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dimanche 22 septembre 2013

HEATHER MALLENDER A DISPARU de Robert Goddard (2012) par Elodie



Heather une jeune anglaise de bonne famille disparaît subitement  de l’île de Rhodes, ou plutôt elle s’évapore purement et simplement au cours d’une excursion avec Harry Barnett, un quinquagénaire  alcoolique et désabusé, gardien de la villa où elle résidait. D’abord accusé puis disculpé, Harry, anti-héros parfait s’efforce de mener l’enquête. Mais il n’a rien de l’inspecteur du même nom, et n’a d’autre indices qu’une série de photos oubliées par Heather qui lui permettent de reconstituer la vie de la jeune fille dans les mois précédents sa disparition. Un homme politique ambitieux, un psychanalyste ambigu, une famille riche mais étrangement distante, une sœur décédée tragiquement, les membres d’un cercle estudiantin très fermé, autant de personnages complexes qui jalonneront la route de notre enquêteur amateur. 

Plus il avance dans ses recherches, plus le mystère s’épaissit, comme il se doit dans un bon thriller, même si le rythme est parfois un peu lent et que le roman souffre de quelques longueurs. Peu importe, on est au départ séduits par l’idée des photos comme fil rouge de l’histoire, puis agréablement surpris par la qualité de l’écriture de Robert Goddard et la finesse de l’analyse psychologique, ensuite captivé par le foisonnement des pistes suivies,  et enfin étourdi  par les rebondissements finaux. Un pavé un peu lourd dans le métro, mais que vous ne verrez pas passer sur la plage ou dans une chaise longue.



2012 (mais déjà publié à la fin des années 80 sous le titre Les ombres du passé, chez Belfond), Sonatine (+ édition de poche), 606 p.

dimanche 25 août 2013

"REPLAY" de Ken Grimwwod (1998) par Elodie


Qui n’a jamais imaginé un jour pouvoir recommencer sa vie tout en sachant à l’avance les écueils à éviter, les rencontres à ne pas manquer, les grands événements qui feront l’histoire, bref, en ayant toutes les cartes en main pour faire un parcours sans faute ? C’est le thème de ce passionnant roman de Ken Grimwood. Jeff Winston meurt d’une crise cardiaque et se retrouve 25 ans en arrière avec la possibilité de recommencer sa vie à sa guise.

Ok, ok, je vous le concède, s’il y a bien un sujet qui a été exploité en long en large et en travers par la littérature et le cinéma, c’est bien celui du voyage dans le temps. Et en plus, il n’y pas dans l’écriture de ce roman de quoi transcender le sujet. Et pourtant, je vous mets au défi de ne pas devenir accro très vite et de ne pas en sortir enthousiasmé. L’idée est ici exploité de façon particulièrement intelligente, et le roman est plein de rebondissements et de trouvailles qui en font un livre à part, une véritable pépite, à lire, à relire et à offrir, idéal pour sublimer des vacances de rêve ou s’échapper d’un été pas si idyllique.

- Euh, pardon, s'cuses Elodie, c'est pas dans nos habitudes de venir bavasser chez les autres, mais là, exception ! Ce bouquin est... juste comme tu le dis. Ne vous privez pas de ce roman jubilatoire !! Allez, j'te laisse...
- Merci Luc. Et tu refermeras la porte...
- Ah ouais... s'cuses encore, hein... 
- Et tu diras à Bruno de fermer la sienne...
- Okay
- Et à Vincent aussi...
- Pas de problème
- Et à Rockin' par la même occasion
- Bien sûr
- Et si tu croises Claude...
- J'comprends
- Et la tienne pendant que tu y es, parce que  Bonamassa + Scorpions + Gallagher + Stravinski + Deep Purple... dans 84m² ca fait un peu beaucoup...

1998 (1987 pour l’édition américaine), Seuil, 432 p.

dimanche 28 juillet 2013

BON RETABLISSEMENT de Marie-Sabine Roger (2002) par Elodie


« Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con ! »  

Jean-Pierre est un vrai con. Un retraité bourru de 67 ans, veuf, sans enfant et sans chien, qui se retrouve à l’hôpital à la suite d’un accident dont il n’a aucun souvenir. L’occasion pour lui de faire quelques rencontres qui lui permettront de devenir nettement moins con, et pour nous de prendre une rasade de ce Bon rétablissement, comme un antidote à la déprime et au pessimisme ambiant. L’écriture de Marie-Sabine Roger est drôle et imagée, mais aussi très juste. Ses personnages sont attachants et évitent (de peu, mais ils l’évitent) le piège de la mièvrerie et du bien-pensant. Et on se délecte de ce petit livre tendre et réjouissant comme d’un cocktail sucré et coloré, qui rend la vie plus douce.

Ancienne institutrice de maternelle, Marie-Sabine Roger a écrit une vingtaine de romans, et le double d'album illustrés pour enfants. 



2012, Editions du Rouergue, 208 pages.



mardi 2 juillet 2013

JUSSI ADLER OLSEN « Misericorde » (2011) par Elodie



Les auteurs de polars scandinaves devraient ériger un monument à la gloire de Stieg Larsson. Depuis le succès phénoménal de son Millenium, publier un thriller et venir d’un de ces pays du nord avec fjords, température polaires et noms imprononçables est presque une garantie de figurer sur la liste des best-sellers. Le dernier en date de ces écrivains à succès est le Danois Jussi Adler Olsen, dont 3 romans ont été publiés en France ces derniers 18 mois et qui a réussi depuis à se faire un nom chez les amateurs français de romans noirs.

Quand on se plonge dans le premier de ses bouquins, on comprend immédiatement pourquoi. Les ingrédients destinés à emporter le lecteur sont tous là, en plus du côté scandinave et exotique.

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi vous rappliquez tous dans mon bureau pendant que je rédige mon billet maintenant ?

- C’est Luc qui nous a dit qu’en lisant par-dessus ton épaule il avait vu que tu parlais de scandinaves exotiques ! Ça a l’air intéressant comme bouquin, il y a des photos de ces beautés nordiques ?

- j’ai bien la photo de l’auteur à vous montrer si vous voulez, mais c’est un barbu de 62 ans, je ne suis pas sûre que vous trouviez ça à votre goût.

- Non ça sera pas la peine, on en a déjà plein le blog des barbus ! Et puis on a promis à Sonia d’aller l’aider à réparer l’imprimante...

- Parfait, ça va vous occuper un moment, et je vais pouvoir finir ma chronique !

Donc, si Jussi Adler Olsen n’est pas une bimbo sexy, il sait en tout cas séduire ses lecteurs. Il faut dire que le monsieur doit être lui-même un personnage hors du commun, et que l’expression touche à tout semble avoir été inventée pour lui. Après avoir été guitariste dans des groupes de musique pop, il a étudié la médecine, la sociologie et le cinéma. Puis, il a transformé son appartement en boutique de BD d’occasion, est devenu éditeur, scénariste et journaliste. Il a aussi composé la musique d’un film d’animation, s’est lancé dans la rénovation de maisons anciennes, a conçu et édité la première encyclopédie danoise de BD et a participé au Mouvement danois pour la paix (liste non exhaustive de ses activités !). On se demande où il a pu trouver le temps en plus pour écrire des romans policiers !

Pourtant, il maîtrise le sujet et les clés du succès. Pour commencer, il surfe sur la vague des enquêtes non résolues, oubliées dans un placard à archives. Ses 3 romans font en effet partie d’une série prévue pour en compter 10. Thème central de la série : le Département V, un nouveau service créé dans le but officiel de résoudre des affaires non élucidées, mais surtout pour mettre à l’écart un flic doué mais ingérable. Le personnage de Carl Mørck est exactement le type de flics qu’on aime voir évoluer dans ce genre d’histoires : entre deux âges, grande gueule, rétif à toute hiérarchie, désabusé, paresseux et d’autant plus tourmenté qu’il est le seul rescapé d’une affaire qui a coûté la vie à l’un de ses équipiers et rendu infirme  un autre.

Pour lui ajouter une touche plus humoristique, l’auteur a imaginé un personnage décalé et dépaysant, qui ne passe pas inaperçu dans cette ambiance nordique, un assistant balayeur homme à tout faire syrien, qui porte le nom de Hafez el Assad (il fallait oser !). A la fois serviable, candide et affable, il se révèle également perspicace, débrouillard et doué pour le maniement des armes, bref, le mystère caché sous la simplicité.

Mais de bons personnages ne suffisent pas à faire un bon polar. Il faut aussi une enquête qui, même si elle a été abandonnée depuis longtemps, connaît des rebondissements actuels. Dans ce premier volet, c’est la disparition mystérieuse, survenue 5 ans plus tôt, d’une jeune et belle femme politique pleine d’avenir, qui mobilise nos deux flics. Pour mieux tenir le lecteur en haleine, on suit en parallèle le destin terrible de cette jeune femme, qui vit enfermée dans une pièce depuis 5 ans (le titre original du livre, la femme en cage, est d’ailleurs nettement plus parlant) et dont les bourreaux ont programmé la mort atroce.

Psychopathe sadique, stratagème machiavélique, enquête à rebondissements, critique sociale, course contre la montre, le tout avec une structure efficace qui sait doser le suspense et jouer avec les nerfs du lecteur, tout est là pour faire de MISERICORDE un polar à succès. Et on est très vite happé par cette histoire et ses deux drôles de flics, sans jamais être déçu d’un bout à l’autre.

La seule chose qui m’empêche d’être totalement fan de Jussi Alder Olsen, c’est que tout cela est tellement bien huilé qu’on sent parfois un peu trop le  « produit » formaté pour plaire à son public. Ça fonctionne très bien, mais ça empêche aussi de le démarquer vraiment des autres polars. Je ne suis pas sûre de me souvenir de cette intrigue dans quelques temps, contrairement à celle des romans références du genre.

Mais ce n’est pas le plus important. Si vous avez envie de lire un thriller haletant et bien ficelé, n’hésitez pas, vous avez quelques nuits blanches garanties devant vous !

La série du Département V va être adaptée au cinéma. Ci-dessus la 1ère photo officielle de Miséricorde, avec les deux personnages principaux. Et voici comment Jussi Adler Olsen imagine de Carl Mørck : « Selon moi, tout homme avec une réelle expérience de vie peut jouer le rôle de Carl. Au Danemark, le casting est terminé. Mais je pourrais assez bien m’imaginer le Tommy Lee Jones d’il y a 20 ans dans le rôle de Carl Mørck.»


 

MISERICORDE (2011 pour la traduction française), Albin Michel ( édition de poche), 496 p.