vendredi 11 septembre 2026

LA FIN D'OAK STREET de David Robert Mitchell (2026) par Luc B (comme brontosaure)


La bande annonce fleure bon le blockbuster fantastique comme il en sort tous les trois quatre matins. Mais ce qui interroge, est que celui-ci est écrit produit et réalisé David Robert Mitchell. Ah tiens ? Le gars est plutôt qualifié d’auteur, qui reçoit les éloges de la critique pour IT FOLLOWS (2014) et confirme avec UNDER THE SILVER LAKE (2018) féroce satire foutraque qui m’avait fortement impressionnée (lien en fin d'article).

Le réalisateur allait-il marquer de son empreinte un genre remis à l’honneur par Spielberg avec JURASSIC PARK ? Presque oui et… non ! Dès les premières scènes, on plonge dans l’univers de Spielberg, (JJ Abrams, autre héritier, est co-producteur) banlieue populaire, quartier aux pelouses bien taillées, fête des voisins, barbecue, gamins à vélo, parents Greg et Denise Platt au bord du divorce, ados chamboulés, tout ça rappelle bougrement E.T. ou RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE. L’action se situe en 1982 (photo du film, décors et vêtements ad hoc) année de sortie de E.T. est-ce un hasard ? Quelques mouvements de caméra à la grue découvrant la rue principale, et plus tard ces étranges phénomènes nocturnes, bourrasques et flashs lumineux, renforcent furieusement cette impression.

Rires d'enfants, odeurs de viandes grillées, bières fraiches, couleurs acidulées, un monde tranquille, serein. Et puis la vieille et charmante Mme Huddleston découvre dans son jardin une plante énorme qui semble avoir poussée en une nuit. Et puis le chien de la famille, le brave Starbuck, aboie contre une menace invisible. Et puis le voisin hargneux découvre une tonne de merde odorante sur sa pelouse. Et puis un matin, plus d’eau courante, plus d’électricité, dehors une chaleur étouffante et un silence de plomb…

Il s'est visiblement passé un truc pas net pendant la nuit. Des bestioles à priori disparues de la surface terrestre depuis 60 millions d’années arpentent les rues. Le quartier d'Oak Street, isolé du reste du monde, est revenu au temps de la préhistoire !

Là où David Robert Mitchell réussit son coup dans un premier temps, c’est dans cette ambiance familiale tendue, ces petits dérèglements. La présence des dinosaures est fugace, une crête qui passe derrière un toit à l’arrière-plan, une queue qui se faufile, une ombre sur une cabane. Le réalisateur privilégie les plans larges, les habitants sont comme des petits pions sur son échiquier, confrontés à une situation qui les dépasse.

On se doute que l’angoisse montera crescendo (on est venu pour ça) et les morceaux de bravoure avec. On ne sera pas déçus. Après quelques amuses bouches avec les phorusrhacos (des grosses poules d'eau carnivores), les T-Rex s’invitent à la fête, que l’on combat avec ce qu’on a sous la main, marteau, tournevis, batte de baseball. Heureusement, en Amérique, on a aussi dans ses placards une winchester. Cela nous vaut de bonnes séquences rigolotes comme tout, quand Denise-mère courage et ses mômes sont encerclés par des crocodiles chez la bibliothécaire, ou ce titanoboa géant qui serpente silencieusement la maison, terrassé à coups de couteau de cuisine.

David Robert Mitchell ose sacrifier des personnages en cours d’intrigue, on se dit alors que le film va évoluer dans un sens inédit, que la patte de l’auteur va (enfin) débroussailler un récit d’épouvante convenu. Mais non. Un tour de passe-passe scénaristique remettra tout cela sur les bons rails.

Car si le film se suit avec plaisir, comme on regarde en souriant ces séries B des années 50 où les fournis géantes envahissaient la terre, on est frappé par le conservatisme des situations. Voilà un quartier en pleine fête des voisins, donc des centaines de gens, et quand les dinos débarquent, y’a plus personne ! Chacun pour sa gueule. On célèbre les valeurs familiales, mais les amis, les voisins, la communauté on s’en branle ! Ah si, la jeune voisine Jeannette dont le papa a été croqué sera accueillie par les Platt.

On peut rester dubitatif devant deux scènes zizi-caca, celle donc des étrons géants (un T-Rex qui défèque fait des dégâts) et celle où Denise Platt prend une photo de son mari posant fièrement devant un diplodocus en rut, qui enfile sa femelle. A noter tout de même que les effets spéciaux sont bien foutus, utilisés avec parcimonie, les bestioles sont très réalistes. Par contre, Mitchell abuse de la fameuse double-lentille (dont je vous avais expliqué le principe, fallait prendre des notes…) qui permet dans un même plan une netteté tout devant et tout au fond. Autant pour déceler des trucs chelous qui se passent loin dans le jardin à travers une fenêtre, ça le fait, autant l’utiliser pour filmer quatre acteurs dans une pièce de 20 mètres carrés, c’est assez moche.

J’avoue une tendresse particulière pour LE PIC DE DANTE, dont je ne me lasse pas, film catastrophe hyper codifié mais tellement drôle au second degré. Notamment avec le chien et la grand-mère-courage (bis) lorsqu’elle se sacrifie en plongeant dans le lac acide. Grande scène. Et bien LA FIN D'OAK STREET nous resserre la même soupe réchauffée (idem pour TWISTER et autres trucs du même genre), le brave Starbuck wouaf wouaf qui réapparaît sauver le gamin, et le sacrifice de la vieille bibliothécaire. On ne sait plus s’il faut frémir ou rire. J’ai ri.

L’épilogue triture les neurones, source de débat. Avec ce tour de passe-passe dont je parlais, que même les acteurs, en interview, ont trouvé étonnant : le coup de faille spatio-temporelle. Une fin énigmatique (dernier plan à la SHINING avec la photo du père au mur) avec cette famille réunie autour d’un barbecue où l'on croit voir deux Jeannette, donc issues de deux temporalités… Cartésiens s'abstenir. Si vous avez vu NIMITZ avec Kirk Douglas, vous comprendrez de quoi je cause…

La sortie de LA FIN D'OAK STREET a été repoussée plusieurs fois, ce n’est jamais bon signe. Est-ce le nanar de l’année, une comédie horrifique à prendre au trente-sixième degré, ou un projet personnel raté (dédié au père du réalisateur) que les studios ont reformaté en blockbuster estival ? Anne Hathaway et Ewan McGregor assurent le job, le rythme est soutenu, la mise en scène évite le grandiloquent, on reste dans le modeste, le divertissant, donc ne boudons pas notre plaisir.

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lien vers : UNDER THE SILVER LAKE



Couleur - 1h40 - format scope 1:2.39 (+ Imax 1:1.90, décidément, c’est la grande mode)


2 commentaires:

  1. J'ai vu "It follows" (pas mal, film d'horreur atypique), et "Under ..." (excellent), et là il fait quoi, un Jurassic Park avec de nouvelles bestioles (titanoboa, phorusrhacos kézacos ?) dégommables à la batte de base ball (??), je subodore le gros nanar ... Il paraît qu'il va sortir la suite de It follows (qui comme toutes les suites, sera moins bien que le premier volet), ça sent pas bon tout ça ...

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  2. C'est un Jurassic Park en toute modestie, quasiment un huis clos, tout se passe entre deux rues et trois maisons, c'est l'originalité, et y'a pas des centaines de bestiaux. C'est rigolo à regarder, ça ne mange pas de pain, mais il force un peu avec son épilogue capillotractée. A moins réussi, ou à moitié raté, c'est selon.

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