juste pour jouer de la musique » rappela Sammy Hagar à Rolling Stone ...
La presse « spécialisée » française a affublé, des années 70 jusqu'au début des années 80, Sammy Hagar des pires sobriquets (et des plus faciles). Surtout on l'accusait de faire une musique insipide, FM, calibrée, et sans conviction (!?). Certes, ses albums ne sont pas exempts de défauts, et certains ont mal vieillis, mais écrire que Sammy manque de conviction est une gageure. Car l'homme, depuis son premier enregistrement avec le faramineux « Montrose », un manifeste hors du temps, n'a jamais cessé de faire de son mieux, et de délivrer une musique sincère. Et souvent incomprise par nos « journalistes » (mais se sont-ils seulement donnés la peine d'écouter ?).
Insuffler un peu de lyrisme dans son Rock, ne signifie nullement que l'on a fait des concessions. Hagar était déjà célèbre aux USA dans les années 70, avec des albums placés dans les charts (certes, sans parvenir à faire un carton avant 1980), remplissait aisément les salles, et le gaillard fit de nombreux émules. Maintenant, il est possible que dans les années 80, quelques temps avant son intégration dans Van Halen, comme tant d'autres à l'époque, il ait succombé à une (sur-) production formatée (imposée ?) . Mais, là n'est pas le sujet.
Ici, il est question d'un témoignage des prestations en public du Red Rocker. Il y débordait d'énergie, préférant interpréter ses titres les plus durs, afin de terrasser son public, le rendre exsangue avec un déploiement sans retenue d'agression électrique.
Pour preuve, ce live, sobrement baptisé « Live 1980». Un live qui bénéficie de l'apport des précédents «Street Machine» et « Danger Zone » ; deux albums quelque peu inégaux, sortis tous deux en 1979, mais valant leur pesant de pépites car comportant alors les titres Hard-Rock les plus aboutis et les plus francs du collier de Sammy.
Ce live a une énergie débordante, sentant la sueur, la chaleur des lampes d'amplis, et les grosses guitares. Point de claviers. A l'image de la pochette, Sammy tient autant de la prestation physique que musicale. Le son est certes quelque peu crade (garanti sans overdubs, d'ailleurs une note au dos de la pochette spécifiait : « this performance is uncensored and contains adult language which may be considered offensive »), mais la priorité est à l'efficacité et l'urgence, et aucunement aux fioritures.
En effet, après une entrée en matière délivrée par un moteur de Ford Mustang démarrant sur des chapeaux de roues ("Trans Am"), tous les titres s'enchaînent pour vous tenir à la gorge, vous empêchant ainsi de reprendre votre souffle jusqu'à "Danger Zone" (seul titre faible, un égarement Sabbathien néo-psychédélique), avant de reprendre de plus belle avec le tonitruant "Space Station #5" - une récupération du premier album de Montrose -, qui s'accélère pour finir en apothéose, en explosion sonore. Notons également « Plain Jane », sympathique power-pop calé entre un «Love & Money » furibond et «20th Century Man », essence de pur Hard-Rock.
Sammy éructe parfois plus qu'il ne chante, on le sent transporté par les rythmes effrénés, semblant parfois lutter pour ne pas se laisser emporté et laisser libre cours à son "trop plein" d'énergie. Pas de temps mort. Une seule envie, celle de monter le son et de se laisser porter par cette débauche d'énergie. Un véritable volcan crachant sa lave de Hard-rock US.
Seulement huit titres, mais c'est pour en remettre de suite une tartine. Sammy Hagar n'a jamais rien fait de plus dur ou d'agressif que ce "Live 1980" (même avec Van Halen). Et de tous les live du Red Rocker, édités entre 1977 et 1990, celui-ci est sans contestation le meilleur.
Une nouvelle tendance semble s'être instaurée dans les contrées d'un Rock dit « Sudiste » (ou Southern-Rock). Ce Rock typiquement américain déjà gorgé d'influences diverses, loin d'avoir des œillères, a, au fil des années, su élargir son horizon en s'ouvrant à d'autres courants. En l'occurrence, un Heavy-rock typés 70's et le Hard-Blues, mais également Gov't Mule et Screamin' Cheetah Wheelies (qui sont déjà à la croisée des chemins). Ainsi les guitares se sont durcies, la batterie s'est parfois faîtes plus lourde, le son est dans l'ensemble plus gras, faisant plus volontairement usage de saturation mielleuse. Le précurseur de cette tendance est certainement Blackfoot (déjà fort décrié par les puristes de l'époque).
Ainsi, les Hogjaw, Tishamingo, Rebel Train (qui revendique également Zakk Wylde comme influence), Whiskey Myers, Bluestone & Co, les italiens de W.I.N.Det les regrettés Savoy-Truffle, s'inscrivent dans cette démarche. Et Blackberry Smoke pourrait faire office de fer de lance en confirmant avec leur dernier opus : « Little piece of Dixie ».
Blackberry Smoke fait le lien entre une certaine tradition, disons racines, et cette évolution. Tradition car on sent bien les influences country et blues (mais point de jazz, ni de psychédélisme), qui étaient indissociables de la plupart des cadors du genre dans les 70's, et évolution notamment par l'attaque et le son des guitares, bien plus typées Heavy-Rock. Ces dernières ayant indubitablement goûté aux joies de Gibsons crémeuses façon Tishamingo, Blackfoot, Gov't Mule, et même Black Crowes. Mais nettement plus Southern que ces trois derniers. Parfois plus proche d'un Whiskey Myers, mais avec un petit quelque chose de plus teigneux, « dirty ». Alors qu'avec « Sanctified woman » on pense irrémédiablement à Dan Baird (ils avaient déjà repris précédemment un titre des Georgia Satellites), « Restless » aurait pu être écrite par Ken McMahan, et « Like a Man » par un Bad Co, Dans l'ensemble, à rapprocher plus d'un Whiskey Myers et d'un Tishamingo, mais sans claviers. Une certaine nonchalance, qui n'empêche pas une application dans les voix et l'inter-action des guitares.
Le chant évoque Van Zant, mais également les deux Codyde Whiskey Myers. Les guitares (principalement Gibson : SG, Firebird, LesPaul Junior, J-200, et occasionnellement Telecaster, branchées sur des amplis Orange), plutôt que de jouer à l'unisson, se complètent en jouant souvent des parties distinctes, mais qui s'imbriquent.
A part trois chansons à peine plus longues, les titres tournent autour des 3,30 minutes. Autant dire que le groupe ne se perd pas dans des soli ou des joutes interminables. Alors que parfois on peut être saoulé par ce genre d'exercice, ici, au contraire, on aurait bien aimé que la paire de gratteux se lâche un peu plus, mais non. D'autant plus que la moindre et courte intervention soliste est brillante. A l'écoute des protagonistes, il est évident que ce n'est pas par manque de technique, mais tout simplement un choix délibéré. Seulement, la sobriété est plutôt inhabituel, rare, dans ce registre.
Au final, un excellent album de Southern-rock, concis, dense, qui s'écoute inlassablement, dépourvu de titres moyens, faisant souvent le pont entre les 70's et la scène revival des 90's.
Seul déception, l'absence de livret.
Leur 1er opus est du même acabit, avec un son légèrement plus rugueux, et 3 titres lives, et 2 bonus tracks, pour la récente réédition, qui valent leur pesant de pépites. (Leur second est plus une parenthèse country-rock).
Ci-contre : Charlie Starr montre fièrement la Dan Amstrong offerte par Sir Billy Gibbons
Notans qu'en concert, Blackberry Smoke apprécie les reprises : Lynyrd Skynyrd & Allman bien naturellement, mais aussi les Stones, Little Feat, Bad Company, et le Band (plus Georgia Satellites et Outlaws déjà repris sur leur 1er opus). Et on peut aussi admirer sur leur clip de « Sanctified Woman », les affiches de Black Crowes et de Mötorhead (bien que ces derniers ne soient aucunement reflétés dans leur musique). On peut également trouver sur le net, une excellente version acoustique de « Smoke on the Water », où non seulement, CharlieStarr (guitariste, chanteur, leader ?) chante comme Gillan, mais en plus, singe très bien Glenn Hughes. Juste pour démontrer que ce groupe ne se réduit pas à des Rednecks à œillères et élitistes (ce qui est rarement le cas dans ce genre de musique, malgré ce qu'à bien vouloir faire croire un temps une certaine presse musicale).
Matt Sever est né il y a 37 ans, lors d'un matin glacial à San Francisco.
Sa famille déménage dans l'Oregon et Matt y passe une partie de sa jeunesse à écouter WoddyGuthrie, les Hollies et la musique de la comédie musicale "Godspell". Un jour lors d'une brocante, Matt achète une trompette et commence à apprendre la musique. De retour en Californie, Matt abandonne la trompette et se met à la guitare. Un jour, il fait son baluchon et décide de partir en direction de la capitale de l'état du Texas pour y travailler comme électricien. Le soir, après sa journée de boulot, il passe dans les clubs d'Austin et parfois il n'a même pas le temps de se changer...
Le succès aidant, il abandonne rapidement son métier d'électricien et sort son premier album "Baseball Song" en 1998, puis "Home" en 2000, "Made For Working" en 2003, "Long Way Home" en 2004, "One New Thing" en 2007.
"Animal Boy", son septième album sort en octobre 2009 et c'est Matt lui même qui se charge de la production et qui joue de la plupart des instruments, dont certains un peu zarbi comme du banjolele, de l'euphonium (tuba ténor) , du piano-jouet et même des ustensiles de cuisine comme une poêle à frire.
L'album commence avec une reprise improbable et acoustique de .... "Faithfully" de Journey (le plus grand groupe de ballades de tout le temps) remplie de sincérité et extrêmement émouvante.
En écoutant l'album, vous serez très certainement surpris et conquis par la voix chaude et (légèrement) rauque de Matt qui chante la vie quotidienne avec une bonne dose d'auto-dérision et par sa musique, un néo- folk bricolé mâtiné de pop acoustique, rempli de petites trouvailles irrésistibles, un véritable coffre au trésor où vous trouverez certainement votre bonheur.
NB : à noter la présence de l'excellent Jud Newcomb (ex- Loose Diamonds) à la guitare avec Matt.
Le Cult brouille les cartes et transforme le métal en platine
Sorti en mai 1976, "Agents Of Fortune" arrive dans les bacs après le bouillant Live "On Your Feet Or On Your Knees" et va surprendre les fans du Cult. En effet, Eric Bloom & Co ont sensiblement ralentit le tempo sur cet album et le coté Heavy des 3 premiers albums a sensiblement disparu, pourtant "Agents Of Fortune" permettra au gang de Long Island d'obtenir son véritable premier succès commercial avec l'inévitable morceau de Donald "Buck Dharma" Roeser, "Don't Fear The Reaper", qui reste à ce jour, le titre le plus connu des Ostréiculteurs. L'album démarre à bloc avec le très nerveux "This Ain't The Summer Of Love", guitares plombées + voix caressante d'Eric Bloom = énorme chanson ! Changement radical avec le titre d'Allen Lanier "True Confessions", ici pas de guitares qui bétonnent , mais un solo de saxophone, du piano, un morceau très pop, on aurait préféré un bon vieux riff d'Eric Bloom, mais celui n'a pas participé à l'écriture de l'album et certainement à cause de cela que "Agents Of Fortune est plus "soft" que les précédents albums du Cult. "Don't Fear The Reaper" et ses guitares très "Byrdsiennes" grimpera jusqu'à la 12 ème place des charts US, sublimée par la voix spectrale de Buck Dharma, elle reste, après toutes ses années, une chanson inquiétante et envoutante. Le puissant "E.T.I. reste un grand classique du Cult, la soucoupe volante décolle, les guitares s'envolent et en concert, j'vous raconte pas... grandiose !!! La grande prêtresse Patti Smith apparait sur "The Revenge Of Vera Gemini", un chef d'œuvre d'Albert Bouchard, un rock en apesanteur, irrésistible et entêtant. Albert Bouchard signe encore un superbe morceau avec "Sinful Love" tendu et très pop, avec un solo de guitare grandiose de Buck Dharma. Le sombre "Tatoo Vampire", directement sorti de la B.O d'un film d'horreur, est encore écrit par Albert Bouchard le prince des ténèbres, les horribles ricanements des vampires assoiffés de sang au milieu de la chanson devraient normalement vous faire hérisser les poils... On frissonne encore sur l'inoubliable "Morning Final", une mélodie imparable, avec des notes de piano qui montent au ciel, un solo de guitare court mais intense, ça parle de junkie, de flingue, de meurtre dans le métro.... Help! On quitte vite fait le métro et c'est tout essoufflé, le cœur cognant à bloc dans la poitrine que l'on peu tranquillement écouter le psychédélique "Tenderloin" et finir tranquillement l'album en rendant visite à la tendre "Debbie Denise", qui vous attendait sur le pas de sa porte, si patiemment, à coté de Patti.
Film de 1968 signé Sergio Sollima, "Saludos Hombre" ("Corri Uomo Corri") , appartient au genre du western italien dit "Zapata" , c'est-à-dire dont l’action se déroule durant la révolution mexicaine. C’est un des meilleurs du genre avec "El Chuncho" (Damiani) , "Il était une fois la révolution" ( Leone) ou,; "El Mercenario" (Corbucci).
Sollima n’a signé que 3 westerns, mais 3 chefs d’œuvre qui en font avec Corbucci ("Le grand silence", " Django") et Léone ( la trilogie des dollars/"Il était une fois dans l’Ouest")un des 3 ténors, " Le dernier face à face", "Colorado" (une réédition DVD siouplait m’sieur l’éditeur !) et donc "Saludos Hombre". Ensuite il se tournera vers le polar ( "La cité de la violence" ou "La poursuite implacable").
Tomas Milian y retrouve le rôle de Cuchillo, péon habile au lancer de couteau, ici embarqué dans la révolution mexicaine.
Synopsis : Cuchillo, en prison pour une rapine, y rencontre Ramirez, poète, idéaliste et cerveau de la révolution au courant de la cachette d’un trésor destiné a la cause.
Ils s’évadent mais sont poursuivis par des bandits, un shérif et des agents secrets français à la solde du dictateur intéressés aussi par le magot.
Ce western a des atouts entre l’interprétation de Milian , épatant comme toujours, la réalisation de Sollima, les paysages somptueux, l’aspect politique et les aventures rocambolesques que constituent cette chasse au trésor. Seuls bémols cela traîne un peu vers la fin , certains personnages comme les espions français arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, et enfin Donald O’Brien (le shérif Cassidy) manque un peu d’épaisseur, n’est pas Eastwood ou Lee Van Cleef qui veut..
Si Leone privilégiait la forme et Corbucci la violence baroque, Sollima est celui qui creuse le plus la psychologie de ses personnages, voir la transformation du professeur Fletcher dans "Le dernier face à face" ou ici le parcours de Cuchillo, vagabond sans conscience politique qui finira par épouser l’idéal révolutionnaire.
A noter que la musique est en partie de Morricone, même si officiellement à créditée B. Nicolai pour des raisons contractuelles.
NB – le livre sur le western comprit dans le packaging chez Seven7 est le mêmesous un format différent que celui vendu avec « Le dernier face à face » chez le même éditeur, donc attention aux doublons.
Originaires d'Atlanta (Georgie) , les Georgia Satellites ont déboulé au début des années 80 avec leur Rock'n'Roll énergique et leurs guitares en avant. Dan Baird, Rick Richards, Mauro Magellan et Rick Price nous balancent une musique fortement influencée par Chuck Berry, The Faces et les Stones sans pour autant oublier leurs racines sudistes. Ce disque, leur premier album sorti en 1986 est certainement le plus réussi, en effet, il contient l'énôôôrme single "Keep Your Hand To Yourself" une véritable bombe, un brûlot jouissif de Rock'n'Roll rugueux et basique qui grimpera jusqu'à la 2 ème place des charts US, battu sur le fil par le "Livin' On A Prayer" du gars Bon Jovi. Parmi les autres titres chauds-brulants, on trouve aussi "Battleship Chains", "Can't Stand The Pain" et "The Myth Of Love", des chansons hyper-accrocheuses, pleines de feeling et d'énergie où la voix trainante de Dan Faird avec son accent sudiste fait des merveilles. Les Satellites savent aussi nous arracher quelques petits frissons d'émotion sur le mid-tempo et mélancolique "Golden Light", mais leur spécialité, c'est, et vous l'avez bien compris, le Rock’n'Roll brut, joué à donf...
Naples 1980 : Matteo est en retard. Il presse le pas pour emmener son fils Pippo à l’école. Une fusillade éclate, et là, au milieu d’une foule hébétée, Matteo voit son fils de 6 ans mourir dans ses bras. Naples 2002 : Filippo termine sa journée dans le bar de son père adoptif Garibaldo. Il prépare un café pour un homme qu’il s’apprête à tuer : Toto Cullaccio. Mais avant de laisser cet être de malheur pour mort, il veut qu’il sache qui il est. Au pied de sa propre tombe, il révèle à Toto son identité. Il est Filippo de Nittis, « Pippo », mort en 1980, et revenu des Enfers grâce au sacrifice de son père Matteo. Ce roman est d’une intensité et d’une beauté rare. Il nous touche au plus profond de nous même, nous ébranle et nous égratigne le cœur. Comment faire le deuil d’un être qui représente notre raison et notre joie de vivre ? Comment accepter et affronter l’inacceptable ? A travers la souffrance de Matteo et Giuliana après la perte de leur enfant, c’est surtout la déchirante solitude ou chacun s’enfonce qui nous prend aux tripes.
Matteo quitte chaque soir le domicile conjugal pour arpenter les rues de Naples dans son taxi, incapable d’accomplir la promesse faite à sa femme : lui ramener la tête de l’assassin de leur fils. Giuliana, atteinte dans ses entrailles de mère blessée, finira par sombrer dans la folie, après avoir quitté son mari.Je pourrais dévoiler les moindres recoins de ce roman hors du commun, mais je pense que chaque page mérite d’être déflorée pleinement pour mieux s’emparer du texte et s’en imprégner. « La porte des enfers » est le récit d’un deuil et d’une vengeance, mais c’est aussi le récit de la réalité de chacun d’entre nous face à la mort et à notre capacité à survivre aux êtres qui nous ont quitté et dont l’absence nous est intolérable. Laurent Gaudé est allé jusqu’à faire descendre son personnage aux Enfers, tel un Orphée moderne, pour arracher son enfant à la mort et le ramener à la vie. Les personnages secondaires qui accompagne Matteo dans sa quête sont très attachants et intéressants, tout particulièrement Grace, le travesti prostitué. L’écriture est fluide, épurée, dense et instinctive, et nous emmène loin dans les méandres de l’âme humaine. On est d’emblée happé par les 2 récits qui se chevauchent sous nos yeux, on es saisi par la puissance et l’intensité de chaque mot qui pénètre notre cœur, et ce n’est que lorsque le roman est achevé, qu’on se force à retrouver notre souffle, jusque là coupé. Certains auteurs ont le pouvoir de suspendre le temps et l’espace, et de nous embarquer dans l’univers qu’ils ont créé. C’est sans nul doute le cas de Gaudé et de ce roman, à la fois fascinant, sombre et bouleversant.On est pas tout à fait le même après une telle lecture…
Le cinéma est affaire de point de vue. Comment des metteurs en scène voient-ils la guerre, ou le Vietnam en particulier ? Michael Cimino (VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER) Oliver Stone (PLATOON) Kubrick (FULL METAL JACKETT) et Coppola, chacun a son point de vue sur cette guerre, chacun a réalisé un film différent, chacun a réalisé un film "définitif" sur ce conflit. Coppola a laissé le réalisme social, ou le politique de coté... Il a choisit la voie de l'expressionnisme, une réflexion très personnelle, une introspection sur fond d'opéra-rock sanglant.
APOCALYPSE NOW est une œuvre incontournable du cinéma américain, qui témoigne autant de la guerre, que du cinéma de ces années là, que de la manière dont on faisait du cinéma. C'est un des films majeurs de ce qu'on appelle "le Nouvel Hollywood", période bénie où le metteur en scène était redevenu le roi. Coppola, Splielberg et Georges Lucas régnaient alors au sommet du box office, et rêvaient de devenir les nouveaux cinéastes classiques, à l'instar des Huston, Ford, Hawks. Mais c'est aussi le dernier grand film de cette période, celui après lequel le système s'est écroulé, où les studios ont repris le contrôle. Un tournage tel que APOCALYPSE NOW ne serait plus possible aujourd'hui (plus d'un an de tournage aux environs de Manille, alors en guerre, où Coppola avait emmené toute sa famille) cette manière de travailler au jour le jour, sous acide, dans une jungle déchaînée, et les typhons (qui ont détruit les décors, qui empêchaient les équipes de se rendre sur le plateau). Coppola a été jusqu'au bout de l'enfer pour achever son film, hypothéquant sa fortune, ses maisons, il aurait vendu son âme pour sa grande œuvre, immense, boursouflée, mégalo. Coppola cherchait l'excellence, doutant à chaque instant. Les éléments étaient contre lui, il a fallu improviser, retravailler sans cesse un scénario trop étroit pour lui. Car s'il parle de la guerre, Coppola y parle surtout de lui-même, confronte sa vie et les relations avec son père, dans les relations entre le commandant Willard et le colonel Kurtz. L'identification avec Willard s'est effacée au fil du tournage avec l'identification au tyran Kurtz, dans la manière dont il menait ses équipes. Son couple en a d'ailleurs souffert. Sa femme Eleanor était présente pour filmer le making-off, ses images serviront plus tard au documentaire "Aux coeurs des ténèbres". Comme le Kurtz en prince maudit, régnant sur sa colline, Coppola apparaît comme le dernier grand nabab hollywoodien.
Robert Duvall (avec un faux air de De Niro, non ?) : il aime Wagner et l'odeur du napalm au petit matin...
Sur le plan artistique, ce film est une réussite totale. Martin Sheen y a trouvé le rôle de sa vie (Steve McQueen pressenti avait finalement refuser un tournage délocalisé, et Harvey Keitel avait commençait le tournage avant d'être remercié). Il a failli en crever (infarctus). Il est parfait dans le rôle de ce soldat en mission, naviguant sur ce fleuve dangereux, conduisant au pays de la folie, au cœur des ténèbres (titre de la nouvelle de Conrad dont est tiré l'histoire). Souvenez-vous de tous ces personnages, Robert Duval en colonel cinglé qui "adore l'odeur du napalm au petit déjeuner" et qui massacre du Vietnamien en balançant du Wagner, la délicieuse Aurore Clément dans sa plantation française, parenthèse avant le déluge final (toutes les scènes de la plantation française qui avait demandé beaucoup de temps et couté une fortune ont finalement été coupées pour le montage de 1979), Dennis Hooper en photographe junkie et fou, paumé dans sa secte de pacotille, sans oublier le jeune Harrisson Ford. Et bien sûr Marlon Brando, immense, bestial, sanguinaire, dont les premières apparitions en clair/obscur restent mythiques. Saluons la magnifique lumière du film, mise au point par le directeur photo Vittorio Storaro. On a beaucoup parlé des relations entre Coppola et Brando. Ce dernier est arrivé sur le tournage obèse, sans script à se mettre sous la dent. De longues journées d'improvisation ont été nécessaires pour construire le personnage, dont les contours sont restés flous jusqu'au dernier moment. Coppola a passé un an et demi à chercher la fin de son intrigue, et ce n'est qu'au montage, après plusieurs versions, qu'il a enfin trouvé ce qu'il souhaitait.
de gauche à droite : Dennis Hopper et son bandeau rouge, Martin Sheen au premier plan, déterminé, et Frederic Forrestqui porte très bien la casquette...
Francis F. Coppola mène son récit de manière impériale, réussissant chaque scène, des premières images de bombardement sur "The End" des Doors, à l'attaque en hélico, au spectacle des Bunnies de Playboy, les mitraillages de nuits face à un ennemi invisible (qui ont coûté des fortunes en balles, explosifs et effets de fumigène), et toutes les séquences en bateau, où la tension et le danger sont palpables, où la mort rôde, le doute, la peur, où la folie gagne du terrain, gagne les esprits. Et que dire du sacrifice final, orgie de sang, de boue, de crânes empilés. La scène du buffle est directement inspirée d'un rite réellement exécuté par la tribu qui jouait dans le film. Qui pourrait aujourd'hui massacrer un buffle à la machette sur un tournage de film ? Qui pourrait aujourd'hui faire exploser des tonnes de napalm au dessus d'une forêt ? Tous les effets du film sont réels, les techniciens allumaient de vrais incendies, qui étaient filmés ensuite. Vision d'apocalypse, de fin du monde, le cauchemar était autant au Vietnam que dans la tête de Coppola, pour accoucher d'une œuvre aussi lyriquement noire !
Marlon Brando, le monstre, lâché en pleine jungle, dans tous les sens du terme. Ses monologues étaient d'abord improvisés. La légende prétend que Brando ne jouait que si on lui filait des valises de dollars, sans quoi il menaçait de quitter ce tournage de dingue... mais les légendes, faut s'en méfier, il avait déjà reçu un cachet conséquent avant le tournage !
Francis Ford Coppola avait reçu la palme d'or à Cannes pour son film, alors que la version montrée au jury n'était que provisoire. Vingt ans plus tard, le metteur en scène sortait une version complète, de plus de trois heures. De longues scènes montrent la troupe de soldats faire halte dans une plantation française, dirigée par Aurore Clément et Christian Marquand. Des scènes qui avaient nécessitaient une reconstitution minutieuse, des décors et accessoires somptueux, qui ont plombées un peu plus le budget ! Même Coppola a fulminé contre ses collaborateurs zélés, puisque nombre d'éléments de décor n'apparaissaient même pas à l'image ! APOCALYPSE NOW fait partie de ces œuvres atypiques, œuvres d'auteurs, qui à l'instar de 2001, LES PORTES DU PARADIS ou le récent THERE WILL BE BLOOD doivent se découvrir impérativement dans une salle de cinéma, pour en mesurer... la démesure !
APOCALYPSE NOW est un film qui se regarde autant qu'il se ressent, qu'il s'écoute. C'est une œuvre d'une densité, d'une richesse incroyable, violente, exacerbée jusqu'au-boutiste, dirigée par un metteur en scène alors au sommet de son art, survolté, inspiré, fou, dangereux, mais génial.
APOCAPLYPSE NOW (1979) / Redux (2001) scénario : John Milius & Francis Coppola production : Francis Coppola pour Zoetrope / United Artists musique : Carmine et Francis Coppola avec : Martin Sheen, Harrison Ford, Marlon Brando, Dennis Hopper, Robert Duvall, Frederic Forrest, Aurore Clément, Christian Marquand, Laurence Fishburne... Couleur - 3h05 - format 2:00
Dédié à Big Mama, Aretha, Ella, Mahalia & les autres...
Ruthie Foster est née au Texas, dans la petite ville de Gause, au nord d'Austin, le long de la Highway 79. Élevée dans une famille de chanteurs, elle a baignée dès sa plus tendre enfance dans le Blues, le Folk, le Gospel et déclare : "Mes tantes et toutes les femmes dans ma famille, ont chanté l'Évangile dans les églises et mes grands-oncles avaient un quatuor gospel qui chantait aussi dans les paroisses et lors d'événements communautaires, de plus lorsque l'on vit dans une région rurale comme le Texas, la musique Country est partout". "Le premier instrument que j'ai joué c'était du piano, c'était un accord que j'avais passé avec ma mère. Je voulais jouer de la guitare, mais ma "Big Mama" voulait que je prenne d'abord des leçons de piano." Elle apprend donc la guitare à l'âge de de 11 ans et comme la nature l'a en plus dotée d'une voix extraordinaire, c'est tout naturellement qu'elle décide de tenter sa chance dans l'univers impitoyable de la musique. Ses deux premiers albums, "Full Circle (1997) et "Crossover" (1999) ne lui permette malheureusement pas d'obtenir d'échos au-delà de son Texas natal. Mais en 2002, grâce au merveilleux album "Runaway Soul", la chanteuse aux dreadlocks obtient enfin une reconnaissance bien méritée et réussit lors de sa tournée canadienne de la même année à vendre la bagatelle de 1000 CD par jour... Sur cet album, le somptueux "The Phenomenal" sorti en 2006 où les compositions originales côtoient les reprises, la phénoménale Ruthie Foster nous propose onze petits bijoux remplis de blues "Beaver Creek Blues", de gospel "People Grinnin' In Your face", de folk "Fruits Of My labor" (une fantastique reprise du titre de Lucinda Williams), et de soul "Up Above My Head". Toutes ces chansons chargées de spiritualité et d'émotions sont propulsées par la voix puissante de cette chanteuse exceptionnelle dont les intonations nous ramènent dans le sillage des intouchables monstres sacrés comme la "Lady Soul" Aretha Franklin ou la "First Lady of Song", Ella Fitzgerald. Cet album qui s'est hissé à la quatrième position du classement blues aux States devrait combler les amateurs du "Soul Revival" dont l'éminent Rockin' jl nous parle un peu plus bas...
"I Learned The Hard Way" est le quatrième album de Sharon Jones et des Dap-Kings après "Dap-Dippin’" (2002)," Naturally" (2005) et "100 Days 100 Nights" (2007). On pourrait traduire le titre éponyme par "j’ai appris à la dure" ou avec un langage moins châtié "j’en ai chié pour en arriver là" et en effet Sharon n’a pas eu la vie facile, elle naît en 1956 dans l’état de Georgie, à Augusta, ville qui vit également naître un certain James Brown, puis suit sa famille à New York en 1970. Adolescente elle grandira dans le Bronx, voila qui doit vous forger un caractère… Comme James ou Aretha elle commence à chanter des gospels dans les églises, puis comme choriste, entre autres des Four Tops, Macéo Parker ou Lee Fields tout en pratiquant divers jobs, de gardienne de prison à convoyeur de fonds en passant par assistante dentaire... Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’elle va se consacrer à plein temps à la musique et que sa carrière va décoller en même temps que le label indépendant Daptones, puisque "Dap-Dippin’" sera le premier album du label. L’album "100 Days 100 Nights" sera lui la meilleure vente de Daptones avec plus de 150.000 ventes à travers le monde, score remarquable par les temps qui courent pour un indépendant.
Belle histoire au passage que celle de Daptones crée par des passionnés et axé sur le soul /funk, écoutons son cofondateur et saxophoniste Neal Sugarman définir le son Daptones : "Brut, plein de soul et honnête". Un label à l’atmosphère familiale qui mise plus sur le qualitatif que le quantitatif. Tout est fait sur place de A à Z, de l’enregistrement à l’emballage, la photo de la jaquette du présent CD est d’ailleurs prise dans la cour du bâtiment. Le disque d’Amy Winehouse "Back To Black", enregistré en compagnie des Dap-Kings fut un formidable coup de projecteur vu le succès mondial du disque de la jeune présidente de la ligue anti-alcoolique anglaise... Écouter en 2010 Sharon Jones c’est voyager dans le temps, vers les sixties, la Motown, Stax, Muscle Shoals, certes les grincheux objecteront que c’est bien beau tout ça, mais qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil. A ceux là je répondrai que …et puis non je ne leur répondrai pas car je me fiche pas mal de leur avis. Pourquoi ne pas écouter simplement la musique qu’on aime sans se soucier des modes, des époques, ou de ce qu’en pense tel ou tel journal branché ? Bref, vous faites comme vous voulez mais moi la soul comme ça écoutée au petit déj a le don de me mettre en joie pour la journée. On ne peut que se réjouir de ce "Soul Revival" qui nous vient d’Angleterre (Amy, Joss Stone, James Hunter...) ou des States (Eli Paperboy Reed, Sharon Jones ou Naomi Shelton , de l’écurie Daptones aussi). Ce dernier album est moins axé funk, on y trouve aussi bien de la soul raffinée "The Game Gets Old" et sensuelle "Give It Back", "Mama Don’t Like My Man", le bluesy "Window Shopping", des titres plus enlevés et puissants "I learned The Hard Way", "Better Things", "She Ain’t A Child No More" sans oublier le funky "Money". Cordes, cuivres, flûtes percussions accompagnent Sharon qui chante chaque titre avec ses tripes et s’impose avec ce disque comme la nouvelle "Queen Of Soul".
J’oubliais, si d’aventure elle tourne par chez vous, prévoyez un extincteur: Sharon: "Je suis comme une flamme qui brûle album après album et sur scène je prends carrément feu".
Cet album, trop longtemps oublié des ré-éditions est pourtant un véritable chef d'œuvre.
Enregistré en deux mois (mai-juin 1982) au studio Blank Tapes de New York et produit par Chris Stein (guitariste de Blondie), l'album sera finalement dans les bacs le 20 septembre 1982. Le line-up du groupe à l'époque c'est : Jeffrey Lee Pierce (chant), Ward Dotson (guitare), Terry Graham (batterie) et Rob Ritter (basse), ce dernier quittera le groupe avant la sortie de l'album (il décèdera d'une overdose en 1990) et c'est Patricia Morrison qui devient la bassiste du groupe.
Après le brulant "Fire Of Love" (1981), un peu brouillon, enregistré dans l'urgence mais devenu un véritable classique au fil des années, Jeffrey Lee Pierce décide de mettre un peu plus de profondeur dans sa musique et aidé par Chris Stein, le Gun Club va développer une plus grande sensibilité mélodique tout au long de cet album.
Le tempo est plus varié, des notes de piano apparaissent ici et là ainsi que des chœurs féminins assurés par Debbie Harry qui est créditée sur la pochette sous le pseudo de D.H.Laurence Jr.
Miami, la ville de Floride a inspiré Jeffrey Lee Pierce qui la considère comme "un cimetière des éléphants déguisé en paradis tropical", c'est un album qui sent la mort qui rôde, sombre, vénéneux et entêtant.
Dès le début du disque, les premiers mots de "Carry Home" la voix de Jeffrey, seule, nous transporte ... "Come down to...The willow garden with me...". Tout est là, c'est la magie du Gun Club qui jaillit de cet extraordinaire morceau, une voix déchirante remplie de sanglots et de légers trémolos qui nous donne des frissons, mélangée à des effluves lointaines de slide guitare et d' incroyables réverbérations qui nous font tourner la tête.
JLP chanteur et parolier fantastique n'oublie pas de nous envoyer quelques moments de pur rock'n roll sombre où il est question de rupture, du diable et de tristesse sur "Like Calling Thunder", "A Devil In The Woods" et "Bad Indian".
La reprise de Creedence Clearwater Revival"Run Through The Jungle" est véritablement transcendée par le groupe qui réussi même à donner une énergie nouvelle au vieux titre de John Fogerty avec les riffs de Ward Dotson tranchants comme une machette. "Texas Serenade" est une ballade country/punk remplie de tristesse avec des relents de slide guitare. En écoutant les incantations du sorcier possédé Jeffrey Lee Pierce et les percussions tribales sur "Watermelon Man" on se retrouve en plein cérémonial indien une nuit de pleine lune, en train de prier pour conserver son scalp. L'implacable "Fire Of love" carbonise tout sur son passage en seulement 2 minutes et 8 secondes, un brulot de rock exalté et surpuissant.
Après un "Sleeping In Blood City" d'une violence inouïe, l'album se termine en beauté avec le fantôme de Mr Mojo qui apparait tout au long de la sublime ballade slidée "Mother Of Earth" sur laquelle Jeffrey Lee Pierce semble avoir apaisé tous ses démons intérieurs qui le hantent.
Mais le chanteur du Gun Club, par la suite, s'enfoncera de plus en plus dans la boisson et les drogues en tout genre. Ward Dotson, le guitariste de l'époque déclarera plus tard : "je buvais plus que lui, mais je ne me comportais pas comme un idiot pour autant. Cela avait un effet différent sur lui. Il était fou de toute façon et cela ne faisait que le rendre encore plus cinglé. Il voulait être un junkie et un alcoolique. C'est une chose terrible de vouloir être ça, d'aspirer à devenir comme ça. Mais apparemment son vœu s'est réalisé, ça lui est arrivé"....
Jeffrey lee Pierce décèdera le 31 mars 1996 des suites d'une hémorragie cérébrale et ira rejoindre ses idoles de toujours, Jimi l'enfant vaudou, Robert Johnson et Jim Morrison.
NB : Cette ré-édition sortie en octobre 2009 et distribuée par Cooking Vinyl, elle comprend un CD bonus, un concert live enregistré le 27 avril 1982 au Continental (Buffalo, NY), le son est assez moyen, mais vu le prix modique du bel objet, on ne va certainement pas bouder notre plaisir.